Violence: Au Travail
Violence: Au Travail
AU TRAVAIL
Bonne lecture !
Yves Proulx
OP VOL. 38 NO 4 2015 | 13
D O S S I E R V I O L E N C E A U T R A V A I L
Exposition aux risques gir. En plus de la prévention à la source, on retrouve quatre niveaux
La gravité et la fréquence des agressions (encadré 2) sont deux d’intervention qui sont cumulatifs : protection, désamorçage (éviter
facteurs qui influencent le choix d’une formation. La plupart du temps, l’escalade), gestion verbale et gestion physique de la crise (encadré
l’établissement se mobilisera à la suite d’un incident grave et inha 4). Le rôle attendu de l’employé devrait être cohérent avec le contexte
bituel. Toutefois, l’incident moins grave, mais qui se répète presque dans lequel il travaille et avec ses fonctions.
tous les jours, nécessite aussi une réponse pour que les travailleurs Ainsi, à première vue, il semble normal et prévisible que l’inter
soient et se sentent en sécurité. Cette exposition aux risques est in venant de l’équipe de code blanc puisse agir selon les quatre niveaux,
fluencée par la nature de la clientèle, mais aussi par le type d’acti alors que le préposé à l’entretien ménager n’a qu’à connaître les
vités, de contacts et d’interactions que le travailleur maintient avec principes de protection élémentaires et savoir où demander de l’aide
les clients (encadré 3). en situation de violence. Or, ce dernier est parfois appelé en renfort
dans certains CLSC ou dispensaires par des membres du personnel
Rôle du travailleur se sentant intimidés. Il devient donc un maillon important et requiert
L’autre élément de réflexion concerne les attentes à l’égard du sans doute plus de formation et de sensibilisation, sans compter la
travailleur et sa façon de prévenir les épisodes de violence ou d’y réa possibilité d’officialiser (reconnaissance) son mandat.
2
NIVEAUX de risques selon la fréquence et la gravité des agressions
Agression
Altercation Agression physique Assaut
verbale Agression Menace, physique modérée à grave, extrêmement Attaque
mineure verbale intimidation mineure menace de mort grave exceptionnelle
1 fois/semaine
1 fois/mois
2 fois/année
1 fois/année
• Altercation verbale mineure : désaccord animé, élévation de la voix. • Agression physique modérée à grave, menace de mort : voie de fait causant
• Agression verbale : abus, juron envers un membre du personnel en particulier ou ayant pu causer des lésions corporelles importantes (de modérées à graves) //
// menace non spécifique. agression physique comportant coup de pied, coup de poing, morsure, etc. //
fracture, bris de dent // menace de mort // dommage important à la propriété.
• Menace, intimidation : menace précise de faire du tort // expression ouverte
de l’intention d’agresser physiquement // barrage du passage // lancement • Assaut extrêmement grave : voie de fait grave, agression sexuelle // blessure
ou bris des objets // dommage de peu d’importance à la propriété. grave, mutilation, défiguration, mise en danger de la vie // agression physique
grave comportant coups de pied ou coups de poing multiples, impact violent à la
• Agression physique mineure : contact physique humiliant ou douloureux, voie
tête, viol ou tentative de viol.
de fait simple (causant des blessures mineures) // bousculade, empoignade,
égratignure, pinçure, crachat. • Attaque exceptionnelle : voie de fait armée ou menace armée // meurtre ou
tentative de meurtre // prise d’otage.
