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DC Cours 2

Le document traite du droit civil, en particulier de la responsabilité et des quasi-contrats, en s'appuyant sur des références juridiques et des articles du Code civil. Il souligne l'évolution historique du droit depuis 1804, mettant en lumière les changements sociétaux et juridiques qui ont influencé la responsabilité civile et les obligations. La jurisprudence et les décisions de la Cour de cassation sont également examinées pour illustrer l'application des principes de responsabilité et les défis liés à leur mise en œuvre.

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DC Cours 2

Le document traite du droit civil, en particulier de la responsabilité et des quasi-contrats, en s'appuyant sur des références juridiques et des articles du Code civil. Il souligne l'évolution historique du droit depuis 1804, mettant en lumière les changements sociétaux et juridiques qui ont influencé la responsabilité civile et les obligations. La jurisprudence et les décisions de la Cour de cassation sont également examinées pour illustrer l'application des principes de responsabilité et les défis liés à leur mise en œuvre.

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Droit Civil (Responsabilité - S4)

Licence 2 Droit et Science Politique

Eric Dupond-Moretti – Avocat pénaliste au barreau de Lille

Cour magistrat du professeur Christophe Radé


Notes de cours de Dylan Lacouve

Université de Bordeaux
2016

« Les innocents se défendent souvent plus mal que les coupables. D’abord parce que les coupables ont une longueur d’avance: ils
connaisent la réalité des faits et, dès lors, sont potentiellement capables de la contourner ou de la dissimuler. L’innocent, qui se sait
injustement renvoyé devant les assises, sent que le moindre mot, le moindre clignement d’yeux peut être interprété à son détriment. La
peur de l’innocent est plus grande que celle du coupable » Eric Dupond-Moretti
DROIT CIVIL (S4)
Références

 www.legifrance.gouv.fr : jurisprudence. Dalloz.fr. « Répertoires ». Recherche jurisprudence


dans le recueil Dalloz. Lexisnexis : revue responsabilité civile et assurances. Site Lamyline.

 ENT : rubrique documentation, « Doctrinal + », pour avoir des arrêts commentés.

 ENT : « Méthodologie générale ». Précis Dalloz, Droit des obligations.

INTRODUCTION GENERALE :

-> DROIT DES OBLIGATIONS HORS ACTES JURIDIQUES.

C'est le droit des faits juridiques, en tant qu'ils sont sources d'obligations. On traitera dans ce
cours de tous les faits juridiques. Quels sont ces faits juridiques ?

 La détermination des faits juridiques

Un acte juridique est forcément volontaire, alors qu'un fait juridique est ou non volontaire. Dans
les faits juridiques, il y a une obligation qui va naître à la fin mais cette dernière ne résulte pas de la
volonté du sujet mais de l'effet de la loi en raison de son comportement. L'effet est le même, mais la
cause est différente. Attention, un fait juridique peut être volontaire (exemple : violence). Il faut que
la loi impose des conséquences à un comportement pour punir un acte volontaire ou non.

La responsabilité contractuelle est le fait d'indemniser le cocontractant quand l'autre partie n'a pas
exécuté le contrat. Elle relève du contrat ou de la responsabilité avec les faits juridiques ? Débat.

L'ART. 1370 du Code civil pose la distinction entre les actes et les faits juridiques (Titre IV du Livre
III). Cet article fait partie de ces textes qui n'ont pas été conçus pour produire des effets juridiques
précis. Il n'a pas de contenu normatif, il a une valeur annonciatrice car il s'agit de faire la transition
entre les dispositions d'avant et d'après. Cet article est descriptif, il faut aller voir les articles suivants
pour voir le véritable contenu.

Il y a bien toujours le ressort de la loi, elle ne prescrit pas de comportement précis, elle dit que si l'on
adopte tel comportement, on sera responsable. On parle de statuts : ces statuts sont la famille, la
propriété, les tuteurs.
Il y a deux séries d'hypothèses :

 - Les quasi-contrats : ce n'est pas un contrat, puisque ce n'est pas un acte juridique. C'est
un fait juridique, mais on l'appelle « quasi-contrat », parce qu'il produit les effets d'un contrat. On se
trouve obligé, alors même que l'on ne l'a pas voulu. On se retrouve engagé comme si l'on avait passé
un contrat alors que l'on n'a pas contracté. Je suis engagée car quelqu'un a fait quelque chose. Ceci
est contraire au principe de l'autonomie de la volonté, qui veut que pour être engagé, on doit l'avoir
voulu. Ce fondement est mis en échec par les quasi- contrats. C'est une hypothèse hybride.

 - Les délits et les quasi-délits.

1.1.1.1.1 ∗ Les délits sont des infractions, c'est-à-dire des comportements


contraires à une norme générale imposée par la société. Quand on parle de délits, on parle de
fautes volontaires, c'est-à-dire de faits où l'auteur veut le comportement qu'il a. Ici, ce n'est pas
une volonté de s'engager juridiquement, mais une volonté de faire. Parfois même, cette
volonté porte aussi sur l'effet du faire, sur le dommage. C'est donc une faute intentionnelle.
Les délits relèvent en principe du domaine de l'ART. 1382 du Code civil. ∗ Les quasi-
délits sont des fautes d'imprudence ou de négligence. Le sujet n'a pas voulu le comportement
qu'il a eu, mais il a eu ce comportement, parce qu'il a été imprudent ou négligent.

La base textuelle remonte à 1804 sur les quasi-contrats, et les délits et les quasi-délits.
En 1804, il y a la répétition de l'indu (paiement) et la gestion de l'affaire (gérer volontairement les
affaires d'autrui). En 1804, l'idée du droit est de défendre, de préserver les prérogatives d'une
certaine société de l'époque. La société de l'époque était masculine, rurale et patrimoniale. Les règles
de 1804 montrent la représentation que se faisait les législateurs de la société. Il s'agit de soupapes
de sûreté, c’est à dire des règles qui vont permettre à ceux qui se sont appauvris injustement
d'obtenir la restitution des sommes dont il a été privé. C'est un droit défensif qui permet de corriger
les injustices. Peu de dispositions du droit du travail...

Le contexte socio-temporel a changé ; les textes qui ont été mis en place en 1804, et qui avaient une
vocation universaliste, sont en réalité très marqués par leur époque. Les quasi-contrats
correspondent à des hypothèses qui ne concernent, chaque année, qu'un nombre infime d'affaires,
de même que les règles de la responsabilité civile. Ces textes sont complètement déconnectés de
la réalité du droit d'aujourd'hui.

Le droit civil de 1804 est très marqué par l'héritage révolutionnaire ; il est donc très libéral, très
abstrait, général.

Ce que l'on voulait, à l'époque, c'était mettre en circulation des normes générales qui se
contenteraient de reprendre des principes très abstraits, que les juges devraient ensuite appliquer.
On recherchait en fait la mise en place d'un très haut niveau d'abstraction. Ces articles sont tellement
abstraits qu'ils sont déconnectés de la réalité des sujets de droit. Les acteurs, dans le Code civil de
1804, sont appréhendés très abstraitement, comme des sujets universels, avec la volonté très
révolutionnaire de traiter tout le monde pareil. On a donc atteint un niveau de généralité qui n'est pas
opérationnel.

Ce qu'il va caractériser toute l'évolution du droit, dès le XIXe siècle, c'est le passage d'une logique
abstraite et égalitaire à une logique concrète et inégalitaire. Le Code civil de 1804 sait très bien que
des sujets de droit sont dans des situations particulières, et doivent être traités de façon particulière,
notamment les enfants, les femmes, les animaux. La protection de ces sujets est une protection par
une incapacité, une mise sous tutelle. L'évolution moderne du droit est allé dans le sens inverse: leur
accorder des prérogatives spécifiques, pour tenter de rééquilibrer les rapports.

Dans le Code civil de 1804, en particulier dans l'ART. 1382, victimes et responsables ne sont
pas identifiés ; c'est le fait de l'homme en général. Le droit moderne va rompre avec cette
abstraction, et va identifier certaines catégories, en l'occurrence les victimes ; il va postuler que ces
victimes ne sont pas des responsables comme les autres, et va ajuster les règles de droit pour leur
venir en aide. L'intérêt d'avoir des règles formulées de manière très large est que cela laisse une
grande marge d'autonomie au juge. En effet, le revers positif, c'est que l'extrême généralité des
règles ont autorisé, dans une certaine mesure, une certaine créativité jurisprudentielle.

Le législateur est intervenu pour créer des règles spéciales ; il a un peu réformé les règles de la
responsabilité civile, mais ceci reste limité. Le choix de politique juridique quant au fait de savoir s'il
fallait ou non moderniser le droit commun, fait à la fin du XIXe siècle, a préféré laissé le droit commun
en l'état, et multiplié le droit spécial et les règles particulières. C'est notamment comme cela qu'est né
le droit de la consommation.

Le problème, c'est que l'on a un droit commun qui, en réalité, n'est plus qu'un droit d'exception. Les
situations traitées par le droit commun sont devenues extrêmement minoritaires. On ne jette dans le
droit que ce que l'on ne range pas ailleurs. Cela pose le problème de la vocation commune du droit
commun.
TITRE 1 : LES QUASI-CONTRATS

Ce cours est basé sur un droit archaïque, puisque les articles que l'on va étudier sont les
mêmes que ceux de 1804.

Les quasi-contrats sont des sources d'obligations définies par l'ART. 1371 du Code civil.
Ce sont les faits purement volontaires de l'homme, dont il résulte un engagement quelconque envers
un tiers, et quelque fois, un engagement réciproque des deux parties.
Le point commun entre le quasi-contrat et le quasi-délit, c'est que c'est celui qui agit qui se
trouve engagé. Le lien avec le contrat, c'est que l'on a affaire à des faits purement volontaires.
Dans le quasi-contrat, l'effet peut porter non seulement sur celui qui fait, mais aussi sur celui qui ne
fait pas ; on peut se retrouver engagé par le fait d'un tiers. Dans l'acte juridique, la volonté est tournée
sur les effets de l'engagement, tandis que dans le fait juridique, le comportement est là, mais on ne
veut pas les effets.

En 1804, l'ART. 1371 n'a qu'une vertu pédagogique, tout comme l'ART. 1384 alinéa 1er. Le Code civil
avait une conception particulière de la norme. Pour le Code civil, il n'y a de norme que lorsque le
texte est objectivement porteur d'une norme ; le texte confond la nature et l'objet. Le juge va se forger
une image du juste à partir de ses idées personnelles, de sa culture, de ses croyances, etc.

Mais l'outil mis à disposition du juge ne va plus permettre de produire les effets voulus par la norme,
donc le juge va regarder parmi les outils dont il dispose, celui qui lui semble le plus proche de l'outil
dont il aurait idéalement besoin pour justifier le raisonnement qu'il souhaite, pour obtenir l'effet
recherché. En effet, le juge est celui qui arbitre les différends entre les particuliers, le déni de justice
est puni. Donc quand le juge n'a plus les outils adéquates pour trancher, il va être obligé de fabriquer
de nouveaux outils : principes généraux du droit, règles prétoriennes... Le juge va jouer sur son
pouvoir interprétatif.

Il a donc deux solutions :

 Il va chercher la norme qui est la plus proche de l'outil dont il a besoin, et il va tordre la
norme pour se rapprocher le plus possible de la situation qui lui est soumise. Il va interpréter
abstraitement la norme pour élargir son domaine d'application, ou alors il va tricher sur la
qualification des faits pour faire rentrer ces faits dans la norme qui lui semble être la plus
adéquate.

 Si le juge ne peut pas trouver dans les outils existants celui qui lui permettra de justifier en droit
la solution qu'il veut en équité, il lui reste un second moyen : il va doter un texte, qui jusqu'à
présent n'avait pas de portée normative, d'une portée normative. Ce sont les textes qui
avaient une vocation pédagogique, les textes de définition, qui étaient censés s'appliquer
dans le cadre des techniques mises en œuvre à la suite par le législateur.

En 1892, le juge a décidé que la liste des quasi- contrats n'était pas limitative. La Cour de
cassation a décidé de consacrer une nouvelle hypothèse de quasi-contrats sur l'ART 1371 du Code
Civil. Dans l'Arrêt de la Cour de cassation, 15 juin 1892, BOUDIER, c'est la 1ère fois que la Cour va
dégager de l'article 1371 une application nouvelle. Le juge fait un travail d'induction. On induit
lorsque l'on part du concret, et que l'on monte en abstraction. L'abstraction, c'est passer d'un
principe général à une application particulière. L’induction, c'est observer la multitude des textes
existants, et par ces textes, le juge dégage des principes communs. Il induit des règles générales.

En 1892, va être dégagée la théorie de l'enrichissement sans cause. Ce modèle de l'enrichissement


sans cause est rattaché à l'idée qu'il ne faut pas accepter un appauvrissement injuste (d’ou
l'action en restitution dite action de in rem verso). Tout appauvrissement doit avoir une cause. Les
deux quasi-contrats qui ont été consacrés par le Code civil s'inspirent de cette idée. On va formaliser
un principe général, le rattacher à l'ART. 1371, et en retirer une action nouvelle : de in rem verso.
C'est une action en reversement d'un appauvrissement sans cause. Par ce biais, la jurisprudence
créée un troisième type de quasi- contrat. On a cru que la jurisprudence allait s'en servir pour créer
une multitude de nouveaux quasi-contrats. Mais ce ne sera pas le cas ; après 1892, il ne se passera
rien pendant 110 ans.

Il a fallu attendre 2002 pour que la Cour de cassation consacre une nouvelle hypothèse
de quasi-contrat, sur les loteries. Cass. Ch. mixte, 6 septembre 2002. Il s'agit d'aller sanctionner
un organisateur de jeu par correspondance qui a fait croire à quelqu’un qu'il avait gagné.

La jurisprudence va considérer que lorsque l'on annonce un gain à un participant, sans lui
préciser que ce gain est soumis à une condition, et que l'on ne peut pas en évidence
l'existence d'un aléa, alors on s'engage à payer le gain promis, comme si l'on s'était réellement
engagé à payer. On n'est plus du tout dans l'enrichissement sans cause, ni dans l'appauvrissement
injuste. On est sur le modèle de quasi-contrat de la fausse annonce.

La question qui se pose est de savoir pourquoi, alors même qu'en 1892, la Cour de cassation
a fait sauter l'article 1371, n'a-t-on pas été plus loin dans la reconnaissance des quasi-contrats ?

La réponse est à chercher dans les évolutions qui vont suivre. L'arrêt de 1892 est intervenu un peu
trop tard, parce qu'à l'époque, lorsque le juge observe dans le Code civil, et qu’il cherche quels sont
les textes susceptibles d'interpréter pour apporter des solutions concrètes, il pense à l'article 1371, et
à deux autres textes. Finalement, ces deux autres fondements vont être plus satisfaisants et plus
efficaces, sur le plan de la protection des personnes.

 -> L'article 1384 du Code civil : c'est le fondement de la responsabilité du fait des choses.
L'arrêt TEFFAINE, en 1896, active un texte qui n'avait pas de portée juridique. C'est la naissance de
la responsabilité du fait des choses.

 -> Les articles 1135 et 1147 : en 1911, c'est l'année de l'arrêt fondamental COMPAGNIE
GENERALE TRANSATLANTIQUE, qui invente l'obligation de sécurité. En visant ces articles, le juge
donne une portée à l'article 1135 : c'est un texte qui force les conventions. Quand il y a une situation
contractuelle entre les parties, on va pouvoir indemniser celui qui a subi un dommage en
reconnaissant une obligation de sécurité, fondée sur l'équité. L'article 1147 sanctionne les
manquements à l'exécution des contrats, on peut donc l'appliquer.
Finalement, la responsabilité contractuelle est plus pratique pour protéger les victimes, plutôt que
d'inventer des hypothèses de quasi-contrats.
 Chapitre 1 : La gestion d’affaire

er
 La gestion d'affaires est le 1 quasi-contrat.

Exemple : mes voisins sont partis en vacances pendant un mois. Il y a une tempête, qui détruit une
partie du toit des voisins. Je décide, alors même que je n'ai pas réussi à les joindre, de faire venir le
couvreur et d'opérer les travaux indispensables à la protection de leurs biens. Je vais donc engager
des frais considérables pour les aider, mais ils ne m'ont rien demandé. La question est de savoir de
quels outils je dispose pour obtenir remboursement, si je considère que l'on est dans une hypothèse
juste et logique.

Ce n'est pas un contrat, et ce n'est pas non plus de la responsabilité civile, puisque je n'ai pas causé
un dommage à mes voisins, au contraire, je leur en ai évité un. Une personne rend service à autrui
sans lui demander, mais autrui refuse de compenser les sommes que j'ai avancé pour lui rendre
service. Pour contraindre autrui à indemniser celui qui a agit dans son intérêt à lui, on a créé
cette action pour indemniser le gérant de l'affaire face au maître de l'affaire. La gestion
d'affaires est la réponse. Voilà un fait qui produit les effets d'un contrat, c'est-à-dire que le bénéficiaire
de la bonne action se trouve obligé comme s'il avait contracté, comme s'il était lui-même mandataire,
alors même qu'il n'y a pas de contrat.
Ici il n'y a pas de mandat (représentation parfaite), mais cette action est une sorte de quasi-mandat
car son exécution est similaire. Le problème est qu'il y a à la fois une recherche d'équité du point
de vue du gérant de l'affaire, mais d'un autre coté il faut protéger les intérêts du maître de
l'affaire.

Section 1 : Les conditions de la gestion d'affaire

Il faut distinguer deux types de conditions : Les conditions relatives aux personnes et les conditions
relatives aux actes.

I) Les conditions relatives aux personnes

Il y a deux protagonistes :

 ∗ Le gérant de l'affaire : celui qui agit.


∗ Le maître de l'affaire : celui pour le compte duquel on agit.

A. Les conditions relatives au gérant de l’affaire

1) La liberté d'intervention

a) L'absence de contrainte juridique

Pour qu'il y ait gestion d'affaires, il faut que celui qui agit le fasse en toute liberté, c'est-à-dire
hors de toute contrainte, pas d'obligation légale ni conventionnelle → il faut un caractère spontané.
C'est une technique subsidiaire, c'est-à-dire que cette technique ne va être appliquée que lorsqu'il n'y
a aucune raison à l'appauvrissement. S'il y a une raison à l'appauvrissement de celui qui agit, on
n'est pas dans une hypothèse d'appauvrissement sans cause, donc ce ne sera pas de la gestion
d'affaires. La cause de mon appauvrissement ne doit pas résider dans le contrat. Il ne peut y avoir
gestion d'affaires si je suis légalement tenu d'agir (Exemple : un avocat commis d'office n'a pas le
choix). Cela ne veut pas dire que celui qui s'appauvrit par ordre de la loi n'a pas de moyens d'être
indemnisé, mais ce moyen n'est pas la gestion d'affaires. On ne gère pas l'affaire de son
cocontractant, si on est lié par un contrat avec l'autre personne, il faut appliquer le droit des contrats.

Les règles de la gestion d'affaires ne peuvent pas s'appliquer dans la limite de l'effet relatif des
contrats. Ce n'est pas parce que l'on est lié par contrat qu'il n'y a pas de relation
extracontractuelle. Il y a toute une série d'hypothèses dans lesquelles la Cour de cassation a trouvé
des solutions. Elle a été assez imaginative en matière d'assistance portée à autrui.

Par exemple : je vais aider un homme accidenté. Au moment où je vais l'aider, le véhicule explose, et
je suis blessée. On est bien dans un appauvrissement injuste. Comment fait-on pour régler cette
situation ? La Cour de cassation a inventé la convention d'assistance bénévole tacite. On va
contractualiser la relation entre le sauveteur et le sauvé. On va considérer que le sauveteur va
proposer à la personne qu'il va sauver la conclusion d'une convention d'assistance. L'offre faite dans
l'intérêt exclusif de son destinataire est censée avoir été acceptée par celui-ci, même à défaut d'un
accord exprès de sa part. L'intérêt de cela est de greffer sur ce contrat d'assistance bénévole une
obligation de sécurité, en vertu de laquelle l'assisté est tenu d'indemniser son sauveteur des
dommages causés dans l'exécution de la convention d'assistance.

La doctrine s'est révoltée, en disant notamment qu'il n'y avait pas de contrat. La jurisprudence a
finalement abandonné ce fondement, dans un arrêt du 26 janvier 1992, pour se fonder sur la
notion de gestion d'affaires. L'obligation de porter assistance n'exclu pas en l'espèce la gestion
d'affaires, on agit au- delà de ce que la loi nous oblige à faire. On a agi dans le cadre de notre liberté,
donc on peut être dans le cadre de la gestion d'affaires. On a donc fait en sorte que la personne
assistée puisse indemniser la personne qui lui a porté secours, dans le cas où celle-ci aurait subi un
dommage lors de son intervention.

Il faut donc être libre, ne pas être contraint par la loi, et ne pas être contraint par un contrat.
Autrement dit, un quasi-contrat ne peut pas entrer en concurrence avec un contrat. Il n'y a pas
de gestion d'affaires si la personne est contractuellement tenue d'agir. Mais ce n'est pas parce que je
suis liée à quelqu'un par contrat que mon action est nécessairement liée à l'exécution du contrat : il
peut y avoir des relations non-contractuelles entre cocontractants. Il faut que le dommage ne soit
pas imputable à l'inexécution du contrat (encore faudra-t-il démontrer que l'appauvrissement n'a
pas pour cause l'inexécution du contrat passé entre les parties, ART. 1372 du Code civil).

b) La volonté de gérer l'affaire d'autrui

La volonté n'exclut pas que l'on agisse à la demande d'un tiers, mais elle exclut que l'on
agisse à la demande de l'intéressé. Cependant, on intervient toujours volontairement, et c'est
justement parce que l'on s'appauvrit volontairement que l'on pourra avoir recours à la gestion
d'affaires, qui doit résulter d'un comportement libre et volontaire. → C'est un quasi-contrat car il
produit les mêmes effets du contrat et car c'est un fait volontaire (rapprochement de l'acte juridique).
2) L'intention altruiste

L'autre critère est l'intention altruiste. En effet, je ne dois pas avoir agi pour mes propres
intérêts de manière exclusive, mais pour ceux de la personne pour laquelle on a agi :
désintéressement. Il doit agir dans l'intention d'aider autrui. Si on s'appauvrit dans son propre intérêt,
l'appauvrissement a une cause. Pour que l'appauvrissement soit injuste, il faut que ce soit pour celui
dans l'intérêt duquel on va agir.

Cependant, il n'y a pas besoin que l'intérêt soit totalement désintéressé.


Ici, on parle d'un intérêt patrimonial, économique. Ce que vérifie le juge, c'est que même si l'on a un
intérêt à la chose, c'est l'intérêt d'autrui qui prédomine.

Exemple : la gestion d'indivision successorale.


Je suis le cohéritier d'une maison avec mon frère. Mes parents meurent, donc leur patrimoine tombe
dans la succession des enfants. Tempête, dégradation de la toiture, donc intervention. Le toit
appartient à moi mais aussi à l'indivision, je peux tout de même agir. La jurisprudence s'interroge si
l'intérêt poursuivit par celui qui agit est partiellement dans l'intérêt d'autrui.

B. Les conditions relatives au maitre de l’affaire

La condition unique est que le maître de l'affaire ne doit pas être en état de gérer lui-même sa
propre affaire. Il doit ne pas pouvoir y pourvoir lui-même. Cette situation d'incapacité renvoie soit à
une incapacité juridique, soit à une incapacité physiologique, soit à une incapacité pratique.
Pourquoi est-ce que l'on exige cette incapacité du maître de l'affaire ? Le principe reste le principe
d'autonomie personnelle. C'est au propriétaire de veiller à la gestion de son affaire, de ses choses, de
son patrimoine. On ne peut pas agir pour le compte d'autrui sans y avoir été autorisé. Ce n'est que
lorsque le propriétaire sera incapable, que l'on aura observé que le gérant n'a pas été mandaté, mais
qu'il ne pouvait pas l'être dans tous les cas, que l'on va accepter que l'on puisse se substituer à
quelqu'un sans sa volonté. Cela veut dire aussi que le maître de l'affaire ne doit pas s'y être
opposé. A partir du moment où le maître a eu la capacité de se prononcer sur celle-ci, on n'est plus
dans la gestion d'affaires, mais dans le mandat, puisqu'un contrat va être passé entre les deux
personnes.

Il est possible que le maître de l'affaire n'apprenne la gestion qu'une fois celle- ci terminée. Ce sera
d'ailleurs très souvent le cas. Soit le maître ratifie ex-post, c'est-à-dire que le maître de l'affaire
reconnaît a posteriori que s'il avait été en mesure de donner son accord, il l'aurait donné, et dans ce
cas, on applique les règles du mandat. Si le maître ne ratifie pas, il peut être condamné par le juge à
indemniser le gérant de l'affaire, et là, on sera bien dans l'hypothèse du quasi-contrat.
Concrètement, il n'y a pas gestion d'affaires dès lors que le maître accepte volontairement
d'indemniser le gérant, parce que dans ce cas on est dans le cadre du contrat de mandat.
II) Les conditions relatives aux actes
A. La nature des actes

Tout est permis, c'est-à-dire que pour le gérant de l'affaire, comme il intervient hors cadre
juridique, tout est possible :

-> Des actes matériels : il fait des choses.


-> Des actes juridiques : il fait faire des choses.

Est-ce que tous les actes juridiques peuvent être concernés par la gestion d'affaires, y compris les
actes de disposition ? Les actes conservatoires, ce sont des actes défensifs, qui visent à préserver
l'existant. Soit ce sont des actes matériels, soit ce sont des actes juridiques, mais de préservation
(souscrire une assurance). Ce sont les actes les moins graves, parce que ce sont les actes les plus
utiles, et qu’ils sont destinés à la conservation d’un patrimoine.
Les actes d'administration sont les actes qui ont une importance plus grande par rapport au
patrimoine. Les actes de disposition, ce sont les actes les plus graves. Disposer, cela veut dire
céder, vendre, aliéner. Ce sont ces actes qui font l'objet de la surveillance la plus étroite du droit.

La question est de savoir si le gérant de l'affaire peut prendre, dans le cadre de la gestion
d'affaires, des actes de disposition. Puis-je vendre un bien du maître de l'affaire, sous prétexte que
cette vente est indispensable à la protection de ses intérêts ?
En principe, ce n'est pas possible, mais très exceptionnellement, on l'admet. Dans un arrêt du 4 mars
1985, une épouse réalise des travaux urgents sur le domicile de la famille. Il lui faudrait normalement
l'accord de son conjoint, mais celui-ci ne peut pas lui donner, parce qu'il est incarcéré.

B. L’utilité des actes

Le deuxième critère est celui de l'utilité. C'est un critère générique, qui a besoin d'être
appliqué. Les actes pris par le gérant de l'affaire doivent être utiles aux intérêts d'autrui. Ce sont les
juges du fond qui apprécient souverainement l'utilité, puisque ce ne sont que des circonstances
de fait (la Cour de cassation ne contrôle pas ce critère).
Si la réponse est positive, la gestion d’affaire produira tous ses effets de quasi-contrat. Si la réponse
est négative, le gérant de l’affaire perdra le bénéfice du régime et ne sera pas remboursé par le
maitre de l’affaire.
Section 2 : Les effets de la gestion d'affaire

I) Les effets de la gestion d’affaire du point de vue du gérant de


l’affaire
Il s'agit d'un quasi-contrat, et donc notamment d'un quasi-mandat. Le gérant de l'affaire est
donc un quasi-mandataire, et il doit gérer l'affaire raisonnablement. Le maitre est obligé comme
s’il avait mandaté le gérant mais il y a aussi des effets accessoires, puisque quand on gère l’affaire
d’autrui on oblige autrui mais on s’oblige aussi soi-même. Au moment où il agit, le gérant de l’affaire,
sait qu’il va obliger le maitre mais il va aussi devoir supporter des obligations (ART. 1374.1 du Code
Civil).

Jusqu’en 2014, on parlait de gestion d’affaire en « tant que bon père de famille » qu’on a
remplacé par « raisonnablement ». Il doit donc réaliser les actes utiles. Par ailleurs, tant qu'il est
raisonnable, il pourra se faire indemniser, mais si le gérant de l’affaire est déraisonnable, non
seulement il ne pourra être indemnisé, mais en plus, il pourra voir sa responsabilité engagée s'il a
commis des fautes dans la gestion d'affaires. Le gérant doit également aller au terme de sa
gestion (Obligation de continuité
-> ART. 1372 du Code civil). Quand on s'engage, on va jusqu'au bout. Le gérant ne peut pas s'arrêter
en cours de route.

II) Les effets de la gestion d’affaire du point de vue du maitre de


l’affaire
Le maître de l'affaire a trois obligations, selon l’ART. 1375 du Code civil, qui sont
subordonnées à toutes les conditions qui précèdent.

 Vis à vis des tiers : Comme il est quasi-mandant, il est tenu des actes souscris pour son
compte par le gérant de l'affaire. Il est donc partie à l'acte. La gestion d'affaires produit un
effet de représentation parfaite : la personne du signataire est transparente, parce qu'il
engage autrui par sa signature. Autrui a vu son affaire gérée.

 Vis à vis du gérant : Il doit indemniser le gérant de toutes les dépenses utiles faites en son
nom et pour son compte. Concrètement, si le gérant a commandé une intervention extérieure
mais ne l'a pas réglé, la facture devra être assumée par le maître de l'affaire.

 Si, à l'occasion de la gestion, le gérant a subi des dommages, il pourra se les faire
rembourser, à condition que les dépenses engagées dans la gestion d'affaires soient utiles et
raisonnables. Attention : ce n'est pas une rémunération. Le maître doit indemniser le gérant,
mais il ne doit pas compenser le manque à gagner, il ne doit pas rémunérer en fonction du
temps passé par le gérant. C’est un acte désintéressé, c’est la grande différence avec le
mandat.
Chapitre 2 : La répétition de l’indu

C’est le deuxième quasi-mandat qui existe depuis 1804. Elle correspond à une hypothèse
d’enrichissement ou d’appauvrissement injustifiée. Si c’est à l’occasion d’une situation contractuelle, il
n’y a pas de contrat entre celui qui s’enrichie et celui qui s’appauvri. Sinon, il n’y a pas de contrat du
tout (c’est le cas de la répétition de l’indu objectif).
Pourquoi a-t-on mis en place cette hypothèse ? Ici, il s'agit de ne pas décourager les bonnes âmes
qui pourraient avoir tendance à régler les dettes qui ne seraient pas vraiment les leurs. Autrement dit,
dans le doute, on peut payer, parce que si on a payé alors que l’on n’y était pas obligé, on
disposera d'une action en remboursement des sommes que l'on a payé indûment. Si l'on a
payé alors que l'on n'y était pas obligé, on peut compter sur une action en répétition de l'indu. L'idée
est que cet appauvrissement est injuste, parce qu'il n'a pas de cause, donc on a le droit d'être
remboursé. C'est sans doute le quasi-contrat le plus utile.

Section 1 : Les conditions de la répétition de l'indu

Il y a un paiement, mais ce paiement n’a pas de cause. Il faut distinguer deux types de conditions :

∗Celles qui tiennent à la cause du paiement.


∗Celles qui tiennent aux conditions du paiement.

Soit celui qui paye n’est pas débiteur où soit celui qui reçoit n’est pas créancier.

I) Les conditions tenant à la cause du paiement


A. La nature de la cause

D'abord, il faut analyser la cause du paiement. C'est un paiement sans aucune cause, puisque
pour qu'il y ait action, il faut qu'il n'y ait ni cause juridique (on ne doit pas être obligé de payer),
ni cause morale (obligation naturelle ou conversion de l’obligation naturelle en obligation civile).

B. Les hypothèses de l’absence de cause

Quelles sont les hypothèses ?

-> Soit une absence totale de cause : c'est le cas du paiement automatique.
-> Soit une fausse cause : c'est l'erreur dans le calcul d'une prestation.
-> Soit une cause partielle

Dans toutes les hypothèses, la fraction injuste pourra donner lieu à une action en répétition de l'indu.
Il s'agit de permettre à celui qui a payé le remboursement des sommes qu'il a indûment versé.
II) Les critères tenant aux conditions du paiement

Quelles sont les conditions relatives au paiement ? Il y a plusieurs hypothèses prévues par le
Code civil. Un problème s'est posé à la jurisprudence, qui s'est réglé de manière assez simple.

A. L'erreur et l’indu subjectif

Le Code civil a prévu, pour l'essentiel, des hypothèses d'erreur, c'est-à-dire de paiements suite
à une erreur.

Exemple : Je suis vraiment débiteur, donc je dois quelque chose, mais je me trompe de créancier.
Je me trompe donc sur le fait que je suis débiteur.

-> Les dispositions de l'article 1376 du Code civil : L'ART. 1376 du Code civil concerne l'erreur
commise par celui qui reçoit. Si l'erreur est du côté de celui qui reçoit, elle n'est pas du côté de
celui qui paie, c'est-à-dire que celui qui paie est bien débiteur. Celui qui reçoit s'oblige à restituer la
somme à celui qui lui a indûment versé.

Exemple : je suis locataire mais je crois que mon propriétaire c’est l’agence immobilière dans
lesquelles il y’a des biens qui appartiennent à l’agence ou alors des biens remis par des particuliers
et dont l’agence gère l’affaire dans le cadre d’un mandat de gestion. C’est l’hypothèse où il y a un
vrai débiteur mais qui se trompe de créancier.

Cette erreur est soit seule (je paie à la mauvaise personne et elle sait qu’elle n’est pas créancière)
mais elle peut aussi être double (si la personne qui reçoit la somme ne s’en rend pas compte).

-> Les dispositions de l'article 1377 du Code civil : L'ART. 1377 concerne l'erreur commise par
celui qui paie. Une personne qui, par erreur, se croyait débitrice, verse un paiement, a le droit à
répétition de l'indu. Dans tous les cas, c'est celui qui agit qui doit prouver l'erreur. Celui qui reçoit
va contester la cause du paiement.

Exemple : Je pense que je suis locataire alors que je ne le suis pas, le bail n’a pas été passé avec
moi, je suis en collocation. Si je crois que je suis co-titulaire du bail, je vais régler les loyers au
propriétaire comme si j’étais juridiquement obligé de le faire.

Qu'est-ce qui peut pousser quelqu'un à payer volontairement, sans erreur, une dette qui n'est pas la
sienne ? La volonté de gratifier, de rendre service à autrui. Alors il n'y a pas répétition de l'indu, parce
qu'il n'y a pas indu et le paiement a une cause.

C’est toujours à celui qui réclame un paiement de se justifier de l’absence de cause. Les
preuves par présomption sont recevables pour prouver un fait négatif.
B. L’erreur et l’indu objectif

1. Le cas de figure

Il y a un troisième cas, qui n'est pas prévu par les textes, mais qui a posé problème : l'indu
se vérifie à la fois pour celui qui paie et pour celui qui reçoit. Je me crois par erreur débiteur alors que
je ne le suis pas. C'est l'indu objectif. En réalité, dans cette situation, il n'y a pas de dette. C'est
l'hypothèse d'un prélèvement automatique.

-> Faut-il exiger, de la part de celui qui paie, la preuve l'existence d'une erreur ? Doit-on prouver que
l'on s'est trompé, en plus du fait de la preuve de l'absence de cause, ou est-ce que la preuve de
l'absence de cause suffit ? Y-a-t-il une autonomie par rapport aux deux autres cas ?

Le Code civil exige toujours la preuve d‘une erreur de la part de celui qui reçoit ou de celui qui paie.
Si l'on considère que la preuve de l'absence de cause ne suffit pas, et qu'il faut prouver l'erreur, si
celui qui a payé n'arrive pas à prouver l'erreur, n'aura pas droit à la répétition de l'indu.

Exemple : Je suis une entreprise, et j'atteins un seuil d'effectif, c'est-à-dire que je crois atteindre 50
salariés, donc je dois verser tel type de cotisations à l'URSSAFF. Si je m'aperçois que je me suis
trompée, notamment sur mon calcul d'effectif, et que finalement, je ne suis pas soumise à cotisations,
je vais demander à l'URSSAFF, que j'ai payé par précaution, le remboursement de l'indu.

2) Le caractère nécessaire et suffisant de l'indu

Dans un premier temps, la Cour de cassation rattachait cette hypothèse à l’ART. 1377 du Code
Civil (erreur de celui qui paie). Elle a considéré que celui qui réclame le remboursement d’une
somme devait prouver qu’il avait payé par erreur. Cela a été fortement contesté.
Dans un arrêt du 2 avril 1993, la Cour de cassation (Assemblée plénière) a dit que dans l'hypothèse
où la dette n'est pas due du tout, c'est-à-dire dans les hypothèses où il n'y a pas de dette, la seule
condition que l'on puisse exiger de celui qui a payé est de prouver le caractère indu de la dette. On
ne peut pas subordonner l'action en répétition à la preuve d'une erreur. Elle a donc consacré
l’hypothèse de l’indu objectif : lorsqu’il est établi qu’un paiement a été effectué alors même qu’il
n’existait aucune dette pour aucun des protagonistes, la preuve de l’erreur est inutile.

Le problème est que cette situation peut être extrêmement problématique, notamment pour celui qui
reçoit. Celui qui reçoit n'a qu'à mettre l'argent qu'il a indûment reçu de côté, pour pouvoir restituer la
somme quand cela lui sera réclamé. Mais il y a celui qui va en profiter pour tout dépenser, celui qui
ne s'aperçoit même pas qu'il a reçu un paiement, ou encore celui qui pense que ce qui lui a été versé
lui était du peut en subir les conséquences.
Ce sont des hypothèses dans lesquelles celui qui reçoit se retrouve dans une position
compliquée, parce que celui qui a payé lui réclame la restitution des sommes alors même qu'il
ne les a plus. Il peut essayer de se défendre au fond, en essayant de prouver que l'argent lui était
du, mais aussi, plus raisonnablement, il peut se défendre en engageant la responsabilité civile pour
faute de celui qui lui a payé une dette qui n'existait pas.
Pour cela, il faut prouver que celui qui a fait une faute nous place dans une situation
compliquée, on aura alors droit à compensation. Les deux mêmes personnes sont à la fois débiteur
et créancier. On fait une soustraction : notre dette, moins la sienne, puis on fait le solde.
Section 2 : La mise en œuvre de l'action en répétition de l'indu

-> Contre qui agit-on pour obtenir le remboursement des sommes ?


L’accipiens matériel est celui qui a reçu le paiement. Dans l’hypothèse de la représentation légale
des parents envers leurs enfants, les parents sont les accipiens matériels et les enfants sont les
accipiens intellectuels (c’est pour leur compte que les parents reçoivent de l’argent).
Quels sont les moyens de défense reconnus à l'accipiens ?

I) Le sujet passif de l’action en répétition de l’indu


A. Les sujets admis

Je peux agir contre celui a qui j'ai versé les sommes.


Je l'identifie, et je lui réclame le remboursement, soit que celui-ci ait perçu les sommes pour
son compte, ou pour le compte d'autrui.

B. Les sujets écartés

On s'est interrogé pour savoir si l'on pouvait élargir la liste des personnes contre qui on peut
agir au-delà de celui qui a perçu l'argent, en essayant d'aller chercher l'argent entre les mains, non
pas de celui qui l'a perçu, mais de celui qui en a profité.
Il s'agit notamment du pharmacien qui perçoit indûment un tiers-payant de la sécurité sociale. Cela
profite à l'assuré, qui est parti avec les médicaments sans les payer.
La question est de savoir si l'action en répétition de l'indu peut être exercée entre les mains du
pharmacien ? Oui, mais si l'on fait cela, la caisse primaire réclame le remboursement des sommes au
pharmacien, alors même qu'il a délivré les médicaments. En réalité, celui qui profite de l'erreur est
l'assuré. Ne pourrait-on pas aller chercher le paiement entre les mains de l'assuré ?

