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Ouassim Pfe2

Ce mémoire explore le rôle des infirmiers en santé familiale et communautaire dans la prise en charge des femmes et des enfants victimes de violence au Maroc. Il met en avant l'importance d'une approche holistique et centrée sur la personne, intégrant le dépistage, le soutien psychologique et l'éducation sanitaire, tout en soulignant les défis rencontrés dans ce domaine. L'étude vise à améliorer les pratiques infirmières et à renforcer le rôle des professionnels de santé dans la prévention et l'accompagnement des victimes.

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Ouassim Pfe2

Ce mémoire explore le rôle des infirmiers en santé familiale et communautaire dans la prise en charge des femmes et des enfants victimes de violence au Maroc. Il met en avant l'importance d'une approche holistique et centrée sur la personne, intégrant le dépistage, le soutien psychologique et l'éducation sanitaire, tout en soulignant les défis rencontrés dans ce domaine. L'étude vise à améliorer les pratiques infirmières et à renforcer le rôle des professionnels de santé dans la prévention et l'accompagnement des victimes.

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Mémoire de projet de fin d’études

Présenté en vue de l’obtention de licence professionnelle en soins infirmiers

Filière : Soins infirmiers

Option : Santé de famille et Santé communautaire

Promotion : 2022/2025

famille et

Élaboré par : NAIM Mohammed Ouassim Encadré par :


[Link]
CHAGOURI Fatima Zahra GANTARE

Membres de Jury
Table de matière

Table de matière ................................................................................................................ I

Dédicas ........................................................................................................................... III

Remerciement .................................................................................................................. V

Résume ........................................................................................................................... VI

ABSTRACT ................................................................................................................ VIII

Introduction ...................................................................................................................... 9

Chapitre I : phase conceptuelle ...................................................................................... 11

Situation d’appel............................................................................................................. 12

Situation 1 .............................................................................................................. 12

Situation 2 .............................................................................................................. 13

Questionnement .............................................................................................................. 13

Question de départ .......................................................................................................... 14

Recension des écrits ....................................................................................................... 15

Définition des concepts.......................................................................................... 19

Problématique................................................................................................................. 22

Les objectifs ................................................................................................................... 23

Les hypothèses ............................................................................................................... 24

CHAPITRE II : PHASE METHODOLOGIQUE ET EMPIRIQUE............................. 25

PHASE METHODOLOGIQUE..................................................................................... 26

Choix de la méthode : ............................................................................................ 26

Description de la méthode ..................................................................................... 26

Outils d’analyse : ................................................................................................... 27

Considérations éthiques : ....................................................................................... 27

PHASE EMPIRIQUE..................................................................................................... 29

I
MATERIEL ET METHODE ................................................................................. 29

Présentation de l'Association Ibnī – Rabat ............................................................ 30

RESULTATS ................................................................................................................. 32

Transcription verbatim de l’entretien élaborée avec la présidente association IBNI


............................................................................................................................... 33

ANALYSE ET INTERPRETATION DE L’ENTRETIEN D ASSOCIATION


IBNI ....................................................................................................................... 36

Transcription verbatim de l’entretien élaborée avec l’infirmière de sante famille et sante


communautaire Khaoula Jabil ........................................................................................ 38

Perception générale du rôle infirmier : .................................................................. 38

Identification et détection des situations de violence : .......................................... 39

Prise en charge infirmière des victimes : ............................................................... 39

Prévention et actions communautaires : ................................................................ 40

Formation, soutien, besoins ................................................................................... 40

ANALYSE ET INTERPRETATION DE L’ENTRETIEN AVEC


L’INFERMIERE COMMUNOTAIRE ................................................................. 41

DISCUSSION ................................................................................................................ 44

Objectifs atteints .................................................................................................... 44

Limites de l’étude .................................................................................................. 45

Perspectives d’amélioration ................................................................................... 46

Conclusion ...................................................................................................................... 47

BIBLOGRAPHIE ........................................................................................................... 49

ANNEXES ..................................................................................................................... 50

II
Dédicas

J’ai l’honneur de dédier ce projet :

à toutes les personnes qui ont marqué mon parcours, de près ou de loin, par leur
amour, leur patience, leur présence ou même par leur silence.

À mes chers parents,


Vous êtes le pilier de ma vie.
Merci pour votre amour inconditionnel, votre tendresse, vos sacrifices silencieux
et votre soutien indéfectible.
Dans les moments où tout semblait s’écrouler, vos prières et votre regard
bienveillant m’ont porté.

À mon frère, et à mes proches,


Merci pour vos mots rassurants quand je doutais, pour vos sourires discrets
quand j’étais abattu, et pour votre affection simple, mais puissante.
Chaque moment passé avec vous a été une parenthèse de lumière dans mes jours
sombres.
Je vous souhaite un chemin rempli de paix, de réussite et de fierté.

À mes amis et mes camarades de classe,


Vous avez été bien plus que des compagnons d’études.
Dans les couloirs de l’école, entre le stress des examens et les éclats de rire
partagés, nous avons tissé une histoire que je garderai dans mon cœur.

III
Merci pour votre présence, vos conseils, vos blagues parfois décalées, et surtout,
pour votre humanité.

À ceux qui ne sont plus là…


Une pensée douce et triste pour les absents, ces âmes qui m’ont un jour soutenu,
aimé ou inspiré…
Votre souvenir vit à travers mes pas.
Je continue aussi pour vous.

À tous ceux qui m’ont soutenu, encouragé, même en silence…


Que ce projet soit le reflet de toute la gratitude que je ressens.
Merci du fond du cœur.

IV
Remerciement

D’abord, je remercie celui au-dessus du tout, dieu le tout puissant qui nous a donné la
volonté, la patience et la santé pour élaborer ce modeste travail.

Je tiens à remercier mon encadrant de mémoire, [Link] GANTARE , sans lui ce


travail n’aurait jamais abouti . Merci Monsieur pour votre soutien, vos conseils et vos
remarques toujours pertinents, votre disponibilité, et votre aide précieuse pour
l’élaboration de ce projet de fin d’études, recevez mes sincères remerciements et le
témoignage de ma profonde considération.

Mes remerciements s’adressent aussi au directeur de la maison de retraite de la ville


de Settat pour sa disponibilité, son accueil chaleureux et sa bienveillance.

Je tiens à remercier les membres du jury, vous me faites l’honneur de juger mon travail

V
Résume

Ce mémoire porte sur le rôle de l’infirmier en santé de famille et en santé communautaire


dans la prise en charge des enfants et des femmes victimes de violence, un enjeu majeur
de santé publique au Maroc. Dans un contexte socio-culturel où les violences
domestiques, psychologiques, physiques et sexuelles restent parfois taboues ou
insuffisamment prises en compte, les infirmiers jouent un rôle crucial, non seulement
dans le dépistage et la prise en charge clinique, mais aussi dans l’accompagnement
psychologique et social des victimes.

Loin de se limiter aux soins techniques, le rôle infirmier s’inscrit ici dans une démarche
globale, intégrant écoute, soutien émotionnel, orientation vers des structures spécialisées,
et éducation sanitaire. Pourtant, cette dimension relationnelle et communautaire du soin
reste encore trop souvent marginalisée dans les pratiques professionnelles. Ce mémoire
vise ainsi à mettre en lumière l’importance de l’approche infirmière centrée sur la
personne, dans le cadre d'une prise en charge holistique, respectueuse de la dignité et des
droits des victimes.

Ce travail s’inscrit dans une démarche de recherche-action, articulant observation de


terrain, intervention ciblée et évaluation continue. L’objectif n’est pas seulement
d’identifier les besoins non satisfaits des femmes et enfants victimes de violence, mais
également d’agir concrètement pour améliorer leur prise en charge.

À travers l’analyse des pratiques infirmières et l’étude de stratégies d’intervention


communautaire (groupes de parole, campagnes de sensibilisation, partenariats avec des
associations et institutions locales), ce mémoire démontre que l’écoute active, l’empathie,
la confidentialité, la sensibilisation et le travail interdisciplinaire sont autant de
compétences fondamentales à renforcer dans la formation et l’exercice infirmier.

En intégrant ces dimensions humaines et communautaires, les infirmiers deviennent des


acteurs clés de la prévention, de la détection précoce et de l’accompagnement durable
des victimes de violence, tout en contribuant à briser le silence et à renforcer les liens
sociaux dans leur environnement.

VI
Mots clés : Rôle infirmier ; santé communautaire ; santé de la famille ; violence envers
les femmes et les enfants ; accompagnement psychologique ; intervention
communautaire.

