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La Mise en Place Des Populations Dans L'Est de La Prefecture Du Lac Diapres Les Traditions Orales

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183

LA MISE EN PLACE DES POPULATIONS DANS


L'EST DE LA PREFECTURE DU LAC DIAPRES LES
TRADITIONS ORALES

Jean-Pierre MAGNANT

RESUME

Décrire la mise en place de populations amène à suivre des groupes


humains dans leurs déplacements. Cela implique queces groupes soient
identifiables. Or,les ethnies se font et se défont, changent de nom selon
les époques, selon les informateurs. Il faut donc être prudent quand on
cherche dansles textes anciens les ancêtres des ethnies actuelles.
En plus des ethnies, il faut tenir compte des groupes ayant un statut
inférieur dansla société et qui constituent une partie importante des agro-
pasteurs duKanem. Assimilés aux forgerons et aux chasseurs, ces
agriculteurs se distinguent des autres Kanembu par l'utilisation de l'arc.
Les traditions orales ne remontent pas au delà du débutdu XVIIème
siècle. On ne sait donc rien de précis sur les Bulda et leurs voisins qui
peuplaient le Kanem auparavant, car les textes de l'époque peuvent être
interprétés différemment.
Au XVllème siècle, au moment de l'invasion tunjur, des populations
d'agro-pêcheurs se mettent en place au sud du Kanem. Elles sont
composCes delanciers et d'archers alliés, sans doutede langues
tchadiques, et constituent deux pôles de peuplement le long de la branche
nord du Bahr el Ghazal (Bari et Ngouri) ou colonisentles rives et les îles
orientales du lac (groupes h i et kangena). Un deuxième ensemble de
peuples se met ensuite en place, peuples de lanciers qui s'organisent
autour de Ngouri.
Un clan d'archers, les Darka, venu plus récemment, entre en conflit
avec les gens de Bari et s'impose aux gensde la cité de Ngouri, tandis que
les lanciers ngijim, arrivés plus tard, structurent
la cité de Dibinintchi. Les
guerres entre ces deux cités s'ajouterontaux troublesqui bouleversèrent la
vie du Kanem avant l'occupation fiançaise.
184

To describe the settlement of populations leads t~ follow h u m a


groupings in their nnovements. 'This inlplicates that those groupirngs are
identihble. Now, e t h i c groups aggregate and disaggregate, change rbeir
n m e as time passes, or accordhg to the infamants. 8ne muse l x cautious
when losking for the mcestors of present e t h i c groups in texts written
severd centmies ago.
ore over, grouphgs having a pa.rticu1a.r social status muse not be
tten, for they represent m important part of Rmern's agro-
pastsralists. Ranked together whirh ' and hunters,
these
agriculturdists are disthguished fiom 0th bu by theip-use of the
bow .
Oral traditions don't go back to the begiqmhg of the hv'.
Nothhg accmate c m be stated about the Buldla m d their Wh0
lived in Kmem before, for the texts of that t h e c m be interpetated in
different ways.
Durhg the h centuagr, at the thne of the Tunjur invasion, 1

populations of hers sede in South-Kanem. They are composed of


allied bowmen and s p e m e n , possibly o ' lmguages, and they
settle asunrd eow poles ( B a i and Ngollri) e northem pm-t cf the
Bahr el Ghmd, OP colonke the eastern shoresmd islands of the l&e ( H g u r i
m d Kmgena groups).
Then, a second grouping of s p e m e n settled rnostly aocmd Ngouri.
Eater, a codict burst sut between a clan of bowmen, the Daka, xrived
more recendy, md the people of Bari. Compelled t s flee from Bari, the
Dmka submitted the clans of the city of Ngouk, wMe N g i j h s p e m e n ,
mived later in the aea, stsmctmed the C i t y of Dibinhtchi. W a s between
the two cities added to the troubles which ovehrew Rmem's life before
French occupation.
185

Les lignes qui suivent nesont que la présentation delëtat actuel d'une
recherche qui est loin d'être achevée: aucun des résultats présentésici ne
saurait être considéréconme définitif.
Dans les lignes qui suivent, le mot "Kanem" désigne, sauf précision
contraire, la région divisée entre les départements tchadiens actuels du
Kanem et du Lac. Le mot "Kanembu" désigne l'ensemble des sédentaires
du Kanemqui parlent la langue kanembu.

1. RlETHODOLOGDE ET DEFINITIONS

Essayer de présenter la mise en place de populations pose un grand


nombre de problèmes car on a tendance à chercher à décrire des
déplacements de groupes constitués une fois pour toutes, qu'ils soient
ethniques, tribaux, claniquesou lignagers... Or, on ne sait pas ce que sont
une ethnie, une tribuou un clanet, lorsque l'on arriveà appréhender l'une
de ces catégories dans le présent, l'histoire nous montre qu'il s'agit d'une
communauté au contenu extrêmement fluctuant. C'est le cas pourla région
qui nous préoccupe : la région située à l'est de la Préfecture du Lac et au
sud de celle du Kanem, région centrée sur Ngouri.
1.1. Présentation habituelle des populations de
la région
Les chercheurs qui nous ont précédé sur le terrain ont tous la même
présentation des populations de la région de l'est du lac Tchad. Quelles
que soient les critiques que l'on puisse formuler sur cette présentation,on
doit la reprendre afii de ne pas dérouter le lecteur.
En dehors des populations arrivées récemment (Tunjur, Arabes,
Fulbé), on considère généralement quela population est composée de trois
ethnies : les Kanembu, les Dazagada (il y a très peu de Tédagada)et les
Yédina (Buduma et Kuri). A l'exception des Yédina, considérés comme
des descendants de Sa0 ayant fui les raids bornouans vers le XVIème
siècle et réfugiés depuis dansles îles du lac Tchad, Kanembu sédentaires
et Dazagada nomadesl, proches linguistiquement, sont tenus pour les
populations les plus anciennes.

