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Thèse KISONIA

Cette thèse de doctorat examine les déterminants de l'inflation en République Démocratique du Congo de 1964 à 2016, en s'appuyant sur une vérification empirique. Elle aborde les théories monétaires et réelles de l'inflation, ainsi que les chocs d'offre et de demande, tout en proposant des modèles d'estimation adaptés au contexte congolais. L'étude vise à éclairer les implications de ces résultats sur la politique économique du pays.

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Thèse KISONIA

Cette thèse de doctorat examine les déterminants de l'inflation en République Démocratique du Congo de 1964 à 2016, en s'appuyant sur une vérification empirique. Elle aborde les théories monétaires et réelles de l'inflation, ainsi que les chocs d'offre et de demande, tout en proposant des modèles d'estimation adaptés au contexte congolais. L'étude vise à éclairer les implications de ces résultats sur la politique économique du pays.

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UNIVERSITÉ PROTESTANTE AU CONGO

FACULTÉ D’ADMINISTRATION DES AFFAIRES ET


SCIENCES ÉCONOMIQUES

BP.4745
Kinshasa II/ LINGWALA

THÈSE DE DOCTORAT

Pour obtenir le grade de DOCTEUR ès Sciences Économiques à l’UNIVERSITÉ PROTESTANTE


AU CONGO

Titre :

DÉTERMINANTS DE L’INFLATION EN RÉPUBLIQUE


DÉMOCRATIQUE DU CONGO DE 1964 A 2016 : UNE
VÉRIFICATION EMPIRIQUE
Présentée et soutenue publiquement par
Monsieur Jean-Pierre KISONIA MUSUBAO
DEA ès Économie monétaire

Jury :
1. Professeur KABUYA KALALA, Président ;
2. Professeur ITIMELONGO TITI, Secrétaire ;
3. Professeur KAMIANTAKO MIYAMUENI ; Membre ;
4. Professeur MUAYILA KABIBU ; Membre ;
5. Professeur MPEREBOYE MPERE, promoteur ;
6. Professeur MABI LUKUSA, Suppléant ;
7. Professeur SUMATA MOKUTALA ; Suppléant.

Décembre 2018
I

« Les biens et services qui constituent la richesse des nations sont mesurés en termes
monétaires et dans ce cas, il y a une symétrie entre la détention de la monnaie et celle des
biens. Le problème de l’inflation est qu’elle altère ou détruit cette symétrie qui est la base de
la stabilité économique. ». (Zonon A. 2003)
II

En mémoire de mes chers et aimables parents Edmond


KISONIA KIGHOMORA et Tharcile NTABUGI MBAYU, que le destin
a arrachés à mon affection.

Paix à leurs âmes.


III

- ma très chère, tendre et douce épouse Micheline Kasoki Mwenge ;

- mes enfants bien-aimés : Laure Kisonia Sivichomwa; Landry-

Edmond Kisonia Kighomora, Laetitia-Linda Kisonia Bibuya,


Lisette KAbuo Kisonia et Lucien-Emmanuel Kisonia
Mukokotya.

- mes frères et sœurs, les Kisonia ;

Je dédie ce modeste travail.

Jean-Pierre Kisonia Musubao


IV

REMERCIEMENTS

Au terme de ce travail, que cela nous soit agréable de remercier ceux-là qui, de près
ou de loin, ont été de cœur avec nous et nous ont soutenu.

Premièrement, nous remercions Dieu, Tout-puissant, pour la grâce et la force dont il


nous comble, sans lesquelles nous ne saurions jamais réaliser ce travail.

Revenons un peu à cette phrase chère à Hamilton : « si j'ai vu loin, c'est parce que je
suis monté sur les épaules des géants ». Nous avons aussi eu des géants qui ont bien voulu
nous transporter jusqu’à leurs épaules pour que nous puissions voir plus loin et réaliser cette
thèse.

Au Professeur Seblon MPEREBOYE MPERE, nous disons infiniment merci d’avoir


accepté de diriger ce travail. Son expertise, son sens d’altruisme, ses conseils et ses
orientations, non seulement scientifiques, mais aussi d’ordre général sur le savoir-vivre, le
savoir-faire et le savoir-être, nous ont été d’une aide cruciale. Merci Professeur.

Nos remerciements s’adressent au Professeur Docteur Jean-Pierre BOSONGA


BOFEKI, qui n’a ménagé aucun effort pour assurer la codirection de cette œuvre, malgré ses
multiples occupations. Ses conseils, sa patience et son abnégation resteront à jamais gravés
dans notre cœur.

Nous disons infiniment merci au Professeur François KABUYA KALALA pour ses
remarques et suggestions combien constructives, en vue de l’amélioration de ce travail.

Que toutes les autorités de l’Université Protestante au Congo (UPC), le corps


académique et scientifique et le personnel administratif trouvent ici l’expression de notre
gratitude.

Merci à nos parents Edmond KISONIA KIGHOMORA et Tharcile NTABUGI


MBAYU pour leurs sacrifices dans tous les sens pour que nous puissions étudier. Aucun acte,
aucune parole, aucun mot, encore moins merci, ne saura leur rendre ce à quoi ils ont renoncé
pour notre bien-être en général et pour nos études en particulier. Merci papa et maman. Vous
êtes partis avant que nous ne puissions défendre cette thèse. Que le Seigneur vous accueille
dans son royaume.

A l’Université Libre des Pays des Grands Lacs (ULPGL-Goma), à travers le Recteur
Pharès KAKULE MOLO et le Recteur honoraire Léopold KAMBALE KARAFULI, nous
V

disons merci d’avoir rendu possible notre formation en thèse, en nous fournissant non
seulement les moyens financiers, mais aussi le soutien social.

Nos sincères remerciements s’adressent également à tous les membres de la Faculté


des sciences économiques et de gestion de l’ULPGL-Goma pour leurs conseils combien
constructifs en matière de recherche en économie et en gestion.

Nous reconnaissons la précieuse assistance de notre beau-frère Faustin NGEDIKO,


son épouse Annie KISONIA ainsi que les enfants Nadine KISONIA, Exaucée NGEDIKO et
Destinée ALILA WONDERFULL NGEDIKO. Que le Seigneur les bénisse.

Nous disons merci aux agents de la Banque Centrale du Congo, particulièrement à


Messieurs Roger MASANGU et Honoré MULANGU qui nous ont facilité l’accès aux
données et à la bibliothèque de cette Banque.

Au professeur Antoine KAMIANTAKO MIYAMUENI, nous disons merci pour


nous avoir donné des conseils sur le plan scientifique et l’accès aux bibliothèques de
l’Université de Kinshasa et de l’Université Kongo à Mbanza-ngungu.

Nous ne saurons clore cette page sans saluer l’aide si précieuse de tous nos frères et
sœurs, les KISONIA ainsi que nos beaux-parents Philippe SIKULI et Théodosie
MATEMBELA, nos beaux-frères et belles sœurs, les SIKULI.

Merci à tous les chantres de la Chorale Miséricorde Divine et à tous les frères et
sœurs du chemin Néo-catéchuménat de la Paroisse Bienheureuse Anuarite à Goma.

Enfin, que tout celui qui a contribué, de près ou de loin à la réalisation de ce travail,
et dont le nom n’a pas été cité, trouve ici l’expression de notre reconnaissance, à travers ces
quelques lignes.

Jean-Pierre KISONIA MUSUBAO


VI

SIGLES ET ABRÉVIATIONS
ADF : «Augmented Dickey-Fuller »

AIC : «Akaïke Information Criterium »

AR : Autorégressif

ARCH : « Autoregressive Conditional Heteroskedacity »

BAD : Banque Africaine de Développement

BB : Bruit Blanc

BCC : Banque Centrale du Congo

BM : Banque Mondiale

BZ : Banque du Zaïre

DEA : Diplôme D'Etudes Approfondies

DEUG : Diplôme d'Etudes Universitaires Générales

DF : Dickey-Fuller

DS : "Difference Stationary"

DTS : Droits de tirage spéciaux

Dum : "Dummy"

DW : Durbin-Watson

FAC : Forces Armées Congolaises

FAZ : Forces Armées Zaïroises

FC : Franc Congolais

FMI : Fonds Monétaire International

FSEG : Faculté des Sciences Economiques et de Gestion

Gécamines : Générale des Carrières et des Mines

Inf : Inflation

IPC : Indice des prix à la consommation

JB : Jarque-Bera

Lip : Logarithme de l’indice des prix

Lpib : Logarithme du PIB

Ltc : Logarithme du taux de change


VII

Limport : Logarithme des importations

Lmm : Logarithme de la masse monétaire

Ln : Logarithme Népérien

Log de Vraisembl.: Logarithme de vraisemblance

MONUC : Mission de l'Organisation des Nations Unies au Congo

MPR : Mouvement Populaire de la Révolution

NGP : Niveau général des prix

NZ : Nouveau Zaïre

OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economiques

PAS : Programmes D'ajustement Structurel

PIB : Produit Intérieur Brut

PIBr : Produit Intérieur Brut Réel

Prob : Probabilité

RDC : République Démocratique du Congo

Res : Résidus

SFI : Statistiques Financières Internationales

SIC : "Schwarz Information Criterium"

Td : Taux de dépréciation de la monnaie

TS : "Trend Stationnary"

UPC : Université protestante au Congo

ULPGL : Université Libre des Pays des Grands Lacs

Us $ : Dollar américain

VAR : Vecteur Autorégressif

Z : Zaïre
VIII

SOMMAIRE
REMERCIEMENTS ....................................................................................................... IV
SIGLES ET ABRÉVIATIONS ........................................................................................ VI
SOMMAIRE ................................................................................................................. VIII
LISTE DE TABLEAUX ...................................................................................................XI
LISTE DE FIGURES......................................................................................................XII
RÉSUMÉ .......................................................................................................................XIII

INTRODUCTION GÉNÉRALE ..................................................................................... 1


0.1. État de la question ....................................................................................................... 2
0.2. Problématique, objectif et hypothèses de recherche ..................................................... 6
0.3. Méthodologie et subdivision du travail ....................................................................... 20
0.4. Intérêt du sujet .......................................................................................................... 23

PREMIÈRE PARTIE : DÉTERMINANTS THÉORIQUES DE L’INFLATION . 25


Introduction à la première partie .................................................................................... 26

Chapitre premier : DÉTERMINANTS MONÉTAIRES DE L’INFLATION : « Du


quantitativisme aux anticipations de l’inflation » ............................................................. 27
SECTION I : STRUCTURE D’ENSEMBLE DU MODÈLE CLASSIQUE............................................ 30
SECTION II : ÉQUATIONS DE LA THÉORIE QUANTITATIVE .................................................... 37
SECTION III : SOURCES DE L’INFLATION SELON LES CLASSIQUES .......................................... 43
SECTION IV : INFLATION CHEZ LES MONÉTARISTES ET DANS LA NOUVELLE ÉCOLE CLASSIQUE
(NEC) ................................................................................................................................ 46
SECTION V : ÉTUDES EMPIRIQUES AYANT APPLIQUÉ LA THÉORIE CLASSIQUE DE L’INFLATION
……………………………………………………………………………………………………………………………………60

Conclusion du premier chapitre....................................................................................... 65

Chapitre deuxième : DÉTERMINANTS RÉELS DE L’INFLATION : « De l’output gap à


la nouvelle courbe de Phillips et aux chocs » ................................................................... 67
SECTION I : STRUCTURE D’ENSEMBLE DU MODELE KEYNESIEN............................................ 69
SECTION II : COURBE DE PHILLIPS....................................................................................... 77
IX

SECTION III : REMISE EN CAUSE DE LA COURBE DE PHILLIPS : CRITIQUE DE FRIEDMAN ........ 83


SECTION III : CHOCS D’OFFRE, ECART DE PRODUCTION ET INFLATION ................................. 90
SECTION IV : NOUVELLE COURBE DE PHILLIPS .................................................................... 96
SECTION V : THÉORIE STRUCTURALISTE DE L’INFLATION ................................................... 100
SECTION VI : ÉTUDES EMPIRIQUES AYANT APPLIQUÉ LES THÉORIES KEYNÉSIENNE ET
STRUCTURALISTE DE L’INFLATION.................................................................................... 116

Conclusion du deuxième chapitre .................................................................................. 121

Chapitre troisième : CHOCS D’OFFRE ET DE DEMANDE : INFLATION DANS LE


MODÈLE DE SYNTHÈSE ........................................................................................... 123
SECTION I : MODÈLE CLASSICO-KEYNÉSIEN-STRUCTURALISTE : MODÈLE D’OFFRE GLOBALE-
DEMANDE GLOBALE ........................................................................................................ 125
SECTION II : ÉTUDES EMPIRIQUES SUR LE MODELE CLASSICO-KEYNÉSIEN-STRUCTURALISTE DE
L’INFLATION .................................................................................................................... 144

Conclusion du troisième chapitre................................................................................... 145

Chapitre quatrième : MODÉLISATION DE L’INFLATION ET ANALYSE


EXPLORATOIRE DE DONNÉES ................................................................................ 147
SECTION I : SPÉCIFICATION DES MODÈLES D’INFLATION SELON LES DIFFÉRENTES APPROCHES
…………………………………………………………………………………………………………………………………149
SECTION II : ANALYSE EXPLORATOIRE DE DONNÉES.......................................................... 167

Conclusion du quatrième chapitre ................................................................................. 177


Conclusion de la première partie ................................................................................... 179

DEUXIÈME PARTIE : ................................................................................................. 182


ÉTUDE EMPIRIQUE DE L’INFLATION EN RDC ..................................................... 182
Introduction à la deuxième partie .................................................................................. 183

Chapitre cinquième : CONTEXTE DE L’ÉCONOMIE CONGOLAISE : ÉVOLUTION


DES DÉTERMINANTS DE L’INFLATION EN RDC .................................................. 185
SECTION I : ETAT ACTUEL DE L’ANALYSE DE L’INFLATION CONGOLAISE ............................. 186
SECTION II : STIGMATES DE L’INFLATION EN RDC.............................................................. 191
SECTION III : RÉPONSES DU GOUVERNEMENT CONGOLAIS À L’INFLATION ........................ 194

Conclusion du cinquième chapitre ................................................................................. 209


X

Chapitre sixième : ESTIMATION DE LA FONCTION D’INFLATION EN RDC ET


IMPLICATIONS SUR LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE ............................................. 210
SECTION I : ESTIMATION DU MODÈLE CLASSIQUE DE L’INFLATION EN RDC........................ 212
SECTION II : ESTIMATION DU MODÈLE KEYNÉSIEN DE L’INFLATION EN RDC....................... 227
SECTION III : ESTIMATION DU MODÈLE STRUCTURALISTE DE L’INFLATION EN RDC ............ 237
SECTION IV : ESTIMATION DU MODÈLE DE SYNTHÈSE DE L’INFLATION EN RDC : MODÉLE
CLASSICO-STRUCTURO-KEYNÉSIEN D’INFLATION EN RDC.................................................. 249
SECTION V : IMPLICATIONS DES RÉSULTATS SUR LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE EN RDC ..... 268

Conclusion du sixième chapitre ..................................................................................... 272


Conclusion de la deuxième partie .................................................................................. 275

CONCLUSION GÉNÉRALE ..................................................................................... 278

BIBLIOGRAPHIE ........................................................................................................ 284


ANNEXES .................................................................................................................... 299
TABLE DE MATIÈRES ............................................................................................... 309
XI

LISTE DE TABLEAUX
Tableau n°1 : Structure du modèle classique ......................................................................................................... 35
Tableau n° 2 : Synthèse des théories développées dans la première partie ......................................................... 180
Tableau n°3 : Modifications intervenues à la parité monétaire entre le 1er janvier 1968 et le 22 février 1980 .. 200
Tableau n° 4 : Caractéristiques statistiques des variables sous étude .................................................................. 167
Tableau n° 5 : Résultats du test ADF sur les variables lip, lm, lpib, ltc, et limport ............................................ 176
Tableau n° 6 : Critères de Akaike et Schwarz pour le modèle classique ............................................................. 212
Tableau n° 7 : Résultats d’estimation du processus VAR du modèle classique de l’inflation congolaise .......... 213
Tableau n° 8 : Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation, la masse monétaire, le taux d’intérêt et le
Pib réel ....................................................................................................................................... 217
Tableau n° 9 : Vérification du VAR du modèle libéral ....................................................................................... 219
Tableau n° 10 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’inflation du modèle libéral ........... 222
Tableau n° 11 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de la masse monétaire du modèle libéral
................................................................................................................................................... 223
Tableau n° 12 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du Pib réel du modèle libéral .............. 223
Tableau n° 13 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du taux d’intérêt .................................. 224
Tableau n°14 : Analyse de la décomposition de la variance du modèle classique .............................................. 225
Tableau n° 15 : Critères de Akaike et Schwarz pour le modèle keynésien ........................................................ 227
Tableau n° 16 : Résultats du processus VAR du modèle keynésien de l’inflation congolaise ........................... 228
Tableau n° 17: Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation et l’écart de production ........................... 230
Tableau n° 18 : Vérification du VAR du modèle keynésien ............................................................................... 231
Tableau n° 19 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’écart de production du modèle
keynésien.................................................................................................................................... 234
Tableau n° 20 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’inflation du modèle keynésien ..... 235
Tableau n° 21 : Analyse de la décomposition de la variance du modèle keynésien ............................................ 236
Tableau n° 22 : Critères de Akaike et Schwarz pour le modèle structuraliste ..................................................... 237
Tableau n° 23 : Résultats d’estimation du processus VAR du modèle structuraliste de l’inflation congolaise.. 238
Tableau n° 24 : Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation, la masse monétaire, le taux d’intérêt et le
Pib réel ....................................................................................................................................... 241
Tableau n° 25 : Vérification du VAR du modèle structuraliste ........................................................................... 243
Tableau n° 26 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’inflation du modèle structuraliste . 246
Tableau n° 27 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations des importations du modèle structuraliste
................................................................................................................................................... 247
Tableau n° 28 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du taux de change du modèle
structuraliste ............................................................................................................................... 247
Tableau n° 29 : Analyse de la décomposition de la variance du modèle structuraliste ....................................... 248
Tableau n° 30 : critères de Akaike et Schwarz pour le modèle de synthèse ....................................................... 249
Tableau n° 31: Résultats d’estimation du processus VAR du modèle de synthèse de l’inflation congolaise ...... 250
Tableau n° 32 : Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation, la masse monétaire, l’écart de production,
le taux de change, le taux d’intérêt et les importations .............................................................. 255
Tableau n° 33 : Vérification du VAR du modèle de synthèse ............................................................................. 258
Tableau n° 34 : Matrice de causes et conséquences au sens de Granger des variables du modèle de synthèse . 259
Tableau n° 35 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’inflation du modèle de synthèse ... 262
Tableau n° 36 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de la masse monétaire de synthèse ...... 262
Tableau n° 37 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’écart de production ...................... 263
Tableau n° 38 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du taux de change................................ 263
Tableau n° 39 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du taux d’intérêt .................................. 263
Tableau n° 40 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations des importations .................................. 264
Tableau n° 41 : Analyse de la décomposition de la variance du modèle de synthèse ......................................... 265
Tableau n°42 : Comparaison des critères de choix de différents modèles........................................................... 267
XII

LISTE DE FIGURES
Figure 1.1. Relation entre le niveau de production et le niveau général des prix .................................................. 42
Figure 1.2. Conséquences de la politique monétaire sur le niveau général des prix .............................................. 42
Figure 1.3. : Courbe de Phillips à court et long termes ......................................................................................... 85
Figure 2.1. La politique économique, porteuse d'une fonction d'utilité collective ....... Erreur ! Signet non défini.
Figure 2.2. Courbe de Phillips et politique économique ........................................................................................ 81
Figure 2.3. Courbe de l’arbitrage entre l’inflation salariale et le chômage............................................................ 82
Figure 4.1 Les configurations de la courbe d'offre globale ................................................................................. 127
Figure 4.2. Effets prix et quantités d'une relance de la demande globale ............................................................ 130
Figure 4.3. Effets prix et quantités de chocs récessifs ......................................................................................... 131
Figure 4.4. Construction de la courbe de demande globale : l'effet Keynes ........................................................ 134
Figure 4.5. Construction de la courbe de demande globale : Effet Keynes et effet d'encaisses réelles (effet Pigou)
................................................................................................................................................... 136
Figure 4.6. Construction de la courbe d'offre globale: modèle néoclassique de marché ..................................... 138
Figure 7.1. : Caractéristiques des variables sous étude ........................................................................................ 168
Figure 7.2. : Vérification du VAR du modèle libéral de l’inflation congolaise................................................... 219
Figure 7.18. : Vérification du VAR du modèle keynésien de l’inflation congolaise ........................................... 231
Figure 7.23. : Vérification du VAR du modèle structuraliste de l’inflation congolaise ...................................... 242
Figure 7.33. : Vérification du VAR du modèle de synthèse de l’inflation congolaise ........................................ 257
XIII

RÉSUMÉ
L’inflation est devenue un problème chronique en République Démocratique du
Congo. Ce travail intitulé : « déterminants de l’inflation en République Démocratique du
Congo de 1964 à 2016 : une vérification empirique » évalue la nature et l’intensité des
facteurs qui créent et influencent l’inflation au Congo. La préoccupation majeure est celle de
savoir quel type de déterminants (facteurs monétaires, facteurs réels, facteurs structurels et
anticipations) créent et nourrissent l’inflation en RDC, en vue de proposer une politique
monétaire adéquate.

En effet, dès son accession à l’indépendance, le pays a connu des troubles


sociopolitiques et des guerres intestines. Le clientélisme, la corruption à tous les niveaux, la
gestion calamiteuse de la chose publique par les gouvernements qui se sont succédé au
pouvoir… ont privé l’Etat de ses ressources et celui-ci a recouru, pendant longtemps, à la
planche à billets pour financer son déficit. Nous avons alors supposé que les facteurs
monétaires comptent parmi les sources de l’inflation congolaise.

Aussi, le saccage des outils de production (pillage des années 90), les désordres
sociopolitiques, les guerres intestines, les distorsions du tissu économique du pays… ont
détruit les capacités productives, engendrant des pénuries, des contractions de l’offre et
alimentant alors les importations. Ceci nous a poussé à penser que les facteurs réels et
structurels sont une cause et un déterminant de l’inflation congolaise.

En outre, le scepticisme, la perte de confiance face aux décisions des autorités


monétaires a conduit les agents économiques à développer des mécanismes d’adaptation :
spéculation, dollarisation de l’économie, anticipation de l’inflation… Nous avons alors
subodoré que les anticipations, aussi bien adaptatives que rationnelles, entretiennent
l’inflation congolaise.

Pour déceler quel type de facteurs créent et entretiennent l’inflation en RDC, chaque
type de facteurs a fait l’objet d’une modélisation selon l’obédience théorique (libérale,
keynésien et structuraliste) et estimé dans un VAR. Puis, un modèle de synthèse a été proposé
et estimé à son tour dans un VAR ; ce qui a permis d’élaguer les facteurs non pertinents.

Après estimations, il s’est avéré que le modèle de synthèse est le mieux adapté à
l’inflation congolaise. Ce qui dénote que les facteurs qui créent et entretiennent l’inflation
congolaise sont multiples et que celle-ci est multidimensionnelle (facteurs monétaires,
XIV

facteurs réels, facteurs structurels et anticipations). Les résultats révèlent que les facteurs
d’anticipations sont les plus prépondérants, suivis des facteurs réels et des facteurs structurels.
Les facteurs monétaires viennent en dernier lieu. Ceci est tout à fait normal car étant donné le
scepticisme des agents économiques congolais face aux décisions de politique monétaire en
RDC.

Sans pour autant négliger les autres facteurs (monétaires, réels et structurels),
l’autorité monétaire devrait chercher à regagner la confiance des agents économiques pour
que ceux-ci cessent de faire des anticipations pessimistes qui nourrissent l’inflation au Congo.

En effet, les réformes et démonétisations mal préparées et à souhait, qui ont émaillé
l’histoire monétaire de la RDC, ont amenuisé la confiance des agents économiques congolais
en l’autorité monétaire. La seule issue heureuse est de pouvoir recouvrer cette confiance.
L’autorité monétaire de la RDC y arrivera en restant cohérente dans ses décisions.

Mots clés :
- Inflation ;
- Théorie quantitative de la monnaie ;
- Anticipations adaptatives et rationnelles;
- Nouvelle courbe de Phillips ;
- Centre et périphérie, Goulots d’étranglement.
1

INTRODUCTION GÉNÉRALE
2

0.1. État de la question


Bien que les travaux empiriques traitant de l’inflation soient nombreux à travers le
monde, la RDC n’en compte que quelques-uns. Ainsi, comme le constate Mubake M.V.
(1996), les premières et importantes études sur l’inflation au Zaïre datent des années soixante.

L’étude menée par l’I.R.E.S. (1968)1 dénonce le désordre monétaire comme source
d’inflation au Congo au lendemain de son accession à l’indépendance. Ce désordre monétaire
avait comme cause le déficit permanent et important des finances publiques. C’est ce déficit,
financé par le système bancaire, qui a nourri l’expansion monétaire. Les origines de ce déficit
se trouvent dans l’affaiblissement du système fiscal et l’expansion inconsidérée des dépenses
publiques liées à la mauvaise gestion de la trésorerie. Mais, la cause profonde de ce désordre
monétaire est la mutation brutale et désordonnée entre une société organisée sur un mode
colonial et un état indépendant. Cette étude donne une explication monétariste à l’inflation
congolaise.

A part cette recherche collective, certains de ces auteurs se sont penchés


individuellement sur la question de l’inflation congolaise. Il sied de constater que tous ces
travaux aboutissent à la conclusion que l’inflation congolaise est d’origine monétaire (ce qui
est normal car ils sont de la même école). La seule différence entre eux, est l’explication de
l’origine de l’expansion monétaire.

Leclercq H. et Dupriez G. (cités par Mubake M.V.), attribuent tous les deux la
cause de l’inflation au déficit public. Pour Leclercq H., le déficit public provient des
problèmes de la trésorerie, dus à la faiblesse du système fiscal du pays, tandis que Dupriez G.
les impute à l’accroissement des rémunérations dans la fonction publique.

Dupriez P (1970) quant à lui, trouve les origines de l’inflation congolaise dans le
contrôle des changes. Lacroix J.L. (1967), rejette carrément la cause structuraliste de
l’inflation congolaise en soutenant que la structure économique du Congo n’est pas
comparable à celle des pays latino-américains. Tout en donnant une explication monétariste à
l’inflation congolaise, Reylandt B. (1970), introduit un nouvel élément : l’écart entre la masse
total des revenus et la valeur globale des produits en un moment donné. Reylandt a fait une
vérification empirique et a tenté de déceler laquelle de la théorie monétariste et structuraliste
s’applique au mieux au cas du Zaïre. Il a privilégié la conception monétariste.

1
L’étude de l’Institut de Recherches Economiques et Sociales (I.R.E.S) a été menée sous la direction de Michel Norro, par
une équipe des chercheurs de l’Université Lovanium.
3

Mubake M.V. (1996) a rejeté toutes ces tentatives d’explication de l’inflation


congolaise et a affirmé que les causes profondes de l’inflation congolaise sont plutôt liées aux
structures économiques et aux comportements des groupes sociaux. Ces causes sont les
conditions défectueuses de la production et des échanges des biens et services. Il a décelé
aussi les revenus qui ont influencé les tensions inflationnistes à partir de leur répartition et
des conditions de leur formation. Selon lui, le secteur de transport est tout aussi responsable
d’apparition et d’entretien des tensions inflationnistes.

Concernant le comportement des groupes sociaux, il a relevé deux types de facteurs :

- premièrement, la recherche du profit maximum et son rapatriement (stratégie de


transfert) par les entreprises industrielles, l’absence d’effort pour réduire les coûts des
approvisionnements importés, la répercussion systématique et exagérée des hausses de
prix des produits intermédiaires.

- Deuxièmement, le comportement de ce qu’il appelle les « intouchables ». Il s’agit de


personnes occupant des fonctions supérieures dans le pays, dans tous les organes de
l’Etat et de leurs proches (famille, collaborateurs,…). En effet, pour plusieurs raisons,
dont les mesures de zaïrianisation, ce sont eux qui contrôlent la distribution des
produits importés et celle des produits locaux agricoles et industriels. Leur non-respect
de la réglementation perturbe gravement les circuits de distribution et favorise la
hausse des prix.

L’article de Beaugrand P. (1997) développe un modèle illustratif basé sur une


fonction de demande de monnaie qui comprend les recettes du gouvernement en tant que
déterminant de l’hyperinflation au Zaïre en 1990-96. Les recettes publiques sont elles-mêmes
soumises à «l'effet Olivera Tanzi», dans lequel l'inflation tend à réduire la valeur de revenus
de l’Etat.

Pour Kabuya [Link] Matata A. (1999), entre 1990 et 1996, le système monétaire du
Congo a été marqué par un dysfonctionnement qui a entamé fortement la valeur de la monnaie
nationale. L’hyperinflation aigüe observée pendant cette période est parmi les manifestations
les plus évidentes de cette crise de la monnaie à côté de la dollarisation de l’économie, la
crise aigüe des liquidités dans les banques, la perte de la crédibilité de la Banque centrale et le
rejet de certains signes monétaires par la population. Ces deux auteurs distinguent deux types
de facteurs ayant agi sur le mouvement des prix : les uns déclenchant et accélérant le
processus inflationniste, les autres maintenant les taux d’inflation à des niveaux élevés.
4

En effet, selon eux, il est établi que l’inflation et l’hyperinflation au Congo ont une
origine essentiellement monétaire liée au financement des déficits publics chroniques. Le
deuxième facteur maintenant l’inflation et l’hyperinflation est la spéculation. A la spéculation
refuge induite par le risque d’érosion monétaire s’est greffée celle cherchant à tirer profit de
l’évolution divergente des prix des actifs, soit sur la place de Kinshasa, soit entre Kinshasa et
l’intérieur du pays.

Sumata C. (2001) accuse le manque de confiance des agents économiques aux


autorités tant monétaires que politiques comme étant la cause de l’inflation zaïroise. Le
processus de hausse cumulative des prix traduit la crise du contrat social marquée par
l’incapacité des gouvernements dont la légitimité est contestée, d’imposer des reformes
économiques crédibles.

En utilisant l'analyse de cointégration multivariée et le modèle à correction d'erreurs


vectorielles dans l’examen de l'hypothèse de la dominance fiscale en République
Démocratique du Congo (RDC) entre 1981 et 2003, Nachega J.C. (2005) trouve les résultats
empiriques indiquant des relations à long terme fortes et statistiquement significatives entre
les déficits budgétaires et le seigneuriage, et entre la création monétaire et l'inflation. L'impact
sur l’inflation des déficits budgétaires est robuste à long terme.

Paluku N. (2004) et Kalonji N. (1996) se sont aussi focalisés sur le problème de


l’inflation et de l’hyperinflation au Congo. Après leurs analyses, ils ont abouti aux résultats
selon lesquels le PIB n’influence pas le processus inflationniste. Donc, selon eux, l’inflation
congolaise est d’origine plutôt monétaire. Lendele et Kamanda (1972); Mususa et Ngonga
(1999) ont abouti aux mêmes conclusions que les deux précédents, concernant ici le problème
de dollarisation. C’est-à-dire plus précisément que le PIB n’influence pas le niveau de
dollarisation de l’économie. L’on peut donc constater, à la suite de ces travaux, que les
malaises ou les dysfonctionnements sont d’origine monétaire.

Les recherches précédentes ont abordé la question de l’inflation au Congo en ne se


basant, à priori, que sur un seul ou, à la limite, deux types de facteurs seulement en écartant,
sans aucune autre forme de procès, les autres facteurs. Pour les uns (notamment, les
chercheurs de l’I.R.E.S. : Leclercq H., Dupriez G., Dupriez P., Reylandt B., …, ainsi que
d’autres chercheurs : Beaugrand P., Nachega J.C., Paluku N., Kalonji N, ….), c’est le facteur
monétaire qui influence l’inflation au Congo. Pour les autres (Mubake M.V. et Sumata C.),
les facteurs structurels l’emportent.
5

Certes, cette présente recherche s’applique à déceler les liaisons entre l’inflation et
ses facteurs déterminant, dans un cadre à la fois conjoncturel et structurel, en ne laissant de
côté, à priori, aucun facteur susceptible d’influencer l’inflation. En effet, à court terme, la
production peut s’écarter momentanément de sa tendance générale (difficultés de production,
pénuries, chocs externes sur l’offre et/ou sur la demande), créant l’excès de la demande sur
l’offre (facteurs réels), ce qui créerait l’inflation pendant qu’à long terme les prix sont
flexibles et toute augmentation de la masse monétaire créerait aussi l’inflation (facteurs
monétaires).

Or, l’objet de ce travail est justement de déceler lesquels des facteurs réels,
monétaires ou des anticipations se prêtent mieux aux fluctuations de l’inflation congolaise en
faisant recours à un modèle de synthèse.

A partir de ce modèle de synthèse, une modélisation VAR (Vecteur Autorégressif), a


permis d’élaguer les variables non pertinentes et de ne rester, à posteriori, qu’avec des
facteurs qui influencent effectivement l’inflation en RDC.

Mais au-delà de ce VAR, les anticipations rationnelles à la « Nouvelle Ecole


Classique » (la NEC) chère à Robert Lucas ainsi qu’à la Nouvelle Courbe de Phillips (la
NKPC=la « New Keynesian Phillips Curve »), chère à Calvo, ont été prises en compte, à
travers les chocs subis par l’inflation congolaise, grâce à l’étude de chocs impulsionnels de ce
VAR.
6

0.2. Problématique, objectif et hypothèses de recherche

Le maintien de toute vie en général et de la vie humaine en particulier, a des


exigences. Les hommes et les femmes de tous les lieux et de tous les temps consomment et
ont consommé des biens et des services pour rester en vie. C’est l’essence même de leur
existence. Néanmoins, une personne ne peut produire tout ce dont elle a besoin. Ainsi, elle
entre en échange avec ses semblables pour leur donner ce qu’elle a produit et dont elle peut
se passer et acquérir ce qu’elle n’a pas pu produire, mais dont elle a besoin. « L’homme qui
se trouve dans l’incapacité d’échanger avec ses semblables, ou qui n’en éprouve même pas le
besoin, ne fait pas partie de la Cité. Par conséquent, il est soit une brute, soit un dieu »,
affirme Aristote (cité par Fréderic T., 1993).

Pour maximiser leur utilité, les agents économiques passent par des échanges leur
permettant de diversifier leur consommation. Le principe de l’échange gouverne la vie de
toute société, renchérit Adam Smith : « donnez-moi ce dont j’ai besoin et vous aurez de moi
ce dont vous avez besoin vous-même ». A travers les âges, les économies viables sont les
économies de marché, sur lesquels se forment les prix et se déterminent les quantités
échangées.

Concernant la détermination des quantités échangées et des prix ainsi que


l’ajustement des marchés, les opinions des économistes divergent. Les uns (les libéraux)
pensent que l’ajustement passe par les prix, mais au contraire, pour les autres (les keynésiens),
les prix ne permettent pas un ajustement parfait des marchés. Les avis des auteurs et les
enchaînements économiques théoriques sont différents selon que l’on adopte le cas où les prix
égalisent l’offre et la demande (s’ils sont flexibles aux conditions de marché) ou alors le cas
où les prix sont imparfaitement flexibles ou encore rigides. Les économistes sont divisés.

Les uns (les classiques, les néoclassiques, les monétaristes et ceux appartenant à la
nouvelle école classique c’est-à-dire les libéraux) ont choisi la première option, celle de la
flexibilité des prix, et ont admis que les marchés sont équilibrés par les prix ou encore que les
conditions d’un tel ajustement sont satisfaites. A ce titre, toute intervention de l’Etat
(l'intervention publique) a comme défaut de se substituer par un « effet d'éviction» à
l'intervention privée.
7

Les classiques ne jurent que par la non intervention de l’Etat dans l’économie car
l’intervention de l’Etat est inutile parce que l’équilibre général est un optimum, et en ce sens,
le marché s’autorégule nécessairement. L’intervention publique est illégitime car l’Etat ne
devrait pas s’immiscer dans les choix délibérés et légitimes des privés. En effet, selon les
libéraux, l'équilibre résulte des choix microéconomiques rationnels des agents : vouloir le
modifier consiste à vouloir aller à l'encontre des choix privés volontaires ; ce qui est contre
la démocratie elle-même.

Cette intervention de l’Etat est d’ailleurs inefficace, elle est sans effet sur les
variables réelles de l’économie (l’emploi, le produit, ..). Le s politiques économiques, du
fait de la structure dichotomique du modèle, seront réputées n'avoir aucun effet sur les
grandeurs réelles. Elles ne viennent que perturber les équilibres établis par les marchés. Elles
créent des perturbations nominales [inflation] et elles évincent l'initiative privée.

Les autres, les keynésiens et les néo-keynésiens, ont choisi l’autre option et estiment
que les prix ne permettent pas un tel ajustement des marchés et que ceux-ci sont donc en
déséquilibre ou connaissent au moins un équilibre qui n’est pas parfait (monopole, oligopole,
…), loin des conditions de réalisation d’une concurrence pure et parfaite. D’où l’Etat doit
nécessairement intervenir.

En boostant la demande globale par ses politiques conjoncturelles, l’Etat permet aux
entreprises d’utiliser une main d’œuvre qui s’ajuste à la demande anticipée et de produire à la
hauteur de celle-ci (la demande effective). Il y a donc possibilité d’arbitrage entre l’inflation
et le niveau de chômage (courbe de Phillips). Des crises de surproduction peuvent survenir,
contrairement au modèle classique qui se fonde sur la loi de Jean-Baptiste Say (loi des
débouchés), loi qui stipule que l’offre crée sa propre demande. A l’évidence, les recherches
empiriques n’ont pas permis de trancher le débat !

Le débat qui précède suppose que l’on soit en face d’une économie monétaire où les
échanges sont réalisés et facilités par un numéraire. En effet, du troc à la monnaie scripturale,
fiduciaire et la monétique, en passant par la monnaie-marchandise et métallique (or, argent,
coquilles, sel ...), maintes stratégies ont été développées pour pouvoir échanger aisément et
tous les pays du monde fournissent des signes monétaires aux agents économiques œuvrant
sur l’étendue de leurs territoires respectifs.
8

Or, pour emprunter les termes de Milton Friedman, l’inflation est partout et toujours
un phénomène monétaire (Friedman M, 1968). C’est-à-dire, une inflation n’existe que lorsque
l’offre de monnaie excède le niveau des transactions de l’économie. S’il existe une monnaie
au-delà du niveau d’activité, l’inflation peut surgir. Monnaie et inflation sont ainsi deux
notions imbriquées. Autrement dit, en créant une monnaie ou en augmentant la quantité
monétaire dans l’économie, les autorités monétaires doivent avoir à l’esprit que l’inflation et
même l’hyperinflation peuvent surgir.

Dans les périodes de très forte inflation, toutes les fonctions de la monnaie
(instrument de transactions, réserve de valeur et unité de compte) peuvent être remises en
cause, surtout la fonction de réserve de valeur. Plusieurs pays et même des pays industrialisés
ont été confrontés à l’inflation et même au problème d’hyperinflation2. Des gouvernements
divers ont fait de la lutte contre l’inflation, leur cheval de batail et bon nombre de candidats
aux élections diverses (présidentielles, municipales,…) en ont tiré des arguments pour
convaincre leurs électorats.

En effet, comme l’a souligné Sumata C. (cité par IKANGA D, 2014)," la


problématique de l’hyperinflation demeure au centre de l’histoire financière de l’Europe
d’après-guerre. Plusieurs études ont analysé ce processus, dont la référence à l’économie
allemande constitue désormais un cas d’école. De même, l’évolution récente des économies
latino-américaine, avec notamment l’approche structurale (peu orthodoxe de l’inflation),
Israélienne et Libanaise, offre un champ propice à l’appréhension du processus de la hausse
cumulative des prix. "

L’inflation désigne une augmentation du niveau général des prix. Un rythme


« normal » de croissance économique s’accompagne généralement d’une inflation de
quelques points de pourcentage. Au plan macroéconomique, cette augmentation du niveau
général des prix signifie que la demande excède l’offre et que la quantité de monnaie en
circulation augmente plus vite que le volume des transactions. Raisonnablement, les autorités
monétaires estiment toutefois qu’un niveau positif d’inflation est bénéfique à l’économie.

Qu’il y ait dans l’économie un peu plus d’encaisses monétaires disponibles que de
biens et services à acheter facilite les transactions. De plus, que la monnaie perde un peu de sa

2 Par exemple, l'hyperinflation qui frappa l'Allemagne après la Première Guerre mondiale eut pour effet de multiplier le
volume de la monnaie en circulation par plus de 7 millions et les prix par 10 millions sur les seize mois qui précédèrent
novembre 1923. D'autres exemples d'hyperinflation se produisirent aux États-Unis et en France à la fin du XVIIIe siècle,
en URSS et en Autriche après la Première Guerre mondiale, en Hongrie, en Chine et en Grèce après la Seconde Guerre
mondiale, et dans quelques pays du tiers-monde au cours de ces dernières années.
9

valeur profite à ceux qui s’endettent donc à ceux qui investissent, puisque cela réduit le poids
réel de leur dette. Rien n’est pire que la déflation, situation symétrique à celle de l’inflation,
telle que l’ensemble des prix baissent jusqu’à paralyser totalement l’économie.

A quoi bon produire des biens dans une perspective de ralentissement de la demande
et des prix ? A quoi bon acheter aujourd’hui ce qu’on pourra payer demain moins cher ? En
situation de déflation, tout le monde est en quelque sorte figé dans une situation redoutable où
plus personne ne dépense (« la monnaie colle aux mains »). La déflation des années 1930
avaient d’ailleurs rendu les gouvernements de tous les pays touchés par la grande dépression
très tolérants à l’égard de l’inflation, leur faisant largement préférer la surchauffe occasionnée
par la croissance à la congélation provoquée par la récession.

Cela avait suffi à refouler le traumatisme causé par l’hyperinflation allemande du


début des années 1920. C’est dans les années 1970 que le spectre de l’inflation a ressurgi. Les
deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 provoquent une situation macroéconomique inédite,
dans laquelle l’inflation côtoie désormais le ralentissement de la croissance (« la
stagflation »). Le temps d’un arbitrage entre inflation et chômage est désormais révolu. Il faut
lutter à la fois contre l’inflation et le chômage.

Si, à la dose maîtrisée, l’inflation lubrifie les rouages du circuit économique, elle a
ceci de préoccupant qu’elle peut rapidement s’auto-entretenir et dégénérer en hyperinflation.
L’inflation est, en effet, un phénomène auto-réalisateur : en anticipant que les prix seront
élevés demain, on achète aujourd’hui, ce qui effectivement fait augmenter les prix. Tout le
monde préfère dans ce cas dépenser aujourd’hui (« la monnaie brûle les mains »).

La hausse des prix peut ainsi s’alimenter d’elle-même et s’accumuler jusqu’à devenir
de l’hyperinflation. En situation d’hyperinflation, les prix augmentent de plusieurs centaines,
voire milliers ou million de pourcents par an. Ce qu’on achetait hier avec quelques unités
monétaires nécessite aujourd’hui plusieurs centaines, milliers ou millions d’unités monétaires.
Les autorités monétaires peuvent y réagir avec plus ou moins de force et de succès : en
imprimant de nouveaux billets, en suspendant l’usage de sa monnaie, en changeant la parité
de sa monnaie (c’est-à-dire en la dévaluant par rapport à une autre lorsque le régime de
change s’y prête).

Les agents économiques réagissent quant à eux, en utilisant quand ils le peuvent, une
monnaie de substitution (le dollar américain par exemple) ou en « troquant ». Quand la
monnaie ne vaut plus rien, mieux vaut échanger des biens contre d’autres biens.
10

L’hyperinflation peut ainsi finir par totalement démonétiser l’économie. Ce sont les
fondements même de l’économie de marché qui peuvent alors se trouver menacés.

Dans l’économie d’échanges parallèle qui se met en place, certains biens, du fait de
leurs caractéristiques (faciles à transporter, divisibles, standards, …) peuvent toutefois devenir
de bons intermédiaires des échanges (ce sont des monnaies-marchandises comme par exemple
la cigarette en Allemagne après la capitulation de mai 1945) (Couppey S. J., 2010). Mais la
monnaie officielle perd, quant à elle, ses attributs et c’est alors la souveraineté même de l’Etat
du pays concerné qui se trouve ébranlée. La monnaie n’est pas le moindre de ces piliers sur
lesquels repose la souveraineté des Etats modernes et dont la remise en cause est douloureuse
(Vahavi B., 2007).

Ainsi, depuis les années 70, un consensus semble s’établir dans la littérature
économique pour reconnaître que l’inflation engendre des coûts en termes
macroéconomiques. L’une des raisons est qu’un taux d’inflation élevé affecte négativement
les équilibres réels (Mialou A., 2002). Ce qui se traduit par une réduction de l’efficience des
facteurs de production. Plusieurs études ont estimé ce coût sur la croissance économique. Il
s’agit, notamment, des travaux de Kahn et Senhadji (2000) (cités par Zonon A. (2003) qui ont
mis en évidence une influence négative de l’inflation sur la croissance dès qu’elle se situe
dans un seuil compris entre 1 et 3% pour les pays industrialisés et 7 et 11% pour les pays en
développement.

Des études attestent en effet, que l’inflation affecte négativement la croissance


(Bruno M., 1996). Certes, son effet est faible à des niveaux d’inflation faibles, mais
significativement négatif à des niveaux d’inflation élevés. Une réduction, même légère du
taux de croissance, aurait, avec le temps, des effets cumulés considérables sur la production
et la prospérité. Des taux d’inflation plus élevés, ou plus variables, tendraient à accroître
l’inégalité des revenus.

En outre, cette incidence défavorable de l’inflation sur la répartition des revenus est
plus probable dans les pays où le secteur financier est moins développé3. Réduire la pauvreté
doit être un objectif éminemment prioritaire en Afrique. Sa réalisation passe par une
croissance forte et par moins d’inégalités dans les revenus. Or, l’inflation, lorsqu’elle est
réduite et stabilisée à de faibles niveaux, est de nature à réduire l’inégalité (Kabuya F., 2009).

3 Pour mémoire, sur les 44 pays de l’Afrique subsaharienne classés en fonction du niveau de développement de leurs
marchés financiers, seule l’Afrique du Sud fait partie du groupe des « marchés émergents », 12 pays appartiennent au
groupe des « marchés pionniers » et tous les autres font partie du groupe des « pays en voie de développement financier».
11

La maîtrise de l’inflation s’avère alors primordiale, non seulement pour l’activité


privée, mais aussi pour la sauvegarde du pouvoir d’achat des populations. Le but premier de
la politique monétaire est actuellement considéré comme la recherche d’un degré raisonnable
de stabilité des prix, car dans le cadre des stratégies de politique monétaire, le ciblage de
l’inflation tend tout simplement à s’imposer. En Afrique centrale, l’inflation est une priorité
économique à laquelle les Pouvoirs publics sont régulièrement confrontés, compte tenu de ses
implications sur le pouvoir d’achat et, parfois, la capacité de subsistance.

La banque centrale, à qui revient cette mission, se doit de définir les contours de sa
politique en la matière, de façon à « créer » une inflation cohérente avec les objectifs de
croissance et de développement. L’expérience du passé démontre à suffisance que cette
maîtrise échappe parfois aux autorités, avec de graves conséquences socio-économiques, qui
touchent en premier lieu les plus pauvres. A cet effet, l’inflation est un sujet qui mérite d’être
étroitement suivi dans une région où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil
de pauvreté.

La République Démocratique du Congo n’a pas échappé à ce phénomène. La


monnaie congolaise, (le Franc congolais, jadis appelé le Zaïre) connaît l’une des histoires les
plus ahurissantes au monde en matière d’inflation. En effet, la RDC a été confrontée au
problème d’inflation voire de l’hyperinflation pendant plusieurs décennies. Et pendant des
décennies, le pouvoir d’achat de la monnaie et des autres actifs financiers à valeur fixe s’est
érodé du jour au lendemain, provoquant des distorsions et des incertitudes économiques. Les
prévisions des agents économiques ne rencontraient plus les réalisations, surtout à long terme,
rendant l’exécution des projets difficile, voire impossible.

Nous pouvons, néanmoins, remarquer que plusieurs programmes ont été mis sur
pieds par les autorités pour tenter de remédier à la situation catastrophique qui prévalait en
RDC depuis les années 1970. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer : la politique de désinflation
rapide, le programme intérimaire renforcé, le programme d’ajustement structurel, le
programme autonome de gestion macroéconomique, les réformes monétaires et plus
récemment, la bancarisation de la paie des fonctionnaires de l’Etat. Cependant, force est de
constater que la plupart de ces programmes n’ont pas donné de résultats escomptés.

Lorsque les prix augmentent et que par conséquent les produits coûtent plus cher,
cela peut signifier trois choses : soit les produits deviennent relativement plus rares et que
cette rareté provienne d’une demande accrue (inflation par la demande), soit cette rareté
12

provient plutôt d’une plus grande difficulté dans la production (inflation par les coûts) (ces
deux cas sont les déterminants réels et structurels de l’inflation) ou enfin soit la monnaie a
tout simplement perdu de sa valeur du fait de sa quantité accrue en circulation, réduisant ainsi
son pouvoir d’achat (déterminants monétaires de l’inflation).

Cependant, toutes les recherches qui ont déjà été menées sur l’inflation au Congo4 ne
se sont basées, à priori, que sur un seul ou, à la limite, deux types de facteurs seulement en
écartant, sans aucune autre forme de procès, les autres types de facteurs. Pour les uns
(notamment, les chercheurs de l’I.R.E.S. : Leclercq H., Dupriez G., Dupriez P., Reylandt B.,
…, ainsi que d’autres chercheurs : Beaugrand P., Nachega J.C., Paluku N., Kalonji N, ….),
c’est le facteur monétaire qui influence l’inflation au Congo. Pour les autres (Mubake M.V. et
Sumata C.), les facteurs structurels l’emportent.

Cette présente recherche s’applique à déceler les liaisons entre l’inflation et ses
facteurs déterminant, dans un cadre à la fois conjoncturel et structurel, en ne laissant de côté, à
priori, aucun facteur susceptible d’influencer l’inflation. En effet, à court terme, la production
peut s’écarter momentanément de sa tendance générale (difficultés de production, pénuries,
chocs externes sur l’offre et/ou sur la demande), créant l’excès de la demande sur l’offre
(facteurs réels), ce qui créerait l’inflation ; pendant qu’à long terme, les prix sont flexibles et
toute augmentation de la masse monétaire créerait aussi l’inflation (facteurs monétaires).

Etant donné le caractère nuisible de l’hyperinflation, son expérience malheureuse en


RDC et les échecs de programmes ainsi que de résolutions prises par les autorités monétaires
de la RDC, pensons-nous, une étude de l’inflation en RDC serait révélatrice d’autres
phénomènes qui ne seraient pas encore, jusque-là, pris en compte dans la définition de la
politique monétaire en RDC. L’inflation étant en relation avec d’autres agrégats
macroéconomiques, cette préoccupation suppose qu’une étude des variables qui expliquent
son niveau et ses caractéristiques en RDC, soit faite. C’est l’objet de ce travail. Il s’agit en
fait, de déceler, de découvrir lesquels des facteurs monétaires, réels structurels ou des
anticipations se prête mieux aux fluctuations de l’inflation congolaise. Pour mieux cerner la
question, l’étude part de l’interrogation principale suivante :

De 1964 à 2016, le processus inflationniste de la République Démocratique du


Congo était-il influencé par les facteurs monétaires, réels ou plutôt par les anticipations des

4
Voir le premier point de l’introduction : état de la question, page numéro 1 de ce travail.
13

agents économiques? Quelle est la meilleure explication de l’inflation congolaise parmi tous
ces facteurs ?

Pour les classiques, la monnaie n’est jamais désirée pour elle-même, elle ne sert qu’à
réaliser les échanges. Elle n’a aucune influence sur les variables réelles de l’économie. Elle
n’est qu’un voile. Elle n’affecte que le niveau général des prix. Un excès d’offre de monnaie
par rapport aux encaisses réelles souhaitées par les agents se résorbe dans la hausse des prix,
laissant intacte la production globale et le niveau de l’emploi. Dans un modèle d’équilibre
général walrasien, la théorie de la valeur va déterminer les prix relatifs et les quantités
d’équilibre des marchandises, abstraction faite de la monnaie. Cette analyse sera complétée
par une analyse du marché de la monnaie et de son équilibre, qui dépendent de la théorie de
la valeur, mais ne l’affecte pas. Cette méthode est ce que Don Patinkin a appelé la
«dichotomie classique».

L’école de Cambridge tient à peu près ce même langage, notamment Alfred


Marshall et Arthur Cecil Pigou (Bec B., 2000). La théorie quantitative de la monnaie est une
équation mathématique établissant un lien de causalité entre la quantité de monnaie en
circulation dans l’économie et le niveau général des prix.

Dans sa formulation ancienne, Jean Bodin a, dès le XVIème siècle, analysé le


mécanisme d’augmentation du niveau général des prix en relation avec l’afflux de métaux
précieux en provenance du Nouveau Monde. La formulation moderne de cette théorie est à
porter au crédit de l’économiste et mathématicien américain Irving Fisher, qui l’a formalisée
sous la forme d’une équivalence : MV = PT, M représentant la quantité de monnaie en
circulation, P le niveau général des prix, T le volume de production. La connaissance de ces
trois variables permet de déduire V, vitesse de circulation de la monnaie ou nombre de fois où
une unité monétaire permet de régler les transactions.

L’école néoclassique ainsi que les économistes acquis aux enseignements du


monétarisme, émettent, à propos de cette théorie, deux hypothèses fortes dans la mesure où la
variable V (circulation de la monnaie) est supposée constante et où T (production) symbolise
une situation de plein-emploi des facteurs de production. Sachant que M (quantité de
monnaie) est fonction du comportement des autorités monétaires qui, par la création
monétaire, agissent sur le stock de monnaie en circulation, l’équation ne sert qu’à déterminer
P, autrement dit le niveau général des prix. Dans cette optique, c’est la quantité de monnaie
en circulation qui fait varier le niveau général des prix. La théorie quantitative de la monnaie
14

offre dans ce cadre une explication monétaire de l’inflation et détermine le sens causal de
cette relation : la croissance de la masse monétaire engendre l’inflation. Milton Friedman (cité
par Crozet Y., 1995), chef de file contemporain de l’école monétariste, a exprimé cette
relation en constatant que « l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire ».

Si tel est le cas, la question première tantôt soulevée donne lieu à cette première
question spécifique : quelles ont été les réactions du niveau général de prix face aux
fluctuations de la masse monétaire en RDC durant la période sous étude ?

Plusieurs études empiriques ont montré la consistance de cette théorie. En effet,


l’étude fondatrice de Friedman et Schwartz (cités par Zonon A., 2003) sur l’histoire
monétaire des Etats-Unis indique clairement une corrélation positive entre la croissance de la
masse monétaire et le niveau de l’inflation. Plus tard, d’autres études à travers le monde,
confirment cette théorie : les pays où les taux de croissance de la monnaie sont élevés tendent
à avoir un taux d’inflation élevé et les pays à faible croissance monétaire, un taux d’inflation
réduit.

L’inflation étant vue chez les monétaristes comme un des maux les plus importants
de l’économie, à cause du fait qu’elle perturbe les anticipations des agents économiques, il
faut donc la combattre de façon vigoureuse avec une limitation de l’évolution de la masse
monétaire correspondant à celui de l’augmentation des biens et services (Zonon A. 2003).

Beaucoup de gouvernements des pays en voie de développement recourent à la


planche à billets pour financer le déficit budgétaire. Pour beaucoup de pays en développement
où le système de collecte des impôts, les marchés de capitaux et les institutions sont sous-
développés, les gouvernements n’ont pas d’autre moyen que de monétiser leurs déficits
budgétaires. Ce que le gouvernement fait dans ce cas, c’est de prélever des ressources par la
création monétaire. Le revenu qu’il s’octroie par ce mécanisme est appelé revenu de
seigneuriage. Il correspond en fait, à une taxe que l’Etat prélève sur la création de monnaie et
comparable à n’importe quelle autre taxe prélevée ; c’est pourquoi, il est souvent appelé taxe
d’inflation.

Le grand problème de ce mode de financement est son caractère inflationniste et les


règles de gestion monétaire stricte commandent que le revenu de seigneuriage soit minimisé.
Pour que cela soit possible, il faut que la banque centrale ait une relative indépendance pour
mener à bien sa politique de rigueur. Lorsque ce n’est pas le cas, les autorités ont tendance à
maximiser le revenu de seigneuriage, sans tenir compte de ses conséquences néfastes.
15

Keynes montre qu’un déficit public, même s’il est financé par une création
monétaire, ne sera jamais inflationniste car l’économie n’est pas au plein emploi.

Selon Keynes, dans son œuvre intitulée «Théorie Générale de l’Emploi, de l’Intérêt
et de la Monnaie» (cité par Tremblay J.M. 2013), les modifications du revenu national
déterminent la consommation et l'investissement. Ainsi, pour maintenir des niveaux optimaux
de production et d'emploi, les dépenses budgétaires et la politique fiscale d'un gouvernement
doivent être utilisées. La masse monétaire doit, ensuite être ajustée de manière à financer le
niveau désiré de croissance économique, tout en évitant des crises économiques et des taux
d'intérêt élevés, qui décourageraient la consommation et l'investissement.

Ainsi, selon cette théorie, les dépenses publiques et la politique fiscale peuvent être
utilisées pour compenser l'inflation et la déflation par un ajustement de l'offre et de la
demande. Une politique monétaire expansionniste permet de relâcher la contrainte budgétaire
des ménages ou de l’État, ce qui accroît leur demande de biens de consommation. Cet excès
de demande n’aboutira à un accroissement du niveau général des prix que si les capacités de
production de l’économie sont saturées.

Or, selon le modèle keynésien, l’économie est en situation de sous-emploi. C’est la


demande effective (ou anticipée) qui détermine la main d’œuvre à utiliser par les entreprises
de manière à avoir un niveau de production qui satisfait cette demande. Lorsque le niveau de
production s’écarte de son niveau naturel, cela crée une inflation.

Dans ce cas, une deuxième question spécifique se pose : l’écart de production réelle
(biens et services) a-t-il eu un effet sur le niveau général de prix en RDC ? Autrement dit le
gap de production est-il un déterminant significatif du taux d’inflation en RDC ?

Keynes énonce la théorie de la préférence pour la liquidité cassant ainsi cette


dichotomie classique. Les agents économiques détiennent les encaisses réelles pour trois
motifs : transaction, précaution et spéculation. La demande de monnaie est fonction non
seulement du revenu, mais aussi du taux d’intérêt. Celui-ci (le taux d’intérêt) devient donc le
canal par lequel les chocs subis par le marché monétaire se répercutent sur la sphère réelle.

Lorsque la banque centrale fait varier les taux d’intérêt nominaux de court terme du
marché monétaire (via ses variations de taux directeurs), les agents n’ajustent pas
immédiatement leurs anticipations d’inflation. En effet, selon Keynes, les prix présentent, au
16

moins à court terme, une certaine viscosité (ou rigidité) liée à ce qu’on appelle des « coûts de
changement d’étiquette », ainsi qu’à la situation d’interdépendance dans laquelle se trouvent
les entreprises, faisant qu’elles ne peuvent changer leur prix du jour au lendemain.

Comme les anticipations d’inflation et donc les prix ne s’ajustent pas instantanément,
une baisse (hausse) du taux nominal à court terme fait baisser (monter) le taux d’intérêt réel
(taux nominal – inflation anticipée) de court terme. Selon la théorie, si le taux d’intérêt réel
baisse, les ménages réduiront leur épargne et consommeront davantage, tandis que les
entreprises investiront davantage. La hausse de la demande globale relancera alors la
croissance, tant que les prix ne seront pas ajustés.

Les débats ont été vifs sur le sujet opposant au milieu des années 1990 d’un côté
John Taylor (1993), convaincu de la force de ce mécanisme de transmission par les taux
d’intérêt, à Ben Bernanke et Mark Gertler (1999), sceptiques quant à l’incidence du taux
d’intérêt sur l’investissement (via le coût du capital). Les modifications du taux d’intérêt par
la banque centrale ont des répercussions sur les liquidités des banques commerciales à travers
notamment le mécanisme du réescompte. Ce qui modifie aussi la masse monétaire en
circulation et donc le niveau général des prix.

Les économistes du développement considèrent que les causes de l’inflation sont à


rechercher dans les difficultés rencontrées par les gouvernements pour impulser la
croissance économique et le développement, à cause notamment d’une épargne insuffisante,
de l’absence d’industries domestiques développées, de l’existence de goulots d’étranglement
dans le secteur agricole, de la forte instabilité des exportations et des contraintes de change,
etc (Kabuya F., 2009).

L’approche du modèle d’offre agrégée et de la demande agrégée fournit une


explication plus synthétique des causes de l’inflation en mettant l’accent sur l’influence de
divers facteurs ou « chocs » du côté de la demande et du côté de l’offre. Les facteurs
considérés sont souvent, du côté de l’offre, les variations des prix des produits de base
importés et les fluctuations du taux de change nominal, dans la mesure où la dépréciation de
la monnaie d’un pays accroît le prix des intrants importés dans le processus de production.
Du côté de la demande, les variables considérées sont la croissance de la masse monétaire
au sens large, un indicateur de l’écart entre la production effective et la production potentielle,
et les taux d’inflation antérieurs. La RDC importe plusieurs biens et services surtout
manufacturés dont les prix sont fixés à l’étranger et se répercutent sur les prix intérieurs.
17

Ainsi la troisième question spécifique est la suivante : le taux de change peut-il être
considéré comme un facteur influençant l’inflation en RDC ?

Et la quatrième question se libelle de la manière suivante : l’inflation connue en RDC


a-t-elle été influencée par les importations ? Autrement-dit, s’agit-il d’une inflation
importée ?

Certaines études ont prouvé que l’inflation peut présenter une composante
dynamique de long terme, résultant en partie de l’ajustement des anticipations des agents
économiques (Kwitou H., 2012). Selon l’hypothèse d’anticipations adaptatives que défend
Friedman, les gens constituent leurs anticipations relatives au prix en se fondant sur les
valeurs récemment observées des prix. Il y aurait donc une inertie dans l’inflation, venant du
fait que les anticipations de l’inflation future qui sont en fait, basées sur l’inflation du passé,
influencent les prix qu’attendent les agents économiques. L’implication de cela est que
l’inflation ne peut que changer lentement d’année en année selon le degré de crédibilité de la
politique budgétaire et monétaire.

Pour des auteurs comme Lucas (chef de file de la Nouvelle Ecole Classique) et
Sargent (1982) (cités par ZONON A., 2003), les anticipations adaptatives sont trop simples
pour s’appliquer à plusieurs circonstances. Selon cette hypothèse, les agents économiques
utilisent de manière optimale, toute l’information disponible, y compris l’information sur les
politiques actuelles et prospectives, pour prévoir les prix. Ce sont plutôt des anticipations
rationnelles. L’inertie de l’inflation n’est qu’apparente : en fait, ce sont les politiques
budgétaires et monétaires inadéquates qui entretiennent la dynamique de l’inflation. Si ces
politiques prennent fin, cette dynamique s’arrêtera d’elle-même et les agents feront des
anticipations correctes.

Comme la RDC a connu une période plus ou moins longue d’hyperinflation, le


comportement rationnel des agents économiques les pousse à considérer les niveaux
d’inflation passée pour fixer les prix. Dans ce cas, il y a lieu de se poser aussi la cinquième
question spécifique : il y a-t-il une inertie dans l’inflation congolaise et les agents
économiques incorporent-ils dans leur comportement les chocs subis par le taux d’inflation
passée ? Autrement dit, les taux d’inflation congolaise connaissent-ils un processus
18

autorégressif (AR), de moyenne mobile (« Moving Average (MA) ») ou plutôt un processus


mixte autorégressif de moyenne mobile (ARMA)5?

Telles sont les questions auxquelles nous tenterons de répondre dans cette étude,
mais il sied de donner l’objectif et poser les hypothèses de travail avant d’en arriver là.

L’objectif de la présente étude consiste à analyser les différents facteurs explicatifs


de l’inflation en RDC, depuis 1964 jusqu’en 2013. Plus spécifiquement, il s’agit de pouvoir
analyser d’abord un à un les facteurs susceptibles de déterminer l’inflation et, ensuite, tenter
de trouver la relation, c’est-à-dire de modéliser économétriquement l’inflation en RDC. Cette
dernière étape permet de mesurer l’impact de chacun de ces facteurs sur l’inflation au Congo
et en définitive ressortir une politique monétaire conséquente.

Sur le plan théorique, trois grands courants se livrent « bataille » sur la notion de
l’inflation : l’approche « libérale », l’approche « keynésienne » et l’approche structuraliste.
Mais au-delà du désaccord, les approches semblent être unanimes sur des points importants :
Elles considèrent toutes que la monnaie est offerte sur un marché par le système bancaire
(exogénéité) et demandée par les agents. On y fait donc l’hypothèse que la monnaie est un
objet de marché. Elles considèrent aussi toutes que les conditions prévalant sur le marché de
la monnaie déterminent les positions que prennent les agents sur d’autres marchés. En ce sens,
elles intègrent toutes la monnaie au système de prise de décision sur le marché des biens et
même sur le marché de l’emploie (notamment avec la courbe de Philips qui donne une
relation ou mieux une possibilité d’arbitrage entre l’inflation et le chômage). Les classiques,
Keynes et structuralistes traitent la monnaie comme un phénomène macroéconomique.
Toutefois, leurs analyses font référence aux comportements des agents.

Il y a toutefois une différence fondamentale entre ces approches, concernant


l’inflation. Les uns (les classiques et les néoclassiques) pensent que le niveau de la masse
monétaire en circulation est la seule explication possible du niveau de l’inflation ; tandis que
les autres (les keynésiens et les néokeynésiens) pensent que l’explication de l’inflation est à
chercher plutôt du côté du déséquilibre entre l’offre et la demande des biens et services. Sims
(1999) et Woodford (1998) (Cités par EHRHART H. et alii 2012) pensent qu’il faut intégrer
le déficit budgétaire dans l’explication de l’inflation. Pour les autres encore (les
structuralistes), les distorsions du tissu économique sont la principale cause de l’inflation.

5 ARMA : « Autoregressive Moving Average » (Modèle autorégressif de moyennes mobiles)


19

Au-delà de ce débat théorique, des travaux empiriques, notamment ceux de Bruno et


Fischer (1990) (cités par KWAKAM B., 2003), Abdoulaye Zonon (2003), … ont intégré le
taux de dépréciation de la monnaie dans leurs modèles, en plus des déterminants de l’inflation
ci-haut soulevés.

A la lumière de ce débat théorique et de ces travaux empiriques, nous posons les


hypothèses suivantes :

Pour la question principale : Etant donné que l’histoire monétaire congolaise a connu
des situations inédites, par exemple la présence de plusieurs monnaies qui ont circulé
concomitamment dans un seul espace monétaire, les démonétisations et les réformes
monétaires à souhait qui ont émaillé la deuxième République, …nous supposons que
l’inflation congolaise est multidimensionnelle. Elle n’est pas influencée de manière intégrale
par un seul type de facteurs (monétaires, réel, structurel ou par les anticipations) mais nous
pensons qu’elle est expliquée simultanément par tous ces types de facteurs. Ainsi, nous
subodorons que les déterminants de l’inflation en RDC sont le gap de la production, la masse
monétaire, le taux d’intérêt, les importations et le taux de change sans oublier l’histoire de
l’inflation, étant donné les anticipations (rétrospectives, adaptatives et/ou rationnelles) des
agents économiques. L’inflation congolaise est à la fois endogène (c’est-à-dire liée aux fluctuations
de la masse monétaire, aux gaps de production, au taux d’intérêt, aux anticipations inflationnistes)
et importée (c’est-à-dire influencée par le taux de change et par les importations). Elle ne se situe de
manière intégrale ni du côté libéral, ni du côté keynésien, ni du côté structuraliste mais elle
est expliquée simultanément par ces trois courants, par un modèle de synthèse.

Pour les questions spécifiques :

 L’inflation congolaise évolue en fonction directe de la masse monétaire et du taux de


change.
 L’inflation congolaise évolue en fonction inverse d’une part de l’écart entre la
production effective et la production potentielle et d’autre part du taux d’intérêt et des
importations.
 Le modèle d’inflation en RDC connaît des variables décalées du type ARMA, vu les
anticipations aussi bien rétrospectives, adaptatives que rationnelles que font les agents
économiques congolais et les chocs qu’a connus l’économie congolaise.
20

0.3. Méthodologie et subdivision du travail

0.3.1. Méthodologie

Tout travail se voulant scientifique doit être élaboré selon une certaine approche
méthodologique. Dans le cadre de ce travail, les méthodes suivantes ont été utilisées :

1. La méthode hypothético-déductive

2. La méthode comparative

3. La méthode économétrique

 La méthode hypothético-déductive a été utilisée en ce sens que l’étude part des


hypothèses théoriques déjà formulées par différents auteurs sur les déterminants de l’inflation,
pour les appliquer sur le cas particulier empirique de la RDC. En effet, la vive polémique
théorique entre les auteurs libéraux, keynésiens et structuralistes a constitué la base théorique
de ce travail : nous avons fait recours à la littérature existante dans le cadre de la
macroéconomie keynésienne, libérale et structuraliste fondée sur la notion des anticipations
rationnelles des agents en explorant certains modèles et études antérieures portant sur
l’inflation dans le cadre de chaque approche (libérale et keynésienne et structuraliste).

Il a été donc question d’explorer les travaux qui ont appliqué l’une ou l’autre de ces
approches et qui ont porté sur différents pays ayant fait l’expérience de l’inflation chronique
ou d’hyperinflation tels le Brésil, la Bolivie, l’Argentine, l’Israël, l’Uganda ... Ensuite,
quatre modèles d’inflation en RDC ont été estimés en raison d’un modèle par approche et un
modèle de synthèse.

 La méthode comparative a permis d’approcher, entre elles d’abord, les


opinions théoriques des auteurs sur l’inflation, puis comme dit dans le paragraphe précédent,
comparer chacune des propositions théoriques à la réalité empirique de la RDC. Les
conceptions libérale, keynésienne et structuraliste ont servi de base d’analyse étant donné le
degré de leur clivage. Elles sont diamétralement opposées dans l’explication des phénomènes
économiques en général et de l’inflation en particulier.
21

 La méthode économétrique a conduit à ressortir la meilleure relation possible


(du point de vue économétrique) qui existerait entre l’inflation et ses déterminants en RDC.
La modélisation VAR et la causalité au sens de Granger ont été utilisées pour déterminer les
facteurs qui influencent l’inflation en RDC.

Pour l’analyse économétrique, le modèle utilisé chez les libéraux est celui issu de la
théorie quantitative qui a traversé toute l’histoire monétaire de Xenophon à Irving Fisher en
passant par Jean BODIN, David Hume, l’école de Cambridge (Pigou), pour se prolonger
jusqu’à l’école monétariste (Friedman) et la Nouvelle Ecole Classique (Lucas).

L’équation quantitative donne une relation croissante entre la masse monétaire et le


niveau des prix. David Hume (Bramouille G. et Augey D., 1998) écrivait : « supposons que
les quatre-cinquième de toute la circulation qui existe dans la Grande-Bretagne soient anéantis
en une nuit et que la nation anglaise ramenée au même état, en regard au numéraire, que sous
les Henry et les Edouard, quelle serait la conséquence de cet événement ? Les prix du travail
et des marchandises ne devraient-ils pas baisser en proportion et toutes choses être vendues
bon marché qu’à ces époques ?

Supposons encore que toute la circulation de la Grande-Bretagne soit quintuplée en


une nuit, l’effet contraire ne devrait-il pas se produire ? ». La « nuit » de Hume marqua la
quasi-totalité des auteurs libéraux.

De travaux de Milton Friedman, chef de file de l’école monétariste, nous retenons


que les agents économiques font des anticipations adaptatives et Robert Lucas retient plutôt
les anticipations rationnelles qui se focalisent sur le marché monétaire et son processus
d’ajustement dynamique. Le modèle libéral estimé est repris au niveau du septième chapitre.

Il s’agit ainsi d’un modèle autorégressif de moyennes mobiles. La partie


autorégressive capte les anticipations adaptatives prônées par Milton Friedman et l’école
monétariste, la partie « moyennes mobiles » capte les anticipations rationnelles de Robert
Lucas et la Nouvelle Ecole Classique (NEC) et la variable masse monétaire résume la pensée
libérale de l’inflation à travers l’équation quantitative de la monnaie.

Pour l’approche keynésienne, la courbe de Phillips donnant une possibilité


d’arbitrage entre l’inflation et le chômage a constitué la base de la modélisation. Cette courbe
22

a été enrichie par la loi d’Okun (qui met en relation l’output gap et le taux de chômage) et les
anticipations donnant ainsi naissance à ce que les auteurs appellent « la Nouvelle Courbe de
Phillips ».

L’approche du modèle d’offre agrégée et de la demande agrégée fournit une


explication plus synthétique des causes de l’inflation en mettant l’accent sur l’influence de
divers facteurs ou « chocs » du côté de la demande et du côté de l’offre. Les facteurs
considérés sont souvent, du côté de l’offre, les variations des prix des produits importés et les
fluctuations du taux de change nominal, dans la mesure où la dépréciation de la monnaie d’un
pays accroît le prix des intrants importés dans le processus de production.

Du côté de la demande, les variables considérées sont la croissance de la masse


monétaire au sens large, un indicateur de l’écart entre la production effective et la production
potentielle, et les taux d’inflation antérieurs. La RDC importe plusieurs biens et services
surtout manufacturés dont les prix sont fixés à l’étranger et se répercutent sur les prix
intérieurs.

Le modèle d’offre globale-demande globale qui introduit de chocs au niveau de


l’inflation, complété par le modèle structuraliste de l’inflation et la courbe de Phillips reprise
par les apports de Calvo G. A., (1983) qui lui donnent des anticipations et lui permet de
s’apparenter alors à la nouvelle courbe de Phillips (courbe de Phillips augmentée des
anticipations), nous ont donné le modèle de synthèse libéro-structuro-keynésien.

Les structuralistes affirment, en effet, que les sources de l’inflation sont à rechercher
du côté des goulots d’étranglement causés par la pénurie des produits. Cette pénurie est elle-
même causée par des chocs d’offre et de demande.

Comme préalable à toute analyse, le test de racine unitaire (stationnarité des


variables) et le test de cointégration ont été conduits : Etant donné que les variables
économiques ne sont ni stationnaires ni cointégrées par nature, les tests de Dickey-Fuller
augmenté (DFA) a été fait pour étudier la stationnarité des séries mais également leur ordre
d’intégration.

Le logiciel utilisé est le E-views 8.1. La technique documentaire a été d’une très
grande utilité pour la collecte de données. Ainsi, les données utilisées dans ce travail ont donc
été tirées des différents rapports de la BCC (Banque Centrale du Congo de 1964 à 2016). Pour
23

entrer dans leur intelligence, ces données ont été comparées avec celles utilisées par Vincent
NGONGA NZINGA (2015), ancien directeur de l’hôtel de monnaie de la Banque Centrale du
Congo. Les données brutes sont reprises en annexe (Tableau A1).

Enfin, les régressions par la modélisation VAR ont été réalisées pour estimer les
paramètres. Et, pour capter l’inertie de l’inflation congolaise et les chocs subis, des analyses
impulsionnelles des chocs subis par les différents VAR ont été effectuées.

0.3.2. Subdivision du travail

A part l’introduction et la conclusion, cette étude s’articule autour de deux parties :

La première partie porte sur les déterminants théoriques de l’inflation. Le premier


chapitre fait un panorama de la contribution des différents auteurs classiques en matière de
l’inflation. Dans le deuxième chapitre, les avis des auteurs keynésiens et structuralistes sont
donnés. L’inflation dans le modèle de synthèse (libéro-structuro-keynésien) est présentée au
niveau du troisième cinquième chapitre.

La deuxième partie tente de modéliser l’inflation en RDC et de proposer une


politique monétaire compatible avec celle-ci. Ainsi, dans le quatrième chapitre, le contexte de
l’inflation congolaise et l’évolution des différentes grandeurs monétaires et non monétaires en
RDC sont présentés.

Aussi, avant de déterminer quel genre de relation économétrique se dessine entre


l’inflation en RDC et ses déterminants (sixième chapitre), il est question d’exposer les
techniques de récolte de données, leur traitement et l’interprétation des résultats, le modèle
utilisé ainsi que la procédure d’estimation de ce modèle, bref, la méthodologie du travail
(sixième chapitre). La conclusion générale récapitule les résultats obtenus.

