Fiche de Lecture – Le Règlement Préventif (OHADA)
Source : Chapitre 3 du cours de Droit des Procédures Collectives (OHADA) – Pr. Moussa
Gueye
I. Définition et Objet
Le règlement préventif est une procédure collective à visée préventive. Elle a pour objectif
d’éviter la cessation des paiements et de permettre l’apurement du passif au moyen d’un
concordat préventif (article 2 de l’Acte Uniforme relatif aux procédures collectives - AU/PC).
Elle s’adresse aux entreprises confrontées à des difficultés financières sérieuses mais
réversibles, quelle que soit leur forme juridique.
Une procédure simplifiée est prévue pour les petites entreprises (employant au plus 20 salariés
et réalisant un chiffre d’affaires annuel hors taxes inférieur ou égal à 50 millions de francs
CFA).
II. Conditions d’Accès
A. Conditions de fond
1. Sont éligibles :
o Les personnes physiques exerçant une activité indépendante (civile,
commerciale, artisanale, agricole, libérale).
o Les personnes morales de droit privé (y compris les entreprises publiques
constituées sous forme privée).
o L’immatriculation au RCCM est obligatoire pour les commerçants (article 60
AUDCG).
2. La situation économique doit révéler des difficultés sérieuses mais non irrémédiables.
La requête est rejetée si :
o La situation de l’entreprise est saine (demande abusive).
o L’entreprise est en cessation des paiements (cas d’ouverture d’un redressement
ou d’une liquidation).
B. Conditions de forme
1. La demande est adressée au tribunal compétent, accompagnée d’un dossier complet
(article 6-1 AU/PC) contenant une analyse financière et un projet de concordat (sauf
procédure simplifiée).
2. Des restrictions existent :
o Aucune nouvelle demande n’est recevable si un concordat est en cours.
o Délai d’attente obligatoire : 3 ans après homologation, 18 mois après échec.
III. Déroulement de la Procédure
A. Première phase : Intervention du président du tribunal
1. Par ordonnance, le président :
o Prononce la suspension des poursuites individuelles (3 mois maximum, ou 2
mois en cas de procédure simplifiée).
o Désigne un expert pour établir un diagnostic financier et faciliter les
négociations avec les créanciers.
2. Effets :
o Les créanciers voient leurs poursuites gelées (à l’exception des créances
salariales et alimentaires).
o Le débiteur ne peut effectuer certains actes de disposition sans autorisation
(article 11 AU/PC).
B. Deuxième phase : Décision du tribunal
1. Trois issues possibles (article 15 AU/PC) :
o Ouverture d’un redressement ou d’une liquidation si la cessation des paiements
est établie.
o Annulation de la procédure si la situation du débiteur est saine ou si le projet
de concordat est rejeté.
o Homologation du concordat (durée maximale de 3 ans, réduite à 1 an pour les
créances salariales).
2. Le tribunal désigne des organes de suivi :
o Le juge-commissaire (chargé du contrôle).
o Le syndic (chargé de surveiller l’exécution du concordat).
IV. Effets du Concordat Homologué
Le débiteur conserve la libre administration de ses biens, dans le respect du plan de
concordat.
Les créanciers sont tous liés par le concordat, même ceux qui n’y ont pas
expressément consenti.
Les sûretés réelles sont maintenues mais ne peuvent être exercées pendant la durée du
concordat.
L’expert met fin à sa mission et transmet un rapport dans le mois. Le syndic suit
l’exécution par des rapports trimestriels.
V. Voies de Recours
L’appel est ouvert à toutes les parties (débiteur, créanciers, ministère public) dans un
délai de 15 jours à compter de la décision. La cour d’appel statue dans les 30 jours.
L’opposition aux décisions du président est possible dans un délai de 8 jours.
Points Clés à Retenir
Le règlement préventif vise à sauver les entreprises viables avant l’état de cessation
des paiements.
