Cancer et
dénutrition
dossier de presse
Claude, Philippe, Dominique, Martine…
Ils ont vécu un cancer ; ils ne savaient pas
que la dénutrition pourrait les concerner.
Société Francophone Nutrition Clinique et Métabolisme
Sommaire
1. Cancer et dénutrition, un état des lieux inquiétant .................................. p. 3
2. Des solutions pour une prise en charge nutritionnelle efficaces ....... p. 5
3. Ils l’ont vécue, ils en parlent ............................................................................... p. 7
4. Contact .......................................................................................................................... p. 9
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1. C
ancer et dénutrition,
un état des lieux inquiétant
La dénutrition est un état pathologique qui survient lorsque les apports énergétiques
fournis par l’alimentation ne parviennent plus à couvrir les besoins énergétiques
de l’organisme.
Plusieurs paramètres permettent d’en faire le diagnostic, parmi eux, la perte de poids
ou un indice de masse corporelle (IMC) inférieur à un seuil donné.
Il existe un état de dénutrition chez une personne si :
• elle a perdu au moins 5% de son poids en 1 mois
• elle a perdu au moins 10% de son poids en 6 mois
• son IMC est ≤ 18,5 (si elle est âgée de moins de 70 ans)
• son IMC est ≤ 21 (si elle est âgée de plus de 70 ans)
En quelques chiffres
La dénutrition est un problème majeur pour les personnes atteintes de cancer et
accompagne souvent l’évolution de la maladie. Parce qu’il n’y a pas un cancer
mais des cancers, les risques de dénutrition associés sont variables. En effet, selon
plusieurs études, 30 % à 50 % des patients atteints de cancer ont subis une perte de
poids et sont potentiellement dénutris avant même le début du traitement.
Jusqu’à 80 % des personnes atteintes des formes de cancers les plus avancées
et de certains cancers (comme les cancers ORL), peuvent être dénutries.
Nutricancer*, une étude sur la dénutrition chez les patients atteints de cancer
L’étude débutée en 2005 a porté sur 154 unités de soins dans 24 villes de France.
Ses objectifs : évaluer la prévalence de la dénutrition dans une population de
personnes atteintes de cancer ; comprendre pourquoi cette fréquence est plus
élevée dans certains cancers ; évaluer le recours à la nutrition artificielle ou à des
compléments nutritionnel chez ces patients.
Résultat : l’étude a révélé que
39 % des patients atteints
d’un cancer présentaient
également une dénutrition.
Ce chiffre varie selon que la
personne est hospitalisée
ou non (44,1 % des patients
hospitalisés, 27,7 % des patients
chez eux).
* Etude Nutricancer, X. Hébuterne et al, 2005
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Pourquoi le cancer favorise-t-il la dénutrition ?
La dénutrition peut être causée par une diminution de la prise alimentaire ou
une augmentation des besoins énergétiques de l’organisme. Parfois, ces deux
phénomènes se combinent et aboutissent à une perte de poids.
Dans le cas des pathologies cancéreuses, plusieurs facteurs peuvent être en cause.
Certains sont liés à la maladie en elle-même qui peut entraîner une diminution
de l’appétit, une obstruction du tube digestif, des douleurs, une dépression,
pouvant provoquer une diminution ou un arrêt de la prise alimentaire. D’autres
facteurs favorisant la dénutrition sont liés aux traitements de la maladie. En effet,
la chimiothérapie et la radiothérapie peuvent provoquer des mucites (inflammations
très douloureuses des muqueuses de la bouche), des vomissements, ou une modification
de l’appétit.
Enfin, l’apparition d’un cancer peut provoquer une augmentation des dépenses
énergétiques de l’organisme et donc des besoins que la personne malade a parfois
du mal à couvrir pour les raisons évoquées ci-dessus.
Dénutrition et cancer, quelles conséquences ?
La dénutrition a des conséquences importantes pour la personne malade. En effet,
indépendamment du type de cancer, une perte de poids supérieure à 15 % altère
le pronostic vital de la personne.
Les personnes atteintes d’un cancer sont 5 % à 25 % à décéder des conséquences
de la dénutrition et non de leur maladie cancéreuse.
La dénutrition multiplie par 4 le risque de développer une infection nosocomiale.
Elle a pour conséquence d’augmenter le risque de complications mineures
et majeures postopératoires et après un traitement de chimiothérapie et de
radiothérapie.
Elle entraîne une dégradation de la qualité de vie des patients.
Enfin, en augmentant la durée du séjour hospitalier, la dénutrition augmente
également son coût.
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2. Des solutions pour une prise
en charge nutritionnelle adaptée
Malgré des conséquences avérées pour les patients, la dénutrition est encore
insuffisamment dépistée dans les services hospitaliers. Pourtant une prise en
charge nutritionnelle adaptée peut être proposée aux patients tout au long de la
maladie.
Comment lutter contre la dénutrition ?
La lutte contre la dénutrition doit avant tout passer par un dépistage précoce,
dès l’admission des patients à l’hôpital.
La sensibilisation des patients est également un élément clé pour éviter ou
limiter l’apparition d’un état de dénutrition.