0.4. Intérêt du sujet


Le souci qui guide la réalisation de ce travail est de comprendre les rouages de
l’inflation en RDC. En effet, la RDC se recherche encore au niveau de la politique
économique à mettre en œuvre et en particulier la politique monétaire. Avec les guerres et les
autres crises socio-politico-économiques qui la caractérisent pendant plusieurs décennies, il
24

est clair que la RDC a pris un train de retard quant à la politique monétaire appliquée sous
d’autres cieux.

En effet, la résolution d’un problème commence par la compréhension de ses


différents aspects. Ce travail, sous contrainte des limites inhérentes à toute œuvre humaine,
permet de saisir les méandres de l’inflation dans un pays sous développé et, plus précisément,
dans un contexte de guerre et de crise généralisée.

Le travail nous permet en outre d’explorer et de comprendre autant que faire se peut,
les nouvelles orientations de la macroéconomie, aussi bien sur le plan théorique que pratique,
les méthodes économétriques actuelles (notamment la cointégration et la modélisation VAR)
et d’acquérir une maîtrise de la théorie sur l’inflation. La monnaie est au cœur des stratégies
de politique monétaire visant à assurer la stabilité à moyen terme des prix. Elle y joue soit le
rôle d'objectif intermédiaire, soit celui de variable informationnelle, un des indicateurs
précurseurs de l'inflation future.

Hormis ce cadre purement théorique, l’intérêt pratique de ce travail est évident.


Dans une économie où la politique monétaire tâtonne encore, la connaissance des
déterminants d’inflation et la relation qui se dessine entre les premiers et celle-ci, constitue
un point de départ vers l’efficacité. Faire comprendre aux preneurs de décisions les tenants et
les aboutissants de l’inflation en RDC constitue la principale visée de cette étude.
25

PREMIÈRE PARTIE :

DÉTERMINANTS THÉORIQUES DE
L’INFLATION
26

Introduction à la première partie

De façon générale, les économistes ont toujours accordé une attention particulière à
l’inflation, à cause de ses conséquences néfastes au plan économique et social. Les biens et
services qui constituent la richesse des nations sont mesurés en termes monétaires et dans ce
cas, il y a une symétrie entre la détention de la monnaie et celle des biens. Le problème de
l’inflation est qu’elle altère ou détruit cette symétrie qui est la base de la stabilité économique.
La même quantité de monnaie détenue à deux périodes différentes, ne permet pas d’acquérir
la même quantité de biens et services. Les fonctions d’unité de compte et de réserve de valeur
de la monnaie sont brouillées (Zonon A. 2003).

Il faut donc privilégier les politiques économiques qui maintiennent la stabilité du


pouvoir d’achat de la monnaie. Pour ce faire, la connaissance des causes de l’inflation est
indispensable. Dans la littérature économique, plusieurs théories existent, certaines se
concurrençant et d’autres se complétant.

Il importe de se rafraîchir la mémoire sur les théories de l’inflation. Ceci est


d’autant plus capital que, le champ de la science étant très vaste, il est impérieux au chercheur
de définir et de préciser les contours ou les connotations des principales théories inspiratrices
du travail. L’inflation a fait l’objet d’une littérature très abondante ces dernières années.

Cette partie se propose ainsi de comparer la compréhension de l’inflation par trois


courants : le courant libéral, le courant keynésien et l’approche structuraliste. C’est ainsi
qu’un débat sur les grandes théories de l’inflation y est opéré. Elle se termine par une
approche de synthèse, provenant du clivage entre les approches libérale, keynésienne et
structuraliste.

Ainsi, le premier chapitre expose les facteurs monétaires de l’inflation. Les facteurs
réels influençant l’inflation sont repris au niveau du deuxième chapitre. Au niveau du
troisième chapitre, la synthèse est présentée. Les trois chapitres de la première partie se
terminent tous par une section présentant les études empiriques sur chacune de ces approches.
Le quatrième chapitre revient sur la modélisation économétrique de cette théorie.
27

Chapitre premier :
DÉTERMINANTS MONÉTAIRES DE L’INFLATION :
« Du quantitativisme aux anticipations de l’inflation »
28

L’équation quantitative donne une relation croissante entre la masse monétaire et le


niveau des prix. David Hume (Bramouille G. et Augey D., 1998) écrivait : « supposons que
les quatre-cinquième de toute la circulation qui existe dans la Grande-Bretagne soient anéantis
en une nuit et que la nation anglaise ramenée au même état, en regard au numéraire, que sous
les Henry et les Edouard, quelle serait la conséquence de cet événement ? Les prix du travail
et des marchandises ne devraient-ils pas baisser en proportion et toutes choses être vendues
bon marché qu’à ces époques ? Supposons encore que toute la circulation de la Grande-
Bretagne soit quintuplée en une nuit, l’effet contraire ne devrait-il pas se produire ? ». La
« nuit » de Hume marqua la quasi-totalité des auteurs classiques.

La théorie libérale est essentiellement l'idée du "laisser-faire", conviction qu'on


retrouve dans le capitalisme pur. Dans cette vision, les cycles économiques sont des processus
économiques naturels qui ne requièrent aucune action de la part de l'État. Le mode
d’allocation des ressources qui permet la meilleure régulation économique est le marché, qui
permet également la coordination si on laisse faire le marché concurrentiel. Ils expriment très
clairement la capacité du marché à s’autoréguler à travers la notion de la « main invisible »,
chère à Adam Smith (Zeng C., 2010) : « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du
marchand de bière et du boulanger que nous attendons notre diner, mais bien du soin qu’ils
apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme,
et ce n’est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c’est toujours de leurs avantages ».

Les individus doués de raison et capables de déceler leurs propres avantages doivent
suivre leurs intérêts personnels car l’égoïsme travaille pour le bien commun. La société atteint
alors naturellement le bien-être et la prospérité. C'est la main invisible de la concurrence qui
consiste à affirmer l’existence d'un ordre naturel dont la réalisation ne fait intervenir aucun
principe moral. L’effet d’effort naturel de chaque individu pour améliorer sa condition
contribue directement au bien-être général même si ce n’était pas la volonté de chaque
individu. C’est l’égoïsme qui maximise l’intérêt général. Chez Smith, la notion d’équilibre et
d’efficacité ne sont pas distinctes et l’optimum atteint est un optimum au sens de Pareto :
«Une situation est optimale, au sens de Pareto, lorsque l’on ne peut pas améliorer le bien-
être d’un individu sans détériorer celui d’au moins un autre ». C’est une notion d’efficacité
collective et non de justice sociale.
29

Cette affirmation de Adam Smith, couplée avec la loi des débouchés de Jean-Baptiste
Say : « l’offre crée sa propre demande » et accompagnée par la loi de Walras : « il est
impossible qu’un équilibre soit établi sur le marché des biens et des titres, sans qu’il soit
également réalisé sur le marché du travail », résume l’appréhension libérale de l’économie
en général, la formation des prix et le processus inflationniste en particulier. Pour les
classiques, la monnaie est un voile c’est-à-dire que les transactions se concluent entre les
agents économiques, les quantités réelles se déterminent et la monnaie vient tout simplement
leur donner une valeur nominale : neutralité de la monnaie.

Etant donné que l’offre crée sa propre demande (loi de débouchés), le niveau de
production est dicté par le niveau de l’emploi. Les travailleurs sont les bienvenus dans les
entreprises car tout ce qui sera produit sera aussi écoulé : pas de contrainte de marché. La
production est fonction de l’emploi qui est lui-même fonction du salaire réel (les agents ne
souffrent pas d’illusion monétaire). Tout le monde qui voudrait travailler le fait. Et donc si le
chômage existe, c’est du chômage volontaire. Dans la théorie classique, le chômage
involontaire n'existe pas.

En effet, une modulation du salaire horaire assure le réemploi des chômeurs. En


outre, le besoin des travailleurs d'acheter des marchandises les encourage à accepter des
emplois même à salaire horaire inférieur. Si les salaires sont flexibles comme les économistes
classiques le profèrent, une diminution des salaires permet aux entreprises d'employer plus de
travailleurs. Les seuls à rester chômeurs sont ceux qui ne sont pas disposés à travailler pour
des salaires réduits, le marché du travail est donc aussi équilibré et l’ajustement se fait grâce
aux variations du salaire réel.

En définitive, toutes les capacités de production sont ainsi utilisées. Nous sommes
donc au niveau du plein emploi. Et donc la production est une constante. Dans ce cas, toute
variation de la masse monétaire ne va se résorber que par une variation des prix. Les prix sont
tellement flexibles que les marchés s’ajustent d’eux-mêmes. Si l’offre est supérieure à la
demande, les prix baissent pour stimuler la demande jusqu’à ce que l’offre soit égale à la
demande.

De même, si l’offre est inférieure à la demande, les prix vont monter jusqu’à ce que
les deux s’égalisent. Dans l'explication de la main invisible par Adam Smith, le processus qui
30

amène les entreprises à produire est tel que ce que les consommateurs veulent ne nécessite pas
la présence de l'État : l'économie dénoue elle-même ses propres problèmes.

SECTION I : STRUCTURE D’ENSEMBLE DU MODÈLE CLASSIQUE

II.I.1. Hypothèses du modèle classique

La confiance dans la régulation qu’opère le marché débouche sur la conception de


l’Etat minimal ou régalien. Les devoirs du souverain (l’Etat) sont précis et se limitent à trois
fonctions :

 Protéger la société contre la violence et les invasions d’autres sociétés : Défense


Nationale ;

 Protéger chacun des membres de la société contre l’injustice ou l’oppression de tout autre
membre de la société : Police et Justice ;

 Elever et entretenir des ouvrages et établissements publics utiles à la société pour lesquels
les profits ne peuvent jamais couvrir les dépenses d’un individu ou d’un petit groupe de
citoyens : production d’infrastructure (fonction tutélaire).

Il s’agit d’une vision de l’équilibre de court terme dans laquelle les offres et les
demandes des marchés des bien, du travail, de la monnaie et des titres s’ajustent par
les prix, et où le jeu concurrentiel des marchés conduit à la fois au plein–emploi du
travail et à la pleine utilisation des capacités de production. Le discours macroéconomique
n’a dans ce cadre comme seule spécificité que de s’appuyer sur une méthode de
raisonnement par agrégation.

Trois idées majeures (une conception générale et deux idées) sont à la base de la
théorie classique : la conception générale, la loi des débouchés et la théorie quantitative.
 Conception générale

Elle consiste à analyser les économies contemporaines comme des économistes de


marché, ayant une capacité spontanée à s’autoréguler. La coordination se fait par le marché
31

et les prix sont parfaitement flexibles (cfr la main invisible de A. Smith).

 Loi des débouchés (ou loi de Say)

Elle exprime que l’offre (globale) crée toujours sa propre demande, de sorte que
l’économie ne peut jamais connaître de crise de surproduction (version faible). Associée à
l’hypothèse de flexibilité des prix et d’ajustement des marchés, elle garantit que le niveau
d’activité sera en outre toujours maximal (version forte).

Cette loi n’est donc que l’expression de la vision classique de l’équilibre. Sa validité
repose sur le rôle subordonné conféré à la monnaie. C’est ce qu’exprime la dernière idée.
Ceci signifie que les revenus qui proviennent de la production de certaines marchandises
permettent aux consommateurs d'acheter les marchandises produites par d'autres.

Puisque tout le monde a besoin d'acheter des marchandises, chacun cherche à


produire des marchandises pour en retirer des revenus et peut ainsi acheter les marchandises
produites. Grâce à ce mécanisme, marchandises et revenus créent nécessairement un
équilibre perpétuel. Les travailleurs qui perçoivent des revenus les gagnent pour acheter les
diverses marchandises qu'ils désirent. En produisant des marchandises, ces travailleurs créent
des revenus avec lesquels ces marchandises peuvent être achetées.

 La théorie quantitative de la monnaie

Selon cette théorie, la monnaie n’a pas d’effets réels, mais affecte seulement le
niveau général des prix (NGP). Elle repose au fond, sur l’idée que la monnaie n’est pas
demandée pour elle–même (le seul motif de «demande de monnaie» est celui que Keynes
identifiera sous le nom de «motif de transaction» ; il en découle la constance de la vitesse de
circulation de la monnaie).

La théorie quantitative de la monnaie est donc la voie traditionnelle d’intégration de


la monnaie à une théorie «réelle» de l’économie de marché. S'il s'avère que certains
revenus ne soient pas immédiatement utilisés pour la consommation, les excédents qui en
résultent sont placés sur le marché monétaire sous forme d'épargne. Dès qu'elle est
empruntée, cette épargne est réinjectée dans l'économie sous forme d'investissement
32

(gonflement du capital).

L'intérêt payé par les emprunteurs aux épargnants permet de garantir qu'aucune
épargne ne soit retirée du marché monétaire. Le marché monétaire s'équilibre par une
modulation du taux d'intérêt. L'intérêt versé aux épargnants quand ils prêtent leur épargne est
un encouragement au prêt. Quand le taux d'intérêt est élevé, les gens veulent épargner et
prêter plus. De l'autre côté du marché, les emprunteurs ne sont pas encouragés à trop
emprunter à cause du taux d'intérêt élevé. Grâce à ce mécanisme, le marché tend au
rééquilibrage sous l'influence du taux d'intérêt.

Au total, selon cette approche, le niveau d’activité, pour peu qu’on accepte de laisser
fonctionner librement les marchés, sera toujours optimal, et cela en particulier parce que la
monnaie n’a aucun rôle spécifique à jouer en dehors de celui d’instrument technique
destiné à faciliter l’occurrence des échanges. Pour ces auteurs, le plein emploi est l’état
normal des affaires. Les politiques économiques ne sont pas les bienvenues.

La théorie présentée est en effet, une théorie réelle de l’ajustement par les marchés
du travail et du capital. Ainsi, on suppose ce qui suit :

1) Tous les agents économiques sont rationnels et ont pour objectif de maximiser leur
profit ou leur utilité ; en outre, ils ne souffrent pas d’illusion monétaire ;

2) Tous les marchés sont en concurrence pure et parfaite, et les agents


établissent leurs plans optimaux « prenant » les prix comme donnés, lesquels sont
parfaitement flexibles. La théorie classique avance que le rééquilibrage des marchés
se produit grâce à la souplesse des modulations des prix et des salaires. Par exemple,
en cas d'excès de main-d’œuvre (ou de produits), le salaire (ou le prix) s'ajuste de
manière à absorber l'excès. Si les prix et les salaires sont fluctuants, les marchés se
rééquilibrent automatiquement. Si, par exemple, beaucoup de gens sont sans emploi,
les entreprises peuvent employer des travailleurs à des salaires inférieurs. Le fait
qu'elles emploient alors plus de travailleurs réduit précisément le chômage.

3) Les agents ont une parfaite connaissance des conditions de marché et des prix
avant de s’engager dans l’échange. Les échanges se réalisent lorsque les prix
d’équilibre sont obtenus sur tous les marchés. Ainsi il n’existe pas d’échanges à des
33

prix faux (fiction du marché walrasien);

4) Les anticipations des agents sont stables.

II.I.2. Loi de Jean Baptiste Say (loi des débouchés)

Toute crise de surproduction s'avère impossible dans la mesure où le montant des


ventes des entreprises (somme des valeurs ajoutées) en étant intégralement reversé et reparti
entre les salariés et les capitalistes sous forme de revenus, assure un débouché à la production.
L'épargne, loin d'être une fuite, sert intégralement au financement de l'investissement via le
marché des fonds prêtables (marché des capitaux). Intégralement car, pour J. B. Say, la
monnaie n'est utilisée et désirée que pour le produit qu’elle permet d’acheter. Elle n’est qu’un
intermédiaire dans les échanges. Elle est demandée pour un motif de transaction uniquement.
Comme elle n’est pas demandée pour elle-même, elle n'est donc pas thésaurisée.

II.I.3. Loi de Walras

Sur les quatre macro–marchés envisageables a priori, on ne s’intéresse


qu’aux trois macro–marchés suivants : marchés du travail, des titres (marché des
capitaux) et des biens et services, ceci en raison de la loi de Walras qui s’applique et
exprime l’idée que les marchés ne sont pas indépendants. Pour notre propos, la
conséquence essentielle de la loi de Walras est la suivante : il est impossible qu’un
équilibre soit établi sur le marché des biens et des titres, sans qu’il soit également réalisé
sur le marché du travail. En d’autres termes, un déséquilibre restreint au seul marché du
travail est inconcevable : il ne peut pas y avoir de situation d’équilibre avec
chômage involontaire (la somme des valeurs des demandes excédentaires serait alors non
nulle, ce qui violerait la loi de Walras).

Si on se place dans un marché en concurrence pure et parfaite, alors Walras affirme


que l’économie se maintient automatiquement en équilibre (main invisible). Afin
d’expliquer le cheminement vers l’équilibre, Walras crée la figure du « commissaire-priseur
», on atteint l’équilibre par tâtonnement mais on l’atteint. Chaque individu, par son égoïsme
c’est-à-dire par sa volonté de maximiser soit son profit (producteur, offreur) ou soit sa
34

satisfaction (consommateur, demandeur), permet de converger vers cet idéal. L’équilibre


général, plus tard appelé équilibre-walrasien, se réalise de façon interdépendante sur les
marchés des biens et services, de production et de la monnaie. L’équilibre général n’est pas
une situation fixe, mais un état vers lequel l’économie doit tendre dans le cadre d'un régime
concurrentiel, c'est un idéal en continuelle mouvance. Le déséquilibre d'un des trois marchés
bouleverse l’ensemble, mais la loi du marché implique une tendance générale de retour à
l'équilibre.

Par simple agrégation des offres et des demandes individuelles on passe aux offres
et demandes totales exprimées sur un marché donné : l’offre totale est une fonction
croissante du prix et la demande décroit avec les prix, si l’on excepte les biens de Giffen.
Dans ce cadre, l’offreur est un « price-taker » (preneur de prix) et non « price maker »
(faiseur de prix). Le prix lui est imposé par le marché. Il détermine sa production en
fonction du prix auquel il pourra écouler sa production sur le marché du bien considéré. Il
produit la quantité qui représente l’égalité entre le coût marginal de production et le prix
imposé par le marché.

Le problème de Walras est de déterminer simultanément les quantités échangées et


les prix permettant d'égaliser les offres et les demandes pour ces quantités. Formellement,
puisque les quantités offertes dépendent positivement des prix et que les quantités
demandées dépendent négativement des prix, il montre que le problème peut s'écrire sous la
forme d'un système d'équations simultanées. Puisque pour n biens, et donc n marchés, on a
2n équations données par les offres et les demandes et qu'il y a 2n inconnues (les n quantités
échangées et les n prix), Walras en déduit que ce système, possédant autant d'équations que
d'inconnues, devrait avoir une solution.

Or, il est assez bien connu en mathématiques que même un système d'équations
algébrique à deux équations et deux inconnues peut ne pas avoir de solutions ou posséder
une infinité de solutions. Le problème de l'existence d'une solution à ce problème (dit
problème d'équilibre général) restera longtemps sans solution claire malgré des efforts
notables d'économistes comme Cassel ou Wicksell. Il faudra attendre 1953 et les
contributions conjointes de Kenneth Arrow et de Gérard Debreu pour mettre un terme à
cette situation. Arrow & Debreu (1954) démontrent l’existence d’un équilibre général qui
doit être unique et stable (hypothétique).
35

II.I.4. Dichotomie « réel/monétaire »

Le marché de la monnaie détermine les valeurs nominales ou les « prix


monétaires » (ou nominaux), et est au contraire sans influence sur les prix relatifs. La
monnaie est neutre, caractéristique de l’approche réelle. Cela implique que l’analyse
de l’équilibre monétaire ne se substitue pas à celle de l’équilibre réel, mais la complète
d’une façon qui ne remette pas en cause ses résultats.

Ainsi, dans un modèle d’équilibre général walrasien, la théorie de la valeur va


déterminer les prix relatifs et les quantités d’équilibre des marchandises, abstraction faite de
la monnaie. Cette analyse sera complétée par une analyse du marché de la monnaie et de son
équilibre, qui dépendent de la théorie de la valeur, mais ne l’affecte pas. Cette méthode est
ce que Don Patinkin a appelé la « dichotomie classique ».

Cette dichotomie prend la forme d’une dichotomie des «secteurs» : le secteur réel,
est constitué des marchés du travail, des titres (du capital), et des biens, et déterminent les
prix relatifs et les quantités réelles d’équilibre. L’équilibre du marché de la monnaie peut
alors (moyennant la connaissance du niveau de production réelle), déterminer, au regard de
la masse monétaire en circulation, le niveau général des prix (NGP). Les grandeurs réelles
pourront alors « revêtir » une apparence « monétaire » : la monnaie est un voile.
Au total, la structure du modèle sera donc :

Tableau n°1 : Structure du modèle classique


Marchés Variables déterminées
Bloc réel Travail Quantités et prix relatifs
Titres
Bloc monétaire Monnaie Prix nominaux

Source : J.P. KISONIA, 2014, cours de macroéconomie approfondie, inédit, Université Libre des Pays des

Grands Lacs (ULPGL), Goma, inédit, L1.

Cette structure résulte elle aussi du principe d’analyse adopté par les classiques :
envisager le fonctionnement économique comme le produit du comportement
d’agents individuels supposés tous parfaitement rationnels. Dans ces conditions, le
comportement des agents va avoir pour arguments, non pas les valeurs nominales, en
particulier pas les prix nominaux (salaire, prix et taux d’intérêt nominal), mais les valeurs
36

réelles, c'est-à-dire les quantités (en volume) et les prix relatifs (salaire réel et taux d’intérêt
réel).

Dans l’analyse classique, la monnaie, instrument d’échange, n’est pas demandée


pour elle-même, mais seulement pour ce qu’elle permet d’acquérir. La monnaie n’est qu’un
bien parmi les autres, celui qui est choisi comme étalon de référence pour fixer la valeur des
autres biens.

Dans le schéma classique, les prix, la production et la consommation des biens ne


dépendent que des demandes et des offres de ces biens. Il y a un équilibre sur les marchés de
chacun des biens, équilibre qui ne dépend en aucune façon du « marché de la monnaie » dont
le seul rôle est de fixer le niveau général des prix.

Cette absence d’interaction entre ce qui est « monétaire » et ce qui est « réel »
(activité économique de production et de consommation des biens), cette neutralité de la
monnaie, illustrée par la formule : « la monnaie n’est qu’un voile», revient à considérer que
les agents, à court terme comme à long terme, font une évaluation précise du prix de la
monnaie, c’est-à-dire du niveau général des prix : hypothèse d’absence « d’illusion monétaire
». En d’autres termes, les classiques privilégient uniquement la fonction « moyen d’échange »
de la monnaie : le seul motif de détention de la monnaie est le motif de transaction.

Le système n'a besoin, semble-t-il, d'aucune règle explicite de formation de


l'équilibre sur le marché des biens. Ceci est particulièrement commode dans la mesure où
les trois autres marchés (marché du travail, de monnaie et des titres) mettent en présence un
bien relativement homogène, ce qui n'est pas le cas du marché des biens puisqu'on doit faire
intervenir logiquement, et au minimum, deux biens : un bien de consommation et un bien
d'investissement.

Mais, l'application de la loi de Walras recouvre implicitement l'application de fait


de la loi de Say. On remarque en effet que jamais les variables de demande ne sont
spécifiées sur le marché des biens : on calcule la quantité offerte Q à partir de l'étude des
conditions du marché du travail, et on suppose, sans autre forme de démonstration, que cette
quantité offerte Q+ égale à la quantité demandée Q-.

On suppose donc qu'il n'existe jamais aucune contrainte de débouchés, et que sont
alors impossibles des crises de surproduction. Plus exactement, c'est la représentation
37

classique du marché du capital, dans laquelle le taux d'intérêt est réputé garantir l'équilibre
entre épargne et investissement, qui «transforme» la loi de Walras en loi des débouchés.

Encore une fois, c'est bien ce point précis qui est important:

- en fonction de l'application de la loi de Walras, l'équilibre du marché des biens


se trouve toujours déterminé une fois connus ceux du marché du travail, des titres et
de la monnaie;
- mais on s'aperçoit en fait que cela ne signifie pas que le marché des biens puisse
être ignoré pour analyser la formation de l'équilibre sur ces trois marchés : la
fonction de demande de monnaie, en particulier, n'a de sens que par rapport à
une hypothèse particulière quant à la formation de l'équilibre sur le marché du bien.

Au total, le modèle classique, avec loi de Say, flexibilité des prix, des salaires et du
taux de l'intérêt, peut connaître des variations de la structure de la demande, sans
déficience globale quant à son niveau. Pour autant, cela ne demeure vrai que sous
l'hypothèse d'absence de préférence pour la liquidité (acceptation de la théorie
quantitative) et de la représentation classique du marché du capital.

Le marché du travail détermine le salaire réel et le niveau de l'emploi, puis, via la


fonction de production, le niveau de production (loi de Say). Le marché des titres
détermine le taux d'intérêt réel et le montant de titres échangés, c'est-à-dire la structure
de la dépense et de la production globales. Le marché de la monnaie détermine le niveau
général des prix : la monnaie est un voile qui donne une apparence monétaire aux grandeurs
déterminées dans le secteur « réel » (quantités d’équilibre et prix relatifs).

SECTION II : ÉQUATIONS DE LA THÉORIE QUANTITATIVE

Toute augmentation de la quantité de monnaie se traduit par une augmentation des


prix. « Cela peut s’exprimer du fait que le niveau de prix ne dépend que de trois sortes de
causes :

1°) La quantité de monnaie en circulation ;


38

2°) Son degré d’activité c’est-à-dire la vitesse de circulation (soit le nombre moyen de fois
que la monnaie est échangée dans une année contre les biens) ;

3°) Le volume global de transaction (soit le montant des biens achetés avec la monnaie).

La théorie quantitative de la monnaie est une équation mathématique établissant un


lien de causalité entre la quantité de monnaie en circulation dans l’économie et le niveau
général des prix.

Dans sa formulation ancienne, Jean Bodin a, dès le XVIe siècle, analysé le mécanisme
d’augmentation du niveau général des prix en relation avec l’afflux de métaux précieux en
provenance du Nouveau Monde. La formulation moderne de cette théorie est à porter au
crédit de l’économiste et mathématicien américain Irving Fisher, qui l’a formalisée sous la
forme d’une équivalence :

MV = PT (2.4.1)

M représentant la quantité de monnaie en circulation,

P le niveau général des prix,

T le volume de production.

La connaissance de ces trois variables permettant de déduire V, vitesse de circulation


de la monnaie ou nombre de fois où une unité monétaire permet de régler les transactions.

L’école néoclassique ainsi que les économistes acquis aux enseignements du


monétarisme, émettent, à propos de cette théorie, deux hypothèses fortes dans la mesure où la
variable V (circulation de la monnaie) est supposée constante et où T (production) symbolise
une situation de plein-emploi des facteurs de production. Sachant que M (quantité de
monnaie) est fonction du comportement des autorités monétaires qui, par la création
monétaire, agissent sur le stock de monnaie en circulation, l’équation ne sert qu’à déterminer
P, autrement dit le niveau général des prix. Dans cette optique, c’est la quantité de monnaie
en circulation qui fait varier le niveau général des prix.

La théorie quantitative de la monnaie offre dans ce cadre une explication monétaire


de l’inflation et détermine le sens causal de cette relation : la croissance de la masse monétaire
engendre l’inflation. Milton Friedman, chef de file contemporain de l’école monétariste, a
39

exprimé cette relation en constatant que « l’inflation est toujours et partout un phénomène
monétaire ».

II.2.1. Equation de Fischer

A chaque vente correspond un achat et le montant des ventes est nécessairement égal
au montant des achats pour l’ensemble de l’économie. Sachant que le montant des ventes est
égal au nombre des transactions réalisées (T) multiplié par le prix moyen de celles-ci (P),
alors que le montant des achats est égal à la quantité de monnaie en circulation (M) multipliée
par le nombre de fois que celle-ci change de mains au cours de la même période de référence
(Vt = vitesse de circulation), nous obtenons l’identité suivante :

MV + M’V’ = PT ou plus simplement MV = PT (2.4.2)

M : monnaie métallique et billets de banque et M’: dépôts bancaires ;

V : vitesse de circulation de la monnaie métallique et des billets de banque ;

V’ : vitesse de circulation des dépôts bancaires (V et V’ sont donnés) ;

P : niveau général des prix ;

T : volume des transactions dans l’unité de temps.

Tenant compte du fait que, comme l’avait perçu Mill, les paiements sont
partiellement effectués par la monnaie scripturale, Fisher donne une nouvelle version de
l’équation :

MV+M’V’=PT (2.4.3)

où M est la monnaie fiduciaire, M’est la monnaie scripturale, V est la vitesse de


circulation de la monnaie fiduciaire, V’ la vitesse de circulation de la monnaie scripturale, P et
T gardant les mêmes significations que dans l’équation (2.4.2).

Supposons en outre que V, V’ et T sont des constantes, M, M’exogènes. Il en résulte


que les variations de M entraînent les variations proportionnelles et de même sens de M’ et
de P. En d’autres termes, les prix varient proportionnellement à la quantité de monnaie en
circulation. La variation de la monnaie est donc inversement proportionnelle à sa quantité.
40

La théorie admet une influence unilatérale de M vers P, le mouvement de P ne


rejaillit pas sur celui de M. La constance de V reste une hypothèse, la réalité ne la confirme
pas. Si l’on écarte ces hypothèses, P devient indéterminé.

La théorie dite « théorie quantitative » d’après laquelle le prix varie


proportionnellement avec la quantité de monnaie a souvent été mal formulée mais elle est
correcte, selon Fisher, en ce sens que le niveau des prix varie en raison directe de la quantité
de monnaie en circulation à la condition que demeure invariable la rapidité de sa circulation et
le volume global des transactions auxquelles cette monnaie doit suffire ».

II.2.2. Équation de Cambridge (Marshall, Pigou, Hicks)

En se plaçant d’un point de vue macro-économique, la formule la plus courante


consiste à prendre comme indicateur du montant des échanges le produit national (ou
intérieur) brut : PIB/PM. Cette solution est très insatisfaisante, ne serait-ce que parce que le
PIB ne retrace pas les transactions sur consommations intermédiaires ni celles sur biens
anciens. V est alors appelée la vitesse-revenu, VR et son inverse k, la vitesse de
transformation de la monnaie en revenu. On obtient alors la relation de Cambridge (Marshall,
Pigou, Hicks) :

1
 .M  kR (2.4.4)
p

Où M : masse monétaire ; P : niveau des prix ; 1/P : pouvoir d’achat de la monnaie ;


k : vitesse de transformation de la monnaie en revenu et R : montant des revenus dans l’unité
de temps.

À chaque définition de la monnaie par un agrégat donné (M1, M2, M3) correspond
une vitesse-revenu différente. La question, évidemment, que soulèvent ces équations est celle
de leur «tautologie » : dès lors que chaque transaction est un échange d’un bien contre de la
monnaie, n’est-ce pas écrire différemment la même chose que de poser l’égalité entre le prix
des choses qui s’échangent et la valeur monétaire de la monnaie contre laquelle elles
s’échangent ?

II.2.3. Prise en compte de la demande de monnaie

L’approche la plus ancienne de la demande de monnaie est la théorie quantitative de


la monnaie. Ses origines sont lointaines. Elles remontent sans doute au XIXe siècle au
41

moment de l’arrivée des métaux précieux en Europe quand la question du rapport entre le
niveau général des prix et la masse monétaire en circulation ont été placée au cœur de la
problématique économique.

Le terme demande de monnaie évoque à la fois un concept et une fonction. La


définition du concept est particulière, parfois contre intuitive et révèle de la notion
d’encaisse monétaire. L’encaisse monétaire d’un agent est la quantité de monnaie qu’il
détient, quelle que soit la raison de cette détention. Ainsi, donc la demande de monnaie est
considérée comme une demande de détention de monnaie (Bramoulle [Link] Aigey D., 1998).

Il reviendra à l’école de Cambridge d’expliquer par quels mécanismes une variation


de la quantité de monnaie se répercute sur les prix. A. Marshall prend en considération non
pas la quantité de monnaie permettant de réaliser PT comme chez Fisher, mais s’intéresse
plutôt aux encaisses monétaires que les agents économiques souhaitent détenir. Il intègre ainsi
la demande de monnaie des agents. Pour Pigou, les agents économiques souhaitent détenir
une encaisse monétaire qui est fonction du revenu perçu.

Cette équation a été reformulée par l’école de Cambridge comme suit :

MV = PY (2.4.5)

Si 1/V = k , alors M = kPY (2.4.6)

M correspond à la masse monétaire, P au niveau général des prix et Y au revenu réel.


L’encaisse nominale des agents économiques correspond à leur revenu nominal PY auquel
s’applique le coefficient k qui est une fraction du revenu détenu sous forme de monnaie et elle
est constante. Y est toujours constant étant donné que le volume de production est de plein
emploi.

Il ressort de l’équation (6) P = M /kY (2.4.7)

P varie proportionnellement avec M et dans le même sens. Les deux équations


insistent sur la demande de la monnaie, c’est-à-dire l’inflation a comme cause l’excès de
l’émission monétaire.

Cette théorie suppose que :


(i) l’économie est en concurrence parfaite,
(ii) l’information est parfaite,
(iii) les agents sont rationnels et
42

(iv) le niveau de production est fixé au plein emploi.

Les 3 premières hypothèses impliquent que les agents non financiers ne détiennent
pas d’encaisses spéculatives. La monnaie n’est donc demandée que pour le motif de
transaction (et de précaution). La fonction de demande de monnaie sera donc : Md =
MT = kPY. L’équilibre sur le marché monétaire est tel que :

La solution de cet équilibre est la relation :

Comme la vitesse de circulation est supposée constante, la relation ci-dessus permet


de déterminer, pour un niveau d’offre de monnaie constant, le niveau général des prix. Nous
remarquons que la relation entre P et Y est décroissante comme l’indique le graphique ci-
dessous :
Y

Y1

Y2

P1 P2 P

Figure 1.1. Relation entre le niveau de production et le niveau général des prix

Et si nous nous référons à la quatrième hypothèse (Y = Y* = une constante), nous


pouvons déduire de la relation d’équilibre sur le marché monétaire une relation entre l’offre
de monnaie et le niveau général des prix (NGP).

Y1

P1 P2
Figure 1.2. Conséquences de la politique monétaire sur le niveau général des prix

Ainsi, toute politique visant à accroître M (politique monétaire expansive) se


traduit inévitablement par une augmentation du niveau général des prix (inflation).
L’explication de ce phénomène est la suivante : la politique monétaire expansive se traduit
43

par une augmentation des liquidités des agents économiques que ces derniers vont convertir
en titres. La demande des titres augmente ce qui implique une augmentation du cours de
ces titres et par là même une baisse du taux d’intérêt.

Ceci va entraîner une augmentation de la demande d’investissement, donc une


augmentation de la demande de biens et services. Et comme l’offre de bien et service est
constante (Y = Y*), ce déséquilibre sur le marché des biens et services ne peut se résorber
que par une augmentation du niveau général des prix, comme indiqué sur le graphique.

SECTION III : SOURCES DE L’INFLATION SELON LES CLASSIQUES

Les sources de l’inflation sont diversifiées. Néanmoins, nous allons considérer celles
que la littérature classique retient le plus souvent. Ainsi nous retenons ci-dessous le déficit
budgétaire, l’inflation anticipée et le niveau de la production à savoir une baisse
disproportionnée de celle-ci par rapport à la masse monétaire en circulation.

a. Déficits budgétaires, anticipation d’inflation, masse monétaire en circulation,


seigneuriage et inflation
Il est apparu que dans les pays en développement où le système de collecte d’impôt,
les marchés de capitaux et les institutions sont moins développés, les déséquilibres
budgétaires sont souvent à la base de l’hyperinflation et de l’inflation chronique. Face à ce
déficit et à un besoin pressant de faire face aux dépenses publiques, le gouvernement n’a
qu’une seule option que de monétiser ce déficit budgétaire.

Les déficits budgétaires chroniques sont souvent indexés comme étant à la base de
l’inflation. Cette affirmation, à elle seule, n’est pas suffisante pour expliquer l’inflation. Il
faut cependant souligner que c’est le mode de financement, notamment le recours
disproportionné à la création monétaire, qui entraine l’inflation.

Pour mieux cerner l’influence de la croissance monétaire et des déficits budgétaires


sur l’inflation, nous considérons un modèle simple de Bruno et de Fisher (Paluku N. 2004),
qui présente un marché monétaire et le processus d’ajustement dynamique. Ce modèle se
présente comme suit : soit md, la demande de monnaie qui est une fonction du taux d’inflation
44

anticipée a. sous l’hypothèse d’anticipation parfaite, le taux d’inflation anticipée et courant


sont égaux de la sorte que  α =  . La demande de monnaie est exprimée par :

md = mo exp(- α  )
(2.5.1)

L’équilibre md = m, implique  = - ln (m/ mo)/ α (2.5.2)

L’équation (2.5.2) montre que le long du sentier d’équilibre, l’inflation et les


encaisses monétaires réelles sont corrélées négativement car l’inflation diminue bien sûr le
pouvoir d’achat de la monnaie. Pour examiner les dynamiques du processus inflationniste,
supposons que le déficit budgétaire, d, est donné par d=da+ Ø  , avec Ø >0 (2.5.3)

Où da peut être définit comme la composante autonome du déficit et Ø  un terme qui


mesure l’effet Olivera-Tanzi, effet qui capte le fait qu’une hausse du taux d’inflation réduit la
valeur réelle des recettes fiscales en raison du délai qui existe entre le moment de la
constatation de l’impôt sur une activité et le moment de la collecte fiscale effective,
augmentant ainsi le déficit budgétaire.

Ce déficit est financé par le revenu du seigneuriage : d = um (2.5.4)


Où u = M / M est le taux de croissance du stock de monnaie nominale.

Le taux de variation des encaisses monétaires réelles est par définition :



m / m  u   , ce qui peut être écrit en utilisant l’équation (2.5.4) comme :

m / m  d / m  (2.5.5)
En remplaçant (2.5.3) dans (2.5.5), il en résulte donc que, à l’état stationnaire, avec


m / m  0, u   et   d a
/m  (2.5.6)

Ce qui implique que l’inflation et les encaisses monétaires réelles sont reliées négativement à
l’équilibre.

L’Etat peut financer ses dépenses de trois manières : en se procurant des recettes par
l’impôt, en empruntant auprès du public ou à l’étranger et en émettant de la monnaie. Les
deux premiers modes de financement n’ont pas des conséquences fâcheuses en termes
d’inflation.
45

On appelle « seigneuriage », les recettes acquises par émission de monnaie. On peut


bien se demander pourquoi malgré les conséquences néfastes d’une expansion monétaire
extensive, les autorités monétaires choisissent cette option. Pour beaucoup de pays en
développement où le système de collecte des impôts, les marchés de capitaux et les
institutions sont sous-développées, les gouvernements n’ont pas d’autre moyen que de
monétiser leurs déficits budgétaires (Agénor R., 2001). Ce que le gouvernement fait dans ce
cas, c’est de prélever des ressources par la création monétaire. Le revenu qu’il s’octroie par ce
mécanisme est appelé revenu de seigneuriage.

En fait, il correspond à une taxe que l’Etat prélève sur la création de monnaie et
comparable à n’importe quelle autre taxe prélevée ; c’est pourquoi, il est souvent appelé taxe
d’inflation. Le grand problème de ce mode de financement est son caractère inflationniste et
les règles de gestion monétaire stricte commandent que le revenu du seigneuriage soit
minimisé. Pour que cela soit possible, il faut que la banque centrale ait une relative
indépendance pour mener à bien sa politique de rigueur. Lorsque ce n’est pas le cas, les
autorités ont tendance à maximiser le revenu du seigneuriage sans tenir compte de ses
conséquences néfastes.

Lorsque l’Etat émet de la monnaie nouvelle pour financer ses dépenses, il accroît
l’offre de la monnaie. Ceci est source d’inflation. C’est pourquoi, on parle de taxe d’inflation.
Cette assimilation de l’inflation à une taxe n’est pas évidente à première vue : personne ne
reçoit spécifiquement d’invitation à payer cet impôt. Mais alors, qui paie la « taxe
d’inflation ?». Ce sont les détenteurs de monnaie : quand les prix augmentent, la valeur réelle
des billets détenus diminue. Quand l’Etat émet de la monnaie nouvelle à son propre usage, il
réduit la valeur de la monnaie ancienne détenue par les agents économiques. L’inflation est
donc un impôt prélevé par la détention de monnaie.

Le volume des revenus tirés de l’émission de monnaie varie considérablement d’un


pays à l’autre. Aux USA, il est resté modeste : le plus souvent, il est de l’ordre de 3% des
recettes publiques globales. En Italie et Grèce, par contre, le seigneuriage a souvent dépassé
les 10% des recettes publiques.

Dans les pays frappés par l’hyperinflation, le seigneuriage est souvent la principale
source de revenus de l’Etat, et la nécessité même dans laquelle se trouve celui-ci d’émettre de
la monnaie pour financer ses dépenses constitue la première cause de l’hyperinflation.
46

b. Déséquilibre de flux :

Le déséquilibre de flux est conçu comme la rupture d’équilibre entre flux réel
produit et services offert sur le marché et le flux monétaire, brefs le déséquilibre entre l’offre
et la demande globale. La demande est forte alors que l’offre de bien et service n’est pas
susceptible de varier dans la même proportion.

SECTION IV : INFLATION CHEZ LES MONÉTARISTES ET DANS LA


NOUVELLE ÉCOLE CLASSIQUE (NEC)

III.1. INFLATION, PHÉNOMÈNE MONÉTAIRE

a. Ouvrage fondateur

Pour les tenants du courant monétariste, la masse monétaire (la quantité totale de
monnaie en circulation dans une économie) est le principal déterminant du PIB nominal à
court terme et du niveau des prix sur une longue période. La politique monétaire — l’un des
leviers dont disposent les pouvoirs publics pour influer sur les performances économiques du
pays — utilise différents instruments, dont les taux d’intérêt, pour faire varier la quantité de
monnaie en circulation. Les monétaristes pensent que le meilleur moyen d’atteindre les
objectifs de la politique monétaire est de jouer sur le taux de croissance de la masse
monétaire.

Le monétarisme a gagné en importance dans les années 70 — en faisant reculer


l’inflation aux Etats-Unis et au Royaume-Uni — et a fortement influencé la décision de la
banque centrale des Etats-Unis de stimuler l’économie pendant la récession mondiale de
2007–2009. Aujourd’hui, le monétarisme est surtout associé au nom de Milton Friedman,
lauréat du prix Nobel d’économie en 1976.

Dans son ouvrage fondateur intitulé : « A Monetary History of the United States,
1867–1960 », coécrit avec sa consœur Anna Schwartz en 1963, Friedman (cités par Zonon A.,
2003) affirme que la Grande Dépression qui a frappé les Etats-Unis dans les années 30 a été
47

provoquée avant tout par la mauvaise politique monétaire menée par la banque centrale
américaine (la Reserve fédérale).
De leur point de vue, la Fed (comme on l’appelle habituellement) a eu le tort de ne
pas contrer les forces qui tendaient à réduire la masse monétaire et de chercher à diminuer le
stock de monnaie, alors qu’il aurait fallu faire exactement l’inverse. Ils soutiennent aussi que,
les marchés évoluant naturellement vers un point d’équilibre, le fait de fixer la masse
monétaire à un niveau incorrect a entrainé un comportement erratique des marchés.

b. Spécification du modèle monétariste d’inflation

Ceux qui plaident pour l’approche monétariste de l’inflation soutiennent que


l’inflation est le résultat d’un excès du taux de croissance de l’offre nominale de monnaie au-
delà de celle de la demande d’encaisses réelles (demande de monnaie). Pour une fonction de
demande de monnaie relativement stable, l’inflation élevée est nécessairement le résultat
d’une offre de monnaie élevée. Ainsi, la fonction de l’inflation peut donc s’écrire ainsi :
d
M 
P  M  
S
(2.3.1)
 P
d

Où P est le niveau général des prix,   est la demande d’encaisses réelles.


M
 P
L’équilibre ci-dessus peut être transformé en une équation comportementale en
supposant que l’offre d’encaisses nominales est exogène, parce que la monnaie est fournie
par le système bancaire et dont la banque centrale est la seule à mener et à contrôler la
politique monétaire, (Meltzer A.H. 1989) et (Rasche R.H. 1972).

Il est à noter que dans la plupart des pays en voie de développement, l’indépendance
de la banque centrale n’est pas garantie. Dans ce cas, la politique monétaire et la politique
fiscale deviennent inséparables, Park Y.C., (1973) et Morgan D.R.(1979). Par conséquent, le
contrôle de l’offre de monnaie dans ces pays ne peut se faire qu’après le financement des
dépenses gouvernementales.

Etant donné l’état rudimentaire des marchés financiers dans la plupart des pays en
voie de développement (Driscoll M.J. et LahiriA.K., 1983), beaucoup d’études ont omis le
taux d’intérêt comme variable explicative de la fonction de demande de monnaie estimée dans
ces pays (Diz A. C., 1970). En plus, dans ces pays, les données empiriques révèlent une faible
variation du taux d’intérêt due au fait que la banque centrale dicte son taux directeur dans
48

l’exercice de sa politique monétaire. Une autre raison et non la moindre est que la plupart de
ces études sont menées dans des économies fermées.

Comme le précisent Aragon S. (1981) et Darrat (1981) et se basant sur la théorie de


sélection du portefeuille en économie ouverte, la possibilité de détenir des titres financiers
étrangers comme une alternative à l’insuffisance de marchés financiers domestiques, le coût
d’opportunité international de la détention de titres domestiques (comme les taux d’intérêt
étrangers) et le taux de change devraient être pris en compte.

La fonction de la demande réelle de monnaie est de la forme :

d
M 
   f X , P ,r
a a

a
 (2.3.2)
 P

Où Xa est le revenu (permanent) réel anticipé comme mesure de la contrainte


budgétaire ; Pa est l’inflation anticipée et ra est le taux d’intérêt anticipé.

La théorie postule que :

En supposant que les anticipations sont adaptatives pour approximer les variables
anticipées dans l’équation (2.3.2), et en substituant dans l’équation (2.3.1), nous trouvons :

k1 k2 k1
P  M ts    i X t i    i Pt i1   i rt f i   t
i 0 i 0 i 0
(2.3.3)

Où rf représente les taux d’intérêt étrangers, P représente l’accélération dans

l’inflation et t est le bruit blanc.

La forme réduite de l’équation (2.3.3) est la base de la spécification du modèle

monétariste. Les paramètres  i , i et  i mesurent les effets du revenu réel, des anticipations

de l’inflation et des taux d’intérêts étrangers respectivement sur le niveau général des prix. La
49

variable de l’accroissement monétaire apparait dans l’équation avec un coefficient théorique


unitaire et positif.

La réaction proportionnelle des prix aux variations de la masse monétaire est, bien
sûr, une propriété de la théorie néoclassique de long terme. En revanche, la réaction
instantanée des prix est la caractéristique d’un marché parfait et sans friction. Cependant,
dans la réalité, l’imperfection des marchés fait à ce que la réaction des prix aux variations de
la masse monétaires ne soit pas instantanée, mais distribuée sur un certain nombre de
périodes. En prenant en compte ces dynamiques de court terme, l’équation (2.3.3) pourrait
s’écrire en cette forme :

l1 l2 l3 l4
Pa   i M tsi    i X t i    i Pt i1   i rt f i   t
i 0 i 0 i 0 i 0
(2.3.4)

Selon l’approche monétaire, les signes attendus des coefficients cumulés sont les
suivants :

l1 l2 l3 l4
a0, 
i 0
i > 0; 
i 0
i < 0; 
i 0
i > 0; 
i 0
i >0

Le monétarisme a gagné en popularité dans les années 70. En 1979, alors que
l’inflation avait atteint 20 % aux Etats-Unis, la Fed a adopté une stratégie d’intervention
conforme à la théorie monétariste. Le monétarisme a perdu néanmoins du terrain au cours des
décennies suivantes, faute de pouvoir expliquer l’évolution de l’économie des Etats-Unis.

Quelle que soit sa cause initiale, l'inflation est par nature un phénomène monétaire.
L’Etat doit gérer la monnaie car elle a toutes les caractéristiques d’un bien collectif, c’est la
monnaie en tant qu’institution. Chez les monétaristes, on retient surtout comment on doit
gérer la monnaie, et ils s’opposent aux Keynésiens sur ceci.

Les externalités : il y a externalité lorsque l’activité d’un individu influence


involontairement le bien être d’un autre individu sans que cela se traduise par une
transaction marchande. Exemple : la pollution (externalité négative). Il y a donc un
équilibre sous-optimal au sens de Pareto car si on laisse faire les choses, le niveau de
pollution est plus élevé que celui qui correspondrait au bien-être collectif maximisé.
50

Les monopoles naturels (pour les Néo-classiques) : concernent la production d’un bien dont
le coût moyen est décroissant en fonction de la quantité produite, et cela quelle que soit la
quantité produite. Cela conduit à une situation défavorable au consommateur, il y a une
perte de bien-être collectif, on n’est pas à l’optimum de Pareto. Toute diminution des
échanges se fait au détriment des biens collectifs : il y a une défaillance du marché.

L'approche monétariste, à travers la théorie quantitative de la monnaie (basée sur


l'équation d'Irving Fisher M · V=P·T, qui préconise que la masse monétaire ne doit pas croître
de manière plus importante que la croissance réelle de l'économie), attire l'attention sur le fait
qu'en règle générale, l'inflation ne peut pas se développer sans une certaine expansion de la
quantité de monnaie; il faut bien que les agents trouvent quelque part les moyens de paiement
nécessaires à l'achat de biens et services dont le prix moyen augmente. Dès lors, quelles que
soient les causes fondamentales de l'inflation, la création monétaire en constitue une condition
permissive que le gouvernement peut contrôler par la politique monétaire.

c. Milton Friedman versus John Maynard Keynes : anticipations extrapolatives versus


anticipations adaptatives : l’inertie inflationniste

L’hypothèse d’anticipations adaptatives a été introduite par Cagan Ph., (1956) et


reprise par Milton Friedman. D’après cette hypothèse, la révision des anticipations pendant la
période courante est proportionnelle à l’erreur d’anticipation constatée pendant la période
précédente. Le taux d’inflation anticipé est donné par l’équation suivante πte = λΣ(1-λ)iπt-i
avec 0<λ<1.

Pour analyser les décisions de politique monétaire, nous devons connaître les
déterminants de l’inflation anticipée. L’hypothèse la plus simple quant à ceux-ci, qui est
d’ailleurs souvent plausible, est que les gens construisent leurs anticipations de l’inflation
future sur la base de l’inflation qu’ils ont récemment observée. Cette hypothèse est appelée
anticipations adaptatives. Supposons, par exemple, que les gens s’attendent à ce que les prix
augmentent, cette année, au même rythme que l’année dernière. Alors l’inflation anticipée Eπ

est égale à l’inflation de l’année dernière  t1 .


E   t 1 (2.3.18)
Ceci permet d’écrire, comme suit, la courbe de Phillips :
51

 t   t 1 -  u - u n t  vt (2.3.19)

Qui exprime que l’inflation est fonction de l’inflation passée, du chômage


conjoncturel et d’un choc d’offre. Lorsque la courbe de Phillips est écrite sous cette forme, le
taux de chômage naturel est quelque fois appelé NAIRU – « Non Accelerating Inflation Rate
of Unemployment » – taux de chômage n’accélérant pas l’inflation.

Dans cette formulation de la courbe de Phillips, le premier terme du membre de

droite  t1 , traduit une inertie de l’inflation. Si le chômage est à son taux naturel (NAIRU), et
en l’absence de chocs d’offre, les prix vont continuer à croître au taux d’inflation courant,
sans accélération ni décélération. L’origine de cette inertie de l’inflation réside dans le fait
que, fondées sur l’inflation passée, les anticipations de l’inflation future influencent les prix et
les salaires que fixent les agents économiques. Robert Solow synthétisa fort subtilement le
concept de l’inertie de l’inflation quand il écrivit, à propos de l’inflation élevée des années
1970 : « Pourquoi notre monnaie perd-elle sans cesse de sa valeur ? Peut-être simplement
parce que, anticipant l’inflation, nous la créons, et l’ayant créée, nous l’anticipons. »

Le modèle de l’offre et de la demande agrégées interprète l’inertie de l’inflation sous


la forme de déplacements persistants vers le haut des courbes tant de demande que d’offre
agrégées. Prenons tout d’abord le cas de l’offre agrégée. Après une rapide hausse des prix, les
gens s’attendent à ce qu’elle se poursuive. Comme la position de la courbe d’offre agrégée à
court terme dépend du niveau anticipé des prix, elle se déplace vers le haut au fil du temps,
jusqu’à ce qu’un événement donné, tel une récession ou un choc d’offre, vienne interrompre
cette croissance et donc modifier les anticipations quant à l’inflation.

De même, la courbe de demande agrégée doit également se déplacer vers le haut


pour confirmer les anticipations d’inflation. Le plus souvent, une hausse persistante de la
demande agrégée fait suite à une hausse persistante de l’offre de monnaie. Si la banque
centrale décide soudainement d’interrompre la croissance monétaire, la demande agrégée se
stabilise et, si la courbe d’offre demeure à son niveau élevé, on assiste à une récession. Le
chômage important que ceci réduit l’inflation de même que l’inflation anticipée, mettant de la
sorte un terme à l’inertie de l’inflation.
52

Le second et le troisième termes de la courbe de Phillips expriment les deux facteurs

susceptibles de modifier le taux d’inflation. Le deuxième terme,  u - u , exprime le


n

chômage conjoncturel, c’est-à-dire l’écart du chômage par rapport à son taux naturel : c’est lui
qui pousse l’inflation à la hausse ou à la baisse. En présence d’un faible taux de chômage, le
taux d’inflation tend à croître : on parle alors d’inflation induite par la demande. C’est en
effet l’importance de la demande agrégée qui explique ce type d’inflation. Par contre, un taux
de chômage élevé tend à faire baisser le taux d’inflation. Le paramètre  mesure la
sensibilité de l’inflation au chômage conjoncturel.

Le troisième terme, v, exprime l’influence des chocs d’offre sur les variations du taux
d’inflation. Ainsi, un choc d’offre négatif tel qu’une hausse du prix mondial des produits
pétroliers, comme il en est survenu au cours des années 1970, confère une valeur positive à v
et induit une hausse de l’inflation. On parle alors d’inflation induite par les coûts : les chocs
d’offre négatifs ont généralement pour effet de renchérir les coûts de production. Par contre,
un choc d’offre positif, tel que l’excédent d’offre de produits pétroliers qui a entrainé la
baisse des prix de ceux-ci dans les années 1980, confère un signe négatif à v et induit une
baisse de l’inflation.

Friedman contredit Keynes dans le sens qu’il pose la notion des anticipations
adaptatives contraires aux anticipations extrapolatives prônées par Keynes. Les deux modèles
n’aboutissent à la même conclusion que s’il existe une erreur d’anticipations de la part des
agents économiques, l’augmentation des prix va faire baisser les salaires réels, ce qui
permettra aux entreprises d’embaucher plus de travailleurs. Mais les deux modèles, par
contre, expliquent la formation des anticipations et donc de l’erreur des anticipations
différemment.

C’est donc au niveau de la conception de l’erreur d’anticipation que les deux modèles
se distinguent. Ils se distinguent aussi sur le fait que pour Keynes, la monnaie à un effet sur
les variables réelles. Mais Friedman continue à soutenir cette dichotomie classique en
affirmant que la monnaie n’a aucun effet sur les variables réelle. Il nie ainsi tout arbitrage
entre inflation et chômage prôné par la courbe de Phillips.

En effet, pour Keynes, les agents économiques extrapolent l’évolution future des prix
à partir de leur évolution passée, sans aucune correction quelconque : les anticipations
extrapolatives :
53

Pt e  Pt 1   Pt 1  Pt 2 , avec 0   < 1 (2.3.20)

e
Le prix anticipé Pt de la période considérée est fonction du prix de la dernière période

Pt 1 et de l’avant dernière période Pt 2 .

Si θ  0 , alors Pt  Pt 1  Pt  Pt  Pt  Pt 1 (erreur de prévision) (2.3.21)


e e

Dans ce cas, les agents économiques s’attendent à ce que le prix qu’ils ont observé
dans le passé se répète pendant la période considérée (anticipations naïves).

Friedman rejette cette conception et pense que les anticipations sont plutôt adaptatives
car les agents économiques sont conscients des erreurs d’anticipations passées et tentent de les
corriger à travers un processus d’apprentissage des erreurs (« errors learning models »).
L’hypothèse des anticipations adaptatives tient compte des erreurs passées en révisant
l’anticipation d’une fraction λ de la dernière erreur d’anticipation commise :

 
Pt e  Pt e1   Pt 1  Pt e1 , avec 0 <  < 1, coefficient d'adaptation (2.3.22)

Ce qui signifie que la révision des anticipations pendant la période considérée est
proportionnelle à l’erreur d’anticipation constatée pendant la période passée.

Lorsque   0 , les anticipations sont statiques (ou myopes) : Pt  Pt 1 . Comme les


e e

anticipations ne sont jamais révisées, les politiques macroéconomiques exercent des effets
permanents sur le revenu réel et le taux de chômage.

Lorsque   1 , les anticipations sont extrapolatives (on retrouve la proposition de

Keynes) : Pt  Pt 1 . Ici les anticipations sont formées de manière naïve.


e

Dans les cas intermédiaires, 0 <  < 1 , la « mémoire » du processus d’apprentissage

 
dépend de la valeur de  . Si  est proche de 1, Pt 1  Pt 1 qui est la différence entre les
e

prix observés de la période passée et le prix anticipé de la même période, autrement dit
l’erreur passée d’anticipation est beaucoup plus grande et plus les agents économiques

accordent alors beaucoup plus d’importance à la valeur du prix observée Pt 1 passée que sur
e
le prix anticipé Pt 1 .
54

Les agents économiques ont tendance à ne pas considérer les anticipations qu’ils ont
formulées pendant la période précédente pour se focaliser sur la valeur du prix effectivement
observée. Dans ce cas, la mémoire du processus de formation d’anticipations est courte. Par
contre, si  est proche de 0, cela signifie tout simplement que les agents économiques
reconduisent leurs anticipations passées et que donc le processus de formation des
anticipations est crédible.

L’équation ci-dessus peut se développer de la manière suivante :

Pt  Pt e  Pt e1  Pt 1  Pt e1


 Pt  Pt e  Pt  Pt 1  1   Pt e1  Pt 1  Pt 1 
(2.3.22)
 Pt  Pt e  Pt  Pt 1  Pt 1  Pt 1  1   Pt e1

 Pt  Pt e  Pt  Pt 1  1    Pt 1  Pt e1 
En appelant πt le taux d’inflation à l’époque t et εt l’erreur de prévision, nous avons :

 t  Pt  Pt 1 ,  t  Pt  Pt e et  t 1  Pt 1  Pt e1

Alors :  t   t  1    t 1 (2.3.23)

A l’époque t-1, l’erreur de prévision était :  t 1   t 1  1    t 2 (2.3.24)

(2.3.24) dans (2.3.23)

 t   t  1    t 1  1    t 2    t  1    t 1  1   2  t 2
  t   t  1    t 1  1     t 2 (2.3.25)
2

A l’époque t-2, l’erreur de prévision était :  t 2   t 2  1    t 3 (2.3.26)


(2.3.26) dans (2.3.25) :

 t   t  1    t 1  1   2  t 2   t  1    t 1  1   2  t 2  1    t 3 

 t   t  1    t 1  1   2  t 2  1   3  t 3

En tenant compte de toutes les erreurs de prévision remontant jusqu’à l’époque t-  ,
l’erreur de prévision à l’époque t devient :

 t   t  1    t 1  1   2  t 2  1   3  t 3  ...  1     t  (2.3.27)

 t   1   i  t i
i 0
55

C’est un modèle autorégressif avec une infinité de retards qui montre que l’inertie,
lorsqu’elle existe, est permanente (erreur systématique et non aléatoire). Dans ce cas, si les
autorités voudraient augmenter l’inflation pour réduire le chômage en dessous de son niveau
naturel, il faut qu’elles fassent en sorte que les agents économiques sous-estiment
constamment le taux d’inflation courant, c’est-à-dire commettent des erreurs de prévisions de

sorte que l’erreur de prévision  t  Pt  Pt   1     t i soit de plus en plus élevée
e i

i 0

lorsque Pt > Pt .
e

Le dérapage inflationniste devient nécessaire parce qu’il faut constamment


surprendre les agents pour empêcher l’adaptation complète de leurs anticipations sur le taux
d’inflation effectif (Bofoya B., 2010). Dans cette logique, Friedman rejoint l’analyse de
Keynes et Phillips en ce sens que ces derniers avaient déjà préconisé une possibilité
d’arbitrage entre l’inflation et le chômage.

d. Inflation, politiques économiques et seigneuriage

Les sources des revenus de l’Etat pour faire face aux dépenses publiques sont au
nombre de trois : l’impôt au sens large (toute la fiscalité), l’emprunt (aussi bien à l’intérieur
comme à l’extérieur du pays) et la planche à billets. Néanmoins, cette dernière source est
dangereuse car elle peut provoquer l’inflation. Dans les pays en voie de développement où
les marchés financiers sont dans un état embryonnaire (l’Etat a du mal à écouler ses bons du
Trésor donc à s’emprunter), le système fiscal connaît de sérieux problèmes de divers ordres
(difficulté de percevoir l’impôt), l’Etat n’a de choix que de recourir à l’émission monétaire
pour financer ses dépenses.

On appelle seigneuriage les recettes acquises par émission d’argent. Ce terme vient
de « seigneur », lequel avait, au Moyen Âge, le monopole de l’émission de monnaie sur ses
terres. Ce même monopole est aujourd’hui dans les mains de l’Etat, pour lequel il constitue
une source possible de revenu. Lorsque l’Etat émet de la monnaie nouvelle pour financer ses
dépenses, il accroît l’offre de monnaie. Ceci crée de l’inflation. Ce qui réduit la valeur réelle
de l’ancienne monnaie détenue par les agents économiques. C’est pourquoi on parle de taxe
d’inflation.
56

Dans cette perspective, les auteurs libéraux en général et les monétaristes en


particuliers déconseillent avec la dernière énergie le financement du déficit budgétaire par
émission monétaire car elle est source d’inflation. Dans une allocution prononcée fin 2002 a
l’occasion du 90ème anniversaire de la naissance de Milton Friedman, Ben S. Bernanke, alors
gouverneur de la Fed et qui allait en prendre la présidence quatre ans plus tard, déclara :
« Je voudrais dire à Milton et à Anna [Schwartz] : concernant la Grande
Dépression, vous avez raison. C’est nous [la Fed] qui en sommes
responsables. Nous sommes infiniment désolés. Mais grâce à vous, nous ne
referons plus la même erreur » (Garboua V.L. et Weymuller B., 2005).

En tant que président de la Fed, Ben Bernanke fit fi de travaux de Friedman et de


Schwartz lorsqu’il décida d’abaisser les taux d’intérêt et d’augmenter la masse monétaire pour
stimuler l’économie pendant la récession mondiale qui a démarré en 2007 aux Etats-Unis.
D’éminents monétaristes (dont Anna Schwartz) protestèrent que les mesures de la Fed allaient
faire flamber les prix. Il n’en fut rien : la vitesse de circulation de la monnaie chuta et la
déflation est considérée comme un risque beaucoup plus grave.

Au-delà donc des sources purement monétaires de l’inflation, la politique budgétaire


peut également être à l’origine de tensions inflationnistes. Développée par Sims M. (1999) et
Woodford M. (1998), cette approche consiste à revoir la contrainte budgétaire inter
temporelle à laquelle fait face un gouvernement. Celle-ci ne répond plus au principe
d’équivalence ricardienne, sur lequel Sargent et Wallace (cités par Ehrhart H., 2012)
construisent leur argument, où le décideur choisirait sa politique fiscale pour un niveau donné
des prix.

En conséquence, la contrainte budgétaire non-ricardienne devient une relation


d’équilibre : le décideur choisit sa politique fiscale, la banque centrale annonce la politique
monétaire, et les prix s’ajustent à la hausse ou à la baisse pour rétablir l’équilibre, suivant une
dynamique walrassienne. Dans ce cas, la politique monétaire peut uniquement agir sur
l’inflation anticipée par les agents, en ajustant son taux directeur, mais ne peut en aucun cas
prévoir que les chocs de politique fiscale ne se traduisent sur le niveau général des prix.
57

III.2. RENFORCEMENT DE LA THÉORIE DES ANTICIPATIONS PAR LA


NOUVELLE ÉCOLE CLASSIQUE (NEC) : ANTICIPATIONS
RATIONNELLES
L’hypothèse d’anticipation adaptative présente des inconvénients du fait que les
anticipations sont rétrospectives, ensuite elles impliquent une utilisation inefficace de
l’information disponible, et enfin elles induisent des erreurs de prévisions systématiques.
Muth J.F. (1961) introduit l’hypothèse d’anticipations rationnelles où les prévisions des
agents sont plus fiables car les agents sont supposés avoir une bonne connaissance de la
structure de l’économie, de son fonctionnement et de son évolution passée. Mais comme on
peut le constater, il s’agit d’un cas limite car l’information n’est pas un bien libre, pour
l’obtenir il y a un coût.

En 1976, Lucas R. (1976) publie un article intitulé : « Econometric Policy Evaluation


: a Critic » où il montre que les modèles économétriques (fondés sur des équations estimées à
l’aide de procédures statistiques) ne peuvent pas évaluer correctement les effets des politiques
économiques car les agents adaptent leurs anticipations lorsque le comportement des variables
anticipées est modifié. S’il y a un changement de politique économique, les agents utilisent
différemment l’information pour prévoir l’avenir, ce qui va entraîner une modification de la
relation entre les anticipations et le comportement économique des agents ; résultat, les
équations du modèle économétrique ne seront plus valables car le comportement des agents
aura changé.

Une même politique économique pourra avoir des effets différents. Par exemple, si
les agents anticipent qu’une hausse du taux d’intérêt de court terme (politique monétaire
restrictive) est temporaire, l’effet sur le taux de long terme sera faible et inversement si les
agents pensent que cette hausse sera durable.

Cette approche sera développée par les nouveaux classiques (Thomas Sargent,
Robert Barro, Edward Prescott, Neil Wallace, Patrick Minford…) qui vont construire des
modèles avec prix et salaires parfaitement flexibles. Ces modèles montrent que si la politique
économique est anticipée par les agents, elle n’a pas d’effet sur le produit global (proposition
d’inefficacité de la politique économique).

Un effet réel ne peut venir que d’une politique économique non anticipée. Par
exemple, une politique monétaire expansionniste peut engendrer une baisse du produit global
58

: si les agents ont anticipé une politique monétaire plus expansionniste que celle effectivement
mise en œuvre, la demande globale augmentera moins que ne le pensent les autorités
monétaires, les offreurs ayant anticipé une hausse des prix, l’offre globale se déplace, ce qui
peut conduire à un équilibre offre globale – demande globale à un niveau de prix plus élevé
avec un niveau de produit global inférieur au niveau initial. Conclusion : les politiques
discrétionnaires sont inefficaces, voire néfastes car elles créent une incertitude source d’erreur
d’anticipation ce qui engendre des fluctuations indésirables de l’activité économique. La
recommandation serait donc d’adopter une règle de politique économique pour améliorer sa
crédibilité.

Parmi tous les sujets mal connus des économistes, Lucas a souligné la manière dont
les gens forment leurs anticipations. Celles-ci sont au centre de l’économie, parce qu’elles
influencent le comportement de tous les agents économiques. Par exemple, la consommation
courante des ménages est fonction de ce que ceux-ci anticipent de gagner dans le futur. Les
décisions d’investissement des entreprises sont fonction de leurs anticipations quant à la
rentabilité future. Ces anticipations dépendent de nombreux facteurs parmi lesquels il y a un
facteur qui joue un rôle particulièrement important selon Lucas : la politique économique
mise en œuvre par les pouvoirs publics. Ainsi, pour estimer l’impact d’une modification
d’une politique donnée, les responsables politiques doivent savoir comment les agents
économiques forment leurs anticipations et comment celles-ci réagissent à cette modification
de la politique économique.
Selon Lucas, les méthodes traditionnelles d’évaluation de politiques économiques,
comme celles basées sur les modèles économétriques standards, ne tiennent pas adéquatement
compte de l’impact des politiques basées elles-mêmes sur les anticipations. C’est cette
critique de l’évaluation conventionnelle des politiques économiques que l’on appelle critique
de Lucas (cité par Mankiw G., 2013).

Le fondateur de l’analyse monétaire des chocs à l'équilibre est Lucas. Il n’est pas le
premier à donner une explication monétaire des cycles puisque Friedman et Schwartz ont mis
en évidence que les variations de l’offre de monnaie pouvaient être à l’origine de crises. Les
politiques de relance monétaire font augmenter les liquidités. Face à cette situation, les agents
économiques réagissent en se débarrassant de leur monnaie excédentaire (achat de titres ou
consommation). La conséquence est simplement une augmentation des prix des titres et des
actifs réels permettant de revenir à l’équilibre. Les autorités monétaires doivent donc avoir
59

des règles strictes de gestion de la masse monétaire. L’offre de monnaie doit suivre
l’évolution de la production, ne pas l’entraver, mais ne pas non plus la dépasser.

Pour Lucas, l’offre de monnaie est constituée de deux ensembles : une composante
systématique, dépendant de la production antérieure et une composante aléatoire. C’est la
composante imprévisible de l’offre de la monnaie qui est à l’origine du cycle. En effet, les
agents économiques anticipent la composante systématique et la prennent en compte dans les
comportements d’optimisation. Elle ne génère donc pas de chocs. Face à des variations
aléatoires de l’offre de monnaie, les agents économiques sont confrontés à un double
problème : la hausse des prix est-elle permanente ou transitoire ? Est-elle localisée ou
concerne-t-elle l’ensemble des prix ?

Lucas considère que les réactions des agents économiques sont différentes selon
qu’ils anticipent le caractère permanent ou passager de la hausse de prix. Si les changements
sont perçus comme permanents, les conséquences sont limitées. En revanche des changements
perçus comme provisoires provoquent des variations de l’offre. En effet, si le prix de ventes
du jour est considéré comme plus élevé que le prix de vente du lendemain, les agents
économiques ont tout intérêt à accroitre immédiatement leur offre, à effectuer une substitution
inter-temporelle. Par exemple, si le salaire augmente de façon provisoire, l’offreur de travail a
intérêt à travailler maintenant et à reporter son loisir à plus tard.

L’agent économique ne sait pas nécessairement si la hausse qu'il constate concerne


tous les prix (hausse générale) ou seulement celui qui l’intéresse pour un produit donné
(hausse localisée). Dans le premier cas, la hausse des prix est nécessairement sans effet. Si
elle ne concerne que son produit, la hausse des prix exerce un effet incitatif. En conséquence,
seule une augmentation de prix résultant d’un choc monétaire, provisoire et perçue comme
spécifique à un bien, conduit le producteur à accroitre son offre.
Le cycle découle de la réaction des entreprises à l’augmentation des prix relatifs.
Elles réagissent donc en augmentant leur offre. Puis, en prenant conscience de l’erreur
commise, elles ajustent leurs productions pour retrouver le niveau normal. Elles baissent alors
les stocks en dessous de l’optimum et y reviennent. Le cycle provient de la réaction des agents
économiques à un choc exogène sur l’offre de monnaie. Ainsi l’agent économique va décider
de la quantité qu’il va offrir ou demander en fonction de ses prévisions.
60

La Nouvelle Ecole Classique va tenter d’apporter un fondement microéconomique


solide aux recommandations macroéconomiques du monétarisme. Elle a fini par aboutir à des
conclusions encore plus radicales que le monétarisme quant à la portée des politiques de
régulations conjoncturelles qu’elles soient budgétaires ou monétaires (Sargent [Link]
Wallace N., 1981). Le courant que porte la pensée de la Nouvelle Ecole Classique va aller
encore plus loin dans sa critique de la courbe de Phillips pour montrer que même les
arbitrages inflation-chômage de court terme sont obsolètes. L’inefficacité totale des politiques
de régulation monétaire est établie par ce courant de pensée. En introduisant cette fois-ci
l’hypothèse des anticipations rationnelles soulevées par Lucas R. E. et Sargent T.J. (1978), ils
rompent avec la supposition keynésienne de l’illusion monétaire et vont au-delà de la
conception friedmanienne des anticipations adaptatives.

Ainsi, pour ces trois auteurs, les agents économiques ne vont pas se contenter des
informations passées pour formuler leurs anticipations, mais ils vont au contraire intégrer dans
leurs anticipations les actions prévues par les autorités politiques. Formulées ainsi, les
anticipations deviennent parfaitement rationnelles rendant impossible tout arbitrage inflation-
chômage même à court terme. Seuls dans ce cas, les effets de surprise, c’est-à-dire une
inflation non anticipée, peuvent avoir un effet sur l’activité réelle. Seulement, ce théorème de
l’effet de surprise ne va pas tenir longtemps. La mise en avant du phénomène d’incohérence
temporelle va évincer complètement cet effet de surprise condamnant ainsi définitivement
l’activisme monétaire.

SECTION V : ÉTUDES EMPIRIQUES AYANT APPLIQUÉ LA THÉORIE


CLASSIQUE DE L’INFLATION

Les études empiriques ayant appliqué la théorie classique de l’inflation mettent en


relation le niveau de prix avec la masse monétaire sans oublier la variable d’échelle, le revenu
national réel.

Moroney J. R. (2002) réécrit l’équation quantitative de la monnaie sous forme d’une


régression :

M iSVi  Pi QiD est la mesure monétaire de demande globale (2.6.1);


61

S
Où M i est l’offre de monnaie dans le pays i ;

Vi est la vitesse circulation de la monnaie dans le pays i ;


Pi est le niveau général des prix dans le pays i ;

QiD est le PIB réel du pays i ;


En prenant les logarithmes et en dérivant par rapport au temps, nous obtenons cette
équation :

d log Pi / dt  d log M iS / dt  d log Vi / dt  d log QiD / dt (2.6.2)


Telle que spécifiée, l’équation (2.6.2) ne peut être facilement estimée. Pour exprimer
son équation de régression, les hypothèses suivantes ont été posées :

(i) d log Pi / dt est une variable aléatoire dans chaque pays et est non corrélée
avec la croissance monétaire et celle du PIB réel ;

(ii) M iS  M iD (à l’équilibre, l’offre de monnaie équivaut à sa demande) ;

(iii) M iS est exogène ;

(iv) QiS  QiD (l’offre globale réelle équivaut à la demande réelle globale)

(v) d log QiS / dt est exogène.


Avec ces hypothèses, l’équation (2.6.2) devient :

d log Pi / dt  d log M iS / dt  d log QiS / dt  i (2.6.3)


Sous forme réduite, l’équation (2.6.3) peut s’écrire :

Yi  X i  Z i   i
Où Yi est le taux d’inflation du pays i, Xi est la masse monétaire. La contrainte à ce
niveau est que l’intercepte est nul, le coefficient de la masse monétaire est 1 et celui du PIB
réel est -1. La spécification de la théorie quantitative sans contrainte devient celle-ci :

Yi   0   1 X i   2 Z i   i (2.6.4)
Où εi est un bruit blanc, distribué normalement avec E(εi) = 0 et E(εiεj) = 0 pour i≠j
(absence d’autocorrélation des erreurs) et E(εi²)= σ² pour i=j (homoscédasticité).
Considérant l’approche monétariste, deux autres variables sont à considérer : le taux
d’inflation anticipé P et le taux d’intérêt r. Dans l’inflation anticipée, il faut distinguer les
anticipations adaptatives chères à Milton Friedman et les anticipations rationnelles de Robert
Lucas. Le modèle libéral, tel que estimé dans la plupart des travaux empiriques est donc celui-
ci :
62

l1 l2 l3 l4
Pt  a    i M tsi    i X t i    i Pt i 1   i rt i   t (2.6.5)
i 0 i 0 i 0 i 0

Où Pt représente le niveau général des prix au temps t ;

M tsi est la masse monétaire actuelle et décalée ;

X t i est le PIB réel actuel et décalé ;


P est le niveau général des prix décalé ;
t i 1

rt i est le taux d’intérêt décalé ;

a;  i ;  i ;  i et  i sont des paramètres.


 t est un bruit blanc.
Selon l’approche monétaire, les signes attendus des coefficients cumulés sont les
suivants :
l1 l2 l3 l4
a  0,  i  0;
i 0
  i  0;   i  0;
i 0 i 0

i 0
i 0

Plusieurs études empiriques ont montré la consistance de la théorie quantitative.