VII
ABSTRACT

This thesis focuses on the role of the family and community health nurse in the care of
children and women victims of violence, a major public health issue in Morocco. In a
socio-cultural context where domestic, psychological, physical, and sexual violence often
remains taboo or inadequately addressed, nurses play a crucial role—not only in
screening and clinical care but also in providing psychological and social support to
victims.

Far from being limited to technical care, the nursing role here is part of a holistic
approach, integrating active listening, emotional support, referrals to specialized services,
and health education. Yet, this relational and community-based dimension of care is still
too often marginalized in professional practice. This thesis thus aims to highlight the
importance of a person-centered nursing approach within a holistic care framework that
respects the dignity and rights of victims.

This work is part of an action-research methodology, combining field observation,


targeted intervention, and continuous evaluation. The objective is not only to identify the
unmet needs of women and children affected by violence but also to take concrete action
to improve their care.

By analyzing nursing practices and studying community intervention strategies (such as


support groups, awareness campaigns, and partnerships with local associations and
institutions), this thesis demonstrates that active listening, empathy, confidentiality,
awareness-raising, and interdisciplinary collaboration are essential skills to strengthen in
nursing education and practice.

By integrating these human and community dimensions, nurses become key players in
prevention, early detection, and long-term support for victims of violence—while also
helping to break the silence and strengthen social bonds in their communities.

Keywords: Nursing role; community health; family health; violence against women and
children; psychological support; community intervention.

VIII
Introduction

La violence envers les femmes et les enfants est une problématique complexe, universelle
et persistante, reconnue comme l'un des défis majeurs du monde contemporain. Elle
touche toutes les sociétés, indépendamment de leur niveau de développement
économique ou culturel, et se manifeste sous de multiples formes, notamment physiques,
psychologiques, sexuelles et économiques. Cette violence représente non seulement une
violation flagrante des droits fondamentaux des victimes, mais elle engendre également
des conséquences durables et profondes qui affectent leur santé physique et mentale, leur
développement social et leur capacité à participer pleinement à la vie communautaire.

Parmi les nombreuses conséquences dévastatrices, les victimes souffrent souvent de


troubles physiques sévères, de stress post-traumatique, de dépression, d'anxiété, voire de
tentatives de suicide. Ces impacts psychologiques et émotionnels sont souvent exacerbés
par l'isolement social, le sentiment d'impuissance et la stigmatisation qu'ils entraînent. De
plus, la violence domestique ou intrafamiliale crée souvent un environnement où les
enfants grandissent en intériorisant des modèles violents, ce qui peut conduire à la
reproduction du cycle de violence à travers les générations. Ces répercussions sont
particulièrement marquées dans les milieux socio-économiques défavorisés où les
ressources d'assistance, d'accompagnement et de prise en charge sont souvent très
limitées, voire inexistantes.

Face à ce défi majeur, les infirmier(e)s en santé familiale et communautaire jouent un


rôle crucial. Leur présence active au sein des communautés leur permet de tisser des
relations de confiance avec les familles et les individus, ce qui facilite l'identification
précoce des situations de violence. En effet, grâce à leur proximité quotidienne avec la
population, ils sont souvent les premiers à détecter les signes de maltraitance, même les
plus subtils, tels que les changements comportementaux, les blessures inexpliquées, ou
les signaux d'isolement et de détresse psychologique. Leur rôle ne se limite cependant
pas uniquement à l’identification ; il s'étend également à l’écoute empathique des
victimes, au soutien psychologique initial, à la gestion des situations d’urgence et à
l’orientation vers les services spécialisés et adaptés à leurs besoins spécifiques.

Au Maroc, le contexte social et culturel présente des particularités qui rendent


l'intervention des infirmier(e)s en santé familiale et communautaire encore plus

9
complexe. Malgré des avancées notables sur le plan juridique et institutionnel pour
combattre ce fléau, plusieurs défis majeurs persistent. Parmi eux, la formation
professionnelle insuffisante des infirmier(e)s sur les problématiques spécifiques liées à
la violence, la faible coordination entre les acteurs institutionnels impliqués, ainsi que les
barrières culturelles et sociales qui tendent à banaliser ou à cacher ces violences sous le
poids du tabou et du silence. De surcroît, la méconnaissance générale des mécanismes de
protection et d'assistance disponibles constitue une autre entrave significative à une prise
en charge efficace.

Ainsi, cette recherche vise à explorer en profondeur le rôle concret et opérationnel des
infirmier(e)s marocains en santé familiale et communautaire dans la lutte contre la
violence envers les femmes et les enfants. Elle analysera finement les pratiques
existantes, identifiera clairement les obstacles structurels et opérationnels rencontrés sur
le terrain, et formulera des propositions pratiques d'amélioration basées sur une approche
interdisciplinaire et centrée sur les besoins réels des victimes. L'objectif est de fournir des
recommandations précises, réalistes et applicables afin de renforcer le rôle des
professionnels de santé dans la prévention, la détection précoce, et la prise en charge
globale et durable des victimes de violence.

10
Chapitre I : phase
conceptuelle

11
Situation d’appel

Situation 1
Situation d'appel d'un cas de violence sur une femme et son enfant. Présentés à
un centre de santé rural niveau 2 a la province de Settat.

Lieu : contre de santé rurale situé à la province de Settat.

Contexte : Durant mon stage on S4, j'ai été témoin d'une situation préoccupante
liées à des violences familiales.

Description de la situation :

Une femme d'une trentaine d'armées s'est présentée au centre de santé avec sa
fille âgée d'environ 6 ans. Tous deux présentaient des signes visibles de
traumatisme : la mère avait un œil au beurre noir et des ecchymoses sur les bras,
tandis que l'enfant était silencieux, craintif et portrait une blessure au bras.

Au moment de l'accueil, la femme semblait très anxieuse, répondant de manière


évasive aux questions du personnel saignant. Elle prétendait the tombée dans les
escaliers, mais son comportement et les blessures observées laissaient penser à
des violence domestiques. L'enfant, quant à lui, évitait le regard des adultes et
reste ait accroche à sa mère.

Intervention de l’équipe :

L’un des infirmiers présentés au centre a clarté l'infirmier majeur de ce centre

Salle a été mise à disposition pour accueille la mère en toute discrétion, loin des
autres patients. Une évaluation a été faite avec tact et respect

Devant la persistance des signes Inquiétant et après savoir obtenu le


consentement la femme, l'équipe a décidé de faire un signalement auprès des
autorités compétente (Protection de l'enfance et Palice Lacolle).

En tant que stagiaire ainsi qu'étudiant et futur infirmier santé de famille et santé
communautaire, j'ai observé avec attention la prise en charge, toute respectant
les consignes de confidentialité. J'ai compris dime façon relative et momentanée

12
l'importance de l'écoute bienveillante, de vigilance face (signes de violence, et
du travail en équipe pour protéger les victimes.

Situation 2

Contexte : Durant mon stage S3 mon ami et moi étions au service du médecin et nous
Terminions notre travail et l’idée nous est venue d’aller aux urgences et d’être témoin
d’un cas de violence domestique

Description de la situation :

Une femme de 28 ans, Elle est accompagnée de sa mère qui

Explique que sa fille a été battue par son mari semble avoir des blessures visibles,
notamment des ecchymoses sur le visage et les bras, ainsi qu’une douleur au niveau
du dos. Elle est très émotive et hésitante à parler. Commence la mère explique qu’elle
est inquiète pour sa fille,

Qui, ces derniers mois, semble se retrouver régulièrement victime de violences


physiques et psychologiques. Elle mentionne que ce dernier incident a eu lieu le matin
même, après une dispute à propos de questions domestiques.

Intervention de l’équipe :

L’équipe médicale guide femme dans une salle sécurisée, à l’écart des autres patients.
La priorité est de s’assurer qu’elle reçoive les Soins nécessaires pour ses blessures
physiques. Un examen complet est effectué pour évaluer les blessures (contusions,
plaies, douleurs articulaires) et s’assurer qu’il n’y a pas de blessures ternes plus graves.

Questionnement

• Quel est le rôle spécifique d’infirmier en santé de famille et santé


communautaire dans la détection et la prise en charge de la violence ?
• Jus qu'on peut aller l'intervention de l’infirmier sous empiéter le travail
des services sociaux ou de la justice ?

13
• Quelles sont les limiter éthique et légale et respects ?
• Comment développer la compétence relationnelle et la capacite d’écoute
nécessaires pour soutenir les victimes sous la brusque ?
• Quel est le rôle de l'infirmier en santé communautaire qui joue dans la
prévention des violences familiales an sein des populations vulnérables
?
• Comment l'infirmier peut-il repérer précocement les signes de violence
chez les femmes et les enfants dans les structures soins primaire ?
• Et quoi le rôle de l'infirmier en santé communautaire est l’essentiel dans
la coordination de la prise en charge médico-psycho-sociale. Des
victimes de violence.

