Thèse KISONIA
Thèse KISONIA
BP.4745
Kinshasa II/ LINGWALA
THÈSE DE DOCTORAT
Titre :
Jury :
1. Professeur KABUYA KALALA, Président ;
2. Professeur ITIMELONGO TITI, Secrétaire ;
3. Professeur KAMIANTAKO MIYAMUENI ; Membre ;
4. Professeur MUAYILA KABIBU ; Membre ;
5. Professeur MPEREBOYE MPERE, promoteur ;
6. Professeur MABI LUKUSA, Suppléant ;
7. Professeur SUMATA MOKUTALA ; Suppléant.
Décembre 2018
I
« Les biens et services qui constituent la richesse des nations sont mesurés en termes
monétaires et dans ce cas, il y a une symétrie entre la détention de la monnaie et celle des
biens. Le problème de l’inflation est qu’elle altère ou détruit cette symétrie qui est la base de
la stabilité économique. ». (Zonon A. 2003)
II
REMERCIEMENTS
Au terme de ce travail, que cela nous soit agréable de remercier ceux-là qui, de près
ou de loin, ont été de cœur avec nous et nous ont soutenu.
Revenons un peu à cette phrase chère à Hamilton : « si j'ai vu loin, c'est parce que je
suis monté sur les épaules des géants ». Nous avons aussi eu des géants qui ont bien voulu
nous transporter jusqu’à leurs épaules pour que nous puissions voir plus loin et réaliser cette
thèse.
Nous disons infiniment merci au Professeur François KABUYA KALALA pour ses
remarques et suggestions combien constructives, en vue de l’amélioration de ce travail.
A l’Université Libre des Pays des Grands Lacs (ULPGL-Goma), à travers le Recteur
Pharès KAKULE MOLO et le Recteur honoraire Léopold KAMBALE KARAFULI, nous
V
disons merci d’avoir rendu possible notre formation en thèse, en nous fournissant non
seulement les moyens financiers, mais aussi le soutien social.
Nous ne saurons clore cette page sans saluer l’aide si précieuse de tous nos frères et
sœurs, les KISONIA ainsi que nos beaux-parents Philippe SIKULI et Théodosie
MATEMBELA, nos beaux-frères et belles sœurs, les SIKULI.
Merci à tous les chantres de la Chorale Miséricorde Divine et à tous les frères et
sœurs du chemin Néo-catéchuménat de la Paroisse Bienheureuse Anuarite à Goma.
Enfin, que tout celui qui a contribué, de près ou de loin à la réalisation de ce travail,
et dont le nom n’a pas été cité, trouve ici l’expression de notre reconnaissance, à travers ces
quelques lignes.
SIGLES ET ABRÉVIATIONS
ADF : «Augmented Dickey-Fuller »
AR : Autorégressif
BB : Bruit Blanc
BM : Banque Mondiale
BZ : Banque du Zaïre
DF : Dickey-Fuller
DS : "Difference Stationary"
Dum : "Dummy"
DW : Durbin-Watson
FC : Franc Congolais
Inf : Inflation
JB : Jarque-Bera
Ln : Logarithme Népérien
NZ : Nouveau Zaïre
Prob : Probabilité
Res : Résidus
TS : "Trend Stationnary"
Us $ : Dollar américain
Z : Zaïre
VIII
SOMMAIRE
REMERCIEMENTS ....................................................................................................... IV
SIGLES ET ABRÉVIATIONS ........................................................................................ VI
SOMMAIRE ................................................................................................................. VIII
LISTE DE TABLEAUX ...................................................................................................XI
LISTE DE FIGURES......................................................................................................XII
RÉSUMÉ .......................................................................................................................XIII
LISTE DE TABLEAUX
Tableau n°1 : Structure du modèle classique ......................................................................................................... 35
Tableau n° 2 : Synthèse des théories développées dans la première partie ......................................................... 180
Tableau n°3 : Modifications intervenues à la parité monétaire entre le 1er janvier 1968 et le 22 février 1980 .. 200
Tableau n° 4 : Caractéristiques statistiques des variables sous étude .................................................................. 167
Tableau n° 5 : Résultats du test ADF sur les variables lip, lm, lpib, ltc, et limport ............................................ 176
Tableau n° 6 : Critères de Akaike et Schwarz pour le modèle classique ............................................................. 212
Tableau n° 7 : Résultats d’estimation du processus VAR du modèle classique de l’inflation congolaise .......... 213
Tableau n° 8 : Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation, la masse monétaire, le taux d’intérêt et le
Pib réel ....................................................................................................................................... 217
Tableau n° 9 : Vérification du VAR du modèle libéral ....................................................................................... 219
Tableau n° 10 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’inflation du modèle libéral ........... 222
Tableau n° 11 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de la masse monétaire du modèle libéral
................................................................................................................................................... 223
Tableau n° 12 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du Pib réel du modèle libéral .............. 223
Tableau n° 13 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du taux d’intérêt .................................. 224
Tableau n°14 : Analyse de la décomposition de la variance du modèle classique .............................................. 225
Tableau n° 15 : Critères de Akaike et Schwarz pour le modèle keynésien ........................................................ 227
Tableau n° 16 : Résultats du processus VAR du modèle keynésien de l’inflation congolaise ........................... 228
Tableau n° 17: Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation et l’écart de production ........................... 230
Tableau n° 18 : Vérification du VAR du modèle keynésien ............................................................................... 231
Tableau n° 19 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’écart de production du modèle
keynésien.................................................................................................................................... 234
Tableau n° 20 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’inflation du modèle keynésien ..... 235
Tableau n° 21 : Analyse de la décomposition de la variance du modèle keynésien ............................................ 236
Tableau n° 22 : Critères de Akaike et Schwarz pour le modèle structuraliste ..................................................... 237
Tableau n° 23 : Résultats d’estimation du processus VAR du modèle structuraliste de l’inflation congolaise.. 238
Tableau n° 24 : Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation, la masse monétaire, le taux d’intérêt et le
Pib réel ....................................................................................................................................... 241
Tableau n° 25 : Vérification du VAR du modèle structuraliste ........................................................................... 243
Tableau n° 26 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’inflation du modèle structuraliste . 246
Tableau n° 27 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations des importations du modèle structuraliste
................................................................................................................................................... 247
Tableau n° 28 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du taux de change du modèle
structuraliste ............................................................................................................................... 247
Tableau n° 29 : Analyse de la décomposition de la variance du modèle structuraliste ....................................... 248
Tableau n° 30 : critères de Akaike et Schwarz pour le modèle de synthèse ....................................................... 249
Tableau n° 31: Résultats d’estimation du processus VAR du modèle de synthèse de l’inflation congolaise ...... 250
Tableau n° 32 : Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation, la masse monétaire, l’écart de production,
le taux de change, le taux d’intérêt et les importations .............................................................. 255
Tableau n° 33 : Vérification du VAR du modèle de synthèse ............................................................................. 258
Tableau n° 34 : Matrice de causes et conséquences au sens de Granger des variables du modèle de synthèse . 259
Tableau n° 35 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’inflation du modèle de synthèse ... 262
Tableau n° 36 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de la masse monétaire de synthèse ...... 262
Tableau n° 37 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’écart de production ...................... 263
Tableau n° 38 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du taux de change................................ 263
Tableau n° 39 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du taux d’intérêt .................................. 263
Tableau n° 40 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations des importations .................................. 264
Tableau n° 41 : Analyse de la décomposition de la variance du modèle de synthèse ......................................... 265
Tableau n°42 : Comparaison des critères de choix de différents modèles........................................................... 267
XII
LISTE DE FIGURES
Figure 1.1. Relation entre le niveau de production et le niveau général des prix .................................................. 42
Figure 1.2. Conséquences de la politique monétaire sur le niveau général des prix .............................................. 42
Figure 1.3. : Courbe de Phillips à court et long termes ......................................................................................... 85
Figure 2.1. La politique économique, porteuse d'une fonction d'utilité collective ....... Erreur ! Signet non défini.
Figure 2.2. Courbe de Phillips et politique économique ........................................................................................ 81
Figure 2.3. Courbe de l’arbitrage entre l’inflation salariale et le chômage............................................................ 82
Figure 4.1 Les configurations de la courbe d'offre globale ................................................................................. 127
Figure 4.2. Effets prix et quantités d'une relance de la demande globale ............................................................ 130
Figure 4.3. Effets prix et quantités de chocs récessifs ......................................................................................... 131
Figure 4.4. Construction de la courbe de demande globale : l'effet Keynes ........................................................ 134
Figure 4.5. Construction de la courbe de demande globale : Effet Keynes et effet d'encaisses réelles (effet Pigou)
................................................................................................................................................... 136
Figure 4.6. Construction de la courbe d'offre globale: modèle néoclassique de marché ..................................... 138
Figure 7.1. : Caractéristiques des variables sous étude ........................................................................................ 168
Figure 7.2. : Vérification du VAR du modèle libéral de l’inflation congolaise................................................... 219
Figure 7.18. : Vérification du VAR du modèle keynésien de l’inflation congolaise ........................................... 231
Figure 7.23. : Vérification du VAR du modèle structuraliste de l’inflation congolaise ...................................... 242
Figure 7.33. : Vérification du VAR du modèle de synthèse de l’inflation congolaise ........................................ 257
XIII
RÉSUMÉ
L’inflation est devenue un problème chronique en République Démocratique du
Congo. Ce travail intitulé : « déterminants de l’inflation en République Démocratique du
Congo de 1964 à 2016 : une vérification empirique » évalue la nature et l’intensité des
facteurs qui créent et influencent l’inflation au Congo. La préoccupation majeure est celle de
savoir quel type de déterminants (facteurs monétaires, facteurs réels, facteurs structurels et
anticipations) créent et nourrissent l’inflation en RDC, en vue de proposer une politique
monétaire adéquate.
Aussi, le saccage des outils de production (pillage des années 90), les désordres
sociopolitiques, les guerres intestines, les distorsions du tissu économique du pays… ont
détruit les capacités productives, engendrant des pénuries, des contractions de l’offre et
alimentant alors les importations. Ceci nous a poussé à penser que les facteurs réels et
structurels sont une cause et un déterminant de l’inflation congolaise.
Pour déceler quel type de facteurs créent et entretiennent l’inflation en RDC, chaque
type de facteurs a fait l’objet d’une modélisation selon l’obédience théorique (libérale,
keynésien et structuraliste) et estimé dans un VAR. Puis, un modèle de synthèse a été proposé
et estimé à son tour dans un VAR ; ce qui a permis d’élaguer les facteurs non pertinents.
Après estimations, il s’est avéré que le modèle de synthèse est le mieux adapté à
l’inflation congolaise. Ce qui dénote que les facteurs qui créent et entretiennent l’inflation
congolaise sont multiples et que celle-ci est multidimensionnelle (facteurs monétaires,
XIV
facteurs réels, facteurs structurels et anticipations). Les résultats révèlent que les facteurs
d’anticipations sont les plus prépondérants, suivis des facteurs réels et des facteurs structurels.
Les facteurs monétaires viennent en dernier lieu. Ceci est tout à fait normal car étant donné le
scepticisme des agents économiques congolais face aux décisions de politique monétaire en
RDC.
Sans pour autant négliger les autres facteurs (monétaires, réels et structurels),
l’autorité monétaire devrait chercher à regagner la confiance des agents économiques pour
que ceux-ci cessent de faire des anticipations pessimistes qui nourrissent l’inflation au Congo.
En effet, les réformes et démonétisations mal préparées et à souhait, qui ont émaillé
l’histoire monétaire de la RDC, ont amenuisé la confiance des agents économiques congolais
en l’autorité monétaire. La seule issue heureuse est de pouvoir recouvrer cette confiance.
L’autorité monétaire de la RDC y arrivera en restant cohérente dans ses décisions.
Mots clés :
- Inflation ;
- Théorie quantitative de la monnaie ;
- Anticipations adaptatives et rationnelles;
- Nouvelle courbe de Phillips ;
- Centre et périphérie, Goulots d’étranglement.
1
INTRODUCTION GÉNÉRALE
2
L’étude menée par l’I.R.E.S. (1968)1 dénonce le désordre monétaire comme source
d’inflation au Congo au lendemain de son accession à l’indépendance. Ce désordre monétaire
avait comme cause le déficit permanent et important des finances publiques. C’est ce déficit,
financé par le système bancaire, qui a nourri l’expansion monétaire. Les origines de ce déficit
se trouvent dans l’affaiblissement du système fiscal et l’expansion inconsidérée des dépenses
publiques liées à la mauvaise gestion de la trésorerie. Mais, la cause profonde de ce désordre
monétaire est la mutation brutale et désordonnée entre une société organisée sur un mode
colonial et un état indépendant. Cette étude donne une explication monétariste à l’inflation
congolaise.
Leclercq H. et Dupriez G. (cités par Mubake M.V.), attribuent tous les deux la
cause de l’inflation au déficit public. Pour Leclercq H., le déficit public provient des
problèmes de la trésorerie, dus à la faiblesse du système fiscal du pays, tandis que Dupriez G.
les impute à l’accroissement des rémunérations dans la fonction publique.
Dupriez P (1970) quant à lui, trouve les origines de l’inflation congolaise dans le
contrôle des changes. Lacroix J.L. (1967), rejette carrément la cause structuraliste de
l’inflation congolaise en soutenant que la structure économique du Congo n’est pas
comparable à celle des pays latino-américains. Tout en donnant une explication monétariste à
l’inflation congolaise, Reylandt B. (1970), introduit un nouvel élément : l’écart entre la masse
total des revenus et la valeur globale des produits en un moment donné. Reylandt a fait une
vérification empirique et a tenté de déceler laquelle de la théorie monétariste et structuraliste
s’applique au mieux au cas du Zaïre. Il a privilégié la conception monétariste.
1
L’étude de l’Institut de Recherches Economiques et Sociales (I.R.E.S) a été menée sous la direction de Michel Norro, par
une équipe des chercheurs de l’Université Lovanium.
3
Pour Kabuya [Link] Matata A. (1999), entre 1990 et 1996, le système monétaire du
Congo a été marqué par un dysfonctionnement qui a entamé fortement la valeur de la monnaie
nationale. L’hyperinflation aigüe observée pendant cette période est parmi les manifestations
les plus évidentes de cette crise de la monnaie à côté de la dollarisation de l’économie, la
crise aigüe des liquidités dans les banques, la perte de la crédibilité de la Banque centrale et le
rejet de certains signes monétaires par la population. Ces deux auteurs distinguent deux types
de facteurs ayant agi sur le mouvement des prix : les uns déclenchant et accélérant le
processus inflationniste, les autres maintenant les taux d’inflation à des niveaux élevés.
4
En effet, selon eux, il est établi que l’inflation et l’hyperinflation au Congo ont une
origine essentiellement monétaire liée au financement des déficits publics chroniques. Le
deuxième facteur maintenant l’inflation et l’hyperinflation est la spéculation. A la spéculation
refuge induite par le risque d’érosion monétaire s’est greffée celle cherchant à tirer profit de
l’évolution divergente des prix des actifs, soit sur la place de Kinshasa, soit entre Kinshasa et
l’intérieur du pays.
Certes, cette présente recherche s’applique à déceler les liaisons entre l’inflation et
ses facteurs déterminant, dans un cadre à la fois conjoncturel et structurel, en ne laissant de
côté, à priori, aucun facteur susceptible d’influencer l’inflation. En effet, à court terme, la
production peut s’écarter momentanément de sa tendance générale (difficultés de production,
pénuries, chocs externes sur l’offre et/ou sur la demande), créant l’excès de la demande sur
l’offre (facteurs réels), ce qui créerait l’inflation pendant qu’à long terme les prix sont
flexibles et toute augmentation de la masse monétaire créerait aussi l’inflation (facteurs
monétaires).
Or, l’objet de ce travail est justement de déceler lesquels des facteurs réels,
monétaires ou des anticipations se prêtent mieux aux fluctuations de l’inflation congolaise en
faisant recours à un modèle de synthèse.
Pour maximiser leur utilité, les agents économiques passent par des échanges leur
permettant de diversifier leur consommation. Le principe de l’échange gouverne la vie de
toute société, renchérit Adam Smith : « donnez-moi ce dont j’ai besoin et vous aurez de moi
ce dont vous avez besoin vous-même ». A travers les âges, les économies viables sont les
économies de marché, sur lesquels se forment les prix et se déterminent les quantités
échangées.
Les uns (les classiques, les néoclassiques, les monétaristes et ceux appartenant à la
nouvelle école classique c’est-à-dire les libéraux) ont choisi la première option, celle de la
flexibilité des prix, et ont admis que les marchés sont équilibrés par les prix ou encore que les
conditions d’un tel ajustement sont satisfaites. A ce titre, toute intervention de l’Etat
(l'intervention publique) a comme défaut de se substituer par un « effet d'éviction» à
l'intervention privée.
7
Les classiques ne jurent que par la non intervention de l’Etat dans l’économie car
l’intervention de l’Etat est inutile parce que l’équilibre général est un optimum, et en ce sens,
le marché s’autorégule nécessairement. L’intervention publique est illégitime car l’Etat ne
devrait pas s’immiscer dans les choix délibérés et légitimes des privés. En effet, selon les
libéraux, l'équilibre résulte des choix microéconomiques rationnels des agents : vouloir le
modifier consiste à vouloir aller à l'encontre des choix privés volontaires ; ce qui est contre
la démocratie elle-même.
Cette intervention de l’Etat est d’ailleurs inefficace, elle est sans effet sur les
variables réelles de l’économie (l’emploi, le produit, ..). Le s politiques économiques, du
fait de la structure dichotomique du modèle, seront réputées n'avoir aucun effet sur les
grandeurs réelles. Elles ne viennent que perturber les équilibres établis par les marchés. Elles
créent des perturbations nominales [inflation] et elles évincent l'initiative privée.
Les autres, les keynésiens et les néo-keynésiens, ont choisi l’autre option et estiment
que les prix ne permettent pas un tel ajustement des marchés et que ceux-ci sont donc en
déséquilibre ou connaissent au moins un équilibre qui n’est pas parfait (monopole, oligopole,
…), loin des conditions de réalisation d’une concurrence pure et parfaite. D’où l’Etat doit
nécessairement intervenir.
En boostant la demande globale par ses politiques conjoncturelles, l’Etat permet aux
entreprises d’utiliser une main d’œuvre qui s’ajuste à la demande anticipée et de produire à la
hauteur de celle-ci (la demande effective). Il y a donc possibilité d’arbitrage entre l’inflation
et le niveau de chômage (courbe de Phillips). Des crises de surproduction peuvent survenir,
contrairement au modèle classique qui se fonde sur la loi de Jean-Baptiste Say (loi des
débouchés), loi qui stipule que l’offre crée sa propre demande. A l’évidence, les recherches
empiriques n’ont pas permis de trancher le débat !
Le débat qui précède suppose que l’on soit en face d’une économie monétaire où les
échanges sont réalisés et facilités par un numéraire. En effet, du troc à la monnaie scripturale,
fiduciaire et la monétique, en passant par la monnaie-marchandise et métallique (or, argent,
coquilles, sel ...), maintes stratégies ont été développées pour pouvoir échanger aisément et
tous les pays du monde fournissent des signes monétaires aux agents économiques œuvrant
sur l’étendue de leurs territoires respectifs.
8
Or, pour emprunter les termes de Milton Friedman, l’inflation est partout et toujours
un phénomène monétaire (Friedman M, 1968). C’est-à-dire, une inflation n’existe que lorsque
l’offre de monnaie excède le niveau des transactions de l’économie. S’il existe une monnaie
au-delà du niveau d’activité, l’inflation peut surgir. Monnaie et inflation sont ainsi deux
notions imbriquées. Autrement dit, en créant une monnaie ou en augmentant la quantité
monétaire dans l’économie, les autorités monétaires doivent avoir à l’esprit que l’inflation et
même l’hyperinflation peuvent surgir.
Dans les périodes de très forte inflation, toutes les fonctions de la monnaie
(instrument de transactions, réserve de valeur et unité de compte) peuvent être remises en
cause, surtout la fonction de réserve de valeur. Plusieurs pays et même des pays industrialisés
ont été confrontés à l’inflation et même au problème d’hyperinflation2. Des gouvernements
divers ont fait de la lutte contre l’inflation, leur cheval de batail et bon nombre de candidats
aux élections diverses (présidentielles, municipales,…) en ont tiré des arguments pour
convaincre leurs électorats.
Qu’il y ait dans l’économie un peu plus d’encaisses monétaires disponibles que de
biens et services à acheter facilite les transactions. De plus, que la monnaie perde un peu de sa
2 Par exemple, l'hyperinflation qui frappa l'Allemagne après la Première Guerre mondiale eut pour effet de multiplier le
volume de la monnaie en circulation par plus de 7 millions et les prix par 10 millions sur les seize mois qui précédèrent
novembre 1923. D'autres exemples d'hyperinflation se produisirent aux États-Unis et en France à la fin du XVIIIe siècle,
en URSS et en Autriche après la Première Guerre mondiale, en Hongrie, en Chine et en Grèce après la Seconde Guerre
mondiale, et dans quelques pays du tiers-monde au cours de ces dernières années.
9
valeur profite à ceux qui s’endettent donc à ceux qui investissent, puisque cela réduit le poids
réel de leur dette. Rien n’est pire que la déflation, situation symétrique à celle de l’inflation,
telle que l’ensemble des prix baissent jusqu’à paralyser totalement l’économie.
A quoi bon produire des biens dans une perspective de ralentissement de la demande
et des prix ? A quoi bon acheter aujourd’hui ce qu’on pourra payer demain moins cher ? En
situation de déflation, tout le monde est en quelque sorte figé dans une situation redoutable où
plus personne ne dépense (« la monnaie colle aux mains »). La déflation des années 1930
avaient d’ailleurs rendu les gouvernements de tous les pays touchés par la grande dépression
très tolérants à l’égard de l’inflation, leur faisant largement préférer la surchauffe occasionnée
par la croissance à la congélation provoquée par la récession.
Si, à la dose maîtrisée, l’inflation lubrifie les rouages du circuit économique, elle a
ceci de préoccupant qu’elle peut rapidement s’auto-entretenir et dégénérer en hyperinflation.
L’inflation est, en effet, un phénomène auto-réalisateur : en anticipant que les prix seront
élevés demain, on achète aujourd’hui, ce qui effectivement fait augmenter les prix. Tout le
monde préfère dans ce cas dépenser aujourd’hui (« la monnaie brûle les mains »).
La hausse des prix peut ainsi s’alimenter d’elle-même et s’accumuler jusqu’à devenir
de l’hyperinflation. En situation d’hyperinflation, les prix augmentent de plusieurs centaines,
voire milliers ou million de pourcents par an. Ce qu’on achetait hier avec quelques unités
monétaires nécessite aujourd’hui plusieurs centaines, milliers ou millions d’unités monétaires.
Les autorités monétaires peuvent y réagir avec plus ou moins de force et de succès : en
imprimant de nouveaux billets, en suspendant l’usage de sa monnaie, en changeant la parité
de sa monnaie (c’est-à-dire en la dévaluant par rapport à une autre lorsque le régime de
change s’y prête).
Les agents économiques réagissent quant à eux, en utilisant quand ils le peuvent, une
monnaie de substitution (le dollar américain par exemple) ou en « troquant ». Quand la
monnaie ne vaut plus rien, mieux vaut échanger des biens contre d’autres biens.
10
L’hyperinflation peut ainsi finir par totalement démonétiser l’économie. Ce sont les
fondements même de l’économie de marché qui peuvent alors se trouver menacés.
Dans l’économie d’échanges parallèle qui se met en place, certains biens, du fait de
leurs caractéristiques (faciles à transporter, divisibles, standards, …) peuvent toutefois devenir
de bons intermédiaires des échanges (ce sont des monnaies-marchandises comme par exemple
la cigarette en Allemagne après la capitulation de mai 1945) (Couppey S. J., 2010). Mais la
monnaie officielle perd, quant à elle, ses attributs et c’est alors la souveraineté même de l’Etat
du pays concerné qui se trouve ébranlée. La monnaie n’est pas le moindre de ces piliers sur
lesquels repose la souveraineté des Etats modernes et dont la remise en cause est douloureuse
(Vahavi B., 2007).
Ainsi, depuis les années 70, un consensus semble s’établir dans la littérature
économique pour reconnaître que l’inflation engendre des coûts en termes
macroéconomiques. L’une des raisons est qu’un taux d’inflation élevé affecte négativement
les équilibres réels (Mialou A., 2002). Ce qui se traduit par une réduction de l’efficience des
facteurs de production. Plusieurs études ont estimé ce coût sur la croissance économique. Il
s’agit, notamment, des travaux de Kahn et Senhadji (2000) (cités par Zonon A. (2003) qui ont
mis en évidence une influence négative de l’inflation sur la croissance dès qu’elle se situe
dans un seuil compris entre 1 et 3% pour les pays industrialisés et 7 et 11% pour les pays en
développement.
En outre, cette incidence défavorable de l’inflation sur la répartition des revenus est
plus probable dans les pays où le secteur financier est moins développé3. Réduire la pauvreté
doit être un objectif éminemment prioritaire en Afrique. Sa réalisation passe par une
croissance forte et par moins d’inégalités dans les revenus. Or, l’inflation, lorsqu’elle est
réduite et stabilisée à de faibles niveaux, est de nature à réduire l’inégalité (Kabuya F., 2009).
3 Pour mémoire, sur les 44 pays de l’Afrique subsaharienne classés en fonction du niveau de développement de leurs
marchés financiers, seule l’Afrique du Sud fait partie du groupe des « marchés émergents », 12 pays appartiennent au
groupe des « marchés pionniers » et tous les autres font partie du groupe des « pays en voie de développement financier».
11
La banque centrale, à qui revient cette mission, se doit de définir les contours de sa
politique en la matière, de façon à « créer » une inflation cohérente avec les objectifs de
croissance et de développement. L’expérience du passé démontre à suffisance que cette
maîtrise échappe parfois aux autorités, avec de graves conséquences socio-économiques, qui
touchent en premier lieu les plus pauvres. A cet effet, l’inflation est un sujet qui mérite d’être
étroitement suivi dans une région où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil
de pauvreté.
Nous pouvons, néanmoins, remarquer que plusieurs programmes ont été mis sur
pieds par les autorités pour tenter de remédier à la situation catastrophique qui prévalait en
RDC depuis les années 1970. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer : la politique de désinflation
rapide, le programme intérimaire renforcé, le programme d’ajustement structurel, le
programme autonome de gestion macroéconomique, les réformes monétaires et plus
récemment, la bancarisation de la paie des fonctionnaires de l’Etat. Cependant, force est de
constater que la plupart de ces programmes n’ont pas donné de résultats escomptés.
Lorsque les prix augmentent et que par conséquent les produits coûtent plus cher,
cela peut signifier trois choses : soit les produits deviennent relativement plus rares et que
cette rareté provienne d’une demande accrue (inflation par la demande), soit cette rareté
12
provient plutôt d’une plus grande difficulté dans la production (inflation par les coûts) (ces
deux cas sont les déterminants réels et structurels de l’inflation) ou enfin soit la monnaie a
tout simplement perdu de sa valeur du fait de sa quantité accrue en circulation, réduisant ainsi
son pouvoir d’achat (déterminants monétaires de l’inflation).
Cependant, toutes les recherches qui ont déjà été menées sur l’inflation au Congo4 ne
se sont basées, à priori, que sur un seul ou, à la limite, deux types de facteurs seulement en
écartant, sans aucune autre forme de procès, les autres types de facteurs. Pour les uns
(notamment, les chercheurs de l’I.R.E.S. : Leclercq H., Dupriez G., Dupriez P., Reylandt B.,
…, ainsi que d’autres chercheurs : Beaugrand P., Nachega J.C., Paluku N., Kalonji N, ….),
c’est le facteur monétaire qui influence l’inflation au Congo. Pour les autres (Mubake M.V. et
Sumata C.), les facteurs structurels l’emportent.
Cette présente recherche s’applique à déceler les liaisons entre l’inflation et ses
facteurs déterminant, dans un cadre à la fois conjoncturel et structurel, en ne laissant de côté, à
priori, aucun facteur susceptible d’influencer l’inflation. En effet, à court terme, la production
peut s’écarter momentanément de sa tendance générale (difficultés de production, pénuries,
chocs externes sur l’offre et/ou sur la demande), créant l’excès de la demande sur l’offre
(facteurs réels), ce qui créerait l’inflation ; pendant qu’à long terme, les prix sont flexibles et
toute augmentation de la masse monétaire créerait aussi l’inflation (facteurs monétaires).
4
Voir le premier point de l’introduction : état de la question, page numéro 1 de ce travail.
13
agents économiques? Quelle est la meilleure explication de l’inflation congolaise parmi tous
ces facteurs ?
Pour les classiques, la monnaie n’est jamais désirée pour elle-même, elle ne sert qu’à
réaliser les échanges. Elle n’a aucune influence sur les variables réelles de l’économie. Elle
n’est qu’un voile. Elle n’affecte que le niveau général des prix. Un excès d’offre de monnaie
par rapport aux encaisses réelles souhaitées par les agents se résorbe dans la hausse des prix,
laissant intacte la production globale et le niveau de l’emploi. Dans un modèle d’équilibre
général walrasien, la théorie de la valeur va déterminer les prix relatifs et les quantités
d’équilibre des marchandises, abstraction faite de la monnaie. Cette analyse sera complétée
par une analyse du marché de la monnaie et de son équilibre, qui dépendent de la théorie de
la valeur, mais ne l’affecte pas. Cette méthode est ce que Don Patinkin a appelé la
«dichotomie classique».
offre dans ce cadre une explication monétaire de l’inflation et détermine le sens causal de
cette relation : la croissance de la masse monétaire engendre l’inflation. Milton Friedman (cité
par Crozet Y., 1995), chef de file contemporain de l’école monétariste, a exprimé cette
relation en constatant que « l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire ».
Si tel est le cas, la question première tantôt soulevée donne lieu à cette première
question spécifique : quelles ont été les réactions du niveau général de prix face aux
fluctuations de la masse monétaire en RDC durant la période sous étude ?
L’inflation étant vue chez les monétaristes comme un des maux les plus importants
de l’économie, à cause du fait qu’elle perturbe les anticipations des agents économiques, il
faut donc la combattre de façon vigoureuse avec une limitation de l’évolution de la masse
monétaire correspondant à celui de l’augmentation des biens et services (Zonon A. 2003).
Keynes montre qu’un déficit public, même s’il est financé par une création
monétaire, ne sera jamais inflationniste car l’économie n’est pas au plein emploi.
Selon Keynes, dans son œuvre intitulée «Théorie Générale de l’Emploi, de l’Intérêt
et de la Monnaie» (cité par Tremblay J.M. 2013), les modifications du revenu national
déterminent la consommation et l'investissement. Ainsi, pour maintenir des niveaux optimaux
de production et d'emploi, les dépenses budgétaires et la politique fiscale d'un gouvernement
doivent être utilisées. La masse monétaire doit, ensuite être ajustée de manière à financer le
niveau désiré de croissance économique, tout en évitant des crises économiques et des taux
d'intérêt élevés, qui décourageraient la consommation et l'investissement.
Ainsi, selon cette théorie, les dépenses publiques et la politique fiscale peuvent être
utilisées pour compenser l'inflation et la déflation par un ajustement de l'offre et de la
demande. Une politique monétaire expansionniste permet de relâcher la contrainte budgétaire
des ménages ou de l’État, ce qui accroît leur demande de biens de consommation. Cet excès
de demande n’aboutira à un accroissement du niveau général des prix que si les capacités de
production de l’économie sont saturées.
Dans ce cas, une deuxième question spécifique se pose : l’écart de production réelle
(biens et services) a-t-il eu un effet sur le niveau général de prix en RDC ? Autrement dit le
gap de production est-il un déterminant significatif du taux d’inflation en RDC ?
Lorsque la banque centrale fait varier les taux d’intérêt nominaux de court terme du
marché monétaire (via ses variations de taux directeurs), les agents n’ajustent pas
immédiatement leurs anticipations d’inflation. En effet, selon Keynes, les prix présentent, au
16
moins à court terme, une certaine viscosité (ou rigidité) liée à ce qu’on appelle des « coûts de
changement d’étiquette », ainsi qu’à la situation d’interdépendance dans laquelle se trouvent
les entreprises, faisant qu’elles ne peuvent changer leur prix du jour au lendemain.
Comme les anticipations d’inflation et donc les prix ne s’ajustent pas instantanément,
une baisse (hausse) du taux nominal à court terme fait baisser (monter) le taux d’intérêt réel
(taux nominal – inflation anticipée) de court terme. Selon la théorie, si le taux d’intérêt réel
baisse, les ménages réduiront leur épargne et consommeront davantage, tandis que les
entreprises investiront davantage. La hausse de la demande globale relancera alors la
croissance, tant que les prix ne seront pas ajustés.
Les débats ont été vifs sur le sujet opposant au milieu des années 1990 d’un côté
John Taylor (1993), convaincu de la force de ce mécanisme de transmission par les taux
d’intérêt, à Ben Bernanke et Mark Gertler (1999), sceptiques quant à l’incidence du taux
d’intérêt sur l’investissement (via le coût du capital). Les modifications du taux d’intérêt par
la banque centrale ont des répercussions sur les liquidités des banques commerciales à travers
notamment le mécanisme du réescompte. Ce qui modifie aussi la masse monétaire en
circulation et donc le niveau général des prix.
Ainsi la troisième question spécifique est la suivante : le taux de change peut-il être
considéré comme un facteur influençant l’inflation en RDC ?
Certaines études ont prouvé que l’inflation peut présenter une composante
dynamique de long terme, résultant en partie de l’ajustement des anticipations des agents
économiques (Kwitou H., 2012). Selon l’hypothèse d’anticipations adaptatives que défend
Friedman, les gens constituent leurs anticipations relatives au prix en se fondant sur les
valeurs récemment observées des prix. Il y aurait donc une inertie dans l’inflation, venant du
fait que les anticipations de l’inflation future qui sont en fait, basées sur l’inflation du passé,
influencent les prix qu’attendent les agents économiques. L’implication de cela est que
l’inflation ne peut que changer lentement d’année en année selon le degré de crédibilité de la
politique budgétaire et monétaire.
Pour des auteurs comme Lucas (chef de file de la Nouvelle Ecole Classique) et
Sargent (1982) (cités par ZONON A., 2003), les anticipations adaptatives sont trop simples
pour s’appliquer à plusieurs circonstances. Selon cette hypothèse, les agents économiques
utilisent de manière optimale, toute l’information disponible, y compris l’information sur les
politiques actuelles et prospectives, pour prévoir les prix. Ce sont plutôt des anticipations
rationnelles. L’inertie de l’inflation n’est qu’apparente : en fait, ce sont les politiques
budgétaires et monétaires inadéquates qui entretiennent la dynamique de l’inflation. Si ces
politiques prennent fin, cette dynamique s’arrêtera d’elle-même et les agents feront des
anticipations correctes.
Telles sont les questions auxquelles nous tenterons de répondre dans cette étude,
mais il sied de donner l’objectif et poser les hypothèses de travail avant d’en arriver là.
Sur le plan théorique, trois grands courants se livrent « bataille » sur la notion de
l’inflation : l’approche « libérale », l’approche « keynésienne » et l’approche structuraliste.
