Projet de fin d’étude pour l’obtention de diplôme de licence en droit
privé en langue française
Sous le théme:
L’importance de l’arbitrage dans la
résolution des conflits commerciaux au
maroc
Préparé par l’etudiant: ABDERRAHMANE SARASAR
Sous l’encadrement de professeur: YASSINE DOUGHANI
Année universitaire: 2024-2025
2
REMERCIEMENTS:
Je tiens à exprimer mes sincères remerciements à Monsieur le
Professeur Doughani Yassine pour son encadrement, ses conseils
avisés et son soutien tout au long de l’élaboration de ce mémoire. Sa
disponibilité et sa rigueur ont grandement enrichi mon travail.
Je remercie également l’ensemble des professeurs et des
fonctionnaires de la Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et
Sociales de Marrakech pour la qualité de l’enseignement dispensé et
pour leur accompagnement tout au long de mon parcours
universitaire.
Mes remerciements vont aussi à ma famille et à mes amis pour leur
appui indéfectible, leur encouragement et leur présence
bienveillante, qui m’ont été d’un grand réconfort tout au long de
cette aventure académique.
3
DEDICACE:
À ma chère famille, pour leur amour inconditionnel, leur soutien et
leurs sacrifices.
À mes amis, pour leur présence, leur écoute et leurs encouragements
tout au long de ce parcours.
4
TABLEAU DES ABRÉVIATIONS
Art Article
P Page
C.C Code civil
Jan Janvier
Rev. arb Revue de l’arbitrage
Op.cit Opus citatum
Al Alinéa
C.P.C Code de la procédure civile
5
SOMMAIRE
INTRODUCTION
PARTIE I : LA FORMATION DE LA CONVENTION D’ARBITRAGE
CHAPITRE 1 : LES CONDITIONS DE VALIDITÉ DE LA CONVENTION
D’ARBITRAGE
CHAPITRE 2 : LE CONTENU DE LA CONVENTION D’ARBITRAGE
PARTIE II : L’ENJEU DE L’EXECUTION DE LA CLAUSE
COMPROMISSOIRE
CHAPITRE 1 : LE PRINCIPE COMPETENCE-COMPETENCE
CHAPITRE 2 : LE PRINCIPE D'AUTONOMIE
CONCLUSION
6
INTRODUCTION
Dans le monde des affaires, les contrats jouent un rôle primordial pour encadrer et
sécuriser les relations commerciales entre les parties. Afin de minimiser les risques juridiques
et protéger les intérêts de chacun, il est crucial d’inclure des clauses essentielles dans ces
accords.
Au cours des deux dernières décennies, l'arbitrage a connu un développement extraordinaire
et s'est affirmé comme « le mode habituel » 1 des résolutions des litiges du commerce
international. Un tel succès s'explique essentiellement par l'opportunité de recourir à ce mode
de règlement des différends. En effet, en raison des différents avantages qu'il offre, l'arbitrage
est perçu comme étant particulièrement adapté aux besoins des opérateurs du commerce
international.
La justice rendue par les juridictions étatiques investies du pouvoir et de la fonction
judiciaire constitue un véritable service public. En effet les plaideurs lorsqu'ils décident de faire
trancher un litige peuvent recourir à la justice publique, c'est-à-dire à des magistrats
professionnels, organisés au sein du service public de la justice, comme ils ont la possibilité de
faire trancher le litige par une personne ou un collège de personnes qu'elles choisissent et
investissent de leur confiance (les arbitres). Ce sont les modes alternatifs de règlement des
conflits, le plus important est sans doute l'arbitrage.
Au Maroc l'intérêt pour l'arbitrage date du XVII ème siècle de l'ère grégorienne puisque
en 1693 fut signé un traité entre Moulay Ismail (sultan alaouite) et Louis XIV (le roi soleil) qui,
entre autres, s'était penché sur la condition des étrangers au Maroc. Ceci révèle d'emblée la
place que prendra l'arbitrage international dans un pays convoité par les puissances
occidentales dès le XIX ème siècle.