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En situation d’urgence grave, le même phénomène se produit vision organisationnelle est claire et on identifiera les priorités. Faut-il
lorsqu’on attend de la cuisinière d’une RAC (résidence en assistance former des travailleurs pour combler l’absence d’une équipe de code
continue) ou d’un CRDI (centre de réadaptation en déficience intel blanc ? Faut-il offrir une formation afin d’amener un sentiment de
lectuelle) qu’elle collabore et offre une assistance aux intervenants sécurité chez le personnel ?
en difficulté en attendant l’arrivée des policiers. Ces exemples mon Par ailleurs, la formation n’est pas une panacée. Elle ne compen
trent bien la nécessité de procéder à une évaluation plus approfondie sera pas les lacunes d’une situation de travail mal adaptée aux be
pour déterminer quelle formation sera nécessaire pour chacun. soins et aux risques présents chez la clientèle, par exemple un client
présentant un risque grave d’agression admis dans un environnement
Réflexion sur les besoins organisationnels qui comporte des objets qui peuvent devenir des armes potentielles
Lors de l’analyse pour choisir une formation, on s’assurera que la pour lui ou pour les autres.
SOINS PHYSIQUES
SOINS VERBAUX ET PSYCHOLOGIQUES +
RELATIONNELS + SOINS VERBAUX ET PSYCHOLOGIQUES
relationnels +
relationnels
RELATIONNELS Accueil, orientation, renseignement, échange d’informations... C’est la situation du personnel adminis
tratif, des préposés à l’accueil, commis d’unité, bénévoles, préposés à l’entretien ménager, préposés aux
services techniques...
De façon générale, en épisode de crise, on ne s’attend pas à ce que ces personnes prennent en charge la
situation et gèrent la crise. On s’attend à ce qu’elles traitent la clientèle avec courtoisie et qu’elles sachent
quand, où et comment demander de l’aide.
SOINS VERBAUX ET En plus du volet précédent, ces travailleurs sont responsables de donner services, soins, soulagement,
PSYCHOLOGIQUES traitements, éducation ou assistance au client. C’est la situation de certains professionnels de soins
+ relationnels (psychologues, travailleurs sociaux, diététistes...), des éducateurs en centres jeunesse, agents de sécurité
sans mandat d’intervention physique, intervenants en centres communautaires...
En épisode de violence, ils devraient pouvoir formuler des interventions verbales pour désamorcer la
situation, encadrer les comportements du client, le guider ou énoncer des limites.
SOINS PHYSIQUES En plus des deux volets précédents, ces travailleurs doivent donner soins, traitements ou assistance
+ soins verbaux qui impliquent une grande proximité physique. Parfois, ces contacts physiques (ou procédures) peuvent
et psychologiques être douloureux, inconfortables, intimes, envahissants ou même refusés par le client. C’est la situation
+ relationnels de certains professionnels de soins (physiothérapeute, ergothérapeute...), des techniciens de centre de
prélèvement, préposés aux bénéficiaires, infirmières, agents de sécurité avec mandat d’intervention
physique.
En épisode d’agressivité, les interventions des volets précédents s’appliquent, mais les travailleurs
pourraient aussi devoir se protéger, se dégager d’une situation d’agression physique potentielle. Certains
seront même appelés à appliquer des mesures restrictives et de contrôle.
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Référence
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La civilité au travail :
compétence requise pour tous
Gerlanda Cacciatore
Josianne Brouillard Doctorante en psychologie industrielle et organisationnelle
[email protected] Collaboratrice externe, [email protected]
Tout le monde souhaite se rendre au travail pour y trouver l’intention de nuire est ambiguë et qui vont à l’encontre des normes
un climat de confiance, d’entraide et de collaboration. Est-ce de respect mutuel en milieu de travail. Les comportements d’incivilité
votre réalité ? Parlons civilité et voyons comment elle favo réfèrent à des comportements impolis, grossiers, discourtois et font
rise ce climat de travail. preuve d’un manque de considération pour autrui. »
Ces réflexions devraient nous sensibiliser à l’importance de notre
Tous les jours, nous côtoyons des collègues ou des clients. Qu’est- attitude au travail. L’encadré 1 montre quelques exemples de ces
ce qui influence la qualité de toutes ces relations ? L’attitude, la fa- deux types de comportements dans nos relations avec les autres.
