Chapitre 10 : Présentation de l’auteur et de l’œuvre du corpus : Emile Zola.
La
Bête humaine.
Sous l’impulsion d’Emile Zola, le naturalisme se développe en théorie littéraire.
Le roman devient donc, plus que le produit d’une expression artistique individuelle,
le lieu d’une expérience scientifique. Zola n’est pas l’inventeur du mot "naturalisme",
même s’il en est le théoricien et le fondateur.
BIOGRAPHIE
Orphelin de père à sept ans, Emile Zola doit abandonner ses études et
pratiquer divers petits métiers avant d’entrer, en 1862, à la librairie Hachette, où il
est employé. Vite chef de la publicité, il commence à écrire des contes, dont un volume
paraît en 1864. C’est à son ami Paul Cézanne, qu’il a connu au collège Bourbon d’Aix-
en Provence où ils étaient élèves, qu’il doit de rencontrer des peintres tels que Monet,
Renoir, Sisley, Pissarro et Manet. Décidé à vivre de sa plume, il démissionne de la
librairie Hachette le 31 janvier 1866. Le scandale de la publication de certains de ses
articles sous le titre Mes Haines et le soutien qu’il apporte à un peintre comme Manet
le font connaître. Emile Zola commence à publier des romans, dont Thérèse Raquin,
qui est sa première réussite. Après la guerre de 1870, à laquelle il ne participe pas
parce que, fils de veuve et myope, il n’est pas mobilisable, il devient journaliste
parlementaire. C’est le 22 juillet 1872, par la signature du contrat qui le lie à l’éditeur
Georges Charpentier lui assurant cinq cents francs par mois, que commence
véritablement sa carrière littéraire, qu’il mène de front avec le journalisme auquel il
ne renonce pas. Peu à peu ses romans lui valent l’amitié d’écrivains comme Flaubert,
les frères Goncourt, Daudet et Tourgueniev. Le succès de L’Assommoir, publié en
1877, septième volume des Rougon-Macquart, lui confère à la fois la notoriété et
l’aisance. Sa maison de Médan devient, le jeudi où il reçoit, le lieu de rendez-vous de
jeunes écrivains tels que Huysmans ou Maupassant. Les grands romans de Zola,
Nana en 1880, Au Bonheur des dames en 1883, Germinal en 1885, L’Œuvre en 1886,
qui le brouille définitivement avec Cézanne, permettent au naturalisme de triompher
dans toute l’Europe. Indigné par la dégradation du capitaine Dreyfus, le 5 janvier
1895, à l’Ecole militaire, Zola dénonce à la fin de l’année dans trois articles que publie
Le Figaro les campagnes de presse contre la République et les Juifs. Convaincu que
le véritable coupable de l’affaire Dreyfus est le commandant Esterhazy, qui est
acquitté à l’unanimité le 11 janvier 1898, Zola publie dans L’Aurore deux jours plus
tard l’article « J’accuse ». Zola défend le capitaine Dreyfus, condamné de trahison et
déporté. Dans cette lettre, adressé au Président de la République, il dénonce que
l’armée a fait une erreur judiciaire volontaire et a quitté le vrai coupable en
condamnant un innocent par antisémitisme. La liste des accusées est longue. Voilà
l'esprit de Zola, s'engageant personnellement pour la justice ; son « j'accuse » est
devenu l'emblème de toutes les luttes contre toute forme de racisme (il avait été peut-
être objet de racisme, parce que son père était italien).
«J'accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de
l'erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d'avoir ensuite défendu son couvre
néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus
coupables. J'accuse le général Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par
faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités du siècle. J'accuse le général Billot
d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de Dreyfus et de les
avoir étouffées, de s'être rendu coupable de ce crime de lèse humanité et de lèse-justice,
dans un but politique et pour sauver l'état-major compromis. [...] ]'accuse les bureaux
de la guerre d'avoir mené dans la presse, particulièrement dans l'Éclair et dans l'Écho
de Paris, une campagne abominable, pour égarer l'opinion et couvrir leur faute. [...]
Quant aux gens que j'accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n'ai contre
eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance
sociale. Et l'acte que j'accomplis ici n'est qu'un moyen révolutionnaire pour hâter
l'explosion de la vérité et de la justice. Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière, au
nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation
enflammée n'est que le cri de mon âme. Qu'on ose donc me traduire en cour d'assises
et quelle enquête ait lieu au grand jour! J’attends. Veuillez agréer, monsieur le
Président, l'assurance de mon profond respect ». Ecritures 2 p. 152.
Condamné à un an d’emprisonnement et à 3 000 francs d’amende, il doit
quitter la France le 18 juillet 1898. A son retour, en 1899, injurié, radié de l’ordre de
la Légion d’honneur, abandonné par une grande partie de ses lecteurs, il meurt
asphyxié par le poêle de son bureau.