La jurisprudence refuse d'admettre l'action en répétition de l'indu auprès d'une personne qui
n'a pas perçu la somme dont on réclame le remboursement, même s’il a reçu le paiement pour le
compte d’autrui et même si c'est autrui qui a profité de l'action. On ne peut pas demander le
remboursement au patient.

II) Les obligations de l’accipiens


A. L’obligation de remboursement

Du point de vue de celui qui reçoit, l'accipiens, il doit restituer les sommes qu’il a perçu, les
rembourser.

1) Les obligations de l'accipiens de bonne foi

-> Doit-il rembourser uniquement la somme qu'il a perçue, ou aussi les intérêts des sommes
qu'il a perçues ?

La réponse dépend de savoir si l'accipiens est de bonne foi, ou pas. S'il est de bonne foi, il ne
devra pas rembourser les intérêts. La charge de la preuve engage le risque, puisque c'est une
présomption de bonne foi du défendeur.
Exemple : On reçoit un paiement de la CAF mais deux jours plus tard cette dernière nous envoie un
message pour nous informer qu’elle s’est trompée : si je mets 6 mois à rendre la somme versée par
erreur alors les intérêts perçus devront être remboursés.

En effet, à la date de la réception du courrier l’accipiens n’est plus de bonne foi.

2) Les obligations de l'accipiens de mauvaise foi

Si l'on arrive à prouver la mauvaise foi, l'accipiens devra restituer le capital, les intérêts, et si la
chose a été aliénée ou détruite, la valeur de la chose qu'il a perçu. La mauvaise foi, c'est la
connaissance du caractère indu.

B. L’exonération de l’accipiens

-> L’accipiens dispose-il d’un moyen de défense ?

Pour l'accipiens, il va falloir prouver la faute dans le paiement. Depuis 1994 il ne faut juste
prouver que celui qui a versé s’est trompé, il n’y a plus de motif grave. Le juge, lorsqu'il va
examiner la défense exonératoire de l'accipiens, va tenir compte de toutes les circonstances
de l'affaire, pour fixer le seuil de gravité de la faute, et le seuil des dommages et intérêts. Parfois
même, l'exonération peut être totale, notamment quand l'accipiens est particulièrement innocent.
Chapitre 3 : L’enrichissement sans cause

L'arrêt BOUDIER, du 15 juin 1892, est un arrêt de rejet rattaché à l’ART. 1371 du Code Civil
traitant des quasi-contrats. Il s'agit d'une personne qui répand des engrais sur un terrain qui ne lui
appartient pas, et qui va ensuite réclamer au propriétaire du champ le remboursement d'une somme
correspondant à l'apport que ces engrais ont réalisé sur son champ. Il y a bien un appauvrissement
injuste, parce que le propriétaire bénéficie d'un apport d'engrais qu'il n'a pas financé. Le problème est
que ce cas de figure n'est pas consacré par le Code civil.
Là, il n'y a pas de contrat du tout. On n'est ni dans le cadre de la gestion d'affaires, ni dans la
répétition de l'indu. La Cour de cassation va consacrer une action en restitution de
l'enrichissement sans cause (action « de in rem verso »). Elle dit que cette action dérive du
principe d'équité qui défend de s'enrichir au détriment d'autrui.

On considère que les deux quasi-contrats consacrés en 1804, s'inspirent d'une règle
commune fondée sur l'équité. On va consacrer la normativité de cette règle, sur laquelle le juge va se
fonder. En effet, en 1896, la Cour de cassation a cherché un texte de rattachement et l’a trouvé dans
l’ART. 1371, elle a utilisé un texte qui dans l’esprit du législateur en 1804 ne devait pas avoir de
contenu normatif précis. On a donc un phénomène d’activation : des textes qui expriment des idées
sont à un moment donné servent à un point de rattachement à la jurisprudence qui vont permettre de
créer une règle de droit. On va en déduire une action recevable. Cette action va être inventée par le
juge, donc il doit en définir les conditions, et surtout, il doit en définir, par la suite, le régime.

Section 1 : Les conditions de l'action de in rem verso

I) Les conditions de fond de l’action de in rem verso


Pour qu'il y ait recevabilité de l'action, il faut trois éléments :

 Un appauvrissement
 Un enrichissement corrélatif
 Un transfert d'un patrimoine vers un autre : il faut que celui qui s'est enrichi se soit enrichi
au détriment de celui qui s'est appauvri.

Surtout, il faut qu'il y ait une absence de cause, une injustice (c'est la condition commune avec
les deux autres types de quasi-contrats). S'il y a une raison juridique ou contractuelle qui explique
l'appauvrissement ou l'enrichissement, il n'y a pas possibilité d'agir. L'action sera inefficace s'il y a
une cause au paiement. Quelques fois, cette action sert de roue de secours. Le problème, c'est que
parfois, la restitution est impossible.

Exemple du contrat de travail : Il est toujours possible d'obtenir l'annulation d'un contrat de travail. Si
le contrat de travail est nul, il faut restituer ce qui a été reçue. On peut rendre l'objet d'une obligation
de payer, donc l'argent, mais si en échange du paiement, on a bénéficié d'une prestation, cela
devient beaucoup plus difficile.

La reconstruction de l'existant n'est pas satisfaisante, puisque l'un d'entre eux aura reçu une valeur
qu'il ne restituera pas. Dans ce cas, la question est de savoir s'il y a cause à l'enrichissement. La
jurisprudence va considérer qu'il y aurait enrichissement sans cause si on laissait jouer le jeu des
restitutions. On va considérer que celui qui a perçu une prestation doit restituer une valeur
équivalente. Or la valeur de la prestation est le prix que le client a payé (voir notes de Cours de
C.Radé).
La question qui s'est posée est de savoir si cette absence de cause pouvait avoir un lien
avec l'existence d'une faute commise par l'appauvri. La jurisprudence a refusé de considérer que
la faute de l'appauvri soit la cause de son appauvrissement. La cause de l'appauvrissement est
toujours à rechercher dans une obligation de transférer une valeur. S'il n'y avait pas d'obligation de
transfert de valeur, on peut agir dans le cadre de l'action de in rem verso.

-> Lorsque l'appauvrissement est provoqué par une faute de l'appauvri, sa faute peut-elle être
considérée comme la cause de son appauvrissement ?
Si le comportement qui m'a appauvri est fautif, celui que j'ai enrichi aura le droit d'engager ma
responsabilité civile. Il pourra opposer le caractère fautif du comportement par lequel je l'aurai
indûment enrichi.

Exemple : Le propriétaire du champ n'a rien demandé. J'ai travaillé sur un champ qui n'est pas le
mien, donc le propriétaire s'enrichit, et s'il veut, il pourra me rembourser, mais s'il se trouve dans une
situation économique désastreuse à cause de cette obligation de remboursement, il pourra engager
ma responsabilité pour lui reprocher sa faute, qui lui cause un préjudice.

Logique d'exonération : en remboursant, une situation économique difficile cause un préjudice, donc
il engage ma responsabilité pour qu'il soit condamné à payer des dommages et intérêts, et qu'on
fasse une soustraction, afin de rembourser la différence. La faute de l'appauvri n'est donc pas la
cause de son appauvrissement. Une faute n'est jamais que la cause de son préjudice, et non d'un
appauvrissement. Il ne s’agit pas de juger la personne, mais d’expliquer le transfert du patrimoine de
l’un vers l’autre. Elle n’explique pas l’enrichissement.
La faute a causé un préjudice à l’enrichi et ce préjudice est l’obligation de restituer la somme qu’il a
perçu alors qu’il n’a rien demandé. L’appauvri doit obtenir la restitution de l’enrichissement mais
si l’appauvri à causé un préjudice à l’enrichit il doit réparer le préjudice.

Deux dettes : la dette de restitution liée à l’absence de cause (transfert de l’enrichit vers l’appauvri) et
la dette d’indemnisation du préjudice causé à l’enrichit (transfert de l’appauvri vers l’enrichit). C’est
une hypothèse de compensation. Le juge dit que l’action de in rem verso ne peut aboutir lorsque
l’appauvrissement est du à la faute de l’appauvri (Arrêt de 1ère chambre civile 19 mars 2015).

II) Les conditions de procédure


-> Y’a t’il un droit général au remboursement ? Est-ce qu’on peut aller contre une règle
existante en appliquant la règle jurisprudentielle ?
Ce quasi-contrat, l'action de in rem verso, est le dernier recours. La jurisprudence a imposé un
caractère subsidiaire de l’action « de in rem verso » : ne peut être invoqué que quand l'appauvri
ne dispose pas d'un autre moyen d'obtenir remboursement. S’il y a dans l’ordre juridique une
règle de remboursement on ne peut pas invoquer l’action de in rem verso même s’il on a pas obtenu
satisfaction (Arrêt du 2 mars 1915).

Effectivement, ce quasi-contrat a été inventé par le juge pour répondre à un besoin précis de justice.
Il s'agit de dire que dans un certain nombre d'hypothèses, qu’il apparaît juste de permettre à
l'appauvri d'obtenir remboursement de son appauvrissement, et injuste de ne pas lui permettre. C'est
une carence législative. Si l'appauvri relève d'un cas prévu par le législateur, il faut appliquer la règle
prévue par lui. Si le législateur considère que dans ce cas, l'appauvri ne doit pas obtenir restitution de
son appauvrissement, il ne faut pas qu'il obtienne la restitution de son appauvrissement. L'action de
in rem verso ne doit être admise que quand il n'y a pas de justification à l'enrichissement, et pas
d'affirmation par le législateur que l'appauvri ne doit pas obtenir remboursement.
Exemple : Dans la gestion d'affaires, le gérant obtient remboursement de la somme qu'il a exposé.
C'est un mécanisme fondé sur le remboursement de l'appauvrissement injuste. Mais ce
remboursement est subordonné à la preuve du caractère utile de la gestion. Si on ne posait pas
l'exigence d'une application subsidiaire de de in rem verso, je l'utiliserais pour obtenir remboursement
de mes dépenses exorbitantes, alors que je relève d'un cas où je ne dois pas être remboursé à cause
de mes dépenses exorbitantes.

On ne peut pas utiliser l'action pour obtenir remboursement dans des hypothèses prévues par
le législateur, et alors que toutes les conditions ne sont pas remplies pour obtenir remboursement. La
subsidiarité est le principe de non-concurrence des actions. « De in rem verso » ne peut s'appliquer
que quand la situation ne rentre pas dans un cas déjà prévu par la loi. Il y a également le problème
dans lequel on a une action, on remplit les conditions pour obtenir le remboursement de la
somme, mais celui contre qui on agit est insolvable.
L'appauvri peut-il intenter une action en de in rem verso ? La réponse est positive. Si jamais on
n'obtient pas satisfaction pour une raison économique, on peut toujours avoir recours à l'action de in
rem verso.
En cas d’appauvrissement, avec un accipiens matériel et un accipiens intellectuel : la loi désigne
celui contre qui on doit agir, condamner en justice si pas remboursement car pas solvable. On
dispose de l’action de in rem verso contre un tiers solvable (a celui qui a profiter l’enrichissement)
celui qui a agit a reçu pour le compte du tiers, la jurisprudence admet l’action de in rem verso. Il faut
prouver que la somme a profité au tiers (l’accipiens intellectuel).

L’action de in rem verso est une roue de secours qui intervient en cas :
- d’absence d’action
- quand une action n’a pas garanti effectivement le remboursement des sommes
avancées

Section 2 : Les effets de l'action de in rem verso

Lorsque l’action aboutie, il faut restituer la valeur de l'enrichissement. La valeur est fixée à la
date de la demande (de l’action en justice) et non pas à la date de l’appauvrissement. Jusqu’à
la loi de 2008, la prescription de droit commun était de 30 ans (on pouvait demander le
remboursement d’une somme qui courait jusqu’à plus de 30 ans). Maintenant la prescription est de 5
ans.

Une double-règle va s'appliquer, puisqu'il faut :

- restituer une somme qui ne peut ni être supérieure à l'enrichissement


- cette somme ne peut pas non plus être supérieure à l'appauvrissement

On ne parle pas de sommes d'argent, mais de services, de choses, qui ont été transférées d'un
patrimoine à un autre, de la valeur de l'enrichissement ou de l'appauvrissement, mais pas de la
valeur des choses.
Chapitre 4 : La fausse annonce

Il s'agit d'un quasi-contrat fondé sur une autre variante de l'équité : ce n'est plus l'idée qu'il y a
transfert patrimonial sans cause, mais c'est l'idée qu'un fait juridique a fait naître un faux espoir, une
apparence, donc le fondement de la règle change. Lorsque l'on a raisonnablement pu croire
qu'une situation s'était constituée, on doit pouvoir bénéficier des effets de cette situation. Cela
se rapproche un peu de la théorie de l'apparence. Cela permet de rectifier ce qui devrait être le sort
réservé à une personne, lorsque cette personne, de bonne foi, a cru avoir des droits, qu'en réalité elle
n'avait pas. L'apparence va être créateur de droits quand on va considérer que celui qui a cru était de
bonne foi, et que celui qui a fait croire était de mauvaise foi.

Section 1 : L'annonce d'un gain

C’est une pratique frauduleuse de vente commerciale. On fait croire à une personne qu’elle a
gagnée quelque chose en retour d’un bon de participation. C'est l'association d'une opération
commerciale et d'un jeu.

La loi est intervenue, en 1989, pour réglementer ces pratiques de jeu par correspondance, en
imposant toute une série de règles d'apparence, destinées à protéger le consommateur. Cette loi a,
par exemple, imposé à l'organisateur du jeu de séparer matériellement le bulletin de participation au
jeu, et le bon de commande, de manière à ce que l'on ne soit pas obligé de renvoyer le bon de
commande en même temps que le bulletin de participation au jeu. Ces pratiques commerciales,
lorsqu'elles sont loyales, sont des loteries avec pré-tirage. La commercialisation du jeu est
postérieure au tirage au sort. Bien sûr, pour que le jeu fonctionne, il faut faire croire aux gens qu'ils
ont gagné. On utilise des techniques, des formulations incompréhensibles, pour faire naître l'espoir
d'un gain, l'espoir faux, puisque l'organisateur sait, à ce moment-là, que la personne n'a en fait pas
gagné. Cette situation relève presque de l'escroquerie, puisque l'on abuse de la crédulité des
consommateurs.

Quand cette réalité commerciale est apparue, elle a commencé à faire un certain nombre de victimes.
Certains ont saisi les tribunaux, donc il a fallu trouver une réponse à cette situation, considérée
comme injuste. Le premier réflexe a été de se fonder sur les règles de la responsabilité civile,
soit sur l'ART. 1382. On a bien une faute, la pratique commerciale abusive, un dommage, à savoir la
frustration d'avoir cru que l'on avait gagné alors que l'on a perdu, donc la déception. Il y a donc au
moins un préjudice moral, et parfois, des préjudices financiers. Il y a bien un rapport de cause à effet.
Le problème est que le principe, en matière de responsabilité civile, est celui de la réparation
intégrale : on ne répare ni moins, ni plus, mais l'exact préjudice causé. Comme la plupart du
temps, le simple préjudice causé à la victime est le préjudice moral, les sommes versées en guise de
dommages et intérêts étaient faibles, la plupart du temps symboliques, donc il n'y a là aucun
caractère dissuasif. L'autre inconvénient est que la Cour de cassation n'a pas la main sur le
montant des condamnations. Le montant des préjudices relève du pouvoir souverain des juges du
fond. La Cour de cassation, qui est le grand régulateur de la jurisprudence, voit arriver peu d'affaires,
dans lesquelles il est évident qu'il y a eu arnaque. Ces pratiques sont cohérentes sur le plan
juridique, mais en termes d'efficacité dissuasive, ceci est nul. On s'est demandé comment taper plus
fort : on va faire comme si l'organisateur du jeu devait l'argent.

Dans un premier temps, la jurisprudence va décider que l'opération commerciale, analysée du point
de vue de l'organisateur du jeu, ne serait plus un fait juridique, mais un acte juridique. Comme cet
acte juridique est un peu un engagement de l'organisateur à faire gagner les participants du jeu, on y
a vu un engagement unilatéral. L'intérêt est évident : la condamnation est l'exécution forcée de l'acte.
Ce ne sont plus des dommages et intérêts, c'est l'obligation d'exécuter de force, et d'attribuer l'argent
qui a été promis aux participants.
L'avantage, c'est l'efficacité, mais l'inconvénient est le caractère factice du raisonnement : on va dire
à l'organisateur qu'il s'est engagé à payer, alors même qu'en réalité, il ne s'est pas engagé, puisqu'il
sait depuis le départ que ceux à qui il fait croire qu'ils ont gagné n'ont en réalité pas gagné.
Mais alors, comment peut-il y avoir un engagement unilatéral ?
Il n'y a pas là de volonté de s'engager, donc ce n'est pas un acte juridique.
Pour contourner cet obstacle, la Cour de cassation va retenir la qualification de contrat de jeu.
Elle va dire qu'en réalité, le jeu est contractuel. Ce contrat va se former par la rencontre d'une offre,
l'envoi, par l'organisateur, d'un bulletin de jeu avec un règlement, donc un contrat d'adhésion, et
l'acceptation, qui se forme par le renvoi du bulletin de jeu par le participant. L'avantage est que l'on a
un contrat avec un objet, à savoir l'obligation de l'organisateur de délivrer aux participants la somme
prévue dans le jeu, mais l'inconvénient est le même que pour l'acte unilatéral, c'est- à-dire que c'est
une erreur obstacle, car en réalité, il n'y a pas rencontre des consentements. La doctrine a été
critique à l’encontre du contrat de jeu car il y avait une supercherie.
Finalement, on se dit qu'il n'y pas d'intention de s'engager, de volonté juridique, donc ce n'est
pas un acte juridique, mais bien un fait. Ce fait juridique tire vers le contrat, car il place son
destinataire dans une situation quasi-contractuelle.

La Chambre mixte de la Cour de cassation, dans deux arrêts du 6 septembre 2002, décide de
consacrer l'analyse quasi-contractuelle. Ceci a les avantages cumulatifs des deux solutions
antérieures. Ceci est satisfaisant sur le plan juridique, et sur le plan de l'efficacité de la sanction,
puisque telle qu'elle est prévue dans la formule même de l'arrêt : « L'organisateur d'une loterie, qui
annonce un gain à une personne donnée, sans mettre en évidence l'existence d'un aléa,
s'oblige, par ce fait purement volontaire, à le délivrer ». C'est donc une sanction de type
contractuel.
Par la suite, cette règle a été confirmée régulièrement, et a précisé que pour que l'organisateur
échappe à une sanction, il doit préciser l'existence d'un aléa dès le premier regard.

Deux situations voisines échappent à cette situation :

 La mise en évidence suffisante de l'aléa : il y a absence de faute commerciale, puisque


l'aléa a été mis en évidence dès le départ. Au regard du vrai gagnant, ce n'est pas un quasi-
contrat de jeu, puisque pour lui, c'est soit un engagement unilatéral, soit un contrat de jeu, si
l'on considère qu'il y a eu rencontre d'offre et d'acceptation. Il s'agit donc d'exécuter un acte
juridique.

-> Comment cette figure du quasi-contrat de jeu a été reçue en doctrine ?


Quelle est son utilité ?

Cela reste superficiel, puisque le contrat de jeu est un quasi-contrat avec un corps de
fait juridique, et une tête de contrat. Cela sert de roue de secours.
Ce quasi-contrat est très particulier car c’est un fait qui oblige non pas véritablement celui qui fait
mais l’autre. Celui qui fait et celui qui est obligé sont les mêmes personnes. Le propre du quasi
contrat est de dissocier l’acteur et le débiteur de l’obligation. Le contrat de jeu est donc un faux quasi
contrat.
Section 2 : L'annonce d'un renouvellement

Il faut citer un arrêt du 9 octobre 2007 de la Chambre commerciale. Dans cette affaire, on a
pris l'ART.1371 du Code civil, et une nouvelle hypothèse de quasi-contrat, sur la base de la fausse
annonce. Il s'agissait d'une entreprise qui avait laissé croire à son cocontractant, à un comportement
qu'elle allait adopter au moment de la rupture du contrat.
C'est sur la base de ce comportement commercial, donc sur l'annonce ambiguë faite du créancier au
débiteur, qu'il allait le libérer de ses obligations, que le client avait formulé son action en justice, et
avait considéré que l'ART. 1371 pouvait servir. Le quasi-contrat était la fausse annonce de
renouvellement.

-> Le non-renouvellement d'un contrat peut-il être source d'obligations indemnitaires ?


La Cour a considéré que cette fausse annonce pouvait permettre à la victime d'obtenir
remboursement des sommes exposées, ayant de bonne foi pu croire que son contrat serait
renouvelé. Mais le préjudice de la victime n'était que la conséquence du non-renouvellement, or ici, il
n'y a pas de droit au renouvellement du contrat, donc le préjudice résultait de l'arrêt des relations
contractuelles entre les parties.

La doctrine a émis des réserves en faisant valoir que l’on n’était pas en présence d’un quasi contrat
comme dans l’annonce du gain. Ici le comportement litigieux et l’obligation pèse sur les épaules de la
même personne : on aurait pu appliquer la responsabilité délictuelle. On voulait passer par le quasi
contrat pour une meilleure réparation du préjudice et donc l’obligation d’exécuter le contrat tel qu’il
avait été prévu.
Le 23 octobre 2012, la Chambre commerciale a reculé et a refusé ce quasi contrat. Elle a aussi
refusé l’enrichissement sans cause car cela relevait du droit des contrats.
Cette deuxième catégorie de quasi contrat est donc vide. Il ne reste que l’annonce d’un gain qui
reste une catégorie superficielle.

La question que l'on peut se poser aujourd’hui est de savoir si l'on a encore besoin de la figure du
quasi-contrat, puisque sur ces quasi-contrats supplémentaires, il n'y a eu en réalité qu'une seule
création pure : la fausse annonce d'un gain.
On peut donc se demander à quoi servent les quasis contrat (Quelles sont les situations dans
lesquels les recours au quasi contrat est le droit ? effet. + Question prospective : pourquoi les
maintenir ? Si on maintient c’est que c’est utile).
TITRE 2 : LA RESPONSABILITE CIVILE ET LES REGIMES
D'INDEMNISATION
INTRODUCTION

-> Distinctions terminologiques

Au départ, il n'y a que la responsabilité civile. Cette notion de responsabilité civile ne figure que
depuis peu de temps dans le Code civil. D'ailleurs, les dispositions visées par cette appellation des
ART. 1382 à 1386 du Code Civil ne sont pas dénommées comme telles par le Code civil. C'est bien
une source d'obligations qui résulte de faits juridiques, mais ce droit de la responsabilité civile vise
des hypothèses qui répondent à un schéma de fonctionnement identique.
La responsabilité civile désigne un ensemble de dispositifs qui visent à rendre une personne
responsable des dommages causés par un fait, c'est-à-dire qu'elle doit assumer des conséquences,
et répondre de ses actes. Ces dispositifs sont assez variés, mais ont tous le même objet : réparer
les conséquences dommageables de faits juridiques. On peut réparer en nature, ou par
équivalent, car parfois, la réparation en nature n'est pas possible, notamment lorsqu'il s'agit de
dommages corporels.
Quand on parle de régime d'indemnisation, il s'agit toujours de réparer un dommage causé à une
personne, mais la différence est que dans les régimes de responsabilité civile, celui qui est
responsable est personnellement concerné par le fait, on peut lui imputer ce fait.
Cette distinction est importante, parce que dans les systèmes d'indemnisation, celui qui paie
n'est pas celui qui a causé le dommage, et ce n'est même pas celui qui est lié par un lien
personnel. Les responsables s’inscrivent dans un réseau de solidarité : les systèmes
d’indemnisation n’auraient pas pu voir le jour sans le développement de l’assurance ainsi que
l’intervention étatique qui vise à mettre en place des dispositifs publics d’indemnisation : les tiers
payeurs, qui sont des organismes qui ont reçu pour mission d'indemniser les victimes, au nom et à la
place des vrais responsables du dommage. C'est donc une personne morale, comme la sécurité
sociale, ou encore des organismes de fonds d'indemnisation. Ces mécanismes ont en commun
l'intervention d'un tiers-payeur, qui va se substituer aux responsables.

Dans la responsabilité civile, c'est toujours un rapport singulier entre une victime et un responsable,
bien qu'il puisse y avoir une tierce personne. Dans ce cas, il y aura une dissociation entre celui qui a
causé le dommage et celui qui va le réparer. C’est une logique individualiste. Ce mécanisme ne
prend pas partie, il est neutre.
Dans les régimes d'indemnisation, c'est toujours une relation entre trois personnes : on va toujours
mettre un tiers entre la victime et le responsable, charge à lui de se faire rembourser par la suite par
le vrai responsable. C’est une logique collective c’est ce qu’on appelle l’Etat providence.
C'est donc une différence substantielle entre les deux types de régimes.

Pour autant, ces deux séries de dispositifs répondent à une même logique : au fond, les objectifs
poursuivis sont les mêmes, mais les techniques mobilisées ne sont pas les mêmes. Il s'agit toujours
d'indemniser la victime, de réparer le dommage causé à la victime. Tous ces mécanismes ont
donc une fonction réparatrice.

Il faut admettre aussi que tous ces mécanismes ont pour fonction de stigmatiser le
comportement des responsables, de le sanctionner, à la fois pour le punir, pour faire en sorte qu'il
ne recommence pas, et pour l'exemplarité de la sanction, pour que les autres n'agissent pas de la
même manière. La condamnation du responsable a toujours une vertu éducative pour les autres.
Simplement, ces deux mécanismes poursuivent leur objectif selon des modalités et des proportions
différentes puisque dans les mécanismes de responsabilité civile on insiste sur la présence physique
du responsable, alors que dans les systèmes d'indemnisation le centre de gravité penche nettement
du point de vue de la victime : on dissocie la question de l'indemnisation et la question de la sanction.
Dans les mécanismes d'indemnisation, on indemnise d'abord, et on sanctionne après, tandis que
dans les mécanismes de responsabilité, on indemnise et on sanctionne en même temps.

Section 1 : Le domaine de la responsabilité civile

Il faut comprendre l'importance de ces questions de domaine, dont on parle aussi de champs
d'application. Le domaine, c'est de déterminer à quelles personnes, dans quels cas, et à quelles
activités s'appliquent les règles du droit de la responsabilité civile.
Cette question de l'identification du domaine est l'objectif du travail de qualification juridique. On
traduit les faits car on a besoin de leur appliquer des règles juridiques, de rendre compatibles les faits
à une qualification juridique. Il y a un droit commun de la responsabilité civile, qui a, à côté, mais
aussi en son sein, un certain nombre de territoires à statuts particuliers. Il y a donc des règles
spéciales de responsabilité civile.

I) Le droit des origines


Ce qui caractérise d'abord le droit de la responsabilité civile, c'est son ancienneté apparente.
La matière du droit commun de la responsabilité civile se trouve dans les ART. 1382 à 1386 du Code
civil. Ce sont des textes sur lesquels ont a rattaché des millions de règles jurisprudentielles.
Si l'on prend de la hauteur, les seules normes en cause sont ces articles. Mais il faut quand même
admettre que la jurisprudence, lorsqu'elle formule une solution, et lorsqu'elle la reprend dans des
affaires identiques, créé de la norme jurisprudentielle.
Ces cinq textes en disent beaucoup sur la société du début du XIXe. Ces règles sont censées être
suffisantes, en 1804, pour répondre aux besoins indemnitaires des victimes.

L'article 1382 montre que la responsabilité vise à sanctionner la faute du responsable, c’est la
responsabilité du fait d’autrui. La victime n'est même pas désignée, nommée, mais est renvoyée à
autrui. Ce texte ne se comprend que si on le lie à l’ART. 4 du DDHC. C’est la règle de la liberté et la
contrepartie étant la responsabilité qui est fondée sur l’interdiction de nuire à autrui. Ce principe de la
responsabilité personnelle s’accompagne de la responsabilité dissociée : c’est toujours des
hypothèses d’autorité.

L'article 1383, qui vise la responsabilité quasi-délictuelle, dit que l'on n'a pas agi volontairement, mais
par imprudence, ou par négligence. À la lecture de ces deux premiers textes, on voit que la
responsabilité de 1804 est une responsabilité qui vise à sanctionner l'auteur. Ce n'est qu'en second
temps que l'on s'intéressera à la victime.

L'article 1384 est un texte à tiroir ; le premier alinéa permet d'assurer la transition entre les deux
premiers articles, et les 5 alinéas suivants.

La responsabilité du fait des personnes est l'article 1384.

La responsabilité du fait des choses, ce sont les articles 1385 (les animaux) et 1386 (les ruines). Il
n’y a pas un mot sur les dommages liés à la pollution, sur les dommages industriels tout ca n’existait
pas à l’époque. Ces carences sont comblées par l’intervention de régimes spéciaux. Il faut rajouter à
ces articles les dispositions des articles liés à l’inexécution du contrat à savoir la responsabilité
contractuelle. Les seuls dommages envisagés dans le sens de la responsabilité contractuelle de
1804 sont des préjudices matériels, financiers et non pas des préjudices corporels.

Cette utilisation a commencé en dans un arrêt CGT de 1911 dans lequel on a greffé sur le contrat
l’obligation de sécurité afin d’utiliser la responsabilité contractuelle comme outils de réparations des
dommages corporels.

II) L’évolution du droit commun de 1804 à nos jours

Depuis 1804, presque rien n'a changé, et pourtant, le droit de la responsabilité civile
d'aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec le droit de 1804. Le premier élément d'évolution
sont les modifications apportées au texte d'origine.

A. Les modifications apportées aux textes

Il n'y a qu'un texte sur les 5 qui a été modifié : le seul qui a changé, c'est l'ART. 1384. C'est un
texte fourre-tout. Ce qui a changé, c'est que d'abord, il y a eu quelques interventions législatives,
pour introduire de nouveaux cas, ou pour modifier les cas existants. Voir détail de ces modifications
sur le document écrit. Ces évolutions ont notamment concerné la responsabilité des maîtres vis-à-
vis de leurs élèves, la mise en place d'un régime spécial pour les dommages causés par des choses
incendiées, et surtout, on a réécrit à plusieurs reprises les textes consacrés aux parents, au fur et à
mesure des réformes sur l'autorité parentale, notamment pour assurer l'égalité entre le père et la
mère. La dernière réforme remonte à 2002, qui a supprimé la référence anachronique au droit de
garde.

Ce qui a surtout changé, c'est l'interprétation jurisprudentielle de ces textes. Au-delà de


l'intervention législative, ce sont ces phénomènes de modification de l'interprétation qui ont
bouleversé le fondement même de ces responsabilités. En effet, les règles de la responsabilité civile
étant très minimalistes dans le Code civil de 1804. Exemple : création des obligations accessoires
comme l’obligation de sécurité.

B. Les ajouts de nouvelles dispositions

Avant 1996, les industriels ne voulaient pas de régime d’indemnisation automatique. Mais dans
un arrêt TEFEYNE de 1996, la Cour de cassation a reconnu une portée à l'article 1384 alinéa 1er,
elle a interprété de manière amplifiante l’article en le faisant dire des choses qu’il ne disait pas : elle
consacre un principe de responsabilité du fait des choses. Elle dit que l’on peut interpréter le droit
commun pour répondre aux besoins des accidents du travail.

-> Est-ce qu’on laisse la jurisprudence se développer ou est-ce qu’on crée un régime spécial ?
La loi du 9 avril de 1998 reprend le régime de réparation des accidents du travail mais ne sera pas
codifiée. Finalement, on a peu touché au Code civil en matière de responsabilité civile,
essentiellement parce que l'on pense qu'il exprime des règles intemporelles, on y a donc laissé
le droit commun.

À ce droit commun, on a soustrait de plus en plus d'hypothèses, en créant des régimes spéciaux qui
vont devenir des régimes spéciaux d’indemnisation, de sorte que si on observe le champ d'influence
réel du droit commun, celui-ci est extrêmement limité, pour des raisons de domaine, puisque à
chaque fois que l'on a eu une nouvelle activité à encadrer, plutôt que de faire l'effort de réformer le
droit commun, on a préféré créer de nouvelles règles de responsabilité.
Exception : La loi du 19 mai 1998 est la première loi qui a été codifiée en matière de produits
défectueux. La France transpose tardivement une directive communautaire du 25 juillet 1985. On
met le régime spécial des produits défectueux dans le Code civil (Art. 1386-1 et suivants du Code
Civil).

Section 2 : L'évolution du droit de la responsabilité civile

La vraie révolution c’est le changement paradigmatique en droit de la responsabilité civile


: elle doit être faite non pas pour les responsables mais pour les victimes.
Ce courant philosophique a été dénommé « courant victimologiste ». Le juge va utiliser toutes ses
marges d’interprétation pour favoriser la victime. La centralité de la victime c’est ce qui motive
l’évolution de la jurisprudence.

Toute l’évolution du droit est une évolution qui vise à assurer l’indemnisation de la victime et
l’interprétation de la jurisprudence aussi. L’idée est de repenser non seulement les conditions de la
responsabilité mais aussi de repenser toute l’ingénierie de l’indemnisation : on ne part plus de ce qui
a été causé mais on part de ce qui a été subi.
On fait rentrer en ligne de compte des données subjectives et non une analyse patrimoniale. La
conception patrimoniale de la responsabilité civile ne correspond pas aux dommages corporels.
Le problème c’est que cette nouvelle conception de la responsabilité civile se fait sur la base de
règles qui n’ont pas changé.

I) La responsabilité civile dans le Code Civil


Il faut revenir sur le concept même de responsabilité civile. Quand on parle de responsable,
cette notion de responsabilité est assez tardive : elle est apparue dans le vocabulaire du droit au
XVIIIe siècle. Le Code civil en parle assez peu. Le terme même de responsabilité montre une
analyse de la situation centrée sur la personne du responsable. Quand on va s'interroger sur la
nature de la responsabilité, et sur ses fonctions, le fait que le terme soit centré sur la personne du
responsable montre que l'intention du législateur est surtout de responsabiliser. La fonction
indemnitaire ne transparaît pas dans le mot lui-même, et apparaît secondaire.
Ce qui compte d'abord, c'est d'utiliser la condamnation à des dommages et intérêts pour dire, et faire
dire, au responsable qu'il doit répondre des conséquences dommageables de son fait.
La fonction sanctionnatrice et dissuasive est extrêmement fréquente en droit de la responsabilité
civile, et s'apparente très fortement à la responsabilité pénale.

Ce droit de la responsabilité civile n'a toujours pas réussi à se centrer totalement sur la
personne de la victime. Il y a toujours cette ambivalence : il faut indemniser la victime tout en
sanctionnant le responsable. Le sens de la condamnation à des dommages et intérêts est à
rechercher à la fois du côté de la victime, mais également du côté du responsable. Quand on
condamne un responsable, on doit être capable d'expliquer pourquoi, autrement que par le dommage
qu'il a causé à la victime. Cette dissociation entre le traitement de la victime et celui du responsable
est le rôle des régimes d'indemnisation. Le droit de la responsabilité civile doit, lui, doit tenir les deux
bouts de la chaîne. Le droit de la responsabilité civile a été conçu sur un modèle préindustriel. Ce
modèle est marqué par un contexte économique et social très particulier, totalement dépassé
aujourd’hui.

Le droit est toujours le produit d'une époque, avec ses conceptions, ses produits. Il n'y a pas
d'universalisme. Le droit civil est forcément contingent. D'abord, il est marqué par l'idéologie libérale
et révolutionnaire. La responsabilité de l'Art.1382 du Code Civil est le corollaire du principe de liberté.
Quand on met bout à bout l'Art.4 de la DDHC et l'Art.1382 du Code Civil, on a l'impression qu'il s'agit
des deux morceaux de la même phrase. D'ailleurs, quand le Conseil constitutionnel a dû fonder sur
un texte du bloc de constitutionnalité l'idée de responsabilité pour faute, plutôt que de consacrer un
PFRLR on a rattaché le principe de responsabilité à l’Art. 4 de la DDHC.
Cette conception libérale est très marquée par le concept révolutionnaire, notamment par un très haut
degré d'abstraction. Ici, c'est l'humain qui est visé. Mais cette conception du droit est
aujourd’hui complètement dépassée. Tous les droits modernes ont consisté, au contraire, à saisir
les personnes dans leur dimension économique et sociale. Dans une certaine mesure, cela montre
l'échec d'un droit commun à toutes les activités humaines.

II) Les mutations du droit de la responsabilité civile


A. Les causes de l’évolution

Le système juridique va connaître des phénomènes qui vont mettre à mal les choix fait en 1804.

1) L'apparition de nouveaux risques sociaux

Cette norme extrêmement libérale va être totalement balayée par la révolution industrielle.
En 1804, les choses industrielles ne sont même pas imaginées. On n'a pas d'outil qui permette de
régler la question de la responsabilité du fait des choses, notamment pour les accidents de transport.
On a bien l'article 1382, sur la responsabilité du fait des personnes, mais il faut prouver la faute
personnelle. Ce qui va caractériser le XIXe, le XXe, c'est l'apparition des dommages de masse. Ceci
était totalement ignoré en 1804. Les premiers dommages de masse qui vont apparaître sont les
dommages industriels. Les règles individualistes ne sont pas du tout adaptées à ces dommages
de masse. Notamment l’apparition des risques de masse, de risques sériels liés aux actions de
groupe.
Ces dommages mettent en cause le schéma classique du droit de la responsabilité civile. Le choix
politique a été de renvoyé ces dommages à des régimes spéciaux cela a entrainé le fait que le droit
commun est resté inchangé.

On va être confronté à des problèmes de procédure : comment fait-on pour agir ? Qui agit ?
Le droit de la responsabilité civile a été conçu essentiellement pour les dommages matériels.
L'idée même de réparer suppose que le dommage soit réparable. Le problème, c'est que les
principaux dommages qui vont apparaître au XIXe sont des dommages corporels. On peut
laisser au juge le soin de déterminer comment faire, mais ceci est délicat, notamment à cause de
l'interprétation que les juges peuvent en faire.

Cette idée de réparation commutative va également se traduire par un principe fondamental : le


principe de la réparation intégrale. Cela signifie que lorsque l'on nous cause un dommage, on doit
voir le dommage compensé intégralement. Ce principe a un avantage : il garantit à la victime
qu'elle recevra l'équivalent de ce qu'elle a perdu. Ce principe protège la victime, mais peut se
révéler redoutable pour le responsable. On déconnecte la réparation de la notion de besoin. Cela a
l'air juste, mais pour le responsable, cela peut avoir des conséquences dramatiques.
Le principe de réparation intégrale interdit d'attribuer à la victime une somme supérieure au
dommage qui lui a été causé. Il faudrait être capable d'utiliser la responsabilité civile pour
sanctionner.

Le droit de la responsabilité civile, comme il est aujourd’hui coincé dans la logique commutative est
capable de produire de l'injustice pour des petits responsables qui sont condamnés à des sommes
pharaoniques, par rapport à leur contribution, et va être impuissant pour sanctionner efficacement. Le
problème est qu'en l'état actuel des choses, la responsabilité civile est toujours centrée sur le principe
de réparation intégrale. Le Conseil constitutionnel a été saisi de la question, pour déterminer si ce
principe avait une assise constitutionnelle. Si oui, le législateur ne peut y déroger.
Le Conseil constitutionnel n'a pas consacré ce principe comme principe constitutionnel, jusqu'à 2010,
où il a consacré le principe de réparation intégrale.

