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Rapport Du Jury: Concours: Agrégation Interne Et CAER-PA

Le rapport du jury de l'agrégation interne et CAER-PA pour la section espagnol de la session 2024 présente un bilan des épreuves d'admissibilité et d'admission, soulignant la stabilité du nombre de candidats et la qualité des prestations. Malgré une légère baisse du nombre de postes offerts, les résultats montrent un bon niveau de préparation des candidats, avec des moyennes satisfaisantes pour les admissibles. Le jury encourage les candidats à persévérer et à bien se préparer pour réussir ce concours exigeant.

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Thèmes abordés

  • concours,
  • explication,
  • culture,
  • García Márquez,
  • Cervantes,
  • évaluation,
  • Bolivar,
  • langue,
  • connaissances,
  • déictique
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Rapport Du Jury: Concours: Agrégation Interne Et CAER-PA

Le rapport du jury de l'agrégation interne et CAER-PA pour la section espagnol de la session 2024 présente un bilan des épreuves d'admissibilité et d'admission, soulignant la stabilité du nombre de candidats et la qualité des prestations. Malgré une légère baisse du nombre de postes offerts, les résultats montrent un bon niveau de préparation des candidats, avec des moyennes satisfaisantes pour les admissibles. Le jury encourage les candidats à persévérer et à bien se préparer pour réussir ce concours exigeant.

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  • connaissances,
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Rapport du jury

Concours : Agrégation interne et CAER-PA

Section : langues vivantes étrangères : espagnol

Session 2024

Rapport de jury présenté par :


Mme Christine OROBITG (Professeure des Universités)

© https://www.devenirenseignant.gouv.fr
SOMMAIRE

SOMMAIRE ............................................................................................................................................................. 2
PRÉAMBULE .......................................................................................................................................................... 4
ÉPREUVE DE COMPOSITION EN LANGUE ÉTRANGÈRE ................................................................................. 9
ÉPREUVE DE TRADUCTION ............................................................................................................................... 18
SOUS-ÉPREUVE DE THÈME .......................................................................................................................... 20
SOUS-ÉPREUVE DE VERSION....................................................................................................................... 26
SOUS-ÉPREUVE D’EXPLICATION DE CHOIX DE TRADUCTION ................................................................. 37
ÉPREUVE DE PRÉPARATION D’UN COURS ..................................................................................................... 48
ÉPREUVE D’EXPLICATION EN LANGUE ÉTRANGÈRE .................................................................................... 54
ÉPREUVE DE THÈME ORAL ............................................................................................................................... 62
SUJETS DES EPREUVES D’ADMISSION ........................................................................................................... 65

« Les rapports des jurys des concours de recrutement sont établis sous la responsabilité des
présidents de jury »

Page 2 sur 81
RAPPORT DE JURY DE L’AGRÉGATION INTERNE / CAER-PA
SECTION : ESPAGNOL
SESSION 2024

Présenté par
Mme Christine OROBITG (Présidente)

Avec la participation de Laurent GALLARDO (Vice-présent), Michel MARTINEZ (Secrétaire général)


et Nuria RODRÍGUEZ LÁZARO (Vice-présidente)

Et avec la collaboration de mesdames et messieurs les membres du jury :

David DE LA FUENTE et Raphaël ROCHÉ


Pour l’épreuve de composition en langue étrangère

Maxime BREYSSE, Olivier BRISVILLE-FERTIN, Stéphane PAGÈS,


Caroline PUIS et Mireille SERRANO-CASTRO
Pour l’épreuve de traduction (thème, version et explication des choix de traduction)

Marie-Cécile IBALOT et Sandrine GALVEZ


Pour l’épreuve de préparation d’un cours

Paul BAUDRY, Magali KABOUS et Alexis MEDINA


Pour l’épreuve d’explication en langue étrangère

Laurent MARTI
Pour l’épreuve de thème oral

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PRÉAMBULE
Mme Christine Orobitg, Présidente du concours

Nous tenons ici, en premier lieu à féliciter chaleureusement les lauréats et lauréates du concours et à
encourager vivement ceux qui, pour des raisons diverses, n’ont pas franchi la barre de l’admissibilité ou
de l’admission. Malgré une légère baisse par rapport à l’année précédente, le nombre de candidats
inscrits est globalement stable, et le niveau de préparation des candidats est souvent très bon. Aussi
bien à l’écrit qu’à l’oral, le jury a eu le plaisir de lire (ou d’entendre) d’excellentes prestations.

Le nombre de postes offerts au concours par les arrêtés ministériels était de 42 pour l’agrégation
interne (contre 45 l’année précédente) et 11 pour le CAER-PA (comme l’année précédente). Pour
l’agrégation interne, une liste complémentaire a été établie avec 3 inscrits.

Nombre de postes offert au


concours
PUBLIC PRIVÉ
2018 37 11
2019 37 12
2020 37 12
2021 41 11
2022 45 9
2023 45 11 + 1 inscrit sur liste
complémentaire
2024 42 + 3 inscrits sur liste 11
complémentaire

Nombre d’inscrits au concours

Nombre de candidats inscrits


au concours
PUBLIC PRIVÉ
2019 898 179
2020 831 160
2021 898 185
2022 885 183
2023 793 200
2024 787 164

Cependant, comme les années précédentes, tous les candidats inscrits ne se présentent pas aux
épreuves du concours. Pour la session 2024, dans le public, sur 787 candidats inscrits, 540 se sont
présentés à l’épreuve de composition et 537 se sont présentés à l’épreuve de traduction ; dans le privé,
on compte 124 candidats présents aux deux épreuves d’admissibilité (composition en langue espagnole
et traduction) sur un total de164 inscrits.

Ci-dessous est présenté un bilan chiffré de la session.

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Concernant l’admissibilité :

ADMISSIBILITÉ
PUBLIC PRIVÉ
ADMISSIBLES 108 27
Épreuve de composition en langue étrangère (note sur 20)
NOTE MAXIMALE 17,30 15,50
NOTE MINIMALE 00,10 00,60
MOYENNE des présents 6,97 6,76
MOYENNE des admissibles 12,56 12,15
Épreuve de traduction (note sur 20)
NOTE MAXIMALE 14,84 11,50
NOTE MINIMALE 00 00
MOYENNE des présents 7,25 5,96
MOYENNE des admissibles 10,48 8,52

Pour ce qui est de l’admission :


ADMISSION hors liste complémentaire (note sur 20)
PUBLIC PRIVÉ
42 11
Exposé de la préparation d’un cours (note sur 20)
MOYENNE DES PRESENTS 9,08 8,92
NOTE MAXIMALE 20 16,25
NOTE MINIMALE 3,75 3,25
MOYENNE DES ADMIS 11,39 11,89
Explication en langue étrangère
MOYENNE DES PRESENTS 10,51 10,74
NOTE MAXIMALE 18,22 19,40
NOTE MINIMALE 4,00 3,20
MOYENNE DES ADMIS 13,22 13,13

PUBLIC PRIVÉ
Nombre d’admissibles Nombre d’admissibles
108 27
Barre d’admissibilité Barre d’admissibilité
9,92/20 8,84/20
Barre d’admission liste Barre d’admission
principale :
10,53/20 10,39/20
Barre de la liste
complémentaire :
10,42/20

Les moyennes globales cachent en fait une grande disparité dans les notes, révélatrice d’une grande
hétérogénéité dans le niveau de préparation des candidats. En effet, pour la composition en langue
étrangère, la moyenne générale de l’épreuve est de 6,97 (public) et 6,76 (privé), mais la moyenne, à
cette même épreuve, des candidats déclarés admissibles est de 12,56 (public) et de 12,15 (privé). De
même, pour la traduction, la moyenne générale de l’épreuve est de 7,25 (public) et de 5,96 (privé), mais

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la moyenne des candidats admissibles est de 10,48 (public) et de 8,52 (privé). Ces écarts importants
entre les moyennes générales par épreuve et les moyennes des admissibles sur ces mêmes épreuves
révèlent le très bon niveau de préparation des candidats qui ont été admissibles. Même si certains n’ont
pas passé la barre de l’admission, les candidats ayant réussi à passer la barre de l’admissibilité peuvent
donc d’ores et déjà être très fiers de ce résultat, compte tenu de la qualité des productions fournies par
un nombre important de candidats, tous solidement préparés.
Tous ces éléments révèlent que l’agrégation interne est un concours très exigeant auquel il n’est
absolument pas honteux d’échouer. Les notes obtenues par les meilleurs candidats (dont un 20/20 en
Exposé de préparation d’un cours) et les moyennes tout à fait convenables, pour ne pas dire excellentes,
des admis (en Explication en langue étrangère, les moyennes sont de 13,22 pour le public et de 13,13
pour le privé ; en Exposé de la préparation d’un cours, elles sont de 11,39 pour le public et de 11,89
pour le privé) montrent le très bon niveau de préparation des meilleurs candidats. On rappellera que
l’agrégation interne ne se réussit pas toujours du premier coup et qu’il faut garder espoir : de nombreux
candidats et candidates se sont présentés plusieurs fois à ce concours avant d’en être lauréats.
Ces éléments nous conduisent à féliciter chaleureusement les reçus, pour leur excellent niveau, et à
encourager ceux qui ont échoué à retenter le concours. Les indications qui suivent sont destinées à
aider au mieux les candidats dans leur préparation.

Bilan des épreuves d’admissibilité


Le sujet de composition en langue étrangère, qui portait sur Bolivar, comportait, lorsqu’il a été remis aux
candidats, une petite erreur sur l’attribution de la citation, qui était attribuée (dans le libellé du sujet) à
Nikita Harwich alors qu’il s’agissait en fait d’une citation de John Lynch, extraite d’un ouvrage figurant
dans la bibliographie officielle indiquée aux candidats. Mais cette inexactitude n’a en rien pénalisé les
candidats. En effet :
1) Lors de la notation, le jury a banalisé la question de l’attribution de la citation, acceptant ceux qui
attribuaient la citation à Nikita Harwich, ceux qui l’attribuaient à Lynch ou ceux qui l’attribuaient encore
à un tout autre auteur.
2) De toute façon, ce qui était demandé aux candidats, c’était de réfléchir au contenu de la citation, à la
pertinence de l’affirmation soumise à l’analyse et non de se lancer dans des discussions aussi érudites
qu’inutiles sur les questions d’attribution. Comme le rappelle le rapport sur l’épreuve de composition,
l’analyse des idées principales de la citation et de leur articulation logique est un élément essentiel à la
formulation de la problématique, à l’élaboration du plan et à la réussite de la dissertation.
3) La moyenne de cette épreuve est supérieure à celle de l’an dernier (6,97 pour le public et 6,76 pour
le privé), avec des moyennes particulièrement excellentes pour les candidats admissibles (12,56 de
moyenne à cette épreuve pour les admissibles du public et 12,15 de moyenne à cette épreuve, pour les
admissibles du privé).
4) Par ailleurs la citation, extraite d’une œuvre figurant dans la bibliographie officielle proposée aux
candidats, ne posait pas de problème particulier : elle envisageait certains aspects centraux de la
question, telle qu’elle était formulée par le programme officiel. Le sujet, dans son contenu, était conforme
aux pistes de réflexion proposées par le programme officiel.
Tous ces éléments montrent qu’un candidat bien préparé avait largement les moyens de réussir une
belle dissertation sur le sujet.
De fait, en composition, le jury a corrigé un grand nombre de copies d’un niveau tout à fait honorable,
avec un niveau de connaissances satisfaisant. Cependant, un nombre relativement important de copies
montrait un manque flagrant de connaissances qui, dans certains cas, pourrait s’expliquer par une
« impasse » faite par le candidat ou la candidate sur la question. Le jury attire l’attention des futurs
candidats sur le fait qu’il est toujours imprudent de se livrer à des pronostics sur les sujets pouvant
tomber à l’écrit, à partir de paramètres pour le moins hasardeux. Le jury souligne aussi la nécessité
d’analyser la citation, de l’exploiter pour construire la problématique, la réflexion, le plan. La citation
proposée aux candidats n’est pas un simple prétexte à « déballer » des connaissances : elle est au
contraire un outil précieux pour se saisir de la question et orienter la réflexion.

Pour ce qui est de la traduction, les deux textes choisis (un texte de Lydie Salvayre pour le thème et un
extrait d’Ana María Matute pour la version) ne présentaient pas de difficulté particulière en comparaison
des sujets tombés lors des sessions précédentes, mais demandaient aux candidats une solide maîtrise
de l’espagnol et du français, aussi bien sur le plan lexical que sur le plan grammatical. Les résultats des
deux épreuves sont assez équilibrés : la moyenne globale de l'épreuve de version (public et privé
confondus) est de 7,67/20 et la moyenne globale de l'épreuve de thème (public et privé confondus) est
de 7,61/20. Le sujet de version était exigeant sur le plan lexical, mais cela n’a pas entraîné une baisse
particulière des notes par rapport à l’an dernier, le jury ayant adapté son barème à la difficulté du texte.
On rappellera par ailleurs que les candidats doivent prioriser la correction linguistique sur la précision
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sémantique : les inexactitudes sémantiques sont toujours bien moins pénalisantes que des barbarismes
ou des graves fautes de grammaire.

Pour ce qui est de la question d’explication de choix de traduction (ECT), qui compte pour un tiers de la
note de traduction, la question posée cette année aux candidats était extrêmement classique en ce sens
qu’elle portait sur les phénomènes linguistiques relatifs à la deixis. La moyenne de cette épreuve est de
5,51/20 (public et privé confondus), contre 3,48/20 lors de la session 2023. On notera cependant qu’à
cette sous-épreuve d’explication de choix de traduction, 113 candidats, par manque de préparation ou
par manque de temps, n’ont rien rendu, obtenant la note de 0/20 en ECT. Si l’on retranche ces 113
zéros du calcul de la note moyenne, la moyenne finale de l’épreuve est tout à fait satisfaisante. Ces
éléments montrent que cela vaut vraiment la peine, si l’on veut réussir le concours, de préparer la sous-
épreuve d’ECT pendant l’année (par exemple, en préparant des fiches sur les différents points
susceptibles de tomber le jour du concours). Il convient également, le jour de l’épreuve, de gérer son
temps de manière efficace afin de se laisser un laps de temps suffisant pour répondre à a question
posée en ECT. On rappellera enfin, comme chaque année, que pour l’épreuve d’ECT il ne suffit pas de
s’en tenir à des connaissances générales : il est fondamental de commenter les différents emplois dans
le texte et de justifier les traductions proposées.

