0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
153 vues9 pages

Le Petit Chaperon Rouge - Charles Perrault

Le Petit Chaperon Rouge est une histoire où une jeune fille, envoyée par sa mère pour apporter de la nourriture à sa grand-mère malade, rencontre un loup qui la trompe et dévore sa grand-mère avant de se déguiser en elle. La petite fille, naïve, finit par être mangée par le loup également. Dans certaines versions, un chasseur sauve le Petit Chaperon Rouge et sa grand-mère en tuant le loup.

Transféré par

xuluoyi69
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
153 vues9 pages

Le Petit Chaperon Rouge - Charles Perrault

Le Petit Chaperon Rouge est une histoire où une jeune fille, envoyée par sa mère pour apporter de la nourriture à sa grand-mère malade, rencontre un loup qui la trompe et dévore sa grand-mère avant de se déguiser en elle. La petite fille, naïve, finit par être mangée par le loup également. Dans certaines versions, un chasseur sauve le Petit Chaperon Rouge et sa grand-mère en tuant le loup.

Transféré par

xuluoyi69
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Le petit chaperon rouge

Charles Perrault
Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu’on eût su voir ; sa mère en était folle, et sa mère-grand
plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait si bien, que partout on
l’appelait le Petit Chaperon rouge.
Un jour, sa mère, ayant cuit et fait des galettes, lui dit : Va voir comme se porte ta mère-grand, car on m’a dit
qu’elle était malade. Porte-lui une galette et ce petit pot de beurre.
Le Petit Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre village. En
passant dans un bois elle rencontra compère le Loup, qui eut bien envie de la manger ; mais il n’osa, à cause de
quelques bûcherons qui étaient dans la forêt. Il lui demanda où elle allait ; la pauvre enfant, qui ne savait pas
qu’il est dangereux de s’arrêter à écouter un loup, lui dit : Je vais voir ma Mère grand, et lui porter une galette,
avec un petit pot de beurre, que ma Mère lui envoie. Demeure-t-elle bien loin ? lui dit le Loup. Oh ! oui, dit le
Petit Chaperon rouge, c’est par-delà le moulin que vous voyez tout là-bas, à la première maison du Village. Eh
bien, dit le Loup, je veux l’aller voir aussi ; je m’y en vais par ce chemin-ci, et toi par ce chemin-là, et nous
verrons qui plus tôt y sera. Le loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la
petite fille s’en alla par le chemin le plus long, s’amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et
à faire des bouquets des petites fleurs qu’elle rencontrait.
Le loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la Mère-grand; il heurte : Toc, toc. Qui est là ? C’est votre
fille le Petit Chaperon rouge (dit le Loup, en contrefaisant sa voix) qui vous apporte une galette et un petit pot
de beurre que ma Mère vous envoie. La bonne Mère-grand, qui était dans son lit à cause qu’elle se trouvait un
peu mal, lui cria : Tire la chevillette, la bobinette cherra. Le Loup tira la chevillette et la porte s’ouvrit. Il se jeta
sur la bonne femme, et la dévora en moins de rien ; car il y avait plus de trois jours qu’il n’avait mangé. Ensuite
il ferma la porte, et s’alla coucher dans le lit de la Mère-grand, en attendant le Petit Chaperon rouge, qui
quelque temps après vint heurter à la porte. Toc, toc. Qui est là ? Le Petit Chaperon rouge, qui entendit la
grosse voix du Loup eut peur d’abord, mais croyant que sa Mère-grand était enrhumée, répondit : C’est votre
fille le Petit Chaperon rouge, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma Mère vous envoie.
Le Loup lui cria en adoucissant un peu sa voix : Tire la chevillette, la bobinette cherra. Le Petit Chaperon rouge
tira la chevillette, et la porte s’ouvrit.
Le Loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture : Mets la galette et le petit pot de
beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi. Le Petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans
le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa Mère-grand était faite en son déshabillé.
Elle lui dit : Ma mère-grand, que vous avez de grands bras ? C’est pour mieux t’embrasser, ma fille. Ma mère-
grand, que vous avez de grandes jambes ? C’est pour mieux courir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez
de grandes oreilles ? C’est pour mieux écouter, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ?
C’est pour mieux voir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents. C’est pour te manger.
Et en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea.