Mais au-delà du désaccord, les approches semblent être unanimes sur des points importants :
Elles considèrent toutes que la monnaie est offerte sur un marché par le système bancaire
(exogénéité) et demandée par les agents. On y fait donc l’hypothèse que la monnaie est un
objet de marché. Elles considèrent aussi toutes que les conditions prévalant sur le marché de
la monnaie déterminent les positions que prennent les agents sur d’autres marchés. En ce sens,
elles intègrent toutes la monnaie au système de prise de décision sur le marché des biens et
même sur le marché de l’emploie (notamment avec la courbe de Philips qui donne une
relation ou mieux une possibilité d’arbitrage entre l’inflation et le chômage). Les classiques,
Keynes et structuralistes traitent la monnaie comme un phénomène macroéconomique.
Toutefois, leurs analyses font référence aux comportements des agents.
Pour la question principale : Etant donné que l’histoire monétaire congolaise a connu
des situations inédites, par exemple la présence de plusieurs monnaies qui ont circulé
concomitamment dans un seul espace monétaire, les démonétisations et les réformes
monétaires à souhait qui ont émaillé la deuxième République, …nous supposons que
l’inflation congolaise est multidimensionnelle. Elle n’est pas influencée de manière intégrale
par un seul type de facteurs (monétaires, réel, structurel ou par les anticipations) mais nous
pensons qu’elle est expliquée simultanément par tous ces types de facteurs. Ainsi, nous
subodorons que les déterminants de l’inflation en RDC sont le gap de la production, la masse
monétaire, le taux d’intérêt, les importations et le taux de change sans oublier l’histoire de
l’inflation, étant donné les anticipations (rétrospectives, adaptatives et/ou rationnelles) des
agents économiques. L’inflation congolaise est à la fois endogène (c’est-à-dire liée aux fluctuations
de la masse monétaire, aux gaps de production, au taux d’intérêt, aux anticipations inflationnistes)
et importée (c’est-à-dire influencée par le taux de change et par les importations). Elle ne se situe de
manière intégrale ni du côté libéral, ni du côté keynésien, ni du côté structuraliste mais elle
est expliquée simultanément par ces trois courants, par un modèle de synthèse.
0.3.1. Méthodologie
Tout travail se voulant scientifique doit être élaboré selon une certaine approche
méthodologique. Dans le cadre de ce travail, les méthodes suivantes ont été utilisées :
1. La méthode hypothético-déductive
2. La méthode comparative
3. La méthode économétrique
Il a été donc question d’explorer les travaux qui ont appliqué l’une ou l’autre de ces
approches et qui ont porté sur différents pays ayant fait l’expérience de l’inflation chronique
ou d’hyperinflation tels le Brésil, la Bolivie, l’Argentine, l’Israël, l’Uganda ... Ensuite,
quatre modèles d’inflation en RDC ont été estimés en raison d’un modèle par approche et un
modèle de synthèse.
Pour l’analyse économétrique, le modèle utilisé chez les libéraux est celui issu de la
théorie quantitative qui a traversé toute l’histoire monétaire de Xenophon à Irving Fisher en
passant par Jean BODIN, David Hume, l’école de Cambridge (Pigou), pour se prolonger
jusqu’à l’école monétariste (Friedman) et la Nouvelle Ecole Classique (Lucas).
a été enrichie par la loi d’Okun (qui met en relation l’output gap et le taux de chômage) et les
anticipations donnant ainsi naissance à ce que les auteurs appellent « la Nouvelle Courbe de
Phillips ».
Les structuralistes affirment, en effet, que les sources de l’inflation sont à rechercher
du côté des goulots d’étranglement causés par la pénurie des produits. Cette pénurie est elle-
même causée par des chocs d’offre et de demande.
Le logiciel utilisé est le E-views 8.1. La technique documentaire a été d’une très
grande utilité pour la collecte de données. Ainsi, les données utilisées dans ce travail ont donc
été tirées des différents rapports de la BCC (Banque Centrale du Congo de 1964 à 2016). Pour
23
entrer dans leur intelligence, ces données ont été comparées avec celles utilisées par Vincent
NGONGA NZINGA (2015), ancien directeur de l’hôtel de monnaie de la Banque Centrale du
Congo. Les données brutes sont reprises en annexe (Tableau A1).
Enfin, les régressions par la modélisation VAR ont été réalisées pour estimer les
paramètres. Et, pour capter l’inertie de l’inflation congolaise et les chocs subis, des analyses
impulsionnelles des chocs subis par les différents VAR ont été effectuées.
est clair que la RDC a pris un train de retard quant à la politique monétaire appliquée sous
d’autres cieux.
Le travail nous permet en outre d’explorer et de comprendre autant que faire se peut,
les nouvelles orientations de la macroéconomie, aussi bien sur le plan théorique que pratique,
les méthodes économétriques actuelles (notamment la cointégration et la modélisation VAR)
et d’acquérir une maîtrise de la théorie sur l’inflation. La monnaie est au cœur des stratégies
de politique monétaire visant à assurer la stabilité à moyen terme des prix. Elle y joue soit le
rôle d'objectif intermédiaire, soit celui de variable informationnelle, un des indicateurs
précurseurs de l'inflation future.
PREMIÈRE PARTIE :
DÉTERMINANTS THÉORIQUES DE
L’INFLATION
26
De façon générale, les économistes ont toujours accordé une attention particulière à
l’inflation, à cause de ses conséquences néfastes au plan économique et social. Les biens et
services qui constituent la richesse des nations sont mesurés en termes monétaires et dans ce
cas, il y a une symétrie entre la détention de la monnaie et celle des biens. Le problème de
l’inflation est qu’elle altère ou détruit cette symétrie qui est la base de la stabilité économique.
La même quantité de monnaie détenue à deux périodes différentes, ne permet pas d’acquérir
la même quantité de biens et services. Les fonctions d’unité de compte et de réserve de valeur
de la monnaie sont brouillées (Zonon A. 2003).
Ainsi, le premier chapitre expose les facteurs monétaires de l’inflation. Les facteurs
réels influençant l’inflation sont repris au niveau du deuxième chapitre. Au niveau du
troisième chapitre, la synthèse est présentée. Les trois chapitres de la première partie se
terminent tous par une section présentant les études empiriques sur chacune de ces approches.
Le quatrième chapitre revient sur la modélisation économétrique de cette théorie.
27
Chapitre premier :
DÉTERMINANTS MONÉTAIRES DE L’INFLATION :
« Du quantitativisme aux anticipations de l’inflation »
28
Les individus doués de raison et capables de déceler leurs propres avantages doivent
suivre leurs intérêts personnels car l’égoïsme travaille pour le bien commun. La société atteint
alors naturellement le bien-être et la prospérité. C'est la main invisible de la concurrence qui
consiste à affirmer l’existence d'un ordre naturel dont la réalisation ne fait intervenir aucun
principe moral. L’effet d’effort naturel de chaque individu pour améliorer sa condition
contribue directement au bien-être général même si ce n’était pas la volonté de chaque
individu. C’est l’égoïsme qui maximise l’intérêt général. Chez Smith, la notion d’équilibre et
d’efficacité ne sont pas distinctes et l’optimum atteint est un optimum au sens de Pareto :
«Une situation est optimale, au sens de Pareto, lorsque l’on ne peut pas améliorer le bien-
être d’un individu sans détériorer celui d’au moins un autre ». C’est une notion d’efficacité
collective et non de justice sociale.
29
Cette affirmation de Adam Smith, couplée avec la loi des débouchés de Jean-Baptiste
Say : « l’offre crée sa propre demande » et accompagnée par la loi de Walras : « il est
impossible qu’un équilibre soit établi sur le marché des biens et des titres, sans qu’il soit
également réalisé sur le marché du travail », résume l’appréhension libérale de l’économie
en général, la formation des prix et le processus inflationniste en particulier. Pour les
classiques, la monnaie est un voile c’est-à-dire que les transactions se concluent entre les
agents économiques, les quantités réelles se déterminent et la monnaie vient tout simplement
leur donner une valeur nominale : neutralité de la monnaie.
Etant donné que l’offre crée sa propre demande (loi de débouchés), le niveau de
production est dicté par le niveau de l’emploi. Les travailleurs sont les bienvenus dans les
entreprises car tout ce qui sera produit sera aussi écoulé : pas de contrainte de marché. La
production est fonction de l’emploi qui est lui-même fonction du salaire réel (les agents ne
souffrent pas d’illusion monétaire). Tout le monde qui voudrait travailler le fait. Et donc si le
chômage existe, c’est du chômage volontaire. Dans la théorie classique, le chômage
involontaire n'existe pas.
En définitive, toutes les capacités de production sont ainsi utilisées. Nous sommes
donc au niveau du plein emploi. Et donc la production est une constante. Dans ce cas, toute
variation de la masse monétaire ne va se résorber que par une variation des prix. Les prix sont
tellement flexibles que les marchés s’ajustent d’eux-mêmes. Si l’offre est supérieure à la
demande, les prix baissent pour stimuler la demande jusqu’à ce que l’offre soit égale à la
demande.
De même, si l’offre est inférieure à la demande, les prix vont monter jusqu’à ce que
les deux s’égalisent. Dans l'explication de la main invisible par Adam Smith, le processus qui
30
amène les entreprises à produire est tel que ce que les consommateurs veulent ne nécessite pas
la présence de l'État : l'économie dénoue elle-même ses propres problèmes.
Protéger chacun des membres de la société contre l’injustice ou l’oppression de tout autre
membre de la société : Police et Justice ;
Elever et entretenir des ouvrages et établissements publics utiles à la société pour lesquels
les profits ne peuvent jamais couvrir les dépenses d’un individu ou d’un petit groupe de
citoyens : production d’infrastructure (fonction tutélaire).
Il s’agit d’une vision de l’équilibre de court terme dans laquelle les offres et les
demandes des marchés des bien, du travail, de la monnaie et des titres s’ajustent par
les prix, et où le jeu concurrentiel des marchés conduit à la fois au plein–emploi du
travail et à la pleine utilisation des capacités de production. Le discours macroéconomique
n’a dans ce cadre comme seule spécificité que de s’appuyer sur une méthode de
raisonnement par agrégation.
Trois idées majeures (une conception générale et deux idées) sont à la base de la
théorie classique : la conception générale, la loi des débouchés et la théorie quantitative.
Conception générale
Elle exprime que l’offre (globale) crée toujours sa propre demande, de sorte que
l’économie ne peut jamais connaître de crise de surproduction (version faible). Associée à
l’hypothèse de flexibilité des prix et d’ajustement des marchés, elle garantit que le niveau
d’activité sera en outre toujours maximal (version forte).
Cette loi n’est donc que l’expression de la vision classique de l’équilibre. Sa validité
repose sur le rôle subordonné conféré à la monnaie. C’est ce qu’exprime la dernière idée.
Ceci signifie que les revenus qui proviennent de la production de certaines marchandises
permettent aux consommateurs d'acheter les marchandises produites par d'autres.
Selon cette théorie, la monnaie n’a pas d’effets réels, mais affecte seulement le
niveau général des prix (NGP). Elle repose au fond, sur l’idée que la monnaie n’est pas
demandée pour elle–même (le seul motif de «demande de monnaie» est celui que Keynes
identifiera sous le nom de «motif de transaction» ; il en découle la constance de la vitesse de
circulation de la monnaie).
(gonflement du capital).
L'intérêt payé par les emprunteurs aux épargnants permet de garantir qu'aucune
épargne ne soit retirée du marché monétaire. Le marché monétaire s'équilibre par une
modulation du taux d'intérêt. L'intérêt versé aux épargnants quand ils prêtent leur épargne est
un encouragement au prêt. Quand le taux d'intérêt est élevé, les gens veulent épargner et
prêter plus. De l'autre côté du marché, les emprunteurs ne sont pas encouragés à trop
emprunter à cause du taux d'intérêt élevé. Grâce à ce mécanisme, le marché tend au
rééquilibrage sous l'influence du taux d'intérêt.
Au total, selon cette approche, le niveau d’activité, pour peu qu’on accepte de laisser
fonctionner librement les marchés, sera toujours optimal, et cela en particulier parce que la
monnaie n’a aucun rôle spécifique à jouer en dehors de celui d’instrument technique
destiné à faciliter l’occurrence des échanges. Pour ces auteurs, le plein emploi est l’état
normal des affaires. Les politiques économiques ne sont pas les bienvenues.
La théorie présentée est en effet, une théorie réelle de l’ajustement par les marchés
du travail et du capital. Ainsi, on suppose ce qui suit :
1) Tous les agents économiques sont rationnels et ont pour objectif de maximiser leur
profit ou leur utilité ; en outre, ils ne souffrent pas d’illusion monétaire ;
3) Les agents ont une parfaite connaissance des conditions de marché et des prix
avant de s’engager dans l’échange. Les échanges se réalisent lorsque les prix
d’équilibre sont obtenus sur tous les marchés. Ainsi il n’existe pas d’échanges à des
33
Par simple agrégation des offres et des demandes individuelles on passe aux offres
et demandes totales exprimées sur un marché donné : l’offre totale est une fonction
croissante du prix et la demande décroit avec les prix, si l’on excepte les biens de Giffen.
Dans ce cadre, l’offreur est un « price-taker » (preneur de prix) et non « price maker »
(faiseur de prix). Le prix lui est imposé par le marché. Il détermine sa production en
fonction du prix auquel il pourra écouler sa production sur le marché du bien considéré. Il
produit la quantité qui représente l’égalité entre le coût marginal de production et le prix
imposé par le marché.
Or, il est assez bien connu en mathématiques que même un système d'équations
algébrique à deux équations et deux inconnues peut ne pas avoir de solutions ou posséder
une infinité de solutions. Le problème de l'existence d'une solution à ce problème (dit
problème d'équilibre général) restera longtemps sans solution claire malgré des efforts
notables d'économistes comme Cassel ou Wicksell. Il faudra attendre 1953 et les
contributions conjointes de Kenneth Arrow et de Gérard Debreu pour mettre un terme à
cette situation. Arrow & Debreu (1954) démontrent l’existence d’un équilibre général qui
doit être unique et stable (hypothétique).
35
Cette dichotomie prend la forme d’une dichotomie des «secteurs» : le secteur réel,
est constitué des marchés du travail, des titres (du capital), et des biens, et déterminent les
prix relatifs et les quantités réelles d’équilibre. L’équilibre du marché de la monnaie peut
alors (moyennant la connaissance du niveau de production réelle), déterminer, au regard de
la masse monétaire en circulation, le niveau général des prix (NGP). Les grandeurs réelles
pourront alors « revêtir » une apparence « monétaire » : la monnaie est un voile.
Au total, la structure du modèle sera donc :
Source : J.P. KISONIA, 2014, cours de macroéconomie approfondie, inédit, Université Libre des Pays des
Cette structure résulte elle aussi du principe d’analyse adopté par les classiques :
envisager le fonctionnement économique comme le produit du comportement
d’agents individuels supposés tous parfaitement rationnels. Dans ces conditions, le
comportement des agents va avoir pour arguments, non pas les valeurs nominales, en
particulier pas les prix nominaux (salaire, prix et taux d’intérêt nominal), mais les valeurs
36
réelles, c'est-à-dire les quantités (en volume) et les prix relatifs (salaire réel et taux d’intérêt
réel).
Cette absence d’interaction entre ce qui est « monétaire » et ce qui est « réel »
(activité économique de production et de consommation des biens), cette neutralité de la
monnaie, illustrée par la formule : « la monnaie n’est qu’un voile», revient à considérer que
les agents, à court terme comme à long terme, font une évaluation précise du prix de la
monnaie, c’est-à-dire du niveau général des prix : hypothèse d’absence « d’illusion monétaire
». En d’autres termes, les classiques privilégient uniquement la fonction « moyen d’échange »
de la monnaie : le seul motif de détention de la monnaie est le motif de transaction.
On suppose donc qu'il n'existe jamais aucune contrainte de débouchés, et que sont
alors impossibles des crises de surproduction. Plus exactement, c'est la représentation
37
classique du marché du capital, dans laquelle le taux d'intérêt est réputé garantir l'équilibre
entre épargne et investissement, qui «transforme» la loi de Walras en loi des débouchés.
Encore une fois, c'est bien ce point précis qui est important:
Au total, le modèle classique, avec loi de Say, flexibilité des prix, des salaires et du
taux de l'intérêt, peut connaître des variations de la structure de la demande, sans
déficience globale quant à son niveau. Pour autant, cela ne demeure vrai que sous
l'hypothèse d'absence de préférence pour la liquidité (acceptation de la théorie
quantitative) et de la représentation classique du marché du capital.
2°) Son degré d’activité c’est-à-dire la vitesse de circulation (soit le nombre moyen de fois
que la monnaie est échangée dans une année contre les biens) ;
3°) Le volume global de transaction (soit le montant des biens achetés avec la monnaie).
Dans sa formulation ancienne, Jean Bodin a, dès le XVIe siècle, analysé le mécanisme
d’augmentation du niveau général des prix en relation avec l’afflux de métaux précieux en
provenance du Nouveau Monde. La formulation moderne de cette théorie est à porter au
crédit de l’économiste et mathématicien américain Irving Fisher, qui l’a formalisée sous la
forme d’une équivalence :
MV = PT (2.4.1)
T le volume de production.
exprimé cette relation en constatant que « l’inflation est toujours et partout un phénomène
monétaire ».
A chaque vente correspond un achat et le montant des ventes est nécessairement égal
au montant des achats pour l’ensemble de l’économie. Sachant que le montant des ventes est
égal au nombre des transactions réalisées (T) multiplié par le prix moyen de celles-ci (P),
alors que le montant des achats est égal à la quantité de monnaie en circulation (M) multipliée
par le nombre de fois que celle-ci change de mains au cours de la même période de référence
(Vt = vitesse de circulation), nous obtenons l’identité suivante :
Tenant compte du fait que, comme l’avait perçu Mill, les paiements sont
partiellement effectués par la monnaie scripturale, Fisher donne une nouvelle version de
l’équation :
MV+M’V’=PT (2.4.3)
1
.M kR (2.4.4)
p
À chaque définition de la monnaie par un agrégat donné (M1, M2, M3) correspond
une vitesse-revenu différente. La question, évidemment, que soulèvent ces équations est celle
de leur «tautologie » : dès lors que chaque transaction est un échange d’un bien contre de la
monnaie, n’est-ce pas écrire différemment la même chose que de poser l’égalité entre le prix
des choses qui s’échangent et la valeur monétaire de la monnaie contre laquelle elles
s’échangent ?
moment de l’arrivée des métaux précieux en Europe quand la question du rapport entre le
niveau général des prix et la masse monétaire en circulation ont été placée au cœur de la
problématique économique.
MV = PY (2.4.5)
Les 3 premières hypothèses impliquent que les agents non financiers ne détiennent
pas d’encaisses spéculatives. La monnaie n’est donc demandée que pour le motif de
transaction (et de précaution). La fonction de demande de monnaie sera donc : Md =
MT = kPY. L’équilibre sur le marché monétaire est tel que :
Y1
Y2
P1 P2 P
Figure 1.1. Relation entre le niveau de production et le niveau général des prix
Y1
P1 P2
Figure 1.2. Conséquences de la politique monétaire sur le niveau général des prix
par une augmentation des liquidités des agents économiques que ces derniers vont convertir
en titres. La demande des titres augmente ce qui implique une augmentation du cours de
ces titres et par là même une baisse du taux d’intérêt.
Les sources de l’inflation sont diversifiées. Néanmoins, nous allons considérer celles
que la littérature classique retient le plus souvent. Ainsi nous retenons ci-dessous le déficit
budgétaire, l’inflation anticipée et le niveau de la production à savoir une baisse
disproportionnée de celle-ci par rapport à la masse monétaire en circulation.
Les déficits budgétaires chroniques sont souvent indexés comme étant à la base de
l’inflation. Cette affirmation, à elle seule, n’est pas suffisante pour expliquer l’inflation. Il
faut cependant souligner que c’est le mode de financement, notamment le recours
disproportionné à la création monétaire, qui entraine l’inflation.
md = mo exp(- α )
(2.5.1)
Où u = M / M est le taux de croissance du stock de monnaie nominale.
m / m 0, u et d a
/m (2.5.6)
Ce qui implique que l’inflation et les encaisses monétaires réelles sont reliées négativement à
l’équilibre.
L’Etat peut financer ses dépenses de trois manières : en se procurant des recettes par
l’impôt, en empruntant auprès du public ou à l’étranger et en émettant de la monnaie. Les
deux premiers modes de financement n’ont pas des conséquences fâcheuses en termes
d’inflation.
45
En fait, il correspond à une taxe que l’Etat prélève sur la création de monnaie et
comparable à n’importe quelle autre taxe prélevée ; c’est pourquoi, il est souvent appelé taxe
d’inflation. Le grand problème de ce mode de financement est son caractère inflationniste et
les règles de gestion monétaire stricte commandent que le revenu du seigneuriage soit
minimisé. Pour que cela soit possible, il faut que la banque centrale ait une relative
indépendance pour mener à bien sa politique de rigueur. Lorsque ce n’est pas le cas, les
autorités ont tendance à maximiser le revenu du seigneuriage sans tenir compte de ses
conséquences néfastes.
Lorsque l’Etat émet de la monnaie nouvelle pour financer ses dépenses, il accroît
l’offre de la monnaie. Ceci est source d’inflation. C’est pourquoi, on parle de taxe d’inflation.
Cette assimilation de l’inflation à une taxe n’est pas évidente à première vue : personne ne
reçoit spécifiquement d’invitation à payer cet impôt. Mais alors, qui paie la « taxe
d’inflation ?». Ce sont les détenteurs de monnaie : quand les prix augmentent, la valeur réelle
des billets détenus diminue. Quand l’Etat émet de la monnaie nouvelle à son propre usage, il
réduit la valeur de la monnaie ancienne détenue par les agents économiques. L’inflation est
donc un impôt prélevé par la détention de monnaie.
Dans les pays frappés par l’hyperinflation, le seigneuriage est souvent la principale
source de revenus de l’Etat, et la nécessité même dans laquelle se trouve celui-ci d’émettre de
la monnaie pour financer ses dépenses constitue la première cause de l’hyperinflation.
46
b. Déséquilibre de flux :
Le déséquilibre de flux est conçu comme la rupture d’équilibre entre flux réel
produit et services offert sur le marché et le flux monétaire, brefs le déséquilibre entre l’offre
et la demande globale. La demande est forte alors que l’offre de bien et service n’est pas
susceptible de varier dans la même proportion.
a. Ouvrage fondateur
Pour les tenants du courant monétariste, la masse monétaire (la quantité totale de
monnaie en circulation dans une économie) est le principal déterminant du PIB nominal à
court terme et du niveau des prix sur une longue période. La politique monétaire — l’un des
leviers dont disposent les pouvoirs publics pour influer sur les performances économiques du
pays — utilise différents instruments, dont les taux d’intérêt, pour faire varier la quantité de
monnaie en circulation. Les monétaristes pensent que le meilleur moyen d’atteindre les
objectifs de la politique monétaire est de jouer sur le taux de croissance de la masse
monétaire.
Dans son ouvrage fondateur intitulé : « A Monetary History of the United States,
1867–1960 », coécrit avec sa consœur Anna Schwartz en 1963, Friedman (cités par Zonon A.,
2003) affirme que la Grande Dépression qui a frappé les Etats-Unis dans les années 30 a été
47
provoquée avant tout par la mauvaise politique monétaire menée par la banque centrale
américaine (la Reserve fédérale).
De leur point de vue, la Fed (comme on l’appelle habituellement) a eu le tort de ne
pas contrer les forces qui tendaient à réduire la masse monétaire et de chercher à diminuer le
stock de monnaie, alors qu’il aurait fallu faire exactement l’inverse. Ils soutiennent aussi que,
les marchés évoluant naturellement vers un point d’équilibre, le fait de fixer la masse
monétaire à un niveau incorrect a entrainé un comportement erratique des marchés.
Il est à noter que dans la plupart des pays en voie de développement, l’indépendance
de la banque centrale n’est pas garantie. Dans ce cas, la politique monétaire et la politique
fiscale deviennent inséparables, Park Y.C., (1973) et Morgan D.R.(1979). Par conséquent, le
contrôle de l’offre de monnaie dans ces pays ne peut se faire qu’après le financement des
dépenses gouvernementales.
Etant donné l’état rudimentaire des marchés financiers dans la plupart des pays en
voie de développement (Driscoll M.J. et LahiriA.K., 1983), beaucoup d’études ont omis le
taux d’intérêt comme variable explicative de la fonction de demande de monnaie estimée dans
ces pays (Diz A. C., 1970). En plus, dans ces pays, les données empiriques révèlent une faible
variation du taux d’intérêt due au fait que la banque centrale dicte son taux directeur dans
48
l’exercice de sa politique monétaire. Une autre raison et non la moindre est que la plupart de
ces études sont menées dans des économies fermées.
d
M
f X , P ,r
a a
a
(2.3.2)
P
En supposant que les anticipations sont adaptatives pour approximer les variables
anticipées dans l’équation (2.3.2), et en substituant dans l’équation (2.3.1), nous trouvons :
k1 k2 k1
P M ts i X t i i Pt i1 i rt f i t
i 0 i 0 i 0
(2.3.3)
monétariste. Les paramètres i , i et i mesurent les effets du revenu réel, des anticipations
de l’inflation et des taux d’intérêts étrangers respectivement sur le niveau général des prix. La
49
La réaction proportionnelle des prix aux variations de la masse monétaire est, bien
sûr, une propriété de la théorie néoclassique de long terme. En revanche, la réaction
instantanée des prix est la caractéristique d’un marché parfait et sans friction. Cependant,
dans la réalité, l’imperfection des marchés fait à ce que la réaction des prix aux variations de
la masse monétaires ne soit pas instantanée, mais distribuée sur un certain nombre de
périodes. En prenant en compte ces dynamiques de court terme, l’équation (2.3.3) pourrait
s’écrire en cette forme :
l1 l2 l3 l4
Pa i M tsi i X t i i Pt i1 i rt f i t
i 0 i 0 i 0 i 0
(2.3.4)
Selon l’approche monétaire, les signes attendus des coefficients cumulés sont les
suivants :
l1 l2 l3 l4
a0,
i 0
i > 0;
i 0
i < 0;
i 0
i > 0;
i 0
i >0
Le monétarisme a gagné en popularité dans les années 70. En 1979, alors que
l’inflation avait atteint 20 % aux Etats-Unis, la Fed a adopté une stratégie d’intervention
conforme à la théorie monétariste. Le monétarisme a perdu néanmoins du terrain au cours des
décennies suivantes, faute de pouvoir expliquer l’évolution de l’économie des Etats-Unis.
Quelle que soit sa cause initiale, l'inflation est par nature un phénomène monétaire.
L’Etat doit gérer la monnaie car elle a toutes les caractéristiques d’un bien collectif, c’est la
monnaie en tant qu’institution. Chez les monétaristes, on retient surtout comment on doit
gérer la monnaie, et ils s’opposent aux Keynésiens sur ceci.
Les monopoles naturels (pour les Néo-classiques) : concernent la production d’un bien dont
le coût moyen est décroissant en fonction de la quantité produite, et cela quelle que soit la
quantité produite. Cela conduit à une situation défavorable au consommateur, il y a une
perte de bien-être collectif, on n’est pas à l’optimum de Pareto. Toute diminution des
échanges se fait au détriment des biens collectifs : il y a une défaillance du marché.
Pour analyser les décisions de politique monétaire, nous devons connaître les
déterminants de l’inflation anticipée. L’hypothèse la plus simple quant à ceux-ci, qui est
d’ailleurs souvent plausible, est que les gens construisent leurs anticipations de l’inflation
future sur la base de l’inflation qu’ils ont récemment observée. Cette hypothèse est appelée
anticipations adaptatives. Supposons, par exemple, que les gens s’attendent à ce que les prix
augmentent, cette année, au même rythme que l’année dernière. Alors l’inflation anticipée Eπ
t t 1 - u - u n t vt (2.3.19)
droite t1 , traduit une inertie de l’inflation. Si le chômage est à son taux naturel (NAIRU), et
en l’absence de chocs d’offre, les prix vont continuer à croître au taux d’inflation courant,
sans accélération ni décélération. L’origine de cette inertie de l’inflation réside dans le fait
que, fondées sur l’inflation passée, les anticipations de l’inflation future influencent les prix et
les salaires que fixent les agents économiques. Robert Solow synthétisa fort subtilement le
concept de l’inertie de l’inflation quand il écrivit, à propos de l’inflation élevée des années
1970 : « Pourquoi notre monnaie perd-elle sans cesse de sa valeur ? Peut-être simplement
parce que, anticipant l’inflation, nous la créons, et l’ayant créée, nous l’anticipons. »
chômage conjoncturel, c’est-à-dire l’écart du chômage par rapport à son taux naturel : c’est lui
qui pousse l’inflation à la hausse ou à la baisse. En présence d’un faible taux de chômage, le
taux d’inflation tend à croître : on parle alors d’inflation induite par la demande. C’est en
effet l’importance de la demande agrégée qui explique ce type d’inflation. Par contre, un taux
de chômage élevé tend à faire baisser le taux d’inflation. Le paramètre mesure la
sensibilité de l’inflation au chômage conjoncturel.
Le troisième terme, v, exprime l’influence des chocs d’offre sur les variations du taux
d’inflation. Ainsi, un choc d’offre négatif tel qu’une hausse du prix mondial des produits
pétroliers, comme il en est survenu au cours des années 1970, confère une valeur positive à v
et induit une hausse de l’inflation. On parle alors d’inflation induite par les coûts : les chocs
d’offre négatifs ont généralement pour effet de renchérir les coûts de production. Par contre,
un choc d’offre positif, tel que l’excédent d’offre de produits pétroliers qui a entrainé la
baisse des prix de ceux-ci dans les années 1980, confère un signe négatif à v et induit une
baisse de l’inflation.
Friedman contredit Keynes dans le sens qu’il pose la notion des anticipations
adaptatives contraires aux anticipations extrapolatives prônées par Keynes. Les deux modèles
n’aboutissent à la même conclusion que s’il existe une erreur d’anticipations de la part des
agents économiques, l’augmentation des prix va faire baisser les salaires réels, ce qui
permettra aux entreprises d’embaucher plus de travailleurs. Mais les deux modèles, par
contre, expliquent la formation des anticipations et donc de l’erreur des anticipations
différemment.
C’est donc au niveau de la conception de l’erreur d’anticipation que les deux modèles
se distinguent. Ils se distinguent aussi sur le fait que pour Keynes, la monnaie à un effet sur
les variables réelles. Mais Friedman continue à soutenir cette dichotomie classique en
affirmant que la monnaie n’a aucun effet sur les variables réelle. Il nie ainsi tout arbitrage
entre inflation et chômage prôné par la courbe de Phillips.
En effet, pour Keynes, les agents économiques extrapolent l’évolution future des prix
à partir de leur évolution passée, sans aucune correction quelconque : les anticipations
extrapolatives :
53
e
Le prix anticipé Pt de la période considérée est fonction du prix de la dernière période
Dans ce cas, les agents économiques s’attendent à ce que le prix qu’ils ont observé
dans le passé se répète pendant la période considérée (anticipations naïves).
Friedman rejette cette conception et pense que les anticipations sont plutôt adaptatives
car les agents économiques sont conscients des erreurs d’anticipations passées et tentent de les
corriger à travers un processus d’apprentissage des erreurs (« errors learning models »).
L’hypothèse des anticipations adaptatives tient compte des erreurs passées en révisant
l’anticipation d’une fraction λ de la dernière erreur d’anticipation commise :
Pt e Pt e1 Pt 1 Pt e1 , avec 0 < < 1, coefficient d'adaptation (2.3.22)
Ce qui signifie que la révision des anticipations pendant la période considérée est
proportionnelle à l’erreur d’anticipation constatée pendant la période passée.
anticipations ne sont jamais révisées, les politiques macroéconomiques exercent des effets
permanents sur le revenu réel et le taux de chômage.
dépend de la valeur de . Si est proche de 1, Pt 1 Pt 1 qui est la différence entre les
e
prix observés de la période passée et le prix anticipé de la même période, autrement dit
l’erreur passée d’anticipation est beaucoup plus grande et plus les agents économiques
accordent alors beaucoup plus d’importance à la valeur du prix observée Pt 1 passée que sur
e
le prix anticipé Pt 1 .
54
Les agents économiques ont tendance à ne pas considérer les anticipations qu’ils ont
formulées pendant la période précédente pour se focaliser sur la valeur du prix effectivement
observée. Dans ce cas, la mémoire du processus de formation d’anticipations est courte. Par
contre, si est proche de 0, cela signifie tout simplement que les agents économiques
reconduisent leurs anticipations passées et que donc le processus de formation des
anticipations est crédible.
t Pt Pt 1 , t Pt Pt e et t 1 Pt 1 Pt e1
Alors : t t 1 t 1 (2.3.23)
t t 1 t 1 1 t 2 t 1 t 1 1 2 t 2
t t 1 t 1 1 t 2 (2.3.25)
2
t t 1 t 1 1 2 t 2 t 1 t 1 1 2 t 2 1 t 3
t t 1 t 1 1 2 t 2 1 3 t 3
…
En tenant compte de toutes les erreurs de prévision remontant jusqu’à l’époque t- ,
l’erreur de prévision à l’époque t devient :
t t 1 t 1 1 2 t 2 1 3 t 3 ... 1 t (2.3.27)
t 1 i t i
i 0
55
C’est un modèle autorégressif avec une infinité de retards qui montre que l’inertie,
lorsqu’elle existe, est permanente (erreur systématique et non aléatoire). Dans ce cas, si les
autorités voudraient augmenter l’inflation pour réduire le chômage en dessous de son niveau
naturel, il faut qu’elles fassent en sorte que les agents économiques sous-estiment
constamment le taux d’inflation courant, c’est-à-dire commettent des erreurs de prévisions de
sorte que l’erreur de prévision t Pt Pt 1 t i soit de plus en plus élevée
e i
i 0
lorsque Pt > Pt .
e
Les sources des revenus de l’Etat pour faire face aux dépenses publiques sont au
nombre de trois : l’impôt au sens large (toute la fiscalité), l’emprunt (aussi bien à l’intérieur
comme à l’extérieur du pays) et la planche à billets. Néanmoins, cette dernière source est
dangereuse car elle peut provoquer l’inflation. Dans les pays en voie de développement où
les marchés financiers sont dans un état embryonnaire (l’Etat a du mal à écouler ses bons du
Trésor donc à s’emprunter), le système fiscal connaît de sérieux problèmes de divers ordres
(difficulté de percevoir l’impôt), l’Etat n’a de choix que de recourir à l’émission monétaire
pour financer ses dépenses.
On appelle seigneuriage les recettes acquises par émission d’argent. Ce terme vient
de « seigneur », lequel avait, au Moyen Âge, le monopole de l’émission de monnaie sur ses
terres. Ce même monopole est aujourd’hui dans les mains de l’Etat, pour lequel il constitue
une source possible de revenu. Lorsque l’Etat émet de la monnaie nouvelle pour financer ses
dépenses, il accroît l’offre de monnaie. Ceci crée de l’inflation. Ce qui réduit la valeur réelle
de l’ancienne monnaie détenue par les agents économiques. C’est pourquoi on parle de taxe
d’inflation.
