Collège Saint-Quirin
Année scolaire 2018-2019
Darwin en croisade contre Dieu ?
Travail de fin d’études
Réalisé par Encadré par
Audric Bonane M. Verpoorten
6B
Remerciements
Image et citation
Introduction
4
1. Naissance du darwinisme
1.1 Charles Darwin
Charles Darwin est un grand naturaliste et paléontologue anglais du XIXe siècle.
Il est né en 1809 en Angleterre et il est issu d’une famille aisée. Il est très vite passionné par la
nature. Son grand-père, Erasmus Darwin, était d’ailleurs naturaliste. Charles Darwin a
certainement été influencé par les travaux naturalistes d’Erasmus .
En 1825, poussé par son père médecin, Darwin entame des études de médecine à l’université
d’Édimbourg. Il stoppe ses études au bout de 2 ans pour faire des études de théologie à
Cambridge. Entre-temps, il suit des conférences en botanique et en géologie avec beaucoup
d’intérêt. Une fois devenu pasteur, il conserve de profondes convictions naturalistes.
En 1831, le capitaine du Beagle autorise Darwin à embarquer sur son bateau pour un voyage
de près de 5 ans. En ce laps de temps, le Beagle a réalisé un tour du monde 1 en passant par les
îles du Cap vert, l’Amérique du Sud, l’Afrique du Sud et l’Océanie. Ainsi, ce voyage permet
au pasteur naturaliste de mener des études sérieuses et approfondies sur les différents
spécimens vivants rencontrés dans les divers milieux exotiques. De plus, il collecte de
nombreux fossiles d’espèces éteintes.
Il revient de son voyage en 1836. A la suite de ce voyage, il va s’atteler à une analyse
approfondie des différents spécimens rapportés.
En 1858, il publie son plus célèbre ouvrage, « L’Origine des espèces », dans lequel il expose
une théorie presque sans précédent, la théorie de l’évolution plus précisément la théorie de la
sélection naturelle.
1.2 La théorie darwinienne
Après son long voyage, Darwin se penche sur l’origine des espèces et sur leur évolution. Il
avait déjà fait de nombreuses observations durant son long périple notamment dans l’archipel
des Galápagos.
La transmission héréditaire des caractères a été son premier constat. En effet, à force d’étudier
les pratiques des éleveurs, il a remarqué que les variations héréditaires se font de manière
1 Voir annexe 1
5
spontanée et accidentelle. Il remarque aussi que les variations héréditaires favorables à
l’espèce lui permettent de mieux se reproduire et donc de transmettre ces variations.
Cependant, il observe que les variations défavorables ont tendance à disparaître. C’est ainsi,
que Darwin imagine la formation des nouvelles espèces. Plus tard, le moine naturaliste
Gregor Mendel confirme et démontre la loi d’hérédité des caractères.
D’un autre côté, Darwin cherche à savoir en quoi la nature peut-elle avoir une influence sur
l’évolution des espèces. Dans l’archipel des Galápagos, Darwin a collecté et a étudié des
pinsons issus d’îles différentes. Ces pinsons se ressemblaient fortement. Pour Darwin, cela
signifie qu’ils ont un ancêtre commun. Néanmoins, il a noté qu’ils avaient des becs
différents2. Darwin explique que des pinsons ont accidentellement été poussés vers les
Galápagos des millions d’années auparavant. Ils étaient pourvus d’un bec court pour se
nourrir de graines. Or, l’île ne présentait que des graines renfermées dans des coques robustes.