Les différends concernant les personnes de confession non musulmane, notamment
chrétiennes ou juives (les gens du Livre), pouvaient déjà être soumis à l'arbitrage. Le cadi ou le
1LALIVE. P., « L’importance de l'arbitrage commercial international », dans Actes du 1er Colloque sur l'arbitrage
commercial international/textes réunis sous la direction de Nabil Antaki et Alain Prujiner, Montréal : Wilson &
Lafleur, 1986, p : 16
7
juge du Chriaa (droit musulman) statuant en matière de statut personnel et successoral, n'était
pas compétent pour connaître ces litiges, comme c'est ailleurs le cas encore actuellement.
Cette situation préludait ce qu'on a coutume d'appeler le régime des capitulations qui faisait
des consuls des puissances occidentales, (Europe et Etats-Unis), parties à des traités bilatéraux
conclus avec les autorités chérifiennes avant le protectorat français (traité du 30 mars 1912),
de sortes d'arbitres pour résoudre les litiges concernant leurs ressortissants. Mais c'est l'ancien
code de la procédure civile, du 12 août 1913, qui a réservé le chapitre 15 du titre IV (articles
527 à 543) à l'arbitrage. Ce texte constituait le régime commun en la matière et ne fut remplacé
que bien plus tard, par le code de la procédure civile (CPC) du 28 septembre 1974, en
l'occurrence par son chapitre 8 du titre V (articles 306 à 327), toujours en vigueur.
La convention d’arbitrage est la convention par laquelle les parties à un contrat
s’engagent à soumettre à l’arbitrage les litiges relatifs à ce contrat. Deux types de conventions
d’arbitrage existent2, à savoir : la clause compromissoire, qui est rédigée en vue d’un éventuel
litige futur, et le compromis, qui porte sur un litige déjà né. Pour s’assurer de la validité de la
convention d’arbitrage, il conviendra de respecter des conditions de fond. La convention
d’arbitrage étant un contrat, elle est soumise au droit commun des contrats, en sus de règles
spécifiques, par exemple en termes de capacité des parties ou d’arbitrabilité du litige. Il
convient également de suivre des règles de forme. En effet, la bonne rédaction d’une
convention d’arbitrage (Partie I) est indispensable à son efficacité afin d’éviter qu’elle ne
présente une « pathologie » susceptible de la rendre inopérante.
2 Art 307 de la loi 08-05 abrogeant et remplaçant le chapitre VII du titre V du code de procédure civile
8
PARTIE I : LA FORMATION DE LA CONVENTION D’ARBITRAGE
La formation de la convention d’arbitrage traduit le point de départ de l’efficacité de
l’arbitrage. Effectivement, d’un système juridique à un autre, la faveur de la convention
d’arbitrage peut se mesurer dès le stade de la formation de cette convention, selon la souplesse
du régime et l’efficacité des conditions encadrant la formation de la convention d’arbitrage3. Il
s’agira donc dans un premier temps d’étudier les conditions de validité de la convention
d’arbitrage (Chapitre 1). D’autre part, si la convention d’arbitrage est souvent rédigée de
manière très succincte, son contenu est essentiel pour définir sa portée et son rayonnement.
De cette rédaction dépend également les intérêts en jeu et le champ d’application des litiges
auxquels elle est soumise, ce qui participe de son efficacité pratique. Il conviendra donc
d’analyser le contenu obligatoire de la clause compromissoire, mais également son contenu
essentiel, qu’il est recommandé d’ajouter pour accroitre son efficacité (Chapitre 2).
CHAPITRE 1 : LES CONDITIONS DE VALIDITÉ DE LA CONVENTION
D’ARBITRAGE
Avant d’aborder les conditions de fond (section 1) et de forme classiques de la
convention d’arbitrage (section 2), il conviendra d’établir un cadre préalable qu’il faut
impérativement respecter dans la mesure où son champ d’application est circonscrit à la fois
légalement par les limites de l’arbitrabilité, mais également par le consentement à l’arbitrage
dans la mesure où l’arbitrage ne peut s’imposer sans le consentement des parties,
contrairement à la justice étatique.
Section 1 : Les conditions de fonds
Sans consentement ou avec un consentement vicié, il n’y a pas d’efficacité de la
convention d’arbitrage possible puisque cette dernière s’expose à des recours à son encontre.