(1) Les termes "Dazagada" et "Tédagada" sont souvent abn5gés en "Daza" et "Téda".
L'ensemble Téda-Dazaest souvent désigne par les Frangais sous le nom de "Tubu".
De nos jours, cet ensemble est appellé "Gorane"par les Tchadiens. Réservant le
terme "Tubu" pour désigner les Tédagada du Tibesti, nous utiliserons ici, pour
&signer les nomades sahariens du Tchad qui ne sont ni des Arabes ni des Fulbé le
terme "Gorane".
186

Les premiers fond8rent l'Empire du Kmern, nnais ils en furent chas&


me sikcle p u les Bulala venus du lac Fitri. Us se rC&gi&remntau
Bomo d'oh ils repartirent 2 la reconquEte des terresancesedes B la f i n du
si&&. Les Bulala durent dors retourner dans leur anciennepaf~3e
u sein des Rmembu, &ffCrents clms existent dont celuides Magwni,
le vieux d m royd des empereurs du Kmem-Borna
Les soci6tCs du Rmem, qu'il s'agisse des E<membu ou des Dmagada,
sont &visCes en castes. Au sommet, les hommes "nomam", Kmembu et
Dmagada, ontles activit6s nobles (agro-pastordismeou 6levage nomade),
le chameau et le cheval, et se battent B la lance. Les artisans, forgerons,
tmeurs, poti&res,musiciens. ..,les archers s6dentaires (pr6sentCs c o ~ m e
"chaseurs") et les chasseurs au fiiet., serani-nomades, forment une caste
endogme d'intouchables avec laquelle toute relation sexuelle est
rigoureusement interditepour les individus "nomam". Enfin,la couche
inEkeure est composCe d'esclaves (tous 6mancip6s de nos jours) et des
dfimcb.
Si tout n'est pas & rejeter dms cette pr6sentation, les premiers resultats
de nos recherches de terrain montrent quel'on ne peut pluss'en satisfaire.
1.2. La ~~~e~~~~~~~~~ des groupes de peuplen~ent:
%eproblkme de l'ethnie
De nombreux travam ont 6t6 puMiCs r6cement qui remettent en cause
la notion d'ethnie copp11p1e r6ditC sociale fiable pour une histoire du
peuplement. En ce qui nous concerne, mous distinpons deux acceptions
du terne : l'me objective, l'autre subjectivel.
La premih-e acception, dite "objective", reposa sur l'observation qu'un
obsematew &ranger B la rkgion peut faire des dB6rences culturelles entre
les h o m e s qui la peuplent, diff6rences qui appaaissent au niveau de
l'habitat., des techniques de production, des croyances et des rites, de le?.
langue, etc. Dans la region qui nous occupe,on distinguera dors les gens
des temes des gens des îles, les premiers 6tmt divis& en agriculteurs
sCdentaires, chassews semi-nomades: (en voie de s6dentarisation de nos
jours) ou deveurs nomades. Les agriculteurs stdentaires des terres
exondCes se divisent entre gens de la lance et gens de l'arc. Les insulaires
palent des lmgnes du groupe tchadique, les nomades(Cleveurs et
chwsews) parlent le ehzaga ou l'arabe,les s6dentaires des temes exondees
palent le kmembu et, en pays mjw, l'arabe.
(1) J T AMSELLE et E. M'BOKOLO : ''An coeur de I'ethnie",Paris, La DCceuverk,
1985. J.P. CHIPETIEN et @.PRUNIER : Les ethnies ont une histoire, Paris,
Karthala-ACCT, 1989.
187

Carte nol
La région du Lac Tchad

KANEM : Etat pn5colonial Babalia


@ : Bad6 Kenga
@ : Ngijinl Kula
@ : Kotoko Jongor du Guéra
Dal O : villeabandonnée Mao : ville actuelle
188

La demi&meacception, dite "subjective", repose surfait le que certains


h o m e s ont le sentiment de constituer une conamunaute differente de
celles des autresh o m e s . Depuiq la plus haute antiquite, on ne conpit ces
cornunautes que c o r n e fondees sur un anc8tre coyfltllun B tous leurs
membres, et cette conception est renforcée par les tenants des religions
abrahamiques avec la 1Cgende d' dan et Eve dont les descendants sont
censCs avoir engendré les s races,qui se sontscindées en nations
OU en et hi^, dIes-~nn&es scindees~ I tpibus,I clas, etc. Des lors, la prise
de conscience ethnique debouchera sur l'invention d'un anc6trec o l m m
ethnique(tribal ou cl d'une gén6alogie permettant
de situer
tout
individu
groupe
du l'ancStrerkf6rence.
de
Cette conception, surtout chez les Chretiens et les
M u s h m s , n'est pas la seule : de nombreuses populations de la region
tchadienne se voient c o ~ m conmunautés
t territoriales et non c o r n e
csmunaut6s consanguines. Ahsi, des groupes vivant sur un mSme
territoire (d6fh.i g6nkralementc o r n e la zone contr616epar un ou plusieurs
dieux), meme lorsqu'ils sont d'origines $ifferentes et quelle que soit la
rigidite des clivages qui les separent, se considh-emtcomne constituant
une entiti5 distincte des autres commaut6s humaines. Les clivages qui
divisent une collectivit6 territoriale d6bouchent souventsur la constitution
d'ensembles qui se considhrent de nos jours comme descendants d'un
mc6tre p&ic&er, mais ce n'est pas toujours le cas : certains ancêtres sont
m6me parfois invends pour répondre aux questions pressantes de
l'enqueteur, c o r n e le montrerait, loin de la rêgion étudiée, le cas des
Sara-Kabal.
Dans les deux acceptions duterne, nous avons d6fb.i l'ethnie co~mnele
moment de l'histoire d'un groupehumain situ6 entre deuxaccuhratiom2.

Se pose alors le probl&me de la dénomination des groupes dits


"ethniques". Selon l'auteur de la d6nomhation, selon ceB quoi il se refere,
le nom change pour un m8me ensemble humain. Or, les appellations
varient au cours de l'histoire.
On ne mettra donc jamais s u f f i s m e n t en garde contre l'utilisation
intempestive des dénominations ethniques. Pour la région qui nous
occupe, signalons par exemple que les ternes "Kanembu", "Kmuri" ou

(1) N. NGOUSSOU : "Les&n-Q-i%.zbQ de Ngagzte, i%foyen-C%u-i, Tchad","%aire de


l'Universit6 du Tchad, doc. multigr., s.d., s.1.
(2) J.P. MAGNANT : "La conscienceethniquechez les populations sara", in J.P.
CHRE'I'EN et @. PRUNIER, op. cit. p. 330.
189

