DUMOULIN Sarah
DUMOULIN Sarah
Dr Justin MICHEL
Mai 2017
C’est Van Gogh qui se coupe l’oreille et Beethoven qui devient sourd.
Je tiens à remercier le Professeur José Santini et le Docteur Justin Michel ainsi que l’ensemble
des acteurs de ce DESIU pour leur apprentissage avisé et leur partage passionné de
connaissances. Je leur suis particulièrement reconnaissante d’avoir accepté d’élargir les
frontières de leur formation en cette période géopolitiquement tourmentée.
Merci à Joshua, dont l’ambitieux exemple et les précieux conseils ont renforcé ma motivation.
1. Introduction ............................................................................................................................. 6
2. Embryologie ............................................................................................................................ 7
3. Anatomie chirurgicale............................................................................................................ 9
5. Classification ......................................................................................................................... 19
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[Link]. Reconstruction de l’hélix et du lobule ..................................................... 37
[Link]. Reconstruction de la conque, du tragus, de l’anthélix et de l’antitragus .... 38
7.2. L’oreille congénitale ....................................................................................................... 39
7.3. L’oreille tumorale ........................................................................................................... 47
8. Complications ....................................................................................................................... 49
9. Conclusion ............................................................................................................................. 50
10. Bibliographie....................................................................................................................... 51
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1. Introduction
L’oreille est un organe des sens perfectionné, dont l’anatomie complexe crée à la fois
l’harmonie du visage et son individualité, reflétant selon certains les traits de la personnalité (il
semblerait qu’elle puisse même permettre de détecter les criminels selon Murg).
Le but de ce travail est de soulever les défis chirurgicaux, d’exposer les techniques opératoires
mais aussi de comprendre les démarches thérapeutiques.
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2. Embryologie
L’oreille externe comprend le pavillon et le conduit auditif externe (CAE). Il s’agit d’une
structure composite dérivée des premiers et seconds arcs pharyngiens ainsi que des fentes et
poches associées.
La microtie est une anomalie congénitale caractérisée par un défaut de fusion des bourgeons
auriculaires ainsi que l’absence de transposition du lobule. Elle peut s’associer à des
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syndromes des arcs pharyngiens tels que le syndrome de Treacher Collins ou le syndrome de
Goldenhar.
La première fente pharyngienne se creuse pour former le conduit auditif externe. Cependant,
il est recouvert d’ectoderme dont la portion profonde prolifère et constitue un amas tissulaire
solide, le bouchon méatal, qui ne se recanalisera qu’à la 26ème semaine.
Toute dysplasie du pavillon doit systématiquement faire rechercher une atteinte de la
fonction auditive.
En moyenne l’auricule atteint 85 % de sa hauteur adulte à 6 ans et 90% autour de 9 ans puis croit
très lentement avec l’âge (principalement par croissance lobulaire). Il atteint 95% de sa largeur
définitive endéans l’âge de 6 ans. Par contre sa projection est relativement constante au cours de
la vie. La longueur finale du conduit auditif externe ne sera atteinte qu’à l’âge de 9 ou 10 ans.
La chirurgie auriculaire chez l’enfant pose un dilemme puisqu’elle ne peut se réaliser
qu’après l’âge de la scolarisation ce qui implique parfois un lourd retentissement dans le
développement intellectuel et social.
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3. Anatomie chirurgicale
L'anthélix (du grec ανθέ: « avant » et έλιξ) issu de deux branches supérieures qui délimitent
entre elles une dépression, la fossette naviculaire (ou triangulaire) et s’unissent inférieurement
et concentriquement à l’hélix. Entre l'hélix et l'anthélix existe un sillon curviligne appelé
scapha (ou fossette scaphoïde ou gouttière de l'hélix).
Le lobule (du grec « λοβός »: arrondi) est un repli cutané de forme variable qui ne contient
pas de fibrocartilage, situé inférieurement et prolongeant la circonférence de l’hélix. Sa taille
est très variable mais représente généralement environ le ou le ¼ ou le 1/3 de la hauteur de
l’oreille.