Il n’y a de réparation intégrale consacré par le Conseil constitutionnel que pour les victimes de faute.
Cela sous-entend que lorsque l'on est victime d'un dommage, et que ce dommage n'a pas été causé
par la faute, on peut ne pas obtenir réparation intégrale. Une fois de plus, le droit de la responsabilité
civile ne prend pas en compte le point de vue de la victime. Cela voudrait dire qu'un dommage causé
par une faute est plus grave qu'un dommage qui n'est pas causé par une faute. Que l'on sanctionne
un responsable plus fortement lorsqu'il a commis un dommage par une faute est le problème de la
responsabilité pénale. En réalité, ce modèle de responsabilité civile, tel qu'il a été conçu en 1804, ne
permet pas de rendre justice.

2) L'évolution des mentalités

-> Qu'est-ce qui a fait changer la responsabilité civile ?

D'abord, le droit de la responsabilité civile, depuis 1804, a suivi, dans une certaine mesure,
l'évolution des grands risques sociaux : ce qui a poussé le législateur à changer, c'est l'évolution
de la société. A chaque fois que la société a été confrontée à de nouvelles activités, elle a franchi un
cap.

Le droit de la responsabilité civile n'est pas un droit figé, il va continuer à évoluer. Les textes vont
continuer à suivre le rythme des risques. On est passé d'une logique centrée sur les personnes,
notamment sur la personne du responsable, à une logique de risque.
L'idée, c'est que l'on est responsable des dommages que l'on cause par son fait, par ses gestes,
pas son attitude, mais également parce que l'on va, par son activité, générer un risque,
exposer les tiers à un risque, et lorsque ce risque va se réaliser, on va devenir responsable. Il y a un
échelon intermédiaire entre la personne et la responsabilité, et cet échelon est le risque que la
personne créée. De plus en plus, ce qui va justifier les évolutions du droit de la responsabilité civile,
c'est l'idée qu'il faut apporter des réponses indemnitaires à des risques de dommages.
Ces risques guident l'évolution de la responsabilité civile, et en même temps montre les limites de la
fonction réparatrice.

Ces limites sont doubles.


Il y a des limites économiques. Cela peut entraîner deux types de réaction :
- Vouloir protéger le producteur.
- En même temps on a pris conscience de la nécessité de protéger les victimes,
par le biais d'assurances. L'avantage de l'assurance est que cela transfère un risque des épaules
d'un individu vers un collectif. On va mutualiser les risques. En cas de dommage, ce sera l'assureur
qui paiera. L'assureur, lui, se finance au travers de cotisations.

La socialisation, c'est de désigner un collectif, et de faire en sorte que ce collectif soit solidaire de
l'individu. Chacun s'assure, et paie une cotisation en contrepartie de quoi il est protégé, et les
assureurs, eux-mêmes, sont réassurés. C'est un système de mondialisation des dettes. Ce système
est le garant de l'indemnisation des victimes, qui auront toujours en face d'elles un assureur solvable.
Il n'y a pas de principe général d'assurance de responsabilité civile, c'est-à-dire qu'il n'y a pas
d'obligation de s'assurer contre le risque de cause un dommage à autrui.
La seule explication que l'on puisse donner, c'est parce que le principe reste le principe de la liberté
individuelle. La seule chose que l'on demande, la seule obligation, c'est de ne pas nuire à autrui.
Aujourd’hui, on considère que l'on a l'obligation de ne pas nuire, mais que si l'on nuit à autrui, c'est de
notre responsabilité. En réalité, cette conception-là est une conception héritée de la Révolution
française, et qui n'est plus forcément en phase avec l'évolution des mentalités actuelles. Si l'on n'a
pas couvert toutes les hypothèses, c'est aussi parce que le citoyen de 1804 est fataliste.
Tous les tabous qui existaient en 1804 sont tombés. Exemple : la notion de préjudice sexuel qui a fini
par être identifié. De plus, il y avait des tabous sociaux (parents, médecins, professeurs) c’est à dire
qu’on n’agissait pas contre les figures de l’institution. Aujourd’hui, il y a au contraire une montée
en puissance du sentiment de victime et de l’idée qu’il n’est pas normal de ne pas être
indemnisé. Les victimes veulent être reconnues et indemnisé avec le risque inverse de dérive :
société dans laquelle la tolérance au dommage est devenue quasiment nulle. Ce risque en France
relève plus du fantasme que de la réalité.

3) La socialisation des risques

Cette socialisation est à la fois sur le terrain privé et sur le terrain public. Ce phénomène est
d’abord civil avec les sociétés de secours mutuels.
Le problème, c'est que ce fatalisme a totalement disparu de nos sociétés contemporaines. Il faut en
voir un recul des religions, et un progrès scientifique de connaissances, qui fait que l'on est capable,
aujourd’hui, d'éviter un certain nombre de dommages. On est dans une société où plus on est
capable de prévenir, moins on tolère que les dommages puissent arriver. Il y a une sorte d'intolérance
à la souffrance, au malheur, et donc on est passé à un système de pensée où, à chaque dommage,
on ressent comme un droit naturel d'être indemnisé. En 1804, la règle est que quand cela nous
tombe dessus, c'est la volonté du tout-puissant, alors qu'aujourd'hui, la règle est que quand quelqu'un
subit un dommage, il a le droit d'être indemnisé.

Ce droit à l'indemnisation est aux antipodes de la pensée de 1804, qui était exclusivement concentré
sur le principe de liberté. Ce principe de liberté n'est plus central. Aujourd’hui, ce qui est central, c'est
le principe de l'égalité devant les charges publiques. Le rôle de l’État est de faire en sorte que les
victimes de dommages soient indemnisées.
Au XIXe, quand on cherche des solutions collectives d'indemnisation, on les cherche du côté des
assurances, mais l'assurance n'est qu'une technique de solidarité corporative. Ce sont les
employeurs qui assurent leurs risques. Ces solidarités sont des solidarités à objet limité.
Ce qui va également changer, au XXe, c'est que cette demande d'indemnisation s'exprime contre
l’État. Il va y avoir, depuis une cinquantaine d'années, une étatisation de l'indemnisation des
dommages. On passe d'un système du « chacun pour soi », à un système où c'est l'assurance qui
va venir prendre en charge les dommages, mais dans des groupes limités, et aujourd’hui on est
dans un système où ce qui est à l’œuvre c'est la solidarité nationale. C'est l’État qui va être le
garant de l'indemnisation.
On va voir se multiplier les obligations légales d'assurance, avec l’État qui garantit le fait que les
acteurs soient assurés, puis on va voir apparaître des organismes gérant des services publics
indemnitaires. Par exemple, la Sécurité sociale est une personne privée qui gère un service public.
Ici, on parle d'organismes publics. Ceci est nouveau, et va apparaître dans la deuxième moitié du
XXe siècle, avec un système qui ne sera plus du tout un système de responsabilité, mais un système
d'indemnisation, avec un organisme chargé d'indemniser les victimes. On voit donc bien la montée
en puissance de la revendication indemnitaire.

Il y a des assurances obligatoires pour les responsables mais aussi des assurances obligatoires pour
les victimes. On est passé dans un système de socialisation des risques, où ce ne sont plus les
citoyens qui indemnisent les citoyens, mais où c'est l’État qui garantit aux victimes qu'elles seront
indemnisées, et qui se charge de faire payer les responsables.
Le droit commun de la responsabilité civile est un droit totalement anachronique, puisqu'il y a
une quantité énorme de droits spéciaux, plus adaptés à notre société actuelle. La question qui
va se poser est de savoir quel est l'avenir du droit de la responsabilité civile.

En réalité, il n'y a pas grand espoir à attendre du droit européen, ou du droit international. Les projets
de réforme sont assez proches de l'existant. S'il le voulait, le législateur pourrait faire à peu près ce
qu'il veut, car le cadre supra-légal applicable au droit de la responsabilité civil est un cadre assez
permissif. Il n'y a presque rien dans la Constitution, ni dans les autres sources. Ce droit de la
responsabilité civile peut être reconstruit quasiment librement par le législateur.

III) Les sources du droit de la responsabilité civile


A. Dans la constitution

Il n'y a rien de spécifique dans la Constitution. La seule disposition qui pourrait nous intéresser
a été introduite en 2004, avec la Charte de l'environnement, qui consacre un principe de précaution.
Le Conseil a construit le droit constitutionnel applicable à partir de deux principes.
Le Conseil constitutionnel dans une décision du 22 octobre 1982 développe une jurisprudence qui
proclame le principe de la responsabilité et le principe du droit à l’indemnisation. Ces deux principes
sont à la fois du côté du responsable, et du côté de la victime.

1) Le principe de responsabilité personnelle

Le Conseil a consacré le principe selon lequel chacun a le droit à la réparation du préjudice subit du
fait d’autrui : contenu de l’Art.1382, mais le Conseil n'a pas voulu consacrer cet article comme
PFRLR. En effet, la loi de 1804 n’est pas une loi de la République donc l’article ne pouvait être un
PFRLR mais on a constitutionnalisé son contenu.
Le principe constitutionnel de responsabilité est le corollaire du principe constitutionnel de
liberté. Être libre, cela veut dire être responsable de ses actes.
En consacrant ce principe, le Conseil vérifie que les atteintes qui y seraient portées par le législateur
sont à la fois justifiées, et proportionnées. En droit français, la seule hypothèse dans laquelle le
Conseil constitutionnel a validé un système d'irresponsabilité totale, c'est 1994, avec les lois sur la
bioéthique, quand on a voulu protéger celui, ou celle, qui fait don de gamètes, c'est-à-dire qui donne
des éléments de corps humain dans le cadre d'une assistance médicale à la procréation.
Si ce régime a été validé, c'est aussi parce que la victime dispose d'autres moyens, et d'autres
débiteurs contre qui agir.

2) La garantie du droit à l'indemnisation de la victime

On peut rendre une personne irresponsable de ses actes à condition que la victime soit
indemnisée par un autre moyen. Ce qui compte dans le couple responsable/victime, c'est la victime.
Cet autre biais, qui garantit le droit à indemnisation des victimes, c'est notamment la création
d'organismes de l’État, chargés d'indemniser les victimes.
L’État ne peut pas laisser les victimes sans indemnisation, car cela serait au contraire au principe
d'égalité devant les charges publiques. L'État doit être garant que toutes les victimes sont
indemnisées. Le rôle de l’État est de garantir l'effectivité du droit à l'indemnisation des victimes. C’est
une créance contre l’Etat.

Finalement, le législateur a le choix :


- Soit il laisse le jeu naturel de la responsabilité civile s'opérer, donc il laisse les
articles 1382 et suivants s'appliquer
- Soit il considère qu'il y a une raison socialement impérieuse pour déroger au
droit commun de la responsabilité civile, et dans ce cas, il peut très bien mettre en place un
dispositif nouveau et spécial, à condition de respecter le droit à indemnisation des victimes.
Exemple : Accident du travail. L’employeur, dans les conditions prévues par la loi de 1998 et pas les
autres salariés doit réparer le dommage. Lorsqu’on est victime d’un accident du travail, on ne peut
pas agir en responsabilité civile contre un collège même si ce collègue est à l’origine du dommage.
On ne peut pas invoquer le droit commun contre l’employeur et contre les autres salariés. Pour
autant, la victime sera indemnisée à partir de 1945 par la Sécurité sociale.

Le système garantit in fine ce qui est le plus important, à savoir l'indemnisation de la victime car il
renvoie au principe de dignité de la personne humaine. C’est l’idée du prima de la personne : la
victime doit être indemnisée.

B. Les sources européennes

La contrainte qu'exercerait le droit européen sur la France est relativement limitée. Il y a deux
Europe(s) à distinguer : l'Europe de la CEDH, et l'Europe de l'UE.

Pour ce qui est du Conseil de l'Europe, c'est-à-dire de l'Europe des droits de l'homme, il n'y a
pas grand chose dans la Conv.EDH, qui vienne intéresser le droit de la responsabilité civile, mais il y
a un texte que l'on croise parfois : l’Art. 1er du 1er Protocole additionnel à la Conv.EDH. Ce 1er
Protocole est venu protéger le droit aux biens, c'est-à-dire le droit de propriété. La Cour EDH a
interprété cette notion de biens de manière très extensive, et a notamment considéré que les
créances étaient des biens. Les créances sont des biens, ce qui veut dire que les États ne peuvent
pas, sans raison, et de manière disproportionnée, porter atteinte aux biens, donc aux créances, et
donc aux créances de responsabilité civile.
S'il y a, dans un État, un droit de la responsabilité civile, qui permet aux victimes d'être indemnisées,
l’État ne peut pas leur retirer leur créance indemnitaire. Il y a un contrôle exercé par la Cour.
Ce texte du 1er Protocole a joué un rôle considérable dans l'affaire Perruche. La Cour de
cassation et le Conseil d’État avaient admis l'indemnisation des parents, et de l'enfant.
En 2002, le Parlement français a considéré que l'indemnisation ne devait pas être réalisée par le droit
de la responsabilité civile, mais qu'elle devait être organisée par la société, dans le cadre de la
solidarité nationale contre le handicap. Le problème est que quand on a voté la loi, on a fermé les
vannes de la responsabilité civile, mais on n'a pas immédiatement accordé aux victimes les
prestations qu'on leur avait garantit en contrepartie. À la suite de cela, la France a été
condamnée à deux reprises. La Cour a décidé que si l'on supprime la responsabilité civile, on doit
offrir aux victimes, en contrepartie des prestations prises en charge par l’État. L'indemnisation des
victimes doit toujours être garantie.

Concernant le droit de l’Union européenne, on trouve les directives de l’Union dans le droit
dérivé. La directive du 25 juillet 1985 s’agissant de la responsabilité des produits défectueux :
directive importante qui a eu un impacte considérable en droit français. 30 ans plus tard, les
conséquences de la directive ne sont toujours pas tirées au clair.
Chapitre 1 : Le droit de la responsabilité civile

La responsabilité civile est un régime extracontractuel, délictuelle. En réalité en matière de


dommages corporels, se sont les mêmes règles que l’on soit dans le cadre de la responsabilité
contractuelle ou dans le cadre de la responsabilité délictuelle.
Ce droit de la responsabilité civile est dédié aux Art.1382 à 1386-18 du Code Civil, c'est à dire les
articles de 1804, et la série de dispositions rajoutées en 1998. Toutes ces règles ont plusieurs points
communs. D'abord, elles reposent sur des fondements communs et identiques. Indépendamment de
la question des fondements, va également se poser la question des composantes communes. Tous
les cas de responsabilité civile reposent sur un même schéma : dommage, causalité, fait générateur.

Section 1 : Les fondements

I) Le fondement moral de la responsabilité


-> Pourquoi est-t-on responsable ?

Classiquement, il y a, dans la responsabilité civile, un indiscutable fondement moral.


Parler du fondement moral de la responsabilité civile, c'est à la fois réfléchir sur sa fonction, et en
fonction de sa fonction, on va comprendre ce qu'est le nœud de la responsabilité civile : la faute.
Il s'agit de stigmatiser un comportement défectueux.

La raison d’être de la responsabilité civile est de sanctionner l’auteur de la faute. Cette conception
est donc centrée sur la notion de faute. On est responsable parce que l'on a mal agi, et on a mal
agi parce que l'on a commis une faute. La faute est à la fois la faute intentionnelle, et la faute
volontaire.
Il répond, dans les mêmes conditions, des conséquences de ses actes, sur le plan pénal, et
sur le plan civil. La responsabilité civile n'est que l'un des volets d'un concept plus global de la
responsabilité, et c'est même une sorte de dépendance de la responsabilité pénale.

Derrière cette conception, il y en a une plus sociologique : on a mal agi parce que le comportement
que l'on a adopté n'est pas le comportement que l'on attend de la part d'un citoyen moyen.
S’il y a deux coresponsables, c’est toujours le fautif qui supportera seul l’intégralité du poids de la
réparation sans considération économique et sans mettre en balance la faute et le risque de l’autre.
Puisque la faute est au centre de la responsabilité civile, elle produit ses effets positivement, et
négativement, du côté du responsable, et du côté de la victime.

II) Le fondement social de la responsabilité civile


S'il est juste que l'on soit responsable quand on a commis une faute, il n'est pas juste que l'on
soit responsable si l'on a pas commis de faute. La conception sociologique de la responsabilité civile
consiste à dire qu'il n'y a pas que la morale, mais il y a aussi des raisons légitimes qui peuvent
pousser à dire que quelqu'un est responsable alors même qu'il n'a pas commis de faute.

La 2ème incidence de cette conception morale de la responsabilité civile est que, puisqu'il est juste
que celui qui a commis une faute réponde des conséquences de cette faute, si la victime a commis
une faute, il est logique que l'on en tire les conséquences. Il paraîtrait injuste de ne pas faire payer à
la victime les conséquences de ses fautes. Dans cette mesure, la victime est responsable de son
propre dommage.
A. Les théories du risque

Il y a d'autres fondements à la responsabilité civile. Le premier fondement alternatif qui a été


proposé sont les théories du risque. Ici, l'idée n'est pas de dire que l'on est responsable parce que
l'on a commis une faute, mais que l'on est responsable parce que l'on a exposé autrui à un
risque de dommage qui s'est réalisé, peu important de savoir si l'on a commis une faute, ou
pas.
Ce qui compte, c'est que l'on ait été à l'origine du risque qui s'est réalisé. C'est l'idée que la
responsabilité est le contrepoids des pouvoirs que la société nous reconnaît la liberté pour mener des
activités qui nous sont profitables. Si par mon activité, j'expose autrui à un risque, il est juste que j'en
assume les conséquences.

Il y a deux sous-conceptions de la théorie du risque :

 La conception la plus juste est la conception du risque-profit.


En réalité, c'est une conception économique qui est en cause. C'est d'ailleurs la traduction d'un
adage latin : « Là où sont les responsabilités, sont les charges ».
En contrepartie d'un statut, il y a des responsabilités. Il n'y a pas de droits sans devoirs. Cette
conception prend son sens sur le plan économique, l'idée étant que si je tire profit de mon activité, si
mon activité m'enrichit, il est juste qu'en contrepartie, je sois responsable des dommages qui peuvent
survenir à l'occasion de mon activité. Il est juste que je subisse les charges financières inhérentes à
une activité qui m'enrichit. Je ne peux pas avoir les profits sans les risques.

L'avantage de cette conception est qu'elle est juste, parce que le producteur va intégrer le risque de
la responsabilité comme un coût de production.
L'assurance me permet de convertir en cotisations un risque financier majeur. Ce coût de production
est reporté sur le consommateur final. On voit bien comment l'assurance est devenue un outil de
promotion du capitalisme.

L'inconvénient, c'est que cela risque de freiner l'innovation : si les producteurs sont trop
responsables, ils risquent, de crainte de voir leur responsabilité exposée, de ne plus produire, parce
qu'ils ont peur, non pas de s'enrichir, mais de s'appauvrir. Comme le producteur connaît le coût du
risque, il va décider s'il est supportable, ou non. Il y a des risques qui sont inassurables, et
quelques fois, les assureurs assurent jusqu'à une certaine limite. Plus je prends des risques,
plus je suis responsable et donc je pourrai être dissuadé d’agir. Il faut trouver un équilibre entre la
juste responsabilité et un certain niveau de charge raisonnable (= caractère confiscatoire de l’impôt :
taux d’imposition tellement important qu’il a un caractère punitif).

 La conception de risque de l'activité.


Dans cette conception, tout risque créé, lorsqu'il se réalise, doit conduire à une responsabilité. Dès
que je cause un dommage, je dois indemniser. On ne va pas regarder si celui qui a causé un
dommage a commis une faute.
C'est une responsabilité objective : on va causer un dommage, donc on doit en répondre. L’Etat me
garantie ma liberté individuelle, je suis responsable parce que je suis libre.
L'avantage est que la victime pourra se faire indemniser dans tous les cas. Mais l'inconvénient est
que c'est une justice aveugle, car elle conduit à la mise en cause de responsabilité, sans aucun
jugement de valeur. Il est juste que l'on paye pour le dommage que l'on a causé, et la faute de
l'auteur est secondaire.
B. Les théories victimologistes

Il y a d'autres théories, comme les théories victimologistes. Ce terme a une sorte de


connotation péjorative depuis quelques années, puisque cela a une dérive empathique, une
hypersensibilité envers la victime. Parfois, on parle même de l'idéologie de la réparation : c'est l'idée
selon laquelle tout dommage devrait être réparé.
Il y a eu plusieurs tentatives pour penser la responsabilité civile du point de vue de la victime : celle
du Maréchal Leclerc, et celle de Sabatier. COURS.
Ces deux propositions ont le même point commun : essayer de réfléchir à la notion de faute.
On voit toujours la responsabilité civile du point de vue du responsable, mais on redéfinit ce qu'est
une faute, à partir d'une conception sociale. La faute, c'est toujours le comportement antisocial, qui
va heurter une règle de vie en société.

Ils proposent de considérer qu'il y a une règle de vie en société qui interdit de causer injustement un
dommage à autrui. C'est la norme sociale. Celui qui cause à autrui un dommage, sans une raison
légitime, commet une faute. Puisqu'il commet une faute, il est responsable.
On reste dans une responsabilité fondée sur la faute, mais on travaille sur la notion de faute, on dit
qu'est fautif tout fait qui cause un dommage corporel à autrui, sans motif légitime. La responsabilité
doit naitre du dommage.

Le vrai changement de système de pensée sera réalisé par Starck, en 1947. Il soutient une thèse de
théorie de la garantie. Il dit qu'il faut concevoir la responsabilité civile, non plus du point de vue du
responsable, mais du point de vue de la victime, l'idée étant que la victime n'a rien demandé à
personne. À partir du moment où l'on réexamine la situation du point de vue de la victime, Starck dit
que la victime a un droit à l'intégrité corporelle. Il fonde un système de responsabilité de plein
droit, automatique sur la théorie de la personne.
Lorsque je vis en société, mon droit fondamental est le droit de pouvoir aller et venir, sans risquer ma
vie à tout bout de champ. Stark dit que ce droit du citoyen à vivre tranquillement est un droit naturel.
S'il y a atteinte à l'intégrité physique, celui qui porte atteinte doit indemniser les dommages qu'il a
causé.
L'inconvénient de la thèse de Stark est qu'elle est fondée sur l'équité, or il y a plusieurs
conceptions de l'équité et sur la théorie des droits subjectifs.

Les travaux de Starck ont été prolongés par d'autres travaux, à d'autres niveaux.
- D’autres auteurs ont essayé de rattacher cette théorie aux droits naturels.
- Un auteur a rattaché cette théorie à la DDHC, principalement au droit à la sûreté.
Le droit à la sûreté est un droit opposable : l’État doit garantir ce droit aux citoyens. Mais le droit à la
sureté est aussi l’idée du droit à la tranquillité. Le système de responsabilité civile doit tenir compte
du fait qu'on a le droit à ce que notre intégrité physique ne soit pas menacée par les autres
personnes vivant en société.

Le Code civil fonde essentiellement la responsabilité civile du point de vue de l’auteur : le fait d’avoir
subi un préjudice n’est pas une condition suffisante, il faut que ce dommage ait été causé dans
certaines conditions...
Section 2 : Les conditions communes

Il y a trois conditions à toute action en responsabilité civile : l’existence d’un préjudice, d’une faute
commise par le responsable du dommage, et qu’existe un lien de causalité entre ces deux derniers.

I) Le préjudice
Il y a une distinction à faire entre dommage et préjudice. Le dommage, c'est l'atteinte
observée, l’atteinte naturelle et directe. Le préjudice, c'est la répercussion patrimoniale de l'atteinte à
savoir du dommage.
Autrement dit, on cause un dommage corporel, un dommage aux biens, et ce dommage, qui est donc
l'atteinte observée, cause un préjudice. Le préjudice, c'est la répercussion du dommage sur la
personne et son patrimoine. Le même dommage ne cause pas nécessairement le même préjudice.
La répercussion personnelle du dommage, le préjudice, n'est pas toujours le même. C’est dans le
passage du dommage au préjudice que l’individualisation va jouer. Nous raisonnerons sur la valeur
patrimoniale du dommage, c'est-à-dire sur le préjudice.
Exemple : Un bras cassé, la médecine répare le dommage et la responsabilité civile répare le
préjudice.

A. L’existence d’un préjudice

La première condition est qu'il doit y avoir un préjudice, il doit exister et être prouvé.
Cette condition d'existence est une condition commune, y compris aux règles de la responsabilité
civile et contractuelle.

Par exemple : on a signé un contrat avec un artisan qui vient poser une barrière. Pour la barrière, il
prend 10 000 euros. Cet artisan ne vient pas. Dans la panique, on cherche un autre artisan, et on en
trouve un, qui dans le même délai, pose la même barrière, pour 5 000 euros. Il n'y a pas de préjudice,
mais en plus, le fait que le premier artisan n'ait pas exécuté le contrat ne nous coûte rien, mais en
plus, cela nous fait économiser 5 000 euros. Le Code civil dit que l'on a le droit d'obliger l'artisan à
poser la barrière.

Si on renonce à l'exécution forcée, on peut obtenir des dommages et intérêts du juge, si cela nous a
causé un préjudice. On est dans la responsabilité civile, puisqu'il faut qu'il y ait un préjudice pour
pouvoir saisir le juge. La 1ère question que l'on va se poser est de savoir ce qu'est un préjudice
réparable.

1) La notion de préjudice réparable


a. La notion de préjudice

La réponse donnée par la doctrine est assez évasive. Le préjudice est la répercussion
économique de la lésion d'un intérêt juridiquement protégé. On ne peut pas être dans une situation
illicite. Lorsque la lésion est corporelle, il suffit d'observer l'atteinte au corps pour en déduire
l'existence d'un dommage. Pas de problème non plus pour les lésions matérielles, où le dommage
est l'atteinte au corps de la chose.

Cela devient plus compliqué pour des lésions d'intérêts impalpables. D'abord, il y a les préjudices
moraux. Le préjudice moral est un préjudice ressenti, abstrait.
De plus, un dommage causé à l'environnement est un dommage réparable, mais comment répare-t-
on un dommage causé à l'environnement ? Qui incarne le respect de l'intérêt de la nature ? Cela peut
donc devenir compliqué. Qu'est-ce qu'un préjudice ?

Le dommage est toujours la survenance d'un événement malheureux. Le dommage est négatif.
C'est, en quelques sortes, l'appauvrissement, par rapport à une situation antérieure. Mais à partir du
moment où l'on dit que le dommage suppose que l'on juge l'événement comme étant défavorable,
cela suppose qu'il y ait un jugement de valeur, et que l'on s'entende sur ce qui est bon, et sur ce qui
est mauvais.

-> La naissance constitue-t-elle un événement heureux, ou malheureux ? Pour qui l'événement


est-il heureux ?

On ne peut pas ne pas raisonner in abstracto, parce que sinon, chacun va avoir sa conception
du bien ou du mauvais. Cela dépend d'une personne à l'autre, mais aussi des moments de sa vie, de
qui demande, de comment il demande, de pourquoi il demande. La souffrance est un dommage,
mais pour certaines personnes, comme les sadomasochistes, cela peut être un plaisir.
Il faut imposer une règle à ceux qui, à titre individuel, ne s'y reconnaissent pas.

D'une manière générale, la naissance est un événement heureux. Cela a été jugé par la Cour
de cassation, confirmé par la loi du 4 mars 2002.
On ne peut pas considérer que la naissance constituerait, en soi, un dommage, ni pour nous- même,
ni pour autrui. Cela veut dire que dans certaines circonstances, la naissance peut devenir un
dommage.
La naissance, prise in abstracto, n'est pas un dommage, mais lorsque des circonstances particulières
l'entoure, elle peut devenir un dommage. Ce n'est pas n'importe quelle naissance.

Si les parents avaient su que l’enfant était lourdement handicapé et qu’ils ont choisis de mener à
terme la maternité, ils ont en réalité accepté la naissance, mais le problème s’est posé lorsque les
parents n’ont pas été au courant de l’handicap.
On va raisonner sur la naissance d'enfants handicapés, avec un handicap qui aurait pu être décelé
pendant la grossesse, mais qui ne l'a pas été, à la suite d'une faute commise par l'un des
intervenants.

-> Pourquoi ces personnes peuvent influer sur le processus ?


Le généraliste peut se tromper. On va prendre l'exemple de l'affaire Perruche. Mme Perruche a deux
enfants, et essaie d'en faire un troisième. Sa fille développe une maladie infantile classique, la
rubéole, et n'est pas sûre d'être immunisée. Mais si elle est enceinte, elle ne veut pas risquer de
poursuivre une grossesse avec une infection de cette nature. Elle va voir son médecin, pour faire un
test. Les résultats du premier test sont légèrement inférieurs à la moyenne. Elle refait le test, et les
résultats sont légèrement supérieurs. Elle prévient le médecin, et dit que si elle n'est pas immunisée,
elle veut interrompre sa grossesse. Le médecin lui dit qu'elle est immunisée. L'enfant naît très
lourdement handicapé, aveugle, sourd, avec des problèmes cardiaques et respiratoires. Il naît dans
des conditions épouvantables pour lui, et pour ses parents.

Mme Perruche se retourne contre le généraliste, et lui dit qu'il aurait du, compte tenu de la
contradiction entre les deux prélèvements, lui faire faire un autre test, en mobilisant une autre
méthode. C'est une faute qui a privé d'une information susceptible de conduire à l'interruption de la
grossesse. Ce que les parents reprochent au médecin, c'est que, par leur faute, de les avoir privé de
recourir à une IVG.
Autrement dit, ce que disent les parents, c'est que si la faute n'avait pas été commise, l'enfant ne
serait pas venu au monde. La naissance d'un enfant avec ce handicap constitue un préjudice
réparable.

Le problème s'est posé à deux égards :


- Du point de vue de l'enfant c'est le fait de naître handicapé.
- Du point de vue des parents : c'est le fait de mettre au monde un enfant handicapé.

Face à ce cas de figure, la Cour de cassation et le Conseil d’État ont eu deux approches différentes.

-> La Cour de cassation, dans deux arrêts le 1er en 1996, et le 2ème en 2000, a considéré
que les deux situations constituaient un préjudice réparable.

∗ Sans la faute commise par le médecin, l'enfant ne serait pas né. Les parents
obtiennent la réparation de préjudices essentiellement moraux.
∗ La naissance, dans ces conditions, constitue également un préjudice pour
l'enfant, qui vit avec un handicap, qui est une source de souffrances psychologiques, et de difficultés
de vie quotidienne.

BILAN : La Cour indemnise les deux préjudices.

-> Le Conseil d’État a une approche différente. Dans l'arrêt QUAREZ, le Conseil d’État
refuse d'indemniser le préjudice de naissance pour l'enfant.
∗ Il considère que ce n'est pas la conséquence de la faute du médecin, qui a mal
diagnostiqué le handicap, mais il considère que le handicap est la conséquence de l'affection
qui l’a causé. Le Conseil d’Etat applique une causalité directe : ce qui a causé le handicap, c'est la
maladie infantile, et non la faute du médecin.
∗ Il considère que la naissance de l'enfant constitue un préjudice pour ses
parents. Il va bien plus loin que la Cour de cassation, puisqu'elle répare un préjudice moral
pour les parents, alors que Conseil d’État répare un préjudice matériel.

Le problème c’est que le Conseil d’Etat et la Cour de cassation se sont opposés sur la question de
l’enfant. Le Conseil d’Etat refusait d’indemniser le préjudice de l’enfant : il va donc réparer toutes les
conséquences économiques que peut avoir la naissance de cet enfant handicapé pour les parents, il
a transféré le préjudice matériel dans le préjudice parental.

Pour revenir sur la question de la naissance de l'enfant handicapé à la suite d'une erreur médicale,
sur une question aussi sensible, le législateur est intervenu en 2002, pour mettre un terme à
cette divergence de jurisprudence. Le choix qui a été fait est un choix qui vise à nier le droit à agir
en justice à l'enfant, dans de telles conditions, et de restreindre le droit d'action en justice des parents
à la seule réparation de leur préjudice moral.
La loi du 4 mars 2002 sur la question commence par poser la règle selon laquelle « Nul ne peut se
prévaloir d'un préjudice, du seul fait de sa naissance ». La loi ferme la porte de la jurisprudence
Perruche. Ce que dit cet article, c'est que la naissance n'est pas un préjudice. Naître n'est pas
préjudiciable.

Après, le texte envisage la situation du point de vue de l'enfant, puis du point de vue de ses parents.
- Du point de vue de l’enfant : la loi de 2002 considère uniquement comme étant indemnisable le
préjudice résultant d'une atteinte à l'intégrité corporelle, provoquée directement par une faute
médicale. Si un enfant naît handicapé parce qu'il a été victime d'un acte médical, il pourra obtenir
réparation de la part du médecin. Ici, le lien de causalité est direct. Néanmoins, lorsque l'enfant naît
avec un handicap qui a été provoqué par une infection, et que ce qui est reproché au médecin, c'est
de ne pas avoir diagnostiqué l'affection, la réparation n'est pas possible.
Pour être indemnisé, il faut prouver que le handicap a été causé directement par une faute. Art.1.2 de
la loi de 2002.

- Du point de vue des parents : la naissance d'un enfant handicapé constitue un préjudice pour ses
parents, mais uniquement un préjudice moral. D'ailleurs, le texte rajoute un élément
supplémentaire : dans ce cas, il faudra prouver que le médecin a commis une faute
caractérisée (Art.1.3 de la loi de 2002). On enlève le préjudice matériel, celui qu’indemnisait le
Conseil d’Etat.

Ce dispositif est à la fois anti-Perruche, et anti-Quarez, puisque dans l'affaire Perruche, la Cour de
cassation avait dit que la naissance dans ces conditions constituait un préjudice réparable. C'est
également un acte anti-Quarez, parce que dans l'arrêt, le CE avait dit qu’il n’y avait pas de préjudice
pour l'enfant, mais le Conseil d’État avait dit préjudice moral pour les parents, plus toutes les charges
qui en découlent. La loi dit que les charges ne sont pas prises en compte par la solidarité nationale
qui prend en compte les charges découlant du handicap dans le cadre de la prestation de la
compensation du handicap.

Le problème est que la mise en place des nouvelles prestations liées au handicap ne s'est faite que
très tardivement, et dans sa hâte d'éteindre les incendies allumés dans ces contentieux, le
législateur a voulu faire application immédiate de la loi nouvelle, y compris aux instances en
cours, qui n'étaient pas encore jugées.
Le législateur a dit, qu’à partir du 6 mars 2002, tout ce qui n’a pas été jugé relève de l’Art.1 de la loi à
savoir le transfert de la charge de l’handicap. La loi a fermé cette porte d'accès à la responsabilité
civile, avant même la mise en place de la solidarité nationale. Mais la loi sur le handicap n’a été votée
qu’en 2005. Pour la période contemporaine, on ne pouvait plus agir en responsabilité et on ne
pouvait rien toucher car la loi sur le handicap n’avait pas encore été votée.

S’agissant du préjudice des parents, la loi a transféré uniquement le préjudice matériel (frais
découlant du handicap). La loi a fait subsister le préjudice moral.

Le problème s'est posé dans d'autres circonstances : On a considéré que l'arrivée au foyer d'un
enfant handicapé pouvait constituer, pour la fratrie, une source de préjudice.
La seule limite au préjudice des proches est que ces proches doivent avoir été présents dans la
cellule familiale avant l’évènement qui affecte la famille. On ne peut pas être indemnisé d’un préjudice
antérieur à sa naissance : La Cour de cassation a refusé d’indemniser des enfants qui se
plaignaient d’être nés de parents handicapés.
Dans d'autres hypothèses, il a été considéré que le décès d'un grand-père survenu avant la
naissance des petits-enfants ne constitue pas un préjudice pour les petits enfants. Pour qu’il y ait
préjudice il faut être privé de quelque chose d’actuel. C’est la conception classique du dommage :
avoir été privé de quelque chose.

Mais dans l’hypothèse des parents d’un enfant handicapé ? Les parents ont été privés de la
possibilité de ne pas mettre au monde l’enfant handicapé. Pour qu’il y ait préjudice, il fallait démontrer
qu’on remplissait les conditions pour une interruption de grossesse. On considère que les préjudices
qui en découlent sont liés à cette privation.
La question de la conformité de ce texte à la Constitution et à la CEDH a été posée. Il y a eu
une demande d’avis contentieux. C'est une procédure permettant aux juridictions du fond, lorsque
saisies d’une question de droit nouvelle pas encore tranchée, de surseoir à statuer et de demander à
la haute juridiction de se prononcer sur ce problème de droit. L’avis rendu ne s’impose pas mais
souvent suivi.
Le Conseil d’État est d’abord saisi : il ne trouve rien à redire, ni au niveau de la Constitution, ni au
niveau de la CEDH.

L’application immédiate de ce dispositif, rétroactive, va frapper 2 familles, Draon et Maurice, à qui on


oppose la nouvelle loi. La demande est jugée irrecevable. Les parents ne peuvent obtenir qu’un
préjudice moral et l’enfant rien.
Ces familles se trouvent confronté à une décision qui touche à leurs intérêts patrimoniaux donc
portent l’affaire devant la Cour EDH. Ils considèrent que l’on a porté atteinte à leur droit au biens sans
compensation effective. La Cour EDH considère que leurs États ont violé la CEDH. Elle attribue des
dommages et intérêt, pour compenser les préjudices.

2 problèmes se posent :
-> De fond : le dispositif qui transfère la réparation matérielle à la solidarité nationale est conforme à
la CEDH.
-> De forme : L’application immédiate aux enfants nés avant l’entrée en vigueur de la loi.

L’arrêt de la CEDH du 6 octobre 2005 dit que l’application immédiate de ce dispositif qui prive l’enfant
de toute réparation devant le juge judiciaire, et qui limite préjudice des parents au seul préjudice
moral donc qui écarte l’indemnisation des préjudices matériels, est considéré que comme contraire à
l’article 1er du protocole additionnel n°1, qui protège le droit aux biens. Ce qui est protégé est
l’espérance légitime d’une créance, car on n’attend pas que la créance soit définitive. On a considéré
que les enfants et les familles, de part la constance de la jurisprudence, nés avant la loi de 2002,
pouvaient légitimement s’attendre à une indemnisation devant les tribunaux. Le législateur français
engage la responsabilité de la France. → France condamnée à environ 1 million d’euros de
dommage et intérêts. Les 2 familles vont obtenir de la part de la CEDH une somme qu’elles auraient
du obtenir auprès des juridictions judiciaires de la France. Dans la foulée, la Cour de cassation et le
Conseil d’État vont faire application de la solution et vont refuser de faire application immédiate du
dispositif.
L’entrée en vigueur de la QPC va permettre aux justiciables de contester à leur tour les dispos de la
loi de 2002 car elles n’avaient pas été soumises au Conseil constitutionnel à l’époque. Le Conseil
constitutionnel a censuré l’application immédiate de la loi de 2002 pour violation de l’Art. 16 de la
DDHC, mais a validé le dispositif au fond.

Pour le Conseil constitutionnel et pour le Conseil d’Etat, la date butoir est la date de saisine des
juridictions pour obtenir réparation des préjudices des parents ou de l’enfant. Si avant 6 mars 2002 :
jurisprudence Perruche, Quarez. Sinon, ils n’ont pas figé le droit applicable, on peut leur appliquer
l’Art. 1 de la loi Kouchner.