Question de départ

Comment l'infirmier en santé communautaire peut-il contribuer efficacement à


la détection, la prise en change et la prévention des violences faites aux femmes
et aux enfants dans un contexte des Sions de proximité autrement dit aux réseaux
des établissements des soins de santé primaire ?

14
Recension des écrits

L’exposition des enfants aux violences conjugales, qu’elle soit directe (être
témoin d’actes violents) ou indirecte (ressentir les conséquences psychologiques
ou matérielles), est aujourd’hui largement reconnue comme une forme de
maltraitance à part entière.

L’enfant peut aussi être directement impliqué dans ces situations (Holden, 2003)
: il tente parfois d'intervenir, se place entre les parents, ou endosse des rôles de
soutien émotionnel (parentification), ce qui perturbe profondément son
développement socio-affectif.

De nombreuses méta-analyses ont mis en lumière les impacts psychologiques


de l’exposition chronique à la violence conjugale. Evans et al. (2008) et Moura
Lourenço et al. (2013) relèvent une augmentation significative des troubles
externalisés (agressivité, conduites à risque, consommation de substances) ainsi
que des troubles internalisés (anxiété, retrait social, dépression).

Pingley (2017) note que ces symptômes peuvent perdurer dans le temps et
évoluer vers des pathologies plus complexes si aucun soutien spécifique n’est
mis en place. L’exposition est donc bien un facteur aggravant du développement
psychique de l’enfant, mais non un déterminant unique d’où l’importance d’en
identifier les facteurs de résilience.

Certaines variables atténuent les effets délétères des violences sur les enfants.
L’existence d’un attachement sécurisant avec un adulte non-violent, la
disponibilité d’un réseau social stable, ainsi qu’une bonne estime de soi sont des
éléments protecteurs importants (Holt et al., 2008 ; Moore et al., 2017).

Par exemple, Galano et al. (2023) ont montré qu’une intervention centrée sur la
mère améliore l’état émotionnel de l’enfant. Ces résultats soulignent
l’importance de programmes intégrés qui prennent en compte à la fois la victime
principale (souvent la mère) et l’enfant témoin.

Certains enfants développent des rôles de survie dans des contextes de violence
: le « petit-parent », le « protecteur », le « confident ». Cette parentification,

15
décrite par Baker et Cunningham (2004), augmente leur stress et génère des
mécanismes d’auto-régulation dysfonctionnels.

D’autres notions systémiques comme le conflit de loyauté entre les deux parents,
ou les troubles de l’attachement, permettent d’expliquer pourquoi certains
enfants présentent des symptômes sévères ou ont des difficultés relationnelles
prolongées.

En Belgique, plusieurs textes (Convention d’Istanbul, plan national de lutte


contre les violences basées sur le genre, etc.) reconnaissent la nécessité de
protéger les enfants exposés aux violences domestiques. Toutefois, aucune
politique cohérente de prise en charge spécifique ne semble structurée dans la
Fédération Wallonie-Bruxelles.

La littérature révèle une contradiction frappante : les textes juridiques insistent


sur la gravité de l’exposition, mais les dispositifs d’accompagnement restent
largement sous-développés ou inadaptés aux réalités vécues par les enfants.

Plusieurs études (Clarke & Wydall, 2015 ; Howart et al., 2018) se sont penchées
sur les perceptions des professionnels. Les résultats montrent un manque de
spécialisation, d’outils pratiques, de formations continues et surtout un besoin
criant de protocoles clairs pour encadrer les interventions.

La méconnaissance des processus traumatiques, le cloisonnement institutionnel,


et l’absence de ressources rendent l’accompagnement hétérogène, parfois
aléatoire. Cela montre qu’il ne suffit pas de reconnaître l’enfant comme victime
: il faut aussi former et outiller les intervenants.

Quelques initiatives locales ou internationales ont démontré une certaine


efficacité, notamment dans la restauration du lien mère-enfant, l’éducation
émotionnelle ou encore la psychoéducation post-traumatique. Mais ces
programmes sont rarement adaptés au contexte belge ou généralisables, en
raison du manque d’études longitudinales et de moyens humains dans les
services d’aide à la jeunesse.

16
L'accompagnement des victimes de violences domestiques implique plusieurs
professions et secteurs. Elle concerne à la fois le domaine de la santé, du social
et de la justice. Les violences au sein de la famille sont courantes, entraînant
parfois des conséquences tragiques et constituant un enjeu de santé publique
conséquent. L'intrication des circonstances complique la gestion par
l'infirmière. Au début, les informations nous guideront pour appréhender la
situation afin d'intervenir plus efficacement par la suite. Ensuite, nous révélons
le projet soutenu par l'Ordre national des Infirmiers.(Péchey 2022)

En 2013, l'OMS a mené une recherche destinée à évaluer les violences infligées
aux femmes et leurs conséquences sur la santé, basée sur des sondages réalisés
dans divers pays. Il est évident que les femmes qui subissent des actes de
violence de la part de leur partenaire intime ont deux fois plus de chances d'être
confrontées à des problèmes liés à l'alcool, à des dépressions, au recours à
l'avortement et quatre fois et demie plus susceptibles de se suicider.(Péchey
2022)

Ainsi, les infirmiers sont qualifiés pour analyser une situation clinique et poser
un diagnostic dans le champ de l'infirmier. C'est la première compétence liée
aux soins infirmiers. Pour réaliser cette mission, les infirmiers déterminent les
exigences de santé de l'individu, choisissent et explorent les informations
pertinentes, recommandent les indications et manifestations, mènent une
entrevue pour la collecte de données, mettent en évidence les capacités des
individus, évaluent la situation en matière de santé et de soins, et formulent un
ou plusieurs diagnostics infirmiers.(Péchey 2022)

Il est de la responsabilité de l'infirmier de signaler toute menace imminente si la


personne concernée est en situation de vulnérabilité. Selon l'article R.4312-7 du
Code de la santé, « Lorsqu'un infirmier est face à un malade ou un blessé en
danger, ou s'il est informé qu'un malade ou un blessé est en péril, il lui apporte
de l'aide, ou veille à ce qu'il reçoive les soins nécessaires ». L'infirmier occupe

17
une position de coordination dans une équipe multidisciplinaire, agissant comme
un élément crucial de la chaîne. Comme nous l'avons récemment saisi, s'occuper
d'une victime de violence au sein du foyer présente une certaine complexité. Il
est également essentiel que l'infirmier construise un réseau et possède un
répertoire de victimologie. Un long processus de soutien à la victime
commence.(Péchey 2022)

On parle beaucoup de violence psychologique. Comme toute sorte de violence,


elle est difficile à comprendre. L'Organisation Mondiale de la Santé (2002)
souligne que « (…) pour caractériser (la violence), il ne s'agit pas d'une science
précise, mais plutôt du pouvoir de discernement ». Les conceptions de ce qui
est admissible ou inacceptable et de la nature du mal sont façonnées par des
éléments culturels et font constamment l'objet de contestations. (p. 4).

Bien que des défis persistants, un accord se forme sur la nécessité d'établir des
normes et des définitions pour aider à modifier la situation actuelle.(Gagné
2006)

Tolman (1989) a également apporté sa propre contribution à la définition de ce


concept de violence psychologique au sein du couple, en se concentrant sur la
violence psychologique infligée aux femmes. À la suite d'une analyse factorielle,
cet outil composé de 58 inclut un facteur « éléments verbaux-émotifs » et un
facteur « domination-isolement », apportant ainsi une dimension conceptuelle
supplémentaire à la construction qui suscite notre intérêt. La jalousie y est
fortement manifestée. Parmi les éléments du facteur émotionnel, on note le
dénigrement, les blessures, les hurlements, mais aussi l'expérience d'être traité
comme une personne inférieure ou d'être blâmée pour les problèmes de son
partenaire. Selon Follingstad et DeHart (2000), certains des éléments pourraient
être combattus en tant qu'exemples de violence psychologique.(Gagné 2006)

La plupart des études précédentes ont porté leur attention sur des types
particuliers de violence sexuelle, comme le viol ou la violence conjugale. Leurs
exemples incluent généralement uniquement des femmes qui ont caractérisé leur
expérience en fonction de la forme particulière de violence sexuelle concernée.