Dans son ouvrage fondateur « A Monetary History of the United States, 1867–1960 », coécrit
avec sa consœur Anna Schwartz en 1963, Milton Friedman, lauréat du prix Nobel
d’économie, affirme que la Grande Dépression qui a frappé les Etats-Unis dans les années 30
a été provoquée avant tout par la mauvaise politique monétaire menée par la banque centrale
américaine (la Reserve fédérale) (Sarwat J., et Papageorgiou C., 2014).

De leur point de vue, la Fed (comme ils l’appellent habituellement) a eu le tort de ne


pas contrer les forces qui tendaient à réduire la masse monétaire et de chercher à diminuer le
stock de monnaie, alors qu’il aurait fallu faire exactement l’inverse. Ils soutiennent aussi que,
les marchés évoluant naturellement vers un point d’équilibre, le fait de fixer la masse
monétaire à un niveau incorrect a entrainé un comportement erratique des marchés.

Le monétarisme a gagné en popularité dans les années 1970. En 1979, alors que
l’inflation avait atteint 20 % aux Etats-Unis, la Fed a adopté une stratégie d’intervention
conforme à la théorie monétariste. Le monétarisme a perdu néanmoins du terrain au cours des
décennies suivantes, faute de pouvoir expliquer l’évolution de l’économie des Etats-Unis.
63

Malgré tout, les monétaristes ont apporté à l’analyse économique certaines idées qui ont été
reprises par des économistes non monétaristes.

Cette étude fondatrice de Friedman (le chef de file du courant monétariste) et


Schwartz sur l’histoire monétaire des USA indique clairement une corrélation positive entre la
croissance de la masse monétaire et le niveau de l’inflation. Plus tard, d’autres études à travers
le monde, confirment cette théorie : les pays où les taux de croissance de la monnaie sont
élevés tendent à avoir un taux d’inflation élevé et les pays à faible croissance monétaire, un
taux d’inflation réduit.

La théorie quantitative de la monnaie qui implique que tout changement exogène de


la masse de monnaie en circulation, opéré par l’autorité monétaire, se traduit par un
ajustement dans le même sens des prix nominaux est souvent utilisée par les auteurs dans les
travaux sur la relation entre inflation et monnaie.

Pour Friedman M. (1987), «l’inflation est toujours et partout un phénomène


monétaire » qui émane de la politique de l’État. L’inflation étant vue chez les monétaristes
comme un des maux les plus importants de l’économie à cause du fait qu’elle perturbe les
anticipations des agents économiques, il faut donc la combattre de façon vigoureuse avec une
limitation de l’évolution de la masse monétaire correspondant à celui de l’augmentation des
biens et services.

Les résultats empiriques de Darrat A. F. (1985), dans une étude sur les explications
monétaires de l’inflation des pays membres de l’OPEP, en l’occurrence la Lybie, le Nigéria et
l’Arabie saoudite, indiquent que l’offre de monnaie exerce une influence significative et
rapide sur l’inflation dans les pays examinés. C’est pourquoi, les politiques anti-
inflationnistes appropriées pour ces pays membre de l’OPEP doivent être mises en place pour
réduire l’accroissement de la masse monétaire qui a caractérisé ces pays pendant les dernières
années.

L’hyperinflation est, selon le critère traditionnel et orthodoxe de Cagan P. (1956)


une très violente inflation, observée lorsque le taux d’inflation mensuel dépasse 50 %. En
accord avec la théorie quantitative de la monnaie, l’hyperinflation, comme l’inflation, puisque
64

sa nature est la même, est provoquée par une politique budgétaire laxiste et/ou une politique
monétaire lâche.

Selon Assenmacher K. W. et Gerlach S. (2006), la croissance de la masse monétaire


joue un rôle important dans la détermination de l’inflation au Japon, en Grande Bretagne, aux
États Unis et en zone Euro. De même, le « real money gap » (différence entre le stock existant
de monnaie et son niveau d’équilibre de long terme) est une variable avec un pouvoir prédictif
fort de l’inflation dans les pays de la zone Euro.

Dans les pays en développement, Loungani P. et Swagel P. (2001) démontrent que


les politiques monétaires expliquent également une large partie des mouvements d’inflation.
Cette relation est néanmoins moins significative pour les pays africains et les pays adoptant
un régime de change fixe, où les chocs monétaires ont une moindre importance que dans la
totalité des pays en développement considérés. Dans les pays de l’OCDE, les variables
monétaires ont été identifiées comme une source importante de l’inflation dans le long terme.

En Afrique, les études menées sur des pays de l’UEMOA identifient un effet de la
monnaie sur l’inflation dans le long terme. Diop A., Dufrénot G. et Sanon G., (2008)
démontrent que la monnaie joue un rôle principal dans le changement du niveau des prix à
long terme mais ils soulignent que la relation empirique est moins significative que ne le
prédit la théorie. Doe L. et Diarisso S. (1997) établissent également qu’à long terme, les
mouvements de la masse monétaire ont un impact sur l'inflation dans les sept pays de
l’UEMOA considérés. Pour le Mali, Diouf note que les déséquilibres sur le marché monétaire
ont un impact significatif sur le long terme dans la dynamique du niveau des prix, mais que la
quantité de monnaie en circulation n’affecte pas l’inflation à court terme (Diouf M. A., 2007).

De son côté, Fielding D., (2004) analyse l’impact des interventions de politiques
monétaires sur l’indice des prix à la consommation dans chaque pays de l’UEMOA et établit
qu’un changement dans le stock de monnaie en circulation entraine des changements
permanents dans les prix à travers les pays de l’UEMOA. Il trouve cependant que les hausses
du taux directeur de la BCEAO n’ont que peu d’effet sur les prix à court terme et n’ont pas
d’effet sur les prix à long terme.

Au niveau de la CEMAC, l’analyse de l’inflation au Tchad conduite par Kinda T.,


(2011) trouve que les déséquilibres sur le marché de la monnaie n’affectent pas la dynamique
65

de court terme du niveau d’inflation. Il attribue ce résultat au fait que la politique monétaire
n’est pas décidée sur le plan national, mais au niveau de l’union monétaire.

L’accommodement des déficits budgétaires s’est révélé une cause principale de la


croissance monétaire et de l’hyperinflation dans des pays à gestion monétaire autonome et
engagée dans une longue et difficile transition politique. Dans ces cas, la maîtrise de
l’inflation passe sans aucun doute par la mise en œuvre de politiques budgétaire et monétaire
rigoureuses (Kabuya K., 2009). Selon Agenor R. (cité par Zonon A., 2003), un exemple en
Afrique est le cas de la RDC (ex-Zaïre) (le champ d’application de ce travail) qui a financé
son déficit public par la création monétaire entre 1991 et 1994 entraînant une hyperinflation
de 4500% en 1993 et 9800% en 1994.

Le travail de Kofi M. O., (2007) portant sur l’inflation ghanéenne indique que depuis
que le Ghana a quitté le « West African Currency Board » juste après son indépendance, la
lutte contre l’inflation a été inefficace malgré deux décennies entières de réformes
vigoureuses. Utilisant le test de cointegration de Johansen et le modèle à correction d’erreurs,
Kofi Mathew identifie une inertie dans l’inflation ghanéenne durant la période de 1960 à
2003.

Il constate en outre des variations de l’offre de monnaie, du taux d’intérêt des bons
de Trésors ainsi que du taux de change comme déterminants de l’inflation ghanéenne à court
terme. De tous ces déterminants, l’inertie de l’inflation est le principal. Ce qui dénote que les
ghanéens font des anticipations adaptatives sur l’inflation. En anticipant la hausse des prix, ils
haussent effectivement les prix et créent donc l’inflation. Il suggère par conséquent que les
anticipations d’inflation soient réduites considérablement pour que le taux nominal d’intérêt
des bons de Trésor soit considéré comme le point d’ancrage de attentes des agents concernant
la politique monétaire à mettre en place par les autorités monétaires.

Conclusion du premier chapitre

Les libéraux ne jurent que par la non intervention de l’Etat dans l’économie car elle
est inutile parce que l’équilibre général est un optimum et en ce sens le marché s’autorégule
nécessairement. L’intervention publique est illégitime car l’Etat ne devrait pas s’immiscer dans
les choix délibérés et légitimes des privés.
66

En effet, selon les libéraux, l'équilibre résulte des choix microéconomiques rationnels
des agents: vouloir le modifier consiste à vouloir aller à l'encontre des choix privés
volontaires. Cette intervention de l’Etat est d’ailleurs inefficace, elle est sans effet sur les
variables réelles de l’économie (l’emploi, le produit, ..). Le s politiques économiques, du
fait de la structure dichotomique du modèle, seront réputées n'avoir aucun effet sur les
grandeurs réelles. Elles ne viennent que perturber les équilibres établis par les marchés. Elles
créent des perturbations nominales [inflation] et elles évincent l'initiative privée.

Le modèle classique prône la dichotomie de l’économie. Les classiques l’expriment


clairement en avançant que la monnaie est un voile et qu’elle n’a aucune influence sur les
variables réelles. Ainsi, pour eux, les agents économiques prennent leurs positions quant aux
quantités échangées et l’ajustement passera par les prix. Ainsi, la masse monétaire est la seule
responsable du niveau d’inflation constatée dans une économie à un moment donnée. La
masse monétaire est le seul déterminant de l’inflation.

Le modèle néo-classique débouche sur la conclusion que l’offre de monnaie


conjuguée à un niveau donné de revenu réel (PIB), sur lequel la masse monétaire n’exerce
d’ailleurs aucune influence, détermine le niveau général des prix. De manière générale, en
supposant une croissance économique tendancielle et une évolution structurelle de la vitesse
de circulation de la monnaie, la Banque centrale tentera de contrôler l’offre de monnaie dans
le but de préserver la stabilité des prix.

Avec Friedman et l’école monétariste, les anticipations adaptatives sont insérées dans
l’analyse de l’inflation en réponse aux anticipations rétrospectives posées par Keynes. En
effet, les agents économiques introduisent les valeurs passées dans leurs attentes de l’inflation
de la période. La Nouvelle Ecole Classique renforce cette idée en disant que les anticipations
adaptatives sont très simples. Elle introduit ainsi la notion des anticipations rationnelles dans
l’explication de l’inflation.
67

Chapitre deuxième :
DÉTERMINANTS RÉELS DE L’INFLATION :
« De l’output gap à la nouvelle courbe de Phillips et aux chocs »
68

En 1936, l’économiste britannique John Maynard Keynes révolutionna littéralement


la théorie économique avec son ouvrage Théorie Générale de l’Emploi, de l’Intérêt et de la
Monnaie. Keynes y proposait une nouvelle approche de l’analyse économique qu’il présentait
comme devant se substituer à la théorie classique. Sa vision du fonctionnement des systèmes
économiques fut rapidement à la base d’une controverse. Au fil de celle-ci, il se vit émerger
progressivement une nouvelle interprétation des fluctuations économiques. Selon lui, c’est la
faiblesse de la demande agrégée qui est la base de la dépression des revenus et de la hausse du
chômage, qui caractérisent les récessions économiques.

La gestion restrictive de la monnaie est critiquée par les keynésiens et les


néokeynésiens qui soutiennent que la monnaie peut être utilisée pour doper la production.
Pour ceux-ci, dans une situation de sous-emploi, une offre plus élevée de la monnaie peut
relancer l’économie à travers la demande. Une telle situation peut créer de l’inflation mais
permet de lutter contre le chômage à travers la reprise des activités de production, c’est ce
qu’illustre la courbe de Phillips qui indique qu’à des niveaux d’inflation élevés, correspond
des niveaux bas de chômage. L’inflation dans ces conditions, n’est pas vue comme un danger.
Il est un mal nécessaire, il faut savoir faire seulement un bon arbitrage entre le niveau
d’inflation et celui du chômage.

Comme les keynésiens et néokeynésiens, les structuralistes prônent l’intervention


de l’Etat pour emmener l’économie au plein emploi contrairement aux libéraux (classiques,
néoclassiques et monétaristes).

En effet, pour les structuralistes, les déséquilibres notamment l’inflation, sont causés
par des problèmes liés à la structure même de l’économie. Des chocs exogènes aussi bien
d’offre que de demande peuvent causer de dommages considérables nécessitant
l’intervention des pouvoirs publics.

Les facteurs considérés sont souvent, du côté de l’offre, les variations des
importations et les fluctuations du taux de change nominal, dans la mesure où la dépréciation
de la monnaie d’un pays accroît le prix des intrants importés dans le processus de production.

Du côté de la demande, les variables considérées sont la croissance de la masse


monétaire au sens large, un indicateur de l’écart entre la production effective et la production
potentielle, et les taux d’inflation antérieurs.
69

Comme dans l’approche keynésienne, le rôle de l’Etat est censé être


complémentaire de celui du marché. Son rôle est double : réaliser directement les
investissements là où l’initiative privée est absente (infrastructure, industries stratégiques) ;
et élaborer une planification. Il s’agit donc bien d’une intervention orientée vers le long
terme et non d’une régulation conjoncturelle de l’économie (Treillet S., 2001).

Pour les théoriciens structuralistes, les tentatives habituelles par lesquelles on


s'efforce de contrôler l'inflation en ne visant que les mécanismes de propagation (tentatives
inspirées de la théorie monétaire et/ou keynésienne) constituent l'exemple classique d'efforts
stériles réalisés en vue de modifier le comportement des agents économiques sans apporter la
moindre modification aux paramètres structurels qui conditionnent ce comportement.

Les critères de rationalité implicites dans les politiques monétaristes étant établis au
macro-niveau, il est, partant, impossible de prévoir convenablement ou de contrôler à temps
leurs répercussions au micro-niveau; dès lors, il peut se faire que ces politiques demandent
aux agents économiques de suivre une conduite irrationnelle du point de vue de leurs objectifs
économiques légitimes.

La réalisation des objectifs d'une politique économique (définie en termes


d'augmentation maximum du bien-être social) ne peut être obtenue en induisant les agents
économiques à abandonner leurs propres critères de rationalité, parce qu'ils sont
indispensables dans un système de décisions économiques décentralisées. L'équilibre entre ce
qui est rationnel au macro-niveau et au micro-niveau, ne sera atteint qu'à travers des
modifications des relations structurelles qui conditionnent le sens et l'orientation de la
conduite des agents économiques —notamment de ceux qui prennent les décisions
stratégiques.

SECTION I : STRUCTURE D’ENSEMBLE DU MODELE KEYNESIEN

John Maynard Keynes a posé, en 1936, les jalons de la macroéconomie moderne en


donnant une présentation particulière du fonctionnement de l’économie. Face aux désordres
des années 1930, il remet en cause le dogme de l’autorégulation du système économique.
Pour lui, les situations de sous-emploi durables sont non seulement possibles mais persistants
si le laisser-faire est le principe qui régit le fonctionnement de l’économie.
70

L’approche de Keynes consiste à croire que l’offre des produits est déterminée par la
demande de consommation des agents économiques. Dans ce cadre, une politique monétaire
expansionniste permet de relâcher la contrainte budgétaire des ménages ou de l’État, ce qui
accroît leur demande de biens de consommation. Cet excès de demande n’aboutira à un
accroissement du niveau général des prix que si les capacités de production de l’économie
sont saturées. Dans ce cas, Keynes montre qu’un déficit public, même s’il est financé par une
création monétaire, n’est inflationniste que si l’économie est au plein emploi.

Il va ainsi mettre en évidence les causes du chômage et en proposer les remèdes. Il


constate que le chômage résulte de l’insuffisance de la demande adressée aux
entreprises. Il s’oppose ainsi à la théorie classique notamment à la loi de débouchés énoncée
par J.B. Say selon laquelle toute production supplémentaire crée sa propre demande niant la
possibilité de toute crise de surproduction. Ceci conduit effectivement à dire que certaines
politiques macroéconomiques étaient susceptibles d’augmenter l’emploi.

Pour Keynes, l’économie ne fonctionne pas comme le suggère la loi de Walras à


cause des rigidités des prix. Il remet en cause l’hypothèse de flexibilité des prix. Les agents
économiques souffrent de l’illusion monétaire et réfléchissent plus en terme nominal que réel.

Keynes avance que les prix et les salaires ne sont pas fluctuants comme la théorie
classique l'affirme. Les salaires tendent à être rigides à la baisse parce que les travailleurs
n'acceptent pas des salaires qui ne leur permettent pas de vivre convenablement; cette
situation est renforcée par les actions des syndicats. Si les salaires sont trop bas, il y a
chômage.

Quant aux prix, les entreprises qui produisent des marchandises à prix élevé préfèrent
diminuer la production et congédier des travailleurs que de réduire les prix. Leur position de
monopole leur permet souvent d'agir de cette façon. Depuis les années 80, on recense
plusieurs cas où les employés ont accepté des réductions de salaire (aux Etats-Unis ainsi que
dans d'autres pays) par exemple, dans les lignes aériennes et l'industrie sidérurgique. Hormis
ces exceptions, les diminutions de salaire sont extrêmement rares quand même. Le modèle
général est celui d'une revalorisation continue, au moins pour amortir les hausses du coût de la
vie.

Keynes pense que les déséquilibres sont à rechercher du côté de la faiblesse de la


demande adressée aux entreprises. Il pense aussi que les prix sont rigides et ne permettent pas
71

l’ajustement des marchés comme le préconisent les libéraux. Dans ce cas, les conditions d’une
concurrence pure et parfaite ne sont pas remplies. Nous nous trouvons ainsi dans une situation
de marché imparfait et qui ne peut pas s’autoréguler. L’intervention de l’Etat s’avère très
nécessaire non seulement pour réguler les marches mais aussi et surtout pour “créer”
l’accroissement de la production et maintenir l’équilibre.

En effet, le raisonnement keynésien est le suivant : la demande anticipée (qu’il va


appeler demande effective) adressée aux entreprises détermine le niveau d’emploi dont elles
(les entreprises) ont besoin pour réaliser la production conforme à cette demande (la
production est déterminée par le seul facteur travail, le capital étant considéré comme fixe à
court terme). Dans ces conditions, le chômage involontaire peut exister car c’est la demande
effective qui détermine le niveau de l’emploi et donc de production. Pour accroitre ces
derniers (niveau d’emploi et de production), l’intervention de l’Etat est plus que nécessaire
pour stimuler la demande.

En boostant la demande effective, par ses politiques économiques, l’Etat invite les
entreprises à plus de production et donc plus de demande d’emploi (diminution du chômage).
Ce processus n’aboutira à une inflation que si l’économie atteint le plein emploi car dans ce
cas, la production ne saura augmenter pour satisfaire la demande supplémentaire.

a. Demande de monnaie keynésienne

Chez Keynes, la monnaie est demandée pour elle-même. Dans un cadre d’incertitude
radicale, la monnaie est le seul actif qui permet de se prémunir des aléas (incertitude) ou de
saisir des opportunités. D’où l’intérêt de thésauriser. Quand on a des ressources, on préfère les
liquidités. Keynes introduit la notion de la préférence pour la liquidité. La monnaie peut être
alors préférée pour elle-même car elle est l’actif le moins risqué et le plus liquide par
excellence.

Keynes prend en compte les quatre fonctions de la monnaie, (fonction d’«


intermédiaire des échanges », « d’unité de compte », de « réserve de valeur » et
d’« instrument de politique économique »). Il les juxtapose en distinguant trois motifs de
détention de la monnaie :

 Le motif de transaction : Keynes élargit cette notion en distinguant les


encaisses de transactions, celles qui sont liées à la structure du système financier, aux
72

dépenses courantes, à la fréquence, la régularité des recettes et leur coordination avec les
paiements à effectuer.

 Le motif de précaution : les encaisses de précaution sont liées au besoin de


disposer d’encaisses supplémentaires pour faire face à des dépenses imprévues. La demande
de monnaie pour les transactions (courantes ou imprévues) est fonction essentiellement du
revenu courant des agents économiques.

 Le motif de spéculation : Pour Keynes, les agents économiques conservent


aussi des encaisses pour pouvoir acheter ou vendre des obligations en fonction des gains ou
pertes en capital anticipés, selon l’évolution prévue du taux d’intérêt. Contrairement à la
monnaie, dont la valeur en capital ne varie pas, le cours des obligations sur le marché
secondaire varie en effet avec le niveau des taux d’intérêt. En fonction de l’évolution des taux
d’intérêts courants et de celle qu’ils anticipent, les agents économiques vont donc conserver
des obligations plutôt que de la monnaie ou l’inverse.

Et pour pouvoir effectuer cet arbitrage, ils conservent des encaisses monétaires au-
delà de ce que les seuls motifs de transaction et de précaution exigeraient. Dans ce schéma, la
monnaie n’est plus neutre : il existe une interaction entre la demande de monnaie et l’activité
économique puisque pour Keynes, le taux d’intérêt joue un rôle central dans la décision
d’investissement et, par ce canal, sur le niveau de l’activité. Le taux d’intérêt va être comme
le prix de la renonciation à la liquidité.

A l’origine, Keynes envisageait surtout de mettre les actif monétaires en balance


avec les obligations c’est-à-dire les valeurs en revenu fixe et qui sont appelés à se déprécier.
Nous pouvons donc conclure de cette première analyse que le rendement des agents devant la
monnaie n’est pas neutre : les agents désirent détenir la monnaie pour les qualités spécifiques
de liquidité qui sont les siennes. Pour faire leur choix ils comparent les actifs monétaires à
toutes les autres formes d’actifs. Toutes choses restant égales par ailleurs « la demande de
monnaie est fonction décroissante du taux d’intérêt. »

En effet, Keynes pense ce qui suit :


73

1) L’épargne n’est pas gouvernée par le taux d’intérêt, chaque agent a un taux de
préférence pour le présent qui lui fait déterminer la partie de son revenu qu’il peut
consommer tout de suite ou celle qu’il veut au contraire épargner cela s’exprime par sa
propension marginale à consommer et sa propension marginale à épargner.
2) Cette décision une fois prise, le montant relatif (absolu) de son épargne une fois
déterminée, une deuxième question se pose à notre agent. Etant donné toutes les
formes de richesse, dans quelle forme détiendra-t-il ce qu’il a épargné ? Et c’est ici
seulement qu’intervient le taux d’intérêt. Voici comment Keynes lui-même s’exprime
à ce sujet : le taux de l’intérêt est le prix qui équilibre le désir de détenir la richesse
sous fourme de monnaie et la quantité de monnaie disponible.

Ce qui précède implique que si le taux d’intérêt était moins élevé, si en d’autres
termes la récompense pour se dessaisir de la monnaie était réduite, le montant global de
monnaie que le public désirait conserver serait supérieur à la quantité offerte et que si le taux
de l’intérêt était majoré, il y aurait un excédent de monnaie que personne ne voudrait
conserver. Pour autant que cette explication de la quantité de monnaie qui, jointe à la
préférence pour la liquidité, détermine le taux effectif d’intérêt à des circonstances données.

La préférence pour la liquidité est une virtualité ou tendance fonctionnelle qui fixe la
quantité de monnaie que le public conserve lorsque le taux de l’intérêt est donné de sorte que
si r est le taux de l’intérêt, M la quantité de monnaie et L la fonction de la préférence pour la
liquidité, on a M=L(r) c’est-à-dire que M dépend de L(r). C’est par cette voie et de cette
manière que la quantité de monnaie M pénètre dans le schéma économique (Keynes J.M.,
1936). La demande d’encaisses réelles est donc une fonction décroissante du taux d’intérêt.
Plus le taux augmente, la quantité demandée diminue, mais à un certain niveau du taux, la
demande ne réagit pas et c’est ça qu’on appelle trappe à liquidité. La quantité de monnaie
additionnelle tombe très bas sans parvenir à faire baisser le taux de l’intérêt d’où l’expression
de trappe monétaire ou trappe à liquidité que Keynes a employé pour designer cette
hypothèse.
74

Partant de l’analyse wickselienne, John M. Keynes (1936) 6 remplace l’offre et la


demande de biens par l’offre et la demande de « fonds prêtables » et considère ces dernières
comme étant à l’origine de la hausse des prix par l’investissement et l’épargne.

Il confère au revenu le rôle de l’ajustement macro-économique et pose l’hypothèse


de sous-emploi des facteurs de production. En effet, il considère deux situations :

 En situation de sous-emploi, le prix est fixé et l’activité ne s’accroît qu’en cas de


demande supplémentaire sans modification de prix.

 En situation de plein-emploi et à court terme, la production stagne et si


l’investissement excède le niveau de l’épargne à l’équilibre, il y a inflation. Le niveau de
plein-emploi constitue la «barrière d’inflation » au-delà de laquelle l’inflation ne peut se
développer même si à l’évidence, cela n’est toujours pas le cas. C’est donc un excès de
demande et non de l’offre qui est à l’origine de l’inflation.

Un autre schéma consiste chez KEYNES à considérer que la demande est trop forte
par rapport au prix courant alors que l’offre est limitée du fait de plein emploi des facteurs de
production. C’est ce qu’il appelle le « gap inflationniste ».

L’inflation permet d’ajuster la répartition des revenus entre les agents de manière à
favoriser le rétablissement de l’équilibre Investissement-Epargne par le jeu de la course
« salaires-prix »7.

Avec son modèle IS-LM introduit par Hicks et complété par Mundell et Fleming, la
pensée keynésienne s’est imposée pour devenir la théorie économique standard qui explique
que lorsque la politique monétaire est mise au service de la politique budgétaire, l’économie
accède à un nouveau sentier d’équilibre qui sera supérieur au précèdent.

Les deux hypothèses fondatrices qui soutiennent la cohérence de ce raisonnement se


résument en l’existence de relation inverse entre la demande de travail et le salaire réel et en

R I S
6
P   avec P, le prix du PIB ; Y le PIB ; R le revenu global ; I et S sont respectivement l’investissement et
Y Y
l’épargne.
7 Les revenus des plus favorisés s’accroissent car ils épargnent plus et paient plus d’impôt. Les prix vont augmenter et les
salaires réagiront tardivement de façon que les profits s’accroissent. Par le jeu « salaires-prix », il va subsister l’illusion
monétaire car un taux d’inflation constant va permettre le transfert pourvu que les salaires ne rattrapent jamais les prix.
75

la prise en compte de la rigidité des prix et des salaires. Les deux hypothèses réunies, Keynes
montre dans la théorie générale qu’une variation de la monnaie affecte l’activité réelle suite à
la baisse des salaires réels, cassant ainsi l’analyse dichotomique des classiques.

Pour Keynes, la vitesse de circulation de la monnaie n’est pas constante, car la


demande de monnaie est influencée par le taux d’intérêt. Cette théorie de la demande de
monnaie conduit à écrire la fonction de la préférence pour la liquidité Md/P = f (i, Y) avec
Md/P qui est la demande d’encaisses réelles ; le taux d’intérêt i est relié négativement à la
demande d’encaisses réelles alors que le revenu réel Y est relié positivement à cette demande
d’encaisses réelles. Donc, si le taux d’intérêt augmente, les agents économiques détiennent
moins d’encaisses réelles pour un niveau de revenu donné ce qui augmente la vitesse de
circulation de la monnaie.

b. Courbe IS

L’équilibre keynésien sur le marché des biens et services est une situation
dans laquelle les entreprises, contraintes sur leur débouchés limitent leur production aux
seules quantités nécessaire pour satisfaire la demande. La demande agrégée des biens et
services est alors notée Ys et est égale à la somme de la demande des ménages (C), des
entreprises (I(r)) et de l’Etat (les dépenses publiques).

Nous pouvons écrire :


Ys=C(Y-T)+I(r)+G. (3.1.1)
L’équilibre keynésien correspond à une situation où les entreprises produisent
effectivement ce qui leur est demandé. Il s’agit de la demande effective (La loi des
débouchés ou loi de Say n’est plus vérifiée ici). On suppose que les entreprises sont
capables d’observer la demande et d’y satisfaire. D’où Ys=Y :
Y= C(Y-T)+I(r))+G. (3.1.2)

Il existe un seul niveau de revenu qui égalise la demande. Et comme la propension à


consommer est inférieur à 1, une augmentation du revenu entraine une augmentation de la
consommation mais dans des proportions moindres, ce qui implique en outre qu’il existe un
seul niveau du revenu qui égalise la demande. Cependant, lorsque l’économie est ouverte
vers l’extérieur, nous retrouvons le modèle de Mundell-Flemeing : On ajoute les
exportations nettes pour trouver la demande agrégée. Ceci donne l’équation suivante :
76

Y= C+I(r*)+G+NX(e) (3.1.3)
avec NX=X-M

La production agrégée est la somme des consommations des ménages, des


entreprises, de l’Etat donc des entreprises publiques et des exportations nettes.
L’investissement est une fonction du taux d’intérêt r lequel est égal au taux
d’intérêt mondial. Les exportations nettes sont une fonction décroissante du taux de change
défini comme la quantité de monnaie étrangère par unité de monnaie nationale. Nous
supposons ici que les prix sont constants. Le taux de change nominal est égal au taux de
change réel. Dans ce cas, une hausse du taux de change entraîne une baisse des
exportations nettes, composante de la demande globale. Cela induit une baisse de demande
globale entrainant une baisse de revenu. La courbe IS* décrit la relation entre le taux de
change e et le revenu.

L’investissement est une fonction décroissante du taux d’intérêt r qui est égal au
taux d’intérêt mondial. Les exportations nettes quant à elles, sont une fonction
décroissante du taux de change e défini comme la quantité des devises étrangères par unité
de monnaie nationale.

Si e est le taux de change nominal, le taux de change réel sera donné par £=e.P/P*,
avec p le niveau de prix intérieur et P* le prix mondial (RDM).

Comme on suppose que les prix sont constants, le taux de change réel est
proportionnel au taux de change nominal dans ce modèle. Par exemple : si le Franc
congolais (CDF) passe de 2 Francs rwandais à 4 Francs rwandais, les biens rwandais
deviennent moins cher que les biens congolais. Ceci va entraîner une chute des
exportations congolaises et en conséquence une hausse des importations. Le taux d’intérêt
est maintenu à son niveau mondial.

Cette équation de l’équilibre sur le marché des biens et services peut s’illustrer à
l’aide d’une courbe reliant le revenu au taux de change. C’est la courbe IS.
77

c. Courbe LM

Le marché monétaire se présente comme suit :


M/P=L (r*, y) (3.1.4)
Selon cette équation, l’offre de monnaie est égale à la demande de monnaie. La
quantité de la masse monétaire est exogène et est contrôlée par la Banque Centrale. Le prix
est également fixé de manière exogène.

La condition d’équilibre du marché monétaire et de taux d’intérêt mondial


détermine le revenu d’équilibre. La courbe LM, en économie ouverte, est indépendante du
taux de change. C’est pourquoi cette courbe est verticale. Comme les dépenses publiques G,
les impôts et taxes T, la masse monétaire M, le niveau général des prix P et le taux
d’intérêt mondial r * sont exogènes ; les variables endogènes sont le revenu y et le taux
de change e. L’équilibre correspond à la rencontre de IS* et LM*.

Dans la pratique, les taux d’intérêt national et mondial ne sont pas toujours égaux et
le niveau général des prix peut alors dépendre aussi bien de taux de change que du taux
d’intérêt international.

SECTION II : COURBE DE PHILLIPS

Bien que dépourvue de fondement microéconomique solide pouvant expliquer la


rigidité des prix et des salaires à la baisse, la vision keynésienne retrouve une légitimité
accrue à la fin des années cinquante avec la découverte de la courbe de Phillips, et devient à
son tour le second pilier de la théorie standard après le modèle IS-LM.

A partir d’un constat empirique, la courbe de Phillips affirme l’existence de relation


inverse entre le taux de variation du salaire nominal – par conséquent des prix- et le taux de
chômage, ce qui peut justifier un interventionnisme public -et donc monétaire- pour arbitrer
entre l’inflation et le chômage.

En effet, ce que préconise cette courbe c’est qu’une baisse du taux de chômage à
court terme peut être accomplie par une politique monétaire expansionniste, moyennant une
inflation plus élevée. L’idée est que lorsque les salaires et les prix augmentent, les ménages et
78

les entreprises vont respectivement dépenser et produire plus, victimes de l’illusion monétaire
suite à l’augmentation du revenu nominal, dopant ainsi la demande globale et baissant le
chômage. C’est le principe du « fine tuning » auquel aboutit la mise en œuvre de la loi de
Phillips selon laquelle un arbitrage fin entre le chômage et l’inflation devient possible, afin de
maintenir l’économie au niveau permanent de plein emploi. Dans cet esprit il est alors
possible d’échanger 1% de chômage, grâce à une politique monétaire expansionniste, contre
x% d’inflation supplémentaire.

En effet, en 1958, l'économiste néo-zélandais Alban W. Phillips allait proposer une


estimation de la relation expliquant les variations du taux de salaire nominal à partir du taux
de chômage observé en Grande-Bretagne sur la période 1861-1957. Reprise à leur compte par
Paul Samuelson et Robert Solow, cette relation, qui relie finalement taux de chômage et taux
d'inflation, allait constituer l'équation manquante de la théorie keynésienne : en permettant de
passer d'une macroéconomie statique à une macroéconomie dynamique. Elle constituera, pour
la décennie qui suivra, le guide des politiques économiques, avant que la remise en cause, tant
du point de vue empirique que théorique, de la relation qu'elle esquisse ne favorise la «
contre-révolution» libérale des années 1970 et 1980.

L'inflation n'était pas un problème macroéconomique majeur au cours des années


1930, période pendant laquelle furent rédigés tant la Théorie générale de Keynes (1936) que
les premières versions de ce qui deviendra le modèle IS/LM (notamment l'article séminal de
Hicks, 1937).

En revanche, l'inflation redevint progressivement une préoccupation dans la période


de l'après-Seconde Guerre mondiale, période de reconstruction économique et de plein-
emploi, et un enjeu majeur des débats théoriques entre ceux qui se faisaient les avocats de la
mise en œuvre des politiques keynésiennes de gestion de la demande globale, et ceux qui
souhaitaient continuer de s'y opposer en arguant, précisément, de leur caractère inflationniste.

Plus généralement, les économistes keynésiens, dont la pensée devient presque


unanimement dominante en macroéconomie dans les années 1940 et 1950, ressentirent alors
le besoin de faire évoluer leur système théorique pour lui permettre de fonder un
«keynésianisme de la prospérité» qui puisse se substituer au «keynésianisme de la
dépression» élaboré au moment de la grande crise. L'occasion de le faire va donc leur être
fournie par la publication, en 1958, par Phillips, d'une étude statistique et économétrique
79

mettant en évidence une liaison entre chômage et variation des salaires qui conduira à la mise
en évidence d'une relation d'arbitrage entre inflation et chômage.

a. Relation statistique de Phillips (1958)

Dans son étude Phillips cherchait à valider « l'hypothèse selon laquelle le taux de
variation du taux de salaire nominale peut être expliqué par le niveau du chômage ou le taux
de changement du chômage». Phillips A. (1958), à partir de statistiques des taux de
chômage et des taux de variation du taux de salaire monétaire couvrant, pour le
Royaume-Uni, la période 1861-1957, répondait positivement à la question qu'il s'était posée,
en mettant en évidence l'existence d'une relation linéaire décroissante entre les deux variables
sur la période étudiée : à des situations de chômage élevé correspondaient de faibles hausses
du taux de salaire monétaire et inversement.

Phillips était également à même d'estimer au niveau de 5,5 % le niveau du taux de


chômage susceptible d'assurer la stabilité des taux de salaires monétaires, taux de chômage
qui sera appelé ensuite dans la littérature macroéconomique le NAWRU : « Non Accelerating
Wage Rate of Unemployment » (taux de chômage non accélérateur de salaire).

À la suite de ce travail de Phillips, la recherche sur cette relation entre chômage


et taux de variation des salaires monétaires s'est poursuivie dans deux directions principales,
l'une théorique, l'autre empirique. Les études empiriques ont consisté pour l'essentiel à
tester le même type de relation pour d'autres économies de marché que le Royaume-Uni. Les
études théoriques, elles, ont visé à fournir des fondements analytiques à l’existence de cette
relation, et ce d’autant plus qu’elle devenait rapidement un enjeu du débat de politique
économique à la suite des travaux de Samuelson et Solow.

• Courbe inflation/chômage

Le schéma de Phillips ne va devenir une référence qu'à l’occasion d’un travail de


Paul Samuelson et Robert Solow (cités par Phelps E. S., 1967) présenté en 1959. Dans cette
étude, les deux auteurs choisissent de reformuler la relation de Phillips, en particulier en
remplaçant la variation du taux de salaire par l'augmentation annuelle des prix : la « courbe de
80

Phillips » devient ainsi une relation décroissante entre le taux de chômage et le taux
d'inflation. Sur cette base, ils choisissent alors de modifier la manière même de lire le schéma,
qu'ils interprètent comme «un diagramme des différents niveaux de chômage dont on aurait
besoin pour chaque degré de variation du niveau des prix».

Pour le dire d'une autre manière, la courbe devient la frontière des possibilités
d'arbitrage entre inflation et chômage que le décideur politique peut utiliser : Il y a un coût
(en inflation) à payer pour garantir un taux de chômage faible, de même qu'il existe un coût
(en activité et en emploi) pour maintenir les prix à un niveau faiblement inflationniste". Alors
que Keynes avait fondé la macroéconomie sur le débat central concernant l'emploi, et a
affirmé le choix de combattre par tous les moyens le chômage, les économistes keynésiens
substituaient l'idée d'un arbitrage possible entre inflation et chômage, considérés finalement
comme deux « déséquilibres» alternatifs, dont l'évaluation du caractère nocif ne relevait
plus du discours positif, mais de la préférence collective ou publique.

b. Arbitrage inflation/chômage

Finalement, la relation de Phillips constitue bien la relation manquante de la


théorie keynésienne. Pour un niveau donné de salaire nominal au début d'une période
t, le modèle offre globale/demande globale détermine l'équilibre macroéconomique de cette
période, en particulier le taux de chômage qui lui est associé. La relation de Phillips donne
alors le taux de croissance du salaire nominal entre t et t+1. On introduit donc une dynamique
du chômage et du taux d'inflation.

Dans le cadre de ce modèle, les autorités ont la possibilité d'influencer le taux de


chômage sur le long terme : elles peuvent « troquer » plus d'inflation en régime stationnaire
pour obtenir moins de chômage. II y a donc un arbitrage entre inflation et chômage : la
poursuite de l'objectif de plein-emploi se paie d'un surcroît d'inflation. Cet arbitrage peut
alors être tranché au regard des préférences collectives en matière d'inflation et de
chômage.
81

Taux d’inflation Carte d’utilité


collective S (∆P/P)

P / P1 A P / P 1 S0


Courbe de
P / P 0 B Philips
P / P0 S1
Chômage A

U1 U0 U1 U0

Figure 2.1. La politique économique,


Figure 2.2. Courbe de Phillips et politique économique
porteuse d'une fonction d'utilité
collective

Le passage d'un niveau de chômage U0, à un niveau U1 implique pour les autorités
de sacrifier à l'objectif d'inflation, en acceptant de voir celle-ci passer de Po à P1. L'économie
chemine ainsi le long de la courbe de Phillips qui la caractérise du point B vers le point A. La
courbe de Phillips représente donc la frontière des possibilités de politique économique
disponibles pour les autorités.

Le choix d'un couple optimal (inflation, chômage) résulte de la maximisation d'une


fonction d'utilité collective sous contrainte de la courbe de Phillips (qui donne les
combinaisons possibles) ayant pour argument chômage et inflation (on souhaite à la fois moins
de chômage et moins d'inflation). L’utilité collective est supposée croissante avec l'emploi et la
désinflation.

Le point A est un optimum. La fonction d'utilité collective représenterait les


préférences, non pas d'un individu, comme dans la fonction d'utilité du consommateur en
microéconomie, mais de la collectivité entre inflation et le chômage (figure 5). Plus qu’une
synthétise des intérêts et des préférences individuelles probablement contradictoires, on peut
imaginer qu’elle est le résultat d’un choix politique, porté par les autorités élues. Elle n’est
utilisée ici qu'à titre d'illustration, laissant sous silence les difficultés qu’un tel concept peut
faire apparaître, et qui sont du ressort de l’économique publique.
82

Wt
Wt

ou
Taux

de
salaire

Ut
Ut ou Taux du
chômage

Figure 2.3. Courbe de l’arbitrage entre l’inflation salariale et le chômage

L’explication suivante ressort des résultats de Phillips : le salaire nominal sur le


marché du travail s’élève quand il apparaît une demande excessive et diminue dans le cas
contraire. Le taux de chômage non inflationniste (5.5%) est celui compatible avec l’équilibre
entre l’offre et la demande de travail. C’est un taux de chômage irréductible ou « frictionnel ».
Cette analyse constitue un argument de poids pour les tenants de l’inflation par les coûts.

Face au dilemme inflation-chômage, si l’on souhaite réduire l’inflation, on doit


accepter une augmentation permanente du taux de chômage. Le choix décisionnel doit se faire
sur un couple de taux d’inflation- taux de chômage le long de la courbe de Phillips. Mener
une politique expansionniste permet de se déplacer le long de la courbe vers le haut et
l’inverse dans le cas d’une politique restrictive.

Si l’inflation apparait, elle ne sera pas vécue ici comme une fatalité mais comme le
« prix » à payer pour atteindre un niveau donné de production et d’emploi (lutte contre le
chômage).
Il revient ainsi à l’Etat de pouvoir opérer un arbitrage entre l’inflation et le chômage.
Il s’agit d’un choix raisonné. L’inflation n’est pas ici le résultat de l’accroissement de la masse
monétaire comme le montrait la théorie quantitative de la monnaie. Elle résulte de la volonté
de l’Etat à booster la demande effective adressée aux entreprises pour lutter contre le chômage
et créer l’accroissement de la production et du revenu
83

SECTION III : REMISE EN CAUSE DE LA COURBE DE PHILLIPS : CRITIQUE


DE FRIEDMAN

Les économistes sont partagés sur l’idée que la politique conjoncturelle puisse
durablement agir sur la croissance et l’emploi. C’est là le grand clivage entre, d’un côté, les
keynésiens et néokeynésiens et, de l’autre, les monétaristes emmenés par leur chef de file
Milton Friedman (1912-2006, prix Nobel d’économie en 1976).

Les keynésien (au sens large) croient en l’efficacité de la politique conjoncturelle


(politique budgétaire et politique monétaire), tandis que les monétaristes ne voient en l’usage
de la dépense publique ou d’une politique monétaire trop accommodante que le risque d’une
inflation accrue, sans aucun effet bénéfique durable sur l’économie réelle. Dit autrement, les
monétaristes ne croient pas en la possibilité d’un arbitrage entre inflation et chômage, comme
le voudrait la relation exprimée par la courbe de Phillips.

En effet, le Néo-Zélandais Alban Phillips avait, en 1958, représenté graphiquement


le constat empirique selon lequel le taux de chômage était inversement relié au taux de
progression nominale des salaires (plus le chômage est faible et plus les salariés peuvent
revendiquer des augmentations des salaires, et inversement en cas de chômage élevé). Etant
donné l’impact de l’inflation salariale (au-delà d’un certain seuil évalué à 2% ou 3%) sur
l’inflation générale, la courbe de Phillips a été étendue à la représentation d’une relation
inverse entre inflation et chômage.

Comment s’interprète cette relation dans le cadre de la politique économique ? Elle


signifie qu’une politique de relance a pour effet à la fois de réduire le chômage et
d’augmenter l’inflation dans une proportion chiffrable. La courbe passe par un point
correspondant à un niveau du taux de chômage qui n’accélère pas l’inflation (que Friedman
baptisera plus tard « taux de chômage naturel »). Les efforts entrepris, au moyen d’une
politique de relance, pour réduire le taux de chômage en deçà de ce niveau se « paient », pour
ainsi dire, en augmentation de l’inflation.

Toutefois, l’application de la loi de Phillips a fini par instaurer à la fin des années
soixante et au début des années soixante-dix une situation de stagflation -une conjoncture
économique où l’inflation et le chômage persistent simultanément. Les critiques se sont
84

d’ailleurs attaquées directement aux fondements de la loi de Phillips pour remettre en cause la
pensée keynésienne, jugée trop axée sur le court terme.

C’est à partir de la courbe de Phillips augmentée des anticipations que le courant


monétariste développe des réserves à l’égard d’une politique monétaire qui se veut
durablement active. En intégrant le principe des anticipations adaptatives, M. Friedman
(1968) substitue au salaire nominal de la courbe de Phillips standard le salaire réel, évinçant
ainsi l’hypothèse de l’illusion monétaire.

M. Friedman avance l’idée selon laquelle les salariées et les entreprises adaptent
leurs anticipations sur les salaires et les prix, en fonction de ce qu’ils ont observé lors des
périodes précédentes : c’est l’hypothèse des anticipations adaptatives. On peut ainsi distinguer
les courbes de Phillips de court terme, présentant une forme traditionnelle, et celle de long
terme de nature verticale. Si les premières sont de nature transitoire, la seconde est
permanente et détermine le niveau de chômage naturel. La relation inverse entre le chômage
et les prix n’est valable qu’à court terme lorsque les salariés font des erreurs d’anticipations
qui les amènent à sous-estimer l’inflation et à travailler à un salaire réel moindre. L’effet de la
monnaie sur le réel peut opérer à court terme par un effet de richesse qui résulte de l’illusion
monétaire manifestée par les agents économiques. Lorsque l’on intègre les anticipations -les
agents économiques anticipent correctement l’inflation et en tiennent compte- il n’y aura
aucune relation inverse entre chômage et inflation. Après adaptation des anticipations des prix
à la hausse, la relation entre salaires nominaux et chômage est verticale, située au niveau du
chômage naturel. Un niveau naturel vers lequel tend une économie en équilibre lorsque
l’illusion monétaire disparaît.

En effet, à long terme, l’augmentation du revenu ou la baisse du chômage ne peut


être soutenue, car les agents économiques finiront par s’apercevoir que le revenu réel reste
inchangé voir baisse lorsque l’inflation augmente. Alors que la baisse du chômage finit par
disparaître, l’inflation elle, persiste car elle devient ancrée dans les anticipations des prix
futurs. L’existence d’un niveau de chômage naturel vient corroborer cette thèse d’absence
d’arbitrage chômage-inflation à long terme, puisque ce chômage est de nature structurelle et
qu’il est difficile de s’en écarter à moins de faire subir à l’économie une inflation toujours
plus importante. Ainsi, pour Friedman, aucune politique de relance ne parviendra à abaisser
durablement le taux de chômage en deçà de son niveau « naturel ».
85

Courbe de Phillips à long terme


Taux d’inflation

Courbe de Phillips à court terme

3 4

1 2

Taux de chômage naturel

Taux de chômage

Figure 1.3. : Courbe de Phillips à court et long termes

Son raisonnement suit la logique suivante : dans un premier temps, la relance fera
reculer le chômage (passage au point 1 sur le graphique) mais, avec l’inflation en résultant, les
salariés se rendront compte au bout d’un certain temps que leur pouvoir d’achat a baissé. Pour
compenser cette perte, ils revendiqueront des augmentations de salaire.

S’ils y parviennent, les entreprises pâtiront d’une hausse du coût de leur main-
d’œuvre et licencieront ceux-là mêmes qu’elles avaient embauchés grâce à la relance.
Résultat, le chômage reviendra à son niveau initial et l’inflation aura augmenté (passage au
point 2 sur le graphique). Si l’expérience de la relance est de nouveau tentée par le
gouvernement, la même chose se produira : moins de chômage dans un premier temps, mais
au bout d’un certain temps des revendications salariales pour compenser l’inflation, d’où une
augmentation des coûts salariaux et des licenciements (passage au point 3 sur le graphique).

Friedman considère ainsi que l’on se retrouvera avec un niveau d’inflation encore
plus élevé et un taux de chômage bloqué à nouveau à son niveau naturel. A long terme, la
courbe de Phillips deviendrait ainsi une simple droite verticale.

Finalement tout dépendra, dans cette histoire, de la plus ou moins grande


« clairvoyance nominale » des salariés et de leur capacité à obtenir les augmentations de
86

salaires qu’ils revendiquent. Dans l’esprit des monétaristes, les salariés sont des agents
économiques rationnels et ne sont donc pas victimes d’illusion nominale : ils réaliseront
rapidement que l’inflation leur fait perdre du pouvoir d’achat. C’est là un premier point de
clivage entre eux et les keynésien qui considèrent, au contraire, qu’il existe nécessairement un
peu d’illusion nominale et que les agents raisonnent davantage en termes nominaux qu’en
termes réels.

Par ailleurs, les monétaristes considèrent que les salariés obtiendront sans mal,
notamment grâce à l’activisme syndical, les augmentations qu’ils réclament, ce qui signifie
que les salaires s’ajusteront rapidement à la hausse et nourriront l’inflation.

Les keynésiens ne partagent pas cette croyance dans la flexibilité des salaires et des
prix en général. Ils mettent en avant le rapport de force qui oppose les salariés à leurs
employeurs dans la négociation salariale et l’incidence du chômage sur ce rapport de force.
Les salariés seront d’autant moins en position de négocier des augmentations salariales que le
chômage est élevé dans leur secteur d’activité.

C’est d’ailleurs initialement cette relation inverse entre le taux de chômage et le taux
de variation des salaires nominaux qui avait été observée par Alban Phillips. Ce n’est que
lorsque la situation se sera considérablement embellie sur le marché de l’emploi que les
salariés pourront un peu plus facilement négocier. Aussi, pour les keynésiens, la relance aura
largement le temps de produire ses effets en termes de volumes supplémentaires d’emplois
avant qu’il faille se préoccuper de l’inflation.

Phelps E. S., (1967) et Friedman M. (1968) adressent une critique à cette relation
Phillips-Lipsey concernant la variable qui s’ajuste face aux déséquilibres sur le marché du
travail. Etant donné que la demande et l’offre de travail sont fonction du taux de salaire réel,
c’est ce dernier qui varie en fonction de la demande excédentaire sur le marché et non le taux
de salaire nominal. Ils proposent le modèle suivant (Garboua L.V. et Weymuller C, 2005) :
W  P*  f (u )
avec f0 (2.3.5)
W Pq

P  P *  f (u )  q (2.3.6)

P  P* (2.3.7)

f (u )  q (2.3.8)
87

W est le salaire nominal, P le prix, P * le prix anticipé, u le taux de chômage et q le


taux de croissance de la productivité.

L’augmentation du pouvoir d’achat (salaire réel) varie inversement au


chômage et non au salaire nominal comme l'affirme l'analyse de la courbe de Phillips. Dans
un horizon de long terme, lorsque les salariés anticipent correctement le niveau des prix de
façon que celui-ci soit équivalent à l’évolution réelle (2.3.7), le salaire réel et le salaire
anticipé finissent par coïncider. Il en résulte que le taux de chômage est désormais relié à la
productivité et à l’évolution des prix (2.3.8).

A long terme, il existe un taux « naturel » de chômage ( u ) au niveau duquel le


dilemme inflation-chômage disparaît. Les courbes de Phillips ne sont que transitoires car, à
leur niveau, P  P *.

Sur le plan pratique, les autorités courent le risque de relancer la spirale inflationniste
en cherchant à baisser le taux du chômage en dessous du taux naturel dans le cadre de la
politique conjoncturelle.

Sur le plan théorique, si les anticipations s’appuient sur l’expérience du passé, les
prévisions de hausse des prix seront plus élevées lorsqu’on sort d’une situation récessive que
lorsqu’on quitte une période de forte demande. Pour les deux auteurs, c’est l’inflation qui
modifie l’emploi et non l’inverse.

La courbe de Phillips, sous sa forme moderne, identifie trois sources d’inflation :


 l’inflation anticipée ;
 l’écart du chômage par rapport à son taux naturel, appelé chômage
conjoncturel ;
 les chocs d’offre.

L’équation suivante exprime ces trois facteurs :

  E -  u - u n   v (2.3.9)

Inflation= Inflation anticipée –β(Chômage conjoncturel)+Choc d’offre


88

où β est un paramètre positif. Il mesure la réaction de l’inflation au chômage


conjoncturel. Le signe négatif dont est affecté le chômage conjoncturel peut s’interpréter de la
manière suivante : toutes choses restant égales par ailleurs, un chômage élevé tend à réduire
l’inflation. Cette équation synthétise donc la relation entre inflation et chômage.

La courbe de Phillips et la courbe d’offre agrégée expriment, pour l’essentiel, la


même relation. Écrivons comme suit l’équation d’offre agrégée :

P = EP + (1/α)( Y  Y ) (2.3.10)

Une addition, une soustraction et une substitution permettent de transformer


l’équation ci-dessus pour y faire apparaitre, en trois étapes, une relation entre inflation et
chômage.

Tout d’abord, ajoutons au membre de droite un choc d’offre v représentant des


événements exogènes, tels une variation des prix des produits pétroliers, qui modifient le
niveau des prix et déplacent la courbe d’offre agrégée de court terme :

P = EP + (1/α)( Y  Y ) + v (2.3.11)

Ensuite, pour passer du niveau des prix au taux d’inflation, nous soustrayons le
niveau des prix de l’année passée (P-1) des deux membres de l’équation, pour obtenir :

(P – P-1) = (EP – P-1) + (1/α)( Y  Y ) + v (2.3.12)

Le membre de gauche (P – P-1) représente la différence entre le niveau des prix


courant et le niveau de l’année précédente, soit l’inflation π (pour plus de précision,
l’inflation est en fait la variation en pourcentage du niveau des prix. P étant le logarithme du
niveau des prix, en raison des propriétés des logarithmes, la variation de P équivaut grosso
modo au taux d’inflation. La raison en est que dP = d(log niveau des prix) = d(niveau des
prix)/niveau des prix). Le premier terme du membre de droite (EP – P-1) est la différence
entre le niveau anticipé des prix et le niveau effectif des prix de l’année précédente, soit
l’inflation anticipée (Eπ). Nous pouvons donc remplacer (EP – P-1) par (Eπ) :
89

π = Eπ + (1/α)( Y  Y ) + v (2.3.13)

Enfin, pour passer de la production au chômage, nous faisons appel à la loi d’Okun
qui établit une relation entre ces deux variables. Dans l’une des formulations de cette loi,
l’écart de la production par rapport à son taux naturel est en relation inverse avec l’écart du
chômage par rapport à son taux naturel : quand la production excède son taux naturel, le taux
de chômage est inférieur au sien. Ceci peut s’écrire comme suit :

(1/α)( Y  Y ) = 
-  u - un  (2.3.14)

Fort de cette égalité, il ne nous reste plus qu’à remplacer le terme (1/α)( Y  Y ) de

l’équation précédente par  


-  u - u n , déduisant ainsi la courbe de Phillips de la courbe
d’offre agrégée :

 
π = Eπ -  u - u + v
n
(2.3.15)

En observant cette relation, nous remarquons que la courbe de Phillips incorpore l’un
des éléments fondamentaux de la courbe d’offre agrégée de court terme : une relation entre
variables réelles et nominales qui cause à court terme la dichotomie classique (étanchéité
théorique entre variables nominales et variables réelles). L’équation de l’offre agrégée de
court terme établit une relation entre la production et les variations anticipées du niveau des
prix.

L’équation de Phillips établit une relation entre le chômage et les variations


anticipées du taux d’inflation. L’équation de l’offre agrégée se prête à l’analyse de la
production et du niveau des prix, alors que l’équation de Phillips est plus commode pour
étudier le chômage et l’inflation, mais, fondamentalement, il s’agit des deux faces d’une
même réalité.
90

Faisant la synthèse entre Keynes et Phillips, Friedman et Phelps (cités par Bofoya B.
2010) corrigent l’équation de Phillips et aboutissent à la même conclusion que Keynes. Leur
équation de détermination de salaire est :

w  p e  c  g s  d  (2.3.16)
Cette équation est connue sous le nom de l’équation de Phillips augmentée des
anticipations. Combinée avec la relation classique entre le salaire réel et la demande de travail
d  a  bw  p  , cette relation donne ce qui suit :


d     p  pe  (2.3.17)
Ainsi, pour avoir des effets réels, il faut que les chocs nominaux soient imprévus. En
d’autres termes, il faut prendre les agents économiques par surprise afin de créer les erreurs
de prévision et donc relancer l’emploi.

En effet, en réponse à la hausse de prix, les salariés demandent une hausse des
salaires nominaux. Etant donné les erreurs d’anticipation, les entreprises augmentent à
nouveau leurs prix pour faire face à l’augmentation de leurs coûts salariaux due à
l’augmentation de la demande de travail. Les salariés augmentent à nouveau leurs
revendications salariales qui trouvent la réponse dans l’augmentation des prix ainsi de suite
pour s’enfermer dans la spirale prix-salaires.

SECTION III : CHOCS D’OFFRE, ECART DE PRODUCTION ET INFLATION

L’écart entre la production effective et la production potentielle est


traditionnellement présenté comme un facteur important dans les tensions inflationnistes.

A long terme, la courbe d’offre globale est verticale et n’est pas influencée par le
niveau de l’inflation. Par contre, dans le court terme, l’offre globale est déterminée par la
demande et sa courbe est horizontale. L’équilibre entre la courbe d’offre à long terme et celui
à court terme, donne la production potentielle. Entre les deux périodes, il y a un ajustement
constant de la production en fonction de la demande et de la courbe d’offre globale de court
terme qui donne le niveau de production observé. Ce processus a un impact sur l’inflation :
 quand le niveau de la production réelle est supérieur au niveau de la production
potentielle, le niveau d’inflation baisse par rapport à son niveau naturel ;
 quand c’est le cas opposé, le niveau d’inflation augmente ; et
91

 quand le niveau de production est égal au niveau de production potentiel, le


niveau d’inflation reste constant.

L’équation d’offre agrégée de court terme est de la forme :

Y  Y   ( P  EP) ,   0 ; (3.3.1)
avec Y la production, Y le taux naturel de production, P le niveau courant des prix
et EP le niveau anticipé des prix. Cette équation nous dit que la production s’écarte de son
niveau naturel dès que le niveau des prix s’éloigne du niveau anticipé des prix. Le paramètre
 désigne l’ampleur de la réaction de la production à des variations inattendues du niveau
des prix ; 1/  est donc la pente de la courbe d’offre agrégée.

Deux modèles sont alors proposés : le modèle avec prix rigides et le modèle avec
information imparfaite. Chaque modèle propose toutefois une explication différente des
fondements de cette équation. En d’autres termes, chacun met en avant une raison précise
pour laquelle les variations non anticipées sont associées à des fluctuations de la production.
Dans les deux modèles, des imperfections du marché empêchent la production d’atteindre son
niveau naturel. En conséquence, la courbe d’offre agrégée de court terme est croissante plutôt
que verticale et les déplacements de la courbe de demande agrégée écartent provisoirement la
production de son taux naturel.
Ces écarts temporaires constituent les expansions et les dépressions qui caractérisent
le cycle conjoncturel. Bien que chaque modèle emprunte un itinéraire théorique différent, les
deux aboutissent au même endroit, à savoir une équation d’offre agrégée de court terme de la
forme ci-haut indiquée.

A. Modèle avec prix rigides

Ce modèle est basé sur le fait que les entreprises n’ajustent pas instantanément leurs
prix aux variations de la demande. Ces prix, en effet, sont quelquefois fixés dans le cadre de
contrat à long terme entre producteurs et consommateurs. Même en l’absence de tels contrats,
les entreprises évitent au maximum de modifier leurs prix pour des raisons commerciales,
dans le souci de ne pas ennuyer leurs clients habituels par de constantes modifications des
prix.
92

D’autres prix sont rigides en raison de l’organisation des marchés : une fois
imprimés et distribués les catalogues ou listes de prix, il est coûteux de modifier les prix.
Enfin, la rigidité des prix reflète dans certains cas celle des salaires dépendant parfois de
normes sociales et de notions d’équité qui n’évoluent que très lentement dans le temps. Ainsi,
la rigidité des salaires est également à l’origine de celle des prix.

Prenons la décision tarifaire d’une entreprise individuelle type qui contrôle plus ou
moins les variations des prix des produits qu’elle fabrique. Le prix désiré p de cette entreprise
est fonction de deux variables macroéconomiques :
 le niveau général des prix P. Une hausse de celui-ci accroît les coûts de notre
entreprise. En conséquence, plus le niveau général des prix est élevé, plus cette
entreprise est tentée d’augmenter le prix de son propre produit ;
 le niveau du revenu agrégé Y. Toute hausse de celui-ci accroît la demande de produit
de notre entreprise. Comme le coût marginal augmente avec le niveau de production,
plus la demande est grande et plus l’entreprise souhaite obtenir un prix élevé.
Le prix désiré par notre entreprise s’écrit comme suit :
p=P+  (Y - Y ) (3.3.2)

Cette équation nous dit que le prix désiré p est fonction du niveau général des prix P
et de l’écart entre la production agrégée et le taux naturel (ou potentiel) de celle-ci (Y- Y ). Le
paramètre  , de valeur toujours supérieure à zéro, mesure l’ampleur de la réaction du prix
désiré par l’entreprise par rapport au niveau de la production agrégée (le premier souci de
l’entreprise est son prix relatif, donné par le rapport de son prix nominal au niveau général des
prix. Si nous considérons p et P comme les logarithmes respectifs des prix de l’entreprise et
du niveau général des prix, cette équation nous dit que le prix relatif désiré est fonction de la
production par rapport à son taux naturel).

Supposons maintenant qu’il y ait deux types d’entreprises. Les prix des premières
sont flexibles : elles fixent toujours leurs prix en fonction de cette équation. Les prix des
secondes sont rigides : elles annoncent leurs prix à l’avance en fonction des conditions
économiques auxquelles elles s’attendent. Les entreprises avec prix rigides fixent leurs prix
selon l’équation qui suit :
p = EP +  (EY - E Y ) (3.3.3)
93

où, E représente l’espérance mathématique permettant de calculer la valeur anticipée


de la variable. Pour simplifier, nous supposons que ces entreprises s’attendent à ce que la
production atteigne son taux naturel, de sorte que le dernier terme  (EY - E Y ), est nul. Dès
lors, ces entreprises fixent leurs prix de la manière suivante :
p = EP (3.3.4)

En d’autres termes, les entreprises avec prix rigides fixent leurs prix sur la base des
prix auxquels elles s’attendent de la part des autres entreprises.

Le principe de fixation des prix de ces deux types d’entreprises, nous permet de
construire l’équation d’offre agrégée. Pour ce faire, nous identifions le niveau général des prix
de l’économie, qui n’est autre que la moyenne pondérée des prix établis par ces deux groupes
d’entreprises. Si s est la proportion des entreprises avec prix rigides et (1 – s) la fraction de
celles dont les prix sont flexibles, le niveau général des prix devient :

P = sEP + (1 – s)[P +  (Y - Y )] (3.3.5)

Le premier terme désigne le prix des entreprises avec prix rigides pondéré par leur
part dans l’économie, et le deuxième terme le prix des entreprises avec prix flexibles pondéré
de la même manière.
En soustrayant (1 – s)P des deux membres de l’équation, nous obtenons :
sP = sEP + (1 – s)[  (Y - Y )] (3.3.6)

En divisant les deux membres de l’équation par s, nous obtenons le niveau général
des prix :
P = EP + [ (1 – s)  /s] (Y - Y ) (3.3.7)

Les deux termes de cette équation s’expliquent comme suit :


 lorsque les entreprises s’attendent à un niveau de prix élevé, elles en
concluent à une hausse de leurs coûts. Si c’est le cas, les entreprises qui fixent
leurs prix à l’avance relèvent ceux-ci. Ceci incite les autres entreprises à
augmenter également leurs propres prix. On voit donc que l’anticipation de
prix élevés EP induit un niveau élevé des prix courants P.
94

 une production élevée induit une demande également forte de biens produits.
Dans ce cas, les entreprises avec prix flexibles établissent leurs prix à un
niveau élevé, ce qui induit une hausse du niveau général des prix. L’impact
du niveau de la production sur celui des prix est fonction de la proportion des
entreprises dont les prix sont flexibles.

En définitive, le niveau général des prix dépend du niveau des prix anticipé et niveau
de la production (Mankiw G., 2013).

B. Modèle avec information imparfaite

Contrairement au du modèle précédent, ce modèle fait l’hypothèse que chaque


marché s’équilibre. En d’autres termes, tous les prix s’ajustent librement pour égaliser l’offre
et la demande. Dans ce modèle, les écarts entre les courbes d’offre agrégées de court et de
long termes sont dus à des perceptions temporairement erronées des prix.

Le modèle avec information imparfaite fait l’hypothèse que chaque producteur ne


produit qu’un seul bien, mais en consomme un grand nombre, dont il ne peut, en
conséquence, observer les prix à tout moment. Les producteurs suivent donc de près le prix
des biens qu’ils produisent, mais non ceux des biens qu’ils consomment cette information
imparfaite les amène quelquefois à confondre les variations du niveau général des prix avec
celles des prix relatifs. Cette confusion affecte leurs décisions quant aux quantités qu’ils
produisent et est à la base d’une relation positive de court terme entre niveau des prix et
production.

Prenons, par exemple, la décision que doit prendre un producteur de blé. Le blé qu’il
vend lui fournit le revenu grâce auquel il achète d’autres biens et services : la quantité de blé
qu’il décide de produire est donc fonction du prix relatif du blé par rapport à ceux des autres
biens et services présents dans l’économie. Si le prix relatif du blé est élevé, notre producteur
est incité à produire davantage de blé, dont il tirera un revenu élevé. Si le prix relatif du blé est
faible, il pourrait choisir de travailler moins, produire moins de blé, et goûter davantage aux
loisirs.
95

Malheureusement, au moment où il prend sa décision, ce producteur ignore le prix


relatif du blé. Il suit de près le marché du blé, dont il connait toujours le prix nominal. Mais il
ignore le prix des autres biens et service présents dans l’économie. Il estime donc le prix
relatif du blé sur la base de son prix nominal et de ses anticipations quant aux au niveau
général des prix.

Supposons que tous les prix de l’économie augmentent, y compris celui du blé. Il est
possible que notre producteur de blé ait anticipé cette variation des prix. Lorsqu’il observe la
hausse du prix du blé, son estimation du prix relatif du blé ne se modifie pas : il ne travaille
pas davantage.
Mais notre producteur de blé peut ne pas avoir anticipé la hausse du niveau général
des prix, ou du moins son ampleur. Lorsqu’il observe la hausse du prix du blé, il ne sait pas si
le prix des autres biens et services ont également augmenté (auquel cas le prix relatif du blé
qu’il perçoit reste inchangé) ou si seul le prix du blé a augmenté (auquel cas le prix relatif du
blé s’est accru). L’inférence rationnelle consiste à dire qu’il s’est probablement passé un peu
de l’un et un peu de l’autre. En d’autres termes, quelque peu accru. En conséquence, il produit
davantage.

Notre producteur de blé n’est pas un spécimen unique. En présence d’une hausse non
anticipée des prix, tous les producteurs de l’économie observent la hausse du prix des biens
qu’ils produisent. Ils en concluent tous, rationnellement, mais de manière erronée, que les prix
relatifs des biens qu’ils produisent ont augmenté : ils travaillent et produisent davantage.

En synthèse, le modèle avec information imparfaite nous dit que lorsque les prix
effectifs excèdent leurs niveaux anticipés, les producteurs accroissent leur production. Le
modèle implique une courbe d’offre agrégée que nous connaissons déjà :

Y  Y   ( P  EP) ,   0 ; (3.3.8)

La production s’écarte de son taux naturel dès que le niveau effectif des prix est
différent de leur niveau anticipé. Cette version du modèle avec information imparfaite
présentée ci-haut a été développée dans les années 1970 par le Prix Nobel en économie Robert
Lucas. Des travaux récents portant sur les modèles avec information imparfaite ont adopté
une approche un peu différente.
96

En effet, au lieu d’insister sur les perceptions temporairement erronées des prix
comme l’a fait Lucas, ces travaux mettent l’accent sur la capacité limitée des agents
économiques d’assimiler et d’intégrer dans leurs décisions les informations économiques dont
ils disposent. Dans ces cas, les « frictions » qui sont à l’origine d’une offre agrégée croissante
à court terme ne sont plus liées à la disponibilité de l’information limitée mais sont plutôt
dues à l’incapacité des agents à collecter et traiter l’information très largement disponible.
Ainsi, dans leur processus de fixation de prix, les agents économiques réagissent très
lentement aux informations disponibles. L’équation qui en résulte est similaire à celle
développée dans le modèle précédent, même si les fondements microéconomiques sont
différents.

SECTION IV : NOUVELLE COURBE DE PHILLIPS

Selon les néo-keynésiens, l’offre de monnaie est endogène. Dans ce cadre, un excès
d’offre de monnaie ne peut apparaître, et donc encore moins être responsable d’un phénomène
inflationniste ou hyperinflationniste. Au sein de la théorie post-keynésienne, l’inflation est la
conséquence du conflit de répartition (salaire réel - marge bénéficiaire); elle n’est donc pas
d’origine monétaire. Le conflit de répartition porte sur le partage de la valeur ajoutée et
oppose les capitalistes, rémunérés grâce à la propriété du capital, aux travailleurs, rémunérés
grâce à l’utilisation par les firmes du travail qu’ils offrent. L’analyse des conflits de
répartition est, dès la fin des années 1950, un élément d’identification d’un courant post-
keynésien se référant aux écrits de Keynes mais aussi à ceux de Kalecki (cités par
JONATHAN M., 2014).

Selon Robinson J. (1966), celle-ci se développe sur un terreau particulier : aux


origines, il y a la présence d’un conflit de répartition virulent qui provoque une inflation
importante. Une séquence particulière est alors susceptible d’émerger : l’inflation va
provoquer une détérioration du taux de change réel, qui induit une dégradation du solde
courant de la balance des paiements. Sous la pression, le change nominal ne peut être tenu, et
une dépréciation (ou une dévaluation si l’on est en change fixe) doit suivre afin de
contrecarrer la dégradation du solde courant.

Seulement, cet ajustement peut alimenter la spirale inflationniste, car il provoque une
augmentation des prix des biens importés. Si les biens importés sont des inputs utilisés par les
97

firmes domestiques, celles-ci vont chercher à augmenter les prix afin de conserver leurs
marges. Si les biens importés sont des biens de consommation finale, les travailleurs vont
chercher à obtenir des hausses de salaires afin de conserver leur pouvoir d’achat,
augmentations qui vont provoquer une hausse des coûts des firmes déclenchant une hausse
des prix.

Les nouveaux keynésiens (Joseph Stiglitz, Lawrence Summers, Gregory Mankiw,


Olivier Blanchard, David Romer, George Akerlof…) ont accepté l’hypothèse d’anticipations
rationnelles mais en rejetant la parfaite flexibilité des prix et des salaires. Ils vont identifier les
facteurs de rigidité des prix et des salaires : contrat de travail de longue durée, coût
d’ajustement de prix pour les entreprises…. Ils vont montrer, à la différence des nouveaux
classiques, que même une politique économique anticipée aura un effet réel sur le produit
global. Ils reconnaissent toutefois qu’une politique non anticipée sera plus efficace.

Cette efficacité joue à la fois en cas de politique de relance, mais aussi en cas de
politique de lutte contre l’inflation. Si, par exemple, le gouverneur de la Banque centrale
engage une politique monétaire restrictive afin de diminuer le niveau de la demande globale
qui n’est pas anticipée par les agents économiques, on a une réaction de l’offre globale qui
passe en dessous de son niveau d’équilibre de long terme et on obtient une désinflation
coûteuse en termes d’activité économique. Si cette politique est anticipée, une partie des
salaires et des prix s’ajustent ce qui permet finalement d’obtenir une désinflation plus forte
avec un plus faible ralentissement de l’activité économique.

Les nouveaux keynésiens montrent, comme les nouveaux classiques, qu’une


politique de lutte contre l’inflation a un coût minimal en terme d’activité économique quand
cette politique est anticipée et crédible. La différence est dans le dosage de la politique
monétaire mise en œuvre, les nouveaux classiques optent pour la «douche froide» afin de
casser les anticipations inflationnistes alors que les nouveaux keynésiens défendent une
approche graduelle pour réduire l’inflation sans déprimer l’activité économique. Le problème
est alors de créer de la crédibilité en se limitant à une action progressive fondée sur un
principe type règle de Taylor.

Même s’il est difficile de nier que l’inflation aura été l’objectif phare des autorités
monétaires des années 1980 à 2000, certaines banques centrales se seront montrées au cours
de cette période plus pragmatiques que d’autres en demeurant attentives à la croissance. Les
travaux des économistes dans les années 1990-2000 ont d’ailleurs atténué le clivage initial
98

entre monétaristes et keynésiens en se concentrant sur la « fonction de réaction » des banques


centrales et ses différents arguments (cible d’inflation, écart de production (« output gap »),
etc.), à partir des travaux de l’Américain John Taylor.

Selon Taylor (cité par Leiderman L., Maino R. and Parrado E., 2006), empêcher à
tout moment la hausse de l’inflation n’est pas une décision optimale pour les banques
centrales. A court terme, en effet, les variations de taux d’intérêt vont varier le niveau de la
production. Or la variabilité de la production peut être tout aussi dommageable sinon plus que
celle de l’inflation. Taylor est connu pour la courbe qui formalise cet arbitrage issu de l’un de
ses articles publié en 1979, mais surtout pour la règle qui porte son nom, dans un article
postérieur de 1993, devenu depuis un incontournable du sujet. Il s’agit d’une règle
« hypothétique mais représentative » du comportement de la Réserve fédérale américaine au
cours de la période 1987-1992.

La règle de Taylor relie le taux d’intérêt nominal à court terme i (que fixe la banque
centrale) à l’écart entre l’inflation courante π et l’inflation cible π* visée par la banque
centrale d’une part, et à l’écart dit de production entre le PIB effectif réel y et le PIB potentiel
y*, selon la relation suivante :

i = r* + π + α(y – y*) + β(π – π*) (3.3.15)

où r* représente le taux d’intérêt réel « d’équilibre » et α et β les coefficients de


pondération associés aux écarts (fixés à 0,5 dans l’étude de Taylor de 1993 ; Taylor
préconisera à partir de 1999 de fixer un β supérieur à l’unité – « principe de Taylor »).

Avec un taux d’intérêt réel évalué à 2% et des coefficients fixés à 0,5, la règle de
Taylor reproduit assez fidèlement l’évolution des taux directeurs américains (taux des Fed
funds) pour la période 1987-1992. C’était d’ailleurs là son but, arriver à décrire l’évolution
passée des taux directeurs de la Fed.

Cependant, reprise et popularisée par une étude de la banque Goldman Sachs en


1996, cette règle au départ descriptive s’est progressivement muée en règle de référence à
portée normative, que les autorités monétaires devraient suivre. Il s’en est suivi des débats,
qui ont permis de souligner que la règle de Taylor était extrêmement sensible au paramétrage
de ses variables de référence : quelle valeur donner aux pondérations des écarts et comment
fonder théoriquement ces valeurs, quel taux d’intérêt réel d’équilibre retenir, la cible
d’inflation peut-elle être tenue pour fixe, etc. ?
99

Taylor lui-même a révisé son choix de pondérations : en 1999, il préconise un


coefficient supérieur à 1 devant la cible d’inflation. En effet, si le taux nominal n’augmente
pas assez vite, le taux d’intérêt réel (tel que le définit la relation de Fisher r = i - π ) peut
baisser alors même que le taux nominal augmente, auquel cas l’inflation continuerait
d’augmenter conformément au processus cumulatif que décrit Knut Wicksell dans son
analyse du taux d’intérêt naturel. Faire augmenter le taux nominal plus que
proportionnellement par rapport à l’écart d’inflation garantit selon Taylor que sa règle
stabilise à la fois l’inflation et l’écart de production (« principe de Taylor »).

Cela étant, la règle de Taylor demeure une façon commode de formaliser une
« fonction de réaction » implicite d’une banque centrale, non limitée à une cible d’inflation.
Et sans forcément constituer une règle à suivre, elle peut aussi fournir au banquier central le
moyen de rationnaliser ex post ses décisions de politique monétaire.

Couramment, beaucoup de banques centrales disent qu’elles poursuivent « la cible


d’inflation ». Cependant, en réalité elles adoptent la règle de Taylor. La règle de Taylor
comprend deux objectifs : stabiliser l’inflation à son taux ciblé et stabiliser l’output au niveau
de plein emploi. Les fluctuations de taux d’inflation et celles de l’output sont, en moyenne,
positivement corrélées. Sous cette règle, la politique monétaire augmente le taux d’intérêt si
l’inflation est au-dessus de son niveau-cible et l’output est au-dessus de son niveau de plein-
emploi.

Il faut noter que la banque centrale définit, en pratique, le taux d’intérêt nominal plutôt
que le taux d’intérêt réel. En conséquence, la Règle de Taylor implique que si (π–π*)>0, le
taux d’intérêt nominal augmenterait plus que le taux d’inflation, et au cas contraire, la
diminution de la cible de taux réel signifierait que le taux nominal diminuerait plus que le
taux d’inflation (leaning against the wind). Pour un taux d’inflation donné, plus élevée est la
valeur de beta, plus large sera la variation des taux réel et nominal et plus fort sera le
mouvement en vue de stabiliser le taux d’inflation à sa valeur-cible.