La Cour de cassation continue de juger que la date à prendre en compte est la date de
naissance de l’enfant. Pour elle, tous les enfants nés avant le 6 mars 2002 doivent continuer à
bénéficier de la jurisprudence Perruche à savoir la réparation du préjudice des parents et celui de
l’enfant y compris si les parents n’ont pas agi en justice. La Cour de cassation considère que c’est la
position de la CEDH. En effet, la CEDH considérait que la créance d’indemnisation naissait au jour
du préjudice à savoir à la date de naissance de l’enfant.
Pour le Conseil d’Etat, si les juridictions n’ont pas été saisis avant le 6 mars 2002.
Le texte actuel du CASF s’applique aux enfants nés après le 6 mars 2002

Au travers de la loi Kouchner, il est question de savoir si le transfert de la responsabilité civile vers la
solidarité était conforme à la Constitution : la réponse est positive. C’est une question de politique
juridique. L’argument principal était de dire que les personnes dans la même situation devaient être
traitées de la même manière selon qu’elles relèvent des juridictions administratives ou judiciaires
(hôpital privé ou public). La différence de traitement n’était pas justifiée, donc le Conseil
constitutionnel a considéré que le Parlement français avait le droit de préférer la solidarité nationale à
la responsabilité civile.

b. La conscience du préjudice

-> Le préjudice suppose-t-il la conscience du sujet ?

Certains préjudices ne dépendent pas de la conscience du sujet. C'est un préjudice objectif.


Dans classification traditionnelle, il y a des préjudices subjectifs (des préjudices personnels),
qui prétendent rendre compte de la conscience de l’intéressé : la souffrance physique ou psychique.
Il reste le principe selon lequel le seul fait de la naissance n’est pas un préjudice, naître avec un
handicap ne peut être source de responsabilité civile que si le handicap a été provoqué par une faute
médicale et pour les parents, la seule possibilité est d’agir devant les tribunaux pour préjudice moral
et éventuellement de carrière lorsqu’on considère que le handicap est tel qu’un parent a dû arrêter de
travailler pour s’occuper de l’enfant.

Peut-on avoir mal lorsqu’on est dans le coma ? Faut-il que la personne éprouve concrètement la
douleur pour être indemnisée ? Spontanément, la réponse est positive.
Le problème est que cela crée une différence de traitement entre les personnes conscientes et
inconscientes puisque pour le même dommage, les personnes conscientes seront plus indemnisées
que les personnes inconscientes. Différence de traitement au détriment des personnes inconscientes
car dommage tellement important qu’elles ont perdu leur sensibilité.
La règle posée par les tribunaux est qu’en principe, on indemnise les préjudices selon une
approche objective : dès lors qu’une personne se trouve dans une situation de nature à la faire
souffrir pour une raison simple, il est très compliqué de mesurer la souffrance, tout comme les
préjudices subjectifs. On ne tient pas compte de la conscience de la personne.

Dans les années 1990, la Cour s’est mise à laisser les juges du fond prendre en compte ou pas la
conscience du sujet.

Il y a eu 2 épisodes où les tribunaux ont douté :


- arrêt de 2012 concernait le préjudice spécifique de contamination, inventé pour victimes du SIDA et
exporté pour celles de l’hépatite C. Pour décrire le préjudice que constitue le fait d’être porteur d’un
virus qui n’a pas encore déclenché les maladies, on a créé ce préjudice, qui est à caractère
personnel, spécifique et qui correspond aux angoisses des sujets à la perspective de maladie qu’ils
pourraient développer : la Cour dans un arrêt du 22 novembre 2012, a considéré que le fait d’avoir tu
à une personne qu’elle était contaminée par le virus de l’hépatite C empêche le préjudice spécifique
de contamination.

- Concernant les victimes dans le coma, la chambre criminelle, 5 octobre 2010, a de nouveau
considéré qu’il appartenait aux juges du fond de déterminer s’il y a lieu d’indemniser ou pas les
préjudices subjectifs d’une personne dans le coma.
2) Les types de dommages réparables
a. Les préjudices matériels

La classification des préjudices se fait essentiellement à partir des règles de l’Art.1149 du Code civil :
il y a les pertes, et les manques à gagner, tous les frais découlant d’un préjudice patrimonial. Il s’agit
d’atteintes aux biens ou d’atteintes directe au patrimoine.

b. Les préjudices corporels (personnels)

La difficulté est de convertir une somme sur un dommage qui n’a pas de valeur. Le corps
est hors du commerce, ce qui rend tout cela difficile à envisager. Il n’y a pas de valeur patrimoniale
intrinsèque.

Il y a une difficulté quant à l’intervention des tiers payeurs chargés d’indemniser la victime à
charge de faire payer plus tard le responsable du dommage.
Exemple : La Sécurité sociale dont le rôle est de garantir une prise en charge immédiate non
problématique sur le plan procédural. Elle indemnise pour le compte du tiers, elle va se retourner
contre le responsable pour lui faire payer ce qu’elle a dû verser à sa place à la victime. La Sécurité
sociale ne prend en charge que certains préjudices. Pour garantir le droit à réparation intégrale on
permet à la victime d’aller réclamer à la personne responsable du préjudice la partie qui n’a pas été
prise en charge par la Sécurité sociale. En même temps, on veut faire en sorte que la victime ne
touche pas moins que si elle avait agi exclusivement contre le responsable mais le principe
indemnitaire est que la victime ne doit pas non plus profiter de l’intervention de la Sécurité
sociale : elle ne doit pas toucher plus que si elle réclamait l’intégralité de son préjudice au
responsable. Ni plus ni moins que le préjudice. Seulement la Sécurité sociale ne verse pas des
indemnités de responsables elle verse des prestations de Sécurité sociale. Pour savoir ce que la
Sécurité sociale indemnise, il faut traduire les prestations de Sécurité sociale en préjudice. La
sécurité sociale verse des sommes qui viennent occuper certains chefs de préjudice. Mais il n’existe
pas de tables de conversion pour dire quels sont les chefs de préjudice que la Sécurité sociale
indemnise quand elle verse ses prestations. Cette traduction aujourd’hui n’existe toujours pas. Ce
sont les tribunaux qui sont chargés de faire ce travail et de dire que telle prestations ou telles
prestations correspond à tel préjudice.

-> Dispersion des règles applicables et toujours même problème : inégalité de traitement en
fonction du juge saisi de la demande indemnitaire. En 2005, on a demandé à un haut magistrat,
Dintilhac, de réunir une commission pour réfléchir sur une nomenclature des préjudices, qui soit
nationale, sorte de référentiel commun à toutes les victimes sur le territoire national. C’est la
nomenclature Dintilhac. La nomenclature Dintilhac publiée en juillet 2005 propose de retenir, dans
toute la France, une grille commune.
Elle n’a pas de valeur légale et n’a pas été reprise : simplement, le ministère de la justice a adressé
une circulaire aux différents chefs de juridiction pour leur demander d’inciter leur juridiction à faire
application de cette nomenclature. Aujourd’hui, devant tribunaux français, c’est à peu près cette
nomenclature qui s’applique. Elle n’a cependant pas été jusqu’au bout de la conversion des
prestations en préjudice.

 Préjudice moral et corporel


Préjudice moral, catégorie fourre-tout : atteinte à honneur, considération, préjudice d’impréparation.
Préjudice moral établi par non respect d’une prérogative juridique. On a le droit, si le dommage
résulte d’une infraction pénale, de porter plainte devant juge répressif, de se constituer partie civile ou
d’avoir un jugement du juge d’instruction, qui fera qu’on pourra faire appel et se pourvoir en
cassation.

 Préjudice d’image

 Préjudice de douleur Préjudice physique de la victime et souffrance de la victime devant le


constat de son état et souffrance de ses proches.

 Préjudice d’agrément
Trouble dans les conditions d’existence : privation de ce qui fait l’intérêt de la vie quotidienne
hors vie professionnelle.

 Préjudice d’établissement : être privé de la possibilité de se marier ou de se mettre en


couple.

 Préjudice esthétique Altération de l’apparence physique, peu important d’où on part et où on


arrive à droit à conserver son apparence physique.

 Préjudice sexuel
Historiquement, a été fondu dans le préjudice d’agrément et désormais, est apprécié de manière
autonome. En cas d’incapacité temporaire, question a été de savoir combien cela valait : tribunaux
avaient fixé à 2 rapports sexuels par semaine la moyenne pour un couple marié. Ensuite, fallait fixer
la valeur de chaque rapport sexuel : c’était 500 francs (75 euros).

c. Préjudices environnementaux

Le préjudice est toujours une atteinte au patrimoine. Le problème ici est que le patrimoine
est le patrimoine de l’humanité qui n’a pas de personnalité juridique.

-> Qui a la capacité pour agir pour protéger l’environnement ?


L’environnement est une somme des propriétés : celles des individus et les propriétés publiques
(Etat, communautés territoriales...). Les préjudices environnementaux ne sont pas dans la
nomenclature Dintilhac.
Une question nouvelle, a été admise de manière difficile, liée aux préjudices des particuliers : un feu
ravage notre propriété, on sera indemnisé du préjudice lié à notre propre environnement.

Le problème est que le préjudice environnemental est un préjudice causé à une collectivité publique.
Qui sera le bénéficiaire de la réparation ? Comment chiffre-t-on un préjudice environnemental ?
Ceux qui vont agir sont les collectivités territoriales pour ce qui est des biens publics atteints par le
dommage et les associations de défense de l’environnement qui représentent et défendent un intérêt
collectif, général. (Ch. crim., 25 septembre 2012, arrêt LERICKA).
On parle de « préjudice écologique consistant en l’atteinte directe ou indirecte portée à
l’environnement ». Ce préjudice a été indemnisé par les tribunaux du fond avec l’aval de la Cour
de cassation.

Une proposition de loi de 2013 visait à établir dans le Code Civil un titre IV ter concernant la
responsabilité du fait des atteintes à l’environnement. Elle a été adoptée par le Sénat mais reste
toujours sur le bureau de l’Assemblée nationale. Il est l’un des enjeux de la réforme de la
responsabilité civile.

La conception actuelle du préjudice est extrêmement patrimoniale.

B. Les caractères du préjudice réparable

Le préjudice, pour être indemnisé doit être certain, direct et licite.

1) La certitude du préjudice
a. La notion de certitude

On ne peut réparer qu’un préjudice dont on a la certitude de l’existence : le préjudice est


avéré.
Le préjudice ne doit pas être hypothétique.

1ère hypothèse : Tout d’abord, cela a posé un problème en matière de produits défectueux. Il y
a eu un problème avec des sondes cardiaques qui jouaient le rôle de régulateur cardiaque. Mais on
s’est aperçu qu’un certain nombre de sonde portaient un défaut au niveau de l’attache, les ruptures
de ces sondes se sont traduites par des lésions importantes. La difficulté c’est que pour savoir si un
produit est défectueux il faut faire un bilan, bénéfice-risque. Tant que le pourcentage de perte reste
raisonnable le produit n’est pas considéré comme défectueux. Dans le cas inverse, on va considérer
qu’il y a une inversion du bénéfice-risque. On va alors considérer qu’un produit peut être considéré
comme être défectueux sans qu’il n’ait encore causé de dommage. Pour réparer ce problème, il
faudra remplacer par une sonde non défectueuse. Tout cela génère un dommage : on réopère, frais
de santé... il y a une atteinte à la fois au corps et au patrimoine.
Est-ce que le préjudice est réparable ? Les patients n’ont pas subi le dommage, ils ont souhaité se
faire opérer par prévention afin d’éviter un dommage. La Cour d’appel de Lyon avait considéré
que ce n’était pas un préjudice réparable car la sonde n’avait pas encore causé de dommage.
La Cour d’appel de Lyon a inversé sa jurisprudence jusqu’à ce que le laboratoire fasse un pourvoi en
cassation et que celle-ci considère que comme le dommage ne s’était pas réalisé alors le préjudice
n’était qu’hypothétique.

-> Conception patrimoniale du préjudice

Ici on est sur un risque de dommage. La responsabilité civile n’aurait qu’une fonction réparatrice et
non préventive.
Le débat a quitté le sol français, la CJUE a donné raison aux victimes et a considéré que dès lors
qu’un produit était défectueux, toutes les personnes qui décident d’engager des frais pour se
soustraire aux défauts peuvent réclamer réparation et obtenir des dommages et intérêts. Cela illustre
la fonction préventive de la responsabilité civile.
Lorsqu’on est producteur de produits défectueux ont doit permettre aux victimes potentielles de se
soustraire au risque car le risque de dommage c’est déjà un dommage. Il s’agit d’engager des
sommes qui sont moins importantes que celles qui résulteraient de la condamnation du producteur.
Cette conception est en faveur de la victime mais également dans l’intérêt du producteur que de faire
en sorte qu’il supporte des frais préventifs moins importants. L’un des enjeux de la réforme est de
savoir si on va consacrer ou pas la fonction préventive de la responsabilité civile.

2nd hypothèse : on a été privé d’une voie de droit ou d’une garantie par la faute d’un
professionnel du droit. Il y avait un produit dermatologique afin de traiter des imperfections
cutanées et éviter d’avoir recours à la chirurgie. Ce produit a occasionné des réactions
inflammatoires aigues. Les tribunaux ont reconnu le caractère défectueux du produit. On a considéré
que le bénéfice-risque était défavorable. Certaines juridictions du Sud-Est, pour des raisons qu’on
soupçonne, ont rendu des décisions totalement aberrantes. Un TGI de l’Est de la France avait
considéré que ce produit n’était pas défectueux alors même que la Cour de cassation avait considéré
le contraire. L’avocat a laissé passer les délais pour faire appel. L’avocat a donc mis en jeu sa
responsabilité civile professionnelle.
La bâtonnière a demandé à un avocat de rendre un avis sur le bien fondé de la demande
d’indemnisation et l’avocat désigné a expliqué que certes l’avocat avait commis une faute mais
qu’elle n’avait causé aucun préjudice car elle avait perdu en première instance donc elle aurait aussi
perdu en appel. Un autre avocat a considéré que la faute du premier avocat était effectivement
constitutive d’un préjudice. Mais quelle est la nature du préjudice ?

A partir du moment où la faute a été commise, il n’y a aucune certitude sur l’existence de
préjudice. Le préjudice est la faute de l’auxiliaire de justice qui a laissé passé les délais d’appel.
Quel est le préjudice ? C’est un préjudice à la fois actuel, on sait qu’elle a été privée de la possibilité
de faire appel, mais ce n’est pas le dommage final : ce sont les sommes qu’elle espérait recevoir de
la part du producteur à la suite d’un procès qu’elle pensait favorable (même exemple : notaire).
C’est la théorie de la perte de chance. On peut simplement penser qu’elle avait des chances de
gagner. Ce pourcentage c’est l’affectation à chaque poste de préjudice d’un coefficient réducteur en
terme de pourcent : pour savoir ce que vaut la privation du droit de faire appel il faut se demander ce
qu’il y avait au bout de la procédure d’appel : condamnation du producteur pour un poste de
préjudice. Il faut donc aller au bout du raisonnement, au bout du processus quelles étaient les
différentes sommes auxquelles elle pouvait prétendre. On regarde quelles étaient les demandes
prisent auprès du TGI. Elle a donc été privée d’une chance d’obtenir gain de cause sur la base de
ses demandes. Au regard de la jurisprudence, on va fixer un pourcentage de perte de chance. Pour
fixer le préjudice que lui a causé la faute de l’auxiliaire de justice : on va fixer à chaque poste de
justice le pourcentage. Il ne faut pas considérer que le préjudice qui résulte de la perte de chance
n’est pas lié au préjudice final. Préjudice final – pourcentage de la chance.

b. L’actualité du préjudice

Question du traitement d’une sonde cardiaque défectueuse : un produit de santé est défectueux.
Pour l’instant, on sait que le patient est exposé à un risque de dommage (rupture de la sonde). → on
n’est pas encore dans le dommage, juste dans un risque.

Peut-on condamner le fabriquant de la sonde à indemniser la victime qui va décider de se faire


opérer pour se faire retirer la sonde cardiaque défectueuse ?
Comment traite-t-on les sommes exposées par la personne qui risque de subir un dommage et qui
agit préventivement pour empêcher ce dommage de se réaliser ?
On voit l’idée patrimoniale : si la sonde n’avait pas été défectueuse, la personne n’aurait pas exposé
les sommes, mais on est avant le dommage.
La Cour de cassation a considéré que les patients qui se faisaient opérer afin de se faire retirer la
sonde ne pouvaient pas considérer que les sommes exposées constituaient un préjudice réparable
car il n’y avait pas de dommage réalisé : Cass,19 novembre 2006.
Cet arrêt concernait la réalisation de travaux de nature à éviter la survenance du dommage : la Cour
a considéré que les sommes exposées aux travaux constituaient bien un dommage réparable. → la
menace existe donc on va constituer que les sommes consacrées par la victime du risque
constituaient une sorte d’anticipation du dommage.

Dans un certain nombre d’hypothèse, le dommage doit être certain ; on peut considérer comme
certain un dommage, notamment lorsqu’il y a eu échec de garantie → dommage lorsqu’une faute va
faire perdre la possibilité d’obtenir gain de cause.
Pour que le notaire soit condamné à réparer les conséquences de la faute qu’il a commise, il faudra
d’abord qu’on n’ait pas pu se faire payer, et qu’on n’ait pas eu d’autres sûretés de se faire payer. →
Le préjudice causé par la faute du notaire est certain.
L'incertitude vient du fait qu’il y a plusieurs causes possibles au dommage.

Il y a un problème spécifique : la question du préjudice futur - Peut-on indemniser un préjudice futur ?


Il ne peut être indemnisé que s’il est certain. Comment peut-on être certain de ce qui n’arrivera jamais
? Par hypothèse, le préjudice qu’on demande à indemniser ne se réalisera jamais, sinon ce n’est pas
un préjudice. On est certain aujourd’hui qu’on a été empêché de le présenter à un examen, mais la
question est de savoir s’il est certain qu’on aurait eu notre examen. On ne saura jamais si j’aurais eu
on non mon examen.

On a crée la théorie de la perte de chance, qui permet de déterminer la valeur de la dernière certitude
qu’on peut avoir. Je n’ai pas pu me présenter à l’examen. En termes d’indemnisation, combien cela
vaut ? On est capable de dire la conséquence du fait, mais on n’est pas capable de chiffrer la
conséquence du fait. Pour déterminer la valeur du dommage, on va observer ce que l’étudiant
voulait faire de son examen, se demander si ce qu’il voulait faire était suffisamment vraisemblable au
regard de ce qu’il a perdu. On va appliquer la théorie de la perte de chance : on va considérer qu’il
avait par exemple 7 chances sur 10 de réussir son examen. Le fait d’avoir empêché l’étudiant de
passer son examen lui a fait perdre 1 chance sur 2 d’obtenir un emploi.
On va chiffrer la valeur de l’avantage final qui a été perdu et on va affecter chaque chef de préjudice
du pourcentage de chance que l’intéressé a perdu.

Si on n’a pas été informé d’un risque lié à une opération médicale et que ce risque est survenu, on
considère que si on avait été informé de ce risque, on n’aurait pas subi cette opération. → perte de
chance. On chiffre le dommage et on nous attribue la réparation d’un dommage par une fraction des
différents postes de préjudice.
Perte de chance : technique qui permet d’attribuer à une victime une fraction d’un préjudice dès lors
que le préjudice dont elle réclame réparation n’est que probablement imputable à un fait qui pourrait
porter préjudice. Perte de chance à chaque fois qu’un événement nous a empêché de bénéficier
de la possibilité d’un résultat favorable.
Théorie inventée fin XIXe à propos de la faute d’un notaire qui a fait perdre une chance à un
justiciable dans le cadre d’une procédure.
Perte de chance est à la fois une bonne et mauvaise nouvelle : bonne car ce n’est pas parce qu’un
préjudice est futur et incertain qu’on ne peut pas obtenir réparation du fait qu’on n’aurait pas pu
profiter d’un événement futur et mauvaise car devant le juge judiciaire, la perte de chance prive de la
réparation intégrale.
La perte de chance est quand même une perte d’indemnisation.
La perte de chance devient compliquée lorsqu’elle concerne une décision qu’aurait prise ou pas une
personne : lorsque l’événement qui ne se réalisera jamais était un événement qui supposait une
décision prise par la victime.

Dans l’affaire Perruche, on n’a pas appliqué la perte de chance d’avoir pu mettre un terme à la
grossesse car on a considéré que cet élément suffisait à avoir la certitude que sa grossesse ne
présentait pas de risque. → on a contesté le non recours à la perte de chance.
Ex : passé un certain âge et qu’on est enceinte, le risque d’avoir un enfant trisomique augmente.
Dans l’hypothèse de la trisomie, le seul moyen efficace était de faire une amniocentèse mais le
problème est qu’il faut percer la poche placentaire. → risque d’environ 2% de fausse couche.
Soit on informe du risque de fausse couche et dans ce cas on décide ou pas de s’exposer à ce
risque, ou on ne nous informe pas et si le risque se réalise, on invoque une perte de chance, qui est
de n’avoir pas pu refuser la fausse couche : face à l’annonce d’un risque de 2% de fausse couche, il
y a 20% des femmes qui refusent l’amniocentèse. Aujourd’hui, la jurisprudence considère que 20%
est suffisant. → on nous a fait perdre 20% de chance de refuser l’amniocentèse donc on va chiffrer le
préjudice résultant de la fausse couche et en face de chaque poste de préjudice, on met une somme
puis on la multiplie par 0,2. → Cause préjudice d’impréparation car soit on aurait accepté l’acte soit
on aurait refusé. Pour le préjudice résultant d’un défaut d’information, la perte de chance est fausse,
c’est une fiction juridique.
Position dominante : à partir du moment où la chance est sérieuse, elle est indemnisable.
Le condamné est responsable du fait de ne pas avoir informé, mais est-il responsable du fait que le
risque se soit produit ?
L’expertise en matière de responsabilité civile est toujours fondamentale. Elle n’est jamais obligatoire.
Elle est de droit qu’en matière de filiation. En matière de responsabilité civile, le juge n’est pas obligé
de recourir à une expertise. L’expertise est toujours contradictoire. Le rôle joué par les parties est
important car à chaque étape de l’expertise, les parties peuvent y prendre part : souvent tout ce joue
à l’expertise. Théoriquement l’expert est là pour éclairer le juge avec des constatations matérielles, il
ne donne qu’un avis. Cet avis ne lie pas les juges mais de façon générale les juges vont suivre les
avis surtout en matière médicale.

2. Le caractère direct du préjudice

C’est une confusion entre la causalité et le préjudice : dire qu’un préjudice doit être direct c’est
exiger qu’il y ait un lien logique entre le préjudice et le fait générateur. Il faut comprendre pourquoi
et en quoi ce dommage est susceptible d’avoir été causé par le fait générateur.
Mais ce critère n’est pas déterminant, lorsqu’il veut indemniser, le juge dit qu’il s’agit d’un préjudice
direct alors que s’il ne veut pas indemniser il dira que le préjudice est indirect. Or si on observe la
jurisprudence, on observe que ce lien logique n’existe parfois pas du tout.

-> Est-il logique de considérer que le manquement à une obligation d’information cause un
préjudice corporel ?
En réalité, le manquement à une obligation éthique ne cause pas directement le préjudice corporel :
c’est l’atteinte corporelle qui cause un préjudice corporel.
Le juge dit que le préjudice résulte directement de l’infraction, à savoir le manquement
d’information et non pas du fait, alors que les textes disent que le préjudice doit venir
directement d’un fait.
Il y a des dommages indirects parce que causés indirectement : le dommage par ricochet à savoir
dommage qui résulte d’un dommage. Ce dommage par ricochet est celui des proches de la victime
principale, une personne subit un dommage et ce qui l’atteint elle atteint également ses proches :
- préjudice économique : exemple : l’autre ne travaille plus - préjudice moral, ou d’affection :
sentiment que l’on éprouve de la douleur de l’atteinte à l’intégrité physique d’un proche.
3) Le caractère licite du préjudice

L’idée est que pour être indemnisé, il faut que la société reconnaisse à notre situation un
caractère légitime : on ne peut pas admettre qu’on obtienne réparation alors qu’on est dans une
situation pas considérée comme légitime, respectueuse de la loi par la société.
On ne peut pas obtenir réparation si on est dans une situation illicite.
D’une manière générale, il y a un recul en terme de valeur sur le contrôle que la société opère sur le
préjudice. Pendant longtemps, il y a eu, au travers de la notion d’intérêt légitime, un contrôle
de type moral exercé par la société sur le préjudice : ce contrôle passait par un texte – l’Art.31 du
Code de procédure civile : « l’action est ouverte à tous ceux qui ont un intérêt légitime au succès ou
au rejet d’une prétention ». Cet intérêt légitime avait une connotation juridico-locale.
La question s’est d’abord posé au niveau du concubinage : Pendant longtemps, avant 1999 date le
l’entrée en vigueur du concubinage dans le Code civil, il y avait un problème de la légitimité de la
concubine à réclamer réparation en tant que victime par ricochet dès lors que victime principale était
son concubin : seule chose qu’on pouvait dire était qu’il n’y avait pas de reconnaissance par le
droit du concubinage, mais cela ne veut pas dire que cette situation est contraire au droit.
Lorsqu’il n’y avait pas de mariage, il n’y avait pas d’intérêt légitime, on ne pouvait pas demander
réparation de préjudice par ricochet. Ce n’est pas du droit mais de la morale.

Il a fallu attendre l’arrêt en chambre mixte de 1970, arrêt Dangereux pour donner droit à la concubine
d’obtenir réparation de son préjudice moral. Ce qui compte c’est le lien d’affection. Le terme de
légitime se prête à ce type de confusion : la légitimité est une confusion entre le légal et le moral. En
1970, on a donc abandonné la référence morale.

Petit à petit, cette condition de licéité, légalité du préjudice va se trouver ramener à sa plus stricte
expression : respect de la loi et de l’ordre public. Aujourd’hui, quelques applications ponctuelles de ce
caractère licite du préjudice avec 2 hypothèses où il y a un préjudice réel mais où il est illicite :

- lié à des pertes aux jeux : On considère par exemple que le jeu est contraire à la morale
républicaine et donc que les dettes de jeu ne peuvent demander le secours du droit, elles ne peuvent
pas être juridiquement honorées. En France, le jeu est illicite sauf si la loi reconnaît la licéité du jeu.
Depuis la Révolution française, les pouvoirs publics ont mis la main sur les revenus de jeux. C’est
donc une hypocrisie car il y a derrière cette interdiction un enjeu fiscal. Arrêt du 22 février 2007 : les
gains aux jeux ne sont pas considérés comme des préjudices réparables.

- lié à des pertes de revenus dans le cadre d’un travail dissimulé Exemple : Je travaille au noir
pendant 3 mois je ne peux pas travailler à cause d’un accident. Puis-je réclamer au responsable de
mon accident les 3 mois de manque à gagner professionnel ? Il y a bien un dommage, un préjudice
mais ce dernier est illicite car c’est le fruit d’une activité illicite (Arrêt du 14 janvier 2002). La condition
de licéité du préjudice fait défaut.

4) La question de l’évaluation du préjudice

On ne parle pas de l’analyse du préjudice mais de l’opération par laquelle ont passe du dommage au
préjudice. Pour un même dommage le préjudice peut être très différent.
Le principe est la réparation intégrale, ce qui oblige le juge à attribuer l'exacte valeur du préjudice,
sans majoration ni minoration. Ce caractère relève du pouvoir d’appréciation souverain des juges du
fond car c’est la répercutions subjective pour la personne de l’atteinte qui elle est objective. La Cour
de cassation ne contrôle pas l’évaluation des préjudices faits par les juges du fond.
Des barèmes d’indemnisation circulent afin de mesurer l’atteinte. Exemple : en matière de douleur.
Cela suppose qu’il y ait une individualisation de la réparation ce qui est liée au coté subjectif
de l’atteinte. Cela crée un aléa pour les débiteurs mais aussi des inégalités de traitement entre les
victimes. Les juridictions judiciaires sont plus généreuses que les juridictions administratives. Cet
écart de rémunération se retrouve au sein des ordres juridictionnels (entre différentes juridictions, au
sein d’une juridiction elle-même, suivant les magistrats).
Il y a donc un problème de contradiction entre deux inspirations : une aspiration à une indemnisation
juste pour la victime qui est pour une individualisation de l’atteinte et une aspiration à l’égalité et à la
rationalisation de l’indemnisation qui irait vers des standards, des barèmes. Exemple : pour les
dommages corporels. Pour des préjudices psychologiques, il n’y a pas de barème officiel.

La question du barème n’est abordée que par les régimes spéciaux : pour les accidents du travail,
l’ONIAM (Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux) a également son barème pour les
accidents médicaux. Ces barèmes ne sont pas judiciaires. La loi Macron avait proposé un barème
pour la réparation des victimes de licenciement injustifié ce qui a été censuré par le Conseil
constitutionnel.

II) La causalité

Un fait A provoque un dommage B, la causalité serait le lien entre le fait et le dommage ici entre A et
B. Dans la conception finaliste, la cause finale c'est le but, et cela répond à la question « Pourquoi ?
». L'autre cause répond à la question « pour quoi ? », c'est-à-dire la cause chronologique. Donc la
causalité, en réalité, c'est ce rapport de cause à effet. Il s'agit de l'aptitude d'un fait à en causer un
autre. La causalité implique un choix, elle n’est pas toujours évidente. Cela veut dire qu’elle peut
également servir un discours, une politique. On peut se montrer volontariste sur la causalité et parfois
aboutir à des résultats négatifs dans des situations où on peut douter soit parce qu’on ne sait pas ce
qui s’est passé soit parce que la science refuse de dire si oui ou non il y a un rapport de cause à
effet. Cette exigence morale est très contemporaine et elle est centrale aujourd’hui en matière de
contentieux.

A. La notion de causalité

La causalité est présente dans les Art.1382 à 1384 du Code Civil, et est au cœur de la responsabilité.
Tout irait bien s’il y avait qu'une seule conception de la causalité, mais en réalité il y en a plusieurs.

1) Les théories de la causalité

Du point de vue du juge, la pluralité de ces conceptions de la causalité est une aubaine, car il
va y trouver la variable d'ajustement pour trouver les solutions qu'il souhaite. Par exemple, le juge va
utiliser la conception de la causalité la plus stricte.
Il ne faut donc pas écarter l'aspect discursif, il y a en réalité une utilisation opportuniste par le juge de
la causalité. La conception normative du droit que développent les juristes doit donc être mise de
côté, parce que pour le restant de la population, le droit est un discours, une manière de présenter un
outil de conviction.

Cette notion même de causalité est commune au vocabulaire du droit et de la science. Dans la
causalité juridique, il y a bien évidemment une très forte connotation scientifique. La causalité, c'est
donc l'aptitude à engendrer, à provoquer. Et logiquement là où il y a causalité scientifique, il y a
causalité juridique. Là où il y a une différence, c'est qu'il arrive aux juristes de reconnaître un rapport
de causalité là où la science ne le voit pas. Pourquoi ? Parce que la science a besoin de certitudes
scientifiques, elle ne décrit que des phénomènes physiques, tandis que le droit cherche la justice.
Alors si la justice passe par la vérité, tant mieux, mais si la justice suppose des petits écarts avec la
réalité, le droit accepte cette entorse au réel au travers de fictions juridiques. On ne sait pas ce qui
s'est passé, on pense savoir mais, là où le scientifique va refuser les hypothèses, le juriste,
lui, va considérer qu'on a atteint un niveau de probabilité suffisant. Voici la grande différence.
Cela signifie qu'il n'y a pas une causalité, mais deux.

-> La théorie de la causalité adéquate. C'est l'aptitude d'un fait d'en provoquer un autre (conception
objective). Il s'agit de retenir qu'une seule cause, la plus pertinente pour le dommage. La causalité la
plus adéquate c'est la causa proxima, c'est-à-dire le dernier fait dans l’enchaînement causal.
Celui-là c'est pratiquement le fait scientifique par excellence. On ne juge pas l'auteur, on n’est pas
dans une recherche de justice mais juste dans une recherche scientifique. On exclut les causes
lointaines, celles qui sont causales mais tellement loin qu'elles sont affectées d'un niveau
d'incertitude qui ne les rend pas pertinente.
Cette causalité adéquate est considérée adéquate sur le plan intellectuel c'est-à-dire celui ou
celle qui est de nature à l'avoir logiquement causé. Cela implique qu'il y ait quand même une
certaine incertitude mais on va retenir une sorte de causalité intellectuelle.

La théorie de Dejean de la Bâtie veut qu'un fait en ait causé un autre lorsqu'il existe entre les
deux un lien logique lorsqu'on considère que la conséquence est le prolongement logique du
défaut affectant le fait originel. Exemple : un incendie qui se communique et provoque un incendie
; mais un incendie qui provoque une pollution, on est plus dans l'empreinte continue du mal.
Donc cette notion de causalité adéquate ne retient que des enchaînements logiques. On voit bien
que plus ça va plus on s'éloigne de la causalité scientifique et plus exactement on est en train d'y
mélanger des variables intellectuelles et qui ne sont plus des variables physiques, mais on cherche
simplement à déterminer parmi les circonstances celle qui apparaît comme la cause la plus
adéquate du dommage.

Cette conception de la causalité a un avantage c'est qu'elle satisfait l'esprit parce qu'elle est
rationnelle. Et elle a un inconvénient c'est qu'elle a parfois pour conséquence de laisser sur le
carreau des responsables dont on sent qu'ils ne sont pas étrangers au dommage et qu'on aimerait
bien qu'ils soient responsables. Donc pour aller au delà du premier cercle des causes, les juristes et
théologiens ont inventé une autre théorie : La théorie de l'équivalence des conditions (conception
subjective).

-> La théorie de l’équivalence des conditions.


C’est la conception la plus large. C'est ce que l'on appelle la causalité sinéquanone, c'est-à-dire la
cause sans laquelle le dommage n'aurait pas pu se dérouler. C'est cette idée qui peut être retenue
comme cause du dommage tout fait sans l’intervention duquel le dommage n'aurait pas pu se
manifester. C'est en réalité l'envers de la causalité adéquate, ici il s'agit de retenir comme causales
toutes circonstances qui a pu influencer sur le déroulement des événements.
On est dans un registre où on cherche à justifier le fait de retenir des causes lointaines.

-> Que font les juges face à ces deux théories de la causalité ?
Les juges se rattachent à l'une ou l'autre en fonction des besoins de la cause.
Et ils prennent en compte des variables qui n'ont rien de scientifiques (qui veut-on condamner ? Qui
veut-on épargner ?). Quand on veut protéger on dit qu’il n’y a pas de causalité adéquate, et
quand on veut condamner on utilise l’équivalence des conditions.

Exemples :
Vous avez subi un accident de la circulation et dans l'heure qui suit, vous devez subir une opération
chirurgicale mais vous attrapez un virus (ex : hépatite C). Qui est responsable de la contamination
par le virus ? Le plus évident serait le produit (le fournisseur), le deuxième responsable c'est le
médecin, le troisième c'est l'auteur de l'accident car sans lui vous n'aurez pas été opéré.
La question est de savoir à qui on veut faire payer la contamination ? L'établissement de transfert du
sang et le médecin sont-ils responsables ? Qui doit au final payer ?
On voit bien ici que le choix de la théorie va déterminer la conclusion du raisonnement.
L'établissement de transfert du sang oui, mais comme on souhaite que ce soit quand même le
responsable de l'accident à l'origine du tout qui paie on va autoriser le recours à l'établissement
contre celui-ci. On va considérer que les responsables est celui de l’accident. Le responsable
direct et immédiat est le fournisseur de produit. Ici l’équivalence des conditions permet d’aller
chercher la responsabilité du conducteur.

Le médecin doit vous opérer avec un acte médical qui contient 2% de risques. On ne vous dit pas
que vous avez 2 chances sur 100 d'interrompre votre grossesse. Donc votre généraliste vous envoie
faire une amniocentèse, et malheureusement, vous perdez l'enfant. Il y a donc deux personnes
impliquées dans le processus dommageable, c'est-à-dire le médecin qui a réalisé l'acte, et le
généraliste.
Le médecin qui a réalisé l'acte est-il responsable ?
Vous ne pouvez pas agir en responsabilité contre le médecin qui a réalisé l'opération, car le risque
est inhérent à l'acte médical. Donc il reste le médecin généraliste, sans la faute duquel vous n'auriez,
en principe, pas subi le dommage. Vous allez chercher la responsabilité de l'auteur de façon
lointaine, car l'auteur proche ne peut pas être condamné en responsabilité, et donc vous allez
considérer que s’il n'y avait pas eu ce défaut d'informations, vous auriez pu refuser l'acte. On va donc
dans la fiction, mais le problème, c'est qu'à un moment donné, les acteurs refusent cette situation.

2) La preuve de la causalité

Comme nous sommes dans un rapport d'obligations, c'est toujours à celui qui prétend qu'une
obligation existe qui doit en apporter la preuve. Autrement dit, c'est toujours à la victime
d'apporter la preuve. La preuve incombe au demandeur. Le risque de la preuve va donc
également incomber à la victime.

Le problème, c'est que cette conception de la charge et du risque est une conception procédurale.
Le demandeur supporte la charge et le risque sauf texte spécial.
Concernant les présomptions, le critère que la Cour de cassation est qu’il faut que les présomptions
soient graves, précises et concordantes.

Cette situation va surtout apparaître dans deux types de cas de figure, qui vont présenter deux types
de difficultés.

ð La catégorie la plus simple est le problème de la causalité matérielle, c'est- à-dire que l'on ne
sait pas ce qu'il s'est passé.
Dans la connaissance des circonstances de l'accident, il manque des éléments décisifs, qui
permettent de relier un dommage à une personne, à une activité, ou à une chose. Il y a donc une
incertitude de faits. Les présomptions vont permettre de condamner une personne sur la base de
constatation qui ne permettrait pas scientifiquement de le faire.
Le seul moyen d’imputer le dommage aux faits c’est la présomption. On va prouver que l’on n’était
pas porteur de l’infection jusqu’à une certaine date. On va prouver que l’on était porteur à partir d’une
certaine date. Dans la période probablement d’infection on va prouver que dans cet intervalle de
temps il y a eu un fait générateur. C’est l’adjonction des présomptions graves précises et
concordantes avec l’absence d’autres causes de contaminations possibles et donc l’absence
de facteurs personnels d’exposition aux risques que l’on va pouvoir imputer le dommage aux
faits. On met en place un faisceau de circonstances pour s’approcher le plus près possible de la
vérité.

ð Le cas encore plus problématique, c'est lorsqu'il existe une incertitude sur la capacité d'une
chose, ou d'une personne, à causer le dommage. C'est ce que l'on appellera la causabilité. C'est
la capacité d'un fait à en causer un autre. On n'est plus dans une incertitude matérielle, mais
dans une incertitude scientifique. On ne connaît pas le lien qui peut exister entre un événement et
un autre. Le problème va naître dans des hypothèses où les circonstances semblent indiquer un lien
de causalité, mais la science n'est pas capable d'expliquer ce possible lien de causalité. Autrement
dit, il y a une apparence, mais lorsque l'on s'interroge sur le processus scientifique qui peut conduire
d'un fait A à un fait B, on n'a pas de réponse. Aujourd’hui, par exemple, les scientifiques sont
incapables d'affirmer quelles sont les causes de la sclérose en plaques. Face à ce type de
circonstances, peut-on considérer qu'il y a un lien de cause à effet entre le vaccin de l’hépatite B, et
la maladie développée par le patient ? On observe un certain nombre de cas inexpliqués de cas de
scléroses en plaques chez des patients tous en bonne santé n’ayant aucune maladie immunitaire,
dans milieu familiaux où il n’y pas de maladies comparables. On ne sait pas pourquoi c’est un vaccin
plus particulièrement qui déclencherait une sclérose en plaque. C’est scientifiquement inexpliqué.
Dans l’affaire de la sclérose en place, la Cour de cassation à officiellement admis en 2009 que l’on
pouvait prouver la causalité et le défaut du vaccin par des présomptions.
Le principe qui a été admis par la Cour de cassation, en 2008, c'est que comme il s'agit de
prouver l'existence de faits, la preuve peut se faire par tout moyen, et par le jeu de
présomptions, dès lors que ces présomptions sont graves, précises, et concordantes. La
présomption permet de passer outre l’incertitude à partir de déductions qui sont logiques. C’est une
opération qui va produire un effet de preuve car cela va poser comme établit un fait qui n’était pas
établit scientifiquement.

