Airdf Lettre 74
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Le français langue de scolarisation:
perspectives didactiques
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À nos lectrices et à nos lecteurs
La Lettre se veut un lieu d’échange d’informations entre les membres de l’AIRDF, concernant aussi bien les
recherches en cours, les publications récentes et les colloques à venir que les comptes rendus de thèses en
didactique du français et les nouvelles de l’association elle-même et de ses sections. Quatre rubriques sont
ouvertes au sein de la revue pour la diffusion de ces informations :
1. L’AIRDF : vie et questions vives vous informe à propos de l’association, des évènements qu’elle soutient ou
organise au sein des sections nationales ou à l’international, des débats qui l’animent et des questions qui
l’occupent. Outre un bref compte rendu du conseil d’administration de l’association (deux fois par an), la
rubrique fait place à toute contribution entre 3000 et 8000 signes qui témoigne de la vie, des réflexions et des
projets de l’association et des sections.
2. Le dossier creuse une question ou explore un thème qui traverse le champ de la didactique du français.
Il se compose généralement de 5 à 8 textes de longueur variable (8 000 à 18 000 signes), qui tentent de
répondre aux questions posées par les responsables du dossier lors de l’appel à contributions. Est encouragée
la participation des membres de chacune des sections de l’association, afin de refléter la vitalité des travaux
menés dans les pays membres, tout en dressant un portrait actuel de la thématique abordée.
3. Échos des recherches et des pratiques répond au double objectif de valoriser les travaux de recherche actuels
des membres de l’AIRDF et de jeter un pont entre la recherche et les milieux de pratiques, par exemple à
travers les témoignages, réflexions ou comptes rendus de pratiques d’enseignants participant à des projets
menés par les chercheurs membres de l’AIRDF. Les textes de cette rubrique comprennent entre 3000 et 8000
signes.
4. Épinglé pour vous regroupe un ensemble d’informations afin de maintenir une veille scientifique et
intellectuelle. La rubrique comprend des comptes rendus de thèses soutenues en didactique du français,
ainsi que des recensions d’ouvrages et des notes de lecture de textes susceptibles d’intéresser les membres
de l’association. Les textes qui y sont rassemblés comprennent entre 2000 et 5000 signes.
La Lettre se veut une véritable « correspondance » entre tous ceux et celles qui sont concernés par la didactique du
français. Vous êtes donc cordialement invités à y contribuer, en soumettant une contribution pour l’une ou l’autre
des rubriques.
Adhésion
Pour adhérer à l’association, vous pouvez vous adresser aux président·e·s des sections :
Belgique Séverine De Croix – [Link]@[Link]
Suisse Véronique Marmy – MarmyV@[Link]
France Bernadette Keryn – [Link]@[Link]
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Maroc Anass El Gousairi – [Link]@[Link]
Adhésions internationales Nathalie Denizot – [Link]@[Link]
La cotisation inclut l’abonnement à La Lettre de l’association et à l’ouvrage publié annuellement dans la collection
« Recherches en didactique du français ».
Les institutions peuvent obtenir La Lettre aux mêmes adresses et aux mêmes conditions.
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Le comité éditorial
Séverine De Croix, Anass El Gousairi,
Marie-Hélène Giguère et Anne Sardier
2. La collection
Un bilan est réalisé quant aux volumes de la
collection, qu’ils soient en cours de réalisation ou à
venir. Rappelons que les ouvrages de la collection
sont offerts aux adhérent·es à raison d’un numéro
5. Les sections
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qui inclut Rosianne Arseneau, Mohammed
Bouchekourte, Virginie Conti, Nathalie Denizot
et David Vrydaghs. Ce groupe se penche sur des
questions plus juridiques liées à notre association,
pour remettre de l’ordre et de la transparence
dans notre organisation juridique et financière.
Des contacts avec différents spécialistes sont en
cours.
Depuis une trentaine d’années, l’AIRDF s’est régulièrement attachée, au fil de ses journées nationales,
ses colloques trisannuels et ses différentes publications, à décrire et à interroger la didactique du français
« dans tous ses états » (Dabène, 2008). Dans ce sens, l’intérêt pour ce qui s’enseigne et s’apprend sous
le signe de discipline « français », considérée de manière singulière, plurielle ou transversale (Simard,
2003), ou de manière autonome ou aux frontières d’autres disciplines scolaires, a été marquant
dans l’histoire, l’évolution et l’élargissement du champ didactique (Schneuwly, 2007 ; Daunay et
Reuter, 2013). Plusieurs orientations semblent avoir caractérisé les recherches menées. Parmi celles-
ci, on trouve une orientation historico-didactique, sensible aux évolutions des objets enseignés, sous
l’impulsion de transformations institutionnelles, sociétales et politiques des systèmes scolaires (Bishop,
2017). On peut aussi relever l’entrée praxéologique orientée vers l’analyse et l’expérimentation de
séquences ou de dispositifs didactiques (Schneuwly et Ronveaux, 2021). La didactique du français
interroge la discipline « français » en tant qu’elle s’inscrit dans une histoire, dans des niveaux scolaires
et dans des contextes divers, qu’elle résulte de nombreux processus de transposition ou de scolarisation,
qu’elle est médiée par des outils (au sens vygotskien), ou qu’elle s’ancre dans un jeu de tensions entre
prescriptions et théories de référence, entre finalités affichées et objets enseignés, entre curriculums
et pratiques observées, entre savoirs enseignés et savoirs appris. Dans cette dynamique de recherche,
la notion de langue de scolarisation est de plus en plus centrale pour certaines, voire pour toutes les
sections nationales1, en lien avec des réformes scolaires et avec des enjeux de scolarisation, d’inclusion
(Mendonça-Dias et al., 2020), de réussite des élèves et de formation des enseignants.
Ce dossier n°74 veut rendre compte de ces évolutions, en prolongeant des discussions fondatrices sur
les spécificités et les transversalités de la didactique du français, comme sur le découpage en didactiques
DOSSIER
des langues ou sur le regroupement en une didactique de la langue dans tous ses états ou des langues2.
La question de la langue de scolarisation est importante à plusieurs titres : elle interpelle sur les liens
entre les questionnements didactiques et les problématiques sociales et culturelles, les évolutions de la
société et les enjeux de l’école. Elle est aussi appelée par des considérations internes au champ didactique
lui-même, comme par l’apport de disciplines contributoires telles la sociolinguistique ou l’approche
didactique intégrative ou inclusive (Miguel-Addisu, 2020), voire l’interdidacticité (Chnane-Davin,
2004).
Bien que son statut soit variable, en fonction des contextes d’enseignement, des curricula et des ancrages
théoriques, la notion de langue de scolarisation questionne, dans une certaine mesure, les catégories du
Français langue maternelle (FLM), Français langue étrangère (FLE) et Français langue seconde (FLS),
consacrées par un long usage en didactique des langues. Pour certains chercheurs, le FLM se placerait,
de par son histoire, ses fonctions et ses usages, « plus du côté de la transmission [des savoirs] que de
la communication », tandis que le FLE renfermerait, quant à lui, « des variétés du français » (Vigner,
1 La journée de la section belge, organisée le 16 févier 2024, avait pour thème : « Le français langue de scolarisation : des
obstacles aux pratiques ».
2 Voir, par exemple, le colloque du CREDIF (Paris, 18-20 juin 1987): « Didactique des langues ou didactiques de langues?
Transversalité et spécificités » (voir en particulier Langue française, 82) ; le colloque de l’ASDIFLE (Toulon, 5-7 septembre
1996) « Didactique des langues étrangères, didactique des langues maternelles: ruptures et/ou continuités » ; le colloque de
la DFLM (Poitiers, 20-22 janvier 2000) « Questions d’épistémologie en didactique du français (langue maternelle, langue
seconde, langue étrangère) », le colloque du DILTEC- Paris 3 (Paris, 12-14 décembre 2002) « La didactique des langues
face aux cultures linguistiques et éducatives ».
2003) selon les situations d’échange et s’identifierait par les usages effectifs de la langue des situations
de communication « produites ou imitées en situations de classes » (Rispail et Blanchet, 2011, p. 68).
Derrière l’opposition FLM/FLE/FLS, se jouent parfois des questions d’autorité et de légitimité, qui
inhibent la réflexion au lieu de la stimuler, et dont les enjeux sont plus institutionnels que scientifiques
(Cadet et Guérin, 2021). La catégorisation est ancrée dans « l’histoire de la diffusion du français », mais
elle est liée aussi « aux rapports à la langue, à l’éducation, à la société instaurés (au moins partiellement)
par les États (c’est-à-dire par leurs politiques, mais aussi par leur histoire » (Huver, 2015, p. 7).
Bien que solidifiées sur le plan institutionnel, ces catégories ne semblent pas à même de répondre,
dans leurs tensions et oppositions, à la diversification accrue des publics scolaires, au plurilinguisme
en classes ordinaires (Kervyn, Miguel Addisu et Penloup, 2022), ni à la complexification des situations
linguistiques des pays francophones et de leurs réalités socioculturelles et scolaires. C’est dans ce cadre
que l’AIRDF, anciennement dénommée DFLM (Dufays, 1998), a très tôt pris conscience du caractère
ambigu et obsolète du qualificatif « maternelle », jugé « sociologiquement trop étroit » (Legros,
2000) et « trop connoté affectivement » (Simard, 2000). Le changement de dénomination n’est pas
simplement institutionnel, mais, en suscitant de vives réactions (voir La Lettre de l’AIRDF n°28), il
contenait en germe, comme le fait remarquer Bertrand Daunay (à paraitre), « la problématique de
l’ouverture à tous ceux qui partageaient les conceptions de la recherche en didactique du français que
défend l’association ».
Au-delà de l’évènement relatif au changement de nom, il parait que, si la question statutaire ne résorbe
pas le problème des évolutions réelles, fluctuantes et sans doute plus complexes de la langue et de son
enseignement, la lexie « français langue de scolarisation », relativement commune à différents pays,
est le lieu de rencontre possible entre des traditions ou des cadres de recherche différents. Si un de ces
cadres consiste à se préoccuper davantage des contenus d’enseignement et d’apprentissages référés/
référables à la discipline « français » (Reuter, 2004), un autre met plus en avant la prise en compte
des « contextes sociolinguistiques » et des « cultures éducatives » (Castelloti, 2014), et s’intéresse
précisément au « poids des facteurs nationaux, linguistiques, ethniques, sociologiques et éducatifs »
sur le fonctionnement des pratiques de classe et des institutions (Chiss et Cicurel, 2005, p. 6). L’étude
des manières de dire, de penser et d’agir propres à chaque discipline et la constitution de la classe en
communauté discursive disciplinaire scolaire (Jaubert et Rebière, 2021) constituent encore une autre
DOSSIER
DOSSIER
recherches didactiques actuelles ? Selon quelle(s) approche(s), en lien avec quels concepts et avec quels
effets sur la délimitation et l’évolution de ce champ particulier ? Comment la notion même de langue
de scolarisation est-elle abordée, (re)problématisée, (re)discutée ou (ré)élaborée dans une perspective
didactique, en tenant compte de son historicité ? À quelles nécessités scientifiques la construction de
l’objet « langue de scolarisation » répond-elle, du point de vue des apprentissages visés, des enjeux
scolaires mais aussi de l’évolution du champ didactique lui-même ? Qu’apporte-t-il à la didactique
comparée ? Qu’apporte également le FLSco au nécessaire dialogue entre les domaines de la didactique
du français parmi lesquels il se situe aux côtés du FLM, du FLS et du FLE (Camussi-Ni, 2021) ?
Comment se positionne-t-il par rapport à des notions comme l’interdidacticité ou dans une approche
didactique intégrative ou inclusive ? La notion langue de scolarisation n’est-elle pas « sensible », comme
d’ailleurs les autres catégories concurrentes, « dépassant les simples enjeux didactiques » (Cuq, 1995) ?
En quoi interroge-t-elle les fondements de la « culture scolaire » (Chervel, 1998 ; Denizot, 2021) ?