Il est donc essentiel de se peser régulièrement et de s’interroger en cas de
perte de poids involontaire. Certains signes doivent alerter : des vêtements qui
deviennent trop larges, une bague qui glisse plus facilement, le long du doigt.
Quels sont les moyens de cette prise en charge ?
> Les compléments nutritionnels oraux, l’enrichissement des repas
Lors de la survenue d’un cancer, des compléments nutritionnels oraux (CNO)
peuvent permettre de compenser des apports énergétiques insuffisants. Les CNO
peuvent se présenter sous la forme de boissons lactées, de jus de fruits, de soupes,
hyperprotéinés ou hyperénergétiques. Ils peuvent être pris en début de journée ou
avant les repas.
Les CNO sont des Aliments diététiques destinés à des fins médicales spéciales
(ADDFMS). À ce titre, ils sont délivrés sur ordonnance et utilisés sous contrôle médical.
Dans le cadre des maladies cancéreuses, les CNO sont remboursés par l’Assurance
Maladie. Ils ne doivent pas être confondus avec les compléments alimentaires.
Les conseils des diététiciennes sont également très importants pour limiter une perte
de poids. Ainsi, l’enrichissement de l’alimentation consiste à ajouter aux plats des
ingrédients riches en protéines et en lipides dans les soupes et les purées : beurre,
crème, huile, fromage râpé, viande ou jambon haché, jaune d’oeuf, etc.
> La nutrition artificielle
Parfois, en raison de la maladie et de ses traitements, il arrive que les personnes
malades ne puissent plus répondre seuls, par l’alimentation orale, à leurs besoins
énergétiques. Le recours à un mode de nutrition dit « artificiel » s’avère alors
nécessaire.
Il existe deux modes de nutrition artificielle : la nutrition entérale et la nutrition
parentérale.
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La nutrition entérale
La nutrition entérale est utilisée dans les cas où la personne malade ne peut plus
avaler sa nourriture en raison de plaies dans la bouche, d’obstruction de la gorge,
de modification du goût, de perte d’appétit, de nausées, etc.
Elle consiste à apporter un mélange nutritif directement dans le tube digestif par
l’intermédiaire d’une sonde.
Les solutions nutritives sont un mélange de lipides, de glucides, de protéines, de
minéraux et de vitamines, adapté à chaque situation et contenu dans des poches
souples.
Le mélange de nutriments peut être apporté de plusieurs manières :
• dans l’estomac grâce à une sonde naso-gastrique, c’est-à-dire un fin tuyau flexible qui
passe par le nez et descend le long de l’oesophage jusqu’à l’estomac.
• dans l’estomac par une gastrostomie. Il s’agit d’un orifice effectué au niveau de
l’abdomen et qui permet d’accéder, depuis l’extérieur, à l’intérieur de l’estomac.
• d’autres techniques telles que la duodénostomie, la jéjunostomie ou la gastro-jéjunos-
tomie permettent d’apporter la solution nutritive directement dans l’intestin grêle.
Si le tube digestif fonctionne et permet d’absorber des nutriments, c’est toujours la
nutrition entérale qui est proposée en premier aux patients.
La nutrition parentérale
Dans les cas où la nutrition entérale est impossible à appliquer, par exemple dans
les cas où le tube digestif ne fonctionne plus normalement, il est nécessaire d’avoir
recours à la nutrition parentérale.
Elle consiste à apporter le mélange nutritif non pas dans le tube digestif mais
directement dans le sang.
L’administration de la nutrition parentérale se fait à l’aide d’un cathéter posé
généralement dans la veine sous-claviaire.
Comme en nutrition entérale, les poches de nutrition parentérale contiennent des
mélanges de nutriments auxquels il est indispensable d’ajouter des vitamines
et des éléments traces. La composition des poches est cependant différente de
celles utilisées en nutrition entérale puisqu’elles doivent répondre aux contraintes
imposées par une administration dans le sang.
Ces différentes assistances nutritionnelles ne sont pas exclusives. Certaines
situations peuvent permettre aux patients de prendre des compléments
alimentaires parallèlement à une nutrition entérale, ou d’être alimentés à la
fois en nutrition entérale et parentérale.
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3. Ils l’ont vécue, ils en parlent
Des patients ont accepté de témoigner.
Nous les avons rencontrés avec la complicité du Dr Pierre Senesse (CAC Montpellier).
« Je ne pouvais plus Claude,
me nourrir normalement » 66 ans
J’ai fumé de 14 à 65 ans. Un jour ma voix a commencé à s’enrailler. Je suis allé consulter un
médecin pensant que j’avais une laryngite et après plusieurs examens, on m’a diagnostiqué
un cancer du larynx. J’ai été opéré et traité par des séances de chimiothérapie et de
radiothérapie.
