DA-Cours (S2)
DA-Cours (S2)
Robert Badinter – Avocat et garde des sceaux sous Mitterand, abolissant la peine de mort (loi de 1981)
Université de Bordeaux
2016
« La justice française ne peut être une justice qui tue » Robert Badinter
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Droit Administratif
INTRODUCTION
Cette soumission au droit de l'administration (dans son action) est aujourd'hui sans
commune mesure avec ce qu'elle était, notamment tout au long du XIX ème, à une
époque où prévalait l'idée de souveraineté de l'Etat entendu comme un pouvoir
sans contrainte et donc insusceptible de donner lieu à sanctions devant le juge.
Il s'agit d'articuler la poursuite de l'intérêt général, avec la possibilité pour les administrés
via le juge d'assurer le respect des lois par cette même administration.
Cette soumission au droit de l'administration (une des composantes de l'Etat de droit) doit
beaucoup au travail, à l'oeuvre du Conseil d'Etat.
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Chapitre 1 : Le droit applicable à l'administration
La jurisprudence a peut à peut évolué pour tenir compte de deux faits majeurs qui
caractérisent l'évolution du droit depuis la deuxième guerre mondiale.
Ces deux faits se sont conjugués à un troisième phénomène plus spécifique à la France
qui est la remise en cause de la loi et de l'idée qui prévalait jusque la c'est à dire son
infaillibilité à partir des années 1930. Ce mouvement a entrainé une double évolution,
une double mutation dans le dispositif de la soumission de l'administration au droit par le
juge.
L'enjeu d'un litige devant le juge administratif, c'est toujours et seulement l'action de
l'administration. Ca n'est jamais en tant que tel la loi. Dans le cadre d'un litige qui vise
l'action de l'administration, il peut être question de la conformité au droit de la loi, mais
l'enjeu du litige n'est jamais en soit la loi.
Ainsi, du principe de légalité (assurer le respect de la loi sans jamais la contrôler),
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on est passé petit à petit à ce qu'on appelle le principe de juridicité (ou encore
principe de légalité).
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Section 1 : Les sources internes du droit administratif
I) La Constitution
Toutes les dispositions qui figurent dans la constitution ou qui y sont rattachées (le
bloc de constitutionnalité) ont valeur constitutionnelle (décision 1971 sur la liberté
d'association). Le Conseil d'Etat est sur cette ligne et un arrêt en porte clairement
témoignage CE Ass. 3 octobre 2008, Commune d'Annecy. Par cet arrêt, le Conseil d'Etat
reconnaît la pleine valeur constitutionnelle « des droits et devoirs définis dans la charte de
l'environnement ». Pour autant, alors même qu'elles ont valeur constitutionnelle, certaines
dispositions ou principes ne peuvent être utilement soulevés devant le juge administratif
pour contester directement la légalité de l'action administrative.
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dispositions législatives ont été prises pour assurer leur mise en œuvre, la légalité des
décisions administratives s'apprécie par rapport à ces dispositions (CE, 19 juin 2006,
association eaux et rivières de Bretagne). Cette jurisprudence a été soutenu pour l'Art 1, 2,
6 de la charte notamment. Dés le départ, le Conseil d'Etat a admis l'invocabilité à
l'encontre d'un acte administratif du principe de précaution qui fait l'objet de l'Art.5 de la
charte de l'environnement, alors même que cette disposition est reprise à l'Art.L110-1 du
Code de l'environnement (CE, 6 avril 2006, ligue de protection des oiseaux).
Deux arrêts ont contribué à faire évoluer cet état du droit s'agissant de la charte de
l'environnement. Un premier arrêt a permis au justiciable d'invoquer une disposition
de la charte en l'absence même de la loi qui est sensé en préciser la portée (CE Ass.,
2008, Commune d'Annecy). Il y explique que les dispositions de la Charte s'imposent aux
pouvoirs publics et aux autorités administratives dans leur domaine de compétences
respectives. Cette jurisprudence permet à un justiciable d'obtenir l'annulation pour
incompétence d'un acte administratif précisant la portée et souvent la restreignant d'un
article de la charte en l'absence de la loi prévue par celle-ci.
Un second arrêt rend possible l'invocabilité d'une disposition de la charte en
présence même de la loi qui en précise la portée (CE Ass., 12 juillet 2013, fédération
nationale de la pêche en France). Par la, le Conseil d'Etat permet à un justiciable
d'invoquer un article de la charte de l'environnement pour contrôler la constitutionnalité
d'un acte administratif qui ne se borne pas à tirer les conséquences nécessaires de la loi.
C'est le cas lorsque l'acte administratif ne reprend pas seulement les mesures de la loi,
n'en fait pas la seule application, mais possède une ''plus-value réglementaire''.
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1. La constitutionnalité propre de l'acte administratif
On peut énoncer deux hypothèses ici : la sanction du non respect des principes
relatifs aux droits et libertés et d'un autre coté l'annulation de l'acte administratif en tant
qu'il est contraire à une règle de procédure ou de compétence.
Exemples :
CE, 21 décembre 1990, Amicale des anciens élèves de l'ENS de Saint-Cloud ou il
s'agissait d'un décret instituant un concours d'entrée à l'ENA réservé aux élèves de
l'ENS. Le Conseil d'Etat annule le décret sur ce point en tant que principe d'égalité,
à savoir qu'il contrevient à l'égal accès des citoyens à la fonction publique (Art.6
DDHC).
CE, 17 décembre 2014, SAS Allocab ou il s'agit d'un acte (décret) qui restreignait
l'activité des VTC. Le Conseil d'Etat annule cette disposition en tant qu'aucune
disposition n'a autorisé le pouvoir règlementaire à fixer des conditions restreignant
l'activité des VTC. Ce qui est en cause ici c'est la répartition des pouvoirs du
législateur et du pouvoir réglementaire (Art.34 et 37 de la Constitution). Seul le
législateur pouvait prendre des restrictions sur des professionnels.
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apprécie la constitutionnalité d'un acte règlementaire tient compte des réserves
d'appréciation édictées par le conseil constitutionnel.
Exemple : L'écran législatif ne sera pas opposé par le juge lorsqu'une loi se contente de
donner compétence à l'administration pour qu'elle édicte un certain nombre de règles sans
que le contenu de celles-ci soit précisé. C'est l'écran transparent. (CE, 1991, Quintin).
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garanties par la Constitution. Cette disposition ne doit pas avoir été déjà déclarée
conforme à la constitution par le conseil. La question doit être sérieuse et nouvelle.
Si le conseil est saisi, il lui revient en cas d'inconstitutionnalité d'abroger la loi avec un effet
soit immédiat soit différé. Le juge administratif écartera alors la loi du litige et en déduira
l'illégalité de l'acte contesté qui sera de facto annulé.
Avec la QPC, le requérant à trouvé le moyen de voir sanctionné sur le terrain administratif
la méconnaissance par la loi de la constitution.
Le contrôle qu'opère le juge administratif et notamment le Conseil d'Etat, sur l'opportunité
de transmettre au Conseil constitutionnel la QPC dont il est saisi amène ce juge à opérer
une sorte de ''pré-contrôle de constitutionnalité'' de la loi.
II) La loi
Aujourd'hui comme hier, la loi est l'instrument de base de la régulation du
comportement de l'administration. Elle joue ce rôle à un double titre, d'une part en ce que
la loi est pour l'administration une norme d'habilitation, et en ce qu'elle définit les limites du
pouvoir de l'administration. Au delà des lois d'habilitation, l’administration est tenue au
respect de l’ensemble de l'édifice législatif.
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III) La jurisprudence
Ces principes généraux du droit sont donc l'oeuvre du juge administratif. Pour
autant, ces derniers ne relèvent pas de la pur imagination du juge, puisque leur création
s'appuie sur un contexte juridique donné et dans la plupart des cas sur des textes qui
inspirent souvent directement le juge. Ces textes sont extrêmement variés puisque par
exemple le juge administratif peut s'inspirer d'un texte constitutionnel (CE, 8 décembre
1978, GISTI). Le Conseil d'Etat dégage un principe général du droit qui est celui de mener
une vie familiale normale, qui implique notamment la possibilité pour les étrangers
résidants régulièrement en France de faire venir leur famille auprès d'eux. Il s'est ici
appuyé sur le préambule de la Constitution de 1946 qui prévoit que « la nation assure à
l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement ».
Il peut aussi s'inspirer de textes, de conventions internationales (CE, 1988, Bereciartua
Echarri). Le juge administratif utilise la convention de Genève relative au statut de réfugié
politique pour dégager un principe général du droit en vertu duquel une personne qui a la
qualité de réfugié politique ne peut pas être extradé vers son pays d'origine.
Enfin, il peut également s'appuyer sur un ensemble ou une disposition législative
particulière. Il s'agira dans la plupart des cas de dégager un principe à partir d'une
disposition figurant dans un Code de droit privé. (CE Ass., 8 juillet 2005, Société
Alusuisse Lonza France).
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La question se posait de l'obligation de remise en état d'un terrain qui s'impose à un
industriel se prescrit, et si elle était possible à partir de combien de temps.
Le Conseil d'Etat pose le principe général de la prescription trentenaire de l'obligation de
remise en état du site d'une installation classées. Pour se faire, le juge administratif
s'appuie sur l'Art.2262 du Code Civil dans sa rédaction applicable à l'époque.
On rencontre des principes généraux du droit de toute sorte, mais il est vrai que les
premiers principes avaient une portée assez générale. Par exemple la liberté du
commerce et de l'industrie, en l'occurence libre exercice d'une profession sans que
l'administration puisse la soumettre à une autorisation préalable (CE, 22 juin 1951,
Daudignac). Ensuite, le principe en vertu duquel un justiciable peut exercer un recours
pour excès de pouvoir contre tout acte administratif (CE, 17 février 1950, Dame Lamotte).
Ensuite, des principes sont attribués à certains domaines particuliers comme le domaine
des agents publics, le droits des étrangers, le fonctionnement de l'administration ( droit au
recours hiérarchique, pouvoir pour l'administré de contester un acte devant le supérieur de
celui qui lui a adressé → CE, 30 juin 1950, Queralt ; Principe de non rétroactivité des
actes administratifs → CE, 25 juin 1948, Société du journal l'Aurore).
On s'est longtemps interrogé sur la valeur de ces principes généraux du droit, sur
leur place dans la hiérarchie des normes. Aujourd'hui, la majorité de la doctrine s'accorde
à donner raison à la théorie du professeur Chapus à savoir celle d'une valeur infra
législative, et supra décrétale des principes généraux du droit. Souvent, le critère privilégié
est celui de l'auteur de la norme. Ici c'est le juge administratif, qui a pour fonction de
vérifier la légalité des actes administratif. Il en résulte que les principes généraux du droit
s'imposent à tous les actes administratifs, qu'ils soient pris en exécution ou en application
d'une loi ou qu'il s'agisse d'actes administratifs autonomes (Art.37 de la Constitution) →
CE, 26 juin 1959,Syndicat général des ingénieurs conseils.
Le législateur peut donc déroger aux principes généraux, pour autant sous réserve que le
principe n'ait pas été repris par la constitution.
Toutes les règles jurisprudentielles qui sont le fruit de la grandeur créatrice du juge
administratif, n'ont pas nécessairement cette même valeur. Précisément, certaines règles
procédurales ou même certains régimes juridiques n'ont qu'une valeur dite supplétive.
On entend par la que ces règles et régimes ne trouvent à s'appliquer et à s'imposer qu'en
l'absence de loi ou même de règlement contraire. Avant de dégager la règle, le juge dit
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« sous réserve de disposition législative ou règlementaire contraire... » (CE Ass., 26
octobre 2001, Ternon → GAJA , relatif au régime du retrait des actes administratifs).
Concernant le critère organique, par exemple les décrets pris par le président de
la République sont supérieur à ceux pris par le premier ministre, lesquels s'imposent aux
actes pris par les autorités inférieures (préfet, maire, etc...).
Concernant le critère matériel, les actes règlementaires (qui ont une portée
générale) sont en principe supérieurs aux actes individuels.
Pour que les dispositions d'un traité soient invocables par un justiciable dans le
cadre d'un procès administratif il faut que différentes conditions soient respectées.
Les premières sont posées par l'Art.55 de la Constitution qui prévoit les conditions de
l'introduction des traités dans l'ordre juridique interne (idée de primauté du droit
international sur tout ou partie du droit interne). Ensuite, ces conditions ''générales''
applicables aux traités pris dans leur ensemble, viennent celles qui tiennent aux
dispositions invoquées par l'une des parties au litige, c'est l'effet directe.
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1. L'intégration en droit interne des traités internationaux
Cette intégration en droit interne est conditionné par l'Art.55 de la Constitution qui
dispose que « Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur
publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou
traité, de son application par l'autre partie ». Le juge administratif accepte désormais
de vérifier lui même la réunion de l'ensemble de ces conditions.
Les traités peuvent en principe, par décret présidentiel, être ratifiés par le président de la
République (Art.52 de la Constitution). Par exception, une ratification législative peut être
demandée (Art.53 de la Constitution). Ici on s'intéresse au contenu du traité (traités de
paix, …). On les distingue des accords internationaux qui eux sont négociés par le
ministre des affaires étrangères. Ils nécessitent une simple approbation qui prend la forme
d'une simple signature du ministre des affaires étrangères.
L'un des risques juridiques attachés à cette procédure définie par la Constitution, c'est le
fait qu'un traité soit ratifié par une autorité administrative (président, premier ministre) alors
qu'il aurait dû l'être par la loi. Pendant longtemps, le juge administratif s'est refusé à
contrôler le respect par l'administration du champ de l'Art.53 de la Constitution (CE, 5
février 1926, Dame Caraco). Le Conseil d'Etat a fini par accepter de vérifier la légalité de
la procédure de ratification (CE Ass., 18 décembre 1998, SARL Du parc d'activité de
Blotzheim). La conséquence majeure est qu'en cas d'irrégularité, l'acte administratif sera
annulé, et le traité ne sera pas invocable devant le juge administratif faute d'avoir été
régulièrement ratifié.
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La question est de savoir qui contrôle et comment s’opère ce contrôle de la
réciprocité ? Jusqu’en 2010, le juge administratif se refusait à vérifier lui même le respect
d’un traité par un Etat étranger (CE, 29 mai 1981, REKHOU). Le juge administratif
estimait que vérifier cette condition le conduirait à s’immiscer dans les relations
diplomatiques de la France lesquelles ne sont pas de son ressort. Il renvoyait donc la
question au ministre des affaires étrangères qui rendait un avis, liant le juge administratif.
Cette jurisprudence a été longtemps réaffirmée notamment en 1999 mais celle-ci a été
regardée par le CEDH comme étant contraire à la Conv. EDH et en particulier à un
principe figurant à l’ART. 6 de la Conv. relatif au procès équitable dans lequel il y a le
principe de l’indépendance du tribunal. Ici on faisait dépendre la solution au litige à une
entité extérieure mais qui plus est à une entité partie au litige (CEDH, 3 février 2003,
Chevrol contre France).
Le CE a fini par accepter de contrôler lui même cette condition de réciprocité (CE,
Ass, 9 juillet 2010, Madame Cheriete-Benseghir). Confronté à un problème de réciprocité,
le juge a continué de saisir pour avis le ministre des affaires étrangères de même qu'il
peut recueillir le cas échéant des informations auprès de l’Etat étranger. Ces divers avis et
informations ne lient pas le juge, c’est lui qui souverainement décidera si la condition de
réciprocité est remplie ou non.
Si un traité respecte les conditions de l’ART. 55 de la constitution, il est applicable en droit
interne mais cela ne suffit pas pour invoquer ses dispositions devant le juge.
Pour pouvoir être invoqué devant le juge, une disposition d’un traité doit être d’effet direct.
Cette exigence se rattache à la théorie de l’applicabilité directe. Cette théorie remonte à
un arrêt la Cour suprême des Etats-Unis du 9 mars 1929 de Foster contre Neilson.
Mais aussi, un avis rendu par la Cour permanente de Justice internationale du 3 mars
1928, Compétence des tribunaux de Dantzig. Il ressort de cet avis que ça n’est que par
exception que les dispositions d’un traité puissent être considérées comme étant
d’applicabilité directe. On est à une époque où l’ordre juridique national et l’ordre
juridique international sont a peu près étanches. Les normes internationales que sont les
traités ont d’abord et avant tout vocation à régir les rapports entre Etats.
Petit à petit, le regard porté par le juge sur la question de l’applicabilité directe des
dispositions internationales et aussi sur leur l'invocabilité va être de plus en plus souple,
de plus en plus accueillant. En témoigne une décision importante : CE, Ass, 11 avril 2012,
GISTI et FAPIL. C’est un arrêt dans lequel le CE précise la méthode qui est la sienne pour
déterminer si une disposition internationale est ou non d’applicabilité directe.
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Ici il y a deux temps dans le raisonnement du juge :
→ 1ère condition : le juge va vérifier que la disposition n’a pas pour objet exclusif
de régir les relations entre Etats. Cette question là sera examinée à l’aune de l’intention
des parties mais également au regard de l’économie générale du traité. Pour se faire, le
juge s’attachera au contenu et aux termes du traité.
Le CE ajoute une précision à cette démarche : l’absence d’effet direct « ne saurait être
déduite de la seule circonstance que le traité désigne les Etats parties comme sujets de
l’obligation qu’elle définit. » Cela veut dire que le CE souhaite ici engager une démarche
peut être plus réaliste qu’elle ne l’était pas le passé, moins formaliste. En effet, souvent un
traité commence par : « Les Etats s’engagent à… ».
Le Conseil d'Etat s’attache à l’intention réelle des dispositions du traité et donc des
parties. C’est une démarche plus ouverte.
Il ne faut pas s’attendre ici à une sorte de révolution juridique aux termes de laquelle les
traités serait très largement reconnus comme comportant des stipulations d’effet direct.