Cependant, lorsque c'est un problème de causalité scientifique, en l'état actuel de la jurisprudence, il


n'y a pas de solution. La Cour de cassation a rendu une solution de renvoi au pouvoir d'appréciation
des juges du fond. Or, aujourd’hui, les Cours d'appels françaises sont assez réservées pour
admettre la causalité dans des hypothèses d'incertitudes scientifiques. Les experts médicaux
analysent la situation du point de vue scientifique et considère qu’en l’absence de preuve scientifique,
il n’est pas possible de considérer un lien de causalité juridique.

Pour trancher la question, la Cour de cassation a transmis à la CJUE une question préjudicielle car
on est dans le champ d’application de la directive de 1985 en matière de produits défectueux :

- Sur la conformité du recours aux présomptions graves précises et concordantes en l’absence de


certitudes scientifiques : peut on séparer la causalité scientifique et la causalité juridique ? si la CJUE
dit non c’est toute la jurisprudence de la Cour de cassation qui tombe.
- Si la CJUE considère que c’est possible, peut-on aller encore plus loin et considérer que dès lors
que la causalité a été admise, cette preuve permettrait en même temps de considérer le produit
comme étant défectueux ?
La seule hypothèse dans laquelle les tribunaux admettent la preuve du lien de causalité face à un
doute scientifique, c'est lorsque le législateur lui-même reconnaît aux victimes le bénéficie d'une
présomption de causalité. Le seul moyen de débloquer la situation, c'est d'être non pas face à
une présomption du fait de l'homme, mais face à une présomption légale.
Lorsque l'on a affaire à une présomption légale, c'est la loi qui nous dit que lorsque l'on a tels types
de circonstances, on peut en déduire tels types de conséquences. Le rôle du juge est alors de
vérifier que les conditions fixées par le législateur pour que la présomption s'applique soient
réunies. C'est donc la loi qui fixe les circonstances pertinentes qui permettent d'en tirer des
conséquences. Lorsque l'on a affaire à une présomption du fait de l'homme, ce sont les hypothèses
du cadre général probatoire du Code civil. C'est la possibilité pour le juge de reconnaître l'existence
de présomptions, pour admettre la preuve en général. En l'absence de présomption légale, le juge
bloque. Le législateur peut intervenir, souvent pour reconnaître, au bénéfice des victimes, des
présomptions.
Exemples : Il y a des présomptions au bénéfice des victimes contaminées par le virus du SIDA à
cause d'une transfusion sanguine. La présomption légale a été mise en place en 1991. C'est la
même présomption pour les victimes de l'hépatite C. Un texte présume l'imputabilité de la
contamination à la transfusion. Si l'on est victime d'un accident du travail, en matière de maladie
professionnelle, c'est la loi qui dit que la causalité est présumée dès lors que la maladie développée
s'est déclarée dans un temps suffisamment proche de l'activité professionnelle. Aujourd’hui, si l'on est
vacciné contre l'hépatite B dans le cadre professionnel, on bénéficie d'une présomption légale, qui
nous permettra d'être indemnisé.

Le seul moyen de lever le doute scientifique, c'est de reconnaître aux victimes le bénéfice d'une
présomption légale.
B. La pluralité des causes

-> Comment s'organisent les hypothèses dans lesquelles il y a plusieurs causes possibles à
un dommage ?

Cela suppose que l'on ait fait le travail d'identification de la causalité avant. On va distinguer deux cas
de figure.

-> Hypothèses dans lesquelles il y a plusieurs causes partielles.


-> Hypothèses dans lesquelles il y a plusieurs causes possibles, mais il y a une cause qui apparaît
comme étant irrésistible et imprévisible : c’est la force majeure.

1) La pluralité de causes partielles

Il faut vérifier qu'il y a plusieurs causes partielles. Le dommage, dans sa configuration finale, n'aurait
pas été le même sans l'intervention de l'ensemble des causes identifiées. Il y a plusieurs auteurs
pour un même dommage.
Exemple : le piéton traverse en-dehors d'un passage protégé, et est renversé par une voiture roulant
trop vite. Il y a deux causes : l'imprudence du piéton, et l'excès de vitesse. On a donc deux causes
possibles.

Lorsqu'il y a plusieurs personnes/causes possibles, quand il y a plusieurs auteurs, ou/et lorsque la


victime a participé de son propre dommage, on va retenir le rôle causal de chacun, mais selon des
modalités différentes.

Il y a plusieurs auteurs possibles, c'est-à-dire qu'il y plusieurs responsables causaux.


La règle qui prévaut en matière de responsabilité civile, c'est celle de l'obligation in solidum. C'est un
principe de solidarité légale : la loi nous dit que plusieurs personnes sont débitrices pour le tout de la
même dette. Tout les codébiteurs sont tenus pour le tout.
C'est une solidarité imparfaite, qui joue dans les rapports entre coauteurs et victime. À partir du
moment où une personne est l'auteur partiel d'un dommage, si la victime l'assigne en justice,
elle doit réparer l'intégralité du dommage. Le coauteur est donc tenu du tout. Mais comme il a
payé une partie de sa dette et de la dette des autres, il dispose, contre ces autres, d'un recours, qui
va lui permettre d'obtenir le remboursement des autres coauteurs de leur part de responsabilité : c’est
un recours subrogatoire.
L'intérêt pour la victime est qu'elle obtiendra réparation de la part de l'un des coauteurs. Si elle agit
contre un coauteur, et que celui-ci est insolvable en tout ou partie, elle peut alors réclamer le
complément à quelconque des coauteurs, jusqu'à obtenir réparation intégrale. Comme toutes les
parties ont été mises en cause, le même jugement va d'abord indemniser la victime, et va condamner
chaque coauteur à sa part de responsabilité.
L’insolvabilité se répartira comme une charge entre les coauteurs : on transfert le risque
d’insolvabilité vers les épaules du coauteur et non de la victime. Ce sont le, ou les fautifs, qui doivent
supporter le poids de la réparation. Tous les coauteurs doivent être intervenant : c’est l’intervention
forcée. En mettant en cause les coauteurs on leur permet de faire valoir leurs droits au procès. Au
bout, le jugement leur sera opposable. Dans le dispositif, l’article 1 répond aux demandes de la
victime et l’article 2 sur le recours on va condamner les coauteurs les uns par rapport aux autres.

La subrogation ne fonctionne que dans le cadre du droit commun. La jurisprudence a


progressivement écarté la subrogation lorsque la victime disposait contre un coauteur un régime
spécial d’indemnisation.
Elle a même été jusqu’à dire que certains droits étaient attachés à la personne de la victime ne
pouvaient pas être transférée au coauteur dans le recours.

La question se pose concernant la situation ou parmi les co-responsables, il y a la victime.


Cette idée est directement liée au fait que le Code civil traite la victime comme un responsable de
son propre dommage.
Si moi, victime, je traverse en-dehors des passages piétons, et que je suis renversé par un cycliste,
qui était sur son téléphone, alors il y a faute du piéton qui traverse en-dehors du passage protégé, et
faute du cycliste, qui était sur son portable alors qu'il roulait. Il y a donc deux responsables, chacun à
50%. Dans ce cas, la victime peut se voir opposer sa propre part de causalité, c'est-à-dire qu'elle ne
sera indemnisée que partiellement. La victime se verra opposer sa part d'intervention dans son
propre dommage.

Cette situation a été discutée, à la fois pour des raisons de justice, et ensuite, on cherche un
argumentaire juridique pour venir étayer le désir de justice. Le problème de justice concerne des
hypothèses dans lesquelles il y a un déséquilibre de force et de situation économique entre la
victime et le responsable. Lorsque la victime est piétonne, et que le responsable est conducteur
d'un VTAM, les forces ne sont pas les mêmes.
Depuis les années 1950, les conducteurs sont obligatoirement assurés. Il faudrait traiter de la même
manière la victime non-assurée piéton, et le responsable conducteur assuré. Il faudrait donc traiter la
victime en responsable d'une partie de son dommage. Appliquer la même règle à l'auteur et à la
victime, sous prétexte que l'article 1382 ne fait pas la différence entre les deux, serait travestir cet
article.
Si la victime a causé partiellement son propre dommage, ce dommage a également été causé
partiellement par le responsable. Si le responsable n'avait pas partiellement causé le dommage, il n'y
aurait pas eu de dommage. L'idée même d'une causalité partielle serait fausse. Dans la théorie de
l'équivalence des conditions, à partir du moment où on admet qu'une cause a joué un rôle dans le
dommage, en réalité, le cycliste n'est pas partiellement l'auteur du dommage, mais est pleinement
l'auteur du dommage, car sans son intervention, il n'y aurait pas eu de dommage. Objectivement, on
est, ou n'est pas, un auteur causal.

Ces arguments ont été particulièrement à l’œuvre en matière d'accidents de la circulation.


Le Parlement a fini par adopter une loi spéciale en la matière.
En attendant, c'est la Cour de cassation qui a tranché, dans l'arrêt Desmares, du 21 juillet 1982.
Dans cet arrêt, la Cour décide de bouleverser sa jurisprudence, et d'affirmer que sauf si la faute de la
victime présente les caractères de la force majeure, elle ne peut pas être opposée à celle-ci
lorsqu'elle n'est qu'une simple cause partielle de son dommage. La Cour met en place un système de
tout ou rien, c'est-à-dire que soit la victime est entièrement responsable de son dommage, et ne sera
pas indemnisée, soit elle est un responsable partiel, et dans ce cas, elle sera indemnisée
intégralement.
Le message a été parfaitement reçu par le Parlement, ce qui a accéléré l'adoption de la loi Badinter,
du 5 juillet 1985, qui a soustrait l'indemnisation des dommages des victimes d'accidents de la
circulation de la responsabilité civile. En 1987, la Cour de cassation renonce à sa jurisprudence
Desmares, et va revenir à un système de tout ou rien, c'est-à-dire d'exonération partielle ou totale.

-> L'acceptation des risques par la victime.


Il s'agit toujours d'hypothèses dans lesquelles le risque qui s'est réalisé était connu de la victime
avant sa survenance, pris en compte par elle, et accepté dans une certaine mesure.
Le risque accepté doit-il être assumé par celui qui l'a accepté ? Longtemps, la réponse était
positive. On considérait que le fait même d'avoir accepté un risque empêchait par la suite d'agir
contre le promoteur du risque.
En 1968, la Cour de cassation a décidé de régler la question, en disant que le fait, pour un
auto-stoppeur de monter dans une voiture ne l'empêchait pas d'agir en responsabilité contre
le conducteur. Cela a été confirmé en 2010, à propos des dommages causés par une chose en
général.
Autrement dit, même si l'on sait qu'une chose peut nous causer un dommage, cela ne nous empêche
pas, si le dommage se réalise, d'agir contre le gardien de la chose. Le droit d'obtenir réparation est
considéré comme étant d'ordre public. Le fait d'avoir connaissance d'un risque et de l'accepter ne
veut pas dire que l'on renonce à être indemnisé.

La seule chose c'est que parfois, l'acceptation du risque est fautive. Ici, ce qui va être sanctionné, ce
n'est pas l'acceptation du risque, mais le caractère fautif de l'acceptation du risque. Pour être
opposée à la victime l'acceptation des risques doit être fautive.
Il faut tout de même réserver l'hypothèse de la jurisprudence commerciale. Quand il y a un dommage
matériel qui s'inscrit dans une technique commerciale, la Chambre commerciale de la Cour de
cassation est beaucoup plus sensible à l'acceptation des risques.

2) La survenance d'un cas de force majeure


On ne peut pas retenir la responsabilité lorsque parmi les causes apparentes du dommage,
survient un cas de force majeure. S'il n'y a pas d'apparence, il n'y a pas d'action en responsabilité.
C’est la seule cause possible du dommage, c’est la cause exclusive du dommage : si il y a d’autres
causes elles ne sont pas juridiquement les causes du dommage.
Exemple : Il y a une tempête. Le couvercle de la poubelle, emporté par une rafale, heurte une vitre. Il
y a un responsable apparent : c'est celui dont on peut croire, au regard des circonstances, qu'il a
causé le dommage. Ici, c'est le gardien de la poubelle. On agit en responsabilité civile contre le
propriétaire. Le propriétaire va dire que certes c'est sa poubelle, mais si elle a causé le dommage,
c'est en raison d'un cas de force majeure.

a. Les critères de la force majeure

La force majeure a été redéfinie en 2006 par la jurisprudence, qui a abandonnée l'un des trois
critères historiques de la force majeure : l’extériorité.
En 2006, c'est le critère de l'extériorité qui a été abandonné, car ce critère était problématique dans
l'hypothèse de la maladie du débiteur. La maladie étant interne au débiteur, elle n'était pas
exonératoire. Il était donc obligé d'exécuter sa part du contrat, alors même qu'il n'était pas capable de
le faire. L'assemblée plénière de la Cour a décidé de redéfinir la force majeure, et
d'abandonner le critère d'extériorité.

Aujourd’hui, il ne reste donc plus que deux critères, dont le plus important est celui de l'irrésistibilité.
C'est la capacité du débiteur à exécuter le contrat en dépit d'un aléa, ou la capacité du débiteur à
empêcher le dommage de survenir.
L'imprévisibilité est secondaire, sauf en matière contractuelle, car le contrat est un acte de
prévision. Conclure un contrat est refuser de laisser le hasard guider les rapports avec quelqu'un.
C'est chercher une certitude pour le futur. En matière contractuelle, ce qui compte, c'est la valeur des
obligations au moment où les parties concluent le contrat.

La prévisibilité du cas de force majeure s'apprécie donc à la date de conclusion du contrat, parce que
c'est au moment de la conclusion que les parties construisent l'équilibre économique et financier du
contrat. Ici, ce qui est en cause, c'est l'événement tel qu'il survient au moment où il survient.
Le caractère prévisible ou imprévisible du fait, en matière extracontractuelle, s'apprécie au moment
où survient l'événement.

Ce qui va compter, c'est le caractère résistible, et le lien qu'il va y avoir entre prévoir et résister.
Exemple : Une grue est abattue par une tempête, tombe sur une école, et fait 3 morts. La grue est-
elle tombée parce qu'elle a été mal installée, ou pas ? Est-elle tombée parce qu'elle a été poussée
par la force du vent ? La réponse est que si la grue est tombée, c'est à cause des rafales de vent. Le
fait que la tempête ait été annoncée permettait-il au gardien d'empêcher sa chose de causer le
dommage ? Oui, d'autant plus qu'en la matière, il y a une règle qui impose de démonter toutes les
grues lorsqu'il y a du vent annoncé de plus de 80km/h. Le gardien aurait donc dû démonter la grue,
mais il ne l’a pas fait. La prévisibilité lui aurait permis de résister. La force majeure s'apprécie
concrètement, c'est une question de circonstances.

C'est un problème d'imputabilité : pour qu'il y ait exonération, encore faut-il que l'on ait des raisons de
croire que l'on est responsable. C'est pour cela que l'on parle de responsable apparent. Le fait qu'une
chose, ou qu'une personne, ait matériellement causé un dommage, créé une présomption de
responsabilité. Mais il appartient au responsable présumé de s'exonérer en prouvant qu'il n'a pas pu
empêcher le dommage de survenir, en raison de la force majeure.
La force majeure, c'est donc tout événement : ce peut être un événement météorologique,
l'intervention d'un tiers, ou le fait de la victime, du moment que le fait est imprévisible et irrésistible.
C'est donc tout fait qui apparaît comme la vraie et seule cause du dommage. La vraie cause du
dommage, c'est le fait de force majeure. La force majeure chasse la causalité : PGD.

b. Le rôle de la force majeure

La force majeure fonctionne dans un cadre de tout ou rien : ou la force majeure est retenue,
donc il n'y a pas responsabilité, ou la force majeure n'est pas retenue, et dans ce cas, il y a
responsabilité. Il y a trois cas de figure pour caractériser la force majeure.

 Le phénomène climatique
 Le fait du tiers
 Le fait de la victime

Ce sont les trois hypothèses possibles. Concrètement, lorsque l'on est présumé responsable dans le
cadre d'une défense exonératoire, et que l'on prétend que le dommage est imputable à un
phénomène climatique, il n'y a pas d'exonération partielle. La faute et la force majeure ne sont pas
compatibles. En effet, on peut très bien avoir commis une faute, et ensuite, survient un phénomène
climatique. Deux hypothèses.

-> La faute que j'ai commise a permis à la faute majeure de causer le dommage. On reprend
l'exemple de la grue. Le fait d'avoir laissé la grue a rendu possible l'écroulement de celle-ci par la
tempête. La faute commise est la véritable cause du dommage, puisque si la grue avait été
démontée, la tempête ne l'aurait pas abattue. Dans cette espèce, la force majeure ne joue pas,
puisque la force majeure a été rendue possible par la faute commise antérieurement. Si la faute
est concomitante, elle peut constituer la cause du dommage.

On peut aussi considérer que le dommage se serait quand même produit, et il sera alors attribué au
phénomène climatique.

-> En revanche, il est possible qu'il y ait des coauteurs. Le fait du tiers peut être partiellement ou
totalement exonératoire, de même que le fait de la victime.
Exemple : on est deux co-responsables à l'accident du piéton. Pour la victime, il y a deux causes
possibles : le chien, et le cycliste. Si le cycliste est mis en cause, il va tenter de s'exonérer en
invoquant le fait du chien. Si l'on considère que l'intervention du chien constitue un événement
imprévisible et irrésistible, ce sera assimilé à un cas de force majeure. Le dommage résulte de
l'action convergente du chien et du cycliste. On aura deux causes partielles.
L'obligation in solidum s'oppose au fait que le cycliste, mis en cause par la victime, puisse échapper à
la condamnation. Mais comme il y a deux coauteurs, le cycliste va exercer un recours contre le
propriétaire de l'animal, pour qu'il paie sa part causale.

Lorsque le dommage résulte de l'action conjointe de la victime et de l'auteur, il y a deux


hypothèses.
-> Le cycliste prétend que l'intervention du piéton, dans ces circonstances, constituait pour lui un
événement à la fois imprévisible et irrésistible. Si le juge admet cela, il admet alors la force majeure,
et exonérera totalement le cycliste.
-> Le cycliste oppose à la victime sa propre faute, mais le juge considère que malgré cette faute, le
cycliste a aussi commis une faute sans laquelle le dommage ne sera pas survenu, il procédera alors
à un partage des responsabilités.
Lorsque des personnes sont en concurrence avec un phénomène naturel, la seule configuration
possible est tout ou rien. Si le phénomène est pris en compte, cela le sera au titre de la force
majeure et l'exonération sera totale.
La jurisprudence a tendance à être très sévère pour caractériser la force majeure pour des raisons de
justice. Elle est sévère dans le cadre d'un raisonnement dégressif.
Exemple : Le juge est saisi par une personne qui a subi un dommage. Par ailleurs, la victime a
assigné en justice une personne, qui est un acteur du dommage. Si l'on a assigné ce présumé
responsable, c'est parce que vraisemblablement, cette personne lui a causé le dommage. Face à
quelqu'un qui apparaît comme responsable, et face à une victime, le juge va avoir tendance à avoir
de l'empathie, et va rechercher des éléments qui lui permettent de justifier la condamnation. Soit il va
rechercher la règle de droit adéquate, soit il va jouer sur la qualification juridique des faits, et va
considérer que tel fait n'entre pas dans telle qualification, parce qu'il redoute les conséquences de la
qualification. Le juge va donc être très réticent à admettre la qualification de force majeure, parce qu'il
redoute que la victime se retrouve sans indemnisation. Globalement, on observe un mouvement
de protection des victimes. Le juge va écarter toute idée de force majeure dans la faute de la
victime, sauf cas très particuliers comme un suicide sur les rails d'un train pour la SNCF.
Le juge est moins réticent à admettre l'exonération partielle : il va considérer qu'il y a une sorte de
concours de causalités entre la victime et le responsable.
Pour qu'il y ait concours de responsabilités, il va falloir non seulement observer ce que l'on
appelle le rôle causal de la victime, donc s'assurer que la victime, par son comportement a été
l'une des causes du dommage, et en matière d'exonération pour fait de la victime le juge va
également chercher à caractériser la faute de la victime.

La défense exonératoire suppose deux éléments :

 La causalité : la victime doit avoir contribuer à la réalisation de son propre dommage, en tout
ou partie.

 La victime doit avoir commis une faute, notamment en violant une disposition légale qui
prescrivait un comportement.

Il faudra toujours prouver la faute de la victime pour être exonéré, soit le manquement à une
obligation formelle, soit le manquement à une obligation de prudence et de diligence.

Plus on est responsable sans faute, moins les chances d'échapper à une condamnation sont
élevées. Finalement, la seule chose qu'il reste, c'est l'exonération par la faute de la victime. Pour tout
le reste, on sera quasiment responsable systématiquement. Le seul moyen de se libérer, c'est de
tenter de s'exonérer, au moins partiellement, en invoquant la faute de la victime.

III) L'existence d’un fait dommageable


Il n’y a pas de responsabilité civile s’il n’y a pas de rattachement d’un fait dommageable.
Etre responsable cela veut dire que l’on répond des dommages causés par un fait parce qu’il est
logique et juste qu’on en réponde. Cette rubrique est un peu abstraite, parce que c'est précisément
sur ce troisième critère que se différencient tous les cas de responsabilité.
Au travers de l'existence d'un fait dommageable, il y a plusieurs catégories de responsabilité. On
distingue la responsabilité entres les dommages fait aux personnes et ceux fait aux objets.

A. La variété des faits dommageables

Il y a trois catégories de faits dommageables.

-> La responsabilité du fait personnel. Dans ces cas-là, il y a identité parfaite entre le fait
dommageable et le responsable. Le responsable est responsable de son fait personnel. C'est le
schéma le plus simple.
-> La responsabilité du fait des choses. Lorsqu'il y a dissociation entre le fait dommageable et la
personne du responsable, le responsable est responsable en raison d'un fait qui a été commis par
une entité extérieure. Il y a deux grandes familles. - Les responsabilités du fait des choses. Les
choses peuvent causer un dommage, mais il faudra bien que ce dommage soit causé par une
personne.
-> Les responsabilités du fait d'autrui. On verra qu'il s'agit des enfants mineurs, des préposés,
c'est-à-dire les salariés, les apprentis, et toute une catégorie de personnes qui sont soumises à des
cas très particuliers consacrés par la jurisprudence. Cette catégorie n’existe pas en matière pénale.

B. Le rattachement au responsable

Dans tous ces cas, il va falloir s'interroger sur le rattachement du dommage à la personne du
responsable. Ce rattachement est ce que l'on appelle l'imputabilité. L'imputabilité, c'est la justification
de la condamnation du responsable par rapport au fait dommageable. Pourquoi telle personne est-
elle responsable de tel dommage ? Il y aura toujours une justification. Si l'on ne peut pas imputer
un fait dommageable à une personne, alors il ne peut pas y avoir de responsabilité possible.
Section 3 : Les cas de responsabilité civile

Les cas de responsabilité civile sont pour l'essentiel ceux visés aux articles 1382 à 1386-1 et
suivants du Code civil. Ces cas se rangent en trois familles.

 La responsabilité pour faute personnelle


 Les responsabilités du fait des choses
 Les responsabilités du fait d'autrui

I) La responsabilité pour faute personnelle


Il s’agit ici du cas historique. C’est aussi pu être le cas le plus évident parce qu’on admet assez
facilement que celui qui a commis une faute doit en réparer les conséquences. C’est d’ailleurs le cas
le plus proche de la responsabilité pénale, qui est une responsabilité pour faute personnelle (il n’y a
pas de responsabilité pénale du fait d’autrui). S’il y a une analogie apparente être ces deux dernières,
elles poursuivent des buts distincts.

La responsabilité pénale vise à protéger les valeurs fondamentales de la société (sauvegarde de


l’ordre public), et les sanctions encourues sont ici les plus lourdes. En matière de responsabilité
civile, l’objectif poursuivi est réparer les conséquences des dommages causés, mais il s’agit autant
de l’intérêt particulier que général. Il s’agit surtout de protéger les intérêts patrimoniaux de la
personne.
C’est ainsi que faute civile et pénale vont rapidement être dissociées puisqu’il peut y avoir faute civile
sans qu’il y ait faute pénale. Il y aura des répercutions procédurales, notamment sur le régime de la
prescription. Historiquement les prescriptions étaient similaires, puis ont été spécialisées (concernant
la prescription civile : 5 ans en matière contractuelle, 10 ans pour les dommages corporels).

A. La conscience du sujet

-> C’est plus prosaïquement la question de savoir si les démens ou les très jeunes
enfants (les infans) peuvent commettre une faute ?
En matière pénale, l’Art.122-1 du Code pénal écarte toute qualification de faute pénale en l’absence
de discernement. Si au moment de commettre une infraction on est sous l’emprise de troubles
mentaux, il n’est pas possible d’être reconnus pénalement responsable.

La question est de savoir si cela s’applique en matière civile. La réponse aujourd’hui est clairement
négative.
1. La faute des déments

Il a fallu une intervention du législateur. Effectivement, classiquement les tribunaux


considéraient que le dément ne pouvait pas commettre de faute. La faute objective était alors
utilisée, étant l’affirmation que le comportement adopté par le sujet n’est pas le comportement
attendu par la société. Ensuite, l’imputabilité a été rapproché de la capacité à reprocher le fait à une
personne. Le dément ne peut pas être conscient du caractère illicite de son acte, et par là se voir
imputer la faute. C’est la loi du 3 janvier 1968 qui a réformé les incapacités, et incéré l’Art.114-3 du
Code Civil.

Un problème est apparu, puisque le texte ne dit pas que le dément peut commettre une faute,
mais simplement que celui qui a causé le dommage est responsable alors même qu’il était sous
l’emprise d’un trouble mental. Autrement dit, le texte concerne la responsabilité en général mais pas
la faute elle même.
On s’est demandé si ce texte n’était pas le siège de la responsabilité causale, c’est à dire une
responsabilité du fait qu’on aurait causé le dommage, sans qu’il soit utile de prouver qu’en causant le
dommage au a commis une faute. Par la on ne serait pas obligé de prouver le discernement, mais
pas non plus en quoi le comportement du sujet serait objectivement fautif.

Le problème s’est pausé du point de vue des assurances, puisqu’elles couvraient la responsabilité
pour faute. En créant une responsabilité causale, c’est un nouveau cas de responsabilité qui peut
échapper aux assurances de responsabilité. La Cour de cassation a interprété le texte en
expliquant qu’il fallait adopter une vision objective de la faute.

Les hypothèse d’application de ce texte sont rarissimes. La plupart du temps il s’agit de


personnes placé dans des institutions, et souvent la logique est d’engager la responsabilité de
l’établissement. L’évolution n’a pas été jusqu'à substituer la responsabilité de l’établissement à celle
du dément, mais le choix est posé entre la responsabilité de l’une ou l’autre de ces entités. La règle
peut avoir l’air sévère pour la personne démente, puisqu’elle s’expose à un risque de responsabilité
civile plus importante que pour les personnes normales, puisqu’il ne sait pas ce qu’il fait. Ici on a
choisi de favoriser la victime, au détriment de la sécurité du responsable inconscient.

2. La responsabilité civile des enfants

On s’est demandé si on pouvait étendre ce texte à tout les troubles du discernement, en


début de vie, aux infans c’est à dire les jeunes enfants privés de discernement.
On considère qu’ils sont infans jusqu’à sept ans. Cet âge fixé délibérément peut sembler peut
crédible puisqu’il n’est pas évident que l’enfant de sept ans soit doté d’un réel discernement. Il faut en
général presque toujours une analyse psychologique pour en être réellement fixé.

L’enfant souffrant de troubles mentaux relèvent de l’Art.414-3 mais la jurisprudence en a écarté


l’application en raison de son immaturité. Il a fallu attendre 1984 pour que la cour de cassation en
assemblée plénière dans une série de 5 arrêts du 9 mai 1984 considère que le discernement n’est
exigé ni pour caractériser la faute, ni pour caractériser les pouvoirs du gardien sur la chose.
Autrement dit, un enfant de 3 ans qui blesse un camarade et lui crève l’œil est considéré responsable
alors qu’il n’avait pas conscience de ce qu’il faisait (Cass Ass, 9 mai 1984, Arrêt Gabillet).

La plupart du temps, le dommage causé par l’enfant privé de discernement l’était à un autre enfant en
bas-âge. L’idée était surtout au travers de la responsabilité de l’enfant, c’est de saisir la responsabilité
de ses parents.
Jusqu’à une période plus récente de la responsabilité civile, pour que l’action en responsabilité des
parents soit possible, il fallait que l’enfant soit civilement responsable. On a étendu le domaine de
l’Art.1382 à l’enfant, en expliquant que la faute se vérifie objectivement, sans relation avec la
conscience.

-> Dans l’hypothèse ou la victime est l’enfant lui même


C’est le cas quand on cherche à opposer sa faute au mineur qui en a été victime (exemple : un
enfant de 3 ans traverse la route sans regarder si une voiture arrive). Lorsqu’un enfant par son
comportement avait causé son dommage, on lui opposait sa propre faute et il n’était alors pas
indemnisé. En 1984 la situation est telle. La loi Badinter le 5 juillet 1985 va intervenir pour protéger
les enfants de moins de 15 ans, qui seront systématiquement indemnisés.
La doctrine a été très critique, et l’est toujours vis à vis de ces arrêts de 1984, puisque c’est
toujours la solution actuelle. Il y a quelques dissidences, mais la jurisprudence reste celle exposée ici.
Pour tenir compte de ces critiques, les différents rapports ont tenté de changer la situation.

 Rapport Catala propose de distinguer entre le dommage causé par l’enfant, et celui subit par
l’enfant. Il exige le discernement pour opposer à la victime sa propre faute.

Le problème est qu’il n’est pas certain que la réforme à venir du droit de la responsabilité civile vienne
changer la situation. Les arrêts de 1984 sont aujourd’hui totalement anachroniques.
Aujourd’hui, la responsabilité parentale est déconnectée de la responsabilité de l’enfant.
Effectivement, depuis 2001 les parents sont responsables sans lien avec la responsabilité de l’enfant.
Ainsi, nombre d’auteurs attendent un revirement sur les arrêts de 1984. Presque tous les parents
aujourd’hui sont assurés pour les dommages causés par leurs enfants (quasiment à 100%). On
assiste alors à un désintéressement pour la matière et donc une latence à modifier cette
jurisprudence pourtant contre logique.

Aujourd’hui, pour commettre une faute, il n’est plus nécessaire d’être doté de discernement.
Que ce soit es qualites d’auteur ou de victime, le comportement sera opposé si au moment du
dommage la personne n’avait pas conscience de son comportement. Ce qui prime ce n’est pas la
conscience du sujet mais l’écart de conduite, la dimension objective de la faute.

B. L’écart de conduite

En lisant les Art.1382 et 1383, on trouve deux types de fautes. D’un coté la faute délictuelle
(Art.1382 du Code civil) c’est à dire la faute volontaire, et la faute quasi-délictuelle (Art.1383 du Code
civil) où il n’y a pas de volonté de causer le dommage mais une imprudence, une négligence.
Cette classification est contrôlée par la Cour de cassation. Celui qui n’est pas satisfait de la manière
dont la Cour d’Appel a qualifié la faute, le pourvoi en cassation est possible et la Cour de cassation
se reconnaît compétente pour apprécier de la qualification de la faute.

1. La faute délictuelle

Elle est visée par l’Art.1382 du Code Civil qui dispose que « Tout fait quelconque de l’homme,
qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé, à le réparer ».

Il faut distinguer la faute volontaire et la faute intentionnelle. La faute volontaire est celle qui
traduit la faute avec volonté de commettre l’acte. La faute intentionnelle est une faute volontaire avec
intention de commettre un dommage. Il faut donc vérifier si la faute a été commise volontairement, et
si elle l’a été dans l’intention de commettre un dommage (Cf. notes de Cours pour les exemples
p°90).
En principe, la faute délictuelle est une faute volontaire et la preuve de l’intention de nuire n’est
pas exigée.
La Cour de cassation en assemblée plénière dans un arrêt du 12 juillet 2000 a estimé qu’en matière
de liberté d’expression, l’intention de nuire doit être prouvée pour que la responsabilité soit
engagée. C’est le cas lorsque la valeur à protéger est particulièrement importante sur le plan social.

On peut être confronté à la situation où on sait qu’un individu fait partie d’un groupe, que le
dommage a été causé par l’un des membres du groupe. Doit-on alors rester sévère sur le caractère
personnel du fautif ou pas ? En matière pénal il faut prouver le caractère personnel puisque le doute
profite à celui qui est accusé. En matière civile, la Cour de cassation a inventé des solutions
audacieuses, et va notamment utiliser la causalité indirecte.
On considère que chaque participant à l’action dommageable à pu causer une part du dommage. La
faute, c’est d’avoir volontairement participé à une activité de groupe dommageable fautive. C’est ce
que fait le droit pénal lorsqu’il va reprocher à des malfaiteurs de s’être associé.
Chaque participant sera alors condamné in solidum (chacun pour le tout). La faute pénale établit
automatiquement la faute civile (celui qui est condamné au pénal engage directement sa
responsabilité civile). Pour autant, s’il y a relaxe au pénal, il peut y avoir action au civil. L’identité
entre action pénale et civile est valable uniquement si elle est reconnue.

2. La faute quasi-délictuelle

C’est le pendant civil de la faute non intentionnelle en matière pénale. Il s’agit de la négligence
ou de l’imprudence (Art.1383 du Code Civil).
-> La question est de savoir si on applique le principe de légalité à la faute quasi-délictuelle ou
est-ce que le juge à libre champ ?

La réponse est apportée par la jurisprudence Branly (1951) (cf. Notes de cours p°92).
On s’est ici demandé s’il y avait une faute d’avoir volontairement négligé de citer une personne dans
la création de la TSF (radio). Il y a t’il un devoir d’objectivité ? C’est un devoir moral, mais pas
juridique.
La Cour de cassation va ici dire qu’il n’est pas nécessaire qu’une disposition légale autorise ou
prescrive le devoir de vérité. Le juge peut alors considérer que tel ou tel comportement est négligent
ou imprudent au delà des cas prévus par la loi. Il le fait notamment avec les obligations
déontologiques, d’usage etc…

Le problème est que la faute quasi-délictuelle est un peut la roue de secours de la responsabilité
civile. Elle est un peut ‘‘attrape tout’’. Si on ne bénéficie pas d’une règle de responsabilité civile
spéciale particulièrement favorable, on utilise Art.1382/1383. Si on ne trouve pas de disposition légale
ou réglementaire qui interdisait ce qui a été fait, ou qui obligeait la personne à faire ce qu’elle n’a pas
fait, on se base sur la négligence ou l’imprudence. C’est une sorte de moyen subsidiaire de fait.
Certains textes ont été pris par le législateur pour interdire certains comportements ou au contraire en
imposer d’autres, et cette intervention a été rendu possible par la saisine massive des tribunaux sur
l’Art.1383.

Au départ, il y a identité des fautes pénales et civiles, mais aussi des fautes quasi-délictuelle.
-> Quelle est l’incidence de la qualification de faute pénale sur la faute civile ?
Lorsque le juge pénal à retenu la qualification de faute pénale de la négligence ou imprudence, cela
établis la faute civile. Le juge répressif peut ainsi (Tribunal correctionnel) juger sur intérêts civils.
La seule chose, c’est qu’en matière de faute pénale non intentionnelle, un mouvement important
depuis quelques années vise à réduire les facultés de condamnation pénale. Ce mouvement a été
essentiellement initié pour protéger les élus (notamment locaux) qui étaient mis en cause dans des
affaires d’accident liés aux équipements municipaux (exemple : un enfant qui s’amuse sur des buts
de foot, ceux-ci ont été mal fixés et s’arrachent. Un maire d’une petite commune a été condamné
pour faute d’imprudence). Une loi du 10 juillet 2000 a visé à protéger les acteurs en cas de causalité
indirecte. Les hypothèses de faute pénale par imprudence ont été limitées.

Pour préserver la capacité à retenir la responsabilité civile, on a dissocié la relaxe au pénal et la


condamnation au civil. Si la faute pénale n’est pas retenue, l’action au civil reste possible par le juge
pénal. L’équation faute pénale = faute civil n’a pas de réciproque (c’est vrai uniquement lorsque la
faute pénale est établie) -> Cf. notes de cours p°95 et Art.4-1 du Code de procédure pénale
S’il ne peut y avoir de responsabilité pénale sans faute, en matière civile il peut y avoir responsabilité
civile sans faute civile. Au civil on agit lorsqu’une personne a indument subit un préjudice, qu’il y ait
eu faute ou non.
II) La responsabilité du fait des choses
Les choses ne commettent pas de faute. Lorsqu’un dommage est causé par une chose, et
qu’une personne (le maitre de la chose) est condamné à indemnisé la victime du fait d’une chose, la
réponse n’est pas à chercher du coté de la faute, mais du coté de la victime.

A. La responsabilité générale du fait des choses

1. Le domaine de la responsabilité générale du fait des choses

Art.1384.1 du Code Civil dit on est responsable du dommage qui est causé par le fait des
choses que l’on a sous sa garde. C’est au départ un texte de transition simplement destiné à
introduire les différents cas de responsabilité du fait des choses et des personnes dont on doit
répondre contenu aux articles suivants. Ce premier alinéa est une norme par son contenant, mais
pas une norme par son contenu (en tout cas dans l’esprit de 1804). C’est un texte normatif qui n’a
pas vocation au départ à être invoqué par les justiciables. Cette idée qu’un texte n’a pas vocation à
produire un effet normatif est en réalité fausse. Toute disposition légale ou réglementaire a vocation à
produire des effets de droit. Elle a vocation à produire les effets produits par sa rédaction certes, mais
vocation à produire des effets tout de même. Il est curieux d’entendre parler d’un texte normatif qui
n’a pas de vocation normative.

Ce texte ne dit pas que la responsabilité du fait des choses ou des personnes est limité aux
articles qui suivent. Ainsi, comme le texte ne s’autolimite pas, les tribunaux en 1896 l’ont utilisé pour
consacrer de nouveaux cas en matière de responsabilité du fait des choses (Arrêt Teffaine 16 juin
1896). La Cour de cassation décide que toutes les choses sont sujettes à responsabilité.
Cet arrêt a été prudent parce qu’il n’a reconnu dans un premier temps à la charge du gardien qu’une
simple présomption simple de faute. Dans un premier temps et jusqu’à 1930, le gardien pouvait
s’exonérer de sa responsabilité en prouvant qu’il n’avait pas commis de faute dans le
dommage.
La Cour de cassation à fini par admettre dans l’arrêt Cass.1930 Jand’heur que la responsabilité était
de plein droit, responsabilité sans faute, admettant que la faute n’est pas condition de la
responsabilité du fait des choses.

Il y a de très nombreux textes spéciaux en matière de responsabilité générale du fait des


choses.
La liste est très longue (cf. Notes de cours p°97).
Pour les choses qui ne relèvent pas d’un régime spécial, toute chose ayant une corporalité relèvent
de l’Art.1384.

