ECOLE SUPERIEURE DE LA
JEUNESSE
COURS DE MECANIQUE DES
ROCHES
Master1_MSGT
GÉNÉRALITÉS-INTRODUCTION
La mécanique des roches est une discipline qui utilise les principes de la mécanique
pour décrire le comportement des roches. L’échelle est de l’ordre de quelques mètres à
quelques milliers de mètres. Par conséquent, la roche considérée en mécanique des roches est
en fait le massif rocheux qui comprend la matrice rocheuse et les discontinuités.
Ce sont d’une part les propriétés de la matrice rocheuse (nature, disposition, forme et
dimensions des grains, ampleur et qualité de la cimentation), et d’autre part la géométrie et les
propriétés des zones fissurées qui expliquent le comportement mécanique des roches, et
notamment leurs déformations sous l’effet des sollicitations subies. La modélisation du
comportement d’un massif rocheux fissuré nécessite la prise en compte de deux éléments : -
le comportement de la matrice assimilable à un milieu homogène isotrope ou anisotrope ;
- le comportement des interfaces constituées par les réseaux de fissures au sein du massif ; ce
comportement dépend des caractéristiques physiques et mécaniques de l’interface et
éventuellement du matériau de remplissage.
La mécanique des roches constitue avec la mécanique des sols et la géologie appliquée, la
géotechnique ou le génie géotechnique.
Dans le langage géotechnique on entend par roche une formation géologique dure, c'est à dire
dont les particules qui la composent sont très fortement soudées et présentent, de ce fait, des
caractéristiques mécaniques élevées. La résistance à la compression simple est supérieure à
quelques MPa. La roche à l’échelle d’ingénierie est Discontinue, Hétérogène, Anisotrope, et
Non linéairement Elastique en raison de la présence de discontinuités. En géologie, la roche
est un matériau de l’écorce terrestre quel que soit son état, solide et consolidé (granite sain),
solide mais meuble (sable). Les roches et les massifs rocheux sont souvent pour le
constructeur des assises de choix pour la fondation des ouvrages. Les sols, que l'on retrouve
au-dessus du substrat rocheux, sont des formations meubles constituées de particules
organiques et minérales ayant une faible résistance de liaison et dont les caractéristiques
mécaniques sont, par conséquent, plus faibles voir médiocres dans certains cas. Un sable sec
et propre ne possède pas de cohésion, une argile ou un sable argileux possède une cohésion
faible qui peut être détruite par agitation dans l’eau. Sans être pour autant inadéquats pour
l'implantation des ouvrages, les sols posent quelquefois des problèmes de fondations
(tassement, rupture par cisaillement). La limite entre roche et sol peut aussi être définie
conventionnellement par un seuil de résistance en compression uniaxiale : les roches se
situeraient au-dessus de 1 MPa environ, les sols en dessous.
Les principaux ouvrages et travaux de génie civil au rocher sont les fondations (de barrages,
de grands viaducs, de centrales nucléaires), la stabilisation des talus et des falaises naturelles,
les terrassements de surface (tranchées routières, carrières et mines à ciel ouvert), les travaux
souterrains (tunnels, stockages d’hydrocarbures). Pour les ouvrages souterrains profonds,
seule la stabilité locale est à considérer, mais pour ceux qui sont proches de la surface, la
déformation et la rupture éventuelle de cette surface prend de l’importance. Pour les
fondations au rocher, comme pour les fondations sur les sols, il convient de vérifier les
critères de capacité portante, de tassement et de stabilité d’ensemble. La détermination de la
capacité portante et des tassements nécessite l’évaluation des caractéristiques de résistance et
de déformabilité à l’échelle du massif rocheux. Dans le cas des versants rocheux, la stabilité
d’ensemble dépend surtout de la présence et du comportement des surfaces de discontinuité
étendues qui délimitent des blocs rocheux susceptibles de glisser ou de basculer, tout
particulièrement au voisinage des surfaces libres.
CHAPITRE I : RAPPEL SUR LA NOTION DE CONTRAINTE ET LOIS DE
COMPORTEMENT DES ROCHES
I – Rappels de Mécanique
1 – Notion de force
En physique, la force est une grandeur vectorielle noté F qui se caractérise par son
intensité, sa direction, son sens et son point d’application. On distingue deux principaux
types de forces :
Les forces concentrées qui agissent sur un point isolé : c’est l’exemple des forces de traction
centrées au crochet d’un attelage.
Les forces Réparties s’exercent sur une surface ou sur un volume.
En géologie, on utilisera pratiquement les Forces Réparties car, ce sont elles que l’on
rencontre fréquemment. Il est important de définir le vecteur densité de force (f) qui sera vu
dans les applications des forces de surfaces et des forces de volumes.
a - Les forces de surface
Sur la Terre, tous les corps matériels sont soumis de façon plus ou moins constante à
des forces de surface ou à des forces de volume. Mais les forces de surface sont celles qui
s’appliqueront sur un élément de surface relativement petit (∂s) défini par le vecteur ∂F = fs.
∂S. On en déduit le vecteur densité de forces de surface fs = ∂F / ∂S exprimée en (N/m2).
Les forces de surface sont essentiellement des forces de pression.
b – Les forces de volume
Elles émanent des corps qui ont un certain volume. On peut définir le vecteur densité de force
de volume (fv) par ∂F = fv. ∂V. On en déduit fv = ∂F /∂V exprimée en (N/m3)
Les forces centrifuges (le poids et la poussée d’Archimède) sont un exemple de force de
volume.
2 – Notion de forces intérieures et de forces extérieures
En géologie on pourra toujours distinguer 2 types de forces qui agissent sur un corps :
- les Forces Intérieures qui peuvent être définies comme la force d’une partie du corps
agissant sur une autre partie du corps.
- les Forces Extérieures sont celles qui provoquent une action sur le corps.
3 – Notion de pression
Dans l’écorce terrestre, on distingue 2 grands types de pressions :
- les pressions lithostatiques (charge géostatique) : ce sont des pressions uniaxiales liées
essentiellement aux forces de gravité. En milieu fluide elles sont isotropes et équivalent aux
pressions hydrostatiques. (Isotrope = sans orientation préférentielle, donc orienté dans tous les
sens). En géologie on utilisera toutes les pressions c’est-à-dire la pression lithostatique pour
les milieux ayant un comportement de solide et pression hydrostatique pour les milieux ayant
un comportement de fluide. L’action des forces lithostatiques est constante et statique. Cette
action conduit toujours à des variations de volume sans qu’il n’y ait variation de forme.
En pratique, un bloc continental de densité 2,7, de section unité et d’épaisseur E= 70 km,
présente une partie basale e = 57 km immergée dans le manteau de densité 3,3 afin que
Fp = Fa.
On dira que le bloc continental est en équilibre hydrostatique sur le manteau.
Fp= E x d x g Fa= e x d’ x g
Fp=Fa
E x d x g=e x d’ x g E x 2,7 = e x 3,3
(e + h) 2,7= e x 3,3 2,7 e + 2,7 h = 3,3 e
2,7 h = 3,3 e - 2,7 e 2,7 h = 0,6 e h= (0,6/2,7) e
h= 0,22e E= h + e E = 0,22e + e
E= 1,22 e e = E/1,22 e= 70/1,22 e = 57,38 km
h = 12,62 km
- les pressions orientées sont liées à des forces dynamiques et sont essentiellement
anisotropes (anisotropes = avec orientation préférentielle, c’est-à-dire plusieurs éléments
orientés suivant une même direction). Elles ont généralement une position quelconque par
rapport à la surface sur laquelle elles s’exercent, si bien que chacune d’entre elles peut être
décomposée en une composante normale et une composante tangentielle.
Dans le cas des forces orientées il sera toujours fondamental de distinguer la composante
normale et la composante tangentielle. La Composante Normale (FN) s’ajoute à la pression
lithostatique et interviendra comme force de tension. Par contre la Composante Tangentielle
(FT) agira comme force de cisaillement.
FN
F
FT
S
4 – Deux principes de mécaniques
a – Le Principe de la statique
Pour qu’un corps reste au repos, il faut et il suffit que les forces extérieures agissant sur ce
corps, forment un système nul.
b – Le Principe de l’action et de la réaction
Soient un corps A et un corps B accolés.
Pour que ces corps restent à l’équilibre, il faut et il suffit que la force exercée par A sur B (F+)
soit égale et opposée à celle s’exercée par B sur A (F-).
Remarque : Ce principe est autant valable pour les forces intérieures que pour les forces
extérieures.
F- F+
A B
II – La déformation des roches naturelles
Les Roches et les ensembles rocheux présentent souvent des marques évidentes de
déformation quel que soit l’échelle considérée. Depuis longtemps, les géologues en ont suivi
l’intérêt et ont consacré une étude particulière à son étude : la Tectonique. Cependant, les
phénomènes géodynamiques obéissent aux lois physiques que nous devons connaître. Les
mécanismes élémentaires et la notion de contrainte constituent des notions de base nécessaires
pour aborder l’étude de la déformation des roches.