"Magumi" ne sont que très rarement utilisés dans les sources écrites
locales ("Diwan...", écritsde Ibn Furtu, girgam...)et ne sont utilisés,à
l'époque contemporaine, qne sousla pression des enquêteurs européens
dans la région du Kanem.
Ainsi, sur notre terrain,le terme "Magumi" est totalement inconnudes
populations. Le terme "Bornouan" est préféré au terme "Kanuri", surtout
quand on l'oppose à "Hausa" ou à "Kanembu". "Kanembu", comme
"Bornouan", ne peuventen tout cas pas être pris comme des désignations
ethniques, mais seulement comme des dénominations appliquées à des
hommes originairesdune même région(le Kanem, le Bomo), même s'ils
ne sont pas de la même ethnie : ainsi, les Badé, les Ngijim ne sont pas
Kanuri, mais ils seront considérés comme Bornouans ou comme
Kanembu selon qu'ils habitent la haute Komadugu oula région de Ngouri.
Beaucoup d'ethnies repérées parles Européens n'ont pas de nom local
ou n'en ont eu un que très récemment, souvent au contact des Blancs qui
le leur ont donné. Inversement, unefoule de groupements ont des noms
particuliers : Kanku, Darka, Kangena ..., chaque groupe ayant ses
subdivisions (par exemple, chez les Ngijim : Ngaja, Ulia, Kaïléru,
Tomagra...). En trois enquêtes, nous avons ainsi relevé plus de cent
ethnonymes chezles sédentaires de la région de Ngouri, et la liste est loin
d'être exhaustive. Certains termes semblent désigner d'anciens groupes
ethniques individualisés à l'origine qui, après fusion dans un ensemble
plus vaste, sont devenus de simples tribus ou clans. D'autres, au
contraire, simples clans à l'origine, sont devenus de véritables ethnies.
Tous ces groupes sontde plus en plus fondus, mélangés, oblitérés dans et
par l'appellation moderne de "Kanembu".
1.4. Les ethnonymes anciens
Vu les difficultés que l'on vientde décrire, il conviendra de manipuler
avec beaucoup de précautions les dénominations ethniques des textes
anciens, surtout lorsque l'on cherche la correspondance entre les
appellations anciennes et modernes, ce en l'absence de tout inventaire
complet des ethnonymes contemporains.
Ainsi, un groupe est connu depuis plusieurs siècles sous le nom de
"Tomaghra". Il est vraisemblable queles actuels Tomaghra sont
apparentés à ceux du Diwan. Or,les Tomaghra actuels sont répartis entre
éleveurs nomades du Tibesti, semi-sédentaires du Kawar et agriculteurs
sédentaires du Kanem, certains constituant même une fraction des Ngijim
de Dibinintchi (lesquels se disent Bulala et parlentle kanembu ...).
190

a
O
'e w 4

4
4

Mao @ : ville 3 : Kmgena


Dd18 : ville abandom6e 4 : Kogona
:;::
;*:+z:
::::. : exutoire du Lac (cote 283 m)
5 : Korio
: Jalia 6 : Kuri
2 : Kajidi 7 : Tunjur
8 : Buduma
191

Les choses se compliquent avec le groupe extrêmement ancien des


"Key" ou "Kay". En faire les ancêtres des Koyanl n'est pas justifié,
surtout quand on sait qu'il ya encore, disséminés au Kanem, des
agriculteurs sédentaires du nom de Key.
De même, dans le texte de MAQRIZI sur les "Races du Soudan",
traduire "Kankuma" ou "Kanaku"par "Kotoko"2, le k r r et le "t" pouvant
être confondus dans un manuscrit arabe, mérite d'être reconsidéré quand
on sait qu'existent encore de nos jours des Kangena et des Kanku.
De tels exemples peuvent être multipliés : les Kiléti, population
d'archers de la région de Massakori, sont présentés comme des Koyam
par PALMER sans justification3.
Mais, de très nombreux noms d'ethnies qui nous sont transmis avant le
xv1Tème siècle ne correspondentà rien de nos jours et des textes comme
ceux d'Ibn SAÏD ou de MAQIUZI sont en grande partie inutilisables. Ainsi,
des noms comme "Ankarar" ou "Djabi" n'ont aucune équivalence connue
actuellement ;le terme "Zaghawa" a changé de sens au cours de l'histoire
mais, de nos jours, aucune population nese donne ce nom, pas plus que
celui de "Gorane", même si ces deux termes sont couramment utilisés
depuis longtemps.
De la même façon, quand on connaît l'histoire des Kuraa (une fraction
des Kuri) telle qu'ils la racontent, on peut douter que les "Kura" des
géographes arabes soient les mêmes que les Kuraa contemporains. En
effet, ceux-ci disent venir de la ville de Sulu et leur ancêtre l'aurait quittée
il y a une quinzaine de générations, ce qui correspond à l'époque de la
destruction de la ville par Idriss Alaoma, trois siècles aprèsIbn Saïd4. S'il
faut utiliser avec prudence les renseignements fournis sur les Kura, il faut
en faire de même avec les "Bad?', même si tout porteà croire qu'ils sont
bien les ancêtres des Badé contemporains.
Les textes d'Ibn FURTU sont plus intéressants, mais les noms qu'il
donne aux populations qu'il décrit sont les noms donnés par les
Bornouans et pas ceux quese donnent les groupes concernés.A relire les
"Guerres du Kanem",il semble bienque le mot "Bulala" qui y est utilisé
n'ait pas plusde valeur ethnique au XVIème siècle que le mot "Kanembu"
(1) H. BARTH : "Travelsand Discoveries...",t. III, p. 27.
(2) D. LANGE : "Untexte de Maqrizi...",Annales islamologiques, 15, p. 203.
(3) H.R. PALMER : "Sudanese Memoirs", London, Cass, 1967, p. 54 (ms. deIbn
Furtu p. 86).
(4) LANDFROIN, "Du Tchad au Niger, notice historique", Documents scientifiquesde
la Mission Tilho, Paris, Imprimerie Nationale, t. II, p. 321. Cette généalogie nous a
été c o m é e par M. Mustapha BRAHIMI, chef deCanton d'Issérom, Doum-Dom,
le 3/01/1987.
V
193

au XXème, et on se demande même s'il ne faudrait pas, de nos jours,


rendre le premier par le second. Mais on ne sait pas si les Bulala du
xvlème siècle se désignaient eux-mêmes comme "Bulala". Par contre, Ibn
FURTU utilise une foule dethnonymes plus précis quand il parle des
populations du Kanem, mais ces ethnonymes ne nous disentpas grand-
chose aujourd'hui. La seule certitude, c'est qu'Ibn FURTU les a bien
orthographiés (cequi n'est pas forcément le cas pour les auteurs arabes)
et, les copistes ultérieurs étant bornouans, on peut estimer que les
altérations ont été limitées. Il y a donc peu de chances que le terme
"Kananiyya" qui désigne les gens de Sulu ait été déformé. Bien que de
nombreux groupes actuels disent venir de Sulu, le terme "Kananiyya" n'a
jamais été utilisé devant nous.
Ainsi, les sources antérieures au XVIIème siècle ne nous sont guère
utiles pour connaître le peuplement de la région. D'ailleurs, depuis Ibn
FURTU et les guerres &Idriss Alaoma, des crises nombreuses ont
bouleversé le pays : aux crises climatiques (grandes sécheresses alternant
avec des périodes très humides) se sont ajoutées des crises politiques et
des guerres, des invasions (Tunjur, Kogona...) et des razzias (Ulad
Sulayman, Ouaddayens...). L'effondrement du système politique bulala,
quel qu'il ait puêtre,entre 1570 et 1630, fut contemporain du
débordement du lac dans les ouadis du Sud-Kanem : ce fut une rupture
dans l'histoire de la région et les traditions orales que nous avons
recueillies ne vont pasau delà.
1.5. Les groupes ayant un statut particulier (pseudo-castes)
La détermination des ethnies n'estpas la seule gageure : il existe des
groupes à statut particulier dont l'étude ne saurait être négligée.
On sait que les sociétés sahélo-sahariennes du Tchad font une place à
part à certains groupes humains méprisés et contraintsB l'endogamie. Ces
groupes sont connussous le nom arabede "haddad" oule nom dazagade
"azza". Au Kanem, le terme utilisé est "duu" ("dugu" kanuri)l.
en
Ces populations méritent qu'on s'arrêtesur leur cas car,là encore, on
est allé trop vite en besogne en considérant que les appellations "duu",
"haddad" ou "azza" recouvraient une réalité monoethnique. Trois groupes
doivent, en effet, être distingués : le groupe des chasseurs au filet
("Séséya"au Kanem, "Ngiringirima" au Borno, "Kodra"au Guéra,