Exemple : CE, 6 décembre 2012, Société Air Algérie. Le CE reconnaît l’applicabilité
directe de dispositions de différents traités et notamment de la Convention de Washington
sur l’aviation civile internationale. Cela semble montrer une approche plus souple de la
question de l’effet direct.
Il y a une évolution mais pas de bouleversement : N’y a-t-il pas un certain retour au
formalisme que le juge administratif semblait avoir évincé en 2012 ? Ce retour au
formalisme porte sur la deuxième condition qui est celle de la nécessité d’un acte
complémentaire, pour l’essentiel le juge se réfère aux termes du traité. Si la stipulation
prévoit de tel acte complémentaire et qu’il n’y en a pas, la disposition n’est pas d’effet
direct. Cela débouche dans le fait que dans certain cas une disposition paraît en mesure
d’être appliquée directement en soi mais le juge se refuse à le faire parce que la
disposition prévoit que les Etats prendront des dispositions complémentaires. On retombe
sur une forme de formalisme.
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Exemple : C’est le cas du Pacte international relatif aux droits économiques sociaux et
culturels. Le JA devra abandonner sa position car c’est un texte important.
→ Soit que cet acte administratif n’ait pas été pris en application ou sur le
fondement d’une loi
→ Soit qu’il l’ait été mais sans pour autant que le contrôle de l’acte n’ait d’incidence
même implicite sur la conventionnalité de la loi.
Exemple : Un acte administratif par lequel un étranger est expulsé ou reconduit à la
frontière. Cette décision s’appuie sur un ensemble de prérogatives confiées à l’autorité
préfectorale par la loi. Pour autant, lorsqu’on contrôle le respect de cette décision avec la
CEDH par exemple, cela n’a aucune incidence sur la conventionalité de la loi. La mesure
d’expulsion pourra être apprécié au regard de l’ART 8 CEDH par exemple et non au
regard de la loi. Si la mesure est contraire à la CEDH cela ne signifie pas que la loi est
automatiquement contraire à la CEDH.
La Constitution pose depuis assez longtemps (WWII) la supériorité des traités sur
les lois. Ce sont les Art. 28 de la constitution de 1946 : « Les traités ont une autorité
supérieure à celle des lois internes ». Le principe est repris à l’Art. 55 de la constitution de
1958 : « Les traités ont une autorité supérieure à celle des lois ». D’un stricte point de
vue hiérarchique la supériorité des traités aux lois est admise.
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Le problème n’est pas hiérarchique mais celui de l’habilitation du juge pour vérifier le
respect par la loi d’un traité. Le juge administratif s’est longtemps opposé à la
possibilité pour lui d’affirmer de façon explicite ou implicite l’inconventionalité
d’une loi. Il se refusait de contrôler la conformité d’une loi à un traité.
→ Pourquoi ? Motif traditionnel : le juge est le serviteur de la loi. Mais aussi une raison
proprement juridique : la supériorité des traités sur la loi est posée par l’Art. 55 de la
constitution. C’est la Constitution qui organise et prévoit cette supériorité de sorte que pour
le JA, contrôler la conventionnalité de la loi revenait à s’assurer du respect par celle-ci de
l’Art. 55 de la Constitution. Le juge liait ou assimilait le contrôle de conventionnalité à
un contrôle de constitutionnalité : le respect par le législateur du respect qui lui
incombe en vertu de l’ART. 55, on retombe sur la jurisprudence ARRIGHI.
Il ne pouvait y avoir ici une évolution de l’Etat du droit et de la position du juge qu’à
condition de dissocier contrôler de conventionnalité et contrôle de constitutionnalité.
C’est le Conseil constitutionnel qui est à l’origine de cette évolution, dans une décision CC,
15 janvier 1975, IVG. Il considère à cette occasion qu’une « loi contraire à un traité n’est
pas forcément contraire à la Constitution ».
Le Conseil d'Etat a fini par accepter d’opérer un contrôle de la conformité des lois aux
traités (CE, Ass, 20 octobre 1989, NICOLO). Il accepte enfin de considérer que l’Art.
55 de la Constitution l’habilite à faire ce contrôle. C’est un revirement de jurisprudence
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majeur mais qui est un peu réalisé « à l’ancienne » : c’est implicite. L’acte administratif
attaqué organisait les élections européennes, à cette occasion le requérant fait valoir que
la loi de 1977 sur les élections européennes serait contraire au Traité de Rome de 1957
pour une raison qui est que la loi prévoyait que les élections européennes seraient aussi
organisées en Outre Mer alors que le droit de l’Union ne le permettait que sur le territoire
métropolitain. Sur le fond, la réponse est simple, le moyen sera rejeté. Mais le rapporteur
public dit que la vraie question est : est-ce qu’on examine ce moyen au fond ou est-ce
qu’on considère la conformité du traité et de la loi. Si la jurisprudence antérieure des
semoules, la loi est plus tardive que le traité. Le Conseil d'Etat déclare que les dispositions
de la loi de 1977 « ne sont pas incompatibles avec les stipulations du Traité de Rome »
alors même que la loi est postérieure au traité.
Avant 1989, application mécanique du dernier texte par le juge, à partir de 1989, le JA
confronte les deux. Si la loi est considérée comme étant contraire au traité, elle n’est pas
abrogée elle est simplement écartée du litige. C’est par voie de conséquence, l’acte qui a
été pris sur son fondement sera annulé en tant qu’il est privé de base légale.
→ Tout acte administratif pris en application d’une loi écartée en tant qu’elle est contraire
à un traité sera annulé
→ Les autorités administratives ne doivent pas faire application de lois contraires à des
traités.
L’intérêt de l’arrêt NICOLO aurait été quelque peu restreint si le JA ne s’était pas reconnu
le pouvoir d’interpréter lui-même le sens des traités. Pendant longtemps en matière
d’interprétation des traités, comme pour la réciprocité, le JA renvoyait au ministre des
affaires étrangères. L’avis rendu par le ministre liant le juge.
Dans la foulée de NICOLO, le CE est revenu sur cette positon en se considérant
compétent pour interpréter lui même les termes d’un traité soit directement soit le cas
échéant en demandant son avis au ministre mais un avis simple qui ne lie pas le juge. CE,
Ass, 29 juin 1990, GISTI. Ce pouvoir d’interprétation n’est pas applicable aux normes
communautaires puisqu’en la matière, seule la CJUE est compétente (ART. 267 du
TFUE).
La question s'est posée de savoir si le juge doit faire prévaloir dans le cadre d'un
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litige, un traité sur une disposition constitutionnelle qui lui serait contraire ?
Cette interrogation ne se pose véritablement que lorsqu'un acte administratif est pris
directement sur le fondement ou en application de la Constitution.
Ce type d'hypothèse est amené à rester de l'ordre de l'exceptionnel, dans la mesure où
c'est la loi qui habilite l’administration. Il est donc rare que l’administration prenne un acte
directement sur le fondement de la Constitution.
Mais c'est déjà arrivé (CE, 30 Octobre 1998, Sarran).
Dans les 2 cas, le juge refuse d'opérer un contrôle de conventionalité d'un traité ou d'une
disposition d'un traité.
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expressément à opérer ce contrôle. Dans ces hypothèses, on a à faire à un conflit de
normes que, même en théorie on ne peut pas résoudre sur un plan hiérarchique.
De sorte que le juge confronté à une contradiction entre deux normes internationales
s'efforcera d'opérer entre elles, une conciliation, c'est à dire de les interpréter de façon à
ce qu'elles soient compatibles.
En cas d'échec de cette conciliation, le juge écartera le moyen tiré de
l'inconventionnalité de la disposition internationale visée.
un justiciable n'est pas recevable à demander au juge qu'il écarte une Loi, au
titre de sa contrariété avec une coutume internationale ou un PGDI.
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L'ensemble de ces actes se regroupe sous l'appellation du Droit dérivé.
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Le droit dérivé est définit à l'Art.288 du TFUE :
Les règlements
Les directives, qui fixent des objectifs aux Etats et qui leur impose de prendre des
mesures de transposition.
Les décisions, concernant des destinataires en particulier et qui s'imposent à eux.
Les actes qui ne lient personne, juridiquement : les avis et recommandations.
Il faut ajouter, les principes généraux du Droit communautaire, qui sont des principes
non écrits, dégagés par la CJUE et qui ont la même autorité que les autres normes de
droit primaire et de droit dérivé (CE, 3 Décembre 2001, Syndicat national de l'industrie
pharmaceutique). Pour dégager ces principes, la CJUE s'inspire des traditions
constitutionnelles des Etats membres.
Un juge est mis en place à l'échelle européenne, avec l'apparition CJUE, mais qui
n'a pas d'équivalent dans l'ordre international classique. La CJUE peut être saisie par les
particuliers. Les décisions internes peuvent être contestées devant elle.
Dans certaines hypothèses, les juridictions internes sont tenues de renvoyer
certaines appréciations à la Cour, par le biais des questions préjudicielles.
Dès le départ, le juge communautaire a produit une œuvre importante en prônant une
conception singulière et exigeante de l'ordre juridique dont il est le gardien juridictionnel, le
but étant d'assurer une application pleine et entière du droit de l'Union européenne, dans
tout l'espace de l'Union.
Deux principes complémentaires ont été dégagés et affermis par la CJUE (CJUE, 28 Juin
1978, Simmenthal).
→ Le principe de l'effectivité du droit de l'UE, implique son application ne doit pas pâtir
d'éventuelles réticences ou de retard dû aux autorités nationales.
Autrement dit, les normes communautaires sont immédiatement applicables, sans
qu'il soit besoin qu'un texte les réceptionne.
→ Le principe de la primauté du droit de l'UE, qui ne figure pas en tant que tel dans les
traités. En cas de conflit entre une norme interne et une norme de droit de l'UE, ce dernier
prévaut. C’est le juge interne qui est chargé de le faire respecter.
Pour la CJUE, ce sont les juges internes et notamment le juge administratif qui sont
les juges de droit commun du droit de l'UE, c'est à dire le premier à qui il revient de
s'assurer du respect du droit de l'UE (CJUE, 15 Juillet 1964, Costa C./ Enel).
Les Etats doivent voir leur responsabilité engagée, en cas de violation du droit européen :
c'est le principe de l'irrévocabilité de la réparation. La pleine intégration de ces
principes dans la jurisprudence du juge administratif ne s'est faite que de façon très
progressive sur les deux terrains de l'invocabilité des normes européennes d'une part, ou
sur le terrain du contrôle en tant que tel par lui.
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A. L'invocabilité du Droit de l'Union européenne
→ le fait que la directive n'ait pas ou mal été transposée, dans le délai imparti aux Etats.
→ le fait que, au sein d'une directive, seuls les objectifs précis et inconditionnels, sont
considérés comme d'effet direct.
Ce que dit la CJUE à l'inverse, c'est que lorsqu'une directive est correctement mise en
œuvre, ses effets atteignent les particuliers, par l'intermédiaire des mesures d'application
prises par l'Etat concerné. Cette position pouvait sembler équilibrée mais le Conseil
d’Etat a mis beaucoup de temps à complètement s'y rallier, en développant une
conception plus restrictive de l'effet direct des directives.
Pendant longtemps, le Conseil d'Etat considérait que les directives communautaires ne
pouvaient pas être invoquées à l'appui d'un recours, visant un acte administratif individuel
(CE , 22 Décembre 1978, Cohn-Bendit). Cette réticence du Conseil d'Etat, s'est trouvée,
peu à peu isolée parce que le juge administratif a admis de plus en plus largement
que les justiciables puissent invoquer une directive à l'encontre d'un acte
réglementaire, que ce soit un acte administratif réglementaire de transposition et, au delà,
tout acte administratif réglementaire, même s’il n'a pas pour objet la transposition de la
directive invoquée (CE, 7 Décembre 1984, Fédération française des sociétés de protection
de la nature).
Le juge a aussi admis la possibilité pour un requérant de demander à ce qu'une loi
contraire à une directive soit écartée, s'agissant d'une loi de transposition (CE, 28 Février
1992, Rothmans et Philipp Morris).
Le juge administratif a admis la possibilité pour un requérant de demander à être
indemnisé des préjudices subis du fait de la violation par l'administration, d'une directive
(CE, 28 Février 1992, Société Arizona Tobaco).
Par ailleurs, cette jurisprudence Cohn-Bendit est devenue de plus en plus vide, c'est à dire
que le juge administratif lui même a donné aux requérants les moyens contentieux
de contourner l'obstacle de cette jurisprudence. Il a admis, dans une série croissante
d'hypothèses, la possibilité pour le justiciable d'obtenir l'annulation d'un acte individuel sur
la base de la contrariété à une directive de la norme dont celui ci fait application, ou sur le
fondement de laquelle il avait été pris.
La jurisprudence Cohn-Bendit était encore en vigueur mais, de plus en plus souvent, il
23
était possible de contourner cet obstacle. Dès lors qu'il y avait un acte intermédiaire,
l'obstacle de la jurisprudence Cohn-Bendit était écarté.
Concernant les actes règlementaire → CE, 8 Juillet 1991, Palazzi.
S'agissant d'une Loi → CE, 30 Octobre 1996, Revert ET Badelon.
Parfois, il est arrivé au juge administratif de dégager lui même une norme intermédiaire
permettant au justiciable d'obtenir l'annulation d'un acte individuel → (CE, 6 Février 1998,
Monsieur Tete) : le juge administratif annule un acte individuel en tant qu'il a été pris
sur le fondement d'un principe non écrit, incompatible avec une directive
communautaire.
Le juge administratif peut-il annuler un acte administratif qui est pris en application
ou sur le fondement d'une norme contraire au droit de l'union ?
Si l'acte est pris en application d'un autre acte administratif c'est possible, en application
d'une loi qui serait une norme de droit dérivé contraire à un règlement européen c'est
aussi possible (CE, 24 novembre 1990, Boisdet), ou encore une directive européenne
(CE, 1992, Rothmans). Les difficultés apparaissent plutôt dans les relations entre droit de
l'Union et Constitution. Dans la logique de l'arrêt Sarran, le juge administratif ne peut pas
écarter une disposition constitutionnelle sur la base de son éventuelle contradiction avec
le droit de l'Union (CE, 2001, Syndicat national de l'industrie pharmaceutique).
Le juge administratif rappel que « le principe de primauté ne saurait conduire dans l'ordre
interne à remettre en question la suprématie de la Constitution ».
Peut-il pour autant écarter une disposition communautaire au titre de sa contrariété à la
constitution ? La position générale du juge administratif est négative.
24
le juge doit d'abord rechercher s'il existe en droit de l'Union une règle, un principe
équivalent ou de même signification que la norme constitutionnelle avancée par le
requérant.
25
Chapitre 2 : Les implications de la soumission au droit de l'action administrative
L'administration est soumise au respect de l'ensemble des normes qui font l'ordre
juridique national. Cette exigence est désormais rappelée à l'Art.L100-2 du Code des
relations du public avec l'administration : « L'administration agit dans l'intérêt général, et
respecte de le principe de légalité ». Cette exigence implique que l'action administrative
fasse l'objet d'un contrôle. De manière générale, l'administration est tenue de rendre des
comptes à la société qu'elle est sensée servir. De ce point de vue, il est important de
rappeler l'Art.15 de la DDHC : « La société a le droit de demander comptes à tout agent
public de son administration ».
Exemple : Depuis 2009, seuls les actes pris par les collectivités territoriales concernant le
recrutement d'agents doivent être automatiquement transmis au préfet, alors qu'avant tous
les actes concernant la sortie de la fonction publique devaient l'être aussi par exemple
pour les actes des collectivités territoriales.
Enfin, on peut penser au contrôle de la commission européenne du respect par les Etats
membres des règles et principes du droit de l'Union.
Ces dernières années, c'est moins le contrôle de légalité qui s'est trouvé
approfondi, que notamment le contrôle budgétaire exercé sur les administrations.
C'est un contrôle qui s'inscrit dans la ligne d'un texte important qu'est la Loi Organique sur
les Lois de Finances (LOLF). Il y a également un contrôle de l'administration par les
autorités politiques, et au premier chef par le parlement. C'est un contrôle fondé sur la
Constitution (Art.24 de la Constitution qui pose les missions du parlement : il vote la loi,
contrôle l'action du gouvernement et évalue les politiques publiques). Le contrôle
parlementaire ne se résume donc pas à l'éventuelle mise en jeu de la responsabilité
politique du gouvernement. C'est un vrai contrôle de l'administration et de la façon dont
il met en œuvre les lois. Ce contrôle exercé par le parlement emprunte de multiples voies :
pour l'essentiel il repose sur l'activité des commissions parlementaires.
Les commissions sont amenées à donner leur avis sur un certain nombre de nominations,
notamment des nominations présidentielles (Art.13 de la Constitution).
26
Elles disposent d'une faculté de blocage qui nécessite une majorité des 3/5 au sein de
chacune des commissions consultées (souvent une par assemblée parlementaire) en
défaveur de la nomination proposée. Concernant le contrôle parlementaire sur est
conditions d'application des lois, puisque des parlementaires sont désignés pour suivre et
pour s'assurer de ce que l'administration prend les mesures d’exécution de la loi que celle-
ci appelle. Le parlement peut mettre en place des commissions qui auront vocation à
interroger, examiner d'éventuels graves dysfonctionnements de l'administration (possibilité
de mettre en place des commissions d'enquête – Art.51-2 de la Constitution).
On peut voir également un contrôle par les administrés eux même, même s'il s'agit
d'un contrôle plus diffus. Effectivement ils disposent d'un certain nombre de moyens
pour s'assurer de la légalité de l'action administrative. Par exemple, la participation de
certains usagers de services publics à des commissions consultatives au niveau local
(conformément à la loi du 27 février 2002).
A titre individuel, les administrés ont un certain nombre de droits, comme le droit d'accès
aux documents administratifs (initialement par la loi du 17 juillet 1978, codifiée aux
Art.L300-1 s. du Code des relations du public avec l'administration).
On peut mentionner ici l'obligation de motivation de certains actes administratifs par
l'administration (loi du 11 juillet 1979 modifiée, codifiée aux Art.L211-1 s. du Code des
relations du public avec l'administration).