çon dont on interagit et communique, nos gestes, nos comporte-
ments. Bref, cela réfère au savoir-être. Notre manière de nous com- Incivilité ou harcèlement psychologique
porter a pour effet de créer ou de maintenir un climat de travail sain Souvent, les gestes ou les comportements d’incivilité peuvent
ou, à l’inverse, un climat tendu. s’apparenter à ceux du harcèlement psychologique. Dans ce cas, il
faut évaluer la présence de certains critères : une conduite vexatoire,
Civilité et incivilité la répétitivité des comportements, des paroles, des gestes, des actes
La civilité, ce sont des petits gestes qui font une grande dif- hostiles ou non désirés. Quoi qu’il en soit, la ligne entre incivilité
férence pour les autres. Ils influencent la capacité d’un et harcèlement psychologique demeurant très mince,
individu ou d’une équipe de travail à se sentir bien. il faut agir en prévention, avant que ces gestes
La civilité peut se définir comme suit1 : « ...l’en- ne se transforment en conflit, agression ou
semble de tous les petits sacrifices que l’on doit violence au travail.
faire si l’on veut être capable de vivre ensemble... L’incivilité peut avoir beaucoup d’impact
On se doit d’agir avec civilité même avec les gens que sur le bien-être et, en conséquence, sur la santé
l’on n’aime pas, car la civilité est le plus petit dénomi psychologique. Pensez à une situation où un col-
nateur commun de nos relations interpersonnelles. lègue ou un client s’est conduit de façon irrespectueuse
Agir avec civilité peut nous demander un effort, mais envers vous. Quel a été l’effet de sa conduite sur votre
l’on souhaite tous que les autres fassent ce même effort en- bien-être ? Peut-être avez-vous réagi spontanément de la
vers nous. » même façon, avec irrespect, à son égard. Peut-être
Par ailleurs, Andersson et Pearson2 (1999) défi n’avez-vous rien dit, mais avez ruminé pendant des
nissent l’incivilité comme suit : « ...des traitements heures, même à la maison. Les effets de telles situa-
interpersonnels négatifs à faible intensité où tions peuvent se faire sentir longtemps (encadré 2).
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3 Besoin d’un coup de main ? L’ASSTSAS offre des services sur la civilité au travail
Responsabilités de l’employé sionnels attendus, tels que définis par le code de conduite de
Pour sa part, l’employé doit se soucier de son propre comportement l’organisation, en mettant l’accent sur le respect. Les responsabi-
et être sensible aux conséquences de son attitude sur les autres. liser en ce sens.
Chacun doit se demander si sa façon d’agir ou ses paroles favorisent • Offrir de la formation sur les comportements civils, les habiletés
la collaboration et le bien-être des collègues ou, au contraire, con- sociales de base, la communication et la gestion de conflits.
duisent à un climat de tension. • Faire respecter le code de conduite de façon uniforme et équitable,
L’employé qui se croit victime d’incivilité ne doit pas hésiter à peu importe la fonction de l’employé ou son ancienneté.
rencontrer son collègue pour lui faire part des conséquences de son • Reconnaître et souligner les bons coups et agir en cas d’incivilité
attitude. Contrairement au harcèlement psychologique, l’auteur de pour démontrer l’importance accordée à la civilité.
l’attitude reprochée agit rarement dans le but de blesser. La situation
peut donc se résorber simplement en rencontrant la personne pour Les bonnes manières au travail, ça s’apprend !
l’informer des effets qu’entraîne son comportement. Peu importe le type d’actions mises en place pour favoriser la ci-
Dans un premier temps, il serait souhaitable que les employés vilité, il s’agit d’abord de reconnaître nos propres attitudes et com-
concernés discutent directement entre eux, ouvertement et avec res portements et d’agir rapidement lorsqu’une situation d’incivilité
pect, dans le but de résoudre la situation. Si les comportements re- survient. Ce sont ces pratiques qui, à la longue, peuvent favoriser un
prochés sont maintenus et que le climat demeure tendu, ce sera au changement de culture et créer un climat de travail sain et har-
gestionnaire d’intervenir pour une mise au point afin d’amener ces monieux. K
personnes à trouver une solution.
