ÉTUDE CIRCULATION DAN3 LE GOLFE DE GUINÉE
DE LA RÉGION D'ORIGINE DU s~US-COUR~T IVOIRIEN
L. LEMASSON et J.-P. REBERT
Océanographes au Laboratoire d’Oc&anographie de l’O.R.S.T.O.M., B.P.V 18 - Abidjan (Côte d’ivoire)
Au cours d’une campagne d’hydrologie et de courantométrie réalisée par le N.O. CAPRICORNE dans la
partie orientale du Golfe de Guinée en mai 1972 plusieurs aspects de la circula.lion subsuperfkielle ont été étudiés.
Le sous-courant ivoirien côties a été suivi jusque dans sa région d’origine qui a pu être située au fond du Golfe du
Bénin, au voisinage de Lagos. Les rapports entre ce sous-courant et l’upwelling côtier sont discutés. L’hypothèse
qu’il s’agit d’un courant de compensation est étayée par les observations qui indiquent une nette diminution du débit
d’est en ouest dans la région d’upwelling intense, ce qui suggère une transformation progressive du flux ouest en flux
vertical.
On a observé d’autre part l’extension d’un maximum de salinité le long de la côte depuis l’île Principe jusqu’au
Nigéria en direction du nord, puis vers l’ouest où il est entraîné par le sous-courant côtier. Un second maximum
existe au large entre l’équateur et la côte. Il est vraisemblable que le maximum c0tier observé dans la partie orientale
provient de l’Atlantique sud et ne se mélange que partiellement avec le maximum du large qui est d’orrgine équato-
riale et correspond à une branche de retour du sous-courant équatorial,
ABSTRACT
During a cruise achieved by the N.O. CAPRICORNE in the eastern part of the Gulf of Guinea in May 1972,
some aspects of fhe subsuperficial circulation were sfudied. The coastal ivoirian undercurrent has been followed up
to its origin area that has been located in the Bight of Bénin near Lagos. Relationships betmeen this undercurrent
and coastal upwelting are discussed. The hypothesis of a compensation current is enhanced by observations showing
a strong decrease of the westruard transport from east to rvest in the uplvelling area; this may suggest the westward
flow is converted into a vertical flow.
On another hand the spreading of the salinity maximum was observed along the toast, northu~ard from the island
Principe up to Nigeria, then westu~ard under the effect of the coasfal undercurrent. There is a second salinity maximum
offshore between the equator and the toast. It is likely that the coastal salinity maximum which is observed in the
eastern part, is coming from South Atlantic; it is mixed with the offshore salinity maximum which is coming from the
equator area and connected with a branch of the equatorial undercurrent.
Cah. O.R.S.T.O.M., sér. Ockanogr., vol. XI, no 3, 1973: 303-316.
304 L. LEMA~~~N ET J.-P. REBERT
Fig. 1. - Position des stations.
1. INTRODUCTION Golfe de Guinée et dont l’origine a été discutée
par Le FLOCH (1970) et LEMASSON-REBERT (1973).
L’étude des variations saisonniéres de la circulation En ce qui concerne son mécanisme l’hypothèse
dans le Golfe ivoirien (LEMASSON et REBERT, 1973) la plus vraisemblable était que le sous-courant est
faisait apparaître l’existence quasi permanente un courant de compensation dû aux upwellings que
d’un contre-courant subsuperficiel découvert en 1967 l’on observe le long des côtes ivoiriennes (région
(id., 1968) et nommé ((sous-courant ivoirien D par de Tabou-Sassandra) et des côtes ghanéennes
les auteurs. (région de Takoradi-Accra). Il devait donc prendre
Parmi les problèmes que soulevait l’existence son origine à l’est de cette zone, c’est à dire dans
d’un tel courant, se posaient ceux de la situation la région de Lagos dans le fond du Golfe du Bénin
de sa région d’origine et de sa relation avec la où doit se produire un piling-up créé par les vents
circulation générale. Il était intéressant en parti- du secteur SW.