MORALITÉ
On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les Loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux.
Le petit chaperon rouge
Les frères Grimm

Il était une fois une adorable petite fille que tout le monde aimait rien qu’à la voir, et plus que tous,
sa grand-mère, qui ne savait que faire ni que donner comme cadeaux à l’enfant. Une fois, elle lui
donna un petit chaperon de velours rouge et la fillette le trouva si joli, il lui allait si bien, qu’elle ne
voulut plus porter autre chose et qu’on ne l’appela plus que le Petit Chaperon rouge.
Un jour, sa mère lui dit :
- Tiens, Petit Chaperon rouge, voici un morceau de galette et une bouteille de vin : tu iras les porter à
ta grand-mère ; elle est malade et affaiblie, et elle va bien se régaler. Fais vite, avant qu’il fasse trop
chaud. Et sois bien sage en chemin, et ne va pas sauter de droite et de gauche, pour aller tomber et
me casser la bouteille de grand-mère, qui n’aurait plus rien. Et puis, dis bien bonjour en entrant et ne
regarde pas d’abord dans tous les coins.
- Je serai sage et je ferai tout pour le mieux, promit le Petit Chaperon rouge à sa mère, avant de lui
dire au revoir et de partir.
Mais la grand-mère habitait à une bonne demi-heure du village, tout là-bas, dans la forêt ; et lorsque
le Petit Chaperon rouge entra dans la forêt, ce fut pour rencontrer le loup. Mais elle ne savait pas
que c’était une si méchante bête et elle n’avait pas peur.
- Bonjour, Petit Chaperon rouge, dit le loup.
- Merci à toi, et bonjour aussi, loup.
- Où vas-tu de si bonne heure, Petit Chaperon rouge ?
- Chez grand-mère.
- Que portes-tu sous ton tablier, dis-moi ?
- De la galette et du vin, dit le Petit Chaperon rouge ; nous l’avons cuite hier et je vais en porter à
grand- mère, parce qu’elle est malade et que cela lui fera du bien.
- Où habite-t-elle, ta grand- mère, Petit Chaperon rouge ? demanda le loup.
- Plus loin dans la forêt, à un quart d’heure d’ici ; c’est sous les trois grands chênes, et juste en
dessous, il y a des noisetiers, tu reconnaîtras forcément, dit le Petit Chaperon rouge.
Fort de ce renseignement, le loup pensa : “ Un fameux régal, cette mignonne et tendre jeunesse !
Grasse chère, que j’en ferai : meilleure encore que la grand-mère, que je vais engloutir aussi. Mais
attention, il faut être malin si tu veux les déguster l’une et l’autre. ”
Telles étaient les pensées du loup tandis qu’il faisait un bout de conduite au Petit Chaperon rouge.
Puis il dit, tout en marchant :
- Toutes ces jolies fleurs dans le sous-bois, comment se fait-il que tu ne les regardes même pas, Petit
Chaperon rouge ? Et les oiseaux, on dirait que tu ne les entends pas chanter ! Tu marches droit
devant toi comme si tu allais à l’école, alors que la forêt est si jolie !
Le Petit Chaperon rouge donna un coup d’œil alentour et vit danser les rayons du soleil à travers les
arbres, et puis partout, partout des fleurs qui brillaient. “ Si j’en faisais un bouquet pour grand- mère,
se dit-elle, cela lui ferait plaisir aussi. Il est tôt et j’ai bien le temps d’en cueillir. ” Sans attendre, elle
quitta le chemin pour entrer dans le sous-bois et cueillir des fleurs ; une ici, l’autre là, mais la plus
belle était toujours un peu plus loin, et encore plus loin dans l’intérieur de la forêt.
Le loup, pendant ce temps, courait tout droit à la maison de la grand-mère et frappait à sa porte.