Du point de vue du prescrit légal et des contextes considérés, comment identifier et caractériser
les contenus du FLSco dans les programmes ou autres recommandations officielles ? En référence à
quelles pratiques sociales ? Quelle est sa place dans les curriculums ? En lien avec quelles prescriptions
et quelles demandes sociales ? Quel(s) sens la lexie « langue de scolarisation » a-t-elle dans les disciplines
scolaires ? A-t-elle la même portée en fonction des contextes d’enseignement, selon les institutions et
la manière dont elles se l’approprient, à partir d’une histoire et d’enjeux plus collectifs (politiques,
sociaux, culturels) ? Comment spécifie-t-elle et/ou est-elle spécifiée particulièrement par les sphères
disciplinaires dans lesquelles elle est prescrite ? Quelles relations la discipline « français » entretient-elle
avec les autres disciplines sur cette question du FLSco ? Quels dispositifs didactiques sont-ils prescrits
pour favoriser ces liens ? Quelles porosités impliquent-ils dans la construction des apprentissages
disciplinaires ? Quelle est enfin la part impartie aux recherches didactiques dans le questionnement,
l’élaboration et la refonte des contenus d’enseignement et d’apprentissages spécifiques au FLSco ?
Du point de vue des pratiques de classe et de formation, comment la langue de scolarisation est-elle
rendue opératoire dans les dispositifs ou les ressources d’enseignement ? Quel rôle joue-t-elle dans la
médiatisation des savoirs ? Quelles tensions ou difficultés émergent dans les pratiques de classe ? Du
point de vue des enseignants ? Du point de vue des élèves ? Le FLSco relève-t-il des mêmes pratiques
langagières, orales et écrites, dans les différentes disciplines ? Quelle place est faite dans la formation
des enseignants au FLSco ? Comment la dimension disciplinaire de la langue de scolarisation est-
elle travaillée ? Quelles relations, tensions et/ou distorsions peut-on particulièrement observer entre
prescriptions institutionnelles et théories de référence, entre finalités affichées et objets d’enseignement,
entre curriculums et pratiques observées ?
C’est à l’une ou l’autre question que les six contributions réunies ici, venant de Belgique, de France, du
Québec et du Maroc, tentent de proposer des éléments de réponse. Le dossier va en effet de réflexions
théoriques plus larges sur le FLSco à des études plus spécifiques. Véronique Miguel Addisu interroge
la lexie « français langue de scolarisation » dans une perspective à la fois sociolinguistique et didactique,
avant d’en mettre en relief l’intérêt heuristique pour la formation des enseignants. Martine Jaubert et
Maryse Rebière, quant à elles, centrent leur réflexion sur la progressivité des apprentissages, dont ceux
des usages langagiers disciplinaires inhérents à l’activité et au savoir en jeu dans différents disciplines,
y compris dans la discipline « français ». En rappelant, pour sa part, quelques éléments de réflexion
fondamentaux autour du FLSco, Fatima Chnane-Davin analyse la place qu’occupe la dimension
linguistique dans la langue de scolarisation, ainsi que les enjeux de l’interdisciplinarité français-
disciplines scolaires, au sein de différents contextes institutionnels. Dans la foulée, Zakaria Ghazi met
l’accent sur les spécificités du français langue de scolarisation dans le contexte particulier marocain,
sous le prisme de la question de la « refrancisation » des disciplines scientifiques au secondaire. En ce
qui les concerne, Cécile Hayez et Aphrodite Maravelaki proposent une approche littéracique du
FLSco, dans une perspective liée à des enjeux de formation initiale et/ou continue des enseignants. Elles
analysent plus spécifiquement des dispositifs d’enseignement conçus dans le cadre d’une recherche-
DOSSIER
Camussi-Ni, M.-A. (2021). Penser la didactique du français à travers des concepts de la didactique du
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DOSSIER
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DOSSIER
La lexie « français langue de scolarisation » s’est forgée en tant qu’objet circonscrit à l’institution scolaire.
L’expression est un raccourci sans doute commode en formation, mais qui nécessite d’être interrogé en
prenant appui sur la variabilité inhérente aux pratiques langagières, fussent-elles didactiques.
S’il n’est pas discutable que c’est par l’école que l’on apprend un agir-penser-parler partagé en
français (Jaubert et al., 2004), les apprentissages s’actualisent par la médiation de discours et de
pratiques interactionnelles situées. S’approprier des savoirs dans une « langue de scolarisation », c’est
donc s’approprier une pensée à travers certaines manières de faire avec le langage, certaines normes
sociolangagières, des compétences situées non circonscrites à des tournures de phrases, ni même à une
seule langue ou à des traditions disciplinaires (Spaëth, 2008 ; Guerin, 2011). Ainsi, l’appropriation
des savoirs scolaires est permise par un rapport second au langage, une réflexivité qui se tisse par les
mots et qui construit tout un rapport au monde (Bautier, 2001). Ce constat, posé à la lumière des
recherches en didactique et en sociolinguistique, appelle à lever quelques malentendus susceptibles
d’être véhiculés en formation par l’expression quasi figée « français langue de scolarisation ». En effet,
« les catégories telles que construites par les didacticiens ne coïncident pas nécessairement avec celles
d’autres acteurs du champ éducatif, ni dans leurs traits définitoires, ni dans leurs contours, ni dans
leurs enjeux, ni dans leurs implicites » (Goï et Huver, 2012, p. 42). On en cherchera pourtant l’intérêt
heuristique pour la didactique, et pour les pratiques enseignantes. C’est la question de la formation qui
guidera cette réflexion sociodidactique : comment et pourquoi mobiliser la notion de « français langue
de scolarisation » avec pertinence pour former des enseignants aujourd’hui ?
Des malentendus à lever
DOSSIER
D’un point de vue sociolinguistique, la lexie « français langue de scolarisation » semble fonctionner
comme une double métonymie portant à la fois sur le terme « français » et sur le terme « scolarisation ».
Ici, l’expression « français » ne désigne pas un objet linguistique, ce français-là n’existe pas et il serait
vain de chercher à le décrire linguistiquement. Il renvoie plutôt à des fonctions et des usages (de la
langue, des langues) valorisés pour réussir à l’école et développer sa pensée. Le terme « scolarisation »,
en s’agrégeant à « langue », crée une expression figée qui pose le cadre scolaire comme un espace acquis,
non questionnable, et unilingue. La « scolarisation » désigne au contraire un processus, une dynamique
dans laquelle s’inscrivent les pratiques, ce processus étant lui-même dépendant d’un ensemble de
facteurs sociolinguistiques dynamiques. De fait, on apprend à penser certains savoirs uniquement
en français à l’école, en particulier par le biais de la littéracie (scolaire). Mais réifier une « langue de
scolarisation » comporte le risque (inévitable ?) d’étiqueter comme « non conforme » tout ce qui ne
relèverait pas d’une idéologie scolaire unilingue. On perçoit ici la difficulté que pose toute forme
de dénomination catégorisante en didactique (Goï et Huver, 2012), au risque d’en effacer l’intérêt
heuristique et la visée éthique.
Si l’on s’intéresse au français comme langue de scolarisation du point de vue des élèves, ces malentendus
dessinent, en creux, des compétences langagières en construction qui répondent à trois fonctions
complémentaires, pour tous les élèves et dans toutes les disciplines. Les langues de scolarisation ont
une fonction sociocognitive évidente, car tous les élèves apprennent grâce aux disciplines scolaires
un certain mode de penser et certains savoirs. Elles ont aussi une fonction d’acculturation au monde
scolaire puisque les élèves apprennent à interagir avec d’autres dans un environnement qui a ses propres
règles. Mais elles possèdent aussi une fonction identitaire, beaucoup moins visible et cependant
essentielle à prendre en compte, car tous les élèves se construisent avec leur répertoire langagier dont
fait partie la langue de scolarisation. Ces trois fonctions sont présentes et complémentaires dans toute
situation d’enseignement, et sont partagées par tous les élèves scolarisés en français, même lorsqu’ils
sont plurilingues ou viennent d’un autre système scolaire. Elles ont toutes en commun le fait qu’elles
initient, par le biais du langage, un processus de transformation profonde pendant toute la scolarité
(sociocognitif, culturel et identitaire), et dans toutes les disciplines.
Cependant, depuis les années 80, les recherches afférant au « français langue de scolarisation » se sont
d’abord intéressées à ce qui en fait une langue spécifique à l’école. Alors que l’école peine à s’adapter à la
diversité croissante des élèves, la notion gagne à être située dans une histoire des didactiques, de façon à
comprendre les implicites qui la traversent, la complémentarité des recherches qui s’y rattachent, mais
aussi les possibles qu’elle dessine pour la formation.
Une notion heuristique au croisement des didactiques d’un français altéritaire
Historiquement, la notion de « français langue de scolarisation » nait d’une volonté praxéologique
de mieux répondre aux besoins des élèves. Pour ce qui concerne l’école française, la question s’est
d’abord posée à propos d’élèves parlant une autre langue principale hors de l’école, puis de façon
plus transversale, au confluent des didactiques du français « dans tous ses états » (Dabène M., 2008).
Elle a abouti à des propositions qui ont trouvé peu d’écho à l’école, mais dont certaines irriguent
une nouvelle génération de recherches/formations investiguant différentes disciplines scolaires, comme
nous le verrons plus bas.
L’expression émerge dans le domaine du « français langue étrangère » en vue de construire une didactique
d’un français « langue seconde » : selon Gérard Vigner, elle est à la fois une langue d’enseignement,
une langue enseignée, et une langue de la communication scolaire (Vigner, 1989). Ses propositions
didactiques portent sur son enseignement. Elles consistent en une articulation entre des moments
d’apprentissage structurés et des moments d’imprégnation du français au sein d’une même séance
(Chiss et al., 2001). La notion est ensuite mobilisée de façon plus générale, au confluent des didactiques
du français langue maternelle et seconde. Parce que la langue de scolarisation conditionne « l’insertion
dans le système et la réussite scolaire à travers des évaluations en tous genres » (Verdelhan-Bourgade,
DOSSIER
2002 : 30), elle doit être objet de formation. Michèle Verdelhan-Bourgade la problématise donc en
tant qu’objet de médiation descriptible et enseignable. Elle propose des pistes praxéologiques pour une
didactique « réaliste », qui se déclinent de façon transversale dans toutes les disciplines, et pour tous les
élèves (Verdelhan-Bourgade, 2002).
Prenant acte de la nécessité d’outiller élèves et enseignants pour favoriser l’appropriation des langues
de scolarisation dans différentes disciplines, les travaux du Conseil de l’Europe chercheront plus tard à
réaliser une étude des dimensions linguistiques des matières scolaires et en proposeront un référentiel
(Beacco et al., 2016). Cependant, langue d’apprentissage et langue d’enseignement ne se confondent
pas (Spaëth, 2008) car l’enjeu est double pour les élèves qui découvrent la langue et ses normes :
focalisation sur la langue elle-même et focalisation sur les savoirs qu’elle médie. Cette bifocalisation
(Bange, 1996) est particulièrement visible avec des élèves qui apprennent consciemment la langue.
Mais il s’agit aussi d’un enjeu dans les classes dites monolingues du fait de la variabilité soiolangagière
(Bautier, 2001). L’école masque, de facto, des compétences sociolangagières qui ne se seraient pas
construites selon les normes valorisées à l’école. Ce faisant, l’école pointe aussi la précarité langagière
de certains élèves.
Parallèlement à ces travaux, Louise Dabène avait ouvert de nombreuses pistes pour une didactique
des langues (dont le français) qui s’appuie sur la pluralité langagière pour favoriser les apprentissages
(Dabène, 1994). Des propositions relevant de la didactique du plurilinguisme (Candelier et Castellotti,
2013) ont favorisé « l’émergence de nouvelles façons d’appréhender la diversité linguistique et
culturelle à l’école et de contribuer à une meilleure relation école-famille » (Azaoui, 2022). Pourtant, les
DOSSIER
Gouaïch et Chnane-Davin, 2022), d’autres à des discours disciplinaires distincts (Beaugrand, 2022 ;
Hache et Mendonça-Dias, 2022). Ces recherches incluent très concrètement dans leur démarche
scientifique des propositions didactiques mobilisables en formation, jusqu’à parfois créer et publier un
matériel pédagogique pour les enseignants (Chateaureynaud et Piot, 2023).