Bien que pouvant sembler accessoire, le lobule est essentiel. Avec l’hélix et l’anthélix ils
constituent la partie la plus visible de l’oreille (en vue frontale). Il est primordial que leur
continuité soit respectée (importance du « contouring »); une perte de substance ou une
asymétrie à ce niveau entraineront une déformation évidente instantanément perçue.
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Le tragus (du grec τράγος: « bouc » en référence à la zone pileuse qui le recouvre parfois
temporairement à la naissance) est un relief triangulaire plat surplombant l'entrée du CAE,
séparé en haut de la racine de l'hélix par le sillon antérieur de l'oreille.
L'antitragus (du grec ανθέ: « avant » et τράγος) est également un relief triangulaire plat
séparé antérieurement de l’antitragus par l'échancrure intertragienne et situé sous et en avant de
l'anthélix.
La conque (du grec κοχύλι ou du latin conchae: « coquillage ») est une concavité délimitée
en avant par le tragus, en arrière par l'anthélix et l'antitragus et est divisée par l’insertion de la
racine de l'hélix en 2 parties: une supérieure, étroite (la « cymba conchae ») et une inférieure,
large (le « cavum conchae »). Elle contient le CAE. Les 2/3 antérieurs de la conque sont
adhérents à la région mastoïdienne alors que son 1/3 postérieur est libre, se projetant à la
rencontre de l'anthélix et formant l’angle céphalo-auriculaire.
Contrairement à l’hélix, l’anthélix, le tragus et l’antitragus, le cartilage de la conque peut
être largement prélevé sans qu’il n’y ait de répercussion esthétique. Il constitue la source
majeure de greffe cartilagineuse pour les pertes de substances modérées.
Anatomie tridimensionnelle
Le pavillon est constitué de saillies variables et d’une concavité au fond de laquelle s’ouvre le
CAE. Selon Tanzer, les différents plans qui constituent la convexité du pavillon s’articulent
entre eux selon des angles d'environ 90 degrés:
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la portion postérieure de la conque s'écarte du plan crânien
selon un angle céphaloconchal de 80 à 90°;
le plan scapho-antihélicéen s'incline ensuite en arrière, à
90° du précédent;
le plan hélicéen, à peu près parallèle au mur de la conque,
forme un angle d'environ 90° avec le plan scapho-
antihélicéen.
Par ailleurs le pavillon est en rapport avec le plan cranio-facial (mastoïdien, temporo-
mandibulaire et parotido-jugal), avec lequel il s’unit antérieurement au niveau du tragus en
externe et au niveau des deux tiers antérieurs de la conque dans la région mastoïdienne et libre
au niveau de sa convexité postérieure. Ainsi il délimite des axes et des angles dans les plans
coronal, frontal et sagittal:
Proportions et symétrie
La taille, la forme et la position de l’auricule varient largement d’un individu à l’autre et au
sein d’un même individu dépendra de son âge, son sexe et son développement corporel global.
En moyenne, elle mesure entre 58-66 mm de grand axe (hauteur) et entre 32-34 mm de largeur.
Plusieurs auteurs se sont appliqués à décrire et mesurer les différentes proportions auriculaires
(par rapport à la ligne canthale externe, la commissure labiale, le plan de Francfort, le
nasion…) afin d’obtenir la morphologie « idéale » mais leur analyse sort du cadre de ce
mémoire.
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Nous retiendrons cependant les travaux de Tolleth en 1978 dont les schémas constituent un
pilier sur lequel des grands noms de la reconstruction se basent toujours actuellement
(notamment Nagata, Park, Reinish ou Wilkes). Ils ont été actuellement complétés notamment
par les travaux de Posnik en 1993 et Firmin en 2001.
Enfin bien qu’il existe une variabilité interindividuelle de morphotypes auriculaires, il est
impératif de toujours le symétriser par rapport à l’oreille controlatérale lors de toute chirurgie
afin de préserver l’harmonie du visage (si toutes les unités esthétiques sont respectées une
différence de hauteur jusqu’à 15% entre les deux pavillons peut ne pas être perçue).
Structure composite
Le pavillon est constitué par un revêtement cutané, un fibrocartilage, des muscles et des
ligaments.