Les parties peuvent par exemple soulever une exception d’incompétence à l’encontre du
tribunal arbitral, sur le fondement d’une convention nulle car viciée. Il s’agit d’une forme
3S.Ajouby, La Convention d’Arbitrage :Étude Comparée de Droit Franco-Marocain, Thèse Université
ParisPanthéon-Assas,2022.
9
d’efficacité négative, qui se traduit par la soustraction de risques de s’exposer à un
anéantissement de la procédure arbitrale. Il s’agit de déterminer les principes gouvernants et
entourant le consentement, mais également sa matérialisation. En droit français, le
consentement passe par le consensualisme, nul écrit n’est requis. Une fois l’instrumentum du
consentement matérialisé, il faut vérifier que ce consentement est intègre, c’est-à-dire qu’il
n’est pas vicié par les classiques vices du consentement en droit des contrats. A l’opposé de la
justice étatique, l’arbitrage est fondé sur la volonté des parties. Il présuppose donc le
consentement de ces dernières. Dans le cas contraire, la convention est considérée comme
nulle ou inexistante.4 Le consentement traduit donc le fondement essentiel à la validité et à
l’efficacité de la convention d’arbitrage.
L’arbitrabilité d’un litige se traduit par « sa faculté à être résolu par voie d’arbitrage ».5
Elle se décline elle-même en deux facettes, d’une part l’arbitrabilité objective, et de l’autre,
l’arbitrabilité subjective, encadrés par les arts 2059 et 2060 du C.C. Ainsi, plus le champ
d’application de l’arbitrabilité est large, plus l’efficacité de l’arbitrage est développée du fait de
l’accroissement de son rayonnement. L’étude de la notion d’arbitrabilité mènera
principalement à étudier les rapports entre ordre public et arbitrage, dans la mesure où l’ordre
public est le principal obstacle qui vient se dresser face à l’épanouissement de l’arbitrabilité
puisque nous le verrons ultérieurement, il est à la source de la majeure partie des critères
d’inarbitrabilité 6 . L’arbitrabilité est appréciée de façon assez classique par le droit français,
excluant les matières qui touchent à l’ordre public, subdivisée entre les questions intéressants
l’état et la capacité des personnes d’une part, et d’autre part les contestations intéressant les
collectivités publiques et les établissements publics.
Section 2 : Les conditions de forme
De manière générale, l’exigence première pour la validité des clauses compromissoires
en droit interne est l’existence d’un écrit. En 2011, la réforme du livre IV du Code de procédure
civile7 a simplifié le formalisme des clauses compromissoires. Désormais, l’article 1443 dispose
4 J.-B. Racine, Le principe de validité de la convention d’arbitrage international en droit français : un principe
dynamique 2013, p. 4
5 Bulletin Juridique des Assurances n°61, Janvier 2019, n 1, Doctrine – Une redéfinition des contours de
l’arbitrabilité du litige par Joséphine Hage Chahine et Chiraz Abid
6 L. Chedly, « L’efficacité de l’Arbitrage commercial International », Brill, 2018 p. 322
7 Décret n° 2011-48, 13 janv. 2011 : JO 14 janv. 2011, p. 777 / Dahir n° 2011-48, 13 janv. 2011 : JO 14 janv.
10
que : « À peine de nullité, la convention d’arbitrage est écrite. Elle peut résulter d’un échange
d’écrits ou d’un document auquel il est fait référence dans la convention principale ». Quant
aux clauses attributives de juridiction, l’article 48 du Code de procédure civile exige qu’elles
aient été « spécifiée[s] de façon très apparente dans l’engagement de la partie à qui [elles sont]
opposée[s] ». Il s’agit de protéger les parties en s’assurant que leur renonciation au juge naturel
a été éclairée. Depuis la réforme de 2007 qui a introduit la loi 08-05, l’article 317 du Code de
procédure civile énonce que « A peine de nullité : la clause d'arbitrage doit être stipulée par
écrit, sans équivoque, dans la convention principale ou dans un document auquel celle- ci se
réfère ». Cette réforme est venue assouplir le régime, dans la mesure où antérieurement à
cela, l’exigence d’un écrit manuscrit était exigée par la législation marocaine. Il s’agissait d’une
exigence totale absurde et inefficace, inadaptée à une matière aussi souple, et surtout
internationale que l’arbitrage.