Tout s’est bien passé mais on avait dû m’enlever une partie du larynx et je ne pouvais plus
me nourrir normalement. Il y avait trop de risques qu’en avalant, la nourriture aille dans la
trachée et non dans l’oesophage. J’ai alors été nourri par une sonde naso-gastrique, puis
par une sonde de gastrostomie. J’ai été informé tout de suite des risques et des contraintes
de la nutrition artificielle, mais je n’avais pas le choix de toute façon. Les infirmiers et les
diététiciens ont été très présents et après quelques temps, je pouvais m’administrer moi-
même la nourriture dans l’estomac. Peu à peu, je reprenais du poids. Ce mode de nutrition
a duré six mois, pendant lesquels j’ai suivi une rééducation. J’ai dû réapprendre à boire et à
manger, à déglutir de façon à limiter le plus possible les risques de fausses routes. Aujourd’hui
j’arrive à manger normalement. J’ai plutôt bien vécu cette période mais j’ai dû m’accrocher !
Il faut garder un bon moral, sinon on peut vite sombrer…
« J’ai commencé à maigrir Dominique,
et personne ne faisait rien » 44 ans
Quand on a fait le diagnostic de mon cancer du sein, j’étais plutôt un peu forte. J’ai été
opérée et j’ai eu des rayons, puis on m’a proposé une chimiothérapie. Ce traitement était
important pour éviter l’apparition de nouvelles tumeurs. Mais très vite, j’ai eu des nausées
et je rejetais toute nourriture. Même les odeurs de cuisine me dégoûtaient. J’ai commencé
à maigrir et personne ne faisait rien. J’en ai alors parlé à mon médecin qui m’a présenté
une diététicienne. Elle m’a expliqué que cela pouvait arriver, et qu’il existait des moyens
pour s’alimenter quand même, en évitant certains aliments et en en privilégiant d’autres.
Elle m’a proposé de prendre des compléments nutritionnels oraux qui m’ont permis
d’arrêter de maigrir et de reprendre du poids. Je ne comprends pas que l’on ne m’ait pas
prévenue avant, que j’allais maigrir et je crois que toutes les personnes atteintes d’un cancer
devraient pouvoir rencontrer une diététicienne dès leur hospitalisation. Aujourd’hui j’ai pu
reprendre une alimentation normale même si je garde une aversion pour certains aliments.
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« J’ai été alimenté à l’aide Philippe,
d’une sonde naso-gastrique » 45 ans
L’année dernière, on m’a diagnostiqué un cancer de l’amygdale gauche avec
des ganglions au niveau du cou. J’ai été opéré en février 2007, puis j’ai reçu un
traitement par chimiothérapie et radiothérapie. Les quinze premiers jours, durant
mon séjour à l’hôpital, j’ai été alimenté à l’aide d’une sonde naso-gastrique.
Je suis sorti de l’établissement, j’ai recommencé à manger un peu seul, mais l’équipe
médicale m’avait posé une sonde de gastrostomie car elle se doutait que j’allais rencontrer
des difficultés. Et effectivement, ces difficultés sont arrivées. Mon état s’est rapidement
dégradé. J’ai eu des brûlures au niveau du cou, et la chimiothérapie m’a provoqué
beaucoup d’aphtes dans la bouche. C’était extrêmement douloureux, je ne pouvais plus
rien avaler. J’ai été ainsi six mois sous nutrition entérale. Peu à peu, j’arrivais à m’alimenter
seul la journée, avec des soupes, des aliments mixés très fins, et la nuit, la gastrostomie
prenait le relais. Tout au long de cette prise en charge, je me suis senti très bien informé
par les médecins et épaulé par les infirmiers et les diététiciennes qui m’ont apporté une
aide précieuse, sur le plan physique et psychologique. Dans l’ensemble tout s’est très bien
passé pour moi. J’avais perdu onze kilos et ce mode de nutrition m’a permis, non pas
de reprendre du poids, mais de me maintenir. J’ai accepté la sonde tout de suite, sans
réfléchir. Je ne pouvais plus manger, je ne sais pas ce qu’il ce serait passé si je ne l’avais
pas eu ! C’était une question de survie.
« Je vomissais et j’ai perdu Martine,
beaucoup de poids » 63 ans
J’ai un cancer de l’ovaire depuis trois ans. Au départ, il était localisé puis il s’est peu à peu
généralisé au péritoine ce qui a entraîné un blocage de mes intestins. Je ne pouvais plus
manger, je vomissais et j’ai perdu beaucoup de poids. Mon médecin m’a alors confiée
à l’équipe de nutrition de l’hôpital où je suis soignée. On m’a posé un cathéter pour me
nourrir par voie veineuse. Grâce à un prestataire et à une infirmière, je peux recevoir cette
nutrition parentérale à mon domicile. Je suis alimentée par une poche de nutrition durant
la nuit, ce qui me permet de pouvoir faire des choses dans la journée. Ce mode de nutrition
me permet de continuer à vivre malgré cette maladie.
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La SFNeP
Société Francophone de Nutrition Clinique et Métabolisme
Société savante à but non-lucratif, la SFNEP regroupe des
médecins, pharmaciens et diététiciennes experts en nutrition
clinique. Son objectif principal est d’améliorer la prise en charge
nutritionnelle des patients.
Pour en savoir plus :
www.sfnep.org
www.nutritionclinique.fr
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