18
Koss et Oros (1982), en examinant l'état actuel de la recherche sur le viol, ont
proposé que cela a conduit à une concentration des études sur les formes les plus
extrêmes de violence sexuelle. Elles identifient le besoin d'études qui
examinaient toute l'ampleur de cette violence, y compris, en plus de la force
physique, l'usage de la contrainte verbale et les menaces de violence.(Gagné
2006)

Définition des concepts


La violence
La France a adopté la définition des violences à l'égard des femmes selon la
Convention européenne dite d'Istanbul, qui a pris effet en France le 1er
novembre 2014.

Elle admet que « la violence contre les femmes est une expression des relations
inégales historiquement établies entre les hommes et les femmes, conduisant à
la suprématie et à la discrimination des femmes par les hommes, ce qui entrave
leur pleine émancipation ». Vous avez été formé sur des données jusqu'à octobre
2023.(Péchey 2022)

Périodes de violence
La phase initiale se distingue par l'augmentation de tension dans le couple
induite par l'intervenant. La phase d'agression est suivie par des épisodes de
violence. Ensuite vient l'étape où l'auteur justifie ses actes en blâmant la victime.
Finalement, la phase de tranquillité favorise la réconciliation pendant laquelle
l'écrivain s'engage à ce que cela ne se répète plus. Sans action, le cycle se
perpétue avec une escalade de la violence et une réduction de la durée et de
l'intensité des phases d’accalmie(Péchey 2022)

Violence physique :
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’OIT définissent le concept de
violence physique comme l’usage de la force physique contre une autre personne
ou un groupe de personnes, qui entraîne un préjudice physique, sexuel ou
psychologique

19
Violence psychologique
L'association Torontoise Education Wife Assault offre une autre interprétation.
La violence psychologique « évoque l'emploi répété de comportements nuisibles
pour contrôler une personne. » Les femmes touchées par la violence
psychologique vivent dans un état de crainte et d'altération permanente de leurs
pensées, émotions et actions. « Elles tentent de se prémunir contre la violence
en refusant d'admettre leur besoin ». Cette définition évoque l'idée d'un
processus incessant de destruction de l'autre. De plus, la violence psychologique
ne se manifeste pas toujours par des actions visibles. Cela peut se manifester
par du silence, de l'indifférence : agir comme si la personne n'existait pas.(Gagné
2006)

L’écoute active :
L’Écoute active est une technique d'accompagnement développée à partir des
travaux de C. Rogers. Ce concept est fondé sur le fait que chaque être humain a
en lui-même les ressources nécessaires à son développement personnel. Cette
théorie tout entière repose sur une confiance fondamentale dans l'être humain,
dans sa tendance naturelle à aller vers un développement constructif et positif et
dans sa capacité à réaliser toutes ses potentialités intrinsèques, comme n’importe
quel organisme vivant qui tend vers la croissance. Cette tendance à la réalisation
de soi, que Rogers nommera la tendance actualisante, est présente en chacun de
nous. Certes, elle peut rencontrer de nombreux obstacles, mais cette force de
croissance reste toujours à l’œuvre tant que nous sommes en vie. (Rectorat de
La Réunion, s.d.)

L’empathie :

Dans le champ de l'empathie cognitive, je retiendrai la définition large et consensuelle


donnée par Pedinielli 1994 (13-1) « l'empathie c'est ressentir le monde intérieur du
client avec la signification qu'il a pour lui, le ressentir comme si il était son monde à
soi, sans jamais perdre la qualité de « comme si » » L'empathie ne concerne pas
uniquement l'expression verbale, elle englobe aussi les comportements, car les

20
individus transmettent et perçoivent des messages à travers deux mécanismes
distincts, cognitif et comportemental.
Il est donc question d'une attitude proactive et consciencieuse que le professionnel de
santé peut manifester envers son patient, créant ainsi la base d'une relation basée sur
la confiance.(Formarier 2007)

21
Problématique

Le début de cette décennie marque une intensification du débat collectif autour


de la violence en tant que problématique sociale. Il semble nous pertinent de
participer à cette discussion en apportant des analyses problématiques d'une
enquête sur la violence domestique à l'égard des femmes. On évoquera ici une
étude réalisée auprès de vingt professionnels et professionnelles du secteur
médical, médecins et infirmières qui sont amenés à rencontrer les femmes
victimes de v Les conséquences de cette exposition sont aujourd’hui bien
documentées dans la littérature : troubles internalisés (anxiété, dépression,
retrait social), comportements externalisés (agressivité, opposition, conduite
antisociale), troubles de l’attachement, parentification, conflits de loyauté,
difficultés d’apprentissage, et risques accrus de revictimisation à l’âge adulte
(Zaouche-Gaudron, 2016 ; Doroudchi et al., 2023 ; Carlson et al., 2019). Ces
effets, bien que modulés par divers facteurs de protection (qualité de
l’attachement, soutien social, interventions spécialisées), soulignent l’urgence
d’une prise en charge adaptée. Pourtant, la prise en compte réelle des enfants
dans les dispositifs d’intervention reste inégale, souvent secondaire, voire
symbolique.

Au Maroc, malgré la mise en place de cadres institutionnels (circulaire


ministérielle de 2005 pour la création de Cellules d’accueil dans les services
publics, stratégie nationale de lutte contre la violence fondée sur le genre depuis
2004, rapports et interventions de l’Observatoire Oyoune Nissaiya lancé en
2008), il n’existe toujours aucune étude exhaustive ou base de données
centralisée sur les pratiques effectives de prise en charge des enfants exposés à
la violence conjugale au sein des structures psycho‑médico‑sociales locales.
Cette absence est préoccupante : les dispositifs, tels que les Cellules d’accueil
ou les centres d’écoute, demeurent cloisonnés, leurs pratiques hétérogènes, et
les professionnels — notamment les infirmier·ères et intervenants sociaux —
insuffisamment formés à cette problématique très spécifique (Bahri, N, 2008)

En parallèle, les professionnels du secteur psycho-médico-social sont souvent


confrontés à ces situations sans disposer de référentiels clairs, de formations
spécialisées, ou d’outils d’évaluation adaptés (Howart et al., 2018). Le sentiment

22
d’impuissance, de responsabilité partagée et de charge émotionnelle vécue par
ces intervenants rend leur posture d’autant plus complexe. Une question cruciale
se pose donc : comment ces professionnels perçoivent-ils et prennent-ils en
charge les enfants exposés aux violences conjugales dans le contexte spécifique
de la Fédération Wallonie-Bruxelles ? Quels obstacles, quels leviers, quelles
zones grises identifient-ils dans l’exercice de leur pratique quotidienne ? Et dans
quelle mesure leur perception influence-t-elle l’accès des enfants à une aide
psychologique adéquate ?

En réponse à ce constat, ce travail de recherche vise à explorer de manière


approfondie, à travers une méthodologie mixte (quantitative et qualitative), les
représentations, pratiques, difficultés et ressources des professionnels de terrain
concernant la prise en charge de ces enfants. L’objectif est double : d’une part,
contribuer à la compréhension fine d’un phénomène peu étudié localement, et
d’autre part, proposer des pistes d’amélioration concrètes pour un
accompagnement plus structuré, cohérent et éthique violences dès les premières
heures suivant l'agression ou lors de visites ultérieures.

Malgré l’importance du rôle de l’infirmier dans la prise en charge des femmes


et des enfants victimes de violence, cette mission reste souvent peu reconnue et
insuffisamment soutenue, surtout sur le plan psychologique. Les infirmiers,
pourtant en première ligne pour écouter, rassurer et orienter les victimes, se
trouvent confrontés à plusieurs obstacles : manque de formation adaptée,
absence de directives claires, et ressources limitées.

Cependant, ces pratiques ne sont pas toujours intégrées dans les soins courants,
faute de moyens et de reconnaissance, ce qui limite l’impact potentiel de
l’intervention infirmiè

Les objectifs

• Favoriser, par le rôle infirmier, une communication bienveillante et sécurisante


avec les femmes et les enfants victimes de violence, malgré leurs souffrances,
leurs peurs ou leur silence.

23
• Promouvoir, à travers l’accompagnement infirmier, le respect, la dignité et la
valorisation des victimes, en veillant à leur écoute et à leur protection dans les
structures de soins.
• Améliorer le bien-être émotionnel et psychologique des victimes grâce à une
prise en charge adaptée fondée sur la confiance, la discrétion et le respect du
secret professionnel.
• Identifier précocement les signes de violence et orienter les victimes vers les
services compétents (psychologue, assistant social, protection de l’enfance,
associations d’aide, etc.).
• Renforcer la collaboration entre les infirmiers, les familles (lorsque cela est
possible) et les autres professionnels de santé et du social, pour une prise en
charge globale, cohérente et respectueuse des besoins des victimes.