1 – Les mécanismes élémentaires
D’une façon générale, la transformation mécanique apparaît comme un déplacement de
matières, c’est-à-dire un changement de la position spatiale des particules constituants le
corps. Deux types de Déplacement sont à retenir : la Translation et la Rotation.
La déformation d’un corps matériel peut se produire sans que les relations entre les particules
de ce corps ne changent : c’est la Déformation Rigide.
Lorsque les relations entre les particules changent, on a une Déformation interne. Le
déplacement d’un corps est repéré dans l’espace à l’aide d’un trièdre rectangle (O, X, Y, Z).
a – La déformation rigide
● Les relations mutuelles entre les particules d’un corps demeurent inchangées après
la déformation. Exemple : Un cube se transforme en cube et une sphère se transforme en
sphère.
● Dans le cas de la Déformation Rigide on aura soit de la Translation soit de la
Rotation.
* La Déformation par translation
Dans le cas de la translation chaque particule subit le même déplacement dans la
direction : c’est le cas des failles.
* La Déformation par Rotation
Dans le cas de la rotation, l’ensemble des particules d’un corps tournent autour d’un
centre ou d’un axe quelconque : c’est comme la rotation d’un morceau de bois dans l’eau ; ou
des cristaux de pyrite dans les schistes.
b – La Déformation interne
Les relations mutuelles entre les particules vont être changées. La déformation se fera
donc à l’intérieur du corps.
* La Déformation pure ou Cisaillement pur (« pure shear ») ou aplatissement
Dans le cas d’une déformation pure, on a un aplatissement du matériau
Un cube devient un Parallélépipède rectangle et la sphère devient un ellipsoïde. Le cercle
devient une ellipse. Un angle droit reste un angle droit. La conservation des angles fait que
l’on parle de transformation non rotationnelle.
La déformation en cisaillement pur est dite coaxiale : les axes de la déformation
incrémentale restent parallèles de l’état initial à l’état final.
* Le Cisaillement Simple (« simple shear »)
Dans le cas du cisaillement simple, le glissement se fait suivant une série de plans
parallèles. Exemple : le jeu de carte. Le cube devient un parallélépipède losangique et la
sphère devient un ellipsoïde. Cette transformation est dite rotationnelle.
La déformation en cisaillement simple est dite non coaxiale : les axes de la
déformation incrémentale changent de l’état initial à l’état final.
NB : Les déformations naturelles sont souvent des superpositions plus ou moins complexes de
transformations par cisaillement pur et cisaillement simple.
2 - Les contraintes
Lorsqu’un corps est soumis à des forces extérieures (pesanteur, compression etc.), il se
développe à l’intérieur de ce corps des forces internes tendant à l’équilibre : on dit que ce
corps est soumis à un état de contrainte.
a – L’état de contrainte
Soit un corps en équilibre sous l’action de forces extérieures. Si on considère que ce corps est
limité par un plan P. En un point M de ce plan, s’exerce une contrainte σ. Cette contrainte
peut se décomposer en 2 vecteurs :
σn est la contrainte normale, c'est-à-dire perpendiculaire au plan et correspond à une
compression ou à une traction.
τ est la contrainte tangentielle, c’est-à-dire parallèle au plan et correspond à un cisaillement.
b – Le tenseur de contraintes
Si l’on considère maintenant un cube unitaire contenant le point M. Sur ce cube on
distingue 3 plans principaux orthogonaux déterminés par les axes (ox), (oy) et (oz). Sur
chacune des faces agit une force pouvant être décomposée en une contrainte normale et 2
contraintes tangentielles.
- L’état de contrainte de ce corps peut être défini par 9 composantes :
Fx = σx τxY τxz
Fy = τyx σy τyz
Fz = τzx τzy σz
On a ainsi le tenseur des contraintes qui est une matrice carrée à 3 lignes et 3 colonnes
σx τxy τxz
τyx σy τyz
τzx τzy σz
- Si le corps est en équilibre les éléments symétriques sont égaux 2 à 2 :
τXY = τYX τXZ = τZX τYZ = τZY
Alors, 6 composantes seront suffisantes pour déterminer l’état de contrainte.
c – L’ellipsoïde des contraintes
L’état de contrainte peut être représenté par un ellipsoïde des contraintes dont 3 axes
principaux correspondant aux 3 contraintes normales principales : σ1, σ2 et σ3 tel que
σ1 ≥ σ2 ≥ σ3 .
Les principaux types d’ellipsoïdes des contraintes sont :
- Si σ 1 = σ 2 = σ 3 l’ellipsoïde est une sphère, cet état définit la pression hydrostatique,
qui s’exerce normalement à un corps avec la même intensité. On parle aussi de pression
isotrope.
- Si deux des contraintes principales sont égales, l’ellipsoïde est de révolution et caractérise
une pression axiale pouvant être de compression ou de traction suivant que l’axe principal est
σ1 ou σ3.
- Dans le général σ1,σ2 et σ3 sont différents et définissent un état de contrainte représenté par
les composantes principales. On peut toujours définir une contrainte moyenne :
La contrainte moyenne est appelée la partie hydrostatique du tenseur des contraintes. La partie
restante de la différence entre une contrainte quelconque et la partie hydrostatique correspond
à un axe du déviateur des contraintes ou la contrainte déviatorique.
La partie hydrostatique produit des variations de volume, alors que la partie déviatorique
conduit à une distorsion qui fera que l’objet sera déformé.
σ'1 est dite compressive parce qu’elle est positive et σ’3 est dite extensive ou en traction
parce qu’elle est négative.
III – Les lois de comportement des roches
Un corps a un comportement homogène, si ce comportement est indépendant du point
considéré à l’intérieur de ce corps.
1- Comportement des corps physiques simples
a – Les corps élastiques
Un corps qui se déforme sous l’effet d’une contrainte qui lui est appliquée et qui revient à son
état initial quand cesse cette contrainte est dit élastique : on a une transformation réversible.
La déformation est instantanée, proportionnelle à la force appliquée et disparaît dès que celle-
ci cesse d’agir. Exemple : Le Ressort.
b – Les corps plastiques
Un corps est dit plastique s’il se déforme au-delà d’une certaine valeur critique et qu’il
conserve la forme acquise (au cours de la déformation) même lorsque la contrainte cesse. La
déformation ne se fait que si la force dépasse une certaine valeur critique ou limite la
résistance. La transformation est irréversible au-delà de la valeur critique. Exemple : Le
Patin
c – Les corps visqueux
Un corps est dit visqueux s’il existe une relation entre sa vitesse de déformation et les
contraintes appliquées. La vitesse de déformation est proportionnelle à la force appliquée.
Dans le cas des corps visqueux, le coefficient de la déformation dépend du coefficient de
viscosité du corps. Exemple : L’Amortisseur.
NB : Dans la nature, on peut retrouver des formes combinées de ces trois modèles simples.
Ainsi on aura des corps élastico-plastiques, visco-élastiques, visco-plastiques, etc.
2- Le comportement des corps réels
Le comportement rhéologique des roches dans la nature peut se ramener à une combinaison
des 3 types simples, c'est-à-dire :
● Un comportement élastique, qui pour nous, n’a d’intérêt que pour les déformations
actuelles (propagation des ondes sismiques, flexions élastiques de la lithosphère) ;
● Un comportement fragile, où il y a rupture des roches et déformations discontinues
;
● Un comportement ductile, où les roches se déforment de manière continue sans se
rompre, ce qui correspond à un fluage très lent de la matière, imperceptible à l’échelle de la
vision humaine, se manifeste par combinaison de comportement visqueux et plastique.
3- Notion de compétence
Le comportement des roches dépend de leur nature. Lorsque l’on a plusieurs couches de
roches qui subissent les mêmes contraintes, on peut avoir : des couches compétentes qui
sont relativement rigides par rapport aux autres, et des couches incompétentes relativement
ductiles. C’est donc une notion relative. Exemples : Calcaire – Argiles
4- Le cercle de Mohr
Le diagramme de Mohr est construit à partir de la connaissance des efforts extérieurs
auxquels est soumis le matériau. Il sert ensuite à déterminer :
• les contraintes principales et direction principales
• la direction pour laquelle la contrainte de cisaillement est maximale ainsi que sa
valeur.
La direction de contrainte de cisaillement maximale correspond généralement au plan de
rupture fragile du matériau.
a- Pour le cas d’une sollicitation unidimensionnelle, on considère un élément de volume
autour d'un point P du matériau. Cet élément subi une force F dans la direction x. La
contrainte σx dans la direction x correspond alors à la composante principale σ1.