- Qui est là ? cria la grand- mère.
- C’est moi, le Petit Chaperon rouge, dit le loup ; je t’apporte de la galette et du vin, ouvre- moi !
- Tu n’as qu’à tirer le loquet, cria la grand-mère. Je suis trop faible et ne peux me lever.
Le Loup tira le loquet, poussa la porte et entra pour s’avancer tout droit, sans dire un mot, jusqu’au
lit de la grand-mère, qu’il avala. Il mit ensuite sa chemise, s’enfouit la tête sous son bonnet de
dentelle, et se coucha dans son lit, puis tira les rideaux de l’alcôve.
Le Petit Chaperon rouge avait couru de fleur en fleur, mais à présent son bouquet était si gros que
c’était tout juste si elle pouvait le porter. Alors elle se souvint de sa grand-mère et se remit bien vite
en chemin pour arriver chez elle. La porte ouverte et cela l’étonna. Mais quand elle fut dans la
chambre, tout lui parut de plus en plus bizarre et elle se dit : “ Mon dieu, comme tout est étrange
aujourd’hui ! D’habitude, je suis si heureuse quand je suis chez grand-mère ! ” Elle salua pourtant :
- Bonjour, grand-mère ! Mais comme personne ne répondait, elle s’avança jusqu’au lit et écarta les
rideaux.
La grand-mère y était couchée, avec son bonnet qui lui cachait presque toute la figure, et elle avait
l’air si étrange.
- Comme tu as de grandes oreilles, grand-mère !
- C’est pour mieux t’entendre.
- Comme tu as de gros yeux, grand-mère !
- C’est pour mieux te voir, répondit-elle.
- Comme tu as de grandes mains !
- C’est pour mieux te prendre, répondit-elle.
- Oh ! Grand-mère, quelle grande bouche et quelles terribles dents tu as !
- C’est pour mieux te manger, dit le loup, …
..qui fit un bond hors du lit et avala le pauvre Petit Chaperon rouge d’un seul coup.
Sa voracité satisfaite, le loup retourna se coucher dans le lit et s’endormit bientôt, ronflant de plus
en plus fort. Le chasseur, qui passait devant la maison l’entendit et pensa : “ Qu’a donc la vieille
femme à ronfler si fort ? Il faut que tu entres et que tu voies si elle a quelque chose qui ne va pas. ”
Il entra donc et, s’approchant du lit, vit le loup qui dormait là.
- C’est ici que je te trouve, vieille canaille ! dit le chasseur. Il y a un moment que je te cherche...
Et il allait épauler son fusil, quand, tout à coup, l’idée lui vint que le loup avait peut-être mangé la
grand- mère et qu’il pouvait être encore temps de la sauver. Il posa son fusil, prit des ciseaux et se
mit à tailler le ventre du loup endormi. Au deuxième ou au troisième coup de ciseaux, il vit le rouge
chaperon qui luisait. Deux ou trois coups de ciseaux encore, et la fillette sortait du loup en s’écriant :
- Ah ! Comme j’ai eu peur ! Comme il faisait noir dans le ventre du loup !
Et bientôt après, sortait aussi la vieille grand-mère, mais c’était à peine si elle pouvait encore
respirer. Le Petit Chaperon rouge se hâta de chercher de grosses pierres, qu’ils fourrèrent dans le
ventre du loup. Quand celui-ci se réveilla, il voulut bondir, mais les pierres pesaient si lourd qu’il
s’affala et resta mort sur le coup.
Tous les trois étaient bien contents : le chasseur prit la peau du loup et rentra chez lui ; la grand-
mère mangea la galette et but le vin que le Petit Chaperon rouge lui avait apportés, se retrouvant
bientôt à son aise. Mais pour ce qui est du Petit Chaperon elle se jura : “ Jamais plus de ta vie tu ne
quitteras le chemin pour courir dans les bois, quand ta mère te l’a défendu. »
Le petit chaperon rouge