Les pinsons aux becs plus robustes ont réussi à survivre tandis que ceux aux becs moins
robustes ont fini par s’éteindre. Plus ils avaient le bec dur et épais, mieux ils mangeaient,
mieux ils se reproduisaient. Comme les caractères sont héréditaires, il n’y avait plus que des
pinsons aux becs durs et épais. D’autres oiseaux ont émigré vers une autre île où ils se sont
nourris de fleurs et de semences de cactus. Ceux qui avaient un bec long et minces
mangeaient mieux et se reproduisaient mieux. Il ne restait donc plus que des pinsons aux becs
longs et minces. Darwin suppose que ce phénomène s’est répété plusieurs fois. Pour lui, c’est
ainsi que plusieurs espèces de pinsons sont apparues dans l’archipel des Galápagos. Chacune
de ces espèces s’est adaptée à son milieu. Darwin généralise cette découverte à toutes les
espèces. Ainsi, il finit par conclure que la nature sélectionne les individus les mieux adaptés et
que les individus s’adaptent constamment à leur milieu. On parle donc de sélection naturelle.
Par conséquent, Darwin conçoit que les variations héréditaires combinées à la sélection
naturelle constituent les bases de l’évolution des espèces.
1.3 Réception de l’œuvre darwinienne
Son ouvrage, « L’Origine des espèces », suscite un grand intérêt auprès du public au-delà du
cercle scientifique. En effet, le thème de l’évolution convient très bien à une Angleterre, à une
société en pleine mutation. L’ouvrage se vend à des milliers d’exemplaires en peu de temps.
Cependant, il subit aussi certaines railleries et caricatures3 de la part des journaux satiriques.
2 Voir annexe 2
3 Voir annexe 3
6
Dans un premier temps, certains scientifiques comme Huxley 4 se rallient à la théorie de
Darwin. D’autres refusent de croire en la transmission des caractères héréditaires. Les
physiciens sont les plus sceptiques. Ils sont nombreux à critiquer la théorie de Darwin. Ils sont
très réticents à cette théorie présentée comme une hypothèse sans véritable démonstration. La
plupart d’entre-deux sont contre Darwin en ce qui concerne l’âge de la Terre. De fait, Darwin
estime que l’évolution est un processus qui demande plusieurs millions d’années. Or, ce laps
de temps est trop long pour leurs estimations de l’âge de Terre.
Par conséquent, la réception en Angleterre est très contrastée. Elle l’est également en
Belgique.
En France, les gens restent réticents car l’idéologie de Georges Cuvier 5 est encore fort
présente. Ses idées fixistes se caractérisent par une opposition au transformisme. Elles
dénoncent donc l’évolution des espèces. De plus, les Français sont désapprobateurs vis à vis
de l’importance du hasard dans la théorie darwinienne.
La majorité des lecteurs de Darwin appliquent sa théorie à l’homme alors que Darwin a pris
soin de ne jamais évoquer explicitement l’évolution de l’homme dans son ouvrage. Ils
concluent donc que « l’homme n’est qu’un animal perfectionné qui trace sa route dans la
grande compétition de la nature. »6.
Le monde chrétien est aussi bouleversé par les travaux de Darwin. C’est le début d’une
longue affaire encore d’actualité. Darwin devra débattre jusqu’à la fin de sa vie en 1882.
4 Biologiste, paléontologue et philosophe britannique (1825-1895) ayant contribué essentiellement à la
zoologie.
5 Anatomiste et paléontologue français (1769-183 ) ayant prôné le fixisme en France
6 François EUVÉ, Darwin et le christianisme vrais et faux débats, Paris, Éd. Buchet/Chastel, 2009, p. 56
7
2. Darwin face à l’Église
2.1 Impact de Darwin sur la religion
La théorie de Darwin est perçue très négativement dans le monde chrétien. En effet, sa théorie
menace grandement les principes fondamentaux prônés par l’Église. Il faut ajouter que les
sciences ont pris une grande place dans les pensées au XIXème siècle, ce qui ne plaît guère à
l’Église habituée à avoir une importance d’ordre supérieure. Le thème de l’évolution est sujet
à débat chez les chrétiens qu’ils soient catholiques ou protestants. Ces sujets portent sur
l’historicité de la Genèse, la création fixiste ou encore l’âge de la Terre. Ainsi, le darwinisme
est vite considéré « comme une arme anticléricale, sinon franchement antireligieuse7 ».