56
Une même politique économique pourra avoir des effets différents. Par exemple, si
les agents anticipent qu’une hausse du taux d’intérêt de court terme (politique monétaire
restrictive) est temporaire, l’effet sur le taux de long terme sera faible et inversement si les
agents pensent que cette hausse sera durable.
Cette approche sera développée par les nouveaux classiques (Thomas Sargent,
Robert Barro, Edward Prescott, Neil Wallace, Patrick Minford…) qui vont construire des
modèles avec prix et salaires parfaitement flexibles. Ces modèles montrent que si la politique
économique est anticipée par les agents, elle n’a pas d’effet sur le produit global (proposition
d’inefficacité de la politique économique).
Un effet réel ne peut venir que d’une politique économique non anticipée. Par
exemple, une politique monétaire expansionniste peut engendrer une baisse du produit global
58
: si les agents ont anticipé une politique monétaire plus expansionniste que celle effectivement
mise en œuvre, la demande globale augmentera moins que ne le pensent les autorités
monétaires, les offreurs ayant anticipé une hausse des prix, l’offre globale se déplace, ce qui
peut conduire à un équilibre offre globale – demande globale à un niveau de prix plus élevé
avec un niveau de produit global inférieur au niveau initial. Conclusion : les politiques
discrétionnaires sont inefficaces, voire néfastes car elles créent une incertitude source d’erreur
d’anticipation ce qui engendre des fluctuations indésirables de l’activité économique. La
recommandation serait donc d’adopter une règle de politique économique pour améliorer sa
crédibilité.
Parmi tous les sujets mal connus des économistes, Lucas a souligné la manière dont
les gens forment leurs anticipations. Celles-ci sont au centre de l’économie, parce qu’elles
influencent le comportement de tous les agents économiques. Par exemple, la consommation
courante des ménages est fonction de ce que ceux-ci anticipent de gagner dans le futur. Les
décisions d’investissement des entreprises sont fonction de leurs anticipations quant à la
rentabilité future. Ces anticipations dépendent de nombreux facteurs parmi lesquels il y a un
facteur qui joue un rôle particulièrement important selon Lucas : la politique économique
mise en œuvre par les pouvoirs publics. Ainsi, pour estimer l’impact d’une modification
d’une politique donnée, les responsables politiques doivent savoir comment les agents
économiques forment leurs anticipations et comment celles-ci réagissent à cette modification
de la politique économique.
Selon Lucas, les méthodes traditionnelles d’évaluation de politiques économiques,
comme celles basées sur les modèles économétriques standards, ne tiennent pas adéquatement
compte de l’impact des politiques basées elles-mêmes sur les anticipations. C’est cette
critique de l’évaluation conventionnelle des politiques économiques que l’on appelle critique
de Lucas (cité par Mankiw G., 2013).
Le fondateur de l’analyse monétaire des chocs à l'équilibre est Lucas. Il n’est pas le
premier à donner une explication monétaire des cycles puisque Friedman et Schwartz ont mis
en évidence que les variations de l’offre de monnaie pouvaient être à l’origine de crises. Les
politiques de relance monétaire font augmenter les liquidités. Face à cette situation, les agents
économiques réagissent en se débarrassant de leur monnaie excédentaire (achat de titres ou
consommation). La conséquence est simplement une augmentation des prix des titres et des
actifs réels permettant de revenir à l’équilibre. Les autorités monétaires doivent donc avoir
59
des règles strictes de gestion de la masse monétaire. L’offre de monnaie doit suivre
l’évolution de la production, ne pas l’entraver, mais ne pas non plus la dépasser.
Pour Lucas, l’offre de monnaie est constituée de deux ensembles : une composante
systématique, dépendant de la production antérieure et une composante aléatoire. C’est la
composante imprévisible de l’offre de la monnaie qui est à l’origine du cycle. En effet, les
agents économiques anticipent la composante systématique et la prennent en compte dans les
comportements d’optimisation. Elle ne génère donc pas de chocs. Face à des variations
aléatoires de l’offre de monnaie, les agents économiques sont confrontés à un double
problème : la hausse des prix est-elle permanente ou transitoire ? Est-elle localisée ou
concerne-t-elle l’ensemble des prix ?
Lucas considère que les réactions des agents économiques sont différentes selon
qu’ils anticipent le caractère permanent ou passager de la hausse de prix. Si les changements
sont perçus comme permanents, les conséquences sont limitées. En revanche des changements
perçus comme provisoires provoquent des variations de l’offre. En effet, si le prix de ventes
du jour est considéré comme plus élevé que le prix de vente du lendemain, les agents
économiques ont tout intérêt à accroitre immédiatement leur offre, à effectuer une substitution
inter-temporelle. Par exemple, si le salaire augmente de façon provisoire, l’offreur de travail a
intérêt à travailler maintenant et à reporter son loisir à plus tard.
Ainsi, pour ces trois auteurs, les agents économiques ne vont pas se contenter des
informations passées pour formuler leurs anticipations, mais ils vont au contraire intégrer dans
leurs anticipations les actions prévues par les autorités politiques. Formulées ainsi, les
anticipations deviennent parfaitement rationnelles rendant impossible tout arbitrage inflation-
chômage même à court terme. Seuls dans ce cas, les effets de surprise, c’est-à-dire une
inflation non anticipée, peuvent avoir un effet sur l’activité réelle. Seulement, ce théorème de
l’effet de surprise ne va pas tenir longtemps. La mise en avant du phénomène d’incohérence
temporelle va évincer complètement cet effet de surprise condamnant ainsi définitivement
l’activisme monétaire.
S
Où M i est l’offre de monnaie dans le pays i ;
(i) d log Pi / dt est une variable aléatoire dans chaque pays et est non corrélée
avec la croissance monétaire et celle du PIB réel ;
(iv) QiS QiD (l’offre globale réelle équivaut à la demande réelle globale)
Yi X i Z i i
Où Yi est le taux d’inflation du pays i, Xi est la masse monétaire. La contrainte à ce
niveau est que l’intercepte est nul, le coefficient de la masse monétaire est 1 et celui du PIB
réel est -1. La spécification de la théorie quantitative sans contrainte devient celle-ci :
Yi 0 1 X i 2 Z i i (2.6.4)
Où εi est un bruit blanc, distribué normalement avec E(εi) = 0 et E(εiεj) = 0 pour i≠j
(absence d’autocorrélation des erreurs) et E(εi²)= σ² pour i=j (homoscédasticité).
Considérant l’approche monétariste, deux autres variables sont à considérer : le taux
d’inflation anticipé P et le taux d’intérêt r. Dans l’inflation anticipée, il faut distinguer les
anticipations adaptatives chères à Milton Friedman et les anticipations rationnelles de Robert
Lucas. Le modèle libéral, tel que estimé dans la plupart des travaux empiriques est donc celui-
ci :
62
l1 l2 l3 l4
Pt a i M tsi i X t i i Pt i 1 i rt i t (2.6.5)
i 0 i 0 i 0 i 0
Le monétarisme a gagné en popularité dans les années 1970. En 1979, alors que
l’inflation avait atteint 20 % aux Etats-Unis, la Fed a adopté une stratégie d’intervention
conforme à la théorie monétariste. Le monétarisme a perdu néanmoins du terrain au cours des
décennies suivantes, faute de pouvoir expliquer l’évolution de l’économie des Etats-Unis.
63
Malgré tout, les monétaristes ont apporté à l’analyse économique certaines idées qui ont été
reprises par des économistes non monétaristes.
Les résultats empiriques de Darrat A. F. (1985), dans une étude sur les explications
monétaires de l’inflation des pays membres de l’OPEP, en l’occurrence la Lybie, le Nigéria et
l’Arabie saoudite, indiquent que l’offre de monnaie exerce une influence significative et
rapide sur l’inflation dans les pays examinés. C’est pourquoi, les politiques anti-
inflationnistes appropriées pour ces pays membre de l’OPEP doivent être mises en place pour
réduire l’accroissement de la masse monétaire qui a caractérisé ces pays pendant les dernières
années.
sa nature est la même, est provoquée par une politique budgétaire laxiste et/ou une politique
monétaire lâche.
En Afrique, les études menées sur des pays de l’UEMOA identifient un effet de la
monnaie sur l’inflation dans le long terme. Diop A., Dufrénot G. et Sanon G., (2008)
démontrent que la monnaie joue un rôle principal dans le changement du niveau des prix à
long terme mais ils soulignent que la relation empirique est moins significative que ne le
prédit la théorie. Doe L. et Diarisso S. (1997) établissent également qu’à long terme, les
mouvements de la masse monétaire ont un impact sur l'inflation dans les sept pays de
l’UEMOA considérés. Pour le Mali, Diouf note que les déséquilibres sur le marché monétaire
ont un impact significatif sur le long terme dans la dynamique du niveau des prix, mais que la
quantité de monnaie en circulation n’affecte pas l’inflation à court terme (Diouf M. A., 2007).
De son côté, Fielding D., (2004) analyse l’impact des interventions de politiques
monétaires sur l’indice des prix à la consommation dans chaque pays de l’UEMOA et établit
qu’un changement dans le stock de monnaie en circulation entraine des changements
permanents dans les prix à travers les pays de l’UEMOA. Il trouve cependant que les hausses
du taux directeur de la BCEAO n’ont que peu d’effet sur les prix à court terme et n’ont pas
d’effet sur les prix à long terme.
de court terme du niveau d’inflation. Il attribue ce résultat au fait que la politique monétaire
n’est pas décidée sur le plan national, mais au niveau de l’union monétaire.
Le travail de Kofi M. O., (2007) portant sur l’inflation ghanéenne indique que depuis
que le Ghana a quitté le « West African Currency Board » juste après son indépendance, la
lutte contre l’inflation a été inefficace malgré deux décennies entières de réformes
vigoureuses. Utilisant le test de cointegration de Johansen et le modèle à correction d’erreurs,
Kofi Mathew identifie une inertie dans l’inflation ghanéenne durant la période de 1960 à
2003.
Il constate en outre des variations de l’offre de monnaie, du taux d’intérêt des bons
de Trésors ainsi que du taux de change comme déterminants de l’inflation ghanéenne à court
terme. De tous ces déterminants, l’inertie de l’inflation est le principal. Ce qui dénote que les
ghanéens font des anticipations adaptatives sur l’inflation. En anticipant la hausse des prix, ils
haussent effectivement les prix et créent donc l’inflation. Il suggère par conséquent que les
anticipations d’inflation soient réduites considérablement pour que le taux nominal d’intérêt
des bons de Trésor soit considéré comme le point d’ancrage de attentes des agents concernant
la politique monétaire à mettre en place par les autorités monétaires.
Les libéraux ne jurent que par la non intervention de l’Etat dans l’économie car elle
est inutile parce que l’équilibre général est un optimum et en ce sens le marché s’autorégule
nécessairement. L’intervention publique est illégitime car l’Etat ne devrait pas s’immiscer dans
les choix délibérés et légitimes des privés.
66
En effet, selon les libéraux, l'équilibre résulte des choix microéconomiques rationnels
des agents: vouloir le modifier consiste à vouloir aller à l'encontre des choix privés
volontaires. Cette intervention de l’Etat est d’ailleurs inefficace, elle est sans effet sur les
variables réelles de l’économie (l’emploi, le produit, ..). Le s politiques économiques, du
fait de la structure dichotomique du modèle, seront réputées n'avoir aucun effet sur les
grandeurs réelles. Elles ne viennent que perturber les équilibres établis par les marchés. Elles
créent des perturbations nominales [inflation] et elles évincent l'initiative privée.
Avec Friedman et l’école monétariste, les anticipations adaptatives sont insérées dans
l’analyse de l’inflation en réponse aux anticipations rétrospectives posées par Keynes. En
effet, les agents économiques introduisent les valeurs passées dans leurs attentes de l’inflation
de la période. La Nouvelle Ecole Classique renforce cette idée en disant que les anticipations
adaptatives sont très simples. Elle introduit ainsi la notion des anticipations rationnelles dans
l’explication de l’inflation.
67
Chapitre deuxième :
DÉTERMINANTS RÉELS DE L’INFLATION :
« De l’output gap à la nouvelle courbe de Phillips et aux chocs »
68
En effet, pour les structuralistes, les déséquilibres notamment l’inflation, sont causés
par des problèmes liés à la structure même de l’économie. Des chocs exogènes aussi bien
d’offre que de demande peuvent causer de dommages considérables nécessitant
l’intervention des pouvoirs publics.
Les facteurs considérés sont souvent, du côté de l’offre, les variations des
importations et les fluctuations du taux de change nominal, dans la mesure où la dépréciation
de la monnaie d’un pays accroît le prix des intrants importés dans le processus de production.
Les critères de rationalité implicites dans les politiques monétaristes étant établis au
macro-niveau, il est, partant, impossible de prévoir convenablement ou de contrôler à temps
leurs répercussions au micro-niveau; dès lors, il peut se faire que ces politiques demandent
aux agents économiques de suivre une conduite irrationnelle du point de vue de leurs objectifs
économiques légitimes.
L’approche de Keynes consiste à croire que l’offre des produits est déterminée par la
demande de consommation des agents économiques. Dans ce cadre, une politique monétaire
expansionniste permet de relâcher la contrainte budgétaire des ménages ou de l’État, ce qui
accroît leur demande de biens de consommation. Cet excès de demande n’aboutira à un
accroissement du niveau général des prix que si les capacités de production de l’économie
sont saturées. Dans ce cas, Keynes montre qu’un déficit public, même s’il est financé par une
création monétaire, n’est inflationniste que si l’économie est au plein emploi.
Keynes avance que les prix et les salaires ne sont pas fluctuants comme la théorie
classique l'affirme. Les salaires tendent à être rigides à la baisse parce que les travailleurs
n'acceptent pas des salaires qui ne leur permettent pas de vivre convenablement; cette
situation est renforcée par les actions des syndicats. Si les salaires sont trop bas, il y a
chômage.
Quant aux prix, les entreprises qui produisent des marchandises à prix élevé préfèrent
diminuer la production et congédier des travailleurs que de réduire les prix. Leur position de
monopole leur permet souvent d'agir de cette façon. Depuis les années 80, on recense
plusieurs cas où les employés ont accepté des réductions de salaire (aux Etats-Unis ainsi que
dans d'autres pays) par exemple, dans les lignes aériennes et l'industrie sidérurgique. Hormis
ces exceptions, les diminutions de salaire sont extrêmement rares quand même. Le modèle
général est celui d'une revalorisation continue, au moins pour amortir les hausses du coût de la
vie.
l’ajustement des marchés comme le préconisent les libéraux. Dans ce cas, les conditions d’une
concurrence pure et parfaite ne sont pas remplies. Nous nous trouvons ainsi dans une situation
de marché imparfait et qui ne peut pas s’autoréguler. L’intervention de l’Etat s’avère très
nécessaire non seulement pour réguler les marches mais aussi et surtout pour “créer”
l’accroissement de la production et maintenir l’équilibre.
En boostant la demande effective, par ses politiques économiques, l’Etat invite les
entreprises à plus de production et donc plus de demande d’emploi (diminution du chômage).
Ce processus n’aboutira à une inflation que si l’économie atteint le plein emploi car dans ce
cas, la production ne saura augmenter pour satisfaire la demande supplémentaire.
Chez Keynes, la monnaie est demandée pour elle-même. Dans un cadre d’incertitude
radicale, la monnaie est le seul actif qui permet de se prémunir des aléas (incertitude) ou de
saisir des opportunités. D’où l’intérêt de thésauriser. Quand on a des ressources, on préfère les
liquidités. Keynes introduit la notion de la préférence pour la liquidité. La monnaie peut être
alors préférée pour elle-même car elle est l’actif le moins risqué et le plus liquide par
excellence.
dépenses courantes, à la fréquence, la régularité des recettes et leur coordination avec les
paiements à effectuer.
Et pour pouvoir effectuer cet arbitrage, ils conservent des encaisses monétaires au-
delà de ce que les seuls motifs de transaction et de précaution exigeraient. Dans ce schéma, la
monnaie n’est plus neutre : il existe une interaction entre la demande de monnaie et l’activité
économique puisque pour Keynes, le taux d’intérêt joue un rôle central dans la décision
d’investissement et, par ce canal, sur le niveau de l’activité. Le taux d’intérêt va être comme
le prix de la renonciation à la liquidité.
1) L’épargne n’est pas gouvernée par le taux d’intérêt, chaque agent a un taux de
préférence pour le présent qui lui fait déterminer la partie de son revenu qu’il peut
consommer tout de suite ou celle qu’il veut au contraire épargner cela s’exprime par sa
propension marginale à consommer et sa propension marginale à épargner.
2) Cette décision une fois prise, le montant relatif (absolu) de son épargne une fois
déterminée, une deuxième question se pose à notre agent. Etant donné toutes les
formes de richesse, dans quelle forme détiendra-t-il ce qu’il a épargné ? Et c’est ici
seulement qu’intervient le taux d’intérêt. Voici comment Keynes lui-même s’exprime
à ce sujet : le taux de l’intérêt est le prix qui équilibre le désir de détenir la richesse
sous fourme de monnaie et la quantité de monnaie disponible.
Ce qui précède implique que si le taux d’intérêt était moins élevé, si en d’autres
termes la récompense pour se dessaisir de la monnaie était réduite, le montant global de
monnaie que le public désirait conserver serait supérieur à la quantité offerte et que si le taux
de l’intérêt était majoré, il y aurait un excédent de monnaie que personne ne voudrait
conserver. Pour autant que cette explication de la quantité de monnaie qui, jointe à la
préférence pour la liquidité, détermine le taux effectif d’intérêt à des circonstances données.
La préférence pour la liquidité est une virtualité ou tendance fonctionnelle qui fixe la
quantité de monnaie que le public conserve lorsque le taux de l’intérêt est donné de sorte que
si r est le taux de l’intérêt, M la quantité de monnaie et L la fonction de la préférence pour la
liquidité, on a M=L(r) c’est-à-dire que M dépend de L(r). C’est par cette voie et de cette
manière que la quantité de monnaie M pénètre dans le schéma économique (Keynes J.M.,
1936). La demande d’encaisses réelles est donc une fonction décroissante du taux d’intérêt.
Plus le taux augmente, la quantité demandée diminue, mais à un certain niveau du taux, la
demande ne réagit pas et c’est ça qu’on appelle trappe à liquidité. La quantité de monnaie
additionnelle tombe très bas sans parvenir à faire baisser le taux de l’intérêt d’où l’expression
de trappe monétaire ou trappe à liquidité que Keynes a employé pour designer cette
hypothèse.
74
Un autre schéma consiste chez KEYNES à considérer que la demande est trop forte
par rapport au prix courant alors que l’offre est limitée du fait de plein emploi des facteurs de
production. C’est ce qu’il appelle le « gap inflationniste ».
L’inflation permet d’ajuster la répartition des revenus entre les agents de manière à
favoriser le rétablissement de l’équilibre Investissement-Epargne par le jeu de la course
« salaires-prix »7.
Avec son modèle IS-LM introduit par Hicks et complété par Mundell et Fleming, la
pensée keynésienne s’est imposée pour devenir la théorie économique standard qui explique
que lorsque la politique monétaire est mise au service de la politique budgétaire, l’économie
accède à un nouveau sentier d’équilibre qui sera supérieur au précèdent.
R I S
6
P avec P, le prix du PIB ; Y le PIB ; R le revenu global ; I et S sont respectivement l’investissement et
Y Y
l’épargne.
7 Les revenus des plus favorisés s’accroissent car ils épargnent plus et paient plus d’impôt. Les prix vont augmenter et les
salaires réagiront tardivement de façon que les profits s’accroissent. Par le jeu « salaires-prix », il va subsister l’illusion
monétaire car un taux d’inflation constant va permettre le transfert pourvu que les salaires ne rattrapent jamais les prix.
75
la prise en compte de la rigidité des prix et des salaires. Les deux hypothèses réunies, Keynes
montre dans la théorie générale qu’une variation de la monnaie affecte l’activité réelle suite à
la baisse des salaires réels, cassant ainsi l’analyse dichotomique des classiques.
b. Courbe IS
L’équilibre keynésien sur le marché des biens et services est une situation
dans laquelle les entreprises, contraintes sur leur débouchés limitent leur production aux
seules quantités nécessaire pour satisfaire la demande. La demande agrégée des biens et
services est alors notée Ys et est égale à la somme de la demande des ménages (C), des
entreprises (I(r)) et de l’Etat (les dépenses publiques).
Y= C+I(r*)+G+NX(e) (3.1.3)
avec NX=X-M
L’investissement est une fonction décroissante du taux d’intérêt r qui est égal au
taux d’intérêt mondial. Les exportations nettes quant à elles, sont une fonction
décroissante du taux de change e défini comme la quantité des devises étrangères par unité
de monnaie nationale.
Si e est le taux de change nominal, le taux de change réel sera donné par £=e.P/P*,
avec p le niveau de prix intérieur et P* le prix mondial (RDM).
Comme on suppose que les prix sont constants, le taux de change réel est
proportionnel au taux de change nominal dans ce modèle. Par exemple : si le Franc
congolais (CDF) passe de 2 Francs rwandais à 4 Francs rwandais, les biens rwandais
deviennent moins cher que les biens congolais. Ceci va entraîner une chute des
exportations congolaises et en conséquence une hausse des importations. Le taux d’intérêt
est maintenu à son niveau mondial.
Cette équation de l’équilibre sur le marché des biens et services peut s’illustrer à
l’aide d’une courbe reliant le revenu au taux de change. C’est la courbe IS.
77
c. Courbe LM
Dans la pratique, les taux d’intérêt national et mondial ne sont pas toujours égaux et
le niveau général des prix peut alors dépendre aussi bien de taux de change que du taux
d’intérêt international.
En effet, ce que préconise cette courbe c’est qu’une baisse du taux de chômage à
court terme peut être accomplie par une politique monétaire expansionniste, moyennant une
inflation plus élevée. L’idée est que lorsque les salaires et les prix augmentent, les ménages et
78
les entreprises vont respectivement dépenser et produire plus, victimes de l’illusion monétaire
suite à l’augmentation du revenu nominal, dopant ainsi la demande globale et baissant le
chômage. C’est le principe du « fine tuning » auquel aboutit la mise en œuvre de la loi de
Phillips selon laquelle un arbitrage fin entre le chômage et l’inflation devient possible, afin de
maintenir l’économie au niveau permanent de plein emploi. Dans cet esprit il est alors
possible d’échanger 1% de chômage, grâce à une politique monétaire expansionniste, contre
x% d’inflation supplémentaire.
mettant en évidence une liaison entre chômage et variation des salaires qui conduira à la mise
en évidence d'une relation d'arbitrage entre inflation et chômage.
Dans son étude Phillips cherchait à valider « l'hypothèse selon laquelle le taux de
variation du taux de salaire nominale peut être expliqué par le niveau du chômage ou le taux
de changement du chômage». Phillips A. (1958), à partir de statistiques des taux de
chômage et des taux de variation du taux de salaire monétaire couvrant, pour le
Royaume-Uni, la période 1861-1957, répondait positivement à la question qu'il s'était posée,
en mettant en évidence l'existence d'une relation linéaire décroissante entre les deux variables
sur la période étudiée : à des situations de chômage élevé correspondaient de faibles hausses
du taux de salaire monétaire et inversement.
• Courbe inflation/chômage
Phillips » devient ainsi une relation décroissante entre le taux de chômage et le taux
d'inflation. Sur cette base, ils choisissent alors de modifier la manière même de lire le schéma,
qu'ils interprètent comme «un diagramme des différents niveaux de chômage dont on aurait
besoin pour chaque degré de variation du niveau des prix».
Pour le dire d'une autre manière, la courbe devient la frontière des possibilités
d'arbitrage entre inflation et chômage que le décideur politique peut utiliser : Il y a un coût
(en inflation) à payer pour garantir un taux de chômage faible, de même qu'il existe un coût
(en activité et en emploi) pour maintenir les prix à un niveau faiblement inflationniste". Alors
que Keynes avait fondé la macroéconomie sur le débat central concernant l'emploi, et a
affirmé le choix de combattre par tous les moyens le chômage, les économistes keynésiens
substituaient l'idée d'un arbitrage possible entre inflation et chômage, considérés finalement
comme deux « déséquilibres» alternatifs, dont l'évaluation du caractère nocif ne relevait
plus du discours positif, mais de la préférence collective ou publique.
b. Arbitrage inflation/chômage
U1 U0 U1 U0
Le passage d'un niveau de chômage U0, à un niveau U1 implique pour les autorités
de sacrifier à l'objectif d'inflation, en acceptant de voir celle-ci passer de Po à P1. L'économie
chemine ainsi le long de la courbe de Phillips qui la caractérise du point B vers le point A. La
courbe de Phillips représente donc la frontière des possibilités de politique économique
disponibles pour les autorités.
Wt
Wt
ou
Taux
de
salaire
Ut
Ut ou Taux du
chômage
Si l’inflation apparait, elle ne sera pas vécue ici comme une fatalité mais comme le
« prix » à payer pour atteindre un niveau donné de production et d’emploi (lutte contre le
chômage).
Il revient ainsi à l’Etat de pouvoir opérer un arbitrage entre l’inflation et le chômage.
Il s’agit d’un choix raisonné. L’inflation n’est pas ici le résultat de l’accroissement de la masse
monétaire comme le montrait la théorie quantitative de la monnaie. Elle résulte de la volonté
de l’Etat à booster la demande effective adressée aux entreprises pour lutter contre le chômage
et créer l’accroissement de la production et du revenu
83
Les économistes sont partagés sur l’idée que la politique conjoncturelle puisse
durablement agir sur la croissance et l’emploi. C’est là le grand clivage entre, d’un côté, les
keynésiens et néokeynésiens et, de l’autre, les monétaristes emmenés par leur chef de file
Milton Friedman (1912-2006, prix Nobel d’économie en 1976).
Toutefois, l’application de la loi de Phillips a fini par instaurer à la fin des années
soixante et au début des années soixante-dix une situation de stagflation -une conjoncture
économique où l’inflation et le chômage persistent simultanément. Les critiques se sont
84
d’ailleurs attaquées directement aux fondements de la loi de Phillips pour remettre en cause la
pensée keynésienne, jugée trop axée sur le court terme.
M. Friedman avance l’idée selon laquelle les salariées et les entreprises adaptent
leurs anticipations sur les salaires et les prix, en fonction de ce qu’ils ont observé lors des
périodes précédentes : c’est l’hypothèse des anticipations adaptatives. On peut ainsi distinguer
les courbes de Phillips de court terme, présentant une forme traditionnelle, et celle de long
terme de nature verticale. Si les premières sont de nature transitoire, la seconde est
permanente et détermine le niveau de chômage naturel. La relation inverse entre le chômage
et les prix n’est valable qu’à court terme lorsque les salariés font des erreurs d’anticipations
qui les amènent à sous-estimer l’inflation et à travailler à un salaire réel moindre. L’effet de la
monnaie sur le réel peut opérer à court terme par un effet de richesse qui résulte de l’illusion
monétaire manifestée par les agents économiques. Lorsque l’on intègre les anticipations -les
agents économiques anticipent correctement l’inflation et en tiennent compte- il n’y aura
aucune relation inverse entre chômage et inflation. Après adaptation des anticipations des prix
à la hausse, la relation entre salaires nominaux et chômage est verticale, située au niveau du
chômage naturel. Un niveau naturel vers lequel tend une économie en équilibre lorsque
l’illusion monétaire disparaît.
3 4
1 2
Taux de chômage
Son raisonnement suit la logique suivante : dans un premier temps, la relance fera
reculer le chômage (passage au point 1 sur le graphique) mais, avec l’inflation en résultant, les
salariés se rendront compte au bout d’un certain temps que leur pouvoir d’achat a baissé. Pour
compenser cette perte, ils revendiqueront des augmentations de salaire.
S’ils y parviennent, les entreprises pâtiront d’une hausse du coût de leur main-
d’œuvre et licencieront ceux-là mêmes qu’elles avaient embauchés grâce à la relance.
Résultat, le chômage reviendra à son niveau initial et l’inflation aura augmenté (passage au
point 2 sur le graphique). Si l’expérience de la relance est de nouveau tentée par le
gouvernement, la même chose se produira : moins de chômage dans un premier temps, mais
au bout d’un certain temps des revendications salariales pour compenser l’inflation, d’où une
augmentation des coûts salariaux et des licenciements (passage au point 3 sur le graphique).
Friedman considère ainsi que l’on se retrouvera avec un niveau d’inflation encore
plus élevé et un taux de chômage bloqué à nouveau à son niveau naturel. A long terme, la
courbe de Phillips deviendrait ainsi une simple droite verticale.
salaires qu’ils revendiquent. Dans l’esprit des monétaristes, les salariés sont des agents
économiques rationnels et ne sont donc pas victimes d’illusion nominale : ils réaliseront
rapidement que l’inflation leur fait perdre du pouvoir d’achat. C’est là un premier point de
clivage entre eux et les keynésien qui considèrent, au contraire, qu’il existe nécessairement un
peu d’illusion nominale et que les agents raisonnent davantage en termes nominaux qu’en
termes réels.
Par ailleurs, les monétaristes considèrent que les salariés obtiendront sans mal,
notamment grâce à l’activisme syndical, les augmentations qu’ils réclament, ce qui signifie
que les salaires s’ajusteront rapidement à la hausse et nourriront l’inflation.
Les keynésiens ne partagent pas cette croyance dans la flexibilité des salaires et des
prix en général. Ils mettent en avant le rapport de force qui oppose les salariés à leurs
employeurs dans la négociation salariale et l’incidence du chômage sur ce rapport de force.
Les salariés seront d’autant moins en position de négocier des augmentations salariales que le
chômage est élevé dans leur secteur d’activité.
C’est d’ailleurs initialement cette relation inverse entre le taux de chômage et le taux
de variation des salaires nominaux qui avait été observée par Alban Phillips. Ce n’est que
lorsque la situation se sera considérablement embellie sur le marché de l’emploi que les
salariés pourront un peu plus facilement négocier. Aussi, pour les keynésiens, la relance aura
largement le temps de produire ses effets en termes de volumes supplémentaires d’emplois
avant qu’il faille se préoccuper de l’inflation.
Phelps E. S., (1967) et Friedman M. (1968) adressent une critique à cette relation
Phillips-Lipsey concernant la variable qui s’ajuste face aux déséquilibres sur le marché du
travail. Etant donné que la demande et l’offre de travail sont fonction du taux de salaire réel,
c’est ce dernier qui varie en fonction de la demande excédentaire sur le marché et non le taux
de salaire nominal. Ils proposent le modèle suivant (Garboua L.V. et Weymuller C, 2005) :
W P* f (u )
avec f0 (2.3.5)
W Pq
P P * f (u ) q (2.3.6)
P P* (2.3.7)
f (u ) q (2.3.8)
87
Sur le plan pratique, les autorités courent le risque de relancer la spirale inflationniste
en cherchant à baisser le taux du chômage en dessous du taux naturel dans le cadre de la
politique conjoncturelle.
Sur le plan théorique, si les anticipations s’appuient sur l’expérience du passé, les
prévisions de hausse des prix seront plus élevées lorsqu’on sort d’une situation récessive que
lorsqu’on quitte une période de forte demande. Pour les deux auteurs, c’est l’inflation qui
modifie l’emploi et non l’inverse.
E - u - u n v (2.3.9)
P = EP + (1/α)( Y Y ) (2.3.10)
P = EP + (1/α)( Y Y ) + v (2.3.11)
Ensuite, pour passer du niveau des prix au taux d’inflation, nous soustrayons le
niveau des prix de l’année passée (P-1) des deux membres de l’équation, pour obtenir :
π = Eπ + (1/α)( Y Y ) + v (2.3.13)
Enfin, pour passer de la production au chômage, nous faisons appel à la loi d’Okun
qui établit une relation entre ces deux variables. Dans l’une des formulations de cette loi,
l’écart de la production par rapport à son taux naturel est en relation inverse avec l’écart du
chômage par rapport à son taux naturel : quand la production excède son taux naturel, le taux
de chômage est inférieur au sien. Ceci peut s’écrire comme suit :
(1/α)( Y Y ) =
- u - un (2.3.14)
Fort de cette égalité, il ne nous reste plus qu’à remplacer le terme (1/α)( Y Y ) de
π = Eπ - u - u + v
n
(2.3.15)
En observant cette relation, nous remarquons que la courbe de Phillips incorpore l’un
des éléments fondamentaux de la courbe d’offre agrégée de court terme : une relation entre
variables réelles et nominales qui cause à court terme la dichotomie classique (étanchéité
théorique entre variables nominales et variables réelles). L’équation de l’offre agrégée de
court terme établit une relation entre la production et les variations anticipées du niveau des
prix.
Faisant la synthèse entre Keynes et Phillips, Friedman et Phelps (cités par Bofoya B.
2010) corrigent l’équation de Phillips et aboutissent à la même conclusion que Keynes. Leur
équation de détermination de salaire est :
w p e c g s d (2.3.16)
Cette équation est connue sous le nom de l’équation de Phillips augmentée des
anticipations. Combinée avec la relation classique entre le salaire réel et la demande de travail
d a bw p , cette relation donne ce qui suit :
d p pe (2.3.17)
Ainsi, pour avoir des effets réels, il faut que les chocs nominaux soient imprévus. En
d’autres termes, il faut prendre les agents économiques par surprise afin de créer les erreurs
de prévision et donc relancer l’emploi.
En effet, en réponse à la hausse de prix, les salariés demandent une hausse des
salaires nominaux. Etant donné les erreurs d’anticipation, les entreprises augmentent à
nouveau leurs prix pour faire face à l’augmentation de leurs coûts salariaux due à
l’augmentation de la demande de travail. Les salariés augmentent à nouveau leurs
revendications salariales qui trouvent la réponse dans l’augmentation des prix ainsi de suite
pour s’enfermer dans la spirale prix-salaires.
A long terme, la courbe d’offre globale est verticale et n’est pas influencée par le
niveau de l’inflation. Par contre, dans le court terme, l’offre globale est déterminée par la
demande et sa courbe est horizontale. L’équilibre entre la courbe d’offre à long terme et celui
à court terme, donne la production potentielle. Entre les deux périodes, il y a un ajustement
constant de la production en fonction de la demande et de la courbe d’offre globale de court
terme qui donne le niveau de production observé. Ce processus a un impact sur l’inflation :
quand le niveau de la production réelle est supérieur au niveau de la production
potentielle, le niveau d’inflation baisse par rapport à son niveau naturel ;
quand c’est le cas opposé, le niveau d’inflation augmente ; et
91
Y Y ( P EP) , 0 ; (3.3.1)
avec Y la production, Y le taux naturel de production, P le niveau courant des prix
et EP le niveau anticipé des prix. Cette équation nous dit que la production s’écarte de son
niveau naturel dès que le niveau des prix s’éloigne du niveau anticipé des prix. Le paramètre
désigne l’ampleur de la réaction de la production à des variations inattendues du niveau
des prix ; 1/ est donc la pente de la courbe d’offre agrégée.
Deux modèles sont alors proposés : le modèle avec prix rigides et le modèle avec
information imparfaite. Chaque modèle propose toutefois une explication différente des
fondements de cette équation. En d’autres termes, chacun met en avant une raison précise
pour laquelle les variations non anticipées sont associées à des fluctuations de la production.