On définit un graphe avec en abscisse la contrainte normale et en ordonnée la contrainte
tangentielle par rapport à divers plans que l'on va choisir maintenant.
On va considérer tout une série de plan faisant un angle α, allant de 0 à π, avec la direction x.
Pour chaque plan (donc pour chaque α) on trace sur le graphe un point aux coordonnées
(σn(α), σt(α)).
On reconnait alors l'équation paramétrique d'un cercle, centré en (σ1/2 , 0) et de rayon σ1/2.
Lorsque le plan tourne d'un angle α dans l'espace physique, on se déplace d'un angle -2α sur le
cercle de Mohr.
La contrainte tangentielle maximale σt,max est égale à σ1/2 et elle intervient pour une
orientation correspondant à 2α = π/2, soit alpha = 45°.
b- Pour le cas d'une sollicitation bidimensionnelle, on considère un élément de volume autour
d'un point P du matériau. Cet élément subi des contraintes dans un plan (x,y).
On sait qu'il existe des directions principales pour lesquelles les composantes tangentielles du
tenseur de contrainte sont nulles. Choisissons alors de représenter notre élément de volume
autour du point P dans ce système de coordonnée défini par les directions principales.
On reconnait alors l'équation paramétrique d'un cercle, centré en [(σ1+σ2)/2 , 0] et de rayon
(σ1-σ2)/2.
La contrainte tangentielle maximale σt,max est égale à (σ1-σ2)/2 et elle intervient pour une
orientation correspondant à 2α = π/2, soit pour un plan présentant un angle de 45° par rapport
à la première direction principale.
Pour la Construction des cercles et déductions pratiques
On considère le cas d'une sollicitation bidimensionnelle (le cas unidimensionnel en est un cas
particulier).
Construction du cercle de Mohr
A partir de la connaissance de l'état de contrainte exprimé dans n'importe quel système de
coordonnée cartésien (x,y) on peut construire le cercle de Mohr.
Dans la notation matricielle habituelle l'état de contrainte dans le système (x,y) est :
Pour construire le cercle de Mohr on commence par tracer les axes σn et σt. Puis on ajoute les
points X(σxx, σxy) et Y'(σyy, -σyx). L'intersection entre le segment [XY'] et l'abscisse
correspond au centre du cercle O.
La position sur l'abscisse du centre du cercle est donc :
En appliquant le théorème de Pythagore et en notant R le rayon du cercle de Mohr on peut
écrire la relation :
En considérant la symétrie du tenseur des contraintes (σij = σji) et en isolant R,
on en déduit le rayon du cercle de Mohr :
Ce que l'on peut déduire du cercle de Mohr
Voici d'abord un petit schéma qui permettra de bien définir les termes et faciliter le
raisonnement :
Contrainte normale maximale et minimale :
Les valeurs extrémales pour la contrainte normale interviennent lorsque le cercle coupe
l'abscisse. Les contraintes tangentielles sont alors nulles, ces contraintes normales maximales
et minimales correspondent donc au contraintes principales σ1 et σ2. Leur valeur en fonction
de σij est :
Angle entre le plan de contrainte normale maximale et x :
Pour rappel, l'angle parcouru sur le cercle de Mohr correspond à l'inverse du double de l'angle
réel entre les deux plans considérés. Les relations trigonométriques usuelles nous donnent
donc la relation suivante :
D'où la formule pour exprimer l'angle entre le plan x et le plan correspondant à la contrainte
normale maximale σ1 :
Contrainte tangentielle (cisaillement) maximale et minimale :
Les contraintes de cisaillement sont maximales, respectivement minimales, pour les plans
orientés à 90° des plans correspondants aux axes principaux. Les valeurs de cisaillement
maximale et minimale sont R et -R.
On a vu ci-dessus que dans le repère cartésion quelconque (x,y) la valeur de R s’écrit :
Angle entre le plan de contrainte tangentielle maximale et x :
Les relations trigonométriques usuelles nous donnent la relation suivante :
D'où la formule pour exprimer l'angle entre le plan x et le plan correspondant à la contrainte
de cisaillement maximale σxy, max :
CHAPITRE II : PROPRIETES PHYSIQUES ET MECANIQUES DES ROCHES
La connaissance du matériau rocheux implique la détermination d’un certain nombre de
caractéristiques physiques et mécaniques.
Les roches sont fondamentalement hétérogènes, mais à l’échelle d’un échantillon de
laboratoire, on essaie dans la mesure du possible de se ramener à un volume qui possède des
propriétés homogènes sans discontinuités discrètes et isolées. La roche est alors considérée
comme un matériau plus ou moins poreux, constitué d’un assemblage de cristaux que l’on
appelle minéraux.
Lorsque nous étudions le comportement des roches et des masses rocheuses, nous sommes
particulièrement concernées par leurs propriétés suivantes : la déformabilité et la résistance, la
perméabilité, la sensibilité à l’altération et les contraintes naturelles qui y agissent.
Les propriétés des roches peuvent être divisées en propriétés physiques et mécaniques. Les
propriétés physiques de base comprennent la porosité, la teneur en humidité, la perméabilité et
la sensibilité à l’altération, les propriétés mécaniques comprennent les contraintes naturelles,
la résistance à la compression, à la traction et au cisaillement, le module d’élasticité, le
module de déformation et le coefficient de Poisson.
1. Propriétés physique
1.1 Densité
La roche est un milieu constitué de trois phases : solide, liquide et gazeuse. La masse
volumique ρ0 est le rapport de la masse totale de la phase solide, liquide et gazeuse (ms, ml et
mg), au volume total de ces phases :
Considérant que la densité des solides est le rapport de la masse de la phase solide à son
volume :
La mesure de la densité des roches selon les formules ci-dessus n’est possible que dans les
conditions de leur environnement naturel (la pression de surcharge, le degré de remplissage
des pores et des joints par la phase liquide et gazeuse, la composition chimique des solutions
contenues dans les roches, … etc). Puisque ces conditions ne pouvant être entièrement
reconstituées en laboratoire, le poids volumique et le poids unitaire (densité) des solides des
échantillons de roche à partir d’une masse rocheuse sont considérés comme une mesure de la
densité.
Le poids volumique unitaire des solides (γs) est le rapport entre le poids (G) de la roche sèche
(échantillon) et son volume (V) (le volume des grains de roche sans pores et fissures compris)
:
Le poids volumique unitaire des solides et la densité des solides sont liés par l’expression
suivante :
où g est le pesanteur (g = 9.81 m/s2).
Le poids volumique unitaire (γ0) est le rapport entre le poids de la roche sèche (échantillon) et
le volume (V0) du squelette (y compris les pores et les fissures) :
Le poids volumique unitaire et la densité (masse volumique) sont liés par la relation, similaire
à l’équation (5) :
Le poids volumique unitaire dépend du type de roche, de sa porosité et des processus
géologiques qui s’y déroulent.
Le poids volumique unitaire d’un type de roche donné peut varier d’une région à l’autre.
Les roches ignées et métamorphiques ont de grand poids volumique unitaires (Tableau 1) par
rapport les roches sédimentaires (les poids unitaires sont un peu plus faibles) mais leur
gamme de variation est plus grande (Tableau 2).
Tableau 1 : Poids volumique unitaires de roches ignées et métamorphiques (Fajklewicz,
1972)
Tableau 2 Poids volumique unitaires et porosité des roches sédimentaires (Fajklewicz,
1972)
1.2 Porosité
Propriété d’un corps ou d’un milieu de comporter des vides interconnectés ou non. La
porosité traduit la faculté d’une roche à stocker un fluide (air, eau) dans ses interstices,
également appelés pores. Elle ne dépend pas essentiellement de la taille des grains mais
surtout de leur agencement. La porosité totale représente l’ensemble des vides présents dans
une roche. Elle s’exprime par le rapport du volume des vides au volume total du milieu (ex :
0,3 ou 30%) (Eq. 8).
La porosité peut également être définie en fonction de l’indice des vides (e)
La porosité totale ne dépend pas de la taille des grains mais diminue avec :
• l’hétérogénéité des grains (Fig. 1);
• l’arrangement des grains (Fig. 2).
Fig. 1 : Effet de l’hétérogénéité des grains sur la porosité
Fig. 2 : Effet de l’arrangement des grains sur la porosité
Les roches ignées et métamorphiques présentent une faible porosité (0 à 2 %), tandis que la
porosité des roches sédimentaires (sauf les roches massives) est élevée (Tableau 2).
La porosité est donc une caractéristique spécifique des roches fragmentaires et pyroclastiques.
Dans les roches fragmentaires, la porosité dépend de l’homogénéité de la distribution
granulométrique et de la forme, de l’arrangement et du degré de cimentation des grains.