2.1.1 Dieu remis en question
Les découvertes de Darwin révoquent sensiblement les principes chrétiens de base. Elles sont
tellement novatrices qu’elles fragilisent même le texte du credo car « la Création du ciel et de
la terre » par Dieu est remise en cause. Est- ce l’œuvre divine ou le simple hasard ? Par
conséquent, la Foi est remise en question.
Celle de Darwin l’est également. Avant même la publication de « L’Origine des espèces », il
se pose des questions au sujet de sa foi. Au temps de ses études, il dit ne pas douter de la
véracité de chaque mot de la Bible. A la suite de son voyage et de ses conclusions sur
l’évolution, Darwin finit par devenir agnostique. Il émet des doutes sur l’existence divine en
reconnaissant que « le mystère du commencement de toutes choses est insoluble pour nous 8 ».
De fait, plus les connaissances de Darwin grandissent, moins il croit en la véracité des récits
bibliques. Les miracles lui sont devenus choquants, inappropriés aux lois de la nature. Un
argument le tourmente : « si le monde a été créé par un être parfait, ce dernier n’a nul besoin
d’intervenir périodiquement pour rectifier le fonctionnement de sa création 9 ». Puis, son
schéma de « struggle for life » ne correspond pas à l’idée d’un Créateur bienveillant. De plus,
le décès prématuré de sa jeune fille de 9 ans malgré les prières de sa femme ne fait qu’étayer
ses doutes au sujet de l’existence de Dieu.
Il existe aussi un questionnement sur le rôle de Dieu. Depuis l’avènement des sciences, les
7 François EUVÉ, Darwin et le christianisme vrais et faux débats, Paris, Éd. Buchet/Chastel, 2009, p.70
8 Charles Darwin, L’Autobiographie, Paris, Éd. Du Seuil, 2008, p.89
9 Ibid. p.43
8
scientifiques s’émerveillent des extraordinaires créations de Dieu. Ils pensent que tous les
phénomènes physiques et biologiques découverts ne sont que l’œuvre du Créateur. Or Darwin
affirme que tout cela ne fait appel à aucune instance extérieure à la nature. Il assure que le
monde n’est qu’un jeu de variations aléatoires et de sélection naturelle. Il se demande donc si
Dieu a un rôle diminué ou aucun rôle dans l’ordre du monde. Son questionnement s’applique
à une partie des chrétiens ayant pris connaissance des travaux de Darwin. D’ailleurs, certaines
personnes athées affirment même que le darwinisme est la meilleure démonstration de la non-
existence de Dieu.
2.1.2 De la lecture littérale à lecture scientifique de la Bible
Parmi les précurseurs de la lecture scientifique de la Bible, le chrétien, Galilée (1564-1642) se
démarque. En effet, celui-ci a considéré le besoin de changer l’approche de la lecture des textes
bibliques. Il souhaite concilier la science à la lecture de l’Écriture. Son idée crée débat chez
les chrétiens. Néanmoins, il les sensibilise à une autre interprétation des récits bibliques. Ce
thème resurgit suite à la publication de « L’Origine des espèces ». Les propos convaincants de
Darwin sur sa théorie poussent les chrétiens à réexaminer les idées de Galilée. Ils se penchent
donc à nouveau sur la lecture scientifique de la Bible. En 1893, le pape Léon XIII affirme
dans l’encyclique Providentissimus Deus que « L’Église n’arrête ni ne contrarie en rien les
recherches de science biblique, mais elle la maintient à l’abri de toute erreur et contribue
puissamment à ses véritables progrès10 ». C’est à la fin du XIX qu’il y a un grand nombre de
trouvailles archéologiques comme les tablettes datant de la Mésopotamie. Certains écrits
antiques venus de différentes régions de la Terre relatent des faits similaires à ceux de la
Genèse comme le Déluge. Ainsi, cela va entraîner la relecture de la Bible chez les
scientifiques. L’Église va s’opposer à cette réinterprétation des textes sacrés. C’est grâce au
Concile Vatican II (1962-1965) que l’Église accepte de chercher le sens profond exprimé par
l’auteur sacré de la Sainte Écriture. Celui- ci s’est exprimé selon les informations culturelles,
historiques, politiques et scientifiques de son époque. Cela signifie qu’il ne faut désormais
plus lire la Bible naïvement. De cette manière, les récits de la Création ne sont plus considérés
comme des traités scientifiques mais des expressions de foi en partie grâce à Darwin.