Des recherches en perspective pour la formation
Finalement, malgré et peut-être grâce à la dimension multiforme de la notion de « français de
scolarisation », les recherches et les pistes didactiques concrètes n’ont jamais vraiment manqué.
Mais les propositions praxéologiques sont restées marginales et ne se sont pas réellement déclinées
dans les formations. Elles se heurtent encore aujourd’hui à un découpage institutionnel qui
distingue abusivement les disciplines (français vs autres disciplines) et les élèves (francophones natifs
« monolingues » vs migrants « allophones »). La formation des enseignants demeure tributaire d’une
histoire trop cloisonnée des didactiques disciplinaires, en particulier dans le second degré. Une
didactique altéritaire d’un français comme langue de scolarisation, à visée inclusive, parait pourtant
urgente pour déconstruire les assignations langagières qui contribuent aux inégalités scolaires (Miguel
Addisu, 2022). Il est aussi probable que nous, chercheurs/formateurs, ne sachions pas encore, pas assez,
ou si peu, appréhender ces questions en formation du point de vue du praticien, c’est-à-dire d’une
1 Ce constat trouve toute son actualité dans des contextes scolaires explicitement francophones et plurilingues : les outre-
mer françaises, les écoles françaises à l’étranger, les écoles bilingues en Afrique francophone... Les recherches en didactique
de la langue de scolarisation dans ces contextes n’ont pas été abordées ici par manque de place, elles nécessiteraient un autre
article.
manière quasi contraire à nos propres conceptions didactiques. Car du point de vue des enseignants,
il s’agit d’apprendre des gestes professionnels très concrets. Or ces gestes dépendent de la capacité
à « s’interroger sur le contenu disciplinaire à transmettre tout en portant un regard sur les particularités
linguistiques du discours grâce auquel chacun de ses élèves doit s’approprier ce nouvel apprentissage »
(Wauters, 2023, p. 26). Une didactique transversale du français comme langue de scolarisation est
émergente dans nos recherches en didactique ainsi que dans les pratiques de classe, elle serait encore à
construire en tant qu’objet de formation.
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DOSSIER
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Lambert Lucas.
DOSSIER
la vie quotidienne des élèves, leurs pratiques entre autres langagières, leurs objets et valeurs, leurs
méthodes de travail, leurs outils, leurs critères de légitimité, leurs formes de rationalité… Or, ce
langage, constructeur et multiplicateur de mondes (François, 1993, p. 115-116 ; Bronckart, 1997) qui
a pour but la mise à distance de l’activité initiale et donc d’usages premiers, tend nécessairement vers
la scripturalité (caractéristique inhérente au monde des savoirs), ce qui éloigne d’autant plus certains
enfants de l’univers scolaire. La langue « élaborée », but ultime de l’apprentissage du FLSco (cf. la
centration sur la langue de l’écrit dans les actuels projets pour l’école française) fait peu de cas des
pratiques orales premières et des points de vue initiaux/spontanés des élèves qui, cependant, sont le
terreau d’où germent, grâce aux médiations didactiques, les pratiques plus savantes (même pour des
élèves de trois ans, tenir à distance la locomotion bipède pour observer le déplacement de l’escargot
et donc envisager un autre type de locomotion relève de pratiques plus savantes) et les points de
vue plus pertinents au regard de l’activité visée par la tâche. Le FLSco, selon nous, ne se réduit pas
à l’apprentissage de lexiques et de formes syntaxiques et textuelles spécifiques, mais est le fruit d’un
long processus, tout au cours de la scolarité, d’objectivation et d’autonomisation des modes d’agir-
parler-penser et des positions énonciatives afférentes, propres à chaque sphère d’activité humaine. Il
revient ainsi à l’école, dès le début de la scolarisation d’engager la construction d’un langage flexible
qui permet aux élèves de s’essayer à des positions énonciatives variées dans les domaines d’activité
et les disciplines. Il relève selon nous, de la didactique du français, de mettre à distance l’ensemble
des discours produits sur les objets des différentes disciplines dont le français (littérature, étude de
la langue, lecture, écriture, oral…), de comparer les modes de légitimation, les formes de rationalité
dans chacune des composantes disciplinaires, de les confronter, de façon à identifier ce qui, de notre
DOSSIER
E. : non [M retourne un escargot] il se met sur le ventre
M. : ils se mettent sur le ventre
E. : i glissent
E. : sur le vendre*2
L’enseignante relève les différentes voix (au sens bakhtinien), suscite la controverse, propose des reprises-
modifications pour rompre avec l’anthropomorphisme (marche / avance), met en doute les assertions
des élèves par des modalisations (elle croit) ou le questionnement, les transformant en hypothèses et
amorçant ainsi un rapport au monde nouveau, plus proche d’un positionnement énonciatif scientifique
qui sera visé à l’école élémentaire.
De la même manière, lorsqu’il s’agit de travailler la réception de langage écrit afin d’en comprendre
le contenu3, la rencontre avec un album de littérature de jeunesse, Au revoir4, suscite des discours
premiers des élèves. La double page proposée aux élèves est composée du texte Alors je dis : « Au revoir,
1 Ces exemples empruntés à des corpus recueillis dans les classes de H. Guillou-Kérédan, C. Lassère-Totchilkine, J. Pujo
et M. Champagne-Vergez ont déjà fait l’objet de multiples publications.
2 L’astérisque signale ici une forme erronée pour « ventre ».
3 MEN. 2015. Programme de l’école maternelle. [Link]
bo=86940#ecole.
4 Ashbé J. (1998). Au revoir ! L’école des loisirs.
Maman ! » Tchchchch… Le train part. Bon voyage ! et d’une illustration mettant en scène la grand-mère
qui tient son petit-fils Lou et agite une main derrière la vitre d’un compartiment de train pour dire au
revoir à la mère. C’est l’onomatopée (Tchchchch) qui retient l’attention des élèves. Ceux-ci manifestent
une jubilation verbale (FÉL : tchou tchou ! / tchou tchou ! repris par les pairs) et des reformulations
multimodales en lien avec un « déjà-là » (geste du mécanicien qui tire sur une manette en hauteur pour
actionner la vapeur) qui les détournent de la signification de la scène. Ils sont ainsi très éloignés de la
position énonciative attendue par les normes scolaires lors de la lecture d’album. Ne reconnaissant pas
dans l’onomatopée le bruit du train, certains élèves supposent qu’il s’agit d’un personnage (GON : c’est
qui / tchou tchou ? / c’est lui / tchou tchou ? orientant son index vers le personnage de Lou sur l’image),
ce qui conduit l’enseignante, face aux voix divergentes, à faire clarifier les objets de discours (ENS :
qu’est-ce que c’est / tchou tchou ?). La réponse proposée par un élève (FÉL : c’est le train) lui permet de
développer sur le plan sémantique et syntaxique l’implicite que représente l’onomatopée (c’est le bruit
que peut faire le train) et de recentrer sur les personnages (GON : oui / mais / c’est qui qu’est dans le
train ? ENS : qui est dans le train ? / MAX : (orientant son index vers l’image) la mamie / et le petit
garçon !). La signification de la double page peut alors être formulée et stabilisée provisoirement (ENS :
Mamie / et le garçon partent / chez Mamie !).
C’est le travail de l’enseignante qui permet d’amorcer un déplacement de focalisation vers l’activité
de compréhension attendue à l’école en lecture d’album : identification, permanence des personnages
et leur mise en réseau, inscription de la scène dans le fil du récit, mais aussi, explicitation de tous les
malentendus dont la verbalisation permet de lever les implicites du texte. Il s’agit donc bien dans ce
cas de permettre aux élèves de construire les compétences langagières spécifiques qui permettent de
s’initier au récit illustré de littérature de jeunesse, pour qu’ils deviennent ultérieurement des acteurs
autonomes dans la sphère littéraire.
Les enfants arrivent à l’école avec leurs connaissances du monde et des usages langagiers disparates qui
orientent leur interprétation des situations scolaires. Les premières confrontations avec des univers
nouveaux, les usages langagiers « inhabituels » qui caractérisent l’école plongent les enfants dans un
univers confus où on met en mots toutes les situations, quelle que soit leur étrangeté ou leur proximité,
et où les exigences scolaires diffèrent en fonction des objets mis en jeu. Ainsi le personnage de l’escargot
« Petit Jaune » n’intéresse pas l’exploration et la compréhension du vivant, alors que le personnage de
DOSSIER
Lou est au centre de l’activité de compréhension de l’album. Les élèves vont s’initier progressivement
aux mondes discursifs de l’ordre du RACONTER et de l’EXPOSER (Bronckart, 1997, pp. 157-167)
et à leurs caractéristiques linguistiques et plus largement aux mondes discursifs disciplinaires scolaires
articulés à des modes d’agir-parler-penser que les formations socio-langagières ont élaborés au cours
de leur histoire. Les langages mis en œuvre dans les différents domaines d’activité à l’école maternelle
participent à la scolarisation de la communauté discursive enfantine et à la différenciation de quelques
positions énonciatives.
Clarification du FLSco : stabilisation en cours de positions énonciatives
Au cours de la scolarité, les langages de la communauté discursive scolaire se disciplinarisent et outillent
les élèves pour aborder des questions impensées jusqu’alors, auxquelles ils se trouvent confrontés.
C’est en particulier par ces langages, lorsqu’ils sont mis en œuvre et construits dans les disciplines, que
la maitrise du langage se développe. Chaque sphère d’activité scolaire réfère à des univers culturels,
éloignés du monde quotidien, qui construisent diversement leurs références dans un rapport différent
au réel, à l’imaginaire, au vraisemblable, au possible, à la singularité, au pittoresque, à la généralisation…
et développent des discours qui les caractérisent. A l’école, les pratiques disciplinaires qui nécessitent
mise à distance et autonomisation se différencient et se particularisent au cours des apprentissages. Mais
cette clarification s’avère cependant difficile : les positions énonciatives attendues dans les différentes
disciplines peuvent générer des comportements apparemment incohérents aux yeux des élèves.
DOSSIER
fonctionnement (on accepte que les araignées tricotent un pyjama de soie), alors qu’en sciences,
il s’agit de décrire et de comprendre le monde dans lequel on vit dans un rapport linguistique de
conjonction. Même dans le cas de production d’hypothèses, comme dans les exemples supra, tout
n’est pas possible. L’acceptabilité des propositions est contrainte par les caractéristiques du monde
envisagé. En littérature, l’énoncé lu est apparemment incohérent, absurde dans le monde conjoint de
la vie quotidienne, alors qu’il est tout à fait pertinent dans le monde disjoint construit dans le roman.
En revanche, les élèves en sciences sont appelés à « imaginer » (donc à décrocher des modes d’agir-
parler-penser habituels) « comment le sang de la mère apporte au fœtus tout ce dont il a besoin »,
tout en prenant en compte une contrainte scientifique liée au réel (rhésus, imagerie médicale…), à
savoir l’autonomie des systèmes sanguins. Il s’agit de rester dans le monde réel, conjoint et d’inventer
des possibles acceptables, positionnement énonciatif complexe comme le montrent les réticences des
élèves : les mêmes marques linguistiques de réticence (si, mais, ça n’existe pas, conditionnel) apparaissant
dans les deux exemples. Une des fonctions du FLSco est de permettre aux élèves de fabriquer des
mondes, dans lesquels s’ancrent des objets de discours imaginés et contraints par les valeurs et modes
de légitimation disciplinaires.