-> Quelles sont les choses qui échappent à l’Art. 1384 du Code Civil
La jurisprudence à chosifié le corps. Elle a pu dans certaines hypothèses appliquer l’Art.1384.1 du
Code Civil alors que le dommage a été causé par le corps humain. On a alors considéré que le
dommage n’a pas été causé par le corps humain mais par une chose qui a transporté le corps
humain (Exemple : accident entre deux skieurs, on considère que le skieur est l’accessoire de son ski
et on applique l’Art.1384.1). Quand les circonstances de l’accident sont incertaines, et qu’il y a un
doute sur la responsabilité de l’un ou l’autre des skieurs, l’Art.1384 permet de soustraire la faute et de
se concentrer sur le fait de savoir si la chose à causé le dommage.
Les choses doivent avoir un maitre, un propriétaire. On exclu les choses sans maitre (res nullius) ou
abandonnées (res derelictae). Pour autant, ces choses peuvent engager la responsabilité de celui qui
se les approprie (Exemple : une personne qui lance une boule de neige en deviens maitre alors que
la neige est une res nullius).

2. Le régime de la responsabilité générale du fait des choses

a. Le rôle actif de la chose dans la production du dommage

Il faut avoir à l’esprit que la jurisprudence exige un peut plus que la preuve du rôle causal.
Le rôle causal est le fait que la chose a causé le dommage, et le juge doit vérifier que la chose a joué
un rôle actif dans la production du dommage (la jurisprudence parle d’une chose « instrument du
dommage »). Il s’agit ici d’éviter de déduire, soustraire la responsabilité du gardien du simple contact
entre une chose et une victime (soit la chose va à la victime, soit la victime va à la chose).

Il faut distinguer trois hypothèses :

 La chose a été en contact avec la victime et était en mouvement au moment de l’impact.


Dans ce cas, le rôle actif est automatique, car on considère que le rôle actif est l’énergie
cinétique (Exemple : un pot de fleur tombe sur la tête d’une personne).

 La victime a été en contact avec une chose inerte (Exemple : chute dans un escalier).

 Absence de contact avec une chose inerte ou en mouvement

La jurisprudence va s’intéresser à la structure, ou à la localisation de la chose. Elle va chercher si le


dommage a résulté d’une défaillance de la corporalité de la chose, ou d’un défaut de localisation.
Si le risque d’accident n’est pas prévenu par la signalisation de celui ci (exemple d’une vitre invisible),
on considèrera qu’il y a défaut de signalement. Concernant le défaut propre de la chose c’est le cas
d’une vitre cassé non remplacée, un plot en béton non remplacé (cf. Notes de cours p°100).
b. L’identification du gardien

Les critères de la garde ont été fixés depuis l’arrêt Cass., Franck contre Connot, 1941.
Selon cette jurisprudence, le gardien est celui qui a l’usage, la direction, et le contrôle de la chose.
Ces trois éléments définissent deux dimensions de la garde : une dimension matérielle, et une
dimension intellectuelle.
La dimension matérielle, c’est la question de savoir qui manipulait la chose. Mais il faut la doubler de
l’aspect intellectuel, qui est celui de savoir qui a le pouvoir sur la chose. Celui qui manipule la
chose n’est pas forcément celui qui a le pouvoir de décision. Lorsqu’il y a dissociation entre la
détention matérielle, et le pouvoir sur la chose, c’est toujours le décideur qui a la garde de la chose.

L’usage de la chose est l’usus latin, l’une des composantes du droit de propriété. C’est donc logique
qu’on cherche le propriétaire pour chercher le gardien de la chose. C’est une assimilation logique.
Pour autant, le propriétaire peut prouver qu’il n’est pas le gardien de la chose au moment ou celle-ci a
causé le dommage.

Deux manière pour ne pas être gardien de la chose dont on est propriétaire :

 Le cas du vol de la chose. Le cas de l’arrêt Franck contre Connot, 1941 (cf. Note de cours
p°101). La Dr. Franck explique qu’il n’était pas le gardien de l’affaire car son fils avait pris la
voiture pour aller en discothèque. L’argument est refusé car le jeune Franck est mineur, et
donc le père est responsable pour son fils. Pour autant, le vol a fait perdre au gardien (le Dr.
Franck) la garde de son véhicule, car le vol est un geste d’appropriation. Les ayants droit du
facteur ont donc été indemnisé par un fond de garantie.

 Lors d’un transfert de la garde. L’hypothèse classique, c’est en aidant quelqu’un on se


blesse. Un homme aide une vieille dame à aller chercher son chat sur le toit. Il prend son
échelle, s’électrocute avec la ligne à haute tension et meurt. On considère dans cette situation
qu’il y a eu transfert de la garde de la chose, puisque la vieille dame est devenu selon la
jurisprudence la gardienne intellectuelle de l’échelle. L’objectif de ce moyen artificiel peut
logique, est d’indemniser la victime.

Il peut y avoir transfert par voie de contrat : c’est le cas d’un contrat de prêt à usage à titre
gratuit, où le client acquiert la garde du chariot dans un magasin. Ici, on récupère l’usus du
droit de propriété. Le propriétaire se débarrasse de sa qualité de gardien, mais pas de sa
responsabilité de propriétaire. Dans certains cas, il sera permis d’agir contre le locataire et
contre le propriétaire (Exemple : un volet descellé tombe sur un passant. Le locataire est le
gardien donc doit réparer sur le fondement de 1384.1 ; mais l’art.1386 prévoit la responsabilité
du propriétaire pour la ruine de leurs bien).
Autres exemples cf. Notes de cours p°102.

L’autre exemple classique est le contrat de travail. Dans le contrat de travail, il y a des effets
accessoires, notamment une garde des outils de travail. C’est l’employeur qui reste gardien
des outils de travail.
Des difficultés se sont posés par le passé :

-> Peut-il y avoir plusieurs gardiens pour une même chose ? Classiquement, les auteurs
considéraient qu’il ne pouvait y avoir qu’un seul gardien par chose, du fait de l’ampleur des pouvoirs
dévolus au gardien. Cette théorie semble peu logique, puisque la copropriété a toujours été admise,
et la propriété est plus forte que la garde. D’ailleurs, les copropriétaires sont cogardiens.
La jurisprudence a élaboré plusieurs hypothèses de garde commune.

C’est le cas des deux bucherons qui actionnent ensemble une scie à ruban en même temps.
Les deux bucherons sont cogardiens de la chose.
En matière de jeu de ballon, l’appropriation est tellement courte dans le temps qu’on considère
(Cass.) que personne n’est gardien. C’est en quelque sorte pour forcer l’utilisation de 1382 et
rechercher la faute.

La deuxième hypothèse est apparue avec les fabricants de matières ou produits dangereuses.
Cette théorie est inventée par Berthold Goldman en 1946. L’idée est de séparer la structure et le
comportement de la chose. Le fabriquant reste le gardien de la structure, et le consommateur est
uniquement gardien du comportement. Il s’agira alors de savoir si le dommage est dû à une
défaillance de la structure de la chose (responsabilité du fabriquant) ou d’une mauvaise utilisation
(responsabilité du consommateur). La théorie dite des deux gardes a été utilisé dés 1956 par la
Cour de cassation dans l’affaire de l’oxygène liquide (Cass 2°CIV, 5 janvier 1956, Oxygène liquide).
Cette jurisprudence est aujourd’hui caduque du fait de l’entrée en vigueur de la directive européenne
du 25 juillet 1985 en matière de produits défectueux. Cette directive chasse les dispositions internes.
Il n’y a donc plus aujourd’hui d’application, lorsque la loi du 19 mai 1998 qui transpose la directive,
est effective.

c. La mise en cause du gardien

Le gardien est responsable de plein droit (pas besoin de prouver qu’il a commis une faute)
depuis l’arrêt Jand’heur. Pour autant, il dispose de deux moyens de défense :

 Soit prouver qu’il n’était pas gardien au moment du dommage (pour le propriétaire, ou le
gardien apparent)
 Soit prouver que la chose n’a pas causé le dommage (force majeure) ou n’en a pas été
l’instrument (pas de rôle actif).
B. Les choses incendiées

1. Le domaine de l’Art.1384.2 du Code Civil

Le 7 novembre 1922, le législateur est intervenu pour imposer une modification de


l’Art.1384.2/3 du Code Civil, et la soumission des choses incendiées à un régime de responsabilité
pour faute. Ce régime impose donc à la victime la preuve d’une faute. C’est un texte favorable au
gardien, et défavorable à la victime puisqu’elle devra prouver la faute du gardien. Le problème de
l’incendie, c’est qu’il fait disparaître la plupart du temps les origines de sa survenance. Si la victime ne
parvient pas à prouver la faute, elle ne sera pas indemnisée. L’objectif est ici de faire peser le risque
de la preuve sur la victime. C’est un texte extrêmement critiqué de ce fait (cf. Notes de cours
p°104).

Ce texte s’applique à tous les biens meubles et immeubles à partir du moment où ils ont été
incendiés. Attention, il s’agit d’une combustion par d’une explosion. Ce qui compte c’est l’incendie.

La seule hypothèse ou cet article n’est pas appliqué, c’est dans l’incendie d’un véhicule terrestre à
moteur. Sera alors appliqué la loi du 5 juillet 1985.

2. Le régime de l’Art.1384.2 du code Civil

a. L’identification du responsable
Cf. Notes de cours p°105

b. Exigence d’une faute

Il peut s’agir de la faute personnelle du détenteur soit qui a provoqué l’incendie, soit qui n’a
pas empêché sa propagation (celui qui éteint un incendie d’hydrocarbures avec de l’eau et le
propage).
Il peut aussi s’agir de la faute des personnes dont il est responsable.
Cf. Notes de cours p°105

C. La responsabilité du fait des animaux

L’Art.1385 du Code Civil pose la responsabilité de celui qui est le gardien de l’animal.
Pour tous les animaux ayant un maitre, on a créé une hypothèse de responsabilité sans faute.
Le régime de ce texte est simple : un propriétaire ou un gardien, et un dommage causé d’une
manière ou d’une autre.

Le problème se pose concernant l’identification du gardien. Dans le premier cas, le propriétaire confie
son animal à un tiers. La question est de savoir si les conditions dans lesquelles l’animal est confié
au tiers permettent de dire qu’il y a eu transfert de la garde. L’enjeu est de savoir sur qui repose la
responsabilité sans faute du fait de l’animal, mais aussi le fait que souvent le dommage a été causé
par l’animal à son propriétaire, alors qu’il est confié à un tiers (le chien qui ne reconnais pas son
maitre).
Souvent, le critère retenu par le juge est celui de la durée, et celui du lieu de l’accident.
Il faut une durée suffisante, et que l’accident n’ai pas lieu au domicile du propriétaire …

Enfin, même s’il y a eu transfert de garde, il arrive que le propriétaire reste responsable sur le
fondement de l’Art.1382 du Code Civil. C’est le cas lorsque le tiers est devenu gardien de l’animal, et
cet animal lui cause un dommage à lui. Comme il est gardien il ne peut pas agir sur 1385, comme le
propriétaire n’est plus gardien il ne peut pas agir contre lui non plus. Alors il doit agir sur 1382.
La faute du propriétaire est de n’avoir pas informé le gardien du caractère de la bête. Il existe un
devoir d’information du propriétaire sur le caractère de la bête, défaut de quoi il engage sa
responsabilité.

D. La responsabilité du fait des ruines

C’est une fois de plus un texte ancien, remontant à 1804. L’Art.1386 du Code Civil était sensé
favoriser les victimes en 1804. Il est devenu finalement, avec l’évolution de la jurisprudence et du
principe général de la responsabilité des choses, moins favorable que le régime de droit commun.
Cet article montre les inquiétudes de l’époque : ce qui inquiète en 1804, ce sont les vaches, les
chevaux, et la dégradation des propriété immobilières (avec l’Art.1384,1385,1386).
Alors, l’Art.1386 du Code Civil lui fournissait un outil d’indemnisation

Cet article est une charge de la propriété, alors que 1384,1385 concernent tous les gardiens.
En contrepartie des pouvoirs conférés par le droit positif au propriétaire, celui-ci a une obligation
citoyenne d’entretiens de son patrimoine immobilier. Le défaut d’entretiens cité par l’article est une
responsabilité pour faute, et n’apporte pas d’avantage par rapport à 1382. Par contre, le vice de
construction s’apprécie objectivement, par le non respect des règles du model abstrait de référence.
Le propriétaire est responsable objectivement de sa chose.

Ce texte fait échec à l’Art.1384.1 du Code Civil. Ainsi, il faut prouver qu’il y avait un risque du fait du
manque d’entretiens, et que le propriétaire n’a rien fait pour stabiliser la situation. Pour le défaut de
construction, il faut prouver que la ruine est dû à un vice de construction.
Le problème est que la victime doit apporter la preuve que la condition est réunie.
(Exemples : cf. Notes de cours p°107).

La jurisprudence, consciente des difficultés de l’Art. 1386 ; a trouvé l’occasion de réduire la


notion en favorisant l’application de l’Art.1384 du Code Civil, en écartant la qualification de ruine.
L’astuce est de tricher sur la qualification juridique, en refusant de qualifier le bien de ruine (Cass.
2°CIV, 22 octobre 2009).

Ayant survécu à l’ordonnance du 10 février, ce texte ne devrait pas survivre à la réforme de la


responsabilité civile.

E. La responsabilité du fait des produits

Le régime est fixé par la directive européenne du 25 juillet 1985, transposée aux Art.1386-1 à
1386-18 du Code Civil. Il s’agissait ici d’un besoin juridique des consommateurs face aux
producteurs.
Dans pratiquement tous les Etats, les consommateurs son protégés par le biais du droit des contrats,
et les garanties contractuelles qui pèsent sur le vendeur. C’est ici l’approche classique puisque le
processus par lequel l’acquisition d’un bien est un contrat, est depuis toujours porteur de garanties.

Ces garanties ont des avantages, mais également un inconvénient : elles sont contractuelles.
Ainsi, elles ont un effet relatif (effet limité aux parties) ; elles sont soumises à la loi des parties. On
entend par la les clauses aménageant la responsabilité du vendeur (clauses limitatives de
responsabilité etc…). Le besoin s’est fait sentir de reconnaître aux victimes des produits
manufacturés le droit d’obtenir réparation des dommages les plus importants, notamment les
dommages corporels.

En face, le lobby des producteurs s’est opposé avec l’idée que trop de responsabilité tue la
responsabilité. Selon eux, les producteurs ne peuvent supporter un niveau trop important de
responsabilité, faute de quoi ils seront désinvités à produire.

La directive de 1985, élaborée en pleine crise du SIDA transfusionnel, interviens dans ce débat.
Jusqu’où peut on protéger les consommateurs ? Quels sont les risques sur les producteurs ?
Son but est de trouver un équilibre entre les consommateurs et les producteurs.
C’est l’hypothèse d’un produit mis sur le marché, et à la date de mise sur le marché les
connaissances scientifiques ne permettaient pas d’identifier un défaut de sécurité, mais où l’évolution
scientifique à permis d’identifier le défaut de sécurité.

La question se pose, pour la période entre la mise sur le marché et l’identification du problème de
sécurité, le producteur est-il responsable ?

Comme il fallait trouver un compromis européen, la commission du Bruxelles a laissé le


choix aux états dans la transposition de la directive. Les Etats avaient 3 ans pour transposer la
directive.
La France a attendu le 19 mai 1998 pour transposer celle-ci. La France a été condamné pour défaut
de transposition en 1993. Le texte est transposé en 1998, mais en ne transposant pas toutes les
dispositions. Ainsi la France est de nouveau condamnée, et le texte modifié pour coller à la
directive. Si aujourd’hui le régime est en place, et effectif, il n’est pas forcément plus favorable que le
droit commun : soit le droit commun contractuel (A.1147), soit le droit commun délictuel (A.1384.1).
Une triple question préjudicielle est en cours d’examen sur la responsabilité des fabricants de vaccins
anti-hépatite B qui ont après vaccination développé des maladies auto-immunes (sclérose en plaques
etc…).

1. Le domaine de la responsabilité du fait des produits

La responsabilité du fait des producteurs est indépendante de l’existence d’un contrat.


Même si le consommateur est lié par contrat, le texte s’applique. Ainsi, le contrat qui pourrait lier la
victime au producteur ne peut pas disposer des règles de la responsabilité du fait du producteur.
Ici, la loi s’applique à toutes les victimes, soient-elles liées ou non par contrat. Ainsi, l’application du
principe de non-cumul des responsabilités et des clauses de responsabilité est écarté.

a. Les produits concernés

La définition de l’Art.1386-3 du Code Civil est très large, puisqu’elle concerne toutes les
choses issues d’un processus de fabrication. Seul sont exclus les immeubles.
Le sang est un produit au sens de la directive et de la loi française.

Exemple : Le Conseil d’Etat a considéré que les greffons ne sont pas des produits. Ce sont des
éléments du corps humain, qui ne sont pas préparés. En revanche, les produits utilisés pour nettoyer
les greffons et les préparer eux sont des produits.

Celui qui est visé par la directive doit se voir appliquer ce texte. En revanche, celui qui n’y est pas se
voit appliquer d’autres règles. L’enjeu est souvent de savoir si on applique ce régime ou une autre
règle plus favorable aux victimes. Le Conseil d’Etat a fini par poser une question préjudicielle à
la CJUE sur la question des responsables.
b. Les responsables concernés

Le texte s’applique aux producteurs (c’est à dire aux fabricants, du tout mais aussi des parties
incorporées ; étant entendu que le fabricant est responsable du tout, y compris des parties
incorporées). Le recours entre fabricants n’est pas du domaine de la directive, qui ne s’applique
qu’aux actions des victimes. Les recours entre responsables ne s’appliquent que pas le biais du droit
commun.
Il faut y ajouter les importateurs, les distributeurs, et les fournisseurs à titre professionnel.
Il s’agit de tout professionnel qui participe à la chaine de distribution.

La directive ne s’applique qu’a des professionnels visés ayant leur siège dans l’union
européenne. Si le produit est fabriqué en Europe la directive s’applique de plein droit. S’il est importé
d’une zone hors UE, il ne sera pas possible d’appliquer la directive au fabriquant, mais comme le
produit a été importé et que l’importateur a son siège dans l’UE, il est possible d’agir contre lui
comme s’il était le fabriquant.

La question s’est posé de savoir ce qu’était un fournisseur. La CJUE dans un arrêt de 2011 a
appliqué l’application de la directive, en expliquant que ce qui compte est la participation à une
chaine de distribution commerciale, ce qui n’était pas le cas ici (cas de l’hôpital public qui utilise
une couverture chauffante qui cause des brulures à un patient).

c. L’impérativité du régime

Les juges nationaux doivent réaliser les objectifs poursuivis par la directive.
Concrètement, l’objectif étant l’application d’un régime uniforme de responsabilité, il ne faudrait pas
que telle ou telle victime puisse en écarter l’application.
Le problème est que lorsqu’on a discuté la directive en 1985, les Etats ont souhaités qu’il y ait
quelques fenêtres ouvertes dans le cadre de la directive. La condition était que certaines actions du
droit national puissent subsister.

L’Allemagne a d’abord demandé cela. Ils avaient déjà réussi à adopter dans leur droit interne
un régime d’indemnisation des produits défectueux. Ils ont donc obtenu une première dérogation, à
savoir que les Etats qui disposaient déjà de leur propre régime pouvaient le garder, et même réviser
postérieurement leur loi intérieure sans être tenu par la directive.

Il y a eu ensuite la possibilité de conserver des actions issues du droit commun national


(Cf. Notes de cours p°110). Toutes les victimes qui se sont heurtées au régime de la directive (par
certaines dispositions moins favorables que le droit français) ont essayé d’échapper à la directive.
Par l’Art.13 qui donne ces deux exceptions, elles invoquaient d’autres fondements.

La CJUE a rendu 3 arrêts le 25 avril 2002. L’un concernait la France pour préciser le domaine de
l’Art.13 (question préjudicielle). Les victimes peuvent préférer agir sur un autre fondement dés lors
que celui-ci n’aboutit pas à éluder l’application de la directive :

 Elle peut préférer l’application d’un régime de responsabilité pour faute : cela est logique
car la responsabilité du producteur dans la directive est un régime de responsabilité sans faute
(Art.1386-11). Le dommage doit résulter de la faute et non du défaut, faute de quoi l’option ne
sera pas permise. La directive elle, met à la charge du producteur une responsabilité de plein
droit, sans faute, en raison du défaut du produit.
 Elle peut préférer la garantie contractuelle des vices cachés : logique car l’acheteur a
payé cette garantie (l’assurance souscrite par le producteur est répercutée dans le prix de
vente).

L’Art .1384.1 du Code Civil ; et les règles d’obligation contractuelle de sécurité (obligation de résultat)
doivent être écartées. On pense que cette obligation de sécurité de résultat est concurrente de la
directive. Il n’est pas possible d’invoquer le manquement à une obligation contractuelle de sécurité
de résultat, quand est subit un dommage causé par une chose utilisée dans l’exécution d’un contrat.

2. Le régime de responsabilité du fait des produits

a. Les conditions de la responsabilité

Cette responsabilité qui pèse sur le producteur est de plein droit : il n’est pas utile de rapporter
la preuve d’une faute personnelle commise par le producteur. C’est dans la chose, dans ses
caractères qu’il faut trouver la cause de la responsabilité.
Les produits sont source de responsabilité lorsqu’ils ont commis un dommage à trois conditions :

-> Qu’il y ait un dommage


-> Que le dommage ait été causé par le produit
-> Que ce produit soit défectueux

1. Le défaut de sécurité

Lorsqu’on parle de défaut, on parle de défaut de sécurité. Cela veut simplement dire que le
produit n’apporte pas la sécurité à laquelle on peut normalement s’attendre (Art.1386-4.1 Code Civil -
> Cf. Notes de cours p°111).

Deux défauts existent en réalité :

->Le défaut intrinsèque. Il ne peut être apprécié que statistiquement et in abstracto. Il ne faut pas
confondre défaut et domageabilité. Ce n’est pas parce qu’un produit cause un dommage qu’il est
défectueux. Le défaut de sécurité est l’hypothèse dans laquelle le produit n’offre pas la sécurité à
laquelle on peut définitivement s’attendre. Il y a des produits qui sont intrinsèquement dangereux
(fusil, couteau etc…). Le défaut de sécurité n’est donc pas la dangerosité du produit, ou le dommage
qu’il cause, mais le dommage qu’il cause là où il n’en aurait dû causer.

-> Le défaut extrinsèque : Le produit n’est pas dangereux à condition qu’il soit bien utilisé. La
sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre ne dépend pas tant du produit lui même que de
ses conditions d’utilisation. Ici, la sécurité dépend de l’information faite au consommateur. Si le
produit dans sa notice précise les conditions d’utilisation assurant les conditions de sécurité, alors il
n’est pas défectueux. A contrario si l’information est insuffisante, le produit sera défectueux (Exemple
avec le béton cf. Notes de cours p°112).

La difficulté est souvent sur la preuve du caractère défectueux, et preuve d’accès pour les
victimes à l’action. Le caractère défectueux fait l’objet d’études scientifiques, voir de précédents
judiciaires. Cela pose problème dans le contexte de l’incertitude scientifique.
Effectivement, il y a un certain nombre de précédents historiques de produits qui sont passés de
sures à défectueux. A chaque fois qu’il y a eu des scandales de santé publique (comme avec
l’amiante), on a toujours connu le même processus à savoir que des produits utilisés de manière
massive qui au moment de leur mise en circulation paraissaient sains. Après un certain nombre de
constatation de maladies qui au départ ne sont pas identifié, ces incidents vont donner lieu à des
enquêtes.
C’est la multiplication de ces incidents et de ces enquêtes qui va faire progresser l’état des
connaissances scientifiques jusqu’à un moment de bascule où la communauté scientifique va
reconnaître qu’on a dépassé le seuil de tolérance, procédant à une inversion du bilan
bénéfice/risque.

On dit alors que le produit est défectueux. La période blanche est la période ou tout va bien, la
période noir est celle dans laquelle l’état des connaissances scientifiques permet de démontrer le
caractère défectueux. La question est de savoir comment gère t’on la période grise de doute
scientifique ?
Cette question est en suspens depuis que la Cour de cassation à transmis une triple question
préjudicielle à la CJUE. Le problème est que la Cour de cassation ne contrôle par actuellement
comment sont apprécié les présomptions par les juges.
Certaines juridictions du fond admettent le défaut du médiator parce qu’ils sont convaincus du rapport
de cause à effet entre la prise de médicament et la pathologie, et d’autres majoritaires dans
lesquelles les experts (souvent des médecins ou des pharmaciens) qui n’acceptent pas le défaut
sans preuve scientifique réelle.

La Cour de cassation semble prête à passer un pas supplémentaire qui consiste à considérer qu’un
médicament qui selon toute vraisemblance provoque une affection doit être présumé défectueux.
Ce n’est pas parce qu’un produit provoque un dommage qu’il est défectueux.
Le paradoxe du défaut est que son fonctionnement n’est pas nominal. Il s’agit d’un
dysfonctionnement qui empêche le consommateur d’avoir la sécurité qu’il pouvait initialement
espérer.
Ici, sans certitude sur la causalité entre le dommage et le médicament, il faudrait affirmer sauf preuve
scientifique de l’innocuité du produit que le produit soit présumé (présomption simple de défectuosité)
défectueux. On inverse alors la charge du doute qui ne pèse plus sur les épaules du
demandeur, mais sur le défendeur. Ici, le fait de subir un dommage provoqué par un produit
suffirait à rapporter l’existence de présomptions suffisamment graves, précises et concordantes de la
défectuosité.
Une question préjudicielle a été posé en Novembre 2015 à ce sujet. La CJUE devra dire si dans
son interprétation de la directive du 25 juillet 1985, il est possible de dire qu’un produit est défectueux
en l’absence de certitude sur l’absence de défaut. Si la Cour de justice répond non, la Cour de
cassation a posé une seconde question préjudicielle

Une autre solution consisterait à une obligation d’information du producteur que le produit se trouve
en période grise : risque d’infection dû à la prise d’un médicament non confirmé au vu des actuels
constatations scientifiques.
2. L’imputabilité du dommage au produit

Il est nécessaire de prouver le rapport de cause a effet entre le produit et le dommage.


Il y a deux séries d’hypothèses : d’une part celle dans laquelle la capacité scientifique du produit à
causer le dommage n’est pas réfutée (ce qu’on peut appeler la causabilité). D’autre part, il y a
l’hypothèse ou il y a une certitude de fait de l’utilisation du produit, une certitude matérielle.

Le problème se pose lorsqu’il manque une des deux certitudes.

 Une personne utilise du béton, a des brulures aux mains et arrive aux urgences inconscient.
S’il n’y a pas de certitude que la personne a fait du béton, mais que des éléments le laisse à
penser (des présomptions).

 Une incertitude scientifique : une personne a été vaccinée, et quelques jours plus tard elle
développe les premiers signes d’une sclérose en plaques. Pourtant on ne sait pas si le vaccin
peut avoir déclenché la sclérose en plaque. On a des doutes, mais pas de certitude
scientifique. Le problème de l’imputabilité se pose, puisqu’on ne sait pas comment le
vaccin peut avoir causé l’infection.

Pour l’imputabilité, il n’y a pas de jugement mais une simple observation. Depuis quelques années
existe une présomption d’imputabilité : un ensemble de circonstances qui permettent de dire en
l’absence de certitudes qu’un fait en a causé un autre. En matière médicale, elle est développée dans
les années 80’ par les problèmes de la contamination au SIDA par les transfusions sanguines.
On observait également dans les années 80’ une forte concentration de ces contaminations dans les
communautés homosexuelles toxicomanes. On avait donc une présomption que l’infection était
causé soit par voie sexuelle soit par voie sanguine. Ce qui permet de soulever une présomption, c’est
qu’à un moment M une personne n’est pas contaminée, à un moment M+1 elle l’est, et dans
l’intervalle il y a eu exposition à un seul risque probable et pas à un autre. Ces trois éléments
permettent de poser une présomption de causalité entre le produit et le dommage. C’est ainsi qu’en
1980 a été condamné la contamination au SIDA par les présomptions, et la prise en charge plus tard
de la sclérose en plaque au titre des maladies professionnelles.

b. La mise en œuvre de la responsabilité

1. Prescription des actions

Il faut ensuite prouver l’imputabilité du défaut, et son imputabilité au producteur.


La prescription est acquisitive quand elle permet d’acquérir un droit. Elle est extinctive lorsqu’elle
l’éteint. En raisonnant sur la durée de la prescription en droit français, lorsqu’on est victime d’un
dommage corporel, la prescription est de 10 ans et part de la date de consolidation du dommage
(moment où l’état du patient est stabilisé). Certaines maladies ne se consolident jamais (maladies
dégénératives).
La directive fixe une prescription à trois ans à partir de la connaissance du dommage.
La directive rajoute que pour que la prescription court, il faut que le demandeur soit en capacité d’agir
effectivement donc en connaissance du dommage, du défaut et de l’identité du dommage.
Si on considère que le produit est défectueux à partir d’une certitude scientifique, celui qui a subit un
dommage dans la période grise voit son point de départ repoussé. Pour autant, à cette prescription
procédurale s’ajoute une extinction de responsabilité du producteur décennale à partir de la mise en
circulation du produit quelque soit la prescription. Le dommage ne sera indemnisé qu’à la double
condition d’agir avant le délai de 3 ans de prescription, et à condition que la demande soit
présentée avant le délai de 10 ans.
La directive est donc moins précise et favorable que le droit français.
2. Les moyens de défense du débiteur (producteur)

Il s’agit d’un ensemble d’argument permettant d’échapper à l’action : Les défenses au fond et
les exonérations. Avec la défense au fond, on discute avec le demandeur sur l’amont de la
responsabilité (suis-je producteur, mon produit est-il défectueux). Les conditions d’exonération
sont en aval, avec d’autres arguments dont on n’a pas encore discuté. Pour qu’il y ait
exonération, il faut d’abord que les conditions de la responsabilité soient réunies.

Les Art.1386-11 et 1386-12 du Code Civil mélangent les deux visions.


Le producteur est responsable de plein droit (donc sans faute personnelle) à moins qu’il ne prouve
qu’il n’a pas mis le produit en circulation (le défaut de mise en circulation est une défense au fond) ;
que compte tenu des circonstances, il y a lieu d’estimer que le défaut ayant causé le dommage
n’existait pas au moment où le produit a été mis en circulation par lui ou que ce défaut est né
postérieurement (c’est à dire que le produit est devenu défectueux : l’interaction médicamenteuse ->
Il ne peut être testé qu’avec les molécules contemporaines de sa mise en circulation ; moyen de
défense au fond) ; le produit n’était pas destiné à la vente ou à toute autre forme de distribution
(défense au fond) ; que l’état des connaissances scientifique et technique au moment de la mise en
circulation n’a pas permis de déceler l’existence du défaut (hypothèse du VIH -> Il existe un risque,
mais l’état des connaissances scientifiques ne permettaient pas de déceler l’existence du défaut ;
hypothèse d’exonération. Cette cause d’exonération connaît une exception dans l’Art.1386-12
concernant les éléments du corps humain ou les produits issus de celui-ci comme le sang -> Cf.
Notes de cours p°115) ; le défaut est dû à la conformité du produit avec des règles impératives
d’ordre législatif ou réglementaire (cas où des règles imposaient une structure des produits, structure
qui est en cause ; moyen exonératoire. C’est alors à l’état d’indemniser les victimes).
Le producteur dispose donc d’un certain nombre de moyens de défense, exonératoires ou au fond.

Il peut toujours opposer à la victime sa propre faute. Il s’agit de la victime qui a associé des produits
alors qu’on lui a dis de ne pas le faire.
Entre la prescription, l’extinction de la dette, et la multiplication des causes d’exonération, le régime
de la directive est effectivement beaucoup plus favorable au producteur.

3. La solidarité

La solidarité veut dire que lorsqu’on a affaire à une chaine de responsable, on peut agir contre
n’importe quel responsable. Les débiteurs de responsabilité sont tous tenus in solidum sans pouvoir
opposer le fait des autres à la victime.

La loi prévoit une hypothèse dans laquelle l’un des maillons de la chaine commerciale de
distribution peut échapper à sa responsabilité : il s’agit des fournisseurs (le revendeur) à titre
professionnel. La loi distingue le fabriquant, l’importateur assimilé au fabriquant, et le distributeur (le
vendeur). Le vendeur peut contraindre la victime à agir contre le fabriquant ou l’importateur.
Pour cela, il doit dans les trois mois de la requête désigner le fabriquant ou l’importateur. S’il le fait,
l’action doit être dirigé contre ceux-ci.

Enfin, le mécanisme de solidarité entrainant en recourt en solidarité pour le partage entre les
responsables, le même juge statuera sur le recours entre les responsables. On sait aujourd’hui
que ces recours en contribution ne relèvent pas du champ d’application de la directive.
4. L’indemnisation

Le principe en droit français est celui de la réparation intégrale. Il faut réparer l’intégralité des
chefs de préjudice, et les réparer intégralement. Ce principe est favorable aux victimes, mais
extrêmement défavorable aux producteurs. Sur des dommages de masse, lorsqu’un produit est
défectueux il l’est pour de nombreuses personnes.

La directive prévoit le principe de réparation intégrale pour les dommages causés à la personne.
La loi de 1998 et la directive visent à indemniser les victimes des dommages causés par les
produits et non au produit lui même (cas de la prothèse endommagée, et des dommages causés
par la prothèse). Si le dommage est un dommage matériel, la directive et l’Art.1386-2 prévoient une
franchise (somme restant à la charge de la victime). Officiellement, il s’agit de responsabiliser la
victime (500 écus en cas de dommages aux biens) et au dessous de la franchise les dommages ne
sont pas indemnisés. La franchise n’est problématique / responsabilisant que pour les pauvres.
Les producteurs ont ici tout intérêt à se fonder sur la directive.

CCL : Cette directive est sens cesse décriée par les universitaires. Pour autant, une modification ne
peut intervenir qu’à l’échelle européenne. Dans le contexte actuel, il est difficile de l’entendre être
réformée.
II) Les responsabilités du fait d’autrui
C’est un schéma à la fois comparable et différent. Comparable par ce qu’il y a toujours cette
vision triangulaire entre victime, fait générateur qui ici est une personne (sans maitre) placée sous
l’autorité d’une autre personne, et le lien entre les deux. Les « autrui » de 1804 sont les mineurs, les
salariés, les apprentis, et les élèves. L’Art.1384 du Code Civil consacre des cas particuliers de la
responsabilité du fait d’autrui et les responsables du fait d’autrui sont les parents, les commettants
(responsables des faits commis par les préposés essentiellement les salariés), les maitres
d’apprentissage, et les maitres de l’enseignement public. On voit bien le rapport d’autorité, avec
d’une part une autorité ‘‘paternelle’’ (aujourd’hui parentale), et de l’autre une autorité patronale
(modèle salarial).

Ces deux modèles sont introduits par l’Art.1384 du Code Civil. En 1896, il y a implosion avec l’Arrêt
Teffaine de l’Art.1384 du Code Civil. Emergence : Cf. Notes de cours p°116.

Pourquoi n’y a t’il pas de principe général ? L’explication sociologique est l’attachement à l’idée
qu’on est responsable que de soit. En matière pénale il n’y a pas de responsabilité du fait d’autrui.
Il y a un tel attachement à ce modèle qu’on à du mal à sauter le pas et consacrer le principe opposé.

Deuxième raison : la Cour de cassation ne veut pas que les juges du fond se sentent autorisés à
consacrer trop d’hypothèses de responsabilité du fait d’autrui. Elle veut garder la main.
Face au risque de voir exploser le nombre de cas, la Cour de cassation considère qu’elle seule doit
créer les cas. En l’absence de principe général elle consacre des cas particuliers.

A. La responsabilité parentale

1. Le domaine de la responsabilité parentale

a. Les parents visés

Cette responsabilité concerne les pères et mères en ce qu’ils exercent l’autorité parentale
(Art.1384.4 du Code Civil). Il faut être titulaire de l’autorité parentale, et l’exercer (en plus d’être
simplement parent de l’enfant).
Cela exclu les parents naturels n’ayant pas reconnu l’enfant, les parents au sens large du terme (les
grands parents) et les différents substituts parentaux (foyer etc…).
Concernant les substituts parentaux, ils peuvent se voir appliquer un régime autre mais
similaire en dehors de l’Art.1384.
Le critère est juridique, puisque même si l’enfant fait l’objet d’une mesure d’assistance éducative, les
parents restent potentiellement responsables.

Un critère de cohabitation a été posé par la jurisprudence, hors dans le cadre d’une mesure
d’assistance éducative, l’enfant peut ne pas vivre au quotidien avec ses parents, et cela pose
question.
Il en va de même dans l’hypothèse où les parents sont séparés, parce qu’ici le critère de la
cohabitation pose problème puisqu’il est condition d’applicabilité de 1384.
La responsabilité suit la résidence habituelle de l’enfant (c’est donc le parent chez qui l’enfant
réside habituellement qui sera responsable sur le fondement de l’Art.1384 du Code Civil).
b. Les enfants visés

Cela ne concerne que les enfants mineurs, et plus particulièrement les mineurs non
émancipés. L’émancipation rompt la responsabilité de plein droit. L’émancipation conduit à le traiter
comme un majeur sauf en ce qui concerne son adoption plénière (Art.413-7 du Code Civil).

La condition pour que le fait du mineur engage la responsabilité de ses parents est qu’il
habite/cohabite avec ses parents. Pendant très longtemps, ce critère était matériel puisqu’il fallait
que cet enfant vive effectivement, réellement avec ses parents. Ce critère de la conception matérielle
de la cohabitation correspondait parfaitement avec le fondement de la responsabilité parentale qui
était une sorte de ‘‘responsabilité pour faute présumée’’. L’idée est que les parents ne peuvent
empêcher l’enfant de nuire que s’ils en assurent la surveillance effective et concrète. Alors les parents
cessaient d’être responsable des faits de leurs enfants lorsque l’enfant était confié à un tiers (enfants
pensionnaires, confiés aux grands-parents, placés dans le cadre de mesures d’assistance éducative).

La jurisprudence a évolué et on est passé à une conception juridique de la cohabitation. L’idée est
alors que ce n’est pas parce que les parents et l’enfant cessent pendant quelques temps de vivre
ensemble que les parents n’en sont plus responsable. La responsabilité parentale devient alors
une pierre du statut parental.

Même lorsque l’enfant à quitté le domicile familial, ce départ doit être légitime. La jurisprudence
à toujours considéré qu’un enfant qui fugue même pour une longue durée, et durant cette fugue va
commettre des délits, les parents restent responsables (Cf. Notes de cours p°119).

2. Le régime de la responsabilité parentale


a. Les conditions de la responsabilité parentale

-> Conditions relatives aux père et mère

La responsabilité des père et mère est de plein droit. Dés lors qu’un parent juridique est
identifié, et qu’il est établi qu’il exerce l’autorité parentale ainsi que la cohabitation, les conditions sont
réunies pour engager sa responsabilité (sans exigence de preuve d’une faute personnelle).
Pour autant il reste possible de prouver une faute personnelle du responsable, permettant ici
d’appuyer la demande. Mais ce n’est pas nécessaire.

-> Conditions relatives au fait de l’enfant

Aujourd’hui, la responsabilité parentale est certainement le régime de responsabilité le plus


exigent pour le responsable, et focalise les critiques doctrinales.

Traditionnellement, on considère que les responsabilités du fait d’autrui sont des sortes de ‘‘cautions’’
accordées aux victimes pour s’assurer que la victime sera effectivement indemnisée. Le responsable
agit ici comme garant, il est non pas responsable directe du dommage mais garant de la dette de
responsabilité de l’auteur du fait dommageable. Cela suppose la preuve préalable de la
responsabilité personnelle de l’auteur, qui est solidairement responsable avec le responsable de
l’auteur.
L’avantage de cette conception est sa cohérence, puisqu’elle préserve la nécessité d’une
responsabilité personnelle de l’auteur. Son inconvénient est que pour engager la responsabilité des
parents, la victime doit prouver la responsabilité de l’auteur. Par là, elle peut être en clin à vouloir
engager la responsabilité de l’enfant et pas celle des parents.
Concrètement, la présence des parents est une faveur à la victime et pas à l’enfant puisque la victime
à le choix entre engager la responsabilité des parents ou de l’enfant. Le problème est que l’autorité
parentale vise à protéger les intérêts de l’enfant, c’est le but premier de la fonction parentale.