Dans les deux modèles, des imperfections du marché empêchent la production d’atteindre son
niveau naturel. En conséquence, la courbe d’offre agrégée de court terme est croissante plutôt
que verticale et les déplacements de la courbe de demande agrégée écartent provisoirement la
production de son taux naturel.
Ces écarts temporaires constituent les expansions et les dépressions qui caractérisent
le cycle conjoncturel. Bien que chaque modèle emprunte un itinéraire théorique différent, les
deux aboutissent au même endroit, à savoir une équation d’offre agrégée de court terme de la
forme ci-haut indiquée.
Ce modèle est basé sur le fait que les entreprises n’ajustent pas instantanément leurs
prix aux variations de la demande. Ces prix, en effet, sont quelquefois fixés dans le cadre de
contrat à long terme entre producteurs et consommateurs. Même en l’absence de tels contrats,
les entreprises évitent au maximum de modifier leurs prix pour des raisons commerciales,
dans le souci de ne pas ennuyer leurs clients habituels par de constantes modifications des
prix.
92
D’autres prix sont rigides en raison de l’organisation des marchés : une fois
imprimés et distribués les catalogues ou listes de prix, il est coûteux de modifier les prix.
Enfin, la rigidité des prix reflète dans certains cas celle des salaires dépendant parfois de
normes sociales et de notions d’équité qui n’évoluent que très lentement dans le temps. Ainsi,
la rigidité des salaires est également à l’origine de celle des prix.
Prenons la décision tarifaire d’une entreprise individuelle type qui contrôle plus ou
moins les variations des prix des produits qu’elle fabrique. Le prix désiré p de cette entreprise
est fonction de deux variables macroéconomiques :
le niveau général des prix P. Une hausse de celui-ci accroît les coûts de notre
entreprise. En conséquence, plus le niveau général des prix est élevé, plus cette
entreprise est tentée d’augmenter le prix de son propre produit ;
le niveau du revenu agrégé Y. Toute hausse de celui-ci accroît la demande de produit
de notre entreprise. Comme le coût marginal augmente avec le niveau de production,
plus la demande est grande et plus l’entreprise souhaite obtenir un prix élevé.
Le prix désiré par notre entreprise s’écrit comme suit :
p=P+ (Y - Y ) (3.3.2)
Cette équation nous dit que le prix désiré p est fonction du niveau général des prix P
et de l’écart entre la production agrégée et le taux naturel (ou potentiel) de celle-ci (Y- Y ). Le
paramètre , de valeur toujours supérieure à zéro, mesure l’ampleur de la réaction du prix
désiré par l’entreprise par rapport au niveau de la production agrégée (le premier souci de
l’entreprise est son prix relatif, donné par le rapport de son prix nominal au niveau général des
prix. Si nous considérons p et P comme les logarithmes respectifs des prix de l’entreprise et
du niveau général des prix, cette équation nous dit que le prix relatif désiré est fonction de la
production par rapport à son taux naturel).
Supposons maintenant qu’il y ait deux types d’entreprises. Les prix des premières
sont flexibles : elles fixent toujours leurs prix en fonction de cette équation. Les prix des
secondes sont rigides : elles annoncent leurs prix à l’avance en fonction des conditions
économiques auxquelles elles s’attendent. Les entreprises avec prix rigides fixent leurs prix
selon l’équation qui suit :
p = EP + (EY - E Y ) (3.3.3)
93
En d’autres termes, les entreprises avec prix rigides fixent leurs prix sur la base des
prix auxquels elles s’attendent de la part des autres entreprises.
Le principe de fixation des prix de ces deux types d’entreprises, nous permet de
construire l’équation d’offre agrégée. Pour ce faire, nous identifions le niveau général des prix
de l’économie, qui n’est autre que la moyenne pondérée des prix établis par ces deux groupes
d’entreprises. Si s est la proportion des entreprises avec prix rigides et (1 – s) la fraction de
celles dont les prix sont flexibles, le niveau général des prix devient :
Le premier terme désigne le prix des entreprises avec prix rigides pondéré par leur
part dans l’économie, et le deuxième terme le prix des entreprises avec prix flexibles pondéré
de la même manière.
En soustrayant (1 – s)P des deux membres de l’équation, nous obtenons :
sP = sEP + (1 – s)[ (Y - Y )] (3.3.6)
En divisant les deux membres de l’équation par s, nous obtenons le niveau général
des prix :
P = EP + [ (1 – s) /s] (Y - Y ) (3.3.7)
une production élevée induit une demande également forte de biens produits.
Dans ce cas, les entreprises avec prix flexibles établissent leurs prix à un
niveau élevé, ce qui induit une hausse du niveau général des prix. L’impact
du niveau de la production sur celui des prix est fonction de la proportion des
entreprises dont les prix sont flexibles.
En définitive, le niveau général des prix dépend du niveau des prix anticipé et niveau
de la production (Mankiw G., 2013).
Prenons, par exemple, la décision que doit prendre un producteur de blé. Le blé qu’il
vend lui fournit le revenu grâce auquel il achète d’autres biens et services : la quantité de blé
qu’il décide de produire est donc fonction du prix relatif du blé par rapport à ceux des autres
biens et services présents dans l’économie. Si le prix relatif du blé est élevé, notre producteur
est incité à produire davantage de blé, dont il tirera un revenu élevé. Si le prix relatif du blé est
faible, il pourrait choisir de travailler moins, produire moins de blé, et goûter davantage aux
loisirs.
95
Supposons que tous les prix de l’économie augmentent, y compris celui du blé. Il est
possible que notre producteur de blé ait anticipé cette variation des prix. Lorsqu’il observe la
hausse du prix du blé, son estimation du prix relatif du blé ne se modifie pas : il ne travaille
pas davantage.
Mais notre producteur de blé peut ne pas avoir anticipé la hausse du niveau général
des prix, ou du moins son ampleur. Lorsqu’il observe la hausse du prix du blé, il ne sait pas si
le prix des autres biens et services ont également augmenté (auquel cas le prix relatif du blé
qu’il perçoit reste inchangé) ou si seul le prix du blé a augmenté (auquel cas le prix relatif du
blé s’est accru). L’inférence rationnelle consiste à dire qu’il s’est probablement passé un peu
de l’un et un peu de l’autre. En d’autres termes, quelque peu accru. En conséquence, il produit
davantage.
Notre producteur de blé n’est pas un spécimen unique. En présence d’une hausse non
anticipée des prix, tous les producteurs de l’économie observent la hausse du prix des biens
qu’ils produisent. Ils en concluent tous, rationnellement, mais de manière erronée, que les prix
relatifs des biens qu’ils produisent ont augmenté : ils travaillent et produisent davantage.
En synthèse, le modèle avec information imparfaite nous dit que lorsque les prix
effectifs excèdent leurs niveaux anticipés, les producteurs accroissent leur production. Le
modèle implique une courbe d’offre agrégée que nous connaissons déjà :
Y Y ( P EP) , 0 ; (3.3.8)
La production s’écarte de son taux naturel dès que le niveau effectif des prix est
différent de leur niveau anticipé. Cette version du modèle avec information imparfaite
présentée ci-haut a été développée dans les années 1970 par le Prix Nobel en économie Robert
Lucas. Des travaux récents portant sur les modèles avec information imparfaite ont adopté
une approche un peu différente.
96
En effet, au lieu d’insister sur les perceptions temporairement erronées des prix
comme l’a fait Lucas, ces travaux mettent l’accent sur la capacité limitée des agents
économiques d’assimiler et d’intégrer dans leurs décisions les informations économiques dont
ils disposent. Dans ces cas, les « frictions » qui sont à l’origine d’une offre agrégée croissante
à court terme ne sont plus liées à la disponibilité de l’information limitée mais sont plutôt
dues à l’incapacité des agents à collecter et traiter l’information très largement disponible.
Ainsi, dans leur processus de fixation de prix, les agents économiques réagissent très
lentement aux informations disponibles. L’équation qui en résulte est similaire à celle
développée dans le modèle précédent, même si les fondements microéconomiques sont
différents.
Selon les néo-keynésiens, l’offre de monnaie est endogène. Dans ce cadre, un excès
d’offre de monnaie ne peut apparaître, et donc encore moins être responsable d’un phénomène
inflationniste ou hyperinflationniste. Au sein de la théorie post-keynésienne, l’inflation est la
conséquence du conflit de répartition (salaire réel - marge bénéficiaire); elle n’est donc pas
d’origine monétaire. Le conflit de répartition porte sur le partage de la valeur ajoutée et
oppose les capitalistes, rémunérés grâce à la propriété du capital, aux travailleurs, rémunérés
grâce à l’utilisation par les firmes du travail qu’ils offrent. L’analyse des conflits de
répartition est, dès la fin des années 1950, un élément d’identification d’un courant post-
keynésien se référant aux écrits de Keynes mais aussi à ceux de Kalecki (cités par
JONATHAN M., 2014).
Seulement, cet ajustement peut alimenter la spirale inflationniste, car il provoque une
augmentation des prix des biens importés. Si les biens importés sont des inputs utilisés par les
97
firmes domestiques, celles-ci vont chercher à augmenter les prix afin de conserver leurs
marges. Si les biens importés sont des biens de consommation finale, les travailleurs vont
chercher à obtenir des hausses de salaires afin de conserver leur pouvoir d’achat,
augmentations qui vont provoquer une hausse des coûts des firmes déclenchant une hausse
des prix.
Cette efficacité joue à la fois en cas de politique de relance, mais aussi en cas de
politique de lutte contre l’inflation. Si, par exemple, le gouverneur de la Banque centrale
engage une politique monétaire restrictive afin de diminuer le niveau de la demande globale
qui n’est pas anticipée par les agents économiques, on a une réaction de l’offre globale qui
passe en dessous de son niveau d’équilibre de long terme et on obtient une désinflation
coûteuse en termes d’activité économique. Si cette politique est anticipée, une partie des
salaires et des prix s’ajustent ce qui permet finalement d’obtenir une désinflation plus forte
avec un plus faible ralentissement de l’activité économique.
Même s’il est difficile de nier que l’inflation aura été l’objectif phare des autorités
monétaires des années 1980 à 2000, certaines banques centrales se seront montrées au cours
de cette période plus pragmatiques que d’autres en demeurant attentives à la croissance. Les
travaux des économistes dans les années 1990-2000 ont d’ailleurs atténué le clivage initial
98
Selon Taylor (cité par Leiderman L., Maino R. and Parrado E., 2006), empêcher à
tout moment la hausse de l’inflation n’est pas une décision optimale pour les banques
centrales. A court terme, en effet, les variations de taux d’intérêt vont varier le niveau de la
production. Or la variabilité de la production peut être tout aussi dommageable sinon plus que
celle de l’inflation. Taylor est connu pour la courbe qui formalise cet arbitrage issu de l’un de
ses articles publié en 1979, mais surtout pour la règle qui porte son nom, dans un article
postérieur de 1993, devenu depuis un incontournable du sujet. Il s’agit d’une règle
« hypothétique mais représentative » du comportement de la Réserve fédérale américaine au
cours de la période 1987-1992.
La règle de Taylor relie le taux d’intérêt nominal à court terme i (que fixe la banque
centrale) à l’écart entre l’inflation courante π et l’inflation cible π* visée par la banque
centrale d’une part, et à l’écart dit de production entre le PIB effectif réel y et le PIB potentiel
y*, selon la relation suivante :
Avec un taux d’intérêt réel évalué à 2% et des coefficients fixés à 0,5, la règle de
Taylor reproduit assez fidèlement l’évolution des taux directeurs américains (taux des Fed
funds) pour la période 1987-1992. C’était d’ailleurs là son but, arriver à décrire l’évolution
passée des taux directeurs de la Fed.
Cela étant, la règle de Taylor demeure une façon commode de formaliser une
« fonction de réaction » implicite d’une banque centrale, non limitée à une cible d’inflation.
Et sans forcément constituer une règle à suivre, elle peut aussi fournir au banquier central le
moyen de rationnaliser ex post ses décisions de politique monétaire.
Il faut noter que la banque centrale définit, en pratique, le taux d’intérêt nominal plutôt
que le taux d’intérêt réel. En conséquence, la Règle de Taylor implique que si (π–π*)>0, le
taux d’intérêt nominal augmenterait plus que le taux d’inflation, et au cas contraire, la
diminution de la cible de taux réel signifierait que le taux nominal diminuerait plus que le
taux d’inflation (leaning against the wind). Pour un taux d’inflation donné, plus élevée est la
valeur de beta, plus large sera la variation des taux réel et nominal et plus fort sera le
mouvement en vue de stabiliser le taux d’inflation à sa valeur-cible.
L’avantage principal de spécifier la cible d’inflation dans la règle de Taylor est qu’elle
encourage la transparence de la politique monétaire et fixe les anticipations d’inflation. Ainsi
elle fournit une orientation sur les demandes de salaires, les plans d’investissement, etc. La
réalisation cible d’inflation faible augmente par ailleurs la crédibilité de la politique
monétaire. Ceci signifie que les anticipations inflationnistes du public sont désormais
étroitement déterminées par les cibles d’inflation de la banque centrale.
100
En effet, les grands domaines sont inefficaces parce que leurs propriétaires ne sont
pas des «hommes économiques» et donc ne sont pas intéressés par la maximisation de leurs
profits. D'autre part, les « minifundia » ne sont pas productifs parce qu'ils sont trop petits pour
être efficacement cultivés et parce que leurs propriétaires paysans manquent de temps et de
101
La même relation de centre et périphérie peut être transposée au niveau des pays. La
relation qui s’établissait – et s’établit quelquefois encore –entre les économistes du Centre et
ceux de la Périphérie était de caractère colonial.
Contre cette situation, à la fin des années quarante, a réagi un groupe d’économistes
latino-américains (Raul Prebisch, Celso Furtado, Juan. F. Noyola Anibal Pinto, Jorge
Ahumada, Osvaldo Sunkel, parmi d’autres) travaillant pour la Commission Economique pour
l’Amérique Latine (CEPAL) de récente création (Urquidi V. L. (2005). Ces économistes ont
fait partie de ce que Furtado désignera par la suite comme « l’ Ordre Cépalien du
Développement » dont la mission principale était de se libérer des idées « importées » pour
cesser d’expliquer par analogie avec les économies du Centre la problématique de la
Périphérie.
8 “ N’importe quelle réflexion à propos de l’héritage de la CEPAL doit partir de la reconnaissance qu’elle constitue le seul
effort de création d’un corps de pensée théorique surgit dans ce vaste espace de la planète connue sous le nom de Tiers
Monde » (Furtado, 1999. p 30).
102
Or, pour Prebisch les données empiriques sur le comportement à long terme des prix
relatifs sur les marchés internationaux étaient loin de confirmer les prévisions de la théorie
ricardienne. Par contre, l’évidence empirique montrait que l’échange international avait
provoqué une concentration du revenu en faveur des pays de niveau de productivité et de
salaires réels plus élevés. Dans ces conditions, Prebisch va démontrer que l’inégale répartition
des fruits du progrès technique et la détérioration des termes de l’échange qui s’en suivit,
auraient ainsi engendré un déséquilibre structurel entre les différentes nations, détruisant les
prémisses de la théorie classique.
Pour Furtado C. (1994), aucune idée n’a signifié autant pour la perception du sous-
développement comme celle de la structure centre - périphérie mise en lumière par son maître
Prebisch. Développement et sous-développement sont alors compris comme la résultante
simultanée d’un processus unique qui lie structurellement et fonctionnellement cette double
réalité qui coexiste à l’intérieur du complexe économique international. La politique de
développement suppose dans ces conditions une nouvelle forme d’insertion dans la DIT grâce
à un processus accéléré d’industrialisation.
CEPAL a soutenu techniquement dans les années cinquante plusieurs gouvernements latino-
américains pour planifier le développement. En particulier, les technobureaucraties latino-
américaines ont profité beaucoup du travail de l’ILPES (Institut Latino-américain de
Planification Economique et Sociale) crée sous la tutelle de la CEPAL.
Comme l’a bien signalé Anibal Pinto (cité par Guillen R. H., 2010), « il devient
manifeste que les agents de la production -entrepreneurs et travailleurs- des pays
industrialisés, au lieu de transférer vers la périphérie les gains du progrès technique grâce à
une baisse corrélative des prix, tendaient à absorber ces gains et à le traduire en une
augmentation soutenue des revenus ». Une des raisons de ce comportement différant tient au
fait que les travailleurs sont mieux organisés et syndiqués dans les pays centraux que dans la
périphérie.
A cet argument s’ajoute un autre lié à l’offre de travail : l’offre abondante de travail
dans les économies sous-développées explique la pression sur les salaires et par la suite sur les
coûts tout autant que la faiblesse de l’organisation syndicale, alors que dans les pays
industrialisés la rareté de la main d’œuvre est longtemps apparue comme un facteur de hausse
de salaires.
105
Autrement dit, dans les pays industrialisés, « à un manque relatif ou absolue de force
de travail…s’ajoutent la force et l’extension d’une organisation syndicale, attentive et en
conditions d’exiger des ajustements continus du revenu salarial parallèlement à l’évolution de
la productivité » (cité par Guillen R. H., 2010). Dans ces conditions, les structures différentes
de fixation des prix et des salaires mènent directement à la détérioration des termes de
l’échange. Il ne s’agit pas d’opposer des producteurs de biens primaires et des producteurs de
biens manufacturés, mais plutôt deux systèmes différents de fixation des prix et des salaires.
Ainsi, pour Prebisch, il n’y a pas en soi de malédiction attachée aux produits miniers et
agricoles.
Sans se laisser impressionner par les nombreuses critiques des économistes des pays
centraux adressées à la théorie de la détérioration des termes de l’échange (année de base,
pondérateur utilisé, nature des produits, etc) que constituait en réalité une théorie des formes
de domination10, les économistes de la CEPAL se sont consacrés à étudier le délicat problème
de l’inflation.
Comme le signale Ricardo Torres Gaytán (cité par Guillen R. H., 2010), pour les
économistes des pays centraux « il était plus confortable de rester à la superficie des faits
cachés par le voile monétaire, tout en proférant des reproches et des diatribes contre les
gouvernements et en oubliant leurs énormes besoins face à leurs ressources limitées et à la
10 Pour Furtado, la théorie de la détérioration des termes de l’échange était en réalité « une théorie des formes de domination
qui se trouve à l’origine de la dépendance dont parleront un peu plus tard les économistes latino-américains » (Furtado,
1999. p 30).
106
faible coopération internationale ». Les véritables causes de l’inflation, selon les économistes
de la CEPAL, ne doivent pas être cherchées dans les billets de la Banque Centrale ni dans les
décisions prises par le Ministère des Finances.
S’il est vrai que l’inflation pour se matérialiser et se propager implique la mise en
place d’une certaine politique économique, cela ne veut pas dire que dans cette dernière
explique pourquoi les dépenses du gouvernement dépassent leur revenu, pourquoi la demande
de devises dépasse l’offre et quelle est la raison des différents déséquilibres qui sont à
l’origine de l’inflation.
Cette dernière approche dans laquelle l’inflation est l’expression d’une concurrence
entre groupes sociaux montre que l’inflation n’est qu’un aspect particulier du phénomène
beaucoup plus général de la lutte des classes. Mais, selon l’avis de Noyola, même les analyses
de Kalecki et d’Aujac ne peuvent pas nous mener très loin dans l’analyse de l’inflation latino-
américaine, si on laisse de côté une série d’éléments qui se déduisent de l’observation de la
structure et du fonctionnement des économies de l’Amérique Latine.
Noyola démontre que l’inflation est un problème spécifique et différent dans chaque
pays latino-américain, même si on peut trouver des traits communs à tous ces pays. Pour
l’analyser, il faut prendre en considération tous les éléments qui soient capables d’être à
11 Pour Kalecki les prix ne se forment pas sur le marché selon les préceptes walrasiens de la concurrence parfaite mais ils
résultent du rapport de force exercé par les entrepreneurs grâce à leur pouvoir de monopole et aux pratiques de « mark
up » conféré par ce pouvoir.
107
l’origine des déséquilibres dans le système économique. Ces éléments peuvent être de nature
structurelle (répartition de la population par activité et différences de productivité entre les
secteurs de l’économie) dynamique (différents rythmes de croissance entre les secteurs
productifs) et institutionnelle (comportement des secteurs public et privé).
Il combine ces éléments dans un schéma dans lequel il distingue deux faits
différents : les pressions inflationnistes fondamentales et les mécanismes de propagation. Les
pressions inflationnistes fondamentales trouvent normalement leur origine dans des
déséquilibres de croissance situés presque toujours dans deux secteurs : le commerce extérieur
et l’agriculture. Les mécanismes de propagation peuvent être variés mais se réduisent
généralement à trois types : le mécanisme fiscal, le mécanisme de crédit et le mécanisme de
réajustement des prix et des revenus.
L’économiste mexicain avance trois affirmations qui expriment très bien la position
de la CEPAL en matière d’inflation. La première est que si l’alternative à l’inflation est la
stagnation ou le chômage, il faut choisir l’inflation. La seconde est que le plus grave de
l’inflation, ce n’est pas l’augmentation des prix en elle-même, mais leurs conséquences sur la
répartition du revenu et les distorsions qu’elle entraîne entre la structure productive et la
structure de la demande. La troisième est qu’il faut lutter contre l’inflation grâce à différents
instruments de politique économique (politique fiscale progressive, contrôle des prix,
approvisionnement…) plutôt qu’avec la politique monétaire qui commence à être efficace
quand elle réduit l’activité économique, augmente le chômage ou freine le développement.
Pour la CEPAL, la demande de produits primaires sur les marchés centraux non
seulement oscillait périodiquement avec de graves dégâts pour les économies périphériques
mais tendait à croître lentement et avec retard par rapport à la croissance du revenu des
centres industriels. Cela tenait au fait que :
108
Les années soixante et le début des années soixante-dix ont été très prolifiques pour
les penseurs de la CEPAL. Ces années-là, ont été marquées par l’analyse des obstacles
structurels pour continuer la substitution d’importations des industries légères, par la thèse de
l’ « hétérogénéité structurelle » et par les thèses de la dépendance.
Pour la CEPAL deux ont été les variables clé pour expliquer l’épuisement du
processus d’industrialisation par substitution d’importations, les crises de la balance des
paiements et l’inflation résultante dans plusieurs pays latino-américains :
Au début des années soixante, Prebisch alertait sur les distorsions et les inefficacités
du processus d’industrialisation et son insuffisante orientation exportatrice. En effet, le
protectionnisme excessif et les droits de douane démesurés sur certains produits agricoles
« ont créé une structure de coûts qui rend très difficile l’exportation de produits manufacturés
au reste du monde ». Contrairement à ce qu’affirment souvent les critiques néoclassiques de la
CEPAL, l’encouragement très tôt à l’expansion des exportations industrielles à travers une
réorientation des politiques commerciales et industrielles relève des politiques conseillées par
l’institution.
Mais cette théorie sera étouffée, négligée et léguée au second plan par les auteurs et
acteurs de politiques économiques des pays développés préférant l’application des théories
keynésiennes et libérales que d’aucuns n’ont pas hésité de qualifier, de manière un peu
caricaturale, de « pilules du Docteur Jacobsson » en faisant référence à feu le directeur
exécutif, à l'époque, du Fonds monétaire international. Les économistes académiques et les
politiciens les appelèrent, de façon plus solennelle, politique « orthodoxe ».
« Il n’a pas été difficile de m’apercevoir à quel point est petit l’espace que peut
occuper en France un intellectuel du Tiers Monde, malgré toute la sympathie et la bonne
volonté avec laquelle il puisse être traité », s’écrie Celso Furtado Los vientos del cambio
(cité par Guillen R. H., 2010).
En fait, dans les écrits des structuralistes se lit un regret du fait que leurs propositions
n’ont pas été suivies surtout dans les pays en développement et que ceux-ci ont préféré les
solutions « orthodoxes » alors que leur contexte est totalement différent de celui des pays
développés. A ce propos, Treillet S. (2001) considère que le structuralisme n’a pas échoué
mais c’est l’absence d’application de ses recommandations ou l’application erronée de ses
recommandations qui a longtemps posé problème.
En outre, tout ceci devra être mis en relation avec le niveau relatif de développement
d'une économie, son degré d'efficacité, le bien-être social atteint par la collectivité, le degré de
111
Entrées dans les mœurs ou consacrées par des règles officielles du jeu, des rigidités
des prix des produits et des services, et des défauts de plasticité des structures de la production
et des échanges, forment le cadre dans lequel il devient presque futile de distinguer trop
rigoureusement les différentes sortes d'inflations monétaires : inflation par excès de demande,
inflation par poussée des coûts, inflation induite par le budget, inflation induite par le salaire,
inflation comprimée, inflation ouverte». Les sources de l’inflation sont donc nombreuses et
leur impact sur le niveau global de l’inflation dépend du degré de développement de
l’économie considérée.
Contrairement aux économies développées, dans les économies des pays en voie de
développement les possibilités d'industrialisation sont limitées par des facteurs techniques,
d'une part, et par la dimension du marché, d'autre part. Parmi les facteurs techniques, figurent
l'absence de quelques matières premières pour certaines industries, ou la pénurie de main-
d’œuvre spécialisée, et pour d'autres industries fait défaut l'échelle de production requise pour
qu'elles soient rentables. Outre ces facteurs techniques, le faible pouvoir d’achat de la
population fait à ce que le marché global soit limité, que ce soit le marché de produits locaux
comme celui des produits importés.
Ainsi, par exemple, dans un pays où les paysans qui ne disposent que d'un niveau de
vie de simple subsistance, sans pouvoir d'achat disponible pour des dépenses en produits
manufacturés, constituent 50 % de la population, la possibilité d'une production industrielle
sera inévitablement réduite si on ne transforme pas la structure économique et sociale
(Figueroa E., 1969).
Cependant, dans une économie ouverte, les produits alimentaires et les matières
premières indispensables peuvent être importés sans qu'il en découle une hausse des prix ;
mais, alors ces importations devront être payées par l'exportation de produits industriels.
L'industrialisation, donc, exige soit une croissance équilibrée de l'agriculture et de l'industrie
(ce qui n'est pas possible sans une réforme agraire intelligente et une transformation de la
structure sociale et culturelle du pays), soit une augmentation des exportations ou une
combinaison des deux.
limite où l'économie nationale a remplacé tous les produits industriels importés qui peuvent
être produits dans le pays dans des conditions avantageuses. Ce point atteint ou cette étape
franchie, l'augmentation des importations provoquée par l'expansion du revenu national est
payée avec les devises libérées par la substitution des importations. Arrivée à cette situation,
la substitution des importations ne joue plus, et la nation n'a d'autre choix, pour continuer sa
croissance, que d'exporter davantage, l'exportation devenant ainsi le « moteur » du
développement.
Les pays qui ont déjà épuisé les possibilités de substitution d'importations, sans
arriver à un progrès durable du secteur agricole, ou du secteur d'exportation, devront subir ce
que l'on appelle maintenant une inflation structurelle. Les nouveaux investissements dans
l'industrie et dans les services ou activités tertiaires augmentent le revenu réel du pays, donc,
les importations de produits alimentaires et des autres biens de consommation ; cela
provoquera à la fois un déficit de la balance des paiements et une déflation sur le marché
intérieur, étant donné que le revenu créé dans le secteur industriel sera affecté, en partie, à
l'achat de biens importés et non à celui de biens produits dans le pays.
Les mesures adoptées par les autorités gouvernementales pour éliminer le déficit de
la balance des paiements (dévaluation ou augmentation des droits de douane) provoqueront
une hausse du coût de la vie, lançant ainsi la spirale inflationniste où les salaires et les prix
montent d'une façon continue, dans un effort réciproque pour se rejoindre. Une autre politique
visant à éliminer la déflation intérieure (augmentation de la circulation monétaire et déficit
budgétaire), aurait les mêmes effets. Persister dans cette ligne politique sans entreprendre des
réformes structurelles profondes, alors que l'on prétend à une croissance continue de la
production industrielle, signifie faire face à une spirale inflationniste durable.
ensemble. Une économie qui pourrait résoudre ce problème, par l'élimination des principaux
goulots d'étranglement freinant le développement économique équilibré, entrerait dans une
nouvelle étape, où le taux de croissance de la production, la propension à importer et le taux
d'expansion des exportations seraient réciproquement compatibles, et où l'inflation structurelle
aurait donc disparu.
Ces causes sont relatives à des structures des productions ou à des tensions
particulières. Cependant elles peuvent se généraliser. Ces causes sont liées à la structure de
marché, aux pénuries spécifiques ou alors à certaines tensions localisées.
spécifiques de certains facteurs. Il suffit que l'un des facteurs de production (travail, capital ou
ressources naturelles) soit indisponible dans certains secteurs pour qu'un blocage apparaisse et
que la hausse des prix se répande dans toute l'économie. Naturellement, le déséquilibre sera
plus important si l'insuffisance de ressources apparaît dans un secteur clé (matière première
indispensable, pétrole par exemple) plutôt que dans un secteur ne touchant que la
consommation finale (produits alimentaires, parfumerie...).
Enfin, on ne considère plus seulement les écarts entre offre et demande globale, mais
aussi les tensions localisées jouant tantôt sur l'offre, tantôt sur la demande. De telles tensions
peuvent se produire lors d'un accroissement brutal des dépenses publiques ou d'une création
excédentaire de crédit (qui ont pour effet de modifier la structure de la demande, laquelle
revêt toujours une forme monétaire), ou bien encore à l'occasion d'une rétention de stocks
industriels ou lors de mauvaises récoltes qui ont pour effet de modifier la structure de l'offre
(laquelle revêt toujours une forme réelle).
Selon cette explication, la hausse des prix proviendrait d’une hausse initiale des coûts
de production des entreprises, le prix s’exprimant comme la somme d’un coût et d’une marge.
Cette hausse des couts peut avoir pour origine une inflation importée par l’intermédiaire des
intrants à l’étranger, ou une hausse des salaires qui pèse sur les coûts de production.
pèsent lourd dans les coûts de production. Dans ce cas l'inflation importée sera de type
inflation par les coûts.
La théorie classique, qui stipule qu’à long terme, la croissance de la masse monétaire
est le principal moteur de l’inflation, n’a pas su expliquer la hausse du niveau général des prix
au lendemain des chocs pétroliers dans les années 1970. Beaucoup de travaux se sont attelés
sur la vérification empirique de la courbe de Phillips (1958) qui a mis en évidence une
corrélation inverse entre les variations de salaires nominaux et le taux de chômage, observée
en Grande Bretagne entre 1861 et 1957. Il souligne ainsi la relation entre le niveau d’activité
économique et les salaires, considérés ici comme le principal facteur de production.
π t = a − bUt (3.4.1)
t a bYt Yt (3.4.2)
Où Yt Yt est l’écart de production, l’output gap.
arbitrage entre inflation et chômage à court terme, et que celui-ci dépend de la différence
entre la production réelle et sa tendance de long terme, communément appelée output gap.
Lorsque l’output gap est positif, il existe un excès de demande, ce qui exerce une tension
inflationniste.
Loungani P. et Swagel P. (2001) notent que l’output gap joue un rôle moins
important que les autres variables explicatives de l’inflation dans les pays en développement.
Barnichon R. et Peiris S.J. (2008) trouvent un impact significatif de l’output gap pour un
panel de pays de l’Afrique Subsaharienne, celui-ci est de moindre importance que l’impact
des variables monétaires.
Bien que cette littérature soit abondante dans les pays développés et dans une
moindre mesure dans les autres continents, il y a eu très peu d’études sur l’Afrique. Une étude
de Agénor R., McDermott C.J. et Prasad E. (2000) va dans le même sens que les résultats
obtenus dans les pays développés : elle indique une corrélation négative entre l’écart de
production et l’inflation au Nigeria. Dans une autre étude faite par Diop L. (2000) sur les pays
de l’UEMOA, l’auteur conclut que le gap de production pourrait être utilisé pour expliquer et
prévoir l’inflation.
Blinder A.S. (1982) note que l’inflation a été provoquée par des chocs
«inhabituellement» grands sur les prix de « certains » facteurs, tels que les matières
premières. Il conclut que la théorie classique n’est pas en mesure d’expliquer cet épisode
d’inflation, dont les sources sont certainement autres que monétaires. En cause, la théorie
classique considère que, les prix nominaux étant parfaitement flexibles, l’index des prix est
principalement déterminé par la quantité de monnaie en circulation. Elle ne tient pas compte
de la contrainte imposée aux firmes en cas de changement soudain des prix relatifs des
118
facteurs de production. Plusieurs économistes se sont penchés sur les épisodes particuliers
d’inflation au lendemain des chocs pétroliers afin de tenter de les expliquer.
Un choc d’offre se traduit par une distorsion du prix d’un facteur donné, les autres
prix étant gardés constants. Ce changement dans les prix relatifs entraîne alors un
déplacement du niveau général des prix. A titre d’exemple, si les prix du pétrole augmentent,
toute chose égale par ailleurs, cela entraîne une distorsion des prix relatif et une hausse de
l’indice des prix. Pour les pays en développement, Loungani P. et Swagel P., (2001) trouvent
que les chocs sur les coûts des facteurs ont un impact sur l’inflation, même si celui-ci reste
relativement mineur. Pour les pays africains et/ou à régime de change fixe, cette variable a un
effet plus prononcé que pour l’ensemble de l’échantillon.
En effet, Diop A., Dufrénot G. et Sanon G. (2008) notent que les prix extérieurs des
matières premières énergétiques et des biens manufacturés ont un impact négatif très
significatif sur l’inflation de long terme des pays de l’UEMOA. Dans la majorité de ces pays,
les prix extérieurs expliquent la plus grande part des mouvements de long terme de l’inflation,
se traduisant par un accroissement des prix des denrées alimentaires. Par ailleurs, ils mettent
en évidence un impact de long terme de la production agricole, celui-ci étant toutefois non
significatif pour les pays les plus aptes à élargir leurs capacités de production tels que le
Sénégal ou la Côte d’Ivoire.
La plupart des travaux (si pas tous) ayant traité l’inflation comme un phénomène
structurel ont été inspiré des travaux des auteurs latino-américains qui cherchaient des
explications sur les échecs subis par les propositions et les applications des recommandations
des théories orthodoxes (classiques, monétaristes, keynésiennes, …). Ils ont ainsi trouvé un
espace de réflexion sur le problème d’inflation qui est un problème commun des pays
d’Amérique latine pendant les dernières décennies.
Le modèle proposé par ces travaux met en relation l’inflation, le niveau des
importations et le taux de change :
t 0 1 I t 2Tct t (4.5.1)
Camilo Dagum (1969), présente les principaux éléments soumis à l'analyse dans
une étude visant à mettre en évidence les causes caractéristiques de l'inflation par chaque sorte
de structure économique. Ainsi, il insiste sur la nécessité d'une réponse directe aux questions
comme le « quand », le « où », le « pourquoi » et le « comment » de l'apparition d'un processus
inflationniste ainsi que de ses conséquences économiques, politiques et sociales.
plutôt que d'opposer structuralisme et monétarisme. Ainsi, il cherche à spécifier les causes de
l'inflation, leur direction, l'intensité et l'interaction dans un type donné de structure économique
et sociale. Dans ce but, les idées d'efficacité économique et de bien-être social sont introduites
et appliquées à une interprétation du cas de l'Argentine pendant ces cent dernières années.