Bilan des épreuves d’admission

Les différents auteurs des rapports relatifs aux épreuves d’admission insistent de manière unanime sur
la dimension orale de ces prestations. Pour les deux épreuves d’admission, il convient de prêter une
attention particulière à la gestion du temps, à la posture, à l’élocution, à la qualité de la langue (on
rappellera que le jury attend une langue de qualité académique), à la précision des termes ou des
concepts employés.

Le rapport sur l’épreuve d’Exposé de la Préparation d’un cours, élaboré par Marie-Cécile IBALOT et
Sandrine GALVEZ insiste sur la nécessité, pour les candidats de bien gérer leur temps et, notamment,
de trouver un juste équilibre entre, d’une part, l’analyse universitaire des différents documents qui
composent le dossier et, d’autre part, leur exploitation pédagogique. On rappellera cependant que le
cœur de l’épreuve demeure la partie pédagogique, aussi les candidats pourraient-ils consacrer, par
exemple, un tiers du temps d’exposé à l’analyse des documents, et deux tiers à la partie pédagogique.
Ce sont là des moyennes indicatives que chaque candidat ou candidate pourra s’approprier en fonction
de la spécificité du dossier. Une analyse préliminaire trop longue nuit à la précision du projet
pédagogique, qui ne pourra pas être exposé de manière convaincante, complète et aboutie ;
inversement, une analyse bâclée ou expédiée ne permet pas de faire ressortir les points essentiels
(culturels linguistiques, pragmatiques ou, selon les dossiers, civiques) vers lesquels l’enseignant
conduira ensuite ses élèves. Dans tous les cas, un lien étroit doit être établi entre l’analyse préliminaire
des documents et leur exploitation avec les élèves : ce sont les aspects les plus importants de l’analyse,
soulignés par le candidat ou la candidate dans la première partie qui devront être au centre de la
démarche pédagogique de la seconde partie. Les autrices du rapport soulignent également la
nécessaire maîtrise des outils d’analyse, en fonction de la nature (diverse) des documents et la
nécessité de proposer des activités langagières réalistes, au sein d’un projet cohérent, en lien avec le
niveau de classe visé.

Le rapport sur l’épreuve d’Explication en langue étrangère donne une série de conseils qui permettront
aux candidats d’utiliser leurs connaissances à bon escient. Le document proposé à l’analyse ne peut
en aucun cas être un prétexte pour ressortir mécaniquement une masse de connaissances générales
au détriment de l’analyse précise du document, laquelle ne pourra se faire qu’avec les outils adaptés.
Comme pour l’exposé de préparation d’un cours, la problématique est centrale et le candidat doit la
« faire vivre » pendant son exposé. Enfin, les auteurs du rapport insistent sur le fait qu’il convient d’éviter
la paraphrase ou l’analyse psychologisante, et la nécessité, pour le candidat ou la candidate de
s’adapter à la nature du document (chronique, extrait filmique, texte narratif littéraire) pour élaborer son
analyse : ainsi, pour le texte de Josefina Carabia, même si les caractéristiques de l’écriture pouvaient
être prises en compte, une analyse uniquement littéraire était à proscrire.
Le rapport sur l’épreuve de thème oral, élaboré par L. Marti, contient des recommandations utiles aux
candidat.es. Il convient de s’entraîner régulièrement pendant l’année à cette épreuve très spécifique (et
bien différente du thème écrit), de hiérarchiser les difficultés (in fine le candidat devra donner toujours
la priorité à la correction linguistique sur la précision lexicale) et d’être bien à l’écoute des questions du
jury, qui guident le candidat ou la candidate sur les points à corriger.
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Je tiens ici à remercier très vivement l’ensemble des membres du jury pour leur professionnalisme. Ma
reconnaissance va aussi aux personnels du lycée Jean-Pierre Vernant, dont le dévouement, la
disponibilité et la gentillesse a permis le bon déroulement des épreuves orales, à Sèvres.

Enfin, j’adresse des remerciements tout particuliers aux membres du Directoire et aux personnels
d’appui de la DGRH : tous et toutes m’ont remarquablement accompagnée dans la gestion du concours
et m’ont permis de mener à bien cette mission.

Christine OROBITG
Professeure des Universités
Présidente du concours

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ÉPREUVE DE COMPOSITION EN LANGUE ÉTRANGÈRE
Rapport établi par M. David de la Fuente et M. Raphaël Roché

Nous commencerons par revenir ici sur le sujet proposé cette année dans le cadre de l’épreuve de
composition, en proposant des pistes pour son traitement, avant de donner des conseils plus généraux
aux candidats sur l’épreuve dans son ensemble et d’inclure une proposition de corrigé en espagnol.
Ceci dit, il nous semble important de rappeler, d’une part, qu’il s’agit d’une proposition et que tout travail
élaborant une réflexion différente, mais logique dans son argumentation et solide dans ses
connaissances de la question, est accepté par le jury.

Rappel du sujet
La citation proposée cette année pour l’épreuve de composition était la suivante :
« Bolívar terminó siendo un desafío a la historia, “condenado a morir pero destinado a la inmortalidad”.
La apoteosis ha superado con creces al Libertador real para crear un ideal y un mito, una ficción al
servicio de sus autores. […] Su recuerdo tenía muchas capas diferentes. En primera instancia, fue la
pura admiración lo que lo mantuvo vivo. Luego, vino el respeto y, finalmente, la propaganda, cuando su
memoria resultó útil para distintos fines.
Apoyándose en referencias precisas, explique en qué medida este punto de vista le parece acertado
en la construcción del mito de Simón Bolívar.

Remarque : Dans le sujet remis aux candidats, cette citation (qui est extraite de la biographie de John
Lynch, traduite par Alejandra Chaparro, parue en 2010 chez la maison d’édition barcelonaise Crítica,
figurant dans la bibliographie officielle indiquée aux candidats) était attribuée (par erreur) à Nikita
Harwich. En conséquence, toute référence à l’attribution de la citation a été neutralisée par les
correcteurs et le jury s’est montré d’une très grande bienveillance sur ce sujet. Cette erreur d’attribution
ne semble pas avoir pénalisé les candidats dans la mesure où la moyenne de la composition est
supérieure à celle de l’année précédente.

Analyse de la citation
La citation proposée ne présentait pas de difficulté d’analyse particulière, elle avait même au contraire
l’avantage de proposer un découpage en trois phases de la construction du mythe Simon Bolivar.
Néanmoins, il était indispensable de repérer le champ lexical de la mythification, comprenant les
termes : « inmortalidad », « apoteosis », « ideal », « mito », « ficción ». Le terme central de ce réseau
sémantique est « mito », qui peut renvoyer selon le dictionnaire de la Real Academia Española à une
« narración maravillosa situada fuera del tiempo histórico y protagonizada por personajes de carácter
divino o heroico ». Il s’agit donc bel et bien de voir comment l’historiographie, les sphères politiques et
culturelles ont permis de transformer une figure historique, humaine, avec ses actes héroïques, ses
défaites et parfois ses lâchetés en une figure presque mythologique, décrite dans des termes
dithyrambiques.
De plus, il fallait proposer un découpage de la citation qui, dans ce cas, pouvait être divisée en deux
parties séparées par les crochets : dans un premier temps figure l’idée générale de la mythification de
Bolivar et dans un second temps l’auteur propose, comme évoqué précédemment, une décomposition
de ce processus en trois phases : admiration, respect et propagande. L’analyse critique de la citation
devait permettre de questionner son caractère quelque peu univoque pour nuancer la mythification du
Libertador présentée comme un processus linéaire.
Bien entendu, cette citation était rattachée à la question au programme : « Simón Bolívar el Libertador,
de l’histoire au mythe (1810-1930) », il était donc important que les candidats gardent à l’esprit cet
intitulé général qui encadre la thématique et les bornes chronologiques de la réflexion. De fait, le cadre
temporel a été choisi parce qu’il débute avec les premières juntes indépendantistes hispano-
américaines créées en 1810 et qu’il se clôt avec le centenaire de la mort de Simon Bolivar, incluant par
conséquent les festivités afférentes. Par conséquent, toute considération sortant de ce cadre
chronologique est hors de propos, même si certains éléments pouvaient être exploités à certains
moments particuliers de la réflexion, comme l’ouverture. On peut regretter que peu de copies aient
commenté ce cadre chronologique.

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Du point de vue des bornes spatiales, même si elles ne sont pas clairement limitées, nous pouvons
rappeler que le phénomène de mythification de Simon Bolivar est particulièrement fort dans les pays
qu’il a libérés, à savoir, les États anciennement membres de la Grande Colombie (Venezuela, Colombie,
Équateur, ainsi que le Panama, indépendant en 1903), le Pérou et la Bolivie. Cependant, la figure de
Simon Bolivar a été exaltée dans le reste de l’Amérique hispanique par d’autres figures historiques et
politiques importantes comme José Marti dans le cadre de la lutte pour l’indépendance cubaine, par
exemple.

Proposition de problématique et annonce du plan


Compte tenu de la citation proposée et de l’analyse que nous en avons faite, la démarche chronologique
nous semble plus adaptée qu’une démarche thématique. Ainsi, des problématiques possibles seraient :
¿Cómo se construyó el proceso de heroización o de mitificación de Simón Bolívar en los cien años que
siguieron su muerte?
¿Cómo la mitificación de Simón Bolívar transformó su existencia histórica y de qué manera se puede
considerar un proceso homogéneo o unívoco?
Cette dernière problématique, en deux parties, permet de reprendre les phases de la mythification et de
nuancer le côté trop schématique de la citation de Lynch, alors que Bolívar fut instrumentalisé pour des
causes diverses et sous des aspects différents (politique, religieux…)
Par conséquent, nous proposons ici un plan traitant la seconde problématique proposée, structuré en
trois parties, chronologiques, subdivisées chacune en trois segments thématiques. Nous proposons des
titres pour ces parties et sous-parties afin de mieux présenter notre réflexion, mais il convient de rappeler
que le jury n’attend pas de plan apparent dans les copies de composition. Ceci étant dit, il est évident
que la progression de la réflexion doit être, si ce n’est apparente, à tout le moins claire et identifiable.
Plus une copie est aérée, structurée (paragraphes, retours à la ligne etc.), plus elle est lisible et son
propos abordable et compréhensible.

1. Los elementos de su vida que permiten su heroización


a. El hombre de acción
b. El hombre de pensamiento
c. El hombre privado

2. La “fábrica” del héroe


a. Testigos contemporáneos
b. El principio de la diversificación de las memorias bolivarianas
c. Institucionalización

3. Un héroe de fábrica
a. « Un héroe para todas las cosas »
b. Los perímetros del héroe
c. El culto y sus contornos

Le plan proposé prévoit de ne consacrer que la première partie à la vie et à l’œuvre de Simon Bolivar,
pour traiter sa postérité, qui constitue l’élément principal de la question et de la citation, dans les deux
parties suivantes. Bien entendu, chacune de ces parties doit proposer des événements historiques, des
dates ou des publications pour illustrer son propos, mais il est absolument impossible d’être exhaustif.
Nous proposons ainsi ci-dessous quelques éléments, choisis dans l’ensemble de la question au
programme, qui nous semblent les plus adaptés à la réflexion proposée par la citation.

Développement
La première partie visait donc à exposer les éléments présents dans la vie de Simon Bolivar qui
pouvaient par la suite donner lieu à son héroïsation. Nous proposons d’articuler les sous-parties en trois
pôles qui ont permis de construire la légende bolivarienne : l’homme d’action, militaire et politicien ;
l’homme de pensée avec ses publications qui ont contribué à la renommée, au prestige intellectuel et
au développement d’un corpus idéologique ; l’homme privé enfin, étant entendu que certains de ces
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éléments ont aussi contribué à la construction du mythe. Nous allons maintenant citer des éléments
pouvant s’intégrer dans chacune de ces sous-parties. Il était attendu des candidats que certains de ces
éléments soient cités, contextualisés et mis au service de l’analyse globale. Dans un premier temps,
l’évocation de l’homme d’action peut passer par certains faits d’armes importants comme l’arrestation
de Miranda (1812) à la fin de la 1 re république, la campaña admirable (1813-1814), la traversée des
Andes (1819) ou encore les batailles de Carabobo (1821), Junin et Ayacucho (1824). Politiquement, il
est judicieux d’évoquer le congrès d’Angostura (1819-1821), la nomination de Bolivar comme dictateur
du Pérou (1824) ou le décret de constitution de la Bolivie (1825). Dans un deuxième temps, les éléments
suivants pouvaient être sollicités pour évoquer « l’homme de pensée » Bolivar : sa mission diplomatique
à Londres (1810), le manifeste de Cartagena (1812), le décret de guerra a muerte (1813), la carta de
Jamaica (1815), le discours d’Angostura (1819), le projet de Constitution de la Bolivie (1825) ou encore
le congrès de Panama (1826). Dans un troisième et dernier temps, d’autres éléments relevant de sa vie
privée ont été mobilisés pour construire la légende bolivarienne, comme sa naissance à Caracas dans
une famille de propriétaires criollos aisés (1783), son premier voyage en Europe, son mariage et le
décès prématuré de son épouse (1802-1803), le serment du Monte Sacro avec Simon Rodriguez
(1805), le tremblement de terre à Caracas (1812), la rencontre avec Manuela Saenz (1822), la tentative
d’assassinat dont il fait l’objet (1828) et enfin son décès à Santa Marta en 1830.