Enfin, il y a le contrôle par les juridictions, étant entendu que le juge administratif ne
dispose ici d'aucun monopôle. L'administration peut être menée à répondre de ses actes
devant le juge pénal (y compris les personnes morales de droit public), mais aussi avec
une compétence parfois du juge judiciaire pour connaître du comportement de
l'administration.
27
Section 1 : L'engagement de la responsabilité de l'administration devant le juge
administratif
On n'applique pas à ces régime le principe de droit pénal non pis in idem qui est la
possibilité de rejuger deux fois les mêmes faits. Récemment le Conseil constitutionnel a
dégagé une solution qui repose sur une conception plus stricte de ce principe s'inspirant
de la jurisprudence européenne, et a visé à restreindre l'accumulation des procédures en
responsabilité pour des mêmes faits.
28
L'Etat ne peut pas en revanche être reconnu pénalement responsable (cf cours semestre
1 pour les conditions etc...).
S'agissant de la responsabilité civile de l'administration, elle peut être engagée devant le
juge administratif mais aussi devant le juge judiciaire (qu'il s'agisse du juge pénal, ou du
juge civile). Concernant la compétence du juge civil pour engager la responsabilité de
l'administration, on peut distinguer selon que cette compétence judiciaire peut être
regardée comme conforme ou dérogatoire au principe de séparation des autorités
administrative et judiciaire.
Concernant la gestion privée, cela recouvre les dommages liés à la gestion du domaine
privé des personnes publiques. Effectivement, cette gestion de domaine privé n'est pas
considéré comme un service public. C'est l'hypothèse de l'Etat propriétaire, et comme il se
comporte comme un propriétaire privé, son action relève de la juridiction judiciaire.
Cette compétence dérogatoire peut d'abord trouver son origine sur certains
impératifs constitutionnels :
Compétence judiciaire concernant ses matières réservées que sont l'Etat civil,
29
les actes relatifs à la nationalité, les actes relatifs à la fonction juridictionnelle du
service public de la justice judiciaire etc... (Conseil constitutionnel 1997).
30
établissements publics administratifs) chargés de prendre en charge les victimes et en
particulier de vérifier que leur dommage, leur préjudice est bien susceptible d'être réparé
par le fond dont elles ont la charge.
31
cas c'est un même organisme qui interviens à savoir le fond de garantie des victimes des
actes de terrorisme et d'autres infractions.
Pour les infractions, c'est le fruit d'une loi de 1977 codifiée au Code de procédure pénale.
Pour les actes, il s'agit d'une loi de 1986 codifiée au Code des assurances.
Dans les deux cas, c'est la juridiction judiciaire qui est compétente pour connaître des
décisions prises par le fond d'indemnisation.
I) Le préjudice réparable
La jurisprudence pendant un certain temps n'a ouvert réparation qu'en cas
d'atteinte à des droits susceptibles d'être regardés comme légitimes.
Par exemple, le juge administratif a longtemps fait une distinction entre les concubins et
les personnes mariées s'agissant de la réparation du dommage résultant pour l'une des
deux personnes du couple, du décès de l'autre. Il n'acceptait pas d'indemniser celui qui
n'était que concubin, parce qu'il estimait qu'aucun droit légitime n'avait été lésé.
Le juge administratif a finit par renoncer à cette solution, et désormais ce qui
importe c'est que le préjudice soit réel et qu'il satisfasse aux conditions que nous
évoquerons.
Ce qui est désormais nécessaire (sans être suffisant), c'est que le préjudice
invoqué par le requérant soit réel, effectif. Le préjudice doit se traduire par une
dégradation (même minime) de la situation de celui qui se prétend victime.
Il faut que le dommage se traduise par un préjudice. Le dommage est une notion
objective ; c'est l'idée d'un mal. Il ne deviens préjudice qu'à travers la personne d'une
victime, notion subjective. Parfois, le rejet de la réalité du préjudice peut être assez brutal
et peut évident.
32
Autrement dit, le procès pénal peut avoir pour effet de soulager les victimes (par la
reconnaissance de la culpabilité, par l'expression des sentiments etc...) mais ce n'est pas
son objet. Le Conseil d'Etat rejette la requête car dans la mesure où la victime d'un
meurtrier et ses ayants droits n'ont pas de droit à la tenue du procès pénal, l'impossibilité
de la tenue de celui-ci n'a pas participé, en droit, d'une dégradation de leur situation.
La présentation que le juge administratif fait des chefs et postes de préjudice présente
encore aujourd’hui des particularités par rapport à celles faites par le juge judiciaire dans
la mesure où le juge administratif continue d'avoir une présentation plus globale du
préjudice (question purement formelle).
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1. Les préjudices patrimoniaux
→ Préjudice matériel : On entend par préjudice matériel celui qui résulte d'une atteinte au
patrimoine de la victime c'est à dire à ses biens, des biens meubles ou des biens
immeubles. L'atteinte au bien causée par une collectivité peut prendre deux formes :
Il peut aussi y avoir atteinte à la jouissance du bien sans même que le bien ait été
directement altéré. C'est par exemple le cas lorsque de façon indue on empêche une
personne de manière illégale d'accéder ou de profiter de son bien.
Le préjudice matériel peut aussi n'avoir qu'une portée purement financière :
La perte de revenus : Elle peut être subie par un fonctionnaire notamment lorsque
celui-ci a été illégalement évincé. Perte de revenus aussi du professionnel qui a été
empêché ou entravé dans l'exercice de sa profession à cause de travaux publics,
parce qu'on lui a refusé illégalement une autorisation (c'est le préjudice
commercial). La perte de revenus peut enfin être celle d'une collectivité territoriale,
précisément lorsque l'Etat ne perçoit pas les impôts locaux à hauteur du montant
normalement perceptible.
34
2. Le préjudice extra-patrimonial
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Une question s'est posé : peut-on indemniser le préjudice d'agrément d'une
personne qui à la suite d'un dommage corporel se trouve dans un état végétatif.
Faut-il avoir conscience du préjudice pour que celui-ci puisse être indemnisé ? Une
conception subjective qui répond par la positive, s'oppose à la conception objective qui
estime qu'il reste possible d'indemniser le préjudice d'agrément même en cas
d'inconscience. Le rapporteur public sur cette décision s'appuyait pour soutenir une
conception objective surtout sur la jurisprudence judiciaire. Depuis assez longtemps déjà,
la chambre criminelle de la Cour de cassation acceptait l'indemnisation des dommages
subits par cette victime (CE, 24 novembre 2004, Francis M).
→ Atteintes à la réputation
Les atteintes à la réputation consistent pour l'administration à disqualifier la victime aux
yeux des tiers. Cela suppose ici que des faits, des informations erronées aient été
diffusées et porté à la connaissance de tiers. Il n'y a aucune condition qui ne tienne à la
forme de cette diffusion, ni même à la nature de la réputation atteinte. Ce peut être la
réputation personnelle, mais aussi professionnelle de quelqu'un.
Exemple :
CE Ass, 22 octobre 2010, Madame B. → Une avocate handicapé demandait
réparation au titre de l'inadaptation des locaux, notamment des palais de justice.
Ici il n'y a même pas de préjudice corporel, pour autant le Conseil d'Etat accepte
d'indemniser cette personne au titre des souffrances morales qu'elle à pu éprouver en
raison de l'inadaptation illégale des locaux pendant des années.
Le juge administratif fait de plus en plus place à la réparation du préjudice lié à l'inquiétude
passée ou toujours présente d'une victime. C'est le préjudice d'anxiété.
Il n'y a pas besoin d'une preuve médicale.
Exemples :
CE, 27 mai 2015, . → Une victime d'une contamination au virus de l'hépatite C à
l'issue d'une transfusion sanguine. Le Conseil d'Etat censure l'arrêt de la Cour
administrative d'appel au motif qu'elle n'avait pas statué sur les préjudices « nés
des inquiétudes morales qu'il (la victime) avait pu légitimement éprouver du fait de
sa contamination ».
36
Ensuite viens les souffrances morales des victimes dites ''par ricochet''. C'est
le cas des souffrances morales ressenties pour le proche de la victime directe du fait de
voir le proche souffrir ou mourir.
Pendant longtemps, le Conseil d'Etat a refusé de les indemniser au titre du
préjudice moral pour deux raisons essentielles : sur le plan moral, l'adage ''les larmes ne
se monnaient pas'' donc on ne peut bénéficier du malheur d'un proche. Ensuite, sur le plan
technique c'est du fait de la difficulté d'évaluer le préjudice réel, puisque la réparation est
censé être proportionnelle au préjudice subit.
Finalement, le Conseil d'Etat a changé d'avis (CE Ass, 24 novembre 1961, ministre des
travaux public c/ Letisserand). La douleur morale est à partir de là réparée au même titre
que les autres préjudices. Elle se fait sur une base ''forfaitaire''.
Le droit à réparation du préjudice moral des victimes par ricochet n'est pas sans limites.
Pour qu’un préjudice soit réparé, il faut qu’il soit effectif : est-ce qu’il y a dégradation
de la situation de la victime ? Mais de plus, le préjudice doit revêtir un certain nombre de
caractéristiques propres, qui ne sont pas différentes de celles de droit civil.
Le préjudice doit être personnel, direct et certain. Le juge administratif exige toujours ces
trois éléments. Cela n'empêche pas que dans le cadre de certains régimes de
responsabilité d'autres exigences juridiques soient posées par le juge (exigence d'un
préjudice anormal et spécial en matière de responsabilité sans faute).
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sont pas les victimes premières du fait de l'administration.
Exemple : Le préjudice qui nait pour les proches d'une victime du décès ou de l'invalidité
dont est frappé la personne du fait de l'administration.
On ne peut pas regarder la théorie des victimes par ricochet comme une exception au
caractère personnel du préjudice. C'est un simple aménagement parce que les victimes
par ricochet ne demandent pas réparation au titre du préjudice subit par la victime
première. Elles demandent réparation au titre du préjudice qui leur est propre,
personnel.
Le caractère directe du préjudice renvoi en réalité au lien qui doit exister entre le
préjudice qui est avancé par la victime, et le fait de l'administration (décision,
comportement, etc...). Autrement dit, la question du caractère directe du préjudice se
distingue mal de la question du lien de causalité.
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Les hypothèses de préjudices purement hypothétiques, éventuels, sont extrêmement
nombreuses.
Exemples :
Pour exigeante qu'elle soit, l'exigence d'un préjudice certain n'est pas la encore
dénué d'une certain souplesse. Le juge peut s’accommoder d'une certaine dose
d'incertitude pesant sur la réalité du préjudice.
→ Le juge accepte d'indemniser le préjudice futur : Le préjudice futur étant celui qui ne
peut pas être constaté directement au moment où le juge statue, mais dont la survenance
ultérieure ne fait pas de doute.
En pratique, il est quand même assez rare que le juge soit saisit d'une demande portant
sur un préjudice futur isolé (complètement futur). En pratique, le préjudice futur est le
plus souvent la partie immergée, non visible d'un préjudice qui lui est bien actuel
(celui-ci pouvant être vérifié au moment où le juge statue).
C'est souvent le préjudice qui prolonge un préjudice existant.
La difficulté pour le juge est que la dégradation d'un bien, d'un état de santé d'un
individu générant des dépenses, peut ne pas être linéaire. C'est le problème du
caractère évolutif du préjudice futur. Tant que la situation du bien ou de la personne ne
s'est pas stabilisée, il est très compliqué pour le juge d'évaluer précisément le montant de
la réparation qu'il doit accorder. Le juge a la possibilité de renvoyer en partie à une date
postérieure à sa décision la fixation d'indemnités définitives.
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→ La perte de chance : Le juge accepte d'indemniser la perte de chance subit par une
personne du fait de l'administration. Il y a ici sans doute une atténuation plus prononcée à
l'exigence du caractère certain du préjudice.
Pour autant, on peut aussi considérer que l'exigence du préjudice certain ne fait ici que se
déplacer. Dans l'hypothèse de la perte de chance, il n'est pas certain que si
l'administration avait correctement agi la victime n'aurait pas subit de préjudice, de
dommage.
Pour autant, on est certain que l'administré à raté une opportunité, a perdu une chance de
ne pas subir un dommage, ou d'obtenir un bien recherché (comme ici son diplôme).
Toute la difficulté pour le juge sera d'apprécier si la perte de chance est réelle, autrement
dit d'apprécier si le requérant avait des chances suffisamment sérieuses d'obtenir ce que
l'administration a celui lui contribué à lui enlever. C'est ici l'examen de la probabilité de
l'obtention de l'avantage avancé par le requérant.
→ Les hypothèses de perte de chance positive : Cela renvoi aux hypothèses dans
lesquelles l'administré prétend avoir perdu une chance d'obtenir quelque chose de positif
(un mieux être, un gain etc...).
Ce sera le cas par exemple lorsque le requérant prétend avoir perdu une chance d'obtenir
par exemple un gain, une somme d'argent
Exemples :
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La perte de chance d'avoir un enfant. C'est un préjudice souvent invoqué à la suite d'un
dommage corporel du fait de l'administration et qui se traduit généralement par la stérilité
d'un individu. Ce peut être le cas lorsqu'une opération dans un hôpital publique cause la
stérilité du patient. Le juge examinera le sérieux de cette perte de chance au regard
de données objectives : est-ce que la personne avait de bonnes chance d'avoir un
enfant. L'âge de la femme par exemple, son projet parental, etc...
Dans certaines hypothèses, alors même que le préjudice revêt les caractéristiques
qui en autorise la réparation, celui-ci malgré cela ne pourra pas être indemnisé. En
quelque sorte, les caractères juridiques envisagés sont autant de conditions
nécessaires mais pas suffisantes.
Plusieurs hypothèses :
D'abord, le préjudice ne pourra être réparé s'il a déjà été réparé. La réparation
doit être neutre, et on doit remettre la victime dans la situation qui était la sienne
avant le dommage. Il ne doit pas y avoir d'enrichissement de la victime.
Le préjudice n'a pas été réparé, mais du fait de l'écoulement du temps il n'est
plus possible pour la victime d'en demander réparation. C'est le cas de la
prescription.
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1. Le préjudice a déjà réparé
Tout d'abord, lorsque la victime se présente devant le juge, le préjudice peut avoir
été réparé par l'administration elle même dans le cadre d'une mesure gracieuse, en
dehors de toute instance, de tout recours contentieux.
Ensuite, le préjudice peut avoir été réparé par un tiers. C'est le cas lorsque la victime voit
son préjudice pris en charge par la sécurité sociale ou un organisme d'assurance
quelconque, ou encore un fond d'indemnisation …
Enfin, le préjudice peut avoir été réparé par un premier juge dans le cadre d'une décision
de justice. (CE, 26 février 2003, Monsieur Mekhantar → Rappel ce principe. Le Conseil
d'Etat dit « la victime ayant obtenu la réparation intégrale de son préjudice par une
décision définitive de la juridiction qu'elle a saisi ne peut plus engager ou poursuivre
d'autres instances ayant le même objet »).
Dans toutes ces hypothèses, lorsque le préjudice a déjà été réparé, deux cas de
figures peuvent se présenter :
Il y a des hypothèses où une mesure de réparation alors même qu'elle ne répare pas
intégralement le préjudice, interdira toute indemnisation supplémentaire. Autrement dit, le
préjudice sera réputé avoir été intégralement réparé. Cela concerne un certain nombre
de réparation dites forfaitaires.
C'était le cas de l'hypothèse des fonctionnaires qui étaient frappés d'invalidité a raison
d'un fait survenu dans l'exercice de leurs fonctions. Dans ce cas s'appliquait, et s'applique
toujours dans une moindre mesure la ''règle du forfait de pension'' (voir ci-après).
42
→ Le cas singulier du préjudice réparé autant que possible :
Il s'agit du préjudice dont on sait qu'il n'a pas été intégralement réparé, mais dont le juge
estime qui ne peut être réparé plus qu'il ne l'a été. C'est un cas tout à fait singulier qui a
notamment concerné les dommages causés aux personnes juives en raison des
persécutions dont elles ont fait l'objet, en particulier du fait de la déportation, dans le cadre
de la seconde guerre mondiale. Il s'agissait de réparer les dommages subis par les
personnes juives au titre des mesures antisémites du régime de Vichy et de la déportation.
Cette interrogation était latente depuis longtemps, mais s'est posé de façon plus aigüe à
partir du moment où le Conseil d'Etat a reconnu que les actes et agissements commis par
l'administration française sous le régime de Vichy était susceptibles d'engager la
responsabilité de l'Etat (CE, 12 avril 2002, Papon).
Sur cette question, il y avait une difficulté juridique assez lourde. Cette difficulté juridique
s'appuyait sur un texte qui est l'ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de
la légalité républicaine. Cette ordonnance dit que les actes des pouvoirs public sous le
gouvernement de Vichy sont déclarés nuls et de nul effet. Cette qualification nul et de nul
effet renvoi à la théorie de l’inexistence : les actes sont considérés juridiquement comme
inexistants. Le Conseil d'Etat pendant très longtemps refusait d'engager la responsabilité
de l'Etat au regards d'actes réputés n'avoir jamais existé (CE Ass., 4 janvier 1952, époux
Giraud).
A travers l'arrêt Papon et d'autres arrêts qui l'ont précédé, le Conseil d'Etat renie la
jurisprudence Giraud, qui pourtant était juridiquement très étayée. Avec l'arrêt Papon, le
Conseil d'Etat expose que si les actes ont été frappé d'inexistence, c'est qu'ils font l'objet
d'illégalités grossières (en tout cas pour certains) dont l'Etat doit répondre.
A partir de cet arrêt, le Conseil d'Etat a été plus directement interrogé sur les conditions
dans lesquelles la responsabilité de l'Etat pouvait être engagée du fait des persécutions
antisémites et de la déportation. Il a répondu dans CE. Avis, 16 février 2009, Madame
Hoffman-Glemane.