culier de suivre l’évolution du maximum de salinité Deux croisiéres avaient permis jusqu’à présent de
subtropical qui lui est plus ou moins associé au déceler un sous-courant à l’est du Cap des Trois
cours de ces transports. Pointes lors des campagnes Courantologie 8 (CRO,
L’époque du mois de mai a été choisie pour 1968) et Tiburce (CRO, 1969) où un transport sub-
réaliser une telle étude car c’est Q cette saison que superficiel vers l’ouest avait été observé jusqu’à
le système de circulation est le mieux développé Lomé. Le but de la croisière Courantologie 10
et que le sous-courant est le mieux défini. Par réalisée en mai 1972 par le N.O. CAPRICORNE
contre l’étude de l’extension du maximum de a donc été d’étendre les investigations plus à l’est
salinité sera rendue plus délicate car en fin’ de au large des côtes nigériennes jusque dans la baie
saison chaude la couche du maximum de salinité de Biafra. Cette zone a d’ailleurs déjà fait l’objet
se trouve à une profondeur supérieure à celle de la d’un certain nombre d’études de courants côtiers
veine principale du sous-courant et l’entrainement réalisées par LONGHURST (1964) et VINCENT-CUAZ
vers l’ouest le long des côtes de ce maximum sera de (n. d.), observations qui seront reprises dans la
ce fait beaucoup moins net. discussion.
Rappelons rapidement les caractéristiques de ce
sous-courant : coulant vers l’ouest sous le courant de
Guinée, il longe le talus continental à une profondeur II. MaTHODES
moyenne de 50 mètres. Sa vitesse centrale est en
moyenne de 25 cm/s mais il peut atteindre 60 cm/s Une série de neuf radiales perpendiculaires à la
en mai-juin. Il entraîne une branche du maximum côte a été effectuée (fig. 1). Ces radiales ont été
de salinité subtropical que l’on trouve dans le assez régulièrement espacées entre Abidjan et le
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ORIGINE DU SOUS-COURANT IVOIRIEN 305
T f
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Fig. 2. - Vents observés au cours de la campagne.
fond de la baie de Biafra et comportaient chacune zone de forte instabilité se forment des lignes de
un nombre variable de stations, un total de 49 st.a- grains dont la propagation générale se fait d’est en
tions ayant été réalisé. A chaque station des mesures ouest. Les vents rencontrés au cours de la campagne
directes de courant ont été faites entre 0 et 200 (fig. 2) sont donc assez irréguliers dans la partie
mètres. Les courantomètres utilisés étaient des nord et côtière, plusieurs stations de courant réalisées
(<Lerici )> Q enregistrement graphique in situ et des dans cette zone étant assez douteuses par suite de
((Ekman u. Sur le plateau continental les mesures conditions de vents très variables. Plus au sud
étaient réalisées le navire étant au mouillage et les masses d’air de l’alizé du sud ont un mouvement
au-delà du plateau le navire en dérive. Dans ce cas plus uniforme de direction générale sud-nord et
les mesures se référaient à une surface de mouvement de vitesse moyenne 6 à 8 mis. Dans ces conditions il
nul à 500 m, dont le choix se justifie d’apres les est difficile d’estimer la repr&sentativité des mesures
observations antérieures (LEMASSON-REBERT, 1968, réalisées par rapport à la réalité de la circulation
1972, 1973). Chaque série de mesures n’excédait moyenne en cette saison, surtout dans les régions
pas deux heures. côtières où l’on sait par ailleurs qu’elle est extrême-
A chaque station d’autre part un trait de sonde ment variable. La carte des courants de surface
STDO était réalisé de 0 à 500 m, trait qui avait en particulier (fig. 3) ne donnera qu’une représenta-
deux buts : permettre d’obtenir rapidement les tion inst,antanée de la circulation superficielle et
hauteurs dynamiques après calcul sur l’ordinateur on n’en retiendra que les aspects principaux dans
du bord, et déterminer en outre la couche du maxi- la rnesure où ils conc,ordent avec la circulation
mum de salinité. Des prélèvements rapprochés déduite de l’étude d’autres facteurs (circulation
étaient ensuite effectués dans cette couche à l’aide géostrophique ou thermo-haline).
de la Rosette Multisampler et analysés au salino-
mètre afin d’avoir une précision supérieure à celle 1. Circulation superficielle.
de la sonde sur la valeur de la salinité et de pouvoir
ainsi mieux suivre l’extension de ce maximum. Les courants mesurés pour l’ensemble de la
campagne portent en gros vers l’est à I’exception
d’un courant côtier dirigé vers l’ouest dans la
III. RÉSULTATS région c,omprise entre Lagos et Accra (40 E à OO),
courant dont. l’existence sera discutée ultérieurement,.