La deuxième partie a pour but de retracer ce que Lynch appelle la phase de « respect » et le début de
la transformation de Bolivar, personnage historique, en personnage mythique. Ce processus de
transformation et de mythification commence du vivant de Bolivar. C’est la raison pour laquelle la
première sous-partie est consacrée aux premiers documents, textuels et iconographiques, qui ont
débuté la construction de sa figure mythique. Ainsi, certains acteurs et alliés ont témoigné au sujet de
la personnalité de Bolivar et de ses actes, comme son lieutenant Daniel O’Leary ou son mentor Simon
Rodriguez. De même, la correspondance que Bolivar a entretenue avec des intellectuels de premier
plan comme Jeremy Bentham ou Alexander von Humboldt a contribué à construire son prestige
international, tout comme les références à Bolivar présentes dans la presse européenne ou états-
unienne. Enfin, il est intéressant de mentionner les représentations picturales de Bolivar, qui ont
contribué à la construction d’une image héroïque (Pedro José Figueroa, 1820, José Gil de Castro, 1823-
1825) ou qui, au contraire, ont documenté sa déchéance (José Mª Espinosa, 1828). Peu de temps après
la mort de Simon Bolivar, différentes écoles de pensée commencent à exalter sa mémoire dans des
optiques différentes, ce qui est l’objet de la seconde sous-partie. Ainsi, pour Carrera Damas, trois
traditions historiographiques existent dans la phase initiale de la mythification de Bolivar : la tradition
officielle, incarnée par Fermín Toro, la tradition libérale, incarnée par Antonio Leocadio Guzmán, et la
tradition conservatrice et littéraire, incarnée par Juan Vicente González. La troisième sous-partie évoque
l’institutionnalisation du mythe, avec la création de sociétés bolivariennes à partir de 1842 (même si
elles n’entreront en fonction que plus tard), le travail d’édition des écrits de Bolivar, la première
publication paraissant dans les années 1826-33, coordonnée par Blanco y Azpurua, la deuxième
paraissant en 1875-1878 sous la direction de Guzman Blanco, alors président du Venezuela et par des
cérémonies rendant hommage à la figure du Libertador. Dans le même temps, ces premières
cérémonies présentent la caractéristique de mettre en avant les organisateurs (transfert des cendres
de 1841, centenaire de la naissance…), ce qui nous permet d’entamer une transition avec la partie
suivante.

Enfin, la troisième partie se concentre sur les utilisations du mythe de Simon Bolivar au sens large, en
revenant d’abord sur la multiplication de l’application du nom et de l’image de Simon Bolivar dans la
société vénézuélienne en particulier, avant d’évoquer les “cercles concentriques” (expression de
l’historienne argentine Monica Quijada) de sa mythification, et donc des différents niveaux de
l’instrumentalisation du Libertador. Enfin, il est question de la phase la plus aboutie du mythe Bolivar,
qui se transforme en culte, souvent complètement détourné de l’existence historique de l’homme. Dans
un premier temps, il est ainsi question du nom de Simon Bolivar choisi comme odonyme puisque son
nom est appliqué à de nombreuses rues ou places au Venezuela, tout comme en Amérique latine, et
même en Europe. Le nom de Bolivar est également parfois choisi comme toponyme, les exemples les
plus emblématiques étant ceux de Ciudad Bolivar et de la República de Bolívar, l’actuelle Bolivie. De
plus, Bolivar deviendra le nom de la monnaie vénézuélienne en 1879, en plus d’être représenté sur des
statues équestres, des timbres postaux ou des médailles. Dans un deuxième temps, en ce qui concerne
les différents périmètres de la mythification de Bolivar, il est indispensable de mentionner son pays
natal, le Venezuela, où son image a été la plus présente. Cependant, Bolivar a aussi été représenté et
utilisé comme un héros de la « patria grande », que l’on entende par ce terme la Grande Colombie ou
la patrie panaméricaine (voir les écrits du Mexicain Vasconcelos, du Cubain Martí ou encore de
l’Uruguayen Rodó). Enfin, Bolivar a été exploité dans des périmètres encore plus larges, puisque
Unamuno en a fait un héros panhispanique au même titre que Don Quichotte. Dans un troisième temps,
la culture et ses contours permettent d’abord de rappeler qu’au cours du siècle qui a suivi sa mort, le
culte de Bolivar, qui était un culte du peuple, est devenu un culte pour le peuple (Carrera Damas). Le
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même auteur a également proposé une typologie des « défenseurs » de ce culte, mettant en avant
l’aspect souvent contradictoire des revendications de ces différents profils : les usufruitiers, les
continuateurs, les exégètes, les rationalisateurs, les patriotes, les pressés et les revendicateurs. Enfin,
nous pouvons rappeler les utilisations les plus proches de nous dans la fenêtre chronologique proposée,
à savoir l’utilisation de la figure de Bolivar en Amérique et en Europe par les césaristes et même par les
fascistes italiens dans les années 1920.

Conclusion
Il convient de rappeler que la conclusion fait partie intégrante de la composition. Trop de copies
n’apportent pas le soin nécessaire à sa réalisation, se contentant au mieux d’un récapitulatif des points
abordés sans répondre à la problématique. La conclusion a un objectif principal, à savoir, répondre à la
problématique et un objectif subsidiaire, élargir la réflexion vers un sujet connexe ou une autre période
chronologique.

En fonction de la problématique que nous avons proposée ici, nous pouvons rappeler que le processus
de mythification de Bolivar s’appuie sur des éléments objectifs de sa vie et de son œuvre, comme des
faits d’armes et des expériences vécues. Cependant, avec le passage du temps, la mythification
s’éloigne de plus en plus de la réalité biographique. Cette autonomie a été de plus en plus exploitée par
des acteurs, principalement intellectuels et politiques, pour renforcer leur cause. Les différentes
exploitations du culte bolivarien peuvent être contradictoires du point de vue idéologique ou territorial.
De ce fait, on observe clairement deux phases : une première phase où la mythification est relativement
univoque jusqu’aux trois-quarts du XIXe siècle, et une seconde phase, à la toute fin du siècle et au début
du XXe, où cette mythification devient extrêmement diversifiée.

En guise d’ouverture, nous pouvons évoquer la diversification encore plus importante des utilisations
du mythe Simon Bolivar après la période étudiée, puisque sa figure sera également instrumentalisée
par les guérillas marxistes latino-américaines pendant la guerre froide ou encore au Venezuela à la
période contemporaine depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez en 1999 et l’institutionnalisation de
la « république bolivarienne du Venezuela ».

Quelques conseils
Questions au programme et composition

Le jury a pu remarquer un niveau de connaissances relativement satisfaisant qui a permis à une majorité
de candidats de proposer un travail honorable. Cependant une proportion non négligeable de copies ne
disposait clairement pas d’un bagage suffisant. Un tel travail ne peut aspirer qu’à une note très basse.
Cela peut s’expliquer par une impasse faite sur une des questions au programme. Il convient de rappeler
que même s’il est humain de se livrer à des paris sur la question susceptible de tomber pour l’épreuve
de composition, il est extrêmement hasardeux d’associer son pronostic à un programme de révision.
Ainsi, le jury incite toute personne préparant l’agrégation à ne pas prendre en compte des paramètres
aussi aléatoires (et peu pris en compte par les décisionnaires) que les questions tombées les années
précédentes, l’ancienneté de la question, la date de parution de tel ou tel ouvrage préparant au concours
chez un éditeur privé, voire la spécialité de la personne présidant le jury.

Analyse de la citation et problématique

Il est fondamental de prêter attention à la citation qui, souvent (même dans de bons travaux), n’est pas
assez exploitée. Le candidat doit expliciter sa démarche pour construire une problématique à partir de
la citation. Il faut absolument repérer et interroger les mots clés, comprendre les articulations de la
citation, la diviser en plusieurs parties. Ce travail, indispensable, doit rester synthétique.

La problématique doit être synthétique. Si elle peut s’articuler en deux questions, il est déconseillé de
multiplier les questions, ce qui disperse la réflexion (on citera l’exemple d’une dissertation où la
problématique était constituée de sept questions enchaînées).

Au sujet de la composition historique

Les bornes chronologiques doivent être retenues tout au long du travail. Dans l’ensemble, les
correcteurs ont pu observer qu’un défaut récurrent cette année était la trop grande présence des

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événements concernant la vie et l’œuvre de Simon Bolivar, parfois avec une approche psychologisante,
au détriment de sa postérité alors que celle-ci représente 100 des 120 ans de la période chronologique
envisagée par la question au programme. Par ailleurs, d’autres travaux ont inclus des éléments trop
récents, relevant de la guerre froide (Che Guevara) et du bolivarisme du XXIe siècle.

Certains candidats peuvent être déroutés quant aux révisions à mener au sujet d’une question historique
ou civilisationnelle étant donné qu’il n’y a pas de support précis au programme. De fait, c'est au candidat
de constituer son corpus à partir de la bibliographie, qui doit inclure une chronologie maîtrisée, faite
d’événements, d’écrits, d'œuvres iconographiques, de citations qui lui permettront d’illustrer les
différents éléments du développement. Si un candidat ou candidate ne se rappelle pas précisément une
citation, issue d’un ouvrage critique, par exemple, il peut s’y référer en indiquant l’idée qu’elle contient,
l’auteur et l’ouvrage.

L’exploitation des documents iconographiques est importante. Dans notre cas, il ne suffisait pas de les
citer et de déclarer que telle ou telle œuvre picturale montre que Bolivar est un héros. Il fallait expliquer
en quoi et comment : décrire rapidement la scène, son fonctionnement, et expliquer comment cela
participe à l’héroïsation. Par exemple, le portrait peint par Gil de Castro en 1825 à Lima héroïse son
sujet grâce à la mise en scène du Libertador apparaissant dans un décor passablement minimaliste (sol
en damier, fond gris foncé). Le personnage est déjà historique (1825) et se suffit à lui-même dans
l’économie de l'œuvre. Il est représenté dans une pose sobre, voire austère, martial dans son uniforme,
main droite dans le gilet, une épée dans son fourreau à la main gauche, comme attribut de puissance
(il la tient au milieu de la lame, non par le pommeau). Une telle représentation n’est pas sans rappeler
celle de Napoléon par Jacques-Louis David (1812). Le tableau de Gil de Castro prétend donc inscrire
le Libertador dans la lignée des grands hommes.

Sur la langue, la graphie et les conditions d’examen

Le concours de l’agrégation interne reste un concours de langue espagnole. La réflexion, la logique, la


connaissance de la question sont des critères fondamentaux, mais la qualité de la langue l’est aussi.
La question a beau être connue par un candidat, si son expression est maladroite, elle ne permet pas
de mettre en valeur les connaissances et les acquis : il est donc crucial de travailler les différents aspects
de la langue tout au long de l’année de préparation : la grammaire, la syntaxe, les conjugaisons, et de
faire un bon usage des connecteurs logiques et de la ponctuation. Pour améliorer cela, la lecture de
tous types d’ouvrages littéraires en espagnol est fondamentale.

En plus de la correction de la langue, qui inclut impérativement la maîtrise des règles d’accentuation,
un registre soutenu, académique, doit être maintenu tout au long du travail. Les marques de l’oralité
sont donc à proscrire.

La présentation de la copie est importante. Les candidats à l’agrégation interne sont des enseignants
en poste : ils doivent aussi penser à fournir une copie qui leur serait facile à corriger en tant que
correcteur. Cela passe par le fait de bien détacher et démarquer les différents mouvements de
l’introduction, les différentes parties et sous-parties le cas échéant (saut de ligne, alinéas).

De même, la graphie est très importante, ce qui passe bien entendu par un auto-diagnostic. En effet, il
ne s’agit pas d’avoir une « belle » écriture, mais d’avoir une écriture qui ne se prête à aucune ambiguïté :
les « a » doivent être différents des « o », et identifiables à la première lecture, comme les « m » des
« n », etc. L’ensemble doit ête clair et lisible.

Les conditions matérielles de l’examen doivent être connues et intériorisées, particulièrement la gestion
du temps, qui empêche un nombre trop important de candidats de fournir un travail abouti et relu. Cette
bonne appréhension du temps de l’épreuve passe nécessairement par plusieurs entraînements qui
permettent de trouver ses marques et de savoir comment ménager un temps pour la relecture qui
permet de corriger les coquilles et surtout les erreurs d’étourderie, compréhensibles et normales dans
ce genre de circonstances. Cela permettrait d’éviter dans la copie définitive des non-sens tels que « la
vida de Simon Radical da un giro radical ».

Enfin, les candidats doivent connaître l’épreuve et ses règles non écrites. Rappelons à cet effet que
l’écriture à la première personne n’est pas recommandée, tout comme une écriture trop subjective ou
faisant appel à un lexique trop proche du pathos. Comme dit précédemment, le plan ne doit pas être
apparent pour une composition d’agrégation interne.

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Exemple de composition
La cita propuesta parte de una mirada retrospectiva hacia la figura histórica de Simón Bolívar. Una
perspectiva diacrónica que permite atisbar varios aspectos de la posteridad del que fuera el libertador
por antonomasia.
Bolívar terminó siendo un desafío a la historia, «condenado a morir pero destinado a la
inmortalidad». La apoteosis ha superado con creces al Libertador real para crear un ideal y un mito,
una ficción al servicio de sus autores. […] Su recuerdo tenía muchas capas diferentes. En primera
instancia, fue la pura admiración lo que lo mantuvo vivo. Luego, vino el respeto y, finalmente, la
propaganda, cuando su memoria resultó útil para distintos fines.
La cita presenta el proceso de mitificación que sufrió el héroe de las independencias a través del
tiempo. Así, el autor recurre a un campo léxico cuyo centro de gravedad es el “mito” que la Real
Academia Española define como una “narración maravillosa situada fuera del tiempo histórico y
protagonizada por personajes de carácter divino o heroico”. A su alrededor, gravitan la “inmortalidad”,
el “ideal”, la “ficción”, y la “apoteosis”, cuya etimología remite a “la concesión de la dignidad de dioses
a los héroes”.
En este sentido, Simón Bolívar es considerado por el autor como un “desafío a la historia”. La
historia como ciencia que intenta reconstruir hechos y tesituras reales del pasado. Se refiere aquí al ser
de carne y hueso “condenado a morir” por su condición humana, y específicamente por la enfermedad
que lo derribó el 17 de diciembre de 1830 en Santa Marta, Colombia. Sin embargo, por su papel decisivo
en el proceso independentista de América del Sur y su actuación heroica y consiguiente gloria –
veremos más adelante que este aspecto y otros como su aura de vencedor merecen ser matizados –
el Libertador estaba “destinado a la inmortalidad”. Asimismo, tenemos el contrapunto entre el
“Libertador real” y su deificación para terminar con el “recuerdo” que ya no tiene nada o muy poco que
ver con el personaje histórico. Un recuerdo moldeado en sazón por sus admiradores, sus enemigos,
los historiadores y los políticos que escribieron su leyenda. Las “capas” son como fases temporales,
“admiración”, “respeto” y “propaganda”, que se suceden con un distanciamiento progresivo.
Este análisis y el marco cronológico en el que se inscribe (1810-1930) nos invitan a reflexionar,
más allá de la perspectiva algo unívoca del autor de la cita, sobre la manera en que se construyó el
proceso de heroización o de mitificación de Simón Bolívar en los cien años que siguieron su muerte.
[Otra problemática posible: ¿Cómo la mitificación de Simón Bolívar transformó su existencia histórica y
de qué manera se puede considerar un proceso homogéneo o unívoco?]
Para contestar a esta pregunta, estructuraremos nuestra reflexión en orden cronológico en torno
a tres fases, a su vez subdivididas igualmente en tres etapas. En nuestra primera fase, plantearemos
los elementos concretos de la vida de Simón Bolívar que permitieron su heroización. Abordaremos
primero el hombre de acción antes de interesarnos por el hombre de pensamiento, acabando por la
dimensión privada y/o íntima del personaje histórico. Nuestra segunda fase propone aclarar los
mecanismos que permitieron la fabricación del héroe. Inicialmente con los testimonios de sus
contemporáneos; luego con la diversificación de las memorias bolivarianas; y finalmente, a guisa de
colofón, el fenómeno de la institucionalización del héroe. En nuestra tercera fase nos centraremos en
los contornos del héroe fabricado analizando primero los múltiples aspectos de ese héroe fabricado. A
continuación, estableceremos los perímetros del héroe. Finalmente, analizaremos el culto desarrollado
en torno a Simón Bolívar así como sus contornos.