Le conseil d'Etat choisi de centrer son analyse sur la question du préjudice.
Il tient un raisonnement en trois temps :
43
Le Conseil d'Etat en déduit que le préjudice a été « autant qu'il a été
possible » réparé. Il ne dit pas que le préjudice a été intégralement réparé,
simplement qu'il a été autant que possible réparé, et par conséquent les recours
visant à engager la responsabilité de l'Etat sur ce terrain doivent être rejetés.
Il s'agit la d'une jurisprudence tout à fait exceptionnelle, qui pour l'heure n'a pas trouvé
d'autres applications positive. Néanmoins, la question s'est posé devant les juges du fond,
s'agissant de l'attitude de la France vis à vis des Harkis (durant la guerre d'Algérie).
Le juge du fond tient le même raisonnement que celui tenu dans l'avis Hoffman-
Glemane.
→ Le délais de saisine du juge : C'est un délais de 2 mois à compté du refus opposé par
l'administration à la demande d'indemnisation de la victime. C'est la règle de la décision
préalable. Il n'est possible de se présenter devant le juge qu'avec une décision
administrative. C'est une condition de la recevabilité de la requête devant le juge.
En matière de responsabilité, cette décision ne sert qu'à lier le contentieux.
Sur la demande indemnitaire, le silence que garde éventuellement l’administration, au
bout d'un certain temps ce silence vaut refus.
En principe donc, le délais cours à partir du premier jour de l'année qui suit l'année au
cours de laquelle le fait générateur du dommage s'est produit. A ce principe on doit
apporter des nuances.
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Ce qui compte ici, c'est moins la survenance du fait générateur que la conscience qu'a la
victime du droit qui est le sien d'obtenir réparation. Les deux peuvent ne pas coïncider.
Le délais de prescription des dettes des personnes publiques peut être parfois différent.
C'est le cas pour les actes de prévention, de diagnostique et de soin des établissement de
santé, où la prescription depuis 2002 est décennale.
Ce sont pour l'essentiel des considérations éthiques qui ont poussé le législateur à
interdire l'indemnisation d'un préjudice donné : celui donné à la naissance même de
l'individu. La jurisprudence distingue depuis longtemps deux cas de figure, et en leur sein
deux catégories de victimes :
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→ Le cas de figure de l'enfant génétiquement porteur d'un handicap
Le handicap n'a pas été décelé alors qu'il aurait du l'être (ce qui a empêché
les parents de recourir s'ils le souhaitaient à l'IVG).
Le handicap n'a pas été décelé à l'occasion d'examens qui impliquent une
marge d'erreur dont les parents n'ont pas été informés (ils ont été privés de
la possibilité de réclamer de nouveaux examens par exemple).
Le handicap a été décelé, mais les parents n'en ont pas été correctement
informés.
Cette controverse juridique était doublé d'une controverse éthique, consistant à faire
reproche à la Cour de cassation d'avaliser l'idée selon laquelle parfois il faudrait mieux ne
pas naître que naître handicapé. On lui fait le reproche de valider l'idée selon laquelle une
vie ne pourrait être que souffrance et que par conséquent on pourrait lui préférer l'absence
de vie.
C'est sur la base de ces réflexions que le législateur est intervenus avec la loi
Kouchner de 2002 pour poser le principe suivant : nul ne peut se prévaloir d'un préjudice
du seul fait de sa naissance (Art.L.114-5 du Code de l'action sociale et des familles).
Cette loi ne change rien à l'hypothèse du fœtus dégradé par une intervention médicale.
En cas de handicap non décelé dont été génétiquement porteur l'enfant, les parents ne
peuvent voir réparé sur le terrain de la responsabilité que le préjudice qui leur est propre.
En particulier, la perte de chance d'avoir recours à une IVG. Par contre, s'agissant des
troubles dans les conditions d'existence dû au handicap de l'enfant, ces troubles sont
compensés par un mécanisme relevant de la solidarité nationale. L'enfant ne peut pas
prétendre à une quelconque indemnisation.
46
II) Le fait générateur
Le fait générateur d'un dommage peut être définit simplement comme l'évènement
juridique, matériel, qui est à l'origine du préjudice. Ce fait générateur peut prendre des
formes variées. Il peut s'agir d'une décision, d'un acte individuel ou réglementaire pris par
une autorité administrative. Il peut s'agir d'un comportement (une erreur médicale par
exemple). Il peut aussi s'agir d'une négligence, ou d'une abstention (cas de figure de la
jurisprudence Doublet → préjudice lié à l'inaction de l'autorité administrative à exercer ses
pouvoirs de police). Encore, il peut s'agir de l'absence de mise en œuvre par
l'administration d'une législation ou d'une réglementation.
Ce fait générateur peut être le fait d'une ou plusieurs personne physique identifiable, ou
bien anonyme (c'est le cas par exemple lorsqu'un dommage est lié à la mauvaise
organisation d'un service).
→ Est-ce que le fait générateur invoqué par la victime est de façon générale
rattaché/imputable à l'action administrative ?
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a. La distinction entre faute personnelle et faute de
service
Cette distinction qui est propre à la responsabilité pour faute, n'a d'intérêt que dans
les hypothèses (nombreuses) où le préjudice trouve son origine dans les agissement ou
les décisions d'un agent public identifié.
On se demandera alors qui doit supporter les conséquences de ce fait ? Est-ce
uniquement l'agent ? Ou plutôt l'administration dont il relève ?
→ La faute de service : Si la faute est considérée comme une faute dite de service, elle
engagera la responsabilité de l'employeur (commune, département, …) et ceci devant le
juge administratif. Il faut la distinguer de la faute du service, qui englobe la faute du service
en entier, globalement.
→ La faute personnelle : Si la faute est considérée comme une faute personnelle, seule
la responsabilité de l'agent pourra être engagée, et ceci devant le juge judiciaire.
Autrement dit, il n'y a d'imputabilité du fait générateur que s'il y a faute de service.
A l'origine de cette distinction, on trouve un texte qui est l'Art.75 de la Constitution de l'an
VIII. Cet article conditionnait l'engagement de la responsabilité civile d'un agent public à
l'obtention par la victime d'une autorisation en ce sens délivrée par le Conseil d'Etat.
On appelait cela le système de la garantie des fonctionnaires.
En pratique, cette autorisation n'était quasiment jamais octroyée ; de sorte que pendant
une grande partie du XIX ème siècle, ce qui prévalait c'était une sorte de ''double
irresponsabilité'' (irresponsabilité de fait → celle de l'agent puisqu'en pratique il ne pouvait
pas être poursuivi même si le droit l'autorisait ; irresponsabilité de droit → Celle de
l'administration). Les choses ont évoluées à partir de l'avènement de la III ème
République, précisément avec un décret-loi du 19 septembre 1870 (décret-loi du
gouvernement provisoire) qui abroge l'Art.75 de la Constitution de l'an VIII. Ainsi, les
victimes n'ont plus besoin de demander l'autorisation au Conseil d'Etat pour poursuivre les
agents publics.
Dans le même temps, le Conseil d'Etat et le tribunal des conflits renverse le principe
d'irresponsabilité de l'Etat (notamment avec l'arrêt Blanco). On peut en même temps
engager la responsabilité de l'administration et de l'agent public.
A partir de ce moment la, il a fallu trouver un moyen pour articuler ces deux
responsabilités. Cette articulation a été dégagé dans le cadre d'une décision du
tribunal des conflits (TC, 30 juillet 1873, Pelletier).
48
fonctionnement de l'administration. Sa responsabilité peut être engager, mais uniquement
en cas de faute personnelle.
→ Comment distinguer entre faut personnelle et faute de service ?
Pour savoir quels sont véritablement les critères, il faut regarder ce qu'en dit la
jurisprudence au fil des décisions rendues. On ne dispose pas au regard de la
jurisprudence administrative de définition positive de la faute de service. Lorsqu'on
met en cause un agent public, on présume que la faute est une faute de service qui va
dans le cadre de ses fonction, et souvent on estime qu'elle va de soit. Par contre, la
jurisprudence s'est attaché à définir plus précisément la notion de faute personnelle.
On peut ici distinguer deux catégories de faute personnelle (on pourra définir la faute de
service de manière négative) :
→ Le fait de l'agent peut être regardé comme étant constitutif d'une faute
personnelle, alors même qu'il est commis dans le cadre du service : Pendant les
heures de travail, sur le lieu de travail … Dans cette hypothèse, on va se demander si la
faute de l'agent est détachable du service. Si c'est le cas, il s'agira d'une faute purement
personnelle qui sera amenée devant le juge judiciaire.
La gravité des faits commis : Une faute commise à l'occasion de l'exercice des
fonctions pourra être détachée et considérée comme une faute personnelle eu
égard à sa gravité. On trouve ici très classiquement des agissements qui
constituent des ''excès de comportement'' (comme dans la décision TC, 1908,
Girodet → Pas arrêt de principe. Il s'agit des propos tenus par un instituteur devant
ses élèves notamment «les soldats français sont des lâches » ; « il n'y a pas de
différence entre l'Homme et la vache car ils ont une queue tous les deux »).
Outre ces excès de comportement, seront regardés comme détachables du service les
faits d'une exceptionnelle gravité. Le juge s'appuiera sur une analyse in concreto dans
laquelle sera tenu compte par exemple des fonctions occupées par l'agent.
On s'était interrogé sur la disparition de cette catégorie de fait dommageable détachable.
On s'est posé cette question sur la base de la décision TC, 19 octobre 1998, préfet du
Tarn. Il s'agissait d'un fonctionnaire de l'équipement qui avait falsifié un Plan d'Occupation
49
des Sols (aujourd'hui PLU) à la demande du maire. Le Tribunal des conflits avait
considéré que dés lors que l'agent n'avais pas poursuivi un intérêt personnel et
qu'il avait agit à l'occasion du service ; cette faute ne pouvait être considérée
comme détachable du service quelque soit sa gravité.
Le Conseil d'Etat a cependant très vite réaffirmé que la gravité exceptionnelle d'une faute
pouvait permettre de la regarder comme détachable du service, puisqu'un peut plus d'un
an plus tard il rend l'arrêt CE, 17 décembre 1999, Moine (un militaire qui avait blessé
quelqu'un en dehors du service avec son arme).
Il faut bien avoir en tête le degrés d'exigence forte du juge. Il faut une forte gravité
du fait, sans pour autant qu'il y ait des conséquences extrêmement graves.
Il y a des hypothèses ou la faute est regardée comme extrêmement grave au regard de la
fonction (un magistrat qui avait falsifié le procès verbal d'audience ; ici c'est la faute qui est
regardée comme d'une exceptionnelle gravité).
L'autonomie est aussi marquée par rapport à la notion d'infraction pénale (de faute
pénale). Pendant un certain nombre d'années, les deux notions ont été liées puisqu'on a
pu considérer qu'une infraction pénale était forcément une faute personnelle.
On associait à la notion d'infraction pénale la notion de gravité. L'inverse n'était déjà pas
vrai à l'époque (une faute personnelle n'étant pas forcément une infraction pénale).
Cette jurisprudence n'était pas satisfaisante dans la mesure où on s'est rapidement aperçu
que la notion de faute personnelle se faisait très exigeante sur le terrain de la gravité
et que toutes les infractions pénales ne satisfaisaient pas à cette exigent seuil de
gravité. C'est le cas par exemple avec les contraventions. Le Tribunal des conflits à finit
par affirmer l'autonomie des notions d'infraction pénale et de faute personnelle (TC, 14
janvier 1935, Thépaz). Le juge commet une erreur de droit en déduisant la
qualification de faute personnelle de celle qui peut avoir été constatée par le juge
pénal de faute pénale.
Il est évident qu'en pratique, les agissement d'un agent qui constituent des crimes ou
délits seront souvent regardés comme relevant le caractère de faute personnelle. Mais il
n'y a pas de lien juridique obligatoire entre ces notions.
50
conception beaucoup plus large que celle du juge administratif en particulier pour le seuil
de gravité (beaucoup plus élevé pour le juge administratif).
Il y avait un lien opéré au départ par le juge pénal entre le recevabilité de la constitution de
partie civile et le bienfondé de l'action civile. La constitution de partie civile c'est ce qui
permet à une victime (sous différentes conditions) de saisir directement un juge
d'instruction si le procureur ne l'a pas fait. La position du juge pénal était de dire que la
recevabilité de la constitution partie civile dépend de la possibilité pour la victime, à la suite
de l'action publique, d'être indemnisé par l'auteur du dommage. A défaut de faute
personnelle, la constitution de partie civile n'était pas recevable. Le juge pénal pour
permettre à la victime de se constituer partie civile et de déclencher une instruction
judiciaire, développait de la faute personnelle une conception très large.
Le juge administratif lui développait une conception très rigoureuse. La chambre criminelle
a finit par dissocier la recevabilité de la constitution de partie civile de la question du
bienfondé de l'action civile. Elle a finit par aligner sa jurisprudence sur celle du juge
administratif, ce qui l'a amené à avoir une appréciation stricte de la gravité de la faute.
b. Le concours de responsabilité
Elle peut ne pas l'être du point de vue des victimes. Deux faiblesses apparaissent à cette
jurisprudence, une faiblesse juridique et une plus concrète.
Faiblesse juridique : Que fait-on lorsque le dommage trouve son origine dans
deux fautes dont l'une est de/du service et l'autre personnelle ? En poussant la
logique Pelletier, pour la partie du dommage lié à la faute personnelle il faut
poursuivre l'agent devant le juge judiciaire, et pour la partie faut de service
poursuivre son employeur devant le juge administratif. C'est donc une situation
complexe pour le justiciable.
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Ce concours de responsabilité s'est trouvé étendu en deux temps :
→ Le Conseil d'Etat l'a d'abord rendu possible dans les hypothèses où une faute de
service avait été commises. Autrement dit, il s'agit de l'hypothèse ou l'administration elle
même est fautive. Le Conseil d'Etat admet dés le début du XX ème siècle que la victime
de deux fautes distinctes reposant sur des faits distincts dont l'une est personnelle et
l'autre de service peut demander réparation pour le tout soit à l'agent devant le juge
judiciaire, soit à l’administration devant le juge administratif. C'est une responsabilité
solidaire de l'agent et de l’employeur (CE, 3 février 1911, Anguet, le dommage était lié
à la succession de deux fautes l'une de service et l'autre personnelle → Un homme qui est
jeté d'un bureau de poste par un agent parce qu'ils étaient fermés (faute personnelle),
alors qu'ils étaient sensé être ouvert (faute de service) ).
Ce n'est que dans un second temps que le Conseil d'Etat va accepter d’élargir le
mécanisme du concours de responsabilité à des hypothèses où l’administration n’a pas
commis de faute quelle qu’elle soit. Cette extension du concours de responsabilité a été
opérée en deux temps :
52
dans le cas d’un préjudice causé par une faute personnelle commise en dehors
du service.
Dans ce cas là, même de façon implicite il est évident que l’administration n’a pas
commis de faute mais malgré tout le juge engage sa responsabilité (CE, 18
novembre 1949, Demoiselle Mimeur).
Ce lien a été entendu de façon de plus en plus large par le juge administratif.
- Ce lien peut être matériel : ce sera la cas lorsque l’agent qui a commis une faute
personnelle en dehors du service a utilisé à cette occasion les moyens matériels
qui lui sont dévolus dans le cadre de ses fonctions. Exemple : Dans Demoiselle
Mimeur c’était un véhicule. Cela peut être aussi une arme à feu dont un agent
dispose dans le cadre de son service (CE. Ass., 26 octobre 1973, Sadoudi).
- Ce lien peut être fonctionnel : ce sera lorsque le dommage a été facilité par les
fonctions exercées par l’agent (CE, 18 novembre 1988, Epoux Raszewski). Un
gendarme met à profit ses fonctions pour retarder l’enquête portant sur des crimes
dont il est l’auteur.
Dans tous les cas, l’administration n’est pas fautive, il n’y a pas de faute de service. Ce
n’est cependant pas un cas de responsabilité sans faute car il y a une faute de
l’agent. L’administration est sollicitée comme un patrimoine pour supporter la charge de
l’agent. La réparation intégrale du préjudice subi par la victime n’est que le terme d’une
première étape du contentieux indemnitaire. En effet, reste encore à savoir la part de la
réparation que doivent effectivement supporter l’agent et l’administration.
Le contentieux de la réparation va bien souvent succéder un autre contentieux où la
victime disparaît mais qui est un contentieux de la répartition de la charge du poids de la
réparation...
Une fois que le fait générateur a été reconnu comme étant imputable au service, encore
faut-il déterminer à quelle personne juridique précise il est imputable.
Cette imputabilité à une personne précise suppose que l’organisme en cause soit doté de
la personnalité morale.
Il pourra s’agir de l’Etat, d’une collectivité territoriale, d’un établissement public, d’un
groupement d’intérêt public et dans certains cas il pourra même s’agir d’une personne
privée lorsque celle-ci est investie d’une mission de service public.
Les personnes morales disposent d’un patrimoine et donc peuvent être amenées à
réparer un préjudice. Une des conséquences est qu’un service de l’administration qui
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n’est pas doté de la personnalité juridique ne peut pas voir sa responsabilité engagée, la
responsabilité engagée sera celle de la collectivité quelle qu’elle soit à laquelle ce service
se rattache.
Beaucoup d’autorités administratives indépendantes n’ont pas la personnalité juridique.
Exemple : l’autorité de la concurrence. Les fautes qui sont commises par elle engagent la
responsabilité non pas d’elles-mêmes mais de l’Etat.
Ces personnes morales de droit public ne peuvent être responsable que des
agissement ou des décisions qui relèvent d’elles.
→ Comment fait on pour déterminer face à un fait générateur donné, s'il est
imputable à telle collectivité ou à telle autre ?
- Un critère matériel : une personne publique n’est responsable qu’à raison des
dommages occasionnés par les agents ou par les choses qui dépendent d’elle.