Références
Meilleures pratiques en matière de prévention
1. CARTER, S. L. Civility: Manners, Morals, and the Etiquette of Democracy, New
Certains auteurs, dont Lim et Bernstein3 (2014), sont d’avis que
York: Basic Books. 1998.
la civilité est une compétence acquise qui peut être développée chez
2. ANDERSSON, L. M., C. M. Pearson. “Tit for Tat? The Spiraling Effect of Incivility in
les travailleurs. Voici, selon eux, quelques-unes des pratiques pour the Workplace”, Academy of Management Review, 1999, 24, 452.2.
prévenir l’incivilité et le harcèlement en milieu de travail et, ainsi, fa
3. LIM, F. A., I. BERNSTEIN. “Civility and Workplace Bullying: Resonance of Nightin-
voriser des relations plus saines et harmonieuses. gale’s Persona and Current Best Practices”, Nursing Forum, 2014, 49(2), 124-129.
• Élaborer et mettre en place des politiques et des procédures en NICHOLSON, T., B. GRIFFIN, B. “Here Today but Not Gone Tomorrow: Incivility Affects
lien avec l’incivilité et le harcèlement psychologique au travail. After-Work and Next-Day Recovery”, Journal of Occupational Health Psychology,
• Informer les membres de l’équipe sur les comportements profes- 2015, 20, 218-225.
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Oméga forme les travailleurs du milieu de la santé à faire L’évaluation a été faite sur de nombreuses mesures se rapportant
face aux situations d’agressivité. Cette formation a fait aux perceptions des participants quant à leur bien-être, leur sécurité
l’objet d’une évaluation scientifique par les chercheurs du et leur sentiment d’efficacité en lien avec l’agressivité des patients
Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé men (encadré 2). Afin d’évaluer sur une longue période, les participants
tale de Montréal (CR-IUSMM)1. Voici les principaux résultats. complétaient un questionnaire, avec les mêmes questions, à trois
reprises :
La formation Oméga à l’IUSMM • avant le début de la formation ;
Depuis une quinzaine d’années, l’IUSMM est engagé dans un pro- • environ 3 mois après ;
cessus de promotion d’environnements de travail sans violence ni • environ 11 mois après.
harcèlement. L’implantation de la formation Oméga constitue l’une
des mesures adoptées pour atteindre cet objectif. Créée en 1998 par Ce qui a changé après Oméga
l’ASSTSAS et ses collaborateurs, Oméga favorise le développement De nombreux changements positifs ont été observés 3 et 11 mois
d’habiletés qui permettent aux travailleurs faisant face à une situa- après l’implantation de la formation (encadré 3).
tion d’agressivité d’assurer leur propre sécurité ainsi que celle des
Chez l’ensemble des participantS
usagers2.
• Les participants éprouvent moins de détresse psychologique
La formation est basée notamment sur l’utilisation d’une grille du
après la formation : 3 et 11 mois.
potentiel de dangerosité afin d’apprendre aux travailleurs à mesurer
• Ils estiment que leur risque d’exposition à de la violence dans leur
le degré de dangerosité manifesté par le client, à guider leur choix
unité de travail diminue : 3 et 11 mois.
d’intervention vers la plus appropriée et à adopter un langage commun
• Ils ont moins peur d’être exposés à de la violence au sein de leur
entre les intervenants.
unité : 3 mois.
• Ils estiment que leur exposition à des tensions, à de la violence
Mesurer les perceptions
mineure et à de la violence grave a diminué : 3 et 11 mois.
L’équipe de recherche du Centre d’étude sur le trauma du CR-
IUSMM a mené une étude d’évaluation de l’impact de cette formation
auprès de 89 membres volontaires du personnel de l’urgence et des
soins intensifs (infirmiers, préposés aux bénéficiaires et agents d’in
tervention) (encadré 1). Ces personnes ont reçu la formation Oméga
entre janvier 2012 et novembre 2013.