THEMES FONDAMENTAUX
- objectivité et impersonnalité : Préoccupé de traduire dans ses romans les
théories qu'il défend, Zola s'efforce de peindre les milieux et les attitudes des
individus avec réalisme, de manière objective et impersonnelle à l’instar de Flaubert
dans Madame Bovary. Son souci de « vérité » se manifeste dans sa méthode de travail
et dans son esthétique.
–documentation rigoureuse : La rédaction de chaque roman est toujours précédée
d'une documentation rigoureuse et d'une étude approfondie des modes de vie et des
problèmes économiques et sociaux qui caractérisent le milieu décrit.
-Classe ouvrière : Zola introduit la classe ouvrière dans ses misères : dans
l’Assommoir il peint la déchéance d’une famille de prolétariat à cause de la misère et
de l’alcool.
- philosophie positive et sciences expérimentales : le cycle romanesque de Rougon
Macquart est conçu comme démonstration de la théorie de l’hérédité (les tares se
répercutent sur cinq générations) et du déterminisme social (L’homme est déterminé
par race, milieu et moment- selon l’idée de Taine).
– Patois : Quant à son esthétique, il refuse la tradition du roman romantique : Zola
n'hésite pas à utiliser des mots jusqu'alors exclus de la littérature, comme les patois
régionaux, les mots populaires ; il veut que chaque personnage parte avec sa propre
langue.
-Focalisation et discours indirect libre : Zola adopte un type de multi focalisation
interne (c’est-à-dire le narrateur décrit à travers les points de vue de plusieurs
personnages, qui lui permet de s'effacer derrière ses personnages. Grace à la
technique du discours indirect libre, la voix du narrateur et la voix du personnage se
mêlent et se confondent : les monologues intérieurs sont associés au récit et le lecteur
ne sait plus si c'est le personnage ou le narrateur qui parte. De cette manière,
l'écrivain laisse la parole à l'âme collective des masses qui expriment leurs malheurs
et leurs espoirs à travers la voix du personnage qui voit et raconte.
- Peinture de la société : L'art de Zola est plus puissant que sa pensée théorique et
dépasse toujours l'aspect documentaire du réalisme étroit, pour assumer une
signification épique (Rougon-Macquart remande au grand projet de La Comédie
Humaine de Balzac). Zola n'est pas le peintre de la société du présent : il décrit la
terre, la machine, le progrès.
Les ROUGON MACQUART (1871-1893)
Les Rougon-Macquart est une œuvre gigantesque où Zola prétend d’étudier les
tares héréditaires (alcoolisme, prostitution, violence) qui se répercutent sur cinq
générations successives. Zola élabore un vrai arbre généalogique de tares héréditaires
: la maladie mentale et les tares héréditaires se transmettent de père en fils, de
génération en génération. Les Rougon-Macquart sont “l’histoire naturelle et sociale
d’une famille sous le second Empire”. Les vingt livres de cette « histoire sociale » se
déroulent dans une époque qui va du coup d'État du 2 décembre 1851 au désastre
de Sedan (1871). Il dresse l'arbre généalogique des Rougon-Macquart et étudie leurs
existences en affirmant sa foi dans la science : « Tout dire, pour tout connaitre ». Dans
le premier roman, La Fortune des Rougon, Zola montre les conséquences que la
névrose d'une certaine Adélaïde (Tante Dide) provoque dans sa descendance. Mariée
à son domestique Rougon, après la mort de celui-ci, elle se lie à un ivrogne, Macquart.
Pierre, le fils de Rougon, s'empare de la fortune de sa mère et devient l'un des notables
du Second Empire. Les enfants de Macquart auront un autre destin, mais sur tous
pèsera leur triste héritage : la névrose et l'ivrognerie. À travers cinq générations
successives, Zola va suivre « le travail secret qui donne aux enfants d'un même père
des passions et des caractères différents à la suite des croisements et des façons
particulières de vivre ». Avec plus de mille personnages, Zola nous introduit dans des
milieux différents : dans le milieu corrompu des affairistes (La Curée, 1872), ou des
politiciens, dont il dénonce les intrigues avec le clergé ou la presse ou dans le milieu
des grands magasins (Au Bonheur des Dames, 1883) ou des artistes (L'Œuvre, 1886).
Mais c'est surtout le monde des classes les plus misérables, les ouvriers, les mineurs,
et les paysans, qui l’intéressent.
LA BETE HUMAINE (1890)
La bête humaine, c'est tout ce que l'être humain contient de passions instinctuelles
non maitrisées. De ce fait, les personnages sont voués à une passion qui les occupe
tout entiers, que ce soit la passion sexuelle, le désir de puissance ou de possession,
la fascination pour la mort. Dans ce roman, la passion dominante, c'est le désir de
tuer.
Résumé : Le frère ainé de Claude et Étienne, Jacques Lantier, déteste les femmes
qu'il a envie de tuer au moment même où il les désire. Mécanicien de locomotive, il
est témoin d'un meurtre dans le train. Sévérine, la meurtrière, devient son amante
pour l'empêcher de parler. Mais Jacques finira par la tuer avant de mourir lui aussi
lors d'une querelle avec le chauffeur de cette autre bête qu'est la locomotive.