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Ll11 - Le Dormeur Du Val - Rimbaud

L'œuvre de Rimbaud, notamment 'Le Dormeur du Val', illustre une critique poétique de la guerre franco-prussienne à travers un sonnet qui juxtapose un paysage idyllique et la mort d'un soldat. Le poème joue sur les ambiguïtés et les connotations, transformant un locus amoenus en une scène macabre, tout en dénonçant les horreurs de la guerre. Rimbaud, avec une liberté créative, mêle gravité et humour pour subvertir les codes de la poésie classique.

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Ll11 - Le Dormeur Du Val - Rimbaud

L'œuvre de Rimbaud, notamment 'Le Dormeur du Val', illustre une critique poétique de la guerre franco-prussienne à travers un sonnet qui juxtapose un paysage idyllique et la mort d'un soldat. Le poème joue sur les ambiguïtés et les connotations, transformant un locus amoenus en une scène macabre, tout en dénonçant les horreurs de la guerre. Rimbaud, avec une liberté créative, mêle gravité et humour pour subvertir les codes de la poésie classique.

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LL11 - Le Dormeur du Val, Les Cahiers de Douai - Arthur Rimbaud, 1870

Introduction :

L'œuvre de Rimbaud est dans la littérature française une œuvre atypique, marquée à la fois par la densité et la brièveté. Une véritable mythologie s’est
emparée de “l’homme aux semelles de vent”, encore adolescent, dont la carrière poétique aura duré moins de quatre ans avant l’ultime fuite vers l’action et le
silence. Seules quelques années s’écoulent entre les textes dits de jeunesse et une œuvre plus aboutie. Les Cahiers de Douai sont à ce titre à lire comme une
oeuvre de jeunesse. Constitués de pièces éparses écrites en 1870 et réunis par la postérité, ils proposent une variété de thèmes et sujets a priori assez
communs. L’énergie de la jeunesse, voire son insolence, permettent néanmoins aux poèmes d’incarner les prémices d’une modernité en germe. La puissance se
mêle à la légèreté et le rire au sérieux. Un vent de révolte, autant poétique que personnel, souffle sur cette œuvre.

Ce poème est un sonnet à chute dysphorique dans lequel Rimbaud joue avec les connotations ambiguës. Le titre lui-même laisse présager une fin
tragique en mettant en exergue toute son ambivalence (dort-meurt). On s’attend à voir une ode à la nature, présentée sous forme d’un paysage idyllique, vivant
et protecteur. Pourtant, Rimbaud va progressivement transformer son locus amoenus en scène macabre qui lui permettra d’exercer une critique poétique de la
guerre franco-prussienne.

Projet de lecture : En quoi Rimbaud joue avec les connotations pour confondre le lecteur jusqu’à parvenir à une chute tragique qui lui permet de dénoncer les
injustices de la guerre ?

Mouvement 1 : Un paysage sans personnage : le locus amoenus. La perfection de ce paysage idyllique et personnifié se teint d’ambivalence et d’ironie pour le
lecteur avisé de l’issue du poème.
Mouvement 2 : Un personnage qui dort dans une nature enveloppante. La présentation du personnage laisse d’emblée entrevoir certaines ambivalences, et s’il
est décrit dans une posture paisible de repos, Rimbaud joue avec le lecteur pour lui permettre de les percevoir.
Mouvement 3 : Ambiguïtés et chute dysphorique. L’évidence se présente progressivement au lecteur, sans être jamais nommée.

Conclusion :
C’est avec un mélange de gravité et d’humour que Rimbaud dénonce ici l’horreur de la guerre – celle de 1870 entre la France et la Prusse – en proposant un
tableau idyllique qui se transforme en scène macabre et, sinon satirique (critique par la dérision), du moins polémique (débat). C’est donc avec une certaine
liberté créative que le jeune Rimbaud joue avec les rythmes, les sons et les images d’une forme classique de la poésie – le sonnet – poème habituellement
lyrique devient ici presque satirique et plutôt polémique (voire épidictique : qui fait l’éloge ou le blâme : ici, le blâme de la guerre). Ce poème est sans doute
inspiré au jeune Rimbaud, 16 ans à l'époque, par la guerre franco-allemande de 1870, et plus particulièrement par la bataille de Sedan, scellant la défaite
française le 3 septembre 1870, à moins de vingt kilomètres de Charleville, son lieu de résidence à l'époque.