Les pertes de substances larges concernent souvent plusieurs sous-unités dont les
caractéristiques individuelles doivent être respectées pour obtenir un résultat harmonieux.
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La laxité cutanée rétro auriculaire et mastoïdienne est un atout exploité dans les lambeaux
d’avancement (parvenant jusqu’au rebord de l’hélix voire transfixiant jusqu’à la conque).
Le fibrocartilage est mince (1-3 mm), élastique et sinueux; il occupe les deux tiers
supérieurs du pavillon (absent au niveau du lobule).
Le soutien apporté au revêtement cutané par des maquettes cartilagineuses est un élément
majeur conditionnant le résultat esthétique des chirurgies auriculaires.
Les ligaments extrinsèques unissent le pavillon à l'os temporal au pourtour du CAE; les
ligaments intrinsèques relient entre elles les saillies du cartilage
On portera une attention particulière au ligament entre la queue de l'hélix et l'antitragus.
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Vascularisation inconstante
Peu d’études anatomiques ont cartographié la vascularisation de l’auricule mais toutes
s’accordent à attribuer la majorité de la vascularisation du pavillon (face interne et 2/3
postérieurs de la face externe) à l’artère auriculaire postérieure (qui passe dans le sillon rétro-
auriculaire en s’insinuant sous le muscle auriculaire postérieur). Le 1/3 antérieur de la face
externe du pavillon (lobule, tragus et racine de l’hélix) est quant à lui vascularisé par l’artère
temporale superficielle.
Leurs branches sont inconstantes mais les travaux de Park, Pinar et Tilotta retrouvent 3
branches pour l’artère auriculaire postérieure (une pour l’hélix, une pour la conque et pour le
lobule) et deux branches pour l’artère temporale superficielle (une pour la racine de l’hélix et
une pour le tragus). Il semble qu’il existe un riche réseau anastomotique au niveau du 1/3
supérieur de l’auricule et que les rameaux transfixiants de l’artère auriculaire postérieure
traversent au niveau de la conque.
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La réussite des lambeaux locaux au hasard (« island flaps ») repose sur la préservation de
ces pédicules postérieur et antérieur et il importe d’être particulièrement prudent lors de
l’abord du sillon rétro auriculaire (et du muscle auriculaire postérieur), ainsi que le bord
postérieur de l’hélix et la conque. On évitera les décollements postérieurs larges. Bien que
l’apport sanguin provienne du bas, le riche réseau anastomotique explique le succès de
lambeaux locaux au hasard, même à pédicule supérieur.
Zone charnière
Il existe trois réseaux de drainage lymphatique au niveau du pavillon de l’oreille:
un réseau antérieur (drainant le tragus, la partie antérieure de l'hélix, de la fosse naviculaire
et de la conque) vers les ganglions parotidiens préauriculaires
un réseau inférieur, (drainant le lobule, l'antitragus et la partie inférieure de la conque) vers
les ganglions parotidiens inférieurs
un réseau postérieur (drainant la partie postérieure de l'hélix, l’anthélix, la partie
postérieure de la conque, et toute la face interne ou postérieure du pavillon vers les ganglions
mastoïdiens, parotidiens inférieurs, et latéraux profonds du cou
10% des carcinomes épidermoïdes au niveau de l’oreille externe donnent des métastases; il
faudra donc systématiquement rechercher les adénopathies(cliniquement et radiologiquement)
dans les aires de drainage correspondantes
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4. Étiologie des pertes de substance étendues du pavillon
Il s’agit d’une affection congénitale rare (de 0.83 à 17.4 /10 000 naissances selon les auteurs)
touchant surtout les garçons et plus fréquente chez les hispaniques, les asiatiques, en Amérique
centrale et du sud (Andéans); elle est rare en Europe.
Son étiologie demeure à ce jour incertaine (pas de mutation génétique identifiée) bien que
Craig avance l’hypothèse d’une ischémie tissulaire in utéro empêchant la fusion des bourgeons
auriculaires. Plusieurs facteurs favorisants ont été décrits dans la littérature, tels que
l’exposition prénatale à certains toxiques (isotrétinoïne, thalidomide, alcool ou mycophénolate)
ainsi que le diabète maternel ; ils représenteraient 10% des cas.