La campagne qui a eu lieu au mois de mai s’est Le courant de Guinée est donc observé jusque
donc déroulée pour l’ensemble de la région en pleine dans la baie de Biafra au-delà du méridien 70 E.
saison chaude et au début de la saison des pluies. L‘es vitesses les plus élevées (supérieures à 50 cmls)
Du point de vue atmosphérique la base du front sont mesurées dans la partie ouest sur les radiales 1
intertropical est proche de la côte et dans cette et 2 mais dépassent encore 40 cm/s 4 70 E. Au sud-
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306 L. LEMASSON ET J.-P. REBERT
Fig. 3. - Courants de surface.
Fig. 4. - Températures de surface.
ouest du Cap Formose et dans la partie sud de la thermes et surtout des isohalines. En effet les
campagne les courants prennent une direction températures varient peu et sont de l’ordre de
générale nord-est voir nord mais aucun transport 280 a 300 pour toute la zone à l’exception des côtes
ouest n’apparaît nettement au large. Ghanéennes entre le Cap des Trois Pointes et 00
L’examen des figures 4 et 5 représentant les où se produit un upwelling amenant en surface
distributions de la température et de la salinité des eaux froides à température inférieure à 260.
de surface permet de mieux comprendre la circu- Ces eaux viennent buter contre la côte ouest orientée
lation superficielle; le transport vers l’est le long nord-sud du delta du Niger et le courant est dévié
de la côte est en effet souligné par le tracé des iso- vers le sud-est. Les eaux accumulées au fond du
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ORIGINE DU SOUS-COURANT IVOIRIEN 307
Fig. 5. - SalinitBs de surface.
1. I-.- -. _ -,<.-,.,. ~-.-
Odb %SOOdb 0
en cm dyn - 7,
/
Fig. 6. - Hauteurs dynamiques à 0 dtt par rapport a 600 db.
Golfe du Bénin se réc.hauffent ce qui se traduit par du courant. de Guinée jusque vers 70 E et la présence
des températures de surface supérieures à 300. d’un transport vers l’ouest des eaux superficielles
L’upwelling des côtes du Ghana élève également dans la partie sud correspondant normalement au
les salinités de surface à 35,20 O/oorles eaux environ- courant sud-équatorial.
nantes du large ayant une salinité de l’ordre de La carte de la distribution des hauteurs dynami-
34,50 o]oo. La distribution des salinités superficielles ques de surface (fig. 6) établie en prenant une
révèle la présence de deux zones de formation d’eaux surface de référenc,e à 500 db résume normalement
à faible salinité, l’une au fond du Golfe du Bénin cette circulation superficielle. Les différences de
et l’autre, la plus importante, dans le fond de la hauteurs dynamiques sont faibles puisque l’on se
baie de Biafra où la salinité descend au-dessous de trouve dans une région proche de l’équateur. Pour
30 Oloo. Elle met en outre en évidence le transport cette raison d’ailleurs les courants n’ont pas été
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308 L. LEMASSON ET J.-P. REBERT
Profondeur de
la thermocline
en mètres
Fig. 7. - Profondeur de la thermocline.
calculés car les marges d’erreur sont beaucoup 2. Circulation subsuperficielle.
trop importantes. Cependant la circulation qui en
est déduite est cohérente et concorde dans une cer- La circulation subsuperficielle est plus complexe.
taine mesure avec les observations directes. Les figures 8 à 12 représentant les composantes
On observe bien en effet le transport côtier vers zonales du coura .nt des radiales R, à R, dans leur
l’ouest dans la région de Cotonou-Lagos qui est partie côtière permettent de suivre l’évolution du
repris au sud par le courant de Guinée. Par contre sous-courant le long du plateau continental. Devant
l’extension du courant de Guinée vers l’est semble Abidjan (R,) sous le courant de Guinée ( > 60 cm/s)
limitée et il apparaît au sud un important transport il existe un transport vers l’ouest à partir de 40 m
de retour vers l’ouest en contradiction avec les de profondeur, mais situé au-delà du plateau conti-
observations directes. Au sud-est du Cap Formose nental. Ce courant avait été dissocié du sous-courant
la circulation est faible et forme une cellule. Enfin
on note dans la baie de Biafra entre l’île de Principe
et le delta du Niger un transport vers le nord qui
s’infléchit ensuite vers l’ouest le long des côtes.