L’avantage principal de spécifier la cible d’inflation dans la règle de Taylor est qu’elle
encourage la transparence de la politique monétaire et fixe les anticipations d’inflation. Ainsi
elle fournit une orientation sur les demandes de salaires, les plans d’investissement, etc. La
réalisation cible d’inflation faible augmente par ailleurs la crédibilité de la politique
monétaire. Ceci signifie que les anticipations inflationnistes du public sont désormais
étroitement déterminées par les cibles d’inflation de la banque centrale.
100

SECTION V : THÉORIE STRUCTURALISTE DE L’INFLATION

II.1. Économie de centre et économie de périphérie

Les structuralistes d'Amérique latine acceptent que l’accroissement de la masse


monétaire puisse accroître le niveau des prix. Cependant, contrairement aux monétaristes, ils
estiment que l’accroissement du stock de monnaie n’explique que les causes secondaires de
l'inflation mais n’en est pas la source (Wachter, S. M. 1979). La source ou les facteurs sous-
jacents ne sont pas à chercher dans les politiques monétaires et fiscales, mais plutôt dans les
faiblesses structurelles caractéristiques des économies des pays en développement.

En d’autres termes, la source de la hausse des prix est la pression de la croissance


économique sur une structure sociale et économique sous-développée. Plus précisément, avec
le développement économique, les secteurs de l'agriculture, le commerce extérieur et le
gouvernement souffrent de rigidités institutionnelles qui provoquent la hausse des prix.

En effet, avec la croissance économique et l'industrialisation développée, la demande


des produits alimentaires et des matières premières s’accroît pour satisfaire le secteur
industriel; mais à cause de la mauvaise structure socio-économique rurale, la production
agricole est lente et ne peut pas suivre le rythme de la demande à prix constants.

Plus précisément, les structuralistes citent l'organisation foncière et les techniques de


production relativement arriérées de l'agriculture latino-américaine comme la principale cause
de la faiblesse des investissements. La terre est divisée principalement en « minifundia » et
« latifundia ». Les « minifundia » sont de petites parcelles paysannes considérées comme la
périphérie et les « latifundia » sont des grands domaines agricoles, considérées comme le
centre. Cette répartition des terres contribue au sous-développement du secteur agricole
traditionnel relativement en retard.

En effet, les grands domaines sont inefficaces parce que leurs propriétaires ne sont
pas des «hommes économiques» et donc ne sont pas intéressés par la maximisation de leurs
profits. D'autre part, les « minifundia » ne sont pas productifs parce qu'ils sont trop petits pour
être efficacement cultivés et parce que leurs propriétaires paysans manquent de temps et de
101

ressources humaines pour apprendre de meilleures techniques de production. Un secteur


agricole rudimentaire est l'un des problèmes des économies en développement. La
caractéristique distinctive de l'approche structuraliste est que ce problème peut conduire à
l'inflation.

Le problème agraire fait partie des obstacles structurels au développement latino-


américain décrits par la CEPAL. Face aux latifundia réticents à augmenter les
investissements, se trouvaient les « minifundio » qui ne pouvaient le faire par manque de
crédit et d’assistance technique. Le binôme latifundia-minifundio provoquait une inélasticité
élevée de l’offre du secteur agricole qui dans beaucoup de pays était encore la seule activité
économique prédominante. Cette inélasticité avait des répercussions sur les prix des aliments
et limitait l’exportation de produits primaires aggravant les problèmes de la balance des
paiements. Le manque de dynamisme du secteur agricole entraînait une émigration vers les
centres urbains engendrant une marginalité sociale croissante accentuant l’hétérogénéité
structurelle.

La même relation de centre et périphérie peut être transposée au niveau des pays. La
relation qui s’établissait – et s’établit quelquefois encore –entre les économistes du Centre et
ceux de la Périphérie était de caractère colonial.

Contre cette situation, à la fin des années quarante, a réagi un groupe d’économistes
latino-américains (Raul Prebisch, Celso Furtado, Juan. F. Noyola Anibal Pinto, Jorge
Ahumada, Osvaldo Sunkel, parmi d’autres) travaillant pour la Commission Economique pour
l’Amérique Latine (CEPAL) de récente création (Urquidi V. L. (2005). Ces économistes ont
fait partie de ce que Furtado désignera par la suite comme « l’ Ordre Cépalien du
Développement » dont la mission principale était de se libérer des idées « importées » pour
cesser d’expliquer par analogie avec les économies du Centre la problématique de la
Périphérie.

En quelques mots, il s’agissait, pour la première fois dans l’histoire de la pensée


économique, comme l’a dit Furtado, que les économistes du Centre n’aient pas le monopole
de l’explication du monde8.

8 “ N’importe quelle réflexion à propos de l’héritage de la CEPAL doit partir de la reconnaissance qu’elle constitue le seul
effort de création d’un corps de pensée théorique surgit dans ce vaste espace de la planète connue sous le nom de Tiers
Monde » (Furtado, 1999. p 30).
102

En décembre 1947, l’Assemblée Générale des Nations Unies a créé la CEPAL, en


partie en prenant comme modèle la Commission Economique pour l’Europe et la Commission
Economique pour l’Asie et le lointain Orient créés peu avant… Pendant les premières deux
années, la CEPAL a mis en place un petit groupe d’experts qualifiés et a entamé des activités
plutôt routinières de collection de données et pris de contacts avec les gouvernements. Sous
la direction de l’économiste mexicain Gustavo Martinez Cabañas, la CEPAL a publié un
premier rapport sur l’Etat de l’économie latino-américaine. Ce premier rapport n’a pas eu
beaucoup d’impact.

Cependant, un document très important a été présenté pendant la deuxième période


de sessions ténue à la Havane en mai 1949. Ce document a été rédigé par un consultant
Argentin, Raul Prébisch (cité par Guillen R. H., 2010), ancien directeur de la Banque Centrale
argentine. Il y présente ses points de vue à propos des problèmes économiques auxquels
l’Amérique Latine doit faire face. Ce document a été très bien accueilli par la plupart de
délégués latino-américains et a constitué la base de ce que par la suite on connaîtra comme la
« thèse de Prébisch ».

A la conception « évolutionniste » rostowienne du développement qui enlève tout


statut théorique à la notion de sous-développement, Raul Prebisch à la tête des économistes de
la CEPAL oppose l’idée d’une économie internationale partagée entre un Centre et une
Périphérie dont la base objective est le système de division internationale du travail (DIT) mis
en place au XIXè siècle.9

Dans ce système, l’Amérique Latine, composante de la périphérie du système


économique mondial, produisait des aliments et des matières premières pour les grands
centres industriels. Le point de départ de Prebisch a été la critique du système de la DIT en
mettant l’accent sur les implications découlant du caractère statique de la théorie du
commerce international fondée sur le principe ricardien des avantages comparatifs. L’un des
corollaires de cette théorie est que le commerce international n’est pas seulement un moteur
de croissance en permettant que les pays participent utilisant plus rationnellement leurs
ressources, mais il est aussi un facteur de réduction des disparités du niveau de revenus entre
pays.
9 Ricardo démontre au début du XIXè siècle que l’Angleterre doit abandonner l’agriculture à d’autres nations et se spécialiser
là où elle est relativement meilleure, l’industrie. Quand l’Angleterre décide d’abandonner son agriculture et se spécialiser
dans la production industrielle, elle doit trouver des nations qui fassent le chemin inverse et acceptent de se
« désindustrialiser ». L’industrialisation des uns implique la désindustrialisation des autres. (Cohen, 1998. p 52-54).
103

Or, pour Prebisch les données empiriques sur le comportement à long terme des prix
relatifs sur les marchés internationaux étaient loin de confirmer les prévisions de la théorie
ricardienne. Par contre, l’évidence empirique montrait que l’échange international avait
provoqué une concentration du revenu en faveur des pays de niveau de productivité et de
salaires réels plus élevés. Dans ces conditions, Prebisch va démontrer que l’inégale répartition
des fruits du progrès technique et la détérioration des termes de l’échange qui s’en suivit,
auraient ainsi engendré un déséquilibre structurel entre les différentes nations, détruisant les
prémisses de la théorie classique.

Pour Furtado C. (1994), aucune idée n’a signifié autant pour la perception du sous-
développement comme celle de la structure centre - périphérie mise en lumière par son maître
Prebisch. Développement et sous-développement sont alors compris comme la résultante
simultanée d’un processus unique qui lie structurellement et fonctionnellement cette double
réalité qui coexiste à l’intérieur du complexe économique international. La politique de
développement suppose dans ces conditions une nouvelle forme d’insertion dans la DIT grâce
à un processus accéléré d’industrialisation.

D’après la CEPAL, l’élan industrialisant ne pouvait provenir que d’une modalité de


croissance ayant pour base l’élargissement du marché interne. Pour y parvenir, il s’agissait de
définir une stratégie économique d’industrialisation par substitution d’importations, capable
de surmonter ce que les économistes de la CEPAL appelaient les « insuffisances
dynamiques » du développement latino-américain. A ce sujet, Furtado écrit que « les idées de
la CEPAL ont germé dans cette première étape en même temps au Brésil et au Chili.
L’industrialisation brésilienne, surgie du collapsus de l’économie exportatrice de matières
premières et renforcée par les exigences de la période de guerre, se sentait menacée par le
changement du contexte international…

Pour la CEPAL, l’industrialisation ne serait pas une option en elle-même, mais la


seule issue possible pour continuer avec le développement. La stratégie d’industrialisation par
substitution d’importations devait être accompagnée de la modernisation de l’agriculture et
d’une politique de revenus capables de créer un pôle de développement national autosoutenu.

Pour Furtado, l’action étatique de soutien au processus de développement constituait


le corollaire naturel au diagnostic des problèmes structurels de la périphérie sous-développée.
Ainsi, partant d’un fort volontarisme idéaliste appuyé sur la conviction que la raison humaine
est capable d’imposer sa volonté dans l’économie et la société grâce à la planification, la
104

CEPAL a soutenu techniquement dans les années cinquante plusieurs gouvernements latino-
américains pour planifier le développement. En particulier, les technobureaucraties latino-
américaines ont profité beaucoup du travail de l’ILPES (Institut Latino-américain de
Planification Economique et Sociale) crée sous la tutelle de la CEPAL.

Cependant, il est trop facile de supposer que subitement les gouvernements de


l’Amérique Latine avaient décidé que le sentier du développement pourrait être prédéterminé
uniquement grâce aux politiques provenant de la doctrine dite « cepalienne ». Même si la
CEPAL était très respectée, les gouvernements décidaient leurs politiques de façon très
pragmatique en s’appuyant non seulement des travaux de la CEPAL mais aussi des études
réalisées par le FMI et la Banque Mondial. Par ailleurs, il ne faut pas oublier l’influence du
gouvernement des Etats-Unis sur la politique économique menée en Amérique Latine.

Le noyau central de la pensée classique de la CEPAL se compose de trois éléments :


la détérioration des termes de l’échange, l’analyse structurelle de l’inflation et le déséquilibre
extérieur.

Prebisch, anticipant la théorie de l’échange inégal d’A. Emmanuel, soutenait que la


détérioration des termes de l’échange entre le centre et la périphérie provenait d’un mode
d’affectation différente des gains de productivité entre les deux pôles. Tandis que dans les
pays industrialisés les gains de productivité sont transformés en supplément de salaires de
telle sorte que les prix restent constants ou s’élèvent, dans les économies sous-développées les
gains de productivité sont transformés en baisses des prix.

Comme l’a bien signalé Anibal Pinto (cité par Guillen R. H., 2010), « il devient
manifeste que les agents de la production -entrepreneurs et travailleurs- des pays
industrialisés, au lieu de transférer vers la périphérie les gains du progrès technique grâce à
une baisse corrélative des prix, tendaient à absorber ces gains et à le traduire en une
augmentation soutenue des revenus ». Une des raisons de ce comportement différant tient au
fait que les travailleurs sont mieux organisés et syndiqués dans les pays centraux que dans la
périphérie.

A cet argument s’ajoute un autre lié à l’offre de travail : l’offre abondante de travail
dans les économies sous-développées explique la pression sur les salaires et par la suite sur les
coûts tout autant que la faiblesse de l’organisation syndicale, alors que dans les pays
industrialisés la rareté de la main d’œuvre est longtemps apparue comme un facteur de hausse
de salaires.
105

Autrement dit, dans les pays industrialisés, « à un manque relatif ou absolue de force
de travail…s’ajoutent la force et l’extension d’une organisation syndicale, attentive et en
conditions d’exiger des ajustements continus du revenu salarial parallèlement à l’évolution de
la productivité » (cité par Guillen R. H., 2010). Dans ces conditions, les structures différentes
de fixation des prix et des salaires mènent directement à la détérioration des termes de
l’échange. Il ne s’agit pas d’opposer des producteurs de biens primaires et des producteurs de
biens manufacturés, mais plutôt deux systèmes différents de fixation des prix et des salaires.
Ainsi, pour Prebisch, il n’y a pas en soi de malédiction attachée aux produits miniers et
agricoles.

Sans se laisser impressionner par les nombreuses critiques des économistes des pays
centraux adressées à la théorie de la détérioration des termes de l’échange (année de base,
pondérateur utilisé, nature des produits, etc) que constituait en réalité une théorie des formes
de domination10, les économistes de la CEPAL se sont consacrés à étudier le délicat problème
de l’inflation.

Pendant la période du Keynésianisme triomphant et où en même temps aux Etats-


Unis le monétarisme commence à se frayer un chemin dans les milieux académiques, les
auteurs cépaliens rejettent la thèse selon laquelle l’inflation latino-américaine est le résultat du
désordre monétaire et financier.

Pour eux l’explication de l’inflation ne doit pas se limiter au constat de certains


dérèglements monétaires et financiers conçus comme le résultat ou la faute de la conduite
économique et financière du gouvernement. Par ce chemin, l’explication de l’inflation est
mise sur le dos des phénomènes monétaires dont la responsabilité incomberait à l’Etat
puisque les phénomènes monétaires sont soumis à une contrainte étatique centrale. Il s’agit
d’une interprétation unilatérale et superficielle de l’inflation qui la considère comme un
résultat de politiques monétaires et financières erronées et de conduites maladroites que
représentent des déviations par rapport à l’orthodoxie appliquée dans les pays centraux.

Comme le signale Ricardo Torres Gaytán (cité par Guillen R. H., 2010), pour les
économistes des pays centraux « il était plus confortable de rester à la superficie des faits
cachés par le voile monétaire, tout en proférant des reproches et des diatribes contre les
gouvernements et en oubliant leurs énormes besoins face à leurs ressources limitées et à la

10 Pour Furtado, la théorie de la détérioration des termes de l’échange était en réalité « une théorie des formes de domination
qui se trouve à l’origine de la dépendance dont parleront un peu plus tard les économistes latino-américains » (Furtado,
1999. p 30).
106

faible coopération internationale ». Les véritables causes de l’inflation, selon les économistes
de la CEPAL, ne doivent pas être cherchées dans les billets de la Banque Centrale ni dans les
décisions prises par le Ministère des Finances.

S’il est vrai que l’inflation pour se matérialiser et se propager implique la mise en
place d’une certaine politique économique, cela ne veut pas dire que dans cette dernière
explique pourquoi les dépenses du gouvernement dépassent leur revenu, pourquoi la demande
de devises dépasse l’offre et quelle est la raison des différents déséquilibres qui sont à
l’origine de l’inflation.

La référence cépalienne fondamentale pour le problème de l’inflation est Juan F.


Noyola. Pour lui, l’inflation n’est pas un phénomène monétaire. C’est le résultat des
déséquilibres de caractère réel qui se manifestent sous la forme d’une augmentation du niveau
général des prix. Ce caractère réel de l’inflation est beaucoup plus facile à repérer dans les
pays sous-développés que dans les pays développés. Mais pour Noyola (cité par Guillen R.
H., 2010), il ne suffit pas de dire que l’inflation est un phénomène qui résulte de déséquilibres
réels dans le système économique.

Pour comprendre ce phénomène, il faut disposer d’une théorie, ou au moins d’une


série de catégories explicatives. A ce sujet, Noyola pense qu’on ne peut pas se contenter
d’appliquer mécaniquement des schémas théoriques comme le schéma keynesien. Il préfère se
servir de l’approche de Michael Kalecki qui met l’accent dans l’inélasticité de l’offre et dans
le « pouvoir de monopole » des entreprises11 et surtout de l’approche de Aujac H. (1950) qui
a examiné le comportement des diverses couches sociales et leur capacité de conflit.

Cette dernière approche dans laquelle l’inflation est l’expression d’une concurrence
entre groupes sociaux montre que l’inflation n’est qu’un aspect particulier du phénomène
beaucoup plus général de la lutte des classes. Mais, selon l’avis de Noyola, même les analyses
de Kalecki et d’Aujac ne peuvent pas nous mener très loin dans l’analyse de l’inflation latino-
américaine, si on laisse de côté une série d’éléments qui se déduisent de l’observation de la
structure et du fonctionnement des économies de l’Amérique Latine.

Noyola démontre que l’inflation est un problème spécifique et différent dans chaque
pays latino-américain, même si on peut trouver des traits communs à tous ces pays. Pour
l’analyser, il faut prendre en considération tous les éléments qui soient capables d’être à

11 Pour Kalecki les prix ne se forment pas sur le marché selon les préceptes walrasiens de la concurrence parfaite mais ils
résultent du rapport de force exercé par les entrepreneurs grâce à leur pouvoir de monopole et aux pratiques de « mark
up » conféré par ce pouvoir.
107

l’origine des déséquilibres dans le système économique. Ces éléments peuvent être de nature
structurelle (répartition de la population par activité et différences de productivité entre les
secteurs de l’économie) dynamique (différents rythmes de croissance entre les secteurs
productifs) et institutionnelle (comportement des secteurs public et privé).

Il combine ces éléments dans un schéma dans lequel il distingue deux faits
différents : les pressions inflationnistes fondamentales et les mécanismes de propagation. Les
pressions inflationnistes fondamentales trouvent normalement leur origine dans des
déséquilibres de croissance situés presque toujours dans deux secteurs : le commerce extérieur
et l’agriculture. Les mécanismes de propagation peuvent être variés mais se réduisent
généralement à trois types : le mécanisme fiscal, le mécanisme de crédit et le mécanisme de
réajustement des prix et des revenus.

L’intensité de l’inflation dépend surtout de l’importance des pressions inflationnistes


fondamentales et secondairement de l’existence de mécanismes de propagation et de l’action
qu’ils mènent. Autrement dit, une fois que les conditions inflationnistes sont établies,
l’inflation est activée ou retardée par les mécanismes de propagation qui expliquent ses effets
sur la distribution du revenu. Comme l’on peut constater, l’inflation est un produit des
conditions concrètes de l’économie national, des relations économiques internationales et de
la dynamique sociale.

L’économiste mexicain avance trois affirmations qui expriment très bien la position
de la CEPAL en matière d’inflation. La première est que si l’alternative à l’inflation est la
stagnation ou le chômage, il faut choisir l’inflation. La seconde est que le plus grave de
l’inflation, ce n’est pas l’augmentation des prix en elle-même, mais leurs conséquences sur la
répartition du revenu et les distorsions qu’elle entraîne entre la structure productive et la
structure de la demande. La troisième est qu’il faut lutter contre l’inflation grâce à différents
instruments de politique économique (politique fiscale progressive, contrôle des prix,
approvisionnement…) plutôt qu’avec la politique monétaire qui commence à être efficace
quand elle réduit l’activité économique, augmente le chômage ou freine le développement.

Pour la CEPAL, la demande de produits primaires sur les marchés centraux non
seulement oscillait périodiquement avec de graves dégâts pour les économies périphériques
mais tendait à croître lentement et avec retard par rapport à la croissance du revenu des
centres industriels. Cela tenait au fait que :
108

a. Les biens primaires représentaient une proportion décroissante de la dépense au


fur et à mesure que le revenu s’élevait ;

b. La substitution des produits de base se généralisait ;

c. Le progrès technique réduisait la participation des « inputs » primaires dans la


valeur des biens finaux ;

d. Les politiques protectionnistes des pays industriels réduisaient l’accès à leurs


marchés des produits de base dans lesquels s’est spécialisée la périphérie. Face à
la lente croissance de la demande de matières premières et d’aliments des centres,
on observait une haute propension de la périphérie à importer des produits
manufacturés. Ainsi, tandis que la première augmentait à un taux très inférieur à
l’augmentation du revenu, la demande d’importations industrielles de la
périphérie tendait à croître à un taux très supérieur à la croissance du revenu.
Cela entraînait un déséquilibre chronique structurel de la balance des paiements
expliqué en dernière instance par la différence dans l’élasticité- revenu de la
demande des deux types de biens.

Les années soixante et le début des années soixante-dix ont été très prolifiques pour
les penseurs de la CEPAL. Ces années-là, ont été marquées par l’analyse des obstacles
structurels pour continuer la substitution d’importations des industries légères, par la thèse de
l’ « hétérogénéité structurelle » et par les thèses de la dépendance.

Pour la CEPAL deux ont été les variables clé pour expliquer l’épuisement du
processus d’industrialisation par substitution d’importations, les crises de la balance des
paiements et l’inflation résultante dans plusieurs pays latino-américains :

1. La capacité limitée à importer résultat des exportations peu dynamiques,


faiblement diversifiées et concentrées dans les produits primaires soumis à une
détérioration de leur pouvoir d’achat ;

2. Les difficultés croissantes pour avancer dans la substitution d’importations en


raison de la plus grande complexité technologique des investissements
nécessaires pour surmonter l’étape facile de la substitution des biens de
consommation non durable et se diriger vers les biens de consommation durable,
intermédiaires et surtout de capital.
109

Au début des années soixante, Prebisch alertait sur les distorsions et les inefficacités
du processus d’industrialisation et son insuffisante orientation exportatrice. En effet, le
protectionnisme excessif et les droits de douane démesurés sur certains produits agricoles
« ont créé une structure de coûts qui rend très difficile l’exportation de produits manufacturés
au reste du monde ». Contrairement à ce qu’affirment souvent les critiques néoclassiques de la
CEPAL, l’encouragement très tôt à l’expansion des exportations industrielles à travers une
réorientation des politiques commerciales et industrielles relève des politiques conseillées par
l’institution.

II.2. Approche structurelle de l’inflation : une théorie hétérodoxe et


étouffée

Le caractère de rigidité et d'inexorabilité du phénomène inflationniste de l'Amérique


latine a stimulé les intellectuels non conformistes à adopter sur l'inflation des idées non
orthodoxes; c'est-à-dire des idées différentes de celles qui s'appliquent aux pays développés.
La Commission Economique pour l'Amérique latine (CEPAL) a fourni un foyer favorable
aux discussions critiquant les théories existantes, et la décision d'analyser la réalité de
l'économie latino-américaine a donné naissance à la formulation d'une théorie hétérodoxe de
l'inflation : la théorie structuraliste (Dagum C., 1969).

Mais cette théorie sera étouffée, négligée et léguée au second plan par les auteurs et
acteurs de politiques économiques des pays développés préférant l’application des théories
keynésiennes et libérales que d’aucuns n’ont pas hésité de qualifier, de manière un peu
caricaturale, de « pilules du Docteur Jacobsson » en faisant référence à feu le directeur
exécutif, à l'époque, du Fonds monétaire international. Les économistes académiques et les
politiciens les appelèrent, de façon plus solennelle, politique « orthodoxe ».

Quand au début des années cinquante, les bases de la pensée cépalienne


commençaient à se mettre en place, l’attaque de cette production théorique intellectuelle
latino-américaine ne se fait pas attendre. Aux Etats-Unis le gouvernement de Dwight
Einsenhower n’a pas hésité à parler de la CEPAL comme « une source de pensée étatique
promotrice de politiques contraire à l’entreprise privée » (Gonzalez Rubi cité par Guillen R.
H., 2010). Au Brésil, l’Ecole d’Economie de la Fondation Getúlio Vargas (dans laquelle
prônaient la bonne parole les maîtres du libéralisme autochtone dont le chef de file était
Eugênio Gudin) a invité plusieurs personnalités de la pensée conservatrice pour restaurer la
110

« bonne parole » et « nettoyer » l’environnement intellectuel des aberrations cépaliennes.

L'indifférence remarquable avec laquelle les centres universitaires académiques


accueillirent dans les pays développés la théorie structuraliste de l'inflation gêna gravement
la formulation et l'évaluation de théories fondées sur la réalité prédominante dans les pays à
différents degrés de développement. Elle empêcha la formulation d'une théorie générale, ou,
moins ambitieusement et plus immédiatement, la formulation de théories qui soient adaptées
à chaque catégorie de réalité économique et sociale et qui soient fondées sur une plus grande
généralité des hypothèses et une plus grande validité des propositions finales dans le temps
et l'espace (Dagum C., 1969).

« Il n’a pas été difficile de m’apercevoir à quel point est petit l’espace que peut
occuper en France un intellectuel du Tiers Monde, malgré toute la sympathie et la bonne
volonté avec laquelle il puisse être traité », s’écrie Celso Furtado Los vientos del cambio
(cité par Guillen R. H., 2010).

En fait, dans les écrits des structuralistes se lit un regret du fait que leurs propositions
n’ont pas été suivies surtout dans les pays en développement et que ceux-ci ont préféré les
solutions « orthodoxes » alors que leur contexte est totalement différent de celui des pays
développés. A ce propos, Treillet S. (2001) considère que le structuralisme n’a pas échoué
mais c’est l’absence d’application de ses recommandations ou l’application erronée de ses
recommandations qui a longtemps posé problème.

Selon la logique structuraliste, l’échec des politiques économiques visant à lutter


contre l’inflation tient au fait que les théories « orthodoxes » (pré-keynésiennes : classiques)
et néo-orthodoxes (keynésiennes et post-keynésiennes : monétaristes, néo-keynésiennes) de
l'inflation n'expliquent que ses causes secondaires, qui deviennent actives une fois que le
processus inflationniste a commencé. Dans ces théories, on donne une grande importance au
processus dynamique de l'inflation et à sa description. Ce qui manque, c'est une explication
pour savoir pourquoi, quand, où et comment un processus inflationniste est engendré, ainsi
que ses conséquences économiques, politiques et sociales.

En outre, tout ceci devra être mis en relation avec le niveau relatif de développement
d'une économie, son degré d'efficacité, le bien-être social atteint par la collectivité, le degré de
111

permanence structurale des paramètres de l'économie, et la mesure de la stabilité politique


obtenue dans le cadre d'un ordre légal et institutionnel défini (Treillet S., 2001).

Selon la théorie structuraliste, il faut donc distinguer les sources de l’inflation du


mécanisme de propagation de ce phénomène macroéconomique.

L'inflation — comme l'affirme F. Perroux (cité par E. FIGUEROA, 1969) — obéit à


une multitude de causes : « des conditions institutionnelles, politiques, sociales sans le
moindre rapport avec les quasi-mécanismes des offres et demandes de monnaie, des prix du
marché libre et des taux d'intérêt courts et longs, favorisent une tendance durable au
dépassement par les moyens de paiement, du produit disponible ».

Entrées dans les mœurs ou consacrées par des règles officielles du jeu, des rigidités
des prix des produits et des services, et des défauts de plasticité des structures de la production
et des échanges, forment le cadre dans lequel il devient presque futile de distinguer trop
rigoureusement les différentes sortes d'inflations monétaires : inflation par excès de demande,
inflation par poussée des coûts, inflation induite par le budget, inflation induite par le salaire,
inflation comprimée, inflation ouverte». Les sources de l’inflation sont donc nombreuses et
leur impact sur le niveau global de l’inflation dépend du degré de développement de
l’économie considérée.

Ainsi, l’étude des déterminants de l’inflation doit se contextualiser. L’explication de


l’inflation diffère selon que l’on se place dans un pays développé ou non. L'inflation
structurelle est une réalité écrasante dans les pays en voie de développement, alors qu'elle est
peu significative dans les pays développés. Dans ces derniers, les forces inflationnistes se
répercutent à travers le mouvement cyclique de l'activité économique. C'est ici que prend
racine, peut-être, la principale raison du faible intérêt que les économistes de ces pays
manifestent à l'égard de la théorie structurale de l'inflation.

Et à cet égard, au lieu d'opposer le structuralisme aux théories monétaires, il serait


plus fructueux de faire une classification d'après la nature de l'inflation et ses circonstances.
La nature d'une inflation est déterminée par ses causes, leur direction, leur intensité et leur
interaction. Ses circonstances sont déterminées par la structure économique et sociale dans
lesquelles les causes et les variables de l'inflation agissent les unes sur les autres.
112

II.3. Inflation : résultat de la faiblesse de l’offre des produits agricoles et


des importations

Contrairement aux économies développées, dans les économies des pays en voie de
développement les possibilités d'industrialisation sont limitées par des facteurs techniques,
d'une part, et par la dimension du marché, d'autre part. Parmi les facteurs techniques, figurent
l'absence de quelques matières premières pour certaines industries, ou la pénurie de main-
d’œuvre spécialisée, et pour d'autres industries fait défaut l'échelle de production requise pour
qu'elles soient rentables. Outre ces facteurs techniques, le faible pouvoir d’achat de la
population fait à ce que le marché global soit limité, que ce soit le marché de produits locaux
comme celui des produits importés.

Ainsi, par exemple, dans un pays où les paysans qui ne disposent que d'un niveau de
vie de simple subsistance, sans pouvoir d'achat disponible pour des dépenses en produits
manufacturés, constituent 50 % de la population, la possibilité d'une production industrielle
sera inévitablement réduite si on ne transforme pas la structure économique et sociale
(Figueroa E., 1969).

Agriculture et industrie sont interdépendantes. C'est ce qui ressort avec évidence en


une « économie fermée ». L'augmentation de la production industrielle élève la demande
alimentaire et celle de matières premières agricoles. Si la production agricole reste
stationnaire, les prix agricoles augmenteront. Ce qui, à son tour, fera augmenter les salaires
(particulièrement si on doit compter avec des forces syndicales déjà puissantes et bien
organisées), réduisant la rentabilité de la production industrielle, jusqu'à paralyser, même, la
croissance de l'industrie.

Cependant, dans une économie ouverte, les produits alimentaires et les matières
premières indispensables peuvent être importés sans qu'il en découle une hausse des prix ;
mais, alors ces importations devront être payées par l'exportation de produits industriels.
L'industrialisation, donc, exige soit une croissance équilibrée de l'agriculture et de l'industrie
(ce qui n'est pas possible sans une réforme agraire intelligente et une transformation de la
structure sociale et culturelle du pays), soit une augmentation des exportations ou une
combinaison des deux.

L'industrialisation par la substitution des importations est possible jusqu'au point


113

limite où l'économie nationale a remplacé tous les produits industriels importés qui peuvent
être produits dans le pays dans des conditions avantageuses. Ce point atteint ou cette étape
franchie, l'augmentation des importations provoquée par l'expansion du revenu national est
payée avec les devises libérées par la substitution des importations. Arrivée à cette situation,
la substitution des importations ne joue plus, et la nation n'a d'autre choix, pour continuer sa
croissance, que d'exporter davantage, l'exportation devenant ainsi le « moteur » du
développement.

Les pays qui ont déjà épuisé les possibilités de substitution d'importations, sans
arriver à un progrès durable du secteur agricole, ou du secteur d'exportation, devront subir ce
que l'on appelle maintenant une inflation structurelle. Les nouveaux investissements dans
l'industrie et dans les services ou activités tertiaires augmentent le revenu réel du pays, donc,
les importations de produits alimentaires et des autres biens de consommation ; cela
provoquera à la fois un déficit de la balance des paiements et une déflation sur le marché
intérieur, étant donné que le revenu créé dans le secteur industriel sera affecté, en partie, à
l'achat de biens importés et non à celui de biens produits dans le pays.

Les mesures adoptées par les autorités gouvernementales pour éliminer le déficit de
la balance des paiements (dévaluation ou augmentation des droits de douane) provoqueront
une hausse du coût de la vie, lançant ainsi la spirale inflationniste où les salaires et les prix
montent d'une façon continue, dans un effort réciproque pour se rejoindre. Une autre politique
visant à éliminer la déflation intérieure (augmentation de la circulation monétaire et déficit
budgétaire), aurait les mêmes effets. Persister dans cette ligne politique sans entreprendre des
réformes structurelles profondes, alors que l'on prétend à une croissance continue de la
production industrielle, signifie faire face à une spirale inflationniste durable.

Le développement économique, sans inflation, exige soit une croissance équilibrant


agriculture et industrie, soit une expansion continue des exportations. Il y a inflation
structurelle quand une croissance plus rapide de l'économie est empêchée ou freinée par le
faible taux de croissance des exportations et, aussi, par une propension à importer élevée. La
solution se trouve alors dans la réduction de la propension à importer, par l'élimination des
goulots d'étranglement qui empêchent l'offre intérieure de croître parallèlement à la demande,
ou bien dans l'augmentation du taux de croissance des exportations jusqu'à un point
compatible avec la croissance de la production et avec la propension à importer, considérées
114

ensemble. Une économie qui pourrait résoudre ce problème, par l'élimination des principaux
goulots d'étranglement freinant le développement économique équilibré, entrerait dans une
nouvelle étape, où le taux de croissance de la production, la propension à importer et le taux
d'expansion des exportations seraient réciproquement compatibles, et où l'inflation structurelle
aurait donc disparu.

L’existence d’une inflation structurelle suppose donc :


 une rigidité de l'offre, spécialement de produits alimentaires,
 un manque de mobilité des facteurs de la production,
 une inflexibilité à la baisse des prix relatifs due aux imperfections du marché,
 et une incompatibilité du taux de croissance de la production ou revenu réel, de la
propension à importer et du taux d'accroissement des exportations.

II.4. inflation, résultats des goulots d’étranglement et lutte des groupes


sociaux

L’inflation est le résultat d’impression multiple de la part de divers groupes sociaux


qui tentent de modifier à leur profit la répartition du revenu national. Les causes d'inflation
sont multiples et se différencient en fonction du niveau d'analyse retenu (global ou partiel).

c.1. Causes partielles

Ces causes sont relatives à des structures des productions ou à des tensions
particulières. Cependant elles peuvent se généraliser. Ces causes sont liées à la structure de
marché, aux pénuries spécifiques ou alors à certaines tensions localisées.

L'analyse des causes de l’inflation ne se fait plus seulement en termes d'offre et de


demande globale, mais aussi en termes de structure de l'offre et de la demande. En effet,
l'inflation peut se déclencher, même si la demande globale reste constante, du fait d'un
changement dans la composition de la demande. Il suffit de variations internes et de l'excès
d'une demande particulière sur une offre spécifique pour entraîner un mouvement de hausse
des prix qui peut se propager dans toute l'économie.

De même, ce n'est plus en termes de rigidité de la production globale et de plein-


emploi de tous les facteurs de production que l'on raisonne, mais aussi en termes de goulots
d'étranglement localisés (rigidités dans un secteur particulier de production) et de rigidités
115

spécifiques de certains facteurs. Il suffit que l'un des facteurs de production (travail, capital ou
ressources naturelles) soit indisponible dans certains secteurs pour qu'un blocage apparaisse et
que la hausse des prix se répande dans toute l'économie. Naturellement, le déséquilibre sera
plus important si l'insuffisance de ressources apparaît dans un secteur clé (matière première
indispensable, pétrole par exemple) plutôt que dans un secteur ne touchant que la
consommation finale (produits alimentaires, parfumerie...).

Enfin, on ne considère plus seulement les écarts entre offre et demande globale, mais
aussi les tensions localisées jouant tantôt sur l'offre, tantôt sur la demande. De telles tensions
peuvent se produire lors d'un accroissement brutal des dépenses publiques ou d'une création
excédentaire de crédit (qui ont pour effet de modifier la structure de la demande, laquelle
revêt toujours une forme monétaire), ou bien encore à l'occasion d'une rétention de stocks
industriels ou lors de mauvaises récoltes qui ont pour effet de modifier la structure de l'offre
(laquelle revêt toujours une forme réelle).

c.2. Causes globales

Comme nous l'avons annoncé plus haut, l'inflation consiste en un désajustement


général de l'économie d'un pays. Ce désajustement peut être induit par plusieurs phénomènes.
Mais il s’agit plus d’un déséquilibre entre l’offre et la demande. Ce qui conduit à parler selon
le cas de l’inflation par le coût et l’inflation par la demande.

I. Inflation par la demande

Elle résulte de la loi de l’offre et de la demande. Sur un marché, un excès de


demande par rapport à l’offre entraine une hausse du prix jusqu’à l’obtention d’un nouvel
équilibre.

II. Inflation par les coûts

Selon cette explication, la hausse des prix proviendrait d’une hausse initiale des coûts
de production des entreprises, le prix s’exprimant comme la somme d’un coût et d’une marge.
Cette hausse des couts peut avoir pour origine une inflation importée par l’intermédiaire des
intrants à l’étranger, ou une hausse des salaires qui pèse sur les coûts de production.

Par ailleurs, du fait des structures d'économie ouvertes du monde contemporain,


l'inflation peut être importée par les flux d'échanges internationaux. Une hausse du prix des
importations aura un effet inflationniste en particulier s'il s'agit de matières premières, qui
116

pèsent lourd dans les coûts de production. Dans ce cas l'inflation importée sera de type
inflation par les coûts.

SECTION VI : ÉTUDES EMPIRIQUES AYANT APPLIQUÉ LES THÉORIES


KEYNÉSIENNE ET STRUCTURALISTE DE L’INFLATION

La théorie classique, qui stipule qu’à long terme, la croissance de la masse monétaire
est le principal moteur de l’inflation, n’a pas su expliquer la hausse du niveau général des prix
au lendemain des chocs pétroliers dans les années 1970. Beaucoup de travaux se sont attelés
sur la vérification empirique de la courbe de Phillips (1958) qui a mis en évidence une
corrélation inverse entre les variations de salaires nominaux et le taux de chômage, observée
en Grande Bretagne entre 1861 et 1957. Il souligne ainsi la relation entre le niveau d’activité
économique et les salaires, considérés ici comme le principal facteur de production.

L’inflation n’est pas ici le résultat de l’accroissement de la masse monétaire comme


le montrait la théorie quantitative de la monnaie. Elle résulte de la volonté de l’Etat à booster
la demande effective adressée aux entreprises pour lutter contre le chômage et créer
l’accroissement de la production et du revenu.

La Courbe de Phillips est une relation inverse entre l’inflation et le taux de


chômage, de la forme :

π t = a − bUt (3.4.1)

ou bien, en utilisant la loi d’Okun, une relation ent re l’inflation et l’écart de la


production :

 t  a  bYt  Yt  (3.4.2)

 
Où Yt  Yt est l’écart de production, l’output gap.

Lipsey R. (1960) a prolongé cette analyse en prenant en compte la relation entre la


hausse des salaires et celle du niveau général des prix. Il en résulte que l’inflation est d’autant
plus forte que la tension est grande sur le marché du travail, ce qui confirme les résultats de
l’analyse keynésienne. En conséquence, plusieurs économistes considèrent qu’il existe un
117

arbitrage entre inflation et chômage à court terme, et que celui-ci dépend de la différence
entre la production réelle et sa tendance de long terme, communément appelée output gap.
Lorsque l’output gap est positif, il existe un excès de demande, ce qui exerce une tension
inflationniste.

Loungani P. et Swagel P. (2001) notent que l’output gap joue un rôle moins
important que les autres variables explicatives de l’inflation dans les pays en développement.
Barnichon R. et Peiris S.J. (2008) trouvent un impact significatif de l’output gap pour un
panel de pays de l’Afrique Subsaharienne, celui-ci est de moindre importance que l’impact
des variables monétaires.

Pour beaucoup d’économistes, un facteur-clef influençant l’inflation est l’écart de


production. Ils ont alors analysé dans le cadre des politiques monétaires, les relations entre la
variation de l’inflation et celle de l’écart de production, en utilisant des modèles théoriques et
empiriques variés (Phelps E.S., 1967). Théoriquement, c’est la courbe de Phillips augmentée
qui est utilisée ou adaptée selon les besoins pour mettre en évidence, le lien entre l’inflation et
l’écart de production.
Une grande partie des études empiriques concluent à la pertinence de l’utilisation de
l’écart de production dans la prévision de l’inflation (BAUDE J. et CETTE G., 1997).

Bien que cette littérature soit abondante dans les pays développés et dans une
moindre mesure dans les autres continents, il y a eu très peu d’études sur l’Afrique. Une étude
de Agénor R., McDermott C.J. et Prasad E. (2000) va dans le même sens que les résultats
obtenus dans les pays développés : elle indique une corrélation négative entre l’écart de
production et l’inflation au Nigeria. Dans une autre étude faite par Diop L. (2000) sur les pays
de l’UEMOA, l’auteur conclut que le gap de production pourrait être utilisé pour expliquer et
prévoir l’inflation.

Blinder A.S. (1982) note que l’inflation a été provoquée par des chocs
«inhabituellement» grands sur les prix de « certains » facteurs, tels que les matières
premières. Il conclut que la théorie classique n’est pas en mesure d’expliquer cet épisode
d’inflation, dont les sources sont certainement autres que monétaires. En cause, la théorie
classique considère que, les prix nominaux étant parfaitement flexibles, l’index des prix est
principalement déterminé par la quantité de monnaie en circulation. Elle ne tient pas compte
de la contrainte imposée aux firmes en cas de changement soudain des prix relatifs des
118

facteurs de production. Plusieurs économistes se sont penchés sur les épisodes particuliers
d’inflation au lendemain des chocs pétroliers afin de tenter de les expliquer.

Un choc d’offre se traduit par une distorsion du prix d’un facteur donné, les autres
prix étant gardés constants. Ce changement dans les prix relatifs entraîne alors un
déplacement du niveau général des prix. A titre d’exemple, si les prix du pétrole augmentent,
toute chose égale par ailleurs, cela entraîne une distorsion des prix relatif et une hausse de
l’indice des prix. Pour les pays en développement, Loungani P. et Swagel P., (2001) trouvent
que les chocs sur les coûts des facteurs ont un impact sur l’inflation, même si celui-ci reste
relativement mineur. Pour les pays africains et/ou à régime de change fixe, cette variable a un
effet plus prononcé que pour l’ensemble de l’échantillon.

En effet, Diop A., Dufrénot G. et Sanon G. (2008) notent que les prix extérieurs des
matières premières énergétiques et des biens manufacturés ont un impact négatif très
significatif sur l’inflation de long terme des pays de l’UEMOA. Dans la majorité de ces pays,
les prix extérieurs expliquent la plus grande part des mouvements de long terme de l’inflation,
se traduisant par un accroissement des prix des denrées alimentaires. Par ailleurs, ils mettent
en évidence un impact de long terme de la production agricole, celui-ci étant toutefois non
significatif pour les pays les plus aptes à élargir leurs capacités de production tels que le
Sénégal ou la Côte d’Ivoire.

Concernant la théorie de l’inflation comme conséquence du conflit de répartition,


dans le modèle fondateur de Rowthorn R.E. (1977), les travailleurs négocient un salaire
nominal pour la période suivante. Puis les firmes fixent les prix, cherchant à atteindre le
niveau de prix compatible avec le taux de marge désiré. Le taux d’inflation est alors la
conséquence d’une divergence entre les objectifs des entreprises (le taux de marge visé) et des
travailleurs (le salaire réel recherché). L’« Aspiration Gap » est la mesure de cette divergence.

D’après Jonathan M. (2014), l’hyperinflation argentine était provoquée par un


violent conflit de répartition, par des mécanismes d’indexation et par des anticipations sur le
niveau de change. L’analyse de la trajectoire macroéconomique argentine des années 1970
jusqu’en 1989 a révélé que ce cadre théorique apparaît pertinent. Sur la base d’un conflit de
répartition violent, générant un processus inflationniste croissant et instable depuis les années
1970, des phénomènes d’indexation se sont développés et sont venus renforcer encore la
119

pression inflationniste. Dans ce contexte, anticipant la rupture du change, la volonté des


agents de substituer la monnaie domestique par une devise a finalement entraîné
l’hyperinflation. La politique économique menée a pu encourager ces comportements pendant
que les échecs de plans de stabilisation ont permis de révéler ce processus.

La plupart des travaux (si pas tous) ayant traité l’inflation comme un phénomène
structurel ont été inspiré des travaux des auteurs latino-américains qui cherchaient des
explications sur les échecs subis par les propositions et les applications des recommandations
des théories orthodoxes (classiques, monétaristes, keynésiennes, …). Ils ont ainsi trouvé un
espace de réflexion sur le problème d’inflation qui est un problème commun des pays
d’Amérique latine pendant les dernières décennies.

En effet, la Commission Economique pour l'Amérique latine (CEPAL) a fourni un


foyer favorable aux discussions critiquant les théories existantes, et la décision d'analyser la
réalité de l'économie latino-américaine a donné naissance à la formulation d’une théorie de
l’inflation : la théorie structuraliste.

Le modèle proposé par ces travaux met en relation l’inflation, le niveau des
importations et le taux de change :

 t   0   1 I t   2Tct   t (4.5.1)

Où t est le taux d’inflation de l’époque t ;

I t sont les importations au temps t ;


Tct est le taux de change à l’époque t ;
t est un bruit blanc.

Camilo Dagum (1969), présente les principaux éléments soumis à l'analyse dans
une étude visant à mettre en évidence les causes caractéristiques de l'inflation par chaque sorte
de structure économique. Ainsi, il insiste sur la nécessité d'une réponse directe aux questions
comme le « quand », le « où », le « pourquoi » et le « comment » de l'apparition d'un processus
inflationniste ainsi que de ses conséquences économiques, politiques et sociales.

Ensuite, il souligne la nécessité d'analyser la nature de l'inflation et ses circonstances


120

plutôt que d'opposer structuralisme et monétarisme. Ainsi, il cherche à spécifier les causes de
l'inflation, leur direction, l'intensité et l'interaction dans un type donné de structure économique
et sociale. Dans ce but, les idées d'efficacité économique et de bien-être social sont introduites
et appliquées à une interprétation du cas de l'Argentine pendant ces cent dernières années.

D’après Emilio de Figueroa (1969), les mesures monétaires «orthodoxes» ne


s'attaquent pas à l'origine de l'inflation structurelle, dont la disparition exige plus
d'investissements et d'épargne nationale pour rompre les goulots d'étranglement du côté de
l'offre, adapter le taux de croissance du revenu réel à la croissance de la population, réduire la
propension à importer et augmenter le taux de croissance des exportations.

Les mesures proposées par la politique « orthodoxe » combattent uniquement, et


partiellement, les effets du mécanisme de propagation de l'inflation induite, mais non l'origine
du mal. C'est comme si en médecine on voulait combattre un cancer avec des doses massives
d'aspirine.
121

Conclusion du deuxième chapitre

Le modèle keynésien stipule que l’Etat devrait intervenir pour stimuler l’activité
économique et restaurer l’équilibre car les marchés sont déséquilibrés. En effet, à travers ses
politiques économiques, les pouvoirs publics ont pour mission de booster la demande
effective qui s’adresse aux entreprises. Ceci pour doper la production et créer la croissance
économique. La banque centrale devra fournir la masse monétaire capable de couvrir
l’activité économique à tout moment. Dans ce sens, l’augmentation de la masse monétaire ne
sera inflationniste que si l’économie est au plein emploi.

D’un autre côté, l’Etat a la possibilité d’arbitrage entre l’inflation et le chômage. Ce


qui est démontré aussi bien par la courbe de Phillips que par le modèle d’offre globale.

Si les conclusions du modèle classique (néo-classique) sont généralement acceptées


pour le long terme, le modèle keynésien (néo-keynésien) est plutôt préféré pour le court
terme. Dans ce cadre, la théorie et l’expérience ont montré que la stabilité des prix n’est pas
garantie, que le système économique est fragile et instable vis-à-vis de chocs et qu’une
politique monétaire adéquate permet de maintenir cette stabilité sans entraîner une spirale
inflationniste ou déflationniste.

Les théories néo-keynésiennes montrent aussi l’importance des anticipations des


agents économiques tant en ce qui concerne les prix que la croissance. La politique monétaire
influence la demande globale effective par les taux d’intérêt, celle-ci, à son tour, en fonction
de l’écart de production avec l’offre potentielle (qui est aussi l’output d’équilibre ou de plein
emploi), influence la croissance des salaires et des prix. Une modification de cette croissance
se répercute sur les anticipations d’inflation, ce qui rétroagit sur l’inflation elle-même aux
périodes ultérieures.

Le courant structuraliste souligne que la hausse des prix peut provenir des structures
économiques déficientes. En effet, dans les pays en développement, les structures
économiques présentent souvent des distorsions capables de déclencher la hausse des prix :
122

a. Distorsion du commerce extérieur

Ce dernier est souvent déséquilibré, en ce sens que beaucoup de ces pays en


développement sont exportateurs, c’est-à-dire spécialisés dans l’exportation d’un ou deux
produits seulement. Par contre, l’importation porte sur une gamme variée de produits, en
conséquence, la demande de devises : ce qui renchérit les importations parce que la monnaie
nationale se déprécie. Dans ce cas, il y a une hausse de prix résultant du renchérissement des
importations et qui a des conséquences sur les prix intérieurs.

b. Distorsion entre les besoins alimentaires et rigidité de la production


agricole

Le taux de croissance de la production agricole est faible, en raison de l’utilisation


des méthodes traditionnelles, peu productives. La demande est par contre stimulée par une
croissance démographique urbaine très rapide, conséquence d’une certaine industrialisation
rapide et de l’exode rural. D’où hausse des prix des produits agricoles, dont le poids dans le
budget des ménages ouvriers est très important. Il en résulte normalement une hausse générale
des prix que viendra renforcer le financement monétaire.

c. Distorsion au sein du secteur industriel

Les industries se développent à des rythmes et sans aucune intégration. Il y a donc


déséquilibre entre l’offre et la demande des biens de production et cela est à la base de la
hausse de prix.
A cela, il faut signaler qu’il y a des goulots d’étranglement dans les économies des
PVD : tel est le cas de manque de moyens de communication, mauvais état de route. la
corruption généralisée, distorsion au sein de l’appareil fiscal ; accompagné d’une gestion
moins bonne des finances publiques.
Le courant structuraliste insiste sur le fait que les distorsions de toutes sortes qui
caractérisent les économies sous développées sont susceptibles d’enclencher un processus de
hausse des prix, mais que celui-ci ne peut se maintenir que s’il y a une expansion monétaire
concomitante.
123

Chapitre troisième :
CHOCS D’OFFRE ET DE DEMANDE : INFLATION DANS LE
MODÈLE DE SYNTHÈSE
124

Depuis plusieurs années, la modélisation des politiques monétaire et/ou budgétaire a


été modifiée. Que ce soit dans la pratique des banques centrales ou dans les travaux
théoriques académiques, le modèle de base, de type IS-LM, a perdu de sa pertinence. Les
critiques anciennes sont bien connues : elles concernent, rappelons-le, l’absence de flexibilité
des prix (modèle keynésien à prix fixe), l’absence de prise en compte des contraintes
extérieures (modèle en économie fermée) et l’absence des contraintes de l’offre ou du taux
de chômage naturel.

La prise en compte de toutes ces critiques a conduit au modèle d’offre globale et de


demande globale (OG–DG) en économie ouverte qui s’est progressivement substitué au
vieux modèle IS-LM. En statique, la modélisation des comportements d'offre s'opère à partir
de la réintégration, dans le modèle IS/LM, d'une modélisation des équilibres du marché du
travail.

D’un autre côté, les limites de la théorie libérale se sont révélées sur le plan
empirique. La théorie quantitative de la monnaie prévoyait que l’inflation devait être
proportionnelle à l’augmentation de la masse monétaire. Même si la politique monétaire y
joue certainement un rôle, cette théorie n’est pas applicable à court terme. A court terme en
effet, certains prix sont rigides et la demande de monnaie peut être affectée par une foule de
facteurs qui disparaissent à long terme.

Par ailleurs, l’évolution des prix peut être influencée à court terme par des
phénomènes qui ne sont pas monétaires, comme les coûts de production. Par conséquent,
l’évolution de l’inflation dépend non seulement de celle de la politique monétaire, qui agit sur
la demande, mais aussi de phénomènes, comme le prix des matières premières, les
importations, qui agissent sur l’offre.

En effet, l’application des théories « orthodoxes », faisant confiance au jeu des prix
formés sur un marché libre et en adoptant simplement des mesures de politique monétaire et
fiscale restrictives, n’a pas trouvé de résultats escomptés en matière de réduction d’inflation.
Ces politiques ont eu des effets inverses dus, selon les structuralistes, à la particularité des
pays sous-développés où des pénuries et de chocs aussi bien d’offre que de demande
peuvent surgir. On peut ainsi aboutir à un modèle «offre globale/demande globale» qui
125

permet de traiter de la conjugaison des effets-prix et quantités des différents chocs


macroéconomiques.

Les déséquilibres inflationnistes puisent également leurs sources dans les structures
économiques des pays capitalistes. La hausse du niveau général des prix trouve ainsi sa source
à la fois dans le dysfonctionnement structurel des marchés et dans les comportements des
différentes parties prenantes de l’activité économique. C’est pourquoi un modèle de synthèse
s’impose, c’est-à-dire un modèle classico-keynésien-structuraliste. C’est ce modèle qui sera
présenté dans ce chapitre (section I) et sera suivi par les études empiriques (section II).

SECTION I : MODÈLE CLASSICO-KEYNÉSIEN-STRUCTURALISTE : MODÈLE


D’OFFRE GLOBALE-DEMANDE GLOBALE

La différence fondamentale entre l’analyse keynésienne et l’analyse libérale tient au


fait que les keynésiens considèrent que les prix sont rigides. C’est pourquoi, d’aucuns
n’hésitent pas à affirmer que la courbe de Phillips qui donnent une possibilité d’arbitrage
entre l’inflation et le chômage est l’équation manquante du modèle keynésien.

Les libéraux supposent que les prix sont parfaitement flexibles et que l’ajustement se
fait automatiquement à partir de la variation des prix. Le modèle keynésien est considéré ainsi
comme un modèle à court terme car les prix sont rigides à court terme, et le modèle classique
est un modèle à long terme car les prix sont considérés comme flexibles à cet horizon
temporel. Le modèle d’offre globale/demande globale donne une synthèse entre ces deux
modèles en montrant aussi les conséquences sur l’inflation et la production d’un choc d’offre
et/ou de la demande, chocs sur lesquels se base le modèle structuraliste.

Après avoir présenté, dans la sous-section a, l'importance de la prise en compte


des conditions de l'offre globale pour l'appréhension de la nature et des effets des chocs
macroéconomiques, nous présentons la dérivation analytique des fonctions de demande
globale dans la sous-section b et d'offre globale au niveau de la sous-section c.

a. Introduction des prix au modèle keynésien : prise en compte des conditions


d'offre globale
126

• L'équilibre global d'une économie

Comme son nom l’indique, le modèle DA-OA (demande agrégée-offre agrégée)


repose sur une courbe d’offre agrégée et une courbe de demande agrégée. La confrontation
de ces deux courbes permet de décrire l’équilibre global de l’économie.

Le modèle IS/LM issu de l'interprétation « keynésienne » de la théorie générale se


présentait comme un modèle à prix fixes. Une manière simple d'intégrer les prix consiste à
introduire des fonctions d'offre et de demande globales (de biens), c'est-à-dire des
équations Q-=Q(P) et Q+=Q+(P). Conformément à l'analyse des autres marchés, un
schéma serait alors mobilisable pour étudier la formation des prix (en l'occurrence, il
s'agirait ici du niveau général des prix) en liaison avec les quantités, et donc les problèmes
liés aux ajustements de prix : inflation, stagflation, déflation ...

La fonction d’offre agrégée décrit la relation entre le niveau des prix et le produit
national. Les pentes attendues sont : positive pour la courbe d'offre, négative pour la courbe
de demande. La fonction d'offre peut alors être représentée de façon à comporter deux
situations extrêmes (figure 4.1) et une situation intermédiaire :

1) On peut d'abord supposer qu'il existe un niveau de production, QPE, pour lequel
les prix deviennent infiniment élastiques (c'est-à-dire que les ajustements se font
entièrement en prix). On se trouve alors, en quelque sorte, dans un monde classique (Burda
M. et Wyplosz C., 2002). Deux séries de raisons peuvent être données pour suggérer
l'explication d'une telle élévation de la pente de la fonction d'offre avec la valeur de Q et sa
position verticale pour QPE.

La première série de raisons est d'ordre technique : À court terme, pour un état
donné des capacités de production, on peut considérer que les prix ont une élasticité nulle
par rapport aux quantités pour des niveaux d'activité faibles (l'économie a des marges de
capacité inemployées et les ajustements se font en quantités) ; les prix deviennent élastiques
au voisinage de la capacité installée : les quantités produites devenant progressivement de
moins en moins élastiques à la demande, les ajustements sont appelés à se faire de plus en
plus en prix.
127

La seconde série de raisons est relative à la formation des salaires et des prix. Il
suffit de supposer une parfaite indexation des salaires sur les prix (ou une quasi-
indexation). Alors, le salaire réel est une constante (ou une variable « visqueuse »).
Comme le salaire réel ne peut plus diminuer (ou très faiblement), toute hausse des prix
se traduit en hausse de salaire nominal et la rentabilité de l'offre ne s'améliore pas à l a
suite de la hausse des prix. Il n'y a donc aucune raison pour que la production s'accroisse.
On peut considérer que cette situation devient plus probable à mesure que l'activité, et
donc l'emploi, s'élèvent, parce qu'alors le pouvoir de négociation des salariés se renforce.

Prix (NGP)

Q-(P) Q+(P)

Pm
Production

QPE

Figure 4.1 Les configurations de la courbe d'offre globale


Où NGP = P= Niveau général des prix ;
Q+(P) = Offre agrégée fonction croissante du niveau général des prix
Q-(P) = Demande agrégée fonction décroissante du niveau général des prix ;
QPE = niveau de production pour lequel les prix sont infiniment élastiques ;
Pm = prix minimum.

2) L'autre situation extrême est relative aux faibles niveaux d'activité où la fonction
d'offre est représentée par une droite horizontale. Cette situation est symétrique à la
précédente : les ajustements se font alors entièrement en quantités et non plus en prix. On
peut, alors, considérer que l'on se trouve dans un monde keynésien.

Les raisons explicatives peuvent être, là aussi, d'ordre technique ou relatives à la


formation des prix et des salaires. Par exemple, on peut supposer l'existence d'un salaire
rigide à la baisse et d'un taux de marge désiré par les entreprises, deux données qui
128

fixent un minimum au niveau des prix. Le prix ne peut pas descendre au-dessous d'un
plancher pm et, par conséquent, les seuls ajustements possibles sont les ajustements en
quantités, lesquelles deviennent infiniment flexibles. C'est un monde keynésien pur, comme
l'autre situation correspondait à un monde classique pur.

Le modèle d’offre agrégée avec salaires rigides suppose précisément que les salaires
nominaux ne peuvent pas être renégociés en permanence (Meon P. G., 2006). Cette hypothèse
n’est pas irréaliste. Les contrats de travail fixent le salaire nominal et ne sont pas révisés en
permanence. De plus, l’argument du contrat implicite entre l’employeur et le travailleur
repose précisément sur l’intérêt pour le travailleur de disposer d’un salaire stable pour
s’assurer contre les aléas de la conjoncture. Pour formaliser cette intuition, le modèle à salaire
rigide suppose que les salaires sont négociés au début de chaque année et intangibles par la
suite.
Le modèle repose donc sur une chronologie précise des négociations salariales :
 les salaires nominaux sont négociés pour l’année entière ;
 au cours de l’année, les entreprises et les travailleurs observent l’évolution
de l’économie en particulier des prix, ce qui détermine le salaire réel ;
 lorsque le salaire réel est enfin connu, les entreprises déterminent leurs
embauches et leur production.

Pour analyser les conséquences de cette description, on peut choisir deux horizons.
D’abord, on peut décrire ce qui se passe à partir du moment où les salaires ont été négociés.
On décrit alors les caractéristiques de la fonction de production de court terme. Si on élargit
l’horizon pour considérer toute l’année, voire plusieurs années, en supposant que le salaire
nominal peut être renégocié, on aboutit à la fonction d’offre agrégée de long terme.

3) Entre ces situations extrêmes, on considérera que les ajustements se font


partiellement en prix et partiellement en quantités. L'univers envisagé est alors classico-
keynésien-structuraliste.

• Déplacement de la courbe de demande globale: effets-prix, effets-quantités en univers classico-


keynésien-structuraliste

Une politique d'expansion va se traduire, dans le plan (Q, P), par une translation vers
la droite de la courbe de demande. Ce déplacement a des effets contrastés selon la pente de
129

la fonction d'offre. Dans une situation où la fonction d'offre est verticale, l'augmentation de
la dépense n'aura aucun effet sur la production : l'ensemble de l'ajustement se traduira en
prix (monde libéral). Dans une situation où la fonction d'offre est horizontale,
l'augmentation de la dépense se traduira par un ajustement par les seules quantités, donc par
une croissance de la production (monde keynésien). Dans la région intermédiaire, lorsque
la fonction d'offre est croissante, mais avec une pente ni nulle ni infinie, nous sommes
dans un monde classico-keynésien-structuraliste : l'ajustement se fait partiellement par
les quantités et partiellement par les prix.

Il est facile de représenter les ajustements qui vont alors se produire. La hausse de la
demande globale se traduit par une hausse simultanée des prix et de la production. Les
effets prix et quantités peuvent être isolés : l'effet-quantités se monte à Q’o - Qo (à prix
fixes) ; l'effet-prix se monte à P'o – Po (à quantités fixes). L'équilibre (Pl, Q1) apparaît donc
comme une combinaison des équilibres à prix et quantités fixes.
On remarque en outre que la pente de la fonction d'offre détermine l'importance
relative des deux effets. Plus la fonction d'offre est pentue, plus l'effet-prix l'emporte sur
l'effet-quantités. La pente de la courbe d'offre globale mesure ce que l'on appelle, d'un
terme peu élégant, le degré de « viscosité » des prix : ce terme désigne la
situation intermédiaire entre la flexibilité (verticalité de la fonction d'offre) et la rigidité
(horizontalité de la fonction d'offre). Ce régime de prix correspond au modèle de synthèse,
c'est-à-dire à l'univers classico-keynésien-structuraliste.
130

Prix
(NGP) DG0
DG1
P’0

OG

P1
P0

Q0 Q1 Q’0 Produit global


Figure 4.2. Effets prix et quantités d'une relance de la demande globale

 Chocs d'offre, chocs de demande

On appelle chocs d’offre ou de demande, les perturbations exogènes qui affectent


la fonction d’offre et de demande (Begg D., Fisher S. et Dornbusch R., 1999).

Soit, une conjoncture économique qui se déprime en raison de la faiblesse de la


demande. La fonction de demande se déplace vers le bas. Le résultat est une diminution
des prix et de la production, comme le fait apparaître la partie A de la figure 4.3.

Le cas traditionnel auquel peut s'appliquer ce premier schéma est la dépression


consécutive à la crise de 1929. La réponse de politique économique est claire dans ce cas :
il faut relever la demande globale par les dépenses budgétaires ou l'offre de monnaie.
Cette réponse se traduit par une hausse de la production avec une inflation partielle
(inévitable) qui correspond à la contrepartie de la déflation antérieure. Les recettes
keynésiennes s'appliquent admirablement dans cette configuration.

Supposons maintenant que la dépression de l'activité provienne, non pas d'un


déplacement de la demande, mais d'un déplacement vers la gauche de l’offre, comme il est
représenté dans la partie B de la figure 4.3. Le déplacement vers la gauche de Q+ signifie
que, pour une même quantité produite, les offreurs exigent un prix supérieur.

Quelles peuvent être les raisons de ce changement de comportement? Les


131

principales raisons tiennent à l'élévation exogène des coûts de production : hausse du prix
des intrants importés, ou augmentation de la fiscalité sur les entreprises, ou augmentation
du paramètre d'endettement des entreprises...

Ce cas de figure se rapporte notamment aux chocs exogènes qui ont affecté
l'économie mondiale durant la décennie 1970 (les deux chocs pétroliers). L'origine de ces «
crises » est diamétralement opposée à celle de la crise de 1929.

On appelle « chocs d'offre» les chocs qui se traduisent par un déplacement de la


fonction d'offre. Comme dans le cas de la dépression de la demande, le volume de
production baisse, mais elle se trouve cette fois accompagnée d'une augmentation des prix.
L'économie, au lieu de se situer dans un régime de déflation, va connaître un régime de
stagflation. Les recommandations de politiques économiques sont inévitablement différentes
de celles recommandées pour la lutte contre une déflation.
Prix

DG DG0 OG

Q 1 Q0 Produit global
A . Choc de demande

Prix
DG0

Q1 Q0 Produit global

B . Choc d’offre

Figure 4.3. Effets prix et quantités de chocs récessifs

Envisageons, d'abord, la politique compensatrice traditionnelle centrée sur la


132

manipulation de la demande (politique keynésienne). L'augmentation de Q provoque certes


une hausse de la production d'équilibre, mais elle se traduit aussi par une hausse des
prix. Le point essentiel est que cette inflation n'est pas, comme dans le cas d'une dépression
tenant à la demande, la contrepartie d'une déflation antérieure, c'est une inflation qui
vient s'ajouter à une inflation antérieure.

On avait précédemment une «inflation par les coûts» ; il s'y ajoute maintenant une
« inflation par la demande ». On peut donc dire que, en situation de stagflation, la politique
keynésienne traditionnelle de stimulation de la demande se trouve confrontée à un
dilemme, à un conflit d'objectifs : il n'est pas possible simultanément de stimuler l'activité
et de maîtriser l'inflation : le gouvernement doit choisir entre ces deux objectifs et accepter
d'accélérer l'inflation pour retrouver le niveau initial d'emploi.

En revanche, ce conflit d'objectifs se dissout si une politique centrée sur l'offre est
entreprise. La politique consiste à mettre en œuvre des facteurs susceptibles « d'abaisser» la
fonction d'offre. Le déplacement vers le bas permet alors tout à la fois : la désinflation
(comme contrepartie de l'inflation antérieure) et la stimulation de l'activité.

L'identification d'une telle politique est néanmoins délicate : il ne s'agit ni de


politique monétaire, ni de politique budgétaire jouant sur quelques agrégats
macroéconomiques simples. Il s'agit, par exemple, de promouvoir une politique de la
recherche pour mieux accompagner le processus d'innovations dans les entreprises,
ou une politique plus performante de formation de la main-d’œuvre, ou bien encore
une politique de revenus visant à infléchir le partage de la valeur ajoutée entre salaires et
revenus du capital. On quitte alors le domaine du quantitatif pur dans lequel se
définissent les politiques de régulation macroéconomiques pour le domaine des politiques
structurelles.

Les développements qui précédent ont eu pour but de souligner l'importance tant
théorique que pratique des propriétés des fonctions d'offre et de demande globales. Il s'agit
maintenant de les établir de façon précise.
133

b. Construction de la courbe de demande globale

Nous commencerons par une présentation graphique et littéraire avant la dérivation


analytique. Partons du graphique IS-LM et supposons que le point d'équilibre (I0,Q0)
coïncide avec un niveau de prix que l'on appellera Po. Ce prix correspond à un point dans
le plan en p – Q. Supposons maintenant que le prix baisse à P1. Où va se trouver à Q1,
la demande « notionnelle» pour ce nouveau prix P1? La stratégie pour établir la pente
négative de la fonction de demande globale va consister à expliciter les raisons pour
lesquelles le niveau de Q1 doit être supérieur à Q0.
En économie fermée, deux effets-prix jouent, qui se conjuguent pour donner à la
courbe de demande globale la forme attendue (Blanchard O. et Cohen D., 2004): l’effet
Keynes et l’effet Pigou.

 Effet Keynes

Quand les prix baissent, les encaisses monétaires augmentent en termes réels. De
plus, il se produit une modification dans l’affectation de la demande de monnaie entre
demande de transaction et demande de spéculation. La variation des prix est à l'origine de
deux effets : un effet de richesse et un effet de substitution.

L'effet de richesse sera envisagé dans le point suivant. Considérons pour le moment
le seul effet de substitution, c'est-à-dire l'effet Keynes. Comme les prix ont diminué, les
ménages ont besoin de moins de monnaie pour assurer les transactions. La quantité totale de
monnaie ayant augmenté en termes réels, la demande de spéculation doit donc s'élever. Cela
se traduit par une baisse de la demande de titres (pour une richesse que l'on suppose pour
le moment inchangée) et baisse du taux d'intérêt. La baisse du taux d'intérêt élève le
niveau des investissements et donc la production. Par conséquent, la baisse des prix
joue favorablement sur l'activité économique via la demande de monnaie et le taux
d'intérêt. Les variations du niveau général des prix ont un effet réel. On appelle « effet
Keynes" ce mécanisme.
134

Taux
d’intérêt

IS LM/P0 LM1/P1

i0
i1 Demande globale
D
Q0D Q1

Prix (NGP)

P0
P1 DG

Demande globale
D D
Q Q
0 1

Figure 4.4. Construction de la courbe de demande globale : l'effet Keynes

Cet effet peut être représenté simplement dans les diagrammes IS-LM et
prix/quantités superposés (figure 4.4). Soit P1 dans le diagramme « du bas », celui en
prix-quantités. On se demande à quel niveau d’équilibre il doit correspondre dans le
diagramme « du haut », le diagramme IS – LM, pour pouvoir ensuite revenir au graphe «
du bas » et fixer le point P1 – Q1.

Comme la quantité réelle de monnaie a augmenté, à la suite de la baisse de prix,


cela signifie que la courbe LM a dû nécessairement se déplacer vers la droite dans le
diagramme IS-LM. Le nouvel équilibre macroéconomique correspond donc à un niveau
de demande plus important. On retrouve évidemment la baisse du taux de l'intérêt
consécutive à la hausse de la masse monétaire. Donc, le point représentatif de la fonction de
demande se situe au croisement de Q1 et de Pl. Il suffit de répéter le raisonnement
précédent et de relier l'ensemble des points pour établir que la fonction est décroissante.

• Effet d'encaisses réelles (effet Pigou)

Les prix interviennent également dans l'expression de la richesse des agents en


termes réels, richesse réelle qui peut constituer une variable explicative des fonctions de
comportement, notamment de la fonction de consommation. L'effet de richesse n'avait pas
135

à intervenir comme variable explicative tant que les prix étaient supposés fixes. Si les prix
sont variables, la richesse en termes réels devient elle-même une variable malgré le fait que
la richesse soit une donnée provenant de l'accumulation antérieure.

Par exemple, la baisse des prix accroît la valeur réelle de la richesse. Ce surcroît de
richesse, comme la hausse des revenus, va avoir un effet réel en augmentant les dépenses
de consommation (ou la demande de titres).

Pour simplifier, on admettra provisoirement que l'effet de richesse intervient


seulement sur la consommation (non sur la demande de monnaie). Un effet d'encaisses
réelles positif se traduit par un déplacement de la courbe IS vers la droite. Nous arrivons à
la même conclusion qu'avec l'effet Keynes en suivant un raisonnement identique. Les
deux effets se conjuguent pour accroître la pente de la fonction de demande globale,
comme l'indique la figure 4.5.

Notons que les prix pourraient apparaître, en économie ouverte à une troisième
place, comme variable explicative des exportations et des importations. La baisse du prix
conduit à une hausse des exportations et à une baisse des importations. Cela doit se
traduire par un déplacement de la courbe IS vers la droite. Dans le diagramme précédent, il
faudrait donc considérer une nouvelle courbe IS, intégrant l'effet de compétitivité et située
à droite de IS/P1. La pente de la courbe de demande s'en trouve augmentée d'autant.
136

Taux
d’intérêt

IS/P0 IS/P1 LM/P0 LMP1

1
2

i2
i0
i1
Demande globale

Prix

P0 DG2(effet total)
P1
DG1(effet Keynes)

Demande globale

Figure 4.5. Construction de la courbe de demande globale : Effet Keynes et effet d'encaisses réelles
(effet Pigou)

L’effet Keynes impacte LM et l’effet Pigou impacte IS. Une baisse du niveau
général des prix augmente la demande globale sous l'influence conjuguée de ces deux
effets. L'impact sur le niveau de taux dépend de l'importance des deux effets et de
l'élasticité de IS et LM au taux d'intérêt.

On remarquera que tous ces effets jouent dans le même sens, de sorte que le signe de
la somme de ces trois effets n'est jamais ambigu. Ce résultat tient cependant à la
modélisation que nous nous sommes donnée car il existe des effets-prix susceptibles de
jouer en sens contraire. Par exemple, si nous avions pris en compte l'endettement en
termes réels comme une variable explicative des comportements, par exemple de la
consommation, la baisse des prix serait de nature à jouer négativement sur l'activité
économique en relevant la charge réelle de la dette et en provoquant un effet de richesse
négatif sur la demande globale. Cet effet est appelé effet Fisher.

D'autres effets-prix existent encore, comme l'effet d'illusion monétaire ou les effets
d'anticipations. Ces effets ne semblent néanmoins pas en mesure de modifier le signe de la
137

dérivée de la fonction de demande globale.

Notons pour finir que, puisque la courbe de demande globale résume les résultats du
modèle IS/LM (elle se déduit du modèle IS/LM une fois relâchée l'hypothèse de rigidité des
prix nominaux), tous les chocs qui déplacent IS ou LM à prix inchangés déplacent
aussi la demande globale : c'est ainsi qu'une politique expansionniste qui déplace IS
(politique budgétaire) et/ou LM (politique monétaire) vers la droite dans le plan (Qd, i),
déplace également la courbe de demande globale vers la droite dans le plan (Qd, P).

c. La construction de la courbe d'offre globale

La fonction de demande globale est une simple réécriture du modèle initial (IS-
LM) sous la forme d'une équation entre niveau de production et niveau de prix, équation
qui représente le degré de liberté du système. La construction de la fonction d'offre
globale implique au contraire la modélisation d'idées nouvelles.

Il s'agit de considérer les déterminants du prix du point de vue de l'offre, c'est-à-


dire de modéliser le mode de formation des coûts de production et le comportement de
profit des entreprises. On peut exprimer l'idée de la façon suivante : le côté de l'offre, non
pris en compte dans le modèle IS-LM keynésien à prix fixes (qui est un modèle de
demande), est seul susceptible d'endogénéiser les prix (Begg D., Fisher S. et Dornbusch R.,
1999).
La fonction d'offre globale indique les niveaux d'offre que les entreprises acceptent
de mettre en œuvre pour différents niveaux de prix. Elle est donc relative à la
détermination d'une relation p – Q+ indépendante de la demande, c’est-à-dire
indépendante du principe keynésien. Une telle modélisation ne peut s'effectuer qu'en
prenant en compte le marché du travail puisque le seul coût est le coût en travail.

Deux grandes conceptions président à l'analyse de la formation des salaires :

La première conception considère que la formation des salaires, et donc des prix,
relève de facteurs socioéconomiques exogènes (rapport de forces entre catégories
sociales). Dans cette conception, le niveau du salaire (réel ou nominal) se définit
hors marché. On est alors amené à adopter une hypothèse de salaire fixe. Si on
considère, de plus, que les entreprises ont un prix désiré correspondant à un taux de
marge exogène, alors on aboutit à l'hypothèse de prix fixes habituelle dans les
modèles keynésiens standard. Dans cette version extrême, deux normes s'opposent
138

donc : la norme de profit et la norme de salaire.


La seconde conception est plus traditionnelle. Elle consiste à voir la formation
des salaires comme le résultat d'un mécanisme des marchés. Le salaire se forme sur
le marché du travail par la confrontation de l’offre et de la demande de travail.
Dans les deux cas, on peut considérer qu'il s'agit de modèles purs. Les deux modèles
peuvent néanmoins coexister et, en général, ils coexistent dans la réalité. On est alors en
présence de ce que l'on peut appeler un modèle de synthèse. Ce modèle doit être
convenablement écrit. Sous certaines can0dirions, sur des paramètres bien choisis, on
doit pouvoir revenir aux deux modèles purs comme des cas particuliers.

• Vision « classique » de la fixation des salaires

Pour construire la fonction d'offre globale dans le cadre du modèle classique,


plaçons-nous à court terme avec un marché du travail initialement en équilibre et supposons
que le niveau général des prix diminue, le salaire nominal restant constant. La figure 4.6
illustre les ajustements qui vont se produire.

Niveau
Salaire OGL
Général
T OGCT
réel des Prix
N -(w/p) P
N+(w/p)
w1/p1 P
0 Marché des
Marché du 1 biens et
travail services
w0/p0

Niveau Q1 Q0 Produit
N1 N0
d’emploi global

Q0
Q1

Fonction de
production 450

Niveau Produit
N1 N0
d’emploi global
Figure 4.6. Construction de la courbe d'offre globale: modèle néoclassique de marché

Si le niveau général des prix diminue, le salaire réel augmente, il y a alors excès
d'offre et la demande de travail fixe la quantité échangée. Donc, nous aurons une fonction
d'offre globale p(Q+) qui est croissante. Cette fonction est de court terme, en ce sens que
139

l'on suppose un non-ajustement du salaire nominal c'est-à-dire une rigidité nominale du


salaire.