Le modèle keynésien stipule que l’Etat devrait intervenir pour stimuler l’activité
économique et restaurer l’équilibre car les marchés sont déséquilibrés. En effet, à travers ses
politiques économiques, les pouvoirs publics ont pour mission de booster la demande
effective qui s’adresse aux entreprises. Ceci pour doper la production et créer la croissance
économique. La banque centrale devra fournir la masse monétaire capable de couvrir
l’activité économique à tout moment. Dans ce sens, l’augmentation de la masse monétaire ne
sera inflationniste que si l’économie est au plein emploi.
Le courant structuraliste souligne que la hausse des prix peut provenir des structures
économiques déficientes. En effet, dans les pays en développement, les structures
économiques présentent souvent des distorsions capables de déclencher la hausse des prix :
122
Chapitre troisième :
CHOCS D’OFFRE ET DE DEMANDE : INFLATION DANS LE
MODÈLE DE SYNTHÈSE
124
D’un autre côté, les limites de la théorie libérale se sont révélées sur le plan
empirique. La théorie quantitative de la monnaie prévoyait que l’inflation devait être
proportionnelle à l’augmentation de la masse monétaire. Même si la politique monétaire y
joue certainement un rôle, cette théorie n’est pas applicable à court terme. A court terme en
effet, certains prix sont rigides et la demande de monnaie peut être affectée par une foule de
facteurs qui disparaissent à long terme.
Par ailleurs, l’évolution des prix peut être influencée à court terme par des
phénomènes qui ne sont pas monétaires, comme les coûts de production. Par conséquent,
l’évolution de l’inflation dépend non seulement de celle de la politique monétaire, qui agit sur
la demande, mais aussi de phénomènes, comme le prix des matières premières, les
importations, qui agissent sur l’offre.
En effet, l’application des théories « orthodoxes », faisant confiance au jeu des prix
formés sur un marché libre et en adoptant simplement des mesures de politique monétaire et
fiscale restrictives, n’a pas trouvé de résultats escomptés en matière de réduction d’inflation.
Ces politiques ont eu des effets inverses dus, selon les structuralistes, à la particularité des
pays sous-développés où des pénuries et de chocs aussi bien d’offre que de demande
peuvent surgir. On peut ainsi aboutir à un modèle «offre globale/demande globale» qui
125
Les déséquilibres inflationnistes puisent également leurs sources dans les structures
économiques des pays capitalistes. La hausse du niveau général des prix trouve ainsi sa source
à la fois dans le dysfonctionnement structurel des marchés et dans les comportements des
différentes parties prenantes de l’activité économique. C’est pourquoi un modèle de synthèse
s’impose, c’est-à-dire un modèle classico-keynésien-structuraliste. C’est ce modèle qui sera
présenté dans ce chapitre (section I) et sera suivi par les études empiriques (section II).
Les libéraux supposent que les prix sont parfaitement flexibles et que l’ajustement se
fait automatiquement à partir de la variation des prix. Le modèle keynésien est considéré ainsi
comme un modèle à court terme car les prix sont rigides à court terme, et le modèle classique
est un modèle à long terme car les prix sont considérés comme flexibles à cet horizon
temporel. Le modèle d’offre globale/demande globale donne une synthèse entre ces deux
modèles en montrant aussi les conséquences sur l’inflation et la production d’un choc d’offre
et/ou de la demande, chocs sur lesquels se base le modèle structuraliste.
La fonction d’offre agrégée décrit la relation entre le niveau des prix et le produit
national. Les pentes attendues sont : positive pour la courbe d'offre, négative pour la courbe
de demande. La fonction d'offre peut alors être représentée de façon à comporter deux
situations extrêmes (figure 4.1) et une situation intermédiaire :
1) On peut d'abord supposer qu'il existe un niveau de production, QPE, pour lequel
les prix deviennent infiniment élastiques (c'est-à-dire que les ajustements se font
entièrement en prix). On se trouve alors, en quelque sorte, dans un monde classique (Burda
M. et Wyplosz C., 2002). Deux séries de raisons peuvent être données pour suggérer
l'explication d'une telle élévation de la pente de la fonction d'offre avec la valeur de Q et sa
position verticale pour QPE.
La première série de raisons est d'ordre technique : À court terme, pour un état
donné des capacités de production, on peut considérer que les prix ont une élasticité nulle
par rapport aux quantités pour des niveaux d'activité faibles (l'économie a des marges de
capacité inemployées et les ajustements se font en quantités) ; les prix deviennent élastiques
au voisinage de la capacité installée : les quantités produites devenant progressivement de
moins en moins élastiques à la demande, les ajustements sont appelés à se faire de plus en
plus en prix.
127
La seconde série de raisons est relative à la formation des salaires et des prix. Il
suffit de supposer une parfaite indexation des salaires sur les prix (ou une quasi-
indexation). Alors, le salaire réel est une constante (ou une variable « visqueuse »).
Comme le salaire réel ne peut plus diminuer (ou très faiblement), toute hausse des prix
se traduit en hausse de salaire nominal et la rentabilité de l'offre ne s'améliore pas à l a
suite de la hausse des prix. Il n'y a donc aucune raison pour que la production s'accroisse.
On peut considérer que cette situation devient plus probable à mesure que l'activité, et
donc l'emploi, s'élèvent, parce qu'alors le pouvoir de négociation des salariés se renforce.
Prix (NGP)
Q-(P) Q+(P)
Pm
Production
QPE
2) L'autre situation extrême est relative aux faibles niveaux d'activité où la fonction
d'offre est représentée par une droite horizontale. Cette situation est symétrique à la
précédente : les ajustements se font alors entièrement en quantités et non plus en prix. On
peut, alors, considérer que l'on se trouve dans un monde keynésien.
fixent un minimum au niveau des prix. Le prix ne peut pas descendre au-dessous d'un
plancher pm et, par conséquent, les seuls ajustements possibles sont les ajustements en
quantités, lesquelles deviennent infiniment flexibles. C'est un monde keynésien pur, comme
l'autre situation correspondait à un monde classique pur.
Le modèle d’offre agrégée avec salaires rigides suppose précisément que les salaires
nominaux ne peuvent pas être renégociés en permanence (Meon P. G., 2006). Cette hypothèse
n’est pas irréaliste. Les contrats de travail fixent le salaire nominal et ne sont pas révisés en
permanence. De plus, l’argument du contrat implicite entre l’employeur et le travailleur
repose précisément sur l’intérêt pour le travailleur de disposer d’un salaire stable pour
s’assurer contre les aléas de la conjoncture. Pour formaliser cette intuition, le modèle à salaire
rigide suppose que les salaires sont négociés au début de chaque année et intangibles par la
suite.
Le modèle repose donc sur une chronologie précise des négociations salariales :
les salaires nominaux sont négociés pour l’année entière ;
au cours de l’année, les entreprises et les travailleurs observent l’évolution
de l’économie en particulier des prix, ce qui détermine le salaire réel ;
lorsque le salaire réel est enfin connu, les entreprises déterminent leurs
embauches et leur production.
Pour analyser les conséquences de cette description, on peut choisir deux horizons.
D’abord, on peut décrire ce qui se passe à partir du moment où les salaires ont été négociés.
On décrit alors les caractéristiques de la fonction de production de court terme. Si on élargit
l’horizon pour considérer toute l’année, voire plusieurs années, en supposant que le salaire
nominal peut être renégocié, on aboutit à la fonction d’offre agrégée de long terme.
Une politique d'expansion va se traduire, dans le plan (Q, P), par une translation vers
la droite de la courbe de demande. Ce déplacement a des effets contrastés selon la pente de
129
la fonction d'offre. Dans une situation où la fonction d'offre est verticale, l'augmentation de
la dépense n'aura aucun effet sur la production : l'ensemble de l'ajustement se traduira en
prix (monde libéral). Dans une situation où la fonction d'offre est horizontale,
l'augmentation de la dépense se traduira par un ajustement par les seules quantités, donc par
une croissance de la production (monde keynésien). Dans la région intermédiaire, lorsque
la fonction d'offre est croissante, mais avec une pente ni nulle ni infinie, nous sommes
dans un monde classico-keynésien-structuraliste : l'ajustement se fait partiellement par
les quantités et partiellement par les prix.
Il est facile de représenter les ajustements qui vont alors se produire. La hausse de la
demande globale se traduit par une hausse simultanée des prix et de la production. Les
effets prix et quantités peuvent être isolés : l'effet-quantités se monte à Q’o - Qo (à prix
fixes) ; l'effet-prix se monte à P'o – Po (à quantités fixes). L'équilibre (Pl, Q1) apparaît donc
comme une combinaison des équilibres à prix et quantités fixes.
On remarque en outre que la pente de la fonction d'offre détermine l'importance
relative des deux effets. Plus la fonction d'offre est pentue, plus l'effet-prix l'emporte sur
l'effet-quantités. La pente de la courbe d'offre globale mesure ce que l'on appelle, d'un
terme peu élégant, le degré de « viscosité » des prix : ce terme désigne la
situation intermédiaire entre la flexibilité (verticalité de la fonction d'offre) et la rigidité
(horizontalité de la fonction d'offre). Ce régime de prix correspond au modèle de synthèse,
c'est-à-dire à l'univers classico-keynésien-structuraliste.
130
Prix
(NGP) DG0
DG1
P’0
OG
P1
P0
principales raisons tiennent à l'élévation exogène des coûts de production : hausse du prix
des intrants importés, ou augmentation de la fiscalité sur les entreprises, ou augmentation
du paramètre d'endettement des entreprises...
Ce cas de figure se rapporte notamment aux chocs exogènes qui ont affecté
l'économie mondiale durant la décennie 1970 (les deux chocs pétroliers). L'origine de ces «
crises » est diamétralement opposée à celle de la crise de 1929.
DG DG0 OG
Q 1 Q0 Produit global
A . Choc de demande
Prix
DG0
Q1 Q0 Produit global
B . Choc d’offre
On avait précédemment une «inflation par les coûts» ; il s'y ajoute maintenant une
« inflation par la demande ». On peut donc dire que, en situation de stagflation, la politique
keynésienne traditionnelle de stimulation de la demande se trouve confrontée à un
dilemme, à un conflit d'objectifs : il n'est pas possible simultanément de stimuler l'activité
et de maîtriser l'inflation : le gouvernement doit choisir entre ces deux objectifs et accepter
d'accélérer l'inflation pour retrouver le niveau initial d'emploi.
En revanche, ce conflit d'objectifs se dissout si une politique centrée sur l'offre est
entreprise. La politique consiste à mettre en œuvre des facteurs susceptibles « d'abaisser» la
fonction d'offre. Le déplacement vers le bas permet alors tout à la fois : la désinflation
(comme contrepartie de l'inflation antérieure) et la stimulation de l'activité.
Les développements qui précédent ont eu pour but de souligner l'importance tant
théorique que pratique des propriétés des fonctions d'offre et de demande globales. Il s'agit
maintenant de les établir de façon précise.
133
Effet Keynes
Quand les prix baissent, les encaisses monétaires augmentent en termes réels. De
plus, il se produit une modification dans l’affectation de la demande de monnaie entre
demande de transaction et demande de spéculation. La variation des prix est à l'origine de
deux effets : un effet de richesse et un effet de substitution.
L'effet de richesse sera envisagé dans le point suivant. Considérons pour le moment
le seul effet de substitution, c'est-à-dire l'effet Keynes. Comme les prix ont diminué, les
ménages ont besoin de moins de monnaie pour assurer les transactions. La quantité totale de
monnaie ayant augmenté en termes réels, la demande de spéculation doit donc s'élever. Cela
se traduit par une baisse de la demande de titres (pour une richesse que l'on suppose pour
le moment inchangée) et baisse du taux d'intérêt. La baisse du taux d'intérêt élève le
niveau des investissements et donc la production. Par conséquent, la baisse des prix
joue favorablement sur l'activité économique via la demande de monnaie et le taux
d'intérêt. Les variations du niveau général des prix ont un effet réel. On appelle « effet
Keynes" ce mécanisme.
134
Taux
d’intérêt
IS LM/P0 LM1/P1
i0
i1 Demande globale
D
Q0D Q1
Prix (NGP)
P0
P1 DG
Demande globale
D D
Q Q
0 1
Cet effet peut être représenté simplement dans les diagrammes IS-LM et
prix/quantités superposés (figure 4.4). Soit P1 dans le diagramme « du bas », celui en
prix-quantités. On se demande à quel niveau d’équilibre il doit correspondre dans le
diagramme « du haut », le diagramme IS – LM, pour pouvoir ensuite revenir au graphe «
du bas » et fixer le point P1 – Q1.
à intervenir comme variable explicative tant que les prix étaient supposés fixes. Si les prix
sont variables, la richesse en termes réels devient elle-même une variable malgré le fait que
la richesse soit une donnée provenant de l'accumulation antérieure.
Par exemple, la baisse des prix accroît la valeur réelle de la richesse. Ce surcroît de
richesse, comme la hausse des revenus, va avoir un effet réel en augmentant les dépenses
de consommation (ou la demande de titres).
Notons que les prix pourraient apparaître, en économie ouverte à une troisième
place, comme variable explicative des exportations et des importations. La baisse du prix
conduit à une hausse des exportations et à une baisse des importations. Cela doit se
traduire par un déplacement de la courbe IS vers la droite. Dans le diagramme précédent, il
faudrait donc considérer une nouvelle courbe IS, intégrant l'effet de compétitivité et située
à droite de IS/P1. La pente de la courbe de demande s'en trouve augmentée d'autant.
136
Taux
d’intérêt
1
2
i2
i0
i1
Demande globale
Prix
P0 DG2(effet total)
P1
DG1(effet Keynes)
Demande globale
Figure 4.5. Construction de la courbe de demande globale : Effet Keynes et effet d'encaisses réelles
(effet Pigou)
L’effet Keynes impacte LM et l’effet Pigou impacte IS. Une baisse du niveau
général des prix augmente la demande globale sous l'influence conjuguée de ces deux
effets. L'impact sur le niveau de taux dépend de l'importance des deux effets et de
l'élasticité de IS et LM au taux d'intérêt.
On remarquera que tous ces effets jouent dans le même sens, de sorte que le signe de
la somme de ces trois effets n'est jamais ambigu. Ce résultat tient cependant à la
modélisation que nous nous sommes donnée car il existe des effets-prix susceptibles de
jouer en sens contraire. Par exemple, si nous avions pris en compte l'endettement en
termes réels comme une variable explicative des comportements, par exemple de la
consommation, la baisse des prix serait de nature à jouer négativement sur l'activité
économique en relevant la charge réelle de la dette et en provoquant un effet de richesse
négatif sur la demande globale. Cet effet est appelé effet Fisher.
D'autres effets-prix existent encore, comme l'effet d'illusion monétaire ou les effets
d'anticipations. Ces effets ne semblent néanmoins pas en mesure de modifier le signe de la
137
Notons pour finir que, puisque la courbe de demande globale résume les résultats du
modèle IS/LM (elle se déduit du modèle IS/LM une fois relâchée l'hypothèse de rigidité des
prix nominaux), tous les chocs qui déplacent IS ou LM à prix inchangés déplacent
aussi la demande globale : c'est ainsi qu'une politique expansionniste qui déplace IS
(politique budgétaire) et/ou LM (politique monétaire) vers la droite dans le plan (Qd, i),
déplace également la courbe de demande globale vers la droite dans le plan (Qd, P).
La fonction de demande globale est une simple réécriture du modèle initial (IS-
LM) sous la forme d'une équation entre niveau de production et niveau de prix, équation
qui représente le degré de liberté du système. La construction de la fonction d'offre
globale implique au contraire la modélisation d'idées nouvelles.
La première conception considère que la formation des salaires, et donc des prix,
relève de facteurs socioéconomiques exogènes (rapport de forces entre catégories
sociales). Dans cette conception, le niveau du salaire (réel ou nominal) se définit
hors marché. On est alors amené à adopter une hypothèse de salaire fixe. Si on
considère, de plus, que les entreprises ont un prix désiré correspondant à un taux de
marge exogène, alors on aboutit à l'hypothèse de prix fixes habituelle dans les
modèles keynésiens standard. Dans cette version extrême, deux normes s'opposent
138
Niveau
Salaire OGL
Général
T OGCT
réel des Prix
N -(w/p) P
N+(w/p)
w1/p1 P
0 Marché des
Marché du 1 biens et
travail services
w0/p0
Niveau Q1 Q0 Produit
N1 N0
d’emploi global
Q0
Q1
Fonction de
production 450
Niveau Produit
N1 N0
d’emploi global
Figure 4.6. Construction de la courbe d'offre globale: modèle néoclassique de marché
Si le niveau général des prix diminue, le salaire réel augmente, il y a alors excès
d'offre et la demande de travail fixe la quantité échangée. Donc, nous aurons une fonction
d'offre globale p(Q+) qui est croissante. Cette fonction est de court terme, en ce sens que
139
L’idée de base de la rigidité nominale est que les salaires nominaux sont fixés
pour une période plus longue que les prix. C’est le cas, par exemple, dans les
conventions collectives ou d’entreprises. Les niveaux des salaires sont fixés pour une
période de l’ordre d’un ou deux ans. Dans le moyen et le long terme les salaires sont révisés
en fonction des prix. C'est à ce moment que le salaire réel peut être réajusté et
éventuellement revenir à sa valeur antérieure.
Si le temps nécessaire pour revenir à cette valeur d'équilibre est très court, on dira
qu’il y a flexibilité des salaires. Si c'est le cas, comme dans le schéma pur de marché du
modèle classique, alors, la courbe d’offre globale devient une verticale. Le niveau d’offre
est indépendant du niveau de prix puisque toute variation de prix se traduit en variation de
salaire et que la rentabilité reste constante.
Cet effet est néanmoins considéré comme transitoire par les théoriciens
néoclassiques car, les individus étant rationnels, les phénomènes d'indexation sont appelés à
intervenir dans le moyen terme. À long terme, c'est l'univers dichotomique de la théorie
classique qui est restauré. Dans un tel univers pleinement classique, toute politique
monétaire ou budgétaire est donc nécessairement inefficace sur l'activité économique,
même si elle peut engendrer des effets de prix.
Par conséquent, s'il n'y a pas un minimum de viscosité des salaires, il ne peut y avoir
ni fonction d'offre globale avec une pente positive ni, par conséquent, de place pour un
modèle valide de politique économique d'inspiration keynésienne. Pour envisager
les facteurs explicatifs de cette viscosité, il faut nécessairement se tourner vers des
140
considérations hors marché et, sans doute, le plus simple dans un premier temps est-il
d'envisager un modèle pur fonctionnant sur l'existence de normes exogènes de rémunération
des salariés et des entreprises.
Trois catégories de considérations sont avancées par les théoriciens pour rendre
compte d'effets hors marché dans la formation des prix et des salaires (Peltzman S.,
2000) : celles relatives à l'existence des syndicats; celles tenant aux réglementations sur les
salaires (SMIC, conventions collectives de branches ou d'entreprises qui fixent les salaires
pour une période relativement longue) ; celles provenant d'une illusion monétaire chez les
salariés.
Dans ce dernier cas, l'idée est que les salariés acceptent plus volontiers des
variations du salaire réel provenant des prix plutôt que du salaire nominal en raison d'un
phénomène d'irrationalité ou de défaut d'information, ce qui conduit à une viscosité à court
terme des salaires nominaux vis-à-vis des prix.
Keynes avance un principe quelque peu différent de l'illusion monétaire pour rendre
compte de l'asymétrie des prix et du salaire nominal : l'idée de Keynes est que les salariés
sont beaucoup plus vigilants sur les modifications du salaire nominal que sur les prix pour
des raisons sociales.
Une variation des prix affecte tous les salariés de manière indifférenciée, c'est-à-dire
qu'elle laisse la hiérarchie des salaires, donc les avantages catégoriels, inchangés
(Bernier B. et Simon Y., 2001). Une variation des salaires de caractère général et
indifférencié est rarissime. La variation des salaires passe en général par celle des
salaires nominaux au plan des négociations de branche, d'entreprises, voire
d'établissement. Cette modalité contient en germe l'éventualité d'une redéfinition des statuts
et des positions catégorielles.
- les salaires sont régis par des contrats de travail dépassant en règle générale,
l'horizon de la courte période, c'est-à-dire l'horizon durant lequel les prix sont
susceptibles de varier;
141
On doit donc considérer qu'il existe une hiérarchisation temporelle des niveaux
d'ajustement : à très court terme, les ajustements se font par les quantités, comme dans un
modèle keynésien strict; puis, les ajustements sont progressivement appelés à se faire par
les prix (avec des salaires nominaux qui restent rigides) ; enfin, à plus long terme, les
ajustements concernent les salaires nominaux.
• Modèle de synthèse
Si tous les prix (y compris les salaires) étaient révisés en même temps dans toutes
les entreprises, chacun des schémas purs précédents pourrait successivement s'appliquer
dans son intégralité : par exemple, pour le court terme, on choisirait un modèle de normes
comme une approximation acceptable (modèle keynésien) puis, pour le long terme, on
retiendrait le modèle de marché (modèle libéral). Mais ce synchronisme n'existe pas.
Pendant que, dans certaines entreprises, les salaires sont renégociés, dans d'autres ils restent
fixes (Peltzman S., 2000). Cette considération suffit à justifier l'adoption d'un modèle de
synthèse.
L'hypothèse d'un modèle de synthèse est que les salaires, et donc les prix, se
142
caractérisent dans le court terme par une certaine viscosité. Ils ne sont ni rigides comme
dans le modèle des normes, ni flexibles comme dans le modèle de marché.
• Dérivation analytique
Le modèle doit aboutir à établir l'existence d'une fonction d'offre qui, dans le cas
général, n'est ni une verticale ni une horizontale mais une fonction ayant une pente positive
finie. La valeur de cette pente devrait mesurer le degré de viscosité des salaires et des
prix. Plus les prix sont rigides, plus la fonction devrait être proche de l'horizontale
(keynésien). Plus les prix sont flexibles, plus la fonction devrait être proche de la verticale
(libéral). Dans ce cadre, les ajustements seraient appelés à se faire partiellement par les
prix et partiellement par les quantités. Le modèle qui va être présenté répond à toutes ces
exigences.
Finalement, pour que le niveau d'emploi dépende du niveau général des prix, il faut
rompre la dichotomie, c'est-à-dire, dans les termes qui sont ceux de la synthèse, introduire
une rigidité nominale des salaires (indexation imparfaite des salaires nominaux sur les prix).
Dans le modèle IS-LM l’offre des biens s’adapte à la demande globale. L’offre
est donc déterminée dans ce modèle par la demande. Tel n’est plus le cas dans ce modèle.
On suppose ici une fonction de production de court terme à facteurs substituables, de type
Finalement, on obtient une équation de formation des prix qui met en avant
un élément de norme « l'indexation» de p sur w), et un élément de marché (la réaction de p
au niveau de l'emploi n).
Salaires
w p u b (5.1.5)
avec b et 0; et 0;1
Les rigidités nominales sont d’autant plus faibles que est grand. Si 1 ,
toute modification des prix se répercute intégralement dans le salaire nominal : il n’ y a pas
des rigidités nominales. Ce cas est pertinent à long terme quand le processus d’ajustement de
salaire nominal aux fluctuations des prix est achevé. En revanche, à court terme le salaire
réel est affecté par les variations des prix car le salaire nominal ne s’ajuste pas.
cela dans (5.1.5) et en utilisant (5.1.4), on obtient une relation croissante entre la
demande de travail et le niveau général des prix :
a b 1
nd (5.1.6)
1 1 p
a b 1
qs a (5.1.7)
1 1 p
L’offre des biens des entreprises est donc une fonction croissante en p si et
seulement si <1, c'est-à-dire en présence des rigidités nominales. Dans ce cas une
augmentation du niveau général des prix entraine une augmentation moindre de salaire
nominal et donc une baisse de salaire réel d’autant plus que les rigidités sont importantes
cela incite les entreprises à demander le travail et donc produire davantage. La courbe
d’offre de court terme est donc croissante. A long terme 1 et cette courbe devient
verticale.
Abdoulay Zonon (2003) affirme que les relations commerciales qu’un pays entretient
avec d’autres partenaires font que le niveau général des prix subit d’une manière ou d’une
autre, l’influence des prix des biens importés. Il conclue à une relation négative entre le niveau
de l’inflation et le degré d’ouverture souvent mesuré par le ratio des importations par rapport
au PIB.
Hermann KWITOU (2012) déclare qu’au regard des conséquences sociales de la
crise alimentaire de 2008 dans les économies d’Afrique centrale, la problématique de
l’inflation alimentaire se pose avec acuité dans ces pays, où la pauvreté est très répandue. Cette
inflation est très souvent le fait des importations, la production locale étant insuffisante pour
combler une demande sans cesse croissante.
D’où l’intérêt d’identifier les effets des fluctuations des cours des produits
alimentaires sur l’inflation domestique en Afrique centrale. Si l’analyse révèle que l’inflation
145
est essentiellement un «phénomène d’inertie», force est de constater que pour le Cameroun, la
Centrafrique, le Gabon et le Tchad, les chocs (à la hausse) sur les cours des céréales importés
(blé, riz et maïs) ont un impact positif significatif sur l’inflation, inégal d’un pays à l’autre. On
note également un lien de causalité positif entre les cours du sucre et de l’huile de palme et
l’inflation au Tchad. Cependant, les fluctuations des cours de ces produits ne contribueraient
que pour 10%-15% à l’évolution du niveau général des prix.
Parmi les chocs possibles nous comptons du côté de l’offre, la pénurie causée par les
mauvaises récoltes agricoles, les variations des importations et les fluctuations du taux de
change nominal, dans la mesure où la dépréciation de la monnaie d’un pays accroît le prix
des intrants importés dans le processus de production.
Chapitre quatrième :
MODÉLISATION DE L’INFLATION ET ANALYSE
EXPLORATOIRE DE DONNÉES
148
Ce chapitre présente les différentes variables ainsi que les différents modèles
utilisés. Ainsi, dans la première section de ce chapitre, la spécification des modèles est
présentée.
Les caractéristiques essentielles de ces variables ainsi que leur évolution sont
présentées au niveau de la deuxième section. Pour procéder à l’estimation des modèles, il est
nécessaire de se rendre, au préalable, compte de la stationnarité des variables à utiliser. Ceci
est nécessaire car les variables économiques et financières sont rarement des réalisations de
processus stationnaires. Ce chapitre se termine par une brève présentation de la modélisation
VAR.
149
Pour l’analyse économétrique, le modèle utilisé chez les classiques est celui issu de
la théorie quantitative qui a traversé toute l’histoire monétaire de Xenophon à Irving Fisher en
passant par Jean BODIN, David Hume, l’école de Cambridge (Pigou), pour se prolonger
jusqu’à l’école monétariste (Friedman) et la Nouvelle Ecole Classique (Lucas).
i 0 1M is 2 X i i (6.1.1)
Où i est le taux d’inflation ;
t 1 t 1 1 2 t 2 1 3 t 3 ... 1 t 1 M ts 2 X t t
(6.1.2)
12 λ est un coefficient d’ajustement (0 < λ < 1). Tout écart entre le l’inflation courante t et l’inflation anticipée de la
151
C’est un modèle autorégressif avec une infinité de retards qui montre que l’inertie,
lorsqu’elle existe, est permanente (erreur systématique et non aléatoire).
k p j h q
Mm 1 i Pibr r (6.1.3)
t 0 i t i t i i t i i t i t i
i 0 i 1 i 0 i 0 i 0
période précédente ta1 sera ajouté ou retranché à l’évaluation des anticipations inflationnistes dans une proportion
égale à λ.
152
Dans son étude, Phillips cherchait à valider « l'hypothèse selon laquelle le taux de
variation du taux de salaire nominal peut être expliqué par le niveau du chômage ou le taux de
changement du chômage ». Phillips A. (1958), à partir de statistiques des taux de chômage
et des taux de variation du taux de salaire monétaire couvrant, pour le Royaume-Uni, la
période 1861-1957, répondait positivement à la question qu'il s'était posée, en mettant en
évidence l'existence d'une relation linéaire décroissante entre les deux variables sur la période
étudiée : à des situations de chômage élevé correspondaient de faibles hausses du taux de
salaire monétaire et inversement.
En boostant la demande effective, par ses politiques économiques, l’Etat invite les
entreprises à plus de production et donc plus de demande d’emploi (diminution du chômage).
Ce processus n’aboutira à une inflation que si l’économie atteint le plein emploi car, dans ce
cas, la production ne saura augmenter pour satisfaire la demande supplémentaire. Si
l’inflation apparait, elle ne sera pas vécue ici comme une fatalité mais comme le « prix » à
payer pour atteindre un niveau donné de production et d’emploi (lutte contre le chômage). Il
revient ainsi à l’Etat de pouvoir opérer un arbitrage entre l’inflation et le chômage. Il s’agit
d’un choix raisonné.
La Courbe de Phillips est donc une relation inverse entre l’inflation et le taux de
chômage, de la forme :
π t = a − bUt (6.1.4)
Et en utilisant la loi d’Okun, nous avons une relation de l’inflation avec l’écart de
la production :
t a bYt Yt (6.1.5)
Où Yt Yt est l’écart entre la production effective et la production potentielle,
l’output gap.
Ce modèle suggère que le seul facteur influençant l’inflation est l’écart entre la
production effective et la production potentielle. Avant de présenter les résultats du processus
VAR mettant en relation l’inflation congolaise et l’écart de production, nous allons exposer
les étapes du calcul de cet écart de production et ensuite chercher le nombre p de retards
optimal.
(6.1.7)
155
On peut montrer que la composante trend peut être représentée par une expression
de moyenne mobile symétrique de la série observée:
(6.1.8)
où les paramètres α et |h| dépendent de la valeur de λ.
En définitive, l’écart de production dont les données sont reprises en annexe (tableau
n° 39), a été calculé en prenant la différence entre le Pib (en) logarithmes et le Pib potentiel
calculé grâce à cette formule de Hodrick-Prescott.
13 En général, le choix de la valeur de λ dépend du degré de rigidité supposée dans la série considérée. La pratique usuelle est
de fixer, par exemple, λ à 100 pour des séries chronologiques annuelles et à 1600 pour des séries chronologiques
trimestrielles. Cependant, on devrait noter que ce choix est quelque peu arbitraire; une procédure plus appropriée serait de
choisir une valeur de λ qui utilise une méthode dépendante des données. Voir Agénor, McDermott et Prasad (1998).
156
La plupart des travaux (si pas tous) ayant traité l’inflation comme un phénomène
structurel ont été inspiré des travaux des auteurs latino-américains qui cherchaient des
explications sur les échecs subis par les propositions et les applications des recommandations
des théories orthodoxes (classiques, monétaristes, keynésiennes, …). Ils ont ainsi trouvé un
espace de réflexion sur le problème d’inflation qui est un problème commun des pays
d’Amérique latine pendant les dernières décennies.
Le modèle proposé par ces travaux met en relation l’inflation, le niveau des
importations et le taux de change :
t 0 1 I t 2Tct t (6.1.10)
déterminée par le coût marginal réel actuel et l’anticipation des coûts marginaux réels
futurs.
Ep̂
p̂*t p̂t 1 k
j 0
k
j
t j p̂t ˆ t j ,t (6.1.11)
Dans cette formule, les différentes variables représentent toutes des déviations par
rapport à leurs états stationnaires respectifs (d’où les chapeaux) et sont définies comme
suit :
*
— p̂t est le prix optimal d’une firme qui ajuste en t;
La firme aimerait garder son coût marginal le plus proche possible du coût marginal
optimal ψ∗ = (η − 1)/η14 qui maximise son profit par période et qui est l’état stationnaire
(par le fait qu’à l’état stationnaire, les prix sont constants). En effet, la log-linéarisation était
faite en supposant de nouveau que le taux d’inflation à long terme est égal à zéro. Par
conséquent, à l’état stationnaire, les prix de toutes les firmes sont constants et égaux ce qui
veut dire que l’état stationnaire du coût marginal réel, à son tour, est égale au coût marginal
optimal ψ∗= (η− 1)/η
Comme Calvo fait l’hypothèse que la firme ne peut pas ajuster son prix à
toutes les périodes mais qu’elle doit produire toute quantité demandée à son prix
actuel, le coût marginal réel fluctuera autour de cette valeur optimale, étant donné que
les prix des facteurs de production (tel que Wt+j pour le travail) fluctueront en
fonction des conditions dans les marchés des facteurs et du niveau des prix agrégé
*
tandis que p̂t reste fixe.
La décision de prix optimale dans (6.1.11) est donc telle que la somme
escomptée des coût marginaux futurs anticipés est au plus proche possible du coût
marginal optimal. Comme ce coût marginal dépend du prix agrégé, la firme ajustera
Par ailleurs, nous pouvons exprimer le niveau général des prix comme :
En combinant cette équation avec (6.1.11) afin d’éliminer le prix optimal nous
aboutissons à une expression relativement simple pour l’inflation :
ˆ t E( t 1 ) ˆ t (6.1.13)
1 k 1 k
, où est l’élasticité du coût marginal de la
1
Avec
k 1
firme par rapport à sa production.
ˆ t i Eˆ t i (6.1.14)
i 0
Le modèle de Calvo postule donc que la dynamique de l’inflation (au moins dans sa
version log-linéarisée) est entièrement déterminée par le coût marginal réel actuel et
l’anticipation des coûts marginaux réels futures.
• Par contre, un coût marginal réel au-dessus du coût marginal optimal ψ̂t>0 (ou
bien des coûts marginaux futurs anticipés au-dessus du coût marginal optimal
Eψ̂ t+i>0), par exemple parce qu’il y a eu un choc monétaire positif qui a fait
augmenter les prix des firmes qui ajustent, exerce une pression positive sur
l’inflation π̂t > 0.
très lente, nous voyons effectivement une réponse de l’inflation lente et donc une
réponse de l’activité réelle plus marquée.
De première vue, l’équation (6.1.13) issue du modèle de Calvo ressemble à une Courbe
de Phillips augmentée par des anticipations (« expectations-augmented Phillips curve »)...surtout si
en plus, on fait l’hypothèse que le coût marginal réel (log-linéarisé) est proportionnel à l’écart de la
production par rapport à sa tendance log Yt log Yt (le «output gap ») qui, quant à lui, est lié
inversement au taux de chômage (« Loi d’Okun ») (Kurmann A., 2006)
ˆ t E t 1 ˆ t
ˆ t E t 1 Yt Yt (6.1.15)
ˆ t E t 1 ˆ t
Où ̂ t est la déviation du taux de chômage par rapport à son niveau naturel.
En fait, dans sa version de base, la Courbe de Phillips est une simple relation
inverse entre l’inflation et le taux de chômage (ou bien une relation positive avec l’écart
de la production) de la forme :
π t = a – bUt (6.1.16)
Cette équation est devenue populaire dans les années 1950 et 1960 à cause de sa
pertinence empirique (Phillips, 1958 et Lipsey, 1960 pour le Royaume-Uni; et Samuelson et
Solow, 1960 pour les États-Unis); et qui repose sur l’hypothèse que les salaires nominaux sont
fixés à l’avance.