Version populaire anonyme du XIXème siècle

Il était une femme qui avait fait du pain.


Elle dit à sa fille :
– Tu vas porter une époigne toute chaude et une bouteille de lait à ta grand.
Voilà la petite fille partie. À la croisée de deux chemins, elle rencontra le bzou qui lui dit :
– Où vas-tu ?
– Je porte une époigne toute chaude et une bouteille de lait à ma grand.
– Quel chemin prends-tu ? dit le bzou, celui des aiguilles ou celui des épingles ?
– Celui des aiguilles, dit la petite fille.
– Eh bien ! Moi, je prends celui des épingles.
La petite fille s'amusa à ramasser des aiguilles.
Et le bzou arriva chez la Mère-grand, la tua, mit de sa viande dans l'arche et une bouteille de sang sur
la bassie.
La petite fille arriva, frappa à la porte.
– Pousse la porte, dit le bzou. Elle est barrée avec une paille mouillée.
– Bonjour, ma grand, je vous apporte une époigne toute chaude et une bouteille de lait.
– Mets-les dans l'arche, mon enfant. Prends de la viande qui est dedans et une bouteille de vin qui
est sur la bassie.
Suivant qu'elle mangeait, il y avait une petite chatte qui disait :
– Pue !... Salope !... qui mange la chair, qui boit le sang de sa grand.
– Déshabille-toi, mon enfant, dit le bzou, et viens te coucher vers moi.
– Où faut-il mettre mon tablier ?
– Jette-le au feu, mon enfant, tu n'en as plus besoin.
Et pour tous les habits, le corset, la robe, le cotillon, les chausses, elle lui demandait où les mettre.
Et le loup répondait : "Jette-les au feu, mon enfant, tu n'en as plus besoin. »
Quand elle fut couchée, la petite fille dit :
– Oh, ma grand, que vous êtes poilouse !
– C'est pour mieux me réchauffer, mon enfant !
– Oh ! ma grand, ces grands ongles que vous avez !
– C'est pour mieux me gratter, mon enfant !
– Oh! ma grand, ces grandes épaules que vous avez !
– C'est pour mieux porter mon fagot de bois, mon enfant !
– Oh ! ma grand, ces grandes oreilles que vous avez !
– C'est pour mieux entendre, mon enfant !
– Oh ! ma grand, ces grands trous de nez que vous avez !
– C'est pour mieux priser mon tabac, mon enfant !
– Oh! ma grand, cette grande bouche que vous avez !
– C'est pour mieux te manger, mon enfant !
– Oh! ma grand, que j'ai faim d'aller dehors !
– Fais au lit mon enfant !
– Oh non, ma grand, je veux aller dehors.
– Bon, mais pas pour longtemps.
Le bzou lui attacha un fil de laine au pied et la laissa aller. Quand la petite fut dehors, elle fixa le bout
du fil à un prunier de la cour.
Le bzou s'impatientait et disait : "Tu fais donc des cordes ? Tu fais donc des cordes ?"
Quand il se rendit compte que personne ne lui répondait, il se jeta à bas du lit et vit que la petite
était sauvée. Il la poursuivit, mais il arriva à sa maison juste au moment où elle entrait.
LA BELLE AU BOIS DORMANT
Charles Perrault