1. Los elementos de su vida que permiten su heroización

A. El hombre de acción

Son muy numerosas las acciones llevadas a cabo por Simón Bolívar – muchas de ellas relacionadas
con las campañas militares de liberación de América del Sur que podrían ser explotadas en este
apartado. He aquí entre las más relevantes, que no las únicas:

 1811-1812: Primera República de Venezuela "Patria boba" + detención de Francisco de


Miranda por los españoles, denunciado por Bolívar.

 1813-1814: Campaña admirable Segunda República de Venezuela.

 1816-1817: Campaña militar y Tercera República.

 1819: Cruce de los Andes (junio 1819) y batalla de Boyacá o batalla del Puente de Boyacá (7
de agosto de 1819), dos acontecimientos que por lo menos desde el punto de vista de la
polemología son pertinentes para este estudio.

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 1819-1821: Congreso de Angostura, República de Colombia (Gran Colombia), batalla de
Carabobo (una de las principales batallas de liberación de Venezuela).

 1822: Capitulación de Quito.

 1824: Dictador de Perú / batalla de Junín.

 1825: Decreto de constitución de Bolivia / batalla de Ayacucho.

 1828: Exilio de Santander.

 1830: Asesinato de Sucre. Muerte de Bolívar y disolución de la Gran Colombia. Estos


acontecimientos en cadena marcan el final de una dinámica de acción vinculada con la gesta
independentista y los primeros balbuceos de las jóvenes naciones forjadas al calor de los
conflictos armados, ya sean de liberación o “internos”.

B. El hombre de pensamiento

 1810: Jefe de la misión diplomática a Londres para conseguir el apoyo británico para la recién
formada Junta en Caracas.

 1812: Manifiesto de Cartagena: entre otras cosas, este documento constituye un análisis
retrospectivo del fracaso de la primera república venezolana.

 1813: Decreto de guerra a muerte contra los españoles.

 1815: Carta de Jamaica documento de reflexión sobre los objetivos a corto, mediano y largo
plazo, en particular sobre los tipos de gobierno deseables y/o posibles para los Estados
latinoamericanos.

 1819: Discurso de Angostura.

 1825: Proyecto de Constitución de Bolivia.

 1826: Congreso de Panamá o Congreso Anfictiónico de Panamá, convocado por Simón


Bolívar con el objetivo de obtener la unión de los nuevos Estados del subcontinente.

C. El hombre privado

 1802-1803: Viajes a Europa, matrimonio y muerte de su esposa al poco tiempo de casarse.

 1805: Juramento de Monte Sacro con Simón Rodríguez: "¡Juro delante de usted, juro por el
Dios de mis padres, juro por ellos, juro por mi honor y juro por mi patria, que no daré descanso
a mi brazo, ni reposo a mi alma, hasta que haya roto las cadenas que nos oprimen por
voluntad del poder español!" (GUTIÉRREZ ESCUDERO Antonio, «Simón Bolívar:
aproximación al pensamiento del Libertador»).

 1812 : Terremoto devastador de Caracas Declaración del Libertador: “¡Si la naturaleza se


opone, lucharemos contra ella y haremos que nos obedezca!”

 1822: Encuentro con Manuela Sáenz, "libertadora del libertador".

 1828: Intento de asesinato.

 1830: Muere en Santa Marta (Colombia), prácticamente solo y enfermo.

2. La “fábrica” del héroe

A. Testigos contemporáneos: textos y representaciones pictóricas.

 Importancia de los escritos de O’Leary, Simón Rodríguez (Textes apocryphes notamment celui

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rapportant le “Juramento del Monte Sacro”).

 Encuentro o correspondencia con grandes intelectuales de la época (Jeremy Bentham,


Alexander von Humboldt…).

 Prensa internacional (Europa y EEUU)

 Representaciones pictóricas: Pedro José Figueroa (1820), José Gil de Castro (1823-1825) ,
José Mª Espinosa (1828).

B. El principio de la diversificación de las memorias

Según Carrera Damas, tres tradiciones historiográficas en el inicio del mito:

 La oficial (Fermín Toro en Descripción de los honores fúnebres consagrados a los restos del
Libertador Simón Bolívar, 1842).

 La liberal (Antonio Leocadio Guzmán: “¡Colombia, la heróica Colombia, fue despedazada...! Y


Bolívar, el Libertador, el Padre de la Patria, sucumbe agobiado por el dolor y proscrito de su
tierra natal..”: crítica a José Antonio Páez.

 La conservadora y literaria (Juan Vicente González): “Bolívar, en un país aristócrata, tocado


por el genio oriental y africano de los españoles, requería, para seducir y arrastrar a sus
proyectos, el prestigio del valor, la magia de la elocuencia, el encanto de una imaginación rica
y brillante, el poder de increíbles hazañas y victorias”.

C. La institucionalización del mito

 Creación de sociedades bolivarianas (desde 1842, aunque funcionaran más tarde).

 Edición y recopilación de las obras (1ª edición de 1826-33 por Blanco y Azpurúa, 2ª ampliada
en 1875-8, por Guzmán Blanco, presidente de Venezuela de 1870 a 77).
 Ceremonias que empiezan a dar más protagonismo a los organizadores que al homenajeado
(traslado de las cenizas 1841, centenarios del nacimiento, de las independencias, del congreso
de Panamá, de la muerte…): transición hacia la sistematización y la parte siguiente.

3. Un héroe de fábrica

A. “Un héroe para todas las cosas”:



 Topónimos : Bolivia, Ciudad Bolívar, calles, plazas, estatuas ecuestres (Harwich).

 Moneda nacional venezolana: el bolívar (desde 1879), sellos postales, medallas, etc.

B. Los círculos concéntricos de la mitificación de Simón Bolívar (panamericanismo, gran


Colombia, Perú/Bolivia, catolicismo…)

 Un héroe venezolano (patria chica).

 Un héroe “grancolombiano” (patria grande).

 Un héroe panamericano (José Vasconcelos, José Martí, José Enrique Rodó).

 Un héroe panhispánico (Unamuno, que cita su supuesta última frase: “Los tres grandísimos
majaderos hemos sido Jesucristo, Don Quijote y… yo.”), el centenario del Congreso anfictiónico
de 1826 con 22 países representados, entreguerras, reposicionamiento de las naciones
latinoamericanas y el momento de sacralización de la memoria de Simón Bolívar.

C. El culto y sus contornos… Deificación y uso contradictorio.

 “Transformación de un culto del pueblo en un culto para el pueblo” (Carrera Damas).

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 Varios perfiles de “defensores del culto”: los herederos “usufructuarios”, los continuadores, los
exegetas, los racionalizadores, los patriotas, los hastiados, los reivindicadores (que
instrumentalizan el legado de Simón Bolívar).

 Usos ideológicos: Simón Bolívar explotado por cesaristas y por fascistas italianos (en los años
1920).

A modo de conclusión, el proceso de mitificación de Simón Bolívar se apoya en elementos


objetivos de su vida y obra (hazañas y vivencias). Sin embargo, con el pasar de los años, el proceso
de mitificación se alejó de la realidad biográfica para alcanzar cierta autonomía. Esta autonomía se hizo
cada vez más explotable –y explotada– por actores políticos e intelectuales con fines propios. Estos
fines se han vuelto, en ciertas circunstancias, contradictorios entre sí, desde el punto de vista ideológico
(cesarismo/independentismo) o territorial (patria chica/patria grande). De este modo, si bien la
mitificación queda bastante homogénea o unívoca en un primer periodo (hasta mediados del siglo XIX),
el periodo finisecular y el inicio del siglo XX destacan por la gran versatilidad de los usos del mito.
Después del periodo estudiado (1930), los usos del mito bolivariano se diversificaron todavía más,
en una recuperación por parte de las guerrillas marxistas de los años sesenta a noventa del conjunto
del subcontinente. Esta tendencia culmina probablemente con la presidencia de Hugo Chávez en
Venezuela (1999-2013), que dio al Estado el nombre oficial de “República bolivariana de Venezuela”.

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ÉPREUVE DE TRADUCTION

Modalités de l’épreuve
Cette épreuve, d’une durée de 5 heures, se compose d’un thème, d’une version et d’une explication en
français de choix de traduction. Mener à bien chacune de ces trois sous-épreuves en 5 heures montre
l’exigence de ce concours. Nous attirons l’attention des candidats sur le fait qu’une bonne gestion du
temps est primordiale afin de réussir cette épreuve. Nous constatons, cette année encore, des copies
inachevées sur lesquelles le thème, la version ou l’explication de choix de traduction ne sont qu’en partie
traités, voire pas traités du tout. La non réalisation ou le non achèvement d’une partie de l’épreuve
constitue un obstacle majeur à la réussite de celle-ci. Il convient donc de penser cette gestion du temps
et de s’entraîner suffisamment. Ce n’est que la pratique qui permettra à chacun de se rendre compte
du temps nécessaire à la bonne réalisation de chacune des parties de cette épreuve. Les uns auront
besoin de passer plus de temps sur le thème, d’autres sur la version, d’autres enfin sur l’explication des
choix de traduction. Il faut donc s’entraîner à traduire vite et bien et, pour cela, l’étape préalable de
l’analyse du texte ne constitue pas une perte de temps, bien au contraire. Repérer le registre du texte,
la situation d’énonciation, l’époque, les lieux, les temps employés, les répétions et les parallélismes
éventuels, les structures à l’échelle des phrases et des paragraphes – voire du texte – permet de gagner du
temps à l’heure du choix d’un mot, d’une tournure ou d’une forme verbale. Il convient par ailleurs et
autant que possible de s’entraîner dans les conditions du concours afin de ne pas être pris de court le
jour de l’épreuve.
Concernant le thème et la version, nous traduisons certes des fragments d’œuvres littéraires, nous ne
travaillons cependant pas en vue d’un projet éditorial. La traduction littéraire et la traduction universitaire
sont deux exercices distincts. S’il faut faire un choix, ici, nous recherchons davantage la justesse et la
rigueur que le style. C’est pour cette raison qu’il ne convient pas de préparer ces épreuves en
s’entraînant à partir de traductions d’œuvres telles qu’elles sont disponibles dans les librairies mais
plutôt à partir des annales que constituent les rapports de jury des années antérieures ainsi que des
différents manuels de traductions universitaires.

Bibliographie indicative pour l’épreuve de traduction


Manuels de thème et de version :
- Jean BOUCHER, Fort en version, Rosny, Bréal, 2001.
- Alain DEGUERNEL et Rémi LE MARC’HADOUR, La version espagnole. Licence/Concours, Paris,
Nathan, 1999-2001.
- André GALLEGO, Thèmes espagnols, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2005.
- Françoise GARNIER, Natalie NOYARET, La traduction littéraire guidée du premier cycle aux concours,
Nantes, Éditions du Temps, 2004.
- Henri GIL, Yves MACCHI, Le thème littéraire espagnol, Paris, Armand Colin, 2005.
- Denis RODRIGUES, Manuel de traduction. I- Du français vers l’espagnol, PUR, 2021.
- Denis RODRIGUES, Manuel de traduction. II- De l’espagnol vers le français, PUR, 2021.

Dictionnaires de langue espagnole :


- Real Academia Española, Diccionario de la lengua española, Madrid, Espasa-Calpe, 2001
(22a edición). Consultation gratuite: [URL] [http://dle.rae.es/?w=diccionario
- Real Academia Española, Diccionario panhispánico de dudas, Madrid, Santillana, 2005. Consultation
gratuite : [URL] [http://www.rae.es
- Real Academia Española, Diccionario de americanismos. Consultation gratuite : [URL]
[http://lema.rae.es/damer/
- María MOLINER, Diccionario de uso del español, Madrid, Gredos, 2007, 2 volumes.
- Manuel SECO, Olimpia ANDRÉS, Gabino RAMOS, Diccionario del español actual, Madrid, Aguilar,
1999, 2 volumes.

Dictionnaires de langue française :


- Émile LITTRÉ, Dictionnaire de la langue française, Paris, Hachette, 1876 (1ère édition). En consultation
libre : [URL] [http://littre.reverso.net

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- Josette REY-DEBOVE et Alain REY (dir.), Le Nouveau Petit Robert. Dictionnaire alphabétique et
analogique de la langue française, Paris, Dictionnaires Le Robert, 1998.
- Grand Robert de la Langue française, dir. A. Rey, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2001, 6 volumes.
- Trésor de la langue française informatisé. Désigné ici sous l’abréviation TLF. En consultation libre :
[URL] [http://www.cnrtl.fr

Dictionnaires bilingues :
- Grand Dictionnaire bilingue, Paris, Larousse, 2007.
- Denis MARAVAL, Marcel POMPIDOU, Dictionnaire espagnol-français, Paris, Hachette, 1984.