La principale question qui s’est posée en droit marocain est de savoir si l’absence de
signature entraverait la constitution de la fermeté de l’offre. La Cour d’appel de Casablanca, a
retenu la solution opposée, l’offre étant considérée comme ferme, même si elle n’est pas
signée.8 Elle a motivé sa décision par le fait que le document contenant la clause d’arbitrage a
été imprimé par l’offrant et envoyé à l’acceptant.
CHAPITRE 2 : LE CONTENU DE LA CONVENTION D’ARBITRAGE
Les conventions d’arbitrage sont souvent rédigées de manière brève et hâtive, ayant
même été surnommées les « midnight clauses », du fait qu’elles soient ajoutées au contrat à
la dernière minute, après que toutes les autres clauses du contrat ont été décidées. Pourtant
le contenu de la clause d’arbitrage est essentiel pour déterminer son efficacité, puisque les
termes employés, et les conditions fixées rejaillissent tout au long de la procédure, fixant le
2011
8 M.D Toumilt & A.A Toumilt, « Le droit de l’arbitrage au Maroc », Les Editions Maghrébines, Edition 2014 p
:149
11
champ d’application de la clause d’arbitrage, les litiges auxquels elle sera applicable ou encore
le siège de l’arbitrage. Il conviendra donc ici de mesure les tenants et les aboutissants du
contenu de la convention d’arbitrage, en étudiant les stipulations essentielles à l’efficacité de
la convention d’arbitrage (section 1), pour ensuite suggérer des éléments optionnels (section
2).
Section 1 : Le contenu obligatoire
A notre sens, deux piliers doivent être nécessairement déterminés pour assurer
l’efficacité de la convention d’arbitrage : le siège de l’arbitrage et le tribunal arbitral.
Effectivement, le siège de l’arbitrage permet d’assurer des garanties d’efficacité de la procédure
en la liant à un juge d’appui, tandis que le tribunal arbitral est tout simplement au cœur de
l’efficacité en ce qu’il exerce la mission juridictionnelle.
Le siège de l’arbitrage peut être défini comme « le lien juridique existant entre
l’arbitrage et les juridictions ou la compétence législative d’un État ».9 Le siège est important
du fait de ses effets juridiques. Il détermine l’efficacité de l’arbitrage dans la mesure où il
détermine la compétence du juge d’appui et l’organisation des recours contre l’arbitrage. Si
certains auteurs considèrent que l’arbitrage doit s’émanciper de la justice étatique afin d’éviter
que l’arbitre soit à « à la merci » du juge, la majeure partie de la doctrine considère que
l’arbitrage ne peut être indépendant de tout ordre étatique, ne serait-ce, à minima, qu’à des
fins d’exequatur.10
La Cour de cassation a retenu dans un arrêt de 1997 que : « le siège de l’arbitrage est
une notion purement juridique du siège emportant d’importantes conséquences et
notamment la compétence des juridictions étatiques pour connaitre des recours en
annulation, sous la dépendance de la volonté des parties, et non une notion matérielle
dépendant du lieu où l’audience a été tenue ou du lieu de signature de la sentence, susceptible
de varier au gré de la fantaisie ou de la maladresse des arbitres ». Ainsi, le choix du siège traduit
d’avantage le choix du droit applicable que le lieu matériel où se déroulera la procédure
d’arbitrage. Il s’agit de l’approche localisatrice du siège, en vertu de laquelle l’identification du
9E.Loquin , L'arbitrage du commerce international, Lextenson, juillet. 2015
10S.Partida, La convention d'arbitrage dans le droit des nouvelles puissances économiques (Chine, Inde, Brésil,
Mexique), Université Paris Panthéon-Assas, 2019
12
siège entraine l’identification de la loi de l’arbitrage. En d’autres termes, la lex loci arbitri
entraine la lex arbitri. C’est l’approche qui a été adoptée par la convention de New York qui
prend en considération des critères tel que le pays où l’arbitrage s’est déroulé ou le pays ou la
sentence a été rendue.