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• Ils se sentent davantage outillés pour faire face aux tensions, à de Pourquoi Oméga fonctionne-t-elle ?
la violence mineure et à de la violence grave : 3 et 11 mois. Les résultats positifs obtenus grâce à la formation peuvent
• Ils ont développé leur confiance en soi pour faire face aux situa- notamment s’expliquer par la capacité d’Oméga à répondre aux be-
tions de violence : 3 et 11 mois. soins des travailleurs. Ces besoins ont fait l’objet de recommanda-
• Ils ont moins d’attitudes négatives à l’égard du travail : 3 mois. tions par l’Organisation internationale du travail, lesquelles visent à
la fois à promouvoir de meilleures pratiques en cas d’agression et à
Chez certains participants
développer des compétences psychosociales.
• L’auto-évaluation de la santé globale, physique et mentale n’a pas
En ce qui concerne l’adoption de meilleures pratiques, la forma-
changé. Les participants s’estiment en bonne santé, avant comme
tion permet de comprendre comment organiser une équipe de travail,
après la formation, avec des scores moyens supérieurs à 2 (sur
appelée « groupe de base », avec le personnel le plus expérimenté
une échelle de 0 à 4).
pour les situations de violence les plus difficiles. Elle permet aussi de
• Cependant, trois mois après la formation, la perception de la santé
faire connaître les étapes précises à suivre en cas d’agression. Enfin,
mentale évolue positivement davantage chez les femmes (+ 0,22
elle oriente le travailleur-victime vers les ressources utiles pour une
point), alors qu’elle reste stable chez les hommes (- 0,05 point).
prise en charge adaptée.
• À court terme, la santé globale perçue évolue différemment en
Au niveau du développement des compétences psychosociales, la
fonction du type d’emploi, les infirmiers rapportant une améliora-
formation permet d’encourager l’affirmation de soi et l’autonomie.
tion de leur santé globale.
Elle développe aussi les compétences en communication dans le but
• L’évolution moyenne de la perception du niveau de sécurité des
de mieux identifier, anticiper et éviter les situations à risque.
participants n’a pas changé. Ils se sentent assez en sécurité, avec
Les apprentissages acquis par Oméga font écho à ceux mis en
des moyennes de 12,1 (avant la formation), 12,5 (à 3 mois) et
avant par Beech et Leather3. Par une analyse approfondie de la lit-
12,3 (à 11 mois) sur une échelle de 0 à 18. Cependant, à 11 mois,
térature, ces chercheurs ont mis en évidence les caractéristiques
les infirmiers se sentent davantage en sécurité (+ 2,48 points)
communes aux programmes de formation qui fonctionnent le mieux.
que les agents d’intervention.
Ils ont montré ce dont devrait traiter une formation efficace :
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• compréhension de l’agression et du type de violence ; de données objectives, tel que le nombre d’incidents survenus ou le
• développement des compétences pour évaluer le danger et pren- recours aux mesures de contentions, permettrait de documenter da-
dre des précautions ; vantage la nature des changements obtenus ; cela fera d’ailleurs
• compréhension des méthodes d’interaction avec des personnes à l’objet d’une prochaine étude.
risque de violence (développement de compétences interperson- Malgré ces limites, il s’agit de la première étude à montrer les
nelles et de communication) ; effets positifs du programme Oméga sur les auto-perceptions des
• mise en place d’actions post-incident (ex. : rapports ou retours employés en rapport avec leur santé mentale, le niveau de violence
sur l’événement). auquel ils sont confrontés et leur sentiment de compétence pour faire
face aux situations de violence. K
Les limites de l’étude
Références
Comme cela se produit dans toutes les études scientifiques, celle-ci
comporte certaines limites méthodologiques. Par exemple, notre étude 1. BOYER, R., S. GUAY, J. GONCALVES. Évaluation du programme de formation Oméga
n’incluait pas de groupe contrôle, c’est-à-dire un groupe qui n’aurait pour prévenir et gérer l’agressivité des patients, Résultats d’une étude menée à
l’IUSMM, (Collection Recherche et évaluation), IUSMM, 2014 (www.equipevisage.ca/
pas été soumis au programme de formation. L’inclusion d’un tel groupe
wp-content/uploads/2014/11/rapport_omega.pdf). Pour information, contacter
aurait permis de s’assurer que les effets obtenus proviennent bien du Stéphane Guay ([email protected]).