Dans tous les cas, les régimes de responsabilité répondent à une exigence d’équilibre
entre le sort des victimes et le sentiment de justice qu’il peut y avoir à accepter leur
indemnisation et d’autre part les concilier avec les finances de l’Etat. D’ailleurs il y a aussi
une certaine forme d’équité vis à vis de l’Etat : Est-ce qu’il serait juste de rendre l’Etat
responsable de tout ? Cette recherche d’équilibre repose sur la faute. Dans la
responsabilité sans faute, l’équilibre ne peut pas reposer sur la faute mais dans ce cas là il
repose sur d’autres exigences comme par exemple l’exigence du juge de la
caractérisation du préjudice.
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55
1. La responsabilité pour faute de l’administration
Certains auteurs dont d’ailleurs Léon Duguit ont pu croire ou espérer que la
responsabilité pour faute en matière administrative allait disparaître petit à petit au
bénéfice de régime qu’on dit objectifs à savoir des régimes de responsabilité sans faute.
Cela ne tient pas la route car le droit commun de la responsabilité administrative reste
construit sur la faute. Autrement dit, à défaut de texte ou de jurisprudence contraire
l’administration n’est responsable d’un dommage que si elle l’a causé par sa faute.
Cela ne veut pas dire que les cas de responsabilité sans faute sont exceptionnels mais ils
restent moindres.
Cela ne veut pas dire que la responsabilité administrative ait stagné. Au contraire, la
responsabilité pour faute de l’administration n’a pas cessée de s’élargir et de
s’approfondir. On a reconnu de plus en plus souvent à l’échelle de deux siècles,
l’engagement de la responsabilité de l’administration.
C’est ici un des mouvements les plus importants et les plus profond de l’histoire du droit
administratif depuis 2 siècles.
Il y a en effet 3 grands mouvements :
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que le juge civil pour déterminer la portée des obligations de chacune des parties au
contrat.
En matière de contentieux contractuels on va souvent trouver dans les visas des articles
du Code civil. Par exemple, le juge administratif applique l’Art.1156 du Code Civil qui
prévoit que l’on détermine la portée des engagements contractuels au regard de la
commune intention des parties. De façon générale, en droit administratif comme en droit
civil le contrat doit être exécuté de bonne foi par les parties.
→ Le principe de primauté :
Cela implique que les parties à un contrat administratif ne peuvent invoquer comme faute
que celles qui se rattachent à l’exécution du contrat. Elles ne peuvent invoquer entre elles
que des manquements aux obligations contractuelles. De sorte que, les parties à un
contrat ne peuvent invoquer vis à vis de l’autre sa responsabilité extracontractuelle qu’elle
soit fondée sur la faute ou pas.
Dans un litige, si l’une des parties au contrat quelle qu’elle soit, se place sur le
terrain extracontractuel dans ce cas là, le moyen sera tout simplement irrecevable.
Le juge n’est pas tenu de remettre le requérant d’office sur le bon terrain.
A l’inverse, les litiges qui naissent en dehors de tout lien contractuel ne peuvent relever de
la responsabilité contractuelle. Ceci est lié au principe de l’effet relatif du contrat
(Art.1165 du Code Civil : « Les conventions n’ont d’effet qu’entre les parties contractantes,
elles ne nuisent point aux tiers »). C’est une évidence mais ce qui l’est moins c’est que les
tiers à un contrat ne peuvent se prévaloir, vis à vis de l’une ou l’autre des parties à ce
contrat, de la méconnaissance des stipulations de celui-ci.
Exemple : Une commune veut faire faire des travaux de réfections pour refaire le
toboggan d’une piscine. La commune passe un marché public de travaux, il y a donc un
contrat entre elle et l’entreprise des travaux. Pour une partie des travaux, l’entreprise
passe un contrat avec un sous traitant. Or il s’est avéré que le sous-traitant a mal fait son
travail. Est-ce que la commune peut engager la responsabilité de ce sous traitant et si oui
sous quel fondement ? Le Conseil d'Etat dit qu’il n’y a pas de contrat entre la commune et
le sous-traitant, on ne peut pas se placer sur le terrain de la responsabilité contractuelle.
On est donc sur le terrain de la responsabilité extracontractuelle mais la commune peut
invoquer comme moyen le non respect par le sous-traitant des lois de travaux mais elle ne
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peut pas invoquer à l’encontre du sous traitant la méconnaissance d’une disposition du
contrat qui liait le sous-traitant au bénéficiaire du marché dans la mesure où la commune
n’est pas partie à ce contrat.
Tout au long du XIXème siècle, ce principe s’appuyait sur une notion de souveraineté elle
même étant associée à l’idée d’intérêt général et à l’idée qu’il serait inenvisageable ni
souhaitable qu’un particulier même s’il a subi un dommage, puisse bénéficier ou tirer profit
d’une activité qui est mené au bénéfice de tous. En clair, l’idée d’intérêt général que
représente l’intérêt de l’Etat souverain doit primé sur les intérêts particulier quand
bien même il y aurait dommage. Edouard Laferrière disait que « le propre de la
souveraineté est de s’imposer à tous sans qu’on puisse réclamer d’elle aucune
compensation ».
Cela ne veut pas dire qu’à cette époque la responsabilité extracontractuelle pour faute de
l’administration ne pouvait pas être engagée mais cela voulait dire que cette responsabilité
ne pouvait être engagée que par exception, ou dans la mesure ou l’Etat y avait
préalablement consenti.
58
Par exemple, par le contrat l’Etat accepte de répondre des conséquences dommageables
de la méconnaissance du contrat. Aussi, dans la loi, le législateur pouvait prévoir que
dans tel ou tel domaine l’Etat pouvait être reconnu responsable des conséquences
dommageable de ses fautes. C’est le cas de la loi du 28 pluviôse an VIII relative aux
dommages de travaux publics. Le juge administratif a interprété très largement cette loi
mais pour le reste l’Etat restait irresponsable.
- CE, 6 décembre 1855, Rothschild : c’est un des premiers arrêts dans lesquels le
Conseil d'Etat rejette l’application du droit civil dans une affaire qui met en cause
l’engagement de la responsabilité de l’Etat au titre d’une activité de service public.
C’est sans doute un des premiers arrêts ou figure l’expression selon laquelle la
responsabilité extracontractuelle de l’administration ne doit être ni générale
ni absolue.
- CE, 16 aout 1861, Dekeister : c’est la première fois que le Conseil d'Etat fonde sa
compétence sur les lois des 16 et 24 aout 1790, soit sur le principe de séparation
des autorités administratives et judiciaires. Ce principe n’est plus simplement perçu
comme limitant l’intervention du juge judiciaire mais il fonde de façon positive la
compétence propre de la juridiction administration en l’occurrence ici en
matière de responsabilité extracontractuelle. Cet arrêt va cependant être mal
suivi par le Conseil d'Etat lui même qui va substituer d’autres justifications de sa
compétence au principe de séparation des autorités.
Par la suite, le juge administratif a cherché à consolider sa compétence sur la
notion d’acte administratif et précisément d’acte administratif unilatéral. Cette
position du Conseil d'Etat l’a amené à développer des jurisprudences artificielles où
il s’efforçait de trouver des actes administratifs unilatéraux qui n’existaient pas.
- TC, 8 février 1873, Blanco. Un des intérêts majeurs de cette décision c’est qu’elle
reprend les deux solutions précédentes :
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Plusieurs erreurs d’interprétation ont été commises de façon plus ou moins volontaires à
propos de l’arrêt Blanco. En particulier l’idée selon laquelle la décision Blanco serait une
sorte de point d’orgue de toute l’évolution du XIXème vers la reconnaissance de la
responsabilité de l’administration. C’est une erreur parce que dans cette décision, l’un des
objectifs essentiels c’est justement d’éviter de rejeter l’application du droit civil en tant que
celle-ci impliquerait une soumission excessive de l’administration aux règles de la
responsabilité de droit commun. La responsabilité de l’Etat doit être moins facilement
reconnu que celle des particuliers. De sorte que peut être qu’on se trompe moins quand
on présente cette décision comme une porte ouverte vers une évolution de la
jurisprudence plus favorable aux victimes. C’est une étape qui permet au juge par la suite
d’élargir les conditions d’engagement de la responsabilité de l’administration. On ne dit
pas que l’Etat n’est pas responsable par définition.
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Il reste aujourd'hui des cas d’irresponsabilité de l’administration, elles peuvent être le fait
de la loi ou de la jurisprudence :
On évoquera un peut plus tard une dernière hypothèse d’irresponsabilité qui concerne les
dommages liés au contenu d’une décision rendu par la justice administrative.
Le principe initial d’irresponsabilité a été renversé désormais par principe, la responsabilité
de l’Etat peut être engagée sous réserve des exceptions envisagées.
61
classiquement on s’en réfère à la formule de Marcel Planiol selon laquelle « une
faute est un manquement à une obligation préexistante ».
Cette formule n’est pas très éclairante, elle déplace le problème vers la notion d’obligation
préexistante : cela peut être une exigence faite par la loi ou par des textes juridiques, de
façon générale c’est pour l’administration le respect de la légalité.
Le juge administratif a posé le principe en vertu duquel « toute illégalité est fautive » et
donc par conséquent toute illégalité qui causerait un dommage entrainerait l’engagement
de la responsabilité de l’administration (CE, 26 janvier 1973, Driancourt).
A ce stade, il n’y a pas de différence avec le droit civil. Mais contrairement au droit civil,
l’identification d’une faute commise par l’administration ne suffit pas nécessairement à ce
que sa responsabilité soit engagée. En effet, le juge a pu poser dans certains
domaines un seuil de gravité en deçà duquel la responsabilisé de l’administration
ne peut être engagée : cela s’inscrit directement dans la lignée de la jurisprudence
Blanco.
Raison pratique : On exige une faute lourde parce que l’activité administrative en
cause est particulièrement technique ou complexe. Par exemple : c’est pour cette
raison que la faute lourde a longtemps prévalue en matière médicale ou en matière
de secours. Il y avait l’idée qu’il ne faut pas paralyser l’administration en matière
d’intérêt général.
« L’histoire de la faute lourde c’est l’histoire de son déclin » : Pourquoi les domaines dans
lesquels elle était exigée se sont rétrécies ?
62
De plus, parfois le juge administratif a pu vider la notion de faute lourde de son
contenu : c’est une appréciation subjective, il n’y a pas de définition juridique de
la faute. Le juge appréciait de façon tellement large la faute lourde que cela
revenait à apprécier une faute simple.
Pour toutes ces raisons, le juge administratif a abandonné l’exigence de la faute lourde
dans la plupart des domaines où elle était exigée notamment dans les années 90.
→ Quels sont les domaines de la faute lourde ont basculé dans la faute simple ?
63
-Les activités de secours : qui ont longtemps été des domaines caractéristiques de
la faute lourde, le juge administratif a abandonné l'exigence de faute lourde (CE, 28
avril 1998, Commune de Hannapes → Lutte contre les incendies ; CE, 13 mars
1998, Améon → secours en mer ; CE, 20 juin 1997,Theux → Secours d'urgence).
- Concernant les activités hospitalière : l'exigence de la faute lourde était justifiée
par les nécessités et difficultés techniques de l'activité. Sans avoir donné le principe
même de la faute lourde, le Conseil d'Etat a reconnu des hypothèses de faute
simple présentées comme des exception. Par exemple, il a reconnu la possibilité
d'engager la responsabilité hospitalière pour une faute simple s'agissant des
dommages résultants des soins courant (CE, 26 juin 1959, Crouzet).
Le juge administratif a fini par renoncer à la faute lourde. Le déclin de la faute lourde est
marqué par l'arrêt CE, 10 avril 1992, Epoux V.
La question de la faute lourde se pose, puisque les domaines où elle perdure sont
désormais extrêmement étroit. Cela n'empêche pas le législateur s'il le souhaite de
conditionner l'engagement de la responsabilité de l'administration à ce que la faute
commise par celle-ci atteigne un certain seuil de gravité. Par exemple, avec l'Art.L114-5
du CASF dit que lorsque le handicap n'est pas décelé pendant la grossesse, les parents
peuvent demander la réparation de leur préjudice propre. La responsabilité de
l'établissement ne peut être engagée qu'en cas de faute caractérisée.
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65
Deux domaine continuent d'exiger une faute lourde :
66
violation manifeste du droit communautaire ayant pour objet de conférer des
droits aux particuliers (CE, 18 juin 2008, Gestas).
On va voir à présent la façon dont le juge administratif peut aménager les modes
d'administration de la preuve de façon à alléger son poids pour la victime.
Il faut avoir en tête que la procédure administrative contentieuse devant le juge
administratif est une procédure inquisitoire. Autrement dit, c'est au juge lui même
d'organiser au mieux le dialogue des parties et c'est à lui qu'il revient le cas échéant de
s'assurer de la réalité des allégations des uns et des autres.
On retrouve depuis quelques années le fait que le juge administratif est le garant de la
loyauté du débat contentieux. Il doit veiller à ce qu'il n'y ait pas de déséquilibre entre
l'une ou l'autre des parties dans l'administration des preuves, de sorte qu'en
contentieux administratif (sauf exception), il n'y a pas de régime légal de la preuve
(contrairement par exemple à la matière pénale).
Par conséquent, le juge administratif peut facilement s'il l'estime opportun alléger ou
renforcer les obligations en matière de preuve que sont amenées à supporter les parties
au litige. C'est d'autant plus important et nécessaire que par définition le contentieux
administratif met en présence des parties qui ne sont pas nécessairement égales.
Ces aménagements peuvent prendre la forme de présomptions de faute.
La présomption de faute est une facilité procédure accordé à la victime qui, dans le cadre
d'une responsabilité pour faute, n'est tenu d'apporter au juge que la preuve du dommage
qu'elle a subit, ainsi que celle du lien de causalité que ce dommage entretiens avec
l'administre. Il n'est pas nécessaire de prouver que le fait générateur est qualifié de faute.
Naturellement, l'administration peut s'exonérer de toute responsabilité si elle parviens à
démontrer qu'elle n'a pas commis de faute.
L'hypothèse la plus caractéristique d'un régime de présomption de faute est celle
des dommages subits par les usagers d'un ouvrage public.
Un ouvrage public est un bien immobilier qui résulte d'un aménagement et qui est affecté
à l'utilité publique (exemple : un bâtiment administratif).
La qualité d'ouvrage public (la qualification) ne dépend pas de la nature du propriétaire à
savoir qu'une personne privé peut parfaitement être propriétaire d'un ouvrage public.
L'exigence est plus élevé pour la qualification d'ouvrage public lorsqu'il est la propriété
d'une personne privé.
La notion d'usager renvoi à l'ensemble des personnes qui utilisent l'ouvrage, et de façon
générale toutes les personnes qui tirent profit de l'ouvrage.
L'usager s'il est reconnu comme tel n'a pas à prouver la faute de l'administration.
Une grande partie du débat contentieux se reporte sur l'administration qui pourra elle être
exonéré de sa responsabilité si elle démontre qu'on ne peut lui reprocher un défaut
d'entretiens normal de l'ouvrage public (par exception les usagers d'un ouvrage public
peuvent bénéficier d'un régime de responsabilité sans faute lorsqu'est concerné un
dommage causé par un ouvrage public exceptionnellement dangereux → CE, 7 juillet
1973, Dalleau).
Sans aller jusqu'à la présomption de faute, le juge administratif depuis quelques années
renforce ou accroit les exigences qui pèsent sur l'administration en matière de preuve
dans certains domaines.
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En matière de discrimination (CE. Ass., 30 octobre 2009, Perreux). Ici le Conseil
d'Etat va préciser la manière dont le débat doit s'organiser entre les deux parties.
D'abord c'est un arrêt où le Conseil d'Etat rappelle fermement que la procédure
contentieuse administrative est une procédure inquisitoire, et qu'il revient au juge lui
même de tenir compte des difficultés propres à l'administration de la preuve. Au
terme de cette jurisprudence en matière de discrimination, il revient d'engager le
débat contentieux, en soumettant au juge des éléments de fait susceptibles de faire
présumer une atteinte aux principe de non discrimination. Il revient au défendeur
(l'administration) de produire les éléments de fait permettant d'établir que le
comportement ou la décision contesté repose sur des éléments étrangers à toute
discrimination. Aux vues de cet échange, il appartient au juge de forger sa
conviction le cas échéant en la confortant par des mesures d'instruction
supplémentaires.
Dans un premier cas, la discrimination viole un principe fondamental (le principe d'égalité),
en matière de harcèlement c'est une atteinte à la dignité.
Cette politique, position du juge, cet effort pour équilibrer le débat contentieux n'est
absolument pas propre au contentieux de la responsabilité. Autrement dit on trouve
exactement le même effort dans le cas du contentieux de la légalité des actes
(recours pour excès de pouvoir) CE, 26 novembre 2012, Madame Cordiere → il s'agit d'un
fonctionnaire placé en situation de disponibilité, c'est à dire quelqu'un qui n'exerce pas
effectivement ses fonctions mais qui reste néanmoins fonctionnaire. C'est notamment le
cas des disponibilité pour convenance personnelle. Au terme de cette période de
disponibilité, le fonctionnaire peut souhaiter réintégrer le service. L'administration son
employeur est tenu de lui proposer le/les postes vacants au moment des termes de la
disponibilité. En l'espèce, l'administration refuse de la réintégrer au motif qu'il n'y a pas de
poste vacant. Elle demande l'annulation devant le juge administratif. La difficulté ici en se
plaçant du coté du requérant, c'est qu'il ne dispose pas du moyens de trouver un poste
vacant, c'est l'administration qui dispose de ce moyen. C'est pour cela que le juge
rééquilibre le débat en faisant peser sur l'administration une charge en terme de preuve
plus importante qu'elle ne devrait le faire normalement.
Dans certains cas, les régimes de présomption de faute ont pu apparaître comme une
transition vers la reconnaissance de régimes de responsabilité sans faute ; d'ou l'idée que
la suite logique d'un régime de présomption de faute serait le passage à un régime de
responsabilité sans faute. Le juge administratif n'a pas pris de gants pour créer un régime
de responsabilité sans faute, et il le fait depuis le XIX ème siècle.