Selon l’écoulement des eaux souterraines, on a les types de porosité suivant :
• la porosité d’interstice dans les pores des roches sableuses ;
• la porosité de fissure dans les fissures et fractures des roches compactes sans pores
interconnectés (granites, calcaires…) ;
• la porosité de karst dans les karsts, c’est-à-dire dans des réseaux de galeries ouvertes
creusées par l’eau.
D’une manière générale, les roches meubles sont poreuses en petit (porosité d’interstice) et les
roches compactes poreuses en grand (porosité de fissures et de karst) (Fig. 3).
Fig. 3 : Typologie des porosités
Les vides présents dans la roche peuvent être (Fig. 4) :
• connectés entre eux, on parle alors de porosité ouverte ;
• sans communication, on parle de porosité fermée.
Fig. 4 : Notion de porosité
1.3 Perméabilité
Aptitude d’un milieu à se laisser traverser par un fluide (liquide ou gaz), sous l’effet d’une
pression (gradient hydraulique), est appelée perméabilité (vitesse d’écoulement).
Cette dernière a un effet essentiel sur les propriétés mécaniques et le comportement des
roches.
La perméabilité est due à l’existence d’une porosité, c’est-à-dire à l’existence de vides
interconnectés. Selon le type de porosité (Fig. 5), il existe une perméabilité en petit
(circulation dans les pores) et une perméabilité en grand (circulation dans les fissures,
fractures, karsts…) qui peuvent cohabiter au sein d’une même roche (craie fissurée ou
karstique par exemple).
Dans les terrains formés de roches meubles (sables, graviers…), les eaux souterraines
s’écoulent à travers les vides de façon lente et régulière. Au sein des roches compactes
présentant de larges fissures (calcaires, granite…), les circulations souterraines sont plus
rapides et désordonnées.
Fig. 5 : Vitesse d’écoulement en fonction de la porosité
La perméabilité de la roche peut être estimée à partir de la loi de Darcy qui définit la relation
entre le débit ’v ’ de l’eau à travers un milieu poreux (sol) et le gradient hydraulique ‘i’ :
où :
• K : le coefficient de perméabilité en cm/s ;
• i : le gradient hydraulique.
La loi de Darcy suppose que l’écoulement de l’eau est laminaire.
Le coefficient ‘Κ’ dépend des propriétés du milieu rocheuxet des propriétés physiques du
fluide (poids volumique de la roche, température et viscosité).
Pour décrire les propriétés d’écoulement de l’eau d’un milieu rocheux, indépendamment des
propriétés physiques du fluide concerné, on utilise le coefficient de perméabilité ‘k’, l’unité
utilisée pour le coefficient ‘k’ est darcy.
Une relation générale reliant les coefficients ‘k’ et ‘Κ’ est la suivante :
où :
• γl : poids unitaire du liquide d’infiltration ;
• ƞ: viscosité du fluide.
On utilise dans la mécanique des roches le coefficient de perméabilité ‘K’, parce que le
mouvement de l’eau qui est intéressant.
La distinction entre roche perméable et roche imperméable a arbitrairement été choisie à 10-9
m/s. Les argiles sont ainsi considérées comme imperméables. Concernant les roches
compactes et fissurées (perméabilité en grand), les valeurs de perméabilité sont extrêmement
variables.
2. Propriétés mécaniques
Les propriétés mécaniques sont une catégorie spécifique de propriétés physiques qui sont
associées aux mouvements des particules de matériaux, c’est-à-dire aux déformations. Une
roche est un corps qui subit non seulement des déformations élastiques et réversibles, mais
aussi des déformations inélastiques (plastiques, visqueux, élastoplastique, viscoélastiques,
viscoélasto-plastiques) qui dépendent du temps et sont partiellement irréversibles. Le type de
déformation dépend en partie des propriétés des minéraux constituant la roche et des
caractéristiques pétrographiques de la roche. Ils résultent de la fermeture des pores et des
fissures présents dans la roche, ou du glissement le long des fissures.
Il est difficile de décrire avec précision toutes les propriétés mécaniques des roches, surtout si
elles dépendent des conditions de chargement (en particulier de l’amplitude et de la durée de
la charge) et sur le sens d’action de la charge par rapport à la direction des caractéristiques
structurales de la roche ou de la masse rocheuse (caractéristiques comme la stratification, les
joints, etc.).
Pour les raisons ci-dessus, pour caractériser le comportement mécanique des roches et des
masses rocheuses, nous n’utilisons normalement que quelques paramètres mécaniques choisis,
tels que :
• la résistance de compression ;
• la résistance de traction ;
• la résistance en cisaillement.
Toutes ces résistances exprimées en termes des modules d’élasticité et de déformabilité et
coefficient de Poisson.
Lorsqu’on a des charges considérables, nous précisons également la limite d’élasticité de
déformation, la limite de plasticité, et l’amplitude de déformation rhéologique (fluage).
2.1 Résistance à la compression, à la traction et au cisaillement
La force de compression uniaxiale ‘σc’ est le rapport d’une force ‘F’ qui comprime
l’échantillon le long de son axe, la force mesurée lors de la rupture de l’échantillon, à la
surface ‘A’ sur laquelle la force agit :
La résistance uniaxiale à la traction est le rapport entre la force de traction axiale ‘P’, mesurée
au moment de la rupture de l’échantillon, et la surface ‘A’ sur laquelle la force agit :
La notion de résistance au cisaillement n’est pas définie avec précision. Il est utilisé dans
diverses modifications et est, par exemple, défini comme la force en cisaillement pur.
Généralement, la résistance au cisaillement est exprimée en fonction de deux paramètres : la
cohésion et l’angle de frottement interne. La gamme de variation de la résistance de certaines
roches typiques est donnée au tableau 3.
Les roches ignées (dolérite, basalte) présentent la résistance la plus élevée, roches
métamorphiques (quartzite) faibles et les roches sédimentaires (grès, schiste) les plus faibles.
Tableau 3 Propriétés mécaniques des roches (Farmer, 1968)
Il y a une grande variation de résistance même pour le même type de roche, surtout dans les
roches sédimentaires. Les roches, dans lesquelles le matériau de cimentation est le quartz, ont
une plus grande résistance que celles cimentée par la calcite, la plus faible résistance se trouve
dans les roches cimentées par un matériau argileux.
Les roches à grains fins sont plus résistantes que les roches à gros grains. La résistance à la
compression des roches diminue lorsque la porosité ou le jointoiement des roches augmente.
La résistance des roches diminue considérablement avec l’augmentation du contenu d’eau.
Les roches particulièrement sensibles aux changements de contenu d’eau sont des argiles dont
la résistance au cisaillement, lorsque la roche est complètement saturée, est considérablement
réduite.
2.2 Module d’élasticité et module de déformabilité
Le module d’élasticité ‘Ε’ (Eq. 14) est le rapport entre la contrainte uniaxiale ‘σ’ et la
déformation longitudinale unitaire correspondante ‘εe’, élastique et réversible (pendant le
déchargement).
Le module de déformabilité ‘D’ (Eq. 15) est le rapport entre la contrainte uniaxiale ‘σ’ et la
déformation longitudinale unitaire correspondante élastique ou plastique, partiellement
irréversible (pendant le chargement).
Le tableau 4 donne les valeurs approximatives des modules élastiques pour les roches
typiques. Comme dans le cas de la résistance (tableau 3). Les roches ignées ont les valeurs les
plus élevées des modules élastiques, les roches métamorphiques présentent des valeurs plus
petites et la roche sédimentaire le moins. Les valeurs des modules élastiques varient
considérablement dans le même type de roche surtout dans les roches sédimentaires.
Tableau 4 Modules élastiques (Farmer, 1968)
Les valeurs des modules élastiques dépendent de nombreux facteurs, notamment de la
cohésion et de la granulométrie de la roche. Par exemple, le calcaire peut avoir deux valeurs
extrêmes de ses modules élastiques, la valeur la plus faible de 1.104 MPa apparaît dans la
mauvaise cohésion, alors que le plus haut de 8.104 MPa se trouve dans la roche cohérente.
La relation entre la contrainte et la déformation dans les roches peut être presque linéaire ou
non linéaire (Fig. 6).
Fig. 6 Courbes de contrainte-déformation typiques pour certaines roches (Framer, 1968) (a)
roche quasi élastique (b) roche semi-élastique (c) roche non élastique
Les valeurs des modules élastiques dans les masses rocheuses sont plus petites que celles des
roches. Dans les masses rocheuses, il existe de plusieurs fissures qui, au cours de charges
successives, sont progressivement serrées, de sorte que les valeurs des modules élastiques et
de déformation sont ainsi modifiées avec le processus de chargement.