Il était une fois un roi et une reine, qui étaient si fâchés de n'avoir point d'enfants, si fâchés
qu'on ne saurait dire. Ils allèrent à toutes les eaux du monde; vœux, pèlerinages, menues dévotions,
tout fut mis en œuvre, et rien n'y faisait. Enfin pourtant la reine devint grosse, et accoucha d'une fille:
on fit un beau baptême; on donna pour marraines à la petite princesse toutes les fées qu'on pût
trouver dans le pays (il s'en trouva sept), afin que chacune d'elles, lui faisant un don, comme c'était la
coutume des fées en ce temps-là, la princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables.
Après les cérémonies du baptême toute la compagnie revint au palais du roi, où il y avait un
grand festin pour les fées. On mit devant chacune d'elles un couvert magnifique, avec un étui d'or
massif, où il y avait une cuiller, une fourchette, et un couteau de fin or, garni de diamants et de rubis.
Mais comme chacun prenait sa place à table, on vit entrer une vieille fée qu'on n'avait point priée,
parce qu'il y avait plus de cinquante ans qu'elle n'était sortie d'une tour et qu'on la croyait morte, ou
enchantée.
Le roi lui fit donner un couvert, mais il n'y eut pas moyen de lui donner un étui d'or massif, comme aux
autres, parce que l'on n'en avait fait faire que sept pour les sept fées. La vieille crut qu'on la méprisait,
et grommela quelques menaces entre ses dents. Une des jeunes fées qui se trouva auprès d'elle
l'entendit, et jugeant qu'elle pourrait donner quelque fâcheux don à la petite princesse, alla dès qu'on
fut sorti de table se cacher derrière la tapisserie, afin de parler la dernière, et de pouvoir réparer
autant
qu'il lui serait possible le mal que la vieille aurait fait.
Cependant les fées commencèrent à faire leurs dons à la princesse. La plus jeune lui donna
pour don qu'elle serait la plus belle personne du monde, celle d'après qu'elle aurait de l'esprit comme
un ange, la troisième qu'elle aurait une grâce admirable à tout ce qu'elle ferait, la quatrième qu'elle
danserait parfaitement bien, la cinquième qu'elle chanterait comme un rossignol, et la sixième qu'elle
jouerait de toutes sortes d'instruments dans la dernière perfection. Le rang de la vieille fée étant venu,
elle dit, en branlant la tête encore plus de dépit que de vieillesse, que la princesse se percerait la main
d'un fuseau et qu'elle en mourrait.
Ce terrible don fit frémir toute la compagnie, et il n'y eut personne qui ne pleurât. Dans ce
moment, la jeune fée sortit de derrière la tapisserie, et dit tout haut ces paroles: « Rassurez-vous, roi
et reine, votre fille n'en mourra pas; il est vrai que je n'ai pas assez de puissance pour défaire
entièrement ce que mon ancienne a fait. La princesse se percera la main d'un fuseau; mais au lieu
d'en mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans, au bout desquels
le fils d'un roi viendra la réveiller. »
Le roi, pour tâcher d'éviter le malheur annoncé par la vieille, fit publier aussitôt un édit, par
lequel il défendait à toutes personnes de filer au fuseau, ni d'avoir des fuseaux chez soi sur peine de
la vie.
Au bout de quinze ou seize ans, le roi et la reine étant allés à une de leurs maisons de plaisance, il
arriva que la jeune princesse courant un jour dans le château, et montant de chambre en chambre,
alla jusqu'au haut d'un donjon dans un petit galetas, où une bonne vieille était seule à filer sa
quenouille. Cette bonne femme n'avait point ouï parler des défenses que le roi avait faites de filer au
fuseau.
« Que faites-vous là, ma bonne femme? dit la princesse.
- Je file, ma belle enfant, lui répondit la vieille qui ne la connaissait pas.
- Ah! que cela est joli, reprit la princesse, comment faites-vous? Donnez-moi que je voie si j'en ferais
bien autant.»
Elle n'eut pas plus tôt pris le fuseau, que comme elle était fort vive, un peu étourdie, et que d'ailleurs
l'arrêt des fées l'ordonnait ainsi, elle s'en perça la main, et tomba évanouie.
La bonne vieille, bien embarrassée, crie au secours; on vient de tous côtés, on jette de l'eau
au visage de la princesse, on la délace, on lui frappe dans les mains, on lui frotte les tempes avec de
l'eau de la reine de Hongrie ; mais rien ne la faisait revenir.
Alors le roi, qui était monté au bruit, se souvint de la prédiction des fées, et jugeant bien qu'il
fallait que cela arrivât, puisque les fées l'avaient dit, fit mettre la princesse dans le plus bel
appartement du palais, sur un lit en broderie d'or et d'argent. On eût dit d'un ange, tant elle était belle;
car son évanouissement n'avait pas ôté les couleurs vives de son teint: ses joues étaient incarnates ,
et ses lèvres comme du corail; elle avait seulement les yeux fermés, mais on l'entendait respirer
doucement, ce qui faisait voir qu'elle n'était pas morte.