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II. La responsabilité sans faute de l'administration
Ce n'est pas qu'il n'y a pas de faute, mais le fait que la question de la faute ne se pose
pas. C'est en cela qu'on parle d'un mécanisme objectif de responsabilité : la responsabilité
sans faute est purgée de la dimension morale qui est inhérente à la notion de faute.
De façon générale, il n'y a pas de jugement de valeur sur l'auteur du dommage.
On va simplement identifier un patrimoine sur lequel reposera la réparation d'un
dommage. Il s'est agit ici d'un grand atout de ce régime de responsabilité administrative.
L'intérêt, c'est que par ce mécanisme le principe de ''l'infaillibilité'' de l'administration n'est
pas remis en cause, a fortiori à la fin du XIX ème quand ce régime est apparu où
l'administration était irresponsable et où la faute de celle-ci semblait inconcevable.
Cette responsabilité sans faute de l'administration s'est donc développé dés la fin du XIX
ème siècle, et est devenue l'un des éléments les plus originaux du droit administratif à une
époque où le droit civil de la responsabilité repose tout entier sur la notion de faute.
Cette spécificité doit être aujourd'hui relativisé pour au moins deux raisons : la
responsabilité sans faute reste un mécanisme subsidiaire, et le droit civil fait aussi place à
des régimes de responsabilité sans faute (régimes de responsabilité objectifs).
Dans cette affaire, une entreprise est chargé de l'éclairage dans la ville de Bordeaux (à
l'époque il se fait au gaz). Pour fabriquer ce gaz, l'entreprise a besoin de charbon. Or, en
raison de la guerre, le prix du charbon explose ce qui fait augmenter de façon
extrêmement importante le prix de production du gaz lui même. Cela met l'entreprise dans
une situation difficilement tenable. Dans l'arrêt Gaz de Bordeaux, le Conseil d'Etat rappelle
qu'en principe c'est le contrat tel que conclu qui régit les rapports entre les parties
(principe du consensualisme), simplement en cas d'imprévision il revient à l'administration
d'accorder un soutient financier à l'opérateur qui est tenu d'exécuter le contrat en vertu du
principe constitutionnel de continuité du service public.
70
A propos de la recherche par le cocontractant du paiement par l'administration d'une
indemnité d'administration, le Conseil d'Etat évoque l'engagement de la responsabilité
contractuelle sans faute de l'administration (CE, 11 juillet 2014, Commune de
Chamonix Mont-Blanc). Il existe donc au moins une hypothèse de responsabilité
contractuelle sans faute.
D'autre part, le régime législatif de responsabilité sans faute de l'Etat du fait des
attroupements et rassemblements. C'est une régime législatif de responsabilité
désormais codifié à l'Art.L211-10 du Code de la sécurité intérieure.
C'est un régime de responsabilité qui a des racines très anciennes. Le premier texte
proche du régime tel qu'on le connait aujourd'hui à certains égards est la loi du 10
vendémiaire an IV. Cette loi prévoyait la responsabilité collective des habitants de la
commune au titre des dommages liés aux émeutes survenues sur le territoire de la
commune. En l'an IV, il s'agissait d'une responsabilité de droit privé devenue une
responsabilité de droit public à partir de la loi du 5 avril 1884 relative à l'organisation
municipale. Ce n'est que progressivement qu'elle est devenu une responsabilité sans
faute reposant entièrement à partir des années 1980 sur l'Etat. Ce n'est qu'à partir de
1986 que le juge administrative (avant c'était le juge judiciaire) est devenu
compétant pour connaître des litiges de la mise en œuvre de ce régime de
responsabilité.
71
Le risque est que pour faire application de ce régime, le juge administratif empiète
sur l'office du juge pénal (qui est de qualifier pénalement des faits). En pratique ce
risque d'empiètement est relativement limité, voir même nul, pour au moins deux raisons :
72
Cette jurisprudence a ensuite connu une importante postérité législative : c'est la
législation sur les accidents du travail (dans le secteur privé avec la loi du 9 avril 1898
relative aux accidents du travail) mais aussi une série de texte concernant les agents
publics puisque le statut des fonctionnaires prévoit la prise en charge par l'employeur
public des accidents et maladies liées au service.
Aujourd'hui, cette jurisprudence sous certaines nuance sur les collaborateurs permanents
n'a plus le même intérêt qu'au moment où elle a été édicté, puisque la loi a pris le
relais du juge.
Son intérêt n'a pas disparu, s'est simplement déplacé puisque cette jurisprudence a par la
suite été appliqué aux collaborateurs non pas permanents du service public mais aux
collaborateurs dits occasionnels du service public (CE, 22 novembre 1946, Commune de
Saint Priest la Plaine). Il va s'agir notamment des habitants qui vont aider à la lutte contre
les incendies, un passant qui va aider à l'arrestation d'un malfaisant, etc...
Ils n'auront pas à démontrer la faute de la personne responsable du service public
auquel elles auront collaboré.
La Cour de cassation a elle même fait application de cette jurisprudence au bénéfice des
collaborateurs qui peuvent être requis dans le cadre d'opérations de police judiciaire
(Cass. 2°CIV., 23 novembre 1956, Trésor public c./ Giry). Il s'agissait d'un docteur requis
dans le cadre d'une opération de police judiciaire, et qui au cours de l'opération est blessé.
Cette seconde condition permet d'écarter de ce régime les interventions superflues (la
personne qui interviens alors que des secours sont déjà sur place).
Cette responsabilité pour risque peut aussi bénéficier aux tiers vis à vis du service
public. On trouve parfois l'expression de risque danger. C'est le fait que l'indemnisation se
justifie par le fait que l'administration fait peser un risque sur les administrés sans que ce
risque n'ai de contrepartie (à travers par exemple la collaboration au service public).
Le champ d'application de cette hypothèse est beaucoup plus large puisque cela concerne
tous les tiers au service public, de sorte que l'équilibre de ce régime de responsabilité doit
être trouvé ailleurs et en particulier dans le fait qu'on exige du risque considéré que ce soit
un risque spécial.
73
Dans le risque spécial, on trouve des hypothèses variées. Cette responsabilité pour risque
spécial au bénéfice des tiers peut être lié à différentes choses :
L'idée d'un élargissement progressif du champ de cette responsabilité sans faute pour
risque spécial est souvent avancé. D'abord, le risque est entendu de façon plus large
qu'au début du XX ème siècle ; ensuite il est vrai que le champ des bénéficiaires de
cette responsabilité pour risque spécial s'est élargi (en particulier pour les méthodes
dangereuses, seuls pouvaient en bénéficier le voisinage, aujourd'hui l'ensemble des tiers).
Cet élargissement de la responsabilité pour risque spécial reste sous le contrôle du juge
administratif. Le juge reste exigent quand au caractère spécial du risque. Il n'y a de
risque spécial que si le choix opéré par l'administration accroit la probabilité d'un
dommage par rapport à une autre solution considéré comme normale.
C'est le cas avec l'exemple d'une réduction de peine. Jusqu'à ces derniers années, le
Conseil d'Etat acceptait de voir dans la décision de réduire la peine d'une détenu un risque
spécial pesant sur les tiers.
74
Toute la question est de savoir si le recours à la réduction de peine est une solution
normale ou pas. Le condamné à une peine de prison connait tout de suite la réduction de
peine à laquelle il aura le droit. Ainsi, la réduction de peine depuis quelques années est
une modalité normale de l'application des peines par les détenus.
Le Conseil d'Etat a fini par considérer que la victime d'un dommage causé par un détenu
bénéficiant d'une réduction de peine ne peut pas engager la responsabilité sans faute de
l'Etat faute de risque spécial (CE, 15 février 2006, Maurel-Audry).
Le Conseil d'Etat a admis la responsabilité sans faute de celui qui a la garde d'autrui dans
l'hypothèse où celui-ci cause un dommage (CE, 11 février 2005, GIE AXA Courtage).
Ici le Conseil d'Etat ne se réfère pas au Code Civil (Art.1384 du Code Civil), mais
développe une vision de la garde proche pour ne pas dire identique de celle du Code Civil.
Le gardien s'entend de celui qui se vois confier la responsabilité d'organiser, de diriger, de
contrôler la vie d'autrui.
Dans l'affaire GIE AXA Courtage, il s'agissait d'un dommage causé par un mineur qui
n'était pas délinquant. Celui-ci avait fait l'objet d'un placement, mais ne l'avais pas été fait
sur le fondement de l'ordonnance de 1945 relative aux mineurs délinquants. On parle ici
d'un mineure en danger, placé dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative sur le
fondement de l'Art.375 du Code Civil.
Cette jurisprudence avait pour but de rompre une double inégalité. La première avait trait à
la seule jurisprudence administrative. Jusque la, lorsque des dommages étaient causés
par des mineurs dits ''en danger'', la responsabilité de l'administration devait être engagée
pour faute. Depuis l'arrêt Touzelier de 1956 concernant les mineurs délinquants, la
responsabilité de l'Etat pouvait être engagé sans faut sur le fondement du risque. Il y a
une grande similitude entre la situation des mineurs en danger et les mineurs délinquants.
Ce sont souvent les mêmes difficultés sociales, familiales, des placements auprès de tiers
etc... Il y avait une certaine injustice à ce que les victimes de mineurs délinquants
pouvaient être indemnisé sans faute, alors que les victimes de mineurs en danger
était soumis à la preuve d'une faute.
La deuxième distorsion tenait aux différences entre jurisprudence civile et administrative
concernant les mineurs en danger. Effectivement, la Cour de cassation le début des
années 1990 acceptait de mettre en jeu la responsabilité sans faute du gardien, pour
l'action du mineur en danger. La jurisprudence administrative s'est donc aligné sur la
jurisprudence de la Cour de cassation (Cass., 1991, Blieck). Avec la jurisprudence GIE
AXA Courtage, on aligne donc la situation entre les deux juridictions.
Par la suite, le Conseil d'Etat a étendu le fondement de la garde aux hypothèses des
dommages causés par les mineurs délinquants. Cela semble logique puisque l'une des
sources de la jurisprudence GIE AXA Courtage était la similitude avec le cas des enfants
délinquants (CE, 1 février 2006, Gare des Sceaux c./ MAIF).
75
S'agissant des mineurs délinquants, le fondement de la garde ne s'est pas substitué au
fondement du risque. Les deux fondements se combinent. Autrement dit, la victime d'un
dommage causé par un mineur délinquant dispose d'une option. Elle peut rechercher la
responsabilité de l'Etat sur le fondement du risque spécial (jurisprudence Touzelier). La
victime peut aussi choisir d'engager sans faute la responsabilité du gardien du mineur.
Soit le mineur a été confié à une personne publique (souvent les services
départementaux) auquel cas la responsabilité de cette personne publique sera recherchée
devant le juge administratif sur le fondement de la garde ; si le mineur délinquant a été
confié à une personne privé, la responsabilité de cette personne privé (une association par
exemple) pourra être engagé sur le fondement de la garde devant le juge judiciaire.
Il y a une hypothèse singulière qui existe : s'agissant des tiers, ils peuvent engager
la responsabilité pour risque de l'administration (on utilise pas toujours l'expression de
risque spécial dans ces cas) en raison des dommages accidentels qu'ils peuvent subir en
raison de travaux public ou d'ouvrages publics.
Il faut bien distinguer cette hypothèse avec le cas des dommages permanents de
travaux publics, qui se rattachent à un autre fondement de la responsabilité sans faute
(rupture d'égalité des charges publics, voir après). En matière d'accident de travaux
publics, la victime qui est tiers par rapport à ces dommages peut poursuivre et engager la
responsabilité sans faute soit du maitre d'ouvrage (le propriétaire ou le commanditaire des
travaux), soit l'entreprise chargée des travaux. Cette responsabilité sans faute ne peut être
engagée que par les tiers. Pour résumer, en matière de dommages accidentels de
dommages accidentels de travaux publics ou liés au ouvrages publics, le régime de
responsabilité dépends du lien qu'entretiens la victime avec le travail public ou
l'ouvrage public.
La logique est ici que plus la victime tire avantage de l'ouvrage, plus le régime est
rigoureux/sévère.
B. La responsabilité sans faute pour rupture de l'égalité devant
les charges publiques
Il est assez difficile d'opérer une distinction absolue entre les hypothèse de
responsabilité pour risque et les hypothèses de responsabilité pour rupture de l'égalité
devant les charges publiques. Dans les deux cas, la jurisprudence administrative n'a
jamais répondu à un plan préétablis. En matière de responsabilité sans faute, la
cohérence du juge a été construite a posteriori. Les solutions du juge dans les deux
cas répondent à un impératif d'équité. Dans toutes les hypothèses de responsabilité sans
faute, elle se rattache à l'idée qu'il serait injuste de faire peser sur le victime de manière
excessive le poids de l'intérêt général.
76
Pour autant, cette distinction entre responsabilité pour risque et égalité devant les charges
publiques semble s'appuyer sur l'idée suivante : Dans toutes les hypothèses de
responsabilité pour risque, le danger que court l'administré est réel, mais sa
concrétisation (le préjudice) est simplement de l'ordre de l'éventualité.
Dans le cas de la rupture de l'égalité devant les charges publiques, le dommage n'a rien
d'accidentel. On pourrait même dire qu'il n'a rien en tant que tel d'imprévisible.
L'administration sait ou pourrait savoir que son comportement va générer un dommage,
mais elle fait quand même ce choix au nom de l'intérêt général.
→ Quelles sont les hypothèses de responsabilité pour rupture de l'égalité devant les
charges publiques ?
En raison des effets d'un acte administratif individuel : En ce qu'il concerne une
personne ou un groupe de personnes identifiées.
L'exemple le plus classique est celui des décisions par lesquelles l'administration
refuse d'octroyer à un administré qui bénéficie d'une décision de justice le concours
des forces de police pour assurer l'exécution de la décision de justice dont il a
bénéficié (CE, 30 novembre 1923, Couiteas). Il s'agit ici en Tunisie d'un individu qui
est propriétaire d'un vaste domaine sur lequel réside et se déplace des populations
indigènes. Ce propriétaire qui veut utiliser son terrain obtient une décision de justice
qui prononce l'expulsion des indigènes de son domaine. Il demande à l'Etat le
concours de la force publique. L'administration refuse légalement de l'aider,
légalement parce que ce refus repose sur des considérations d'ordres publics
légitimes. En dépit de la légalité de ce refus, l'administré peut engager la
responsabilité sans faute de l'Etat pour rupture de l'égalité devant les charges
publiques.
77
En raison des effets des actes à portée générale :
Il est plus complexe d'envisager qu'un acte à portée générale, qui impacte sur l'ensemble
de la population, impacte de manière différentes les individus qui y sont soumis. C'est une
conception intellectuelle plus complexe qu'avec les actes administratifs individuels.
▪ Lois et traités – la difficulté était plus importante que pour les actes
administratifs, puisque la mission du juge administratif tel que conçu depuis
longtemps est d'être le serviteur de la loi et pas de la juger (qui est
l'expression de la volonté générale, l'acte de souveraineté par excellence).
S'agissant des traités, le juge administratif s'est pendant longtemps
positionné en retrait par rapport à l'action diplomatique de l'Etat qui elle aussi
se rattache très directement à l'idée de souveraineté.
La responsabilité sans faute présente l'intérêt qu'elle ne repose pas sur un
jugement de valeur, de sorte qu'elle est apparue assez vite comme une voie
acceptable pour engager la responsabilité sans faute de l'Etat du fait des lois
et des traités.
78
La responsabilité de l'Etat peut être engagé du fait des traités internationaux (CE Ass., 30
mars 1966, Compagnie générale d'énergie radioélectrique). Cette jurisprudence a par la
suite été étendu à la coutume internationale (CE, 14 octobre 2011, Madame Saleh).
Le conseil d'Etat a finit par renoncer à cette jurisprudence (CE, 2 novembre 2005,
coopérative agricole Ax'ion). Le Conseil d'Etat dit ici « il résulte des principes qui
gouvernent l'engagement de la responsabilité sans faute de l'Etat {principes
dégagés par le juge lui même} que le silence d'une loi sur les conséquences que
peut comporter sa mise en œuvre ne saurait être interprété comme excluant par
principe tout droit à réparation des préjudices que son application est susceptible
de provoquer ». Le juge dit ici que par principe, l'indemnisation n'est pas exclue,
mais qu'elle peut tout de même l'être. C'est donc un revirement ''modéré''.
79
Il y a ensuite un certain nombre de conditions communes pour engager la
responsabilité de l'administration pour rupture de l'égalité devant les charges
publiques.
La signification la plus fréquente (souvent la seule exigée par le juge), c'est l'idée de
gravité. Un préjudice anormal serait alors un préjudice particulièrement grave.
Une seconde signification (plus rare et qui peut se conjuguer avec la première),
l'anormalité du préjudice renvoi à son caractère imprévisible, ou plutôt au caractère
imprévisible du fait générateur. Cet exemple est tiré de la mise en jeu de la responsabilité
de l'Etat du fait des lois, dans les cas où ce sont des professionnels qui entendent obtenir
réparation du préjudice commercial que peut leur avoir causé une loi. Dans ces cas la, le
juge pour caractériser l'anormalité du préjudice aura une double exigence : le
professionnel devra démontrer la gravité de son préjudice commercial, mais démontrer
aussi le caractère imprévisible de la loi et donc du préjudice lui même. Le caractère
imprévisible de la loi s'apprécie au regard d'un standard qui renvoi à l'exigence normale
qu'on peut avoir vis à vis d'un professionnel moyennement raisonnable, vigilent, intelligent.
C'est à ces deux conditions que le préjudice sera regardé comme étant anormal.
Au delà, la victime ne sera dédommagée qu'au delà de l'aléa qu'elle n'était pas
raisonnablement en mesure d'anticiper (CE, 1 février 2012, Bizouerne).