Il comprend deux grandes étapes : la décision du président (avec suspension et
nomination d’un expert), puis l’homologation du concordat par le tribunal.
Le concordat homologué s’impose à tous les créanciers.
Les actes contraires aux interdictions prévues à l’article 11 sont nuls de plein droit, et
la responsabilité de l’expert peut être engagée.
Cas Pratiques – Règlement Préventif (OHADA)
Objectif : Appliquer les règles du règlement préventif à des situations concrètes pour préparer
l’examen.
Cas 1 : Petite Entreprise en Difficulté
M. Diallo, artisan ébéniste, gère une entreprise individuelle avec 5 employés et un chiffre
d’affaires de 30 millions de francs CFA. Il ne peut plus payer ses fournisseurs et dépose une
requête en règlement préventif simplifié avec un projet de concordat prévoyant un paiement
échelonné sur 2 ans.
Réponses :
1. La procédure est ouverte car l’entreprise remplit les conditions de la procédure
simplifiée (effectif et CA conformes à l’article 24 AU/PC).
2. Étapes :
o Ordonnance du président du tribunal (suspension des poursuites pendant 2
mois et désignation d’un expert).
o Rapport de l’expert sous 3 mois.
o Homologation possible si accord entre les parties.
3. Le juge rejette la saisie du créancier car les actions individuelles sont suspendues
pendant la procédure (article 9 AU/PC).
Cas 2 : Société en Difficulté Non Immatriculée
La SARL "Delta", employant 15 personnes pour un CA de 80 millions, n’est pas
immatriculée au RCCM et demande l’ouverture d’un règlement préventif.
Réponses :
1. La requête est irrecevable car l’immatriculation est une condition impérative pour
accéder aux procédures collectives (article 60 AUDCG).
2. La société risque :
o Le rejet de sa demande.
o Des sanctions pour exercice illégal du commerce (amende, fermeture
administrative, etc.).
Cas 3 : Cessation des Paiements Découverte Après Ouverture
La société "PharmaPlus" obtient l’ouverture d’un règlement préventif. L’expert découvre que
l’entreprise est en cessation des paiements depuis 6 mois.
Réponses :
1. Le tribunal doit requalifier la procédure en redressement ou liquidation judiciaire
(article 15-1° AU/PC).
2. Les créanciers antérieurs seront intégrés à la procédure collective. Les créanciers
titulaires de sûretés pourront faire valoir leurs droits si une liquidation est prononcée
(article 18, alinéa 2 AU/PC).
Cas 4 : Violation des Restrictions par le Débiteur
Pendant la suspension, M. Koné vend un camion appartenant à son entreprise sans
autorisation.
Réponses :
1. La vente est nulle de plein droit (article 11 AU/PC).
2. Un créancier peut saisir le tribunal pour demander l’annulation. L’expert ou le syndic
doit également signaler cette irrégularité (article 20 AU/PC).
Cas 5 : Appel Contre l’Homologation
Le tribunal homologue un concordat qui prévoit une remise de 30 % des dettes. Un créancier
chirographaire fait appel.
Réponses :
1. Le délai d’appel est de 15 jours à compter de la publication de la décision (article 23,
alinéa 3 AU/PC).
2. La cour d’appel peut confirmer la décision ou ouvrir une procédure de redressement
ou de liquidation si elle constate la cessation des paiements.
1. Identifier la procédure : classique ou simplifiée ?
2. Vérifier les conditions d’ouverture :
o Forme juridique du débiteur, immatriculation au RCCM.
o Difficultés sérieuses mais non irrémédiables.
3. Analyser les effets de l’ouverture : suspension des poursuites, rôle de l’expert,
procédure d’homologation.
4. Examiner les éventuelles sanctions ou recours :
o Nullité des actes non autorisés.
o Voies d’appel et d’opposition.
Exemples à mémoriser :
Si le débiteur est en cessation des paiements, on bascule en redressement ou
liquidation.
L’absence d’immatriculation rend la requête irrecevable (sauf pour les non-
commerçants).