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Selon Firmin et par ordre de fréquence on retrouve une microtie de manière:
Isolée (42 %): l’atteinte est souvent unilatérale et principalement du côté droit, il n’y a
aucune déformation faciale associée
L’oreille controlatérale sert de référence pour évaluer le défect auriculaire et donc
l’importance de la reconstruction
Associée:
Dans le syndrome otomandibulaire (hémifacial microsomia) (32 %): l’atteinte est souvent
unilatérale et s’associe à une hypoplasie mandibulaire et fréquemment une paralysie faciale
avec une hypotrophie des tissus mous.
La correction chirurgicale de l’asymétrie de mandibule ne s’envisage qu’après le pic de
croissance osseuse ainsi la symétrisation auriculaire peut être rendue moins aisée
Dans des syndromes malformatifs complexes (13 %): malformations craniofaciales, fentes
faciales rares de Tessier, syndrome de Goldenhar…
Il importe de toujours rechercher les malformations associées telles que les anomalies
cardiaques, rénales ou des membres (syndactylie)
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On distingue:
Les tumeurs bénignes: le nodule douloureux (siège sur le rebord de l'hélix), les kystes sébacés
(surtout au niveau du lobule et de la face postérieure), les naevi, les neurofibromes, le tophus
goutteux, les chéloïdes.
Les tumeurs malignes: le carcinome basocellulaire (majoritairement, dont le phénotype
semble être particulièrement agressif au niveau de l’oreille) et le carcinome spinocellulaire.
Les cancers rares incluent les mélanomes, les kératoacanthomes, les adénocarcinomes, les
carcinomes adénoïdes kystiques, les carcinomes à cellules de Merkel, les angiosarcomes, le
sarcome de Kaposi.
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5. Classification
L’OREILLE TRAUMATIQUE
L'OREILLE CONGÉNITALE
En 1926 Hermann Marx décrit la première classification des dysplasies auriculaires qui sera
modifiée quelques années plus tard par Meurmann, Altmann en 1955 puis Tanzer en 1977. Plus
récemment Nagata (1985) et Weerda (1988, modifié par Aguilar) ont développé des
classifications simplifiées et plus pragmatiques sur lesquelles la majorité des chirurgiens se
basent aujourd’hui et qui sont les plus citées dans la littérature.
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Globalement elles opposent les dysplasies simples (où tous les éléments de l’oreille externe
sont présents mais hypoplasiques) aux dysplasies sévères (ou « peanut ear », avec déformation
majeure de l’auricule et absence du conduit auditif externe). L’anotie correspondant à l’absence
complète d’oreille externe.
La classification de Nagata
L'OREILLE TUMORALE
Cfr classification oncologique (TNM, Breslow…)
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6. Outils thérapeutiques
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Plastie en Z et VY
Résection cunéiforme
Surtout pratiquée au niveau du 1/3 moyen de l’hélix et la résection ne peut excéder 1cm au
niveau du rebord de la conque sinon elle entraine des déformations disgracieuses. Les berges
sont approximées en « tongue and groove » et on réalise le moins de points de suture possible
au niveau du cartilage.
Plastie d’Antia-Buch
Consiste à réaliser une incision transcartilagineuse respectant la peau postérieure et à
approximer les 2 extrémités chondrocutanées à l’aide de contre-incisions au niveau du scapha.
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Plastie de rotation et translation (conque)
Plasties lobulaires
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6.1.4. Lambeau local « au hasard »
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Lambeau tunnelisé de Converse
Lambeau préauriculaire
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[Link]. À pédicule supérieur
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Lambeau composite de Rousseau
Le lambeau de fascia temporo-pariétal est largement utilisé dans les pertes de substances larges
de l’oreille en tant que:
lambeau « au hasard »
lambeau pédiculé soit sur l’artère temporale superficielle soit sur l’artère auriculaire
postérieure
lambeau libre (controlatéral)
Il n’est pas toujours disponible (il est souvent atrophique dans le cas de microties
syndromiques, séquelles de brûlures). Les résultats à long terme sont favorables et il ne
s’accompagne que de très peu de morbidité (dont une alopécie).