(1) Y a-t-il un rapport entrece mot etle nom del'mcêtre de la première dynastie connue
du Kanem, Dukx ? LB encore, la prudence s'impose lorsque l'on rapproche des noms
et toute conclusion hâtive sur une dynastie de rois-forgerons doit Q t r e prise avec
beaucoup de pkcautions.
"Demu$i" au Ouadday),le groupe desartisans (forge, poterie, extraction
du natron, chant et musique...) et le groupe des agriculteurs-éleveufs
sédentaires qui sont m C s d'arcs et de flikhes et se distinguent ainsi des
qui utilisentla Imw.
ya sont repartissur tout le nord du Tchad entrele Gu6ra etle
ades b l'origine, ils &aient soumis aux Clevems goranes et
am paysans s6dentah-e~avec lesquelsils avaient des rapports h6galitaires
qui en f&aient des popdatiom s o e s e s et mwgindSes, approprides par
%eschefferies et les clansdes s ou des sedentairesselon un mode
de relations qui, mutatis muta n'est pas sans rappeler les relations qui
existent actuellement entre 1 sans dela forêt oubmguienne et les
PygmCes. Les SCséya que nous avons connus dans la region de Ngouri
parlent le dmaga ; ils sont sCdentarisCs et la chasse n'est plus qu'une
activit6 second&e pax rapport B l'agficul~eet B l'6levage. Kls sont restés
tmews.
Les artisans, en particulier les forgerons et les potihes, constituent des
groupes endogmes qui vivent en marge des campements nomadesou des
villages scdentaires auxquelsils appartiennent. Sans etre des esclaves, ils
peuvent faire l'objet de transactions d'un village i3 un autre, d'un clan B un
autre, au mEme titre que les SCsCya. IntCgrCs culturellement 2 la sociCtC
dms laquelle ils vivent, ils en parlent%almpe.
Sont-ils d'anciens SQéya ? Ont-ils constitué autrefois une ethnie
particuli&re? Les dom6es dont on dispose actuellement sont trop floues
pouf qu'on se hasarde autre chose qu'A des hypoth&ses.A celles qui
existent, nous nouspermettons d'ajouter la n6tre :nCe a une Cpoque oii le
Bahr el Ghmal et les grands ouadis du nord du Batha,de l'Erne& et du
Tibesti codaient encore, la technologie dufer a pu se développer chez des
populations de pecheurs des berges des fleuves et des lacs. Ces
$té soumises aux grands fetiches des agro-pasteurs
" du Kanem) selon des ImodditCs s m s doute voisines de
s aux Sara de vassaliseret de marginaliser Iles "Noy".
Si cette hypoth&sedevait etre retenue, le s sociam correspondants se
seraient d6roulCs avmt le W&mesi&cle doncavantl'apparition de
structures &attiques au Kanem. On pourrait dors imaginer que certains
Haddad et certains Kanaja des oasis du Sahara tchadiensont des
descendants de ces popdations fluviales proto-historiques.
Enfin, le troisihme ensemble de populations "duu"est f o n d de deux
groupes (ethnies ? tribus? clans ?) d'agro-pasteurs sCdentaires constitu6s
en Cités-Etats et parlant aujourd'hui le kanembu. II s'agit des trois clans
descendants de IL'ancetre Chukey: Bara, Adia et Wiya auxquels il faudrait
ajouter les KilCti et les Kru. A ces trois clans, s'est joint celui des
descendants de Darku, les Darka, qui est considéré comme bulala. Cet
195

ensemble de clans se distingue des autres agro-pasteurs kanembuphones


Mais, si les gens dela lance asshnilentles archers
par l'utilisation de l'arc.
aux Séséyaet aux artisans, eux se considèrent comme différents des autres
Duu et si les mariages entre chasseurs et forgerons d'une part et archersde
l'autre ne sont pas interdits comme ils chezles lanciersl,en fait, il y
le sont
a peu d'intermariages entreles archers et les autres Duu. De plus, autant
les Séséya et les artisans sont acculturés tant sur
le plan linguistique qu'en
matière de traditions religieuses ou historiques, autant les archers
constituent des sociétés fièresde leur passé et de leurs institutions.
Au contraire deE. C O m 2 , nous pensons donc qu'il faut distinguer les
archers des autres Duu : leurs institutions, leurs cités, leurs systèmes
d'alliances avec les lanciers3 nous portent à les comparer aux systèmes
citadins bulala, babalia4, kotoko, voire hausa. Ici, comme ailleurs, des
études ultérieures infirmeront ou confirmeront cette piste de recherches.
Ces précisions apportées, on peut aborder l'étude du peuplement la de
région partir du XVIème siècle.
2. HISTOIRE
DU PEUPLEMENT DU SUD-EST
DU KANEM
(REGION DE NGOURI)

2.1. Les Bulala

malgré les documents


L e peuplement bulala ancien reste très mystérieux
dont on dispose aujourd'hui.
Son origine au Mvème siècle n'est pas claire : selon les auteurs, le
texte de Ibn FURTU est lu différemment. PourJ.C. ZELTNER, "leur pays
d'origine, l'imâm Ahmad (Ibn FURTU)est formel, est le Fitri et le
Hadama, 18 où ils se trouvent encore de nos jours5. Pour
H.R. PALMER6,
(1) Selon notre idormateUr kanembu,M. Ali MAHAMAT, les Kanuri n'ont d'interdits
matrimoniaux qu'avec les Séséya, les tanneurs et les teinturiers, mais n'ont pas
d'interditsavec les forgerons et autres artisans (en kanuri,"artisan" se dit
"cbanama").
(2) Ceci apparaît dans tous les textes de E. CONTE, en particulier dans "Marriage
patterns ...",Paris, ORSTOM, 1983.
(3) Ces alliances sont toujours inégalitaires, soit que les archers dominent
les lanciers
comme à Ngouri, soitqu'ils sont domh6s comme B Dibinintchi.
(4) Les Babalia, bien qu'ils parlent une langue sara-baguirmienne, sont considérés
comme "Sao" par les Arabes du bas Chari, en particulier dans la région de
Massaguet.
( 5 ) J.C. ZELT N E R,"Pagesd'Histoire du Kanem...",Paris, l'Harmattan, 1980, p. 107.
(6) H.R. PALMER, op. cit. p. 17, (ms. Ibn Furtu p. 5).
196