L’hypothèse du taux de chômage naturel est donc que, tôt ou tard, le taux de
chômage revient à ce niveau naturel parce que les agents ne se laissent pas tromper
indéfiniment par des taux d’inflation plus élevées qu’anticipées. Ils adaptent leurs
anticipations et donc, la politique monétaire ne peut pas pousser le taux de chômage au-
dessous de son niveau naturel de manière permanente.
Si t < t log Yt log Yt < 0 ;
e
(6.1.18)
Si t t ; log Yt log Yt 0 et
e
(6.1.19)
Si t > t log Yt log Yt > 0
e
(6.1.20)
Comme à long-terme, πt = πe, ces relations (6.1.18), (6.1.19) et (6.1.20) sont cohérentes
avec l’hypothèse du taux de chômage naturel.
Pour Robert Lucas (1976), de telles formulations statistiques des anticipations sont
trop simplistes et arbitraires. En réalité, les agents forment leurs anticipations de
manière rationnelle, en tenant compte de toute l’information disponible afin de ne pas
commettre des erreurs de prévision systématiques. Par conséquent, des changements
d’environnement économique (tels que des changements de politiques monétaire ou fiscale)
peuvent affecter les anticipations (et donc le comportement) des agents de manière
importante et soudaine.
Les formulations prédéterminées telles que (6.1.18) ne réussissent pas à tenir compte
des effets de tels changements et donc, ces formulations ne devraient pas être utilisées à des
fins d’évaluation de politiques économiques alternatives. C’est la fameuse ”Critique de
Lucas ” qui (entre autres) lui a valu subséquemment le Prix Nobel.
La NKPC est une réponse à la Critique de Lucas. Elle propose un lien entre
l’inflation et l’activité réelle qui est dérivé des fondements micro-économiques explicites
sur le comportement optimal des agents économiques et qui traite les anticipations par une
variable non-prédéterminée, à savoir Eπt+1. La NKPC fournit donc une explication
microéconomique possible du lien entre inflation et activité réelle.
i 1 i 0 i 0 i 0 i 0
l q
i Im p t i i t i t (6.1.22)
i 0 i 1
Le modèle VAR rapporte des liens de causalité apparus au cours d'une période
donnée (la longueur de retard p sélectionnée) et dans les n directions possibles (chaque
variable est endogène dans une équation du modèle). La combinaison de ces deux aspects,
163
sous lesquels l'information causale est révélée, doit nous permettre de mieux discerner entre
causes fictives et causes réelles.
....
p p p
Ykt a k0 a ki
1
Y1t i a ki
2
Y2 t i ... a ki
k
Ykt i v kt
i 0 i 0 i 1
; A0 2 ; vt v 2 t
y a a ... a
Avec : Yt ; A p
2 ,t 2 p 2 p 2p a
...
... ... ...
y k ,t a 1 2 k a k
0 v
kp a kp ... a kp kt
Si nous y ajoutons l’opérateur de retard L, nous obtenons :
1 A L A L
1 2
2
... Ap Lp Y1 A0 v1t (7,12)
plan complexe.
L’estimation des paramètres d’un processus VAR ne peut se faire que sur des séries
stationnaires. Après étude de la stationnarité des chroniques, il faut les rendre stationnaires
soit en les différenciant (dans le cas de processus « Difference Stationary ») soit en y
appliquant un filtre pour retirer la tendance générale (en cas de processus « Trend
Stationary »).
165
Chaque équation peut être estimée par les MCO, indépendamment les unes des autres
(ou par une méthode maximum de vraisemblance) (Bourbonnais R., 2009). Le nombre p de
retards à inclure dans le VAR est déterminé en estimant tous les VAR possibles d’après
l’horizon temporel acceptable par la théorie économique et de choisir le modèle qui présente
les statistiques de Akaike et Schwarz les plus faibles.
AIC p Ln det e 2k 2 p
n 7.13
2k 2 p lnn
SIC p Ln det e
n
Où AIC : « Akaike Information Criterion »
SIC : « Akaike Information Criterion »
Ln : logarithme népérien
p : le nombre de retards
k : le nombre de variables du système
n : le nombre d’observations.
Pour étudier les chocs du VAR (Bosonga, J.P., 2018), la représentation VMA du processus
est utilisée :
B Yt c t 7.14
p
Yt c Y
i 1
t i t , 7.15
Selon le théorème de Wold, tout processus VAR(p) stationnaire peut être écrit sous
une forme d’un processus moyenne mobile infinie vectorielle, VMA( ) :
Yt
i 0
i t i ; 7.16
Où E Yt B c et 0 I
1
B i B i 0 1 B 2 B 2 3 B 3 ...
i 0
Yt 1 t 1 2 t 2 3 t 3 ... 7.18
En utilisant l’égalité 7.19, on peut passer des coefficients du VAR contenus dans les
matrices i à ceux qui de VMA correspondante. En effet, par la méthode des coefficients
indéterminés, on déduit de la relation 7.19 ce qui suit :
I B B
1 2
2
3 B 3 ... p B p 0 1 B 2 B 2 3 B 3 ... I
0 1 B 1 B 0 1 1
2 B 2 1 1 B 2 2 B 2 0 2 1 1 2
Par récurrence, on a :
j 1 j 1 2 j 2 ... p j p , j
167
Les données utilisées dans ce travail ont été tirées des différents rapports de la BCC
(Banque Centrale du Congo de 1964 à 2016). Pour entrer dans leur intelligence, ces données
ont été comparées avec celles utilisées par Vincent NGONGA NZINGA (2015), ancien
directeur de l’hôtel de monnaie de la Banque Centrale du Congo. Les données brutes sont
reprises en annexe (Tableau A1).
Les variables concernées sont : « lipt », « lmmt », « ecartt » , « ltct», « ltit », « lpibrt » et
« limportt ». Les données brutes ont été transformées en logarithmes. « Lip » représente
l’indice des prix. Il s’agit donc de la mesure de l’inflation. « Lmm » est la masse monétaire.
« Ecart » représente l’écart entre la production potentielle (calculée à l’aide du filtre de
Hodrick-Prescott) et la production effective. « Ltc » représente le taux de change. Il s’agit du
taux de change entre la monnaie locale (franc congolais) et le dollar américain. C’est une
cotation à l’incertain : un dollar pour autant de francs. « Lti » mesure le taux d’intérêt.
« Lpibr » est le Pib réel et « Limport » représente les importations.
0 40 5
-10 20 0
-20 0 -5
13.4
0
0
13.2
-1
-10 13.0
-2
12.8
-20
-3
12.6
-30 -4 12.4
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15 65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15 65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15
LIMPORTN
45
40
35
30
25
20
15
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15
Ces graphiques laissent voir que les variables ont connu des fluctuations importantes
de 1990 à 2000. Evidemment, cette période correspond à l’époque des troubles, pillages des
outils de production, …
169
A partir de 1983, les PAS sont introduits. Le Zaïre passe à un régime de changes
flexibles. L’économie répondit positivement à ces réformes. Une croissance se signala et le
taux d’inflation baissa de 77% en 1983 à 24% en 1985. Mais, vers la fin 1986, un
accroissement des dépenses publiques dérailla les programmes d’ajustement et quelques-unes
des politiques de libéralisation furent révisées. En juin 1989, avec l’aide du FMI, le
gouvernement mena un dernier effort pour stabiliser l’économie. L’inflation connut une
légère baisse.
En 2002, la BCC était dotée de nouveaux statuts établissant son indépendance dans la
conduite de la politique monétaire et limita à cet effet les concours au Trésor public. Le taux
170
d’inflation qui culminait à près de 511 % au cours de l’année 2000 a ainsi été ramené en
dessous de la barre de 10, avec 9% en 2004. La BCC devait par ailleurs faire face à un fort
accroissement de la demande de liquidités, en raison notamment d’un retour relatif à la
confiance en la monnaie nationale, dans une économie très largement dollarisée.
De plus, les succès restreints de la lutte contre l'inflation furent anéantis dès le début
de l'offensive rebelle dans l'est du pays. En 2005, l'inflation est montée en flèche en atteignant
un taux de 21,5 % pour baisser par la suite de quelques pourcent en 2006 (18,2%).
Avec la crise financière qui a prévalu durant l’année 2008, le taux d’inflation a
enregistré une augmentation pour atteindre 17,30% et redescendre à 2,8% en 2009, après que
la situation ou la crise soit résorbée. Le taux d’inflation est remonté à 7,1% en 2010. En fin
décembre 2011, le taux d’inflation a augmenté de quelques pourcentages en atteignant à cet
effet 15,3 % à cause du financement des élections présidentielles. Mais le taux d’inflation est
en baisse d’année en année.
Pendant la période allant de 1964 à 1979, la masse monétaire au sens strict (M1) a
connu trois phases d’évolution : de 1964 à 1963, il y a eu une légère tendance à la baisse. De
1964 à 1973, il y a eu une tendance à la hausse. Ceci correspond à la période d’expansion
économique au Congo. Les agents demandaient de plus en plus de la monnaie et la masse
monétaire a évolué à la hausse pour répondre au besoin en numéraire de l’économie.
La tendance de la masse monétaire a été à la hausse pendant toute cette période avec
un pic en 1983, année pendant laquelle les Programmes d’ajustement Structurel (PAS) sont
entrepris et le Zaïre passait d’un régime de change fixe au régime de changes flottants. A part
ce pic, la pente devient de plus en plus accentuée vers les années 1990 et le sommet était
atteint en 1990, période au cours de laquelle la Banque centrale recourait à la planche à billets
pour financer le déficit public.
L’évolution de M1 réelle a connu une légère hausse de 1996 à 1999, puis une hausse
accentuée de 2000 à 2005. On a assisté pendant cette période au programme de désinflation
rapide, avec au premier plan, le non recours à la création monétaire pour financer le déficit
public. Cette hausse peut donc bien être attribuée à l’évolution normale de l’activité
économique.
La masse monétaire a été croissante toute la période de 2006 à 2013. Avec les
élections de 2006 et 2011, la crise de 2008 et la guerre de novembre 2012, les besoins du
gouvernement en armement, la masse monétaire ne pouvait qu’être croissante.
172
C. Le Pib réel
L’évolution du PIB a connu trois phases pendant la période allant de 1964 à 1980. Une
tendance à la hausse jusque vers les années 1973 – 1974, puis une tendance à la baisse et une
quasi-stagnation de 1978 à 1980. En effet, pendant les années 1964 – 1973, l’économie
congolaise a bénéficié d’une bonne tenue de la conjoncture internationale. Le prix du cuivre
se situait à un niveau relativement élevé.
A partir des années 1990, l’économie zaïroise est de nouveau mal au point. Le déficit
public, les troubles sociopolitiques (saccages des outils de production et de commercialisation
des produits dans les grandes villes du pays), font baisser le PIB jusqu’en 1993. Le pays entre
dans une crise sociopolitique. La montée des tensions sociales et politiques conduisit à une
relaxation sans précédent, de la politique fiscale, affectant particulièrement les salaires et
autres revenus. Les troubles politiques et les tensions sociales affectèrent également les
relations du gouvernement avec ses traditionnels partenaires externes (la Banque mondiale et
le Fonds monétaire international). En novembre 1990, une grande part de l’aide bilatérale
officielle vers le Zaïre fut suspendue.
a fait chuter la production de plus de 23% en 1991 par rapport à son niveau de 1990 et
conduisit à la baisse importante des revenus publics. Avec quelques efforts, le pays regagna
la confiance de la Banque mondiale et entama une vaste opération de libéralisation et de
privatisation.
En 1976, intérvint une nouvelle définition des terme de change. Le zaïre-monnaie est
rattaché au DTS et le taux de change entre la monnaie congolaise (zaïroise) et le dollar
américain évolue en fonction de l’évolution du DTS par rapport au dollar américain.
A partir de 1983, ce taux connaît de très bas niveaux jusqu’en 1990. Mais à partir de
cette année, lorsque la Banque centrale recourt à la planche à billets pour financer le déficit
budgétaire, le taux dépréciation connût des accroissements spectaculaires.
De 1991 à 1993, ces trois années constituent la période pendant laquelle les déficits
budgétaires de l’Etat ont atteint leur niveau le plus élevé. Et le financement de ces déficits par
les émissions monétaires de la banque centrale a fait perdre à la monnaie congolaise sa valeur.
Le taux de change s’est emballé et a été croissant d’année en année.
174
Les importations connaissent une évolution à la hausse depuis 1964 sauf quelques
années comme en 1967, en 1976, 1993 et 1998 dont la baisse peut être impliquée aux
dévaluations de la monnaie opérées ces années.
Etant donné que les variables économiques sont rarement stationnaires, nous avons
conduit les tests de Dickey-Fuller (DF) et Dickey-Fuller augmenté (ADF) pour étudier la
stationnarité des séries mais également leur ordre d’intégration. Le logiciel utilisé est le E-
views 8.1.
La non stationnarité peut bien concerner l’espérance que les moments de second
ordre. D’après Nelson et Plosser (cités par S. Lardic S. et V. Migon V., 2002), les cas de non
stationnarité en moyenne sont analysés à partir de deux types de processus : Processus TS
(trend Stationary) qui représente les processus caractérisés par une non stationnarité de nature
déterministe et Processus DS (Difference Stationary) qui représente les processus dont la non
stationnarité est de nature stochastique.
non stationnarité sont tout aussi fondamentales. Pour ce faire, nous allons utiliser le test de
Dickey-Fuller (DF) et le test de Dickey-Fuller Augmenté (ADF).
B. Application du test
lip t = le logarithme de l’indice des prix à la consommation (dont la base est l’année 2000) ;
Nous présentons la synthèse des résultats de ce test dans le tableau suivant (les
détails de ces estimations sont repris en annexe) :
176
Tableau n° 5 : Résultats du test ADF sur les variables lip, lm, lpib, ltc, et limport15
15 Confectionné par nous-même grâce aux données récoltées et au logiciel E-views 8.1.
177
Les chiffres qui sont entre parenthèses dans la deuxième colonne de ce tableau
renvoient aux différents modèles de Dickey-Fuller. (3,0), (2,0) et (1,0) signifient
respectivement le modèle n°3, n°2 et n°1 de Dickey-Fuller en niveau. (3,1), (2,1) et (1,1)
signifient la même chose mais en prenant la différence première des variables. Les paramètres
estimés sont δ pour le coefficient du trend (la tendance déterministe), λ pour la constante et φ
pour la racine unitaire.
Nous concluons donc que les variables ne sont pas intégrées au même niveau. De ce
fait, la cointégration entre ces variables s’avère impossible. La modélisation du type
correction d’erreurs est écartée. En effet, si les séries statistiques étudiées ne sont pas
intégrées de même ordre (en l’occurrence d’ordre 1), la procédure de cointégration est arrêtée,
car les séries ne risquent plus d’être cointégrées (Bourbonnais R., 2009).
Dans notre cas, les variables ne sont pas intégrées du même ordre : ecart~I(0),
lip~I(1), lmm~I(1), limport~I(1), ltc~I(1), lti~I(1) et lpibr~I(1). Pour cette raison, nous
écartons la modélisation en cointégration et correction d’erreurs au profit de la modélisation
du type VAR (Vecteurs Autorégressifs).
La courbe de Phillips résume la pensée keynésienne de l’inflation, car elle donne une
possibilité d’arbitrage entre l’inflation et le chômage ou l’inflation et l’écart entre le niveau de
production et la production potentielle (Output gap) en considérant la loi d’Okun. Le modèle
de Calvo reprend la même courbe en y intégrant les anticipations. Ce qui nous donne le
modèle de synthèse classico-structuro-keynésien en y intégrant le taux de change et les
importations.
Avant de pouvoir estimer ces modèles, un test de stationnarité de variable s’est avéré
indispensable car les variables macroéconomiques et financières ne sont que rarement
stationnaires. Les résultats de ce test laissent voir qu’aucune variable ne suit un processus
« Trend Stationnary » (TS). Aucune variable n’a donc une tendance déterministe dans les
données. La variable ecart est stationnaire en niveau, c’est-à-dire ecart~I(0). Toutes les autres
variables sont des processus «Difference Stationnary » (DS). Le test ADF donne les résultats
tels que toutes les variables, sauf l’écart de production, ne sont pas stationnaires. Elles doivent
donc être différenciées une fois. Nous avons donc ecart~I(0), lip~I(1), lmm~I(1), ltc~I(1),
limport~I(1), lti~I(1) et lpibr~I(1). Nos variables sont donc intégrées à des ordres différents.
C’est pour cette raison que la modélisation en correction d’erreurs ne nous est pas utile.
Pour les Keynésiens, la demande effective devrait plutôt être stimulée pour créer de
la croissance et la masse monétaire devrait plutôt être un instrument que l’autorité monétaire
(l’Etat) utiliserait pour doper la production. L’inflation se déclencherait seulement lorsque
l’économie serait au plein emploi. Or ce niveau est loin d’être atteint. Pour les keynésiens et
les néokeynésiens, l’explication de l’inflation est à chercher plutôt du côté de l’arbitrage entre
inflation et chômage par les autorités (courbe de Phillips).
Les structuralistes ajoutent que l’inflation provient surtout des problèmes structurels
de l’économie tels que l’insuffisance de l’offre, spécialement de produits agricoles, les
goulots d’étranglement, une main-d’œuvre non expérimentée, l’incompatibilité du taux de
croissance du revenu réel, de la propension à importer et du taux d’accroissement des
exportations, …qui font à ce que la production n’arrive pas à satisfaire la demande, d’où
élévation des prix intérieurs.
180
Libéraux
Nouvelle Ecole
Classique Anticipations rationnelles
i Pt i 1 i rt i t i (3)
i 0 i 0 i 0 rt i taux d' intérêt.
t est le taux d’inflation ; ut est le
Keynes
Préférence pour la liquidité ;
Courbe de Phillips t = a – but t (4)
taux de chômage.
t ai t i 1 bYt Yt t i
p q
DEUXIÈME PARTIE :
ÉTUDE EMPIRIQUE DE L’INFLATION EN RDC
183
Dans cette partie il est question d’appliquer les théories libérale, keynésienne et
structuraliste de l’inflation au cas particulier de la RDC. Dans un premier temps, le contexte
de l’inflation congolaise est présenté avant de rechercher le meilleur modèle du point de vue
économétrique. Les conditions liées à la modélisation cointégration et modèle à correction
d’erreurs n’étant pas remplies, nous avons fait recours à une modélisation VAR.
qui voudrait valider un modèle «esthétique». Dans une période plus récente Sims (cité par
Meuriot V. 2008), alors membre du « National Bureau of Economic Research » (institution
rivale de la Cowles Commission aux Etats-Unis) dénonce cette pratique qui consiste à
introduire beaucoup trop d'hypothèses et de contraintes non testées pour atteindre
l'identification mathématique des modèles.
Pour Kintambu M.G. (2004) un modèle VAR peut se représenter comme un modèle
VMA (vecteur Moyenne Mobile) pour mener une analyse dynamique du modèle VAR(p). Le
modèle sous la forme (VMA) va permettre de mesurer l’impact d’une variation des
innovations (chocs) sur les valeurs des variables incluses dans le vecteur autorégressif (VAR)
pour un horizon de temps donné. Ceci répond justement aux préoccupations de ce travail
lorsqu’il s’agit de mesurer les anticipations aussi bien adaptatives suggérées par Milton
Friedman que rationnelles de Robert Lucas.
Chapitre cinquième :
CONTEXTE DE L’ÉCONOMIE CONGOLAISE : ÉVOLUTION
DES DÉTERMINANTS DE L’INFLATION EN RDC
186
L’histoire monétaire du Congo17 est parmi les plus étonnantes et les plus spectatrices
du monde. En effet, le cas de la RDC n’est pas un cas typique et pèche sur plusieurs points
contre les théories développées dans la littérature économique sur l’inflation.
En effet, déjà dans les années 1960, au lendemain de son accession à l’indépendance,
le Congo fait face à une très forte inflation. Du 30 juin 1960 au 31 décembre 1965, pendant
seulement cinq ans et demi, les prix avaient pratiquement quintuplé. Selon l’IRES (1968), le
stock monétaire était estimé à 14,9 milliards de francs congolais. Cinq ans et demi plus tard,
les masses monétaires avaient quadruplé.
En fait, à peine les colons belges partis, le pays devait être dirigé par des nationaux
et la plupart n’avaient pas de compétences requises. Aussi, l’Etat devrait déjà faire face à des
dépenses sociales exorbitantes pour payer ces nouveaux fonctionnaires en termes de
17 Dans cette partie nous utilisons indifféremment les noms RDC (République Démocratique du Congo) et Congo tout
simplement, appelée Zaïre de 1971 à 1997. Il s’agit donc dans les deux cas, sauf précision spéciale, du Congo-
KINSHASA et non de son voisin, le Congo-BRAZZAVILLE.
187
traitements, soldes, indemnités, subsides, avances et prélèvements de toute nature alors que
ses recettes étaient encore de moindre importance et que l’offre globales se réduisait. Le
déficit a donc eu lieu à cause de l’affaiblissement du système fiscal et l’expansion
inconsidérée des dépenses publiques liées à la mauvaise gestion et surtout au brusque
changement entre une société organisée sur un mode colonial et un état indépendant, comme
le constate Hugues Leclercq (1968).
Les recettes budgétaires subirent une réduction catastrophique, pendant que les
rémunérations des différentes catégories d’agents de la Fonction publique entamaient
rapidement un processus d’expansion vigoureuse et rapide. Les déficits budgétaires furent
financés principalement par des avances de l’Institut d’émission (et accessoirement des
banques commerciales), qui se traduisirent par une création monétaire incessante. Il en résulta
des pressions considérables de la demande des biens de consommation, d’autant plus que les
dépenses publiques étaient consacrées au paiement de traitements ou à la redistribution de
revenus sous d’autres formes. L’inflation congolaise était typiquement une inflation de
demande, née du déficit considérable des finances publiques.
Leclercq Huges (1964) et Dupriez Gérard (1973), attribuent tous les deux la cause
de l’inflation au déficit public. Pour Leclercq H., le déficit public provient des problèmes de
la trésorerie dus à la faiblesse du système fiscal du pays tandis que Dupriez Gérard les impute
à l’accroissement des rémunérations dans la fonction publique.
Dupriez Pierre (1970) quant à lui, trouve les origines de l’inflation congolaise dans
le contrôle des changes. Lacroix Jean-Louis (1967), rejette carrément la cause structuraliste de
l’inflation congolaise en soutenant que la structure économique du Congo n’est pas
comparable à celle des pays latino-américains. Tout en donnant une explication monétariste à
l’inflation congolaise, Ryelandt Bernard (1970), introduit un nouvel élément : l’écart entre la
masse total des revenus et la valeur globale des produits en un moment donné. Ryelandt a fait
une vérification empirique et a tenté de déceler laquelle de la théorie monétariste et
structuraliste s’applique au mieux au cas du Zaïre. Il a privilégié la conception monétariste.
Dans les années 1970, les mesures de zaïrianisation18 d’abord, le choc pétrolier et
l’effondrement du cours du cuivre sur le marché international ensuite, ont donné un coup de
grâce à l’économie zaïroise. C’est la période de la crise internationale, à la suite de la crise du
18 La zaïrianisation est le mouvement politique initié par Mobutu dans les années 1970, qui doit revenir à l'authenticité
africaine, en supprimant tout ce qui pourrait rappeler l'occident et en nationalisant progressivement les biens
commerciaux et des propriétés foncières qui appartenaient à des ressortissants ou groupes financiers étrangers.
188
Cette hausse des prix était d’ailleurs, tout au début des années 1970, considérée
comme passagère car tenant plus de la conjoncture internationale. Mais vers la fin des années
1970, elle s’accentue et l’économie zaïroise est de nouveau mal au point. Les avoirs extérieurs
sont devenus négatifs et les crédits extérieurs nouveaux ne sont plus facilement accordés.
L’appareil de production ne peut plus tourner, entre temps les deux guerres du Shaba vont
déstabiliser la Générale des Carrières et des Mines (Gécamines)19 et priver l’Etat d’une
importante quantité de ressources extérieures.
Ce qui conduit Mubake M.V. (1996) à rejeter toutes ces tentatives d’explication de
l’inflation congolaise et à affirmer que les causes profondes de l’inflation congolaise sont
plutôt liées aux structures économiques et aux comportements des groupes sociaux. Ces
causes sont les conditions défectueuses de la production et des échanges des biens et services.
Il a décelé aussi les revenus qui ont influencé les tensions inflationnistes à partir de leur
répartition et des conditions de leur formation. Selon lui, le secteur de transport est tout aussi
responsable d’apparition et d’entretien des tensions inflationnistes.
19 Créée en 1966, la Gécamines a été la véritable vache à lait du Congo pendant la colonisation et durant la 2ème république.
Elle supporte, en 1989, 85% des recettes d’exportation, contre 60% en 1960, et 42% des revenus de l’Etat. En année
normale, durant la 2ème république, le cuivre représentait à lui tout seul 50% des recettes d’exportation. A partir de 1990,
la conjoncture devient désastreuse: baisse du cours du métal rouge, déclin de la production dû à des difficultés
d’approvisionnement (vieillissement des infrastructures de production et de transport; hausse des coûts du matériel
importé), effondrement de la mine de Kamoto, troubles ethniques au Shaba, où un million d’originaires du Kasaï sont
refoulés, dont beaucoup de cadres, de techniciens et d’ouvriers. Source :
[Link] consulté le 28 Février 2013
189
Dans les années 1990, l’économie zaïre est de nouveau en proie à des troubles
sociopolitiques. D’abord le saccage des outils de productions, les pillages dans les grandes
villes du pays, les guerres dites de libérations ensuite, le fléchissement du prix du cuivre sur
le marché international fragilisant ainsi la Générale des Carrières et des Mines (Gécamines)
ensuite, ont fait baisser considérablement les contributions de la société au budget de l’Etat.
Pendant ce temps, les institutions de Bretton Woods (la Banque Mondiale et le Fonds
Monétaire International) suspendirent toute aide et tout prêt au Zaïre.
Face à cette situation, la Banque centrale fut obligée de financer encore une fois le
déficit budgétaire. Elle commença alors à créer une masse excessive de monnaie alimentant
ainsi une hyperinflation jusqu’en 1994, inflation à quatre chiffres (3.644,9% en 1991,
2.989,6% en 1992, 4.651,7% en 1993 et 9.796,9% en 1994). Pendant cette période, ce fut rien
moins que toute l’économie qui s’écroula.
Pour Kabuya [Link] Matata A. (1999), entre 1990 et 1996, le système monétaire du
Congo a été marqué par un dysfonctionnement qui a entamé fortement la valeur de la monnaie
nationale. L’hyperinflation aigüe observée pendant cette période est parmi les manifestations
les plus évidentes de cette crise de la monnaie à côté de la dollarisation de l’économie, la
crise aigüe des liquidités dans les banques, la perte de la crédibilité de la Banque centrale et le
rejet de certains signes monétaires par la population. Ces deux auteurs distinguent deux types
de facteurs ayant agi sur le mouvement des prix : les uns déclenchant et accélérant le
processus inflationniste, les autres maintenant les taux d’inflation à des niveaux élevés.
190
En effet, selon eux, il est établi que l’inflation et l’hyperinflation au Congo ont une
origine essentiellement monétaire liée au financement des déficits publics chroniques. Le
deuxième facteur maintenant l’inflation et l’hyperinflation est la spéculation. A la spéculation
refuge induite par le risque d’érosion monétaire s’est greffée celle cherchant à tirer profit de
l’évolution divergente des prix des actifs, soit sur la place de Kinshasa, soit entre Kinshasa et
l’intérieur du pays.
L’on peut donc constater, à la suite de ces travaux, que les auteurs penchent plus
pour une inflation d’origine monétaire et un peu structurelle. Mais étant donné que les causes
du déficit budgétaire ne sont les mêmes d’année en année, il se dégage un constat : l’inflation
congolaise est multidimensionnelle. En effet, l’on constate qu’il s’agit d’une inflation
d’origine monétaire, d’une inflation par la demande (avec l’augmentation des salaires vers les
années 1960, les pressions sur la demande des biens de consommation augmentent), d’une
inflation par les coûts et d’une inflation importée.
191
La RDC a connu une expérience aussi bien de l’inflation dans ses faibles niveaux
que dans des niveaux élevés voire l’hyperinflation. Cette situation couplée avec les guerres
fratricides, la gestion calamiteuse de la chose publique qui a caractérisé la deuxième
République, les désordres sociopolitiques à souhait qui ont émaillé les gouvernements qui se
sont succédé au pouvoir, la gabegie financière, … laissent des traces et des questionnements
certains sur le rôle et les fonctions de la monnaie en RDC.
En période de forte inflation, les agents économiques ne gardent pas leur richesse
sous forme de monnaie locale. Souvent, les biens physiques, les contrats libellés en monnaie
étrangère, ou les autres actifs constituent de bons substituts de la monnaie nationale. Au
Congo, les agents économiques ont compris que l’Etat ne gérait plus la monnaie comme il le
fallait et se sont tournés vers des biens physiques mais surtout vers les devises étrangères, le
dollar américain en particulier.
En effet, tout au début vers les années 70 d’abord, le prix du cuivre a baissé et l’Etat
ne recevait plus de recettes suffisantes de la Gécamines. La Gécamines en difficulté, marché
financier presque inexistant au Congo et en contradiction avec ses bailleurs de fonds habituels
(FMI, Banque mondiale), l’Etat n’avait que la planche à billets pour financer ses dépenses.
Les guerres internes, les conflits tribaux, l’agression des pays voisins et la gestion calamiteuse
de la chose publique ensuite, ont multiplié les déficits budgétaires de l’Etat qui devait couvrir
ses dépenses en armement, a donc recouru le plus souvent à la planche à billets, des années
90 à 2000.
Se rendant compte que l’Etat qui devait être le garant de la stabilité de la valeur de la
monnaie s’est spécialisé dans des émissions excessives, les agents économiques ont vite
compris et considéré l’Etat comme mauvais gestionnaire de la monnaie. Ils ont, en
conséquence, par mimétisme, formé leurs anticipations. La hausse des prix d’un côté, le
discrédit de l’Etat de l’autre, ont fortement entamé la valeur réelle de la monnaie détenue ou
conservée.
192
Avec la dépréciation rapide de la monnaie nationale, les prix ont été libellés en
dollars, en francs belges, en francs CFA, pour ne citer que ceux-là –avec un risque de retour
au troc qui paraîtrait plus juste-. Théoriquement, en vue d’échapper à tout contrôle par l’Etat,
les prix pouvaient rester affichés ou des factures établies en monnaie nationale. Dans la
pratique cependant, la véritable monnaie de compte et de paiement n’était rien d’autres que le
dollar américain.
En effet, les prix affichés ou facturés à chaque instant n’étaient que le résultat d’une
simple conversion des prix en dollars au taux du moment et ceux communiqués aux clients ne
l’étaient qu’en dollars. Cette attitude n’a pas tardé à se généraliser à grande échelle. Tous les
prix des biens et services ont été affichés, communiqués, voire réglés, en dollars. Les créances
et les dettes, quelle qu’en soit l’échéance, ont été libellées et réglées en dollars. De même, la
comptabilité des entreprises était établie en cette monnaie. Ceci montre à quel point la
monnaie nationale a perdu de l’importance en tant qu’intermédiaire aux échanges et a fortiori
comme unité de compte vis à vis des monnaies étrangères, en particulier le dollar des Etats-
Unis.
Bien que la loi congolaise exige la tenue de la comptabilité en monnaie nationale, les
agents tiennent leur comptabilité en monnaie nationale bien sûr mais convertissent leurs
comptes en dollars américains au taux du jour. Les livres comptables tenus en monnaie
nationale servent uniquement à échapper au contrôle de l’Etat mais l’inventaire réel de leurs
richesses se fait en dollars américains. Les entreprises même publiques paient les salaires de
leurs travailleurs en dollars américains. Dans certaines contrées reculées, dans les milieux
ruraux, les médecins et les enseignants se font encore payer en nature (retour au troc).
Pire encore, l’Etat s’est fait payer les impôts et/ou des taxes en monnaie étrangère.
Pour s’en convaincre, il suffit de revenir à la teneur même de l’arrêté ministériel du 28 janvier
194
1997. Dans cet arrêté le ministre stipule expressément que : « toutes les créances de l’Etat,
notamment les contributions, les impôts, les taxes, droits et redevances sont obligatoirement, à
la date de la réalisation du fait générateur, converties en dollars américains et réglées en
nouveaux zaïres au cours de change du jour de paiement ou en monnaie étrangère » (Massy
L., 1999). Nous pensons que cette mesure a été prise pour lutter contre l’effet Olivera-Tanzi,
effet qui capte le fait qu’une hausse du taux d’inflation réduit la valeur réelle des recettes
fiscales en raison du délai qui existe entre le moment de la constatation de l’impôt sur une
activité et le moment de la collecte fiscale effective.
Quelle que soit la motivation, lorsque l’Etat lui-même évite d’utiliser sa propre
monnaie, il va de soi que celle-ci soit dénuée de toute utilité pour les autres agents
économiques. Lorsque le gouvernement accepte de se dessaisir de seigneuriage en faveur
d’une monnaie étrangère, c’est un signal totalement négatif sur la valeur de la monnaie
nationale que l’Etat envoie aux agents économiques qui sont alors obligés de se doter d’autres
moyens pour pouvoir échanger aisément. Le dollar américain a pris tellement du poids dans
les échanges entre congolais que la monnaie congolaise semble reléguée au second plan dans
les affaires au Congo.
La dévaluation opérée n’a fait en quelque sorte que rendre officiel le marché
parallèle, cherchant pourtant à l’enrayer. Le franc congolais (Fc) s’échangeait au marché
officiel contre un franc belge (1Fb) – ou un dollar américain (1$US) contre cinquante francs
congolais-. Avec la réforme monétaire, le taux a été fixé à 1Fb égal 1,3Fc ou 1$US égal 65FC
(Kikassa M., 1987). Cette dévaluation n’a pas réussi à enrayer le marché parallèle puisqu’en
195
ce moment, celui-ci offrait 2,3Fc pour 1Fb et 130Fc pour 1$US (Kikassa M., 1987). Et,
traitant cette dévaluation de légère, Kabuya Kalala F. et Tshiunza M. (2000) notent que la
première réforme monétaire vraiment digne d’intérêt est celle intervenue en novembre 1963.
Les sécessions, le train de vie immodéré de la classe politique, les promotions dans
l'armée et dans l'administration, ainsi que les augmentations intempestives des traitements et
des salaires ont favorisé l'élargissement des déficits publics qui n’ont été couverts que par le
financement monétaire, condition permissive de l'inflation.
3. Résultats de la réforme
Comme résultat, la réforme monétaire de 1963 a été bénéfique à court terme, mais elle
n'a pas pu assainir, de manière durable, la situation économique et monétaire du pays.
1. Contexte
insuffisant et peu orthodoxe de la réforme prévue, d’autre part à l’incertitude qui reposait sur
l‘avenir du Congo.
2. Réforme monétaire
La dévaluation de 1967 s’est entre temps caractérisée par la création d’une nouvelle
unité monétaire. Le zaïre (Z), a été appelé à remplacer les anciens francs congolais.
L’opération d’échange devait s’effectuer progressivement dans un délai d’un an jusqu’au 30
juin 1968 d’abord, puis réduit au 30 septembre 1967. En effet, la nouvelle unité monétaire
s’est accompagnée d’un phénomène de thésaurisation rappelant la loi de Gresham d’après
laquelle «la mauvaise monnaie chasse la bonne».