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Lambeau temporo-pariétal et implant Medpor (Reinisch)
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6.1.7. Expansion cutanée
Elle est envisagée lorsque la qualité de la peau mastoïdienne est favorable mais qu’elle est en
quantité insuffisante. Elle permet distendre le tissu glabre de la région rétro-auriculaire et ainsi
de diminuer les tensions cutanées. Bien qu’efficace et relativement rapide (3 à 6 mois
d’expansion), l’expansion est assez contraignante pour le patient et elle n’est que rarement
proposée en première intention.
L’essentiel est de réaliser une dissection douce afin d’éviter tout traumatisme de la peau et du
greffon prélevé afin d’éviter des distorsions inesthétiques.
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En fonction de l’importance du relief à reconstruire, 3 à 5 segments de cartilage costal sont
prélevés par abord thoracique antérieur: incision légèrement oblique de max 5-7 cm entre les
niveaux T5 à T9, du côté de la malformation (courbures favorables). Il importe de préserver le
périchondre postérieur afin de diminuer le risque de comorbidités (perforation pleurale et
pneumothorax, hématome…) et de permettre une meilleure régénération cartilagineuse afin de
maintenir une morphologie thoracique normale. Ceux-ci seront ensuite sculptés et modélisés
(cfr infra) avec du fil d’acier fin avant d’être enfouis dans une poche rétroauriculaire (de
Maldick).
6.3.1. Épithèses
Il s’agit de prothèses en silicone fixées sur des implants en titane à ancrage osseux, placés sous
anesthésie locale.
Par contre les implants osseux nécessitent un délai d’ostéointégration et ils présentent une
susceptibilité aux infections. De plus les prothèses s’usent et se décolorent avec le temps et
doivent être remplacées tous les 2 à 3 ans. Les auteurs ne préconisent pas son utilisation
temporaire dans l’enfance car elle implique de supprimer les reliquats auriculaires ce qui
pourrait être responsable de cicatrices disgracieuses et de fibrose cicatricielle, compliquant la
reconstruction ultérieure.
Depuis les travaux de Green et Dickens en 1972 (culture du premier cartilage), les avancées sur
la recherche des cellules souches ont permis d’identifier les facteurs permettant la
reconstitution d’une oreille in vitro et chez l’animal. Elle nécessite:
des cellules souches pluripotentes
des facteurs de croissance chondrogéniques (cartilage stem progenitor cells (CSPCs))
une matrice (« scaffold ») (intérêt des imprimantes 3D)
Les résultats sont très prometteurs mais il persiste certaines incertitudes (dont surtout la
résorption du cartilage à long terme) et certains obstacles (coût).
L’analyse détaillée sort du cadre de ce mémoire.
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Extrait de « Auricular cartilage tissu engineering », Jessop
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7. Prise en charge
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Il est indispensable de procéder d’abord à un bilan global du patient traumatisé (dont examen
neurologique, examen des cervicales, bilan auditif…).
Les oreilles traumatisées ont des présentations très hétérogènes et leur prise en charge est
finalement très peu codifiée dans la littérature (largement moins décrite que les microties par
exemple). Face à une oreille traumatisée, il est essentiel de choisir la bonne procédure mais
aussi le bon moment.
Prévention de l’infection
Il est essentiel de procéder au débridement de tous les tissus contaminés, de réaliser des lavages
abondants et de placer le patient sous antibioprophylaxie.
En particulier dans les cas de morsure il faut vérifier la vaccination anti-tétanique de la victime
et la sérologie du responsable (HBV, HCV, HIV) s’il s’agit d’un humain.
Tout signe de chondrite doit immédiatement être traité agressivement (drainage) pour éviter sa
propagation à l’ensemble du cartilage.
Protection du CAE
En particulier dans les cas de brûlures, on veillera à prévenir la sténose du CAE par mise en
place d’un conformateur.
Protection du cartilage
Il est indispensable d’examiner minutieusement l’oreille traumatisée et d’exciser tous les
cartilages déformés.