11est intéressant de comparer ces derniers résultats
à la figure 7 qui représente la topographie de la
thermocline, et qui donne dans cette région des
indications assez valables sur le mouvement de la
couche superficielle par rapport aux eaux plus
profondes. L’upwelling y paraît clairement a l’ouest
du Ghana, la thermocline remontant à moins de
10 m vers la côte et s’enfonçant à 30 m au large
où existe une zone de convergence entre 30 et 40 N.
Le contre-courant côtier n’apparaît pas ; par contre
la cellule de circulation correspond bien à un dôme
d’eau froide dans le sud-ouest du Cap Formose.
Quant à la circulation dans la baie de Biafra elle
semble très faible, la profondeur de la thermocline
étant assez uniforme autour de 20 m.
L’ensemble de ces observations et des contra-
dictions qu’elles comportent confirme que la circu-
lation superficielle est vraisemblablement assez Fig. 8. - Distribution verticale en cm/s de la composante
éloignée de l’état permanent. zonale du courant sur RI en cm/s.
Cah. O.R.S.T.O.M., sér. Oeéanogr., vol. XI, no 3, 1973: 303-316.
ORIGINE DU SOU+COURANT IVOIRIEN 309
Fig. 9. - Distribution verticale en cm/s de la composant.o Fig. 10. - Distribution vert.hale en cm/s de la composante
zonale du courant sur R, en cm/s. zonale du courant sur R, en cm/s.
L!
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Fig. 11. - Distribution verticale en cm/s de la composante Fig. 12. - Distribution verticale en cm/s de la composante
zonale du courant sur Fi4 en cm/s. zonale du coulant sur R, en cm/s.
ivoirien et appelé contre-courant de Guinée (LEMAB- on retrouve à une profondeur voisine de 50 métres
SON-REBERT, 1973). Sur le plateau continental la veine de courant rnaximum du contre-courant
le sous-courant ivoirien est par contre très faible de Guinée ( > 40 cmls). Au large d’Accra (Rs) le
(< 10 cm/s). Le long de la radiale R, (Takoradi), courant, de Guinée dont. la vitesse descend à 30 cm/s
c’est à dire dans la région de l’upwelling ghanéen, est repoussi: vers le large et le sous-courant, est
le courant de Guinée est toujours bien établi ( > 60 observé en surface entre la côte et le rebord du plateau
cm/s) mais le sous-courant est beaucoup plus fort continental; la vitesse maximum dépasse 50 cm/s
( > 40 cm/s) et recouvre la totalité du plateau vers 30 m de profondeur. La couche transportée
continental qui est d’ailleurs t,rès large dans toute vers l’ouest s’étend jusqu’à plus de 100 m de pro-
la zone du Cap des Trois Pointes. Au-delà du plateau fondeur au-del& du plateau. Sur la radiale suivante
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310 L. LEMASSON ET J.-P. REBERT
Fig. 13. - Courants sur la surface CS*= 25,60.
R,, proche de Cotonou, le contre-courant côtier nettement entre les radiales R, et R,, alors que sur
apparaît en surface a partir des fonds de 30 m R, à cette profondeur le courant a une direction
jusqu’à l’extérieur du plateau avec une veine de inverse c’est à dire vers l’est. Au sud de 30 N et a
vitesse maximum subsuperflcielle (vers 10 m) où l’ouest de 60 E les courants sont nettement orientés
les vitesses sont supérieures à 50 cm/s. Mais I’épais- vers l’ouest et correspondent au contre-courant de
seur de la couche d’eau soumise au transport ouest Guinée. Enfin dans la baie de Biafra les directions
n’excède pas 70 m. Enfin sur la dernière série d’obser- sont plus variables et les vitesses plus faibles mais
vations devant Lagos (R,) le contre-courant est on note entre les îles de Principe et Fernando-Po
encore plus réduit; redevenu subsuperficiel son un transport non négligeable vers le nord, c’est à
épaisseur ne dépasse pas 20 m et les vitesses sont dire dans la zone de passage du maximum de salinité
inférieures à 20 cm/s. Il semble donc que l’on se en provenance du sud.