2.3 Propriétés rhéologiques
Pendant qu’une charge est appliquée à une roche et agit sur elle, il se produit dans la roche des
déformations instantanées ‘ε0’ suivies de déformations dépendantes du temps et de la
température (εc), connus sous le nom de déformations par fluage (creep deformation), cela
peut être écrit sous la forme :
La formule (16) décrit la première et la deuxième phase du fluage (Fig. 7). Puisque c’est
seulement à des températures élevées (très supérieures à 100 °C) que l’effet de la température
sur les déformations de fluage devient notable, le terme ‘εc’ peut être remplacé par ‘A lnt’, où
:
• A est un coefficient dépendant de la grandeur de la contrainte, appelé la constante de fluage
(creep constant) ;
• t est la durée de la charge.
Donc, la formule (16) prendra la forme suivante :
Fig. 7 Courbe de fluage généralisée (Framer, 1968) (a) roche quasi élastique (b) roche semi-
élastique (c) roche non élastique
ε0—déformation instantanée, εc—déformation de fluage ; phases de fluage : Ⅰ- fluage primaire (transitoire), Ⅱ- fluage
secondaire (état stable), Ⅲ- fluage tertiaire (accélérant) qui précède la rupture.
L’amplitude et le développement des déformations de fluage dépendent de la composition
minérale et des caractéristiques pétrographiques de la roche, de son contenu d’eau, de
l’amplitude de la contrainte latérale et de temps.
Si la contrainte est faible, les déformations de fluage sont faibles et deviennent rapidement
stables. À des contraintes plus élevées, les déformations de fluage sont plus grandes et ont
besoin de plus de temps pour atteindre l’état d’équilibre. Enfin, lorsqu’il s’agit de contraintes
très importantes, la roche échouera après un certain laps de temps (Fig. 7).
Pour décrire le comportement rhéologique des roches, on, peut utiliser divers modèles
rhéologiques plus ou moins sophistiqués. Les modèles peuvent être linéaires (Maxwell,
Kelvin-Voigt, Zener et M/V) ou non linéaires (Bingham, Schwedoff ou Prager).
Avec les modèles Kelvin-Voigt et Zener, qui sont le plus souvent utilisés pour étudier le
comportement des roches, la déformation de fluage peut être trouvée à partir des relations
suivantes :
En utilisant les formules (17)-(19) et en supposant que ε0 = 0, la constante de fluage ‘A’ peut
être exprimée comme suit :
où Ε = 2G et ‘n’ est l’exposant de fluage qui varie de 1 à 3 et dépend principalement de
l’amplitude des contraintes (Fig. 8).
Les valeurs de (σ/E), ‘A’ et de ‘n’ pour diverses roches sont données dans le tableau 5.
Fig. 8 Exposant de fluage ‘n’ en fonction de contrainte (Framer, 1968)
4. Relations entre certaines propriétés des roches
Puisque les roches sont en général des matériaux hétérogènes et anisotropiques, il n’est pas
possible de déterminer des relations sévères entre leurs différentes propriétés.
Il existe une relation entre le poids volumique ‘γ0’ et la porosité des roches ‘n’. Lorsque le
poids volumique des solides ‘γs’ dans les minéraux formant les roches varie dans une petite
gamme (26,0-27,5 kN/m3), Farmer (1968) a formulé l’expression approximative suivante :
La relation entre la résistance à la compression uniaxiale et le poids volumique global des
roches ‘γ0’ est illustrée à la Fig. 9. Elle n’est pas encore connue pour de petites valeurs (< 21,5
kN/m3) de ‘γ0’, mais pour de plus grandes valeurs de ‘γ0’ son caractère est presque linéaire.
Les relations entre le module élastique ‘E’ et le coefficient de Poisson ‘ν’, le poids volumique,
le module de cisaillement ‘G’ et la résistance à la compression sont illustrées à la Fig. 10.
Fig. 9 La résistance de compression uni-axiale par rapport au poids volumique des roches
(Framer, 1968)
Fig. 10 Le module élastique en fonction de (a) coefficient de poisson, (b) poids volumique,
(c) module de cisaillement, (d) résistance à la compression (Framer, 1968)
Ils ont été déterminés sur la base de l’analyse statistique effectuée par Judd et Huber
(Kowalski, 1974).
Farmer (1968) suggère que la connaissance du poids volumique d’une roche peut nous aider à
trouver la valeur approximative de ‘Ε’ de cette roche (avec une précision de 20 %) par
l’utilisation de la relation empirique suivante :
La relation entre ‘E’ et ‘G’ est linéaire (Fig. 10c) et on peut approximativement supposer que
Ε = 2.6G. ‘E’ est également linéairement lié à ‘σc’ (Fig. 10d), où Ε = 350 σc. Comparaison
des diagrammes de ‘Ε = f (G)’ et ‘E = f (σc)’ on trouve G = 140 σc.
Il existe également les corrélations empiriques suivantes (Farmer, 1968) :
où ‘k’ est variable (4 à 10) pour différents types de roches,
La relation valable pour les roches compétentes (‘c’ est la cohésion de la roche),
La relation valable pour les roches moins compétentes.
5. Densité de fracturation d’un massif rocheux
5.1. Densité de fractures du massif
La fracturation du massif rocheux influe sur les propriétés mécaniques du massif et sur la
stabilité des talus. C’est le facteur le plus important qui caractérise les roches. Elle permet de
choisir la méthode d’exploitation, de résoudre les problèmes de stabilité des bords de la
carrière et des talus naturels. L'indice ID (intervalle entre discontinuités) est la moyenne des
intervalles découpés par les discontinuités successives le long d'une ligne de mesure. Il est
nécessaire de réaliser des mesures dans plusieurs directions, choisies en fonction des
directions des discontinuités.
- L : la longueur de la partie étudiée dans le massif (cm).
- N : le nombre des fissures sur la partie mesurée.
Le tableau suivant donne la classification des discontinuités selon les valeurs d’ID :
Tableau 5 Classification des discontinuités selon la fracturation.
5.2. Caractérisation du massif par le RQD
L’observation des carottes permet de déterminer un paramètre empirique proposé par
D.Deere, (1964). Le RQD (Rock Quality Designation), est la somme des longueurs des
carottes supérieures à 10 cm, rapportée à la longueur totale de carotte considérée.
Un RQD de 80 à 100% signifie donc que l’on a affaire à une roche peu ou pas fracturée. -
Remarque :
Cet indicateur peut être trompeur : pour un même massif stratifié, on pourra conclure à un
RQD de 0% ou de 100% au même endroit selon l’inclinaison du forage. Il est donc important
de repérer la direction et l’inclinaison des forages.
Fig. 11 Configuration géologique illustrant les limites du RQD.
6. Vitesse sismique et nature de la roche
La composition de la croûte terrestre est assez bien connue par l'étude des roches qui forment
la surface terrestre et aussi par de nombreux forages. L'intérieur de la Terre est constitué d'un
certain nombre de couches superposées, qui se distinguent par leur état solide, liquide ou
plastique, ainsi que par leur densité.
Lorsque qu'il se produit un tremblement de terre à la surface du globe, il y a émission d'ondes
dans toutes les directions. Il existe deux grands domaines de propagations des ondes: les
ondes de surface, celles qui se propagent à la surface du globe, dans la croûte terrestre, et qui
causent tous ces dommages associés aux tremblements de terre, et les ondes de fond, celles
qui se propagent à l'intérieur de la terre et qui peuvent être enregistrées en plusieurs points du
globe. Pour les ondes de fond, on reconnaît deux grands types : les ondes P qui sont des
ondes longitudinales ou de compression et les ondes S qui sont des ondes transversales ou de
cisaillement.
La vitesse de propagation des ondes sismiques est fonction de l'état et de la densité de la
matière. Certains types d'ondes se propagent autant dans les liquides, les solides et les gaz,
alors que d'autres types ne se propagent que dans les solides.
Les ondes P se propagent dans les solides, les liquides et les gaz, alors que les ondes S ne se
propagent que dans les solides. On sait aussi que la vitesse de propagation des ondes
sismiques est proportionnelle à la densité du matériel dans lequel elles se propagent.
L'augmentation progressive de la vitesse des ondes P et S indique une augmentation de
densité du matériel à mesure qu'on s'enfonce en profondeur. La chute subite de la vitesse des
ondes P est reliée au changement d'état de la matière (de solide à liquide), mais les vitesses
relatives continuent d'augmenter, indiquant une augmentation des densités. La brusque
interruption de propagation des ondes S indique la présence d'un matériau dans un état
liquide.
Il faut imaginer la présence en profondeur d'une discontinuité importante séparant deux
milieux dont les propriétés sont très différentes. À la traversée de cette discontinuité, les
ondes sismiques doivent subir une réfraction importante. Cette déviation des ondes sismiques
à la discontinuité implique une chute de la vitesse de propagation des ondes. Les ondes S,
ondes transversales, ne se propagent pas dans les milieux liquides. Leur disparition, indique
qu'au niveau de cette discontinuité, on passe d'un milieu solide à un milieu liquide. Ainsi, On
révèle l'existence de deux enveloppes terrestres très différentes.