La conception du FLSco, comme ensemble de pratiques langagières nécessaires à l’élaboration des
savoirs en toutes disciplines correspond à notre conception du langage de l’école à construire dans
toutes les communautés discursives disciplinaires scolaires pour permettre le développement des élèves
au cours de l’appropriation de modes d’agir-parler/écrire-penser, cruciaux dans le monde actuel. Le
concept est d’autant plus important qu’il met en évidence que le français est une langue pour apprendre
et à apprendre, dernière caractéristique souvent négligée. Il souligne ainsi l’existence de pratiques lan-
gagières propres à l’école qui relèvent d’un enseignement et d’un apprentissage continus au long de
la scolarité. Ces usages ne sont pas évidents. Vu comme un processus, leur enseignement s’enracine
dans le déjà-là des élèves pour des objets de discours donnés, et se nourrit de tous les apports sociaux
et culturels. Il suppose la construction d’un positionnement énonciatif qui suscite l’hétéroglossie, la
confrontation et le « frottement » de langages ancrés dans des contextes différents, encourage les tâ-
tonnements, ratures, reprises-modifications, le développement de divergences ou convergences multi-
ples, le jeu entre mouvements de secondarisation discursive (Jaubert et Rebière, 2002, 165-169) et de
primarisation (mouvement inverse de dénivellation vers les usages langagiers premiers). Il ne consiste
pas en une juxtaposition de pratiques langagières spécifiques. Il s’agit avec Bernié (2002, p. 86) de
définir « le point de vue scolaire comme « exotopique » ou « transgrédient » (Volochinov, 1982) », ce
qui suppose que l’enseignant, dans la classe de français, mette en regard les multiples pratiques lan-
gagières rencontrées, sous un angle plus distancié, plus surplombant, comparatiste, dans le cadre de
l’observation et de la construction d’une langue de scolarisation « unifiée ». C’est à ces conditions que
les élèves peuvent s’inscrire de manière consciente dans des espaces discursifs variés en mobilisant les
modes d’agir-parler-penser pertinents pour chaque sphère d’activité, tout en construisant la conscience
de l’unité de la langue.
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François, F. (1993). Pratiques de l’oral. Nathan.
Jaubert, M. et Rebière, M. (2002). Parler et débattre pour apprendre : comment caractériser un « oral
réflexif » ? Dans J.-C. Chabanne et D. Bucheton (dir.), Parler et écrire pour penser, apprendre et se
construire (p. 163 -186). PUF.
DOSSIER
Dans le cadre de la réflexion sur le français langue de scolarisation (FLSco), une problématisation
renouvelée de son rattachement à la didactique du français, en particulier au départ du français langue
seconde (Cuq, 1991) et des disciplines scolaires en général, parait pertinente à aborder. Le FLSco ne
serait-il pas une fonction indépendante qui nourrit et se nourrit de l’ensemble des savoirs scolaires ?
Pourquoi l’associer à chaque fois à la didactique du français alors que celle-ci est une discipline comme
les autres ? En réalité, le fait d’être langue de scolarisation n’est pas spécifique au français, selon les
contextes. C’est bien des langues en général, en contexte didactique. Mais elle s’actualise dans une ou
plusieurs langues, dont le français (encore une fois selon les contextes). Elle n’est pas à confondre avec
l’enseignement spécifique de la langue, disciplinaire si on veut. Mais lorsque la langue a une fonction
de scolarisation, il est sans doute intéressant de ne pas cloisonner totalement les deux. Historiquement,
à ses débuts, le FLSco était rattaché à une langue de l’école, comme c’est le cas du français langue
seconde (Vigner, 1989). Verdelhan-Bourgade et al. (1999, p. 1) ont ainsi avancé qu’« on rencontre
la notion de français de scolarisation quand on travaille dans le domaine de la didactique du français
langue seconde ». Mais, cette fonction est valable également en français langue maternelle et le français
langue étrangère a besoin aussi de cette fonction de langue de scolarisation puisque les savoirs enseignés/
appris se font en français (le cas de CLILE/EMILE)1. Du point de vue de la recherche et des pratiques
de classe, il faut rappeler qu’il s’agit d’une langue scolaire et que les interactions en FLSco nécessitent
des gestes professionnels particuliers. De même, lorsque ces interactions se font dans une langue non
maternelle, elles nécessitent des gestes professionnels d’adaptation linguistique (Zougs, 2017) afin de
faciliter la compréhension et l’expression.
Dans cette contribution, après avoir exposé quelques éléments fondateurs, nous donnerons des exemples
de français langue de scolarisation dans trois contextes différents : le contexte monolingue des élèves
DOSSIER
allophones en France (Chnane-Davin, 2008), celui des élèves d’une école internationale en France
(Zougs, 2018) et celui de classes de DNL2 au Maroc (Ait Sagh, 2021). L’objectif est de comprendre
d’une part la place qu’occupe la dimension linguistique dans la langue de scolarisation et d’autre part
l’interdisciplinarité français-disciplines scolaires pour accéder aux savoirs via des démarches plurielles
d’étayage et de médiation avec des pratiques translangagières.
1. La langue de scolarisation
S’il n’est pas nécessaire de revenir ici sur la définition de la langue de scolarisation (voir l’introduction),
il est en revanche important de rappeler les quatre grandes fonctions que celle-ci remplit (Verdelhan-
Bourgade et al., 1999), car celles-ci permettent de comprendre l’opérationnalité de cette notion.
La première est « une fonction d’exposition du savoir » (p.3). Rattachée particulièrement au FLS,
elle apparait selon ces auteurs dans les situations où « les professeurs font des cours, présentent des
connaissances en français » (ibid). La deuxième fonction, de « concentration du savoir », se manifeste
selon les auteurs dès l’école primaire à travers « la “trace écrite”, (Cf. les cartouches et encadrés, les
rubriques « je retiens » ou « à retenir » des manuels) ». Quant à la troisième, « instrumentale », elle
soutient la « construction du savoir » pour, toujours selon la même source, « accompagner le français
et rendre possible le travail de la pensée qui soutient l’appropriation des connaissances » (ibid.).
Enfin, la dernière, « d’exercisation », permet aux élèves de s’entrainer. De ce fait, parler de la langue
1 EMILE : Enseignement d’une matière par l’intégration d’une langue étrangère / CLIL : Content and Language
Integrated Learning.
2 Disciplines non linguistiques
de scolarisation, c’est aborder la langue qui véhicule les tâches scolaires et fait entrer les enseignants
et leurs élèves dans un contrat didactique où chacun respecte ses obligations lors d’une situation
d’enseignement-apprentissage.
2. Le FLSco et la nécessité des apprentissages fondamentaux
Le français langue de scolarisation attribue une importance à l’oral, à la lecture et l’écriture en français
et dans toutes les disciplines. Autrement dit, sans des compétences littéraciques, les interactions
autour d’un savoir à enseigner ne sont pas possibles. L’oral scolaire occupe une place capitale dans ces
interactions et se différencie de l’oral quotidien même quand le milieu est homoglotte. Car à l’école,
comme le mentionne Michèle Verdelhan-Bourgade (2002, p. 89), « on attend des comportements
langagiers normés [où] se réalisent des actes de langage » et « on peut se demander d’ailleurs si la
fonction de scolarisation ne se traduit pas au bout du compte par la maitrise d’un certain nombre
d’actes de langage privilégiés » afin d’écouter pour comprendre, répondre, réagir, repérer, mémoriser,
sélectionner l’essentiel du message, prendre des notes, reformuler, etc. Dans tous les cas, « le langage
oral est le socle sur lequel vont se construire les autres connaissances : la culture scolaire, l'écrit, les
champs disciplinaires, les comportements » (p. 103).
Quant à la lecture, elle permet l’entrée dans toute tâche scolaire. « Lire », par exemple, des consignes
n’est efficace que si on l’associe à « comprendre » la globalité de l’énoncé afin de comprendre des unités
de sens. Car lorsque nous lisons dans n’importe quelle langue, « nous ne procédons pas lettre par lettre,
ou syllabe par syllabe : nous saisissons l’entièreté du mot et nous allons voir ce qu’il signifie dans notre
mémoire » (Lucchini, 2002, p. 33). En langue de scolarisation, lire sert à comprendre les mots et leur
sens, à identifier le travail demandé et les informations données pour le faire, à comprendre l’objectif
de la consigne, à réfléchir sur la démarche qui convient selon la discipline.
Une fois que la compréhension de l’énoncé d’une activité, de sa consigne et de ses questions est effective,
la réponse peut être orale mais dans la majorité des cas dans les disciplines scolaires, elle est écrite. De
ce fait, « écrire », c’est amener l’élève à développer un écrit scolaire évaluable. Selon les disciplines,
l’écrit peut être explicatif, narratif, descriptif ou argumentatif. Cela suppose la maitrise des outils de
la langue qui charpentent la production d’une réponse en rapport avec les exigences d’une école qui
donne souvent la priorité à l’évaluation de l’écrit.
DOSSIER
DOSSIER
L149- L156 : il y a une autre petite stratégie que je peux avoir et… c’est que… il
faut faire parler les élèves, les élèves manquent de moments d’expression. Il faut
qu’ils parlent le français… euh… toute prise de parole c’est, c’est une oralisation…
je veux qu’ils parlent… (Marie, prof de français) (Chnane-Davin et al. 2011)
- L’interculturalité
Une culture n’est jamais séparée de sa langue et les cultures d’enseignement et d’apprentissage en
français langue de scolarisation ne peuvent pas faire l’impasse sur l’interculturel (Abdallah-Prétceille
et Porcher, 2001). Car pour entrer dans les disciplines scolaires et comprendre leurs contenus dans un
discours scolaire non utilisé dans la vie quotidienne même pour des locuteurs natifs, la compétence
culturelle/interculturelle est nécessaire. L’interaction entre la langue de scolarisation et les cultures
savantes des disciplines scolaires est si forte que, s’il n’y a pas d’acculturation préalable, un blocage dans
la compréhension des contenus scolaires pourrait se produire.
Pour illustrer nos propos, trois exemples issus de recherches montrent que la diversité des publics
scolaires demande une adaptation de la langue de scolarisation et une médiation par d’autres langues
pour faciliter l’entrée dans l’apprentissage : la situation des élèves allophones et/ou alloglottes dans le
milieu scolaire en France, celle d’élèves plurilingues dans un établissement international, et celle d’élèves
plurilingues au Maroc. On verra brièvement comment les pratiques et les discours des enseignants
(Chnane-Davin et Cuq, dir., 2008) impactent les activités des élèves. Ce qui est important à souligner,
c’est qu’à leur arrivée à l’école, tous les élèves ne sont pas égaux linguistiquement et culturellement dans
l’utilisation de cette langue de scolarisation. Comme l’a montré Bernstein (1975) lors de ses enquêtes,
certains élèves des classes défavorisées entrent à l’école avec un langage restreint et ordinaire alors que
d’autres, qui fréquentent des classes favorisées, arrivent avec un code plus élaboré qui s’inscrit dans la
continuité de celui de l’école. Une position discutable et non généralisable, mais qui peut être appliquée
également aux locuteurs natifs aidés par la communication quotidienne pendant les interactions
scolaires et aux locuteurs non natifs qui sont amenés à entrer à la fois dans la communication orale
quotidienne et la communication scolaire spécifique.
3.1. Publics allophones et/ou alloglottes en France
Les élèves allophones (Mendonça-Dias, Azaoui et Chnane-Davin, 2020) et les élèves alloglottes
(Gouaich et Chnane-Davin, 2020) qui n’ont pas le français comme langue maternelle ont besoin lors
des activités scolaires de mobiliser à la fois des ressources linguistiques et culturelles liées aux quatre
compétences de base (la compréhension orale et écrite, la production orale et écrite) et des ressources
liées à la langue de scolarisation : consignes, énoncés, compréhension du discours pédagogique de
l’enseignant (Chnane et Cuq, 2008). La communication scolaire spécifique aux interactions autour des
contenus des disciplines se caractérise par la pluralité des registres qui dépasse celle de la communication
quotidienne dans un milieu homoglotte dans la construction d’une biographie langagière. D’où la
complexité des besoins langagiers et culturels chez les élèves et la nécessité d’en tenir compte.