Les agents économiques, ayant obtenu les nouveaux billets du zaïre, les ont
jalousement gardés. Ils ont continué à utiliser, en attendant le délai d’expiration des anciens
francs congolais. C’est ce qui incita la banque centrale à réduire, du 30 juin 1968 au 30
septembre 1967, la date limite d’échange.
Avant la réforme, 1$US s’échangeait contre 180Fc, soit 360Fc pour 2$US. Avec la
réforme, les anciens francs congolais seront convertis en zaïres sur la base de 1000Fc pour 1Z
(Kikassa M., 1987). Le dollar américain sert alors de référence initiale dans la fixation de la
parité externe du zaïre-monnaie dont l’équation est 1Z = 2$US lors de la réforme. Ainsi, il
fallait 1000Fc pour 2$US, soit 500Fc pour 1$US et donc une dévaluation du franc congolais
d’environ 178% par rapport au dollar américain. L’équation retenue jusque-là est : 1000Fc =
198
2$US =1Z. Il en résultera, en référence au franc belge, une double parité : 1Z = 2$US =
100Fb. De cette équation générale de la réforme monétaire de 1967, il ressort que le franc
belge qui valait 3,6Fc avant la réforme, vaut 10Fc lors de la réforme monétaire. Ce qui
correspond à la même ampleur de dévaluation que par rapport au dollar.
Mais, cette parité officielle avec le franc belge sera rompue le 21 décembre 1971. La
rupture résultera des dévaluations du dollar opérées le 18 décembre 1971 (-7,89%) et le 31
février 1973 (-10%), lorsque le zaïre maintiendra la parité avec le dollar (Kabuya F. et
Tshiunza M., 2000). A la suite de ces dévaluations américaines, l’équation précédente
deviendra : 1Z = 88,2Fb = 2$US en 1971 et 1Z = 79,2Fb = 2$US en 1973. Il n’était donc plus
étonnant qu’en se liant de manière fixe au dollar américain, le zaïre suive désormais les
fluctuations de cette monnaie sur les marchés européens et japonais où elle était alors en
baisse.
zaïre au DTS (1Z = 1DTS) qui s’est échangé en ce moment contre 1,16$US (1$US = 0,86Z),
la réforme monétaire du 12 mars 1976 avait comporté –par le biais de cet alignement- une
dévaluation de la monnaie nationale de l’ordre de 42%. On se souviendra, qu’avant ledit
alignement, le zaïre s’échangeait contre deux dollars américains, soit 1Z = 0,50$US.
L’opération du 12 mars 1976 s’était inscrite dans un processus de mise en place d’un
programme de stabilisation appuyé par le FMI. Ce programme, comme celui qui lui succédera
en 1977, n’a pas donné les résultats qu’on en attendait tant au niveau des finances publiques et
de l’expansion des liquidités que des paiements extérieurs (Kabuya F. et Kikassa M., 1987).
- la limite de l’échange était de 3000 zaïres pour les particuliers et par personne
âgée de 18 ans et plus ;
- elle était montée à 5000 zaïres –dont 50% à verser en compte bancaire- pour les
petites et moyennes entreprises ;
- enfin, la limite de l’échange était plafonnée à 20000 zaïres –dont 50% à verser en
compte bancaire- pour les autres entreprises de grande taille.
En même temps, les avoirs en comptes à vue n’étaient disponibles qu’à concurrence
de 10%. Le reste serait progressivement libéré suivant les besoins de l’économie.
traduit par une pénurie de moyens de paiement, avec toutes ses conséquences sur les prix.
Pour ce faire, en janvier 1980, un mois seulement après la démonétisation et le gel de
liquidités, on assistait à une reprise fulgurante des émissions monétaires. Il s’agit là d’un
témoignage assez éloquent de l’échec même de l’opération et de son incapacité à différer la
dévaluation de 30% qui surviendra en février 1980.
Tableau n°3 : Modifications intervenues à la parité monétaire entre le 1er janvier 1968 et le
22 février 1980
Date Variations
1. Contexte
Evoquons d’abord la pénurie des signes monétaires dans les circuits officiels. Cette
pénurie traduisait la désintermédiation bancaire qui bloquait le financement de l’économie.
Soulignons ensuite l’émergence d’une forte spéculation autour des biens et services, de la
devise étrangère et de la monnaie nationale. Enfin, faisons allusion au déséquilibre grave et
profond des comptes de l’Etat et des fortes pressions inflationnistes au regard des dépenses
contraignantes de l’Etat.
2.1 Objectifs
Les autorités monétaires avaient assigné à la réforme de 1993 des multiples objectifs
(BCC, Rapport annuel 1993 et Kabuya F. et Tshiunza M., 2000) au lieu de s’attaquer à des
problèmes tout à fait spécifiques.
tous les maux et ramener la prospérité et stabilité d’une société en crise multiforme ? », pour
utiliser les mots de Tshiunza Mbiye (1997).
En plus, apparaissant au moment où ils ne pouvaient plus servir aux échanges, les
sommes consacrés à l’impression des sous-multiples se sont soldées par une perte en devises.
Par ailleurs, sans pour autant approvisionner tout l’intérieur du pays en quantité suffisante de
nouveaux billets, le gouvernement avait fixé à un mois la durée limitée d’échange des anciens
billets contre les nouveaux signes monétaires. La conséquence directe en a été la spéculation.
Cette dernière a consisté en la décote pratiquée dès la première semaine sur les
anciens zaïres par une catégorie d’opérateurs disposant de masses énormes d’anciens billets et
éprouvant des difficultés pour accéder aux guichets des banques pour l’échange. Cette
méprise est sans doute aussi l’une des principales causes du fractionnement de l’espace
monétaire national en deux. L’un a usé de billets libellés « nouveaux zaïres » et l’autre a
rejeté ceux-ci au profit des zaïres démonétisés (Kabuya F. & Matata A., 1999). Des telles
erreurs techniques d’appréciation n’étaient plus concevables pour une banque nationale
comme la banque centrale du Congo qui n’est pas à sa première réforme monétaire.
mauvais signaux aux marchés. D’où l’emballement de prix et l’envol des taux de change.
Tout compte fait, la réforme monétaire d’octobre 1993 s’était opérée dans un contexte très
peu propice : insuffisance de concertation technique, précipitation dans l’exécution, agitations
et surenchères politiques autour de l’idée même de réforme monétaire, grave pénurie des
devises et absence d’appui financier extérieur.
Enfin, pour toutes ces erreurs, le bilan de la réforme monétaire du 22 octobre 1993 a
été négatif (Mabi M., 1997). Au lieu d’aplanir les désarticulations de l’économie qu’elle
s’était assignée comme objectif, elle a débouché sur un disfonctionnement économique sans
précédent. Si elle a pu permettre un rétablissement de l’intermédiation financière, cela n’a
duré que trois mois. L’objectif de facilitation de la comptabilisation, du dénouement aisé des
transactions ainsi que de réduire les coûts d’impression des signes monétaires semble avoir
été partiellement atteint. Si l’on doit établir un degré entre les inconvénients, les plus
importants restent la hausse exponentielle des prix des biens et services et la dépréciation
accélérée de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères. La suppression des six
zéros sur les anciennes dénominations et le changement des signes monétaires auront été les
seules marques visibles de cette réforme tant décriée.
Et, c’est à travers cette seconde motivation que, du point de vue économique, c’était
implicitement pour espérer résoudre les problèmes économiques rencontrés à leur arrivée au
pouvoir que les nouveaux dirigeants du pays s’étaient investis à la réalisation effective de ce
projet. Le point qui précède témoigne des problèmes dont ils espéraient renverser la tendance.
La réforme monétaire du 30 juin 1998 ne consistait donc pas en une simple opération
de substitution des signes monétaires. Elle s’inscrivait dans un processus global visant à
rétablir progressivement les équilibres macroéconomiques rompus (Mususa J.C., 1999).
Techniquement, il s’agissait de remplacer le zaïre-monnaie –dont le nouveau zaïre (NZ) et
l’ancien zaïre (Z) qui circulaient sur un même territoire national- par le franc congolais (Fc).
La parité interne a été ainsi fixée : 1Fc = 100000NZ à Kinshasa et partout où circulaient les
billets en « nouveaux zaïres » et 1Fc = 14000000Z dans les deux provinces du Kasaï –oriental
et occidental- où circulaient les « anciens zaïres ».
Quant à la parité externe du franc congolais, elle allait se déterminer en fonction des
forces du marché conformément au régime des changes flottants en vigueur au moment de la
réforme. La mise en circulation du franc congolais s’est étendue sur toute une année. Cette
durée a été jugée suffisante pour permettre, malgré l’immensité du pays (2.345.000Km2), à
toute la population d’échanger aisément son argent (Kabuya F. et Tshiunza M., 2000).
En effet, il y a lieu de relever les effets conjugués de ces deux facteurs de 1998 à
2000 : le regain de l’hyperinflation et de la dépréciation monétaire, l’aggravation de la
situation des finances publiques, le recul encore plus prononcé de la production intérieure, la
persistance du déséquilibre des comptes extérieurs de l’Etat. Le seul mérite de cette réforme
monétaire est celui d’avoir changé la dénomination de l’unité monétaire –pour un objectif
politique-, sans oublier le coût financier et social supporté à cette fin.
209
En effet, la perte des fonctions monétaires a été observée. Les dépôts se font en
monnaie étrangère, les échanges entre congolais ne se font plus en franc congolais, la
naissance des pratiques spéculatives et informelles provenant du différentiel continu des taux
de change officiel et parallèle. ..
L’on peut donc constater que les auteurs qui ont étudié l’inflation congolaise
penchent plus pour une inflation d’origine monétaire et un peu structurelle. Mais étant donné
que les causes du déficit budgétaire ne sont pas les mêmes d’année en année, il se dégage un
constat : l’inflation congolaise est multidimensionnelle. En effet, l’on constate qu’il s’agit
d’une inflation d’origine monétaire, d’une inflation par la demande (avec l’augmentation des
salaires vers les années 1960, les pressions sur la demande des biens de consommation
augmentent), d’une inflation par les coûts et d’une inflation importée.
210
Chapitre sixième :
ESTIMATION DE LA FONCTION D’INFLATION EN RDC ET
IMPLICATIONS SUR LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE
211
Ayant déjà analysé les caractéristiques des variables retenues quant à leur nature
concernant la stationnarité et leur degré d’intégration, nous procédons à présent, à l’estimation
des modèles théoriques retenus. 20
Pour rendre stationnaire les VAR, les variables « lip », « lmm », « lpibr », « limport »
et « lti » ont été différenciées une fois car d’après le test de stationnarité, les variables
suivantes sont intégrées d’ordre 1 : lip~I(1), lmm~I(1), limport~I(1), ltc~I(1), lti~I(1) et
lpibr~I(1). Seule la variable « ecart » est stationnaire en niveau.
Une variable muette (« Dummy ») a été introduite dans le modèle. En effet, durant la
décennie 1990-1999 l’économie congolaise (zaïroise à l’époque) a connue des perturbations
exogènes liées à la situation socio-politique (pillage de l’outil de production dans les grandes
villes du pays, recours régulier du gouvernement à la planche à billets, guerres, …). Ces
événements ont créé une cassure dans l’évolution des variables et l’ont portée à un autre
niveau (surtout l’inflation, la masse monétaire, le taux de change et le pib).
20 Tous les tableaux de ce chapitre ont été confectionnés par nous-même à partir des données récoltées qui se trouvent en
annexe et grâce au logiciel E-views 8.1.
21 Les résultats graphiques obtenus par Eviews 8.1 ne peuvent pas être traduits en français car le logiciel world 2013 grâce
auquel nous faisons la saisie les considère comme des images. Néanmoins, dans nos commentaires, nous tentons de les
exprimer en français.
212
Le modèle classique suggérait que les facteurs influençant l’inflation sont la masse
monétaire, le PIB réel et le taux d’intérêt.
Les deux critères donnent le même résultat. Le critère de Akaike et celui de Schwarz
suggèrent tous un seul retard, p=1.
213
B. Résultats de l’estimation
Où (.) sont les écart-types et [.] sont les statistiques t de Student (ici z car n > 30) des
estimateurs. D’après ce tableau, les estimations sont les suivantes :
214
L’équation Δlpibrt (7.1.3) laisse voir que les coefficients de Δlpibrt 1 (2,90>1,96) et
Les variables Pib réel actuel et passé et la variable muette expliquent l’inflation
actuelle. Le Pib réel a effectivement un effet immédiat (contemporain) sur l’inflation. Selon
ce modèle, l’inflation congolaise n’a pas des effets décalés sur elle-même. Il n’existe donc
pas d’inertie dans l’inflation congolaise. Les agents économiques ne font pas des anticipations
adaptatives de l’inflation. Le Pib réel est le facteur déterminant l’inflation en RDC selon la
théorie classique.
La relation inverse entre l’inflation et le Pib réel n’est pas ici pertinente. En effet, le
Pib réel n’est pas expliqué par l’inflation.
Pour mieux expliciter nos propos, nous effectuons le test de causalité au sens de
Granger pour voir quelle variable est la cause de quelle autre variable et quelle variable est la
conséquence de quelle autre entre l’inflation, la masse monétaire, le taux d’intérêt et le Pib
réel.
Rappelons que Granger considère qu’une variable est la cause d’une autre si la
prédictibilité de la première est améliorée lorsque l’information relative à la seconde est
incorporée dans l’analyse.
Tableau n° 8 : Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation, la masse monétaire, le taux
d’intérêt et le Pib réel
Retards : 1
Hypothèse nulle: n Statistique F Probabilité
De même, nous rejetons l’hypothèse nulle au seuil de 5% que le Pib réel ne cause pas
au sens de Granger l’inflation. C’est-à-dire que nous acceptons que le Pib réel cause au sens
de Granger l’inflation car la probabilité de 0,0176 < 0,05. L’inverse n’est pas vrai car nous
acceptons, toujours au seuil de 5%, que l’inflation ne cause pas au sens de Granger le Pib
réel : 0,0705> 0,05.
Aussi le Pib réel ne cause pas au sens de Granger la masse monétaire car la
probabilité 0,0739 > 0,05 et le Pib réel n’est pas non plus causé par la masse monétaire car la
probabilité 0,5386> 0,05.
Par contre, le taux d’intérêt ne cause aucune variable et n’est causé par aucune de
ces variables au sens de Granger.
218
Pour valider ces résultats, le VAR estimé doit être stationnaire. Nous allons ainsi
vérifier cette stationnarité.
c) Cov( Yt ,Yt k ) E Yt Yt k ' k , k .
Formellement, un modèle VAR(p) est stationnaire si les racines de l’équation
caractéristiques sont à l’extérieur du cercle unité du plan complexe, c’est-à-dire si les racines
p
du déterminant : z I i z I 1 z 2 z ... p z 0
i 2 p
i 1
1.0
0.5
0.0
-0.5
-1.0
-1.5
-1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5
219
Cette figure nous fait clairement voir que les racines propres sont toutes inférieures à 1. Ces
résultats peuvent être réédités d’une autre manière dans ce tableau :
Racines Modules
Pour vérifier l’hypothèse des anticipations rationnelles introduite par Robert Lucas et
la Nouvelle Ecole Classique (NEC), nous dynamisons ce VAR en introduisant les innovations
qui vont capter les chocs de ces variables (inflation, masse monétaire, Pib réel et taux
d’intérêt) sur chacune d’elles. Cette analyse se fera en trois étapes. Premièrement, une analyse
impulsionnelle graphique des innovations, deuxièmement une analyse impulsionnelle en
termes de tableau provenant des résidus du VAR, et enfin, troisièmement une analyse de la
décomposition de la variance des variables.
220
.4 .4 .4 .4
.2 .2 .2 .2
.0 .0 .0 .0
Fig ur e n° 7.2 : Réponse de LIP1 à LIP1 Fig ure n° 7.3 : Réponse de LIP1 à LMM1 Fig ur e n° 7.5 : Réponse de LIP1 à LTI1
Fig ure n° 7.4 : Réponse de LIP1 à LPIBR1
1.2 1.2 1.2 1.2
Fig ure n° 7.6 : Réponse de LMM1 à LIP1 Fig ure n° 7.7 : Réponse de LMM1 à LMM1 Fig ure n° 7.9 : Réponse de LMM1 à LTI1
Fig ure n° 7.8 : Réponse de LMM1 à LPIBR1
.06 .06 .06 .06
Fig ur e n° 7.10 : Réponse de LPIBR1 à LIP1 Fig ur e n° 7.12 : Réponse de LPIBR1 à LPIBR1 Fig ur e n° 7.13 : Réponse de LPIBR1 à LTI1
Fig ur e n° 7.11 : Réponse de LPIBR1 à LMM1
1.2 1.2 1.2 1.2
Fi g ur e n° 7.14 : Réponse de LTI11 à LIP1 Fi g ur e n° 7.15 : Réponse de LTI11 à LMM1 Fi g ur e n° 7.17 : Réponse de LTI11 à LTI1
Fi g ure n° 7.16 : Réponse de LTI11 à LPIBR1
La première ligne (figures n°7.2, 7.3, 7.4 et 7.5) concerne les chocs subis par
l’inflation. La figure n° 7.2 indique les réactions vives de l’inflation face à ses propres
innovations. Les anticipations rationnelles existent bel et bien dans l’inflation congolaise. Ces
chocs de l’inflation causés sur elle-même persistent longtemps au-delà de 8 ans, à en croire la
figure. Lorsque le processus inflationniste est enclenché au Congo, il s’auto-entretient, se
nourrit et ne cesse que plus tard.
221
La figure n°7.3 montre la réponse des chocs de l’inflation causés par la masse
monétaire. Ces chocs sont très vifs pendant les premières années et s’amortissent au fil du
temps (stationnarité du modèle) mais leurs effets sont perçus jusque dans le long terme, plus
de 7 ans après. Il faut noter que les effets d’un choc monétaire sur l’inflation persistent et se
font sentir même plusieurs années après le choc. Les autorités monétaires auraient intérêt à
exercer une gestion orthodoxe de la monnaie.
Les figures n°7.4 et 7.5 montrent clairement que les chocs du Pib réel et du taux
d’intérêt affectent l’inflation immédiatement, s’amplifient au bout de 2 ans et s’estompent
plus tard au fil du temps.
Ces résultats montrent clairement que l’inflation congolaise répond aux chocs subis
par elle-même (anticipations rationnelles), ceux subis par la masse monétaire, le Pib réel et le
taux d’intérêt. Ce qui va dans le sens de la théorie classique.
La deuxième ligne (figures n°7.6, 7.7, 7.8 et 7.9) concerne les chocs subis par la
masse monétaire. Les figures n°7.6 et 7.8 montrent que les chocs de l’inflation et du Pib réel
n’ont aucun effet sur la masse monétaire. Ces courbes ont pour origine zéro. Ceci est tout à
fait conforme à l’intuition économique qui veut que la masse monétaire ne soit pas fonction
de l’inflation mais que l’inflation soit fonction de la masse monétaire et que celle-ci soit
exogène.
La figure n°7.7 concerne la réponse de la masse monétaire à ses propres chocs. Ces
chocs sont significatifs et vont jusqu’à 8 ans, ce qui suggère et invite les autorités monétaires
à une certaine orthodoxie dans la gestion de la monnaie pour éviter ces genres de chocs et sur
l’offre de la monnaie elle-même et sur l’inflation.
Le Pib réel ne subit aucun choc d’inflation et ne réagit que faiblement aux chocs de
la masse monétaire comme le témoignent les figures n°7.10 et 7.11. Par contre, les réactions
du Pib réel à ses propres chocs et à ceux du taux d’intérêt sont très vives immédiatement mais
s’amortissent 3 ans après, pour s’annuler au bout de 8 ans.
222
La dernière ligne (Figures n° 7.14, 7.15, 7.16 et 7.17) laisse voir que le taux d’intérêt
ne répond qu’à ses propres chocs et à ceux de la masse monétaire. Ce qui est normal car la
Banque Centrale du Congo fixe les taux directeurs et la masse monétaire de manière exogène.
Cette analyse est complétée par l’étude tabulaire des réponses impulsionnelles des
variables ci-dessous.
Réponses de LIP1
Période LIP1 LMM1 LPIBR1 LTI1
Nous retrouvons les mêmes constats qu’à l’analyse graphique, c’est-à-dire que les
chocs de l’inflation, de la masse monétaire, du Pib réel et du taux d’intérêt ont un impact
contemporain sur l’inflation. Mais, l’inflation répond vivement à ses propres chocs (0,46).
Cela accuse la présence des anticipations rationnelles de l’inflation dans le chef des congolais.
Les innovations du taux d’intérêt et de la masse monétaire sur l’inflation ne sont pas non plus
négligeables (0,33 et 0,24). L’inflation répond aussi fortement à ses chocs qu’à ceux du taux
223
d’intérêt et de la masse monétaire. Les autorités monétaires devraient réfléchir à deux fois
avant d’agir sur le taux d’intérêt et/ou sur la masse monétaire, cela créerait de l’inflation.
Réponses de LMM1:
Périodes LIP1 LMM1 LPIBR1 LTI1
Il ressort de ce tableau que les innovations de l’inflation, du Pib réel n’ont aucun
impact contemporain sur la masse monétaire. Ceci est lisible sur la première ligne du tableau
où nous pouvons voir 0,00000 comme réponse de la masse monétaire aux chocs de ces deux
variables (exogénéité de la masse monétaire). Par contre, la masse monétaire réagit vivement
à ses propres chocs (3,67).
Tableau n° 12 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du Pib réel du modèle libéral
Réponses du LPIBR1
Périodes LIP1 LMM1 LPIBR1 LTI1
Le Pib réel ne répond que très faiblement à ses propres chocs, ceux de la masse
monétaire et à ceux du taux d’intérêt.
224
Réponses de LTI1:
Périodes LIP1 LMM1 LPIBR1 LTI1
Le taux d’intérêt ne répond qu’à ses propres innovations. Les chocs des autres
variables n’ont aucun effet sur le taux d’intérêt. Cela est visible sur la première ligne du
tableau où nous retrouvons des 0,0000 comme réponse du taux d’intérêt aux innovations de
l’inflation, de la masse monétaire et du Pib réel.
Dans l’ensemble des chocs subis par une variable, nous mesurons ici la part
provenant de la variable concernée elle-même et la part des effets provenant de chacune des
autres variables.
225
La variance des erreurs de l’inflation est expliquée à 42,67% par ses propres
innovations, à 24,87% par celles de la masse monétaire, à 20,87% par les innovations du taux
d’intérêt et à 11,54% par celles du Pib réel. Tandis que les chocs de la masse monétaire sont
expliqués à 74,74% par leurs propres innovations, à 13,68% par ceux du taux d’intérêt, à
10,68% par les chocs de l’inflation et seulement à 0,90% par les innovations du Pib réel.
Les chocs du Pib réel sont expliqués à 93,19% par leurs propres innovations et
seulement à 4,96% par celles du taux d’intérêt, à 1,01% par les chocs de la masse monétaire, à
et à 0,84% par les innovations de l’inflation.
La variance des erreurs du taux d’intérêt provient à 94,41% de ses propres chocs, à
3,69% de chocs de l’inflation, à 1,14% de chocs de la masse monétaire et à 0,76% seulement
de chocs du Pib réel.
Du point de vue de cette analyse, on peut conclure qu’un choc de la masse monétaire,
du Pib réel et du taux d’intérêt ont beaucoup plus d’impact sur l’inflation qu’un choc
d’inflation n’en a sur ces variables. Ce qui est cohérent avec la théorie économique libérale
qui veut que le niveau de la masse monétaire soit exogène et fixée par la banque centrale et
que l’inflation soit expliquée par la masse monétaire, le Pib réel et le taux d’intérêt.
Avec ce modèle, l’inflation n’est expliquée que le Pib réel et la variable muette. Mais
les chocs subis par l’inflation proviennent en grande partie de ses propres chocs passés
mettant ainsi au clair les anticipations rationnelles des agents économiques congolais, sans
oublier les chocs des autres variables. Les anticipations adaptatives de Milton Friedman et les
anticipations rationnelles de Robert Lucas et la Nouvelle Ecole Classique (la NEC) sont bel et
bien présentes dans l’inflation congolaise.
227
Les deux critères nous donnent le même résultat. Ils suggèrent tous les deux, un
seul retards, p=1.
228
B. Résultats d’estimation
LIP1 ECART
C 0.141881 -0.173914
(0.09447) (0.12939)
[ 1.50192] [-1.34409]
R² 0.740812 0.591483
R² corrigé 0.724269 0.565408
Somme des carrés des résidus 14.47617 27.15861
Statistique F 44.77862 22.68344
Log de vraisemblance -40.25316 -56.29751
Akaike (AIC) 1.735418 2.364608
Schwarz (SIC) 1.886934 2.516124
Moyenne de la variable dépendante 0.716140 0.008477
Ecart-type de la variable dépendante 1.056902 1.153091
Où (.) sont les écart-types et [.] sont les statistiques t de student (ici z car n > 30) des
estimateurs. D’après ce tableau, les estimations sont les suivantes :
Nous remarquons que certains coefficients associés aux termes retardés sont
significativement différents de 0.
Dans ce modèle keynésien, l’inflation est expliquée par ses propres histoires, l’écart
de production et son histoire la plus récente ainsi que la variable muette. L’écart de
production est quant à lui, expliqué par sa propre histoire, l’inflation actuelle et l’histoire de
l’inflation.
Pour notre propos, effectuons le test de causalité au sens de Granger pour voir quelle
variable, l’inflation ou l’écart de production est la cause de l’autre variable et quelle variable
est la conséquence de l’autre.
230
Tableau n° 17: Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation et l’écart de production
Retards : 1
Hypothèse nulle: N Statistique F Probabilité
1.0
0.5
0.0
-0.5
-1.0
-1.5
-1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5
Cette figure nous fait clairement voir que les racines propres de la matrice sont
toutes inférieures à 1 en valeur absolue. Ces résultats peuvent être réédités d’une autre
manière dans ce tableau :
Racines Modules
Nous voyons que toutes les racines en module sont inférieures à 1, par conséquent le
VAR du modèle keynésien est bel bien stationnaire. Il est impérieux, à ce niveau d’étudier les
232
chocs subis par le modèle. Ceci nous permettra de vérifier l’hypothèse des anticipations et les
possibilités de la nouvelle courbe keynésienne.
.4 .4
.0 .0
-.4 -.4
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Figure n° 7.19 : Réponses de LIP1 à LIP1 Figure n° 7.20 : Réponses de LIP1 à ECART
1.00 1.00
0.75 0.75
0.50 0.50
0.25 0.25
0.00 0.00
-0.25 -0.25
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Figure n° 7.21 : Réponses de ECART à LIP1 Figure n° 7.21 : Réponses de ECART à ECART
La figure n°7.19 indique les réactions de l’inflation face à ses propres innovations.
Ces réactions sont immédiates, s’amortissent en cinq ans mais perdurent jusqu’à plus de 15
ans. Les anticipations rationnelles existent bel et bien dans l’inflation congolaise.
La figuren°7.21 nous indique que les chocs de l’écart de production ne répondent pas
aux chocs de l’inflation. Cette courbe a pour origine 0.
Cette analyse sera complétée par l’étude tabulaire des réponses impulsionnelles des
variables.
234
Cette étude consiste à mesurer l’évolution des chocs causés sur l’inflation par l’écart
de production y compris ceux causés par l’inflation sur elle-même.
Réponses de ECART
Périodes LIP1 ECART
1 0.000000 0.760160
2 0.200314 0.598469
3 0.251347 0.366367
4 0.214041 0.156935
5 0.141413 0.011569
6 0.069155 -0.064878
7 0.015231 -0.087260
8 -0.015874 -0.076668
9 -0.027624 -0.052055
10 -0.026631 -0.026530
11 -0.019440 -0.006954
12 -0.010920 0.004696
13 -0.003867 0.009411
14 0.000672 0.009432
15 0.002800 0.007074
16 0.003173 0.004105
17 0.002565 0.001572
18 0.001613 -0.000105
19 0.000727 -0.000926
20 9.55E-05 -0.001109
Nous retrouvons les mêmes constats qu’à l’analyse graphique, c’est-à-dire, que les
chocs de l’inflation n’ont aucun impact contemporain sur l’écart de production mais que les
innovations de l’écart de production ont un impact contemporain sur lui-même. Ceci est
lisible sur la première ligne du tableau où nous pouvons voir 0,00000 comme réponse de
l’écart de production aux chocs de l’inflation et 2,673398 comme réponse de l’écart de
production à ses propres chocs.
235
Réponses de LIP1:
Périodes LIP1 ECART
1 0.520083 0.193693
2 0.294165 -0.119612
3 0.105994 -0.248075
4 -0.015823 -0.250764
5 -0.073477 -0.189146
6 -0.084191 -0.110471
7 -0.068468 -0.042924
8 -0.043318 0.002028
9 -0.019715 0.024260
10 -0.002823 0.029415
11 0.006431 0.024635
12 0.009498 0.016030
13 0.008664 0.007651
14 0.006067 0.001491
15 0.003229 -0.002001
16 0.000982 -0.003264
17 -0.000401 -0.003084
18 -0.001000 -0.002218
19 -0.001052 -0.001223
20 -0.000814 -0.000412
Nous mesurons ici la part provenant de la variable l’inflation elle-même et la part des
effets provenant de l’écart de production dans l’ensemble des chocs subis.
236
La variance des erreurs de l’inflation est expliquée à 87,32% par ses propres
innovations et à 12,68% par les innovations de l’écart de production. Les chocs de l’écart de
production sont expliqués à 95,89% par leurs propres innovations et à 4,11% par les
innovations de l’inflation.
Du point de vue de ce test, on peut conclure qu’un choc sur l’écart de production a
beaucoup plus d’impact sur l’inflation qu’un choc de l’inflation n’en a sur l’écart de
production.
237
Le modèle structuraliste suggérait que les facteurs influençant l’inflation sont les
importations et le taux de change.
Les deux critères donnent des résultats mitigés. Le critère de Akaike suggère trois
retards tandis que celui de Schwarz suggère un seul retard. En nous appuyant sur le critère de
parcimonie, nous choisissons donc le premier modèle, celui à un retard, p=1.
238
B. Résultats d’estimation
Où (.) sont les écart-types et [.] sont les statistiques t de Student (ici z car n > 30) des
estimateurs.
D’après ce tableau, les estimations sont les suivantes :
239
L’inflation est expliquée par ses propres valeurs passées, les valeurs passées du taux
de change et par la variable muette.
240
L’équation Δltc t (7.3.2) laisse voir que les coefficients de Δlip t 1 (tcal=7,45>1,96) et
Pour l’équation Δ lim port t (7.3.3), tous les coefficients ne sont pas significativement
différents de 0.
Pour mieux expliciter nos propos, effectuons le test de causalité au sens de Granger
pour voir quelle variable, l’inflation, les importations et le taux de change est la cause de
quelle autre variable et quelle variable est la conséquence de quelle autre.
Tableau n° 24 : Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation, les importations et le taux de
change
Retards : 1
Hypothèse nulle: n Statistique F Probabilité
LIMPORT1 ne cause pas LIP1 au sens de Granger 51 0.56985 0.4540
LIP1 ne cause pas LIMPORT1 au sens de Granger 2.38410 0.1291
Nous acceptons l’hypothèse nulle au seuil de 5% que les importations ne causent pas
au sens de Granger l’inflation, car la probabilité de 0,4540 > 0,05.
Aussi, nous acceptons, toujours au seuil de 5%, que l’inflation ne cause pas au sens
de Granger les importations: 0,1291 > 0,05.
L’inverse est tout aussi vrai car nous rejetons, toujours au seuil de 5%, que l’inflation
ne cause pas au sens de Granger le taux de change : 4,E-11 = 0,00000000004 < 0,05. Il y a
donc une boucle rétroactive entre les deux variables.
Par contre, le taux de change ne cause pas au sens de Granger les importations :
0,2573 > 0,05 et les importations ne causent pas au sens de Granger le taux de change : 0,7453 > 0,05.
Pour valider ces résultats, le VAR estimé doit être stationnaire. Nous vérifions cette
stationnarité.
242
1.0
0.5
0.0
-0.5
-1.0
-1.5
-1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5
Cette figure fait clairement voir que les racines propres de la matrice sont toutes
inférieures à 1 en valeur absolue. Ces résultats peuvent être réédités d’une autre manière dans
ce tableau :
243
Racines Modules
Pour étudier les chocs, nous dynamisons ce VAR. Nous introduisons les innovations
qui vont capter les chocs de ces variables (inflation, importations et taux de change) sur
chacune d’elles. Cette analyse se fera en trois étapes. Premièrement, une analyse
impulsionnelle graphique des innovations, deuxièmement une analyse impulsionnelle en
termes de tableau provenant des résidus du VAR, et enfin, troisièmement une analyse de la
décomposition de la variance des variables.
.8 .8 .8
.6 .6 .6
.4 .4 .4
.2 .2 .2
.0 .0 .0
Figure n° 7. 24 : Réponses de LIP1 à LIP1 Figure n° 7. 25 : Réponses de LIP1 à LIMPORT1 Figure n° 7. 26 : Réponses de LIP1 à LTC1
Figure n° 7. 27 : Réponses de LIMPORT11 à LIP1 Figure n° 7. 28 : Réponses de LIMPORT11 à LIMPORT1Figure n° 7. 29 : Réponses de LIMPORT11 à LTC1
Figure n° 7. 30 : Réponses de LTC1 à LIP1 Figure n° 7. 31 : Réponses de LTC1 à LMM1Figure n° 7. 31 : Réponses de LTC1 à LTC1
La première ligne (figures n°7.24, 7.25 et 7.26) concerne les chocs subis par
l’inflation. La figure n° 7.24 indique les réactions vives de l’inflation face à ses propres
innovations. Ces chocs de l’inflation causés sur elle-même persistent longtemps au-delà de 8
ans, à en croire la figure. Lorsque le processus inflationniste est enclenché au Congo, il
s’auto-entretient, se nourrit et ne cesse que plus tard.
La figure n°7.25 montre que les chocs des importations n’ont aucun effet sur les
chocs de l’inflation. La courbe commence à zéro.
La figure n°7.26 montre clairement que les chocs du taux de change affectent
l’inflation immédiatement, s’amplifient au bout de 2 ans et s’estompent plus tard au fil du
temps.
Ces résultats montrent clairement que l’inflation congolaise répond aux chocs subis
par elle-même et ceux subis par le taux de change. Ce qui va un peu dans le sens de la théorie
structuraliste.
245
Les chocs de l’inflation et des importations n’ont aucun effet sur le taux de change,
comme cela ressort des figures n°7.30 et 7.31. Ces courbes ont pour origine zéro.
La figure n°7.32 concerne la réponse du taux de change à ses propres chocs. Ces
chocs sont significatifs et vont jusqu’à 8 ans.
Cette analyse est complétée par l’étude tabulaire des réponses impulsionnelles des
variables ci-dessous.
Cette étude tabulaire nous permet de mesurer ces réponses impulsionnelles de ces
différentes variables. L’étude permet de mesurer l’évolution des chocs causés sur une
variable par les autres y compris ceux causés par la variable concernée sur elle-même.