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1er-2ème degré
PLAIES CUTANEO-CARTILAGINEUSES
simples Sutures directes
avec PDS cutanée Greffe (si conservation du périchondre)
Plastie locale
Lambeau local
3ème degré
AMPUTATION SANS DEFECT
partielle Fragment <15mm: réimplantation immédiate
Fragment > 15mm:
Pédicule vasculaire maintenu: réimplantation immédiate
Pédicule vasculaire dilacéré: réimplantation immédiate avec
sutures vasculaires microchirurgicales ou mise en nourrice et
réimplantation retardée
complète Mise en nourrice du cartilage et réimplantation retardée
4ème degré:
AMPUTATION AVEC DEFECT
(cartilage délabré/manquant)
partielle Sutures directes et reconstruction retardée (cfr microtie)
complète
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La variante de Baudet consiste à dermabraser uniquement la surface
interne du fragment avulsé et de la fenêtrer avant de la couvrir par
un lambeau mastoïdien postérieurement (la peau externe étant
maintenue).
« Keep it simple »!
En pratique, les lambeaux locaux ou loco régionaux et les microsutures chirurgicales sont
rarement réalisables en urgence (difficulté d’identification d’une veine et conditions
défavorables (délabrement cutané péri auriculaire, contamination du cartilage…)) et il est
préférable de recourir à une suture cutanée directe ou un enfouissement du cartilage exposé afin
d’assurer sa nutrition. Vouloir s’attaquer à des grandes reconstructions dans l’immédiat est
risqué et limite les possibilités de réparation secondaire en cas d’échec.
Les microsutures doivent être réalisées aussi vite que possible. Certaines études montrent qu’il
est encore possible de réimplanter un auricule jusqu’à 33h après le traumatisme. Dans le cas où
l’artère proximale du fragment avulsé n’est pas retrouvée, on peut réaliser une greffe veineuse
intermédiaire. Plusieurs études rapportent des réimplantations favorables en l’absence de
microsuture veineuse (la congestion veineuse peut être contrée par hirudothérapie).
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Si la réimplantation n’est pas possible, il faut envisager une reconstruction totale d’auricule (cfr
microtie).
Pour les petites pertes de substances de l’hélix, l’œdème et la fibrose cicatricielle sont souvent
suffisants pour maintenir la continuité du contour malgré l’absence de soutien cartilagineux. On
préconise d’attendre au moins 3 mois pour évaluer la nécessité d’une greffe cartilagineuse
secondaire.
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Les pertes horizontales de l’hélix (1/3 supérieur) ne nécessiteront pas nécessairement de greffe
cartilagineuse, à condition que la racine de l’hélix soit respectée (d’autant plus chez le sujet
âgé). Elles pourront notamment être masquées par les cheveux.
Les pertes verticales de l’hélix (1/3 moyen) sont souvent très inesthétiques et les lambeaux
locaux, même en double épaisseur, ont tendance à se rétracter et sont décevants. Ainsi
l’interposition d’une maquette cartilagineuse est indiquée secondairement.
De nombreux lambeaux cutanés ont été décrits pour reconstruire le lobule de l'oreille (cfr
supra). Tous ont pour inconvénient de se rétracter secondairement. Ainsi la mise en place d’une
armature cartilagineuse permet d’éviter cette rétraction et d’assurer une continuité avec la
convexité de l’hélix; mais il le rigidifie. Il sera généralement prélevé au niveau de la conque
controlatérale et sera parfois apposé en double épaisseur.
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Il est à noter que, contrairement à l’hélix et au lobule, ces différentes sous-unités peuvent être
reconstruites sans nécessairement impliquer une greffe cartilagineuse.
Dans les cas syndromiques il faudra tenir compte de l’ensemble du plan de traitement. La
chirurgie auriculaire doit s’inscrire dans une séquence chirurgicale qui compte un temps de
reconstruction osseuse; ainsi elle ne constitue pas toujours la priorité et sera parfois postposée
afin de minimiser le nombre d’interventions.
Longtemps les résultats de la chirurgie de reconstruction du pavillon déformé ont été décevants.
La chirurgie de la microtie requiert rigueur et connaissance de la part du praticien, et surtout
beaucoup d’expérience. Les impératifs à la réussite chirurgicale sont:
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La création d’un support: les maquettes de cartilage costal autologue constituent
actuellement la référence.
