Polynôme minimal.
.
Soit f un endomorphisme de E.
Définition. Un polynôme minimal de f est un polynôme annulateur
non-nul de degré minimum.
1. Proposition. Un polynôme minimal divise tout polynôme annula-
teur.
•• Démonstration. Soit b un polynôme minimal et a un polynôme an-
nulateur. La division avec reste donne a = qb + r, donc r = a − qb, donc r
est un polynôme annulateur de degré inférieur à celui de b, donc r = 0. ••
.
Par conséquent, il y a un seul polynôme minimal unitaire (de coefficient
dominant 1), appelé le polynôme minimal; il sera noté mf .
.
En particuler,
le polynôme minimal divise le polynôme caractéristique.
.
Rappelons que, comme pour tout polynôme annulateur, chaque valeur
propre de f est racine du polynôme minimal.
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Exemple: soit f diagonalisable, λ1 , ..., λk les valeurs propres de f deux
à deux distinctes. Alors le polynôme r(x) = (x − λ1 )...(x − λk ) annule f et
en fait r(x) est le polynôme minimal de f .
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2. Critère de diagonalisabilité. Un endomorphisme est diagonalis-
able si et seulement si son polynôme minimal est scindé à racines simples.
•• Démonstration. Si f est diagonalisable, f est annulé par un polynôme
q scindé à racines simples; le polynôme minimal divise q et donc est aussi
scindé à racines simples. Réciproquement, si le polynôme minimal est scindé
à racines simples, la Proposition 3.4 s’applique. ••
.
3. Proposition. 1. Les racines du polynôme minimal sont exactement
les valeurs propres.
2. Le polynôme minimal est scindé si et seulement si le polynôme car-
actéristique est scindé.
•• Démonstration. 1. Chaque valeur propre est racine de tout polynôme
annulateur. De l’autre côté, soit α une racine de mf ; vu que mf divise le
polynôme caractéristique, α est une racine de pf , donc une valeur propre.
2. Dans les deux cas, être scindé dans R est équivalent aux fait que
toutes les valeurs propres sont réelles. ••
1
Calcul du polynôme minimal I.
Le fait que mf (x) = a0 + a1 x + ... + al−1 xl−1 + xl est le polynôme
minimal de f signifie que a0 Id + a1 f + ... + al−1 f l−1 + f l = 0 est la relation
linéaire entre les puissances successives Id, f, f 2 , ... de plus petit degré. Donc
on cherche l tel que la famille Id, f, f 2 , ..., f l−1 est libre dans l’espace des
endomorphismes, mais Id, f f 2 , ..., f l−1 , f l est liée, donc f l = −(a0 Id+a1 f +
... + al−1 f l−1 ).
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Exemple: endomorphisme nilpotent. Soit f un endomorphisme
nilpotent; son polynôme caractéristique est pf (x) = (−1)n xn (n =dim(E))
et le polynôme minimal est mf (x) = xk , où k est l’indice de nilpotence de
f.
.
Calcul du polynôme minimal II. Si on connait la factorisation du
polynôme caractéristique pf (x) = (−1)n (x − λ1 )m1 ...(x − λk )mk , on sait que
le polynôme minimal est de la forme mf (x) = (x − λ1 )l1 ...(x − λk )lk avec les
exposants li tels que 1 ≤ li ≤ mi .
[Cela veut dire que mf divise pf et à son tour est divisé par le radical
r(x) = (x − λ1 )...(x − λk ).]
On peut donc esayer tous les candidats q(x) = (x − λ1 )l1 ...(x − λk )lk et
parmi ceux qui annule f chosir celui de degré minimun.
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Utilité du polynôme minimal.
Si un polynôme q(x) = (x − λ1 )l1 ...(x − λk )lk annule f , les sous-espaces
caractéristiques sont donnés par Ci = Ker((f − λi Id)li ). Pour calculer
ces sous-espaces (les projecteurs associés) il est profitable de minimiser les
exposants l1 , ..., lk .
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Exemple. Soit dim E = 3 et pf (x) = −(x − λ)(x − µ)2 . Alors on a deux
possibilités.
a) Soit mf (x) = (x − λ)(x − µ)2 .
Dans la formule de Bezout u(x)(x − λ) + v(x)(x − µ)2 = 1 on calcule
v(x) = α et u(x) = −α(x − 2µ + λ), où α = (λ − µ)−2 .
Donc
Πλ = v(f )(f − µId)2 = α(f − µId)2 et
Πµ = u(f )(f − λId) = −α(f − 2µId + λId)(f − λId).
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b) Soit mf (x) = (x − λ)(x − µ).