3.2. Publics plurilingues en école internationale
En explorant les modalités organisationnelles et pédagogiques d’une école internationale, Zougs
(2017) a montré que les enseignants exerçant en contexte multilingue mettent en œuvre des gestes
professionnels d’adaptation linguistique pour gérer l’hétérogénéité des élèves en langue de scolarisation.
Elle a repéré trois facteurs pouvant influencer leur utilisation : le statut de la LSco, l’âge des élèves et
le degré d’hétérogénéité linguistique de la classe. Cela amène les enseignants à adopter des pratiques
translangagières et à prendre appui sur les divers répertoires verbaux des apprenants (et de leurs familles)
pour construire les savoirs scolaires. Il s’agit d’une « construction intégrée des savoirs linguistiques et
disciplinaires » (Gajo, 2007, p. 2). Zougs a repéré, d’après les résultats de ses recherches sur l’école
primaire, que certains gestes, comme parler lentement en séparant les mots ou les syllabes, en insistant
sur les mots clés, en s’appuyant sur un support écrit ou visuel, en répétant, en associant un son à une
DOSSIER
action ou à une chose ; demander à l’élève s'il a compris ; utiliser la gestuelle et les mimiques ; reformuler
ou demander à un pair de reformuler ; aider par une définition, une démonstration ou une explication ;
etc. représentent une forme d’étayage pour favoriser la compréhension orale (Bruner, 1983). De ce fait,
enseigner et apprendre dans un milieu multilingue en utilisant une langue de scolarisation qui n’est pas
la langue maternelle de l’élève demande la mise en place de dispositifs d’enseignement-apprentissage
spécifiques qui tiennent compte du milieu.
3.3. Publics plurilingues au Maroc
Le troisième exemple qui permet également de comprendre la spécificité du français comme langue de
scolarisation est tiré d’un contexte exolingue, celui des classes au Maroc. La recherche était consacrée
aux interactions verbales en classe de DNL (Ait Sagh, 2021)1. Les observations portaient sur deux types
de disciplines non linguistiques : les mathématiques et les sciences de la vie et de la terre (SVT). La
recherche a montré comment les interactions en classe de FLE permettaient de développer des ressources
linguistiques, mais aussi une conscience à la fois métalinguistique, pragmatique et sociolinguistique.
Selon les résultats du chercheur, ces ressources, intégrées via les pratiques enseignantes dans le sens FLE-
DNL, contribuent « indirectement à la compétence communicationnelle des apprenants en français
dans la mesure où ces classes se présentent comme un lieu authentique de pratique de la langue » (Ait
Sagh, 2021, p. 467). Des ressources en langue de scolarisation s’acquièrent aussi en contexte DNL.
Plusieurs activités s’appuyant sur l’expression orale, la lecture et l’écriture sont mises en œuvre en
1 Pour M. Zougs et L. Ait Sagh il s’agit de thèses de doctorat que j’ai dirigées.
DOSSIER
professionnels d’adaptation linguistique (Zougs, 2017) et d’adaptation des savoirs scolaires dispensés
en français. Quant aux élèves issus de milieux défavorisés, qu’ils soient allophones nouvellement arrivés
en France ou alloglottes nés en France (Gouaich et Chnane-Davin, 2020), le FLSco peut représenter
chez certains un obstacle à la réussite scolaire et sociale. La prise en compte du plurilinguisme dépend
des types d’élèves et des contraintes institutionnelles dans un milieu homoglotte ou alloglotte. C’est
une forme de tissage permettant de travailler de manière intégrée les dimensions linguistiques et
disciplinaires en langue de scolarisation.
L’ensemble de ces exemples montre que la discipline « français », que ce soit en FLM, en FLS ou en
FLE, est comme toutes les disciplines : elle a son propre appareillage didactique et ses propres objets
d’études. Par conséquent, elle ne peut qu’aider à développer des compétences littéraciques, mais n’est
pas en mesure de prendre totalement en charge la formation des élèves en FLSco, qui est une fonction
transversale à toutes les disciplines. Les piliers de la réussite scolaire cités auparavant ne sont pas propres
à la disciplines « français » mais transversaux à toutes les disciplines avec un dénominateur commun :
« la langue française » comme outil d’enseignement-apprentissage.
Bibliographie
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DOSSIER
Introduction
Trois motifs d’actualité nous exhortent à rédiger cet article. Le premier est d’ordre épistémologique.
Il pose la question du « français de référence » ou de la norme à enseigner dans les cours du français
langue étrangère, du français langue maternelle, du français langue seconde et du français langue de
scolarisation (désormais dans l’ordre FLE/FLM/FLS et FLSCO), face à des variétés « non centrales »
du français que l’on peut qualifier d’écarts. La question de la norme et des écarts, de la situation,
comme du contexte, retient ainsi l’attention des didacticiens, et nous pourrions, dans ce cadre, nous
interroger sur l’évolution des méthodologies et sur leur adéquation à certains contextes.
Le deuxième motif, qui relève du volet historico-didactique, pose la question du FLSCO, en ce qu’elle
permet d’aborder l’histoire de la diffusion du français et des différents rapports à la langue selon les
contextes et les besoins. En effet, depuis les travaux de Vigner (1989), nous suivons le processus de
construction de l’objet de recherche en FLS. L’accent est mis graduellement sur le FLSCO, lequel
apparait sous divers sigles (FLSCO, FLSco, etc.). Le FLSCO est une construction socio-historique
inhérente à l’évolution de la société française. Il a permis de réfléchir sur la problématique des élèves
allophones arrivés d’ailleurs en France, confrontés dès lors au français comme langue d’enseignement.
En Afrique francophone également, le français était, avant et après la colonisation, une langue pour
l’école, la langue de l’écolier, une langue apprise et utilisée en situation scolaire (Vigner, 2001). Ce fut,
partant, un choix stratégique de certains pays africains francophones, dans l’objectif de « moderniser »
leur enseignement, notamment des disciplines non linguistiques.
Le troisième motif qui nous anime dans cette réflexion oblique vers l’établissement de passerelles
DOSSIER
didactiques permettant la circulation des savoirs entre les FLE/FLM/FLS et FLSCO. C’est à « une
didactique du complexe » que nous aspirons, dont la pluralité des références et des supports et
l’interconnexion des concepts seraient les soubassements. D’où les questions suivantes : qu’apporte
le FLSCO aux dialogues disciplinaires entre les différents domaines de la didactique du français ?
Permettrait-il une approche didactique intégrative et inclusive, une « interdidacticité » pour reprendre
les mots de Galisson (1995) ? C’est à ces deux questions que nous répondrons dans ce qui suit.
1. Du français langue seconde au français langue de scolarisation
Le FLS est un concept didactique et non pas linguistique. À l’école, on n’apprend pas à parler le
français langue maternelle, langue étrangère ou langue seconde. L’on cherche plutôt à maitriser un
idiome qu’est le français aussi bien dans la multiplicité de ses variations que dans sa normalisation
foncièrement scripturale. La réflexion didactique se focalisera dès lors sur les besoins langagiers des
individus, sur le choix des méthodes à mettre en œuvre afin de garantir une meilleure appropriation de
l’idiome par les apprenants, ainsi que sur la définition des objets d’enseignement.
Ce dernier point constitue une des problématiques de fond qui s’imposent en didactique du FLS. Notre
question centrale s’annonce dès lors : quels savoirs et objets d’enseignement en contextes de FLS ? Si
l’on dispose d’objets de savoir définis destinés à des natifs dans les programmes du FLM, et d’autres à
des étrangers dans la logique du FLE, des objets de savoir spécifiques pour un public différent des deux
premiers – mais avec des enjeux proches du FLM – demeurent difficilement identifiables.
Par exemple, en France, ce nouveau public de langue seconde n’a été officiellement reconnu que depuis
DOSSIER
il est, dans certains pays francophones, un élément structurant dans certaines réformes scolaires ;
nous avançons, dans ce sens, l’exemple du Maroc qui a fait, dès 2019, le choix de « refranciser »
l’enseignement/apprentissage des filières scientifiques dans le secondaire, après avoir ouvert dès 2013
les sections internationales du baccalauréat. Une décision qui n’est pas sans conséquences sur le statut
du français, sur la formation des enseignants en langues étrangères et sur les positionnements théoriques
qui sous-tendent d’ores et déjà les cours du et en français du primaire au lycée.
2. Refranciser les contenus scientifiques au lycée marocain : de quelques défis linguistiques, cur-
riculaires et didactiques
La loi-cadre n° 51-17, relative au système d’éducation, de formation et de recherche scientifique, telle
qu’adoptée par la Chambre des représentants et la Chambre des conseillers, publiée le 17 décembre
2020 dans le Bulletin officiel du Royaume du Maroc, met en avant une ingénierie linguistique basée
sur l’alternance codique. Un principe de base pour un enseignement plurilingue comme souligné
dans l’article 2 de la loi-cadre : « l’alternance linguistique [est] une approche pédagogique et un choix
éducatif progressif, investi dans l’enseignement plurilingue, en vue de la diversification des langues
d’enseignement, en sus des deux langues officielles de l’État, à travers l’enseignement de certaines
matières notamment les matières scientifiques et techniques, ou certains contenus ou modules, en une
ou plusieurs langues étrangères ». (Bulletin Officiel du Royaume du Maroc, Loi-cadre 51-17, « Article
2 », décembre 2020).
L’adoption du français comme langue d’enseignement est d’une importance indéniable. Cependant,
plusieurs défis émergent. Prenons, à titre d’exemple, le chapitre intitulé « Les lois de Newton et le
mouvement des corps » qui figure dans le programme de physique-chimie du baccalauréat marocain.
Le cours consiste à définir, comprendre et appliquer les trois lois de Newton (le principe d’inertie, le
théorème du centre d’inertie et le principe d’actions réciproques) et à analyser le mouvement d’un
corps (sur un plan horizontal avec et/ou sans frottement, sur un plan incliné avec et/ou sans frottement
et le mouvement curviligne). Dans ce cadre, des concepts tels que « force », « mouvement », « masse »,
« équilibre statique et dynamique » seront abordés.
Les défis susmentionnés sont de nature tripartite : au niveau terminologique et conceptuel,
l’enseignement en français d’un contenu scientifique est tributaire du niveau des élèves en français. Il
s’agit de maitriser un vocabulaire scientifique spécifique qui déterminera leur capacité à comprendre des
concepts complexes riches en nuances. À cela s’ajoute, en cas de difficultés linguistiques, des problèmes
de compréhension des énoncés et des consignes dans les exercices d’application.
Au niveau curriculaire, la conception des manuels scolaires, des exercices et des supports pédagogiques
devrait dès lors répondre aux exigences interdisciplinaires du contenu scientifique et de la langue
d’enseignement. Rédigés en français, plutôt que de consister en de simples traductions de contenus,
ces manuels auront pour objectif d’assurer la transition de L1 à L2, en évitant les compréhensions
erronées ou superficielles des concepts scientifiques.
Au niveau de la formation, il va sans dire que les enseignants des disciplines non linguistiques au
DOSSIER
que revêt la formation des enseignants tant dans les sciences de l’éducation (en théories de l’apprentissage,
psychologie, sociologie, etc.) que dans les sciences du langage (en linguistique, sociolinguistique,
pragmatique, etc.). L’interdisciplinarité, comme soubassement d’une didactique du français langue
seconde, contribuerait, quant à elle, à construire des passerelles disciplinaires, à donner sens aux
apprentissages et à multiplier les renvois et les références en classe de langue :
Les savoirs à enseigner et les savoirs enseignés semblent de plus en plus proches les uns
des autres, en LM et LS ou en LÉ. Le français qu’on doit et qu’on prétend enseigner
est assez semblable ; ne se réfère-t-il pas à la même norme linguistique, à la même
tradition rhétorique, aux mêmes ‘grands auteurs’, [...] et, au mieux, ne propose-t-il
pas les mêmes descriptions formelles de la langue et des textes ? (Chartrand et Paret,
2008, p. 175).