Grammaires et manuels de langue espagnole :


- Emilio ALARCOS LLORACH, Gramática de la lengua española, Madrid, Espasa Calpe, 1994.
- Jean-Marc BEDEL, Grammaire de l’espagnol moderne, Paris, PUF, 2010.
- Ignacio BOSQUE y Violeta DEMONTE, Gramática descriptiva de la lengua española, Madrid, Espasa,
1999.
- Jean BOUZET, Grammaire espagnole, Paris, Belin, 1946.
- Michel CAMPRUBI, Études fonctionnelles de grammaire espagnole, Toulouse, Presses Universitaires
du Mirail, 2001.
- Jean COSTE et Augustin REDONDO, Syntaxe de l’espagnol moderne, Paris, Sedes, 1965.
- Pierre GERBOIN, Christine LEROY, Grammaire d’usage de l’espagnol contemporain, Paris, Hachette,
2014.
- Samuel GILI GAYA, Curso superior de sintaxis española, Barcelona, Vox, 1993.
- José MARTÍNEZ DE SOUSA, Manual de estilo de la lengua española, Gijón, Trea, 2001.
- Francisco MATTE BON, Gramática comunicativa del español, Madrid, Edelsa, 2 vol.
- Bernard POTTIER, Bernard DARBORD, Patrick CHARAUDEAU, Grammaire explicative de
l’espagnol, Paris, Armand Colin, 2005.
- Manuel SECO, Diccionario de dudas y dificultades de la lengua española, Madrid, Espasa Calpe,
2002.
- Real Academia Española/Asociación de Academias de la Lengua Española, Ortografía de la lengua
española, Madrid, Espasa Calpe, 2010.
- Real Academia Española /Asociación de Academias de la Lengua Española, Diccionario panhispánico
de dudas, consultable en ligne : [URL] [https://www.rae.es/dpd/]
- Real Academia Española, Nueva gramática de la lengua española, Madrid, Espasa, 2011. Consultable en
ligne : [URL] [http://aplica.rae.es/grweb/cgi-bin/buscar.cgi].
- Marc LASCANO, Quand les grenouilles auront des poils, Paris, Ellipses, 1996.

Grammaires du français et autres ouvrages utiles :


- Anne ABEILLE et Danièle GODARD (dir.), La Grande Grammaire du français, Arles, Actes Sud–
Imprimerie nationale Éditions, 2021.
En ligne sur abonnement : [URL] [https://www.grandegrammairedufrançais.com/]
- Bescherelle. La conjugaison pour tous, Paris, Hatier, 2012.
- Delphine DENIS et Anne SANCIER-CHATEAU, Grammaire du français, Paris, Livre de Poche, 1997.
- Jean DUBOIS et René LAGANE, La nouvelle grammaire du français, Paris, Larousse, 1991.
- Maurice GREVISSE et André GOOSSE, Le bon usage, Bruxelles, De Boeck, 2007, 14e édition.
- Martin RIEGEL, Jean-Christophe PELLAT, René RIOUL, Grammaire méthodique du français, 1994,
Paris, PUF, 2009 (7e édition).
- René-Louis WAGNER et Jacqueline PINCHON, Grammaire du français classique et moderne, Paris,
Hachette, 1991.

Linguistique et traduction :
- Albert BELOT, Espagnol. Mode d’emploi, pratiques linguistiques et traduction, Paris, Ellipses, 1997.
- Henri BÉNAC, Dictionnaire des synonymes, Paris, Hachette, 1998 (1956).
- Albert BENSOUSSAN, « La traduction, miroir des langues », Atala, n° 21, 2021.
- Édouard et Odette BLED, Cours supérieur d’orthographe, Paris, Classiques Hachette, 1954.
- Jean-Pierre COLIGNON, Un point c’est tout ! La ponctuation efficace, Paris, Victoires-Éditions, 2004.
- Jean-Paul COLIN, Dictionnaire des difficultés du français, Paris, Dictionnaires Le Robert, 1994.
- Jean GIRODET, Dictionnaire Bordas. Pièges et difficultés de la langue française, Paris, Bordas, 2007.
- Maurice GREVISSE, Le français correct : guide pratique, Bruxelles, De Boeck, 2009 (5e édition).

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SOUS-ÉPREUVE DE THÈME
Rapport établi par M. Olivier Brisville-Fertin et Mme Mireille Serrano-Castro

Le texte du thème de la session 2024 est tiré du roman Rêver debout de Lydie Salvayre publié en 2021.
Dans le roman, qui est constitué d’une suite de quinze lettres, une femme d’aujourd’hui interpelle
Cervantès à propos de son héros, Don Quichotte, dans le but de rendre hommage, in fine, tant à l’auteur
qu’au protagoniste de cette œuvre fondamentale dans l’histoire de la littérature.
L’extrait proposé pour la traduction ne présentait pas de réelles difficultés, que ce soit d’ordre lexical ou
grammatical ; par ailleurs, les candidats pouvaient se sentir dans leur élément avec ce texte qui
convoquait des références à un univers connu des professeurs d’espagnol (celui de Don Quichotte).

Sujet
Un autre reproche, à l’instant, me monte aux lèvres. Pourquoi, Monsieur, expliquez-moi pourquoi,
vous moquez-vous de votre Quichotte lorsqu’il ne s’accommode pas de ce qu’on appelle, pour aller vite,
la réalité ?
Est-il insensé de s’insurger contre cette plate, cette pauvre, cette piteuse réalité ou qui se donne
pour telle, et de lui préférer celle que l’on porte en soi, tellement plus vaste et désirable.
Ne pensez-vous pas que la réalité que nous appréhendons par nos yeux intérieurs, depuis nos forêts
intimes, depuis nos Indes enchantées, depuis nos îles Bienheureuses et nos jardins du souvenir, ne
pensez-vous pas que cette réalité-là donne à l’autre (celle dont les consensus déterminent la forme)
une couleur et une saveur rares ?
Ne vous méprenez pas, Monsieur, sur le sens de mes mots. Je ne dis pas que Don Quichotte cherche
à imposer une illusion spécieuse en lieu et place de la réalité, comme quelques lecteurs distraits l’ont
parfois avancé. Ou, pour l’exprimer autrement, que le Quichotte substitue sa petite vision subjective à
une autre prétendument objective et affreusement rectangulaire.
Je dis, Monsieur, que le Quichotte perçoit parfaitement la réalité, mais qu’il la perçoit depuis ce que
Victor Hugo appelle le promontoire du songe. Et depuis ce promontoire qui le porte aux confins du
visible, la réalité qu’il découvre acquiert soudain une autre dimension. Elle se transmue, s’élargit, se
déploie, s’exorbite et prend parfois des aspects fantastiques.
Le Quichotte peut alors appréhender ce que la plupart d’entre nous ne voient pas. Il peut scruter
l’obscur ; découvrir des abîmes là où d’autres ne voient que leurs pieds ; apercevoir l’horreur là où
d’autres ne voient que des insignifiances ; et sur certains visages reconnaître une splendeur devant
laquelle la plupart d’entre nous sont aveugles.
Il voit plus. Il voit grand. Il voit autrement.
Il voit tout ce qui, à la réalité, fait défaut.
Il voit, cher Monsieur, en poète, et jette sur le monde un œil très différent de celui du bovin.
Il voit l’inapparent, l’inimaginable. Il voit dans le normal l’anormal avec une acuité rare. Il perçoit tout
en nouveauté, et peut ainsi saisir l’étrangeté de certains objets que nos habitudes ont rendus familiers,
découvrir un aspect inouï aux formes les plus bêtes, articuler entre elles les rapprochements les plus
surprenants, ressentir proches de son cœur les plus inatteignables, très éloignées de lui celles à portée
de main, et éprouver devant le monde ce sentiment d’étrangeté qui parfois nous assaille mais que nos
routines écrasent à grands coups de talon.

Lydie SALVAYRE, Rêver debout, 2021.

Traduction proposée
Se me ocurre otro reproche ahora mismo. ¿Por qué, señor, explíqueme por qué usted se burla de
su Quijote cuando no se conforma con lo que se llama, para simplificar, la realidad?
¿Acaso será insensato rebelarse contra esa plana, esa pobre, esa lamentable realidad o que
aparenta serlo y preferirle la que uno lleva en sí, muchísimo más amplia y deseable?
¿No cree usted que la realidad que aprehendemos con nuestra mirada interior, desde nuestros
bosques íntimos, desde nuestras Indias encantadas, desde nuestras islas Bienaventuradas y nuestros
jardines del recuerdo no cree que esa realidad le da a la otra (a aquella cuya forma está determinada
por los consensos) un color y sabor poco comunes?
Señor, no malinterprete el sentido de mis palabras. No estoy diciendo que don Quijote intente
imponer una ilusión especiosa en lugar de la realidad, como plantearon a veces algunos lectores
distraídos. O, para expresarlo de otro modo, que don Quijote le sustituya su pequeña y subjetiva visión
a otra supuestamente objetiva y espantosamente cuadriculada.
Señor, digo yo que don Quijote percibe perfectamente la realidad, pero que la percibe desde lo que

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Victor Hugo llama el promontorio del sueño. Y desde ese promontorio que lo lleva a los confines de lo
visible, la realidad que descubre cobra de repente otra dimensión. Se transmuta, se ensancha, se
despliega, se exorbita y toma a veces aspectos fantásticos.
Entonces don Quijote puede aprehender lo que la mayoría de nosotros no ve. Puede escudriñar la
oscuridad; descubrir abismos allí donde otros no ven sino sus pies; entrever el horror allí donde otros
no ven más que insignificancias; y en ciertas caras reconocer un esplendor ante el cual la mayoría de
nosotros permanecemos ciegos.
Ve más. Ve en grande. Ve de otro modo.
Ve cuanto le falta a la realidad.
Él ve, querido señor, como un poeta, y arroja sobre el mundo una mirada muy diferente a la del
bovino.
Ve lo invisible, lo inimaginable. Ve en lo normal lo anormal con una agudeza poco común. Lo percibe
todo con novedad, y así puede captar lo extraño de ciertos objetos que nuestros hábitos han convertido
en cosas familiares, descubrir un aspecto inaudito en las formas más simples, articular entre ellas las
conexiones más sorprendentes, sentir cercanas a su corazón las más inalcanzables, muy alejadas de
sí las que están al alcance de la mano, y experimentar frente al mundo ese sentimiento de extrañeza
que a veces nos invade, pero que nuestras rutinas pisotean a taconazos.

Remarques préliminaires et éléments statistiques


En préambule, le jury souhaite rappeler que le thème, à l’instar de la version, est autant un exercice de
compréhension que d’expression : si les erreurs morphosyntaxiques du rendu en espagnol sont fort
dommageables, les incompréhensions du texte source en français contemporain sont absolument
inenvisageables et incompréhensibles à ce niveau.
Il veut également insister sur la nécessité pour les candidates et candidats de consulter les rapports des
sessions précédentes non seulement pour s’entraîner, mais aussi pour prendre pleinement
connaissance de la méthodologie à suivre et des conseils donnés pour la traduction académique :
lectures attentives pour prendre finement connaissance du texte proposé et repérer les écueils
grammaticaux et lexicaux ; respecter la composition textuelle, les structures morphosyntaxiques, les
registres et tons, etc., sans tomber dans le décalque fautif et saugrenu.
Les thème et version académiques de l’agrégation interne sont des épreuves d’autant plus difficiles et
exigeantes qu’elles se partagent un même temps restreint de 5 h avec l’explication grammaticale de
choix de traduction. Des entraînements réguliers pour recouvrer ou développer des réflexes pour
traduire vite et bien doivent assurer une réussite pour ces parties de l’épreuve.
La moyenne de cette sous-épreuve s’élève cette année à 7,61 / 20 avec un écart-type de 3,44. La
médiane se situe à 8 / 20, le premier quartile à 5 / 20, le dernier quartile à 10 / 20. La note minimale est
0 / 20 et la maximale 16 / 20. Le jury félicite les auteurs et autrices de bonnes, voire très bonnes copies
et espère que les éléments qui suivent seront d’utilité pour les futurs préparationnaires.

Commentaire de la traduction
1. Un autre reproche, à l’instant, me monte aux lèvres. Pourquoi, Monsieur, expliquez-moi
pourquoi, vous moquez-vous de votre Quichotte lorsqu’il ne s’accommode pas de ce qu’on
appelle, pour aller vite, la réalité ?
Otro reproche me viene a los labios… / se me ocurre / se me viene a la mente / me surge otro
reproche ahora mismo / de repente. (Señor,…) ¿Por qué (, señor), explíqueme por qué usted se
ríe / se burla / se mofa de su Quijote cuando (él) no se conforma con / no se amolda a lo que se
llama, para simplificar / en pocas palabras, la realidad?

De nombreux candidats ont maladroitement opté pour des structures-calques pour traduire les
expressions « monter aux lèvres » et « aller très vite ». Outre le fait que les calques sont presque
toujours rédhibitoires en traduction, il était important de soigner tout particulièrement le début de la
traduction, de repérer le registre de la langue source. Nous proposons ici les expressions idiomatiques
ocurrírsele algo a alguien, venírsele algo a la mente a alguien, mais nous acceptons aussi plus
simplement le verbe surgir qui rendait cette imposition quasi physique du reproche de la tournure
française.

Le vouvoiement français a été trop souvent mal traduit et rendu par un tutoiement pluriel. Certes, le
vouvoiement est bien plus rare en espagnol que le tutoiement, notamment dans la langue
contemporaine, mais, dans le cas présent, traduire Monsieur par señor puis proposer le verbe à la
deuxième personne du pluriel relevait de l’erreur grossière et, inévitablement, a coûté cher aux candidats
qui n’ont pas pris la peine de bien relire et de se corriger.

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Enfin, il était fondamental de bien différencier la locution interrogative por qué de la conjonction de cause
porque. Bien évidemment, il était attendu que les candidats respectent le système de la double
ponctuation interrogative espagnole.

2. Est-il insensé de s’insurger contre cette plate, cette pauvre, cette piteuse réalité ou qui se
donne pour telle, et de lui préférer celle que l’on porte en soi, tellement plus vaste et
désirable.
¿Acaso es / será insensato rebelarse / sublevarse / indignarse contra esa/esta plana / insulsa /
sosa, pobre, lamentable / lastimosa / miserable realidad o (la) que aparenta / pretende serlo / la
que se toma por tal, y preferirle la que uno lleva en sí / dentro (de sí), tanto / muchísimo más vasta
/amplia / extensa y deseable?