Il est important de choisir rigoureusement le siège à la lumière des effets qu’il entraine. Outre
la compétence accordée au juge en matière de recours et la détermination du juge d’appui,
une seconde manifestation de la loi du siège se traduirait par la garantie du respect de
l’application des principaux fondamentaux. En tout état de cause, en droit français de
l’arbitrage, les parties sont libres du choix de leur siège, sans aucune contrainte légale. Le cas
échéant, ce dernier est déterminé par le tribunal arbitral.
Le choix et la désignation du tribunal arbitral sont tout aussi essentiels en droit de l’arbitrage
marocain. En effet cela se justifie par un objectif de « qualité de la sentence, qui facilitera
ensuite sa reconnaissance et son exécution, est directement fonction des capacités des
arbitres ».11 La désignation du tribunal arbitral est essentielle à l’efficacité de la procédure dans
la mesure où les arbitres représentent les principaux protagonistes au cœur de la bonne tenue
de la procédure arbitrale. Sans tribunal arbitral désigné, la procédure est tout simplement
réduite à néant. Il convient donc d’imposer des critères stricts entourant le choix des arbitres.
Pour autant, afin d’assurer une efficacité de la procédure arbitrale, il convient d’assouplir le
processus de désignation et de remplacement des arbitres. A ce sujet, le droit marocain,
malgré l’entrée en vigueur de la loi 08-05, est loin d’être efficace, du fait d’une position
jurisprudentielle sévère maintenue à l’égard retenant la nullité de la convention d’arbitrage en
cas de défaut de désignation des arbitres. Cette position est non seulement source
d’inefficacité, mais elle est en tout état de cause bien trop sévère dans un contexte où le droit
français offre une myriade de possibilités pour compenser ce défaut de désignation, et aboutir
à la formation d’un tribunal arbitral. La réforme ayant donné lieu à la ratification de la loi 95-
11H. Didace Amboulou, «Le droit de l'arbitrage et des institutions de médiation dans l'espace OHADA» Edition
L'Harmattan, 2015 p :112.
13
17 est également très décevante dans la mesure où elle maintient une grande partie de l’état
actuel du droit.
Section 2 : Le contenu optionnel
Certaines clauses ne sont pas obligatoires pour former la convention d’arbitrage de
façon valide, mais elles sont recommandées pour renforcer l’efficacité de ces dernières.
L’article 327-15 du CPC précise également que les mesures provisoires ne peuvent être
délibérément et spontanément octroyées par le tribunal arbitral. Effectivement, de telles
mesures sont sujettes à une demande formulée par une des parties. Une telle position se
justifie dans la mesure où ces mesures ont pour objectif de résoudre une situation urgente
découlant d’un risque imminent de dommage graves. Elles peuvent porter sur la
conservation des biens et des actifs des parties, ce qui justifie qu’elles soient limitées à la
demande de ces dernières du fait de leur caractère potentiellement invasif. Il faut que ces
mesures soient strictement nécessaires à la protection d’un droit, et que l’urgence soit
minutieusement analysée et retenue par le tribunal arbitral.
Par le biais de ce conditionnement des mesures provisoires à une demande des parties,
l’importance de leur volonté est à nouveau soulignée. Le comportement des parties est au
cœur de la procédure arbitrale et permet de la rythmer et de la faire avancer selon les
demandes de ces dernières. C’est pour cela que leur bonne foi et leur loyauté tout au long de
la procédure est essentiel pour sa bonne conduite.
Il est également possible de rajouter d’autres mentions facultatives telles que le nombre
d’arbitres, les modalités de désignation du ou des arbitres et la langue de l’arbitrage.
14
PARTIE II : LENJEU DE L’EXECUTION DE LA CLAUSE
COMPROMISSOIRE
Lorsqu'une clause compromissoire est validement formée au sein du contrat principal et
qu'un différend naît entre les deux parties contractantes, cela entraîne l'exécution de la clause
compromissoire. L’exécution de la clause compromissoire entraîne avec elle une série d’effets.