Ouverture possible :
●​ Intéressant de noter comment Rimbaud dénonce de manière très implicite les ravages de la guerre en opposition avec la description provocante de la
vieille femme dans “Vénus Anadyomène” : Rimbaud subvertit les codes de la poésie.
Mouvement 1 Paysage sans personnage : un lieu idéal

Introduction du paysage décrit comme un locus amoenus


C’est un trou de verdure où chante une rivière Présentatif : ouvre une description à la manière d’un tableau
Métaphore : désigne un creux dans le paysage (val ou petit vallon) et annonce déjà la fin du
poème. Semble déjà connoter une tombe.
Champ lexical de la nature : semble célébrer un monde agréable à la manière d’un jardin d’Eden,
un locus amoenus renforcé par la personnification de la rivière avec le verbe “chanter” qui renvoie
à la vision d’un environnement sonore plaisant et idyllique.
Accrochant follement aux herbes des haillons Nouvelle personnification : grâce à l’adverbe qui attribue une autre caractéristique humaine au
paysage. A noter que l’on découvrira plus tard que le paysage est finalement plus vivant que le
personnage.
Description merveilleuse d’un paysage vivant et lumineux
Enjambement : demande à ne pas faire de pause avec le nom “haillons” à la manière d’un élan
D’argent ;
vital qui déborde. De même, le terme fait référence aux reflets de lumière sur l’humidité de l’herbe
et s’oppose à la connotation de pauvreté du terme “haillons” qui signifie “lambeaux de vêtements”
à la manière d’un oxymore. L’ambivalence du poème prend progressivement place de manière
implicite.
Anaphore grammaticale de l’adverbe de lieu : la pause du point-virgule permet de simuler une
où le soleil, de la montagne fière, respiration, qu’il faut d’ailleurs marquer par une pause à la lecture du poème. Le lieu semble de
plus en plus vivant.
Champ lexical de la lumière : tableau idyllique d’une nature chaleureuse et protectrice
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
Personnification : les éléments naturels deviennent des personnages bienveillants à part entière.
Le tableau dressé devient presque trop parfait et laisse présager une certaine ironie de la part du
poète (ce que confirmera la chute du poème).

La perfection de ce paysage idyllique et personnifié se teint d’ambivalence et d’ironie pour


le lecteur avisé de l’issue du poème. Le rythme du quatrain semble même imiter une forme
de respiration qui contraste avec la réalité du personnage qui va être ensuite présenté.
Mouvement 2 Un personnage qui dort dans une nature enveloppante

Introduction du personnage
Groupe nominal : déterminant indéfini permet d’accentuer l’anonymat du personnage,
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, inversion de l’adjectif qualificatif placé après le nom permet de mettre en valeur sa jeunesse
pour mieux renforcer l’aspect tragique de sa condition. Il est également nommé par sa fonction
de soldat, ce qui nous le verrons permettra au poète d’exercer une critique implicite contre la
guerre et ses ravages (ici le conflit franco-prussien).
Enumération descriptive de précisions : la bouche ouverte peut renvoyer à un état de
relâchement lié à la détente, mais aussi au relâchement musculaire lié à la mort. Nouvelle
ambivalence dans la posture du personnage. Le groupe nominal “tête nue” est quant à lui
polysémique : il peut renvoyer au fait que le soldat n’est pas en mission, sans son casque,
mais connote également une certaine fragilité avec l’adjectif “nue”.