Un doute sur la ponctuation a été soulevé lors de la composition dans les centres d’examen et le
Ministère a informé les candidats que le point final de cette séquence devait être remplacé par un point
d’interrogation. Le sujet fourni aux candidats (avec un point final à la fin de la séquence et non un point
d’interrogation) était parfaitement fidèle à l’édition originale du texte (2021). Cependant, afin de ne
pénaliser aucun candidat, le jury a accepté toutes les lectures de cette inversion sujet-verbe qui
pouvaient faire sens ici, à savoir une question rhétorique ou l’expression d’un doute 1.

La construction des groupes infinitifs (ici, « Est-il insensé DE s’insurger…et DE lui préférer… ») étant
différente en français et en espagnol, une attention toute particulière devait être portée à la traduction
de ce segment où les infinitifs deviennent sujets du verbe en espagnol. Bien évidemment, il convenait
de repérer que la préposition DE ne se traduit pas plus dans la deuxième proposition infinitive que dans
la première.

Nous ne reviendrons pas sur les déictiques auxquels est consacrée l’explication des choix de traduction.
Tout au plus pourrions-nous souligner la nuance péjorative du démonstratif cette accentuée par la triple
adjectivation plate, pauvre, piteuse qui pouvait aider en cas de doute et faire pencher le candidat pour
le choix de esa, bien que le choix de esta ait été bien sûr tout aussi légitime grammaticalement dans la
mesure où le démonstratif renvoie à la réalité qui vient d’être énoncée dans la phrase précédente.

3. Ne pensez-vous pas que la réalité que nous appréhendons par nos yeux intérieurs, depuis
nos forêts intimes, depuis nos Indes enchantées, depuis nos îles Bienheureuses et nos
jardins du souvenir, ne pensez-vous pas que cette réalité-là donne à l’autre (celle dont les
consensus déterminent la forme) une couleur et une saveur rares ?
¿No cree / piensa usted que la realidad que aprehendemos / captamos con nuestra mirada interior
/ nuestros ojos interiores, desde nuestros bosques íntimos, desde nuestras Indias encantadas /
mágicas, desde nuestras islas Bienaventuradas / Afortunadas y nuestros jardines del recuerdo /
de la memoria no piensa / cree que esa / esta realidad le da a la otra (a aquella / esa cuya forma
determinan/ está determinada por los consensos / cuyos consensos determinan la forma) un color
y sabor poco comunes / frecuentes / singulares?

La traduction des démonstratifs « cette réalité-là » et « celle dont » était plus délicate dans ce segment :
si l’on optait pour le démonstratif de la reprise esa pour le premier, on aboutissait logiquement au choix
de aquella pour le second. Par ailleurs, dont étant complément nominal et non verbal, le littéraire cuyo
était attendu ainsi que le démonstratif aquella, démonstratif habituel et le plus fréquent pour ce type de
construction, ou esa2.

4. Ne vous méprenez pas, Monsieur, sur le sens de mes mots. Je ne dis pas que don Quichotte
cherche à imposer une illusion spécieuse en lieu et place de la réalité, comme quelques
lecteurs distraits l’ont parfois avancé.
(Señor,) no malinterprete / tergiverse el sentido de mis palabras ( ,señor,…) / no se equivoque
sobre el / respecto al / del / acerca del / en cuanto al sentido de mis palabras. No estoy diciendo /
no digo que don Quijote intente / trate de imponer una ilusión especiosa / engañosa en lugar / vez
/ sustitución de la realidad, como (lo) plantearon / han planteado a veces (alg)unos lectores
distraídos.

L’impératif en espagnol a ses spécificités, avec une claire distinction entre l’ordre et la défense, laquelle
se construit avec NO + subjonctif présent. Dans le cadre d’un concours de l’enseignement du

1 Voir Anne Abeillé & Danièle Godard (dir.), Grande grammaire du français, Actes Sud, 2021, chap. XVII, § 2.1.2-3.
2 Voir Jean Marc Bedel, Grammaire de l’espagnol moderne, 4e éd. revue et mise à jour, PUF, 2004, § 156c, 490.

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secondaire, le jury attend des candidats qu’ils démontrent une parfaite maîtrise de cette particularité, de
la conjugaison ainsi que des modifications orthographiques (equivocarse → no se equivoque).

La majuscule pour la traduction de Monsieur en espagnol n’est de rigueur que si le terme señor ouvre
la phrase en apostrophe ou est abrégé. Il en va de même pour don3.

Le mode subjonctif était le seul mode possible dans la complétive « que don Quichotte cherche à
imposer » introduite et niée par la principale à la forme négative « Je ne dis pas que… », l’écueil étant
que les verbes du premier groupe, comme chercher, présentent la même forme aux présents de
l’indicatif et du subjonctif (cf. il cherche vs qu’il cherche). Il fallait donc bien repérer cette difficulté et
traduire, en conséquence, par du subjonctif présent. De plus, une attention devait être portée à la
traduction de ce même verbe chercher et le jury attendait des candidats qu’ils repèrent ici que le verbe
renvoyait à un essai, à une tentative et qu’ils sachent donc faire la distinction entre chercher qqch. et
chercher à faire qqch., d’où le choix de intentar ou de tratar de.

Le jury a apprécié l’usage de la forme progressive ESTAR + gérondif pour traduire « Je ne dis pas
que… », car la forme progressive en espagnol rend parfaitement compte de la dimension sur le vif de
la déclaration. Ce choix est donc le meilleur, mais le jury a également accepté le présent de l’indicatif,
comme en français.

Pour ce qui est de la traduction du passé composé français, le jury a accepté le prétérit parfait
simple/indéfini ainsi que le prétérit parfait composé.

Enfin, le jury a été très surpris de constater que l’adjectif « spécieuse » était un adjectif dont le sens était
souvent inconnu, ce qui a conduit à de nombreux barbarismes ainsi qu’à de nombreux contresens ou
non-sens que nous tairons.

5. Ou, pour l’exprimer autrement, que le Quichotte substitue sa petite vision subjective à une
autre prétendument objective et affreusement rectangulaire.
O, por / para expresarlo de otro modo, que don Quijote le sustituya su pequeña y subjetiva visión
a otra supuestamente objetiva y espantosamente / horriblemente / tremendamente cuadriculada /
rectangular / geométrica.
…que don Quijote sustituya la pretendidamente objetiva y espantosamente cuadriculada por su
pequeña y subjetiva visión.

Une remarque s’impose d’emblée pour ce qui est de la traduction de l’article défini le dans l’expression
« le Quichotte » : si le français peut avoir recours à la substantivation pour renvoyer aussi bien à l’œuvre
qu’à son protagoniste, en espagnol il ne saurait être question de renvoyer au héros de Cervantès
autrement qu’en ayant recours à don, l’usage de l’article défini étant réservé au renvoi à l’œuvre.

Il fallait par ailleurs ne pas oublier que la traduction attendue de la complétive était en tous points
identique à la traduction de la complétive précédente, la phrase commençant par la conjonction de
coordination Ou avec ellipse de la principale je ne dis pas que. Une lecture trop rapide du texte a conduit
trop de candidats à négliger cette analyse syntaxique et à proposer des traductions avec erreur de
mode.

6. Je dis, Monsieur, que le Quichotte perçoit parfaitement la réalité, mais qu’il la perçoit
depuis ce que Victor Hugo appelle le promontoire du songe. Et depuis ce promontoire qui
le porte aux confins du visible, la réalité qu’il découvre acquiert soudain une autre
dimension. Elle se transmue, s’élargit, se déploie, s’exorbite et prend parfois des aspects
fantastiques.
(Señor,…) Digo (yo) (…, señor,…) que don Quijote percibe perfectamente la realidad, pero (que)
la percibe desde lo que Victor Hugo llama el promontorio del sueño. Y desde ese / este / dicho /
tal promontorio que lo / le lleva / conduce a los confines de lo visible, la realidad que descubre
adquiere / cobra de repente otra dimensión. Se transmuta, se ensancha / amplía / dilata, se
despliega, se exorbita / se desorbita / se sale de su órbita y cobra / toma a veces aspectos
fantásticos.

Le jury s’est étonné qu’un terme aussi banal que promontoire ait été si souvent mal traduit : barbarismes
et contresens ont été nombreux, tout comme les faux-sens. On ne saurait rappeler aux candidats que
le concours exige une connaissance fine des deux langues ainsi que des différents registres des mêmes

3 Voir https://www.fundeu.es/recomendacion/don-y-dona-en-minuscula/.

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langues et que montaña, monte, colina ou encore cumbre, cúspide et zócalo ne sont pas les termes
attendus pour traduire promontoire, que promontorio est le terme précis qui était recevable ici.

Pour ce qui est du déictique de la reprise, « ce promontoire », différentes traductions ont été acceptées
este / ese / dicho / tal. Toutes ces possibilités sont parfaitement recevables dans ce cas précis.
L’expression « aux confins » a souvent été mal traduite car mal comprise. Le jury invite vivement les
candidats à se préparer à cette épreuve de traduction dans la langue espagnole et dans la langue
française, une connaissance fine des deux langues étant gage de réussite en traduction comme nous
l’avons dit plus haut.

Enfin, la traduction de l’expression « du visible » a été parfois erronée. Sans doute une lecture trop
rapide a-t-elle induit les candidats en erreur et leur a-t-elle fait oublier que la substantivation de l’adjectif
se rend en espagnol par LO + adjectif.

7. Le Quichotte peut alors appréhender ce que la plupart d’entre nous ne voient pas. Il peut
scruter l’obscur ; découvrir des abîmes là où d’autres ne voient que leurs pieds ;
apercevoir l’horreur là où d’autres ne voient que des insignifiances ; et sur certains
visages reconnaître une splendeur devant laquelle la plupart d’entre nous sont aveugles.
Entonces don Quijote puede aprehender lo que la mayoría de nosotros no ve / no vemos. Puede
escudriñar / escrutar la oscuridad / lo oscuro; descubrir abismos allí / ahí / allá donde otros no
ven sino sus pies / ven solo sus pies / no ven más que sus pies; percibir / entrever el horror allí
donde otros no ven más que insignificancias / nimiedades (cosas sin sentido / sin importancia); y
en ciertas caras / rostros reconocer un esplendor ante el cual / frente al cual la mayoría de
nosotros estamos / permanecemos ciegos.

La traduction, à deux reprises, de l’expression « la plupart d’entre nous » suivie d’un verbe conjugué
mérite un commentaire, car elle a souvent été erronée, entraînant des fautes d’accord rédhibitoires,
notamment en choisissant un calque avec le français. Si l’on pouvait accepter que le verbe voir/ver
s’accorde avec la plupart ou avec nous (la mayoría de nosotros no ve/vemos) dans le premier cas de la
séquence, dans la seconde occurrence de l’expression, la seule traduction possible était celle proposée
par le jury, en raison de la présence d’un attribut 4.

La traduction des déictiques « là où » fait l’objet de l’explication des choix de traduction. Nous ne nous
y attarderons pas. Nous signalerons simplement que acá et aquí étaient à proscrire absolument dans la
mesure où, dans le cas qui nous occupe, l’adverbe de lieu ne renvoie absolument pas au présent stricto
sensu.

Enfin, l’adjectif ciego en espagnol peut se construire, selon les énoncés, avec ser ou avec estar. Ici, seul
estar était possible, car il s’agissait d’un état de cécité circonstancielle, une cécité face à cette
« splendeur » que seul don Quichotte peut voir. Le jury a également accepté permanecer.

8. Il voit plus. Il voit grand. Il voit autrement. Il voit tout ce qui, à la réalité, fait défaut. Il voit,
cher Monsieur, en poète, et jette sur le monde un œil très différent de celui du bovin. Il voit
l’inapparent, l’inimaginable. Il voit dans le normal l’anormal avec une acuité rare.
Ve más. Ve en grande. Ve de otro modo / diferente. Ve cuanto / todo lo que le falta a la realidad.
Él ve, querido / estimado / apreciado señor, como (un) poeta, y lanza / arroja sobre el mundo una
mirada muy diferente a / distinta de la del bovino / vacuno / de un bovino. Ve lo invisible / oculto /
lo no aparente, lo inimaginable / lo no imaginable. Ve en lo normal lo anormal con una agudeza
(/acuidad) poco común / singular / extraordinaria / … con singular / extraordinaria agudeza.

Le principal écueil à éviter pour ce segment était le calque, tant pour le lexique que pour les constructions
grammaticales. « Jeter un œil » ne pouvait être rendu par l’expression concrète en espagnol — et
effroyable — arrojar un ojo ; répéter le pronom sujet devant toutes les occurrences de « voir » était très
maladroit et lourd.

Il fallait également repérer les différentes occurrences de la substantivation de l’adjectif, « l’inapparent »,


« l’inimaginable », « le normal », « l’anormal » et ne pas oublier qu’il n’y a qu’une seule façon de la
traduire en espagnol, à savoir par LO + adjectif. Par ailleurs, le jeu de sonorités entre « inapparent » et
« inimaginable » avec le même préfixe privatif IN- n’était pas immédiat à la traduction dans la mesure
où inaparente n’est pas référencé dans le DLE et constitue donc un barbarisme lexical. Le jury
n’attendait donc pas des candidats qu’ils rendent cette similitude, mais il a valorisé les propositions de

4
Voir RAE & ASALE, Diccionario panhispánico de dudas [DPD], 2de éd. provisoire en ligne, https://www.rae.es/dpd/, s. v. « Concordancia », § 4.9.b.

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traduction conservant ce jeu des sonorités comme lo no aparente et lo no imaginable.

Pour ce qui est du lexique, il était attendu que les candidats connaissent l’expression française « faire
défaut » qu’on pouvait rendre par la construction espagnole faltarle algo a alguien : quoique lourd, opter
pour carecer DE était tout à fait possible, encore fallait-il ajouter un démonstratif indispensable pour
respecter la syntaxe espagnole de ce verbe intransitif à complément prépositionnel : todo aquello de lo
que carece la realidad.

9. Il perçoit tout en nouveauté, et peut ainsi saisir l’étrangeté de certains objets que nos
habitudes ont rendus familiers, découvrir un aspect inouï aux formes les plus bêtes,
articuler entre elles les rapprochements les plus surprenants, ressentir proches de son
cœur les plus inatteignables, très éloignées de lui celles à portée de main, et éprouver
devant le monde ce sentiment d’étrangeté qui parfois nous assaille mais que nos routines
écrasent à grands coups de talon.
Lo percibe todo con novedad / como (algo) novedoso /como si fuera nuevo, y así puede captar
lo extraño / la extrañeza / la rareza de ciertos objetos que nuestros hábitos / nuestras costumbres
han convertido / convirtieron en cosas familiares, descubrir un aspecto inaudito /inédito / insólito
en las formas más comunes / banales / triviales / simples / sencillas / vulgares, articular entre
ellas las conexiones / relaciones más sorprendentes, sentir cercanas a su / al corazón las más
inalcanzables, muy alejadas de sí / él (mismo) esas / estas / las que están al alcance de la mano,
y experimentar frente al mundo ese (/ este) sentimiento de extrañeza que a veces / de vez en
cuando nos invade, pero que nuestras rutinas pisotean / aplastan a taconazos (fuertes).