Le roi ordonna qu'on la laissât dormir en repos, jusqu'à ce que son heure de se réveiller fût
venue. La bonne fée qui lui avait sauvé la vie, en la condamnant à dormir cent ans, était dans le
royaume de Mataquin, à douze mille lieues de là, lorsque l'accident arriva à la princesse; mais elle en
fut avertie en un instant par un petit nain, qui avait des bottes de sept lieues (c'était des bottes avec
lesquelles on faisait sept lieues d'une seule enjambée). La fée partit aussitôt, et on la vit au bout d'une
heure arriver dans un chariot tout de feu, traîné par des dragons. Le roi lui alla présenter la main à la
descente du chariot. Elle approuva tout ce qu'il avait fait; mais comme elle était grandement
prévoyante, elle pensa que quand la princesse viendrait à se réveiller, elle serait bien embarrassée
toute seule dans ce vieux château: voici ce qu'elle fit. Elle toucha de sa baguette tout ce qui était dans
ce château (hors le roi et la reine), gouvernantes, filles d'honneur, femmes de chambre,
gentilshommes, officiers, maîtres d'hôte, cuisiniers, marmitons, galopins, gardes, suisses, pages,
valets de pied; elle toucha aussi tous les chevaux qui étaient dans les écuries avec les palefreniers,
les gros mâtins de basse-cour, et la petite Pouffe, petite chienne de la princesse, qui était auprès
d'elle sur son lit. Dès qu'elle les eut touchés, ils s'endormirent tous, pour ne se réveiller qu'en même
temps que leur maîtresse, afin d'être tout prêts à la servir quand elle en aurait besoin; les broches
mêmes qui étaient au feu toutes pleines de perdrix et de faisans s'endormirent, et le feu aussi. Tout
cela se fit en un moment; les fées n'étaient pas longues à leur besogne.
Alors le roi et la reine, après avoir baisé leur chère enfant sans qu'elle s'éveillât, sortirent du château,
et firent publier des défenses à qui que ce soit d'en approcher. Ces défenses n'étaient pas
nécessaires, car il crût dans un quart d'heure tout autour du parc une si grande quantité de grands
arbres et de petits, de ronces et d'épines entrelacées les unes dans les autres, que bête ni homme n'y
aurait pu passer: en sorte qu'on ne voyait plus que le haut des tours du château, encore n'était-ce que
de bien loin. On ne douta point que la fée n'eût encore, fait là un tour de son métier, afin que la
princesse, pendant qu'elle dormirait, n'eût rien à craindre des curieux.
Au bout de cent ans, le fils du roi qui régnait alors, et qui était d'une autre famille que la
princesse endormie, étant allé à la chasse de ce côté-là, demanda ce que c'était que des tours; qu'il
voyait au-dessus d'un grand bois fort épais; chacun lui répondit selon qu'il en avait ouï parler. Les uns
disaient que c'était un vieux château où il revenait des esprits, les autres que tous les sorciers de la
contrée y faisaient leur sabbat. La plus commune opinion était qu'un ogre y demeurait, et que là il
emportait tous les enfants qu'il pouvait attraper, pour les pouvoir manger à son aise, et sans qu'on le
pût suivre, ayant seul le pouvoir de se faire un passage au travers du bois. Le prince ne savait qu'en
croire, lorsqu'un vieux paysan prit la parole, et lui dit: « Mon prince, il y a plus de cinquante ans; que
j'ai ouï dire à mon père qu'il y avait dans ce château une princesse, la plus belle du monde; qu'elle y
devait dormir cent ans, et qu'elle serait réveillée par le fils d'un roi, à qui elle était réservée. »
Le jeune prince, à ce discours, se sentit tout de feu; il crut sans balancer qu'il mettrait fin à une
si belle aventure; et poussé par l'amour et par la gloire, il résolut de voir sur-le-champ ce qu’il en était.
A peine s'avança-t-il vers le bois, que tous ces grands arbres, ces ronces et ces épines s'écartèrent
d'elles-mêmes pour le laisser passer: il marche vers le château qu'il voyait au bout d'une grande
avenue où il entra, et ce qui le surprit un peu, il vit que personne de ses gens ne l'avait pu suivre,
parce que les arbres s'étaient rapprochés dès qu'il avait été passé. Il ne laissa pas de continuer son
chemin: un prince jeune et amoureux est toujours vaillant. Il entra dans une grande avant-cour où tout
ce qu'il vit d'abord était capable de le glacer de crainte: c'était un silence affreux, l'image de la mort s'y
présentait partout, et ce n'était que des corps étendus d'hommes et d'animaux, qui paraissaient morts.
Il reconnut pourtant bien au nez bourgeonné et à la face vermeille des suisses, qu'ils n'étaient
qu'endormis, et leurs tasses où il y avait encore quelques gouttes de vin montraient assez qu'ils
s'étaient endormis en buvant. Il passe une grande cour pavée de marbre, il monte l'escalier, il entre
dans la salle des gardes qui étaient rangés en haie, la carabine sur l'épaule, et ronflant de leur mieux.