Le caractère spécial du préjudice renvoi au fait que la victime est la seule ou appartient à
un groupe limité de personnes ayant eu à pâtir de l'acte dont elle estime qu'il lui a causé
un dommage. Cette spécialité du préjudice est la preuve première de la notion de
rupture d'égalité. Cette notion s'incarne dans cette spécialité du préjudice. La spécialité
du préjudice, c'est ce qui oppose l'individu à l'ensemble des personnes concernées par un
acte. Elle s'apprécie toujours par opposition à la situation des autres qui n'en pâtissent pas
ou moins.
80
La Cour A. Appel lui opposait que le nombre de victimes de ce traité était susceptible
d'être très important, ne permettant pas alors de qualifier son préjudice comme spécial.
Le Conseil d'Etat répond que ce qui compte ce ne sont pas le victimes potentielles
lié au caractère plus ou moins général d'un texte, mais le nombre connu ou estimé
de victimes.Sur le nombre de diplomates qui sont les leurs, il y aura un nombre de litiges
de travail suffisamment restreint, et par conséquent on peut regarder le préjudice de Mme
Susilawati peut être regardé comme spécial.
Par exemple :
81
En dehors de ces hypothèses de présomption, le juge administratif va apprécier le
lien de causalité tel que la victime tente de le démontrer sur la base d'une analyse
casuistique autrement dit au cas par cas.
Le juge administratif ne s'est jamais rallié à l'une des théories de la causalité dégagées
par la doctrine :
L'équivalence des conditions selon laquelle tout fait sans lequel le dommage ne
se serait pas produit est réputé juridiquement être la cause de ce dommage
La proximité de la cause, selon laquelle seul le dernier fait ayant rendu possible le
dommage doit en être regardé comme la cause
La causalité adéquate, selon laquelle est réputé être la cause du dommage
l'évènement déterminant pour sa survenance.
Un problème pratique se pose : le rôle que peut jouer la victime dans la survenance
de son propre dommage.
On peut penser ici au cas du suicide. Généralement, le suicide est le fruit d'une décision
toute personnelle de la personne qui fait ce choix. Le juge a néanmoins admis de façon de
plus en plus large que le contexte dans lequel le suicide se produit puisse être regardé
juridiquement comme en étant la cause (qui plus est la cause directe).
La jurisprudence administrative à d'abord admis l'engagement de la responsabilité
de l'administration par les ayants droit, dans des cas où l'administration était à
l'origine d'une infirmité devenue insupportable pour la personne concernée au point
que celle-ci décide de se suicider.
Ce qui était moins évident, c'est que parfois la simple négligence ou abstention de
l'administration va être regardée juridiquement comme la cause du suicide.
Les insuffisances de l'administration dans la prévention de l'acte suicidaire par
exemple peut être regardé comme tel (CE, 23 mai 2003, Mme Chabba → Il s'agissait du
suicide d'un détenu duquel aucune information n'était donnée quand a son maintient en
détention provisoire). En particulier, on va tenir compte de la fragilité de la personne qui
s'est suicidé. On sait en matière carcérale que la personne qui fait l'objet d'une première
incarcération si elle est jeune est une personne particulièrement fragile.
82
1. Le fait extérieur à l'administration et à la victime
En particulier il peut s'agir d'un cas de force majeur. On entends par force
majeur un événement qui soit extérieur, imprévisible, et irrésistible. L'évènement
irrésistible est un événement qui ne peut pas être empêché, et que l'administration ne
pouvait pas agir autrement qu'elle l'a fait.
L'évocation d'une force majeur n'a d'intérêt que pour la responsabilité sans faute. Quand
elle est évoqué pour la responsabilité pour faute, elle l'est à l'appui de la thèse selon
laquelle l'administration n'a pas commis de faute. L'argument de la force majeur est
souvent intégré dans la démonstration d'une absence de faute.
En matière de responsabilité sans faute, on la retrouve en tant qu'elle constitue la cause
du dommage.
C'est le cas lorsque l'administration n'est pas la seule à avoir commis le dommage.
L'objectif poursuivi par le dommage est une exonération totale ou partielle de sa
responsabilité, au pro rata de la contribution du tiers à ce dommage.
CE, 14 mai 1986, Commune de Cilaos → Sur l'île de la Réunion au moment d'intempéries
très fortes, des enfants sont internes dans un collège et quittent l'établissement pour
rentrer chez eux. Ils le font à pieds car il n'y a plus de de services de bus etc... En
rejoignant leur domicile, une partie d'entre eux se noient dans une rivière en cru. Le
Conseil d'Etat reconnaît la responsabilité de la commune en particulier en tant que le
maire n'a pas pris toutes les mesures pour empêcher les enfants de quitter seuls l'école et
pour assurer leur sécurité. Mais la commune est partiellement exonéré de sa
responsabilité au regard du comportement du directeur de l'école dont le Conseil d'Etat
considère qu'il aurait du empêcher les enfants de rentrer chez eux à pieds.
83
Il n'en a que lorsque des textes empêchent l'administration d'exercer à l'encontre de ce
tiers (le coauteur du dommage) une action récursoire.
En matière de responsabilité pour faute le fait du tiers a un effet exonératoire, mais par
exception le juge peut renoncer à cet effet exonératoire, notamment d'éviter à la victime
des complications procédurales inutiles. Autrement dit, dans certains cas le juge
condamnera l'administration à réparer l'intégralité du dommage tout en lui
permettant de se retourner ensuite contre les coauteurs du préjudice.
L'administration sera condamné de façon solidaire, condamné à réparer l'entier dommage
alors même qu'elle n'en est pas l'unique auteur.
Le meilleur exemple de cela sont les hypothèses de condamnation de l'administration
dans les cas où le préjudice est la conséquence d'une faute de service et d'une faute
personnelle ou même parfois simplement d'une faute personnelle non dépourvu de tout
lien avec le service.
2. Le fait de la victime
Concernant les dommages subits par un usager d'un ouvrage public. Très souvent, la
responsabilité de l'administration pour faute de l'administration sera écarté en exposant
l'imprudence de l'usager du bâtiment ou de l'ouvrage (quelqu'un qui se penche et tombe
d'une muraille).
Cette faute de la victime n'est pas toujours facile à identifier (CE, 14 octobre 2015, SCI
Les colonnades). Dans cet arrêt d'espèce, il s'agit d'une SCI qui a sollicité du maire d'une
commune en Guadeloupe un certificat d'urbanisme positif. Ayant obtenu ce certificat, la
SCI achète le terrain sur lequel elle entendait bâtir, et demande un permis de construire.
Le permis de construire lui est refusé (en raison de risques d'inondation etc...). La SCI
cherche à engager la responsabilité de la commune et le cœur de ce litige se noue autour
de la question suivante : est-ce que la SCI a commis une imprudence en introduisant par
dans l'acte de vente du terrain une condition suspensive tenant à l'obtention ultérieure d'un
permis de construire ? Les juges du fond ont répondu qu'il s'agissait ici effectivement
d'une imprudence fautive. Le Conseil d'Etat déjuge la CAA de Bordeaux et
considère pour sa part que cette imprudence pouvait être de nature à exonérer
partiellement la commune.
Cette faute aura donc un effet totalement ou partiellement exonératoire. En théorie, selon
le rôle qu'elle a joué dans la survenance du dommage, en pratique selon son degrés de
gravité.
84
A cette hypothèse de la faute de la victime peuvent être adjoint d'autres cas de
figure qui renvoient à l'idée selon laquelle la victime aurait accepté l'éventualité du
préjudice qu'elle a finalement subi. Parmi ces hypothèses, on retrouve plusieurs
déclinaisons :
Exemple : Cela concerne les occupants sans titre du domaine public - ils ne peuvent pas
demander réparation du préjudice qu'ils subissent en raison de l'obligation qui leur est faite
de quitter les lieux.
Le Conseil d'Etat a délimité de façon assez stricte cette notion de risque accepté parce
que d'une part il tient compte de la capacité de compréhension et la liberté de choix
concrète de la victime ; et d'autre part parce qu'il considère qu'un administré ne peut
pas être réputé avoir accepté le risque de voir inappliqué des dispositions d'ordre
public (CE, 11 févier 2011, Susilawati).
Le Conseil d'Etat considère que les dispositions relatives au recouvrement des salaires du
salarié en contrepartie du travail effectué sont des dispositions d'ordre public.
85
IV) Les modalités de la réparation
A. Le contentieux de la réparation
Le référé provision est une procédure qui typiquement est un élément procédural à
l'influence pratique importante. Il permet d'obtenir du juge administratif le versement d'une
partie des droits que possède la victime sur l'administration, à la condition que l'existence
de l'obligation de l'administration ne soit pas sérieusement contestable.
S'il apparaît très clairement que l'administration a causé un dommage à un tiers, pour faire
face aux longueurs de la procédure, le référé provision permet d'obtenir tout ou partie de
la somme correspondant à l'obligation de l'administration (R541-1 du Code de la justice
administratif).
86
ouvert la possibilité aux agents publics de bénéficier dans ces cas là d'une rente ou une
allocation d'invalidité.
L'acceptation par l'agent public du versement par son employeur de ces sommes d'argent
lui interdisait par la suite de poursuivre son employeur devant le juge sur la base du droit
commun de la responsabilité administrative. Le recours de l'agent public sera jugé
irrecevable.
Ce qui rendait la chose contestable à terme, c'est que ces sommes n'avaient pas vocation
à indemniser l'ensemble des postes de préjudice que pouvait avoir subit l'agent. Plus
simplement, ces sommes n'avaient vocation à réparer que le préjudice corporel de
l'agent. Par exemple, ces sommes ne tenaient pas compte du préjudice d'agrément, ou
du préjudice esthétique. On appelait cela la règle du forfait de pension.
Il s'agissait d'une règle directement attentatoire au principe de la réparation intégrale des
préjudices subit par les agents publics dans le cadre de leurs fonctions.
Le Conseil d'Etat a fortement aménagé cette règle, pour la rendre compatible avec le
principe de la réparation intégrale (CE Ass., 4 juillet 2003, Madame Moya-Caville).
Le Conseil d'Etat dit d'abord que la règle du forfait de pension (en ce qu'elle pose
l'impossibilité d'aller devant le juge une fois que le forfait de pension a été versé) reste,
mais seulement elle ne s'applique plus qu'au préjudice qui a un caractère patrimonial, et
donc pour simplifier le préjudice corporel.
Pour les autres postes de préjudice :
Cette règle ne fait pas obstacle d'une part à ce que l'agent soit indemnisé des
autres préjudices qu'il a subi du fait de l'accident ou de la maladie et ceci dans le
cadre d'une responsabilité sans faute. C'est un retour à la jurisprudence Came,
et l'agent pourra demander la réparation de l'administration sans faute de son
préjudice esthétique, d'agrément, du pretium doloris …
Cette règle ne fait pas obstacle d'autre part à ce que l'agent engage la
responsabilité pour faute de son employeur, au titre des conséquences
notamment professionnelles et financières de l'accident ou de la maladie qu'il a
subit. On pense ici par exemple au préjudice de carrière.
2. L'évaluation du préjudice
Pour obtenir réparation devant le juge, la victime doit satisfaire un certain nombre
d'exigences procédurales. Sous peine d'irrecevabilité du recours, la victime doit se
présenter au juge muni d'une décision de l'administration dont elle estime qu'elle lui a
causé un dommage. C'est ce qu'on appelle la règle de la décision préalable qui ne
connait qu'une véritable exception : les dommages de travaux publics.
Il revient à la victime de faire une demande d'indemnisation préalable à l'administration
avant de se présenter devant le juge. Soit l'administration formule une réponse, soit
l'administration ne répond rien et c'est alors une exception à la règle selon laquelle le
silence vaut acceptation, à savoir que s'agissant de demandes à caractère financier, le
silence gardé par l'administration pendant 2 mois vaut refus (Art.L231-4 du Code des
relations du public avec l'administration).
Obtenir une décision permet à la victime de ''lier le contentieux''.
87
Ensuite, il revient à la victime lorsqu'elle s'adresse au juge de chiffrer ses
prétentions. Dans la mesure où le juge administratif est tenu d'inviter le requérant, la
victime à régulariser sa demande, le juge doit prévenir le requérant qui ne l'aurait pas fait.
Ce chiffrage est important dans la mesure où il constitue la limite supérieure de
l'indemnisation qui pourra être accordée par le juge.
Si le juge indemnise au delà de la demande, le juge statuerait ''ultra petita'' c'est à dire au
delà de la demande des parties. Le juge ne peut statuer ni infra petita ni ultra petita.
En principe, le débat d'appel (en Cour d'Appel) est cristallisé au niveau de la réclamation
de première instance. Autrement dit, il n'est pas possible en appel de modifier
l'évaluation première de la prétention de la victime. Evidemment, ce ne sera pas le cas
si le dommage s'aggrave en cours de procédure, ou si sur la base d'une expertise
demandée par le juge on s’aperçoit de l'incohérence de la demande et du préjudice réel.
C'est donc au juge saisi de ces conclusions chiffrées (par les parties) d'évaluer le
préjudice. Pour se faire se pose la question de savoir à quelle date doit se placer le
juge pour évaluer le montant du préjudice se pose. Il y a deux possibilités extrêmes.
Exemple : La date est importante sur la valeur d'un bien duquel cette valeur est évolutive
au cours du temps. Le bien pourra avoir une valeur bien moindre à la date de l'instance,
qu'au moment où le dommage a été causé.
Le juge administratif a été tenu de se positionner. Il l'a fait dans deux décisions de 1947
qui distinguent entre dommages aux biens et dommages aux personnes (GAJA) :
Pour le dommages aux biens → CE, 21 mars 1947, Compagnie générale des eaux ; le
juge se place à la date où leur cause (du dommage) ayant pris fin et leur étendue étant
connue, il pouvait être procédé aux travaux destinés à les réparer. Pour simplifier, ce qui
compte c'est la date à laquelle le dommage est consolidé, et apparaît définitif dans toute
son ampleur.
Pour le dommage aux personnes → CE, 21 mars 1947, Veuve Aubry ; jusqu'en 1947 ce
qui comptait était sans nuance la date de la réalisation du dommage. A présent et dés
lors, la date à laquelle le juge se place pour évaluer le préjudice est la date de la première
décision justifiée qu'elle soit administrative ou juridictionnelle. Autrement dit, c'est la date à
laquelle pour la première fois on a répondu à une demande indemnitaire faite par la
victime (soit-elle par l'administration ou par le juge).
Ces jurisprudences répondent à un même soucis qui est celui de développer une
approche plus réaliste, plus économique du préjudice. L’évaluation d'un préjudice peut
être difficile.
C'est en particulier difficile dans le domaine médical. Dans un premier temps, le juge a
considéré que dés lors que la perte de chance était caractérisée, le préjudice lié à
cette perte de chance devait être réparé dans sa totalité c'est à dire à hauteur du
préjudice matériel ou moral effectivement subit.
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Exemple : Mauvais traitement d'une blessure à la jambe dans un hôpital. Le patient perd
sa jambe. Le patient à simplement perdu une chance de garder sa jambe. Le préjudice
était évalué à la hauteur de ce que représente la perte d'une jambe. La personne était
donc indemnisé à la même hauteur que quelqu'un qui percuté par un véhicule de
l'administration perdait sa jambe.
A partir des années 1990, la Cour de cassation a changé sa position sur ce point et
précisément en cas de perte de chance d'éviter une aggravation de l'état de santé, elle a
estimé que le préjudice réparable ne doit porter que sur une fraction du dommage
résultant de la perte de chance. Dit autrement, la réparation ne peut pas être égale à
l'avantage qu'aurait procuré la chance si elle s'était réalisée.
Dans cette affaire, une personne a été opéré à un œil continue d'en souffrir une fois
retourné chez elle. Elle se rend aux urgences, où on lui dit qu'il n'y a aucun problème, la
renvoyant au médecin traitant. Ce dernier estime au contraire qu'il y a un problème et
renvoi la personne aux urgences. Aux urgences, on finit par lancer un traitement sans
succès, et la patient perd l'usage de son œil.
Le Conseil d'Etat identifie bien une faute du service public hospitalier (retard de
diagnostique, retard thérapeutique) et constate que le patient a perdu une chance de
conserver l'usage de son œil.
Le Conseil d'Etat dit que « le préjudice résultant directement de la faute commise par
l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel
constaté mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit survenu. La réparation qui
incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminé
en fonction de l'ampleur de la chance perdue».
En l'espèce, le Conseil d'Etat a considéré qu'au moment où le patient arrive aux urgence,
le patient avait déjà une forte probabilité de perdre son œil, de sorte qu'il évalue le
préjudice lié à la perte de chance à 30% de la ''valeur'' que représente la perte d'un œil.
On vois bien ici que le principe de réparation intégrale n'est pas ignoré. C'est simplement
la perspective du dommage a réparer, la vision de la perte de chance. C'est elle qui est
intégralement réparé.
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Dans ce type de cas de figure, on peut isoler 3 temps dans la démarche du juge :
Quelle est l'ampleur de la perte de chance subit ? Elle prendra la forme d'un
pourcentage du préjudice.
B. Le contentieux de la répartition
Celui qui est amené à réparer un préjudice n'est pas nécessairement celui qui l'a
causé, ou le seul à l'avoir causé. Ce n'est pas le seul à l'avoir causé lorsqu'une entité est
amenée à réparer pour le tout un préjudice qui a aussi été causé par d'autres auteurs
(c'est la condamnation solidaire ou in solidum). Parfois, cette entité n'est pas même celle
qui a causé le dommage (c'est le cas de la compagnie d'assurance qui indemnise un
adhérent, ou la sécurité sociale, c'est l'hypothèse de l'administration condamné à réparer
un dommage causé par une faute personnelle non dépourvue de tout lien avec le service).
La grande différence entre ces deux mécanismes, c'est que dans le cadre de l'action
subrogatoire, le subrogé (celui qui a payé, réparé le dommage) exerce l'action du
subrogeant (la victime). L'action récursoire au contraire est un droit propre de celui
qui l'exerce.