10 Documents pontificaux, [Link] , consulté le 17 février
2019 à 16h50
9
2.1.3 La place de l’homme
Darwin remet aussi en question la place de l’homme. Suite à la publication de « L’Origine des
espèces », les gens ont conclu que l’homme descend du Singe. Cette idée n’est pas nouvelle.
Avant Darwin, les adeptes du transformisme avaient les mêmes conclusions car ils avaient
remarqué certaines similitudes frappantes entre l’homme et le singe. Darwin n’a jamais
affirmé que l’homme vient du singe. « Si c’était le cas, il faudrait en effet expliquer pourquoi
le Chimpanzé, par exemple, tout en ayant «évolué» en homme, serait en même temps resté
Chimpanzé11 ». D’ailleurs, il n’évoque que brièvement le cas du singe dans son œuvre. C’est
en 1871 qu’il publie son ouvrage, « La descendance de l’Homme », dans lequel il applique sa
théorie de l’évolution à l’espèce humaine. Il conclut que l’homme et le singe ont un ancêtre
commun vu leurs similitudes. Pour lui, ils sont comme « cousins ». De plus, il explique
clairement que l’homme ne descend pas du chimpanzé, des singes actuels. Les hommes et les
singes sont deux branches distinctes qui se développent indépendamment les unes des autres
convergeant vers un ancêtre commun encore inconnu des scientifiques à l’heure actuelle.
Cependant, l’Église s’y oppose fortement. Pour l’Église, le premier homme est Adam. Celui-
ci a été créé par Dieu à l’image de Dieu. Par cette Création, l’homme acquiert une dignité
nouvelle. Par conséquent, rabaisser la Création de l’homme à « un singe évolué » est une
insulte profonde envers Dieu. De plus, Darwin s’attire les protestations de l’Église en
affirmant que l’Homme a également été sujet à l’évolution. L’homme peut désormais être
considéré comme « une Création inachevée ». Dans la Bible, Dieu se dit satisfait de sa
Création. Il était si satisfait qu’il a pris un jour de repos le septième jour. Si l’homme est fruit
de l’œuvre du travail satisfaisant de Dieu, il ne peut pas être incomplet. Pour l’Église,
l’homme ne peut donc pas être soumis aux lois de l’évolution. Cette conception est un autre
grief envers l’Église.
2.1.4 Créationnistes contre évolutionnistes
Deux groupes de personnes se sont formés suite aux publications des théories darwiniennes :
les évolutionnistes et les créationnistes.
Les évolutionnistes approuvent et défendent les théories de Darwin. Ils ont une vision laïque
du fonctionnement du monde. A l’inverse, les créationnistes, essentiellement américains,
défendent le récit de la Création dans lequel Dieu crée la Terre en 6 jours. Ils sont donc
11 Patrick Tort, Darwin n’est pas celui qu’on croit, Paris, Éd. Le Cavalier Bleu, 2018, p 20
10
opposés aux théories darwiniennes. Ils avancent certains arguments12 comme ceux-ci:
1. L’évolution n’est qu’une théorie ; ce n’est pas un fait.
Cet argument met l’accent sur le mot « théorie ». En effet, la théorie de l’évolution est faite
d’hypothèses. Néanmoins, cette théorie a pris de plus en plus de crédit au fil du temps grâce
aux nombreuses découvertes scientifiques comme les lois de Mendel, l’ADN, etc... De plus, le
pape Jean-Paul II lui-même déclare que la théorie de l’évolution serait « plus qu’une
hypothèse13 » en 1996. Aujourd’hui, on peut donc admettre que la théorie darwinienne est
passée au-dessus du stade de simples hypothèses. Par ailleurs, il reste toujours des débats
concernant la manière dont s’opère cette évolution : quelle est la part de la sélection naturelle
et/ou du hasard ? Mais ces débats ne remettent pas en cause les grandes intuitions de Darwin.