"Thus God caused men of the tribe sfBulala andl of the people of Fitri
and Madama to enter Kwem''. N'ayant pas les connaissances en arabe
n6cess&es p o u trancher si Ibn dit que les Bdda &aient destribus
du N a d m a (ou du adama ?) et du Fitri ou s'il dome une liste
d'envahisseurs dont faisaient partie, entre autres, les Bulala, on se
contentera de signaler que le Diwan ne pale que des Bulala2 2 partir de
aY Dawud fils d'Ibrahim, ce qui dsme rais0 B J.C. ZELTNER.
Cependmt, dams m autre passage des "Guerres du mem", a n m T U
rnxque bien la diff6rence qu'il fait entre les Bulala les gens du Fitri si
R qui dit :"Captains

d pas les Bulda et les gens


pas dire qu'il les distinguait poup la

sugg&rent,il s'appuie SUT


des querelles dynastiques au seindu clan royal des Seyfwra, il ne saurait
8tre l h i t C h des rivalitCs de princes et a dii toucher des couches
hpsdmtes de la population. Ceci revient B poser 1
quelle(s) &ai(em)t la ou leslmgue(s) parl6e(s) au Kme
dans le petit peuple. Qu'ils viement du nord ou de
autochtones, les Bulala peuvent avoir par16 une langue est-saharieme ou
tehadique :en effet, les Dmagada devaient d6jg nom
la region 2 l'6poque et les m&tres des Kanplrri actuels parlaient me langue
du groupe est-saharien;d'autre part, la presence de locuteurs de langues
tcha&ques est attest6e dans la rkgion p x la pr&ence des Y6diraa SUI- les
rives et les 'iles du lac Tchad et par les traditions actuelles des Bulala qui
mentionnent des descendants de populations "Sao"sur le lac Fitri5, ce que
confirment certaines institutions [Link] les Bulda sont originaires du
Fitri, ils peuvent aussi avoir par16 une langue sua-baguirmieme si le

(1) ~eSi-& qui sou~$ne.


(2) Diwan Salatin Bornu, J p ~ ~27het suiv.
e
(3) H.R. PALMER, op. cit. p. 28 (ms. Ibn Furtu p. 36).
(4) Ce que confirerait un autre passage deIbn Fum moins net que le premier (cf. H.R.
PALMER, op. cit. p. 59 (ms. Ibn Furtu, p.97).
(5) F. HAGENBUCHER, "Note sur les Bilala du Fitri", Cahiers ORSTOM (Sc.
Humaines), vol. V,n04, 1968, pp.39-76.
197

peuplementKuka-Médogo-Kengaestantérieur à cette époque ; ils


pourraient même avoir parlé l'arabe si, contrairement à toute vraisemblance
mais en accord avec les traditions orales contemporaines,ils avaient été
arabisés avant leur arrivée au Kanem.
Enfii, on ne sait rien des institutions anciennes de cette population.
Ch. SEIGNOBOS fait remarquer1 que les constructions de briques cuites
dans les cités attribuées aux Bulala du Kanem et du Bahr el Ghazal sont le
signe d'une civilisation de Cités-Etats et non d'un royaume centralisé,
opinion que nous sommes enclin à partager, surtout si l'on considère
l'extension du phénomène citadin dans la région à cette époque (extension
qui semble d'ailleurs correspondre B l'extension des langues tchadiques).
En dehors du texte de Ikon l'Afr-icain sur l'Empire du Coaoga, Empire
où il n'a jamaismis les pieds, le seul texte qui étaye la these d'un royaume
centralisé est celui, beaucoup plus crédible, de IbnFURTU qui parle du
"Sultan" des Bulala, plaçant ainsi Abd el Djalir sur le même piedqu'Idris
Alaoma. Mais, quel était le degré d'intégration de l'ensemble bulala ? Quel
était le degré de soumission des citésà Abd el Djalil? Quel étaitle degré
d'homogénéité dela société bulala? Peut-être le sultan n'était4 à la tête
que d'une coalition tribale disparate, ce que tendraient B prouver le manque
de cohésion du Kanem,le manque de coordination de la résistance au
Borno ainsi que le nombre de ralliements qu'obtient Idriss à la faveur de
ses raids.S'il y a euun début de centralisation politique au Kanem entre le
XVème et le XVIème siècle, le texte de Ibn FURTU ne donne pas
l'impression quece processus était achevé en5702. 1
Ceci remet en cause un certain nombre d'idées reçues à propos des
Bulala. Il en irait demême en cequi concerneles relations entrele Borno
et le Kanem à partir du règned'Idrks Alaoma.
Contrairement B ce que l'on croit souvent, celui-ci n'a jamais annexé le
Kanem au Borno : il s'est contenté de mener cinq razzias,de détruire la
puissance militaire d'un chef bulala, d'installer un autreà la chef
place du
premier et de liquider la cité de Sulu et ses alliés aux marches de l'Empire.
Il faut attendre les guerres entre Tunjur et Bulala pour que, tirant les
marrons du feu,le Borno puisse s'implanterà Mao après épuisementdes
deux autres puissances. On notera alors que, si une partie des Bulala quitte
le pays, nombre d'entre eux restent auKanem et y sont encore
aujourd'hui.
L'arrivée de Dala Afono et de ses armées permit une colonisation
bornouane qui,B partir de l'axe Nguigmi-Mao,se développa versla région

(1) "LaSécheresse au Sahel", Bulletin de la Société Languedocienne de Géographie,


1078me année, n"3-4,1984, intervention de Ch. SEIGNOBOS, p. 146.
(2) A lire Ibn Furtu, il n'existe pas, au Kanem, de capitale comparable21 celle du Bomo.
198

de l'actuelle %sol, s m s doute suite aux s6dneresses qui sCvkent au


si6cles. Secheresse et colonisation bommume
du Bahr el G h z d qui passe par Ngouri les
popdations pr6-bomoumes qui vivaient entre Liwaet Mao. Ce bras du
Bahr el Ghmal, aujourd'hui B sec, fut, au e si&cle,une zone
refuge r&&e : les ouadis humideset densCm s y constituent une
source d'eau msur6e etdes rempas naturels contrela cavalerie $'ennemis
6ventuells ; l'habitat se regroupe au sommet des dunes où des guetteurs,
installCs sur des tours de terre, scrutent l'horizon. Les flancs de dunes
permettent l'association de l'Clevage et de l'agriculture sous pluie tandis
que le dCfrichage de certains suadis permet des cultures MguCes. Quant
aux ouadis encore inond6s B l'6poque9 ils pemettent la pkhe et des
culmes de deme.
Nous avons pu observer, h cet6 de Ngouri, au fond du Ouadi Way,les
vestiges d'une citCattribut%aux Bulala. La localisation de cette
inalplantation humaine est surprenantepar rapport B l'habitat actuelet a u
autres ruines bulala qui sont toujours placCs au sommet des [Link] peut
donc imaginer que la cite de Way fut construite lorsde l'aide des environs
du si&cle,B un moment oG l ' h o m e n'est plus hconmamod6 par les
mo des zones humides et oh, au contraire, il a des difficultCs B
s'approvisionner en eau. La cit6 dut etre abandomde lorsque le lac9
dCpassmt le niveau de la cote ' orda d m s le Bahr el Ghmal par
le bras
de Ngouri vers la fin du 6".
En tout cas, les Bulala ne sont plus B Way (alors inondC) lorsque
s'installent les mcetres des habitants actuelsde la region, si l'on en croit
les traditions orales.