Bien que les didactiques du FLE, du FLM et du FLS s’adressent à des publics différents, elles n’en
ont pas moins des notions et des problématiques en partage, ce qui nous invite, nous semble-t-il, à les
examiner tel un continuum plutôt que de manière cloisonnée.
Références bibliographiques
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de l’interdidacticité. ÉLA, 99, 99-105.
DOSSIER
1. Introduction
Si l’on s’accorde sur le fait que la langue de scolarisation, à l’instar de n’importe quelle autre variété
linguistique, doit faire l’objet d’un apprentissage de la part de ses usagers (élèves et enseignants), il est
possible de retracer la trajectoire de cette appropriation, depuis l’école maternelle jusqu’à l’enseigne-
ment supérieur et au-delà, dans la sphère socioprofessionnelle. La langue de scolarisation est un objet
dynamique, dont les transformations progressives sont modelées par le contexte dans lequel elle s’in-
tègre. Et ses usagers, tout comme elle, doivent s’adapter à ces changements de cadres, comme autant
de mues successives (Beacco et al., 2016).
Le postulat à la base des formations que nous donnons, aussi bien en formation initiale des enseignants
qu’en formation continue, est le même : les compétences en langue de scolarisation ne constituent
qu’une étape dans l’acquisition des compétences plus englobantes en littératie. Il existe un continuum,
dans les parcours de formation, de la langue de scolarisation du jeune enfant qui rentre à l’école mater-
nelle jusqu’à la littératie socioprofessionnelle, en passant par celle des études supérieures et formations
à un métier. Déjà en 1993, Painchaud et ses collaborateurs attiraient l’attention sur le fait que, « dans
les sociétés modernes, la capacité de traiter et d’acquérir des connaissances présentées par écrit fait
maintenant partie des exigences requises tant pour la réussite scolaire que pour l’intégration au mar-
ché du travail » (1993, p. 77). Le concept de littératie se trouve donc au cœur de nos préoccupations
lorsque nous essayons de définir et de justifier le terme de langue de scolarisation tant à nos collègues
qu’à nos étudiants.
DOSSIER
Ce processus se déploie quel que soit le niveau d’enseignement, comme le montre le tableau comparatif
suivant :
Tableau 1 : Comparaison de niveaux de compréhension PIRLS et PISA
DOSSIER
PIRLS 2021 PISA 2022
Niveau 1 Retrouver et prélever des informations Localiser l’information
explicites
Niveau 2 Faire des inférences simples Comprendre
Niveau 3 Interpréter et intégrer des idées et des
informations Évaluer et réfléchir
Niveau 4 Évaluer et examiner le contenu, la langue
et les éléments textuels
Et, surtout, ce processus se déploie quelle que soit la discipline enseignée. À titre d’exemple, comparons
la modélisation des différents niveaux de littératie telle qu’on va la retrouver en français :
Ou en mathématiques :
DOSSIER
Figure 3 : Descripteurs de niveau pour l’évaluation en maths – PISA. Source : ULiège – Résultats PISA 2022
3. Constats et projet issus de notre pratique
Force est de constater qu’en Belgique francophone, même si les termes de « littératie » ou de « langue
de scolarisation » circulent aujourd’hui librement tant dans les référentiels du Pacte pour un enseigne-
ment d’excellence que dans les nouveaux curriculums de formation des enseignants, ils sonnent encore
aux oreilles de beaucoup comme empreints d’un certain exotisme tant par rapport à l’objet qu’ils dé-
signent – la littératie, c’est un québéquisme pour dire « lecture » ? – qu’au public qu’ils concernent – la
langue de scolarisation, c’est pour les élèves allophones ? Le milieu professionnel s’interroge sur l’introduc-
tion de termes « nouveaux » dont il peine à saisir le sens et donc l’utilité.
La résistance à leur prise en compte dans la pédagogie du supérieur et à leur « didactisation » en tant
qu’objet d’étude et d’enseignement résulterait, selon nous, de plusieurs microfissures, dont doit se
guérir la formation des enseignants et dont la principale serait celle séparant les discours didactiques
sur la langue des pratiques langagières effectives, tant des formateurs que des étudiants (Hayez, Mara-
velaki, Oger, 2024). Si l’on se réfère aux différentes postures d’apprenants telles que Bucheton et Soulé
DOSSIER
des dispositifs exogènes issus de la recherche.
Le module « Halte ! » est basé sur l’album Halte, on ne passe pas ! d’Isabel Minhos Martins et de
Bernardo Carvalo paru aux éditions Notari en 2019. Petit bijou de la littérature jeunesse, cet album,
entièrement dialogué (peu de texte, langue des interactions orales), aux illustrations « enfantines »,
renferme plusieurs niveaux de lecture à partir d’une trame narrative très épurée : un général autoritaire
interdit à qui que ce soit de passer la frontière qui sépare la page de gauche de la page de droite. À
partir de là, l’album peut être lu comme une fable sociopolitique, qui traite des notions de limites, de
territoire, de passage, de migrations, mais aussi de droits et de devoirs, d’interdit, d’abus de pouvoir, de
dictature ou de désobéissance. Mais il peut aussi être lu comme un livre qui parle… de livres, de pages
(blanches), de plis, de personnages, de héros, d’histoires et de fiction. Il fusionne de façon énergique un
mode de narration diégétique avec un mode mimétique et tout l’enjeu sera que les élèves parviennent
à prendre conscience de cette fusion derrière une simplicité de façade.
1 Recherche financée par le FRHE intitulée « Outils et démarches en FLSco pour l’accompagnement des enseignants du
secondaire dans les DASPA » pour la période 2022-2024).
Nous avons développé un module en trois séquences mobilisant des stratégies de prélecture (« Parlons
avant de lire »), de lecture (« Lisons et échangeons ») et de postlecture (« Prolongeons notre lecture »)
pour amener les élèves à élaborer, en groupe, des inférences complexes (réagir, interpréter, se questionner),
qui sont prescrites tant par le référentiel de compétences de français que par celui de philosophie et
citoyenneté (« se positionner sur des questions philosophiques », « se décentrer pour comprendre le
point de vue d’autrui » et « prendre position de manière argumentée »). Ces inférences complexes sont
le résultat du processus littéracique de génération du sens décrit précédemment, qui part du texte et de
ce qu’il apporte comme matériau explicite jusqu’au lecteur, acteur-citoyen :
• Langue des interactions orales (texte dialogué) : phrases courtes, interjections, questions, langue
contextualisée
• Illustrations en appui du texte
Faire des inférences simples :
• Le peu de texte oblige naturellement les enfants à « remplir les blancs ». Par exemple, 1re de
couverture: Halte, on ne passe pas !
• Les personnages soutiennent cette production d’inférences simples car eux-mêmes cherchent à donner
du sens à ce qui leur arrive, tout comme le lecteur cherche à donner du sens au texte.
Pour mettre en œuvre ce processus de génération de sens, nous combinons, dans les deux premières
séquences, deux approches méthodologiques : l’une associée habituellement au cours de français et
l’autre au cours de philosophie et citoyenneté. Les stratégies de lecture telles que « clarifier », « faire des
hypothèses », « se questionner », « inférer » guident et structurent les échanges à visée philosophique de
la communauté de recherche (Chirouter, 2022) constituée par le groupe d’élèves.
La dernière séquence, de postlecture, invite les élèves à répondre de façon argumentée à la question
finale que le général pose, en fait, à ses lecteurs (par le biais d’une métalepse) : « J’abandonne cette
histoire, c’est décidé. Finalement, qui veut être le héros d’une histoire pour enfants ? » Derrière
DOSSIER
cette question, ce sont les deux niveaux de lecture que sont la fable sociopolitique et la réflexion sur
l’objet-livre qui s’entrechoquent et que les enfants – même très jeunes (ce module a été initialement
testé avec une classe de 2e primaire) – sont maintenant capables de distinguer ou de rapprocher « en
conscience » : ce qui relève d’un cours d’histoire (la réalité : les régimes politiques, les héros de la
désobéissance, etc.) et ce qui relève d’un cours de français (l’histoire fictionnelle, les héros de contes
de fées, les personnages de papier, etc.).
Nous sommes aujourd’hui rentrées dans la phase d’analyse du projet FRHE, dont un exemple a été
proposé ci-dessus. Dans les retours d’expérience reçus des enseignants qui ont testé les séquences déve-
loppées, un point a retenu particulièrement notre attention : quand le matériel proposé repose sur un
objet « littéraire » dans le cadre d’un cours relevant du champ des sciences humaines (en l’occurrence,
ici, il s’agissait du cours de philosophie et citoyenneté), il existe une réelle difficulté, dans le chef des
enseignants, à distinguer ce qui concerne la langue comme objet d’enseignement et ce qui concerne la
langue comme moyen d’enseignement-apprentissage. Cette difficulté semble être plus atténuée lorsque
le matériel didactique développé porte sur des objets disciplinaires scientifiques. Dans ce cas, la langue
comme moyen est perçue de façon plus précise, mieux découpée, ce qui se comprend aisément, car l’effet
« caméléon » ne joue plus. Néanmoins, en tant que formatrices d’enseignants, cela nous questionne et il
nous semble important de ne pas nous arrêter à ce constat, car, selon nous, il y a une réponse structurelle
à apporter dans le curriculum de formation.
tôt que de multiplier les approches « lexicalistes » des langues des disciplines, nous pensons qu’il est
préférable de structurer, avec les étudiants, les habiletés cognitives communes qui se cachent derrière
des objets en apparence épars et spécifiques. À l’heure où le « coenseignement » et le travail collabora-
tif ont envahi les salles de classe, cette démarche d’explicitation d’une base cognitive faisant office de
« racine » aux différentes disciplines nous semble indispensable parce qu’elle va permettre aux étudiants
de développer une vision de leur futur métier plus cohérente, ancrée dans une approche systémique de
l’acte d’apprendre.
Sur cette base, nous nous sommes lancées dans un projet de recherche intitulé LIT’sup, « Intégration de
la littératie du supérieur dans les formations du domaine pédagogique », qui a pour finalité de démontrer
que les compétences personnelles des étudiants en matière de littératie doivent être développées de
façon indépendante des compétences didactiques, quel que soit l’âge des élèves auquel on se destine et
quelles que soient les disciplines d’enseignement choisies. Plus les étudiants développeront de compé-
tences personnelles en littératie, plus celles-ci leur permettront de prendre en considération la langue
de scolarisation dans leurs disciplines respectives.
6. Bibliographie
Beacco, J.-C., Fleming, M., Goullier, F., Thürmann, E. et Vollmer, H. (2016). Guide pour l’élaboration
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1. Introduction
Cette contribution propose une réflexion sur la langue d’enseignement, en se positionnant d’abord
et avant tout en faveur d’une éducation qui vise l’équité et l’égalité des chances à l’école, tout comme
l’UNESCO (2016) qui promeut une éducation équitable, inclusive et de qualité pour tous tout au
long de la vie. Cette réflexion est d’autant plus nécessaire que plusieurs pays choisissent comme langue
d’enseignement une langue seconde ou étrangère au détriment de la langue maternelle des élèves : c’est
le cas, par exemple, de nombreux pays d’Afrique où les élèves sont scolarisés en français ou en anglais à
un moment ou l’autre de leur parcours scolaire alors que les élèves parlent une autre langue à la maison.
Ces considérations sur l’importance de l’enseignement dans la langue première ne s’opposent toutefois
pas à celles sur la pertinence de l’éducation plurilingue, en contexte multilingue ou non. De nombreux
organismes et chercheurs sont d’ailleurs engagés dans la promotion du plurilinguisme et le soutien à
la diversité linguistique et culturelle et ils défendent le droit à l’éducation en langue maternelle et à
l’éducation plurilingue (Giannini, 2024). Ils invitent plutôt à réfléchir à des modèles d’enseignement
de la langue seconde (voire étrangère) dans une perspective plurilingue, surtout si celle-ci est aussi une
langue officielle de l’État : ces modèles doivent permettent l’apprentissage de cette langue sans nuire
aux apprentissages disciplinaires (mathématiques, sciences, univers social, etc.) qui, eux, devraient se
faire dans la langue première des élèves.