Nous allons donc entamer l’étude des effets que la clause compromissoire puisse produire et
comparer les deux systèmes étudiés à cet égard. Les effets de la clause compromissoire
peuvent être dirigés vers les parties, mais aussi vers les juridictions étatiques. Parmi les effets
de la clause compromissoire, on peut en relever deux principes qui se sont développés à
travers la jurisprudence et la doctrine et qui sont aujourd’hui des principes bien établis, voire
des principes généraux, en droit de l’arbitrage. Il s'agit du principe de compétence-compétence
que nous aborderons dans un premier temps (Chapitre1), ainsi que du principe d’autonomie
de la clause compromissoire que nous étudierons dans un deuxième temps (Chapitre2).
CHAPITRE 1 : LE PRINCIPE COMPETENCE-COMPETENCE
Un des effets principaux de la clause compromissoire est la soumission du litige à
l’arbitrage. Cet effet se rapporte donc à la compétence arbitrale et étatique en cas de différend:
une convention d'arbitrage rend compétents les arbitres et rend incompétentes les juridictions
étatiques. Cela repose sur le principe de l'effet obligatoire ainsi que la maxime pacta sunt
servanda, qui oblige les parties à suivre leurs obligations contractuelles. Dans le contexte du
droit de l'arbitrage, ceci a donné naissance au principe compétence-compétence, auquel
certains préfèrent référer en allemand en tant que principe Kompetenz-Kompetenz. 12 Le
principe compétence-compétence représente un des principes généraux du droit de l’arbitrage
et se manifeste sur deux niveaux : il a un effet positif (Section 1) et un effet négatif (Section 2).
12Fouchard Gaillard Goldman « International Commercial Arbitration, Kluwer Law International ». Edition
GAILLARD Emmanuel, SAVAGE John 1999, p. 396.
15
Section 1 : Effet positif
La compétence arbitrale Selon l'effet positif du principe compétence-compétence, l’arbitre
a la compétence de statuer sur sa propre compétence.13 Ce principe est crucial pour assurer le
fonctionnement de l'instance arbitrale. L’importance du principe mène à ce qu'il écarte
l’intervention des juridictions étatiques même lorsque la règle de droit applicable au fond du
litige est une loi impérative. Ce principe a été mis en place pour éviter des situations où une
partie essaie de retarder la procédure arbitrale en confiant l'affaire aux juridictions étatiques à
cause d’une prétendue invalidité de la clause compromissoire.14 En effet, s’il n’existait pas,
l’arbitre ne serait pas en mesure de statuer sur sa compétence lorsque la convention
d'arbitrage n’est pas valide. Un partage de compétence avec les juridictions étatiques sur cette
question nuirait à la bonne résolution du litige. La conséquence serait que l’instance arbitrale
ne serait plus capable de réaliser un des avantages principaux de l’arbitrage, qui est celui de la
rapidité. Le législateur français a consacré ce principe dans l’article 1448 du Code de procédure
civile. La jurisprudence française applique le principe de compétence compétence depuis
1949.
Section 2 : Effet négatif
L’incompétence des juridictions étatiques L’effet négatif du principe
compétencecompétence est celui de l’incompétence des juridictions étatiques à statuer sur
leur compétence en cas de convention d’arbitrage. 14 Cette incompétence n'est pas absolue,
mais elle permet au tribunal arbitral de décider sur sa compétence avant que les tribunaux
étatiques puissent le faire.16 L’effet négatif du principe compétence-compétence admet donc
que le tribunal arbitral est la première juridiction en matière de droit de l’arbitrage et lui
accorde ainsi une priorité. L’effet négatif du principe compétence-compétence est largement
reconnu par les juridictions et législations nationales. Il est, entre autres, établi par l’article 2
de la Convention de New York. En droit français, l’effet négatif du principe
compétencecompétence est reconnu pour l'arbitrage interne et international dans l'article
13 POMIÈS, Dictionnaire de l’arbitrage, Collection : Didact Droit, 2011, p. 63 14
Fouchard Gaillard Goldman op. cit., p. 401.