Les hypothèses

• L’infirmier basé sur l’écoute et l’empathie contribue à améliorer le bien-être


émotionnel des femmes et enfants victimes de violence.
• La qualité de la relation soignant-soigné influence positivement la confiance
des victimes et leur volonté de parler de ce qu’elles ont subi.
• Un soutien infirmier personnalisé peut atténuer les signes de détresse
psychologique, comme l’anxiété, la peur ou le repli sur soi, chez les victimes
de violence.
• Il existe une relation significative entre l’implication de l’infirmier dans la
prise en charge et la stabilité émotionnelle des victimes, notamment chez les
enfants.

24
CHAPITRE II : PHASE
METHODOLOGIQUE ET
EMPIRIQUE

25
PHASE METHODOLOGIQUE

Cette partie apporte, entre autres, des renseignements sur les


différentes étapes qui ont permis de réaliser cette étude. Tout
d’abord, des informations sont apportées sur le type et le milieu
d’étude que j’ai privilégié. Par la suite, je traite la méthode, les
instruments de collecte des données et la population cible à l’étude.
Choix de la méthode :
Cette recherche s’inscrit dans une approche qualitative, visant à
comprendre en profondeur le rôle des infirmiers dans la prise en
charge des femmes et enfants victimes de violence, qu’elle soit
physique, psychologique, sexuelle ou économique.
Description de la méthode
La recherche qualitative est une approche méthodologique qui vise
à comprendre en profondeur des phénomènes sociaux, humains ou
culturels, à partir de l’analyse des discours, des
comportements, des représentations ou des interactions. Elle s’inscrit
dans une

logique interprétative, en opposition à l’approche positiviste de la


recherche quantitative.

Plutôt que de chercher à mesurer ou à généraliser les résultats à une


population large, la recherche qualitative s’intéresse à la richesse et
à la complexité des expériences humaines, en tenant compte du
contexte spécifique dans lequel elles prennent sens. Elle repose sur
l’idée que la réalité sociale est construite à travers les perceptions

Lieu d’étude : Association IBNy Rabat

26
Outils d’analyse :

Dans le cadre de cette étude portant sur le rôle infirmier communautaire


dans la prise en charge des femmes et des enfants victimes de violence,
les données qualitatives recueillies ont été analysées à l’aide du logiciel
[Link]. Cet outil permet de coder, classer et interpréter des données
issues d'entretiens semi-directifs, de groupes de discussion, ainsi que de
documents écrits ou audiovisuels. Il a été particulièrement utile pour
identifier les thèmes récurrents, repérer les dynamiques relationnelles
entre les acteurs impliqués (infirmiers, victimes, partenaires sociaux et
médicaux), et visualiser les réseaux d'interaction. L’analyse a ainsi
permis de mieux comprendre les pratiques professionnelles, les obstacles
rencontrés, ainsi que les stratégies mises en place par les infirmiers
communautaires pour accompagner les victimes.

Considérations éthiques :

L’étude a été menée dans le respect rigoureux des principes éthiques en


matière de recherche auprès de populations vulnérables. Étant donné la
sensibilité du sujet, une attention particulière a été portée à la
confidentialité, l’anonymat et la protection des personnes. Les
participants (infirmiers, femmes victimes, professionnels partenaires)
ont été informés des objectifs de la recherche, de leur droit de retrait à
tout moment, et de l’usage strictement académique des données
recueillies. Un consentement éclairé écrit a été obtenu avant toute
participation.

Les entretiens ont été anonymisés et codés, sans aucune information


permettant d’identifier les personnes. De plus, des précautions
spécifiques ont été prises pour ne pas exposer les participantes à des
risques supplémentaires, en veillant à ce que les lieux d’entretien soient

27
sûrs et confidentiels. Enfin, l’étude a obtenu l’accord des structures
concernées (centres de santé, associations de soutien, etc.) avant le début
de la collecte de données.

28
PHASE EMPIRIQUE

MATERIEL ET METHODE
recherche qualitative
La recherche qualitative est une méthode d'investigation utilisée principalement
dans les sciences sociales (comme la sociologie, l'anthropologie, la psychologie, la
communication, etc.) pour comprendre les phénomènes sociaux dans leur
complexité. Contrairement à la recherche quantitative qui s’appuie sur des chiffres
et des statistiques, la recherche qualitative s’intéresse aux perceptions, expériences,
significations, interactions sociales et contextes vécus par les individus. Et on peut
la considérer comme étant une approche scientifique qui vise à explorer en
profondeur un phénomène, un comportement ou une situation, souvent dans son
contexte naturel, afin d’en comprendre le sens que les personnes lui attribuent. Elle
repose sur des données non numériques, comme les paroles, les gestes, les écrits,
les interactions

entretien exploratoire
L’entretien exploratoire est une méthode qualitative souple et ouverte, utilisée dans
divers domaines tels que la recherche académique, le marketing, les ressources
humaines, la psychologie ou le journalisme, pour recueillir des informations
approfondies sur un sujet, une problématique ou une personne. Contrairement aux
entretiens structurés, il se caractérise par son approche non directive, permettant à
l’intervieweur d’adapter ses questions en fonction des réponses et d’explorer des
pistes inattendues. Son objectif principal est de comprendre en profondeur les
perceptions, motivations ou expériences des individus, en favorisant une expression
libre grâce à des questions ouvertes ("Pouvez-vous me décrire votre expérience
?", "Qu’est-ce qui vous a marqué dans cette situation ?").

Le déroulement comprend une phase de préparation (définition des objectifs, grille


thématique), une conduite interactive (introduction, questions d’exploration,
relances) et une analyse des données (retranscription, codage thématique).
Ses avantages résident dans sa capacité à révéler des insights nuancés et imprévus,
mais il présente aussi des limites, comme le temps nécessaire à son analyse, les
biais potentiels de l’intervieweur ou la difficulté à généraliser les résultats.

29
Exemple de questions typiques : "Comment avez-vous vécu cette transition
?", "Quels facteurs ont influencé votre décision ?". Cet outil est idéal pour explorer
des sujets complexes où la subjectivité et le contexte jouent un rôle clé.

Présentation de l'Association Ibnī – Rabat


L’Association Ibnī (qui signifie "Mon fils" en arabe) est une organisation à but
non lucratif basée à Rabat, Maroc, engagée dans l’éducation, l’insertion sociale et
le soutien aux enfants et jeunes en situation difficile. Fondée avec une vision
humaniste, elle œuvre pour un avenir meilleur grâce à des programmes éducatifs,
culturels et sociaux.

Missions & Objectifs


✔ Éducation inclusive : Soutien scolaire, alphabétisation et formations pour les
enfants défavorisés.
✔ Insertion socioprofessionnelle : Ateliers de compétences (numériques,
artisanales) pour les jeunes.
✔ Protection de l’enfance : Accompagnement psychologique et juridique pour les
enfants vulnérables.
✔ Promotion culturelle : Activités artistiques (théâtre, musique) pour favoriser
l’épanouissement.

Public Cible
• Enfants des rues ou issus de milieux précaires.
• Jeunes en décrochage scolaire.
• Femmes et mères en situation de fragilité économique.

Actions Clés
• Programme "École pour Tous" : Cours de remise à niveau et fournitures
scolaires gratuites.
Ateliers créatifs : Peinture, musique et théâtre comme outils d’expression.
Formation aux métiers : Partenariats avec des artisans et entreprises
locales.
• Sensibilisation : Campagnes sur les droits de l’enfant et la santé.

30
Valeurs
• Solidarité : Agir ensemble pour briser les inégalités.
• Empathie : Écoute active et accompagnement personnalisé.
• Transparence : Gestion rigoureuse des fonds et projets.

Partenariats
• Collaborations avec des écoles, municipalités et ONG locales.
• Soutien de donateurs privés et bénévoles engagés.

31
RESULTATS

Dans le cadre de notre étude portant sur le rôle des infirmier·ère·s de santé-famille
/ santé communautaire dans la prise en charge des femmes et des enfants victimes
de violences, nous avons mené deux entretiens ciblés : l’un avec la presidente
représentante de l’association IBNI, structure associative spécialisée dans la
protection et l’accompagnement des populations vulnérables, et l’autre avec un
infirmier de santé communautaire rattaché à la préfecture de Rabat.