En tenant compte des enjeux sociaux, politiques et culturels associés au choix d’une langue
d’enseignement, nous soutenons dans le cadre de cet article que le choix de la langue première des élèves
comme principale langue d’enseignement favorise l’équité et l’égalité des chances, particulièrement
DOSSIER
dans les contextes postcoloniaux et ceux où les ressources sont limitées. Nous défendons également la
pertinence d’une éducation plurilingue, tout en insistant sur la nécessité de mener des études sur les
modèles d’enseignement plurilingue afin de comprendre s’ils permettent, dans ces contextes « fragiles »,
de soutenir les apprentissages linguistiques et disciplinaires des élèves.
2. Clarification conceptuelle
Avant d’explorer les enjeux et effets liés à la langue d’enseignement, une clarification conceptuelle est
nécessaire pour différencier la langue d’enseignement de la langue maternelle, de la langue première,
de la langue parlée à la maison et des langues secondes.
2.1. Langue maternelle, langue première, langue seconde
La langue maternelle (LM) est la première langue que l’enfant apprend naturellement à la maison
(Khadka, 2018; Stern et al., 2016). La langue première (L1) est la première langue dans laquelle une
personne réfléchit et s’exprime spontanément : elle correspond souvent à la langue parlée à la maison
et à la LM (Khadka, 2018). La LM peut toutefois parfois être perdue (à cause de l’école ou d’une
migration, par exemple) ; une autre langue devient alors la L1 (Cummins, 2001; Stern et al., 2016).
Dans la littérature scientifique, on fait peu de distinction entre LM, L1 et langue parlée à la maison.
Ainsi, dans cet article, nous appellerons L1 la langue parlée à la maison par les élèves, tout en gardant
en tête qu’il s’agit aussi probablement de la LM. Toute langue apprise après la LM et la L1 est une
langue seconde (L2) (Stern et al., 2016).
« Dans la plupart des pays du monde, le système éducatif est géré par l’État, [ce qui]
implique que la langue d’enseignement est le plus souvent identique à la langue officielle.
Par exemple, la plupart des états africains qui ont choisi le français comme langue officielle
organisent également leur enseignement en français et prévoient une mise en place de l’ap-
prentissage du français de l’école maternelle à l’université ». (Histolf, 2021)
Les pratiques linguistiques coloniales ont joué un rôle central dans la structuration des systèmes
éducatifs dans de nombreuses régions du monde, notamment en Afrique. Durant la période coloniale,
les puissances colonisatrices ont systématiquement imposé leurs propres langues comme langues
officielles et langues d’enseignement, reléguant les langues autochtones au rang de dialectes ou de
langues informelles (Phillipson, 2012). Cette imposition linguistique visait non seulement à faciliter la
gouvernance coloniale, mais aussi à assoir la supériorité culturelle des colonisateurs. Les conséquences
de ces politiques linguistiques se sont fait sentir bien après la fin des empires coloniaux, contribuant
à des inégalités persistantes dans l’accès à l’éducation de qualité (Phillipson, 2012). Les populations
autochtones, dont les langues maternelles n’étaient pas reconnues, ont été particulièrement désavantagées,
voyant leurs identités linguistiques et culturelles marginalisées. Bamgbose (2014) souligne que les
objectifs de développement durable en Afrique, liés ou non à l’éducation, ne pourront être atteints sans
une reconnaissance et une promotion des langues maternelles dans les systèmes éducatifs. Il est donc
essentiel que les politiques éducatives actuelles s’inspirent de ce passé pour promouvoir l’utilisation des
langues maternelles, réduisant ainsi les inégalités héritées du colonialisme, comme nous le verrons plus
DOSSIER
bas.
3. Les implications du choix de la langue d’enseignement
Comme nous le verrons dans ce qui suit, quand la LE ne correspond pas à la L1 des élèves, leur
scolarisation s’en trouve affectée. En effet, la recherche tend à montrer que l’enseignement dans une
L2 compromet les apprentissages, alors que l’enseignement dans la L1 ou encore l’enseignement
plurilingue, dans certaines conditions, les favorise, et ce, dans toutes les disciplines.
3.1. La langue seconde comme langue d’enseignement
L’équipe du Rapport mondial de suivi sur l’éducation (RMSÉ, 2016, p. 1) est claire : « une éducation
de qualité doit être dispensée dans la langue parlée à la maison », dans une langue que les élèves
comprennent. Ce constat s’appuie sur de nombreuses données empiriques, dont certaines serviront
à illustrer notre propos. Ainsi, une éducation qui ne se fait pas dans la L1 des élèves compromet
leurs chances d’apprentissage et d’acquisition de compétences fondamentales, nécessaires pour les
apprentissages futurs. L’enseignement dans une autre langue que la L1 peut participer à creuser les
inégalités d’apprentissage et à augmenter les taux de décrochage (Akkari et Coste, 2015; RMSÉ, 2016;
World Bank, 2021a). Ces effets sont exacerbés si certains élèves ont la LE pour L1 tandis que pour
d’autres, il s’agit d’une L2 : en effet, les élèves n’ayant pas (ou peu) de contact avec la LE en dehors de
l’école présentent généralement de grandes difficultés à s’approprier cette langue (Khadka, 2018).
Dans une perspective intersectionnelle, la LE a ainsi le potentiel de se conjuguer à d’autres facteurs
liés par exemple à l’ethnicité, au genre ou à la situation socioéconomique pour défavoriser certains
élèves sur le plan des possibilités d’apprentissage (Akkari et Coste, 2015 ; RMSÉ, 2016 ; World Bank,
2021a). Seid (2016) souligne que l’enseignement dans une langue seconde peut exacerber les inégalités
éducatives, notamment pour les filles et les élèves issus de milieux ruraux. Dans ces contextes, les
filles ont souvent moins d’opportunités d’interagir avec la langue d’enseignement en dehors du cadre
scolaire, ce qui affecte négativement leur performance scolaire et leur persévérance. De plus, les élèves
ruraux, souvent scolarisés dans des environnements où la langue seconde n’est pas couramment parlée,
sont particulièrement vulnérables à l’échec scolaire.
Les effets négatifs de l’enseignement dans une langue autre que la L1 des élèves sont mis en évidence
par les résultats de plusieurs évaluations nationales et internationales (RMSÉ, 2016), et ces effets
sont constatés tant dans la L1 que dans la LE (Akkari et Coste, 2015). Notamment, l’acquisition des
compétences fondamentales en lecture et le développement cognitif en général sont négativement
affectés par l’enseignement dans une L2 (Khadka, 2018), puisque la qualité du développement
langagier est intimement liée au développement cognitif en général et joue un rôle fondamental
dans l’apprentissage de toutes les disciplines (Vollmer, 2006). On note aussi des effets négatifs sur les
sentiments de compétence, de sécurité, d’isolement et de rejet, sur la persévérance et la réussite scolaires
(Châteaureynaud, 2017; Cummins, 2001; Khadka, 2018).
L’enseignement dans une L2 est un enjeu particulièrement important dans les régions très diversifiées
sur le plan linguistique (par ex. : Afrique, Asie, Pacifique) ou parmi les populations autochtones ou
dont la LE est la langue du peuple colonisateur. La langue étant un objet culturel et social, la LE peut
aussi devenir une source de tensions sociopolitiques importantes reflétant bien souvent une histoire de
domination, de subordination ou de colonisation/décolonisation (Akkari et Coste, 2015 ; RMSÉ, 2016
; World Bank, 2021a). Pour différentes raisons, la plupart des pays ayant une histoire de colonisation
ont maintenu les langues des pays colonisateurs comme langues officielles et, incidemment, comme
LE (Akkari et Coste, 2015 ; Walter et Benson, 2012). Ces langues sont souvent considérées comme
plus « internationales », sont plus valorisées socialement et sont associées au pouvoir et à la mobilité
sociale, au détriment des L1 de la population (Akkari et Coste, 2015 ; Khadka, 2018 ; Walter et
Benson, 2012). La protection de ces L1 par une intervention de l’État, notamment via des politiques
linguistiques en lien avec la LE, est donc primordiale pour leur protection, leur valorisation et leur
développement (Akkari et Coste, 2015 ; Châteaureynaud, 2017).
DOSSIER
DOSSIER
d’améliorer la réussite en langue et en mathématiques, et d’améliorer la persévérance scolaire et l’accès
aux études de plus haut niveau (Cummins, 2001 ; Khadka, 2018 ; Seid, 2016 ; Walter et Benson,
2012).
Il demeure toutefois difficile de déterminer exactement quels paramètres de mise en place d’une
approche bilingue ou plurilingue sont les plus efficaces pour les apprentissages (Heugh, 2006 ; World
Bank, 2021a). Par exemple : comment former le personnel enseignant à une telle approche ? Dans
quelles proportions répartir les LE ? La L2 en tant que LE doit-elle prendre plus, moins ou autant
de place que la L1 ? En quelle année mettre en place l’approche plurilingue ? Notons également que
plusieurs obstacles et difficultés d’ordres financier, humain, symbolique ou pratique se posent souvent
à l’enseignement plurilingue (Akkari et Coste, 2015).
D’abord, il importe que le développement de la L1 soit encouragé dans toutes les disciplines, ce qui
implique que tout le personnel enseignant doit y participer, et donc posséder de solides compétences
linguistiques dans les LE (toutes les LE) (Vollmer, 2006). Il s’agit là d’un enjeu majeur, puisque les
personnes locutrices d’une langue minoritaire ont souvent moins accès à l’instruction et à la formation,
et sont par conséquent souvent sous-représentées parmi le personnel enseignant qualifié. Outre la
disponibilité d’enseignants qualifiés, la disponibilité de matériel éducatif de qualité et accessible dans
toutes les LE peut également s’avérer un enjeu de taille pour plusieurs raisons, notamment d’ordre
pratique ou financier .
Au sujet de la répartition des LE, l’Équipe du Rapport mondial de suivi sur l’éducation (2016) mentionne
que dans plusieurs pays, la transition entre la L1 et une L2 comme langue d’enseignement se fait trop
tôt, ayant pour effets des pertes d’acquis et une baisse des résultats scolaires. Vollmer (2006) souligne
que l’enseignement formel de la L1 prend souvent fin après le primaire ou le premier cycle du secondaire
– ce qui correspond à un modèle de transition précoce – alors qu’il serait nécessaire de le poursuivre
plus longtemps pour une transférabilité plus efficace et plus durable des compétences langagières, et
plus spécifiquement pour le développement de la littératie conceptuelle et des compétences discursives
dans toutes les disciplines.
Selon Châteaureynaud (2017) et Burns et al. (2003), l’enseignement d’une L2 ou dans une L2 ne devrait
pas limiter l’apprentissage d’autres langues, et particulièrement pas celui de la L1. Akkari et Coste
(2015) soulignent également que la cohabitation de deux LE ne devrait pas reléguer la L1 à un simple
rôle de « langue de transition » vers une L2 associée à la mobilité sociale. Des données montrent qu’au
moins six années d’enseignement dans la L1 sont nécessaires pour réduire les inégalités d’apprentissage
(Alidou et al., 2006 ; World Bank, 2021b), et des recherches menées en Europe centrale, en Europe
de l’Est et en Afrique pointent même vers un minimum de huit années d’enseignement dans la L1,
particulièrement dans le cas de systèmes éducatifs aux ressources moindres (RMSÉ, 2016). Repousser
cette transition permettrait notamment l’amélioration des résultats scolaires dans toutes les disciplines.
Selon la Banque mondiale (World Bank, 2021), si une L2 doit être introduite au programme dès le
primaire, elle devrait l’être seulement en tant que « langue étrangère » (et non pas en tant que LE).
3.3.1. Modèles d’enseignement plurilingue
Nous l’avons dit, il est difficile de déterminer exactement quels paramètres mettre en place pour une
approche bilingue ou plurilingue : il existe de nombreux modèles. Dans cette section, nous en ferons
sommairement l’aperçu.