2. L’évolution met en scène une nature cruelle.
Dans cet argument, les créationnistes dénoncent la « cruauté » manifeste de la nature avancée
par la théorie de l’évolution darwinienne. En effet, Darwin lui-même a été choqué par ce
constat. De plus, on a pu constater a posteriori qu’il y a eu plusieurs extinctions de masse au
cours de l’histoire des espèces. Or Dieu est Tout-Puissant et bienveillant pour les
créationnistes. Comment ce Dieu pourrait-il alors faire disparaître presque l’entièreté de sa
création ? Le schéma de « la lutte pour la vie » leur est donc improbable voire trop cruel
venant d’un Dieu d’amour.
3. L’évolution proclame la survie du plus adapté.
Dans cet autre argument, c’est la vision de « la survie du plus adapté » qui pose problème.
En effet, cette vision laisse entrevoir diverses interprétations. Certaines ont été des
justifications pseudo-scientifiques à des politiques économiques libérales, voire même des
politiques eugénistes ou racistes. Néanmoins, le modèle darwinien n’est pas responsable de
ces dérives. Par ailleurs, cette approche du darwinisme renvoit à l’argument précédant en ce
qui concerne le dessein divin de la Création.
4. L‘évolution mène à l’athéisme.
Ce quatrième argument a déjà été évoqué plus tôt. Suite à sa théorie de l’évolution, Darwin
doute de sa foi sans pour autant devenir athée. L’évolution conduit-elle nécessairement à
l’athéisme ? Il est vrai que certains se sont servis de la théorie de l’évolution pour l’utiliser
comme une arme anticléricale. Mais il a toujours existé des évolutionnistes chrétiens ayant su
concilier ou non leur foi et leurs idéaux scientifiques que j’évoquerai plus en profondeur plus
12 François EUVÉ, Darwin et le christianisme vrais et faux débats, Paris, Éd. Buchet/Chastel, 2009, p. 101
13 Site Vatican, Jean-Paul II, Messages, Message aux participants à l'Assemblée plénière de l'Académie pontificale des Sciences, 22
oct. 1996, ve. française, n° 4.
11
tard.
5. L’évolution n’a jamais été vérifiée.
Il est impossible de vérifier la théorie de l’évolution avec nos moyens technologiques. Selon
Darwin, l’évolution s’opère sur des millions d’années. Cet intervalle de temps est
gargantuesque par rapport à la vie humaine qui, à côté, semble éphémère. Toutefois, les
scientifiques étudient des micro-organismes qui se reproduisent très vite à grande échelle en
comparaison avec les hommes, les bactéries. Les scientifiques espèrent remarquer les effets
de la sélection naturelle sur ces micro-organismes. En ce qui concerne le processus global, il
faut se satisfaire d’une description a posteriori. « La science de l’évolution est une science
historique14 ».
6. Il n’existe que deux possibilités : darwinisme ou créationnisme.
Ce dernier argument montre le dilemme entre le créationnisme et le darwinisme. Soit on est
partisan de l’un soit on est partisan de l’autre. D’ailleurs, cette opposition est clairement
montrée dans les titres médiatiques comme « Dieu contre Darwin ». Le problème est que la
théorie de l’évolution comprend une multitude d’interprétations. Il en va de même pour les
théologies chrétiennes. Il ne faut donc pas réduire tout cela à un dilemme. Choisir entre les
deux est complexe. Dans ce cas, la conciliation des deux idéaux reste très compliquée.
14 François EUVÉ, Darwin et le christianisme vrais et faux débats, Paris, Éd. Buchet/Chastel, 2009, p.
105
12
3. Dieu et Darwin, sans complexe15
3.1 Dieu ou Darwin, Dieu et Darwin
Suite à tout ce cheminement, on en vient à l’hypothèse d’une possible conciliation entre la
pensée darwinienne et la pensée chrétienne. Faut-il choisir entre Dieu ou Darwin ou bien faut-
il les associer ? Telle est la question. Aujourd’hui, la plupart des gens accusent Darwin de
déicide à cause des différents aspects de sa théorie majoritairement admise par le monde
entier.