Il traverse plusieurs chambres pleines de gentilshommes et de dames, dormant tous, les uns debout,
les autres assis; il entre dans une chambre toute dorée, et il vit sur un lit, dont les rideaux étaient
ouverts de tous côtés, le plus beau spectacle qu'il eût jamais vu: une princesse qui paraissait avoir
quinze ou seize ans, et dont l'éclat resplendissant avait quelque chose de lumineux et de divin. Il
s'approcha en tremblant et en admirant, et se mit à genoux auprès d'elle. Alors, comme la fin de
l'enchantement était venue, la princesse s'éveilla; et le regardant avec des yeux plus tendres qu'une
première vue ne semblait le permettre: «Est-ce vous, mon prince? lui dit-elle, vous vous êtes bien fait
attendre.».
Le prince, charmé de ces paroles, et plus encore de la manière dont elles étaient dites, ne
savait comment lui témoigner sa joie et sa reconnaissance; il l'assura qu'il l'aimait plus que lui-même.
Ses discours furent mal rangés; ils en plurent davantage; peu d'éloquence, beaucoup d'amour. Il était
plus embarrassé qu'elle, et l'on ne doit pas s'en étonner; elle avait eu le temps de songer à ce qu’elle
aurait à lui dire, car il y a apparence (l’histoire n’en dit pourtant rien) que la bonne fée, pendant un si
long sommeil, lui avait procuré le plaisir des songes agréables. Enfin, il y avait quatre heures qu’ils se
parlaient, et ils ne s’étaient pas encore dit la moitié des choses qu’ils avaient à se dire.
Cependant tout le palais s'était réveillé avec la princesse; chacun songeait à faire sa charge,
et comme ils n'étaient pas tous amoureux, ils mouraient de faim; la dame d'honneur, pressée comme
les autres, s'impatienta, et dit tout haut à la princesse que la viande était servie. Le prince aida à la
princesse à se lever; elle était tout habillée et fort magnifiquement; mais il se garda bien de lui dire
qu'elle était habillée comme ma mère-grand, et qu'elle avait un collet monté; elle n'en était pas moins
belle. Ils passèrent dans un salon de miroirs, et y soupèrent, servis par les officiers de la princesse;
les violons et les hautbois jouèrent de vieilles pièces, mais excellentes, quoiqu'il y eût près de cent
ans qu'on ne les jouât plus; et après souper, sans perdre de temps, le grand aumônier les maria dans
la chapelle du château, et la dame d'honneur leur tira le rideau; ils dormirent peu, la princesse n'en
avait pas grand besoin, et le prince la quitta dès le matin pour retourner à la ville, où son père devait
être en peine de lui. Le prince lui dit qu'en chassant il s'était perdu dans la forêt, et qu'il avait couché
dans la hutte d'un charbonnier, qui lui avait fait manger du pain noir et du fromage. Le roi son père,
qui
était bon homme, le crut, mais sa mère n'en fut pas bien persuadée, et voyant qu'il allait presque tous
les jours à la chasse, et qu'il avait toujours une raison en main pour s'excuser, quand il avait couché
deux ou trois nuits dehors, elle ne douta plus qu'il n'eût quelque amourette: car il vécut avec la
princesse plus de deux ans entiers, et en eut deux enfants, dont le premier, qui fut une fille, fut
nommée l'Aurore, et le second un fils, qu'on nomma le Jour, parce qu'il paraissait encore plus beau
que sa sœur. La reine dit plusieurs fois à son fils, pour le faire expliquer, qu'il fallait se contenter dans
la vie, mais il n'osa jamais se fier à elle de son secret; il la craignait quoiqu'il l'aimât, car elle était de
race ogresse, et le roi ne l'avait épousée qu'à cause de ses grands biens; on disait même tout bas à la
cour qu'elle avait les inclinations des ogres, et qu'en voyant passer de petits enfants, elle avait toutes
les peines du monde à se retenir de se jeter sur eux; ainsi le prince ne voulut jamais rien dire. Mais
quand le roi fut mort, ce qui arriva au bout de deux ans, et qu’il se vit le maître, il déclara publiquement
son mariage, et alla en grande cérémonie quérir la reine sa femme dans son château. On lui fit une
entrée magnifique dans la capitale, où elle entra au milieu de ses deux enfants.
Quelques temps après, le roi alla faire la guerre à l’empereur Cantalabutte son voisin. Il laissa
la régence du royaume à la reine sa mère, et lui recommanda fort sa femme et ses enfants: il devait
être à la guerre tout l'été, et dès qu'il fut parti, la reine mère envoya sa bru et ses enfants à une
maison de campagne dans les bois, pour pouvoir plus aisément assouvir son horrible envie. Elle y
alla quelques jours après, et dit un soir à son maître d'hôtel:
«Je veux manger demain à mon dîner la petite Aurore.
- Ah! Madame! dit le maître d'hôtel.
- Je le veux, dit la reine (et elle le dit d'un ton d'ogresse qui a envie de manger de la chair fraîche), et
je la veux manger à la sauce Robert. »