Lorsque, chasses du Ouadday, les Tunjur s'installentau Kmem, ils ne


com~ssentpas l'existence de citCs autres que ao. ns trouvent sur place
des Bulala, dont les "Tomagha, les Mmgena, Tchemada, les Waaba,
les Jiabu et les Kimh". Les Tunjur consid6rent en effet que tous sont
B d d a au m6me fi&eque lesDaka de Ngomi ou les Ngijh de Dibhhtchi
qui s'installeront plus tard2. Signdons que cette assimilation des
armgena et des imin (Le. l'un des clan

(1) %)'apr&s les estimations de 9. LEY, "Etrades palynologiques ...",Travaux et


Documents de FORSTOM, no 129, Paris, 1981, p. 58.
(2) Traditions tunjur du Fugbu YUNUS et de Al Hadj YUSUF recueillies en 1986 et
1987 2 Mo0do.
199

Bulala est contestée par d'autres informateurs, mais, encore une fois, que
signifie le tenne "Bulala" ?
Bien qu'ils ne soient pas mentionnés par les traditions tunjur car ils
jouent encore a l'époque un rôle modeste, d'autres groupes semblent
anciens : les Badé, les Baréu et les habitants de l'actuelle Yalita,
descendants de Chukey. Si l'on en croit des récits concordants, les
premiershabitants sont les Baréu. Leur ancêtre, Annakuley ou
Annakoreyl, vivait seul surle site de Ngouri, avant que ne s'installent les
Tunjur et les Kogona, mais aprèsla disparition des Bulalade Way, alors
que le ouadi est encore inondé. Il est rejoint parles Badé qui lui donnent
une épouse. Cette antériorité des Baréuest confirmée parle fait que leur
Fugbu est encore aujourd'huile maître dela terre de Ngouri. Tel qu'il est
décrit dansles traditions, Annakorey semble avoir été un prêtre de la terre
vivant isolé pour faire ses rites, comme vivent encore aujourd'hui certains
prêtres tupuri, sar ou mbay. Son isolement et la crainte qu'il inspire se
traduisent, dans la tradition, par l'insistance mise 2 décrire sa disgrâce
physique (il est présenté comme borgne, avec une main et un pied
coupés), mais son pouvoir religieuxtelestque les nouveaux arrivants,les
Badé, recherchent son allianceluietdonnent une femme.
Si les Badé que nous connaissons sont bienles descendants des Badi
d'Ibn SAID, on peut alors imaginer que,à partir d'un habitatsitué au nord
du lac Tchad2, ils aient essaimé le long des cours d'eau,les uns vers la
haute Komadugu, d'autresvers Arégé surla rive sud-ouest dulac Tchad,
d'autres versla sortie septentrionale du Bahr el Ghazal. Ce mouvement de
populations aquatiques pourrait avoir eu lieu alors le que
lac atteignait ses
niveaux les plus élevés grâce aux apports de ses tributaires et que le
Kanem souffi-aitde l'absence de pluie, ce qui dut pousser des populations
sahélo-sahariennes versle sud. On avu que J. MALEY situait cette période
vers 16003.
(1) Contrairementà ce que dit CARBOU ("Larégion du Tchad et du Ouaddaï...",Paris,
1912, p. 51), Annakorey n'est pas l'an&tre des archers, et surtout pas des Darka,
mais des lanciers B&u.
(2) D. LANGE, "La région du lac Tchad d'ap&s la géographie d'Ibn Saïd, Annales
islamologiques, 16, pp. 149-181. J. BOULEGUE, "La l e c m ethnique d'Ibn Saïd,
d'après Ibn Fatima, chez les peuples riverains du Tchad (XIII" siècle)", in J.P.
CJ3RE"EiN et G. PRUNIER, op. cit. pp. 33 à 39.
(3) Peut-être ce mouvement des Badée s t 4 dû à une défaite contre des musulmans. Les
traditions des Bad6 de Badéri et de la haute Komadugu disent qu'ils durent quitter leur
d e (Badir, Badar ou Badéru) à la suite d'un conflit avec les musulmans qui
voulaient les convertir à l'islam : sur la pri&redu Prophète Mahamat, Dieu leur
envoya la famine et la maladieet ils durent fuir. Les Badé placentces événements au
Yémen. Peut-on imaginer que,loin d'avoir opposéles Badé aux Arabes, ce conflit
280

&oregr et les Bade, gens de la lance, vivent dors en borne


e avec leurs voisins, les descendants de Chukey, mivCs du
nord, qui se sont fn
is<
ts.
les Tunjup et des B d d a s' o et vont se faire
expulser par les Kogon
constituent au sud : celui de Ngouri autour des Bx6u et des BadC, et celui
de Bari autom des descendmts de Chdegr @ a a , A&a et JRiya).
Est-ce B cette 6poque que se constituent les poupes Kmgent et Km-i
sur la rive orientaledu lac ? On a vu que les traditions kwi, relevees tant
par LANDER~IN que par nous, r6pondent dans ce sens puisqu'elles font
partir leur anc6tre de 6rations aujourd'hui.
Tout le monde s'enten mgena et les Km-i ont
une meme origine, m i s les Kajidi 2 ces deux
groupes, ce que nous s jours, Kmgena,
Koris et Kajidi sont t'kmernbuïs6s" et les Km-i sont en voie de rapide
"kanernbu'isation''.
Nous ne savons pas grand chose sur l'origine de tous ces groupes
anciens, mais tout porte 2 croire que leur t'kanembuYsatisn"est rkcente.
Les Bad6 de BadCri, par exemple, disent ne faire qu'un avec les Bad6 du
Nig6Pia (haute Romadugn et pays mober) et pkcisent que la majoktC
d'entre em, qui a 6nmigr6 d&sle &but de lem pr6sence d m s la region vers
l'actuel Nigeria, "a gad6 lem ancienne langue". Or, les Bad6 du Born01
parlent, avec l e m voisins Ngijim, me langue tchadiquez.
Il est donc vraisemblable que, sque la colonisation bonmonme se
dCveloppe apr& la victoire des gona sur les Tunjur, une partie
importante de la popdation du Kmem, et pas sedement sur les jles du lac,
pale encore des %amestcha&ques.
201