programme et non d’autres facteurs. Par ailleurs, étant donné que
2. ROBITAILLE, M. J. « Oméga : apprendre à gérer les crises de violence », ASSTSAS,
notre échantillon était constitué uniquement d’employés du secteur Objectif prévention, vol. 22, no 4, 1999, p. 8-9.
psychiatrique, nous ne pouvons pas généraliser nos résultats à d’autres 3. BEECH, B., P. LEATHER. “Workplace Violence in the Health Care Sector: A Review
milieux de travail. of Staff Training and Integration of Training Evaluation Models”, Aggression and
Enfin, les données utilisées dans cette étude sont de nature sub- Violent Behavior, 11(1), 2006, p. 27-43.
jective (elles reflètent les auto-perceptions des employés). L’analyse
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tervenants sociaux, dans le cadre de leurs fonctions. ÉTMISS Évaluation des technologies et des modes
d’intervention en services sociaux
Dans son enquête de 2004, Statistique Canada1 estimait que le tiers
des victimes de violence en milieu de travail impliquait des personnes TCC-T Thérapie cognitivo-comportementale
axée sur le trauma
issues des secteurs de l’assistance sociale et de la santé. Lors de tels
Interventions Premiers soins Utiles (manque Offrir du soutien de façon non interventionniste et, si possible,
POSTIMMÉDIATES psychologiques d’évidence scientifique) évaluer brièvement les facteurs de risque // La personne
n’est pas apte à bénéficier d’une intervention psychologique
intervention
secondaire Veille attentive Offrir un soutien social, pratique et émotionnel //
Symptômes de faible intensité // Suivi à réaliser (dépistage)
Pharmacothérapie Efficacité non confirmée Ne pas l’utiliser comme une intervention préventive, ni la
(évidences scientifiques privilégier à la TCC-T // L’utilisation régulière et précoce
faibles) de la pharmacothérapie n’est pas recommandée
Autres interventions Évidences faibles Ne devraient pas être offertes sur une base régulière aux
non axées sur le trauma individus présentant des symptômes d’ÉSPT
Interventions TCC-T // Efficaces Devraient être fournies sur une base individuelle, à l’externe
THÉRAPEUTIQUES Désensibilisation et
reprogrammation par
pour traiter
mouvements oculaires
l’ÉSPT
intervention
tertiaire
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L’approche préconisée par l’ÉTMISS est novatrice. Alliant connaissances scientifiques et expérientielles, elle
soutient la prise de décision basée sur les données probantes. Portant sur des données dites secondaires, l’ÉTMISS
synthétise et rend accessible les résultats de recherches menées à travers le monde en vue d’éclairer la prise de
décision et d’influencer les pratiques.
Dans la présente ÉTMISS, la recherche a été effectuée à partir de la littérature scientifique et la littérature grise
publiées entre 2008 et 2013. D’emblée, une recherche exploratoire a permis de préciser la terminologie et
d’orienter la recherche sur la prévention et le traitement de l’état de stress aigu (ÉSA) ou de l’état de stress post-
traumatique (ÉSPT). C’est donc à partir d’une synthèse de revue systématique et de méta-analyse que les approches
probantes pour soutenir les intervenants exposés à la violence sont dégagées.