Dans la formule de Bezout u(x)(x − λ) + v(x)(x − µ) = 1 on calcule
v(x) = α et u(x) = −α, où α = (λ − µ)−1 .
2
Donc Πλ = v(f )(f − µId) = α(f − µId) et
Πµ = u(f )(f − λId) = −α(f − λId).
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4. Lemme. Soit E la somme des sous-espaces stables par f ,
E = E1 + ... + Ek ; soit fi l’endomorphisme induit dans Ei . Alors pour
le polynôme minimal on a mf = ppcm(mf1 , ..., mfk ).
•• Démonstration. a) Etant donné que le polynôme mf (x) annule f ,
il annule chaque fi et donc mf (x) est multiple de chaque mfi , donc est
multiple du ppcm(mf1 , ..., mfk ).
b) Soit q(x) = ppcm(mf1 , ..., mfk ); évidemment, q(x) annule chaque fi .
Pour v ∈ E on écrit v = v1 + ... + vk , où vi ∈ Ei . Alors q(f )v =
q(f )v1 + ... + q(f )vk = q(f1 )v1 + ... + q(fk )vk = 0, donc q(x) annule f , donc
ppcm(mf1 , ..., mfk ) est multiple de mf (x). ••
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5. Corollaire. Si mf (x) = (x − λ1 )l1 ...(x − λk )lk , alors li est l’indice de
nilpotence de fi −λi Id dans le sous-espace caractéristique Ci . En particulier,
Ci = Ker(f − λi Id)li .
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Polynôme minimal d’un vecteur.
Soit f un endomorphisme de E et v ∈ E.
On dit qu’un polynôme q(x) annule v si q(f )v = 0.
Définition. Un polynôme minimal de v est un polynôme annulateur
de v non-nul de degré minimum.
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6. Proposition. Un polynôme minimal de v divise tout polynôme
annulateur de v.
La démonstration est la même que pour le polynôme minimal de f .
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Par conséquent, il y a un seul polynôme minimal unitaire (de coefficient
dominant 1), appelé le polynôme minimal de v; il sera noté mv (x).
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Sous-espace stable engendré par v.
Soit Ev = V ect(v, f (v), f 2 (v), ..., f k (v), ...).
Evidemment, Ev est stable par f .
6. Lemme. (i) Ef est le plus petit sous-espace stable par f qui contient
v.
(ii) Soit k tel que la famille v, f (v), ..., f k−1 (v) est libre, mais la famille
v, f (v), ..., f k−1 (v), f k (v) est liée. Alors (v, f (v), ..., f k−1 (v)) est une base de
Ev , f k (v) = −(a0 v + a1 f (v) + ... + ak−1 f k−1 (v) et le polynôme minimal de
v est mv (x) = xk + ak−1 xk−1 + ... + a1 x + a0 .
3
(iii) Soit g l’endomorphisme induit par f dans Ev .
Alors mg (x) = mv (x).
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Endomorphisme cyclique, matrice compagnon.
L’endomorphisme f est dit cyclique si il existe un vecteur v tel que
Ev = E (on appelle v vecteur cyclique).
Dans ce cas (v, f (v), ..., f k−1 (v)) est une base de E et la matrice de f dans
cette base est appelée matrice compagnon. Les coefficients −a0 , ..., −ak−1
forment la dernière colonne de cette matrice. Son polynôme minimal est
mf (x) = xk + ak−1 xk−1 + ... + a1 x + a0 et est égal (au signe près) à son
polynôme caractéristique.
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7. Théorème. Le polynôme minimal de f est égal (au signe près) à
son polynôme caractéristique si et seulement si f est cyclique: il existe un
vecteur v tel que la famille v, f (v), f 2 (v), ..., f k−1 (v) est une base de E, où
k = dim E).
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On a aussi un résultat plus fort:
8. Théorème. Pour tout endomorphisme f il existe un vecteur v tel
que mv (x) = mf (x).
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Calcul du polynôme minimal III. Voici une autre méthod pour cal-
culer le polynôme minimal.
On prend un vecteur v ∈ E, on calcule son polynôme minimal mv (x).
Si Ev = E, on a mF (x) = mv (x). Sinon on prend un autre vecteur w qui
n’appartient pas à Ev , on calcule mw (x) et le ppcm(mv , mw ).
Si Ev +Ew = E, on a mf = ppcm(mv , mw ) et on s’arrête; sinon on prend
on vecteur qui n’appprtient pas à Ev + Ew et on continue...
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Voici quelques résultats supplémentaires (sans démonstration).
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9. Théorème. Si deux matrices réelles sont semblables dans C
(A = P −1 BP avec P complèxe), elles sont semblables dans R
(A = Q−1 BQ avec Q réelle).
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10. Théorème. Toute matrice est semblable à sa transposée.