Un autre trait est caractéristique de cet ancien peuplement : l'alliance


entre les archers et les lanciers constitués chacun comme groupement
homogène. Si l'on ne retrouve plus de nos jours, en dehors de Yalita, de
cité peuplée seulement d'archers alors que cela semblait être fiéquent che
les Sa0 que combattait Idriss Alaonla, on trouve des formes d'alliance
entre archers et lanciers chez les Kotoko et les Babalia,mais aussi chezles
Jongor de Moukoulou (Guéra) où le clan des archers était chargé de la
défense du villagealors que les agriculteurs se battaient à la lancel. Toutes
ces populations parlent des langues tchadiques à l'exception des Babalia,
encore que ceux-ci soient considérés comme "Sao" par leurs voisins
arabes.
Cette alliance entre archers et lanciers apparaît
SUT le plan militaire: tous
les conflits dum e m e siècle, et il eny eut beaucoup, voient se constituer
ce type d'union, que ce soit dans les guerres entre les cités (les lanciers de
Dibinintchi sont soutenus par les archers bara contreles archers darka
alliés aux lanciers baréu, badé, kanku et rudow) ouque ce soit pour faire
face aux razzias des Kogona, des Fezzanais ou des Ouaddayens. Cette
alliance va si loin que certains clansou lignages qui disent descendre de
Annakorey, le lancier baréu, sont des clans ou des lignages d'archer$.
Cela se retrouverait chez les lanciers jalia3, alliés de Ngouri, chez les
lanciers kanku4, chezles Kuburis et même chez les lanciers ngijim6.
Or, selon les traditions, les Baréu, les Kangena venus de Sulu, les
Kuburi formaient autrefois, avec les descendants de Chukey (leslesBara,
Adia et les Riya), un ensemble ethnique connu de nos jours sous le nom
de Kafa. Les Kafa se sont alliés avecun autre ensemble ethnique connu
aujourd'hui sousle nom de Mayi dont faisaient partie les Kanku, les Jalia,
les Rudow, les Tchéru et les Tomaghra7. Faut-il voir dans ces appellations
le souvenir de vagues de peuplement ancien,les Kafa étantles premiers et
étant rejoints parles Badé, suivis par les Mayi? C'est ce que semblent dire
les sources orales.

(1) ABAKAR DJOURNA YOUSSOUP, communication personnelle.


(2) Le clan desAïru et le lignage desB d u Tchdumbu (i.e. "lesB d u noirs").
(3) Les lignages Danga et Magnan sont archers, le lignage Kaoluruest forgeron.
(4)Les lignages Kazenla et Tambula ont l'arc.
(5) Certains prétendent que les Kuburi descendent de Chukey. Il y a en leur sein des
archers et des lanciers.
(6) Les lignages T h , Lokiya, Ikra et Kalia ont l'arc.
(7) Selon J. CLANET, les MayiseraientoriginairesduManga(communication
personnelle).
202

Notons qu'il est difficile de cerner de nos jours le contenu exact des
ensembles K d a et Mayi car les informateurs ne sont pas d'accord entre
eux. Tous s'entendent cependant pour diae que ces deux ensembles
formaient, avec les Bade et les Key, les premiers habitantsde la r6gion, et,
. Ali Hassanmi, les ayi auraient CtC chassCs de lem habitat
septen~ondpar les Buldal.
Quoi qu'il en soit, Bulala, Kafa, Mayi et ey sont des ensembles
regroupant des lanciers et des archers. Le ph6mom&nede sCgr6gation des
seconds pm- les premiers semble donc liC B la "km
populations de Pa rdgisn, car si elle se retrouvechez les
les Kotsko et les Babdia, elle y est partout tri% attCnuCe par rapport B ce
que l'on peut observer aujourd'hui au Kmem. Cette sCgrCgation est-elle
due ia une intluence dzagada sur les institutions du nord du lac Tchad,
ss6e des nomades vers le sud
si2cle ? L'islamisation de la
un rôle en la m&i&re?

.\ se mettre en place les chefferies de


(K njur), de Yao (Bulala),tandis qu
constituaient, au ,dB6rentspôles de peuplement : celui des
Kajidi, l'est de Bol ;celui de Bari autour des Bara, des
2 l'est des Rajidi ;plus à l'est encore, celuide Ngoum au
des Bad6 ;enfim, au sud de la r6gion, cehi qui d i e les Kwi, lesRangena
et les Korio.
C'est d m s ce contexte que vont 6merger deux chefleries f0nd6es par
des clms qui se &sent Bulala et qui s'installent plus recement : les
rs dxka de Ngouri et les clans ngijim Diibirnintchi.
de
ui sont ces Dxka et ces N g i j h qui sont aspiv6s apr&stout le monde et
qui se disent Bulda ? Les uns corne les autres disentvenir du nord mais,
si prolixes soient-eues, les traditions restent sybillhes.
Dah,1'mcEt.I-e6pnyme des % ) d a ,&ait m jeme h o m e portant m e
boucle d'oreille et un bracelet d'agent lorsqu'il h t trouvC en broussepar
les enfants de Chukey qui l'h6bergèrent et lui domh-ent un arc et me
6pouse. Nd ne sait pr6eis6ment d'où vient D a r h : certains le font venip de
chez les Ngijirna, d'autres de Dirkou, d'autres de T c h , entre Faya et Mao,

,enmtiens d'août 1985 et de janvier 1987.