L’idée de base de la rigidité nominale est que les salaires nominaux sont fixés
pour une période plus longue que les prix. C’est le cas, par exemple, dans les
conventions collectives ou d’entreprises. Les niveaux des salaires sont fixés pour une
période de l’ordre d’un ou deux ans. Dans le moyen et le long terme les salaires sont révisés
en fonction des prix. C'est à ce moment que le salaire réel peut être réajusté et
éventuellement revenir à sa valeur antérieure.

Si le temps nécessaire pour revenir à cette valeur d'équilibre est très court, on dira
qu’il y a flexibilité des salaires. Si c'est le cas, comme dans le schéma pur de marché du
modèle classique, alors, la courbe d’offre globale devient une verticale. Le niveau d’offre
est indépendant du niveau de prix puisque toute variation de prix se traduit en variation de
salaire et que la rentabilité reste constante.

Ce niveau d'offre est alors déterminé, conformément à l'analyse classique, par la


fonction de production, le volume de la population active, la fonction d’utilité des
ménages ... mais pas par le niveau des prix, qui est uniquement en raison de la viscosité des
salaires à court terme. Le principe keynésien de la demande effective est alors susceptible de
jouer, puis que le niveau de production n’est plus donné par l’équilibre du marché du
travail.

Cet effet est néanmoins considéré comme transitoire par les théoriciens
néoclassiques car, les individus étant rationnels, les phénomènes d'indexation sont appelés à
intervenir dans le moyen terme. À long terme, c'est l'univers dichotomique de la théorie
classique qui est restauré. Dans un tel univers pleinement classique, toute politique
monétaire ou budgétaire est donc nécessairement inefficace sur l'activité économique,
même si elle peut engendrer des effets de prix.

Par conséquent, s'il n'y a pas un minimum de viscosité des salaires, il ne peut y avoir
ni fonction d'offre globale avec une pente positive ni, par conséquent, de place pour un
modèle valide de politique économique d'inspiration keynésienne. Pour envisager
les facteurs explicatifs de cette viscosité, il faut nécessairement se tourner vers des
140

considérations hors marché et, sans doute, le plus simple dans un premier temps est-il
d'envisager un modèle pur fonctionnant sur l'existence de normes exogènes de rémunération
des salariés et des entreprises.

• Existence de normes salariales et de prix

Trois catégories de considérations sont avancées par les théoriciens pour rendre
compte d'effets hors marché dans la formation des prix et des salaires (Peltzman S.,
2000) : celles relatives à l'existence des syndicats; celles tenant aux réglementations sur les
salaires (SMIC, conventions collectives de branches ou d'entreprises qui fixent les salaires
pour une période relativement longue) ; celles provenant d'une illusion monétaire chez les
salariés.

Dans ce dernier cas, l'idée est que les salariés acceptent plus volontiers des
variations du salaire réel provenant des prix plutôt que du salaire nominal en raison d'un
phénomène d'irrationalité ou de défaut d'information, ce qui conduit à une viscosité à court
terme des salaires nominaux vis-à-vis des prix.

Keynes avance un principe quelque peu différent de l'illusion monétaire pour rendre
compte de l'asymétrie des prix et du salaire nominal : l'idée de Keynes est que les salariés
sont beaucoup plus vigilants sur les modifications du salaire nominal que sur les prix pour
des raisons sociales.

Une variation des prix affecte tous les salariés de manière indifférenciée, c'est-à-dire
qu'elle laisse la hiérarchie des salaires, donc les avantages catégoriels, inchangés
(Bernier B. et Simon Y., 2001). Une variation des salaires de caractère général et
indifférencié est rarissime. La variation des salaires passe en général par celle des
salaires nominaux au plan des négociations de branche, d'entreprises, voire
d'établissement. Cette modalité contient en germe l'éventualité d'une redéfinition des statuts
et des positions catégorielles.

D'un point de vue macroéconomique, il nous suffira de constater que:

- les salaires sont régis par des contrats de travail dépassant en règle générale,
l'horizon de la courte période, c'est-à-dire l'horizon durant lequel les prix sont
susceptibles de varier;
141

- les contrats de travail sont toujours exprimés en termes nominaux. Les


clauses d'indexation explicites, quand elles existent, sont des clauses qui sont
appelées à intervenir à intervalles discrets (l'année en général).

On doit donc considérer qu'il existe une hiérarchisation temporelle des niveaux
d'ajustement : à très court terme, les ajustements se font par les quantités, comme dans un
modèle keynésien strict; puis, les ajustements sont progressivement appelés à se faire par
les prix (avec des salaires nominaux qui restent rigides) ; enfin, à plus long terme, les
ajustements concernent les salaires nominaux.

En supposant que les facteurs socio-institutionnels précédents soient dominants et


que les entreprises appliquent de leur côté un profit désiré sur les coûts, on aboutit à court
terme à des salaires et des prix fixes dans la tradition keynésienne. La fonction d'offre
globale qui correspond à cette hypothèse est alors une droite horizontale dans le diagramme
en prix quantités. L'ordonnée à l'origine représente évidemment le prix exogène qui intègre
la norme de salaire et la norme de profit. Toute variation de la demande se traduit alors
uniquement par un ajustement en quantités.

On a donc deux cas extrêmes correspondant l’un au modèle classique, l'autre au


modèle keynésien à prix fixes. Ces deux modèles sont théoriques et ne permettent pas de
se donner un schéma adéquat pour analyser concrètement les prix et les salaires, même
pour le « court terme ».

• Modèle de synthèse

Si tous les prix (y compris les salaires) étaient révisés en même temps dans toutes
les entreprises, chacun des schémas purs précédents pourrait successivement s'appliquer
dans son intégralité : par exemple, pour le court terme, on choisirait un modèle de normes
comme une approximation acceptable (modèle keynésien) puis, pour le long terme, on
retiendrait le modèle de marché (modèle libéral). Mais ce synchronisme n'existe pas.
Pendant que, dans certaines entreprises, les salaires sont renégociés, dans d'autres ils restent
fixes (Peltzman S., 2000). Cette considération suffit à justifier l'adoption d'un modèle de
synthèse.

L'hypothèse d'un modèle de synthèse est que les salaires, et donc les prix, se
142

caractérisent dans le court terme par une certaine viscosité. Ils ne sont ni rigides comme
dans le modèle des normes, ni flexibles comme dans le modèle de marché.

• Dérivation analytique

Le modèle doit aboutir à établir l'existence d'une fonction d'offre qui, dans le cas
général, n'est ni une verticale ni une horizontale mais une fonction ayant une pente positive
finie. La valeur de cette pente devrait mesurer le degré de viscosité des salaires et des
prix. Plus les prix sont rigides, plus la fonction devrait être proche de l'horizontale
(keynésien). Plus les prix sont flexibles, plus la fonction devrait être proche de la verticale
(libéral). Dans ce cadre, les ajustements seraient appelés à se faire partiellement par les
prix et partiellement par les quantités. Le modèle qui va être présenté répond à toutes ces
exigences.

L'idée de base est la suivante: on a, par la fonction de production : Q+=F(N)


(5.1.1)
Où Q+ est l’offre agrégée ;
N est le niveau d’emploi.
Pour obtenir une fonction d'offre globale croissante avec le niveau général des
prix, soit: Q+ =OG(P), avec (OG)' > 0, il faut par conséquent avoir: N=N(P),
avec N' > 0. Pour obtenir Q+=F(N[P]) Q+=OG(P). (5.1.2)

Finalement, pour que le niveau d'emploi dépende du niveau général des prix, il faut
rompre la dichotomie, c'est-à-dire, dans les termes qui sont ceux de la synthèse, introduire
une rigidité nominale des salaires (indexation imparfaite des salaires nominaux sur les prix).

 Comportement des firmes

Dans le modèle IS-LM l’offre des biens s’adapte à la demande globale. L’offre
est donc déterminée dans ce modèle par la demande. Tel n’est plus le cas dans ce modèle.
On suppose ici une fonction de production de court terme à facteurs substituables, de type

Cobb- Douglas : Q  AN  : La condition de maximisation du profit est telle que F'(N) =


143

W/P, soit, si on linéarise, la condition de maximisation des profits s’écrit alors :


W
log  log AN  1 (5.1.3)
P

Ce qui donne (si les minuscules représentent les logarithmes) :


w  p  a  1   n  p  w  1   n  a (5.1.4)

Finalement, on obtient une équation de formation des prix qui met en avant
un élément de norme « l'indexation» de p sur w), et un élément de marché (la réaction de p
au niveau de l'emploi n).

 Salaires

Pour le salaire, on adopte une écriture équivalente:

w  p  u  b (5.1.5)
avec b et   0;  et   0;1

Le premier terme mesure la partie norme (norme de maintien du pouvoir d'achat


du salaire) ; u est le taux de chômage et constitue la variable explicative de l'effet de
marché.

Les rigidités nominales sont d’autant plus faibles que  est grand. Si   1 ,
toute modification des prix se répercute intégralement dans le salaire nominal : il n’ y a pas
des rigidités nominales. Ce cas est pertinent à long terme quand le processus d’ajustement de
salaire nominal aux fluctuations des prix est achevé. En revanche, à court terme le salaire
réel est affecté par les variations des prix car le salaire nominal ne s’ajuste pas.

Le terme  u rend compte de l’influence des tensions sur le marché du


travail mesurées par le taux de chômage. Si  est petit, le salaire ne s’ajuste pas
instantanément aux conditions de l’offre et de la demande du travail et se fixe donc à un
niveau qui ne garantit pas le plein emploi.

 Equation d’offre globale

L’offre globale définit le niveau de production rentable des entreprises en fonction


du niveau général des prix. Le choix optimal des firmes dépend de salaire réel. Si le
taux d’emploi est donné par n=1- u et donc le taux de chômage étant u=1-n, en reportant
144

cela dans (5.1.5) et en utilisant (5.1.4), on obtient une relation croissante entre la
demande de travail et le niveau général des prix :
a b 1
nd   (5.1.6)
1     1    p

En utilisant cette fonction de demande dans la fonction de production, on a :

a  b 1
qs  a   (5.1.7)
1   1    p

L’offre des biens des entreprises est donc une fonction croissante en p si et
seulement si  <1, c'est-à-dire en présence des rigidités nominales. Dans ce cas une
augmentation du niveau général des prix entraine une augmentation moindre de salaire
nominal et donc une baisse de salaire réel d’autant plus que les rigidités sont importantes
cela incite les entreprises à demander le travail et donc produire davantage. La courbe
d’offre de court terme est donc croissante. A long terme   1 et cette courbe devient
verticale.

SECTION II : ÉTUDES EMPIRIQUES SUR LE MODELE CLASSICO-KEYNÉSIEN-


STRUCTURALISTE DE L’INFLATION

Abdoulay Zonon (2003) affirme que les relations commerciales qu’un pays entretient
avec d’autres partenaires font que le niveau général des prix subit d’une manière ou d’une
autre, l’influence des prix des biens importés. Il conclue à une relation négative entre le niveau
de l’inflation et le degré d’ouverture souvent mesuré par le ratio des importations par rapport
au PIB.
Hermann KWITOU (2012) déclare qu’au regard des conséquences sociales de la
crise alimentaire de 2008 dans les économies d’Afrique centrale, la problématique de
l’inflation alimentaire se pose avec acuité dans ces pays, où la pauvreté est très répandue. Cette
inflation est très souvent le fait des importations, la production locale étant insuffisante pour
combler une demande sans cesse croissante.

D’où l’intérêt d’identifier les effets des fluctuations des cours des produits
alimentaires sur l’inflation domestique en Afrique centrale. Si l’analyse révèle que l’inflation
145

est essentiellement un «phénomène d’inertie», force est de constater que pour le Cameroun, la
Centrafrique, le Gabon et le Tchad, les chocs (à la hausse) sur les cours des céréales importés
(blé, riz et maïs) ont un impact positif significatif sur l’inflation, inégal d’un pays à l’autre. On
note également un lien de causalité positif entre les cours du sucre et de l’huile de palme et
l’inflation au Tchad. Cependant, les fluctuations des cours de ces produits ne contribueraient
que pour 10%-15% à l’évolution du niveau général des prix.

Diouf M.A. (2007) et Kinda T. (2011) utilisent la moyenne des précipitations


trimestrielles pour approximer l’impact des chocs d’offre de produits agricoles. Ils trouvent
que cette variable joue le rôle le plus important dans la détermination de l’inflation aussi bien
au Mali qu’au Tchad. Elle agit avec un retard de deux trimestres au Mali et trois trimestres au
Tchad et a un effet persistant sur le niveau des prix. Par ailleurs, Kinda note que les prix
extérieurs sont la quatrième source principale dans le changement du niveau des prix au
Tchad. Leur impact enregistre un pic avec un trimestre de retard, et il persiste pendant 6
trimestres, pour s’atténuer graduellement.

L’un des points présentant le clivage libéraux-keynésiens est le désaccord quant à la


flexibilité et la rigidité des prix et des salaires. Les libéraux considèrent les prix comme
parfaitement flexibles pour assurer l’ajustement des marchés. Le modèle avec rigidités
nominales (les keynésiens) traite des effets inflationnistes des chocs sur l’offre des facteurs.
Entre les deux, il existe des modèles de synthèse : les modèles classico-keynésiens. Il s’agit,
dans ces modèles, de distinguer les facteurs de production selon que leur prix nominal soit
rigide ou flexible. Par exemple, Gordon R.J. (1975) considérait les prix des matières
premières flexibles et les autres rigides ; Dornbusch R. et Fisher S. (1990) considéraient les
salaires rigides et les prix des autres facteurs flexibles.

Conclusion du troisième chapitre

Le modèle IS-LM est doublement incapable de servir de base à une théorie de


l’inflation. Non seulement il repose sur l’hypothèse de prix fixes, mais en plus il ne décrit que
la détermination de la demande. Pour dépasser ces deux limites, il est nécessaire de compléter
le modèle IS-LM par une description de l’offre agrégée, ce qui permet de tenir compte des
capacités de production et de l’évolution des coûts.
146

Aussi, le modèle libéral (classique, néoclassique, monétariste) a été incapable


d’expliquer les chocs survenus au cours non seulement des années 1930, 1970 mais aussi
ceux de 2008. En outre, le modèle libéral ne sait pas se conformer à l’analyse à court terme.

Cependant, le modèle structuraliste capte les modifications du taux d’inflations


provenant des sources non monétaires. Le modèle structuraliste présente l’inflation comme le
résultat des chocs subis par l’offre ou la demande ainsi que des distorsions causées par les
comportements des agents en fonction de leurs positions dans l’économie.

C’est ainsi que le modèle de synthèse classico-keynésien-structuraliste répond à


toutes ces inquiétudes.

Parmi les chocs possibles nous comptons du côté de l’offre, la pénurie causée par les
mauvaises récoltes agricoles, les variations des importations et les fluctuations du taux de
change nominal, dans la mesure où la dépréciation de la monnaie d’un pays accroît le prix
des intrants importés dans le processus de production.

Du côté de la demande, les variables considérées sont la croissance de la masse


monétaire au sens large, un indicateur de l’écart entre la production effective et la production
potentielle, et les taux d’inflation antérieurs. La RDC importe plusieurs biens et services
surtout manufacturés dont les prix sont fixés à l’étranger et se répercutent sur les prix
intérieurs.
147

Chapitre quatrième :
MODÉLISATION DE L’INFLATION ET ANALYSE
EXPLORATOIRE DE DONNÉES
148

Ce chapitre présente les différentes variables ainsi que les différents modèles
utilisés. Ainsi, dans la première section de ce chapitre, la spécification des modèles est
présentée.

Le modèle libéral a été inspiré de la théorie quantitative de la monnaie, des


anticipations adaptatives chères à l’école monétariste de Friedman et des anticipations
rationnelles de la nouvelle école classique animée par Lucas, Sargent, Wallace…

La courbe de Phillips, la loi d’Okun et la nouvelle courbe de Phillips (courbe de


Phillips augmentée des anticipations) soutenue par des auteurs comme Phelps, Akerloff et
Stiglitz nous ont inspiré le modèle keynésien.

Le modèle strucuraliste vient des travaux des économistes latino-américains,


notamment la théorie sur la carence d’offre due aux pénuries et aux goulots d’étranglement,
… Les économistes de la CEPAL comme Celso Furtado, Guillen Romo, Wachter, Urquidi,
Dagum, Figueroa, Gustavo Martinez Cabañas, Raul Prebisch, Juan. F. Noyola Anibal Pinto,
Jorge Ahumada, Osvaldo Sunkel, … se sont consacrés à étudier le délicat problème de
l’inflation.

Le modèle de synhtèse vient de la symbiose de ces théories. Des économistes comme


Antony Samuelson, Goodfriend, King, Olivier Blanchard, … se sont interessés à la synthèse
pouvant ressortir du clivage keynésiens-libéraux-structuralistes. Le modèle de Calvo est venu
les compléter pour ressortir le modèle de synthèse.

Les caractéristiques essentielles de ces variables ainsi que leur évolution sont
présentées au niveau de la deuxième section. Pour procéder à l’estimation des modèles, il est
nécessaire de se rendre, au préalable, compte de la stationnarité des variables à utiliser. Ceci
est nécessaire car les variables économiques et financières sont rarement des réalisations de
processus stationnaires. Ce chapitre se termine par une brève présentation de la modélisation
VAR.
149

SECTION I : SPÉCIFICATION DES MODÈLES D’INFLATION SELON LES


DIFFÉRENTES APPROCHES

I.1. Modèle classique de l’inflation

Pour l’analyse économétrique, le modèle utilisé chez les classiques est celui issu de
la théorie quantitative qui a traversé toute l’histoire monétaire de Xenophon à Irving Fisher en
passant par Jean BODIN, David Hume, l’école de Cambridge (Pigou), pour se prolonger
jusqu’à l’école monétariste (Friedman) et la Nouvelle Ecole Classique (Lucas).

L’équation quantitative donne une relation croissante entre la masse monétaire et le


niveau des prix. David Hume (cité par Bramouille G., et Augey D., 1998) écrivait :
«supposons que les quatre-cinquième de toute la circulation qui existe dans la Grande-
Bretagne soient anéantis en une nuit et que la nation anglaise ramenée au même état, en
regard au numéraire, que sous les Henry et les Edouard, quelle serait la conséquence de cet
événement ? Les prix du travail et des marchandises ne devraient-ils pas baisser en
proportion et toutes choses être vendues bon marché qu’à ces époques ? Supposons encore
que toute la circulation de la Grande-Bretagne soit quintuplée en une nuit, l’effet contraire ne
devrait-il pas se produire ? ». La « nuit » de Hume marqua la quasi-totalité des auteurs
libéraux.

De travaux de Milton Friedman, chef de file de l’école monétariste, nous retenons


que les agents économiques font des anticipations adaptatives et Robert Lucas retient plutôt
les anticipations rationnelles qui se focalisent sur le marché monétaire et son processus
d’ajustement dynamique.

Comme repris au chapitre premier, le modèle libéral se distingue par la non


intervention de l’Etat sur les marchés. En effet, selon la théorie de la main invisible chère à
Adam Smith, le laisser-faire devrait être l’état normal des choses : dès lors que le
mécanisme de fonctionnement spontané de l'économie de marché est harmonieux, toute
volonté d'intervention extérieure dans ce mécanisme, aussi bien intentionnée soit-elle, ne
peut être que perturbatrice et introduire des déséquilibres qui étaient apriori absents.

En l'occurrence, ces déséquilibres vont prioritairement se manifester dans le


secteur monétaire qui est de la responsabilité directe de l'État, et traduit à ce titre
150

directement les influences de la politique économique : l'intervention de l'État n'aura a


priori d'effet que sur les grandeurs nominales, mais aucun effet sur les grandeurs réelles.

L'intervention publique aura comme autre défaut de se substituer par un « effet


d'éviction» à l'intervention privée. Au total, la politique économique apparaîtra comme
inutile (l'équilibre général est optimum), illégitime (l'équilibre résulte des choix
microéconomiques rationnels des agents : vouloir le modifier consiste à vouloir aller à
l'encontre des choix privés volontaires), inefficace (1es politiques économiques, du fait
de la structure dichotomique du modèle, seront réputées n'avoir aucun effet sur les
grandeurs réelles) et perturbatrice (en créant des perturbations nominales [inflation] et/ou
en évinçant l'initiative privée).

La lecture dichotomique de l’économie conduit les classiques à considérer deux


sphères de la vie économique : la sphère réelle et la sphère monétaire. L’équation
quantitative permet d’avancer que la masse monétaire est le déterminant de l’inflation, à
côté du revenu national.

 i  0  1M is   2 X i   i (6.1.1)
Où  i est le taux d’inflation ;

M is est la masse monétaire ;


Xi est le Pib réel ;

 i est le terme d’erreurs.


L’hypothèse des anticipations adaptatives de Milton Friedman permet de croire que
l’inflation est fonction de ses propres valeurs passées. Nous allons donc spécifier le modèle
classique comme un modèle économétrique autorégressif de la manière suivante :

 t  1    t 1  1   2  t 2  1   3  t 3  ...  1     t    1 M ts   2 X t   t
(6.1.2)

Où t est le taux d’inflation ;

M ts est la masse monétaire ;


Xt est le Pib réel ;
λ12 et β sont des paramètres.

12 λ est un coefficient d’ajustement (0 < λ < 1). Tout écart entre le l’inflation courante t et l’inflation anticipée de la
151

 t est le terme d’erreurs.

C’est un modèle autorégressif avec une infinité de retards qui montre que l’inertie,
lorsqu’elle existe, est permanente (erreur systématique et non aléatoire).

L’hypothèse des anticipations rationnelles introduite par Robert Lucas permet de


prendre en compte les chocs subis par l’inflation pour tenir compte des incohérences de la
politique monétaire.

Le modèle libéral retenu est donc le suivant :

k p j h q
      Mm   1   i     Pibr   r    (6.1.3)
t 0 i t i t i i t i i t i t i
i 0 i 1 i 0 i 0 i 0

Où  mesure le taux d’inflation


Mm est la masse monétaire ;
Pibr est le PIB réel ;
r est le taux d’intérêt ;
 est le terme d’erreurs.

Il s’agit ainsi d’un modèle autorégressif de moyenne mobile (ARMA :


« Autoregressive Moving Average »). La partie autorégressive capte les anticipations
adaptatives prônées par Milton Friedman et l’école monétariste, la partie « moyenne
mobile » capte les anticipations rationnelles de Robert Lucas et la Nouvelle Ecole Classique
(NEC) et la variable masse monétaire résume la pensée des classiques de l’inflation à
travers l’équation quantitative de la monnaie.

période précédente  ta1 sera ajouté ou retranché à l’évaluation des anticipations inflationnistes dans une proportion
égale à λ.
152

I.2. Spécification du modèle keynésien d’inflation

I.2.1. Présentation du modèle keynésien

La spécificité de Keynes est d’avoir introduit l’hypothèse de rigidité nominale des


prix. L’ajustement ne se fait plus à travers les variations des prix comme le suggéraient les
auteurs libéraux, mais par les quantités. Dans cette perspective, l’inflation est perçue comme
la résultante d’un choix raisonné des autorités monétaires, choix résultant de l’arbitrage entre
l’inflation et le chômage. Cet arbitrage a été modélisé par Alban Phillips en 1958, à travers la
courbe qui porte son nom.

Dans son étude, Phillips cherchait à valider « l'hypothèse selon laquelle le taux de
variation du taux de salaire nominal peut être expliqué par le niveau du chômage ou le taux de
changement du chômage ». Phillips A. (1958), à partir de statistiques des taux de chômage
et des taux de variation du taux de salaire monétaire couvrant, pour le Royaume-Uni, la
période 1861-1957, répondait positivement à la question qu'il s'était posée, en mettant en
évidence l'existence d'une relation linéaire décroissante entre les deux variables sur la période
étudiée : à des situations de chômage élevé correspondaient de faibles hausses du taux de
salaire monétaire et inversement.

Phillips était également à même d'estimer au niveau de 5,5 % le niveau du taux de


chômage susceptible d'assurer la stabilité des taux de salaires monétaires, taux de chômage
qui sera appelé ensuite dans la littérature macroéconomique le NAWRU : « Non Accelerating
Wage Rate of Unemployment » (taux de chômage non accélérateur de salaire).

L’explication suivante ressort des résultats de Phillips : le salaire nominal sur le


marché du travail s’élève quand il apparaît une demande excessive et diminue dans le cas
contraire. Face au dilemme inflation-chômage, si l’on souhaite réduire l’inflation, on doit
accepter une augmentation permanente du taux de chômage. Le choix décisionnel doit se faire
sur un couple de taux d’inflation-taux de chômage le long de la courbe de Phillips. Mener une
politique expansionniste permet de se déplacer le long de la courbe vers le haut et l’inverse
dans le cas d’une politique restrictive.
153

En boostant la demande effective, par ses politiques économiques, l’Etat invite les
entreprises à plus de production et donc plus de demande d’emploi (diminution du chômage).
Ce processus n’aboutira à une inflation que si l’économie atteint le plein emploi car, dans ce
cas, la production ne saura augmenter pour satisfaire la demande supplémentaire. Si
l’inflation apparait, elle ne sera pas vécue ici comme une fatalité mais comme le « prix » à
payer pour atteindre un niveau donné de production et d’emploi (lutte contre le chômage). Il
revient ainsi à l’Etat de pouvoir opérer un arbitrage entre l’inflation et le chômage. Il s’agit
d’un choix raisonné.

L’inflation n’est pas ici le résultat de l’accroissement de la masse monétaire comme


le montrait la théorie quantitative de la monnaie. Elle résulte de la volonté de l’Etat à booster
la demande effective adressée aux entreprises pour lutter contre le chômage et créer
l’accroissement de la production et du revenu.

La Courbe de Phillips est donc une relation inverse entre l’inflation et le taux de
chômage, de la forme :

π t = a − bUt (6.1.4)

Et en utilisant la loi d’Okun, nous avons une relation de l’inflation avec l’écart de
la production :

 t  a  bYt  Yt  (6.1.5)


Où Yt  Yt  est l’écart entre la production effective et la production potentielle,
l’output gap.

L’écart entre la production effective et la production potentielle est


traditionnellement présenté comme un facteur important dans les tensions inflationnistes. A
long terme, la courbe d’offre globale est verticale et n’est pas influencée par le niveau de
l’inflation. Par contre, dans le court terme, l’offre globale est déterminée par la demande et sa
courbe est horizontale. L’équilibre entre la courbe d’offre à long terme et celui à court terme,
donne la production potentielle. Entre les deux périodes, il y a un ajustement constant de la
production en fonction de la demande et de la courbe d’offre globale de court terme qui donne
le niveau de production observé. Ce processus a un impact sur l’inflation :
154

 quand le niveau de production est supérieur au niveau de production potentiel, le


niveau d’inflation baisse par rapport à son niveau naturel ;
 quand c’est le contraire, le niveau d’inflation augmente ; et
 quand le niveau de production est égal au niveau de production potentielle, le
niveau d’inflation reste constant.

Le modèle keynésien retenu dans ce travail est donc celui-ci :


 t  a  bYt  Yt    t (6.1.6)
Où a et b sont des paramètres ;
 est le taux d’inflation ;
Y  Y  est l’écart entre la production effective et la production potentielle ;
 est le terme d’erreurs.

Ce modèle suggère que le seul facteur influençant l’inflation est l’écart entre la
production effective et la production potentielle. Avant de présenter les résultats du processus
VAR mettant en relation l’inflation congolaise et l’écart de production, nous allons exposer
les étapes du calcul de cet écart de production et ensuite chercher le nombre p de retards
optimal.

I.2.2. Calcul de l’écart entre la production effective et la production potentielle

(le filtre de Hodrick-Prescott)

Supposons que la variable observée xt n’ait pas de composante saisonnière et peut


être exprimée comme la somme d’une composante trend et d’une composante cyclique, xct :
xt = x∗t + xct. (1)
A la période t, l’économètre peut observer xt mais ne peut mesurer ni ni . Une option
possible est d’utiliser le filtre de Hodrick-Prescott (HP). Le filtre de Hodrick-Prescott (filtre
HP) permet de calculer la production potentielle. Il s’agit donc d’estimer la composante trend
de xt. Il consiste essentiellement à spécifier une règle d’ajustement par laquelle la composante
trend de la série xt évolue continuellement et s’ajuste graduellement. Formellement, la
composante non-observée est extraite en résolvant le problème de minimisation suivant:

(6.1.7)
155

Par conséquent, l’objectif est de sélectionner la composante trend qui minimise la


somme des carrés des écarts par rapport aux séries observées, sous contrainte des variations
graduelles de au cours du temps. Le coefficient λ est un nombre positif qui pénalise les
variations de la composante trend. Plus la valeur de λ est élevée, plus la tendance de la série
résultante sera régulière13.

On peut montrer que la composante trend peut être représentée par une expression
de moyenne mobile symétrique de la série observée:

(6.1.8)
où les paramètres α et |h| dépendent de la valeur de λ.

En définitive, l’écart de production dont les données sont reprises en annexe (tableau
n° 39), a été calculé en prenant la différence entre le Pib (en) logarithmes et le Pib potentiel
calculé grâce à cette formule de Hodrick-Prescott.

Ecart  lpib  l pib (6.1.9)

13 En général, le choix de la valeur de λ dépend du degré de rigidité supposée dans la série considérée. La pratique usuelle est
de fixer, par exemple, λ à 100 pour des séries chronologiques annuelles et à 1600 pour des séries chronologiques
trimestrielles. Cependant, on devrait noter que ce choix est quelque peu arbitraire; une procédure plus appropriée serait de
choisir une valeur de λ qui utilise une méthode dépendante des données. Voir Agénor, McDermott et Prasad (1998).
156

I.3. Spécification du modèle structuraliste d’inflation

La plupart des travaux (si pas tous) ayant traité l’inflation comme un phénomène
structurel ont été inspiré des travaux des auteurs latino-américains qui cherchaient des
explications sur les échecs subis par les propositions et les applications des recommandations
des théories orthodoxes (classiques, monétaristes, keynésiennes, …). Ils ont ainsi trouvé un
espace de réflexion sur le problème d’inflation qui est un problème commun des pays
d’Amérique latine pendant les dernières décennies.

En effet, la Commission Economique pour l'Amérique latine (CEPAL) a fourni un


foyer favorable aux discussions critiquant les théories existantes, et la décision d'analyser la
réalité de l'économie latino-américaine a donné naissance à la formulation d’une théorie de
l’inflation : la théorie structuraliste.

Le modèle proposé par ces travaux met en relation l’inflation, le niveau des
importations et le taux de change :

 t   0   1 I t   2Tct   t (6.1.10)

Où t est le taux d’inflation de l’époque t ;

I t sont les importations au temps t ;


Tct est le taux de change à l’époque t ;
t est un bruit blanc.

I.4. Spécification du modèle de synthèse d’inflation

Pour l’approche keynésienne, la courbe de Phillips donnant une possibilité


d’arbitrage entre l’inflation et le chômage a constitué la base de la modélisation. Cette
courbe a été complétée par les apports de Calvo qui lui donnent des anticipations et
s’apparente alors à la nouvelle courbe de Phillips (courbe de Phillips augmentée des
anticipations).

Le modèle de Calvo G.A. (1983) avance la même idée en affirmant que la


dynamique de l’inflation (au moins dans sa version log-linéarisée) est entièrement
157

déterminée par le coût marginal réel actuel et l’anticipation des coûts marginaux réels
futurs.

   Ep̂
p̂*t  p̂t  1   k 
j 0
k
j
t j  p̂t  ˆ t  j ,t  (6.1.11)

Dans cette formule, les différentes variables représentent toutes des déviations par
rapport à leurs états stationnaires respectifs (d’où les chapeaux) et sont définies comme
suit :

*
— p̂t est le prix optimal d’une firme qui ajuste en t;

— p̂t est le niveau du prix agrégé;

— ˆ t  j ,t est le coût marginal d’une firme en t + j sous l’hypothèse qu’elle n’a

pas pu réoptimiser son prix entre t et t + j.

La firme aimerait garder son coût marginal le plus proche possible du coût marginal
optimal ψ∗ = (η − 1)/η14 qui maximise son profit par période et qui est l’état stationnaire
(par le fait qu’à l’état stationnaire, les prix sont constants). En effet, la log-linéarisation était
faite en supposant de nouveau que le taux d’inflation à long terme est égal à zéro. Par
conséquent, à l’état stationnaire, les prix de toutes les firmes sont constants et égaux ce qui
veut dire que l’état stationnaire du coût marginal réel, à son tour, est égale au coût marginal
optimal ψ∗= (η− 1)/η

Comme Calvo fait l’hypothèse que la firme ne peut pas ajuster son prix à
toutes les périodes mais qu’elle doit produire toute quantité demandée à son prix
actuel, le coût marginal réel fluctuera autour de cette valeur optimale, étant donné que
les prix des facteurs de production (tel que Wt+j pour le travail) fluctueront en
fonction des conditions dans les marchés des facteurs et du niveau des prix agrégé
*
tandis que p̂t reste fixe.

La décision de prix optimale dans (6.1.11) est donc telle que la somme
escomptée des coût marginaux futurs anticipés est au plus proche possible du coût
marginal optimal. Comme ce coût marginal dépend du prix agrégé, la firme ajustera

14 Avec η l’élasticité du coût marginal de la firme par rapport à sa production.


158

son prix en fonction de l’inflation future anticipée (Ep̂t+j − p̂t en termes


linéarisées).

Par ailleurs, nous pouvons exprimer le niveau général des prix comme :

p̂t  1  k  p̂t*  kp̂t 1 (6.1.12)

En combinant cette équation avec (6.1.11) afin d’éliminer le prix optimal nous
aboutissons à une expression relativement simple pour l’inflation :
ˆ t  E(  t 1 )  ˆ t (6.1.13)

1   k 1  k 
, où  est l’élasticité du coût marginal de la
1
Avec  
k 1  
firme par rapport à sa production.

Afin de comprendre la dynamique de l’inflation par le modèle de Calvo,


réécrivons l’équation (6.1.9) de la manière suivante :


ˆ t     i Eˆ t i (6.1.14)
i 0

Le modèle de Calvo postule donc que la dynamique de l’inflation (au moins dans sa
version log-linéarisée) est entièrement déterminée par le coût marginal réel actuel et
l’anticipation des coûts marginaux réels futures.

• Si le coût marginal est à son état stationnaire et les agents anticipent


qu’il y reste dans le futur, nous avons ψ̂t=Eψ̂t+i=0 (comme les variables
représentent des déviations par rapport à leur état stationnaire) et donc
π̂t=0.

• Par contre, un coût marginal réel au-dessus du coût marginal optimal ψ̂t>0 (ou
bien des coûts marginaux futurs anticipés au-dessus du coût marginal optimal
Eψ̂ t+i>0), par exemple parce qu’il y a eu un choc monétaire positif qui a fait
augmenter les prix des firmes qui ajustent, exerce une pression positive sur
l’inflation π̂t > 0.

• De combien l’inflation bouge à un tel choc, dépend donc de la réponse des


coûts marginaux E ψ̂ t+i . Si le coût marginal ne répond pas beaucoup et de manière
159

très lente, nous voyons effectivement une réponse de l’inflation lente et donc une
réponse de l’activité réelle plus marquée.

De première vue, l’équation (6.1.13) issue du modèle de Calvo ressemble à une Courbe
de Phillips augmentée par des anticipations (« expectations-augmented Phillips curve »)...surtout si
en plus, on fait l’hypothèse que le coût marginal réel (log-linéarisé) est proportionnel à l’écart de la

production par rapport à sa tendance log Yt  log Yt (le «output gap ») qui, quant à lui, est lié
inversement au taux de chômage (« Loi d’Okun ») (Kurmann A., 2006)

ˆ t  E t 1  ˆ t
ˆ t  E t 1   Yt  Yt  (6.1.15)
ˆ t  E t 1  ˆ t
Où ̂ t est la déviation du taux de chômage par rapport à son niveau naturel.

En effet, cette expression est souvent appelé la « New Keynesian Phillips


Curve » (NKPC).

En fait, dans sa version de base, la Courbe de Phillips est une simple relation
inverse entre l’inflation et le taux de chômage (ou bien une relation positive avec l’écart
de la production) de la forme :

π t = a – bUt (6.1.16)

Cette équation est devenue populaire dans les années 1950 et 1960 à cause de sa
pertinence empirique (Phillips, 1958 et Lipsey, 1960 pour le Royaume-Uni; et Samuelson et
Solow, 1960 pour les États-Unis); et qui repose sur l’hypothèse que les salaires nominaux sont
fixés à l’avance.

Cette hypothèse a comme conséquence un arbitrage permanent entre l’inflation et le


taux de chômage...un arbitrage qu’une banque centrale pourrait exploiter afin de diminuer le
niveau du chômage.

L’échec de la courbe de Phillips traditionnelle fait face à deux critiques fondamentales:

1. Critique empirique : l’affaissement d’une relation inverse et stable entre π t et Ut


depuis la stagflation au début des années 1970 (Romer D., 2000).
160

2. Critique théorique : l’hypothèse du taux de chômage naturel de Friedman


M.(1968) et Phelps E.S (1968).

Le taux de chômage naturel est déterminé par des forces/frictions réelles :

”The natural rate of unemployment...is the level that would be ground


out by the Walrasian system of general equilibrium equations,
provided there is embedded in them the actual structural
characteristics of the labor and commodity markets, including market
imperfections, stochastic variability in demands and supplies, the cost of
gathering information about job vacancies and labor availabilities, the
costs of mobility, and so on.” (Friedman M., 1968).

L’hypothèse du taux de chômage naturel est donc que, tôt ou tard, le taux de
chômage revient à ce niveau naturel parce que les agents ne se laissent pas tromper
indéfiniment par des taux d’inflation plus élevées qu’anticipées. Ils adaptent leurs
anticipations et donc, la politique monétaire ne peut pas pousser le taux de chômage au-
dessous de son niveau naturel de manière permanente.

En réponse à ces critiques, on a augmenté la courbe de Phillips par des anticipations


(« expectations-augmented Phillips curve ») que nous écrivons comme :

 t   te   log Yt  log Yt    ts (6.1.17)

 te est l’inflation anticipée, log Yt  log Yt est l’écart de la production effective et

potentielle et  t est un choc d’offre.


s

Comme dans la NKPC, les anticipations d’inflation jouent un rôle important :


Si  t <  t   log Yt  log Yt < 0 ;
e
 (6.1.18)


Si  t   t ;  log Yt  log Yt  0 et
e
 (6.1.19)


Si  t >  t   log Yt  log Yt > 0
e
 (6.1.20)

Comme à long-terme, πt = πe, ces relations (6.1.18), (6.1.19) et (6.1.20) sont cohérentes
avec l’hypothèse du taux de chômage naturel.

Pour mesurer  t , Friedman M. (1987) et Gordon R.J. (1975) proposent les


e
161

anticipations adaptatives. L’hypothèse des anticipations adaptatives permet de croire que


l’inflation est fonction de ses propres valeurs passées :
p
   vi t i
e
t (6.1.21)
i 1

Pour Robert Lucas (1976), de telles formulations statistiques des anticipations sont
trop simplistes et arbitraires. En réalité, les agents forment leurs anticipations de
manière rationnelle, en tenant compte de toute l’information disponible afin de ne pas
commettre des erreurs de prévision systématiques. Par conséquent, des changements
d’environnement économique (tels que des changements de politiques monétaire ou fiscale)
peuvent affecter les anticipations (et donc le comportement) des agents de manière
importante et soudaine.

Les formulations prédéterminées telles que (6.1.18) ne réussissent pas à tenir compte
des effets de tels changements et donc, ces formulations ne devraient pas être utilisées à des
fins d’évaluation de politiques économiques alternatives. C’est la fameuse ”Critique de
Lucas ” qui (entre autres) lui a valu subséquemment le Prix Nobel.

La NKPC est une réponse à la Critique de Lucas. Elle propose un lien entre
l’inflation et l’activité réelle qui est dérivé des fondements micro-économiques explicites
sur le comportement optimal des agents économiques et qui traite les anticipations par une
variable non-prédéterminée, à savoir Eπt+1. La NKPC fournit donc une explication
microéconomique possible du lien entre inflation et activité réelle.

L’approche du modèle d’offre agrégée et de la demande agrégée fournit une


explication plus synthétique des causes de l’inflation en mettant l’accent sur l’influence de
divers facteurs ou « chocs » du côté de la demande et du côté de l’offre.

Le modèle de synthèse classico-structuro-keynésien retenu est alors finalement celui-


ci :

 t   0    i  t i   i log Yt i  log Yt i     i Mmt i   i rt i    i Tct i


p j k h w

i 1 i 0 i 0 i 0 i 0
l q
   i Im p t i    i  t i   t (6.1.22)
i 0 i 1

Où  est le taux d’inflation;


Mm est la masse monétaire ;

 i ,i , i , i et βi sont les paramètres du modèle


162

log Yt  log Yt est l’écart entre la production effective et la production potentielle ;


r est le taux d’intérêt ;
Tc est le taux de change ;
Imp sont les importations ;
 est le terme d’erreurs.

Les structuralistes affirment, en effet, que les sources de l’inflation sont à


rechercher du côté des goulots d’étranglement causés par la pénurie des produits. Cette
pénurie est elle-même causée par des chocs d’offre et de demande.

I.5. Procédure d’estimation du modèle d’inflation en RDC : La modélisation VAR

A. Choix du modèle VAR

La modélisation économétrique classique à plusieurs équations structurelles a connu


beaucoup de critiques et de défaillances face à un environnement économique perturbé. Les
prévisions à l’aide des modèles ARMA (p,q) ne se sont pas toujours révélées très efficaces.
Les principales critiques formulées à l’encontre des différents modèles concernent
essentiellement la simultanéité des relations et la notion de variable exogène.

La représentation VAR – généralisation des modèles autorégressifs (AR) au cas


multivarié – apporte une réponse statistique à l’ensemble de ces critiques. Dans cette
représentation, les variables sélectionnées en fonction du problème étudié, ont toutes, à
priori, le même statut et on s’intéresse alors à des relations purement statistiques.

L'intérêt de la modélisation non structurelle, telle qu'elle est exploitée dans un


modèle VAR, a pour objectif principal de révéler un ensemble de relations causales au sens de
Granger. Elle se différencie de la modélisation classique parce qu'elle exploite sans contrainte
tous les liens de causalité entre les composantes d'un phénomène, et ce dans un espace
temporel. La modélisation VAR respecte à la fois la dimension de mutation intrasystémique et
la dimension temporelle que requiert l'investigation causale (Meuriot V., 2008).

Le modèle VAR rapporte des liens de causalité apparus au cours d'une période
donnée (la longueur de retard p sélectionnée) et dans les n directions possibles (chaque
variable est endogène dans une équation du modèle). La combinaison de ces deux aspects,
163

sous lesquels l'information causale est révélée, doit nous permettre de mieux discerner entre
causes fictives et causes réelles.

Ainsi, lorsqu'une relation causale de faible amplitude apparaît unidirectionnellement


dans le temps et une seule fois dans l'évolution dynamique du système, alors l'analyste doit
s'interroger sur la pertinence de cette relation : soit la période de temps est trop courte pour
laisser entrevoir une cyclicité dans la relation causale, soit un événement extérieur sans lien
économique avec le phénomène étudié a produit une valeur aberrante de la variable causale à
une période particulière (dans ce cas il y a identification d'une cause fictive).

Ou encore, l'analyse symétrique et multidirectionnelle des relations causales mises en


exergue dans le modèle relate un ensemble causal non contraint contrairement à celui révélé
par la modélisation classique structurelle. Ce plus grand degré de liberté dans l'espace
multidimensionnel des relations causales contribue à optimiser la connaissance conjecturale.

Les difficultés liées à la modélisation classique à une variable dépendante et une ou


plusieurs variables explicatives, celles liées notamment aux conditions à remplir pour une
modélisation du type cointégration et correction d’erreurs nous ont poussé à une modélisation
du type VAR.

Mais aussi, la modélisation à plusieurs équations structurelles a connu beaucoup de


critiques et défaillances face à un environnement économique perturbé. Les prévisions
élaborées à l’aide de ces modèles se sont révélées très médiocres. Les critiques principales
formulées à l’encontre de ces modèles structurels concernent la simultanéité des relations et la
notion de variable exogène. La représentation VAR apporte une réponse statistique à
l’ensemble de ces critiques (Bourbonnais R., 2009).

Comme le souligne Kintambu M.G. (2004), un modèle VAR peut se représenter


comme un modèle VMA (vecteur Moyenne Mobile) pour mener une analyse dynamique du
modèle VAR(p). Le modèle sous la forme (VMA) va permettre de mesurer l’impact d’une
variation des innovations (chocs) sur les valeurs des variables incluses dans le vecteur
autorégressif (VAR) pour un horizon de temps donné. Ceci répond justement aux
préoccupations de ce travail lorsqu’il s’agit de mesurer les anticipations aussi bien
adaptatives suggérées par Milton Friedman que rationnelles de Robert Lucas.
164

En effet, la partie autorégressive du VAR nous permet de capter les anticipations


adaptatives. Et en y ajoutant l’analyse impulsionnelle (les innovations), nous mesurons alors
les chocs sur le modèle d’inflation en RDC et donc les anticipations rationnelles des agents
économiques.

B. Présentation du modèle VAR

Le modèle VAR à k variables ayant p décalages, noté VAR(p), se présente comme


suit :
p p p
Y1t  a10   a11i Y1t i   a12i Y2 t i  ...   a1ki Ykt i  v1t
i 1 i 0 i 0
p p p
Y2 t  a 20   a 21i Y1t i   a 22i Y2 t i  ...   a 2ki Ykt i  v 2 t (7,1)
i 0 i 1 i 0

....
p p p
Ykt  a k0   a ki
1
Y1t i   a ki
2
Y2 t i  ...   a ki
k
Ykt i  v kt
i 0 i 0 i 1

Sous forme matricielle, cette équation se présente de la manière suivante :


Y1  A0  A1Yt 1  A2Yt  2  ...  A p Yt  p  v1t

 y1,t  a11p a12p ... a1p k


 a10  v1t 
     0  
   
1 2 k

; A0   2  ; vt  v 2 t 
y a a ... a
Avec : Yt    ; A p  
2 ,t 2 p 2 p 2p a
...  
...  ... ... 
   
 y k ,t  a 1 2 k  a k 
0 v 
 kp a kp ... a kp   kt 
Si nous y ajoutons l’opérateur de retard L, nous obtenons :
1  A L  A L
1 2
2

 ...  Ap Lp Y1  A0  v1t (7,12)

Ce modèle sera stationnaire si et seulement si le polynôme défini par le déterminant :


1  A1 L  A2 L2  ...  A p L p donne des racines se trouvant à l’extérieur du cercle unitaire du

plan complexe.
L’estimation des paramètres d’un processus VAR ne peut se faire que sur des séries
stationnaires. Après étude de la stationnarité des chroniques, il faut les rendre stationnaires
soit en les différenciant (dans le cas de processus « Difference Stationary ») soit en y
appliquant un filtre pour retirer la tendance générale (en cas de processus « Trend
Stationary »).
165

Chaque équation peut être estimée par les MCO, indépendamment les unes des autres
(ou par une méthode maximum de vraisemblance) (Bourbonnais R., 2009). Le nombre p de
retards à inclure dans le VAR est déterminé en estimant tous les VAR possibles d’après
l’horizon temporel acceptable par la théorie économique et de choisir le modèle qui présente
les statistiques de Akaike et Schwarz les plus faibles.


AIC  p   Ln det  e   2k 2 p
n 7.13
2k 2 p lnn 
SIC  p   Ln det  e  
n
Où AIC : « Akaike Information Criterion »
SIC : « Akaike Information Criterion »
Ln : logarithme népérien

 e : la matrice des variances-covariances des résidus du modèle

p : le nombre de retards
k : le nombre de variables du système
n : le nombre d’observations.

Pour étudier les chocs du VAR (Bosonga, J.P., 2018), la représentation VMA du processus
est utilisée :

Soit un processus VAR(p) :

 B Yt  c   t 7.14

Où  t est un bruit blanc.

La relation 7.14 peut s’écrire aussi comme suit :

p
Yt  c   Y
i 1
t i  t , 7.15

Selon le théorème de Wold, tout processus VAR(p) stationnaire peut être écrit sous
une forme d’un processus moyenne mobile infinie vectorielle, VMA(  ) :

Yt     
i 0
i t i ; 7.16

Où   E Yt    B c et  0  I
1

La relation 7.16 peut également s’écrire :


Yt     1 B  t     B  t 7.17
166


 B    i B i   0   1 B   2 B 2   3 B 3  ...
i 0

Yt     1 t 1   2  t 2   3  t 3  ... 7.18

Sous cette forme,  t représente le « vecteur des innovations canoniques » du


processus, c’est-à-dire la plus petite partie non prévisible de chacune des variables composant
le système VAR. Ces innovations canoniques, interprétées comme des chocs, permettent
d’analyser des mécanismes de propagation par le biais des fonctions de réponse aux
impulsions.
Comme c’est la forme VAR qui sera estimé, il faut nécessairement trouver une
correspondance entre les coefficients autorégressifs et les coefficients moyenne mobile. De la
relation 7.17, on peut établir que :
 1 B    B  B   I 7.19

En utilisant l’égalité 7.19, on peut passer des coefficients du VAR contenus dans les
matrices  i à ceux qui de VMA correspondante. En effet, par la méthode des coefficients
indéterminés, on déduit de la relation 7.19 ce qui suit :
I  B  B
1 2
2
 
  3 B 3  ...   p B p  0  1 B  2 B 2  3 B 3  ...  I

En égalisant les coefficients afférents à la même puissance de B à gauche et à droite,


on trouve :
0  I

  0 1 B   1 B  0  1   1

  2 B 2   1 1 B 2   2 B 2  0   2   1 1   2
Par récurrence, on a :
 j   1 j 1   2 j 2  ...   p j  p , j
167

SECTION II : ANALYSE EXPLORATOIRE DE DONNÉES

II.1. Statistiques descriptives sur les données

Les données utilisées dans ce travail ont été tirées des différents rapports de la BCC
(Banque Centrale du Congo de 1964 à 2016). Pour entrer dans leur intelligence, ces données
ont été comparées avec celles utilisées par Vincent NGONGA NZINGA (2015), ancien
directeur de l’hôtel de monnaie de la Banque Centrale du Congo. Les données brutes sont
reprises en annexe (Tableau A1).
Les variables concernées sont : « lipt », « lmmt », « ecartt » , « ltct», « ltit », « lpibrt » et
« limportt ». Les données brutes ont été transformées en logarithmes. « Lip » représente
l’indice des prix. Il s’agit donc de la mesure de l’inflation. « Lmm » est la masse monétaire.
« Ecart » représente l’écart entre la production potentielle (calculée à l’aide du filtre de
Hodrick-Prescott) et la production effective. « Ltc » représente le taux de change. Il s’agit du
taux de change entre la monnaie locale (franc congolais) et le dollar américain. C’est une
cotation à l’incertain : un dollar pour autant de francs. « Lti » mesure le taux d’intérêt.
« Lpibr » est le Pib réel et « Limport » représente les importations.

Tableau n° 4 : Caractéristiques statistiques des variables sous étude

LIPt LMMt ECARTt LTCt LTIt LPIBRt LIMPORTt


Moyenne -13.97430 -3.132299 3.50E-14 -11.79286 -1.888842 13.04535 22.57169
Médian -21.39755 -11.55660 0.124017 -19.84999 -1.966113 13.08960 21.36762
Maximum 4.896727 40.80312 9.131796 6.918005 0.867100 13.44240 41.77633
Minimum -31.71146 -21.80208 -10.50334 -28.22886 -3.912023 12.58048 20.13271
Ecart-type. 15.05949 17.61588 2.919391 14.82310 1.237680 0.222596 4.778730
Symétrie 0.160669 0.781128 -0.418322 0.204765 0.313351 -0.482439 3.682283
Applatissement 1.218559 2.778272 7.627713 1.217705 2.105561 2.291125 14.96967
Jarque-Bera 7.236245 5.498328 48.83884 7.385306 2.634050 3.165633 436.1676
Probabilité 0.026833 0.063981 0.000000 0.024906 0.267931 0.205396 0.000000
Somme -740.6377 -166.0119 1.86E-12 -625.0216 -100.1086 691.4036 1196.300
Observations 53 53 53 53 53 53 53
Source : l’auteur à partir de E-views 8.1.
Il ressort de ce tableau que toutes les variables sont non gaussiennes, à l’exception du
taux d’intérêt.

Voici leur évolution :


168

LIPN LMMN ECARTN


10 60 10

0 40 5

-10 20 0

-20 0 -5

-30 -20 -10

-40 -40 -15


65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15 65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15 65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15

LTCN LTIN LPIBRN


10 1 13.6

13.4
0
0
13.2
-1
-10 13.0
-2
12.8
-20
-3
12.6

-30 -4 12.4
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15 65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15 65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15

LIMPORTN
45

40

35

30

25

20

15
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15

Figure 7.1. : Caractéristiques des variables sous étude

Ces graphiques laissent voir que les variables ont connu des fluctuations importantes
de 1990 à 2000. Evidemment, cette période correspond à l’époque des troubles, pillages des
outils de production, …
169

A. Évolution de l’indice des prix à la consommation de 1964 à 2016

L’inflation traduit un accroissement du niveau général des prix, accroissement qui


peut pousser les agents économiques à se débarrasser des avoirs monétaires en faveur des
actifs réels (les biens durables et les objets de valeurs).

La période allant de 1964 à 1973 correspond à des faibles niveaux d’inflation. La


conjoncture économique favorable, ne poussait pas les autorités monétaires à recourir à la
planche à billet jusqu’en 1973. Mais, avec les crises survenues depuis cette année,
notamment le choc pétrolier et les conséquences des mesures de zaïrianisation, l’inflation est
entrée dans une phase galopante.

A partir de 1983, les PAS sont introduits. Le Zaïre passe à un régime de changes
flexibles. L’économie répondit positivement à ces réformes. Une croissance se signala et le
taux d’inflation baissa de 77% en 1983 à 24% en 1985. Mais, vers la fin 1986, un
accroissement des dépenses publiques dérailla les programmes d’ajustement et quelques-unes
des politiques de libéralisation furent révisées. En juin 1989, avec l’aide du FMI, le
gouvernement mena un dernier effort pour stabiliser l’économie. L’inflation connut une
légère baisse.

En 1991, le taux d’inflation et la masse monétaire augmentèrent de 265% et 189%,


respectivement. Durant la période allant de 1990 à 1994, le taux d’inflation moyen fut de
6.424%, avec un pic en 1994 (9796,9%). En 1995, le gouvernement lança un programme de
désinflation rapide basé sur une politique fiscale consolidée. La montée des tensions
sociopolitiques interrompit ce programme. Mais comme le déficit fiscal était déjà réduit à
6,8% du PIB contre une moyenne de 19% durant les années 1995-1996, il y eut un
ralentissement de l’inflation.

En mai 1997, il y eut un changement de régime politique. En adoptant une politique


fiscale et monétaire stricte, l’inflation fut réduite à 29% en 1998. Mais avec le financement de
la deuxième guerre de « libération » survenue en août 1998, effort de guerre, l’inflation
augmenta et se hissa à plus de 511% en 2000 pour retomber à 135% en 2001 et à 31% en
2002 grâce à la relative stabilité politique du régime un plus quatre.

En 2002, la BCC était dotée de nouveaux statuts établissant son indépendance dans la
conduite de la politique monétaire et limita à cet effet les concours au Trésor public. Le taux
170

d’inflation qui culminait à près de 511 % au cours de l’année 2000 a ainsi été ramené en
dessous de la barre de 10, avec 9% en 2004. La BCC devait par ailleurs faire face à un fort
accroissement de la demande de liquidités, en raison notamment d’un retour relatif à la
confiance en la monnaie nationale, dans une économie très largement dollarisée.

De plus, les succès restreints de la lutte contre l'inflation furent anéantis dès le début
de l'offensive rebelle dans l'est du pays. En 2005, l'inflation est montée en flèche en atteignant
un taux de 21,5 % pour baisser par la suite de quelques pourcent en 2006 (18,2%).

Avec la crise financière qui a prévalu durant l’année 2008, le taux d’inflation a
enregistré une augmentation pour atteindre 17,30% et redescendre à 2,8% en 2009, après que
la situation ou la crise soit résorbée. Le taux d’inflation est remonté à 7,1% en 2010. En fin
décembre 2011, le taux d’inflation a augmenté de quelques pourcentages en atteignant à cet
effet 15,3 % à cause du financement des élections présidentielles. Mais le taux d’inflation est
en baisse d’année en année.

B. Évolution de la masse monétaire de 1964 à 2016

La masse monétaire M1, la monnaie de base (monnaie fiduciaire=monnaie


centrale=billets + pièces) plus les dépôts à vue a été choisi pour mesurer la quantité offerte de
monnaie.

Une motivation majeure de détention d’encaisses monétaires est le besoin de réaliser


des transactions, c’est-à-dire d’acquérir et de vendre des biens et des services. Ce que les
gens apprécient dans la monnaie, c’est son pouvoir d’achat. La demande de monnaie
s’exprime donc en termes réels et non nominaux. La valeur réelle de la monnaie s’écrit :
Masse monétaire réelle = M/P

Où M est la masse monétaire nominale et P l’indice des prix à la consommation (IPC)

La masse monétaire réelle reste inchangée lorsque la masse nominale augmente


exactement dans les mêmes proportions que le niveau des prix. Toutes autres choses étant
égales par ailleurs, si l’offre de monnaie et le niveau des prix (de même que la valeur
nominale des autres actifs présents dans l’économie) doublaient, il n’y aurait aucun impact sur
l’économie réelle. C’est ce que l’on appelle la neutralité de la monnaie, (Burda M. et Wyplosz
C., 1998).
171

Pendant la période allant de 1964 à 1979, la masse monétaire au sens strict (M1) a
connu trois phases d’évolution : de 1964 à 1963, il y a eu une légère tendance à la baisse. De
1964 à 1973, il y a eu une tendance à la hausse. Ceci correspond à la période d’expansion
économique au Congo. Les agents demandaient de plus en plus de la monnaie et la masse
monétaire a évolué à la hausse pour répondre au besoin en numéraire de l’économie.

En effet, pendant cette période, l’économie congolaise a bénéficié de la bonne tenue


de la conjoncture sur le plan international. Le prix du cuivre se tenait en parfait niveau. A
partir de 1974, la tendance marquée à la hausse s’explique par le recours à la planche à billets
causé par la récession économique due aux mesures de zaïrianisation, le fléchissement du
prix du cuivre, la hausse du prix du pétrole ainsi que celui des autres intrants sur le marché
international. La hausse très marquée à partir de 1976 est consécutif à la nouvelle définition
de la monnaie qui est désormais rattachée au DTS et non plus au dollar américain.

La tendance de la masse monétaire a été à la hausse pendant toute cette période avec
un pic en 1983, année pendant laquelle les Programmes d’ajustement Structurel (PAS) sont
entrepris et le Zaïre passait d’un régime de change fixe au régime de changes flottants. A part
ce pic, la pente devient de plus en plus accentuée vers les années 1990 et le sommet était
atteint en 1990, période au cours de laquelle la Banque centrale recourait à la planche à billets
pour financer le déficit public.

La période de 1991 à 1995 a été marquée par des émissions excessive de la


monnnaie fiduciaire par la banque centrale pour financer les déficits budgétaires. Le Zaïre
connut l’hyperinflation. En 1991, le taux d’inflation et la masse monétaire augmentèrent de
265% et 189%, respectivement.

L’évolution de M1 réelle a connu une légère hausse de 1996 à 1999, puis une hausse
accentuée de 2000 à 2005. On a assisté pendant cette période au programme de désinflation
rapide, avec au premier plan, le non recours à la création monétaire pour financer le déficit
public. Cette hausse peut donc bien être attribuée à l’évolution normale de l’activité
économique.

La masse monétaire a été croissante toute la période de 2006 à 2013. Avec les
élections de 2006 et 2011, la crise de 2008 et la guerre de novembre 2012, les besoins du
gouvernement en armement, la masse monétaire ne pouvait qu’être croissante.
172

C. Le Pib réel

La facilité des transactions est la principale motivation de la détention de monnaie


(M1). Le volume réel de l’activité économique devrait donc influencer la valeur de la
monnaie et induire une relation entre le PIB réel et l’inflation.

L’évolution du PIB a connu trois phases pendant la période allant de 1964 à 1980. Une
tendance à la hausse jusque vers les années 1973 – 1974, puis une tendance à la baisse et une
quasi-stagnation de 1978 à 1980. En effet, pendant les années 1964 – 1973, l’économie
congolaise a bénéficié d’une bonne tenue de la conjoncture internationale. Le prix du cuivre
se situait à un niveau relativement élevé.

A partir de 1973, la conjoncture internationale se retourne contre le Zaïre : baisse du


cours du cuivre et hausse du prix du pétrole et des autres intrants importés. A part ces chocs
externes, le Zaïre fut caractérisé par une mauvaise gestion de la chose publique, un
clientélisme politico-économique et social, et par des débordements des dépenses publiques.

La quasi-stagnation observée à partir de 1978 s’est poursuivie jusqu’en 1983. En


1983, les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) sont entrepris. Le PIB retrouve sa
tendance à la hausse jusque vers les années 1989. La croissance a repris à rythme moyen de
2,5% par an.

A partir des années 1990, l’économie zaïroise est de nouveau mal au point. Le déficit
public, les troubles sociopolitiques (saccages des outils de production et de commercialisation
des produits dans les grandes villes du pays), font baisser le PIB jusqu’en 1993. Le pays entre
dans une crise sociopolitique. La montée des tensions sociales et politiques conduisit à une
relaxation sans précédent, de la politique fiscale, affectant particulièrement les salaires et
autres revenus. Les troubles politiques et les tensions sociales affectèrent également les
relations du gouvernement avec ses traditionnels partenaires externes (la Banque mondiale et
le Fonds monétaire international). En novembre 1990, une grande part de l’aide bilatérale
officielle vers le Zaïre fut suspendue.

En outre, en septembre 1990, le Zaïre subit un autre choc : l’effondrement de la mine


de cuivre de Kamoto appartenant à la Gécamines (l’entreprise étatique de production minière)
173

a fait chuter la production de plus de 23% en 1991 par rapport à son niveau de 1990 et
conduisit à la baisse importante des revenus publics. Avec quelques efforts, le pays regagna
la confiance de la Banque mondiale et entama une vaste opération de libéralisation et de
privatisation.

En 1997, il y eut changement de régime politique à l’issue de la guerre dite de


« libération ». Le pays changea de dénomination : il devient la République Démocratique du
Congo (RDC). Les nouveaux maîtres du lieu laissèrent néanmoins la Banque mondiale
continuer son travail. Mais l’éclatement de la deuxième guerre de « libération », avec la
partition du pays n’a pas permis d’atteindre les résultats escomptés. C’est à partir 2001 que le
pays connaît une relative stabilité politique et économique. Le PIB eut de nouveau une
tendance à la hausse jusqu’en 2005. De 2006 à 2013, le PIB a été croissant d’année en année.

D. Le taux de change entre le dollar américain et la monnaie congolaise


(cotation à l’incertain)
Le taux de change de la monnaie congolaise a varié seulement une fois durant la
période allant de 1964 à 1975. En effet, il varie en 1967 suite à la réforme et dévaluation
intervenues en cette année. Ce qui est normal car le régime de change est fixe en cette
période et la monnaie congolaise est attachée au dollar américain. Donc le taux de change
entre la monnaie congolaise et le dollar américain ne peut que rester constant.

En 1976, intérvint une nouvelle définition des terme de change. Le zaïre-monnaie est
rattaché au DTS et le taux de change entre la monnaie congolaise (zaïroise) et le dollar
américain évolue en fonction de l’évolution du DTS par rapport au dollar américain.

A partir de 1983, ce taux connaît de très bas niveaux jusqu’en 1990. Mais à partir de
cette année, lorsque la Banque centrale recourt à la planche à billets pour financer le déficit
budgétaire, le taux dépréciation connût des accroissements spectaculaires.

De 1991 à 1993, ces trois années constituent la période pendant laquelle les déficits
budgétaires de l’Etat ont atteint leur niveau le plus élevé. Et le financement de ces déficits par
les émissions monétaires de la banque centrale a fait perdre à la monnaie congolaise sa valeur.
Le taux de change s’est emballé et a été croissant d’année en année.
174

Le taux de dépréciation de la monnaie congolaise connaît une évolution à la hausse


pendant la période de 1994 à 1995 et une hausse significative de 1996 à 2000.

Le taux de dépréciation de la monnaie congolaise connaît une évolution à la hausse


de 2001 à 2009 et une stagnation significative de 2010 à 2013.

E. Évolution des importations en RDC de 1964 à 2016

Les importations connaissent une évolution à la hausse depuis 1964 sauf quelques
années comme en 1967, en 1976, 1993 et 1998 dont la baisse peut être impliquée aux
dévaluations de la monnaie opérées ces années.

[Link] de Stationnarité des variables ou test de racine unitaire

Etant donné que les variables économiques sont rarement stationnaires, nous avons
conduit les tests de Dickey-Fuller (DF) et Dickey-Fuller augmenté (ADF) pour étudier la
stationnarité des séries mais également leur ordre d’intégration. Le logiciel utilisé est le E-
views 8.1.

A. Notions sur la stationnarité

Pour procéder à l’estimation de notre modèle nous nous rendons, au préalable,


compte de la stationnarité des variables à utiliser. Ceci est nécessaire car les variables
économiques et financières sont rarement des réalisations de processus stationnaires.

La non stationnarité peut bien concerner l’espérance que les moments de second
ordre. D’après Nelson et Plosser (cités par S. Lardic S. et V. Migon V., 2002), les cas de non
stationnarité en moyenne sont analysés à partir de deux types de processus : Processus TS
(trend Stationary) qui représente les processus caractérisés par une non stationnarité de nature
déterministe et Processus DS (Difference Stationary) qui représente les processus dont la non
stationnarité est de nature stochastique.

En effet, les processus TS et DS sont caractérisés par des comportements très


différents et il convient de les distinguer. Suite à un choc, un processus TS revient toujours à
son niveau pré-choc, alors qu’un processus DS n’y revient jamais. On comprend dès lors
également que, d’un point de vue économétrique, l’identification et la caractérisation de la
175

non stationnarité sont tout aussi fondamentales. Pour ce faire, nous allons utiliser le test de
Dickey-Fuller (DF) et le test de Dickey-Fuller Augmenté (ADF).

B. Application du test

Les variables sur lesquelles porte ce test sont les suivantes :

lip t = le logarithme de l’indice des prix à la consommation (dont la base est l’année 2000) ;

lmmt = le logarithme de la masse monétaire M1 ;

lpibrt = le logarithme du PIB réel ;

ltc t = le logarithme du taux de change entre la monnaie congolaise et le dollar américain ;

lti t = le logarithme du taux d’intérêt ;

lim port t = le logarithme de la valeur des importations de la RDC.

Nous présentons la synthèse des résultats de ce test dans le tableau suivant (les
détails de ces estimations sont repris en annexe) :
176

Tableau n° 5 : Résultats du test ADF sur les variables lip, lm, lpib, ltc, et limport15

Paramètres Valeur Variables


des tabulaire Lip Lmm Ecart Ltc Limport Lti lpibr
modèles de de
Dickey- McKinnon tcal Prob. tcal Prob. tcal Prob. Tcal Prob. Tcal Prob. tcal Prob. tcal Prob.
Fuller à 5%
φ(3,0) -3,50 -2,03 0,57 -1,89 0,65 -2,73 0,23 -2,22 0,47 -0,84 0,96 -1,80 0,69 -1,21 0,90
En niveau λ(3,0) 3,47 -1,71 -1,55 -0,04 -1,90 0,74 -0,76 1,19
δ(3,0) 3,18 1,84 2,05 0,14 2,01 1,79 -0,34 0,47
φ(2,0) -2,93 -0,87 0,79 0,25 0,97 -2,77 0,07 -0,96 0,76 2,62 1,00 -2,05 0,26 -1,50 0,53
λ(2,0) 2,89 0,57 2,60 0,18 0,45 -2,56 -1,74 1,50
φ(1,0) -1,95 -1,62 0,10 -0,81 0,36 -2,80 0,00 -1,55 0,11 1,13 0,95 -1,08 0,29 0,42 0,80
En φ(3,1) -3,50 -2,57 0,30 -4,70 0,00 - - -3,36 0,07 -7,68 0,00 -6,47 0,00 -3,67 0,03
Différences λ(3,1) 3,47 1,07 0,93 - - 0,99 -0,99 1,76 -0,64
premières δ(3,1) 3,18 -0,30 0,81 - - -0,04 1,77 -1,99 0,97
φ(2,1) -2,93 -2,62 0,10 -4,65 0,00 - - -3,42 0,01 -7,28 0,00 -7,20 0,00 -3,56 0,01
λ(2,1) 2,89 1,47 2,72 - - 1,78 1,13 -0,03 0,45
φ(1,1) -1,94 -2,14 0,04 -2,21 0,03 - - -2,85 0,00 -7,17 0,00 -7,27 0,00 -3,56 0,00
Conclusion I(1) I(1) I(0) I(1) I(1) I(1) I(1)

15 Confectionné par nous-même grâce aux données récoltées et au logiciel E-views 8.1.
177

Les chiffres qui sont entre parenthèses dans la deuxième colonne de ce tableau
renvoient aux différents modèles de Dickey-Fuller. (3,0), (2,0) et (1,0) signifient
respectivement le modèle n°3, n°2 et n°1 de Dickey-Fuller en niveau. (3,1), (2,1) et (1,1)
signifient la même chose mais en prenant la différence première des variables. Les paramètres
estimés sont δ pour le coefficient du trend (la tendance déterministe), λ pour la constante et φ
pour la racine unitaire.

La lecture de ce tableau laisse voir qu’aucune variable ne suit un processus « Trend


Stationnary » (TS). Aucune variable n’a donc une tendance déterministe dans les données. La
variable ecart est stationnaire en niveau, c’est-à-dire ecart~I(0). Toutes les autres variables
sont des processus «Difference Stationnary » (DS). Le test ADF donne les résultats tels que
toutes les variables, sauf l’écart de production, ne sont pas stationnaires. Elles doivent donc
être différenciées une fois. Nous avons donc ecart~I(0), lip~I(1), lmm~I(1), ltc~I(1),
limport~I(1), lti~I(1) et lpibr~I(1).

Nous concluons donc que les variables ne sont pas intégrées au même niveau. De ce
fait, la cointégration entre ces variables s’avère impossible. La modélisation du type
correction d’erreurs est écartée. En effet, si les séries statistiques étudiées ne sont pas
intégrées de même ordre (en l’occurrence d’ordre 1), la procédure de cointégration est arrêtée,
car les séries ne risquent plus d’être cointégrées (Bourbonnais R., 2009).

Dans notre cas, les variables ne sont pas intégrées du même ordre : ecart~I(0),
lip~I(1), lmm~I(1), limport~I(1), ltc~I(1), lti~I(1) et lpibr~I(1). Pour cette raison, nous
écartons la modélisation en cointégration et correction d’erreurs au profit de la modélisation
du type VAR (Vecteurs Autorégressifs).

Conclusion du quatrième chapitre

Le modèle libéral de l’inflation nous renseigne que le déterminant de l’inflation est


la masse monétaire. Les anticipations adaptatives de Milton Friedman et l’école monétariste
transforment ce modèle en un processus autorégressif. Avec Robert Lucas et les anticipations
rationnelles, le modèle libéral d’inflation prend les moyennes mobiles.
178

La courbe de Phillips résume la pensée keynésienne de l’inflation, car elle donne une
possibilité d’arbitrage entre l’inflation et le chômage ou l’inflation et l’écart entre le niveau de
production et la production potentielle (Output gap) en considérant la loi d’Okun. Le modèle
de Calvo reprend la même courbe en y intégrant les anticipations. Ce qui nous donne le
modèle de synthèse classico-structuro-keynésien en y intégrant le taux de change et les
importations.

Avant de pouvoir estimer ces modèles, un test de stationnarité de variable s’est avéré
indispensable car les variables macroéconomiques et financières ne sont que rarement
stationnaires. Les résultats de ce test laissent voir qu’aucune variable ne suit un processus
« Trend Stationnary » (TS). Aucune variable n’a donc une tendance déterministe dans les
données. La variable ecart est stationnaire en niveau, c’est-à-dire ecart~I(0). Toutes les autres
variables sont des processus «Difference Stationnary » (DS). Le test ADF donne les résultats
tels que toutes les variables, sauf l’écart de production, ne sont pas stationnaires. Elles doivent
donc être différenciées une fois. Nous avons donc ecart~I(0), lip~I(1), lmm~I(1), ltc~I(1),
limport~I(1), lti~I(1) et lpibr~I(1). Nos variables sont donc intégrées à des ordres différents.
C’est pour cette raison que la modélisation en correction d’erreurs ne nous est pas utile.

Les difficultés liées à la modélisation classique à une variable dépendante et une ou


plusieurs variables explicatives, celles liées aux conditions à remplir pour une modélisation
du type cointégration et correction d’erreurs nous ont poussé à une modélisation du type
VAR.
179

Conclusion de la première partie


La base des analyses sur l’inflation se retrouve dans deux principales conceptions :
l’analyse libérale et l’analyse keynésienne auxquelles s’ajoute une troisième voie : l’analyse
structuraliste qui est un peu laissée pour compte par les auteurs des pays développés mais
mise en avant par ceux des pays en voie de développement surtout ceux de l’Amérique latine.

Le débat doctrinal que soulèvent la définition, la source et le mécanisme de


transmission de l'inflation dans l’économie est très vif et divise les économistes en fonction
de leurs écoles respectives. Pour les auteurs d’obédience libérale, l'inflation est la
conséquence des variations du niveau de la masse monétaire sur les prix. Ils l’expriment
clairement à travers l’équation quantitative de la monnaie. Pour eux, la seule source possible
de l’inflation est à rechercher du côté de l’accroissement de la masse monétaire en circulation
dans l’économie. L’inflation est la résultante de l’augmentation de la masse monétaire dans
l’économie. Ce qui justifie cette phrase chère à Miton Friedman : « l’inflation est toujours et
partout un phénomène monétaire ». Pour eux, la masse monétaire en circulation est la seule
explication possible du niveau de l’inflation.

Pour les Keynésiens, la demande effective devrait plutôt être stimulée pour créer de
la croissance et la masse monétaire devrait plutôt être un instrument que l’autorité monétaire
(l’Etat) utiliserait pour doper la production. L’inflation se déclencherait seulement lorsque
l’économie serait au plein emploi. Or ce niveau est loin d’être atteint. Pour les keynésiens et
les néokeynésiens, l’explication de l’inflation est à chercher plutôt du côté de l’arbitrage entre
inflation et chômage par les autorités (courbe de Phillips).