trouve bien dans la région d’origine de ce contre- La topographie dynamique de la surface 50 db
courant. par rapport à 500 db (fig. 14) donne un aperçu de
Plus au large sur cette radiale le courant de la circulation géostrophique a un niveau voisin du
Guinée a une épaisseur très variable mais limitée précédent. Il met également en évidence le contre-
à 20 m dans la partie sud. Un gros transport vers courant côtier et l’important transport ouest au
l’ouest apparaît au sud de 30 N au-dessous de cette sud de 30 N. Dans la baie de Biafra apparaît un
profondeur, les vitesses dépassant 40 cm/s. Les transport côtier vers l’ouest le long du delta du
radiales suivantes R, et R, mettent en évidence Niger, avec une arrivée d’eau au sud de Fernando-Po,
un transport vers l’ouest au-del8 du plateau conti- mais la circulation affecte la forme d’une cellule
nental. Mais les vitesses relevées sont plus faibles, ce qui apparaît peu sur la carte des courants.
de l’ordre de 20 cm/s. Une importante composante Une indication sur la circulation dans les couches
vers le sud apparaît dans la partie sud de la radiale plus profondes peut également être fournie par la
R,. Ces transports sont en relation avec la distri- topographie de la deuxième thermocline. En effet
bution du maximum de salinité dont l’extension et DEFANT (1936) qui le premier a observé cette seconde
l’origine seront discutées par la suite. thermocline dans l’Atlantique tropical, où il la
La carte des courants observés sur la surface considérait comme formant la limite entre la tro-
ot = 25,6 (fig. 13) donne une idée plus exacte de posphère et la strastosphère, avait déduit de ses
la circulation isentropique. Cette surface a été observations l’existence du contre-courant de Guinée
choisie car elle correspond à peu près à la couche qu’il considérait comme un courant de compensation
du maximum de salinité. Située à une profondeur dirigé vers l’ouest; l’existence de ce contre-courant
voisine de 55 m pour l’ensemble de la campa.gne, a été confirmée par la suite par les observations
elle se trouve donc nettement sous la thermocline. directes.
Sur cette carte le sous-courant côtier apparaît En fait cette seconde thermocline a des caracté-
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ORIGINE DU SOUS-COURANT IVOIRIEN 311
Topographie
~-.
-
dynamique
50db ‘/. 500db en cm dyn
Fig. 14. - Topographie dynamique à 50 db par rapport à 500 db.
Fig. 15. - Profondeur de la deuxième thermocline.
ristiques
ristiques très variables d’une station B l’autre et ces variations correspondraient à une série de
n’est réellement bien définie que dans la partie cellules de circulation qui forment un ensemble
sud-est de la campagne. Les gradients de température relativement complexe dans le Golfe du Bénin,
sont beaucoup plus faibles que dans la thermocline avec. un transport global dirigé vers l’ouest entre
supérieure et sont de l’ordre de 0,02o/m. Mais ils 20 N et 40 N.
atteignent exceptionnellement 0,25 O/m sur une
dizaine de metres dans la région de Principe. La IV. DISCUSSION
profondeur de cette deuxiéme thermocline varie de
moins de 200 m dans la partie sud (20 N) à plus de Les résultats obtenus confirment l’existence du
260 m dans le Golfe du Bénin. Dans le cas présent sous-courant côtier jusqu’à la région de Lagos.
Cah. O.R.S.T.O.M., ~9. Océanogr., 001. XT, no 3, 1973: 303-316.
312 L. LEMASSON ET J.-P. HEBERT
3’W 00 3-E
Fig. 16. - Distribution longitudinale de la composante zonale.
Plus à l’est il existe également un transport d’est Ces renverses de courant à Lagos semblent donc
en ouest au sud du delta du Niger, mais il est se produire le plus souvent au début de la saison des
vraisemblablement distinct du sous-courant et relève pluies (mai-juin) et a la fin de cette saison, la plus
sans doute du système équatorial, bien que l’absence forte stabilité étant observée en août-septembre
de mesures le long du plateau continental nigérian avec un taux de renverse inférieur à 10 %.
ne nous ait pas permis de vérifier cette hypothèse. VINCENT-CUAZ (n. d.) grâce à des lâchers de
Le fait le plus frappant est l’apparition en surface bouteilles dans les Baies de Biafra et du Bénin
de ce sous-courant entre Accra et Lagos. Sans avait observé un transport vers le nord-ouest à
écarter l’hypothèse d’un courant de compensation l’ouest du delta; cet auteur souligne également des
dû à l’upwelling il y a peut-être là addition d’un renverses du courant côtier qui peuvent intéresser
autre phénomène. 11 est vraisemblable en effet 0 toute la côte dahoméenne jusqu’au Ghana )).
