Sujets d’entraînement – Dissertation et Commentaire
A/ DISSERTATION
5 Sujet 1 : Œuvre : La Bruyère, Les Caractères / Parcours : La comédie sociale
En quoi, dans les livres V à X des Caractères, l’art de la mise en scène sert-il le projet du
moraliste ?
10 Vous répondrez dans un développement organisé. Votre réflexion prendra appui sur l’œuvre
de La Bruyère au programme, sur le travail mené dans le cadre du parcours associé et sur
votre culture littéraire.
Sujet 2 : Œuvre : Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour / Parcours : les jeux
15 du cœur et de la parole
La parole est-elle seulement mise au service du cœur dans On ne badine pas avec l’amour ?
Vous répondrez dans un développement organisé. Votre réflexion prendra appui sur l’œuvre
20 de Musset au programme, sur le travail mené dans le cadre du parcours associé et sur votre
culture littéraire.
Sujet 3 : Œuvre : Colette, Sido suivi de Les Vrilles de la vigne / Parcours : La
célébration du monde.
25
Selon vous, en écrivant Sido et Les Vrilles de la vigne, Colette recherche-t-elle un idéal
perdu ?
Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en vous appuyant sur
30 votre connaissance de Sido et des Vrilles de la vigne, sur les textes que vous avez étudiés
dans le cadre du parcours associé et sur votre culture personnelle.
Sujet 4 : Hélène Dorion, Mes forêts / Parcours : La poésie, la nature, l’intime.
35 Hélène Dorion écrit dans son livre :
mes forêts sont des rivages
accordés à mes pas la demeure
où respire ma vie
40
Cette définition poétique de Mes forêts comme lieu de l’intimité correspond-elle à votre
lecture du recueil ?
Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en vous appuyant sur
45 Mes forêts, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours associé et sur
votre culture personnelle.
B/ COMMENTAIRE
Objet d’étude : la poésie du XIXème siècle au XXIème
5 Alfred de Vigny, Poèmes antiques et modernes (1828) « La Frégate La Sérieuse ou la
Plainte du Capitaine »
En 1798, la bataille navale d’Aboukir, au large de l’Égypte, a opposé les flottes française et
britannique. Dans ce long poème, Alfred de Vigny imagine les paroles du capitaine de la
10 frégate « La Sérieuse », navire de combat léger qui s’est retrouvé face à trois grands
vaisseaux ennemis. Le combat est inégal, mais le capitaine décide de faire face. Il parle ainsi
de sa frégate.
N'importe ! elle bondit, dans son repos troublée,
Elle tourna trois fois jetant vingt-quatre éclairs,
15 Et rendit tous les coups dont elle était criblée,
Feux pour feux, fers pour fers.
Ses boulets enchaînés fauchaient des mâts énormes,
Faisaient voler le sang, la poudre et le goudron1,
20 S'enfonçaient dans le bois, comme au cœur des grands ormes
Le coin2 du bûcheron.
Un brouillard de fumée où la flamme étincelle
L'entourait ; mais le corps brûlé, noir, écharpé,
25 Elle tournait, roulait, et se tordait sous elle,
Comme un serpent coupé.
Le soleil s'éclipsa dans l'air plein de bitume.
Ce jour entier passa dans le feu, dans le bruit ;
30 Et lorsque la nuit vint sous cette ardente brume
On ne vit pas la nuit.
Nous étions enfermé comme dans un orage :
Des deux flottes au loin le canon s'y mêlait ;
35 On tirait en aveugle à travers le nuage :
Toute la mer brûlait.
Mais, quand le jour revint, chacun connut son œuvre.
Les trois vaisseaux flottaient démâtés, et si las
40 Qu'ils n'avaient plus de force assez pour la manœuvre ;
Mais ma Frégate, hélas !
Elle ne voulait plus obéir à son maître ;
Mutilée, impuissante, elle allait au hasard ;
45 Sans gouvernail, sans mât, on n'eût pu reconnaître
La merveille de l'art !
1
Goudron et bitume : produits utilisés pour rendre le bois des navires étanche.
2
Le coin : la hâche permettant d’abattre les arbres.
Engloutie à demi, son large pont à peine,
S'affaissant par degrés, se montrait sur les flots ;
Et là ne restaient plus, avec moi capitaine,
Que douze matelots.
5
Je les fis mettre en mer à bord d'une chaloupe,
Hors de notre eau tournante et de son tourbillon ;
Et je revins tout seul me coucher sur la poupe3
Au pied du pavillon4.
10
J'aperçus des Anglais les figures livides,
Faisant pour s'approcher un inutile effort
Sur leurs vaisseaux flottants comme des tonneaux vides,
Vaincus par notre mort.
15
La Sérieuse alors semblait à l'agonie :
L'eau dans ses cavités bouillonnait sourdement ;
Elle, comme voyant sa carrière finie,
Gémit profondément.
20
Je me sentis pleurer, et ce fut un prodige,
Un mouvement honteux ; mais bientôt l'étouffant :
Nous nous sommes conduits comme il fallait, lui dis-je ;
Adieu donc, mon enfant.
25
Elle plongea d'abord sa poupe et puis sa proue5 ;
Mon pavillon noyé se montrait en dessous ;
Puis elle s'enfonça tournant comme une roue,
Et la mer vint sur nous.
30 Objet d’étude : Le récit et le roman du Moyen-âge au XXIème siècle
Louis Aragon, Aurélien, 1945
3
Poupe : partie arrière d’un navire.
4
Pavillon : drapeau qui indique l’origine du navire.
5
Proue : partie avant d’un navire.
Aurélien raconte l'amour impossible entre le personnage éponyme, jeune bourgeois
désœuvré, et Bérénice, jeune femme en quête absolu, au cours des années 1920.
La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui
déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il
5 avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit
mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se
considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus.
Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle
était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague,
10 générale, d'ennui et d'irritation. Il se demanda même pourquoi. C'était disproportionné. Plutôt
petite, pâle, je crois… Qu'elle se fût appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé,
après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l'irritait.
Il y avait un vers de Racine que ça lui remettait dans la tête, un vers qui l'avait hanté
pendant la guerre, dans les tranchées, et plus tard démobilisé. Un vers qu'il ne trouvait
15 même pas un beau vers, ou enfin dont la beauté lui semblait douteuse, inexplicable, mais qui
l'avait obsédé, qui l'obsédait encore :
Je demeurai longtemps errant dans Césarée…
En général, les vers, lui… Mais celui-ci lui revenait et revenait. Pourquoi ? c'est ce
qu'il ne s'expliquait pas. Tout à fait indépendamment de l'histoire de Bérénice…l'autre, la
20 vraie… D'ailleurs il ne se rappelait que dans ses grandes lignes cette romance, cette scie.
Brune alors, la Bérénice de la tragédie. Césarée, c'est du côté d'Antioche, de Beyrouth.
Territoire sous mandat. Assez moricaude, même, des bracelets en veux-tu en voilà, et des
tas de chichis, de voiles. Césarée… un beau nom pour une ville. Ou pour une femme. Un
beau nom en tout cas. Césarée… Je demeurai longtemps … je deviens gâteux. Impossible
25 de se souvenir : comment s'appelait-il, le type qui disait ça, une espèce de grand bougre
ravagé, mélancolique, flemmard, avec des yeux de charbon, la malaria… qui avait attendu
pour se déclarer que Bérénice fût sur le point de se mettre en ménage, à Rome, avec un
bellâtre potelé, ayant l'air d'un marchand de tissus qui fait l'article, à la manière dont il portait
la toge. Tite. Sans rire. Tite.
30 Je demeurai longtemps errant dans Césarée…