Les structuralistes ajoutent que l’inflation provient surtout des problèmes structurels
de l’économie tels que l’insuffisance de l’offre, spécialement de produits agricoles, les
goulots d’étranglement, une main-d’œuvre non expérimentée, l’incompatibilité du taux de
croissance du revenu réel, de la propension à importer et du taux d’accroissement des
exportations, …qui font à ce que la production n’arrive pas à satisfaire la demande, d’où
élévation des prix intérieurs.
180

Tableau n° 2 : Synthèse des théories développées dans la première partie


Courant théorique
Théorie Equation Variables
Classiques  i  Taux d' inflation;
 i   0   1 M is   2 X i   i M is  masse monétaire;
Néoclassiques Théorie quantitative de la monnaie (1) et X i est le PIB réel.
 t  Taux d' inflation;
l1 l2
M ts  masse monétaire;
 t  a    i M tsi    i X t i
i 0 i 0 et X t est le PIB réel ;
(2)
P
t i 1  Inflation Anticipation;
l3 l4

Monétaristes Anticipations adaptatives


   P
i 0
i t  i 1  
i 0
i rt i   t
rt i  taux d' intérêt.
 t  Taux d' inflation;
l1 l2
M ts  masse monétaire;
 t  a    i M tsi    i X t i
i 0 i 0 et X t est le PIB réel ;
P
t i 1  Inflation Anticipation;
l3 l4 q

Libéraux
Nouvelle Ecole
Classique Anticipations rationnelles
   i Pt i 1   i rt i    t i (3)
i 0 i 0 i 0 rt i  taux d' intérêt.
t est le taux d’inflation ; ut est le

Keynes
Préférence pour la liquidité ;
Courbe de Phillips t = a – but  t (4)
taux de chômage.

t est le taux d’inflation ; Yt  Yt 


Néokeynésiens
Loi d'Okun  t  a  bYt  Yt    t (5) est l’écart de production.

 t   ai  t i 1  bYt  Yt     t i
p q

t est le taux d’inflation ;


i 0 i 0
Y  Yt 
Postkeynésiens
keynésiens Nouvelle courbe de Phillips (6) t est l’écart de production.
181

Centre et périphérie, Goulots


 t   0   1 I t   2Tct   t I t  Importations;
Structuralistes d’étranglement, chocs exogènes (7) Tct  Taux de change.
l1 l2
 t  a    i M tsi    i X t i Pt  Taux d' inflation;
i 0 i 0
l3 l4
M ts  masse monétaire;
 
i 0

i Pt i 1  
i 0
i rt i et X t  le PIB réel ;
P
t i 1  Inflation Anticipation ;
  
l6 l7

i 0
bi Y  Y t -i  I
i 0
i t-i
rt i  Taux d' intérêt.
l8 q I t  Importations;
Modèle de synthèse
Offre globale-Demande globale, courbe
de Phillips, Calvo, anticipations.
   Tc
i 0
i t-i  
i 0
t i (8)
Tct  Taux de change.
182

DEUXIÈME PARTIE :
ÉTUDE EMPIRIQUE DE L’INFLATION EN RDC
183

Introduction à la deuxième partie

Dans cette partie il est question d’appliquer les théories libérale, keynésienne et
structuraliste de l’inflation au cas particulier de la RDC. Dans un premier temps, le contexte
de l’inflation congolaise est présenté avant de rechercher le meilleur modèle du point de vue
économétrique. Les conditions liées à la modélisation cointégration et modèle à correction
d’erreurs n’étant pas remplies, nous avons fait recours à une modélisation VAR.

En effet, pour opter pour une modélisation du type cointégration et modèle à


correction d’erreurs, les variables doivent être intégrées d’ordre un. Ensuite, le coefficient
attaché à la force de rappel doit être négatif et situé entre -1 et 0. Ce qui n’était pas le cas pour
nos variables. Les difficultés liées à la modélisation classique à une variable dépendante et
une ou plusieurs variables explicatives, celles liées notamment aux conditions à remplir pour
une modélisation du type cointégration et correction d’erreurs nous ont donc poussé à une
modélisation du type VAR.

Mais aussi, la modélisation à plusieurs équations structurelles a connu beaucoup de


critiques et de défaillances face à un environnement économique perturbé. Les prévisions
élaborées à l’aide de ces modèles se sont révélées très médiocres. Les critiques principales
formulées à l’encontre de ces modèles structurels concernent la simultanéité des relations et la
notion de variable exogène. La représentation VAR apporte une réponse statistique à
l’ensemble de ces critiques (Bourbonnais R., 2009).

Comme le souligne Véronique MEURIOT (2008), La critique majeure formulée à

l'encontre de l'économétrie classique16 est clairement résumée par Meidinger (1994) :


Dans la littérature économétrique, la manière privilégiée de rendre
identifiée la structure d'un modèle a bien souvent été obtenue par
l'écriture d'équations structurelles desquelles un nombre suffisant de
variables sont exclues…les techniques de modélisation à équations
simultanées sont préjudiciables à la fois à l'économétrie et à
l'économie dès lors qu'elles prétendent produire des hypothèses
fondamentales. Dans ce cas, toute l'attention est portée sur la
cohérence mathématique au détriment de l'analyse économique.

Comme le souligne Koopmans et Reiersol (cités par Meuriot V. 2008), les


restrictions doivent être uniquement imposées par la théorie et surtout pas par le scientifique
16 C’est-à-dire les techniques de modélisation à équations simultanées, utilisées par la Cowles Commission.
184

qui voudrait valider un modèle «esthétique». Dans une période plus récente Sims (cité par
Meuriot V. 2008), alors membre du « National Bureau of Economic Research » (institution
rivale de la Cowles Commission aux Etats-Unis) dénonce cette pratique qui consiste à
introduire beaucoup trop d'hypothèses et de contraintes non testées pour atteindre
l'identification mathématique des modèles.

En 1980, il élabore une théorie à partir de modèles vectoriels auto-régressifs (VAR).


L'objectif de ce nouveau type de modélisation est de proposer une description des interactions
existant parmi les composantes d'un phénomène économique. Dès lors apparaît un nouveau
champ de modélisation, basé strictement sur l'observation empirique mais ne nécessitant plus
d'exclusions et de manipulations a priori des variables. La motivation de Sims, clairement
avouée dans son article de 1980, est incontestablement le retour vers plus d'empirisme afin de
ne plus avoir à supporter de contraintes subjectives pour atteindre l'identification des modèles,
mais redonner la priorité à l'économique.

Pour Kintambu M.G. (2004) un modèle VAR peut se représenter comme un modèle
VMA (vecteur Moyenne Mobile) pour mener une analyse dynamique du modèle VAR(p). Le
modèle sous la forme (VMA) va permettre de mesurer l’impact d’une variation des
innovations (chocs) sur les valeurs des variables incluses dans le vecteur autorégressif (VAR)
pour un horizon de temps donné. Ceci répond justement aux préoccupations de ce travail
lorsqu’il s’agit de mesurer les anticipations aussi bien adaptatives suggérées par Milton
Friedman que rationnelles de Robert Lucas.

En effet, la partie autorégressive du VAR nous permet de capter les anticipations


adaptatives. Et en y ajoutant les moyennes mobiles (les innovations), se mesurent alors les
chocs sur le modèle d’inflation en RDC et donc les anticipations rationnelles des agents
économiques.
Cette partie comprend le cinquième et le sixième chapitre du travail. Le cinquième
chapitre porte sur le contexte de l’économie congolaise et l’évolution des déterminants de
l’inflation en RDC. Le sixième chapitre présente le modèle estimé de l’inflation congolaise.
185

Chapitre cinquième :
CONTEXTE DE L’ÉCONOMIE CONGOLAISE : ÉVOLUTION
DES DÉTERMINANTS DE L’INFLATION EN RDC
186

L’histoire monétaire du Congo17 est parmi les plus étonnantes et les plus spectatrices
du monde. En effet, le cas de la RDC n’est pas un cas typique et pèche sur plusieurs points
contre les théories développées dans la littérature économique sur l’inflation.

Ce chapitre sera subdivisé en trois sections suivantes :

Section I : Etat actuel de l’analyse de l’inflation congolaise


Section II : Stigmates de l’inflation en RDC
Section III : Réponses du gouvernement congolais à l’inflation
Ces sections seront suivies d’une conclusion du chapitre.

SECTION I : ETAT ACTUEL DE L’ANALYSE DE L’INFLATION CONGOLAISE

Les situations de troubles politiques, le désordre au sommet de l’Etat, le népotisme,


le clientélisme, les guerres intestines … ont dépourvu l’Etat de ses ressources pour financer
ses besoins si bien qu’il était obligé de recourir à la planche à billets pour essayer d’équilibrer
son budget. Mais cette pratique est inflationniste comme le démontent plusieurs auteurs aussi
bien congolais qu’étrangers qui se sont penchés sur la question de l’inflation congolaise.

En effet, déjà dans les années 1960, au lendemain de son accession à l’indépendance,
le Congo fait face à une très forte inflation. Du 30 juin 1960 au 31 décembre 1965, pendant
seulement cinq ans et demi, les prix avaient pratiquement quintuplé. Selon l’IRES (1968), le
stock monétaire était estimé à 14,9 milliards de francs congolais. Cinq ans et demi plus tard,
les masses monétaires avaient quadruplé.

La cause motrice et unique de ce désordre monétaire est à rechercher dans le déficit


permanent et important des finances publiques. C’est ce déficit financé par les avances du
système bancaire qui a nourri l’expansion monétaire. En 1960, le crédit accordé à l’Etat par le
système bancaire s’élevait à 8,8 milliards de francs congolais. Le 31 décembre 1965, il
atteignait près de 71 milliards de francs congolais, soit plus de huit fois l’encours de 1960.

En fait, à peine les colons belges partis, le pays devait être dirigé par des nationaux
et la plupart n’avaient pas de compétences requises. Aussi, l’Etat devrait déjà faire face à des
dépenses sociales exorbitantes pour payer ces nouveaux fonctionnaires en termes de

17 Dans cette partie nous utilisons indifféremment les noms RDC (République Démocratique du Congo) et Congo tout
simplement, appelée Zaïre de 1971 à 1997. Il s’agit donc dans les deux cas, sauf précision spéciale, du Congo-
KINSHASA et non de son voisin, le Congo-BRAZZAVILLE.
187

traitements, soldes, indemnités, subsides, avances et prélèvements de toute nature alors que
ses recettes étaient encore de moindre importance et que l’offre globales se réduisait. Le
déficit a donc eu lieu à cause de l’affaiblissement du système fiscal et l’expansion
inconsidérée des dépenses publiques liées à la mauvaise gestion et surtout au brusque
changement entre une société organisée sur un mode colonial et un état indépendant, comme
le constate Hugues Leclercq (1968).

Les recettes budgétaires subirent une réduction catastrophique, pendant que les
rémunérations des différentes catégories d’agents de la Fonction publique entamaient
rapidement un processus d’expansion vigoureuse et rapide. Les déficits budgétaires furent
financés principalement par des avances de l’Institut d’émission (et accessoirement des
banques commerciales), qui se traduisirent par une création monétaire incessante. Il en résulta
des pressions considérables de la demande des biens de consommation, d’autant plus que les
dépenses publiques étaient consacrées au paiement de traitements ou à la redistribution de
revenus sous d’autres formes. L’inflation congolaise était typiquement une inflation de
demande, née du déficit considérable des finances publiques.

Leclercq Huges (1964) et Dupriez Gérard (1973), attribuent tous les deux la cause
de l’inflation au déficit public. Pour Leclercq H., le déficit public provient des problèmes de
la trésorerie dus à la faiblesse du système fiscal du pays tandis que Dupriez Gérard les impute
à l’accroissement des rémunérations dans la fonction publique.

Dupriez Pierre (1970) quant à lui, trouve les origines de l’inflation congolaise dans
le contrôle des changes. Lacroix Jean-Louis (1967), rejette carrément la cause structuraliste de
l’inflation congolaise en soutenant que la structure économique du Congo n’est pas
comparable à celle des pays latino-américains. Tout en donnant une explication monétariste à
l’inflation congolaise, Ryelandt Bernard (1970), introduit un nouvel élément : l’écart entre la
masse total des revenus et la valeur globale des produits en un moment donné. Ryelandt a fait
une vérification empirique et a tenté de déceler laquelle de la théorie monétariste et
structuraliste s’applique au mieux au cas du Zaïre. Il a privilégié la conception monétariste.

Dans les années 1970, les mesures de zaïrianisation18 d’abord, le choc pétrolier et
l’effondrement du cours du cuivre sur le marché international ensuite, ont donné un coup de
grâce à l’économie zaïroise. C’est la période de la crise internationale, à la suite de la crise du

18 La zaïrianisation est le mouvement politique initié par Mobutu dans les années 1970, qui doit revenir à l'authenticité
africaine, en supprimant tout ce qui pourrait rappeler l'occident et en nationalisant progressivement les biens
commerciaux et des propriétés foncières qui appartenaient à des ressortissants ou groupes financiers étrangers.
188

dollar (auquel le zaïre-monnaie est attaché), de la hausse du prix du pétrole et de la récession


dans la plupart des pays industrialisés partenaires économiques du Zaïre. Le problème
d’approvisionnement en matières premières et en produits finis ressurgit, la récession
économique se fit sentir. La hausse des prix reprend. A la différence de la hausse des prix des
années 1960 qui était due à l’accroissement de la masse monétaire pour financer le déficit
budgétaire dû lui-même aux dépenses sociales exorbitantes, celle-ci était principalement due
aussi au déficit mais ce déficit-ci est dû à la chute du prix du cuivre sur le marché
international et à la crise internationale.

Cette hausse des prix était d’ailleurs, tout au début des années 1970, considérée
comme passagère car tenant plus de la conjoncture internationale. Mais vers la fin des années
1970, elle s’accentue et l’économie zaïroise est de nouveau mal au point. Les avoirs extérieurs
sont devenus négatifs et les crédits extérieurs nouveaux ne sont plus facilement accordés.
L’appareil de production ne peut plus tourner, entre temps les deux guerres du Shaba vont
déstabiliser la Générale des Carrières et des Mines (Gécamines)19 et priver l’Etat d’une
importante quantité de ressources extérieures.

Ce qui conduit Mubake M.V. (1996) à rejeter toutes ces tentatives d’explication de
l’inflation congolaise et à affirmer que les causes profondes de l’inflation congolaise sont
plutôt liées aux structures économiques et aux comportements des groupes sociaux. Ces
causes sont les conditions défectueuses de la production et des échanges des biens et services.
Il a décelé aussi les revenus qui ont influencé les tensions inflationnistes à partir de leur
répartition et des conditions de leur formation. Selon lui, le secteur de transport est tout aussi
responsable d’apparition et d’entretien des tensions inflationnistes.

Concernant le comportement des groupes sociaux, il a relevé deux types de facteurs :

- premièrement, la recherche du profit maximum et son rapatriement (stratégie de


transfert) par les entreprises industrielles, l’absence d’effort pour réduire les coûts des
approvisionnements importés, la répercussion systématique et exagérée des hausses de
prix des produits intermédiaires.

19 Créée en 1966, la Gécamines a été la véritable vache à lait du Congo pendant la colonisation et durant la 2ème république.
Elle supporte, en 1989, 85% des recettes d’exportation, contre 60% en 1960, et 42% des revenus de l’Etat. En année
normale, durant la 2ème république, le cuivre représentait à lui tout seul 50% des recettes d’exportation. A partir de 1990,
la conjoncture devient désastreuse: baisse du cours du métal rouge, déclin de la production dû à des difficultés
d’approvisionnement (vieillissement des infrastructures de production et de transport; hausse des coûts du matériel
importé), effondrement de la mine de Kamoto, troubles ethniques au Shaba, où un million d’originaires du Kasaï sont
refoulés, dont beaucoup de cadres, de techniciens et d’ouvriers. Source :
[Link] consulté le 28 Février 2013
189

- Deuxièmement, le comportement de ce qu’il appelle les « intouchables ». Il s’agit de


personnes occupant des fonctions supérieures dans le pays, dans tous les organes de
l’Etat et de leurs proches (famille, collaborateurs,…). En effet, pour plusieurs raisons,
dont les mesures de zaïrianisation, ce sont eux qui contrôlent la distribution des
produits importés et celle des produits locaux agricoles et industriels. Leur non-respect
de la réglementation perturbe gravement les circuits de distribution et favorise la
hausse des prix.

Dans les années 1990, l’économie zaïre est de nouveau en proie à des troubles
sociopolitiques. D’abord le saccage des outils de productions, les pillages dans les grandes
villes du pays, les guerres dites de libérations ensuite, le fléchissement du prix du cuivre sur
le marché international fragilisant ainsi la Générale des Carrières et des Mines (Gécamines)
ensuite, ont fait baisser considérablement les contributions de la société au budget de l’Etat.
Pendant ce temps, les institutions de Bretton Woods (la Banque Mondiale et le Fonds
Monétaire International) suspendirent toute aide et tout prêt au Zaïre.

Face à cette situation, la Banque centrale fut obligée de financer encore une fois le
déficit budgétaire. Elle commença alors à créer une masse excessive de monnaie alimentant
ainsi une hyperinflation jusqu’en 1994, inflation à quatre chiffres (3.644,9% en 1991,
2.989,6% en 1992, 4.651,7% en 1993 et 9.796,9% en 1994). Pendant cette période, ce fut rien
moins que toute l’économie qui s’écroula.

L’article de Beaugrand P. (1997) développe un modèle illustratif basé sur une


fonction de demande de monnaie qui comprend les recettes du gouvernement en tant que
déterminant de l’hyperinflation au Zaïre en 1990-96. Les recettes publiques sont elles-mêmes
soumises à «l'effet Olivera Tanzi», dans lequel l'inflation tend à réduire la valeur de revenus
de l’Etat.

Pour Kabuya [Link] Matata A. (1999), entre 1990 et 1996, le système monétaire du
Congo a été marqué par un dysfonctionnement qui a entamé fortement la valeur de la monnaie
nationale. L’hyperinflation aigüe observée pendant cette période est parmi les manifestations
les plus évidentes de cette crise de la monnaie à côté de la dollarisation de l’économie, la
crise aigüe des liquidités dans les banques, la perte de la crédibilité de la Banque centrale et le
rejet de certains signes monétaires par la population. Ces deux auteurs distinguent deux types
de facteurs ayant agi sur le mouvement des prix : les uns déclenchant et accélérant le
processus inflationniste, les autres maintenant les taux d’inflation à des niveaux élevés.
190

En effet, selon eux, il est établi que l’inflation et l’hyperinflation au Congo ont une
origine essentiellement monétaire liée au financement des déficits publics chroniques. Le
deuxième facteur maintenant l’inflation et l’hyperinflation est la spéculation. A la spéculation
refuge induite par le risque d’érosion monétaire s’est greffée celle cherchant à tirer profit de
l’évolution divergente des prix des actifs, soit sur la place de Kinshasa, soit entre Kinshasa et
l’intérieur du pays.

Sumata C. (2001) accuse le manque de confiance des agents économiques aux


autorités tant monétaires que politiques comme étant la cause de l’inflation zaïroise. Le
processus de hausse cumulative des prix traduit la crise du contrat social marquée par
l’incapacité des gouvernements dont la légitimité est contestée, d’imposer des réformes
économiques crédibles.

En utilisant l'analyse de cointégration multivariée et le modèle à correction d'erreurs


vectorielles dans l’examen de l'hypothèse de la dominance fiscale en République
Démocratique du Congo (RDC) entre 1981 et 2003, Nachega J.C. (2005) trouve les résultats
empiriques indiquant des relations à long terme fortes et statistiquement significatives entre
les déficits budgétaires et le seigneuriage, et entre la création monétaire et l'inflation. L'impact
sur l’inflation des déficits budgétaires est robuste à long terme.

Paluku N. (2004) et Kalonji N. (1996) se sont aussi focalisés sur le problème de


l’inflation et de l’hyperinflation au Congo. Après leurs analyses, ils ont abouti aux résultats
selon lesquels le PIB n’influence pas le processus inflationniste. Donc, selon eux, l’inflation
congolaise est d’origine plutôt monétaire. Lendele et Kamanda (1972); Mususa et Ngonga
(1999) ont abouti aux mêmes conclusions que les deux précédents, concernant ici le problème
de dollarisation. C’est-à-dire plus précisément que le PIB n’influence pas le niveau de
dollarisation de l’économie.

L’on peut donc constater, à la suite de ces travaux, que les auteurs penchent plus
pour une inflation d’origine monétaire et un peu structurelle. Mais étant donné que les causes
du déficit budgétaire ne sont les mêmes d’année en année, il se dégage un constat : l’inflation
congolaise est multidimensionnelle. En effet, l’on constate qu’il s’agit d’une inflation
d’origine monétaire, d’une inflation par la demande (avec l’augmentation des salaires vers les
années 1960, les pressions sur la demande des biens de consommation augmentent), d’une
inflation par les coûts et d’une inflation importée.
191

SECTION II : STIGMATES DE L’INFLATION EN RDC

La RDC a connu une expérience aussi bien de l’inflation dans ses faibles niveaux
que dans des niveaux élevés voire l’hyperinflation. Cette situation couplée avec les guerres
fratricides, la gestion calamiteuse de la chose publique qui a caractérisé la deuxième
République, les désordres sociopolitiques à souhait qui ont émaillé les gouvernements qui se
sont succédé au pouvoir, la gabegie financière, … laissent des traces et des questionnements
certains sur le rôle et les fonctions de la monnaie en RDC.

II.1. Inflation congolaise et perte de la fonction de réserve de valeur

En période de forte inflation, les agents économiques ne gardent pas leur richesse
sous forme de monnaie locale. Souvent, les biens physiques, les contrats libellés en monnaie
étrangère, ou les autres actifs constituent de bons substituts de la monnaie nationale. Au
Congo, les agents économiques ont compris que l’Etat ne gérait plus la monnaie comme il le
fallait et se sont tournés vers des biens physiques mais surtout vers les devises étrangères, le
dollar américain en particulier.

En effet, tout au début vers les années 70 d’abord, le prix du cuivre a baissé et l’Etat
ne recevait plus de recettes suffisantes de la Gécamines. La Gécamines en difficulté, marché
financier presque inexistant au Congo et en contradiction avec ses bailleurs de fonds habituels
(FMI, Banque mondiale), l’Etat n’avait que la planche à billets pour financer ses dépenses.
Les guerres internes, les conflits tribaux, l’agression des pays voisins et la gestion calamiteuse
de la chose publique ensuite, ont multiplié les déficits budgétaires de l’Etat qui devait couvrir
ses dépenses en armement, a donc recouru le plus souvent à la planche à billets, des années
90 à 2000.

Se rendant compte que l’Etat qui devait être le garant de la stabilité de la valeur de la
monnaie s’est spécialisé dans des émissions excessives, les agents économiques ont vite
compris et considéré l’Etat comme mauvais gestionnaire de la monnaie. Ils ont, en
conséquence, par mimétisme, formé leurs anticipations. La hausse des prix d’un côté, le
discrédit de l’Etat de l’autre, ont fortement entamé la valeur réelle de la monnaie détenue ou
conservée.
192

Se révélant ne plus être un moyen sûr de conservation de la valeur, la monnaie


nationale antérieurement détenue ou nouvellement reçue s’est vue être échangée contre des
biens matériels et surtout changée contre des devises étrangères, en particulier le dollar
américain. La conséquence qui en a résulté a été la naissance des pratiques spéculatives et
informelles au détriment des activités productives (Vahavi B., 2007). Pour s’en rendre
compte, il suffit d’observer le différentiel des taux de change officiel et parallèle. D’année en
année, les deux taux accusent systématiquement des écarts considérables si bien que l’on
rencontre des spéculateurs anodins et souvent margoulins dans tout coin de rues, des
cambistes de fortune, enregistrés nulle part et non connus par la Banque centrale.

De l’autre côté, les dépôts bancaires étaient difficilement réalisables car la


convertibilité au pair du chèque et de monnaie scripturale était utopique faute de liquidité
bancaire. En même temps, les agents économiques étaient limités dans leur diversification de
portefeuille car il y a absence d’un marché financier (bourse de valeurs) organisé. L’achat des
bons de Trésor était tout aussi risqué car en période de forte inflation, le rendement réel de ces
actifs est négatif. Les seuls alternatifs étaient alors la thésaurisation des dollars américains (ou
autres monnaies étrangères), l’ouverture des comptes extraterritoriaux (offshores) ou l’achat
des biens physiques. Tous ces cas ont chacun un lot d’inconvénients sur l’économie. Dans
tous ces cas, la monnaie nationale perdait sa fonction de réserve de valeur.

II.2. Inflation congolaise et les fonctions d’unité de compte et d’intermédiaire des


échanges.
En tant que unité de compte, la monnaie permet de nombrer les biens. Il serait
difficile de pouvoir compter les biens à travers leurs prix relatifs car pour 4 biens par exemple,

il existerait  24  6 prix relatifs au lieu de 4 – 1 =3 prix monétaires. Et pour 1000 biens, il


existerait 499500 prix relatifs au lieu de 1000 – 1 = 999 prix monétaires seulement.

Avec l’effondrement de la valeur de la monnaie congolaise, les prix ne véhiculaient


que des informations erronées. Les producteurs ne savaient plus qu’ils réalisaient des
bénéfices car même leurs gains étaient érodés par la hausse des prix. Même en vendant plus
cher, ils ne savaient plus constituer des stocks et se retrouvaient déjà entrain d’entamer le
capital pour vendre encore plus cher essayant de récupérer le capital. Ce qui alimentait de plus
en le processus inflationniste.
193

Ainsi, comme le souligne Bertrand Vahavi (2007), industriels-producteurs,


commerçants, et banquiers ont développé, en dehors de toute réglementation, un marché
parallèle des devises étrangères. Ce marché traduit l’abandon de l’unité de compte de la
monnaie nationale au profit des monnaies étrangères. Des nouvelles caractéristiques ont été
imprimées à l’hyperinflation : la prolifération de nouvelles unités de compte. Ce fut d’abord
les contrats à long terme qui ont été libellés en devises afin de permettre leur indexation.
Quitte à ce que le paiement s’il pouvait encore s’effectuer en monnaie nationale, il ne l’a été
qu’au « taux du jour ».

Avec la dépréciation rapide de la monnaie nationale, les prix ont été libellés en
dollars, en francs belges, en francs CFA, pour ne citer que ceux-là –avec un risque de retour
au troc qui paraîtrait plus juste-. Théoriquement, en vue d’échapper à tout contrôle par l’Etat,
les prix pouvaient rester affichés ou des factures établies en monnaie nationale. Dans la
pratique cependant, la véritable monnaie de compte et de paiement n’était rien d’autres que le
dollar américain.

En effet, les prix affichés ou facturés à chaque instant n’étaient que le résultat d’une
simple conversion des prix en dollars au taux du moment et ceux communiqués aux clients ne
l’étaient qu’en dollars. Cette attitude n’a pas tardé à se généraliser à grande échelle. Tous les
prix des biens et services ont été affichés, communiqués, voire réglés, en dollars. Les créances
et les dettes, quelle qu’en soit l’échéance, ont été libellées et réglées en dollars. De même, la
comptabilité des entreprises était établie en cette monnaie. Ceci montre à quel point la
monnaie nationale a perdu de l’importance en tant qu’intermédiaire aux échanges et a fortiori
comme unité de compte vis à vis des monnaies étrangères, en particulier le dollar des Etats-
Unis.

Bien que la loi congolaise exige la tenue de la comptabilité en monnaie nationale, les
agents tiennent leur comptabilité en monnaie nationale bien sûr mais convertissent leurs
comptes en dollars américains au taux du jour. Les livres comptables tenus en monnaie
nationale servent uniquement à échapper au contrôle de l’Etat mais l’inventaire réel de leurs
richesses se fait en dollars américains. Les entreprises même publiques paient les salaires de
leurs travailleurs en dollars américains. Dans certaines contrées reculées, dans les milieux
ruraux, les médecins et les enseignants se font encore payer en nature (retour au troc).

Pire encore, l’Etat s’est fait payer les impôts et/ou des taxes en monnaie étrangère.
Pour s’en convaincre, il suffit de revenir à la teneur même de l’arrêté ministériel du 28 janvier
194

1997. Dans cet arrêté le ministre stipule expressément que : « toutes les créances de l’Etat,
notamment les contributions, les impôts, les taxes, droits et redevances sont obligatoirement, à
la date de la réalisation du fait générateur, converties en dollars américains et réglées en
nouveaux zaïres au cours de change du jour de paiement ou en monnaie étrangère » (Massy
L., 1999). Nous pensons que cette mesure a été prise pour lutter contre l’effet Olivera-Tanzi,
effet qui capte le fait qu’une hausse du taux d’inflation réduit la valeur réelle des recettes
fiscales en raison du délai qui existe entre le moment de la constatation de l’impôt sur une
activité et le moment de la collecte fiscale effective.

Quelle que soit la motivation, lorsque l’Etat lui-même évite d’utiliser sa propre
monnaie, il va de soi que celle-ci soit dénuée de toute utilité pour les autres agents
économiques. Lorsque le gouvernement accepte de se dessaisir de seigneuriage en faveur
d’une monnaie étrangère, c’est un signal totalement négatif sur la valeur de la monnaie
nationale que l’Etat envoie aux agents économiques qui sont alors obligés de se doter d’autres
moyens pour pouvoir échanger aisément. Le dollar américain a pris tellement du poids dans
les échanges entre congolais que la monnaie congolaise semble reléguée au second plan dans
les affaires au Congo.

SECTION III : RÉPONSES DU GOUVERNEMENT CONGOLAIS À L’INFLATION

a. Dévaluation de novembre 1961

A peine sortie de l’ère coloniale, le Congo indépendant – le 30 juin 1960- était


contraint déjà de procéder, le 6 novembre 1961, à une dévaluation de 30% de sa monnaie. Le
marché libre de change, apparu depuis le second semestre de 1960, s’est révélé un lieu où ont
été négociées les offres et les demandes des devises non satisfaites au marché officiel. Il a
provoqué un écart toujours croissant par rapport au marché officiel et joué le rôle de
baromètre de la valeur de la monnaie nationale.

La dévaluation opérée n’a fait en quelque sorte que rendre officiel le marché
parallèle, cherchant pourtant à l’enrayer. Le franc congolais (Fc) s’échangeait au marché
officiel contre un franc belge (1Fb) – ou un dollar américain (1$US) contre cinquante francs
congolais-. Avec la réforme monétaire, le taux a été fixé à 1Fb égal 1,3Fc ou 1$US égal 65FC
(Kikassa M., 1987). Cette dévaluation n’a pas réussi à enrayer le marché parallèle puisqu’en
195

ce moment, celui-ci offrait 2,3Fc pour 1Fb et 130Fc pour 1$US (Kikassa M., 1987). Et,
traitant cette dévaluation de légère, Kabuya Kalala F. et Tshiunza M. (2000) notent que la
première réforme monétaire vraiment digne d’intérêt est celle intervenue en novembre 1963.

b. La réforme monétaire de novembre 1963 (Mpereboye S., 2006)

1. Contexte et objet de la réforme

Après son indépendance, la RDC, suite à la situation difficile héritée de la


période coloniale, a subi, sur le plan des finances publiques, les conséquences de
l'affaiblissement du pouvoir central, des excès d'une nouvelle bourgeoisie nationale et de la
montée de nombreuses pressions d'ordre politique, social et économique.

Les sécessions, le train de vie immodéré de la classe politique, les promotions dans
l'armée et dans l'administration, ainsi que les augmentations intempestives des traitements et
des salaires ont favorisé l'élargissement des déficits publics qui n’ont été couverts que par le
financement monétaire, condition permissive de l'inflation.

Il fut donc opéré, le 9 novembre 1963, un aménagement du système de change


impliquant l'introduction d'un double taux, ainsi qu'une dévaluation portant le cours acheteur
du dollar à 150 francs congolais et le cours vendeur à 180 francs congolais (150 Fc = 1 $ USA
à l'achat et 180 Fc = 1 $ USA à la vente) (Banque Nationale, Rapport annuel 1967).

2. Objectifs visés et mesures d'accompagnement

Cette réforme a visé les objectifs ci-après :

- rétablir l'équilibre des finances publiques;


- faire disparaître les circuits spéculatifs;
- transférer les ressources à l'Etat et aux secteurs productifs;
- créer les conditions de relance des exportations et des investissements.
Pour atteindre ces objectifs, les Pouvoirs publics devaient passer par l'adoption d'une
politique de limitation du crédit au secteur privé et le blocage des réserves et salaires.
196

3. Résultats de la réforme

Comme résultat, la réforme monétaire de 1963 a été bénéfique à court terme, mais elle
n'a pas pu assainir, de manière durable, la situation économique et monétaire du pays.

A cette époque, en effet le Gouvernement n'était pas à même d'imposer, en matière de


finances publiques et de rémunérations, la politique qu'aurait exigée une remise en ordre
fondamentale de la situation. Cette réforme monétaire n'avait visé, comme dit ci-haut, qu'à
transférer les ressources des circuits spéculatifs à l'Etat, par l'impôt, et aux secteurs productifs
(exportateurs, industriels, agriculteurs), par les biais des prix relatifs.

La dévaluation opérée n'avait réussi ni à corriger la nouvelle distribution des revenus


ni à décourager l'orientation consommatrice de l'économie congolaise.

En outre, elle avait été accompagnée de hausses généralisées de salaires. Très


rapidement, les déficits budgétaires avaient refait surface et leur couverture assurée par
d'importantes avances de la Banque Centrale. Les réserves de changes avaient fortement
fondu, aggravant ainsi les déséquilibres macroéconomiques et la hausse subséquente des prix.

c. La nouvelle unité monétaire et la dévaluation de juin 1967

1. Contexte

L’opération de stabilisation économique mise en œuvre le 24 juin 1967 fut, selon


Ryelandt B. (1970), préparée plus longuement que la précédente – pendant plus d’un an- et,
elle bénéficiera des circonstances politiques et économiques infiniment plus favorables.
Politiquement, avec l’unité du pays retrouvée, le pouvoir politique était plus fort et plus
capable de faire respecter, s’il le désirait, un minimum de discipline en matière de finances et
de revenus. L’administration publique était par ailleurs relativement outillée pour appliquer
un programme économique et financier. Sur le plan économique, la reprise de la montée des
cours du cuivre –principale source des recettes fiscales- fut incontestablement l’atout majeur.

De surcroît, le pays reçut l’appui du Fonds Monétaire International. L’institution lui


accorda d’ailleurs un crédit « standby » de 27 millions de dollars, aide qui lui avait été refusée
en 1963 (Ryelandt B., 1970). Nous pensons que ce refus était dû, d’une part au caractère jugé
197

insuffisant et peu orthodoxe de la réforme prévue, d’autre part à l’incertitude qui reposait sur
l‘avenir du Congo.

Cependant, malgré la hausse des prix du cuivre et le redressement consécutif de la


balance des paiements et des recettes fiscales en 1966, le déséquilibre inflationniste sur le
marché intérieur et les distorsions des prix persistaient. C’est pourquoi, il s’est avéré
indispensable de réunifier le système de prix et des coûts par le relèvement du niveau du taux
de change et des prix officiels. Le but en était celui de transférer à l’Etat et aux producteurs
les marges spéculatives empochées par le secteur commercial. Le commerce formait, en effet,
à lui seul en 1966, 19,5% du PIBC au coût des facteurs (Ryelandt B., 1970).
Jusque-là, la pierre angulaire étant, sur le plan interne, la lutte contre les déficits des
finances publiques et l’inflation, ne se distinguerait guère de la stabilisation de 1963 que par
une question de degré. Alors que la réforme monétaire de 1963 a instauré un double taux de
change, la stabilisation de 1967 supprimera ce double taux, assouplira considérablement les
formalités d’importation et abandonnera le système de répartition administrative des quotas –
une libéralisation des échanges avec l’extérieur–.

2. Réforme monétaire

La dévaluation de 1967 s’est entre temps caractérisée par la création d’une nouvelle
unité monétaire. Le zaïre (Z), a été appelé à remplacer les anciens francs congolais.
L’opération d’échange devait s’effectuer progressivement dans un délai d’un an jusqu’au 30
juin 1968 d’abord, puis réduit au 30 septembre 1967. En effet, la nouvelle unité monétaire
s’est accompagnée d’un phénomène de thésaurisation rappelant la loi de Gresham d’après
laquelle «la mauvaise monnaie chasse la bonne».

Les agents économiques, ayant obtenu les nouveaux billets du zaïre, les ont
jalousement gardés. Ils ont continué à utiliser, en attendant le délai d’expiration des anciens
francs congolais. C’est ce qui incita la banque centrale à réduire, du 30 juin 1968 au 30
septembre 1967, la date limite d’échange.

Avant la réforme, 1$US s’échangeait contre 180Fc, soit 360Fc pour 2$US. Avec la
réforme, les anciens francs congolais seront convertis en zaïres sur la base de 1000Fc pour 1Z
(Kikassa M., 1987). Le dollar américain sert alors de référence initiale dans la fixation de la
parité externe du zaïre-monnaie dont l’équation est 1Z = 2$US lors de la réforme. Ainsi, il
fallait 1000Fc pour 2$US, soit 500Fc pour 1$US et donc une dévaluation du franc congolais
d’environ 178% par rapport au dollar américain. L’équation retenue jusque-là est : 1000Fc =
198

2$US =1Z. Il en résultera, en référence au franc belge, une double parité : 1Z = 2$US =
100Fb. De cette équation générale de la réforme monétaire de 1967, il ressort que le franc
belge qui valait 3,6Fc avant la réforme, vaut 10Fc lors de la réforme monétaire. Ce qui
correspond à la même ampleur de dévaluation que par rapport au dollar.

Mais, cette parité officielle avec le franc belge sera rompue le 21 décembre 1971. La
rupture résultera des dévaluations du dollar opérées le 18 décembre 1971 (-7,89%) et le 31
février 1973 (-10%), lorsque le zaïre maintiendra la parité avec le dollar (Kabuya F. et
Tshiunza M., 2000). A la suite de ces dévaluations américaines, l’équation précédente
deviendra : 1Z = 88,2Fb = 2$US en 1971 et 1Z = 79,2Fb = 2$US en 1973. Il n’était donc plus
étonnant qu’en se liant de manière fixe au dollar américain, le zaïre suive désormais les
fluctuations de cette monnaie sur les marchés européens et japonais où elle était alors en
baisse.

d. Rattachement au DTS, mars 1976

L’amenuisement progressif des réserves de change officielles ne permettait plus aux


autorités monétaires de maintenir fixe le taux de change officiel. C’est dans ce contexte qu’en
date du 12 mars 1976, le zaïre monnaie a été rattaché au DTS –Droits de Tirage Spéciaux–.
Elles croyaient pouvoir atténuer les soubresauts de la monnaie nationale au moment où les
pays industrialisés décidaient de laisser flotter carrément leurs monnaies –accords de la
Jamaïque de janvier 1976–. Le DTS, « panier » de principales devises y compris le dollar
américain, s’est imposé comme l’unité de compte au sein du FMI depuis la décision
américaine du 15 août 1971 décrétant l’inconvertibilité du dollar par rapport à l’or monétaire.
L’histoire de la période de la monnaie congolaise qui s’étale de mars 1976 en
septembre 1983 est celle :

- des programmes annuels de stabilisation, du moins jusqu’à 1979 ;

- des négociations et rééchelonnement de la dette extérieure ;

- des dévaluations en cascade ; - et de démonétisation.

Comme vu plus haut, le 12 mars 1976, le Congo abandonne la parité de 1Z = 2$US


et s’aligne sur le DTS. On aurait pu soutenir que cet alignement sur une monnaie solide
affermirait encore une fois la monnaie congolaise. Opérée sous le couvert du rattachement du
199

zaïre au DTS (1Z = 1DTS) qui s’est échangé en ce moment contre 1,16$US (1$US = 0,86Z),
la réforme monétaire du 12 mars 1976 avait comporté –par le biais de cet alignement- une
dévaluation de la monnaie nationale de l’ordre de 42%. On se souviendra, qu’avant ledit
alignement, le zaïre s’échangeait contre deux dollars américains, soit 1Z = 0,50$US.

L’opération du 12 mars 1976 s’était inscrite dans un processus de mise en place d’un
programme de stabilisation appuyé par le FMI. Ce programme, comme celui qui lui succédera
en 1977, n’a pas donné les résultats qu’on en attendait tant au niveau des finances publiques et
de l’expansion des liquidités que des paiements extérieurs (Kabuya F. et Kikassa M., 1987).

e. La démonétisation et le gel des liquidités de décembre 1979

La démonétisation et le gel de liquidité envisagés par la réforme monétaire du 25


décembre 1979, voulaient répondre à une situation ponctuelle : décourager la détention à des
fins spéculatives des coupures à valeurs faciales élevées et éponger une partie des liquidités.
A cette occasion, il fut procédé à la démonétisation des billets de 5 zaïres et à leur
remplacement par d’autres billets de mêmes valeurs faciales, de couleurs différentes et en des
formats réduits. Il fut aussi question d’opérer une importante déflation des moyens de
paiement sans pour autant affecter la valeur de la monnaie nationale.

Du point de vue de l’échange manuel des billets :

- la limite de l’échange était de 3000 zaïres pour les particuliers et par personne
âgée de 18 ans et plus ;
- elle était montée à 5000 zaïres –dont 50% à verser en compte bancaire- pour les
petites et moyennes entreprises ;
- enfin, la limite de l’échange était plafonnée à 20000 zaïres –dont 50% à verser en
compte bancaire- pour les autres entreprises de grande taille.

En même temps, les avoirs en comptes à vue n’étaient disponibles qu’à concurrence
de 10%. Le reste serait progressivement libéré suivant les besoins de l’économie.

Cependant, menée précipitamment et appuyée par une infrastructure bancaire très


clairsemée, l’opération d’échange de billets s’est révélée comme une spoliation des agents
économiques dont les encaisses sont demeurées en billets démonétisés. C’est ce qui s’est
200

traduit par une pénurie de moyens de paiement, avec toutes ses conséquences sur les prix.
Pour ce faire, en janvier 1980, un mois seulement après la démonétisation et le gel de
liquidités, on assistait à une reprise fulgurante des émissions monétaires. Il s’agit là d’un
témoignage assez éloquent de l’échec même de l’opération et de son incapacité à différer la
dévaluation de 30% qui surviendra en février 1980.

Camouflée sous ce prétexte de rattachement du zaïre-monnaie au DTS, une longue


série de dévaluations va ainsi s’installer à partir de mars 1976. Elle a consacré, selon
l’expression de Kabuya Kalala et Tshiunza Mbiye (2000), la période de « dévaluations en
cascade », comme le montre le tableau ci-après :

Tableau n°3 : Modifications intervenues à la parité monétaire entre le 1er janvier 1968 et le
22 février 1980
Date Variations

01/01/1968 1Z = 2$US = 100FB

21/12/1971 1Z = 2$US = 88,2FB

12/03/1976 1Z = 1DTS =1,16$US = 44,89FB

31/10/1978 1Z = 1DTS =1,33$US = 37,06FB

01/11/1978 1Z = 0,9DTS = 1,21$US = 30,34FB

15/12/1978 1Z = 0,97$US = 29,29FB

21/12/1978 1Z = 0,99$US = 28,74FB

02/01/1979 1Z = 0,05DTS = 0,65$US = 18,76FB

27/08/1979 1Z = 0,375DTS = 0,48$US =14,30FB

22/02/1980 1Z = 0,2625DTS = 0,34$US = 10,19FB

Source: KIKASSA MWANALESSA(1980), P.30, repris par F. KABUYA KALALA, &


TSHIUNZA MBIYE, Op. Cit., P. 281
201

f. Passage au régime de changes flexibles de septembre 1983

La période qui va de 1983 à 1985 a été avant tout celle de l’application du


programme d’ajustement économique et financier intervenu le 9 septembre 1983. Pour
l’essentiel, la libéralisation de l’économie congolaise – zaïroise à l’époque – a constitué un
des axes importants (Banque Centrale du Congo –Zaïre-, Rapport annuel 1984-1985) de ce
programme. C’est dans le cadre de ce programme que s’est inscrite l’opération de
redressement monétaire traduite par la réforme du régime des changes. Cette dernière s’est
caractérisée par : la modification du taux de change, l’adhésion du pays au régime des
changes flottants et la libéralisation de la réglementation des changes (Kabuya F. et Tshiunza
M., 2000).
Dans le régime libre des changes, la monnaie congolaise –zaïroise- devenait
flottante. La fixation du taux a été confiée aux banques selon la loi de l’offre et de la
demande. L’abolition décidée de la parité fixe du zaïre-monnaie par rapport au DTS consacra
une dévaluation de 77,5%. Celle-ci ramena le zaïre-monnaie de la parité de 1Z = 1,1575DTS
en vigueur depuis le 22 juin 1981 à 1Z = 0,03542DTS lors de la réforme. Selon Kikassa
Mwanalessa (1987), à la date du 9 septembre 1983, le dollar valait 29,9Z contre 5,9 la veille,
soit une dévaluation de 80,3% de la monnaie nationale par rapport à la devise américaine.
Toutefois, d’après Kabuya Kalala et Tshiunza Mbiye(2000), jusqu’à la fin de l’année
1983, le zaïre-monnaie ne s’était que très lentement dépréciée par rapport au dollar américain.
L’écart entre le taux du marché officiel et celui du marché parallèle s’était progressivement
réduit grâce à une amélioration des apports en devises favorisée par une certaine libéralisation
des échanges extérieurs.

La période transitoire allant jusqu’au 24 février 1984 et au cours de laquelle un


double taux de change, officiel et parallèle, a fonctionné, a finalement consacré le flottement
de la monnaie nationale. Tel a été le principal résultat de la réforme monétaire à partir duquel,
« loin d’être stabilisée, la valeur du zaïre-monnaie n’a fait que diminuer » (Kikassa M.,
1987). Le zaïre-monnaie déstabilisé a connu une dépréciation continue.
202

g. Gel des liquidités, réajustement de la parité externe et nouvelle unité


monétaire d’octobre 1993

1. Contexte

La réforme monétaire opérée le 22 octobre 1993, a été lancée dans un environnement


politique peu propice, caractérisé par la conflictualité. Le monde politique était divisé et la
pression des intérêts particuliers trop puissante. Du point de vue économique, la
désarticulation se manifestait par plusieurs phénomènes (Mabi M., 1997).

Evoquons d’abord la pénurie des signes monétaires dans les circuits officiels. Cette
pénurie traduisait la désintermédiation bancaire qui bloquait le financement de l’économie.
Soulignons ensuite l’émergence d’une forte spéculation autour des biens et services, de la
devise étrangère et de la monnaie nationale. Enfin, faisons allusion au déséquilibre grave et
profond des comptes de l’Etat et des fortes pressions inflationnistes au regard des dépenses
contraignantes de l’Etat.

C’était en vue de corriger ces déséquilibres fondamentaux qu’il fallait résoudre le


problème de la pénurie des liquidités et rétablir l’intermédiation bancaire. La réforme
monétaire allait ainsi procéder de deux facteurs (Kabuya F. et Tshiunza M., 2000) :

- d’abord de la profonde modification intervenue dans la structure de la masse


monétaire. Cette modification se traduisait par un gonflement malsain des dépôts bancaires–
décote du zaïre scriptural-. En effet, la monnaie scripturale représentait 72% de la masse
monétaire contre seulement 28% de monnaie fiduciaire (BCC, rapport annuel 1993) dans une
économie pourtant au système de paiement principalement manuel ;

- ensuite et par conséquent, de l’incapacité croissante des banques à répondre


aux demandes de retraits des fonds exprimées par la clientèle.

2. Objectifs et aspect technique de l’application


203

2.1 Objectifs
Les autorités monétaires avaient assigné à la réforme de 1993 des multiples objectifs
(BCC, Rapport annuel 1993 et Kabuya F. et Tshiunza M., 2000) au lieu de s’attaquer à des
problèmes tout à fait spécifiques.

En premier lieu, la réforme monétaire a consisté en un gel des avoirs monétaires. Le


gel visait l’obtention d’une masse monétaire compatible avec les besoins de l’économie
compte tenu de l’excès des liquidités monétaires. Il a porté sur la monnaie scripturale, étant
donné son développement excessif par rapport aux moyens de couverture. La stérilisation
d’une partie de la masse monétaire devrait constituer, à travers la compression de la demande
globale, un moyen direct de lutte contre l’hyperinflation.

Deuxièmement, il a fallu réajuster la parité externe tout en émettant une nouvelle


unité monétaire, le « nouveau zaïre »-NZ-, au taux officiel de 1$US = 3NZ = 9000000Z. La
dévaluation de 11,4% du zaïre ancien s’imposait pour corriger la valeur externe de la monnaie
qui s’avérait surévaluée. Ce qui devait permettre d’amorcer la résorption du déséquilibre du
secteur extérieur. Cependant, ceci nous parait tout à fait contradictoire. En effet, nous
comprenons mal pourquoi dévaluer la monnaie pour renchérir inutilement les importations
d’une économie fortement dépendante de l’extérieur, c’est–à-dire en contraction de l’activité.
Que devra-t-on exporter pour rééquilibrer le secteur extérieur ? Aussi, a-t-on ignoré que dans
le régime des changes flottants, qui était déjà celui pratiqué au Congo depuis 1983, le taux de
change se fixe selon les forces du marché ? Par conséquent, une décote autoritairement
décidée sous prétexte d’une surévaluation ne s’explique pas.

Troisièmement, la réforme monétaire a porté sur la compression des coûts


d’impression des signes monétaires et la facilitation de la comptabilisation et du dénouement
des transactions par la suppression de six zéros sur les billets existants et leur remplacement
par d’autres dénominations. Le remplacement s’est fait par la parité interne de 1NZ =
3000000Z –un nouveau zaïre égal trois millions de zaïres anciens-. C’était aussi en vue de
réduire les coûts d’impression des signes monétaires que le réajustement de la parité interne
s‘était avéré une nécessité d’absorber partiellement, en termes d’unités de zaïres, la masse
monétaire d’avant la réforme.

Enfin, il s’est avéré nécessaire de créer un environnement économique favorable à la


relance de l’activité économique. Ne s’agit-il pas là d’une « illusion de faire de la monnaie
une potion magique qui devrait, comme par un coup de baguette tout aussi magique, gommer
204

tous les maux et ramener la prospérité et stabilité d’une société en crise multiforme ? », pour
utiliser les mots de Tshiunza Mbiye (1997).

2.2 L’aspect technique d’application

En passant à l’exécution de cette réforme monétaire, les autorités monétaires ont


commis plusieurs erreurs techniques fatales (Mabi M., 1997) et (Kabuya F. et Tshiunza M.,
2000). L’absence des sous-multiples annoncés de l’unité monétaire avait permis aux vendeurs
de ramener automatiquement à la hauteur de 1NZ –soit 3000000Z-, alors prix plancher, tous
les prix d’articles valant moins de cette somme exprimés dans l‘ancienne unité monétaire. En
effet, lors de la mise en application de la réforme, la commande des sous-multiples n’était pas
encore livrée. Telle qu‘elle a été appliquée, la réforme monétaire du 22 octobre 1993 a
comporté en elle-même une source de hausse de prix, donc de l’inflation ou/et de
l’hyperinflation.

En plus, apparaissant au moment où ils ne pouvaient plus servir aux échanges, les
sommes consacrés à l’impression des sous-multiples se sont soldées par une perte en devises.
Par ailleurs, sans pour autant approvisionner tout l’intérieur du pays en quantité suffisante de
nouveaux billets, le gouvernement avait fixé à un mois la durée limitée d’échange des anciens
billets contre les nouveaux signes monétaires. La conséquence directe en a été la spéculation.

Cette dernière a consisté en la décote pratiquée dès la première semaine sur les
anciens zaïres par une catégorie d’opérateurs disposant de masses énormes d’anciens billets et
éprouvant des difficultés pour accéder aux guichets des banques pour l’échange. Cette
méprise est sans doute aussi l’une des principales causes du fractionnement de l’espace
monétaire national en deux. L’un a usé de billets libellés « nouveaux zaïres » et l’autre a
rejeté ceux-ci au profit des zaïres démonétisés (Kabuya F. & Matata A., 1999). Des telles
erreurs techniques d’appréciation n’étaient plus concevables pour une banque nationale
comme la banque centrale du Congo qui n’est pas à sa première réforme monétaire.

Aussi, dans sa tentative d’encadrer la réforme monétaire, le gouvernement n’a-t-il


pas pratiqué une véritable politique de répression des marchés de changes, de blocage de prix
des produits pétroliers et des denrées de première nécessité et même intimidé les négociants
en diamants d’exploitation artisanale. Ce dirigisme, cadrant très peu avec l’option officielle de
libéralisation des prix et des taux de change, prise depuis 1983, n’a fait que transmettre de
205

mauvais signaux aux marchés. D’où l’emballement de prix et l’envol des taux de change.
Tout compte fait, la réforme monétaire d’octobre 1993 s’était opérée dans un contexte très
peu propice : insuffisance de concertation technique, précipitation dans l’exécution, agitations
et surenchères politiques autour de l’idée même de réforme monétaire, grave pénurie des
devises et absence d’appui financier extérieur.

Enfin, pour toutes ces erreurs, le bilan de la réforme monétaire du 22 octobre 1993 a
été négatif (Mabi M., 1997). Au lieu d’aplanir les désarticulations de l’économie qu’elle
s’était assignée comme objectif, elle a débouché sur un disfonctionnement économique sans
précédent. Si elle a pu permettre un rétablissement de l’intermédiation financière, cela n’a
duré que trois mois. L’objectif de facilitation de la comptabilisation, du dénouement aisé des
transactions ainsi que de réduire les coûts d’impression des signes monétaires semble avoir
été partiellement atteint. Si l’on doit établir un degré entre les inconvénients, les plus
importants restent la hausse exponentielle des prix des biens et services et la dépréciation
accélérée de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères. La suppression des six
zéros sur les anciennes dénominations et le changement des signes monétaires auront été les
seules marques visibles de cette réforme tant décriée.

h. Changement des signes monétaires de juin 1998


1. Motivations

Compte tenu du dérèglement du système bancaire et de l’incapacité de l’autorité


monétaire de défendre la valeur interne et externe de la monnaie nationale, la nécessité d’une
réforme monétaire était déjà perçue. A la suite du changement institutionnel intervenu, en mai
1997, avec l’arrivée de l’AFDL –Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du
Congo- au pouvoir, ce projet a pris explicitement corps pour des raisons à la fois politiques et
économiques (Mususa J.C., 1999).

Politiquement, animés par le credo du changement, les nouvelles autorités avaient


tout de suite trouvé séduisante l’idée de revenir sur le « franc » à la place du « zaïre-monnaie»
; le nouveau zaïre issu de la réforme monétaire du 22 octobre 1993. En effet, afin de véhiculer
leur détention du pouvoir, ces nouvelles autorités ont décidé d’en finir tout de suite avec les
billets du régime déchu (Kisonia J.P., 2007). Car, l’image du feu Président Mobutu semblait
refuser de disparaître de la vie des congolais du fait de la circulation d’une monnaie portant
son effigie.
206

La question posée était de savoir si elles voulaient, selon l’expression de Tshiunza


Mbiye (1997), « une réforme remède ou une réforme couronnement ». Aussi, se sont-elles
réclamées subtilement d’une monnaie du même nom que celle qui s’était caractérisée par sa
stabilité à l’époque coloniale. Sur ce point, se demandant encore une fois de plus, Tshiunza
Mbiye (1997) note : « suffira-t-il d’appeler la nouvelle unité monétaire « franc congolais »
pour recouvrer la stabilité, donc refaire la légende ? ».

Et, c’est à travers cette seconde motivation que, du point de vue économique, c’était
implicitement pour espérer résoudre les problèmes économiques rencontrés à leur arrivée au
pouvoir que les nouveaux dirigeants du pays s’étaient investis à la réalisation effective de ce
projet. Le point qui précède témoigne des problèmes dont ils espéraient renverser la tendance.

Pour rappel, il s’agit de l’hyperinflation, la dépréciation de la monnaie, la contraction


de l’activité économique, les déficits interne et externe, l’illiquidité du système bancaire.
Cette dernière présentait déjà, elle-même, plusieurs conséquences. Nous pouvons citer :
l’inconvertibilité de la monnaie scripturale en monnaie fiduciaire –sinon avec décote–, la
désintermédiation financière et la perte de confiance vis-à-vis du système bancaire qui s’en est
suivie, et l’éclatement de l’espace monétaire national. Et en même temps, la dollarisation
montait en flèche, signe trop évident de la perte de confiance généralisée envers la monnaie
nationale.
207

2. Application de la réforme monétaire

La réforme monétaire du 30 juin 1998 ne consistait donc pas en une simple opération
de substitution des signes monétaires. Elle s’inscrivait dans un processus global visant à
rétablir progressivement les équilibres macroéconomiques rompus (Mususa J.C., 1999).
Techniquement, il s’agissait de remplacer le zaïre-monnaie –dont le nouveau zaïre (NZ) et
l’ancien zaïre (Z) qui circulaient sur un même territoire national- par le franc congolais (Fc).
La parité interne a été ainsi fixée : 1Fc = 100000NZ à Kinshasa et partout où circulaient les
billets en « nouveaux zaïres » et 1Fc = 14000000Z dans les deux provinces du Kasaï –oriental
et occidental- où circulaient les « anciens zaïres ».
Quant à la parité externe du franc congolais, elle allait se déterminer en fonction des
forces du marché conformément au régime des changes flottants en vigueur au moment de la
réforme. La mise en circulation du franc congolais s’est étendue sur toute une année. Cette
durée a été jugée suffisante pour permettre, malgré l’immensité du pays (2.345.000Km2), à
toute la population d’échanger aisément son argent (Kabuya F. et Tshiunza M., 2000).

Cependant, si politiquement la réussite d’une opération de réforme monétaire a été


effective au moment de son lancement, sa crédibilité économique, élément le plus essentiel et
se mesurant en fonction des objectifs assignés à l’opération, restait à apprécier. L’une des clés
de la réussite de la réforme monétaire est la stabilité du cadre macroéconomique. La stabilité
était espérée être restaurée par la réforme monétaire du 30 juin 1998. Mais elle n’a pu être
réussie. Cet échec s’explique par le fait qu’une cohérence globale des structures à relancer n’a
pas été établie. Il fallait que les réformes à entreprendre à tous les niveaux recherchent et
maintiennent des liens de complémentarité entre tous les secteurs d’activité de l’économie.

L’interaction intersectorielle permettrait d’éviter toute segmentation des réformes à


mener. C’est-à-dire, les objectifs devaient être poursuivis concomitamment pour permettre un
fonctionnement efficient et harmonieux de l’économie. Cependant, comme le souligne
Mususa Ulimwengu J.C. (1999), « l’impression qui se dégageait est que la réforme monétaire
était non seulement le seul instrument actif de la politique économique du gouvernement,
mais elle ne semblait pas reliée aux autres réformes entreprises par le gouvernement,
notamment les différentes réformes fiscales ». L’absence de synergie entre les instruments de
politique économique ne pouvait entraîner que leur télescopage et réduire ainsi leur efficacité.
208

Il ne suffit donc pas d’incriminer, pour l’échec de la réforme monétaire du 30 juin


1998, la seule situation de guerre – que d’aucuns considèrent comme responsable- dans
laquelle le pays s’est plongé depuis le 2 août 1998. Si cette dernière a provoqué d’importants
dérapages de l’économie congolaise –à la suite notamment du délabrement des
infrastructures, de l’endommagement de l’outil de production, du déplacement des
populations…-, une part importante du dérèglement de l’environnement économique résultait
de l’absence de la mise en œuvre d’un programme cohérent de stabilisation et de relance de
l’économie. «Cette situation avait déjà sapé les ambitions de la réforme monétaire, avant que
la guerre ne vienne donner le coup fatal » (Mususa J.C., 1999).

En effet, il y a lieu de relever les effets conjugués de ces deux facteurs de 1998 à
2000 : le regain de l’hyperinflation et de la dépréciation monétaire, l’aggravation de la
situation des finances publiques, le recul encore plus prononcé de la production intérieure, la
persistance du déséquilibre des comptes extérieurs de l’Etat. Le seul mérite de cette réforme
monétaire est celui d’avoir changé la dénomination de l’unité monétaire –pour un objectif
politique-, sans oublier le coût financier et social supporté à cette fin.
209

Conclusion du cinquième chapitre

L’histoire de la monnaie en République Démocratique du Congo, est dominée par les


Réformes monétaires et les Démonétisations qu’a connues le pays depuis 1961. Ces mesures
couplées aux chocs créés par les situations de guerre et d’instabilité sociopolitique ont donné
à l’économie congolaise un statut monétaire inédit : circulation de plusieurs monnaies dans un
même espace économique, dollarisation accrue, manque de confiance au système bancaire,
retour au troc dans certaines contrées du pays, …

En effet, la perte des fonctions monétaires a été observée. Les dépôts se font en
monnaie étrangère, les échanges entre congolais ne se font plus en franc congolais, la
naissance des pratiques spéculatives et informelles provenant du différentiel continu des taux
de change officiel et parallèle. ..

L’on peut donc constater que les auteurs qui ont étudié l’inflation congolaise
penchent plus pour une inflation d’origine monétaire et un peu structurelle. Mais étant donné
que les causes du déficit budgétaire ne sont pas les mêmes d’année en année, il se dégage un
constat : l’inflation congolaise est multidimensionnelle. En effet, l’on constate qu’il s’agit
d’une inflation d’origine monétaire, d’une inflation par la demande (avec l’augmentation des
salaires vers les années 1960, les pressions sur la demande des biens de consommation
augmentent), d’une inflation par les coûts et d’une inflation importée.
210

Chapitre sixième :
ESTIMATION DE LA FONCTION D’INFLATION EN RDC ET
IMPLICATIONS SUR LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE
211

Ayant déjà analysé les caractéristiques des variables retenues quant à leur nature
concernant la stationnarité et leur degré d’intégration, nous procédons à présent, à l’estimation
des modèles théoriques retenus. 20

Ce chapitre sera subdivisé en quatre sections.21 La première présente les résultats de


l’estimation du VAR du modèle libéral de l’inflation, la deuxième présente ceux du modèle
keynésien d’inflation, la troisième nous donne ceux du VAR du modèle de synthèse et la
quatrième traite de leurs conséquences sur la politique monétaire en République
Démocratique du Congo.

Pour rendre stationnaire les VAR, les variables « lip », « lmm », « lpibr », « limport »
et « lti » ont été différenciées une fois car d’après le test de stationnarité, les variables
suivantes sont intégrées d’ordre 1 : lip~I(1), lmm~I(1), limport~I(1), ltc~I(1), lti~I(1) et
lpibr~I(1). Seule la variable « ecart » est stationnaire en niveau.

Une variable muette (« Dummy ») a été introduite dans le modèle. En effet, durant la
décennie 1990-1999 l’économie congolaise (zaïroise à l’époque) a connue des perturbations
exogènes liées à la situation socio-politique (pillage de l’outil de production dans les grandes
villes du pays, recours régulier du gouvernement à la planche à billets, guerres, …). Ces
événements ont créé une cassure dans l’évolution des variables et l’ont portée à un autre
niveau (surtout l’inflation, la masse monétaire, le taux de change et le pib).

20 Tous les tableaux de ce chapitre ont été confectionnés par nous-même à partir des données récoltées qui se trouvent en
annexe et grâce au logiciel E-views 8.1.
21 Les résultats graphiques obtenus par Eviews 8.1 ne peuvent pas être traduits en français car le logiciel world 2013 grâce
auquel nous faisons la saisie les considère comme des images. Néanmoins, dans nos commentaires, nous tentons de les
exprimer en français.
212

SECTION I : ESTIMATION DU MODÈLE CLASSIQUE DE L’INFLATION EN RDC

Le modèle classique suggérait que les facteurs influençant l’inflation sont la masse
monétaire, le PIB réel et le taux d’intérêt.

I.1. Résultats de l’estimation du modèle classique de l’inflation congolaise

A. Choix du lag optimal

Avant de présenter les résultats du processus VAR mettant en relation l’inflation


congolaise et la masse monétaire, cherchons le nombre p de retard optimal. Nous utilisons
pour cela les critères de Akaike et Schwarz en les minimisant sur un nombre maximum de
quatre estimations. Très concrètement, nous allons estimer quatre modèles VAR en raison de
quatre retards successifs et retenir celui dont les valeurs des critères AIC et SIC sont les plus
faibles :

Tableau n° 6 : Critères de Akaike et Schwarz pour le modèle classique

Modèle VAR(1,1) VAR(1,2) VAR(1,3) VAR(1,4)


Critère d’Information de Akaike (AIC) 2.772001 3.774883 3.298844 3.515036
Critère d’Information de Schwarz (SIC) 3.681096 5.304501 5.460924 6.321838

Les deux critères donnent le même résultat. Le critère de Akaike et celui de Schwarz
suggèrent tous un seul retard, p=1.
213

B. Résultats de l’estimation

Tableau n° 7 : Résultats d’estimation du processus VAR du modèle classique de l’inflation


congolaise

Nombre d’observations : 51 après traitement de la fin


(. ) = Ecart-type et [.] = statistiques t

LIP1 LMM1 LPIBR1 LTI1

LIP1(-1) 0.244315 0.583128 -0.010615 -0.308614


(0.17847) (0.21694) (0.01360) (0.20532)
[ 1.36892] [ 2.68800] [-0.78033] [-1.50310]

LMM1(-1) 0.085163 -0.193992 0.012535 0.020672


(0.14700) (0.17868) (0.01120) (0.16911)
[ 0.57936] [-1.08572] [ 1.11879] [ 0.12224]

LPIBR1(-1) -4.277447 -0.452562 0.403733 -1.992921


(1.82416) (2.21730) (0.13904) (2.09855)
[-2.34488] [-0.20410] [ 2.90370] [-0.94967]

LTI1(-1) 0.178696 0.057229 -0.016433 0.065985


(0.13315) (0.16185) (0.01015) (0.15318)
[ 1.34206] [ 0.35360] [-1.61923] [ 0.43077]

C 0.319089 0.342691 0.012652 0.118570


(0.12677) (0.15409) (0.00966) (0.14583)
[ 2.51714] [ 2.22401] [ 1.30941] [ 0.81304]

DUM 0.981483 0.844858 -0.050870 0.512116


(0.32268) (0.39223) (0.02460) (0.37122)
[ 3.04162] [ 2.15399] [-2.06826] [ 1.37954]

R² 0.687415 0.527457 0.469302 0.077558


R² corrigé 0.652683 0.474952 0.410336 -0.024936
Somme des carrés des résidus 17.45855 25.79471 0.101430 23.10572
Statistique F 19.79213 10.04588 7.958805 0.756709
Log de vraisemblance -45.02997 -54.98363 86.24960 -52.17636
Akaike (AIC) 2.001175 2.391515 -3.147043 2.281426
Schwarz (SIC) 2.228449 2.618789 -2.919769 2.508699
Moyenne de la variable dépendante 0.716140 0.772879 0.008178 -0.003331
Ecart-type de la variable dépendante 1.056902 1.044864 0.061826 0.707791

Déterminant de la matrice des Covariances Résiduelles 7.33E-05


Log de vraisemblance -46.68604
Akaike (AIC) 2.772001
Schwarz (SIC) 3.681096

Où (.) sont les écart-types et [.] sont les statistiques t de Student (ici z car n > 30) des
estimateurs. D’après ce tableau, les estimations sont les suivantes :
214

Δlip t  0 ,244315 Δlip t 1  0 ,0 ,085163Δlmmt 1  4 ,1277477 Δlpibrt 1


0 ,17847  0 ,14700  1,82416 
1,36892 0 ,57936 -2 ,34488* * *

 0 ,178696 Δli t 1  0 ,319089  0 ,981483Dumt  et (7.1.1)


0 ,13315 0 ,12677  0 ,32268
1,34206 2 ,517146* * 3,04162* * *
R 2  0 ,687415; n  51

Δlmmt  0 ,583128Δlip t 1  0 ,193992Δlmmt 1  0 ,452562Δlpibrt 1


( 0 ,821694 ) ( 0 ,17868 ) ( 2 ,21730 )
[ 2 ,68800 ] * * * [-0 ,08572] [ 0 ,90085]
 0 ,057229Δli t 1  0 ,342691  0 ,769205Dumt  et (7.1.2)
( 0 ,16185 ) ( 0 ,15409 ) ( 1,90023 ) *
[ 0 ,35360 ] [ 2 ,22401] * * [ 0 ,40480 ]
R  0 ,527457; n  51
2

Δlpibrt  0 ,010615lip t 1  0 ,012535 Δlmmt 1  0 ,403733Δlpibrt 1


( 0 ,01360 ) ( 0 ,01120 ) ( 0 ,13904 )
[-0 ,78033] [ 1,11879 ] [ 2 ,90370 ] * * *
 0 ,016433Δli t 1  0 ,012652  0 ,050870Dumt  et (7.1.3)
( 0 ,01015 ) ( 0 ,00966 ) ( 0 ,02460 )
[-1,61923] [ 1,30941] [- 2 ,06826 ] * * *
R  0 ,469302; n  51
2

Δltit  0 ,3086146lip t 1  0 ,020672Δlmmt 1  1,992921Δlpibrt 1


( 0 ,20532 ) ( 0 ,16911) ( 2 ,09855 )
[-1,50310 ] [ 0 ,12224 ] [-0 ,94967 ]
 0 ,065985Δli t 1  0 ,118570  0 ,518791Dumt  et
( 0 , .15318 ) ( 0 ,14583 ) ( 0 ,37122 ) (7.1.4)
[ 0 ,43077 ] [ 0 ,81304 ] [ 1,37954 ]
R  0 ,077558; n  51
2

Où [.]*** : Paramètre très significatif : seuil de 1% c’est-à-dire [.] > 2,58.


[.]** : Paramètre significatif au seuil de 5% c’est-à-dire [.] > 1,96.
[.]* : Paramètre significatif au seuil de 10% c’est-à-dire [.] > 1,64.
215

Une variable muette (« Dummy ») a été introduite. En effet, durant la décennie


1990-1999 l’économie congolaise (zaïroise à l’époque) a connue des perturbations exogènes
liées à la situation socio-politique (pillage de l’outil de production dans les grandes villes du
pays, recours régulier du gouvernement à la planche à billets, guerres, …). Comme le
montrent les graphiques en annexe II (figures n° A.2.1, A.2.2., A.2.3, A.2.4, A.2.5, A.2.6 et
A.2.7), ces événements ont créé une cassure dans l’évolution des variables et l’ont portée à un
autre niveau (surtout l’inflation, la masse monétaire et le pib).

Ainsi, pour l’équation lip t (7.1.1), les coefficients de lip t 1

(tcal=1,37<ttab=1,96), Δlmmt 1 (0,58<1,96) et Δltit 1 (tcal=1,34<1,96) ne sont pas

significativement différents de 0. Les coefficients de Δlpibrt 1 (|tacl|=2,34>1,96), de la

constante (tcal=2,51>1,96) et de la variable muette dum (3,04>1,96) sont significativement


différents de 0. L’inflation est expliquée par le Pib réel, les valeurs passées du Pib réel et par
la variable muette.

Pour l’équation Δlmmt (7.1.2), les coefficients de lip t 1 (tcal=2,69>ttab=1,96), de


la constante (tcal=2,22>1,96) et de la variable muette dum (2,15>1,96) sont significativement
différents de [Link] les autres ne sont pas significativement différents de 0. La masse
monétaire est expliquée par l’inflation et la variable muette. Ceci n’est pas cohérent avec la
théorie économique qui affirme que la masse monétaire est exogène (elle est offerte par le
système bancaire et contrôlée par la banque d’émission). Mais aussi sur le plan empirique,
remarquons que pendant les années 90, (années où la variable muette porte la valeur 1), la
Banque Centrale du Congo a fait recours à des émissions excessives de monnaie pour financer
les déficits budgétaires chroniques du gouvernement.

L’équation Δlpibrt (7.1.3) laisse voir que les coefficients de Δlpibrt 1 (2,90>1,96) et

de dum (|-2,07|>1,96) sont significativement différent de 0. Tous les autres coefficients ne


sont pas significativement différents de 0. La théorie selon laquelle l’inflation influence
négativement le Pib (la croissance) n’est pas vérifiée ici.
216

Dans la dernière équation Δltit (7.1.4) aucun coefficient n’est significativement


différent de 0. Cela confirme le fait que les taux directeurs se fixent de manière autonome par
la Banque Centrale du Congo.

Les variables Pib réel actuel et passé et la variable muette expliquent l’inflation
actuelle. Le Pib réel a effectivement un effet immédiat (contemporain) sur l’inflation. Selon
ce modèle, l’inflation congolaise n’a pas des effets décalés sur elle-même. Il n’existe donc
pas d’inertie dans l’inflation congolaise. Les agents économiques ne font pas des anticipations
adaptatives de l’inflation. Le Pib réel est le facteur déterminant l’inflation en RDC selon la
théorie classique.

La relation inverse entre l’inflation et le Pib réel n’est pas ici pertinente. En effet, le
Pib réel n’est pas expliqué par l’inflation.

Pour mieux expliciter nos propos, nous effectuons le test de causalité au sens de
Granger pour voir quelle variable est la cause de quelle autre variable et quelle variable est la
conséquence de quelle autre entre l’inflation, la masse monétaire, le taux d’intérêt et le Pib
réel.

I.2. Analyse de la causalité

L’analyse de la causalité va nous permettre de savoir quelles sont les


conséquences statistiquement significatives des variables des modèles entre elles.
L’analyse de cette causalité est un préalable nécessaire à l’étude de la dynamique du
modèle.

Rappelons que Granger considère qu’une variable est la cause d’une autre si la
prédictibilité de la première est améliorée lorsque l’information relative à la seconde est
incorporée dans l’analyse.

Nous obtenons les résultats suivants :


217

Tableau n° 8 : Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation, la masse monétaire, le taux
d’intérêt et le Pib réel

Retards : 1
Hypothèse nulle: n Statistique F Probabilité

LMM1 ne cause pas LIP1 au sens de Granger 51 0.12617 0.7240


LIP1 ne cause pas LMM1 au sens de Granger 15.6827 0.0002

LPIBR1 ne cause pas LIP1 au sens de Granger 51 6.05095 0.0176


LIP1 ne cause pas LPIBR1 au sens de Granger 3.42219 0.0705

LTI1 ne cause pas LIP1 au sens de Granger 51 0.08999 0.7655


LIP1 ne cause pas LTI1 au sens de Granger 0.56202 0.4571

LPIBR1 ne cause pas LMM1 au sens de Granger 51 3.33780 0.0739


LMM1 ne cause pas LPIBR1 au sens de Granger 0.38363 0.5386

LTI1 ne cause pas LMM1 au sens de Granger 51 0.00428 0.9481


LMM1 ne cause pas LTI1 au sens de Granger 0.23857 0.6275

LTI1 ne cause pas LPIBR1 au sens de Granger 51 1.92167 0.1721


LPIBR1 ne cause pas Cause LTI1 au sens de Granger 0.16440 0.6869

Nous acceptons l’hypothèse nulle au seuil de 5% que la masse monétaire ne cause


pas au sens de Granger l’inflation, car la probabilité de 0,8783> 0,05. Par contre, nous
rejetons l’hypothèse nulle au seuil de 5% que l’inflation ne cause pas au sens de Granger la
masse monétaire. C’est-à-dire que nous acceptons que l’inflation cause, au sens de Granger, la
masse monétaire car la probabilité de 0,0002 < 0,05.

De même, nous rejetons l’hypothèse nulle au seuil de 5% que le Pib réel ne cause pas
au sens de Granger l’inflation. C’est-à-dire que nous acceptons que le Pib réel cause au sens
de Granger l’inflation car la probabilité de 0,0176 < 0,05. L’inverse n’est pas vrai car nous
acceptons, toujours au seuil de 5%, que l’inflation ne cause pas au sens de Granger le Pib
réel : 0,0705> 0,05.

Aussi le Pib réel ne cause pas au sens de Granger la masse monétaire car la
probabilité 0,0739 > 0,05 et le Pib réel n’est pas non plus causé par la masse monétaire car la
probabilité 0,5386> 0,05.

Par contre, le taux d’intérêt ne cause aucune variable et n’est causé par aucune de
ces variables au sens de Granger.
218

Pour valider ces résultats, le VAR estimé doit être stationnaire. Nous allons ainsi
vérifier cette stationnarité.

I.3. Vérification de la stationnarité du VAR du modèle classique

Un VAR(p) est stationnaire si et seulement si ses moments d’ordre deux sont


invariants dans le temps (Bosonga J.P., 2018) :
a) E( Yt )   , une constante ; t
b) Var( Yt ) <  ;

 
c) Cov( Yt ,Yt k )  E Yt   Yt k   '   k , k .
Formellement, un modèle VAR(p) est stationnaire si les racines de l’équation
caractéristiques sont à l’extérieur du cercle unité du plan complexe, c’est-à-dire si les racines
p
du déterminant :  z   I   i z  I   1 z   2 z  ...   p z  0
i 2 p

i 1

sont en valeur absolue supérieure à 1.


De manière équivalente, le VAR(p) sera stationnaire lorsque les racines propres de la
matrice  sont toutes inférieures à 1 en valeur absolue. Les valeurs propres i , i  1,2,..., p 

sont définies comme les racines de l’équation : I    0 .


Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial
1.5

1.0

0.5

0.0

-0.5

-1.0

-1.5
-1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5
219

Figure 7.2. : Vérification du VAR du modèle libéral de l’inflation congolaise

Cette figure nous fait clairement voir que les racines propres sont toutes inférieures à 1. Ces
résultats peuvent être réédités d’une autre manière dans ce tableau :

Tableau n° 9 : Vérification du VAR du modèle libéral

Racines du polynôme caractéristique


Variables endogènes : LIP1 LMM1 LPIB1 LTI1
Variables exogène: C DUM
Retards : 1 1

Racines Modules

0.427530 - 0.201884i 0.472800


0.427530 + 0.201884i 0.472800
-0.341962 0.341962
0.006942 0.006942

Aucune racine en dehors du cercle unitaire.


Le VAR satisfait à la condition de stationnarité.

Toutes les racines en module sont inférieures à 1, par conséquent le VAR du


modèle libéral est bel bien stationnaire. Il est impérieux, à ce niveau d’étudier les chocs subis
par le modèle. Ceci permet de vérifier l’hypothèse des anticipations rationnelles.