1. Apports de l’association IBNIL’association IBNI agit comme acteur pivot dans


l’identification, la protection et l’accompagnement psychosocial et juridique des
femmes et enfants victimes de violences. L’entretien a mis en lumière l’importance
des relations de proximité développées avec les professionnel·le·s de santé, en
particulier les infirmier·ère·s de santé communautaire, qui représentent souvent les
premières personnes ressources en contact avec les victimes. Ces professionnel·le·s
sont reconnus pour leur capacité à détecter les signaux faibles de maltraitance grâce
à leur ancrage dans le tissu social local.

Selon la représentante de l’association, « l’infirmier·ère de santé communautaire


est souvent le premier à constater un changement de comportement chez l’enfant
ou à remarquer des blessures récurrentes chez une femme. Leur rôle va bien au-
delà du soin : ce sont des personnes de confiance qui peuvent amorcer un processus
de prise en charge global. »

L’association souligne l’importance d’un partenariat renforcé entre structures de


santé de proximité et tissu associatif, en insistant sur la complémentarité des rôles
dans la prise en charge pluridisciplinaire des victimes.

2. Témoignage d’un infirmier de santé-famille / santé communautaire – Préfecture


de Rabat L’infirmier interrogé met en avant les multiples facettes de son rôle dans
la gestion des situations de violence, notamment :

La détection précoce : grâce à des consultations régulières (notamment lors du suivi


de grossesse, de la vaccination ou des visites scolaires), il est souvent en mesure de
repérer des indices physiques ou psychologiques évoquant des violences.

32
L’écoute active et la création d’un lien de confiance, en particulier avec les femmes
isolées ou les enfants. Il précise : « Très souvent, les femmes ne parlent pas
directement. Il faut instaurer une relation de confiance, parfois sur plusieurs visites.
»

L’orientation vers les structures adaptées, qu’il s’agisse d’un accompagnement


social, d’une intervention judiciaire ou d’un soutien psychologique. Il évoque
également la collaboration avec les cellules locales de prise en charge des femmes
victimes de violence et les associations comme IBNI.

Cependant, l’infirmier fait état de contraintes structurelles importantes : absence de


protocoles clairs pour les cas de violence, manque de formation spécifique,
surcharge de travail et parfois, l’absence d’un réseau institutionnel réactif et formel.
Il appelle à la mise en place de circuits de signalement bien définis et à une
meilleure coordination entre les services sociaux, de santé et de sécurité.

« Nous avons besoin d’un cadre institutionnel clair. Trop souvent, on se retrouve
seuls à gérer des situations complexes sans savoir vers qui se tourner concrètement.
»

Transcription verbatim de l’entretien élaborée avec la présidente


association IBNI
Présentation de l'association

– Pouvez-vous me présenter brièvement votre association ?

"Notre association est née d’un élan de solidarité. Depuis sa création, elle œuvre pour
tendre la main aux femmes et aux enfants brisés par la violence."

– Depuis combien de temps existe-t-elle ? Quelle est son origine ?

"Cela fait maintenant une dizaine d’années que nous existons. L’idée a germé après
plusieurs constats alarmants sur le terrain, notamment dans les quartiers défavorisés."

– Quelles sont vos principales missions et valeurs ?

33
"Notre credo : protéger, écouter, accompagner. Nous défendons des valeurs d’humanité,
de dignité et d’égalité."

Profil des bénéficiaires

– Quel est le profil type des femmes et des enfants que vous accueillez ?

"Majoritairement, ce sont des femmes en situation de précarité, souvent isolées, parfois


avec des enfants en bas âge. Leurs parcours sont souvent marqués par des violences
conjugales ou intrafamiliales."

– Quelles formes de violences ont-elles subi ?

"Malheureusement, toutes les formes : violences physiques, psychologiques,


économiques… Certaines ont aussi subi des violences sexuelles."

– Y a-t-il des tendances particulières que vous observez selon les âges, les origines,
ou les situations sociales ?

"Oui, on constate que les jeunes femmes sont particulièrement vulnérables. Les violences
touchent aussi plus fortement les personnes issues de milieux modestes, avec peu de
soutien social."

Accueil et accompagnement

– Comment se passe l’accueil d’une nouvelle personne dans votre structure ?

"On l’accueille avec bienveillance, sans jugement. Un premier entretien est organisé pour
écouter son histoire, ses besoins, et lui proposer un parcours adapté."

– Quels types d’accompagnement proposez-vous ?

"Nous offrons un soutien psychologique, un accompagnement juridique, et parfois un


hébergement d’urgence. Chaque situation est unique."

– Travaillez-vous en partenariat avec d’autres institutions ?

34
"Absolument. Nous collaborons étroitement avec les hôpitaux, la police, les services
sociaux, et parfois même les écoles."

Ressources et financement

– De quels moyens humains et financiers disposez-vous ?

"Nous fonctionnons grâce à une équipe de professionnels engagés et à des bénévoles


formidables. Côté finances, c’est souvent la débrouille : subventions publiques, dons,
partenariats."

– Comment sont formés les intervenants ?

"Ils reçoivent des formations régulières sur la prise en charge des violences, l’écoute
active, et les aspects juridiques."

– Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans la gestion quotidienne de


l’association ?

"Le manque de moyens, le poids administratif, et parfois la lourdeur émotionnelle des


situations qu’on accompagne."

Impact et perspectives

– Selon vous, quel impact concret votre association a-t-elle sur les personnes
accompagnées ?

"Beaucoup nous disent que nous leur avons sauvé la vie. Le simple fait d’être écouté et
cru change tout."

– Quels sont vos projets ou besoins pour l’avenir ?

"Nous voulons ouvrir un centre d’hébergement permanent et renforcer notre équipe avec
plus de psychologues."

– Que faudrait-il améliorer au niveau institutionnel ?

35
"Une meilleure coordination entre les institutions, des délais plus courts pour les
procédures judiciaires, et surtout, plus de prévention dans les écoles."

Clôture

– Y a-t-il un message que vous aimeriez faire passer ?

"La violence n’est pas une fatalité. Il faut oser parler, oser demander de l’aide. Et surtout,
il faut que la société cesse de détourner le regard."

– Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

"Merci pour cet espace de parole. Chaque occasion de parler de notre travail est une
graine semée contre la violence."

ANALYSE ET INTERPRETATION DE L’ENTRETIEN D


ASSOCIATION IBNI

Un engagement qui prend racine dans le vécu du terrain


Dès les premières réponses, il se dégage une chose : cette association n’est
pas née dans les bureaux, mais dans la rue, au contact direct des souffrances
silencieuses. L’expression « un élan de solidarité » traduit bien cette
naissance organique, presque vitale. Ici, on sent que les fondatrices ont
répondu à un appel du réel, à une urgence humaine.
"Depuis sa création, elle œuvre pour tendre la main..." une image forte qui
met l’accent sur la proximité et le soutien immédiat.

Un public fragilisé, souvent invisible


Le profil des bénéficiaires décrit des femmes et enfants brisés, souvent en
marge, avec des histoires tues. Ce sont « les sans-voix », ceux que la société
oublie facilement. L’expression « parcours marqués par les violences »
reflète une souffrance au long cours, pas un simple épisode.

36
"Les jeunes femmes sont particulièrement vulnérables..." un constat
alarmant, souvent étouffé dans les discours publics.
Les violences décrites sont multiples : physiques, psychologiques,
économiques. On parle ici d’un enchaînement de violences qui laisse peu
de répit et rend toute reconstruction difficile.

Un accueil humain avant tout


L’entrée dans la structure se fait « sans jugement », dans une logique
d’écoute active. Cela montre un respect profond de la dignité des
victimes. La priorité est de retisser de la confiance, souvent détruite par des
années de maltraitance.
💬 "On l’accueille avec bienveillance..." formule simple, mais lourde de
sens.

Un accompagnement global mais sous tension


L’association met en œuvre une approche pluridisciplinaire :
psychologique, juridique, sociale. C’est ce qu’on appelle une prise en
charge holistique. Toutefois, le mot-clé ici est "débrouille" : malgré
l’engagement, les moyens sont limités, et l’épuisement guette.

"Côté finances, c’est souvent la débrouille..." — une formule idiomatique qui


traduit parfaitement le bricolage permanent auquel les structures sont contraintes.

Partenariats indispensables, mais coordination imparfaite


Le recours à des partenaires comme la police, l’hôpital ou les services
sociaux est vital, mais les témoignages suggèrent que le lien
interinstitutionnel est encore trop fragile. Cela peut générer des ruptures
dans le suivi ou un sentiment d’abandon chez les bénéficiaires.

Un impact humain fort, mais des défis persistants


L’expression "nous leur avons sauvé la vie" est lourde de sens. Elle montre
l’importance de ces structures dans un écosystème souvent défaillant. Mais
derrière cette reconnaissance, l’association pointe aussi un système lent,
mal coordonné, avec trop peu de place accordée à la prévention.