14 RACINE J.B, Droit de l’arbitrage, Presses Universitaires de France, 2016, p. 266 16
Fouchard Gaillard Goldman op. cit, p :401
16
1448 al premier du Code de procédure civile qui déclare que « lorsqu'un litige relevant d'une
convention
d'arbitrage est porté devant une juridiction de l'État, celle-ci se déclare incompétente
sauf si le tribunal arbitral n'est pas encore saisi et si la convention d'arbitrage est
manifestement nulle ou manifestement inapplicable ». Selon cet article, la juridiction étatique
est donc automatiquement incompétente en cas de convention d’arbitrage lorsqu’un tribunal
arbitral est saisi. Lorsqu’un tribunal arbitral n’est pas encore saisi, la juridiction étatique peut
procéder à un contrôle prima facie de la convention d’arbitrage à l’égard de sa validité et son
applicabilité et, en cas de nullité ou inapplicabilité manifeste, se déclarer compétente.
CHAPITRE 2 : LE PRINCIPE D'AUTONOMIE
Le principe de l'autonomie de la clause compromissoire a deux conséquences directes qui
s’expriment par une indépendance à l’égard du contrat qui contient la clause compromissoire
(Section 1) ainsi que par une indépendance par rapport à toute loi étatique (Section 2).
Section 1 : Indépendance par rapport au contrat
Le principe d'autonomie se réfère à l’autonomie de la clause compromissoire à l'égard
du contrat principal auquel elle se rapporte.15Ainsi, le droit de l’arbitrage s’écarte de la fameuse
maxime accessorium sequitur principale qui reflète la théorie de l'accessoire qui est suivie en
droit privé. Lorsque le principe de l'autonomie de la clause compromissoire est mentionné, on
pense également aux notions d’« indépendance », de « séparabilité » et de « validité » de la
clause compromissoire. Ces notions renvoient toutes à la même idée que le principe
d'autonomie mais sont préférées par certains auteurs pour identifier ce principe. Ainsi, on
comprend par « séparabilité » que le sort d'une clause compromissoire puisse « être dissocié
du sort du reste du contrat lorsque de bonnes raisons le commandent », mais « il n’en est pas
toujours ainsi ».16
Le principe d’autonomie énonce que la clause compromissoire est valable
indépendamment de la validité du contrat principal qui la contient. Ainsi, une clause
15 Fouchard Gaillard Goldman, op. cit, p. 198
16 MAYER Pierre, « Les limites de la séparabilité de la clause compromissoire », Rev.arb. 1998, n° 2, p. 359
17
compromissoire est valable malgré une éventuelle nullité, expiration, résiliation, résolution ou
caducité et même en cas d’inexistence du contrat. C’est la raison pour laquelle certains auteurs
parlent aussi du « principe de validité » de la clause compromissoire au lieu du principe
d’autonomie. Ce principe de validité découle de la jurisprudence française Dalico, Zanzi et
Soerni. L’autonomie de la clause compromissoire par rapport au contrat principal sert à éviter
qu'une partie puisse renvoyer le contrôle de validité aux juridictions étatiques pour bloquer le
processus arbitral. Si la clause n’était pas autonome, les parties devaient attendre que les cours
étatiques statuent sur la validité de la clause compromissoire, ce qui le rendrait impossible aux
tribunaux arbitraux de rendre une sentence à temps. Cette conséquence s’explique donc par
la nature procédurale de la clause compromissoire.
Section 2 : Indépendance par rapport au droit étatique
Le principe d’autonomie a également comme conséquence un effet d’indépendance de
la clause compromissoire par rapport à tout droit étatique qui pourrait s’imposer au contrat
principal. L’indépendance par rapport à tout droit étatique mène à ce que le droit étatique ne
s’applique pas sur la validité de la clause compromissoire et implique par conséquent que la
clause compromissoire s’émancipe du système de conflit de lois. 17 Cette indépendance peut
être perçue comme une suite logique de l’indépendance par rapport au contrat. Le principe
d’autonomie de la clause compromissoire à l’égard du droit étatique est apparu en France pour
la première fois à travers l’arrêt Dalico de la Cour de cassation française de 1993, où celle-ci a
établi le fait qu'il n’est pas nécessaire de se référer au droit national étant donné que la clause
compromissoire est indépendante du contrat principal, et que la validité de la clause
compromissoire dépend uniquement de la volonté des parties. 18 Le principe d’autonomie
repose ainsi sur le principe de liberté contractuelle et souligne l’importance de la volonté des
parties contractantes : ainsi, seule la volonté des parties est nécessaire pour la création de lien
juridique. L’indépendance de tout droit étatique a, par la suite, été confirmée en droit français
17 ANCEL J.P, « L’arbitrage international en France (Principes et système) » Archive de philosophie de droit (2009),
p. 200
18 ANCEL, op.cit p. 200 ,222 et 201.
18
par l’arrêt Soerni, selon lequel l’appréciation de la validité d’une clause compromissoire est
exclue de toute référence au droit étatique.