Ces critiques ont été entendues, et depuis 2001 (Arrêt Levert 2001 Cf. Notes de cours p°120), il
suffit que l’enfant ai causé le dommage, même s’il n’en est pas responsable personnellement, le
parent est responsable. On a arrêté d’exiger la faute personnelle préalable de l’enfant.
Sur le plan pratique, c’était indispensable pour la victime, pace que dans les circonstances de
l’espèce, il était toujours très compliqué de savoir si l’enfant avait commis une faute (d’autant plus
lorsque le dommage est arrivé lors d’une activité ludique qui de facto n’est pas codifiée, avec des
enfants qui n’ont pas toujours le discernement). La définition de la faute personnelle de l’enfant est
totalement du ressort de l’appréciation du juge, de son intime conviction.
Sur le plan théorique, en n’obligeant pas la victime à prouver la faute de l’enfant, on oriente la
victime vers les parents et pas vers l’enfant, puisqu’il suffira de prouver que le dommage a été
causé par l’enfant dont ils sont responsables, indépendamment de toute preuve d’une faute.

Certains auteurs proposent d’aller au bout du raisonnement, en proposant qu’il ne soit pas possible
d’engager la responsabilité de l’enfant. En 2000, l’assemblée plénière de la Cour de cassation à dit
que lorsqu’un salarié cause un dommage dans le cadre de son contrat de travail, il engage la
responsabilité de son employeur mais pas la sienne. C’est une immunité de responsabilité.
Et puisque la solution a été dégagé avec les employés, il est proposé d’en faire de même avec
l’enfant puisqu’il existe la aussi un dommage commis sous l’autorité d’un responsable.
Malheureusement, la Cour de cassation à refusé de rendre le mineur auteur irresponsable sur
ce modèle. La victime peut donc soit prouver la faute de l’enfant et engager sa responsabilité, soit
engager la responsabilité des parents (voir in solidum avec l’enfant).

b. Le régime de la responsabilité parentale

-> L’exonération des parents

Dans l’Art.1384.7 du Code Civil (qui existe depuis 1804), il est dit que « la responsabilité ci-
dessus à lieu, à moins que les père et mère et les artisans ne prouvent qu’ils n’ont pu empêcher le
fait qui donne lieu à cette responsabilité ».

C’est une cause d’exonération personnelle des parents. Il ne s’agit pas de savoir si le mineur à
causé le dommage ou non, et il a bien pu le causé tout seul. Les parents doivent être en mesure de
prouver qu’ils n’ont pas pu empêcher l’enfant de causer le dommage. C’est le fait de l’enfant qui
présenterait du point de vue des parents le caractère de la force majeure.

On considère que les enfants notamment en bas-âge peuvent avoir un comportement imprévisible,
que les parents ne peuvent pas toujours empêcher. Comme l’idée de départ classique était de dire
que les parents sont censés avoir commis une faute de surveillance, si le dommage commis par
l’enfant l’a été alors que les parents n’avaient pas les moyens et n’ont pas pu l’empêcher de causer le
dommage, les parents ne sont pas responsables. L’idée est qu’on ne doit pas condamner les
bons parents qui n’ont pu faire autrement. Les bons parents, c’est le bon père de famille.

Avec l’évolution de la société, et le recul de la notion de bons parents, la jurisprudence a été de plus
en plus réticente à admettre l’exonération des parents. A partir des années 1990, on a constaté
que la Cour de cassation n’admettait plus qu’en de très rares cas cette exonération.
La rupture se fait avec l’Arrêt Cass. 2°CIV, 19 février 1997, Bertrand, qui dit que les parents ne
pourront s’exonérer que si le fait de l’enfant apparaît vis à vis des parents comme une force majeure.
En réalité c’est une faculté d’exonération désuète puisqu’elle n’est jamais utilisé parce qu’on est
sensé savoir que le comportement de l’enfant est imprévisible (procédé rhétorique pour écarter cette
exonération).

Voir arrêt Bertrand et commentaires.

-> Les droits de la victime

Elle dispose du choix de son débiteur qui sont tous tenus in solidum (enfant 1382 s’il a fait une faute,
ou l’un ou l’autre des parents – ou leur assureur sur 1384.4).

Si le mineur a causé le dommage et n’a pas commis de faute, l’action directe contre celui-ci n’est pas
possible mais celle contre ses parents reste possible puisque depuis l’arrêt Levert de 2001 pose
qu’il suffit de montrer que l’enfant à causé le dommage.

L’enfant peut être condamné s’il a commis une faute, ou s’il était gardien de la chose qui a causé le
dommage.

Parfois il n’y a pas de parents, ou ceux ci n’ont plus l’autorité parentale, ou qui ne vivent plus avec le
mineur et donc ne l’assurent plus. La plupart du temps ces enfants sont pris en charge par l’aide
sociale à l’enfance et confié à des familles d’accueille ou foyers qui sont à leur tour responsables.

Propositions de Radé : Cf. Notes de Cours p°122.


B. La responsabilité patronale

Il s’agit de la responsabilité des commettants du fait de leurs préposés.


Depuis 1972, le contrat d’apprentissage est un contrat de travail donc il n’y a pas lieu de différencier
ce cas.

Ce régime de la responsabilité civile existe depuis 1804. En 1804, il y avait 3 articles sur le droit du
travail, sur le domaine de la domesticité (contrat de louage de service qui deviendra contrat de travail
etc…). L’idée est que quand un domestique cause un dommage dans le cadre de ses fonctions, son
employeur en est responsable. On voit se dessiner toujours en filigrane le bon père de famille,
bourgeois de 1804…

Il s’agit d’une responsabilité extracontractuelle.

1. Le domaine de la responsabilité patronale

a. Les commettants

Le texte parle de commettant car au regard des règles de 1804, le terme d’employeur n’existe
pas (il apparaît au XVIII ème avec l’apparition du contrat de travail).
Le modèle du commettant à titre professionnel pour autant est l’employeur (la référence au
domestique le prouve bien).

Le critère de qualification avec le contrat de travail, est la subordination juridique. Ce qui caractérise
l’identification de l’employeur et donc du commettant, c’est la subordination juridique (la possibilité
offerte par le contrat à l’employeur de déterminer les objectifs de l’activité du salarié ->
pouvoir de direction ; et le pouvoir de dire au salarié comment il exécute ses taches -> pouvoir
de contrôle. Il y a un pouvoir disciplinaire avec des sanctions unilatérales qui ne vont pas jusqu’à la
rupture du contrat).

Pour autant, la figure du contrat de travail n’absorbe pas toutes les hypothèses. Il y a les
commettants occasionnels : c’est une personne qui n’est pas lié par contrat avec un préposé mais qui
devient commettant au regard de circonstances matérielles (coup de main à quelqu’un dans la rue).
La condition pour devenir le préposé de la personne est de faire ce qu’elle demande. Si on
commet alors un dommage, le commettant sera responsable sur le fondement de l’Art.1384 du
Code Civil.

Le commettant ‘‘professionnel’’ (l’employeur) est présumé être commettant pendant le temps et sur le
lieu d’exécution du contrat de travail. Ce ne peut être qu’une présomption simple, et le lien ne peut
donc être que présumé s’agissant du fait qu’il s’agit d’un salarié.
Cette présomption peut être renversée sans grande difficulté par l’employeur. C’est l’abus de fonction
-> Situation dans laquelle le salarié croit qu’exécutant sa tache n’engage pas la responsabilité de son
employeur. Ainsi, la présomption cède devant la preuve d’un abus de fonction, défini depuis 1988
(Cass. Ass., 19 mai 1988) par trois critères :

 Le préposé doit avoir agi hors des fonctions auxquelles il était employé
 Sans autorisation
 A des fins étrangères à ses attributions

Exemples : Cf. Notes de cours p°124


-> Le critère d’avoir agit hors fonctions : La difficulté apparaît lorsqu’un salarié profite de ses
fonctions pour réaliser des actes à son profit et en dehors des intérêts de la société.
Exemple : un professeur de piano qui en profite pour abuser un élève handicapé sexuellement. La
question est de savoir si les faits ont été commis dans le cadre d’un abus de fonction. La chambre
criminelle dit qu’il ne peut y avoir abus de fonction quand le salarié à trouvé dans ses
conditions de travail le moyen d’accomplir les faits. Dans cette affaire, la société a été jugée
responsable (Cass. Crim., 30 janvier 2007).

La seule réserve n’est pas à rechercher du coté du comportement du préposé, ou du commettant


mais du coté de la victime. La jurisprudence a admis que la victime ne pourra invoquer la
responsabilité du commettant que si elle a pu valable croire que le préposé agissait de la cadre de
ses fonctions (jurisprudence de la 2°CIV, 10 mai 1991, Gaz pal).
C’est une exigence qui n’a pas beaucoup de sens pour les infraction pénales ou personnelles.

2. Le régime de la responsabilité patronale

C’est une responsabilité de plein droit, qui ne suppose pas la preuve d’une faute personnelle
du responsable. Cela n’exclue pas que le commettant ait lui même commis une faute (souvent la
faute du salarié révèle un déficit de surveillance du préposé).

-> Faut-il prouver que le préposé soit responsable du dommage pour engager la
responsabilité du commettant ?

C’est une question qu’on s’est posé avec les parents vis à vis des enfants.
Il y a derrière une question théorique : quelle est la nature de la responsabilité du commettant ?
Si on dit qu’il faut prouver d’abord la responsabilité du préposé, on dit que le commettant
n’est qu’un garant, une caution de la solvabilité de son préposé. Il est donc solidaire d’une dette qui
n’est pas effectivement la sienne, ce n’est pas une responsabilité personnelle.
Si on dit que le commettant est un vrai responsable, et qu’il l’est personnellement, il n’est plus
nécessaire de faire condamner le préposé. Cette dette de responsabilité nait directement dans le
patrimoine du commettant sans avoir à passer par le truchement d’une dette de responsabilité du
préposé.

La solution aujourd’hui est intermédiaire. La responsabilité du commettant reste une garantie


(construire sur le modèle d’un commettant simple caution de la dette de responsabilité de son
préposé) mais la jurisprudence soucieuse de protéger les intérêts du préposé empêche la victime
d’agir directement en responsabilité contre celui-ci.

Pour qu’un commettant soit responsable, il faut que le préposé soit susceptible de l’être.
Il faut montrer que le préposé a commis une faute. Le propre du contrat de travail est de faire peser
sur l’employer les risques inhérents à l’activité. Ainsi même s’il a commis une faute, le salarié ne
pourra pas être personnellement poursuivi.
Cette solution a mis du temps à s’imposer mais a été mis en manœuvre par la jurisprudence
Costedoat (Cass. Ass., 25 février 2000, Costedoat). La limite est que le préposé ne doit pas avoir
volontairement causé le dommage (c’est la faute personnelle détachable du service en droit
administratif). La jurisprudence retient la recherche volontaire du dommage, dans laquelle le préposé
doit avoir volontairement causé le dommage au tiers.
La victime n’a pas d’autre choix que d’agir contre le commettant. Par contre, le commettant dispose
potentiellement d’un recours.
En droit privé, l’idée est que lorsqu’on est solidaire, même s’il y a plusieurs débiteurs chacun
est tenu pour le tout (au sens stricte prévu par une disposition légale, soit une disposition
conventionnelle). Celui qui est codébiteur d’une même dette, la victime n’a pas à diviser ses
poursuites et peut agir contre l’un d’eux pour le tout, à charge du codébiteur d’agir contre les autres
pour se faire rembourser (au cours du même procès). En payant la victime, le codébiteur a payé plus
que sa propre dette. Pour favoriser au stade du recours celui qui a payé, on considère qu’en payant
le créancier on hérite des droits à paiement de celui-ci. La contrepartie de la solidarité est qu’on
achète dans une certaine mesure le droit à action du créancier contre les autres codébiteurs. C’est
pourquoi on dit que le recours est subrogatoire (il s’exerce en application des droits de la victime,
celui qui a payé est subrogé à la victime dans ses droits).

Le problème est que la subrogation fait que celui qui paye agit comme la victime. Si la victime n’a pas
de droit, celui qui paye n’en à pas non plus. Or ici, la victime n’a pas de droit contre le préposé.
Concrètement, la plupart du temps quand un préposé commet un dommage contre un tiers, la
commettant n’a pas d’action récursoire contre le préposé pour les dommages commis. La seule
exception admise par la Cour de cassation intervient lorsque le préposé est assuré.

La Cour de cassation a alors admis le recours du commettant contre le préposé assuré. Cela à fait
dire que l’immunité qui protège le préposé est une immunité personnelle, qui ne joue pas sur
son assureur. Cela veut dire que le préposé n’est en réalité pas irresponsable, mais la jurisprudence
préconise une action contre le commettant pour sa personne.

L’Art. L121-12 du Code des assurances contient une disposition qui interdit à l’assureur de
responsabilité lorsqu’il a indemnisé la victime d’exercer un recours contre les préposés de son
assuré. En contractant une assurance de responsabilité on doit sans recours possible indemniser la
victime, mais il ne peut pas non plus se retourner contre les salariés ou les membres de la famille de
l’assuré.
Si le commettant est assuré, l’assureur ne peut jamais se retourner contre le préposé.
Une exception existe : si le préposé est assuré, parce que dans ce cas-là, l’assureur du commettant
peut se retourner contre l’assureur du préposé.
La majorité du temps, le commettant est assuré (puisqu’il est la plupart du temps un professionnel).

L’abus de fonction vise à permettre au commettant d’échapper de sa responsabilité lorsqu’un salarié


à causé un préjudice, mais l’a fait hors de ses fonctions. Si l’employeur prouve l’abus de fonction,
c’est l’employé qui est responsable sur 1382.
Du point de vue de l’action directe de la victime contre le préposé (jurisprudence Costedoat), qui n’a
pu prouvé l’abus de fonction, il y a application cumulative de la responsabilité du préposé et du
commettant. C’est le cas lorsque la faute commise par le préposé est une faute qui engage sa propre
responsabilité (recherche volontaire du dommage), mais pas d’abus de fonction.

Si les deux sont responsables in solidum, la victime agit contre l’employeur et le salarié.

 La victime décide d’agir contre le salarié. Le juge condamne également civilement le


commettant. Le recours du salarié au pénal pour faute contre son employeur est en principe
impossible : parce que le salarié est condamné pour faute (puisque la victime ne peut agir
contre lui que s’il a personnellement commis le dommage). La seule hypothèse dans
laquelle un salarié condamné au civil pour faute disposerait d’un recours contre le
commettant n’ayant pas réussi à prouver l’abus de fonction, c’est si le salarié prouve
que l’employeur a commis une faute.
Exemple : manque de surveillance du salarié qui avait des tendances aux viol, et aucune
mesure prise par l’employeur. Le commettant a alors commis une faute, s’expose à des
sanctions pénales mais aussi un recours possible du salarié fautif contre lui (le juge pourra
faire un partage de responsabilité entre le salarié fautif et l’employeur fautif).

 La victime décide d’agir contre l’employeur (y compris devant le juge pénal puisque la
victime peut lui demander de condamner au civil le commettant). La question se pose du
recours du commettant contre son préposé. S’il est assuré, c’est l’assureur qui va payer et
lui ne peut se retourner contre le préposé sauf s’il est assuré. Dans l’hypothèse d’une
infraction pénale intentionnelle, les dommages et intérêts sont inassurables (car on ne peut
assurer qu’un risque aléatoire, hors si l’acte est volontaire il n’y a pas d’aléa).
S’il n’y a pas d’assureur et que le commettant assure sur son patrimoine l’indemnisation du
dommage, il a un recours subrogatoire contre le préposé qui a volontairement causé le
dommage. Comme le commettant est condamné sans faute, et que le préposé est
responsable pour faute, le recours est intégral.

Si on compare ce schéma avec la responsabilité parentale (les deux textes sont dans l’Art.1384 du
Code Civil) :

 Si on compare la situation des parents et du commettant : Le seul moyen pour les parents
de s’exonérer c’est de prouver la non cohabitation, et pour le commettant l’abus de fonction.
Dans les deux cas, il y a une fenêtre pour prouver que le dommage a été commis à un
moment ou celui qui a commis le dommage l’a fait en dehors du rapport de subordination.
Il y a donc un parallélisme. Et dans les deux cas, la jurisprudence a dans les deux cas fermé le
cas d’exonération : la cohabitation est devenue purement juridique, et l’abus de fonction dans
les hypothèses d’infractions pénal il n’y a pas d’exonération quand le salarié a trouvé les
moyens de commettre son infraction dans ses conditions de travail.
La grande différence, c’est que la faute n’est pas nécessaire pour agir contre les parents
depuis l’arrêt Levert (alors qu’elle est nécessaire pour agir contre le commettant). De ce point
de vue la, les parents sont plus responsables que les commettants.
Se pose la question de la justesse et de la moralité du fait que les parents soient plus
responsables que les commettants.

 Si on compare la situation de l’enfant et du préposé : Il semble normal que les victimes ne


puissent pas agir directement contre les préposés. Mais la question se pose pour les enfants :
pourquoi sont-ils responsables, alors même qu’ils peuvent être mineurs, voir même dénués de
discernement. On peut espérer un changement de ce régime immoral avec la réforme de la
responsabilité civile, un alignement avec la solution retenue pour les préposés.
C. La responsabilité générale

En 1991, la jurisprudence s’autorise (comme elle l’avait fait avec l’arrêt Teffaine pour la
responsabilité du fait des choses) à consacrer la normativité de l’Art.1384.1 du Code Civil, et d’y voir
une matrice à la création de nouveaux cas de responsabilité.

1. Le domaine de la responsabilité générale du fait d’autrui

Le premier arrêt est le célèbre arrêt Cass. Ass., 29 mars 1991, Blieck (faits : Cf. notes de
cours p°129). Un jeune fume et met le feu au champ du voisin. Le jeune est majeur (pas de parents
responsables), l’établissement qui l’héberge n’est pas responsable de lui. L’intéressé est donc le seul
responsable de lui-même, et il n’était pas assuré. La Cour de cassation à décidé notamment par ce
que le centre est assuré doit répondre des dommages causés par le jeune.
La Cour de cassation décide de consacrer ici un cas de responsabilité sur le modèle parental
(Cf. attendu de principe, notes de cours p°129).

En 1995, la Cour de cassation fait apparaître un nouveau cas de responsabilité. Trois arrêts
sont rendus le même jour (Cf. Notes de cours p°129). A été consacré sur le modèle patronal :
« Les associations sportives, ayant pour mission d’organiser, de diriger et de contrôler l’activité de
leurs membres au cours des compétitions sportives auxquelles ils participent, sont responsables, au
sens de l’Art.1384, alinéa 1er, du Code civil, des dommages qu’ils causent à cette occasion ».

La Cour de cassation a ajouté des nouveaux cas sans jamais consacrer véritablement de principe
général, toujours en poursuivant sur la base de ces deux modèles (cas admis et non admis Cf.
notes de cours p°130/131).

2. Les conditions de mise en cause de la responsabilité générale du


fait d’autrui

a. Conditions propres au responsable

On se demande s’il s’agit d’une responsabilité pour faute, ou une responsabilité sans faute.
Il s’agit d’une responsabilité sans faute du responsable, ce qui veut dire que pour que le
responsable du fait d’autrui soit condamné il n’est pas nécessaire de prouver sa faute. Cela ne
veut pas dire qu’il n’y a pas de faute commise, mais celle-ci aura été commise par l’auteur pas par le
responsable.

Il faudra juste prouver que le responsable :

 Avait accepté la charge d’organiser et de contrôler, à titre permanent, le mode de vie de


l’auteur du fait dommageable (modèle parental). Le critère de l’acceptation n’est pas
toujours contrôlé, exigé (notamment dans les hypothèses de placement judiciaire de l’enfant.

 Avait pour mission d’organiser, de diriger et de contrôler l’activité de l’auteur du fait


dommageable (modèle patronal)
b. Les conditions relatives au fait d’autrui

-> Faut-il prouver la responsabilité préalable de l’auteur du fait dommageable ?

Dans une conception classique, puisqu’autrui est le seul vrai responsable, on est pas responsable du
fait d’autrui si autrui n’est pas responsable. Il faut donc démontrer qu’autrui est potentiellement
responsable (Cf. Notes de cours p°134). Dans l’hypothèse de la responsabilité parentale, on n’exige
plus depuis l’arrêt Levert la preuve de la faute de l’enfant.
Pour les commettants, on exige que le préposé soit fautif mais on ne permet pas à la victime
d’engager sa propre responsabilité (il dispose d’une immunité).

La jurisprudence maintient un système qui en réalité n’est ni le système de la responsabilité


parentale, ni patronale, mais un troisième système (celui qui prévalait lors de l’arrêt Blick 1991) de
responsabilité classique : le responsable du fait d’autrui n’est responsable que si la responsabilité
personnelle de l’auteur peut être engagé. C’est une responsabilité garantie, à priori une
responsabilité caution où on cherche avant tout la faute de l’auteur.
(Cf. notes de cours p°135).

Ce qui est certain, c’est que la faute de l’auteur est exigée dans l’hypothèse des clubs sportifs
(Cass. Ass., 2007). Lors d’une pratique irrégulière du sport, l’auteur sera estimé responsable et le
Club qui l’encadre est responsable de la faute qu’il a commise.

La question qui a été posé pour les clubs sportifs, ne l’a pas été dans le cadre du modèle parental.
La question ne s’est pas posé de savoir si la victime devait prouver que le dommage a été commise
par la faute d’un pensionnaire d’un centre pour handicapé mentaux, foyer etc…
Pour autant, il est possible de remarquer que dans toutes les affaires qui se sont présenté, il y
avait toujours une faute commise par un pensionnaire ou un enfant.

Cette solution qui consiste à subordonner la responsabilité du responsable à la preuve d’une faute
(conforme à la jurisprudence applicable en matière de commettant même si l’action directe contre le
préposé n’est pas possible) tranche avec celle valable en matière de responsabilité parentale.
Cette différence entre les parents, les commettants, et les responsables généraux du fait
d’autrui est stigmatisé par la doctrine qui de manière quasiment unanime dénonce ces
différents régimes.

Les rapports, projets et propositions de réformes ont tous en communs de subordonner la


responsabilité du fait d’autrui à la preuve préalable d’une faute commise par l’auteur du fait
dommageable.

c. Les modalités de mise en œuvre de la responsabilité du fait


d’autrui

En principe, la victime se retrouve avec deux responsables possibles : la personne à l’origine


du dommage, ou le garant (tous deux tenus in solidum).
Souvent, le réflexe de la victime est de concentrer la demande indemnitaire sur les épaules de
l’auteur, a fortiori lors d’une action au pénal lorsqu’il est demandé au juge de statuer sur les intérêts
civils.

-> quels sont les moyens de défense du responsable du fait d’autrui ?

Ce sont les moyens de défense de droit commun : la faute de la victime, et si elle ne parvient pas à
se défendre le recours contre l’auteur.
Conclusion responsabilité du fait d’autrui : Les parents sont en droit français les seuls
responsables purement causals (aucune preuve de faute que ce soit des parents, ou de l’enfant, et ils
n’ont plus la possibilité depuis l’arrêt Bertrand inopérant de s’exonérer). C’est celle-ci qui est
aujourd’hui discutée, et probablement la plus malade de l’évolution jurisprudentielle. Elle n’est même
pas subordonnée à la preuve du discernement de l’enfant, ce qui permet de dire à un enfant de 3 ans
qu’il a commis une faute engageant sa responsabilité. La réforme de la responsabilité civile devrait
être une réforme anti Levert.

La jurisprudence Costedoat a été extrêmement discutée. L’une des propositions qui ont été faites
était de faire céder la responsabilité du préposé en cas d’insolvabilité du commettant. Cette solution
est contestée parce que le préposé n’a pas à être le garant de son commettant.

La question se pose de savoir si la loi va déverrouiller la liste des cas de responsabilité ou pas.
Aujourd’hui la liste n’est pas fermée, mais la Cour de cassation reste maitresse des cas et de
l’ouverture à de nouveaux cas de responsabilité. Le projet Catala verrouille la liste de cas. L’idée
serait de profiter de la réforme pour discuter l’ouverture à de nouveaux cas et de fermer cette liste (le
législateur reprenant la main sur la consécration des cas). Le régime choisi pour ces nouveaux cas
sera probablement de subordonner la responsabilité du fait d’autrui à la commission d’une faute
d’autrui.
Section 4 : La mise en œuvre du droit à indemnisation

A. Les droits de la victime

1) Le caractère d’ordre public du droit à indemnisation

On ne peut pas renoncer par avance à une action en responsabilité. En matière contractuelle, cela
est possible par le jeu de clauses de responsabilité. Certains régimes spéciaux prévoient que le droit
de réparation est un droit au bien (créance de réparation) dont on ne peut être privé sans un juste
motif et sans une contrepartie. En revanche (et c’est d’ailleurs la base même du règlement par les
assureurs, et offices ou institutions publiques mises en place) à partir du moment où le dommage est
survenu (que la créance est entrée dans le patrimoine de la victime), la victime peut en disposer.

C’est la victime et elle seule qui est maitresse du choix de son indemnisation. La victime peut
décider ou pas de se faire opérer pour diminuer son préjudice par exemple. Il n’y a aucune obligation
à la victime pour limiter son propre préjudice.

De la même manière, il n’appartient pas au responsable d’interférer sur les sommes allouées, ni
imposer une réparation en nature. C’est une question qui est discutée puisque l’assureur aurait
intérêt à prendre en charge directement les coûts d’aménagement de la vie de la victime plutôt que
lui verser un capital. Il serait de l’intérêt de l’assureur de surveiller la manière dont la victime dépense
l’argent de manière à rationnaliser les dommages et intérêts. Les mutuelles militent pour une prise
en charge directement également du coût des aménagements. Deux raisons guident les
assureurs et mutuelles : la première raison est basée sur l’efficacité personnelle, afin d’être sûr que la
personne dépense les sommes de manière à effectivement permettre son adaptation au handicap ; et
un argument d’efficacité économique puisque si les assureurs et mutuelles pilotent directement la
rémunération, ils pourront négocier des prix d’aménagement par exemple des logement etc…

2) L’obligation in solidum

L’obligation in solidum est l’obligation faite pour chaque responsable partiel de répondre de
l’intégralité de la dette lorsque la victime le demande. Cela suppose tout de même que soit vérifié au
préalable que chacun est bien responsable, et qu’on dispose d’une action contre chacun.
Il y a des immunités, en vertu desquelles on ne peut agir contre un agent public sauf s’il a commis
une faute personne détachable du service par exemple.

3) Le principe de réparation intégrale

La créance de responsabilité doit réparer intégralement le dommage « sans qu’il n’en résulte ni
perte ni profit pour la victime ». Il n’est pas possible de verser à la victime moins, ou plus que son
préjudice. Cela implique que la somme de tout ce qui a été perçu consécutivement au dommage ne
doit pas excéder l’équivalent du préjudice subit.

La prise en charge par la sécurité sociale produit déjà une première indemnisation du dommage
subit. Arrivé à l’hôpital, la sécurité sociale prend en charge les frais de santé, et verse une indemnité
journalière pour compenser la perte de salaire pour les employés. Le principe indemnitaire veut dire
que lors de l’indemnisation par le responsable, il ne sera pas possible de cumuler les dommages et
intérêts du responsable et les prestations de la sécurité sociale qui ont le même objet. Cela veut dire
que lors d’une action en responsabilité contre le responsable ou son assureur, il ne sera
possible de réclamer que les postes de préjudice qui n’ont pas été indemnisé par la sécurité
sociale (Cf. Nomenclature Dintilhac).
La sécurité sociale, a le droit de se faire rembourser les sommes qu’elle a versé à la victime pour le
compte du responsable (puisqu’elle agit dans le cadre d’une sorte d’avance au responsable).
L’avantage pour la victime, c’est que le risque de l’insolvabilité du responsable pèse sur la
sécurité sociale.

Le responsable ne peut jamais être condamné au delà du dommage. Le mécanisme de dommage et


intérêt punitif existe en matière contractuelle (clauses de responsabilité -> clause pénale) mais pas
en matière délictuelle. La clause pénale est une dérogation au principe général de réparation
intégrale. L’un des enjeux de la réforme est de prévoir pareil mécanisme en responsabilité pour
permettre de responsabiliser l’auteur. La faute lucrative permet de condamner le responsable à des
sommes dont le montant n’est pas calculé uniquement sur le dommage causé, mais aussi sur le profit
permis par l’exaction commise par le responsable.

On se demande si le principe de réparation intégrale a valeur constitutionnelle, puisque si ce n’est


pas le cas, le législateur peut en disposer librement, faute de quoi le conseil constitutionnel
n’admettra qu’une atteinte limitée dans un but d’intérêt général. Le principe de réparation intégrale
n’a pas de valeur constitutionnelle en lui même, puisque le Conseil constitutionnel a
simplement reconnu la réparation de l’intégralité des préjudices, et la réparation intégrale en
cas de faute (2010).

B. Les droits du responsable

1. La prescription

La prescription est un moyen de défense offert au responsable. Il est poursuivi pour avoir causé le
dommage, et lorsqu’un temps long s’est écoulé entre le dommage et l’action en justice il peut
opposer à la victime la prescription extinctive.

Depuis la réforme de la prescription de 2008, les prescriptions se sont raccourcies. Avant 2008, la
prescription de droit commun était trentenaire (depuis 1804), et est tombé à 5 ans.
En l’état aujourd’hui, on observe que le droit commun de l’Art.2224 du Code Civil dispose une
prescription de 5 ans pour les dommages matériels sur les biens. Pour les dommages corporels, la
prescription est décennale (généralisée par la réforme de la prescription de 2008, apportée par la loi
Kouchner de 2002).

En matière de dommages corporels, le Code Civil (Art.2226 du Code Civil) protège les victimes.
Le point de départ de la prescription est dit flottant. Il prend base sur le dommage consolidé, lorsqu’il
n’évoluera plus (par exemple lors de la guérison). Cela n’empêche pas d’indemniser de manière
provisionnelle la victime qui a besoin immédiatement de sa réparation. Cette provision s’impute sur
le montant final, qui sera complété après la consolidation. Pour les maladies évolutives, le point de
départ ne court pas et la prescription ne se ferme jamais. Il faut également citer les autres points de
report de la consolidation. Une victime incapable ne voit pas sa prescription courir. Le mineur et le
majeur sous tutelle, ne voient pas leur prescription courir, pour éviter que leurs droits soient lésés par
l’action d’un tiers (le tuteur, le responsable).

Pour contrecarrer le point de départ flottant, la loi du 5 juillet 2008 a créé un délais butoir.
D’une manière générale, lorsqu’il y a une cause de suspension, de report ou de décalage du point de
départ, le délai entre la survenance du dommage et l’action en justice ne peut excéder 20 ans.
On voit bien la conciliation des intérêts du responsable et de la victime, pour éviter qu’une
hypothèque ne pèse trop longtemps sur les épaules du responsable. Ces délais ne s’appliquent
pas aux dommages corporels. Se dessine un droit de la responsabilité dual, avec d’une part en
matière de dommage corporel un régime favorable aux victimes (primauté du principe de dignité de la
personne humaine) ; et d’autre part avec les règles de responsabilité concernant les dommages
matériels pose un régime plus équilibré.

2. Le recours en contribution

La première action du poursuivi est de discuter/débattre les conditions de sa responsabilité.


S’il n’a pas réussi à échapper à sa responsabilité, il va exercer une action en contribution.

a. Le fondement

En principe en droit privé, le recours en contribution est subrogatoire. Celui qui a indemnisé la
victime est sensé au stade du recours hériter des droits de la victime et exercer un recours en
contribution comme si elle était elle même la victime. Cette subrogation n’est pas le fondement
de l’action de l’Etat vis à vis des établissements publics en droit administratif, et si le droit
administratif ne connaît pas l’action subrogatoire c’est parce que l’Etat et les particuliers sont en tout
point différents : d’une part le particulier défend ses propres deniers, l’Etat défend l’intérêt public.

Cette subrogation en droit privé n’est pas problématique d’une part parce qu’elle substitue deux
personnes privé, et parce que en droit commun de la responsabilité le responsable et la victime sont
traité de la même manière : pas de privilèges probatoires (preuves), pas de privilèges procéduraux
(on assigne toujours au domicile de la victime) … La seule chose qui change entre la victime et le
responsable, c’est sa position de créancier (victime) et de débiteur (responsable).
Pour autant c’est ici le droit commun : en dehors de ce régime de droit commun, la subrogation
devient impossible parce qu’elle revient à donner au responsable des prérogatives particulières
attribuées à la victime.

Exemple : En contentieux des assurances. Le droit des assurances protège la partie faible (l’assuré)
vis à vis de la partie forte (assureur). L’Art.L121-12 du Code des assurances interdit le recours
subrogatoire de l’assureur contre l’assuré et contre ceux qui vivent avec lui.

Dés lors que la victime est indemnisée par application d’un régime spécial, au stade du recours le
régime spécial n’est plus applicable de manière subrogatoire. Dés lors qu’il y a une règle spéciale qui
accorde aux victime un régime dérogatoire du droit commun (règle de preuve, de procédure,
d’indemnisation), au stade du recours le responsable n’est pas subrogé dans les droits de la victime.
Dés lors qu’il est subrogé, le responsable applique le droit commun.

b. Le régime

L’idée est que c’est toujours le fautif qui doit payer.


Si parmi les coresponsables il y a un fautif et un/des non fautif(s), c’est le fautif qui doit payer.
(Cf. notes de cours p°141 -> Tableau récapitulatif).

Lors de la proportion attribuée au recours d’un fautif contre des fautifs, la proportion se fait sur des
éléments objectifs, à la discrétion du juge. Le risque est que les autres ne soient pas solvable au quel
cas le condamné au civil n’a pas de recours.

Il faut rajouter que la Cour de cassation a décidé que l’immunité de l’Art.L121-12 du Code des
assurances s’appliquant également hors contexte des assurances (pour toute partie).

Conclusion : Les textes que nous avons étudiés sont d’abord pour majeur partie des règles issues
du Code Civil de 1804. C’est un point commun avec les règles de droit des contrats, dans l’attente
d’une modification substantielle des règles de la responsabilité civile. Ces textes ont quand même
subi des évolutions historiques sensibles. Elles peuvent se rapporter à deux facteurs : un dévoiement
de la responsabilité pour faute au travers d’une conception très extensive de la responsabilité pour
faute ; et surtout un développement des responsabilités des faits d’autrui. On constate une
objectivation une extension à partir des cas existants de la responsabilité des faits d’autrui.
La Cour de cassation a inventé le principe général de la responsabilité du fait de la chose, mais
également déverrouillé la liste des cas de responsabilité du fait d’autrui et prévu de nouveaux cas.

Ce mouvement d’expansion de la responsabilité civile est paradoxal, parce qu’en même temps que
s’étend le champ des règles légales en matière de responsabilité civile, ce champ n’a cessé d’être
restreint depuis la loi de 1998. La jurisprudence a sur interprété les textes existants pour protéger les
victimes, et le législateur a multiplié les exceptions au droit commun. Il a été décidé de multiplier les
régimes spéciaux dérogatoires. Cette multiplication des régimes spéciaux a donné lieu dans une
certaine mesure au développement de la sécurité sociale après 1945. On a surtout choisi de mettre
en place des régimes spéciaux d’indemnisation le plus connu d’entre eux étant le régime
d’indemnisation des victimes d’accident de la route, ou du régime d’indemnisation des victimes
d’accidents médicaux.
 Chapitre 2 : Les régimes d’indemnisation

Introduction : Jusqu’à présent, nous avons raisonné sur les règles de la responsabilité qui sont une
catégorie des rapports d’obligations (qui sont un lien entre deux patrimoines, et un lien entre deux
personnes). Lorsqu’on pense la responsabilité civile, on pense à la victime et au responsable.
La fonction sociale de la règle doit donc être pensé à l’égard des deux bouts de la chaine.
Du coté de la victime c’est plus simple car c’est la fonction réparatrice, et du côté du responsable la
fonction responsabilisante. Il y a une raison éthique, morale, ou autre qu’elle soit responsable. Il y a
éventuellement un aspect collectif dissuasif, exemplaire, mais on cherche avant tout l’écho dans la
personne du responsable.

Lorsqu’on parle de mécanisme d’indemnisation, on parle de l’objectif essentiel et exclusif de


la réparation du dommage. On ne juge pas la victime, on postule simplement qu’elle doit être
indemnisé (condition nécessaire et suffisante). Comme l’objectif du mécanisme est de l’indemniser et
de garantir l’effectivité du droit à réparation, on va la protéger contre les aléas propres à la
responsabilité (à savoir l’identification et la solvabilité du responsable). On va donc provisoirement
effacer la personne du responsable et lui substituer un mécanisme collectif qui va automatiquement
réparer le dommage et indemniser la victime. Ce dispositif se chargera ensuite de poursuivre le
responsable au stade de la contribution. Pour le fond, le recours n’a qu’un seul objectif : le
refinancement. En droit commun de la responsabilité le recours vise à un intérêt de justice et
d’équité. Ici le recours d’un fond n’a qu’un seul objectif comptable et financier : refinancer le fond.

La morale n’est pas le problème du mécanisme d’indemnisation. La morale est de ressort du droit
pénal, pas des mécanismes d’indemnisation.

Ces tiers payeurs se voient parfois accompagné de procédures particulières, de commissions


parfois administratives ou juridictionnelles. Sur le plan procédural, on va retrouver des
aménagements en terme de preuve (recours massif à la technique des présomptions), procéduraux
visant notamment à accélérer les procédures et les rendre gratuites, et un aménagement des règles
substantielles notamment avec la protection des victimes contre leurs propres fautes (c’est
notamment sur cet écueil qu’a été adopté la loi Badinter sur les accidents de la circulation).
Section 1 : L’indemnisation des victimes d’accidents de la circulation

La question des accidents de la circulation a quasiment toujours été à l’origine de grandes


avancées ou de grands troubles en matière de responsabilité. L’arrêt Jand’heur de 1930 était déjà un
cas d’accident automobile. L’arrêt Franck sur les critères de la garde était encore un cas d’accident
de la circulation automobile. L’arrêt Desmares de 1982 l’était aussi. Il est donc logique que le
législateur soit intervenu par la loi du 5 juillet 1985 dite Badinter.

La loi du 5 juillet 1985 dans le contexte de l’arrêt Desmares va mettre en place un régime
d’indemnisation.

-> Sur le fond :

Ce régime est finalement relativement proche du droit commun. C’est une version modernisée
de l’Art.1384 du Code Civil et de la responsabilité du fait des choses. La règle dérogatoire est
l’immunité accordée aux piétons (contexte de l’arrêt Desmares). Il s’agissait d’éviter que des piétons
distraits perdent tout ou partie de leur indemnisation sous prétexte qu’ils étaient part à la cause de
leur dommage. Partant de l’idée du principe que voiture et piéton ne sont pas égaux, une
immunité a été créé.

-> Sur le plan procédural :

La loi est totalement innovante. Elle poursuivait un double objectif : déjudiciariser les procédures
d’indemnisation (et par la favoriser l’indemnisation des litiges par les assurances), et accélérer la
procédure en faisant peser sur l’assureur des obligations d’initiative afin que la victime soit
indemnisée dans un délai plus raisonnable.