CHAPITRE III : COMPORTEMENT MECANIQUE DE LA MATRICE ROCHEUSE
Les propriétés mécaniques des roches se divisent en deux catégories :
- les résistances à des sollicitations mécaniques : traction, compression uniaxiale ou triaxiale,
définissant des seuils ou critères de rupture ;
- les déformabilités sous l'effet des sollicitations mécaniques : modules instantanés ou
différés.
Au-delà de ces propriétés, qui s’expriment par des données chiffrées, on préférera parler de
comportement, un terme plus général. Le terme de « loi de comportement » désigne d'une
manière générale l'expression mathématique de la relation entre les contraintes et l'histoire des
déformations subies par l'échantillon. Dans ce chapitre, il ne sera fait référence qu’à des lois
de comportement élémentaires, élasticité et plasticité.
1. Résistance mécanique.
La roche résiste à l'effort de cisaillement par deux mécanismes internes, cohésion et
frottement interne. La cohésion est une mesure de liaison interne de la roche. Le frottement
interne résulte du contact entre les particules, et est défini par l'angle de frottement interne.
1.1. Les essais de base
Les essais de base mettent en jeu trois types de sollicitations :
- traction : traction indirecte (ou essai brésilien) ;
- compression uniaxiale (ou monoaxiale ou simple) ;
- compression triaxiale (isotrope et déviatorique).
Il existe un certain nombre de recommandations, en particulier éditées par la SIMR (Société
Internationale de Mécanique des Roches) dont certaines préconisent le choix de dimensions
des éprouvettes à essayer. Dans ce paragraphe on se limitera aux propriétés de résistance.
1.2. Compression uniaxiale
La résistance à la compression uniaxiale est la contrainte ultime d’un échantillon de roche
cylindrique sous chargement axial. C’est la plus importante des propriétés mécaniques de la
roche, utilisée en dimensionnement, analyse et modélisation.
En parallèle avec la mesure de la charge, on mesure aussi les déformations axiales et radiales.
L’essai de compression uniaxiale consiste à placer une éprouvette normalement cylindrique,
de diamètre d et de hauteur h, entre les plateaux d'une presse et de faire croître la pression
dans la presse jusqu'à rupture de l'échantillon (figure 12). La résistance à la compression
uniaxiale σc est la contrainte la plus élevée supportée par l'échantillon avant la rupture. Soit
𝑃𝑟 la charge de rupture et S la section de 1'éprouvette. On a :
Fig. 12 Schéma explicatif d’un essai de compression uniaxiale
La contrainte de rupture par compression n'est pas en soi une caractéristique intrinsèque du
matériau mais dépend aussi de la forme et des dimensions de l'éprouvette, de la teneur en eau
de celle-ci, de la vitesse de mise en charge, des caractéristiques de frettage entre l'échantillon
et les plateaux de la presse, etc .... Le matériau rocheux n’est pas un matériau répondant aux
Lois de L'élasticité.
La résistance au pic est la contrainte maximale qu’un échantillon de roche intact est en mesure
de supporter dans un essai de compression au laboratoire. Une fois dépassé le pic de
résistance, l’échantillon peut présenter encore une capacité de résistance. La résistance
minimale ou résiduelle est obtenue généralement après une déformation postérieure au pic
importante.
La courbe contrainte – déformation complète peut être divisée en 6 sections représentant 6
stades que le matériau rocheux subit.
Fig. 13 Schéma de la courbe contrainte-Déformation
- Stade I : La roche est initialement chargée. En liaison avec la déformation, les microfissures
existantes se ferment, entraînant une non-linéarité initiale de la courbe.
- Stade II : La roche a un comportement linéairement élastique avec une courbe contrainte
déformation linéaire, axialement et radialement. Les microfissures sont susceptibles
d’apparaître à la fin de ce stade, à approximativement 35-40% de la résistance au pic.
- Stade III : La roche se comporte presque linéairement. La courbe de contrainte déformation
axiale est quasi linéaire et est presque réversible. Il y’a une légère augmentation de la
déformation latérale due à la dilatation. La propagation de la microfissuration s’effectue d’une
manière stable durant ce stade. Les microfissures qui en résultent sont indépendantes les unes
des autres et sont distribuées à travers l’éprouvette. La limite supérieure de ce stade se produit
à 80% de la résistance au pic approximativement.
- Stade IV : La roche subit une rapide accélération de la microfissuration et de l’augmentation
du volume.
- Stade V : La roche a dépassé la contrainte de pic, mais est encore intacte, même si la
structure interne est fortement perturbée. L’échantillon subit un radoucissement des
déformations (rupture).
- Stade VI : La roche se rompt en plusieurs blocs plutôt qu’en une structure intacte. Ces blocs
glissent les uns par rapport aux autres et le mécanisme de déformation prédominant et le
frottement entre les blocs glissant.
La détermination des résistances à la rupture se fait au moyen d'essais en laboratoire sur des
éprouvettes de forme et de dimensions données. Les machines d'essai ont leurs
caractéristiques propres et il importe de faire la distinction entre les propriétés du matériau et
celles du système expérimental.
C'est ainsi qu'il faut être attentif à la vitesse de mise en charge des éprouvettes. Dans la réalité
des déformations significatives peuvent demander des millions d'années dans des phénomènes
géologiques, des mois ou des années dans les constructions d'ouvrages et travaux miniers, des
secondes dans des tremblements de terre et des millisecondes dans des tirs d'explosifs.
En laboratoire, il est d’usage de réaliser des déformations unitaires de l'ordre de 10-4 à 10-6 par
seconde ce qui correspond à des accroissements de contraintes de l'ordre de 70 kg/cm2 à 0.7
kg/cm2 par seconde bien que dans certains cas on atteigne des déformations unitaires de 10
par seconde ou de 10-10 par seconde. Entre ces extrêmes le rocher se comporte différemment,
il se comporte normalement de manière plus ductile quand la vitesse des déformations est plus
faible.
La valeur de la résistance à la compression uniaxiale dépend aussi de la forme et des
dimensions de 1'éprouvette.
L'influence de la forme h/d est notamment due à l'effet de frettage de l'échantillon entre les
plateaux de la presse. On conseille d'utiliser des éprouvettes dont la hauteur h vaut 2 à 3 fois
le diamètre d.
Afin d'éviter l'effet des plateaux, plusieurs tentatives ont été faites. Comme les plateaux de la
presse sont généralement plus rigides que le matériau, il naît des contraintes de cisaillement
empêchant la dilatation de l'éprouvette : ce qui provoque le frettage de l'échantillon.
Une solution consiste à donner à l'éprouvette et aux plateaux une forme conique mais la
fabrication de l'éprouvette n'est pas aisée notamment pour éviter des contacts ponctuels. Une
autre solution consiste à lubrifier les surfaces de contact (graphite, lubrifiants solides, ...). Une
meilleure solution consiste, quand le matériau de l'éprouvette le permet, de lui donner une
forme amincie. Enfin on peut utiliser des plateaux de presse qui ont la même section que celle
de l'éprouvette.
Trois modes de rupture ont été décelées au cours d'un essai de compression uniaxiale :
- la rupture par clivage axial ;
- la rupture par cisaillement ;
- la rupture par apparition de nombreuses fissures sensiblement orientées dans la direction de
la force appliquée
Fig. 14 Mode de rupture des échantillons rocheux lors d’un essai de compression uniaxiale
Des expériences ont montré que la résistance à la compression était différente lorsque
l’éprouvette était saturée, séchée à l'air ou séchée à l’étuve à 105 C°. On cite le cas d'une
roche dont, à l'état saturé, la résistance à la compression, ne valait que la moitié de la valeur à
l'état sec.
Les résistances à la compression uniaxiale sont, comme tous les essais sur matériaux rocheux,
dispersés. Ceci résulte du caractère discontinu de la roche. Toutefois, cet essai simple et peu
coûteux peut donner de nombreuses informations sur le matériau rocheux, à savoir :
- Le classement de sites par l’examen des valeurs moyennes de résistances ;
- L’hétérogénéité d’un site par la variation d’une zone à l’autre ;
- L’anisotropie du matériau par la différence de résistance suivant plusieurs directions ;
- Une indication de fracturation du matériau par la dispersion des résultats
1.3. Essai de traction indirecte.
Les roches ont généralement une faible résistance à la traction, due aux microfissures
préexistantes. L'existence de ces microfissures peut également être la cause de la rupture
soudaine de la roche en traction sous une faible contrainte.
La résistance à la traction de la roche peut être obtenue à partir de plusieurs types d'essais.
La résistance à la traction directe est obtenue par traction jusqu’à la rupture d’une éprouvette
cylindrique dont les extrémités ont été collées sur des têtes métalliques. La résistance à la
traction peut être déterminée par un essai de traction indirect connu sous le nom d’essai
brésilien.