Ce pauvre homme voyant bien qu'il ne fallait pas se jouer à une ogresse, prit son grand couteau, et
monta à la chambre de la petite Aurore: elle avait pour lors quatre ans, et vint en sautant et en riant se
jeter à son col, et lui demander du bonbon. Il se mit à pleurer, le couteau lui tomba des mains, et il alla
dans la basse-cour couper la gorge à un petit agneau, et lui fit une si bonne sauce que sa maîtresse
l'assura qu'elle; n'avait jamais rien mangé de si bon. Il avait emporté en même temps la petite Aurore,
et l'avait donnée à sa femme pour la cacher dans le logement qu'elle avait au fond de la basse-cour.
Huit jours après la méchante reine dit à son maître d'hôtel: «Je veux manger à mon souper le petit
Jour.), Il ne répliqua pas, résolu de la tromper comme l'autre fois; il alla chercher le petit Jour, et le
trouva avec un petit fleuret à la main, dont il faisait des armes avec un gros singe; il n'avait pourtant
que trois ans. Il le porta à sa femme qui le cacha avec la petite Aurore, et donna à la place du petit
Jour un petit chevreau fort tendre, que l'ogresse trouva admirablement bon.
Cela était fort bien allé jusque-là; mais un soir cette méchante reine dit au maître d'hôtel: «Je
veux manger la reine à la même sauce que ses enfants.» Ce fut alors que le pauvre maître d'hôtel
désespéra de la pouvoir encore tromper. La jeune reine avait vingt ans passés, sans compter les cent
ans qu'elle avait dormi: sa peau était un peu dure, quoique belle et blanche; et le moyen de trouver
dans la ménagerie une bête aussi dure que cela? Il prit la résolution, pour sauver sa vie, de couper
la gorge à la reine, et monta dans sa chambre, dans l'intention de n'en pas faire à deux fois; il
s'excitait à la fureur, et entra le poignard à la main dans la chambre de la jeune reine. Il ne voulut
pourtant point la surprendre, et il lui dit avec beaucoup de respect l'ordre qu'il avait reçu de la reine
mère.
«Faites votre devoir, lui dit-elle, en lui tendant le col exécutez l'ordre qu'on vous a donné; j'irai
revoir mes enfants, mes pauvres enfants que j'ai tant aimés, car elle les croyait morts depuis qu'on les
avait enlevés sans lui rien dire.
«Non, non, Madame, lui répondit le pauvre maître d'hôtel tout attendri, vous ne mourrez point,
et vous ne laisserez pas d'aller revoir vos chers enfants, mais ce sera chez moi où je le ai cachés, et
je tromperai encore la reine, en lui faisant manger une jeune biche en votre place. »
Il Ia mena aussitôt à sa chambre, où la laissant embrasser ses enfants et pleurer avec eux, il
alla accommoder une biche que la reine mangea à son souper, avec le même appétit que si c'eût été
la jeune reine. Elle était bien contente de sa cruauté et elle se préparait à dire au roi, à son retour, que
les loups enragés avaient mangé la reine sa femme et ses deux enfants.
Un soir qu'elle rôdait à son ordinaire dans les cours et basses-cours du château pour y
halener quelque viande fraîche, elle entendit dans une salle basse le petit Jour qui pleurait, parce que
la reine sa mère le voulait faire fouetter, à cause qu'il avait été méchant, et elle entendit aussi la petite
Aurore qui demandait pardon pour son frère. L'ogresse reconnut la voix de la reine et de ses enfants,
et furieuse d'avoir été trompée, elle commande dès le lendemain au matin, avec une voix
épouvantable qui faisait trembler tout le monde, qu'on apportât au milieu de la cour une grande cuve,
qu'elle fit remplir de crapauds, de vipères, de couleuvres et de serpents, pour y faire jeter la reine et
ses enfants, le maître d'hôtel, sa femme et sa servante: elle avait donné ordre de les amener les
mains liées derrière le dos. Ils étaient là, et les bourreaux se préparaient à les jeter dans la cuve,
lorsque le roi, qu'on n'attendait pas si tôt, entra dans la cour à cheval; il était venu en poste et
demanda tout étonné ce que voulait dire cet horrible spectacle; personne n'osait l'en instruire, quand
l'ogresse, enragée de voir ce qu'elle voyait, se jeta elle-même la tête la première dans la cuve, et fut
dévorée en un instant par les vilaines bêtes qu'elle y avait fait mettre. Le roi ne laissa pas d'en être
fâché: elle était sa mère; mais il s'en consola bientôt avec sa belle femme et ses enfants.

MORALITÉ
Attendre quelque temps pour avoir un époux,
Riche, bien fait, galant et doux,
La chose est assez naturelle,
Mais l'attendre cent ans, et toujours en dormant,
On ne trouve plus de femelle
Qui dormît si tranquillement.
La fable semble encor vouloir nous faire entendre,
Que souvent de l'hymen les agréables nœuds,
Pour être différés, n'en sont pas moins heureux,
Et qu'on ne perd rien pour attendre;
Mais le sexe avec tant d'ardeur
Aspire à la foi conjugale,
Que je n'ai pas la force ni le cœur
De lui prêcher cette morale.

Vous aimerez peut-être aussi