Lorsque todo est employé comme pronom neutre COD, il est usuellement corrélé avec le pronom atone
LO.

Pour la traduction de « rendre » suivi d’un adjectif attribut, le jury a accepté indifféremment volver ou
hacer + adjectif attribut, tout comme la traduction par convertir en cosas familiares, l’essentiel étant ici
d’exprimer la qualité essentielle à laquelle renvoie l’adjectif familiers/familiares.

Bien évidemment, il fallait penser à ne pas répéter l’article défini dans les syntagmes aux formes les
plus bêtes et les rapprochements les plus surprenants dans la mesure où le superlatif était postposé au
nom dans les deux cas.

Une lecture trop rapide a conduit de nombreux candidats à confondre l’adverbe de lieu cerca et l’adjectif
cercano,a A. C’est d’autant plus regrettable que cette confusion en entraînait souvent une autre, celle
consistant à confondre lejos et alejado,a DE. Ces confusions ont été sanctionnées, car elles laissaient
penser à un refus de traduire ou à un évitement.

Le pronom personnel dans « éloigné de lui », selon qu’il était compris comme renvoyant immédiatement
au cœur ou à Don Quichotte, pouvait être rendu par le pronom él ou par le réfléchi sí5.

5
Voir RAE & ASALE, Diccionario panhispánico de dudas [DPD], s. v. « SÍ », § 3.1b, s. v. « PRONOMBRES PERSONALES TONICOS », § 5.

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SOUS-ÉPREUVE DE VERSION
Rapport établi par M. Maxime Breysse et Mme Caroline Puis

Sujet
Mi abuela tenía el pelo blanco, en una ola encrespada sobre la frente, que le daba cierto aire
colérico. Llevaba casi siempre un bastoncillo de bambú con puño de oro, que no le hacía ninguna falta,
porque era firme como un caballo. Repasando antiguas fotografías creo descubrir en aquella cara
espesa, maciza y blanca, en aquellos ojos grises bordeados por un círculo ahumado, un resplandor de
Borja y aun de mí. Supongo que Borja heredó su gallardía, su falta absoluta de piedad. Yo, tal vez, esta
gran tristeza.
Las manos de mi abuela, huesudas y de nudillos salientes, no carentes de belleza, estaban
salpicadas de manchas color café. En el índice y anular de la derecha le bailaban dos enormes brillantes
sucios. Después de las comidas arrastraba su mecedora hasta la ventana de su gabinete (la calígine, el
viento abrasador y húmedo desgarrándose en las pitas, o empujando las hojas castañas bajo los
almendros; las hinchadas nubes de plomo borrando el brillo verde del mar). Y desde allí, con sus viejos
prismáticos de teatro incrustados de zafiros falsos, escudriñaba las casas blancas del declive, donde
habitaban los colonos; o acechaba el mar, por donde no pasaba ningún barco, por donde no aparecía
ningún rastro de aquel horror que oíamos de labios de Antonia, el ama de llaves. («Dicen que en el otro
lado están matando familias enteras, que fusilan a los frailes y les sacan los ojos... y que a otros los
echan en una balsa de aceite hirviendo... ¡Dios tenga piedad de ellos!») Sin perder su aire conmovido,
con los ojos aún más juntos, como dos hermanos confiándose oscuros secretos, mi abuela oía las
morbosas explicaciones. Y seguíamos los cuatro –ella, tía Emilia, mi primo Borja y yo–, empapados de
calor, aburrimiento y soledad, ansiosos de unas noticias que no acababan de ser decisivas –la guerra
había empezado apenas hacía mes y medio–, en el silencio de aquel rincón de la isla, en el perdido
punto en el mundo que era la casa de la abuela. La hora de la siesta era quizá la de más calma y a un
tiempo más cargada del día. Oíamos el crujido de la mecedora en el gabinete de la abuela, la
imaginábamos espiando el ir y venir de las mujeres del declive, con el parpadeo de un sol gris en los
enormes solitarios de sus dedos. A menudo le oíamos decir que estaba arruinada, y al decirlo,
metiéndose en la boca alguno de los infinitos comprimidos que se alineaban en frasquitos marrones
sobre su cómoda, se marcaban más profundamente las sombras bajo sus ojos, y las pupilas se le cubrían
de un gelatinoso cansancio. Parecía un Buda apaleado.

Ana María MATUTE, Primera memoria, 1960.

Proposition de traduction
Ma grand-mère avait les cheveux blancs, lesquels formaient une vague crêpée sur le front, qui lui
donnait un air quelque peu colérique. Elle avait presque toujours avec elle une petite canne en bambou
avec un pommeau en or, qui ne lui était d’aucune utilité parce qu’elle était aussi robuste qu’un cheval. En
parcourant de vieux clichés, je crois déceler dans ce visage épais, massif et blanc, dans ces yeux gris
bordés d’un cercle cendré, un éclat dont Borja et moi avons hérité. Je suppose que Borja a hérité de sa
bravoure, de son manque absolu de compassion. Moi, qui sait, de cette profonde tristesse.
Les mains de ma grand-mère, osseuses et aux jointures saillantes, non dénuées de beauté, étaient
tavelées de taches couleur café. À l’index et l’annulaire de sa main droite dansaient deux énormes
diamants sales. Après les repas, elle traînait son fauteuil à bascule jusqu’à la fenêtre de son bureau (la
brume, le vent brûlant et humide se déchirant sur les agaves, ou poussant les feuilles brunes sous les
amandiers ; les nuages de plomb gonflés éclipsant l’éclat vert de la mer). Et depuis cet endroit, avec ses
vieilles jumelles de théâtre incrustées de faux saphirs, elle scrutait les maisons blanches de la pente où
les colons habitaient ; ou elle guettait la mer, sur laquelle ne passait aucun bateau, sur laquelle
n’apparaissait aucune trace de cette horreur dont nous entendions parler de la bouche d’Antonia, la
gouvernante. (« On dit que de l’autre côté des familles entières sont tuées, que des religieux sont fusillés
et qu’on leur arrache les yeux … et que d’autres sont jetés dans un tonneau d’huile bouillante… Que Dieu
prenne pitié d’eux ! »). Sans perdre son air ému, les yeux encore plus rapprochés, tels deux frères se
confiant d’obscurs secrets, ma grand-mère écoutait les explications morbides. Et nous restions là tous
les quatre – elle, tante Emilia, mon cousin Borja et moi –, accablés de chaleur, d’ennui et de solitude,
avides de nouvelles qui ne s’avéraient jamais vraiment décisives – la guerre n’avait commencé qu’un
mois et demi plus tôt –, dans le silence de ce recoin de l’île, dans cet endroit isolé du monde qu’était la
maison de ma grand-mère. L’heure de la sieste était sans doute la plus calme et à la fois la plus chargée
de la journée. Nous entendions le grincement de la chaise à bascule du bureau de ma grand-mère, nous

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l’imaginions en train d’épier les allées et venues des femmes de la pente, le miroitement d’un soleil gris
sur les énormes solitaires à ses doigts. Souvent, nous l’entendions dire qu’elle était ruinée, et lorsqu’elle
le disait, en se mettant dans la bouche l’un des innombrables comprimés qui étaient alignés dans de
petits flacons marron sur sa commode, les ombres sous ses yeux se marquaient plus profondément, et
ses pupilles se recouvraient d’une fatigue gélatineuse. Elle ressemblait à un Bouddha roué de coups.

Commentaires préliminaires
En dépit des difficultés que posait le texte de cette année, les candidats ont sans nul doute eu
plaisir à traduire l’incipit du premier roman d’Ana María Matute, Primera memoria, publié pour la première
fois en 1959. Les premières lignes de l’ouvrage nous transportaient aux Baléares, pendant l’été 1936,
assombri, on le sait, par le début de la Guerre Civile espagnole que l’extrait évoque explicitement. La
narratrice, une adolescente contrainte de passer l’été chez sa grand-mère, brosse, une fois adulte, le
portrait de cette dernière, en insistant sur la rudesse de cette figure matriarcale qui fait écho à l’aridité du
paysage insulaire. La langue à la fois précise et complexe de l’autrice espagnole est au service, dans ce
passage, d’un véritable éveil des sens : la palette chromatique, diverse et nuancée, l’évocation du souffle
du vent, ou encore de la lourdeur des après-midis étouffants, permettent au lecteur de ressentir
l’isolement de cet espace.
C’est d’ailleurs l’utilisation d’un lexique extrêmement riche, voire rare, allié à une syntaxe complexe,
construite avec dextérité par l’autrice, qui rendait l’exercice difficile pour les candidats, tant il s’avérait
éprouvant de rendre avec justesse et précision, en temps limité et sans avoir accès aux dictionnaires,
toutes les nuances du passage. Le jury a ainsi pu vérifier la compréhension, en espagnol, du lexique, et
la maîtrise, en français, de la construction des phrases les plus complexes, des critères d’évaluation
propres à l’exercice.
Bien que cela ait pu être le cas les années précédentes, force est de constater que les temps
verbaux utilisés dans le texte n’étaient pas de nature à mettre en difficulté les candidats : s’agissant d’une
description, le texte contenait des verbes, pour la plupart, conjugués à l’imparfait, au présent ou encore
au passé simple de l’indicatif, ce qui facilitait grandement la mise en français. D’autre part, le propos
narratif, à savoir le portrait d’un personnage en parallèle à une description de l’espace, aussi complexe
soit-il, est généralement attendu dans le cadre de l’épreuve, ce qui a avantagé, à n’en point douter, les
candidats coutumiers de l’exercice. Quoi qu’il en soit, il nous paraît néanmoins essentiel de rappeler
quelques conseils méthodologiques que les préparationnaires de la session 2025 pourront prendre en
compte lors de la préparation de l’épreuve au fil des mois.

Conseils méthodologiques
Avant de passer à la correction commentée du sujet, il nous semble utile de donner aux futurs
préparationnaires quelques recommandations qui leur permettront d’aborder plus sereinement cette
épreuve aux exigences nombreuses, tant elle mobilise simultanément diverses compétences. Les
précédents rapports, dont il est vivement recommandé de faire une ou plusieurs lectures attentives, seront
d’une grande aide pour les candidats qui devront prendre en compte les conseils et les recommandations
formulés par les membres du jury en charge de les rédiger. Il serait par ailleurs inenvisageable de se
présenter à l’épreuve de version sans s’être régulièrement préparé à celle-ci auparavant : cet exercice
requiert une préparation régulière en amont des épreuves d’admissibilité.
En conséquence, les candidats doivent s’entraîner aussi souvent et régulièrement que possible et
trouveront pour cela, dans les nombreux manuels consacrés à cet exercice, une bonne base de travail.
Fréquenter les grands auteurs de la littérature française, comme travail de fond, s’avère payant sur le
long terme : les correcteurs de l’épreuve tiennent à féliciter les candidats qui ont su faire preuve d’une
grande aisance lexicale et syntaxique lors de la traduction d’un extrait qui était loin d’être simple. À n’en
point douter, la version est une véritable course d’endurance, et la traduction de l’extrait de cette année,
plus que jamais, l’a démontré.
Pour terminer, et de façon très pragmatique, le jury ne peut que conseiller aux candidats de
s’astreindre à une méthodologie très rigoureuse le jour de l’épreuve : avant toute traduction, lire et relire
le texte afin d’arriver une compréhension fine de l’extrait, identifier les temps verbaux et les particularités
syntaxiques, s’interroger sur le sens de chaque phrase avant de se lancer dans une quelconque
traduction. Il convient de travailler préalablement au brouillon afin de pouvoir reconsidérer autant que
nécessaire ses choix, puis de rédiger une copie lisible, en prenant bien soin de former distinctement les
lettres susceptibles d’être confondues et en traçant de façon nette les accents graves et aigus en français.
Enfin, il faut prévoir suffisamment de temps pour effectuer plusieurs relectures ciblées : une première, qui
doit mettre en regard texte espagnol et français afin de s’assurer qu’aucun mot – voire qu’aucune partie

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de phrase ou de ligne – n’a été oublié, puis une deuxième, cette fois-ci du seul texte français, pour laquelle
le candidat s’attachera à vérifier la cohérence syntaxique d’ensemble de sa proposition, les accords sujet
/ verbe ou substantif / adjectif, les formes verbales ainsi que l’orthographe. Il s’agit de conseils de bon
sens qui permettraient d’éviter nombre de fautes d’étourderie dans certains cas très pénalisantes.

Corrigé commenté
Pour plus de clarté, le texte a été divisé en 19 séquences qui seront commentées séparément.

Séquence 1

Mi abuela tenía el pelo blanco, en una ola encrespada sobre la frente, que le daba cierto aire
colérico.

Ma grand-mère avait les cheveux blancs, lesquels formaient une vague crêpée sur le front, qui lui
donnait un air quelque peu colérique.