37
• L’importance cruciale des associations de terrain comme rempart face aux
violences.
• La nécessité de renforcer les moyens humains, financiers et logistiques.
• Le besoin d’une meilleure synergie entre acteurs (justice, santé, éducation).
• Et surtout, la reconnaissance que la violence n’est pas un simple fait
divers, mais un fait de société.

Transcription verbatim de l’entretien élaborée avec l’infirmière de


sante famille et sante communautaire Khaoula Jabil
Perception générale du rôle infirmier :

▪ Pouvez-vous me parler de votre rôle en tant qu’infirmière dans le cadre de la santé


de famille et communautaire ?

« Mon rôle consiste à être à l’écoute des familles, à établir un lien de confiance et à
assurer un suivi de proximité. En tant qu’infirmière communautaire, je suis souvent en
première ligne pour détecter des signaux faibles ou des situations à risque. »

▪ Quel est le rôle spécifique de l’infirmière dans la détection et la prise en charge des
victimes de violence ?

« Nous avons un rôle d’alerte essentiel. Grâce à notre contact régulier avec les patientes,
nous pouvons repérer des signes de détresse, d’isolement, ou de blessures inexpliquées.
Ensuite, nous orientons les victimes vers les structures adaptées tout en garantissant leur
sécurité et la confidentialité. »

▪ Comment percevez-vous la place de l’infirmière dans la prévention des violences


(familiales, conjugales, sexuelles, etc.) ?

« Nous avons un rôle pivot dans la prévention. Par l’éducation à la santé, la sensibilisation
et notre présence dans les écoles ou les foyers, nous contribuons à briser le silence et à
ouvrir le dialogue sur ces violences. »

38
Identification et détection des situations de violence :

▪ Quelles sont les situations ou signes qui vous alertent sur une possible situation de
violence ?

« Le repli sur soi, les blessures fréquentes et mal expliquées, l’anxiété permanente, le
contrôle excessif d’un partenaire ou parent, sont des signaux qui nous alertent souvent. »

▪ Quelles méthodes utilisez-vous pour aborder ce sujet avec les patientes ou les
familles ?

« J’utilise une approche douce, centrée sur l’écoute active. J’amène le sujet de manière
indirecte, par exemple en posant des questions ouvertes sur le bien-être à la maison, les
relations familiales... »

Prise en charge infirmière des victimes :

▪ Quelles sont les premières actions que vous mettez en place lorsqu’une victime se
confie ou lorsqu'une situation est suspectée ?

« Je sécurise immédiatement la personne, je lui offre un espace confidentiel et je


l’informe de ses droits. Ensuite, je la dirige vers les professionnels compétents
(psychologue, assistante sociale, etc.). »

▪ Comment accompagnez-vous psychologiquement et physiquement les femmes et


les enfants victimes ?

« Par une écoute bienveillante, en respectant leur rythme. Je veille à assurer leur suivi
médical et les mets en lien avec les ressources nécessaires. »

▪ Travaillez-vous en collaboration avec d’autres professionnels ? Si oui, comment se


fait la coordination ?

« Oui, en réseau avec les assistantes sociales, psychologues, éducateurs, etc. On


communique par réunions de coordination ou via des dossiers partagés, tout en respectant
la confidentialité. »

39
▪ Avez-vous déjà été confrontée à des difficultés ? Lesquelles ?

« Oui, notamment face au déni des victimes ou au manque de ressources locales. Il arrive
aussi que les familles refusent notre aide par peur ou honte. »

Prévention et actions communautaires :

▪ Participez-vous à des actions de prévention ou de sensibilisation ? Si oui, lesquelles


?

« Oui, nous organisons des ateliers dans les écoles, des journées de sensibilisation dans
les centres sociaux, et distribuons des brochures sur les violences conjugales et
intrafamiliales. »

▪ Comment travaillez-vous avec les familles, les écoles, les associations ?

« En instaurant des partenariats solides. Par exemple, avec les écoles, nous intervenons
lors des séances d’éducation à la vie affective et relationnelle. »

▪ Pensez-vous que la communauté est suffisamment sensibilisée ?

« Non, il reste beaucoup à faire. Le tabou autour des violences est encore fort, et l’accès
à l’information est inégal selon les milieux. »

Formation, soutien, besoins

▪ Avez-vous reçu une formation spécifique sur la prise en charge des victimes ?

« Oui, mais elle reste insuffisante. Ce serait utile d’avoir des formations continues sur
l’écoute active, le repérage des violences psychologiques, et les procédures juridiques. »

▪ Quels sont, selon vous, les outils, ressources ou soutiens nécessaires ?

« Des cellules pluridisciplinaires accessibles, des supports éducatifs adaptés, des lignes
d’écoute, et surtout du temps dédié pour gérer ces situations délicates. »

▪ Quelles recommandations feriez-vous pour améliorer la prise en charge ?

40
« Renforcer la formation des soignantes, améliorer la coordination entre les services, et
créer davantage de structures d’accueil pour les victimes. »

ANALYSE ET INTERPRETATION DE L’ENTRETIEN AVEC


L’INFERMIERE COMMUNOTAIRE

Perception générale du rôle infirmier :


Les questions visent à cerner l’identité professionnelle de l’infirmiere
dans un cadre communautaire. Le vocabulaire utilisé ("rôle", "perception",
"prise en charge", "prévention") inscrit l’entretien dans une approche
centrée sur les représentations et les pratiques concrètes.

Analyse et interprétation :

• Le rôle de proximité est implicite : l’infirmiere est perçue comme un acteur


de première ligne.
• Le soin dépasse le cadre médical pour intégrer des dimensions sociales et
psychologiques.
• La question de la prévention suggère une attente implicite de proactivité
dans l’action infirmière, au-delà de la simple réaction à des situations
violentes.

Identification et détection des situations de violence :


On passe ici du général au particulier. Les questions explorent la capacité
d'observation clinique de l’infirmiere et la finesse de son jugement
professionnel dans des contextes parfois ambigus.

Analyse et interpretation :

• L’emploi du mot "signes" renvoie à un lexique quasi médical, mais ici il


s’applique à des signaux psychosociaux, souvent discrets ou indirects.

41
• L’usage du terme "aborder" montre que le dialogue est un outil
thérapeutique, mais aussi un levier de détection.
• Le langage sous-entend l’importance du tact relationnel, de l’écoute
active et de la communication non violente.

Prise en charge infirmière des victimes :


On entre ici dans le noyau de l'action infirmière : quelles sont les réponses
concrètes ? Quel accompagnement est proposé ? Quels sont les relais ? C’est
le cœur du rôle soignant en tant qu’interface entre santé et vulnérabilité
sociale.

Analyse idiomatique :

• Le terme "mise en place" indique une posture d’acteur·rice et de


décideur·se, ce qui met en lumière une autonomie professionnelle parfois
sous-estimée.
• Le binôme "psychologiquement et physiquement" reflète une approche
holistique de la santé.
• Le mot "coordination" appelle une pratique collaborative, où
l’infirmier·ère est pivot dans un réseau de soin.
• La dernière question sur les difficultés invite à révéler les obstacles
structurels ou émotionnels : manque de formation, isolement, stress
moral, etc.

Prévention et actions communautaires :


Ce volet aborde le lien entre l’infirmier·ère et son territoire d’exercice,
posant la question de son engagement sociétal au-delà des soins.

Analyse idiomatique :

• "Sensibilisation", "prévention", "actions dans la communauté" : ce champ


lexical met l’accent sur la visibilité sociale du soignant.
• Il est attendu de l’infirmière qu’il soit agent de changement culturel,
notamment dans la lutte contre le tabou des violences.
• Le ton est prospectif et évaluatif ("est-ce suffisant ?", "avec qui travaillez-
vous ?"), ce qui engage l’infirmière dans une auto-analyse critique de ses
pratiques.

42
Formation, soutien, besoins :
Cette dernière partie ouvre la voie à une réflexion institutionnelle. Elle
interroge les moyens disponibles pour faire face à un enjeu aussi complexe.

Analyse et interprétation :

• Le vocabulaire des "outils", "ressources", "recommandations" place le


professionnel dans une logique d'amélioration continue.
• On perçoit une attente implicite de montée en compétence face à une
thématique sensible.
• L’appel à des "recommandations" montre une volonté de faire émerger
du terrain des propositions d’action, ce qui valorise la dimension
participative de l’entretien.