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1. L'action récursoire
Exemple : Une personne est blessé et demande une prise en charge à sa compagnie
d'assurance. Celle-ci ne dispose pas d'une action récursoire mais simplement de l'action
subrogatoire où le subrogé se substitue à la victime. Ainsi, tout ce qu'on pourrait opposer
à la victime pourrait être opposé au subrogé. Si l'action de la victime avait été irrecevable
devant le juge, l'action de subrogé sera elle même irrecevable.
Ce n'est pas le cas en matière d'action récursoire, puisque celui qui l'exerce use d'un droit
propre.
On ne peut pas lui opposer l'action de la victime elle même, notamment en matière de
recevabilité du recours.
Quelque soit l'hypothèse, ces actions récursoires relèvent de la seule compétence des
juridictions administratives (TC, 26 mai 1954, Moritz).
2. L'action subrogatoire
Les fonds d'indemnisation par exemple qui peuvent être amenés à réparer un
dommage, disposent généralement de la possibilité d'exercer un recours subrogatoire
contre l'auteur du dommage (c'est par exemple le cas pour l'ONIAM, mais aussi pour la
sécurité sociale qui n'est pas un fond d'indemnisation).
Toute la difficulté, c'est que dans le silence des textes, il faut déterminer si une action doit
être qualifié de subrogatoire ou récursoire. Il n'y a pas de critères absolument décisifs pour
faire la distinction entre les deux.
91
Section 1 : L'annulation par le juge administratif de l'acte administratif illégal
L'adjectif unilatéral permet d'opposer ces actes aux contrats (essentiellement ici au contrat
administratif). Un acte administratif unilatéral est le fruit de la volonté unilatérale de son
auteur. Autrement dit, l'effectivité des actes administratifs unilatéraux ne dépend pas du
consentement du destinataire.
L'extension du contrôle des actes unilatéraux pris par l'administration repose sur un
double mouvement : le premier est l'extension de la définition même de la notion d'acte
administratif unilatéral ; le second est l'extension du nombre des actes administratifs
unilatéraux susceptibles d'être contrôlés par le juge administratif.
Seuls les actes administratifs unilatéraux peuvent être contrôlés dans le cadre d'un
recours pour excès de pouvoir, mais pour autant, tous les actes administratifs unilatéraux
ne sont pas susceptibles d'être contrôlés dans le cadre d'un recours pour excès de
pouvoir. La qualification d'acte administratif unilatéral est une condition nécessaire mais
pas suffisante.
La notion d'acte renvoi à l'expression juridique d'une volonté. C'est une volonté qui
acquiert un caractère juridique. Son aspect unilatéral s'entend par opposition à l'aspect
contractuel, et qui se fait par le consentement à la norme du destinataire.
On dit d'un acte unilatéral qu'il est administratif lorsqu'il se rattache a une fonction
administrative qu'on peut rattacher à la gestion des affaires publiques.
Ce qui est important, c'est que le critère du caractère administratif de l'acte est une
critère matériel. Il permet d'inclure dans cette catégorie une très grande diversité d'actes.
Les actes administratifs unilatéraux forme donc une catégorie qui peut paraître très
hétérogène. Ils peuvent se distinguer sur plusieurs plans.
Sur le terrain de de leur normativité : est un acte juridique normatif un acte par lequel
une autorité habilitée par le droit édicte une prescription qui est destinée à diriger la
conduite humaine. La norme juridique, c'est d'abord celle qui modifie l'ordonnancement
juridique, qui créé une nouvelle règle. Nombre d'actes administratifs sont normatifs : ce
sont tous les actes par lesquels l'administration impose une nouvelle exigence, interdit ou
autorise quelque chose etc...
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Aujourd'hui, l'acception de la normativité est de plus en plus large : ce qui compte
c'est non seulement ce qu'apporte l'acte, mais aussi la forme, la façon de le dire.
Aujourd'hui sont contestables des actes qui ne créaient pas de nouvelle règle mais des
actes qui n'en ont pas moins un caractère impératif. Le simple fait pour un acte de
rappeler le caractère impératif, obligatoire, d'une norme préexistante peut suffire à ce que
cet acte soit contester devant le juge.
Dans la vie administrative, on rencontre une multiplicité d'actes qui ne sont pas normatifs.
C'est le cas par exemple des déclarations d'intention. C'est aussi le cas des actes
préparatoires, ayant pour seule vocation de préparer, d'annoncer l'édiction d'un acte
normatif. Enfin, c'est aussi le cas des actes confirmatifs qui ne font que confirmer une
prise de position préalable de l'administration.
On trouve entre les actes normatifs, et les actes non normatifs un nombre certain d'actes à
la normativité incertaine. C'est le cas par exemple des circulaires qui visent au sein de
l'administration à préciser le sens des textes qu'il lui revient d'appliquer. Les directives ou
lignes directrices qui sont des actes internes a l'administration par lesquels un chef de
service indique a ses subordonnés la façon dont il souhaite qu'ils exercent leur mission, et
en particulier la plupart du temps la façon dont il souhaite qu'ils répondent aux demandes
des administrés. Ces actes ne créaient pas de règle nouvelle, mais peuvent avoir des
effets extrêmement lourds.
On peut aussi distinguer entre les actes unilatéraux selon leurs auteurs. Un acte
administratif unilatéral peut être pris par une personne publique, mais aussi par une
personne privé. C'est un critère matériel et non pas organique. Une double incidence en
découle. La première, c'est le fait qu'une personne publique peut prendre des actes de
droit privé (c'est le cas lorsqu'elle agit comme une personne privée, ou lorsque même
agissant dans le cadre d'un service public, la personne publique le fait selon des modalités
qui permettent de l'assimiler à une personne privé → SPIC).
A l'inverse, les personnes privés peuvent prendre des actes administratifs unilatéraux.
Dans un premier temps, le principe a été celui de l'impossibilité pour les personnes
privées de prendre des actes administratifs unilatéraux. Le juge administratif a d'abord
admis la possibilité pour une personne privé d'être gestionnaire d'une activité d'intérêt
public, sans qu'elle soit pour autant qualifiée d'établissement public (CE, 20 décembre
1935, Etablissement Vézia).
Plus tard, il admet qu'une personne privé puisse être chargée d'une mission de service
public avec toutes les prérogatives qui y sont attachées (CE, 13 mai 1938, Caisse primaire
aide et protection). Très logiquement, le juge administratif a considéré que ces personnes
privés en charge d'une mission de service public sont susceptibles de prendre des actes
administratifs unilatéraux lorsqu'elles agissent dans le cadre de leur mission de service
public (CE, 31 juillet 1942, Montpeurt ; CE, 2 avril 1943, Bouguen ; CE, 13 janvier 1961,
Magnier). Ce peut être le cas de structures associatives (fédération sportive).
Une différence très marquée existe entre les cas où la personne privé est chargé d'un
SPIC ou de SPA. En matière de SPIC, c'est de manière très exceptionnelle qu'une
personne privé pourra prendre des actes administratifs unilatéraux (ce sont en général
seulement les actes concernant l'organisation même du service public).
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On peut les distinguer selon leur forme : On peut distinguer entre les actes
administratifs explicites et implicites. Le silence gardé par l'administration à la suite d'une
demande fait naître une décision (qui sera implicite).
Sous réserve de nombreuses exceptions, le principe est désormais que le silence gardé
pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation
(Art.L231-1 du Code des relations entre le public et l'administration).
On trouve tout d'abord les actes règlementaires. Il s'agit d'actes dont les dispositions
sont générales et impersonnelles. Ce sont des actes qui s'adressent à une ou plusieurs
personnes lesquelles sont désignées de façon abstraite. L'important, c'est que les
destinataires ne soient pas identifiés en tant que personne singulière et désignées. Elles
sont identifié par l'intermédiaire de leurs qualités (les français, les contribuables, les
entreprises etc...), ou encore par le biais de leur fonction (le préfet, les
fonctionnaires...).
Par opposition, on parle généralement des actes individuels. Un acte individuel est un
acte dont le(s) destinataire(s) sont désignés de façon à ce qu'ils soient individuellement
identifiables. A titre principal c'est celui qui aura un seul destinataire (acceptation ou refus
d'un permis de construire par exemple), mais il peut aussi être adressé à plusieurs
destinataires tant qu'ils sont nommés (résultats à un concours).
Par exemple, la décisions de classer un site entraine l'application d'un certain nombre de
règles. Il en est de même de la décision par laquelle les pouvoirs publics déclarent un état
de catastrophe naturelle. C'est le cas des déclarations d'utilité publique.
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Si le critère matériel a contribué à étendre la catégorie ou le champ des actes
administratifs unilatéraux, ce même critère matériel constitue dans le même temps une
limite ou la limite de la catégorie des actes administratifs unilatéraux. Les personnes
publiques peuvent aussi bien agir dans le cadre d'autres fonctions qui relèvent aussi de
l'intérêt général que la fonction administrative. On peut avoir recours aux théories de la
séparation des pouvoirs. En effet, l'administration et les personnes publiques, outre leurs
fonctions administratives participent aux autres fonctions relevant de l'Etat (législative,
gouvernementale, juridictionnelle).
Les actes relatifs aux relations entre les pouvoirs de l'Etat : en particulier entre
l'exécutif et le parlement. C'est le cas par exemple d'un refus du premier ministre de
déposer un projet de loi devant le parlement. C'est aussi le cas de la décision du
président de la République de soumettre ou non un projet de loi à référendum.
Enfin par exemple, la décision du président de dissoudre l'assemblée nationale. Ce
sont des actes directement liés aux rapports entre l'exécutif et le parlement.
Le juge administratif s'est efforcé de limiter au stricte nécessaire le domaine des actes
réputés ne pas relever de la fonction administrative. Il s'est efforcé de donner à sa
compétence la portée la plus large possible. Par exemple, avec la technique des actes
détachables. Il s'agit d'un acte dont on sait qu'il a un lien avec une fonction commune,
mais qu'on va quand même détaché de cette fonction pour le regarder comme un acte
administratif (CE, 28 mai 1937, Decerf → Le Conseil d'Etat se reconnaît compétent pour
connaître de la légalité d'un décret d'extradition).
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B. L'extension du nombre des actes administratifs contrôlés
Seuls les actes administratifs unilatéraux peuvent être annulés dans le cadre d'un
recours pour excès de pouvoir. Pour autant, tous les actes administratifs unilatéraux ne
peuvent pas pour cette seule raison être contestés devant le juge administratif dans le
cadre d'un recours pour excès de pouvoir.
C'est le cas des actes administratifs unilatéraux dont on considère qu'ils sont
insusceptibles de faire grief (porter préjudice à son destinataire). Le recours sera rejeté
pour irrecevabilité.
Cela concerne en particulier les actes administratifs unilatéraux qui ne sont pas normatifs,
au du moins ceux qui n'ont même pas de caractère impératifs.
Mais cela concerne aussi un certain nombre d'actes qui sont normatifs.
C'est le cas des mesures d'ordre intérieur, qui comme les circulaires ou les directives ont
trait à la vie interne de l'administration. Ce sont des actes qui peuvent avoir une portée
générale, mais aussi de mesure à portée individuelle (par exemple un changement
d'affectation d'un agent public). Ce ne sont pas des mesures dépourvues d'effet, mais en
dépit de ce caractère normatif, ces mesures d'ordre intérieur sont considéré comme ne
faisant pas grief et étant insusceptible de tout recours pour excès de pouvoir.
La jurisprudence s'est particulièrement intéressé à trois domaines que sont l'école,
la prison et l'armée.
Deux raisons principales existent au fait que le juge estime que ces actes ne font pas
grief, et refuse d'en contrôler la légalité :
L'idée qu'il n'appartient pas au juge qui est extérieur à l'institution dans le cadre de
laquelle la mesure a été prise d'en connaître. Il ne revient pas au juge administratif
de connaître de l'organisation, de la vie interne des différentes institutions
administratives.
Ces mesures auraient une faible importance pratique (il ne faut pas se méprendre,
dans la pratique du service ce sont ces actes qui règlent la vie du service, mais
elles ont un effet moindre sur les personnes concernées). Cela renvoi à l'adage « il
n'appartient pas au juge de s'intéresser aux choses minimes » → « De minimis
non curat praetor ».
Cela dit, sous la pression de différents facteurs (progrès globaux de l'Etat de droit,
pression importante du droit de la CEDH, etc...), le champ de ces mesures d'ordre
intérieur n'a cessé de se réduire depuis les années 1990.
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En matière carcérale (CE Ass., 17 février 1995, Marie) – Il s'agissait d'un détenu
qui demandent des soins dentaires qui tardent. Il fait un courrier à l'administration
pour s'en plaindre, suite de quoi il se voit infliger par le directeur de la prison une
sanction disciplinaire de mise en cellule de punition (ancien nom de l'isolement) de
8 jours avec sursit. Le Conseil d'Etat juge « eu égard à la nature et à la gravité de
cette mesure, la punition de cellule est une punition faisant grief qui peut faire l'objet
d'un recours pour excès de pouvoir ». Cela peut avoir des effet sur la vie du détenu,
et sur le régime de la peine puisque la sanction pouvait être prise en compte dans
le cadre des décisions relative aux réductions de peine. C'est ainsi que le juge
estime qu'il peut en connaître.
L'effort du juge s'est porté sur des mesures qui avait un effet assez fort sur le destinataire,
et pour le reste les mesures intérieures restent exemptes de contrôle du juge sur recours
pour excès de pouvoir.
→ Que contrôle le juge dans un acte administratif ? Aujourd'hui tous les aspects sont
susceptibles d'un contrôle par le juge administratif.
→ Comment contrôle t-on un acte administratif ?
La légalité interne – Qui regroupe un ensemble de moyens qui portent sur ce qui
fait la singularité de l'acte, c'est à dire son contenu, ce qui y est dit, les motifs qui
ont présidé à son édiction.
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Cela n'est pas une classification doctrinale, mais qui a des effets juridiques réels.
L'appartenance à une cause peut limiter la présentation de nouveaux moyens devant le
juge. C'est le cas par exemple lorsque sont présentés uniquement des moyens tenant à la
légalité externe, en appel il n'est possible de faire valoir que des moyens tenant à la
légalité externe.
1. La légalité externe
Toutes les décisions de l'administration doivent reposer sur des motifs valables.
Simplement, certaines d'entre elles en plus doivent faire apparaître ces motifs.
Cette obligation a été posée par la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes
administratifs. Cette exigence est aujourd'hui codifié aux Art.L211-1 s. du Code des
relations entre le public et l'administration. Ce sont les décisions défavorables qui sont
visées (sanctions, mesures de police...). Le juge veillera à ce que la décision attaquée
devant lui fasse apparaître les motifs de fait et de droit qui ont présidé a son édiction.
Cette motivation doit être écrite, suffisante, et accessible.
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2. La légalité interne
Le juge va examiner les motifs de l'acte – Il s'agit des raisons qui ont motivé
l'édiction de l'acte. L'erreur sur les motifs qui constitue une illégalité peut se
manifester sur deux terrains :
▪ Erreur sur les motifs de droit : L'auteur de l'acte se trompe quand à ce que
lui permet le droit.
◦ Application d'une norme illégale
Le juge examine les mobiles de l'auteur de l'acte – pour quelle raison l'auteur de
l'acte a pris telle ou telle décision. On va se demander dans quel but l'auteur a pris
cet acte, en quel nom. Le juge administratif contrôlera la conformité du but poursuivi
par l'auteur de l'acte avec la raison pour laquelle la possibilité de prendre cet acte
lui a été confié.
L'enjeu ici est le détournement de pouvoir. L'auteur d'un acte ne peut le prendre
valablement s'il poursuit par exemple un intérêt personnel, ou même si le but
poursuivi relève d'un intérêt public différent de celui pour lequel on lui a confié la
possibilité de prendre l'acte. Le détournement de pouvoir est très peut utilisé par le
juge. Tout d'abord parce qu'il a une connotation extrêmement réprobatrice, et c'est
une notion éminemment psychologique puisqu'il faut déceler quelle était l'intention
de l'auteur de l'acte.
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B. L'intensité du contrôle – les progrès du contrôle normal
Plus les textes encadrent les prérogatives de l'administration plus elle en conditionne
l'usage, plus le contrôle du juge sera exigent et intense.
Le juge administratif respecte la liberté d'appréciation qui est laissé par les textes à
l'administration. L'intensité du contrôle opéré par le juge dépend du pouvoir
discrétionnaire du l'administration.
Lorsque la marge d'appréciation de l'administration est importante, le juge se contentera
d'un contrôle restreint de la qualification juridique des faits opérée par l'auteur de l'acte.
On parle d'un contrôle limité à l'erreur manifeste d'appréciation.
A l'inverse, lorsque la marge d'appréciation de l'administration est plus encadrée, le juge
opèrera un contrôle dit normal à travers lequel seront censuré toutes les erreurs
d'appréciation commises selon le juge par l'auteur de l'acte.
Toutes les irrégularités constatées par le juge administratif dans le cadre d'un recours pour
excès de pouvoir ne sont pas susceptibles d'entrainer l'annulation de l'acte.
Exemple : les vices de procédure, avec le non respect de certains délais, la mauvaise
composition d'un organisme consultatif etc...
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Ainsi, le Conseil d'Etat s'est reconnu la possibilité de moduler dans le temps les effets de
l'annulation.
Il peut par exemple décider qu'une annulation ne prendra effet qu'à compter du jour de sa
décision ou à une date ultérieure fixée, permettant de consolider ses effets antérieurs. Le
juge s’efforce de trouver un équilibre entre le principe de légalité, et l'exigence aujourd'hui
assez forte de sécurité juridique (CE Ass., 11 mai 2004, Association agir contre le
chômage !, dit ''Association AC!'').
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Titre 1 :
Chapitre 1 :
L
→ Sous section 1 : L
C'.
I) L
Cette liberté
A.
1. La police
a. L'intention
Exemples :
102