événements, les organisations déploient une multitude de services De très nombreuses approches
afin de soutenir les employés et prévenir l’absentéisme au travail. Soucieux de la qualité des services offerts à ses employés et voulant
Au CJQ-IU, le traitement et le rétablissement des personnes ayant s’y retrouver parmi la panoplie d’approches disponibles, le CJQ-IU a
été exposées à des événements violents ou traumatisants se réalisent adressé une demande à l’Unité d’ÉTMISS, créée en 2011, afin d’iden
actuellement par la postvention. Cette intervention comprend un suivi tifier les meilleures interventions à mettre en place.
avec différents acteurs : chef de services, collègues, psychologues, pro Dans le but d’y voir plus clair, les résultats de cinq méta-analyses2 à 6
gramme d’aide aux employés, etc. qui veillent au bien-être de la victime. et de deux guides de pratiques7, 8 ont méticuleusement été étudiés.
Le tableau synthétise les principales approches repérées et le niveau
de preuves établis sur la base des évidences scientifiques actuelle-
ment disponibles.
Différentes Immédiatement après l’événement // Dès que la personne se Guides de pratique (recommandations
personnes sent en sécurité (jusqu’à 2 jours après l’événement) formulées à partir de consensus d’experts)
Médecin À considérer dans la phase aiguë d’un ÉSPT (entre 1 et 3 mois) Guides de pratique (recommandations
pour les troubles du sommeil : hypnotique (court terme), anti- reposant sur l’opinion d’experts et sur
dépresseur (long terme) quelques études empiriques de faible qualité)
Différents acteurs Dans les 3 mois suivant l’événement traumatique Guide de pratique (recommandations
formulées à partir de résultats de recherche)
Thérapeute Peu importe l’intervalle de temps écoulé depuis l’événement Guide de pratique (recommandations
compétent traumatique formulées à partir de résultats de recherche)
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lien entre eux. Le soignant se sent inadéquat puisque qu’il a l’im La réévaluation
pression « de se battre » avec l’enfant. Cela peut conduire au retrait L’intervenant qui exécute les tâches au domicile doit poursuivre
psychologique du soignant, qui se centre sur la tâche plutôt que sur son analyse en continu. Lorsque la situation évolue, que de nouveaux
la relation harmonieuse. D’un point de vue physique, la gestion de risques à la sécurité ou des entraves à l’autonomie apparaissent, le tra
l’énergie négative de l’enfant oblige l’aidant à fournir des efforts vailleur doit les rapporter à son supérieur. Ainsi, les mesures appro
supplémentaires et représente des risques à sa sécurité. priées seront celles qui favorisent la sécurité des aidants et celle de
l’enfant, tout en lui laissant un maximum d’autonomie et de liberté. K
Lit bas et réaménagement de la chambre
Détaillons un exemple de changement de couche tumultueux. Une Merci
auxiliaire aux services de santé et sociaux (ASSS) intervient à domi Marie-Josée Mayer et à sa fille Mégan, 13 ans, pour les photos.
cile auprès d’un enfant de 12 ans à mobilité réduite et déficient intel
lectuel. Il est couché dans un lit d’hôpital muni de barreaux. Lorsque Références
l’ASSS ouvre les portes du contour-bassinette, l’enfant est agité, se 1. SANTÉ CANADA. Votre enfant est-il en sécurité ? À l’heure du coucher, 2012.
tourne rapidement d’un côté à l’autre et tente de la frapper au visage.
2. ÉQUIPE DE CONSULTATION SUR LES AIDES TECHNIQUES. Suggestions de modifica
L’ASSS effectuera probablement des efforts excessifs pour contenir tions de l’environnement du domicile pour une clientèle présentant des problèmes
l’enfant, mettre la couche sans se faire frapper, tout en s’assurant de comportement, février 2011 (www.centreinterval.qc.ca/fr/documentation/?
qu’il ne tombe pas par les portes ouvertes du contour-bassinette. cat=61).