Nous l’avons vu ; la pensée évolutionniste et scientifique a même atteint le noyau de l’Église
catholique c’est à dire le pape. Notre pape, François, a affirmé que : « Quand nous lisons à
propos de la Création dans la Genèse, nous courons le risque d’imaginer que Dieu était un
magicien, avec une baguette magique capable de tout faire, mais ce n’est pas le cas » et
que : « Le Big Bang, que nous considérons aujourd’hui comme l’origine du monde, ne
contredit pas l’intervention du créateur divin, mais, plutôt l’exige : L’évolution dans la
nature n’est pas incompatible avec la notion de création, car l’évolution exige la création des
êtres qui évoluent.16 » en 2014. Dans ce communiqué, le pape insinue que la lecture littéraire
de la Bible ne doit plus être interprétée non seulement littéralement mais aussi
scientifiquement17. Il affirme également que la notion de création du monde par Dieu même si
elle semble contredite par l’évolution et le Big Bang reste compatible avec ces phénomènes
scientifiques. Ainsi, le pape lui-même valide la possibilité de concilier l’évolution et la foi.
Dans les notions de probabilités, on appelle éléments contraires deux éléments incompatibles
c’est-à-dire qu’il n’y a aucune chance que les conditions nécessaires soient réunies entre les
deux éléments. Pour le Pape François, la foi et l’évolution sont loin d’être deux éléments
contraires mais compatibles. Pour lui, Foi et évolution sont aptes à être conciliés car ils ont
tous les deux un moteur commun, Dieu.
De plus, d’autres théologiens et scientifiques comme Pierre Teilhard de Chardin ou encore
Georges Lemaître sont parvenus à concilier les deux idéologies. Ainsi, ils sont parvenus à
15 Jaques ARNOULD, Dieu versus Darwin, Les créationnistes vont-ils triompher de la science ?, Paris,
Éd. Albin Michel, 2007, p. 271
16 [Link]
[Link]
17 Cfr Chapitre 2
13
vivre en tant qu’évolutionnistes et chrétiens à la fois.
14
3.1.1 Hasard ou Dieu ?
L’un des éléments troublants reproché à la théorie de Darwin est la place manifeste du hasard.
En effet, on a vu précédemment que Darwin a observé que les mutations et les variations
héréditaires, qu’elles soient favorables, défavorables ou bien neutres se produisent de manière
totalement aléatoires. On blâme alors l’idéologie darwinienne qui prône le rôle du hasard et
l’inventivité de la nature au désavantage d’une finalité à l’ordre établi dans la nature (le
dessein divin). Les découvertes de Gregor Mendel sur la génétique évoquent aussi ce
caractère aléatoire : les mutations n’impliquent rien au préalable. Elles arrivent de manière
fortuite. Seuls les mieux adaptés sont préservés parmi l’immense diversité des espèces.
Darwin lui-même était conscient du tollé que soulève l’usage du mot hasard (chance en
anglais) dans sa théorie. Par contre, cela ne signifie pas qu’il croyait que le fondement de
notre monde est basé sur le hasard. Dans une de ses lettres, il déclare : « Ma théologie est tout
à fait confuse ; je ne peux regarder l’univers comme le résultat d’un hasard aveugle, et
pourtant je ne vois aucune preuve d’un dessein bénéfique, ni même d’aucun dessein dans les
détails18. ». Tout cela lui paraît très confus.
Pour mieux comprendre, il faut se pencher sur la définition du hasard car ce mot assez ambigu
peut avoir des acceptions diverses. Il existe 2 catégories de hasard : le hasard subjectif et le
hasard objectif.
Le hasard subjectif est un hasard qui résulte d’une compréhension incomplète d’un
phénomène. C’est alors nous qui jugeons s’il y a hasard ou pas d’où subjectivité.