L’exploitation du potentiel cutané et des reliquats auriculaires: au cas par cas,
controversé.
La première trace de chirurgie de la microtie date de 1870 par Syzmanowski. Elle a été ensuite
développée par Converse en 1968, puis Tanzer en 1971 et enfin modifiée par Brent dans les
années 1980, la chirurgie comportait 4 étapes chacune espacée de 3 à 6 mois:
le prélèvement costal et la constitution de la maquette cartilagineuse
la transposition postérieure et/ou inférieure du lobule
la constitution du tragus par une greffe composite prélevée au niveau de la conque de
l’oreille controlatérale
la création du sillon rétro-auriculaire
Nagata:
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Firmin:
Bien que nécessitant une courbe d’apprentissage et une habileté certaine, la modélisation
cartilagineuse est actuellement bien codifiée et constitue l’étape la plus reproductible et la plus
« routinière ».
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Firmin propose 3 types d’incision corrélés aux 3 types cliniques de microtie:
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NB: Firmin exploite la technique de Brent en insistant sur le maintien d’un tissu
vascularisé postérieur (décollement sous cutané prudent et maintien d’un pont cutané) et
propose l’ajout d’une greffe de peau mince sur le greffon cartilagineux.
Nagata:
Firmin:
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alloplastique au niveau du sillon…) mais les résultats à long terme sont globalement assez
similaires.
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Le tragus: Les techniques proposées sont multiples:
interposition d’un cartilage conqual controlatéral
(Brent), lambeau de conque à pédicule antérieur
replié sur lui-même… mais les résultats sont
souvent décevants. Les reliquats auriculaires sont
souvent difficilement exploitable ainsi dans les cas
de microtie lobulaire Firmin propose de
reconstruire le tragus d’emblée dans la maquette
cartilagineuse (d’autant plus si elle est bilatérale).
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Extrait de « Auricular reconstruction », Baluch
P a g e | 46
7.3. L’oreille tumorale
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(*) Un patient âgé pourra tolérer un défect mineur au niveau du pavillon sans reconstruction ou
avec une otoplastie de réduction controlatérale. Le cartilage costal s’ossifie avec l’âge et
certaines affections pulmonaires peuvent rendre le prélèvement plus morbide. Il faut éviter les
lambeaux pédiculés chez les patients vasculaires. L’épithèse est une option à considérer dans
ces cas.
Tumeurs malignes: Il faut toujours s’assurer que les marges de résection sont saines et que
les éventuels bilans d’extension sont négatifs avant d’envisager la reconstruction.
Dans le cas particulier du mélanome malin, l’amputation du pavillon doit souvent être large et
le potentiel de reconstruction limité par la nécessité de la surveillance de récidives locales ou
ganglionnaires (particulièrement fréquentes dans cette localisation).
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8. Complications
Nécrose cutanée
Hématome et déformation en « chou-fleur »
Surinfection
Exposition des fils métalliques/sutures non résorbables
Exposition du cartilage/ du biomatériau
Perte de la projection, distorsion, ptose
Morbidité du site donneur
Névralgies intercostales, pneumothorax, épanchement pleural, déformation thoracique
Alopécie
Cicatrice inesthétique
P a g e | 49
9. Conclusion
La chirurgie de l’oreille est certainement aussi complexe et variée que les sous-unités qui la
composent.
Une anamnèse détaillée (relevant notamment la cause de la perte de substance et les demandes
esthétiques) ainsi qu’un examen minutieux de l’oreille sont les bases d’une prise en charge
adéquate.
P a g e | 50
10. Bibliographie
ADLER N., AD-EL D, AZARIA R. (2008): Reconstruction of nonhelical auricular defects with local flaps.
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ANGHINONI M., BAILLEUL C., MAGRI AS ; (2015) : Auricular reconstruction of congenital microtia: personal
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BALUCH N., NAGATA S., PARK C., WILES G., REINISCH J., KASRAI L., FISCHER D. (2014): Auricular
reconstruction for microtia: A review of available methods. Plast Surg (Oakv);22(1):39-43
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