Envisageons le même soin sur un lit bas résidentiel ou d’hôpital à 3. MINISTÈRE DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX DU QUÉBEC. Cadre de ré-
profil bas. La soignante pose un genou ou s’assoie sur le matelas férence pour l’élaboration des protocoles d’application des mesures de contrôle.
pour éviter de fléchir le dos. En cas d’agitation, elle peut reculer pour Contention et isolement, Édition révisée, août 2011.
éviter un coup, sans craindre que l’enfant tombe de haut. Pour maxi 4. MSSS. Vers un changement de pratique afin de réduire le recours à la conten-
tion et à l’isolement. Clientèle-pédiatrie, Programme de formation, Cahier du
miser la sécurité, un petit matelas de gymnastique ou un tapis de
formateur, 2008.
chute est juxtaposé au lit.
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Une des tâches les plus exigeantes pour le personnel en Chercher pourquoi le client résiste
CHSLD est, sans contredit, d’assurer les soins d’hygiène ou Dans un objectif de prévention des accidents du travail, la première
de continence auprès de personnes en perte d’autonomie. démarche consiste à examiner la situation de soins pour identifier les
facteurs à l’origine de la résistance du client. Si les soignants réussis
À cette occasion, les travailleurs sont en contact physique soutenu saient à percer la dynamique du client, ils pourraient composer un
avec chacun de leurs clients et exécutent de nombreux gestes, la plu contexte d’intervention qui l’apaiserait, le rassurerait ou le motiverait.
part demandant des efforts. Sans la collaboration de la personne, pro Toutefois, la détection des facteurs de résistance comporte plusieurs
céder aux soins intimes devient dangeureux pour l’intégrité physique embûches.
et psychologique des intervenants. D’abord, il s’agit d’une combinaison de facteurs plutôt que d’un
aspect unique. En cherchant la cause essentielle, on attribuera inva
Un réel risque à la SST riablement la raison de l’opposition du client à sa maladie ou à son état.
L’opposition aux soins ou le refus prend différentes formes : la men Comme il n’y a pas de guérison probable, l’équipe de soins est con
tion claire et univoque de son objection (« Non merci, je ne veux pas damnée à l’impuissance ou à appliquer une contention chimique qui
de bain... »), la résistance passive (inertie, ignorance des consignes) rendra inerte le client trop agressif. Selon l’article 16 du Code civil,
ou, encore, des comportements imprévisibles, agressifs et réactifs.
L’étude de l’Institut canadien d’information sur la santé1 a révélé RGANISATION
Q UES O N EL
qu’en hébergement, plus de quatre personnes âgées sur dix résistent ATI LES
aux soins d’hygiène. Par ailleurs, Raisin et Barick2 ont démontré que
PR
90 % des clients atteints de démence s’agitent quand le soignant
leur annonce l’heure du bain. Enfin, Sloane et al.3 rapportent que 65 %
des comportements agressifs et perturbateurs des personnes souf
frant d’Alzheimer se manifestent à l’occasion du bain, de la douche
ou de la toilette au lavabo.
Près des trois quart des soignants en CHSLD seraient aux prises,
tous les jours, avec des comportements de résistance aux soins. À ces
occasions, ils ressentent malaises, frustrations, stress et détresse psy
chologique. Ils se font aussi blesser : contusions, égratignures, mor
sures, fractures de doigts, sans compter les maux de dos... Selon
Belzil4, le personnel associe la résistance active ou passive à
l’augmentation du fardeau de tâche et tendent à développer le désir
de quitter le service, l’établissement, voire même la profession.
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Le potentiel de violence marché. Une analyse de risques et un regard global sur la situation
La nature particulière de la clientèle et la diversité des tâches, de travail par le comité de SST permettront un choix judicieux quant
surtout pour les travailleurs exposés à un potentiel de violence élevée, à la prévention des accidents, tout en satisfaisant aux exigences des
obligent à un examen rigoureux des différents produits offerts sur le établissements quant au port de la carte d’identité. K
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