Le fond de garantie automobile est créé (FGA, fusionné plus tard pour devenir FGAOD) et sert de
roue de secours aux assurances. Lorsque l’indemnisation par l’assureur n’est pas possible (soit parce
qu’on a pas retrouvé l’auteur, soit par ce qu’il n’est pas assuré, ou parce qu’il n’a pas payé ses
cotisations et l’assureur lui oppose le non paiement des primes), la victime peut être indemnisé par le
fond de garantie qui indemnise au nom de la collectivité des conducteurs de voiture. Ce fond est
financé par une cotisation prélevé sur les contrats d’assurance.

Sous section 1 : Les conditions de l’indemnisation

Ce texte n’a pas été codifié. Instauré en 1985, ce texte a été instauré dans le cadre d’une sorte de
marché passé par les pouvoirs publics avec les assureurs. On est à une époque où l’objectif
poursuivi par les pouvoirs public est de réussir à mettre un place un dispositif d’indemnisation. On ne
peut pas mettre sur pied un dispositif contre les assureurs, contre les producteurs. Cette procédure
ne va pas aussi loin que pourrait le souhaiter, et un certain nombre de critiques ont été formulées par
la doctrine, et une réforme semble nécessaire.

C’est une loi exclusive : une fois que les conditions sont réunies, la loi s’applique à l’exclusion de
toutes les règles issues du droit commun (specialia generalibus derogant). La loi a d’ailleurs exposé
que la victime d’un article de la circulation ne pouvait pas appliquer le droit commun.
Cette exclusivité de la loi suppose tout de même que celui contre qui l’action est mené soit
tenu d’indemniser la victime par application de la loi. Ce n’est pas parce qu’on est pris dans un
accident de la circulation que tous les protagonistes seront tenus d’indemniser par rapport à la loi de
1985. Elle n’est applicable qu’à l’assureur d’un véhicule terrestre à moteur impliqué dans un accident
de la circulation. Tout responsable d’un accident de la circulation automobile sera responsable par le
régime de droit commun.
I) Les d’application de la loi

A. L’applicabilité de la loi

1) Application dans le temps

La loi s’applique rétroactivement avec une rétroactivité de 3 ans. Ainsi, la loi de 1985 s’applique à
tous les accidents depuis 1982 (rétroactivité in medius –> dans l’intérêt de la victime).

2) Application dans l’espace

La règle européenne est que les victimes d’accident de la circulation sont indemnisé par la loi
applicable sur le territoire de l’accident. Ce principe subit une exception : l’hypothèse dans
laquelle il y a un lien entre l’accident survenu à l’étranger et le pays de la victime (l’assureur
français).
Si l’accident de la circulation qui interviens à l’étranger, met en cause un assureur français, c’est la loi
française qui s’applique.
Deuxième hypothèse, c’est lors d’un voyage organisé par un transporteur français qui est donc
assuré en France. C’est la loi française qui est compétente.

B. Circonstances particulières

1) Victimes transportées en vertu d’un contrat

La loi de 1985 s’applique qu’on soit victime transportée en vertu d’un contrat ou pas. Le principe du
non cumul ne peut pas interdire à une victime d’invoquer la loi de 1985.
L’Art. 1 de la loi de 1985 dit « Les dispositions du présent chapitre s’appliquent, même lorsqu’elles
sont transportées en vertu d’un contrat (…) ».

2) Accidents de chemins de fer et de tramway

Concernant les victimes d’accident de chemin de fer ou de tramway : La loi de 1985 ne devait
s’appliquer qu’à des véhicules circulant sur les voies publiques, à l’exclusion des trains et tramway
ayant des réseaux ferrés. L’Art.1 de la loi de 1985 parle de voies propres, au sens de voies dont la
séparation est matérialisée pour les usagers de la route. Une lise en béton suffit à marquer cette
séparation (comme à Bordeaux). A partir du moment où un tramway circule sur une voie mixte, il
relève de la loi du 5 juillet 1985. Concernant les accidents de croisement, le doute a été levé par la
jurisprudence (Cass. 2°CIV, 16 juin 2011) qui a posé que lors d’un accident de croisement, les
dommages relèvent de la loi de 1985.
C. Conditions générales d’application

1) Un dommage imputable à l’accident

Il faut avant tout une victime de l’accident de circulation, causé par un accident de la circulation.
Cela ne pose pas de problème lorsque les constatations faites établis le lien entre l’accident et la
victime. C’est souvent le cas lorsque la victime est dans le véhicule, ou lorsque des témoignages
interviennent. La où c’est plus compliqué, c’est lorsqu’il y a un décalage entre l’accident et le
dommage.

Il existe une présomption d’imputabilité et la victime n’aura qu’à prouver qu’elle était présente durant
l’accident, et qu’elle à postérieurement subit un dommage qui peut être imputé à l’accident. La
victime n’aura pas à prouver qu’elle a été effectivement victime de l’accident, à prouver de manière
certaine la causalité. C’est une présomption de fait, qui pourra être renversé par une preuve
contraire.
L’exemple est celui d’un homme qui fait un infarctus pendant la rédaction du constat amiable
d’accident, après l’accident et alors qu’il n’y a pas de dommage corporel directement lié à l’accident
(Cass, 19 février 1997, Compagnie die Bundesknappschaft).

Le problème se pose lorsque le dommage survient plusieurs jours, semaines, mois après l’accident.
La jurisprudence a été admettre jusqu’à 4 mois un rapport de cause à effet concernant un suicide
survenu du fait d’un accident de la circulation. La victime avait été hospitalisé, puis diagnostiqué
dépressive, puis son état psychologique s’était dégradé, et le suicide été intervenu. Le problème,
c’est que plus on s’éloigne de l’accident moins le lien est évident à prouver.

La présomption permet parfois de passer outre non seulement la certitude matérielle, mais aussi
l’incertitude scientifique. C’est le cas lorsqu’on n’est pas certain qu’un événement donné puisse
provoquer un dommage. Dans le contentieux du vaccin de l’hépatite B, la Cour d’Appel de Grenoble
à utilisé la présomption pour prouver le lien entre un accident de la circulation et une poussé de
sclérose en plaque 6 mois plus tard. Cette poussé de sclérose en plaque survient alors qu’elle ne
présentait aucun facteur pathologique expliquant scientifiquement la poussée de sclérose en plaque.

Même lorsque la présomption ne s’applique pas (soit parce que le dommage a une autre cause
identifiée, soit parce que l’éloignement dans le temps ne permet pas d’appliquer la présomption
temporelle lié à l’accident) la jurisprudence a tendance à appliquer la théorie de l’équivalence des
conditions, notamment lorsque la victime de l’accident de la circulation a par la suite été victime d’un
aléa thérapeutique -> Exemple : Cf. Notes de cours p°148

2) Un accident de la circulation automobile

a. Un accident de la circulation

Il concerne d’une manière ou d’une autre une automobile pour ce qui est de la loi de 1985.
De plus, ce doit être un accident, un fait fortuit et involontaire. Il suppose l’existence d’un aléa.
Le dommage volontairement commis est exclu de la qualification d’accident de la circulation.
Du point de vue de la victime, cela peut paraître choquant puisque les cas de réparation sont très
larges concernant les accidents de la circulation. Ici, du point de vue de la victime subir un accident
ou une agression est la même chose.
Pourtant on n’assure pas les faits volontaires donc on a exclu les faits volontaires du domaine
d’application de la loi de 1985. Ce qui se joue en réalité, ce n’est pas d’être indemnisé ou pas, mais
être indemnisé par le fond de garantie des accidents automobiles (FGAOD), ou un autre fond (fond
de garantie des victimes d’infraction). Cette jurisprudence a été rendu dans des contentieux entre
fonds.
Concernant la circulation, la conception jurisprudentielle est extrêmement large. On y inclut les
véhicules qui circulent, mais aussi les véhicules inertes qui participent à un accident. La loi s’applique
sur les voies ouvertes à la circulation publique, mais aussi sur des voies privées de circulation, et
dans des lieux privés dans lesquels on circule même s’ils ne sont pas conçus pour la circulation.
Le seul endroit où il n’y a pas de circulation automobile sont les lieux impropres à la
circulation automobile (et encore, un seul arrêt du 26 juin 2003 a écarté la qualification d’accident
de la circulation en raison de l’impropriété de la voie de circulation – Scooter situé dans un hall
d’immeuble prend feu et incendie plusieurs appartements). Il faut penser l’accident comme la
réalisation d’un risque, qui dés lors qu’il est lié à la fonction de déplacement du véhicule
(moteur), est considéré comme un accident de la circulation.

Lorsque plusieurs accidents sont liés, il peut y avoir plusieurs chocs (le cas avec le motard qui est
éjecté de son véhicule et projeté). On se demande s’il y a un ou plusieurs accidents dans ce cas
là. Dans un carambolage par exemple, plusieurs véhicules entrent en jeu. Tout dépend du laps de
temps dans lequel cela s’est produit : si on considère que c’est un seul accident, tout le monde est
tenu de l’entier dommage, sinon on considère les dommages séparément vis à vis de chaque choc.

La Cour de cassation retient une conception globale des accidents complexe en ne retenant qu’un
seul et même accident. L’accident complexe est celui qui implique plusieurs accidents dans un
même laps de temps. C’est une notion apprécié in concreto par les juges du fond, et
souverainement.

2) Un véhicule impliqué

a. Un véhicule terrestre à moteur

Un véhicule doit être doté d’un système d’un système de déplacement propre. C’est un objet doté
d’une fonction de déplacement. La jurisprudence a exclu les jouets, les dameuses, les auto-
tamponneuses. Une tondeuse autoportée est un véhicule terrestre à moteur, alors que la tondeuse
autotractée n’est est pas.

Les kartings et mini-motos sont considérés comme étant des véhicules terrestres à moteur.
Il faut rajouter les dommages consécutifs à des accessoires (galerie de toit, tendeur, etc…) à
condition qu’il s’agisse d’un accessoire du véhicule. La question par exemple des chargeurs de
batterie a fait soulever que le chargeur n’est pas un accessoire du véhicule puisqu’extérieur à celui-ci
et non pas propre à lui.

Pour qu’il y ait accident de la circulation, il faut qu’il n’y ait pas d’identité absolue entre le conducteur
et la victime. Autrement dit, l’accident dans lequel est seul impliqué comme auteur et victime le
conducteur ne relève pas de la loi de 1985 (celui qui se prends un arbre tout seul). C’est une vraie
différence entre ce dispositif et d’autres régimes d’indemnisation, puisque les autres régimes de
solidarité indemnisent les victimes y compris lorsqu’elles sont victimes de leur propre faute. C’est la
raison pour laquelle l’assureur automobile propose généralement une assurance
complémentaire non obligatoire, sur les dommages causés au conducteur lui même (assurance de
personne).
b. Un véhicule impliqué dans l’accident

Dans les systèmes d’indemnisation, il y a toujours d’un coté une victime, de l’autre un responsable,
mais au milieu un tiers payeur. Il s’intercale entre la victime et le responsable dans l’intérêt de la
victime pour favoriser son indemnisation sur le plan probatoire, procédural et substantiel.

Entre la victime d’un coté, et le conducteur du véhicule terrestre à moteur de l’autre, il y a un tampon
qu’est l’accident de la circulation. On va dissocier l’analyse du rapport de causalité du point de vue de
la victime, et du point de vue du conducteur. Dans les hypothèses les plus simples il y a identité entre
l’imputation du véhicule à l’accident.

Si on a créé la notion d’accident, c’est pour analyser les situations complexes et rendre compte des
situations dans lesquelles il y a plusieurs causes imbriquées.
Pour lui épargner à avoir à prouver le rôle causal de l’accident de la circulation, lorsque plusieurs
évènements entrent en compte, on considère qu’il s’agit d’un seul accident et la victime pourra agir
contre l’un des véhicules impliqués dans l’accident, sans s’inquiéter de savoir lequel a causé le
dommage. Cette seconde question sera posée lors du recours entre les assurances des
véhicules.

Dans les accidents complexes, il y a le véhicule qui a causé le contact et le dommage, et d’autres
véhicules qui peuvent n’avoir été impliqués que de manière ‘‘matérielle’’. Dans un carambolage, un
40ème véhicule n’a que touché le 39ème, et pourtant il est impliqué dans l’accident qui a causé le
dommage corporel à l’avant.

Lors de l’absence de contact matériel avec l’accident : l’implication dans un accident sans contact
est problématique. Il ne peut y avoir d’implication que si le véhicule a causé l’accident. Il doit avoir eu
un rôle causal, et que par sa présence ou son comportement il a perturbé la circulation de l’un des
véhicules impliqués dans l’accident.
C’est le cas de véhicules stationnés qui empêchent par leur stationnement de voir ce qui viens
sur les cotés de la voie. Encore faut-il prouver que par sa présence, le véhicule a joué un rôle
causal (Cf. Notes de cours p°154).

Conclusion : Pour que la loi du 5 juillet 1985 soit applicable, il faut prouver que le dommage est
imputable à un accident de la circulation (soit à l’aide d’une présomption d’imputabilité, soit par
équivalence des conditions) et il faut que la réalisation de ce risque routier permette d’agir contre un
véhicule impliqué dans l’accident (soit celui qui a causé l’accident/le dommage, soit un véhicule qui a
matériellement participé au dommage).
II) Les conditions de l’indemnisation des victimes

A. Les conditions communes

1) Les causes d’exonération exclues

La force majeure n’est opposable à aucune victime de l’accident (Art.2 de la loi de 1985). C’est le
cas lorsqu’un autre véhicule viens jouer le rôle d’un événement de force majeur. C’est le cas du
coup de vent qui renverse une voiture lors d’une tempête. La force majeure ne peut être retenue, et
l’assureur répond également de la force majeure lorsqu’elle est à l’origine de l’accident.

2) L’indemnisation des dommages aux biens

On voit une distinction entre les dommages aux biens et les dommages à la personne. Les
dommages à la personne méritent un traitement privilégié par rapport aux dommages aux biens.
On ne peut pas traiter avec les mêmes égards les victimes de dommages aux biens, et les victimes
de dommages corporels.

Les dommages aux biens sont traités de manière uniforme quelque soit la victime de l’accident de la
circulation. Le régime est le même pour tous. La victime qui a commis une faute à l’origine du
dommage aux biens, cette faute pourra lui être opposé dans le cadre du droit commun.

Sur le plan procédural, l’assureur a les mêmes obligations procédurales mais sur le plan substantiel
aucune immunité.

B. Les régimes particuliers

On considère que les victimes conductrices sont à l’origine du risque. Puisque les victimes
conductrices sont créatrices de risque, et que les victimes non conductrices sont des ‘‘victimes
innocentes’’, on leur applique un régime différent.

Selon Ch. Radé, c’est un régime critiquable puisque si le fondement est la solidarité, et l’aide de ceux
qui ont subit un dommage corporel à revivre le plus normalement possible après l’accident, il n’y a
pas lieu de faire une différence entre les conducteurs et les autres. Faire une différence de traitement
entre conducteurs et non conducteurs, ce n’est pas fonder le droit à indemnisation sur le droit à la
dignité de la personne. Cette distinction n’a pas été voulue par les assureurs. Ceux-ci exposent que
leur métier est d’assurer. Alors assurer toutes les victimes de la même manière aura de leur point de
vue le seul effet de faire monter les prix. La seule barrière a été idéologique, posée par le parlement,
en n’acceptant pas d’indemniser pleinement les victimes de leur propre dommage.

1) L’indemnisation des victimes conductrices

a. La notion de victime conductrice

Le conducteur, c’est celui qui conduit. Si on est accidenté au volant ou au guidon, on est
conducteur. C’est une présomption quasi irréfragable, non pas de droit mais de fait. C’est le cas
même si le moteur est coupé, même si le véhicule est en remorque etc…

Il y a une série d’hypothèses dans lesquelles ont peut perdre la qualité de conducteur, ou l’acquérir.
LA PERTE DE LA CONDUITE
-> La perte involontaire de la qualité de conducteur

Celui qui descend de la voiture n’est plus conducteur. C’est une perte de garde volontaire. Le
conducteur l’est tant qu’il est en contact avec la zone du véhicule réservé à la conduite (est toujours
conducteur celui qui referme la portière de sa voiture). La conséquence se fait ressentir sur
l’indemnisation de ce fait, la distinction est importante (Cf. Notes de cours p°156).

-> La perte volontaire de la qualité de conducteur

Depuis 2010 la Cour considère que « la qualité de conducteur ou de piéton de la victime ne pouvait
changer au cours de l’accident reconnu comme un accident unique et indivisible ». Même en étant
éjecté et blessé par un deuxième véhicule quelque instant plus tard, la victime sera traitée comme
une victime conductrice. En commettant une faute en entrant dans l’accident, elle lui sera reproché.

L’ACQUISITION DE LA CONDUITE
Le parent qui accompagne un jeune conducteur en conduite accompagné n’est pas responsable.
Le moniteur d’auto-école qui accède aux commandes acquiert la conduite. Le passager qui
saisit volontairement le volant et actionne indirectement la pédale de l’accélérateur en appuyant sur
la jambe droite du conducteur également (Cf. Notes de cours p°157).

b. L’indemnisation des victimes conductrices

Chaque conducteur peut être indemnisé intégralement par chaque assureur de chaque
véhicule. Exception : lorsque que par sa faute elle a contribué à son propre dommage.
C’est ici une logique moralisatrice, sanctionnatrice alors que ce n’est pas le fondement des régimes
d’indemnisation…

Un conducteur peut avoir provoqué un accident mais sans que cette responsabilité dans l’accident
n’ait contribué à son propre dommage. On peut avoir causé l’accident mais ne pas avoir causé son
propre dommage par sa propre faute. Cette faute de conduite peut être à l’origine de tout ou partie de
l’accident. On ne peut pas confondre la faute du conducteur cause de l’accident et l’origine de son
dommage.

Certains juges avait pris la mauvaise habitude de confondre les deux et de considéré que lorsqu’une
faute de conduite était à l’origine de l’accident elle était forcément à l’origine du dommage. De plus, si
l’autre véhicule n’avait pas commis de faute, c’est le conducteur victime qui devait supporter seul le
poids de son propre dommage. Ce double comportement a été contesté par la Cour de cassation
qui dans un arrêt de chambre mixte Demayeres du 28 mars 1997 : lorsque les juges s’interrogent
sur l’exonération de l’assureur par faute du conducteur, doivent se demander 2 chose :

Si le conducteur a commis une faute et si cette faute a causé en tout ou partie son dommage :
les juges du fond ne doivent pas s’intéresser au comportement du conducteur responsable, la
question est de savoir si le conducteur-victime a commis une faute et le rôle de cette faute dans la
production de son propre dommage (exemple : vitesse excessive). On ne pas tirer de conclusions de
la faute du conducteur à l’origine de l’accident sans porter de jugement sur le comportement des
autres conducteurs. Il faudra mentionner le rôle causal du conducteur dans l’accident. Dans la plupart
des hypothèses dire que la faute du conducteur a causé le dommage ou dire qu’il est à l’origine de
l’accident ou dire que l’autre conducteur n’a pas commis de faute c’est pareil.
Les deux expressions sont à dissocier car l’équation n’est pas toujours parfaite dans l’hypothèse des
accidents complexes car on peut être à l’origine de l’accident dans lequel on est impliqué
matériellement mais la faute que l’on a commise n’est pas la faute qui a causé le dommage
(exemple : victime de plusieurs chocs et blessure à cause d’un troisième véhicule dans un même
accident). La vraie différence de la loi de 1985 est donc dans la distinction entre accident
simple et accident complexe.

La Cour de cassation vérifie que les critères de mise en œuvre sont respectés, les juges du fond ont
un pouvoir souverain d’appréciation.
Les fautes des conducteurs sont pour l’essentiel des manquements au Code de la route. Dès qu’il y
a accident corporel, cela relève du pénal, le parquet peut décider de poursuivre le conducteur.
C’est l’enquête de police ou de gendarmerie qui va permettre de caractériser les manquements.
Toutes les fautes des conducteurs ne sont pas directement liées à la production du dommage.
Certains manquements sont seulement des causes indirectes de l’accident et donc causes indirectes
du dommage.

C’est le cas pour l’alcoolémie : Quelle est l’incidence de ce constat sur l’indemnisation du
conducteur ? Il y a une faute évidente, il y a un accident corporel de l’autre, le problème se pose sur
la propre indemnisation du conducteur. Jusqu’à 2007, la Cour de cassation considérait qu’un
conducteur alcoolisé devait toujours être privé de toute réparation pareil pour conducteur
sans permis. Comme la loi interdit de prendre le volant alcoolisé, on n’aurait pas du prendre le
volant et on n’aurait pas été blessé.
Depuis l’arrêt du 6 avril 2007 de l’assemblée plénière ces fautes ne constituent une exonération
totale d’indemnisation que si en l’espèce les véhiculent ont causé le dommage. Si l’alcoolémie ou la
conduite sans permis n’a pas joué de rôle concret dans le dommage alors elles pourront être
indemnisées. Dans un certain nombre d’affaire il est établit que l’alcoolémie du conducteur n’était
sans lien avec l’accident. La Cour de cassation dit que les juges du fond ne peuvent pas déduire
de ce type de faute l’exonération totale du conducteur. Les juges doivent préciser in concreto en
quoi l’alcoolisation ou le fait d’avoir conduit sans permis était à l’origine de l’accident et à l’origine du
dommage. La Cour demande de vérifier en quoi la faute du conducteur a conduit en tout ou partie à
la réalisation du dommage. Les juges du fond apprécient souverainement la proportion de
l’exonération.

En réalité, la victime conductrice est traitée comme une victime ordinaire hors loi de 1985 à
l’exception de la force majeure qui ne peut pas lui être opposé par l’autre conducteur. La faute du
conducteur peut être une cause d’exonération totale ou partielle lorsqu’elle est à l’origine de la
réalisation de son propre dommage. Les critères fixés par la jurisprudence Demayere n’ont toujours
pas permis de fixer ce contentieux. On n’a pas voulu considérer que les victimes conductrices comme
des autres victimes. Une partie de la doctrine demande l’extension des règles qui s’appliquent aux
victimes non conductrices.
b. L’indemnisation des victimes non conductrices (piétons et passager)

Pour les victimes ordinaires :

La règle c’est l’indemnisation intégrale. L’exception : la faute inexcusable cause exclusive du


dommage. Ces deux éléments de la faute (inexcusable et cause exclusive) assurent une protection
quasi-systématique des victimes dans toutes les circonstances car ces situations sont très rares.
Ce sont deux critères cumulatifs, et s’il manque un des deux éléments la victime sera indemnisée
intégralement. En réalité, il n’y a que quelques cas très exceptionnels, la jurisprudence est tellement
restrictive qu’on se demande l’utilité de maintenir cette cause d’exonération. Elle rappelle aux
victimes non conductrices qu’elles ne peuvent pas faire n’importe quoi : symbolique de la loi, vertu
préventive… ça n’a pas de sens…

La faute inexcusable : Les juges ont repris la définition de la faute inexcusable de la loi de 1987.
Il s’agit d’une faute volontaire d’une exceptionnelle gravité exposant son auteur à un danger sans
raison valable duquel il aurait dû avoir conscience (on apprécie in abstracto le comportement de la
victime avec le standard des comportements). Cette définition est stable, elle n’a pas varié. La
jurisprudence refuse la plupart du temps de reconnaître la faute inexcusable. L’alcoolémie n’est pas
en soi une erreur inexcusable.

Il y a toutefois deux séries de décision qui retiennent la faute inexcusable :

Le franchissement volontaire de dispositif visant à empêcher l’accès aux voies de circulation.


Pour qu’il y ait faute inexcusable il faut qu’on soit bourré (bien bourré), avoir traversé une route à 3
voies protégé par un muret, la nuit quand il pleuvait des cordes. Là, on pourra accepter l’erreur
inexcusable donc pas d’indemnisation. Le critère absolu est le critère de franchissement, dans ces
circonstances, on s’est volontairement exposé à un risque d’accident que l’on ne pouvait pas ignorer
dans les circonstances de l’espèce.
On retrouve certains arrêts d’espèce dans lesquels les juges considèrent que la victime ne mérite pas
d’être indemnisée.

Et il faut que cette erreur soit la cause exclusive du dommage : il suffit que le conducteur du
véhicule qui a heurté le piéton ait commis lui-même une faute pour que la faute de la victime ne soit
pas la cause exclusive du dommage. Il suffit de prouver que dans les conséquences de l’espèce le
dommage a au moins une autre cause.

Pour les victimes privilégiées des personnes de moins de 16 et de plus de 70 ans et les
personnes invalidés de plus de 80% :
La seule chose qu’on puisse reprocher à la victime, c’est la recherche volontaire du dommage. Cela
correspond potentiellement de la fraude à l’assurance (une personne qui s’accidente volontairement
pour bénéficier de l’assurance) et le suicide.
Pour le 2nd cas, qu’est-ce qui distingue la ‘‘stupide connerie’’ et le suicide ? Le fait de flirter avec la
mort par jeu n’est pas exonératoire, ce qui est exonératoire c’est l’établissement d’un suicide.
La preuve de l’intention du suicide doit être rapporté par l’assureur qui doit prouver qu’il ne doit rien
en établissant la recherche volontaire. Lorsqu’il y a une trace écrite, lorsque la lettre est ancienne
cela pose problème et lorsqu’il n’y a pas de lettre d’intention, les circonstances permettent ou pas de
déterminer l’intention suicidaire. Lorsque les circonstances le permettent, on va opposer à la victime
son intention suicidaire pour lui refuser l’indemnisation.
Pour les victimes non conductrices, c’est un système de tout ou rien. Il y a assez peu de contentieux.
Dans le projet Catala, on supprime distinction conducteur/non conducteur, on supprime la faute
inexcusable et on supprime les victimes vulnérables. Il prévoit de remplacer une seule catégorie dans
laquelle on indemniserait de la même façon : réparation sauf faute inexcusable.

Quant aux proches de la victime :


L’Art. 6 de la loi de 1985 règle la question des victimes par ricochet. Les proches sont indemnisées
des conséquences induites (souffrances psychiques ou préjudice économique) de la disparition de la
victime et on va essayer de le remettre en l’état comme si la victime n’avait pas disparu.
Puisque la victime par ricochet n’est pas la victime directe, n’est pas prise en compte dans ses
particularités à elle, seulement dans les mêmes conditions et limites que la victime principale. Le
dommage par ricochet est un dommage projeté, ce sont les répercutions des dommages causés à la
victime sur les personnes proches. Ce sont les conséquences indirectes du dommage principal. La
victime par ricochet tient ses droits des droits de la victime. Ici comme en droit commun il faut
analyser le cas de la victime principale pour indemniser ou non la victime par ricochet. Cette dernière
sera indemnisée si la victime est indemnisée.

Cela va poser problème si la victime principale et si la victime par ricochet n’appartiennent pas à la
même catégorie de victime. Ces différences ont été contestées au regard de l’indemnisation solidaire
de la victime. Faire payer à ses enfants la faute de leurs parents tend à punir deux fois les parents :
leurs parents sont accidentés et ils sont privés du revenu de leur parent. Cela tient à la rationalité du
point de vue du responsable. Mais du point de vue de la victime, on ne peut pas dire que les enfants
ne sont pas des victimes innocentes, de leur point de vue, la responsabilité de leurs parents ne
change rien. La loi de 1985 ne va pas au bout de sa logique de régime d’indemnisation. Ici ce qui
compte c’est la situation de la victime.

-> Est-ce qu’il ne faudrait pas dissocier du sort de la victime principale du sort de la victime par
ricochet et donc de rompre avec le droit commun ? Logique politique et économique.
Exception : La seule hypothèse où on va tenir compte du comportement de la victime par ricochet,
c’est quand cette dernière a entraînée le dommage causé à la victime principale. Exemple : L’enfant
qui bande les yeux de son père conducteur, le conducteur est une victime de son enfant mais n’a pas
commis de faute en relation avec celui-ci. Si on applique la règle de la projection, le père et l’enfant
devraient être indemnisé. Mais ici on va rétablir le lien de cause à effet avec la victime principale car
la victime par ricochet est responsable : on ne peut pas être à la fois victime et auteur car cela crée
une confusion patrimoniale entre les qualités de créancier et de débiteur : on ne peut pas être
créancier et débiteur, la confusion éteint la dette.
II) La mise en œuvre de l'indemnisation
Il y a des aménagements probatoires (présomptions d’imputabilité), des aménagements
substantiels (règles d’indemnisation) et des aménagements procéduraux. La loi de 1985 fait peser la
procédure de l’indemnisation non pas sur les épaules de la victime, mais sur celles de l’assureur. S’il
ne fait pas ce qu’il doit faire, il s’expose à des majorations de l’indemnisation : c’est ce que l'on
appelle la procédure de l’offre. Il y a une assurance obligatoire et à chaque régime d’indemnisation il
y a toujours une assurance obligatoire alors qu’en responsabilité civile, il n’y a pas d’assurance
obligatoire.

L’assureur a la conduite de la procédure alors qu’en droit commun c’est la victime qui doit solliciter la
responsable pour être indemnisé. Pour être certain que l’assureur respecte ses obligations,
derrière il y a des sanctions financières aux assureurs qui ne respectent pas les délais ou qui
font des offres manifestement insuffisantes aux regards de la gravité du dommage.
La Cour de cassation a considéré que cette procédure était conforme au droit au procès équitable
(Art. 6 de la Conv.EDH). La victime n’est jamais obligée d’accepter l’offre de l’assureur. L’idée est de
transiger c’est à dire de conclure une transaction qui va éteindre le différent entre les parties. La
transaction a autorité de la chose jugée comme s’il s’agissait d’une décision de justice.
Délai : Il y a une phase de constitution du dossier à laquelle la victime participe. L’assureur a ensuite
3 mois pour faire une offre (si la victime n’est pas consolidée il fait une offre provisionnelle) une fois
que le dossier et complet et en toute hypothèse 8 mois après l’accident. L’assureur ne peut pas
jouer la montre, il ne peut pas faire trainer la phase de constitution du dossier : l’assureur doit être
actif, si le délai de 8 mois passe, l’assureur sera sanctionné. A compter de la communication à
l’assureur de la consolidation, l’assureur dispose d’un délai de 5 mois pour transmettre à la victime
une offre complémentaire.
La victime si elle l’accepte, est sensé avoir été indemnisée intégralement. Ne jamais en cas de
dommage corporel négocier avec un assureur RC auto seul même si la somme nous paraît
importante car elle sera sous évaluée. L’assureur est aussi un commerçant, il a intérêt à ce que le
rapport entre les cotisations perçues et les sommes versée soit positif. Il faut donc être accompagné
d’un avocat et d’un médecin. Cette procédure de l’offre n’ouvre pas droit à l’aide juridictionnelle car ce
n’est par principe pas une procédure juridictionnelle : il y a donc un risque pour la victime d’accepter
une offre sous évaluée.
2ème hypothèse : accident de circulation, mais on n’a pas identifié l’assureur. Dans ce cas-là, il y a un
fonds d’indemnisation : FGAOD.

S’est posé la question du fondement du recours, c’est à dire de l’identification de la règle applicable
pour régler le recours. La loi de 1985 n’a pas réglé la question du recours, aspect paradoxale
puisqu’elle porte pour part sur les recours des organismes sociaux (sécurité sociale). Elle n’a pas pris
de dispositions pour les recours entre assureurs dans le cadre des accidents.
On s’est demandé si au stade du recours, on appliquait ou pas la loi du 5 juillet 1985 lorsque le
recours se faisait entre véhicules co-impliqués dans l’accident. Dans l’obligation in solidum, quand on
est responsable avec d’autres on est tenu pour le tout. La contrepartie, c’est qu’en payant la victime il
va hériter des droits de la victime contre les autres coresponsables (c’est la subrogation).

Le propre de ces mécanismes d’indemnisation c’est d’accorder des privilèges aux victimes.
Il serait paradoxal qu’au stade du recours, le responsable soit traité comme une victime. Ce
que l’auteur poursuit au stade du recours, c’est la réparation d’une ‘‘injustice financière’’. C’est pour
cette raison que la jurisprudence a finit de manière constante par abandonner l’application de la loi du
5 juillet 1985 au stade du recours dans les recours entre assureurs de véhicules co-impliqués. C’est
toujours le droit commun qui va s’appliquer.
Le problème est que la Cour de cassation vise deux textes incompatibles sur le plan théorique.
Quand elle statue sur ces recours entre véhicules co-impliqués, elle vise à la fois l’Art.1382 du Code
Civil et l’Art.1251 du Code Civil qui est le siège de la subrogation. C’est aberrant car soit le recours
est fondé sur la subrogation (alors fondé sur l’Art.1251 du Code Civil et la loi du 5 juillet 1985), sinon
le recours ne peut pas être subrogatoire (car la victime ne peut appliquer que cette loi). C’est donc
soit la subrogation, soit le droit commun. C’est un choix que la Cour de cassation ne fait pas,
incohérence de la jurisprudence.

Peut importe le fondement, les règles appliquées au stade du recours sont les règles du droit
commun. Tout va dépendre du fait de savoir si les conducteurs co-impliqués ont commis ou non une
faute.
Ici on n’applique pas les règles de la loi de 1985, mais le droit commun : ce sont toujours les
conducteurs fautifs qui supporterons le poids des réparations (du moins leurs assureurs).
Si jamais le conducteur qui a dû payer la victime est simplement impliqué (il n’a pas commis de
faute), il dispose d’un recours vers les conducteurs fautifs. S’il n’y a pas de conducteurs fautifs, il
pourra se retourner contre un autre non fautif éventuellement (le véhicule garé sur le coté) avec une
répartition à parts égales.

Le problème ne se pose pas lorsque le coresponsable de l’accident n’est pas conducteur d’un
véhicule terrestre à moteur. Si l’accident est provoqué par un chien qui traverse, l’assureur du
conducteur du véhicule impliqué dans l’accident, le recours se fait sur 1385 etc… C’est le fondement
prévu dans le droit commun.

La loi de 1985 qui n’a pas été codifié, est assez caractéristique de la volonté de rupture avec le
régime de responsabilité civile. Rupture à replacer dans le cadre de l’époque (application à l’époque
1992 Desmares), par l’application de la théorie de l’équivalence des conditions pour rechercher la
causalité. L’idée de la causalité partielle est rejetée par Desmares qui rejette la causalité partielle de
la faute de la victime. La loi Badinter reprend ce raisonnement et n’exclue l’indemnisation du piéton
qu’en cas de faute grave cause exclusive du dommage.
La loi de 1985 a laissé sur le bord de la route les conducteurs victimes. Les conducteurs victimes
sont traitées comme les victimes de droit commun (voir moins bien avec 1985).
On les considère comme des facteurs de risque, et elles ne sont pas protégées. Ça ne semble pas
logique selon Ch. Radé, puisque le but de cette loi est de protéger les victimes des accidents de la
route et ils en sont. Cette loi a été une grande avancé malgré tout.
Section 2 : L’indemnisation des victimes d’accidents médicaux

On a réformé le droit matériel, les règles substantielles applicables à ce domaine, dans l’intérêt des
victimes. On les a changées non seulement en droit privé, mais aussi en droit public puisqu’on a
substitué à la dualité des régimes avant 2002. On a appliqué de manière uniforme à toutes les
victimes le même droit, ces règles ayant été mises dans le Code de la santé publique.

A été mis en place un système d’indemnisation. Le système d’indemnisation est entre les mains d’un
établissement public qui a été créé pour indemniser les victimes quand il n’y a pas de responsable
identifié : l’ONIAM (Office National d’Indemnisation des victime d’Accidents Médicaux). Pour préparer
l’indemnisation on a créé des commissions administratives chargées d’équilibrer la charge de
l’indemnisation entre les payeurs et le fond.

A. Les règles d’indemnisation des victimes de dommages médicaux

1) La mise en œuvre de la responsabilité médicale

L’assurance de responsabilité est obligatoire pour les professionnels de santé. L’idée est de
privilégier la responsabilité des professionnels. Il y a une articulation entre responsabilité et solidarité
pour que la victime soit indemnisée.

On conserve avant tout le rôle premier de la responsabilité, c’est le prima de la responsabilité. La loi
Kouchner rappelle un principe qui n’a jamais varié depuis 1804, qu’est le principe selon laquelle la
victime n’est indemnisé que si une faute médicale a été commise.
A coté de la responsabilité médicale pour faute, il y a deux responsabilités médicales sans
faute.

La première est la responsabilité du fait des défauts des produits de santé. Au début on estimait
que les médecins étaient fournisseurs de produits puisqu’ils les prodiguaient. On leur appliquait la
directive de 1985, jusqu’à ce que la CJUE réponde à une question préjudicielle dans laquelle elle
répond que celui qui utilise les produits dans on intervention n’est pas fournisseur. Finalement,
on ne peut appliquer que la loi Kouchner et la la responsabilité des médecins ou établissements de
santé est fondé sur l’Art. L1142-1 du Code de la Santé Publique.

Celui qui a subit un dommage du fait d’un produit de santé établis, soit il agit contre le médecin ou
l’établissement pour faute médicale, soit il agit directement contre le producteur qui lui sera
responsable sur le fondement des Art.1386.1 s. du Code Civil. Il est possible d’obtenir un avis de
responsabilité de la commission administrative même vis à vis du fabricant (même si cela n’a aucun
effet en matière judiciaire puisque le juge administratif n’est pas compétent vis à vis du producteur).

En cas d’infection nosocomiale : c’est une infection contractée à l’hôpital. Il y a alors responsabilité
sans faute de l’hôpital uniquement pour les dommages les moins graves (Cf. notes de cours p°162).
2) La mise en œuvre de la solidarité nationale

C’est l’ONIAM qui est compétent pour indemniser les victimes au titre de la solidarité nationale.
Certaines fois c’est toujours l’ONIAM qui indemnise (Cf. Notes de Cours p°163), d’autres fois elle
prend en charge les accidents médicaux non fautifs les plus graves. Les petits accidents médicaux ne
sont pas pris en charge par l’ONIAM.

B. Le système d’indemnisation

1) La voie administrative des commissions régionales


d’indemnisation

C’est une procédure gratuite et rapide. Si une personne est victime d’un accident susceptible d’être
indemnisé par l’ONIAM, les commissions peuvent être saisies. L’expertise médicale y est
gratuite.

Le problème est que ces commissions n’ont aucune autorité. Elles proposent un règlement amiable
uniquement. Il arrive parfois que soit l’offre faite par l’assureur ou l’ONIAM ne soit pas suffisante pour
la victime et qu’elle la refuse, ou que ceux-ci refusent de faire une offre, ils encourent une majoration
de 15% devant les juridictions (qui seront versé à l’ONIAM). La faiblesse de ce procédé est son
absence de caractère juridictionnel, de contrainte juridique.

Conclusion : La loi de 2002 est une loi moderne car elle présente toutes les caractéristiques d’un
régime moderne d’indemnisation de dommages corporels. Elle simplifie les règles substantielles (en
uniformisant les règles du public et du privé …). C’est une loi qui a mis en place des procédures
rapides et économiques d’indemnisation. Il s’agit de rendre effectif le droit a indemnisation. Elle
articule la responsabilité civile et un mécanisme de solidarité, fondé sur une exigence d’indemnisation
des victimes d’accidents médicaux.

Ce n’est pas un mécanisme parfait, notamment parce que les commissions mises en place sont
uniquement incitatives et n’ont pas de caractère obligatoire.
Pour les victimes d’accidents médicaux (2° source d’accidents corporels hors accidents
domestiques), on s’aperçoit aujourd’hui que pour les dommages les plus graves les victimes sont
prises en charge par des mécanismes de solidarité : de manière quasi universelle par la sécurité
sociale, et par des régimes d’indemnisation (qui facilitent l’indemnisation par les responsables et les
assureurs) ou en cas d’échec par un fond d’indemnisation.

La question qu’on doit se poser, c’est la place de la responsabilité civile de droit commun dans tout
cela ? Elle reste uniquement présente dans le cadre des recours, dans la contribution.

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