19
CONCLUSION
Le droit marocain peut être respecté pour ses efforts, dans la mesure où depuis l’entrée
en vigueur de la loi n°08-05 venant remplacer le chapitre VIII du Titre V du Code de procédure
civile relatif à l’arbitrage en 2007, la volonté de moderniser la législation et de s’adapter aux
standards internationaux est manifeste. Le législateur marocain a cherché à se délier de ses
acquis traditionnels portés par la méfiance à l’égard de l’arbitrage, pour combiner une
inspiration flagrante du droit français à la signature de nombreuses conventions
internationales relatives à l’arbitrage. Toutefois, malgré cette réforme, la législation n’en
demeure pas moins chaotique, comportant de nombreuses contradictions à la source de
l’inefficacité de l’application de la convention d’arbitrage, et des méandres de méfiance qui se
manifestent notamment par la facilité avec laquelle la nullité de la convention d’arbitrage est
retenue.
Globalement, le droit marocain est très moderne, en comparaison avec les pays voisins,
mais les dérives de la pratique, et la méfiance maintenue des juges étatiques l’empêchent
d’atteindre sa pleine réalisation optimale. L’arbitrage est ainsi encore trop peu démocratisé vis-
à-vis du potentiel qu’offre le Maroc en termes de commerce international, du fait de sa position
stratégique géographique, et des garanties législatives qu’il multiplie constamment. Un
changement des mentalités est impératif pour pouvoir atteindre l’efficacité optimale de la
convention d’arbitrage.
20
BIBLIOGRAPHIE
I. OUVRAGES
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Colloque sur l'arbitrage commercial international/textes réunis sous la direction de Nabil
Antaki et Alain Prujiner, Montréal : Wilson & Lafleur, 1986, p : 16
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M.D Toumilt & A.A Toumilt, « Le droit de l’arbitrage au Maroc », Les Editions Maghrébines,
Edition 2014 p :149
H. Didace Amboulou, « Le droit de l'arbitrage et des institutions de médiation dans l'espace
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II. THESES
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21
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: un principe dynamique 2013, p. 4
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IV.TEXTE DE LOI
Dahir n° 1-07-169 du 19 kaada 1428 (30 novembre 2007) portant promulgation de la loi n°
0805 abrogeant et remplaçant le chapitre VIII du titre V du code de procédure civile.
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TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION ................................................................................................................. 6
PARTIE I : LA FORMATION DE LA CONVENTION D’ARBITRAGE ............................................. 9
CHAPITRE 1 : LES CONDITIONS DE VALIDITE DE LA CONVENTION D’ARBITRAGE .................... 9
Section 1 : Les conditions de fonds ...................................................................................................... 9
Section 2 : Les conditions de forme ................................................................................................... 10
CHAPITRE 2 : LE CONTENU DE LA CONVENTION ........................................................................ 11
Section 1 : Le contenu obligatoire...................................................................................................... 12
Section 2 : Le contenu optionnel ....................................................................................................... 14
PARTIE II : L’ENJEU DE L’EXECUTION DE LA CLAUSE COMPROMISSOIRE............................. 15
CHAPITRE 1 : LE PRINCIPE COMPETENCE-COMPETENCE .......................................................... 15
Section 1 : Effet positif ....................................................................................................................... 16
Section 2 : Effet négatif ...................................................................................................................... 16
CHAPITRE 2 : LE PRINCIPE D'AUTONOMIE ................................................................................... 17
Section 1 : Indépendance par rapport au contrat.............................................................................. 17
Section 2 : Indépendance par rapport au droit étatique ................................................................... 18
CONCLUSION................................................................................................................... 20
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