qu’il y ait accumulation d’eau sur la partie ouest Lors de la croisière présente le courant ouest
du delta du Niger, accumulation créée par le courant est observé en surface entre Cotonou et Accra dans
de Guinée et l’apport des fleuves côtiers ainsi que une zone côtiére étroite n’excédant pas 25 milles
le suggèrent les cartes de distribution des paramètres dans sa plus grande largeur et dans une couche de
de surface. Dans ces conditions il faudrait qu’on 50 mètres d’épaisseur environ. Le maximum de
observe un courant vers l’ouest en surface lorsque vitesse est toujours subsuperficiel. Cette couche
les vents qui entretiennent le courant de Guinée s’enfonce en direction de l’ouest en coin sous le
diminuent d’intensité. courant de Guinée tandis que les vitesses de la veine
Un tel phénomène peut effectivement se produire centrale du courant diminuent d’intensité. Supé-
dans la région de Cotonou-Lagos. LONGHURST rieures à 50 cm/s devant Cotonou, elles deviennent
(1964) dans son étude sur l’océanographie côtière inférieures à 30 cm/s devant la Côte d’ivoire. La
du Nigeria occidental remarqua que bien que cette figure 16 schématise la distribution des vitesses
zone du Golfe du Bénin soit soumise habituellement zonales le long du plateau continental. Elle est
à l’upwelling relevant du courant de Guinée, on construite à partir des stations où ont été observées
peut observer parfois une renverse du courant qui les vitesses maximum dans le contre-courant.
provient alors de l’est. Mais il n’a pu établir aucune Entre Accra et Takoradi le contre-courant devient
corrélation avec le régime des vents locaux. Ce sub-superficiel. 11 est certain que son mécanisme
courant est d’ailleurs connu par les pêcheurs sous relève alors de causes différentes de celles dues a
le nom de <(Forcados current)). Les pourcentages de l’accumulation; la distribution des densités est
renverses observées mensuellement d’après le Nigéria d’ailleurs tout à fait différente de la distribution
Ports Authority à Lagos (1949-1954) sont : des courants (fig. 16) et les eaux de surface ne
peuvent s’enfoncer sous le courant de Guinée.
Jan+. Fév. Mars Avril Mai Juin Juillet Il est plus vraisemblable que, comme on se trouve
22 17 17 18 40 33 13
ici dans une zone d’upwelling, ce sous-courant
Août Sept. oct. Nov. Déc. soit lié à ce phénomène sous la forme d’un (( courant
6 9 27 30 18 de compensation )). Rappelons brièvement la fonction
Cah. O.R.S.T.O.M., sb. Ocianogr., vol. XI, no 3, 1973: 303-316.
ORIGINE DU SOUS-COURANT IVOIRIEN 313
de ce courant : l’existence de deux upwellings
côtiers, le premier intense le long des côtes du
Ghana entre Accra et le Cap des Trois-Pointes,
le second moins important dans l’ouest de la Côte
d’ivoire entre Abidjan et le Cap des Palmes entraîne
de fortes remontées d’eaux en surface entraînées
au large et vers l’est. Cette eau est remplacée par
un afflux d’eau profonde venant du large - suivant
le schéma classique - et par un courant de compen-
sation côtier longitudinal dont le mécanisme est
encore assez mal expliqué.
Il est intéressant de noter que dans le cas présent
une telle hypothèse est en assez bon accord avec.
la réalité du phénomène. On remarque en effet
une diminution du débit du sous-courant sur le
plateau continental d’est en ouest, le débit maximum courant. On peut néanmoins par un calcul très
étant observé en aval de la zone d’upwelling et se rapide vérifier qu’elle n’aboutit pas à des résultats
réduisant a mesure qu’on remonte vers l’amont du invraisemblable>.