Communion avec une nature paisible et protectrice :


Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, Rime intérieure avec le terme “nuque” qui est associé au participe présent “baignant”
suggérant un repos dans un élément liquide.
Adjectifs : associés à cresson, suggèrent une douceur, une liquidité des éléments naturels qui
apparentent presque le repos du soldat à un bain de nourrisson. Le moment semble agréable
et reposant, et la nature prend la texture et la couleur de l’eau. Le paysage se métamorphose
pour devenir une matrice protectrice du personnage.
Dort ; Enjambement : rupture du rythme assez brutale avec le rejet du verbe “dort”, paronyme de
“mort” qui laisse peser l’ambivalence.
Métamorphose du paysage et intronisation du doute chez le lecteur
Allitérations liquides en [l] qui relancent le rythme du poème, et redessinent un climat paisible.
Références ambivalentes : répétition de références à une posture allongée “étendu” et “lit vert”
il est étendu dans l’herbe, sous la nue, qui peuvent suggérer le sommeil, mais aussi la mort. Même remarque concernant l’adjectif
“pâle” mis en valeur en début de vers.
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut. Synesthésie : la lumière elle-même est devenue liquide, et peut aussi faire référence à un
symbole de tristesse (stéréotype romantique de cette émotion associée à la pluie avec lequel
le poète joue).

La présentation du personnage laisse d’emblée entrevoir certaines ambivalences, et s’il


est décrit dans une posture paisible de repos, Rimbaud joue avec le lecteur pour lui
permettre de les percevoir. Le soldat semble s’abandonner totalement dans une sorte
de communion avec la nature présentée ici de manière maternelle et protectrice, mais
qui se révélera être son tombeau.
Mouvement 3 Ambiguïtés et chute dysphorique

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme Glissement de la description
Renversement de situation et groupe prépositionnel ambigu : jeu sur la polysémie du mot
Sourirait un enfant malade, il fait un somme : “glaïeuls”, fleurs associées au recueillement funéraire, mais aussi étymologiquement lié au
mot “glaive” et donc à la guerre.
Nature, berce-le chaudement : il a froid. Répétition : insistance sur le verbe dormir qui devient de plus en plus suspecte.
Polyptote : verbe sourire répété, nouvelle insistance suspecte
Multiples antithèses : le sourire et la maladie, le chaud et le froid. Les contradictions sont de
plus en plus nombreuses et évidentes.
Apostrophe à la nature : désignée comme une déesse. La nature est associée à une mère
tandis que le soldat s’apparente à un enfant, ce qui relance l’idée de nature matricielle et
protectrice du deuxième quatrain.

La disparition des sensations :


Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; Champ lexical de l’odorat et négation totale : odorat n’existe plus, les sensations chères à
Rimbaud ne sont plus perceptibles pour le soldat, ce qui suggère sa mort.
Il dort dans le soleil, la main sur la poitrine Allitération en [f] : consonne seulement prononçable en expirant, Rimbaud alerte ici le lecteur
que le soldat a cessé de respirer.
Tranquille. Complément circonstanciel de lieu : ne dort plus dans l’herbe mais dans le soleil, à la
manière d’une élévation après la mort.
CC de manière : posture ambivalente, absence de mouvement, référence au chantre de la
respiration mais aussi à une posture militaire, donc geste de douleur ou geste d’honneur.
Enjambement : met en valeur l’adjectif ambigü. Est-ce le soldat qui est apaisé ou bien est-ce
un euphémisme pour désigner la poitrine qui ne se soulève plus pour respirer. La rupture du
rythme semble également mimer l’arrêt respiratoire.

Chute du poème dans un énoncé implicite mais révélateur:


Il a deux trous rouges au côté droit. Vocabulaire ambigu : jeu sur le sens du mot, retour au début du poème. Le trou peut être
assimilé à une tombe et à la blessure subie par le soldat.
Adjectif : couleur du sang qui sous-entend une blessure mortelle durant la guerre à laquelle
succombe le soldat.

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