I.4. Analyse des chocs subis par le modèle classique

Pour vérifier l’hypothèse des anticipations rationnelles introduite par Robert Lucas et
la Nouvelle Ecole Classique (NEC), nous dynamisons ce VAR en introduisant les innovations
qui vont capter les chocs de ces variables (inflation, masse monétaire, Pib réel et taux
d’intérêt) sur chacune d’elles. Cette analyse se fera en trois étapes. Premièrement, une analyse
impulsionnelle graphique des innovations, deuxièmement une analyse impulsionnelle en
termes de tableau provenant des résidus du VAR, et enfin, troisièmement une analyse de la
décomposition de la variance des variables.
220

A. Analyse impulsionnelle graphique

Pour étudier les fonctions de réponse, il va falloir au préalable déterminer l’ordre


dans lequel les variables vont se présenter car les résultats obtenus en dépendent fortement. Il
faut ranger les variables de la plus exogène à la plus endogène, ou encore de la moins
dépendante des autres à la plus dépendante des autres. C’est l’ordre de Cholesky
(Bourbonnais R., 2009).
Or, d’après le test de causalité au sens de Granger, c’est l’inflation qui est causée par
le Pib réel et non l’inverse. L’inflation cause aussi la masse monétaire et celle-ci ne la cause
pas. Le taux d’intérêt, la masse monétaire ainsi que le pib réel ne sont causés par aucune de
ces variables. Mais le pib réel est presque causé par l’inflation (probabilité de 0,0705). Nous
retenons donc l’ordre suivant : taux d’intérêt, masse monétaire, Pib réel et l’inflation.
Response to Chol esky One S.D. Innovations ± 2 S.E.
.6 .6 .6 .6

.4 .4 .4 .4

.2 .2 .2 .2

.0 .0 .0 .0

-.2 -.2 -.2 -.2

-.4 -.4 -.4 -.4

-.6 -.6 -.6 -.6


1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Fig ur e n° 7.2 : Réponse de LIP1 à LIP1 Fig ure n° 7.3 : Réponse de LIP1 à LMM1 Fig ur e n° 7.5 : Réponse de LIP1 à LTI1
Fig ure n° 7.4 : Réponse de LIP1 à LPIBR1
1.2 1.2 1.2 1.2

0.8 0.8 0.8 0.8

0.4 0.4 0.4 0.4

0.0 0.0 0.0 0.0

-0.4 -0.4 -0.4 -0.4


1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Fig ure n° 7.6 : Réponse de LMM1 à LIP1 Fig ure n° 7.7 : Réponse de LMM1 à LMM1 Fig ure n° 7.9 : Réponse de LMM1 à LTI1
Fig ure n° 7.8 : Réponse de LMM1 à LPIBR1
.06 .06 .06 .06

.04 .04 .04 .04

.02 .02 .02 .02

.00 .00 .00 .00

-.02 -.02 -.02 -.02

-.04 -.04 -.04 -.04


1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Fig ur e n° 7.10 : Réponse de LPIBR1 à LIP1 Fig ur e n° 7.12 : Réponse de LPIBR1 à LPIBR1 Fig ur e n° 7.13 : Réponse de LPIBR1 à LTI1
Fig ur e n° 7.11 : Réponse de LPIBR1 à LMM1
1.2 1.2 1.2 1.2

0.8 0.8 0.8 0.8

0.4 0.4 0.4 0.4

0.0 0.0 0.0 0.0

-0.4 -0.4 -0.4 -0.4


1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Fi g ur e n° 7.14 : Réponse de LTI11 à LIP1 Fi g ur e n° 7.15 : Réponse de LTI11 à LMM1 Fi g ur e n° 7.17 : Réponse de LTI11 à LTI1
Fi g ure n° 7.16 : Réponse de LTI11 à LPIBR1

La première ligne (figures n°7.2, 7.3, 7.4 et 7.5) concerne les chocs subis par
l’inflation. La figure n° 7.2 indique les réactions vives de l’inflation face à ses propres
innovations. Les anticipations rationnelles existent bel et bien dans l’inflation congolaise. Ces
chocs de l’inflation causés sur elle-même persistent longtemps au-delà de 8 ans, à en croire la
figure. Lorsque le processus inflationniste est enclenché au Congo, il s’auto-entretient, se
nourrit et ne cesse que plus tard.
221

La figure n°7.3 montre la réponse des chocs de l’inflation causés par la masse
monétaire. Ces chocs sont très vifs pendant les premières années et s’amortissent au fil du
temps (stationnarité du modèle) mais leurs effets sont perçus jusque dans le long terme, plus
de 7 ans après. Il faut noter que les effets d’un choc monétaire sur l’inflation persistent et se
font sentir même plusieurs années après le choc. Les autorités monétaires auraient intérêt à
exercer une gestion orthodoxe de la monnaie.

Les figures n°7.4 et 7.5 montrent clairement que les chocs du Pib réel et du taux
d’intérêt affectent l’inflation immédiatement, s’amplifient au bout de 2 ans et s’estompent
plus tard au fil du temps.

Ces résultats montrent clairement que l’inflation congolaise répond aux chocs subis
par elle-même (anticipations rationnelles), ceux subis par la masse monétaire, le Pib réel et le
taux d’intérêt. Ce qui va dans le sens de la théorie classique.

La deuxième ligne (figures n°7.6, 7.7, 7.8 et 7.9) concerne les chocs subis par la
masse monétaire. Les figures n°7.6 et 7.8 montrent que les chocs de l’inflation et du Pib réel
n’ont aucun effet sur la masse monétaire. Ces courbes ont pour origine zéro. Ceci est tout à
fait conforme à l’intuition économique qui veut que la masse monétaire ne soit pas fonction
de l’inflation mais que l’inflation soit fonction de la masse monétaire et que celle-ci soit
exogène.

La figure n°7.7 concerne la réponse de la masse monétaire à ses propres chocs. Ces
chocs sont significatifs et vont jusqu’à 8 ans, ce qui suggère et invite les autorités monétaires
à une certaine orthodoxie dans la gestion de la monnaie pour éviter ces genres de chocs et sur
l’offre de la monnaie elle-même et sur l’inflation.

Le Pib réel ne subit aucun choc d’inflation et ne réagit que faiblement aux chocs de
la masse monétaire comme le témoignent les figures n°7.10 et 7.11. Par contre, les réactions
du Pib réel à ses propres chocs et à ceux du taux d’intérêt sont très vives immédiatement mais
s’amortissent 3 ans après, pour s’annuler au bout de 8 ans.
222

La dernière ligne (Figures n° 7.14, 7.15, 7.16 et 7.17) laisse voir que le taux d’intérêt
ne répond qu’à ses propres chocs et à ceux de la masse monétaire. Ce qui est normal car la
Banque Centrale du Congo fixe les taux directeurs et la masse monétaire de manière exogène.

Cette analyse est complétée par l’étude tabulaire des réponses impulsionnelles des
variables ci-dessous.

B. Etude tabulaire des réponses impulsionnelles des variables

Cette étude tabulaire mesure les réponses impulsionnelles de différentes variables.


L’étude consiste à mesurer l’évolution des chocs causés sur une variable par les autres y
compris ceux causés par la variable concernée sur elle-même. L’étude des innovations de
l’inflation provenant de ses propres chocs nous permet de mesurer le degré des anticipations
rationnelles de l’inflation congolaise.

Tableau n° 10 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’inflation du


modèle libéral

Réponses de LIP1
Période LIP1 LMM1 LPIBR1 LTI1

1 0.459310 0.326185 -0.096909 0.247415


2 0.112216 0.155495 -0.226003 0.219397
3 0.045751 0.011825 -0.159439 0.111530
4 -0.004121 -0.009707 -0.091093 0.050285
5 -0.007544 -0.016063 -0.040450 0.016688
6 -0.007652 -0.009814 -0.014840 0.003500
7 -0.004131 -0.005400 -0.003436 -0.000899
8 -0.002070 -0.002219 0.000307 -0.001496
9 -0.000761 -0.000760 0.001055 -0.001097
10 -0.000217 -0.000130 0.000825 -0.000597

Nous retrouvons les mêmes constats qu’à l’analyse graphique, c’est-à-dire que les
chocs de l’inflation, de la masse monétaire, du Pib réel et du taux d’intérêt ont un impact
contemporain sur l’inflation. Mais, l’inflation répond vivement à ses propres chocs (0,46).
Cela accuse la présence des anticipations rationnelles de l’inflation dans le chef des congolais.
Les innovations du taux d’intérêt et de la masse monétaire sur l’inflation ne sont pas non plus
négligeables (0,33 et 0,24). L’inflation répond aussi fortement à ses chocs qu’à ceux du taux
223

d’intérêt et de la masse monétaire. Les autorités monétaires devraient réfléchir à deux fois
avant d’agir sur le taux d’intérêt et/ou sur la masse monétaire, cela créerait de l’inflation.

Tableau n° 11 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de la masse monétaire du


modèle libéral

Réponses de LMM1:
Périodes LIP1 LMM1 LPIBR1 LTI1

1 0.000000 0.706475 0.000000 0.272228


2 0.267836 0.054812 -0.077917 0.133290
3 0.007573 0.073760 -0.129465 0.106246
4 0.022422 -0.011704 -0.071297 0.044261
5 -0.008447 -0.005112 -0.039537 0.019847
6 -0.003369 -0.009067 -0.015299 0.005109
7 -0.004024 -0.004110 -0.005123 0.000605
8 -0.001651 -0.002342 -0.000660 -0.000855
9 -0.000867 -0.000792 0.000478 -0.000788
10 -0.000251 -0.000253 0.000592 -0.000509

Il ressort de ce tableau que les innovations de l’inflation, du Pib réel n’ont aucun
impact contemporain sur la masse monétaire. Ceci est lisible sur la première ligne du tableau
où nous pouvons voir 0,00000 comme réponse de la masse monétaire aux chocs de ces deux
variables (exogénéité de la masse monétaire). Par contre, la masse monétaire réagit vivement
à ses propres chocs (3,67).

Tableau n° 12 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du Pib réel du modèle libéral

Réponses du LPIBR1
Périodes LIP1 LMM1 LPIBR1 LTI1

1 0.000000 -0.003656 0.047301 -0.001805


2 -0.004876 0.003917 0.020126 -0.011718
3 0.002527 0.001913 0.010605 -0.005063
4 0.001102 0.002555 0.003961 -0.001191
5 0.001113 0.001150 0.001229 -4.96E-05
6 0.000454 0.000620 9.27E-05 0.000280
7 0.000225 0.000202 -0.000171 0.000231
8 6.17E-05 5.84E-05 -0.000175 0.000142
9 1.25E-05 -3.51E-06 -0.000109 6.72E-05
10 -6.55E-06 -1.32E-05 -5.48E-05 2.66E-05

Le Pib réel ne répond que très faiblement à ses propres chocs, ceux de la masse
monétaire et à ceux du taux d’intérêt.
224

Tableau n° 13 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du taux d’intérêt

Réponses de LTI1:
Périodes LIP1 LMM1 LPIBR1 LTI1

1 0.000000 0.000000 0.000000 0.716562


2 -0.141749 -0.078775 -0.064360 -0.019849
3 -0.028731 -0.059860 0.023781 -0.042910
4 -0.020895 -0.009886 0.026962 -0.024965
5 -0.001839 -0.002990 0.020525 -0.013877
6 -0.000186 0.002362 0.010571 -0.005557
7 0.001375 0.001762 0.004776 -0.001898
8 0.000833 0.001295 0.001610 -0.000296
9 0.000537 0.000605 0.000347 0.000142
10 0.000228 0.000265 -7.64E-05 0.000198

Le taux d’intérêt ne répond qu’à ses propres innovations. Les chocs des autres
variables n’ont aucun effet sur le taux d’intérêt. Cela est visible sur la première ligne du
tableau où nous retrouvons des 0,0000 comme réponse du taux d’intérêt aux innovations de
l’inflation, de la masse monétaire et du Pib réel.

Enfin, pour terminer l’analyse du modèle libéral, nous procédons à la décomposition


de la variance de l’erreur. Elle a pour objectif de calculer pour chacune des innovations sa
contribution à la variance de l’erreur. Nous utilisons le même ordre proposé par Cholesky :
LTI1, LMM1, LPIBR1 et LIP1.

C. Analyse de la décomposition de la variance des innovations

Dans l’ensemble des chocs subis par une variable, nous mesurons ici la part
provenant de la variable concernée elle-même et la part des effets provenant de chacune des
autres variables.
225

Tableau n°14 : Analyse de la décomposition de la variance du modèle classique

Décomposition de la variance LIP1


Périodes Ecart-type LIP1 LMM1 LPIBR1 LTI1

1 0.622871 54.37698 27.42417 2.420633 15.77821


2 0.723845 42.66763 24.92136 11.54090 20.87012
3 0.751029 40.00589 23.17472 15.22742 21.59196
4 0.758276 39.24782 22.75026 16.38092 21.62099
5 0.759744 39.10607 22.70709 16.60112 21.58572
6 0.759999 39.08999 22.70854 16.62811 21.57337
7 0.760038 39.08896 22.71127 16.62846 21.57131
8 0.760046 39.08892 22.71167 16.62814 21.57127
9 0.760048 39.08878 22.71163 16.62824 21.57135

Décomposition de la variance de LMM1:


Périodes Ecart-type LIP1 LMM1 LPIBR1 LTI1

1 0.757110 0.000000 87.07151 0.000000 12.92849


2 0.819630 10.67830 74.74201 0.903701 13.67598
3 0.839846 10.17856 71.95848 3.237038 14.62593
4 0.844407 10.13940 71.20243 3.915071 14.74310
5 0.845622 10.12025 71.00150 4.122428 14.75582
6 0.845831 10.11683 70.97789 4.153107 14.75218
7 0.845867 10.11825 70.97432 4.156428 14.75100
8 0.845872 10.11850 70.97416 4.156435 14.75091
9 0.845874 10.11857 70.97403 4.156454 14.75095

Décomposition de la variance de LPIBR1:


Périodes Ecart-type LIP1 LMM1 LPIBR1 LTI1

1 0.047476 0.000000 0.592994 99.26253 0.144477


2 0.053249 0.838395 1.012561 93.19145 4.957592
3 0.054623 1.010814 1.084875 92.33376 5.570556
4 0.054849 1.042810 1.292889 92.09260 5.571702
5 0.054887 1.082519 1.335061 92.01817 5.564246
6 0.054893 1.089108 1.347518 91.99778 5.565592
7 0.054894 1.090729 1.348795 91.99343 5.567043
8 0.054895 1.090835 1.348882 91.99268 5.567602
9 0.054895 1.090834 1.348875 91.99257 5.567721

Décomposition de la variance de LTI1:


Périodes Ecart-type LIP1 LMM1 LPIBR1 LTI1

1 0.716562 0.000000 0.000000 0.000000 100.0000


2 0.737763 3.691535 1.140092 0.761013 94.40736
3 0.742368 3.795667 1.776167 0.854223 93.57394
4 0.743636 3.861684 1.787788 0.982770 93.36776
5 0.744057 3.857927 1.787381 1.057751 93.29694
6 0.744157 3.856901 1.787910 1.077646 93.27754
7 0.744178 3.857024 1.788369 1.081704 93.27290
8 0.744181 3.857114 1.788656 1.082162 93.27207
9 0.744182 3.857160 1.788719 1.082182 93.27194

Ordre de Cholesky : LTI1 LMM1 LPIBR1 LIP1


226

La variance des erreurs de l’inflation est expliquée à 42,67% par ses propres
innovations, à 24,87% par celles de la masse monétaire, à 20,87% par les innovations du taux
d’intérêt et à 11,54% par celles du Pib réel. Tandis que les chocs de la masse monétaire sont
expliqués à 74,74% par leurs propres innovations, à 13,68% par ceux du taux d’intérêt, à
10,68% par les chocs de l’inflation et seulement à 0,90% par les innovations du Pib réel.

Les chocs du Pib réel sont expliqués à 93,19% par leurs propres innovations et
seulement à 4,96% par celles du taux d’intérêt, à 1,01% par les chocs de la masse monétaire, à
et à 0,84% par les innovations de l’inflation.

La variance des erreurs du taux d’intérêt provient à 94,41% de ses propres chocs, à
3,69% de chocs de l’inflation, à 1,14% de chocs de la masse monétaire et à 0,76% seulement
de chocs du Pib réel.

Du point de vue de cette analyse, on peut conclure qu’un choc de la masse monétaire,
du Pib réel et du taux d’intérêt ont beaucoup plus d’impact sur l’inflation qu’un choc
d’inflation n’en a sur ces variables. Ce qui est cohérent avec la théorie économique libérale
qui veut que le niveau de la masse monétaire soit exogène et fixée par la banque centrale et
que l’inflation soit expliquée par la masse monétaire, le Pib réel et le taux d’intérêt.

Avec ce modèle, l’inflation n’est expliquée que le Pib réel et la variable muette. Mais
les chocs subis par l’inflation proviennent en grande partie de ses propres chocs passés
mettant ainsi au clair les anticipations rationnelles des agents économiques congolais, sans
oublier les chocs des autres variables. Les anticipations adaptatives de Milton Friedman et les
anticipations rationnelles de Robert Lucas et la Nouvelle Ecole Classique (la NEC) sont bel et
bien présentes dans l’inflation congolaise.
227

SECTION II : ESTIMATION DU MODÈLE KEYNÉSIEN DE L’INFLATION EN


RDC
Selon la loi d’Okun, la seule variable en relation avec l’inflation est l’écart entre la
production ptentielle et la production effective.

II.1. Résultats de l’estimation du VAR du modèle keynésien

A. Choix de lag optimal

Pour déterminer le nombre optimal de retards à considérer dans le VAR, nous


utilisons, comme pour le modèle libéral, les critères de Akaike et Schwarz en les minimisant
sur un nombre maximum de quatre estimations. Très concrètement, nous estimons quatre
modèles VAR en raison de quatre retards successifs et retenir celui dont les valeurs des
critères AIC et SIC sont les plus faibles :

Tableau n° 15 : Critères de Akaike et Schwarz pour le modèle keynésien


Modèle VAR(1,1) VAR(1,2) VAR(1,3) VAR(1,4)
Critère d’Information de Akaike (AIC) 3.970137 4.028180 4.034665 4.195896
Critère d’Information de Schwarz (SIC) 4.273169 4.487066 4.652402 4.975563

Les deux critères nous donnent le même résultat. Ils suggèrent tous les deux, un
seul retards, p=1.
228

B. Résultats d’estimation

Tableau n° 16 : Résultats du processus VAR du modèle keynésien de l’inflation congolaise

Nombre d’observations: 51 après traitement de la fin


(. ) = Ecart-type et [.] = statistiques t

LIP1 ECART

LIP1(-1) 0.565611 0.385158


(0.10519) (0.14408)
[ 5.37706] [ 2.67325]

ECART(-1) -0.301472 0.689153


(0.06943) (0.09509)
[-4.34241] [ 7.24724]

C 0.141881 -0.173914
(0.09447) (0.12939)
[ 1.50192] [-1.34409]

DUM 0.836810 -0.426306


(0.27559) (0.37748)
[ 3.03642] [-1.12935]

R² 0.740812 0.591483
R² corrigé 0.724269 0.565408
Somme des carrés des résidus 14.47617 27.15861
Statistique F 44.77862 22.68344
Log de vraisemblance -40.25316 -56.29751
Akaike (AIC) 1.735418 2.364608
Schwarz (SIC) 1.886934 2.516124
Moyenne de la variable dépendante 0.716140 0.008477
Ecart-type de la variable dépendante 1.056902 1.153091

Déterminant de la matrice des Covariances Résiduelles 0.132743


Log de vraisemblance -93.23850
Akaike (AIC) 3.970137
Schwarz (SIC) 4.273169

Où (.) sont les écart-types et [.] sont les statistiques t de student (ici z car n > 30) des
estimateurs. D’après ce tableau, les estimations sont les suivantes :

Δlip  0 ,5656112Δlip t-1 -0 ,3014720Ecart t-1  0 ,141881  0 ,836810Dumt  et


t
( 0 ,105194 ) ( 0 ,06943 ) ( 0 ,09447 ) ( 0 ,27559 )
(7.2.1)
[ 5 ,37706 ] * * * [- 4 ,34241] * * * [ 1,50192] [ 3,03642] * * *
R 2  0 ,7408121; n  51
229

Ecartt  0 ,385158lip t 1  0 ,689153Ecartt 1  0 ,173914  0 ,426306Dumt  et


( 0 ,514408 ) ( 0 ,09509 ) ( 0 ,45476 ) ( 1,32054 )
[ 2 ,67325] * * * [ 7 ,24724 ] * * * [-1,34409 ] [-1,12935]
R 2  0 ,591483; n  51

Où [.]*** : Paramètre très significatif : seuil de 1% c’est-à-dire [.] > 2,58.


[.]** : Paramètre significatif au seuil de 5% c’est-à-dire [.] > 1,96.
[.]* : Paramètre significatif au seuil de 10% c’est-à-dire [.] > 1,64.

Nous remarquons que certains coefficients associés aux termes retardés sont
significativement différents de 0.

Ainsi, pour l’équation lip t (7.2.1), les coefficients de lip t 1 (tcal=5,38>ttab=1,96),

Ecartt 1 (|-4,34|>1,96) et dum (2,99>1,96) sont significativement différents de 0. Celui lié à

la constante (1,50<1,96) n’est sont pas significativement différent de 0. L’inflation est


expliquée par ses propres valeurs passées (anticipations adaptatives), l’écart de production
actuel et passé ainsi que la variable muette.

Pour l’équation Ecartt (7.2.2), le coefficient de lip t 1 (tcal=2,67>ttab=1,96) et celui

de Ecart t 1 (7,25>1,96) sont significativement différents de 0. La constante (|-1,34|<1,96) et

le coefficient de dum (|-1,13|<1,96) ne sont pas significativement différents de 0.

Dans ce modèle keynésien, l’inflation est expliquée par ses propres histoires, l’écart
de production et son histoire la plus récente ainsi que la variable muette. L’écart de
production est quant à lui, expliqué par sa propre histoire, l’inflation actuelle et l’histoire de
l’inflation.

Pour notre propos, effectuons le test de causalité au sens de Granger pour voir quelle
variable, l’inflation ou l’écart de production est la cause de l’autre variable et quelle variable
est la conséquence de l’autre.
230

II.2. Analyse de la causalité

Tableau n° 17: Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation et l’écart de production

Retards : 1
Hypothèse nulle: N Statistique F Probabilité

ECART ne cause pas LIP1 au sens de Granger 51 18.9038 7.E-05


LIP1 ne cause pas ECART au sens de Granger 6.95333 0.0112

Nous rejetons l’hypothèse nulle au seuil de 5% que l’écart de production ne cause


pas au sens de Granger l’inflation. C’est-à-dire que nous acceptons que l’écart de production
cause au sens de Granger l’inflation car la probabilité de 7E-05 =0,00007<0,05. De même,
nous rejetons l’hypothèse nulle au seuil de 5% que l’inflation ne cause pas au sens de Granger
l’écart de production. C’est-à-dire que nous acceptons que l’inflation cause au sens de
Granger l’écart de production car la probabilité de 0,0112<0,05.

De cette analyse, il ressort qu’il y a une boucle rétroactive, un « feedback effect »


entre les deux variables.

II.3. Vérification de la stationnarité du VAR du modèle keynésien.

Formellement, un modèle VAR(p) est stationnaire si les racines de l’équation


caractéristiques sont à l’extérieur du cercle unité du plan complexe, c’est-à-dire si les racines
p
du déterminant :  z   I   z
i 1
i
i
 I   1 z   2 z 2  ...   p z p  0

sont en valeur absolue supérieure à 1.


De manière équivalente, le VAR(p) sera stationnaire lorsque les racines propres de la
matrice  sont toutes inférieures à 1 en valeur absolue. Les valeurs propres i , i  1,2,..., p 

sont définies comme les racines de l’équation : I    0 .


231

Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial


1.5

1.0

0.5

0.0

-0.5

-1.0

-1.5
-1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5

Figure 7.18. : Vérification du VAR du modèle keynésien de l’inflation congolaise

Cette figure nous fait clairement voir que les racines propres de la matrice  sont
toutes inférieures à 1 en valeur absolue. Ces résultats peuvent être réédités d’une autre
manière dans ce tableau :

Tableau n° 18 : Vérification du VAR du modèle keynésien

Racines du polynôme caractéristique


Variables endogènes : LIP1 ECART
Variables exogène: C DUM
Retards : 1 1

Racines Modules

0.627382 - 0.335110i 0.711271


0.627382 + 0.335110i 0.711271

Aucune racine en dehors du cercle unitaire.


Le VAR satisfait à la condition de stationnarité.

Nous voyons que toutes les racines en module sont inférieures à 1, par conséquent le
VAR du modèle keynésien est bel bien stationnaire. Il est impérieux, à ce niveau d’étudier les
232

chocs subis par le modèle. Ceci nous permettra de vérifier l’hypothèse des anticipations et les
possibilités de la nouvelle courbe keynésienne.

II.4. Analyse des chocs subis par le modèle keynésien

Pour vérifier l’hypothèse des anticipations rationnelles et les possibilités de la


nouvelle courbe keynésienne, nous dynamisons ce VAR. Nous introduisons les innovations
qui vont capter les chocs de ces variables (inflation et écart de production) sur chacune
d’elles. Cette analyse se fera en trois étapes. Premièrement, une analyse impulsionnelle
graphique des innovations, deuxièmement une analyse impulsionnelle en termes de tableau
provenant des résidus du VAR, et enfin, troisièmement une analyse de la décomposition de la
variance des variables.

A. Analyse impulsionnelle graphique

Pour étudier les fonctions de réponse, il va falloir au préalable déterminer l’ordre


dans lequel nos variables vont se présenter car les résultats obtenus dépendent fortement de
l’ordre dans lequel on les a rangées. Il faut ranger les variables de la plus exogène à la plus
endogène, ou encore de la moins dépendante des autres à la plus dépendante des autres. C’est
l’ordre de Cholesky (Bourbonnais R., 2009).

Or d’après le test de causalité au sens de Granger, il y a une boucle rétroactive (un


feedback effect) entre l’inflation et l’écart de production. Mais la probabilité 0,000007 est
plus faible que 0,0112. Nous retenons donc l’ordre suivant : Ecart, inflation. Aussi, la théorie
keynésienne veut que l’inflation soit expliquée par l’écart de production et non l’inverse.
233

Response to Cholesky One S.D. Innovations ± 2 S.E.


.8 .8

.4 .4

.0 .0

-.4 -.4

2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Figure n° 7.19 : Réponses de LIP1 à LIP1 Figure n° 7.20 : Réponses de LIP1 à ECART
1.00 1.00

0.75 0.75

0.50 0.50

0.25 0.25

0.00 0.00

-0.25 -0.25

2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Figure n° 7.21 : Réponses de ECART à LIP1 Figure n° 7.21 : Réponses de ECART à ECART

La figure n°7.19 indique les réactions de l’inflation face à ses propres innovations.
Ces réactions sont immédiates, s’amortissent en cinq ans mais perdurent jusqu’à plus de 15
ans. Les anticipations rationnelles existent bel et bien dans l’inflation congolaise.

La figure n°7.20 montre que les innovations de l’écart de production influencent


faiblement les chocs de l’inflation.

La figuren°7.21 nous indique que les chocs de l’écart de production ne répondent pas
aux chocs de l’inflation. Cette courbe a pour origine 0.

Au niveau de la figure n°7.22, il s’agit de la réponse de l’écart de production à ses


propres chocs. Ces chocs sont significatifs. Ils sont directs mais s’amortissent vers la dix-
huitième année. Ces chocs se ressentent directement, s’amortissent au fil du temps
(stationnarité du modèle) mais les effets se ressentent jusque vers la dix-huitième période.

Cette analyse sera complétée par l’étude tabulaire des réponses impulsionnelles des
variables.
234

B. Etude tabulaire des réponses impulsionnelles des variables

Cette étude consiste à mesurer l’évolution des chocs causés sur l’inflation par l’écart
de production y compris ceux causés par l’inflation sur elle-même.

Tableau n° 19 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’écart de production du


modèle keynésien

Réponses de ECART
Périodes LIP1 ECART

1 0.000000 0.760160
2 0.200314 0.598469
3 0.251347 0.366367
4 0.214041 0.156935
5 0.141413 0.011569
6 0.069155 -0.064878
7 0.015231 -0.087260
8 -0.015874 -0.076668
9 -0.027624 -0.052055
10 -0.026631 -0.026530
11 -0.019440 -0.006954
12 -0.010920 0.004696
13 -0.003867 0.009411
14 0.000672 0.009432
15 0.002800 0.007074
16 0.003173 0.004105
17 0.002565 0.001572
18 0.001613 -0.000105
19 0.000727 -0.000926
20 9.55E-05 -0.001109

Nous retrouvons les mêmes constats qu’à l’analyse graphique, c’est-à-dire, que les
chocs de l’inflation n’ont aucun impact contemporain sur l’écart de production mais que les
innovations de l’écart de production ont un impact contemporain sur lui-même. Ceci est
lisible sur la première ligne du tableau où nous pouvons voir 0,00000 comme réponse de
l’écart de production aux chocs de l’inflation et 2,673398 comme réponse de l’écart de
production à ses propres chocs.
235

Tableau n° 20 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’inflation du modèle


keynésien

Réponses de LIP1:
Périodes LIP1 ECART

1 0.520083 0.193693
2 0.294165 -0.119612
3 0.105994 -0.248075
4 -0.015823 -0.250764
5 -0.073477 -0.189146
6 -0.084191 -0.110471
7 -0.068468 -0.042924
8 -0.043318 0.002028
9 -0.019715 0.024260
10 -0.002823 0.029415
11 0.006431 0.024635
12 0.009498 0.016030
13 0.008664 0.007651
14 0.006067 0.001491
15 0.003229 -0.002001
16 0.000982 -0.003264
17 -0.000401 -0.003084
18 -0.001000 -0.002218
19 -0.001052 -0.001223
20 -0.000814 -0.000412

L’inflation ne répond que faiblement aux chocs de l’écart de production mais


beaucoup plus à ses propres chocs.

C. Analyse de la décomposition de la variance des innovations

Nous mesurons ici la part provenant de la variable l’inflation elle-même et la part des
effets provenant de l’écart de production dans l’ensemble des chocs subis.
236

Tableau n° 21 : Analyse de la décomposition de la variance du modèle keynésien

Décomposition de la variance de LIP1:


Périodes Ecart-type LIP1 ECART

1 0.554981 87.81926 12.18074


2 0.639409 87.32423 12.67577
3 0.693988 76.46162 23.53838
4 0.738073 67.64625 32.35375
5 0.765459 63.81394 36.18606
6 0.777958 62.95098 37.04902
7 0.782144 63.04529 36.95471
8 0.783345 63.15787 36.84213
9 0.783969 63.12069 36.87931
10 0.784526 63.03243 36.96757

Décomposition de la variance de ECART:


Période Ecart-type LIP1 ECART

1 0.760160 0.000000 100.0000


2 0.987995 4.110683 95.88932
3 1.083298 8.802562 91.19744
4 1.115337 11.98693 88.01307
5 1.124325 13.37798 86.62202
6 1.128317 13.65915 86.34085
7 1.131789 13.59359 86.40641
8 1.134494 13.54843 86.45157
9 1.136023 13.57110 86.42890
10 1.136645 13.61115 86.38885

Ordre de Cholesky : ECART LIP1

La variance des erreurs de l’inflation est expliquée à 87,32% par ses propres
innovations et à 12,68% par les innovations de l’écart de production. Les chocs de l’écart de
production sont expliqués à 95,89% par leurs propres innovations et à 4,11% par les
innovations de l’inflation.

Du point de vue de ce test, on peut conclure qu’un choc sur l’écart de production a
beaucoup plus d’impact sur l’inflation qu’un choc de l’inflation n’en a sur l’écart de
production.
237

SECTION III : ESTIMATION DU MODÈLE STRUCTURALISTE DE L’INFLATION


EN RDC

Le modèle structuraliste suggérait que les facteurs influençant l’inflation sont les
importations et le taux de change.

III.1. Les résultats de l’estimation

A. Choix du lag optimal

Pour chercher le nombre p de retards optimal, les critères de Akaike et Schwarz


sont encore une fois utilisés en les minimisant sur un nombre maximum de quatre estimations.

Tableau n° 22 : Critères de Akaike et Schwarz pour le modèle structuraliste

Modèle VAR(1,1) VAR(1,2) VAR(1,3) VAR(1,4)


Critère d’Information de Akaike (AIC) 5.326623 5.553529 5.145573 5.206061
Critère d’Information de Schwarz (SIC) 5.894807 6.471300 6.419656 6.843362

Les deux critères donnent des résultats mitigés. Le critère de Akaike suggère trois
retards tandis que celui de Schwarz suggère un seul retard. En nous appuyant sur le critère de
parcimonie, nous choisissons donc le premier modèle, celui à un retard, p=1.
238

B. Résultats d’estimation

Tableau n° 23 : Résultats d’estimation du processus VAR du modèle structuraliste de l’inflation


congolaise

Nombre d’observations: 51 après traitement de la fin


(. ) = Ecart-type et [.] = statistiques t

LIP1 LTC1 LIMPORT1

LIP1(-1) 1.136938 1.536213 -0.285123


(0.20884) (0.20608) (0.27894)
[ 5.44418] [ 7.45450] [-1.02215]

LTC1(-1) -0.659234 -0.801164 0.149861


(0.18025) (0.17787) (0.24076)
[-3.65738] [-4.50425] [ 0.62245]

LIMPORT1(-1) -0.139124 -0.089918 -0.203651


(0.10712) (0.10570) (0.14308)
[-1.29878] [-0.85065] [-1.42334]

C 0.181490 0.054163 0.283148


(0.10114) (0.09981) (0.13510)
[ 1.79442] [ 0.54268] [ 2.09589]

DUM 0.975633 0.490285 -0.084599


(0.28643) (0.28264) (0.38258)
[ 3.40623] [ 1.73463] [-0.22113]

R² 0.722637 0.770477 0.087442


R² corrigé 0.698518 0.750518 0.008089
Somme des carrés des résidus 0.580317 0.572656 0.775139
Statistique F 29.96188 38.60382 1.101943
Log de vraisemblance -41.98145 -41.30372 -56.74433
Akaike (AIC) 1.842410 1.815832 2.421346
Schwarz (SIC) 2.031804 2.005227 2.610741
Moyenne de la variable dépendante 0.716140 0.689154 0.137365
Ecart-type de la variable dépendante 1.056902 1.146501 0.778294

Déterminant de la matrice des Covariances Résiduelles 0.022931


Log de vraisemblance -120.8289
Akaike (AIC) 5.326623
Schwarz (SIC) 5.894807

Où (.) sont les écart-types et [.] sont les statistiques t de Student (ici z car n > 30) des
estimateurs.
D’après ce tableau, les estimations sont les suivantes :
239

Δlip t  1,136938Δlip t 1  0 ,659234Δltc t 1  0 ,139124ΔLimportt 1


( 0 ,20884 ) ( 0 ,18025 ) ( 0 ,10712 )
[ 5 ,44418 ] * * * [-3 ,65738 ] * * * [  1,29878 ]
 0 ,181490  0 ,975633Dumt  et
( 0 ,10114 ) ( 0 ,28643 ) (7.3.1)
[ 1,79442 ] * [ 3 ,40623] * * *
R 2  0 ,722637; n  51

Δltct  1,536213Δlip t 1  0 ,801164Δltct 1  0 ,089918 Δ lim portt 1


( 0 ,20608 ) ( 0 ,17787 ) ( 0 ,10570 )
[ 7 ,45450 ] * * * [-4 ,50425] * * * [-0 ,85065]
 0 ,054163  0 ,490285Dumt  et
( 0 ,09981) ( 0 ,28264 ) (7.3.2)
[ 0 ,54268 ] [ 1,73463] *
R 2  0 ,770477; n  51

Δ lim port t  0 ,285123Δlip t 1  0 ,149861Δltc t 1  0 ,203651 ΔLimportt 1


( 0 ,27894 ) ( 0 ,24076 ) ( 0 ,14308 )
[-1,02215 ] [ 0 ,62245 ] [  1,42334 ]
 0 ,283148  0 ,1084599Dumt  et (7.3.3)
( 0 ,13510 ) ( 0 ,38258 )
[ 2 ,09589 ] * * [-0 ,22113]
R 2  0 ,087442; n  51

Où [.]*** : Paramètre très significatif : seuil de 1% c’est-à-dire [.] > 2,58.


[.]** : Paramètre significatif au seuil de 5% c’est-à-dire [.] > 1,96.
[.]* : Paramètre significatif au seuil de 10% c’est-à-dire [.] > 1,64.

Pour l’équation lip t (7.3.1), les coefficients de lip t 1 (tcal=5,44>ttab=1,96),

Δltct 1 (3,66>1,96) et de la variable muette dum (3,41>1,96) sont significativement

différents de 0. Les coefficients de Δ lim portt 1 (|tacl|=1,29<1,96) et de la constante

(tcal=1,79<1,96) ne sont pas significativement différents de 0.

L’inflation est expliquée par ses propres valeurs passées, les valeurs passées du taux
de change et par la variable muette.
240

L’équation Δltc t (7.3.2) laisse voir que les coefficients de Δlip t 1 (tcal=7,45>1,96) et

de Δltct 1 (|-4,50|>1,96) sont significativement différent de 0. Tous les autres coefficients ne

sont pas significativement différents de 0.

Pour l’équation Δ lim port t (7.3.3), tous les coefficients ne sont pas significativement
différents de 0.

Pour mieux expliciter nos propos, effectuons le test de causalité au sens de Granger
pour voir quelle variable, l’inflation, les importations et le taux de change est la cause de
quelle autre variable et quelle variable est la conséquence de quelle autre.

III.2. Analyse de la causalité

L’analyse de la causalité va nous permettre de savoir quelles sont les influences


statistiquement significatives des variables des modèles entre elles. L’analyse de cette
causalité est un préalable nécessaire à l’étude de la dynamique du modèle.

Nous procédons donc au test de causalité au sens de GRANGER à partir de la


représentation VAR estimée. Nous obtenons les résultats suivants :
241

Tableau n° 24 : Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation, les importations et le taux de
change

Retards : 1
Hypothèse nulle: n Statistique F Probabilité
LIMPORT1 ne cause pas LIP1 au sens de Granger 51 0.56985 0.4540
LIP1 ne cause pas LIMPORT1 au sens de Granger 2.38410 0.1291

LTC1 ne cause pas LIP1 au sens de Granger 51 10.0467 0.0027


LIP1 ne cause pas Cause LTC1 au sens de Granger 71.8858 4.E-11

LTC1 ne cause pas LIMPORT1 au sens de Granger 51 1.31427 0.2573


LIMPORT1 ne cause pas LTC1 au sens de Granger 0.10674 0.7453

Nous acceptons l’hypothèse nulle au seuil de 5% que les importations ne causent pas
au sens de Granger l’inflation, car la probabilité de 0,4540 > 0,05.

Aussi, nous acceptons, toujours au seuil de 5%, que l’inflation ne cause pas au sens
de Granger les importations: 0,1291 > 0,05.

En revanche, nous rejetons l’hypothèse nulle au seuil de 5% que le taux de change ne


cause pas au sens de Granger l’inflation. C’est-à-dire que nous acceptons que le taux de
change cause au sens de Granger l’inflation car la probabilité de 0,0027 < 0,05.

L’inverse est tout aussi vrai car nous rejetons, toujours au seuil de 5%, que l’inflation
ne cause pas au sens de Granger le taux de change : 4,E-11 = 0,00000000004 < 0,05. Il y a
donc une boucle rétroactive entre les deux variables.

Par contre, le taux de change ne cause pas au sens de Granger les importations :
0,2573 > 0,05 et les importations ne causent pas au sens de Granger le taux de change : 0,7453 > 0,05.

Pour valider ces résultats, le VAR estimé doit être stationnaire. Nous vérifions cette
stationnarité.
242

III.3. Vérification de la stationnarité du VAR du modèle structuraliste

Un modèle VAR(p) est stationnaire si les racines de l’équation caractéristiques sont à


l’extérieur du cercle unité du plan complexe, c’est-à-dire si les racines du déterminant :
p
 z   I   i z i  I   1 z   2 z 2  ...   p z p  0
i 1

sont en valeur absolue supérieure à 1.


De manière équivalente, le VAR(p) sera stationnaire lorsque les racines propres de la
matrice  sont toutes inférieures à 1 en valeur absolue. Les valeurs propres i , i  1,2,..., p 
sont définies comme les racines de l’équation : I    0 .

Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial


1.5

1.0

0.5

0.0

-0.5

-1.0

-1.5
-1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5

Figure 7.23. : Vérification du VAR du modèle structuraliste de l’inflation congolaise

Cette figure fait clairement voir que les racines propres de la matrice  sont toutes
inférieures à 1 en valeur absolue. Ces résultats peuvent être réédités d’une autre manière dans
ce tableau :
243

Tableau n° 25 : Vérification du VAR du modèle structuraliste

Racines du polynôme caractéristique


Variables endogènes : LIP1 LIMPORT1 LTC1
Variables exogène: C DUM
Retards : 1 1

Racines Modules

0.184799 - 0.246775i 0.308299


0.184799 + 0.246775i 0.308299
-0.237476 0.237476

Aucune racine en dehors du cercle unitaire.


Le VAR satisfait à la condition de stationnarité.

Toutes les racines en module sont inférieures à 1, par conséquent le VAR du


modèle structuraliste est bel bien stationnaire. Il est impérieux, à ce niveau d’étudier les chocs
subis par le modèle.

III.4. Analyse des chocs subis par le modèle structuraliste

Pour étudier les chocs, nous dynamisons ce VAR. Nous introduisons les innovations
qui vont capter les chocs de ces variables (inflation, importations et taux de change) sur
chacune d’elles. Cette analyse se fera en trois étapes. Premièrement, une analyse
impulsionnelle graphique des innovations, deuxièmement une analyse impulsionnelle en
termes de tableau provenant des résidus du VAR, et enfin, troisièmement une analyse de la
décomposition de la variance des variables.

A. Analyse impulsionnelle graphique

Pour étudier les fonctions de réponse, il va falloir au préalable déterminer l’ordre


dans lequel les variables vont se présenter car les résultats obtenus en dépendent fortement. Il
faut ranger les variables de la plus exogène à la plus endogène, ou encore de la moins
dépendante des autres à la plus dépendante des autres. C’est l’ordre de Cholesky
(Bourbonnais R., 2009).
244

D’après le test de causalité au sens de Granger, il y a une boucle rétroactive entre


l’inflation et le taux de change. Nous retenons donc l’ordre suivant : importations, taux de
chance et inflation.
Response to Cholesky One S.D. Innovations ± 2 S.E.

.8 .8 .8

.6 .6 .6

.4 .4 .4

.2 .2 .2

.0 .0 .0

-.2 -.2 -.2

-.4 -.4 -.4


1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Figure n° 7. 24 : Réponses de LIP1 à LIP1 Figure n° 7. 25 : Réponses de LIP1 à LIMPORT1 Figure n° 7. 26 : Réponses de LIP1 à LTC1

1.2 1.2 1.2

0.8 0.8 0.8

0.4 0.4 0.4

0.0 0.0 0.0

-0.4 -0.4 -0.4


1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Figure n° 7. 27 : Réponses de LIMPORT11 à LIP1 Figure n° 7. 28 : Réponses de LIMPORT11 à LIMPORT1Figure n° 7. 29 : Réponses de LIMPORT11 à LTC1

1.2 1.2 1.2

0.8 0.8 0.8

0.4 0.4 0.4

0.0 0.0 0.0

-0.4 -0.4 -0.4


1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Figure n° 7. 30 : Réponses de LTC1 à LIP1 Figure n° 7. 31 : Réponses de LTC1 à LMM1Figure n° 7. 31 : Réponses de LTC1 à LTC1

La première ligne (figures n°7.24, 7.25 et 7.26) concerne les chocs subis par
l’inflation. La figure n° 7.24 indique les réactions vives de l’inflation face à ses propres
innovations. Ces chocs de l’inflation causés sur elle-même persistent longtemps au-delà de 8
ans, à en croire la figure. Lorsque le processus inflationniste est enclenché au Congo, il
s’auto-entretient, se nourrit et ne cesse que plus tard.

La figure n°7.25 montre que les chocs des importations n’ont aucun effet sur les
chocs de l’inflation. La courbe commence à zéro.

La figure n°7.26 montre clairement que les chocs du taux de change affectent
l’inflation immédiatement, s’amplifient au bout de 2 ans et s’estompent plus tard au fil du
temps.

Ces résultats montrent clairement que l’inflation congolaise répond aux chocs subis
par elle-même et ceux subis par le taux de change. Ce qui va un peu dans le sens de la théorie
structuraliste.
245

Les importations ne subissent aucun choc d’inflation ni du taux de change comme le


témoignent les figures n°7.27 et n°7.29. Aussi, les réactions des importations à leurs propres
chocs sont très vives immédiatement mais s’amortissent 3 ans après, pour s’annuler au bout
de 7 ans (figures n°7.28).

Les chocs de l’inflation et des importations n’ont aucun effet sur le taux de change,
comme cela ressort des figures n°7.30 et 7.31. Ces courbes ont pour origine zéro.

La figure n°7.32 concerne la réponse du taux de change à ses propres chocs. Ces
chocs sont significatifs et vont jusqu’à 8 ans.

Cette analyse est complétée par l’étude tabulaire des réponses impulsionnelles des
variables ci-dessous.

B. Etude tabulaire des réponses impulsionnelles des variables

Cette étude tabulaire nous permet de mesurer ces réponses impulsionnelles de ces
différentes variables. L’étude permet de mesurer l’évolution des chocs causés sur une
variable par les autres y compris ceux causés par la variable concernée sur elle-même.
246

Tableau n° 26 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’inflation du


modèle structuraliste

Réponses de LIP1
Période LIP1 LIMPORT1 LTC1

1 0.398257 0.014659 0.421834


2 0.452793 -0.092447 0.102087
3 0.127271 -0.050481 -0.003892
4 0.004531 -0.006328 -0.010779
5 -0.010548 0.001618 -0.003700
6 -0.004299 0.001399 -0.000323
7 -0.000594 0.000316 0.000228
8 0.000191 -4.96E-06 0.000116
9 0.000127 -3.45E-05 2.09E-05
10 2.87E-05 -1.17E-05 -3.21E-06

La première colonne de ce tableau reprend les périodes. La deuxième colonne donne


les réponses impulsionnelles de l’inflation face à ses propres chocs. La troisième colonne
résume les réponses impulsionnelles de l’inflation face aux innovations des importations. Et
la quatrième colonne reprend les réactions de l’inflation face aux chocs du taux de change.

Nous retrouvons les mêmes constats qu’à l’analyse graphique, c’est-à-dire que les
chocs de l’inflation et du taux de change ont un impact contemporain sur l’inflation. Mais,
l’inflation répond vivement aux chocs du taux de change (0,42). Les chocs de l’inflation sur
elle-même ne sont pas non plus négligeables (0,39). L’inflation répond aussi fortement à ses
chocs qu’à ceux du taux de change. Selon ce modèle, l’inflation congolaise n’est pas du tout
importée. Les causes de cette inflation sont plutôt internes.
247

Tableau n° 27 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations des importations du modèle
structuraliste

Réponses de LIMPORT1:
Périodes LIP1 LIMPORT1 LTC1

1 0.000000 0.775139 0.000000


2 -0.113552 -0.161748 -0.034456
3 -0.014291 0.051997 0.006269
4 -0.001062 -0.009449 0.001079
5 0.002527 0.002024 0.000875
6 0.000664 -0.000837 -3.38E-05
7 9.33E-05 8.79E-05 -3.52E-05
8 -4.95E-05 -2.80E-05 -2.41E-05
9 -2.22E-05 1.46E-05 -2.17E-06
10 -4.68E-06 1.44E-07 6.83E-07

Il ressort de ce tableau que les innovations de l’inflation et du taux de change n’ont


aucun impact contemporain sur les importations. Ceci est lisible sur la première ligne du
tableau où nous pouvons voir 0,00000 comme réponse des importations aux chocs de
l’inflation et du taux de change. Par contre, les importations réagissent vivement à leurs
propres chocs (0,77).

Tableau n° 28 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du taux de change du modèle
structuraliste

Réponses du LTC1
Périodes LIP1 LIMPORT1 LTC1

1 0.000000 0.001931 0.572653


2 0.611807 -0.048727 0.189239
3 0.215639 -0.088436 0.008314
4 0.024038 -0.011373 -0.013204
5 -0.012203 0.000241 -0.006077
6 -0.006655 0.002111 -0.000894
7 -0.001333 0.000534 0.000224
8 0.000148 4.97E-05 0.000173
9 0.000179 -4.50E-05 4.15E-05
10 5.27E-05 -1.84E-05 -8.43E-07

Le taux de change répond à ses propres innovations (0,572653) et très faiblement à


celles des importations (0,001931). Les chocs de l’inflation n’ont aucun effet contemporain
sur le taux de change. Cela est visible sur la première ligne du tableau où nous retrouvons des
0,0000 comme réponse du taux de change aux innovations de l’inflation.
248

Enfin, pour terminer l’analyse du modèle structuraliste, nous procédons à la


décomposition de la variance de l’erreur. Elle a pour objectif de calculer pour chacune des
innovations sa contribution à la variance de l’erreur. Nous utilisons le même ordre proposé
par Cholesky.

C. Analyse de la décomposition de la variance des innovations

Dans l’ensemble des chocs subis par une variable, nous mesurons ici la part
provenant de la variable concernée elle-même et la part des effets provenant de chacune des
autres variables.

Tableau n° 29 : Analyse de la décomposition de la variance du modèle structuraliste

Décomposition de la variance LIP1


Périodes Ecart-type LIP1 LTC1 LIMPORT1

1 0.580317 47.09731 52.83888 0.063807


2 0.748838 64.84624 33.59135 1.562415
3 0.761262 65.54196 32.50647 1.951568
4 0.761378 65.52552 32.51660 1.957880
5 0.761461 65.53029 32.51181 1.957901

Décomposition de la variance de LIMPORT1


Périodes Ecart-type LIP1 LTC1 LIMPORT1

1 0.572656 0.000000 0.000000 100.0000


2 0.860482 2.011299 0.185193 97.80351
3 0.891527 2.033805 0.190448 97.77575
4 0.892021 2.033691 0.190602 97.77571
5 0.892125 2.034647 0.190717 97.77464

Décomposition de la variance de LTC1


Périodes Ecart-type LIP1 LTC1 LIMPORT1

1 0.775139 0.000000 99.99886 0.001137


2 0.800678 50.55288 49.12594 0.321171
3 0.802516 52.94392 45.77289 1.283186
4 0.802573 52.95788 45.74410 1.298021
5 0.802580 52.96422 45.73805 1.297725

Ordre de Cholesky : LIMPORT1 LTC1 LIP1


249

La variance des erreurs de l’inflation est expliquée à 64,84% par ses propres
innovations, à 33,59% par celles du taux de change et à 1,56% par les innovations des
importations. Tandis que les chocs des importations sont expliqués à 97,80% par leurs
propres innovations, à 2,01% par les innovations de l’inflation, et seulement à 0,19% par les
chocs du taux de change.

La variance des erreurs du taux de change provient à 50,55% de chocs de l’inflation,


à 49,12% de ses propres chocs et à seulement 0,32% de chocs des importations.

Avec ce modèle, l’inflation est expliquée par sa propre histoire, le taux de change
contemporains et passés et les chocs subis par l’inflation.

SECTION IV : ESTIMATION DU MODÈLE DE SYNTHÈSE DE L’INFLATION EN


RDC : MODÉLE CLASSICO-STRUCTURO-KEYNÉSIEN D’INFLATION EN RDC

D’après le modèle de synthèse, les variables en relation sont l’inflation, la masse


monétaire, l’écart entre la production potentielle et la production effective, le taux de change,
le taux d’intérêt et les importations.

IV.1. Résultats de l’estimation du modèle de synthèse

A. Choix du lag optimal

Nous allons chercher le nombre p de retard optimal du processus VAR du modèle de


synthèse. Nous utilisons pour cela, encore une fois, les critères de Akaike et Schwarz en les
minimisant sur un nombre maximum de quatre estimations. Très concrètement, nous
estimons quatre modèles VAR en raison de quatre retards successifs et retenons celui dont les
valeurs des critères AIC et SIC sont les plus faibles :

Tableau n° 30 : critères de Akaike et Schwarz pour le modèle de synthèse


Modèle VAR(1,1) VAR(1,2) VAR(1,3) VAR(1,4)
Critère d’Information de Akaike (AIC) 8.013392 8.077871 7.957257 7.921283
Critère d’Information de Schwarz (SIC) 9.528550 10.56350 11.43203 12.40437

Les deux critères donnent des résultats mitigés. Le critère de Akaike suggère quatre
retards tandis que celui de Schwarz suggère un seul retard. En nous appuyant sur le critère de
parcimonie, nous choisissons donc le premier modèle, celui à un retard, p=1.
250

B. Résultats d’estimation

Tableau n° 31: Résultats d’estimation du processus VAR du modèle de synthèse de l’inflation


congolaise

Nombre d’observations: 51 après traitement de la fin


(. ) = Ecart-type et [.] = statistiques t

LIP1 LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1

LIP1(-1) 0.810638 0.579959 0.793668 1.392034 -0.500254


(0.19416) (0.32199) (0.29789) (0.23669) (0.31124)
[ 4.17506] [ 1.80119] [ 2.66432] [ 5.88134] [-1.60729]

LMM1(-1) 0.240430 0.014425 -0.023645 0.092680 0.218278


(0.10709) (0.17760) (0.16431) (0.13055) (0.17167)
[ 2.24505] [ 0.08122] [-0.14391] [ 0.70993] [ 1.27150]

ECART(-1) -0.231451 -0.375258 0.765269 -0.110857 -0.105884


(0.06617) (0.10973) (0.10152) (0.08066) (0.10607)
[-3.49793] [-3.41985] [ 7.53835] [-1.37437] [-1.99227]

LTC1(-1) 0.413085 -0.002446 -0.331311 -0.690582 0.266244


(0.16095) (0.26690) (0.24693) (0.19620) (0.25799)
[2.56661] [-0.00917] [-1.34174] [-3.51986] [ 1.03198]

LIMPORT1(-1) -0.249283 -0.037813 0.297546 -0.133032 -0.312809


(0.10953) (0.18164) (0.16804) (0.13352) (0.17558)
[-2.27592] [-0.20818] [ 1.77063] [-0.99634] [-1.78160]

LTI1 0.279008 0.336648 0.220929 0.071282 0.250734


(0.09884) (0.16392) (0.15165) (0.12049) (0.15844)
[ 2.82274] [ 2.05379] [ 1.45686] [ 0.59159] [ 1.58247]

C 0.115158 0.303746 -0.243334 0.028860 0.231758


(0.08363) (0.13868) (0.12830) (0.10194) (0.13405)
[ 1.37704] [ 2.19024] [-1.89657] [ 0.28310] [ 1.72885]

DUM 0.705889 0.453234 -0.503395 0.395402 -0.281536


(0.23916) (0.39660) (0.36692) (0.29153) (0.38336)
[ 2.95159] [ 1.14280] [-1.37195] [ 1.35628] [-0.73438]

R² 0.829316 0.598982 0.662470 0.784457 0.191205


R² corrigé 0.801530 0.533700 0.607523 0.749369 0.059541
Somme des carrés des résidus 9.533064 26.21682 22.43936 14.16617 24.49602
Statistique F 29.84678 9.175309 12.05656 22.35663 1.452216
Log de vraisemblance -29.60085 -55.39754 -51.43013 -39.70115 -53.66633
Akaike (AIC) 1.474543 2.486178 2.330593 1.870633 2.418287
Schwarz (SIC) 1.777575 2.789209 2.633625 2.173665 2.721319
Moyenne de la variable dépendante 0.716140 0.818028 0.008477 0.689154 0.137365
Ecart-type de la variable dépendante 1.056902 1.143466 1.153091 1.146501 0.778294

Déterminant de la matrice des Covariances Résiduelles 0.000433


Log de vraisemblance -164.3415
Akaike (AIC) 8.013392
Schwarz (SIC) 9.528550
251

Où (.) sont les écart-types et [.] sont les statistiques t de Student (ici z car n > 30) des
estimateurs. D’après ce tableau, les estimations sont les suivantes :

Δlip t  0 ,81Δlip t 1  0 ,24 Δlmmt 1  0 ,23 Ecartt 1  0 ,41Δltc t 1


0 ,19  0 ,11 0 ,07  ( 0 ,16 )
4 ,17 * * * 2 ,24* *  3,50* * * 2 ,57 * *
 0 ,25 Δ lim port t 1  0 ,28 Δli t  0 ,11  0 ,71Dumt  et (7.4.1)
0 ,11 0 ,10  0 ,08  0 ,24 
 2 ,28* * 2 ,82* * * 1,38 2 ,95* * *
R  0 ,829316;
2
n  51

Δlmmt  0 ,58 Δlip t 1  0 ,01Δlmmt 1  0 ,38 Ecartt 1  0 ,002ltct 1


0 ,132 0 ,18  0 ,11 (0,27)
1,80 * 0 ,08  -3,41 * * * 0,0009
 0 ,04  lim port t 1  0 ,33 Δli t  0 ,30  Dumt  et (7.4.2)
0 ,18  0 ,16  0 ,14  0,40
 0 ,21 2 ,054* * 2 ,19* * 1,14
R 2  0 ,598982; n  51

Ecartt  0 ,79 Δlip t 1  0 ,02 Δlmmt 1  0 ,77 Ecartt 1  0 ,33 Δltc t 1


0 ,30  0 ,16  0 ,10  ( 0 ,24 )
2 ,66 * * *  0 ,14 7 ,53* * *  1,34
 0 ,30 Δ lim port t 1  0 ,22 Δli t  0 ,24  0 ,503Dumt  et (7.4.3)
0 ,16  0 ,15 0 ,12 0 ,37 
1,77 * 1,46   0 ,89  1,37 
R 2  0 ,662470; n  51

Δltc t  1,39 Δlip t 1  0 ,09 Δlmmt 1  0 ,118 Ecartt 1  0 ,69 Δltc t 1


0 ,23  0 ,13 0 ,08  ( 0 ,19 )
5 ,88* * * 0 ,71  1,37  -3,52* * *
 0 ,13 Δ lim port t 1  0 ,07 Δli t  0 ,03  0 ,39 Dumt  et (7.4.4)
0 ,13 0 ,12 0 ,10  0 ,29 
 0 ,99 0 ,59 0 ,28 1,35
R 2  0 ,784457; n  51
252

Δ lim port t  0 ,50 Δlip t 1  0 ,22 Δlmmt 1  0 ,11Ecartt 1  0 ,26 Δltc t 1


0 ,31 0 ,17  0 ,11 ( 0 ,25 )
 1,61 1,27   1,99* * 1,03
 0 ,31Δ lim port t 1  0 ,25 Δli t 1  0 ,23  0 ,28 Dumt  et (7.4.5)
0 ,17  0 ,16  0,13 0 ,38 
 1,78* 1,58 1,72 *  0 ,73
R 2  0 ,191205; n  51

Où [.]*** : Paramètre très significatif : seuil de 1% c’est-à-dire [.] > 2,58.


[.]** : Paramètre significatif au seuil de 5% c’est-à-dire [.] > 1,96.
[.]* : Paramètre significatif au seuil de 10% c’est-à-dire [.] > 1,64.

Pour l’équation de l’inflation lip t (7.4.1), les coefficients de l’inflation passée

lip t 1 (tcal=4,17>ttab=1,96), de la masse monétaire Δlmmt 1 (2,24>1,96), de l’écart de

production Ecartt 1 (|-3,50|>1,96), du taux de change Ltct 1 (2,57>1,96), des importations

Δ lim portt 1 (|-2,28|>1,96), du taux d’intérêt Lti t (2,82 >1,96) et la variable muette dum

(2,95>1,96) sont significativement différents de 0. La constante c (1,38|<1,96) et n’est pas


significativement différente de 0. L’inflation est expliquée par ses propres valeurs passées
(inertie, anticipations adaptatives), les valeurs actuelles et passées de la masse monétaire,
celles de l’écart de production, celles du taux de change, celles des importations, le taux
d’intérêt et la variable muette. La variable muette dénonce le désordre monétaire qui a
caractérisé l’économie zaïroise pendant les années 1990.

Pour l’équation Δlmmt (7.4.2), les coefficients de l’écart de production

(|-5,27|>1,96), du taux d’intérêt Lti t (2,05>1,96), et la constante c (2,19>1,96), sont


significativement différents de 0. Tous les autres ne le sont pas.

L’exogénéité de la masse monétaire n’est pas observée au Congo où celle-ci est


expliquée par l’écart de production et le taux d’intérêt. En effet, l’offre de monnaie congolaise
est endogène et dépend indirectement de la production et du taux d’intérêt. La Banque
Centrale du Congo adapte l’offre de monnaie aux besoins de l’économie. C’est pourquoi
l’offre de monnaie est fonction de l’écart entre la production effective et la production
potentielle (output gap).
253

L’équation Ecartt (7.4.3) laisse voir que les coefficients de lip t 1

(tcal=2,66>ttab=1,96), celui de Ecartt 1 (7,54 >1,96) sont significativement différents de 0.

Tous les autres coefficients ne sont pas significativement différents de 0. La théorie selon
laquelle l’inflation influence la production (la croissance) est vérifiée à ce niveau.

Pour l’équation Δltct (7.4.4), les coefficients de l’inflation Δlip t 1 (5,88>1,96) et du

taux change Δltct 1 (|-3,52|>1,96) sont significativement différents de 0. Les autres ne le sont

pas.

Comme c’est le coefficient de l’inflation qui est significativement différent de zéro et


non celui du taux d’intérêt, selon DORNBUSH (1982) et KRUGMAN (1992) (cités par
ONDO A., 1999), c’est la théorie de la parité des pouvoirs d’achat qui se vérifie ici et non
celle de la parité des taux d’intérêt. En effet, selon ces deux auteurs, à long terme, le taux de
change d'équilibre est guidé par l'évolution des prix des biens échangeables (parité des
pouvoirs d'achat). Ici, C'est la différence des taux d'inflation entre deux pays qui explique
l'évolution du taux de change. A court terme, les perturbations réelles et monétaires ne se
répercutent pas immédiatement sur les prix des biens, l'ajustement se fait par les marchés
financiers à l'aide d'une variation correspondante du taux d'intérêt (théorie de la parité des
taux d'intérêt).

Dans la dernière équation (7.4.5), les importations sont expliquées uniquement par
l’écart de production Ecartt 1 (|-1,99>1,96).

Les taux directeurs se fixent de manière autonome par la Banque Centrale du Congo,
ils sont donc exogènes. Comme le montre l’annexe 3 (estimation du modèle de synthèse avec

le taux d’intérêt comme variable endogène), l’équation Δltit (LTI1) aucun coefficient n’est
significativement différent de 0.

Les variables masse monétaire actuelle, l’écart de production actuel, de taux de


change actuel, les importations actuelles, le taux d’intérêt actuel, la variable muette, l’inflation
passée, la masse monétaire passée, l’écart de production passé, le taux de change passé, les
importations passées expliquent l’inflation actuelle. La masse monétaire, l’écart de
254

production, le taux de change, le taux d’intérêt et les importations ont effectivement un effet
immédiat (contemporain) sur l’inflation. L’inflation congolaise a aussi un effet décalé sur
elle-même. Les agents économiques font des anticipations adaptatives de l’inflation.
L’inflation passée, la masse monétaire, l’écart de production, le taux de change, les
importations et le taux d’intérêt sont des facteurs déterminant l’inflation en RDC, selon ce
modèle de synthèse.

La relation inverse entre l’inflation et le taux de change est aussi ici pertinente. En
effet, le taux de change est aussi expliqué par l’inflation. Les relations inverses entre
l’inflation et la masse monétaire, l’inflation et le taux d’intérêt, l’inflation et les importations
ne sont pas pertinentes. L’inflation n’explique ni le niveau de la masse monétaire, ni le taux
d’intérêt, ni les importations. Mais l’inflation explique l’écart de production. Aussi, la masse
monétaire est expliquée par l’écart de production. Mais l’écart de production n’est pas
expliqué par la masse monétaire. Ce qui confirme que les autorités monétaires adaptent l’offre
de monnaie aux besoins réels de l’économie. Le caractère exogène de la masse monétaire
n’est pas observé ici. En effet, la masse monétaire est expliquée par l’écart de production et le
taux d’intérêt.

Pour mieux expliciter nos propos, effectuons le test de causalité au sens de Granger
pour voir quelle variable, l’inflation, la masse monétaire, l’écart de production, le taux de
change, le taux d’intérêt ou les importations, est la cause de quelle autre variable et quelle
variable est la conséquence de quelle autre.

IV.2. Analyse de la causalité

L’analyse de la causalité nous permet de savoir quelles sont les influences


statistiquement significatives des variables des modèles entre elles. L’analyse de cette
causalité est un préalable nécessaire à l’étude de la dynamique du modèle. Nous
procédons donc au test de causalité au sens de GRANGER à partir de la représentation
VAR estimée. Rappelons que Granger considère qu’une variable est la cause d’une autre
si la prédictibilité de la première est améliorée lorsque l’information relative à la seconde
est incorporée dans l’analyse. Nous obtenons les résultats suivants :
255

Tableau n° 32 : Test de causalité au sens de Granger entre l’inflation, la masse monétaire, l’écart
de production, le taux de change, le taux d’intérêt et les importations

Retards : 1
Hypothèse nulle n Statistique F Probabilité
LMM1 ne Cause pas LIP1 au sens de Granger 51 0.12617 0.7240
LIP1 ne Cause pas LMM1 au sens de Granger 15.6827 0.0002

ECART ne Cause pas LIP1 au sens de Granger 51 18.9038 7.E-05


LIP1 ne Cause pas ECART au sens de Granger 6.95333 0.0112

LTC1 ne Cause pas LIP1 au sens de Granger 51 10.0467 0.0027


LIP1 ne Cause pas LTC1 au sens de Granger 71.8858 4.E-11

LTI1 ne Cause pas LIP1 au sens de Granger 51 0.08999 0.7655


LIP1 ne Cause pas LTI1 au sens de Granger 0.56202 0.4571

LIMPORT1 ne Cause pas LIP1 au sens de Granger 51 0.56985 0.4540


LIP1 ne Cause pas LIMPORT1 au sens de Granger 2.38410 0.1291

ECART ne Cause pas LMM1 au sens de Granger 51 14.0683 0.0005


LMM1 ne Cause pas ECART au sens de Granger 7.22229 0.0099

LTC1 ne Cause pas LMM1 au sens de Granger 51 5.48377 0.0234


LMM1 ne Cause pas LTC1 au sens de Granger 3.93573 0.0530

LTI1 ne Cause pas LMM1 au sens de Granger 51 0.00428 0.9481


LMM1 ne Cause pas LTI1 au sens de Granger 0.23857 0.6275

LIMPORT1 ne Cause pas LMM1 au sens de Granger 51 3.92358 0.0534


LMM1 ne Cause pas LIMPORT1 au sens de Granger 0.24694 0.6215

LTC1 ne Cause pas ECART au sens de Granger 51 3.06082 0.0866


ECART ne Cause pas LTC1 au sens de Granger 9.11469 0.0041

LTI1 ne Cause pas ECART au sens de Granger 51 3.18248 0.0808


ECART ne Cause pas LTI1 au sens de Granger 1.83610 0.1818

LIMPORT1 ne Cause pas ECART au sens de Granger 51 2.60066 0.1134


ECART ne Cause pas LIMPORT1 au sens de Granger 0.58457 0.4483

LTI1 ne Cause pas LTC1 au sens de Granger 51 2.99174 0.0901


LTC1 ne Cause pas LTI1 au sens de Granger 1.00694 0.3207

LIMPORT1 ne Cause pas LTC1 au sens de Granger 51 0.10674 0.7453


LTC1 ne Cause pas LIMPORT1 au sens de Granger 1.31427 0.2573

LIMPORT1 ne Cause pas LTI1 au sens de Granger 51 0.07897 0.7799


LTI1 ne Cause pas LIMPORT1 au sens de Granger 1.01476 0.3188

Nous acceptons l’hypothèse nulle au seuil de 5% que la masse monétaire ne cause


pas au sens de Granger l’inflation, car la probabilité de 0,7240>0,05.
256

L’inverse n’est pas vrai car nous rejetons, toujours au seuil de 5%, que l’inflation ne
cause pas au sens de Granger la masse monétaire, c’est-à-dire que nous acceptons que
l’inflation cause au sens de Granger la masse monétaire: 0,0002< 0,05.

De même, nous rejetons l’hypothèse nulle au seuil de 5% que l’écart de production


ne cause pas, au sens de Granger, l’inflation. C’est-à-dire que nous acceptons que l’écart de
production cause, au sens de Granger, l’inflation car la probabilité de 7.E-5 = 0,00007< 0,05.
Aussi nous rejetons, toujours au seuil de 0,05, que l’inflation ne cause pas au sens de Granger,
l’écart de production : 0,0112< 0,05. Il y a donc une boucle rétroactive, un « feedback
effect », entre l’inflation et l’écart de production.

En outre, nous rejetons l’hypothèse nulle au seuil de 5% que le taux de change ne


cause pas au sens de Granger l’inflation. C’est-à-dire que nous acceptons que le taux de
change cause au sens de Granger l’inflation car la probabilité de 0,0027 < 0,05. Nous
acceptons aussi que l’inflation cause le taux de change (4.E-11 = 0,00000000004 < 0,05). Il y
a encore une boucle rétroactive, un « feedback effect », entre l’inflation et le taux de change.

Aucune variable ne cause l’autre au sens de Granger entre l’inflation et les


importations, l’inflation et le taux d’intérêt, la masse monétaire et le taux d’intérêt, les
importations et la masse monétaire, l’écart de production et le taux d’intérêt, les importations
et l’écart de production, le taux de change et le taux d’intérêt, les importations et le taux de
change, le taux d’intérêt et les importations.

Il y a aussi une boucle rétroactive entre la masse monétaire et l’écart de production.


L’écart de production cause au sens de Granger la masse monétaire car la probabilité
0,0001<0,05 et l’écart de production est causé par la masse monétaire car la probabilité
0,0099<0,05.

La masse monétaire cause au sens de Granger le taux de change car la probabilité


0,0234 < 0,05 mais le taux de change ne cause pas la masse monétaire car la probabilité
0,0530 > 0,05.

Par contre, le taux d’intérêt ne cause aucune variable et n’est causé par aucune de ces
variables au sens de Granger.
257

Pour valider ces résultats, le VAR estimé doit être stationnaire.

IV.3. Vérification de la stationnarité du VAR du modèle de synthèse

Un modèle VAR(p) est stationnaire si les racines de l’équation caractéristiques sont à


l’extérieur du cercle unité du plan complexe, c’est-à-dire si les racines du déterminant :
p
 z   I   i z i  I   1 z   2 z 2  ...   p z p  0
i 1

sont en valeur absolue supérieure à 1.


De manière équivalente, le VAR(p) sera stationnaire lorsque les racines propres de la
matrice  sont toutes inférieures à 1 en valeur absolue. Les valeurs propres i , i  1,2,..., p 
sont définies comme les racines de l’équation : I    0 .

Inverse Roots of AR Characteristic Polynomial


1.5

1.0

0.5

0.0

-0.5

-1.0

-1.5
-1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5

Figure 7.33. : Vérification du VAR du modèle de synthèse de l’inflation congolaise


258

Cette figure nous fait clairement voir que les racines propres de la matrice  sont
toutes inférieures à 1 en valeur absolue. Ces résultats peuvent être réédités d’une autre
manière dans ce tableau :

Tableau n° 33 : Vérification du VAR du modèle de synthèse

Racines du polynôme caractéristique


Variables endogènes : LIP LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1
Variables exogène: LTI1 DUM
Retards : 1 1

Racines Modules

0.645067 - 0.352442i 0.735069


0.645067 + 0.352442i 0.735069
-0.458830 0.458830
-0.122181 - 0.166147i 0.206235
-0.122181 + 0.166147i 0.206235

Aucune racine en dehors du cercle unitaire.


Le VAR satisfait à la condition de stationnarité.

Toutes les racines en module sont inférieures à 1, par conséquent le VAR du


modèle de synthèse est bel bien stationnaire. Il est impérieux, à ce niveau d’étudier les chocs
subis par le modèle. Ceci permet de vérifier l’hypothèse des anticipations rationnelles.

IV.4. Analyse des chocs subis par le modèle de synthèse

Pour vérifier l’hypothèse des anticipations rationnelles introduite par Robert Lucas et
la Nouvelle Ecole Classique (NEC) reprises par les nouveaux keynésiens à travers la nouvelle
courbe de Phillips, nous dynamisons ce VAR. Nous introduisons les innovations qui captent
les chocs de ces variables (inflation, masse monétaire, Ecart de production, taux de change,
taux d’intérêt et importations) sur chacune d’elles.

Cette analyse se fait en trois étapes. Premièrement, une analyse impulsionnelle


graphique des innovations, deuxièmement une analyse impulsionnelle en termes de tableau
provenant des résidus du VAR, et enfin, troisièmement une analyse de la décomposition de la
variance des variables.
259

A. Analyse impulsionnelle graphique

Pour étudier les fonctions de réponse, il faut au préalable déterminer l’ordre dans
lequel les variables vont se présenter car les résultats obtenus dépendent fortement de l’ordre
dans lequel on les a rangées. Il faut ranger les variables de la plus exogène à la plus
endogène, ou encore de la moins dépendante des autres à la plus dépendante des autres. C’est
l’ordre de Cholesky (Bourbonnais R., 2009).

Or d’après le test de causalité au sens de Granger nous avons le tableau ci-après :

Tableau n° 34 : Matrice de causes et conséquences au sens de Granger des variables du modèle de


synthèse

Conséquences
lip lmm1 Ecart ltc lti limport Total
lip - 1 1 1 0 0 3
lmm1 0 - 1 0 0 0 1
ecart 1 1 - 1 0 0 3
Causes
ltc 1 1 0 - 0 0 2
lti 0 0 0 0 - 0 0
limport 0 0 0 0 0 - 0
Total 2 3 2 2 0 0

L’inflation est causée par deux variables : l’écart de production et le taux de change.
La masse monétaire est aussi causée par trois variables : l’inflation, l’écart de production et le
taux de change. L’écart de production est causé deux variables : l’inflation et la masse
monétaire. Le taux de change est causé par deux variables : l’inflation et le taux de change. Le
taux d’intérêt et les importations ne sont causés par aucune variable.

Nous retenons donc l’ordre suivant : Taux d’intérêt, importations, écart de


production, taux de change, inflation et masse monétaire.
260

Response to Cholesky One S.D. Innovations ± 2 S.E.


.4 .4 .4 .4 .4

.2 .2 .2 .2 .2

.0 .0 .0 .0 .0

-.2 -.2 -.2 -.2 -.2

-.4 -.4 -.4 -.4 -.4


2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10

Figure n°7.34 : Réponses de LIP1 à LIP1 Figure n°7.35 : Réponses de LIP1 à LMM1 Figure n°7.36 : Réponses de LIP1 à ECART Figure n°7.37 : Réponses de LIP1 à LTC1 Figure n°7.38 : Réponses de LIP1 à LIMPORT1

.8 .8 .8 .8 .8

.4 .4 .4 .4 .4

.0 .0 .0 .0 .0

-.4 -.4 -.4 -.4 -.4

-.8 -.8 -.8 -.8 -.8


2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10

Figure n°7.39 : Réponses de LMM1 à LIP1 Figure n°7.40 : Réponses de LMM1 à LMM1 Figure n°7.41 : Réponses de LMM1 à ECART Figure n°7.42 : Réponses de LMM1 à LTC1 Figure n°7.43 : Réponses de LMM1 à LIMPORT1

1.2 1.2 1.2 1.2 1.2

0.8 0.8 0.8 0.8 0.8

0.4 0.4 0.4 0.4 0.4

0.0 0.0 0.0 0.0 0.0

-0.4 -0.4 -0.4 -0.4 -0.4


2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10

Figure n°7.47 : Réponses de ECART à LTC1


Figure n°7.44 : Réponses de ECART à LIP1 Figure n°7.45 : Réponses de ECART à LMM1 Figure n°7.46 : Réponses de ECART à ECART Figure n°7.48 : Réponses de ECART à LIMPORT1
.8 .8 .8 .8 .8

.4 .4 .4 .4 .4

.0 .0 .0 .0 .0

-.4 -.4 -.4 -.4 -.4

-.8 -.8 -.8 -.8 -.8


2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10

Figure n°7.49 : Réponses de LTC1 à LIP1 Figure n°7.50 : Réponses de LTC1 à LMM1 Figure n°7.51 : Réponses de LTC1 à ECART Figure n°7.52 : Réponses de LTC1 à LTC1
Figure n°7.53 : Réponses de LTC1 à LIMPORT1
1.2 1.2 1.2 1.2 1.2

0.8 0.8 0.8 0.8 0.8

0.4 0.4 0.4 0.4 0.4

0.0 0.0 0.0 0.0 0.0

-0.4 -0.4 -0.4 -0.4 -0.4


2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10 2 4 6 8 10

Figure n°7.55 : Réponses de LIMPORT1 à LMM1 Figure n°7.57 : Réponses de LIMPORT1 à LTC1 Figure n°7.58 : Réponses de LIMPORT1 à LIMPORT1
Figure n°7.54 : Réponses de LIMPORT1 à LIP1 Figure n°7.56 : Réponses de LIMPORT1 à ECART

La première ligne (figures n° 7.34 à 7.38) présente les réactions de l’inflation aux
chocs des variables. La figure 7.34 indique les réactions vives de l’inflation face à ses propres
innovations. Les anticipations rationnelles existent bel et bien dans l’inflation congolaise. Ces
chocs de l’inflation causés sur elle-même persistent longtemps au-delà de 10 ans, à en croire
la figure. Lorsque le processus inflationniste est enclenché au Congo, il s’autoentretient, se
nourrit et ne cesse que plus tard.