Le hasard objectif est considéré propriété inhérente à la structure du monde réel. Au contraire
du hasard subjectif, le hasard objectif ne dépend pas de nos connaissances. De plus, il peut
revêtir des aspects différents :
1. Le hasard objectif peut ne pas être le fruit d’une cause intentionnelle, il n’y a pas de
finalité.
2. Le hasard objectif peut être le résultat de la rencontre fortuite de deux éléments
indépendants l’un de l’autre. On appelle couramment cela la coïncidence.
3. Le hasard objectif au sens pur se retrouve au niveau quantique (l’infiniment petit). Rien ne
sait expliquer ce hasard ni même les lois de la nature tellement il est extrême. Ce hasard est
donc un phénomène indéterminé.
Le hasard objectif en tant que coïncidence a une importance non négligeable dans l’histoire
18 François EUVÉ, Darwin et le christianisme vrais et faux débats, Paris, Éd. Buchet/Chastel, 2009, p
127
15
des espèces et des populations. En effet, divers événements fortuits, comme par exemple la
chute d’une météorite sur Terre ou d’une éruption volcanique puis plus tard l’extinction des
dinosaures, ont orienté le phénomène d’évolution a profit des mammifères. On remarque alors
que l’histoire des espèces est une succession de coïncidences.
Après avoir défini le hasard, une question se pose alors : « Comment voir dans l’évolution des
espèces l’œuvre du seul hasard19 ? ». Nous avons l’impression qu’il y a un dessein à cette
évolution. Cette impression de finalité se fait a posteriori : « En regardant a posteriori l’arbre
généalogique de l’évolution de la vie, on a l’impression d’un finalisme évident. » En effet, ce
postulat montre que derrière le phénomène aléatoire du hasard peut se cacher un dessein, celui
de Dieu.
3.1.2 L’approche teilhardienne de l’évolution
Au cœur des débats portant sur le conflit entre Darwin et l’Église, Pierre Teilhard de Chardin
(1881-1955) sort du lot. En effet, il joue un rôle majeur et central dans ces débats. Il est connu
comme celui qui a uni l’Église et la science, le christianisme et l’évolution.
[Link] Pierre Teilhard de Chardin
Pierre Teilhard de Chardin est né en 1881 à Orcines en France. Depuis son tout jeune âge, il
se passionne pour l’histoire naturelle. Il étudie la géologie et la botanique sous l’influence de
son père. Il s’intéresse particulièrement aux phénomènes naturels avec un intérêt premier pour
les minéraux et les pierres.
Il n’est pas seulement scientifique mais également très spirituel. Teilhard est un croyant
convaincu : il associe Dieu à son goût pour la nature. Une notion très présente chez lui est la
« consistance20». Il cherche la plénitude en toute chose c’est à dire le caractère naturel et la
caractère divin. Plus tard, il se penche sur l’évolution du vivant. L’évolution est pour lui une
vision globale du monde. Il entre chez les Jésuites en 1892. Ainsi, il suit sa quête de
spiritualité : il désire consacrer son corps et son âme à ce Dieu qu’il admire non seulement à
travers les différents sacrements de l’Église mais aussi à travers la beauté de la nature.
Cependant, cette dévotion totale envers Dieu ne le détournera pas de la science même s’il
s’est souvent demandé si ces deux voies sont compatibles.
19 François EUVÉ, Darwin et le christianisme vrais et faux débats, Paris, Éd. Buchet/Chastel, 2009, p
132
20 Ibid. p137
16
Sa passion pour l’histoire naturelle mène ses supérieurs à l’encourager à suivre le domaine de
la paléontologie. Il faut savoir que ce domaine est très contesté par l’Église à cette époque.
Pour les responsables de la Compagnie de Jésus, Il est important que des Jésuites travaillent
dans ce domaine pour indiquer la présence de l’Église.