De manière générale, on distingue les modèles soustractifs, à l’issue desquels c’est seulement la maitrise
de la L2 qui est visée, des modèles additifs, qui visent la maitrise de la L1 et d’une L2 (Alidou et al.,
2006).
Immersion (L2 visée). Tous les apprentissages se font en L2 tout au long de l’éducation, avec peu ou pas
d’enseignement en L1 (Alidou et al., 2006; World Bank, 2021a). Ce modèle est relativement efficace
dans les milieux disposant de beaucoup de ressources de qualité et d’enseignants très qualifiés, et
généralement peu efficace dans les milieux où les ressources sont moindres (Alidou et al., 2006 ; Walter
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et Benson, 2012).
Transition précoce (L2 visée). L’enseignement se fait en L1 au début du primaire, puis en L2 avant la fin
du primaire et pour toute la suite de l’éducation de base (Alidou et al., 2006 ; World Bank, 2021a). On
observe, surtout dans les milieux disposant de peu de ressources, que cette transition précoce nuit à la
réussite scolaire (Alidou et al., 2006) et peut provoquer une rupture dans le développement langagier
et, incidemment, des retards dans l’acquisition de la littératie en général (Cummins, 2001 ; Lucchini,
2005). Ce genre de transitions hâtives ou précoces est fréquent, notamment en Afrique subsaharienne
(Alidou et al., 2006).
Transition tardive (L2 visée). L’enseignement se fait en L1 pour au moins tout le primaire et se poursuit
en L1 au début du secondaire, puis se fait en L2 pour la suite de l’éducation de base (Banque mondiale,
2021). Ce modèle est un peu plus efficace que la transition précoce (Heugh, 2006), mais pour l’être
encore davantage, la transition doit être précédée d’un enseignement de la L2 comme langue étrangère,
avec toutes les autres disciplines enseignées en L1, comme cela est fait dans les modèles additifs.
Enseignement additif (L1 et L2 visées). Tous les apprentissages se font en L1 tout au long de l’éducation
de base, avec l’ajout – le moment de cette addition varie selon les contextes – de l’enseignement d’une
L2 en tant que langue étrangère (la L2 n’est pas une LE) (Alidou et al., 2006 ; World Bank, 2021a).
Après au moins six à huit ans (et idéalement plus) d’enseignement de la L2, une transition vers la L2
comme unique LE pourrait permettre aux élèves « de bien apprendre une langue supplémentaire et
également de bien réussir dans d’autres matières » (Heugh, 2006, p. 72).
4. Conclusion
Comme le soutient l’UNESCO (2016), dans les contextes multilingues, même si l’enseignement
plurilingue est encouragé, c’est l’enseignement dans la L1 des élèves qui doit être priorisé, et ce, dès le
début de la scolarité et pour le plus longtemps possible. Par ailleurs, le choix d’un modèle d’enseignement,
d’une politique ou d’un régime linguistique, qu’il soit mono- ou plurilingue, doit tenir compte des
enjeux sociaux, politiques et culturels propres à chaque État, mais aussi et surtout de l’équité et de
l’égalité des chances à l’école. Ce choix doit être endogène, réfléchi au niveau de l’État : des politiques
imprécises, mal adaptées au contexte ou ne tenant pas compte des données de la recherche pourraient
avoir l’effet inverse de celui souhaité et creuser les inégalités entre les élèves, comme cela a pu être le cas
en Afrique du Sud (Fawole et Pillay, 2019)Scientific and Cultural Organisation (UNESCO).
Des politiques linguistiques de qualité, prévoyant clairement et précisément les modalités
d’enseignement en L1 et en L2, permettent de promouvoir l’inclusion et l’équité, non seulement à
l’école, mais également sur le marché du travail, et plus largement, dans le développement humain
(Banque mondiale, 2021). Malheureusement, selon la Banque mondiale (Banque mondiale, 2021),
de telles politiques de qualité demeurent aujourd’hui l’exception et non la règle, quoique la recherche
à ce sujet et la production de guides et de méthodes basés sur des données probantes aient gagné en
popularité dans les dernières années.
DOSSIER
Il serait pertinent que la recherche se penche davantage sur les effets des modèles d’enseignement
plurilingue dans des contextes variés, particulièrement dans les milieux où les ressources sont limitées
notamment sur les modèles de transition tardive qui, pour l’instant, semblent prometteurs (Banque
mondiale, 2021), ou encore, les modèles d’enseignement additif et intensif, jusqu’ici peu expérimentés
en contexte « fragile ». Cela est nécessaire pour savoir s’ils permettent de soutenir les apprentissages
des élèves et pour éclairer les prises de décision à cet égard. À titre d’exemple, nous soulignons les
travaux de Schroeder et al. (2021) sur l’enseignement plurilingue en Afrique subsaharienne, qui
offrent un portrait éclairant de la variété de modalités d’enseignement plurilingue mises en place et
mettent en lumière certains modèles ayant fait leurs preuves. De plus, Schroeder et al. (2021) révèlent
que l’enseignement plurilingue, incluant l’usage de la langue maternelle, améliore non seulement
les compétences linguistiques, mais aussi les résultats scolaires généraux et le bienêtre des élèves.
L’étude montre que les élèves scolarisés dans leur L1 dès les premières années obtiennent des résultats
significativement meilleurs en lecture et en mathématiques, comparativement à ceux scolarisés dans
une langue seconde. Ces résultats suggèrent que l’intégration de la L1 dans le système éducatif peut
réduire les inégalités scolaires, en particulier dans les contextes où les ressources sont limitées.
En somme, il semble indispensable que les décideurs politiques intègrent les considérations sur
l’importance de l’enseignement dans la L1 dans la conception des politiques éducatives, en particulier
dans les contextes multilingues et postcoloniaux. Comme le souligne la Banque mondiale (2021), des
politiques linguistiques avérées efficaces sont essentielles non seulement pour promouvoir l’équité et
l’inclusion à l’école, mais aussi pour soutenir le développement humain à long terme. Il est crucial
que ces politiques soient basées sur des données de la recherche et adaptées aux réalités locales, pour
éviter de reproduire des inégalités historiques et pour assurer à chaque élève, quelle que soit son origine
sociale ou culturelle, les mêmes chances de réussite scolaire. Les décideurs doivent prendre des mesures
audacieuses et immédiates pour privilégier l’enseignement dans la L1, tout en développant des modèles
d’éducation plurilingue qui permettent une transition harmonieuse et respectueuse des identités
culturelles des élèves. Le succès de ces initiatives déterminera non seulement l’avenir des systèmes
éducatifs, mais aussi celui des sociétés dans lesquelles elles sont mises en œuvre.
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Bernadette Kervyn
Université de Bordeaux
Le conseil d’administration de l’AiRDF invite les chercheurs en N°69 Pratiques et compétences langagières en contexte
d’enseignement supérieur : évolutions, actualités
didactique du français ou ceux qu’intéressent les probléma-
et perspectives composites
tiques de la didactique du français, qui n’appartiennent pas à
l’une des sections actuelles, à adhérer à l’association. Les nou- N°68 Lire, comprendre, interpréter et apprécier des supports
composites
veaux adhérents pourront cotiser, comme c’est le cas actuel-
lement, soit dans l’une de ces sections, soit au compte inter- N°67 Les concepts dans la recherche en didactique du français
national. Il est important de préciser que si émerge un projet (2020). Les échos du 14e colloque de Lyon
(27-28-29 aout 2019)
de création d’une nouvelle section nationale ou plurinationale,
le conseil d’administration s’engage à l’examiner positivement N°66 Traces des apprentissages des élèves dans
et, le cas échéant, à faire une proposition de modification des les dispositifs didactiques (2019)
statuts et du règlement. N°65 Les savoirs disciplinaires et didactiques dans
la formation à l’enseignement du français (2019)
N°64 La didactique du lexique (2018)
La collection « Recherches en didactique 2022 Questionner l’articulation entre théories et pratiques en didactique
du français
du français » est dirigée par le CA de
2021 L’étude du fonctionnement de la langue dans la discipline français
l’AiRDF et éditée aux Presses Universi- : quelles articulations ?, sous la direction d’Ecaterina Bulea
taires de Namur, en collaboration avec le Bronckart et Claudine Garcia-Debanc
Cedocef (Centre d’études et de documen- 2020 La question de la relation entre les disciplines scolaires : le cas de
tation pour l’enseignement du français) l’enseignement du français, sous la direction
de l’Université de Namur. d’Ana Dias-Chiaruttini et Marlène Lebrun
Cette collection vise entre autres à : 2019 Approches didactiques de la littérature, sous la direction de Nathalie
Denizot, Jean-Louis Dufays et Brigitte Louichon
• offrir un soutien scientifique en langue
française pouvant couvrir l’ensemble des 2018 Contextes institutionnels, réformes et recherches en didactique du
français, sous la direction de Sandrine Aeby Daghé et Marie-Cécile
domaines de la recherche en didactique Guernier
du français à destination de la commu-
2017 L’oral aujourd’hui : perspectives didactiques, sous la direction de Jean-
nauté des chercheurs, des formateurs, des enseignants et des François de Pietro, Carole Fisher et Roxane Gagnon
étudiants en sciences de l’éducation, en sciences du langage et 2016 L’évaluation en classe de français, outil didactique et politique, sous la
dans les institutions de formation des enseignants ; direction d’Érick Falardeau, Joaquim Dolz, Jean-Louis Dumortier et
• privilégier les questions vives de théorisation et de métho- Pascale Lefrançois
dologie à propos de l’enseignement et de l’apprentissage du 2016 Statuts des genres en didactique du français, sous la direction de Glaís
français, en développant une approche restituant la diversité Sales Cordeiro et David Vrydaghs
des démarches de recherche ainsi que leur spécificité et leur 2014 L’enseignement du français à l’heure du plurilinguisme, sous la direction
inscription plus large dans le domaine des sciences humaines de Jean-François de Pietro et Marielle Rispail
et sociales ; 2014 Enseigner le lexique, sous la direction de Claudine Garcia-Debanc,
• contribuer à donner forme, au fur et à mesure des publica- Caroline Masseron et Christophe Ronveaux
tions et selon les cas, à un repérage des objets et des concepts 2012 Les concepts et les méthodes en didactique du français, sous la direction
de Bertrand Daunay, Yves Reuter et Bernard Schneuwly
émergents et à l’ouverture de « chantiers réflexifs » nouveaux.
2011 Didactiques de la lecture, de la maternelle à l’université, sous la
Un volume nouveau parait chaque année. Il est envoyé gratuite- direction de Roland Goigoux et Marie-Christine Pollet
ment aux adhérent.e.s.
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La didactique du français interroge la discipline « français » en tant qu’elle
s’inscrit dans une histoire, dans des niveaux scolaires et dans des contextes
divers, qu’elle résulte de nombreux processus de transposition ou de sco-
larisation, qu’elle est médiée par des outils (au sens vygotskien), ou qu’elle
s’ancre dans un jeu de tensions entre prescriptions et théories de référence,
entre finalités affichées et objets enseignés, entre curriculums et pratiques
observées, entre savoirs enseignés et savoirs appris. Dans cette dynamique
de recherche, la notion de langue de scolarisation (FLSco) est de plus en
plus centrale pour certaines, voire pour toutes les sections nationales de
l’AIRDF, en lien avec des réformes scolaires et avec des enjeux de scolari-
sation, d’inclusion, de réussite des élèves et de formation des enseignants.
Ce dossier n°74 veut rendre compte de ces évolutions, en prolongeant des
discussions fondatrices sur les spécificités et les transversalités de la di-
dactique du français, comme sur le découpage en didactiques des langues
ou sur le regroupement en une didactique de la langue dans tous ses états
ou des langues. Les six contributions réunies ici, venant de Belgique, de
France, du Québec et du Maroc, abordent le FLsco du point de vue de la re-
cherche, de celui du prescrit légal et des contextes, ou encore de celui des
pratiques de classe et de formation.