La figure n°7.35 montre la réponse des chocs de l’inflation causés par la masse
monétaire. Ces chocs se ressentent directement, s’amplifient au bout d’un ou deux ans,
s’amortissent au fil du temps (stationnarité du modèle) mais les effets se ressentent jusque
dans le long terme, plus de 10 ans après. Il faut noter que les effets d’un choc monétaire sur
l’inflation persistent et se font sentir même plusieurs années après le choc. Les autorités
monétaires auraient intérêt à exercer une gestion orthodoxe de la monnaie.
261

Les figures n°7.36, 7.37 et 7.38 montrent clairement que les chocs de l’écart de
production, du taux de change et des importations affectent l’inflation immédiatement,
s’amplifient au bout de 2 ans et s’estompent plus tard au fil du temps.

La deuxième ligne (figures n°7.39, 7.40, 7.41, 7.42 et 7.44) concerne les chocs subis
par la masse monétaire. Les chocs de l’inflation n’ont aucun effet sur la masse monétaire,
comme cela ressort de la figure n°7.39. Cette courbe a pour origine zéro. Ceci est tout à fait
conforme à l’intuition libérale qui veut que la masse monétaire ne soit pas fonction de
l’inflation et que cette dernière soit plutôt fonction de la masse monétaire. Les chocs de
toutes les autres variables ont des effets considérables sur les chocs de la masse monétaire.

La figure n°7.40 concerne la réponse de la masse monétaire à ses propres chocs. Ces
chocs sont significatifs, ce qui suggère et invite les autorités à une certaine orthodoxie dans la
gestion de la monnaie pour éviter ces genres de chocs et sur l’offre de la monnaie elle-même
et sur l’inflation. Les figures n°7.41 et 7.43 montrent que les chocs de l’écart de production
et des importations affectent la masse monétaire immédiatement, s’amplifient au bout de 2
ans et s’estompent plusieurs périodes plus tard. La figure n° 7.42 laisse voir que les chocs du
taux de change n’ont aucun effet sur la masse monétaire. Les autorités monétaires laissent le
taux de change fluctuer au gré du marché sans y adapter l’offre de monnaie.

L’écart de production ne subit aucun choc ni d’inflation ni de la masse monétaire, ni


du taux de change, ni des importations comme le témoignent les figures n°7.44, 7.45, 7.47 et
7.48. Par contre, les réactions de l’écart de production à ses propres chocs sont très vives
immédiatement mais s’amortissent 3 ans après, pour s’annuler plus tard (Figure n°. 7.46).

La quatrième ligne indique (Figures n° 7.49 à 7.53) que les chocs du taux de change
ne répondent pas aux innovations de l’inflation ni à celles de la masse monétaire. Par contre,
ils répondent aux chocs de toutes autres variables et aux siens.

La dernière ligne (Figures n° 7.54 à 7.58) laisse voir que les chocs des importations
ne sont affectés que par leurs propres chocs.

Cette analyse sera complétée par l’étude tabulaire des réponses impulsionnelles des
variables.
262

B. Etude tabulaire des réponses impulsionnelles des variables

Tableau n° 35 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’inflation du modèle de


synthèse

Réponses de LIP1
Période LIP1 LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1

1 0.283362 0.071344 0.201311 0.289010 -0.110737


2 0.229704 0.161580 -0.001374 0.019680 -0.198418
3 0.046062 0.059556 -0.192030 0.023025 -0.154464
4 -0.025355 -0.000372 -0.242361 -0.002584 -0.137962
5 -0.063435 -0.029770 -0.206093 -0.017659 -0.085801

Nous retrouvons les mêmes constats qu’à l’analyse graphique, c’est-à-dire que les
chocs de l’inflation, de la masse monétaire, de l’écart de production, du taux de change et des
importations ont un impact contemporain sur l’inflation. Mais, l’inflation répond vivement à
ses propres chocs, à ceux du taux de change, à ceux de l’écart de production et aux chocs des
importations. Cela accuse la présence des anticipations rationnelles de l’inflation dans le chef
des congolais.

Tableau n° 36 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de la masse monétaire

Réponse de LMM1
Période LIP1 LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1

1 0.000000 0.431503 0.467784 -0.036870 0.450907


2 0.164338 0.047601 -0.137474 0.165864 -0.161902
3 0.055591 0.074424 -0.222953 -0.010053 -0.223175
4 -0.041051 -0.012785 -0.274333 -0.002375 -0.132600
5 -0.076615 -0.035496 -0.218899 -0.022620 -0.089046

Il ressort de ce tableau que les innovations de l’inflation, du taux de change et des


importations n’ont aucun impact contemporain sur la masse monétaire. Ceci est lisible sur la
première ligne du tableau où nous pouvons voir 0,00000 comme réponse de la masse
monétaire aux chocs de ces variables. Par contre, la masse monétaire réagit vivement aux
chocs de l’écart de production, des importations et à ses propres chocs.
263

Tableau n° 37 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations de l’écart de production

Réponse de ECART
Période LIP1 LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1

1 0.000000 0.000000 0.693613 0.000000 0.201857


2 0.224895 0.046420 0.586080 0.065239 0.294786
3 0.177665 0.133892 0.434365 0.037460 0.105727
4 0.166320 0.091315 0.200312 0.059100 0.023016
5 0.097987 0.076601 0.047354 0.027139 -0.053656

L’écart de production ne répond qu’à ses propres innovations.

Tableau n° 38 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du taux de change

Réponse de LTC1
Période LIP1 LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1

1 0.000000 0.000000 0.282013 0.498052 -0.043110


2 0.394449 0.139305 0.051941 0.054949 -0.205373
3 0.056513 0.120207 -0.115899 0.000252 -0.166747
4 0.004362 -0.000529 -0.245647 0.021426 -0.134139
5 -0.056662 -0.014384 -0.214715 -0.021143 -0.110075

Les chocs de l’inflation et de la masse monétaire n’ont aucune influence sur les
innovations du taux de change. Le taux de change répond aux innovations de l’écart de
production, à ceux du taux de change et faiblement à ceux des importations.

Tableau n° 39 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations du taux d’intérêt

Réponse de LTI1
Période LIP LMM1 ECART LTC1 LTI1 LIMPORT1

1 0.000000 0.000000 0.000000 0.000000 0.732728 0.000000


2 -0.043230 0.026524 -0.031543 -0.131089 -0.015264 -0.007110
3 -0.077763 -0.002092 0.024219 0.001009 -0.046103 0.093412
4 -0.020086 -0.003758 0.031402 0.003159 -0.031640 0.024011
5 -0.002127 -0.000816 0.030430 0.006772 0.002326 0.004062

Le taux d’intérêt ne répond qu’à ses propres innovations. Les chocs des autres
variables n’ont aucun effet sur le taux d’intérêt. Cela est visible sur la première ligne du
tableau où nous retrouvons des 0,0000 comme réponse du taux d’intérêt aux innovations de
264

l’inflation, de la masse monétaire, de l’écart de production et des importations. La Banque


Centrale du Congo (BCC) fixe ses taux directeurs de manière exogène.

Tableau n° 40 : Analyse des réponses impulsionnelles des innovations des importations

Réponses de LIMPORT1
Période LIP LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1

1 0.000000 0.000000 0.000000 0.000000 0.754768


2 -0.141753 0.058498 0.003042 -0.020023 -0.115130
3 0.046510 -0.056566 -0.078500 0.040345 0.014041
4 -0.029222 0.021974 -0.004897 -0.030232 -0.031425
5 -0.003585 -0.019288 -0.023719 0.009678 0.011752

Les chocs des importations ne répondent qu’à leurs propres chocs.

Enfin, pour terminer l’analyse du modèle de synthèse, la décomposition de la


variance de l’erreur est indispensable. Elle a pour objectif de calculer pour chacune des
innovations sa contribution à la variance de l’erreur. Le même ordre proposé par Cholesky est
utilisé.

C. Analyse de la décomposition de la variance des innovations

Dans l’ensemble des chocs subis par une variable, nous mesurons ici la part
provenant de la variable concernée elle-même et la part des effets provenant de chacune des
autres variables.
265

Tableau n° 41 : Analyse de la décomposition de la variance du modèle de synthèse

Décomposition de la variance de LIP


Période Ecart-type LIP LMM1 ECART LTC1 LIMPORT

1 0.470849 36.21752 2.295857 18.27971 37.67574 5.531180


2 0.583378 39.09668 9.166990 11.90839 24.65667 15.17127
3 0.638172 33.19215 8.531335 19.00570 20.73455 18.53626
4 0.696911 27.96508 7.153837 28.03091 17.38798 19.46218
5 0.735353 25.86186 6.589328 33.03163 15.67521 18.84197

Décomposition de la variance de LMM1


Période Ecart-type LIP LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1

1 0.780829 0.000000 30.53916 35.89042 0.222962 33.34746


2 0.843557 3.795326 26.48456 33.40704 4.057151 32.25593
3 0.905447 3.671165 23.66333 35.05937 3.533799 34.07233
4 0.956310 3.475303 21.23097 39.65833 3.168506 32.46689
5 0.988947 3.849889 19.98160 41.98331 3.015139 31.17005

Décomposition de la variance de ECART


Période Ecart-type LIP LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1

1 0.722389 0.000000 0.000000 92.19187 0.000000 7.808128


2 1.004601 5.011564 0.213514 81.70531 0.421728 12.64789
3 1.122483 6.519409 1.593839 80.41957 0.449174 11.01801
4 1.157634 8.193669 2.120729 78.60407 0.682943 10.39859
5 1.166809 8.770551 2.518496 77.53745 0.726343 10.44716

Décomposition de la variance de LTC1


Période Ecart-type LIP LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1

1 0.573974 0.000000 0.000000 24.14091 75.29497 0.564122


2 0.743194 28.16945 3.513391 14.88747 45.45691 7.972775
3 0.781804 25.97832 5.539039 15.65097 41.07791 11.75375
4 0.830682 23.01388 4.906421 22.60825 36.45259 13.01885
5 0.867246 21.54107 4.528928 26.87176 33.50305 13.55519

Décomposition de la variance de LIMPORT1


Période Ecart-type LIP LMM1 ECART LTC1 LIMPORT1

1 0.754768 0.000000 0.000000 0.000000 0.000000 100.0000


2 0.779009 3.311143 0.563890 0.001525 0.066062 96.05738
3 0.787531 3.588654 1.067656 0.995062 0.327086 94.02154
4 0.789600 3.706843 1.139514 0.993701 0.471971 93.68797
5 0.790346 3.701903 1.196919 1.081892 0.486074 93.53321

Ordre de Cholesky : LIMPORT1 ECART LTC1 LIP1 LMM1


266

La variance des erreurs de l’inflation est expliquée à 39,10% par ses propres
innovations, à 24,66% par les variations du taux de change, à 15,17% par celles des
importations, à 11,91% par celles de l’écart de production et à 9,17% par les innovations de la
masse monétaire. Tandis que les chocs de la masse monétaire sont expliqués à 33,41% par les
chocs de l’écart de production, à 32,25% par les innovations des importations, à 26,48% par
leurs propres innovations, à 4,06% par celles du taux de change et à 3,80% par celles de
l’inflation.

La variance des erreurs de l’écart de production provient à 81,71% de ses propres


innovations. Les chocs des importations, de l’inflation, du taux de change et de la masse
monétaire ne l’affectent que faiblement, à 12,64%, à 5,01%, à 0,42% et à 0,21%
respectivement.

Les innovations du taux de change sont expliquées à 45,46% par ses propres chocs, à
28,17% par ceux de l’inflation, à 14,89% par ceux de l’écart de production, à 7,97% par ceux
des importations et à 3,51% par les chocs de la masse monétaire.

La variance des erreurs des importations est expliquée à 96,06% par leurs propres
innovations, à 3,31% par les innovations de l’inflation, à 0,56% par celles de la masse
monétaire, à 0,06% par les erreurs du taux de change et à 0,001% par les innovations de
l’écart de production.

Du point de vue de cette analyse, on peut conclure qu’un choc de l’écart de


production, du taux de change et des importations ont beaucoup plus d’impact sur l’inflation
qu’un choc d’inflation n’en a sur ces variables.

Avec ce modèle, l’inflation est expliquée par sa propre histoire, le taux d’intérêt, la
variable muette, la masse monétaire, l’écart de production, les importations et le taux de
change contemporains et passés et les chocs subis par l’inflation mettant ainsi au clair les
anticipations rationnelles des agents économiques congolais allant jusqu’à deux ans, sans
oublier les chocs des autres variables. Les anticipations adaptatives chères à Milton Friedman
et son école monétariste ainsi que les anticipations rationnelles de Robert Lucas et la Nouvelle
Ecole Classique (la NEC) reprises par la nouvelle courbe de Phillips sont bel et bien présentes
dans l’inflation congolaise.
267

Tableau n°42 : Comparaison des critères de choix de différents modèles d’inflation

Critère R² corrigé Log de vraiss. AIC SIC

Modèle
Liberal 0,65 -45,03 2,00 2,23
Keynésien 0,72 -40,25 1,74 1,89
Structuralize 0,70 -41,98 1,84 2,03
Synthèse 0,80 -29,60 1,47 1,78
Maximum 0,80 -29,60
Minimum 1,47 1,78

Ce modèle de synthèse a donc été beaucoup plus satisfaisant que celui de l’approche
libérale, celui de l’approche keynésienne et celui de l’approche structuraliste. En effet, la
comparaison des critères du R², du log de vraisemblance et des critères d’information de
Akaike et Schwarz (R² et logV plus élevés, AIC et SIC plus faibles) de ces quatre modèles a
révélé que le modèle de synthèse était le meilleur.
268

SECTION V : IMPLICATIONS DES RÉSULTATS SUR LA POLITIQUE


ÉCONOMIQUE EN RDC

V.1. Conformité des résultats avec les théories utilisées

Selon les résultats du tableau n°36, les signes attendus des coefficients du modèle de
synthèse sont tous respectés. Ces résultats sont repris dans l’équation suivante :

Δlip t  0 ,81Δlip t 1  0 ,24 Δlmmt 1  0 ,23 Ecartt 1  0 ,41Δltc t 1


0 ,19  0 ,11 0 ,07  ( 0 ,16 )
4 ,17 * * * 2 ,24* *  3,50* * * 2 ,57 * *
 0 ,25 Δ lim port t 1  0 ,28 Δli t  0 ,11  0 ,71Dumt  et
0 ,11 0 ,10  0 ,08  0 ,24 
 2 ,28* * 2 ,82* * * 1,38 2 ,95* * *
R  0 ,829316;
2
n  51

La théorie quantitative de la monnaie suggère une relation croissante entre la masse


monétaire et l’inflation. Le coefficient de la masse monétaire est positif et est de 0,24 pour la
période passée. Il est significativement différent de 0. Ceci signifie que lorsque la masse
monétaire varie d’une unité monétaire, il faudra s’attendre à une réaction, dans le même sens,
de 0,24 pour l’inflation à venir.

Les théories néo-keynésiennes montrent aussi l’importance des anticipations des


agents économiques tant en ce qui concerne les prix que la croissance. La politique monétaire
influence la demande globale effective par les taux d’intérêt, celle-ci, à son tour, en fonction de
l’écart entre la production effective et la production potentielle (qui est aussi l’output
d’équilibre ou de plein emploi), influence la croissance des salaires et des prix. Une
modification de cette croissance se répercute sur les anticipations d’inflation, ce qui rétroagit
sur l’inflation elle-même aux périodes ultérieures. Le coefficient de l’écart de production est
négatif mais et est significativement différent de 0.

Le coefficient de -0,23 attaché à l’écart de production signifie tout simplement que


lorsque les pouvoirs publics ont su augmenter la demande globale, à travers leurs politiques
visant la masse monétaire (en se servant des instruments comme les taux d’intérêt, l’open
market, les réserves obligatoires, …), les entreprises augmentent la production car la demande
269

globale ou demande effective s’est accrue, l’écart entre la production effective et la production
potentielle diminue, l’inflation congolaise augmente.

La relation ci-dessus suggère aussi une relation positive entre l’inflation congolaise et
le taux de change. Il existe une relation positive entre le taux de change et l’inflation
congolaise, ce qui est tout à fait normal car il s’agit de la cotation à l’incertain c’est-à-dire un
dollar pour autant de francs congolais. Si la monnaie congolaise perd de sa valeur par rapport
au dollar américain, il faut beaucoup plus de francs pour le même dollar, le taux de change
monte ainsi que l’inflation.

L’inflation congolaise est aussi fonction inverse des importations. Leur coefficient est
négatif et significativement différent de 0. Lorsque le volume des importations augmente, les
biens et services deviennent abondants sur les marchés locaux, ce qui fait baisser les prix et
donc l’inflation diminue.

L’analyse des chocs laisse voir que les anticipations des agents économiques
congolais sont en même temps adaptatives et rationnelles. Le comportement de l’inflation
congolaise s’aligne très correctement aussi bien sur la théorie de la Nouvelle Ecole classique
(NEC), (chère à Robert Lucas) que sur les conclusions de nouveaux keynésiens avec leur
nouvelle courbe de Phillips. Un choc sur l’inflation d’une unité a des effets sur celle-ci jusque
dans les années suivantes. Ce qui pose effectivement un problème d’incohérence inter
temporelle des autorités monétaires.

Avec ces résultats, nous sommes bel et bien dans un modèle de synthèse qui prend
certains éléments de la théorie libérale (masse monétaire et taux d’intérêt), certains autres
éléments de la théorie keynésienne (gap de la production) et certains autres éléments de la
théorie structuraliste (le taux de change et importations).

V.2. Axes futurs de politique monétaire en République Démocratique du Congo

Le coefficient de l’inflation passée est de 0,81. C’est le coefficient le plus élevé de


tous dans l’équation de l’inflation du modèle de synthèse. Le processus inflationniste du
Congo connait une mémoire. Autrement dit, les agents économiques du Congo fixent les prix
270

actuel en ayant à l’esprit l’inflation passée, ce qui amplifie encore l’inflation actuelle et ainsi de
suite. Ils font donc des anticipations adaptatives.

Par ailleurs, l’analyse des chocs a révélé que les innovations de l’inflation congolaise
sont tout aussi importantes. Le processus inflationniste congolais est sensible à ses propres
chocs. Les agents économiques du Congo font des anticipations rationnelles. Ceci est tout à
fait normal car nous avons évoqué le scepticisme des agents économiques congolais face aux
décisions de politique monétaire en RDC.

Ce scepticisme s’est révélé aigu et est allé jusque à nier l’autorité monétaire dans le
Kasaï, à refuser la circulation de la monnaie « légale » et à créer une zone monétaire parallèle.
Ce qui a donné lieu à des spéculations de tout genre. En effet, les réformes et démonétisations
mal préparées, à souhait qui ont émaillé l’histoire monétaire de la RDC, ont amenuisé la
confiance des agents économiques congolais en l’autorité monétaire.

La théorie quantitative de la monnaie suggère une relation croissante entre la masse


monétaire et l’inflation. Le coefficient de la masse monétaire, dans le modèle de synthèse est
de 0,19. Il est positif et significativement différent de 0. Ceci signifie que lorsque la masse
monétaire varie d’une unité dans un sens, il faudra s’attendre à une réaction, dans le même
sens, pour l’inflation à venir de 0,24. L’autorité monétaire devrait alors faire attention dans ses
émissions monétaires car cette pratique est tout à fait inflationniste en RDC. En effet, il a été
remarqué qu’à des périodes d’expansion monétaire, se suivent toujours des périodes
d’inflation plus ou moins forte en fonction de la monnaie créée.

La Banque Centrale du Congo à qui revient la charge de régulation monétaire en RDC


devrait faire preuve de sollicitude en matière de création monétaire. Elle ne devrait plus céder
au gouvernement des avances monétaires en recourant à la planche à billets. L’expérience a été
tout à fait claire que cette pratique a conduit le pays dans une phase d’inflation voire
d’hyperinflation pendant les années 1990. Pour cela, elle devrait jouir d’une certaine
indépendance vis-à-vis du gouvernement. Le gouvernement devrait chercher d’autres astuces
pour couvrir ses déficits budgétaires ou éviter carrément ces déficits, car les trois sources
classiques de financement pour combler le déficit budgétaire (l’impôt, la planche à billets ou
le seigneuriage et le recours à l’emprunt) sont saturées en RDC.
271

Un financement exclusif par l’augmentation des impôts ne serait possible que s’il
existe un système fiscal développé. Ce qui n’est le cas au Congo où les moyens de récolte et
d’acheminement des ressources fiscales au compte du Trésor ne sont pas développés : les
caisses de l’Etat restent vides. L’autorité devrait ainsi lutter contre les antivaleurs : fraude,
corruption, désordre de tout genre dans la fonction publique… qui ont fait à ce que l’Etat
n’arrivait pas à maximiser ses recettes et ait été tenté de recourir à la planche à billets pour
financer ses déficits. Aussi, une politique fiscale contraignante est difficile à mener vu ses
implications sociales face à une population de plus en plus pauvre depuis de longues années.

Le recours à la planche à billets ne serait que catastrophique comme le renseigne


l’histoire durant les années 1990 où cette pratique a conduit le pays dans une situation funeste.
C’est cette période qui a été caractérisée par une hyperinflation.

Le recours à l’emprunt extérieur n’est pas non plus salutaire car l’expérience prouve à
suffisance que le pays n’était pas à mesure de rembourser ses dettes et n’a pas pu éviter l’effet
boule de neige. En effet, les intérêts des dettes antérieures se sont accumulés de telle sorte que
le pays ne savait plus à quel saint se vouer jusqu’au point d’achèvement de l’initiative PPTE.
La politique monétaire ne devrait donc pas se mener à l’écart des politiques budgétaire et
fiscale.
L’écart entre la production potentielle et la production effective dont le coefficient
est de -0,23 dans le modèle de synthèse est aussi un déterminant significatif de l’inflation
congolaise. Ce qui donne une possibilité de choix entre plus de croissance et plus d’inflation
d’une part et moins d’inflation et moins de croissance d’autre part. En effet, si l’autorité opte
pour l’objectif de croissance, elle doit permettre aux agents économiques de lâcher leur
contrainte budgétaire, elle augmente la demande globale, à travers ses politiques visant la
masse monétaire (en se servant des instruments comme les taux d’intérêt, l’open market, les
réserves obligatoires, …), les entreprises augmentent la production car la demande globale ou
demande effective s’est accrue, l’écart entre la production effective et la production potentielle
diminue, l’inflation congolaise augmente.
272

Inversement, si l’autorité opte pour un objectif de stabilité des prix, il lui suffit de
contacter la masse monétaire, la contrainte budgétaire des agents économiques se resserre, la
demande effective baisse, les entreprises diminuent leur production, l’écart entre la production
potentielle et la production effective augmente. La contraction de la masse monétaire fait
baisser l’inflation congolaise.

Il faudra aussi contrôler le taux de change si l’on veut contrôler l’inflation au Congo
car la relation ci-dessus suggère une relation positive entre l’inflation congolaise et le taux de
change. Comme il s’agit de la cotation à l’incertain, lorsque la monnaie congolaise perd de sa
valeur par rapport au dollar américain, il faut beaucoup plus de francs pour le même dollar, le
taux de change monte ainsi que l’inflation. Concrètement, la BCC doit procéder à des
interventions systématiques sur le marché de change.

Conclusion du sixième chapitre

Ce chapitre a été subdivisé en quatre sections. La première a présenté les résultats du


modèle libéral de l’inflation, la deuxième a présenté ceux du modèle keynésien d’inflation, la
troisième nous a donné les résultats du modèle de synthèse et la quatrième a traité de leurs
conséquences sur la politique économique (monétaire) en République Démocratique du
Congo.

Dans la première, deuxième et troisième section, les résultats ont été présentés dans
des tableaux et graphiques issus du logiciel Eviews 8.1.

L’estimation du modèle libéral s’est inspirée de la théorie quantitative de la monnaie


qui voudrait que la masse monétaire, le Pib réel et le taux d’intérêt soient les facteurs
explicatifs de l’inflation. En y ajoutant les anticipations adaptatives chères à Milton Friedman
et les anticipations rationnelles de Robert Lucas, le VAR du modèle libéral nous a révélé que
l’inflation congolaise est expliquée par la masse monétaire et le Pib réel. Et que le Pib réel
n’est pas expliqué par l’inflation.

L’inflation congolaise connait des anticipations rationnelles. Ce qui a été confirmé


par l’analyse impulsionnelle des chocs sur le modèle libéral qui a montré les réactions vives
273

de l’inflation face à ses propres innovations et aux innovations de la masse monétaire, du Pib
réel et du taux d’intérêt. Il faut noter que les effets d’un choc monétaire sur l’inflation
persistent et se font sentir jusqu’à plusieurs années après le choc.

L’arbitrage entre l’inflation et le chômage prôné par le modèle keynésien a été vérifié
par une relation entre l’inflation et l’écart de production à travers la loi d’Okun. Avec ces
résultats, nous avons constaté que l’inflation congolaise est expliquée par l’écart de
production. Avec le test de causalité au sens de Granger, nous avons constaté que l’écart de
production cause l’inflation. Le VAR du modèle keynésien a confirmé ces résultats. Nous
avons constaté que l’écart de production explique l’inflation congolaise à côté des valeurs
passées de l’inflation et que cet écart est, à son tour, expliqué par ses valeurs passées et
l’inflation.

Une analyse impulsionnelle graphique des innovations et une analyse en termes de


tableau provenant des résidus du VAR nous ont permis de vérifier la nouvelle courbe
keynésienne. Nous avons trouvé que les chocs de l’écart de production et ceux de l’inflation
ont impact contemporain sur l’inflation mais que les innovations de l’inflation n’ont pas
d’impact contemporain sur l’écart de production.

Pour le modèle de synthèse, l’inflation congolaise est aussi bien expliquée par le taux
d’intérêt, la masse monétaire, l’écart de production, les importations et le taux de change
contemporains et passés mais aussi par l’inflation passée.

A partir du test de causalité de Granger, il a été observé ceci : la masse monétaire ne


cause pas l’inflation mais celle-ci cause la masse monétaire. L’écart de production cause
l’inflation et celle-ci cause à son tour, l’écart de production. Le taux de change cause
l’inflation et celle-ci cause le taux de change. L’écart de production cause la masse monétaire
et la masse monétaire cause l’écart de production. La masse monétaire ne cause pas le taux de
change mais le taux de change cause la masse monétaire. Et enfin, l’écart de production
cause le taux de change et que celui-ci ne cause pas l’écart de production.

Les racines inversées des parties autorégressives ont suggéré que le VAR était
stationnaire. Les racines appartenaient au disc d’unité dans le plan complexe. Le VAR était
274

donc stationnaire. Ce modèle a donc été beaucoup plus satisfaisant que celui de l’approche
libérale, celui de l’approche keynésienne et celui de l’approche structuraliste.

En effet, la comparaison des critères du R², du log de vraisemblance et des critères


d’information de Akaike et Schwarz (R², logV, AIC et SIC) de ces quatre modèles a révélé
que le modèle de synthèse était le meilleur. Ce modèle suggère la présence et des
anticipations adaptatives et des anticipations rationnelles. D’après l’analyse de la variance de
ce VAR, les chocs sur l’inflation sont d’abord expliqués par ses propres innovations (à
39,10%), les innovations du taux de change (à 24,66%), celles des importations (à 15,17%),
celles de l’écart de production (à 11,91%) et celles de la masse monétaire (à 9,17%).

L’analyse des chocs impulsionnels sur l’inflation laisse voir que les réactions de
l’inflation face à ses propres innovations sont intenses. Ceci confirme la présence des
anticipations rationnelles dans l’inflation congolaise. Aussi, la réponse des chocs de
l’inflation causés par la masse monétaire se ressentent directement, s’amplifient au bout d’un
ou deux ans, s’amortissent au fil du temps (stationnarité du modèle) mais les effets se
ressentent pendant plusieurs années.

L’inflation congolaise réagit aussi bien aux chocs subis par la production, la masse
monétaire, le taux d’intérêt, le taux de change et les importations.
275

Conclusion de la deuxième partie

Les théories keynésienne, classique et structuraliste de l’inflation ont été appliquées


au cas particulier de la RDC dans cette partie. Dans le cinquième chapitre, le contexte de
l’inflation congolaise a été présenté. Les différentes réformes monétaires et les
démonétisations ont créé un pyrrhonisme incroyable des agents économiques congolais face
aux décisions de l’autorité monétaire. La dollarisation s’est installée et la monnaie congolaise
a perdu peu à peu ses fonctions traditionnelles.

Pour ce qui est de la modélisation, les conditions liées à la modélisation du type


cointégration et modèle à correction d’erreurs n’étant pas remplies, nous avons fait recours à
une modélisation VAR. En effet, pour opter pour une modélisation du type cointégration et
modèle à correction d’erreurs, les variables doivent être intégrées d’ordre un.

Ensuite, dans le chapitre cinquième, nous avons remarqué que ce n’était pas le cas
pour nos variables. Le tableau n°10 des résultats du test de Dickey-Fuller augmenté sur les
variables LIP, LMM, LPIB, LTC, ECART et LIMPORT ont révélé que l’indice des prix, la
masse monétaire, le taux de change, le taux d’intérêt et les importations sont intégrés d’ordre
1. L’écart de la production par rapport à son niveau naturel est stationnaire en niveau. C’est
pour cette raison que le test de cointégration ne nous a pas été utile.

Les difficultés liées à la modélisation classique à une variable indépendante et une


ou plusieurs variables explicatives, les difficultés liées notamment aux conditions à remplir
pour une modélisation du type cointégration et correction d’erreurs nous ont donc poussé à
une modélisation du type VAR.

Mais aussi, la modélisation à plusieurs équations structurelles a connu beaucoup de


critiques et de défaillances face à un environnement économique perturbé. Les prévisions
élaborées à l’aide de ces modèles se sont révélées très médiocres. Les critiques principales
formulées à l’encontre de ces modèles structurels concernent la simultanéité des relations et la
notion de variable exogène. La représentation VAR apporte une réponse statistique à
l’ensemble de ces critiques (Bourbonnais R., 2009). Aussi, un modèle VAR peut se
représenter comme un modèle VMA (vecteur Moyenne Mobile) pour mener une analyse
dynamique du modèle VAR(p). Le modèle sous la forme (VMA) permet de mesurer l’impact
d’une variation des innovations (chocs) sur les valeurs des variables incluses dans le vecteur
autorégressif (VAR) pour un horizon de temps donné. Ceci répond justement aux
276

préoccupations de ce travail lorsqu’il s’agit de mesurer les anticipations aussi bien


adaptatives suggérées par Milton Friedman que rationnelles de Robert Lucas.

En effet, la partie autorégressive du VAR nous permet de capter les anticipations


adaptatives. Et en y faisant l’analyse impulsionnelle, se mesurent alors les chocs sur le modèle
d’inflation en RDC et donc les anticipations rationnelles des agents économiques.

L’estimation du modèle libéral s’est inspiré de la théorie quantitative de la monnaie


qui voudrait que la masse monétaire, le Pib réel et le taux d’intérêt soient les facteurs
explicatifs de l’inflation. Le VAR du modèle libéral nous a révélé que l’inflation congolaise
est expliquée par le Pib réel et que le Pib réel n’est pas expliqué par l’inflation. Le test de
causalité au sens de Granger a été formel à ce propos.

L’analyse des chocs a révélé que l’inflation congolaise connait des anticipations
rationnelles. Ce qui a été confirmé par l’analyse impulsionnelle des chocs sur le modèle
libéral qui a montré les réactions vives de l’inflation face à ses propres innovations, aux
innovations de la masse monétaire, du Pib réel et du taux d’intérêt. Il faut noter que les effets
d’un choc monétaire sur l’inflation persistent et se font sentir jusqu’à la huitième, neuvième
voire dixième année après le choc.

L’estimation du modèle keynésien a laissé voir que l’inflation congolaise est


expliquée par l’écart de la production par rapport à son niveau naturel, et que ce dernier est
expliqué par l’inflation. L’analyse impulsionnelle graphique des innovations et l’analyse en
termes de tableau provenant des résidus du VAR nous ont permis de vérifier la nouvelle
courbe keynésienne. Nous avons trouvé que les chocs de l’écart de production ont un impact
contemporain sur l’inflation et que les innovations de l’inflation ont également un impact
contemporain sur l’écart de production. Ce qui confirme la présence des anticipations
rationnelles.

Pour le modèle de synthèse, le test t de student a affirmé que l’inflation congolaise


est aussi bien expliquée par la masse monétaire, le taux d’intérêt, l’écart de production, les
importations et le taux de change contemporains et passés mais aussi par les inflations
passées.
277

Les variables : Taux d’intérêt, masse monétaire, écart de production, importations,


taux de change ainsi que leurs retards et le retard de l’inflation expliquent
l’inflation contemporaine : les statistiques t calculées ont été supérieures à 1,96. Ce modèle
confirme la présence et des anticipations adaptatives et des anticipations rationnelles.

Les chocs sur l’inflation sont d’abord expliqués par ses propres innovations (à
39,10%), les innovations du taux de change (à 24,66%), celles des importations (à 15,17%),
celles de l’écart de production (à 11,91%) et celles de la masse monétaire (à 9,17%).

L’analyse des chocs impulsionnels sur l’inflation laisse voir que les réactions de
l’inflation face à ses propres innovations sont intenses. Ceci confirme la présence des
anticipations rationnelles dans l’inflation congolaise. Aussi, la réponse des chocs de
l’inflation causés par la masse monétaire se ressent directement, s’amplifient au bout d’un ou
deux ans, s’amortissent au fil du temps (stationnarité du modèle) mais les effets se ressentent
pendant plusieurs années.
278

CONCLUSION GÉNÉRALE
279

Le travail qui s’achève est intitulé « déterminants de l’inflation en République


Démocratique du Congo de 1964 à 2016 : une vérification empirique ». L’inflation étant en
relation avec d’autres agrégats macroéconomiques, l’objectif de ce travail était d’étudier les
variables qui expliquent son niveau et ses caractéristiques en RDC. Il s’agissait en fait, de
déceler, de découvrir quel type de facteurs influencent l’inflation en RDC (facteurs
monétaires, facteurs réels ou les anticipations).

L’étude a consisté à analyser les différents facteurs explicatifs de l’inflation en RDC


depuis 1964 jusqu’en 2016. Plus spécifiquement, il s’agissait de tenter de trouver la relation
c’est-à-dire de modéliser économétriquement l’inflation en RDC. Cette dernière étape a
permis de mesurer l’impact de chacun de ces facteurs sur l’inflation au Congo et en
définitive ressortir une politique monétaire conséquente.

L’étude est partie de l’interrogation principale suivante : De 1964 à 2016, le


processus inflationniste de la République Démocratique du Congo était-il influencé par les
facteurs monétaires, réels ou plutôt par les anticipations des agents économiques ?

Il a été supposé qu’un seul type de facteurs ne saurait influencer l’inflation


congolaise et que celle-ci est multidimensionnelle. Elle renferme alors les facteurs monétaires,
réels, structurels ainsi que des anticipations, aussi bien adaptatives que rationnelles.

A part l’introduction et la conclusion, cette étude s’est articulée autour de deux


parties : la première partie porte sur les déterminants théoriques de l’inflation. Le premier
chapitre fait un panorama de facteurs monétaires de l’inflation. Dans le deuxième chapitre, les
facteurs réels ont été présentés. Le troisième chapitre est revenu sur le modèle de synthèse et
le quatrième chapitre revient sur la modélisation économétrique. Il a été question d’exposer
les techniques de récolte de données, leur traitement et l’interprétation des résultats, le modèle
utilisé ainsi que la procédure d’estimation de ce modèle, bref la méthodologie du travail.

La deuxième partie est une étude empirique de l’inflation en RDC. Ainsi, dans le
cinquième chapitre, le contexte de l’inflation congolaise et l’évolution des différentes
grandeurs monétaires et non monétaires en RDC ont été présentés. Aussi, le chapitre sixième
détermine quel genre de relation économétrique se dessine entre l’inflation en RDC et ses
déterminants. Et cette conclusion générale récapitule les résultats obtenus.

Pour déceler quel type de facteurs créent et entretiennent l’inflation en RDC, chaque
type de facteurs a fait l’objet d’une modélisation selon l’obédience théorique (libérale,
280

keynésien et structuraliste) et estimé dans un VAR. Puis, un modèle de synthèse a été proposé
et estimé à son tour dans un VAR ; ce qui a permis d’élaguer les facteurs non pertinents.

Après estimation des différents VAR, les résultats suivants ont été obtenus :

 L’estimation du modèle libéral a révélé que l’inflation congolaise est expliquée par le Pib
réel et la variable muette. Et que la masse monétaire est expliquée par l’inflation, mais le
Pib réel ne l’est pas. L’inflation congolaise ne connait pas d’inertie car la partie
autorégressive n’a pas été significative. L’analyse impulsionnelle des chocs a confirmé que
l’inflation congolaise connait des anticipations rationnelles de par ses vives réactions face à
ses propres innovations et aux innovations de la masse monétaire, du Pib réel et du taux
d’intérêt. Il faut noter que les effets d’un choc monétaire sur l’inflation persistent et se font
sentir jusqu’à plusieurs années après le choc.

 L’arbitrage entre l’inflation et le chômage, prôné par le modèle keynésien, a été vérifié par
une relation entre l’inflation et l’écart de production à travers la loi d’Okun. Avec ces
résultats, nous avons constaté que l’inflation congolaise est expliquée par l’écart de
production, par ses propres valeurs passées et par la variable muette. L’écart de production
est aussi expliqué par ses propres valeurs passées et par l’inflation. Avec le test de causalité
au sens de Granger, nous avons constaté que l’écart de production cause l’inflation et que
celle-ci cause à son tour l’écart de production. Il y a une boucle rétroactive entre les deux
variables (un « feedback effect »). Une analyse impulsionnelle graphique des innovations
et une analyse en termes de tableau provenant des résidus du VAR nous ont permis de
vérifier la nouvelle courbe keynésienne. Nous avons trouvé que les chocs de l’écart de
production et ceux de l’inflation ont impact contemporain sur l’inflation mais que les
innovations de l’inflation n’ont pas d’impact contemporain sur l’écart de production.

 Pour le modèle de synthèse, l’inflation congolaise est aussi bien expliquée par sa propre
histoire, la variable muette, par le taux d’intérêt, par la masse monétaire, l’écart de
production, les importations, le taux de change contemporains et passés. L’inflation
explique à son tour le niveau de la masse monétaire, le taux de change et l’écart de
production. Aussi, la masse monétaire est expliquée par l’écart de production. Mais l’écart
de production n’est pas expliqué par la masse monétaire. Ce qui confirme que les autorités
monétaires adaptent l’offre de monnaie aux besoins réels de l’économie.
281

 A partir du test de causalité de Granger, il a été observé ceci : la masse monétaire ne cause
pas l’inflation mais celle-ci cause la masse monétaire. L’écart de production cause
l’inflation et celle-ci cause à son tour, l’écart de production (« feedback effect »). Le taux
de change cause l’inflation et celle-ci cause le taux de change (« feedback effect »). Les
importations ne causent pas l’inflation et celle-ci ne cause pas les importations. L’écart de
production cause la masse monétaire et la masse monétaire cause l’écart de production
(« feedback effect »). La masse monétaire cause le taux de change mais le taux de change
ne cause pas la masse monétaire. Et enfin, l’écart de production cause le taux de change et
que celui-ci ne cause pas l’écart de production.

 Les racines inversées des parties autorégressives ont suggéré que les VAR des tous les
modèles étaient stationnaires. Les racines appartiennent au disc d’unité dans le plan
complexe.

 Le modèle de synthèse a été beaucoup plus satisfaisant que celui de l’approche libérale,
celui de l’approche keynésienne et celui de l’approche structuraliste. En effet, la
comparaison des critères du R², du log de vraisemblance et des critères d’information de
Akaike et Schwarz (R², logV, AIC et SIC) de ces quatre modèles a révélé que le modèle de
synthèse était le meilleur. Ce qui confirme notre hypothèse principale selon laquelle
l’inflation congolaise est multidimensionnelle et est expliquée aussi bien par les facteurs
monétaires, réels et les anticipations.

 Le modèle de synthèse suggère la présence des anticipations aussi bien adaptatives que
rationnelles. D’après l’analyse de la variance de ce VAR, les chocs sur l’inflation sont
d’abord expliqués par ses propres innovations, celles des importations, les innovations du
taux de change, celles de l’écart de production, et celles de la masse monétaire.

 L’analyse des chocs impulsionnels sur l’inflation laisse voir que les réactions de l’inflation
face à ses propres innovations sont intenses. Ceci confirme la présence des anticipations
rationnelles dans l’inflation congolaise. Aussi, la réponse des chocs de l’inflation causés
par la masse monétaire se ressent directement, s’amplifient au bout d’un ou deux ans,
s’amortissent au fil du temps (stationnarité du modèle) mais les effets se ressentent pendant
282

plusieurs années. L’inflation congolaise réagit aussi bien aux chocs subis par la
production, taux de change, le taux d’intérêt et les importations.

Après estimations, il s’est donc avéré que le modèle de synthèse est le mieux adapté
à l’inflation congolaise. Ce qui dénote que les facteurs qui créent et entretiennent l’inflation
congolaise sont effectivement multiples et que celle-ci est multidimensionnelle (facteurs
monétaires, facteurs réels, facteurs structurels et anticipations). Les résultats révèlent que les
facteurs d’anticipations sont les plus prépondérants suivis des facteurs réels et des facteurs
monétaires. Ceci est tout à fait normal car étant donné le scepticisme des agents économiques
congolais face aux décisions de politique monétaire en RDC.

La théorie quantitative de la monnaie suggère une relation croissante entre la masse


monétaire et l’inflation. Le coefficient de la masse monétaire, dans le modèle de synthèse est
positif et significativement différent de 0. Ceci signifie que lorsque la masse monétaire varie
dans un sens, il faudra s’attendre à une réaction, dans le même sens, de l’inflation à venir.
L’autorité monétaire devrait alors faire attention dans ses émissions monétaires car cette
pratique est tout à fait inflationniste en RDC. En effet, il a été remarqué qu’à des périodes
d’expansion monétaire, se suivent toujours des périodes d’inflation plus ou moins forte en
fonction de la monnaie créée.

Ces résultats nous permettent de confirmer notre première hypothèse spécifique :


l’inflation congolaise évolue en fonction directe de la masse monétaire et du taux de change
et est fonction des importations.

La deuxième hypothèse est aussi confirmée : L’inflation congolaise évolue en


fonction inverse de l’écart entre la production effective et la production potentielle.

La troisième hypothèse est confirmée : le modèle d’inflation en RDC connaît des


variables décalées du type ARMA vu les anticipations aussi bien rétrospectives, adaptatives
que rationnelles que font les agents économiques congolais et les chocs qu’a connus
l’économie congolaise.

La Banque Centrale du Congo, à qui revient la charge de régulation monétaire en


RDC, devrait faire preuve de sollicitude vis-à-vis de deux principaux éléments en matière de
création monétaire. Premièrement, elle ne devrait plus céder au gouvernement des avances
monétaires en recourant à la planche à billets. L’expérience a été tout à fait claire que cette
283

pratique a conduit le pays dans une phase d’inflation, voire d’hyperinflation pendant les années
1990. Pour cela, elle devrait jouir d’une certaine indépendance vis-à-vis du gouvernement. Le
gouvernement devrait chercher d’autres astuces pour couvrir ses déficits budgétaires ou éviter
carrément ces déficits. Il pourra essayer de contracter ses dépenses22 ou d’assainir son
appareil de récolte de ses recettes.

Sans pour autant négliger les autres facteurs (monétaires, réels et structurels),
l’autorité monétaire devrait chercher à regagner la confiance des agents économiques pour
que ceux-ci cessent de faire des anticipations pessimistes qui nourrissent l’inflation au Congo.
En fait, le coefficient de l’inflation passée est le plus élevé de tous dans l’équation du modèle
de synthèse. Cela dénote une certaine mémoire dans le processus inflationniste du Congo.
Autrement dit, les agents économiques du Congo font des anticipations adaptatives. Ils fixent
les prix actuel en ayant à l’esprit l’inflation passée ; ce qui amplifie encore l’inflation actuelle
et ainsi de suite. Aussi, les innovations de l’inflation congolaise sont tout aussi importantes tel
que remarqué après l’analyse des chocs. Les agents économiques du Congo font des
anticipations rationnelles et sont sceptiques face aux décisions de politique monétaire en RDC.

En effet, les réformes et démonétisations mal préparées, à souhait qui ont émaillé
l’histoire monétaire de la RDC, ont amenuisé la confiance des agents économiques congolais
en l’autorité monétaire. Ces réformes monétaires n’atteignent pas leurs objectifs. Dans le
meilleur des cas, leurs effets sont neutres sur la situation socioéconomique mais le plus
souvent, elles donnent des résultats pervers.

Ce scepticisme s’est révélé aigu et est allé jusqu’à nier l’autorité monétaire dans le
Kasaï, à rejeter la circulation de la monnaie « légale », a continuer d’utiliser une monnaie
retirée officiellement de la circulation et à créer une zone monétaire parallèle. Ce qui a donné
lieu à des spéculations de tout genre.

Aussi, la monnaie congolaise devra avoir de la valeur externe car l’estimation du


modèle de synthèse suggère une relation positive entre l’inflation congolaise et le taux de
change. Il faudra aussi contrôler le marché de change de manière à créer un système de change
stable (par des interventions systématiques de la BCC sur le marché de change) pour éviter la
prolifération des taux de change parallèles sur les marchés noirs. L’autorité monétaire devra
avoir une main mise sur ces marchés.

22
Beaucoup d’entreprises publiques sont moins rentables et pourtant budgétivores en termes de salaires,
d’allocations,…il serait mieux de les privatiser et de libéraliser les marchés.
284

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Doctorat, inédit, Université Paris Ouest Nanterre.

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École des sciences de la gestion, Université du Québec, Montréal.

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doctorat, Université Paris XII, Val de Marne, inédit, Paris.
299

ANNEXES
300

Annexe I : Données

Tableau n° A1 : Données brutes


Importations
(CDF Fiscal Masse monétaire
Taux de courant) (millions de CDF PIB courant Taux Pib
Année Indice de prix change courants) (million de CDF) d'intérêt réel
1964 1,69E-14 5,5E-13 1074945427 3,4E-10 1,2E-09 4,00% 431217
1965 1,84E-14 5,5E-13 1101284817 4E-10 1,8E-09 4,00% 453764
1966 2,31E-14 5,5E-13 1723357603 7,7E-10 2,9E-09 4,00% 514568
1967 4,03E-14 1,15667E-12 554017279,1 9,6E-10 4,2E-09 4,00% 485667
1968 4,79E-14 1,67E-12 598269492,4 1,05E-09 5,2E-09 4,00% 430140
1969 5,4E-14 1,67E-12 716055517,5 1,27E-09 6,6E-09 4,00% 469182
1970 5,49E-14 1,67E-12 888895812,2 1,68E-09 7,7E-09 4,00% 515120
1971 5,7E-14 1,67E-12 1037045742 1,88E-09 8,7E-09 4,00% 547677
1972 6,24E-14 1,67E-12 974051877,4 2,34E-09 9,6E-09 4,00% 549264
1973 7,77E-14 1,67E-12 1249501264 3,08E-09 1,23E-08 4,00% 597272
1974 1,112E-13 1,67E-12 1826347549 4,05E-09 1,49E-08 4,00% 613757
1975 1,616E-13 1,67E-12 1544910372 4,52E-09 1,58E-08 4,00% 578372
1976 2,768E-13 2,64083E-12 1895866240 6,2E-09 2,34E-08 12,00% 544504
1977 4,515E-13 2,855E-12 2428488039 9,28E-09 3,03E-08 12,00% 514361
1978 7,568E-13 2,78667E-12 1413875669 1,414E-08 4,16E-08 12,00% 481804
1979 1,506E-12 5,76083E-12 1513091347 1,481E-08 0,000000084 12,00% 482563
1980 2,0602E-12 9,33083E-12 2353845419 1,855E-08 0,0000001 12,00% 483829
1981 2,9028E-12 1,46083E-11 2149230266 4,082E-08 0,0000002 12,00% 495441
1982 3,9275E-12 1,91625E-11 1904761877 7,895E-08 0,0000003 15,00% 492964
1983 7,8865E-12 4,2955E-11 1903154418 1,1364E-07 0,0000005 20,00% 499915
1984 1,05206E-11 1,20404E-10 2052227172 1,698E-08 0,00000009 20,00% 527660
1985 1,33085E-11 1,66208E-10 1844401509 1,9835E-07 0,0000012 26,00% 530299
1986 1,76737E-11 1,98706E-10 1945438642 3,0189E-07 0,0000016 30,00% 555329
1987 3,52591E-11 3,74595E-10 2211277028 6,7422E-07 0,0000029 29,00% 570323
1988 7,80989E-11 6,2343E-10 2465392973 1,52778E-06 0,0000055 40,00% 573744
1989 2,52119E-10 1,27121E-09 2240912519 2,94872E-06 0,0000115 45,00% 565712
1990 5,09522E-10 2,39475E-09 2730558340 9,57265E-06 0,0000224 45,00% 528375
1991 1,90811E-08 5,19457E-08 2192456296 6,11711E-05 0,0004649 55,00% 483886
1992 5,89529E-07 2,15136E-06 1438083977 0,003152607 0,0176546 55,00% 433078
1993 2,80127E-05 2,51442E-05 975386930 0,103553269 0,2692385 95,00% 374557
1994 0,002772385 0,011941192 1157757147 8,254957857 69,341646 145,00% 360059
1995 0,013038526 0,070244717 1338976146 34,17422181 396,420973 125,00% 362641
1996 0,103395514 0,501849175 1749529627 216,1384067 2896,25465 238,00% 358603
1997 0,1175607 1,3134476 913626093,6 327,891465 7803,816866 13,00% 339207
1998 0,276032523 1,607232436 2044259390 846,5618559 9989,4299 22,00% 333315
1999 1,229804365 4,020686844 826448700 3896,530376 51823,854 120,00% 319082
2000 9,848 21,83111218 2971398551 23576,6237 297065,4586 140,00% 297065
2001 23,152 206,7385145 970966666,7 77337,63736 1407545 24,00% 290827
2002 26,81 346,6879339 1191063980 98832,90488 1922300 8,00% 300914
2003 27,989 405,3974517 2683964305 130605,4261 2298655,5 14,00% 318341
2004 30,509 399,4757917 2739772820 222307,6923 2601000 28,75% 339478
2005 37,068 473,9080083 2818878298 276116,3415 3396231 40,00% 365961
2006 43,814 468,278825 3620396459 444300,18 4131991,674 22,50% 386386
2007 48,152 516,7498917 7640866624 664401,5291 5182331,927 40,00% 410565
2008 61,442 559,2925083 8854237048 1044786,243 6529914,018 70,00% 435834
2009 94,252 809,7858333 6738128126 1507115,745 9072836,783 22,00% 447925
2010 103,488 905,9134583 10695635011 2024838,527 11946547,31 20,00% 479952
2011 119,426 919,4913 11777778286 2418795,397 14754651,92 4,00% 513095
2012 122,65 919,7554083 10953893472 2815946,975 16614087,15 3,00% 550279
2013 123,97 919,792774 13216892413 5409447,811 28670073,4 2,00% 598853
2014 129,1355092 925,2262825 1,39069E+12 394503000 332240000 4,01% 632053
2015 130,0965343 925,9849613 1,10976E+12 431529000 3511120000 3,66% 663021
2016 133,8509266 1010,302757 1,21451E+12 525494000 3751740000 3,38% 688586

Sources : - Vincent NGONGA NZINGA, [Link] ;

- Banque Centrale du Congo, rapports annuels ;

- Banque mondiale, WDI.


301

Annexe II : Evolution des variables

LIP
10

-5

-10

-15

-20

-25

-30

-35
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10

Figure n°A2.1 : Evolution de l’indice de prix de 1964 à 2013

LPIBR
13.4

13.3

13.2

13.1

13.0

12.9

12.8

12.7

12.6

12.5
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10

Figure n°A2.2 : Evolution du Pibr de 1964 à 2013

LIMPORT
23.5

23.0

22.5

22.0

21.5

21.0

20.5

20.0
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10

Figure n°A2.3 : Evolution des importations de 1964 à 2013


302

LTC
10

-5

-10

-15

-20

-25

-30
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10

Figure n°A2.4 : Evolution du taux de change de 1964 à 2013

LMM
16

12

-4

-8

-12

-16

-20

-24
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10

Figure n°A2.5 : Evolution de la masse monétaire M1 de 1964 à 2013

LTI
1

-1

-2

-3

-4
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10

Figure n°A2.6 : Evolution du taux d’intérêt de 1964 à 2013


303

LPIB
20

15

10

-5

-10

-15

-20

-25
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10

Figure n°A2.7 : Evolution du Pib courant de 1964 à 2013

Annexe III : Test de Stationnarité des variables

A. La variable lip

Null Hypothesis: D(LIP) has a unit root


Exogenous: None
Lag Length: 0 (Automatic - based on SIC, maxlag=10)

t-Statistic Prob.*

Augmented Dickey-Fuller test statistic -2.139809 0.0323


Test critical values: 1% level -2.611094
5% level -1.947381
10% level -1.612725

*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

Augmented Dickey-Fuller Test Equation


Dependent Variable: D(LIP,2)
Method: Least Squares
Date: 06/12/18 Time: 18:06
Sample (adjusted): 1966 2016
Included observations: 51 after adjustments

Variable Coefficient Std. Error t-Statistic Prob.

D(LIP(-1)) -0.167747 0.078393 -2.139809 0.0373

R-squared 0.083891 Mean dependent var -0.001110


Adjusted R-squared 0.083891 S.D. dependent var 0.741738
S.E. of regression 0.709944 Akaike info criterion 2.172153
Sum squared resid 25.20105 Schwarz criterion 2.210032
Log likelihood -54.38990 Hannan-Quinn criter. 2.186627
Durbin-Watson stat 2.328425
304

B. La variable lmm

Null Hypothesis: D(LMM) has a unit root


Exogenous: None
Lag Length: 1 (Automatic - based on SIC, maxlag=10)

t-Statistic Prob.*

Augmented Dickey-Fuller test statistic -2.218365 0.0269


Test critical values: 1% level -2.612033
5% level -1.947520
10% level -1.612650

*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

Augmented Dickey-Fuller Test Equation


Dependent Variable: D(LMM,2)
Method: Least Squares
Date: 21/12/18 Time: 10:30
Sample (adjusted): 1967 2016
Included observations: 50 after adjustments

Variable Coefficient Std. Error t-Statistic Prob.

D(LMM(-1)) -0.270398 0.121891 -2.218365 0.0313


D(LMM(-1),2) -0.329831 0.135898 -2.427041 0.0190

R-squared 0.289638 Mean dependent var -0.009158


Adjusted R-squared 0.274838 S.D. dependent var 1.276008
S.E. of regression 1.086603 Akaike info criterion 3.043168
Sum squared resid 56.67390 Schwarz criterion 3.119649
Log likelihood -74.07920 Hannan-Quinn criter. 3.072292
Durbin-Watson stat 1.983756

C. La variable Ecart

Null Hypothesis: ECART has a unit root


Exogenous: None
Lag Length: 0 (Automatic - based on SIC, maxlag=10)

t-Statistic Prob.*

Augmented Dickey-Fuller test statistic -2.797768 0.0060


Test critical values: 1% level -2.610192
5% level -1.947248
10% level -1.612797

*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

Augmented Dickey-Fuller Test Equation


Dependent Variable: D(ECART)
Method: Least Squares
Date: 21/12/18 Time: 10:34
Sample (adjusted): 1965 2016
Included observations: 52 after adjustments
305

Variable Coefficient Std. Error t-Statistic Prob.

ECART(-1) -0.273694 0.097826 -2.797768 0.0072

R-squared 0.132243 Mean dependent var 0.025814


Adjusted R-squared 0.132243 S.D. dependent var 0.849812
S.E. of regression 0.791629 Akaike info criterion 2.389597
Sum squared resid 31.96053 Schwarz criterion 2.427121
Log likelihood -61.12951 Hannan-Quinn criter. 2.403982
Durbin-Watson stat 1.712914

D. La variable Ltc

Null Hypothesis: D(LTC) has a unit root


Exogenous: None
Lag Length: 0 (Automatic - based on SIC, maxlag=10)

t-Statistic Prob.*

Augmented Dickey-Fuller test statistic -2.854491 0.0052


Test critical values: 1% level -2.611094
5% level -1.947381
10% level -1.612725

*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

Augmented Dickey-Fuller Test Equation


Dependent Variable: D(LTC,2)
Method: Least Squares
Date: 06/12/18 Time: 18:35
Sample (adjusted): 1966 2016
Included observations: 51 after adjustments

Variable Coefficient Std. Error t-Statistic Prob.

D(LTC(-1)) -0.280296 0.098195 -2.854491 0.0063

R-squared 0.140124 Mean dependent var 0.001709


Adjusted R-squared 0.140124 S.D. dependent var 1.004247
S.E. of regression 0.931233 Akaike info criterion 2.714798
Sum squared resid 43.35971 Schwarz criterion 2.752677
Log likelihood -68.22735 Hannan-Quinn criter. 2.729273
Durbin-Watson stat 2.474548

E. La variable Limport

Null Hypothesis: D(LIMPORT) has a unit root


Exogenous: None
Lag Length: 0 (Automatic - based on SIC, maxlag=10)

t-Statistic Prob.*

Augmented Dickey-Fuller test statistic -8.188530 0.0000


Test critical values: 1% level -2.611094
306

5% level -1.947381
10% level -1.612725

*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

Augmented Dickey-Fuller Test Equation


Dependent Variable: D(LIMPORT,2)
Method: Least Squares
Date: 21/12/18 Time: 10:42
Sample (adjusted): 1966 2016
Included observations: 51 after adjustments

Variable Coefficient Std. Error t-Statistic Prob.

D(LIMPORT(-1)) -1.145800 0.139927 -8.188530 0.0000

R-squared 0.572839 Mean dependent var 0.001294


Adjusted R-squared 0.572839 S.D. dependent var 1.196672
S.E. of regression 0.782116 Akaike info criterion 2.365785
Sum squared resid 30.58525 Schwarz criterion 2.403664
Log likelihood -59.32752 Hannan-Quinn criter. 2.380260
Durbin-Watson stat 1.986471

F. La variable Lti

Null Hypothesis: D(LTI) has a unit root


Exogenous: None
Lag Length: 0 (Automatic - based on SIC, maxlag=10)

t-Statistic Prob.*

Augmented Dickey-Fuller test statistic -7.270890 0.0000


Test critical values: 1% level -2.611094
5% level -1.947381
10% level -1.612725

*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

Augmented Dickey-Fuller Test Equation


Dependent Variable: D(LTI,2)
Method: Least Squares
Date: 21/12/18 Time: 10:49
Sample (adjusted): 1966 2016
Included observations: 51 after adjustments

Variable Coefficient Std. Error t-Statistic Prob.

D(LTI(-1)) -1.027990 0.141384 -7.270890 0.0000

R-squared 0.513929 Mean dependent var -0.001581


Adjusted R-squared 0.513929 S.D. dependent var 1.014822
S.E. of regression 0.707522 Akaike info criterion 2.165317
Sum squared resid 25.02937 Schwarz criterion 2.203196
Log likelihood -54.21559 Hannan-Quinn criter. 2.179792
Durbin-Watson stat 2.016191
307

G. La variable Lpbibr

Null Hypothesis: D(LPIBR) has a unit root


Exogenous: None
Lag Length: 0 (Automatic - based on SIC, maxlag=10)

t-Statistic Prob.*

Augmented Dickey-Fuller test statistic -3.560154 0.0006


Test critical values: 1% level -2.611094
5% level -1.947381
10% level -1.612725

*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

Augmented Dickey-Fuller Test Equation


Dependent Variable: D(LPIBR,2)
Method: Least Squares
Date: 06/12/18 Time: 18:52
Sample (adjusted): 1966 2016
Included observations: 51 after adjustments

Variable Coefficient Std. Error t-Statistic Prob.

D(LPIBR(-1)) -0.401458 0.112764 -3.560154 0.0008

R-squared 0.202213 Mean dependent var -0.000257


Adjusted R-squared 0.202213 S.D. dependent var 0.055850
S.E. of regression 0.049885 Akaike info criterion -3.138783
Sum squared resid 0.124425 Schwarz criterion -3.100905
Log likelihood 81.03898 Hannan-Quinn criter. -3.124309
Durbin-Watson stat 1.828704
308

Annexe 3 Estimation du modèle de synthèse avec le taux d’intérêt comme variable endogène

Vector Autoregression Estimates


Date: 18/12/18 Time: 19:05
Sample (adjusted): 1966 2016
Included observations: 51 after adjustments
Standard errors in ( ) & t-statistics in [ ]

LIP1 LMM1 ECART LTC1 LTI1 LIMPORT1

LIP1(-1) 0.708260 0.609471 0.800886 1.497841 -0.228598 -0.469342


(0.24678) (0.39384) (0.35670) (0.27585) (0.35006) (0.37389)
[ 2.87005] [ 1.54751] [ 2.24529] [ 5.42994] [-0.65302] [-1.25530]

LMM1(-1) 0.268223 0.042758 -0.004638 0.095296 0.094911 0.239077


(0.11602) (0.18515) (0.16769) (0.12968) (0.16457) (0.17577)
[ 2.31195] [ 0.23093] [-0.02766] [ 0.73484] [ 0.57672] [ 1.36014]

ECART(-1) -0.259063 -0.402863 0.746699 -0.112987 -0.093802 -0.126111


(0.07138) (0.11392) (0.10317) (0.07979) (0.10125) (0.10815)
[-3.62938] [-3.53644] [ 7.23729] [-1.41607] [-0.92640] [-1.16611]

LTC1(-1) -0.406336 -0.092649 -0.382701 -0.773659 -0.064709 0.193322


(0.19335) (0.30857) (0.27947) (0.21613) (0.27427) (0.29294)
[-2.10158] [-0.30025] [-1.36938] [-3.57967] [-0.23593] [ 0.65994]

LTI1(-1) 0.053028 -0.087618 -0.045465 -0.117173 0.053020 -0.074105


(0.12818) (0.20457) (0.18528) (0.14329) (0.18183) (0.19421)
[ 0.41369] [-0.42830] [-0.24539] [-0.81777] [ 0.29159] [-0.38157]

LIMPORT1(-1) -0.295671 -0.056246 0.282469 -0.112515 -0.132329 -0.324347


(0.12250) (0.19551) (0.17707) (0.13694) (0.17378) (0.18560)
[-2.41357] [-0.28769] [ 1.59524] [-0.82166] [-0.76149] [-1.74752]

C 0.134040 0.302327 -0.242344 0.012815 0.045799 0.229288


(0.09305) (0.14851) (0.13450) (0.10402) (0.13200) (0.14099)
[ 1.44044] [ 2.03574] [-1.80177] [ 0.12320] [ 0.34696] [ 1.62632]

DUM 0.870395 0.554850 -0.429018 0.353897 0.502042 -0.211507


(0.26778) (0.42736) (0.38706) (0.29933) (0.37986) (0.40571)
[ 3.25040] [ 1.29831] [-1.10841] [ 1.18231] [ 1.32166] [-0.52132]

R-squared 0.798490 0.561515 0.646305 0.786031 0.095862 0.146991


Adj. R-squared 0.765687 0.490134 0.588726 0.751198 -0.051323 0.008129
Sum sq. resids 11.25474 28.66625 23.51402 14.06276 22.64723 25.83512
S.E. equation 0.511603 0.816491 0.739485 0.571875 0.725727 0.775124
F-statistic 24.34133 7.866423 11.22479 22.56619 0.651301 1.058542
Log likelihood -33.83443 -57.67519 -52.62303 -39.51433 -51.66527 -55.02355
Akaike AIC 1.640566 2.575497 2.377374 1.863307 2.339815 2.471512
Schwarz SC 1.943597 2.878529 2.680405 2.166339 2.642846 2.774543
Mean dependent 0.716140 0.818028 0.008477 0.689154 -0.003331 0.137365
S.D. dependent 1.056902 1.143466 1.153091 1.146501 0.707791 0.778294

Determinant resid covariance (dof


adj.) 0.000492
Determinant resid covariance 0.000177
Log likelihood -213.8705
Akaike information criterion 10.26943
Schwarz criterion 12.08762
309

TABLE DE MATIÈRES

REMERCIEMENTS ....................................................................................................... IV
SIGLES ET ABRÉVIATIONS ........................................................................................ VI
SOMMAIRE ................................................................................................................. VIII
LISTE DE TABLEAUX ...................................................................................................XI
LISTE DE FIGURES......................................................................................................XII
RÉSUMÉ .......................................................................................................................XIII
INTRODUCTION GÉNÉRALE ..................................................................................... 1
0.1. État de la question ....................................................................................................... 2
0.2. Problématique, objectif et hypothèses de recherche ..................................................... 6
0.3. Méthodologie et subdivision du travail ....................................................................... 20
0.3.1. Méthodologie ...................................................................................................................... 20
0.3.2. Subdivision du travail ......................................................................................................... 23

0.4. Intérêt du sujet .......................................................................................................... 23

PREMIÈRE PARTIE : DÉTERMINANTS THÉORIQUES DE L’INFLATION .. 25


Introduction à la première partie .................................................................................... 26

Chapitre premier : DÉTERMINANTS MONÉTAIRES DE L’INFLATION : « Du


quantitativisme aux anticipations de l’inflation » ............................................................. 27
SECTION I : STRUCTURE D’ENSEMBLE DU MODÈLE CLASSIQUE............................................ 30
II.I.1. Hypothèses du modèle classique ............................................................................................. 30
II.I.2. Loi de Jean Baptiste Say (loi des débouchés) .......................................................................... 33
II.I.3. Loi de Walras ........................................................................................................................... 33
II.I.4. Dichotomie « réel/monétaire »................................................................................................. 35

SECTION II : ÉQUATIONS DE LA THÉORIE QUANTITATIVE .................................................... 37


II.2.1. Equation de Fischer ................................................................................................................. 39
II.2.2. Équation de Cambridge (Marshall, Pigou, Hicks)................................................................... 40
II.2.3. Prise en compte de la demande de monnaie ............................................................................ 40

SECTION III : SOURCES DE L’INFLATION SELON LES CLASSIQUES .......................................... 43


a. Déficits budgétaires, anticipation d’inflation, masse monétaire en circulation, seigneuriage et
inflation ........................................................................................................................................ 43
b. Déséquilibre de flux : ................................................................................................................... 46

SECTION IV : INFLATION CHEZ LES MONÉTARISTES ET DANS LA NOUVELLE ÉCOLE CLASSIQUE


(NEC) ................................................................................................................................ 46
III.1. INFLATION, PHÉNOMÈNE MONÉTAIRE .......................................................................... 46
310

III.2. RENFORCEMENT DE LA THÉORIE DES ANTICIPATIONS PAR LA NOUVELLE


ÉCOLE CLASSIQUE (NEC) : ANTICIPATIONS RATIONNELLES ...................................... 57

SECTION V : ÉTUDES EMPIRIQUES AYANT APPLIQUÉ LA THÉORIE CLASSIQUE DE L’INFLATION


…………………………………………………………………………………………………………………………………..60

Conclusion du premier chapitre....................................................................................... 65

Chapitre deuxième : DÉTERMINANTS RÉELS DE L’INFLATION : « De l’output gap à


la nouvelle courbe de Phillips et aux chocs » ................................................................... 67
SECTION I : STRUCTURE D’ENSEMBLE DU MODELE KEYNESIEN............................................ 69
a. Demande de monnaie keynésienne .............................................................................................. 71
b. Courbe IS ..................................................................................................................................... 75
c. Courbe LM ................................................................................................................................... 77

SECTION II : COURBE DE PHILLIPS....................................................................................... 77


a. Relation statistique de Phillips (1958) ......................................................................................... 79
b. Arbitrage inflation/chômage ........................................................................................................ 80

SECTION III : REMISE EN CAUSE DE LA COURBE DE PHILLIPS : CRITIQUE DE FRIEDMAN ........ 83


SECTION III : CHOCS D’OFFRE, ECART DE PRODUCTION ET INFLATION ................................. 90
SECTION IV : NOUVELLE COURBE DE PHILLIPS .................................................................... 96
SECTION V : THÉORIE STRUCTURALISTE DE L’INFLATION ................................................... 100
II.1. Économie de centre et économie de périphérie ...................................................................... 100
II.2. Approche structurelle de l’inflation : une théorie hétérodoxe et étouffée ............................. 109
II.3. Inflation : résultat de la faiblesse de l’offre des produits agricoles et des importations ......... 112
II.4. inflation, résultats des goulots d’étranglement et lutte des groupes sociaux ........................ 114

SECTION VI : ÉTUDES EMPIRIQUES AYANT APPLIQUÉ LES THÉORIES KEYNÉSIENNE ET


STRUCTURALISTE DE L’INFLATION.................................................................................... 116

Conclusion du deuxième chapitre .................................................................................. 121


a. Distorsion du commerce extérieur ............................................................................................. 122
b. Distorsion entre les besoins alimentaires et rigidité de la production agricole ......................... 122
c. Distorsion au sein du secteur industriel ...................................................................................... 122

Chapitre troisième : CHOCS D’OFFRE ET DE DEMANDE : INFLATION DANS LE


MODÈLE DE SYNTHÈSE ........................................................................................... 123
SECTION I : MODÈLE CLASSICO-KEYNÉSIEN-STRUCTURALISTE : MODÈLE D’OFFRE GLOBALE-
DEMANDE GLOBALE ........................................................................................................ 125
a. Introduction des prix au modèle keynésien : prise en compte des conditions d'offre globale ...... 125
b. Construction de la courbe de demande globale ........................................................................... 133
c. La construction de la courbe d'offre globale ................................................................................ 137

SECTION II : ÉTUDES EMPIRIQUES SUR LE MODELE CLASSICO-KEYNÉSIEN-STRUCTURALISTE DE


L’INFLATION .................................................................................................................... 144

Conclusion du troisième chapitre................................................................................... 145


311

Chapitre quatrième : MODÉLISATION DE L’INFLATION ET ANALYSE


EXPLORATOIRE DE DONNÉES ............................................................................... 147
SECTION I : SPÉCIFICATION DES MODÈLES D’INFLATION SELON LES DIFFÉRENTES APPROCHES
149
I.1. Modèle classique de l’inflation ................................................................................................. 149
I.2. Spécification du modèle keynésien d’inflation .......................................................................... 152
I.3. Spécification du modèle structuraliste d’inflation ..................................................................... 156
I.4. Spécification du modèle de synthèse d’inflation ....................................................................... 156
I.5. Procédure d’estimation du modèle d’inflation en RDC : La modélisation VAR ...................... 162

SECTION II : ANALYSE EXPLORATOIRE DE DONNÉES.......................................................... 167


II.1. Statistiques descriptives sur les données .................................................................................. 167
A. Évolution de l’indice des prix à la consommation de 1964 à 2016 ............................................ 169
B. Évolution de la masse monétaire de 1964 à 2016 ...................................................................... 170
C. Le Pib réel .................................................................................................................................. 172
D. Le taux de change entre le dollar américain et la monnaie congolaise (cotation à l’incertain) .. 173
E. Évolution des importations en RDC de 1964 à 2016 ................................................................. 174
[Link] de Stationnarité des variables ou test de racine unitaire ................................................... 174

Conclusion du quatrième chapitre ................................................................................. 177


Conclusion de la première partie ................................................................................... 179

DEUXIÈME PARTIE : ÉTUDE EMPIRIQUE DE L’INFLATION EN RDC ................ 182


Introduction à la deuxième partie .................................................................................. 183

Chapitre cinquième : CONTEXTE DE L’ÉCONOMIE CONGOLAISE : ÉVOLUTION


DES DÉTERMINANTS DE L’INFLATION EN RDC .................................................. 185
SECTION I : ETAT ACTUEL DE L’ANALYSE DE L’INFLATION CONGOLAISE ............................. 186
SECTION II : STIGMATES DE L’INFLATION EN RDC.............................................................. 191
II.1. Inflation congolaise et perte de la fonction de réserve de valeur ............................................ 191
II.2. Inflation congolaise et les fonctions d’unité de compte et d’intermédiaire des échanges. ....... 192

SECTION III : RÉPONSES DU GOUVERNEMENT CONGOLAIS À L’INFLATION ........................ 194


a. Dévaluation de novembre 1961 ................................................................................................. 194
b. La réforme monétaire de novembre 1963 (Mpereboye S., 2006) .............................................. 195
c. La nouvelle unité monétaire et la dévaluation de juin 1967 ...................................................... 196
d. Rattachement au DTS, mars 1976 .............................................................................................. 198
e. La démonétisation et le gel des liquidités de décembre 1979 .................................................... 199
f. Passage au régime de changes flexibles de septembre 1983 ..................................................... 201
g. Gel des liquidités, réajustement de la parité externe et nouvelle unité monétaire d’octobre 1993
................................................................................................................................................... 202
h. Changement des signes monétaires de juin 1998 ....................................................................... 205

Conclusion du cinquième chapitre ................................................................................. 209


312

Chapitre sixième : ESTIMATION DE LA FONCTION D’INFLATION EN RDC ET


IMPLICATIONS SUR LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE ............................................. 210
SECTION I : ESTIMATION DU MODÈLE CLASSIQUE DE L’INFLATION EN RDC........................ 212
I.1. Résultats de l’estimation du modèle classique de l’inflation congolaise ................................... 212
I.2. Analyse de la causalité .............................................................................................................. 216
I.3. Vérification de la stationnarité du VAR du modèle classique ................................................... 218
I.4. Analyse des chocs subis par le modèle classique ...................................................................... 219

SECTION II : ESTIMATION DU MODÈLE KEYNÉSIEN DE L’INFLATION EN RDC....................... 227


II.1. Résultats de l’estimation du VAR du modèle keynésien ......................................................... 227
II.2. Analyse de la causalité ............................................................................................................. 230
II.4. Analyse des chocs subis par le modèle keynésien.................................................................... 232

SECTION III : ESTIMATION DU MODÈLE STRUCTURALISTE DE L’INFLATION EN RDC ............ 237


III.1. Les résultats de l’estimation.................................................................................................... 237
III.2. Analyse de la causalité ............................................................................................................ 240
III.3. Vérification de la stationnarité du VAR du modèle structuraliste .......................................... 242
III.4. Analyse des chocs subis par le modèle structuraliste .............................................................. 243

SECTION IV : ESTIMATION DU MODÈLE DE SYNTHÈSE DE L’INFLATION EN RDC : MODÉLE


CLASSICO-STRUCTURO-KEYNÉSIEN D’INFLATION EN RDC.................................................. 249
IV.1. Résultats de l’estimation du modèle de synthèse .................................................................... 249
IV.2. Analyse de la causalité ........................................................................................................... 254
IV.3. Vérification de la stationnarité du VAR du modèle de synthèse ............................................ 257
IV.4. Analyse des chocs subis par le modèle de synthèse ............................................................... 258

SECTION V : IMPLICATIONS DES RÉSULTATS SUR LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE EN RDC ..... 268
V.1. Conformité des résultats avec les théories utilisées ................................................................. 268
V.2. Axes futurs de politique monétaire en République Démocratique du Congo .......................... 269

Conclusion du sixième chapitre ..................................................................................... 272


Conclusion de la deuxième partie .................................................................................. 275
CONCLUSION GÉNÉRALE ..................................................................................... 278
BIBLIOGRAPHIE ........................................................................................................ 284
ANNEXES .................................................................................................................... 299
TABLE DE MATIÈRES ............................................................................................... 309

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