Il est ordonné prêtre en 1911. C’est cette année-là qu’il entre au Musée d’histoire naturelle en
1911. La guerre l’empêche de continuer ses recherches mais il termine sa thèse de doctorat
après la démobilisation. Il soutient sa thèse en 1922. Il est alors promis à une solide carrière
scientifique. Il part faire des recherches en Chine en 1923. Peu après, un de ses travaux « Note
sur la péché originel » destiné à un de ses confrères parvient aux hautes instances de l’Église.
Dans cette note, Teilhard dit ne pas reconnaître l’existence historique du péché d’Adam suite
à ses recherches paléontologiques. Teilhard pense notamment que la sélection naturelle émise
par Darwin fait partie du plan divin. L’Église s’oppose fermement à ces opinions subversives
et empêche leur diffusion en poussant Teilhard à retourner en Chine en 1926. C’est là-bas
qu’il continue ses investigations et ses recherches semblent prometteuses. Il retourne à Paris
vingt ans plus tard. Il est élu membre de l’Académie des sciences en 1950. Néanmoins, il est
encore soupçonné d’hérésie par l’Église d’après-guerre. Il part pour les États-Unis à New
York en 1951. Il y reste jusqu’à sa mort en mai 1955.
Ses nombreuses années à l’écart de Paris lui ont été bénéfiques. Elles lui ont permis de
réfléchir et d’écrire des essais sur l’évolution du vivant et sur l’avenir de l’humanité et du
christianisme. La majorité de ses réflexions seront souvent publiées à titre posthume. Sa
renommée devient importante dans les années 1960-1970. Il est rapidement considéré comme
un philosophe bien qu’il ne l’ait jamais été au sens strict du terme.
[Link] Un évolutionniste chrétien
Après avoir présenté sa vie, revenons au rapport qu’il entretient avec l’évolution et Dieu.
C’est en Chine qu’il noue avec le darwinisme grâce aux différents contacts avec des
chercheurs anglo-saxons. Cependant, il ne rentre pas trop dans les mécanismes de l’évolution.
Il cherche un sens profond en cette évolution. Il se demande si elle obéit à une logique interne.
Il observe la complexité croissante dans l’évolution. A ses yeux, cette complexité est une loi
naturelle. Il adhère d’ailleurs à la thèse de l’orthogenèse, née à la fin du XIXème siècle. Il
suppose une idée de direction à l’œuvre dans l’évolution. Il pense que la naissance du vivant
est ordonnée voire réglée. Sa thèse reste très contestée tout au long de sa vie car le rôle du
hasard dans le processus évolutif plus en plus approuvé par la communauté scientifique. Cela
17
dit, Teilhard ne nie pas le rôle du hasard dans le processus d’évolution bien qu’il y voit une
origine toute autre ; il y voit l’œuvre de Dieu, d’un Dieu engagé dans l’histoire21. Pour lui, les
changements qui s’opèrent tendent vers une direction : l’union (le chemin inverse étant la
décadence vers le péché). Le Christ constitue selon lui en un guide, un accompagnateur dans
l’évolution, un guide menant à un nouveau monde.
[Link] La place de l’homme dans son approche de l’évolution
Suite à ses recherches en Chine, Teilhard découvre les restes d’un corps de sinanthrope, celui
qu’on appellera plus tard « l’Homme de Pékin ». Ce sinanthrope était en réalité un homo
erectus, le premier hominidé capable d’utiliser le feu et d’en générer. Cette découverte
chamboule complètement Teilhard. Il se met alors à réfléchir au sujet du « phénomène
humain ». Il se demande quelle est concrètement la place de cet être, façonné à l’image de
Dieu et animé d’un esprit hors du commun, qu’est l’homme.
Teilhard conçoit l’évolution comme « une force » qui tend vers l’unification. Au
commencement, tout n’était que chaos et dispersion. Puis le processus évolutif unificateur
s’est mis en marche et la matière est née. Dans ce processus, l’émergence de l’homme n’en
est pas l’aboutissement selon Teilhard. A ses yeux, l’humanité est destinée à se rassembler.
Ce phénomène, il l’appelle la « planétisation ».
21 Ibid., p 123
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