246
Réponses de LIP1
Période LIP1 LIMPORT1 LTC1
Nous retrouvons les mêmes constats qu’à l’analyse graphique, c’est-à-dire que les
chocs de l’inflation et du taux de change ont un impact contemporain sur l’inflation. Mais,
l’inflation répond vivement aux chocs du taux de change (0,42). Les chocs de l’inflation sur
elle-même ne sont pas non plus négligeables (0,39). L’inflation répond aussi fortement à ses
chocs qu’à ceux du taux de change. Selon ce modèle, l’inflation congolaise n’est pas du tout
importée. Les causes de cette inflation sont plutôt internes.
247
Tableau n° 27 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations des importations du modèle
structuraliste
Réponses de LIMPORT1:
Périodes LIP1 LIMPORT1 LTC1
Tableau n° 28 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du taux de change du modèle
structuraliste
Réponses du LTC1
Périodes LIP1 LIMPORT1 LTC1
Dans l’ensemble des chocs subis par une variable, nous mesurons ici la part
provenant de la variable concernée elle-même et la part des effets provenant de chacune des
autres variables.
La variance des erreurs de l’inflation est expliquée à 64,84% par ses propres
innovations, à 33,59% par celles du taux de change et à 1,56% par les innovations des
importations. Tandis que les chocs des importations sont expliqués à 97,80% par leurs
propres innovations, à 2,01% par les innovations de l’inflation, et seulement à 0,19% par les
chocs du taux de change.
Avec ce modèle, l’inflation est expliquée par sa propre histoire, le taux de change
contemporains et passés et les chocs subis par l’inflation.
Les deux critères donnent des résultats mitigés. Le critère de Akaike suggère quatre
retards tandis que celui de Schwarz suggère un seul retard. En nous appuyant sur le critère de
parcimonie, nous choisissons donc le premier modèle, celui à un retard, p=1.
250
B. Résultats d’estimation
Où (.) sont les écart-types et [.] sont les statistiques t de Student (ici z car n > 30) des
estimateurs. D’après ce tableau, les estimations sont les suivantes :
Δ lim portt 1 (|-2,28|>1,96), du taux d’intérêt Lti t (2,82 >1,96) et la variable muette dum
Tous les autres coefficients ne sont pas significativement différents de 0. La théorie selon
laquelle l’inflation influence la production (la croissance) est vérifiée à ce niveau.
taux change Δltct 1 (|-3,52|>1,96) sont significativement différents de 0. Les autres ne le sont
pas.
Dans la dernière équation (7.4.5), les importations sont expliquées uniquement par
l’écart de production Ecartt 1 (|-1,99>1,96).
Les taux directeurs se fixent de manière autonome par la Banque Centrale du Congo,
ils sont donc exogènes. Comme le montre l’annexe 3 (estimation du modèle de synthèse avec
le taux d’intérêt comme variable endogène), l’équation Δltit (LTI1) aucun coefficient n’est
significativement différent de 0.
production, le taux de change, le taux d’intérêt et les importations ont effectivement un effet
immédiat (contemporain) sur l’inflation. L’inflation congolaise a aussi un effet décalé sur
elle-même. Les agents économiques font des anticipations adaptatives de l’inflation.
L’inflation passée, la masse monétaire, l’écart de production, le taux de change, les
importations et le taux d’intérêt sont des facteurs déterminant l’inflation en RDC, selon ce
modèle de synthèse.
La relation inverse entre l’inflation et le taux de change est aussi ici pertinente. En
effet, le taux de change est aussi expliqué par l’inflation. Les relations inverses entre
l’inflation et la masse monétaire, l’inflation et le taux d’intérêt, l’inflation et les importations
ne sont pas pertinentes. L’inflation n’explique ni le niveau de la masse monétaire, ni le taux
d’intérêt, ni les importations. Mais l’inflation explique l’écart de production. Aussi, la masse
monétaire est expliquée par l’écart de production. Mais l’écart de production n’est pas
expliqué par la masse monétaire. Ce qui confirme que les autorités monétaires adaptent l’offre
de monnaie aux besoins réels de l’économie. Le caractère exogène de la masse monétaire
n’est pas observé ici. En effet, la masse monétaire est expliquée par l’écart de production et le
taux d’intérêt.
Pour mieux expliciter nos propos, effectuons le test de causalité au sens de Granger
pour voir quelle variable, l’inflation, la masse monétaire, l’écart de production, le taux de
change, le taux d’intérêt ou les importations, est la cause de quelle autre variable et quelle
variable est la conséquence de quelle autre.
Tableau n° 32 : Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation, la masse monétaire, l’écart
de production, le taux de change, le taux d’intérêt et les importations
Retards : 1
Hypothèse nulle n Statistique F Probabilité
LMM1 ne Cause pas LIP1 au sens de Granger 51 0.12617 0.7240
LIP1 ne Cause pas LMM1 au sens de Granger 15.6827 0.0002
L’inverse n’est pas vrai car nous rejetons, toujours au seuil de 5%, que l’inflation ne
cause pas au sens de Granger la masse monétaire, c’est-à-dire que nous acceptons que
l’inflation cause au sens de Granger la masse monétaire: 0,0002< 0,05.
Par contre, le taux d’intérêt ne cause aucune variable et n’est causé par aucune de ces
variables au sens de Granger.
257
1.0
0.5
0.0
-0.5
-1.0
-1.5
-1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5
Cette figure nous fait clairement voir que les racines propres de la matrice sont
toutes inférieures à 1 en valeur absolue. Ces résultats peuvent être réédités d’une autre
manière dans ce tableau :
Racines Modules
Pour vérifier l’hypothèse des anticipations rationnelles introduite par Robert Lucas et
la Nouvelle Ecole Classique (NEC) reprises par les nouveaux keynésiens à travers la nouvelle
courbe de Phillips, nous dynamisons ce VAR. Nous introduisons les innovations qui captent
les chocs de ces variables (inflation, masse monétaire, Ecart de production, taux de change,
taux d’intérêt et importations) sur chacune d’elles.
Pour étudier les fonctions de réponse, il faut au préalable déterminer l’ordre dans
lequel les variables vont se présenter car les résultats obtenus dépendent fortement de l’ordre
dans lequel on les a rangées. Il faut ranger les variables de la plus exogène à la plus
endogène, ou encore de la moins dépendante des autres à la plus dépendante des autres. C’est
l’ordre de Cholesky (Bourbonnais R., 2009).
Conséquences
lip lmm1 Ecart ltc lti limport Total
lip - 1 1 1 0 0 3
lmm1 0 - 1 0 0 0 1
ecart 1 1 - 1 0 0 3
Causes
ltc 1 1 0 - 0 0 2
lti 0 0 0 0 - 0 0
limport 0 0 0 0 0 - 0
Total 2 3 2 2 0 0
L’inflation est causée par deux variables : l’écart de production et le taux de change.
La masse monétaire est aussi causée par trois variables : l’inflation, l’écart de production et le
taux de change. L’écart de production est causé deux variables : l’inflation et la masse
monétaire. Le taux de change est causé par deux variables : l’inflation et le taux de change. Le
taux d’intérêt et les importations ne sont causés par aucune variable.
.2 .2 .2 .2 .2
.0 .0 .0 .0 .0
Figure n°7.34 : Réponses de LIP1 à LIP1 Figure n°7.35 : Réponses de LIP1 à LMM1 Figure n°7.36 : Réponses de LIP1 à ECART Figure n°7.37 : Réponses de LIP1 à LTC1 Figure n°7.38 : Réponses de LIP1 à LIMPORT1
.8 .8 .8 .8 .8
.4 .4 .4 .4 .4
.0 .0 .0 .0 .0
Figure n°7.39 : Réponses de LMM1 à LIP1 Figure n°7.40 : Réponses de LMM1 à LMM1 Figure n°7.41 : Réponses de LMM1 à ECART Figure n°7.42 : Réponses de LMM1 à LTC1 Figure n°7.43 : Réponses de LMM1 à LIMPORT1
.4 .4 .4 .4 .4
.0 .0 .0 .0 .0
Figure n°7.49 : Réponses de LTC1 à LIP1 Figure n°7.50 : Réponses de LTC1 à LMM1 Figure n°7.51 : Réponses de LTC1 à ECART Figure n°7.52 : Réponses de LTC1 à LTC1
Figure n°7.53 : Réponses de LTC1 à LIMPORT1
1.2 1.2 1.2 1.2 1.2
Figure n°7.55 : Réponses de LIMPORT1 à LMM1 Figure n°7.57 : Réponses de LIMPORT1 à LTC1 Figure n°7.58 : Réponses de LIMPORT1 à LIMPORT1
Figure n°7.54 : Réponses de LIMPORT1 à LIP1 Figure n°7.56 : Réponses de LIMPORT1 à ECART
La première ligne (figures n° 7.34 à 7.38) présente les réactions de l’inflation aux
chocs des variables. La figure 7.34 indique les réactions vives de l’inflation face à ses propres
innovations. Les anticipations rationnelles existent bel et bien dans l’inflation congolaise. Ces
chocs de l’inflation causés sur elle-même persistent longtemps au-delà de 10 ans, à en croire
la figure. Lorsque le processus inflationniste est enclenché au Congo, il s’autoentretient, se
nourrit et ne cesse que plus tard.
La figure n°7.35 montre la réponse des chocs de l’inflation causés par la masse
monétaire. Ces chocs se ressentent directement, s’amplifient au bout d’un ou deux ans,
s’amortissent au fil du temps (stationnarité du modèle) mais les effets se ressentent jusque
dans le long terme, plus de 10 ans après. Il faut noter que les effets d’un choc monétaire sur
l’inflation persistent et se font sentir même plusieurs années après le choc. Les autorités
monétaires auraient intérêt à exercer une gestion orthodoxe de la monnaie.
261
Les figures n°7.36, 7.37 et 7.38 montrent clairement que les chocs de l’écart de
production, du taux de change et des importations affectent l’inflation immédiatement,
s’amplifient au bout de 2 ans et s’estompent plus tard au fil du temps.
La deuxième ligne (figures n°7.39, 7.40, 7.41, 7.42 et 7.44) concerne les chocs subis
par la masse monétaire. Les chocs de l’inflation n’ont aucun effet sur la masse monétaire,
comme cela ressort de la figure n°7.39. Cette courbe a pour origine zéro. Ceci est tout à fait
conforme à l’intuition libérale qui veut que la masse monétaire ne soit pas fonction de
l’inflation et que cette dernière soit plutôt fonction de la masse monétaire. Les chocs de
toutes les autres variables ont des effets considérables sur les chocs de la masse monétaire.
La figure n°7.40 concerne la réponse de la masse monétaire à ses propres chocs. Ces
chocs sont significatifs, ce qui suggère et invite les autorités à une certaine orthodoxie dans la
gestion de la monnaie pour éviter ces genres de chocs et sur l’offre de la monnaie elle-même
et sur l’inflation. Les figures n°7.41 et 7.43 montrent que les chocs de l’écart de production
et des importations affectent la masse monétaire immédiatement, s’amplifient au bout de 2
ans et s’estompent plusieurs périodes plus tard. La figure n° 7.42 laisse voir que les chocs du
taux de change n’ont aucun effet sur la masse monétaire. Les autorités monétaires laissent le
taux de change fluctuer au gré du marché sans y adapter l’offre de monnaie.
La quatrième ligne indique (Figures n° 7.49 à 7.53) que les chocs du taux de change
ne répondent pas aux innovations de l’inflation ni à celles de la masse monétaire. Par contre,
ils répondent aux chocs de toutes autres variables et aux siens.
La dernière ligne (Figures n° 7.54 à 7.58) laisse voir que les chocs des importations
ne sont affectés que par leurs propres chocs.
Cette analyse sera complétée par l’étude tabulaire des réponses impulsionnelles des
variables.
262
Réponses de LIP1
Période LIP1 LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1
Nous retrouvons les mêmes constats qu’à l’analyse graphique, c’est-à-dire que les
chocs de l’inflation, de la masse monétaire, de l’écart de production, du taux de change et des
importations ont un impact contemporain sur l’inflation. Mais, l’inflation répond vivement à
ses propres chocs, à ceux du taux de change, à ceux de l’écart de production et aux chocs des
importations. Cela accuse la présence des anticipations rationnelles de l’inflation dans le chef
des congolais.
Réponse de LMM1
Période LIP1 LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1
Réponse de ECART
Période LIP1 LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1
Réponse de LTC1
Période LIP1 LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1
Les chocs de l’inflation et de la masse monétaire n’ont aucune influence sur les
innovations du taux de change. Le taux de change répond aux innovations de l’écart de
production, à ceux du taux de change et faiblement à ceux des importations.
Réponse de LTI1
Période LIP LMM1 ECART LTC1 LTI1 LIMPORT1
Le taux d’intérêt ne répond qu’à ses propres innovations. Les chocs des autres
variables n’ont aucun effet sur le taux d’intérêt. Cela est visible sur la première ligne du
tableau où nous retrouvons des 0,0000 comme réponse du taux d’intérêt aux innovations de
264
Réponses de LIMPORT1
Période LIP LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1
Dans l’ensemble des chocs subis par une variable, nous mesurons ici la part
provenant de la variable concernée elle-même et la part des effets provenant de chacune des
autres variables.
265
La variance des erreurs de l’inflation est expliquée à 39,10% par ses propres
innovations, à 24,66% par les variations du taux de change, à 15,17% par celles des
importations, à 11,91% par celles de l’écart de production et à 9,17% par les innovations de la
masse monétaire. Tandis que les chocs de la masse monétaire sont expliqués à 33,41% par les
chocs de l’écart de production, à 32,25% par les innovations des importations, à 26,48% par
leurs propres innovations, à 4,06% par celles du taux de change et à 3,80% par celles de
l’inflation.
Les innovations du taux de change sont expliquées à 45,46% par ses propres chocs, à
28,17% par ceux de l’inflation, à 14,89% par ceux de l’écart de production, à 7,97% par ceux
des importations et à 3,51% par les chocs de la masse monétaire.
La variance des erreurs des importations est expliquée à 96,06% par leurs propres
innovations, à 3,31% par les innovations de l’inflation, à 0,56% par celles de la masse
monétaire, à 0,06% par les erreurs du taux de change et à 0,001% par les innovations de
l’écart de production.
Avec ce modèle, l’inflation est expliquée par sa propre histoire, le taux d’intérêt, la
variable muette, la masse monétaire, l’écart de production, les importations et le taux de
change contemporains et passés et les chocs subis par l’inflation mettant ainsi au clair les
anticipations rationnelles des agents économiques congolais allant jusqu’à deux ans, sans
oublier les chocs des autres variables. Les anticipations adaptatives chères à Milton Friedman
et son école monétariste ainsi que les anticipations rationnelles de Robert Lucas et la Nouvelle
Ecole Classique (la NEC) reprises par la nouvelle courbe de Phillips sont bel et bien présentes
dans l’inflation congolaise.
267
Modèle
Liberal 0,65 -45,03 2,00 2,23
Keynésien 0,72 -40,25 1,74 1,89
Structuralize 0,70 -41,98 1,84 2,03
Synthèse 0,80 -29,60 1,47 1,78
Maximum 0,80 -29,60
Minimum 1,47 1,78
Ce modèle de synthèse a donc été beaucoup plus satisfaisant que celui de l’approche
libérale, celui de l’approche keynésienne et celui de l’approche structuraliste. En effet, la
comparaison des critères du R², du log de vraisemblance et des critères d’information de
Akaike et Schwarz (R² et logV plus élevés, AIC et SIC plus faibles) de ces quatre modèles a
révélé que le modèle de synthèse était le meilleur.
268
Selon les résultats du tableau n°36, les signes attendus des coefficients du modèle de
synthèse sont tous respectés. Ces résultats sont repris dans l’équation suivante :
globale ou demande effective s’est accrue, l’écart entre la production effective et la production
potentielle diminue, l’inflation congolaise augmente.
La relation ci-dessus suggère aussi une relation positive entre l’inflation congolaise et
le taux de change. Il existe une relation positive entre le taux de change et l’inflation
congolaise, ce qui est tout à fait normal car il s’agit de la cotation à l’incertain c’est-à-dire un
dollar pour autant de francs congolais. Si la monnaie congolaise perd de sa valeur par rapport
au dollar américain, il faut beaucoup plus de francs pour le même dollar, le taux de change
monte ainsi que l’inflation.
L’inflation congolaise est aussi fonction inverse des importations. Leur coefficient est
négatif et significativement différent de 0. Lorsque le volume des importations augmente, les
biens et services deviennent abondants sur les marchés locaux, ce qui fait baisser les prix et
donc l’inflation diminue.
L’analyse des chocs laisse voir que les anticipations des agents économiques
congolais sont en même temps adaptatives et rationnelles. Le comportement de l’inflation
congolaise s’aligne très correctement aussi bien sur la théorie de la Nouvelle Ecole classique
(NEC), (chère à Robert Lucas) que sur les conclusions de nouveaux keynésiens avec leur
nouvelle courbe de Phillips. Un choc sur l’inflation d’une unité a des effets sur celle-ci jusque
dans les années suivantes. Ce qui pose effectivement un problème d’incohérence inter
temporelle des autorités monétaires.
Avec ces résultats, nous sommes bel et bien dans un modèle de synthèse qui prend
certains éléments de la théorie libérale (masse monétaire et taux d’intérêt), certains autres
éléments de la théorie keynésienne (gap de la production) et certains autres éléments de la
théorie structuraliste (le taux de change et importations).
actuel en ayant à l’esprit l’inflation passée, ce qui amplifie encore l’inflation actuelle et ainsi de
suite. Ils font donc des anticipations adaptatives.
Par ailleurs, l’analyse des chocs a révélé que les innovations de l’inflation congolaise
sont tout aussi importantes. Le processus inflationniste congolais est sensible à ses propres
chocs. Les agents économiques du Congo font des anticipations rationnelles. Ceci est tout à
fait normal car nous avons évoqué le scepticisme des agents économiques congolais face aux
décisions de politique monétaire en RDC.
Ce scepticisme s’est révélé aigu et est allé jusque à nier l’autorité monétaire dans le
Kasaï, à refuser la circulation de la monnaie « légale » et à créer une zone monétaire parallèle.
Ce qui a donné lieu à des spéculations de tout genre. En effet, les réformes et démonétisations
mal préparées, à souhait qui ont émaillé l’histoire monétaire de la RDC, ont amenuisé la
confiance des agents économiques congolais en l’autorité monétaire.
Un financement exclusif par l’augmentation des impôts ne serait possible que s’il
existe un système fiscal développé. Ce qui n’est le cas au Congo où les moyens de récolte et
d’acheminement des ressources fiscales au compte du Trésor ne sont pas développés : les
caisses de l’Etat restent vides. L’autorité devrait ainsi lutter contre les antivaleurs : fraude,
corruption, désordre de tout genre dans la fonction publique… qui ont fait à ce que l’Etat
n’arrivait pas à maximiser ses recettes et ait été tenté de recourir à la planche à billets pour
financer ses déficits. Aussi, une politique fiscale contraignante est difficile à mener vu ses
implications sociales face à une population de plus en plus pauvre depuis de longues années.
Le recours à l’emprunt extérieur n’est pas non plus salutaire car l’expérience prouve à
suffisance que le pays n’était pas à mesure de rembourser ses dettes et n’a pas pu éviter l’effet
boule de neige. En effet, les intérêts des dettes antérieures se sont accumulés de telle sorte que
le pays ne savait plus à quel saint se vouer jusqu’au point d’achèvement de l’initiative PPTE.
La politique monétaire ne devrait donc pas se mener à l’écart des politiques budgétaire et
fiscale.
L’écart entre la production potentielle et la production effective dont le coefficient
est de -0,23 dans le modèle de synthèse est aussi un déterminant significatif de l’inflation
congolaise. Ce qui donne une possibilité de choix entre plus de croissance et plus d’inflation
d’une part et moins d’inflation et moins de croissance d’autre part. En effet, si l’autorité opte
pour l’objectif de croissance, elle doit permettre aux agents économiques de lâcher leur
contrainte budgétaire, elle augmente la demande globale, à travers ses politiques visant la
masse monétaire (en se servant des instruments comme les taux d’intérêt, l’open market, les
réserves obligatoires, …), les entreprises augmentent la production car la demande globale ou
demande effective s’est accrue, l’écart entre la production effective et la production potentielle
diminue, l’inflation congolaise augmente.
272
Inversement, si l’autorité opte pour un objectif de stabilité des prix, il lui suffit de
contacter la masse monétaire, la contrainte budgétaire des agents économiques se resserre, la
demande effective baisse, les entreprises diminuent leur production, l’écart entre la production
potentielle et la production effective augmente. La contraction de la masse monétaire fait
baisser l’inflation congolaise.
Il faudra aussi contrôler le taux de change si l’on veut contrôler l’inflation au Congo
car la relation ci-dessus suggère une relation positive entre l’inflation congolaise et le taux de
change. Comme il s’agit de la cotation à l’incertain, lorsque la monnaie congolaise perd de sa
valeur par rapport au dollar américain, il faut beaucoup plus de francs pour le même dollar, le
taux de change monte ainsi que l’inflation. Concrètement, la BCC doit procéder à des
interventions systématiques sur le marché de change.
Dans la première, deuxième et troisième section, les résultats ont été présentés dans
des tableaux et graphiques issus du logiciel Eviews 8.1.
de l’inflation face à ses propres innovations et aux innovations de la masse monétaire, du Pib
réel et du taux d’intérêt. Il faut noter que les effets d’un choc monétaire sur l’inflation
persistent et se font sentir jusqu’à plusieurs années après le choc.
L’arbitrage entre l’inflation et le chômage prôné par le modèle keynésien a été vérifié
par une relation entre l’inflation et l’écart de production à travers la loi d’Okun. Avec ces
résultats, nous avons constaté que l’inflation congolaise est expliquée par l’écart de
production. Avec le test de causalité au sens de Granger, nous avons constaté que l’écart de
production cause l’inflation. Le VAR du modèle keynésien a confirmé ces résultats. Nous
avons constaté que l’écart de production explique l’inflation congolaise à côté des valeurs
passées de l’inflation et que cet écart est, à son tour, expliqué par ses valeurs passées et
l’inflation.
Pour le modèle de synthèse, l’inflation congolaise est aussi bien expliquée par le taux
d’intérêt, la masse monétaire, l’écart de production, les importations et le taux de change
contemporains et passés mais aussi par l’inflation passée.
Les racines inversées des parties autorégressives ont suggéré que le VAR était
stationnaire. Les racines appartenaient au disc d’unité dans le plan complexe. Le VAR était
274
donc stationnaire. Ce modèle a donc été beaucoup plus satisfaisant que celui de l’approche
libérale, celui de l’approche keynésienne et celui de l’approche structuraliste.
L’analyse des chocs impulsionnels sur l’inflation laisse voir que les réactions de
l’inflation face à ses propres innovations sont intenses. Ceci confirme la présence des
anticipations rationnelles dans l’inflation congolaise. Aussi, la réponse des chocs de
l’inflation causés par la masse monétaire se ressentent directement, s’amplifient au bout d’un
ou deux ans, s’amortissent au fil du temps (stationnarité du modèle) mais les effets se
ressentent pendant plusieurs années.
L’inflation congolaise réagit aussi bien aux chocs subis par la production, la masse
monétaire, le taux d’intérêt, le taux de change et les importations.
275
Ensuite, dans le chapitre cinquième, nous avons remarqué que ce n’était pas le cas
pour nos variables. Le tableau n°10 des résultats du test de Dickey-Fuller augmenté sur les
variables LIP, LMM, LPIB, LTC, ECART et LIMPORT ont révélé que l’indice des prix, la
masse monétaire, le taux de change, le taux d’intérêt et les importations sont intégrés d’ordre
1. L’écart de la production par rapport à son niveau naturel est stationnaire en niveau. C’est
pour cette raison que le test de cointégration ne nous a pas été utile.
L’analyse des chocs a révélé que l’inflation congolaise connait des anticipations
rationnelles. Ce qui a été confirmé par l’analyse impulsionnelle des chocs sur le modèle
libéral qui a montré les réactions vives de l’inflation face à ses propres innovations, aux
innovations de la masse monétaire, du Pib réel et du taux d’intérêt. Il faut noter que les effets
d’un choc monétaire sur l’inflation persistent et se font sentir jusqu’à la huitième, neuvième
voire dixième année après le choc.
Les chocs sur l’inflation sont d’abord expliqués par ses propres innovations (à
39,10%), les innovations du taux de change (à 24,66%), celles des importations (à 15,17%),
celles de l’écart de production (à 11,91%) et celles de la masse monétaire (à 9,17%).
L’analyse des chocs impulsionnels sur l’inflation laisse voir que les réactions de
l’inflation face à ses propres innovations sont intenses. Ceci confirme la présence des
anticipations rationnelles dans l’inflation congolaise. Aussi, la réponse des chocs de
l’inflation causés par la masse monétaire se ressent directement, s’amplifient au bout d’un ou
deux ans, s’amortissent au fil du temps (stationnarité du modèle) mais les effets se ressentent
pendant plusieurs années.
278
CONCLUSION GÉNÉRALE
279
La deuxième partie est une étude empirique de l’inflation en RDC. Ainsi, dans le
cinquième chapitre, le contexte de l’inflation congolaise et l’évolution des différentes
grandeurs monétaires et non monétaires en RDC ont été présentés. Aussi, le chapitre sixième
détermine quel genre de relation économétrique se dessine entre l’inflation en RDC et ses
déterminants. Et cette conclusion générale récapitule les résultats obtenus.
Pour déceler quel type de facteurs créent et entretiennent l’inflation en RDC, chaque
type de facteurs a fait l’objet d’une modélisation selon l’obédience théorique (libérale,
280
keynésien et structuraliste) et estimé dans un VAR. Puis, un modèle de synthèse a été proposé
et estimé à son tour dans un VAR ; ce qui a permis d’élaguer les facteurs non pertinents.
Après estimation des différents VAR, les résultats suivants ont été obtenus :
L’estimation du modèle libéral a révélé que l’inflation congolaise est expliquée par le Pib
réel et la variable muette. Et que la masse monétaire est expliquée par l’inflation, mais le
Pib réel ne l’est pas. L’inflation congolaise ne connait pas d’inertie car la partie
autorégressive n’a pas été significative. L’analyse impulsionnelle des chocs a confirmé que
l’inflation congolaise connait des anticipations rationnelles de par ses vives réactions face à
ses propres innovations et aux innovations de la masse monétaire, du Pib réel et du taux
d’intérêt. Il faut noter que les effets d’un choc monétaire sur l’inflation persistent et se font
sentir jusqu’à plusieurs années après le choc.
L’arbitrage entre l’inflation et le chômage, prôné par le modèle keynésien, a été vérifié par
une relation entre l’inflation et l’écart de production à travers la loi d’Okun. Avec ces
résultats, nous avons constaté que l’inflation congolaise est expliquée par l’écart de
production, par ses propres valeurs passées et par la variable muette. L’écart de production
est aussi expliqué par ses propres valeurs passées et par l’inflation. Avec le test de causalité
au sens de Granger, nous avons constaté que l’écart de production cause l’inflation et que
celle-ci cause à son tour l’écart de production. Il y a une boucle rétroactive entre les deux
variables (un « feedback effect »). Une analyse impulsionnelle graphique des innovations
et une analyse en termes de tableau provenant des résidus du VAR nous ont permis de
vérifier la nouvelle courbe keynésienne. Nous avons trouvé que les chocs de l’écart de
production et ceux de l’inflation ont impact contemporain sur l’inflation mais que les
innovations de l’inflation n’ont pas d’impact contemporain sur l’écart de production.
Pour le modèle de synthèse, l’inflation congolaise est aussi bien expliquée par sa propre
histoire, la variable muette, par le taux d’intérêt, par la masse monétaire, l’écart de
production, les importations, le taux de change contemporains et passés. L’inflation
explique à son tour le niveau de la masse monétaire, le taux de change et l’écart de
production. Aussi, la masse monétaire est expliquée par l’écart de production. Mais l’écart
de production n’est pas expliqué par la masse monétaire. Ce qui confirme que les autorités
monétaires adaptent l’offre de monnaie aux besoins réels de l’économie.
281
A partir du test de causalité de Granger, il a été observé ceci : la masse monétaire ne cause
pas l’inflation mais celle-ci cause la masse monétaire. L’écart de production cause
l’inflation et celle-ci cause à son tour, l’écart de production (« feedback effect »). Le taux
de change cause l’inflation et celle-ci cause le taux de change (« feedback effect »). Les
importations ne causent pas l’inflation et celle-ci ne cause pas les importations. L’écart de
production cause la masse monétaire et la masse monétaire cause l’écart de production
(« feedback effect »). La masse monétaire cause le taux de change mais le taux de change
ne cause pas la masse monétaire. Et enfin, l’écart de production cause le taux de change et
que celui-ci ne cause pas l’écart de production.
Les racines inversées des parties autorégressives ont suggéré que les VAR des tous les
modèles étaient stationnaires. Les racines appartiennent au disc d’unité dans le plan
complexe.
Le modèle de synthèse a été beaucoup plus satisfaisant que celui de l’approche libérale,
celui de l’approche keynésienne et celui de l’approche structuraliste. En effet, la
comparaison des critères du R², du log de vraisemblance et des critères d’information de
Akaike et Schwarz (R², logV, AIC et SIC) de ces quatre modèles a révélé que le modèle de
synthèse était le meilleur. Ce qui confirme notre hypothèse principale selon laquelle
l’inflation congolaise est multidimensionnelle et est expliquée aussi bien par les facteurs
monétaires, réels et les anticipations.
Le modèle de synthèse suggère la présence des anticipations aussi bien adaptatives que
rationnelles. D’après l’analyse de la variance de ce VAR, les chocs sur l’inflation sont
d’abord expliqués par ses propres innovations, celles des importations, les innovations du
taux de change, celles de l’écart de production, et celles de la masse monétaire.
L’analyse des chocs impulsionnels sur l’inflation laisse voir que les réactions de l’inflation
face à ses propres innovations sont intenses. Ceci confirme la présence des anticipations
rationnelles dans l’inflation congolaise. Aussi, la réponse des chocs de l’inflation causés
par la masse monétaire se ressent directement, s’amplifient au bout d’un ou deux ans,
s’amortissent au fil du temps (stationnarité du modèle) mais les effets se ressentent pendant
282
plusieurs années. L’inflation congolaise réagit aussi bien aux chocs subis par la
production, taux de change, le taux d’intérêt et les importations.
Après estimations, il s’est donc avéré que le modèle de synthèse est le mieux adapté
à l’inflation congolaise. Ce qui dénote que les facteurs qui créent et entretiennent l’inflation
congolaise sont effectivement multiples et que celle-ci est multidimensionnelle (facteurs
monétaires, facteurs réels, facteurs structurels et anticipations). Les résultats révèlent que les
facteurs d’anticipations sont les plus prépondérants suivis des facteurs réels et des facteurs
monétaires. Ceci est tout à fait normal car étant donné le scepticisme des agents économiques
congolais face aux décisions de politique monétaire en RDC.
pratique a conduit le pays dans une phase d’inflation, voire d’hyperinflation pendant les années
1990. Pour cela, elle devrait jouir d’une certaine indépendance vis-à-vis du gouvernement. Le
gouvernement devrait chercher d’autres astuces pour couvrir ses déficits budgétaires ou éviter
carrément ces déficits. Il pourra essayer de contracter ses dépenses22 ou d’assainir son
appareil de récolte de ses recettes.
Sans pour autant négliger les autres facteurs (monétaires, réels et structurels),
l’autorité monétaire devrait chercher à regagner la confiance des agents économiques pour
que ceux-ci cessent de faire des anticipations pessimistes qui nourrissent l’inflation au Congo.
En fait, le coefficient de l’inflation passée est le plus élevé de tous dans l’équation du modèle
de synthèse. Cela dénote une certaine mémoire dans le processus inflationniste du Congo.
Autrement dit, les agents économiques du Congo font des anticipations adaptatives. Ils fixent
les prix actuel en ayant à l’esprit l’inflation passée ; ce qui amplifie encore l’inflation actuelle
et ainsi de suite. Aussi, les innovations de l’inflation congolaise sont tout aussi importantes tel
que remarqué après l’analyse des chocs. Les agents économiques du Congo font des
anticipations rationnelles et sont sceptiques face aux décisions de politique monétaire en RDC.
En effet, les réformes et démonétisations mal préparées, à souhait qui ont émaillé
l’histoire monétaire de la RDC, ont amenuisé la confiance des agents économiques congolais
en l’autorité monétaire. Ces réformes monétaires n’atteignent pas leurs objectifs. Dans le
meilleur des cas, leurs effets sont neutres sur la situation socioéconomique mais le plus
souvent, elles donnent des résultats pervers.
Ce scepticisme s’est révélé aigu et est allé jusqu’à nier l’autorité monétaire dans le
Kasaï, à rejeter la circulation de la monnaie « légale », a continuer d’utiliser une monnaie
retirée officiellement de la circulation et à créer une zone monétaire parallèle. Ce qui a donné
lieu à des spéculations de tout genre.
22
Beaucoup d’entreprises publiques sont moins rentables et pourtant budgétivores en termes de salaires,
d’allocations,…il serait mieux de les privatiser et de libéraliser les marchés.
284
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299
ANNEXES
300
Annexe I : Données
LIP
10
-5
-10
-15
-20
-25
-30
-35
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10
LPIBR
13.4
13.3
13.2
13.1
13.0
12.9
12.8
12.7
12.6
12.5
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10
LIMPORT
23.5
23.0
22.5
22.0
21.5
21.0
20.5
20.0
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10
LTC
10
-5
-10
-15
-20
-25
-30
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10
LMM
16
12
-4
-8
-12
-16
-20
-24
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10
LTI
1
-1
-2
-3
-4
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10
LPIB
20
15
10
-5
-10
-15
-20
-25
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10
A. La variable lip
t-Statistic Prob.*
B. La variable lmm
t-Statistic Prob.*
C. La variable Ecart
t-Statistic Prob.*
D. La variable Ltc
t-Statistic Prob.*
E. La variable Limport
t-Statistic Prob.*
5% level -1.947381
10% level -1.612725
F. La variable Lti
t-Statistic Prob.*
G. La variable Lpbibr
t-Statistic Prob.*
Annexe 3 Estimation du modèle de synthèse avec le taux d’intérêt comme variable endogène
TABLE DE MATIÈRES
REMERCIEMENTS ....................................................................................................... IV
SIGLES ET ABRÉVIATIONS ........................................................................................ VI
SOMMAIRE ................................................................................................................. VIII
LISTE DE TABLEAUX ...................................................................................................XI
LISTE DE FIGURES......................................................................................................XII
RÉSUMÉ .......................................................................................................................XIII
INTRODUCTION GÉNÉRALE ..................................................................................... 1
0.1. État de la question ....................................................................................................... 2
0.2. Problématique, objectif et hypothèses de recherche ..................................................... 6
0.3. Méthodologie et subdivision du travail ....................................................................... 20
0.3.1. Méthodologie ...................................................................................................................... 20
0.3.2. Subdivision du travail ......................................................................................................... 23
SECTION V : IMPLICATIONS DES RÉSULTATS SUR LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE EN RDC ..... 268
V.1. Conformité des résultats avec les théories utilisées ................................................................. 268
V.2. Axes futurs de politique monétaire en République Démocratique du Congo .......................... 269