phénomène ce qui peut donc suggérer une transfor- Si l’on considère en effet le déficit en transport
mation progressive du flux ouest en flux vertical. par mille entre les radiales R, et R, soit 10.000m3/s
Devant Lagos le débit total sur le plateau continen- et en supposant qu’il est entiérement transformé
tal est très faible (inférieur à 20.000 m3,%). Il en flux vertical entre ces deux sections - ce qui
augmente devant Cotonou et atteint son maximum revient en fait a supposer le mouvement permanent
vers Accra avec 820.000 m3/s. Il décroit ensuite et appliquer l’équation de continuité à une maille
jusqu’à 51.000 m3/s devant la Côte d’ivoire. d’un mille de large et 120 milles de long en négligeant,
La figure 17 illustre ces variations ainsi que le les gradients transversaux de vitesse --- on aboutit
débit par mille de largeur, en ne tenant compte à une vitesse verticale moyenne dans cette zone
que des débits sur le plateau continental. Les valeurs de 2 metres par jour, chiffre raisonnable et couram-
de ces débits sont représentées dans le t,ableau 1 ment observé dans cette région. Ides 2 métres/jour
représenteraient donc la contribution du sous-courant
TABLE:AUC a l’upwelling, indépendament des flux transversaux
DtiBITS qui s’y ajoutent.
Total Par mille
Radiale mals. ms/s. V. MAXIMUM DE SAL,INITÉ
RI L’un des problémes qu’une telle étude de circula-
de la côte & 5000.. . . . 51.000 5.100 tion peut contribuer à éclaircir est l’origine et
de la côte A 4050.. . . . . 312.500 13.600
-- ---__. --.. ~. ._.... -- l’extension du maximum de salinité intermédiaire
dans le Golfe de Guinée. Cette question a déja été
R*
de la côte à 4025.. . . 491.000 18.000 étudiée en partie par WILLIAMS (1966), LE ~?LOCH
de la côte à 4000.. .. 1.636.000 3 1.ooo (1970) et LEMASSOX-REBERT (1973). II existe en
(de 0 & 130 m) effet plusieurs zones de forrnation d’eaux superfi-
. .- - .~_ -
cielles a forte salinité qui peuvent Etre à l’origine
du ou des maximums observes dans le Golfe de
~~côte?5012.. ... j _ 820.000 26.000 _
Guinée, en particulier toute la région subtropicale
de l’hémisphère sud puisque l’extension de ces eaux
RI
delacôtcà5045...... 386.000 16.000 a lieu du sud au nord le long,des côtes du Congo.
-~. .-_ Il y a egalement deux ongmes équatoriales de
R5 20.000 1 .ooo part et d’autre de l’équateur, le transport de ces
eaux vers l’est étant assuré par le sous-courant
équatorial. Les cartes de distribution horizontale
Il est à noter que vu la dimension réduite de du maximum de salinité (fig. 18) et de la salinité
l’upwelling (limité à la zone Cap des Trois Pointes- sur l’isopycne ot = 25,6 (fig. 19) indiquent la
Accra) et l’espacement des radiales il est difficile répartition de ce maximum dans les Baies de Biafra
d’estimer la valeur de l’interprétation qui vient et du Bénin au cours de cette campagne. Ce maximum
d’être faite des rapports de l’upwelling et du sous- subit de fortes variations dans la zone étudiée
Cah. O.R.S.T.O.M., sér. Ockanogr., vol. ,YI, no 3, 1973: 303-316.
314 L. LEMASSON ET J.;P. REBERT
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Maximum de i
Salrmté
Salrmté 1
Fig. 18. - Distribution hcnizontale du maximum dc salinitk suivant la longitude.
Fig. 19. - Distribution de la salinité SUTla surface <ut= 25,60.
puisque les valeurs relevées s’étendent de 35,70 Oloo courant géostrophique vers l’ouest au large du
à 36,lO o/oo. On observe l’extension d’un maximum delta du Niger à 50 mètres vers 40 N, c’est à dire
longeant la côte depuis la région de l’île Principe au niveau du maximum de salinité; le calcul des
jusqu’au Nigéria en direction du nord puis vers le débits avait permis à ces auteurs d’estimer un flux
nord-ouest et l’ouest où le maximum est alors ouest entre 40 N et la côte dahoméenne, flux dont
entraîné par le contre-courant côtier. la vitesse était voisine de 30 cm/s, ce qui correspond
L’accord entre les courants observés sur la surface également à ce qui a été‘ observé au cours de la
at = 25,6 (fig. 13) et la circulation qu’on peut campagne par des mesures directes.
déduire de la distribution des langues de salinité Une seconde branche du maximum de salinité
sur la même surface est relativement bon. BERRIT apparaît dans la partie sud de la région prospectée
et DONGUY (1964) avaient également trouvé un vers le méridien de Lagos, branche dont la propa-
Cah. O.R.S.T.O.M., s&. Océanogr., vol. XI, no 3, 1973: 303-316.