203

et, plus récemment, une tradition nous a été rapportée d'une origine
tédagada de Zigueyl.
Recueillis parles gens de Bari, Darku et ses descendants ne furent pas
des gens de tout repos: leur essor démographique et leur dynamisme les
fient s'opposer aux Bara et aux Adia malgré les tentatives de médiation
des maîtres de la terre riya qui, pour éviterles tensions, partagèrent le
territoire de la cité en quatre, chaque zone étant dévolueà chacun des
clans. Pourtant, à la suite de revendications foncières, les choses
s'envenimèrent et des hommes furent tués. Les Bara s'affirment alors
comme chefs de guerre contre les Darka qui doivent émigrer à Ngouri. Là,
ils s'imposent en maîtres aux lanciers déjà installés et structurent leur
pouvoir politique et militaire, ne laissant quele pouvoir de la terre aux
Baréu.
Donner une chronologie précise des événements n'est pas chose aisée.
En nous fondant sur les généalogies et les durées de règne connues, le
souvenir d'événements facilement datables (comme l'arrivée des
Français), on peut estimer que l'arrivée du clan darka à Bari se situe sept
générations avant le Kalla (chef') Bar Kurtuana qui meurt vers 1811.
L'installation à Ngouri se ferait deux ou trois générations plus tard, soit
vers la deuxième moitié du XVlIème siècle, le premier chef darka de
Ngouri, Kalla Yusuf, régnant trois générations avant Kalla Bar Kurtuana,
soit vers le début du XVIIIème siècle, à la même époque que l'Alifa de
Mao Aya Sana (Hadj Hassana, septième chef dalatoa de Mao selon les
généalogies deLANDERoIN;! et deLA PLANCHE^ (?)
Au XIXème siècle, selon LANDEROIN,se développe une poussée
kogona vers le lac Tchad sousla pression de l'expansion ouaddayenne,
puis de l'invasion des Ulad Sulayman. Mao contrôle désormais la région
de Bol et de Njigdada.
C'est l'époque à laquelle apparaît Dibinintchi, puisque,si l'on se base
sur les généalogies, la ville fut fondée par Kalla Yorama, qui aurait régné
de 1844 à 1874 et qui fut le père du chef qui régnait à l'arrivée des
Français.
Les Ngijim disent venir du nord, de la région de Mao. Parmi leurs
anciens établissements les plus fréquemment 'cités, on-note Yurtu,
Sombori, Bala, Bari, Yiri, Bina ... autant de noms difficiles à situer surles
cartes dont on dispose. Une tradition ponctue l'itinéraire d'une étape près
de la cité de Gujur, qui est située entre Mao et Méchiméré et est connue
(1) Ali ABAKAR ADJI : "L'origine et les civilisations de la Principaute' de Ngouri",
mémoire ENAM, N'Djaména, 1987.
(2)LANDEROIN, op. cit. p. 393.
(3) LAPLANCHE, "Mémoire sur le Kanem",sd., SI., dactyl., p. 44.
204

pouf ses briques cuited. Avant que ne d6bute cette migration, les Ngijim
disent avoir fait partie d'un ensemble bulda compos6 des
Situ et d'em-mi3nes. Ces clifferentes fractions se sep
difficiles 2 preciser :il y aurait eu UPI premier d6pa-t de Bul
puis, plus r6cement, le reste du group
qui s'instdl&rentdms la region de
colonis&rentla ri5gion de Mondo, les Ngij skrent vers le sud
et .mi$re &don buldla qui partit po
BOU signale la prksence de cl
mais ni F. HAGENBUCHER, ni
mentionnent. Pm ailleurs, si les
v6cu pr&sde Ngijim dans un pms6 6loipi5, les gens de Dibinintchi n'ont,
aucunmoment, mentionrai5 devant nous ni l'ex' des N g i j h du
unealliancequelconque avec les Bad6 ornadu@ ou de
dgri5unehomonymie parfaite, on es en droit de se
demander si les N g i j h du Tchad et ceux du Nigdriaont un rapport entre
eux.
Mors que le conflit s'6tenrmise entre les citCs de Ngoufi et de Bari, la
fondation de Dibinintchi va permeme am achers ba-a de trouver
lanciers n g i j h les di& qui lem permettraient de briser les Daka.
r6dkation d'me diance Ngijh-Baa-Adia ressouda encore plus l'alliance
des lanciers de Ngouri (Bzu-~u, Bade, Ranku, Rudow...) autour des
archers dxka et de leur chefferie. La guerre atteint son paroxysmed m les
0-1890. Les Bma, v*cus, perdent dors tout pouvoir par
Riya qui, en plus de leur uvoirs religieux de maîtres de la
terre, hkritent dupouvoirpolitique. et Bara 6migrent alors vers la
r6gion de M a s & o ~ .
Ahsi 21 partir du me pkriode extr6mernent
troublCe que va vivre fa conflits internes entre citks
indt5pendmtes, s'ajoutentles exp6ditions des Kogona, desUlad Sulayman
ou des Ouaddaye et c'est dans un at de guerres end6mrmieiues que
s'ach&vele si&cle. ph.&m-sreprises tente de briser l'hd6pendance
de Dibirairtehi, Bari et ' corne elle a bris6 celle des Kajidi ou des
populations de l'ouest. e contexte, chaque bellig6rmt cherche des
allianees exterieures, ri% des nomades arabes ou gormes, soit
aupr&sd'AbbCch6 qui en profite pour asseoir sa domination sur le Kanem.
h t , dans ce contexte, le r6le de la Smussiyya ?
ais, autant la guerre fit rage, autant les alliances entre archers et
lanciers se renforc&rentau sein de chaque Cit6-Etat. Ce n'est qu'avec la
conqu6te fiangaise et la mise en place du pouvoir kogona quien r6sulta sm
205

le sud du Kanem que la suprématie des archers sur les lanciers fut plus
diftïcile à admettre pour les Badé, les Kanku et autresJalia.
La paix et l'essor démographique qui résultèrent de l'occupation
française permirent aux différents clans d'essaimer, d'autant que, avec le
passage d'activités militaires à des activités commerciales grâce aux
habitants du Kanem, les réseaux kanembu et leurs comptoirs vont se
mettre en place du Tibesti à l'Oubangui et du Ouadday au Borno.
:lieu d'origine
:a n&&am@te
:ethrrie d'origine
:llg6Wp*un, r&ntnirca
:tribu politiqucmcnt
dmninank ilvilnt 1900
:tribu politiquement
domi& avant 1 9 0 0
:tribu ayant en son sein
d s clarcs d'atJnn
:tribu ayant en son sein
desclarlsdcfotgcrons
:tribu victime d'oshaciarne
matrimonid
207

TENTATIVE DE CI.1RONOLOGIE
(1)
1947 :Bor Alimi accède au trône de Dibinintchi.
1927 :Mbodu Ghku accède au trône de Ngouri.
1914 :Ali ALimi accède au trône de Dibinintchi.
1913 : Dungus Barmi accède au trône de Ngouri.
1900 : conquête française.
1874 :Ali Yoromaï acdde au trône de Dibinintchi Guerres entre
1871 : BarHassanmi accède au trône de Ngouri. Ngouri et Dibinintchi
1863 :Hassan Allafimi accède au trônede Ngouri
1859 :Kérima A l l a f i i accède au trône de Ngouri.
1844 :début dela chefferie de Yoroma qui fondera
Dibinintchi
Poussée de
1811 : Allafi Banni succkde Zt son phre Bar Kurtuana. colonisation
au trône de Nagouri Kogona vers le lac.

1800 :
1775 :
1750 : par pouvoir du Prise les
1725 : Darka à Ngouri.
1700 : des Installation
1675 : Darka a Ngouri.
1650 : Afono. Dala Arrivk de
1625 : Tunjur. des Arrivée
1600 : Ghazal Le Bahr el
coule.
1575 : guerres deIdriss Alaoma contreles Bulala du Kanemet destruction
de la cité de Sulu.

(1) Dates transmises parles traditions orales de Ngouri et


de Dibinintchi
ou estiméesà partir des souces écrites (Ibn
Furtu, Diwan)
(2) Estimations.

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