La résistance maximale à la traction peut être limitée par celle de l’interface colle- éprouvette,
ce qui est le cas pour les roches de résistance à la traction supérieure à 15 MPa.
C’est pourquoi un essai de traction indirecte, l’essai brésilien, a été emprunté au domaine du
béton. L’éprouvette d’élancement (hauteur/diamètre) minimal égal à un, subit une
compression suivant deux génératrices opposées. Cette compression s’exerce par
l’intermédiaire de pièces métalliques ou en interposant un carton d’épaisseur millimétrique,
pour « gommer » les irrégularités éventuelles des génératrices du cylindre. La vitesse de mise
en charge recommandée par la SIMR (Société Internationale de Mécanique des Roches) est
de 200 N/s. La résistance à la traction est calculée par :
Avec : σt : résistance à la traction, P : effort à la rupture, D : diamètre de l'éprouvette, L :
longueur de l'éprouvette.
L’état de contrainte au centre de l’éprouvette, au moment de la rupture, est représenté par une
contrainte de compression verticale σy égale à :
L’essai brésilien n’est un essai de traction que pour les matériaux fragiles : les roches, le
béton, le verre. La rupture doit impérativement se produire à partir du centre, sous forme
d’une fracture unique verticale. Il peut y avoir des difficultés expérimentales dans le cas de
roches fortement anisotropes et pour les roches ductiles (sel, argiles, ...).
Fig. 15 Dispositif pour essai brésilien
La résistance intrinsèque des matériaux peut s’exprimer de différentes manières.
L’essai brésilien, est réalisé en comprimant entre les plateaux de la presse une éprouvette
cylindrique le long de deux génératrices opposées : la rupture est obtenue par traction au
centre de l’éprouvette. On évite ainsi les difficultés de collage des têtes et la dispersion des
valeurs est moins grande que dans l’essai direct.
Si P est l’effort fourni par la presse au moment de la rupture, R le rayon de l’éprouvette et H
sa hauteur, la résistance à la traction indirecte est donnée par :
Fig. 16 Mécanisme de rupture dans un essai brésilien
1.4. Compression triaxiale
En profondeur, la roche est soumise à des contraintes axiales et radiales (triaxiales), et la
résistance à la compression est plus forte en conditions triaxiales.
Les essais de compression triaxiale représentent mieux les contraintes existant dans des
massifs rocheux. L'essai de compression triaxiale est effectué sur des éprouvettes cylindriques
soumises d'abord à une contrainte de confinement ou sphérique (σ1 = σ2 = σ3) et ensuite à un
déviateur σ1-σ3, la contrainte de confinement σ2 = σ3 restant constante. On mesure également
la déformation longitudinale εl au cours du chargement. On peut aussi effectuer des cycles de
charge et de décharge.
L’état de compression triaxiale vraie signifie 3 contraintes principales différentes. On admet
souvent pour simplifier que les 2 contraintes radiales sont égales à la contrainte principale
mineure (essai triaxial axisymétrique).
L'essai de compression triaxiale permet aussi de mesurer l'influence sur la résistance à la
compression de la contrainte de confinement : plus σ2 = σ3 est élevé, plus élevée est la
contrainte de rupture σ1. La figure 17 montre trois essais sur des éprouvettes du même
matériau pour trois valeurs de la contrainte de confinement. On constate que la contrainte de
rupture augmente et que le passage de la zone élastique à la zone de fluage (contrainte σF)
devient de plus en plus net. Cet essai permet aussi de mettre en évidence le fait que le
comportement du matériau devient plus ductile au fur et à mesure que la contrainte de
confinement augmente.
Fig. 17 Influence de la contrainte de confinement sur la contrainte de rupture
La température de l'essai a aussi une influence sur le comportement du matériau. La résistance
à la rupture σ1 diminue avec l'augmentation de la température tandis que le matériau devient
de plus en plus ductile.
Ces deux constatations, passage au comportement ductile pour une contrainte moyenne
croissante et pour une température croissante sont de nature à expliquer les déformations
importantes constatées dans des formations naturelles sans passage à la fracturation du
matériau.
La rupture d’une éprouvette soumise à un essai de compression triaxiale se présente
généralement sous la forme d'un plan de cisaillement oblique par rapport aux directions des
contraintes principales encore que pour des pressions de confinement fort élevées un réseau
de fractures multiples peut être observé (rupture ductile).
A partir d’une série de tests triaxiaux, les contraintes max (σ1) sont obtenues pour différentes
contraintes latérales (σ3). En traçant les cercles de Mohr, on définit la courbe intrinsèque et on
obtient la cohésion et l'angle interne de frottement.
Fig. 18 Résultats d’essais de compression triaxial
2. Comportement différé
En mécanique des roches, le comportement différé fait référence à la façon dont les sols et les
roches se déforment ou évoluent dans le temps sous l'action de charges constantes ou
variables. Ce comportement est souvent caractérisé par des phénomènes tels que le fluage, la
consolidation et la relaxation, qui peuvent avoir un impact significatif sur la stabilité des
ouvrages géotechniques. Ce comportement peut entraîner une rupture différée, même si la
contrainte appliquée est inférieure à la résistance à court terme de la roche.
Lors de l’application de la charge pendant longtemps, la déformation et la résistance des
roches sont affectées par le temps d’application de cette charge.
3. Autres essais utiles
Dans le contexte de la géotechnique, les essais de chargement statique sont utilisés pour
déterminer la capacité portante des pieux et leur comportement sous charge. Les essais de
chargement statique sur plaque permettent d'évaluer la résistance et la capacité portante des
sols.
Essais sur chantier : Vérifient l'étanchéité et la stabilité des ouvrages
Sondages et forages : Permettent de caractériser la nature et la répartition des sols
4. Critères de rupture
La limite de résistance est définie par la contrainte à laquelle le matériau commence à se
déformer de façon plastique. Cela représente généralement une limite supérieure à la charge
qui peut être appliquée. Un critère de résistance limite est une hypothèse qui concerne la
limite de contrainte sous n’importe quel état de contraintes. Ceci est généralement décrit par
trois contraintes principales.
CHAPITRE III : STRUCTURES DES MASSIFS ROCHEUX
Les massifs rocheux sont très complexes, ils sont assimilés à un assemblage de blocs appelés
matrice rocheuse lesquels sont délimités par des discontinuités constituées de fissures, de
fractures ou de failles ou encore de limites stratigraphiques. Le comportement mécanique des
massifs rocheux est un facteur déterminant dans le dimensionnement des ouvrages qui y sont
exécutés. Afin de comprendre, expliquer et modéliser ce comportement, il est nécessaire de
connaître la structure géométrique ou plus précisément le modèle de distribution géométrique
des fractures, ainsi que les propriétés mécaniques de chacune des composantes que sont la
matrice rocheuse et les discontinuités.
Fig. 19 Description d’un massif rocheux
1. Contexte géologique et hydrogéologique d’un massif rocheux
La connaissance du cadre géologique général dans lequel se situe le massif est nécessaire pour
expliquer sa structure et la nature de la roche (unités géologiques concernées par le projet,
relations entre elles, principaux accidents, histoire tectonique…).
La description des conditions hydrogéologiques des discontinuités étant généralement
associée à l'étude structurale du massif, il est également nécessaire de connaître le contexte
hydrogéologique général : identification des aquifères et de leur mode de fonctionnement,
type de perméabilité, conditions d'alimentation, exutoires, etc.
Si la géologie générale du site est mal connue, une étude détaillée peut être nécessaire,
utilisant les différents outils et méthodes de la géologie : levés de terrain, cartographie, recueil
de données hydrogéologiques, interprétation de photographies, imagerie géophysique,
sondages, puits et galeries de reconnaissance.
Pour l'étude structurale, il est parfois nécessaire de segmenter le massif étudié en sous-
ensembles homogènes.
2. Méthodes d’observation et d’échantillonnage
En ingénierie des roches, on cherche à caractériser des volumes rocheux dont les dimensions
sont comparables à celles des ouvrages envisagés (de quelques mètres à quelques
hectomètres). Comme il est impossible d'observer directement de tels volumes dans les trois
dimensions, les observations s'effectuent sur des parties visibles de la surface du massif
(affleurements) ou grâce à des sondages, galeries ou puits de reconnaissance. Ces
"échantillons" de massif rocheux doivent englober un nombre suffisant de discontinuités pour
en comprendre l'organisation. Les informations suivantes, décrivant les conditions
d'échantillonnage doivent être relevées.
- Par affleurement :
• Nature de l'affleurement : naturel (falaise, lit d'une rivière, roche moutonnée…) ou artificiel
(talus de déblai réalisé à l'explosif, sondage à pelle mécanique…).
• Représentativité : situation géographique et géologique, dimensions, pente, orientation.
- Par forage, galerie ou puits :
• Forage carotté (avec orientation des carottes) ou descriptif (avec observation endoscopique).