ORIGINE DU SOUS-COURANT IVOIRIEN 315
gation doit avoir lieu vers l’ouest d’après les mesures.
L’examen des cartes de distribution ne permet OMBANGO
pas de conclure si l’origine de c,e maximum est CrJLO”0” loges Compognr,O OC,.-t+a”.195!
identique à celle du maximum côtier. Mais le dia- 7-
gramme TS établi au niveau du maximum de salinité
(fig. 20) permet de mieux les différencier; il met
Fig. 20. - Diagramme TS au niveau du maximum
de salinité.
en effet en évidence deux groupes de stations bien
distinctes. Le premier groupe correspond A des
stations réalisées dans la zone côtière avec des
salinités assez faibles (inférieures à 35,88 o/00) des S:E IP’E
températures basses (180 à 150) et un ot voisin de 25,6. Fig. 21. - Distribution horizontale du maximum
EIIes relèveraient donc de la branche observée de salinité $ OM 10.
entre les îles Principe et Fernando-Po, dont la
saIinité au cours de son extension vers l’ouest
le long des côtes va en diminuant pour atteindre OMBANGO
son minimum dans la région d’upwelling. Compagne-l, F;“..MaPSm
Le second groupe de stations comprend des
stations du large voisines de 30 N au sud du Golfe
du Bénin, région où on relève de très fortes salinités
( > 36,05 Oloo) mais dont, la température est pIus
élevée (210 à 220), la densité des eaux étant plus
faible et voisine de 28,2. Cie rnaximum se situe
donc à un niveau supérieur à celui du maximum
côtier et sa forme le distingue aussi nettement
du précédent. Son épaisseur est en effet limitée à
quelques dizaines de mètres où il forme un pic
aigu alors que le précédent est beaucoup plus plat.
Il est donc vraisemblable que le maximum côtier
observé dans la Part>ie orientale provient du Sud-
Atlantique et que le maximum observé au large
est d’origine équatoriale, et correspond à une branche
de retour du sous-courant équatorial. Leurs densités
étant différentes, leur circulation respective ne se fait
pas au même niveau et les eaux d’origine sud ne
se mélangent que partiellement avec les eaux du
sous-courant équatorial au cours de leur extension
vers le nord dans la baie de Biafra.
L’hypothèse de cette double alimentation du Fig. 22. - Distribution horizontale du maximum
maximum de salinité (LE FLOCH, 1970) se justifie de salinité à OM 11.
Cah. O.R.S.T.O.M., sér. Océanogr., vol. XI, no 3, 1973: 303-315.
316 L. LEMASSON ET J.-P. REBERT
OMBANGO 10 en oct.-nov. 1959 (BERRIT et DONGUY,
1964)
OMBANGO 11 en fév.-mars 1960 (BERRIT, 1962)
Albacore 7103 en juin 1971 (ANON, 1971).
Dans ces trois cas on observe une langue de .
salinité qui provient du sud en longeant la côte
Gabonaise, et qui rencontre à proximité de l’équateur
le maximum de salinité entraîné par le sous-courant
équatorial dont l’extension est plus ou moins forte
suivant la saison : en novembre (OM. 10) on l’observe
jusqu’a la côte Gabonaise, alors qu’en juin elle ne
dépasse pas l’île de Sao Tomé. Les salinités de ces
deux maximums sont elles-mêmes variables : de
35,90 ‘JlO,, en mars et octobre (OM. 10 et 11) à
36, 10 oloOen juin (Albacore 3). Ces deux maximums
se mélangent à leur intersection dans des proportions
que l’étude de la salinité seule ne permet pas de
définir; une branche de ces maximums se répand
alors dans les baies de Biafra et du Bénin en progres-
Fig. 23. - Distribution horizontale du maximum sant vers le nord-ouest à partir de la région comprise
de salinité à CAP 7103. entre la côte et l’île de Sao-Tomé. Le maximum
de salinité observé au fond du Golfe de Guinée
est donc composé principalement d’un maximum
de plus a l’examen des distributions des maximums de d’origine Sud-Atlantique mélangé dans des propor-
salinité établis à partir des croisières effectuées dans tions variables suivant les saisons avec le maximum
cette région a différentes époques (fig. 21, 22, 23) : du sous-courant équatorial.
Manuscrit regu au S&D., le 26 fkvrier 1973.
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