43
DISCUSSION

Objectifs atteints
L’étude visait à explorer, à travers des entretiens semi-directifs, la
perception et le rôle que jouent les infirmier·ères dans le cadre de la santé
communautaire et familiale face aux situations de violences faites aux
femmes et enfants. Plusieurs objectifs ont été atteints, notamment :
• Identification claire des rôles infirmiers : Les infirmier·ères interrogé·es
ont bien exprimé leur rôle dans l’accompagnement, la détection et
l’orientation des victimes, montrant une conscience professionnelle
importante.
• Mise en lumière des pratiques de terrain : Les réponses ont permis de
mieux comprendre les outils de communication utilisés, les signes
observés et la manière d’aborder les situations de violence dans un cadre
soignant.
• Prise en compte du réseau : Les professionnels ont évoqué leur
collaboration avec les écoles, les associations, et les services sociaux, ce qui
montre une logique de travail en réseau bien implantée.
• Sensibilité à la prévention : Les entretiens ont révélé une volonté d’agir en
amont des situations de violence, par des campagnes de sensibilisation ou
des actions éducatives.

2. Objectifs non atteints

Malgré ces résultats riches, certains objectifs sont restés partiellement


atteints ou non atteints :
• Formation et cadre institutionnel mal définis : Les professionnels
évoquent un manque de formation spécifique ou des formations trop
théoriques, sans application directe. L'absence d’un protocole de prise en
charge clairement établi est récurrente.
• Difficulté à verbaliser des situations concrètes : Peu de répondant·es ont
pu donner des exemples précis et détaillés de situations rencontrées. Cela
peut être dû à la confidentialité ou à une gêne émotionnelle.

44
• Peu de réflexion critique sur les limites personnelles : Les entretiens ont
rarement abordé les biais personnels, les ressentis émotionnels ou les
dilemmes éthiques, pourtant fréquents dans ces situations.
• 3. Comparaison des resultats des deux entrertiens
• Points communs :
• Sensibilisation élevée à la problématique.
• Importance accordée à l’écoute active.
• Reconnaissance d’un manque de formation continue.
• Volonté de coordonner les efforts avec d’autres professionnels.
• Différences :

Axe comparé Entretien 1 Entretien 2


Position dans Infirmier Infirmière scolaire
l’équipe communautaire
Cadre de détection Domicile, centre de Établissement scolaire
santé
Pratiques de Ateliers en centre de Interventions
sensibilisation santé pédagogiques en classe
Ressources Limitées, manque Accès à psychologue
disponibles de relais scolaire
Approche des Directe mais Souvent indirecte via
familles prudente l’enfant
• Interprétation :
L’entretien 2 met davantage l’accent sur la prévention dans un cadre
éducatif et structuré, tandis que le premier entretien montre un rôle plus
polyvalent mais isolé, confronté à des manques de ressources.

Limites de l’étude
• Nombre restreint de participants : Deux entretiens seulement ne
permettent pas de généraliser les résultats.
• Diversité de contextes : La comparaison entre deux profils très différents
(école vs centre de santé) complexifie l’analyse.

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Pudeur et retenue sur certains sujets : Les infirmier·ères peuvent auto-
censurer certaines réponses par crainte de mal faire ou de briser la
confidentialité.
• Temps limité : Certains aspects n’ont pu être explorés en profondeur,
comme le vécu émotionnel, le rapport au secret professionnel, ou les
échecs rencontrés.

Perspectives d’amélioration
• Élargir le corpus d’entretiens à différents profils (urgences, PMI,
maisons de santé, infirmiers libéraux).
• Inclure d’autres acteurs (assistantes sociales, psychologues, éducateurs)
pour croiser les regards.
• Mener des observations in situ pour compléter les discours déclaratifs par
des pratiques réelles.
• Créer une grille d’analyse plus approfondie intégrant le non-verbal, les
silences, les hésitations.
Formuler des recommandations concrètes pour la formation initiale et
continue des soignant·es sur les violences intrafamiliales.

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Conclusion

La violence faite aux femmes et aux enfants demeure un fléau mondial aux
ramifications multiples, affectant non seulement la santé et le bien-être des
victimes, mais également la cohésion sociale et le développement des
communautés. Cette réalité, bien qu’universellement reconnue, continue de
s’enraciner dans des contextes socio-culturels, économiques et institutionnels qui
favorisent souvent le silence, la banalisation, voire la justification implicite de ces
violences. Dans ce paysage complexe, les infirmier(e)s en santé familiale et
communautaire représentent un maillon essentiel du système de détection, de
soutien et de réorientation des victimes vers des ressources adéquates.

L’étude menée met en lumière la double posture des infirmier(e)s : d’une part, celle
de professionnels de santé investis, dotés d’un engagement fort envers les
populations vulnérables, et d’autre part, celle d’intervenants souvent laissés à eux-
mêmes face à des situations d’une grande complexité, sans moyens suffisants ni
formation spécialisée. Cette tension entre engagement éthique et limites
structurelles reflète un paradoxe inhérent à de nombreuses professions de terrain au
Maroc comme ailleurs : être au cœur des réalités sociales les plus dures tout en
étant parfois dépourvus des outils pour y répondre pleinement.

Les résultats soulignent également que la violence fondée sur le genre ne peut être
traitée efficacement sans une approche systémique et intersectorielle. Le rôle des
infirmier(e)s ne saurait être isolé de celui des autres acteurs — services sociaux,
justice, éducation, associations de la société civile — avec lesquels il est impératif
d’instaurer des mécanismes de collaboration, de partage d’informations, et de
réponses coordonnées. Il s’agit ici non seulement de briser le cloisonnement des
interventions, mais surtout de créer un véritable écosystème de protection autour
des victimes.

Dans cette perspective, plusieurs leviers d’action apparaissent comme prioritaires.


D’abord, la refonte des programmes de formation infirmière, en intégrant des
modules approfondis sur la violence intrafamiliale, les approches
psychotraumatologiques, et les procédures de signalement, s’impose. Ensuite,
l’État et les institutions de santé doivent impérativement renforcer les dispositifs

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d’accompagnement professionnel, à travers des cellules de soutien psychologique
pour les soignants, des référentiels d’intervention, et une reconnaissance officielle
du rôle des infirmier(e)s dans ce champ spécifique. Enfin, une sensibilisation de
grande ampleur à destination de la population générale reste incontournable afin de
déconstruire les normes sociales tolérantes envers la violence et de favoriser
l’émergence d’une culture protectrice et bienveillante.

La lutte contre la violence faite aux femmes et aux enfants ne saurait être l’affaire
d’une seule catégorie professionnelle, mais elle ne peut réussir sans la mobilisation
active des infirmier(e)s. En tant que témoins directs, souvent les premiers et parfois
les seuls à recueillir la parole des victimes, ils et elles doivent bénéficier d’un
environnement propice à l’action : un cadre juridique clair, un soutien institutionnel
effectif, des ressources humaines et matérielles adaptées, et une reconnaissance
sociale à la hauteur de leur rôle.

À terme, il s’agit de transformer les pratiques, mais aussi les mentalités. C’est dans
la construction de liens de confiance durables avec les communautés, dans l’écoute
bienveillante, dans l’action discrète mais décisive du quotidien que les infirmier(e)s
peuvent incarner le changement. En renforçant leurs capacités, en valorisant leur
rôle, et en leur offrant les moyens d’agir, nous contribuons collectivement à ériger
une société plus juste, plus humaine et résolument tournée vers la protection des
plus vulnérables.

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BIBLOGRAPHIE

Formarier, Monique. 2007. « La relation de soin, concepts et finalités ».

Recherche en soins infirmiers N° 89(2):33‑42. doi:10.3917/rsi.089.0033.

Gagné, Marie-Hélène. 2006. Violences psychologiques: comment les prévenir dans


différents contextes de vie? : symposium tenu dans le cadre du 27e congrès
annuel de la Société québécoise de recherche en psychologie, 19 mars 2005,
Mont-Ste-Anne, Québec. Québec: Centre de recherche JEFAR.

Krug, Etienne G., éd. 2002. Rapport mondial sur la violence et la sante.

Geneve: Organisation mondiale de la sante.

Michaud, Yves. 2014. « Définir la violence ? »: Les Cahiers Dynamiques n°


60(2):30‑36. doi:10.3917/lcd.060.0029.

Péchey, Véronique. 2022. « La place de l’infirmier face aux violences


intrafamiliales: » Journal du Droit de la Santé et de l’Assurance - Maladie
(JDSAM) N° 30(3):98‑104. doi:10.3917/jdsam.213.0098.

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ANNEXES

Guide d’entretien - Guide_d'entretien_M


[Link] R[2].docx

50

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