• Méthode de creusement de la galerie ou du puits (fracturation induite). -Inclinaison et
direction du forage de la galerie ou du puits.
3. Description des discontinuités
Afin d’étudier le comportement mécanique ou hydraulique d’un massif rocheux, il est
essentiel de connaître son degré de fracturation ainsi que la répartition des discontinuités dans
l’espace. Pour un ensemble de massifs rocheux, les discontinuités constituent une
superposition de différentes familles de fractures, disposant chacune de lois de distribution et
des caractères statistiques différents. Ces derniers sont souvent déterminés par le biais de la
méthode de projection stéréographique. L’objectif principal d’une étude géométrique des
discontinuités est de déterminer :
• Si elles sont classables en familles (orientations voisines)
• Si elles structurent le massif rocheux en blocs (continuité et connectivité importantes)
a. Type et classification des discontinuités
On distingue généralement quatre grandes familles de discontinuités, par exemple pour les
falaises calcaires :
• Les joints de stratification : Ce sont des joints qui découpent régulièrement le massif en
bancs parallèles, d’épaisseurs variables en fonction de la nature des séquences de dépôt et de
leur mode de mise en place. La stratification provoque des discontinuités de forte extension ;
• Les diaclases : Ce sont des discontinuités de faible extension, généralement intra-bancs sans
déplacement relatif des épontes. Dans les roches sédimentaires de couverture, les diaclases
issues des différentes phases de déformation (plissement de la roche), elles sont généralement
perpendiculaires aux bancs ;
• Les failles : Ce sont des discontinuités comportant un déplacement relatif des épontes, liées
à des épisodes de déformation, les failles présentent généralement une extension (continuité)
importante ;
• Les fractures : Ce sont des discontinuités de forte extension, généralement intra-bancs sans
déplacement relatif des épontes ;
• Fissure : discontinuité ne traversant pas complètement l'objet considéré ;
• Bande de cisaillement, couloir de fracturation : zone fracturée résultant d'un mouvement de
cisaillement entre deux compartiments plus compacts (peut être considérée comme une faille
à une échelle plus grande) ;
• Schistosité : feuilletage plus ou moins serré, acquis sous l'influence de contraintes
tectoniques (exemple : l'ardoise) ;
• Foliation : différenciation pétrographique entre des lits formant ainsi des feuillets
généralement soudés les uns aux autres, mais pouvant engendrer des fractures.
b. Caractéristiques des discontinuités
• Etendue (ou extension ou continuité ou persistance) Surface totale de la discontinuité, que
l'on peut approcher par la longueur de son intersection avec la surface d'observation (trace), à
condition que celle-ci soit suffisamment étendue. Sur le terrain, on notera, par exemple, L > 3
m si une discontinuité est visible sur 3 m et qu'une seule de ses extrémités est visible. Si
aucune des extrémités n'est visible, on notera L >> 3 m. Une discontinuité peut être
interrompue par des ponts rocheux reliant les deux lèvres (ou épontes). On définit alors un
pourcentage de ponts rocheux ou, inversement, un taux de persistance.
• L’ouverture C’est la distance entre les épontes (ou épaisseur de la discontinuité), ce facteur
influe surtout sur la circulation des eaux (ruissellement).
• L’espacement C’est la distance mesurée perpendiculairement entre deux plans appartenant à
une même famille de discontinuités. L’espacement moyen nous renseigne sur le débitage en
blocs et sur la déformabilité et la perméabilité du massif.
• Le degré d’altération et le remplissage Matériau remplissant totalement ou partiellement la
discontinuité (nature et épaisseur). L’altération chimique affaiblit les caractéristiques des
discontinuités. Le matériau de remplissage s’il existe influe sur le comportement mécanique
des discontinuités en fonction de ses propres caractéristiques mécaniques et de sa quantité.
Par exemple, un remplissage d’argile augmente la cohésion mais diminue le frottement et
donc peut favoriser un glissement sur la discontinuité.
• Morphologie des épontes Les discontinuités pouvant avoir des extensions importantes, il est
nécessaire de décrire leur morphologie à différentes échelles. A l'échelle la plus grande, elles
sont assimilées à un plan ou à une surface courbe (cas des plis ou de certaines failles), qui
peut être définie par plusieurs facettes planes. A une échelle plus petite, on cherche à
caractériser les écarts par rapport à cette surface moyenne.
• Altération et résistance des épontes La résistance des aspérités influence la résistance au
cisaillement. Si les épontes des discontinuités sont altérées, cette résistance est plus faible que
celle de la matrice rocheuse. L'altération peut être d'origine météorique (infiltration d'eau
superficielle) ou profonde (eau thermale).
• Orientation (ou attitude) des discontinuités L'orientation du plan moyen d'une discontinuité
est décrite par deux angles, un pendage et un azimut, définis respectivement par rapport à
l'horizontale et au nord. L’azimut est défini par la direction d’une horizontale du plan mesuré
de 0 à 180° par rapport au nord, angle de la projection horizontale du vecteur (p) avec le Nord
en tournant vers l’Est. Il vaut (α + 90). Le pendage est l'inclinaison du plan par rapport à la
verticale, mesurée de 0 à 90°, il est caractérisé aussi par un sens de plongement, c’est l’angle
que fait le vecteur (p) avec le plan horizontal (β).
• L’ondulation et la rugosité influent sur la résistance au cisaillement de la discontinuité à
travers l’existence ou non d’ondulation à grande échelle et la présence ou non d’aspérités à
petite échelle.
4. Classification des massifs rocheux
a. Description de la matrice rocheuse
La roche est un assemblage de minéraux qui ont acquis des liaisons plus ou moins fortes au
cours de leur histoire géologique. L'analyse structurale d'un massif consiste à décrire les
caractéristiques et l'organisation des discontinuités qui le composent, et à expliquer leur
genèse en relation avec l'histoire tectonique du massif. Pour la classification, l’identification
lithologique des roches est basée sur la détermination :
• Du groupe original
- Roches sédimentaires : résultent de l’altération physique ou chimique des roches
préexistantes on distingue des roches : clastiques, chimiques, organiques (calcite, dolomie).
- Roches métamorphiques : résultent de la transformation sous haute température et pression
des roches préexistantes, soit en métamorphisme régional (les micaschistes) soit en
métamorphisme de contact (le marbre).
- Roches magmatiques : résultent du refroidissement d’un magma soit en profondeur
(plutoniques), soit en surface (les roches volcaniques), soit en mi-profondeur (les roches
hypovolcaniques), on distingue aussi les roches pyroclastiques (produits d’explosion).
• De la structure
- Stratifiées : avec parfois des remplissages des vides, comme les marnes.
- Feuilletées : avec des discontinuités qui sont caractérisées par une ouverture très mince.
- Massives : sans discontinuités originales précises, comme les calcaires, marbre.
• De la granulométrie Les termes descriptifs de la granulométrie (fondes sur la matrice
rocheuse) par exemple amorphe : pour les roches de texture vitreuse.
• De la composition minéralogique En portant une attention particulière sur :
- Les minéraux silicatés associés (les quartz et feldspaths).
- Les minéraux de couleur noire (les micas, amphiboles, pyroxène).
- Les minéraux argileux.
- Les minéraux carbonatés (calcite, dolomite).
- Les matériaux amorphes siliceux (le verre).
- Les matériaux carbonés (la houille).
- Les sels (la halite (sel gemme), le gypse).
- Les minéraux gonflants (l’anhydrite).
- Les sulfures (la pyrite).
4. Classifications géomécaniques (types et buts des systèmes de classification)
Les classifications des massifs rocheux fracturés continuent à évoluer depuis plus d’un siècle.
Leur utilisation a un intérêt considérable lors de l’étude de faisabilité et de dimensionnement
préliminaire d’un projet, surtout quand les informations mécaniques, hydrologiques et l’état
de contrainte in-situ du massif rocheux ne sont pas disponibles. Les systèmes de classification
prennent en considération plusieurs facteurs affectant la stabilité des massifs rocheux. Ces
facteurs sont reliés notamment à la résistance de la matrice rocheuse, la présence de l’eau et la
description des discontinuités (nombre de familles, espacement, rugosité, altération des
épontes, matériau de remplissage). Nous nous intéressons, dans ce qui suit, aux systèmes de
classifications quantitatives, nommés également classifications géomécaniques.
Les buts principaux de ces classifications se résument comme suit :
- Estimer indirectement les propriétés mécaniques à grande échelle d’un massif fracturé, en
particulier son module de déformation, sa résistance à la compression simple, sa cohésion et
son angle de frottement interne.
- Estimer le temps durant lequel le massif rocheux peut tenir sans soutènement (standup time).
C’est un indice très essentiel dans la détermination de la portée d’excavation.
- Donner des recommandations de soutènement des ouvrages.