La première phrase mettait d’emblée en exergue la double difficulté de l’extrait proposé cette
année : sa précision lexicale d’une part, mais aussi, et surtout, sa complexité syntaxique. Afin de rendre
l’adjectif espagnol encrespada, plusieurs traductions, tant qu’elles ne trahissaient pas le sens du texte
source, ont été admises : c’est bien sûr le cas des adjectifs « crépue » et « crêpée », qui sont
synonymes, mais aussi de « frisée » et « gaufrée » qui ont été également acceptés. En revanche, des
solutions plus éloignées, comme « ébouriffée », « crantée », par exemple, relevaient, la plupart du
temps, du faux-sens, voire du contresens et n’étaient donc pas recevables.
Si les difficultés lexicales ont été surmontées fréquemment avec brio, la construction de la phrase,
quant à elle, a donné lieu à de nombreux solécismes lourdement sanctionnés, car mettant en évidence,
très souvent, une tendance au calque de la part des candidats. Aussi était-il impossible de traduire la
préposition espagnole en par son équivalent français et fallait-il préférer construire, soit une proposition
subordonnée relative explicative introduite par les relatifs « qui » ou « lesquels », ou bien une
circonstancielle participiale (« formant une vague crêpue… ») afin d’éviter toute incorrection syntaxique.
La deuxième subordonnée relative, introduite par que en espagnol, sans que l’on sache ce qu’elle
complétait, pouvait être interprétée de deux façons : le pronom relatif, sujet de la proposition, pouvait
avoir pour antécédent ola encrespada ou pelo blanco. Par conséquent, lors de la mise en français, le
verbe « donner » pouvait être accordé au singulier (« donnait ») si le relatif avait pour antécédent « une
vague crêpue », ou au pluriel (« donnaient ») s’il remplaçait « les cheveux blancs ». Ces deux solutions,
bien entendu, ont été considérées et acceptées.
Enfin, le jury souhaite attirer l’attention des préparationnaires sur le choix du registre de langue
utilisé dans le cadre de l’exercice de version : le lexique utilisé en français doit respecter le contexte de
narration qui, dans le cas de notre extrait, était soutenu. De ce fait, choisir de traduire abuela par
« mémé » ou « mamie » était à bannir : ces solutions, qui auraient pu être bienvenues pour traduire un
texte au registre plus familier, ne pouvaient être, en aucun cas, recevables ici.

Séquence 2

Llevaba casi siempre un bastoncillo de bambú con puño de oro, que no le hacía ninguna falta,
porque era firme como un caballo.

Elle avait presque toujours avec elle une petite canne en bambou avec un pommeau en or, qui ne lui
était d’aucune utilité parce qu’elle était aussi robuste qu’un cheval.

Les difficultés de cette phrase étaient avant tout d’ordre lexical : bien qu’il semble a priori
inadéquat d’appeler le pommeau d’une canne « une poignée », il s’agit pourtant du terme utilisé la
plupart du temps par les fabricants de cet accessoire. On peut aisément imaginer par ailleurs que les
candidats ayant hésité sur la traduction de la comparaison finale de la phrase (era firme como un
caballo) aient été nombreux. En effet, traduire firme par « ferme » n’était pas très heureux ici : il fallait
préférer rendre cet adjectif par « forte », « robuste », « solide » ou même « stable » pour mettre en
valeur le paradoxe soulevé par la narratrice concernant la forme physique de sa grand-mère malgré
son âge avancé.

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Séquence 3

Repasando antiguas fotografías creo descubrir en aquella cara espesa, maciza y blanca, en
aquellos ojos grises bordeados por un círculo ahumado, un resplandor de Borja y aun de mí.

En parcourant de vieux clichés, je crois déceler dans ce visage épais, massif et blanc, dans ces yeux
gris bordés d’un cercle cendré, un éclat dont Borja et moi avons hérité.

Le lexique de cette séquence a posé problème à de nombreux candidats auxquels nous


recommandons d’éviter, autant que faire se peut, les traductions trop approximatives, hasardeuses ou
peu idiomatiques. Par exemple, l’expression círculo ahumado n’était certainement pas évidente à rendre
en français : de multiples propositions, à condition qu’elles ne s’éloignent pas trop du sens premier du
texte, ont été admises : c’est le cas de « cercle fumé » ou « sombre » par exemple, alors que les
trouvailles telles que « cercles cendré » ou « noirci » ont été appréciées, tant elles étaient idiomatiques
et faisaient montre d’une certaine finesse lexicale de la part des candidats qui les ont utilisées. En
revanche, une relecture attentive de leur production aurait évité à certains candidats de proposer des
expressions maladroites comme « ces yeux gris cerclés d’un cercle noir ».
L’interprétation du dernier passage de la phrase (un resplandor de Borja y aun de mí) était
épineuse : il fallait comprendre que la narratrice et son cousin Borja avaient dans les yeux un éclat
similaire à celui de leur grand-mère. Une ressemblance dont la narratrice se rend compte a posteriori,
depuis son présent de narration. De ce fait, de nombreuses alternatives de traduction pouvaient être
envisagées, dont « une lueur de Borja et même de moi », « une lueur dont Borja et moi avons hérité »
ou encore « que l’on retrouve chez Borja et même chez moi », et ce en raison de la complexité
interprétative du passage.
Il était tout à fait légitime – mais en rien obligatoire – d’essayer de rendre, comme l’ont fait certains
candidats, les démonstratifs aquella et aquellos, lesquels insistaient sur la distance temporelle séparant
la narratrice et le souvenir dont elle fait part au lecteur. À condition toutefois de porter une attention
toute particulière à la construction syntaxique de la proposition en français. En effet, trois adjectifs
étaient apposés à « ce visage », ce qui rendait impossible l’enclise de l’adverbe « là » avec « visage » :
« ce visage*-là épais massif et blanc », ou, pire encore, « ce visage épais-*là » comme cela a été relevé
dans quelques copies. L’adverbe « là » devait donc être renvoyé à la fin du syntagme : « ce visage
épais, massif et blanc là » afin d’éviter tout solécisme.
Enfin, le jury a été très surpris de trouver des confusions sur la traduction de aun : certains
candidats, sûrement par inattention ou par manque de temps pour se relire, ont choisi de le traduire par
« encore », alors que l’adverbe ne portait pas d’accent écrit. Il est évident que dans le cadre d’un
concours aussi exigeant que l’Agrégation interne, ce type d’erreur est lourdement sanctionné.

Séquence 4

Supongo que Borja heredó su gallardía, su falta absoluta de piedad. Yo, tal vez, esta gran
tristeza.

Je suppose que Borja a hérité de sa bravoure, de son manque absolu de compassion. Moi, qui sait, de
cette profonde tristesse.

Pas de difficulté majeure dans cette séquence, qui a été rendue avec justesse par la plupart des
candidats. Il fallait néanmoins repérer que le verbe heredar distribuait, dans la première phrase de la
séquence, sous la forme d’une énumération, un COD (su gallardía, su falta absoluta de piedad) et que,
dans la suivante, un autre COD (esta gran tristeza) dépendait, lui aussi, du même verbe, mais sous-
entendu. Or, en français, le verbe « hériter » peut être utilisé avec ou sans la préposition « de » (« Borja
a hérité de sa bravoure » ou « Borja a hérité Ø sa bravoure »)6. Aussi, que le verbe ait été considéré
comme transitif ou intransitif par les candidats, il fallait respecter ce choix dans la deuxième phrase
(« Moi, qui sait, de cette grande tristesse » ou « Moi, qui sait, Ø cette grande tristesse », selon le choix
opéré précédemment) au risque, dans le cas contraire, de commettre un solécisme. Comme nous
l’avons déjà signalé, les phrases ne doivent jamais être traduites les unes indépendamment des autres :
cette séquence était un bon exemple du soin que les candidats doivent apporter à l’analyse syntaxique

6 Voir : Dictionnaire de l’Académie Française [en ligne : https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9H0543] :


« Hériter : […] Transitivement. Suivi de deux compléments, lorsqu’on souhaite indiquer à la fois le bien dont on hérite
et la personne de qui provient l’héritage. Il a hérité cette ferme de son oncle. Elle héritera de son père plusieurs
immeubles. Il n’a rien hérité de ses parents. Voilà tout ce qu’il en a hérité. Fig. Elle a hérité ce trait de caractère de
son père.
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préalable du texte.
Deux mots, gallardía et piedad, pour lesquels le jury a accepté diverses traductions, étaient
polysémiques, voire sémantiquement flous, dans cette séquence. Pour le premier, des traductions telles
que « bravoure », « courage », « hardiesse » ou encore « prestance » ont été acceptées, alors que
« gaillardise » et « gauloiserie », pourtant relevées dans quelques copies, ne pouvaient être jugées
autrement que comme des contresens. Le substantif piedad, quant à lui, signifie à la fois la « pitié » et
la « piété »7. En l’absence d’un contexte précis, qui aurait permis de lever l’ambiguïté et de trancher
entre ces possibilités de traduction, les deux solutions ont, évidemment, été acceptées.

Séquence 5

Las manos de mi abuela, huesudas y de nudillos salientes, no carentes de belleza, estaban


salpicadas de manchas color café.

Les mains de ma grand-mère, osseuses et aux jointures saillantes, non dénuées de beauté, étaient
tavelées de taches couleur café.

Ce passage, au vocabulaire on ne peut plus pointu, a dû, on l’imagine, donner des sueurs froides
aux candidats. Là encore, face la complexité lexicale de la phrase, le jury a été ouvert à de nombreuses
possibilités de traduction : le terme nudillos pouvait être rendu par « articulations », « jointures » – le
terme le plus adéquat peut-être ici – ou encore « attaches8 ». En revanche, le traduire par « phalange »
était quelque peu inexact, et par « petits nœud » très mal dit, mais les copies ayant opté pour ces
solutions sont peu fréquentes. Le verbe salpicar, lui aussi, a posé problème : s’il fallait le traduire par
« parsemer » ou « taveler », de nombreux candidats ont proposé des solutions qui flirtaient avec le
contresens, voire le non-sens (« éclabousser », « saupoudrer », par exemple).
Nous félicitons les candidats qui sont parvenus à transposer avec élégance la tournure no
carentes de belleza, en apposition dans la phrase, et très ramassée en espagnol. Parmi tant d’autres
solutions qui ont été acceptées, nous tenons à souligner quelques trouvailles particulièrement
heureuses et qui démontraient une bonne maîtrise de la syntaxe et du vocabulaire français de la part
des candidats : « qui n’étaient pas exemptes de beauté », « non dépourvues de beauté », ou encore
« non dénuées de beauté ».
Enfin, bien trop souvent, les candidats, peut-être par manque de temps, n’ont pas corrigé une
faute d’orthographe lourde : certains ont confondu le mot « tâche » (travail que l’on donne à faire à
quelqu’un) et « tache » (souillure, marque), alors qu’ils sont très courants.

Séquence 6

En el índice y anular de la derecha le bailaban dos enormes brillantes sucios.

À l’index et l’annulaire de sa main droite dansaient deux énormes diamants sales.

L’unique phrase qui compose cette séquence pouvait paraître, de prime abord, assez simple.
Pourtant, afin de ne pas compromettre la correction syntaxique de la phrase française, il convenait de
prendre certaines précautions et de procéder à une analyse minutieuse de sa construction : le sujet du
verbe bailar – dos enormes brillantes sucios – était renvoyé en fin de phrase, comme c’est souvent le
cas en espagnol, et comme cela était possible en français. Du même verbe dépendaient le pronom
personnel le qu’il fallait rendre par un possessif en français (« de sa main droite ») et un complément
de lieu – En el índice y anular de la derecha – dans lequel le terme mano était sous-entendu, mais qu’il
ne fallait pas omettre d’expliciter, bien évidemment, en français, sous peine de calquer la construction
– par exemple, le très fautif « lui dansaient ». Autant de paramètres qu’il revenait aux candidats de
prendre en compte pour ne commettre aucune erreur de construction.
Prenons le temps, en outre, de revenir sur le vocabulaire qui, comme dans la séquence
précédente, mérite qu’on s’y attarde. S’il s’avérait assez simple de nommer les doigts de la main, il était
plus difficile, peut-être, d’interpréter le mot brillante, utilisé ici comme substantif. Il s’agissait, comme le

7
Voir RAE [En ligne : https://dle.rae.es/piedad] : « Piedad : […] 1. f. Virtud que inspira, por el amor a Dios, tierna devoción a las
cosas santas, y, por el amor al prójimo, actos de amor y compasión. […] 2. f. Amor entrañable que se consagra a los padres
y a objetos venerandos. […] 3. f. Lástima, misericordia, conmiseración. […] ».
8
Voir : Dictionnaire de l’Académie Française [en ligne : https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9A3014] : « Endroit où un
muscle se fixe à l’os ; jointure des membres. L’attache d’un muscle. L’attache du cou. Avoir les attaches fines, avoir les poignets
fins et les chevilles fines ».
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signale la Real Academia Española, tout simplement d’un diamant 9, comme en français. Bien que peu
sanctionnées, les propositions telles que « bijoux », « pierre, ou même « bague », étaient bien trop
générales pour faire honneur à la précision du texte source.
À l’instar de l’Académie française10, le jury recommande d’accentuer les majuscules lorsque cela
est nécessaire, ne serait-ce que pour qu’il puisse s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une stratégie d’évitement
orthographique ou d’un simple oubli. Les candidats ayant choisi la préposition « à » pour introduire le
complément circonstanciel en première position de la phrase devaient lui faire porter un accent grave.
Il s’agit là d’une norme qu’il conviendra de respecter à partir de la prochaine session.

Séquence 7

Después de las comidas arrastraba su mecedora hasta la ventana de su gabinete

Après les repas, elle traînait son fauteuil à bascule jusqu’à la fenêtre de son bureau

La septième séquence ne présentait pas de difficulté particulière, si ce n’est, peut-être, le choix


du lexique pour rendre les substantifs mecedora et gabinete. Les alternatives acceptées étaient assez
nombreuses : la « chaise à bascule » ou le « rocking-chair » pour le premier, « le cabinet » ou « le
bureau » pour le second.

Séquence 8

(la calígine, el viento abrasador y húmedo desgarrándose en las pitas, o empujando las hojas castañas
bajo los almendros; las hinchadas nubes de plomo borrando el brillo verde del mar).

(la brume, le vent brûlant et humide se déchirant sur les agaves, ou poussant les feuilles brunes sous
les amandiers ; les nuages de plomb gonflés éclipsant l’éclat vert de la mer).

Malgré une note de bas de page qui venait en aide aux candidats, la parenthèse qui s’ouvrait
constituait, sans nul doute, la phrase la plus complexe du texte. Le verbe desgarrar, utilisé ici de façon
inhabituelle, a donné lieu à de nombreuses fantaisies qui tombaient parfois dans le non-sens le plus
total, alors que le jury avait envisagé de nombreuses solutions telles que « se déchirant », « se
fendant », « se fracassant » ou encore « se brisant ». Nous félicitons les candidats qui ont réussi à
conserver une certaine cohérence lexicale, bien qu’ignorant le sens exact de certains termes, en
particulier celui du substantif pitas qui désignait ici les agaves, une plante grasse qui abonde aux
Baléares. S’agissant de l’incipit du roman, on comprend aisément l’intention d’Ana María Matute de
situer très précisément l’action, sans pour autant nommer directement l’île, mais plutôt en éveillant les
sens du lecteur à cette insularité à la fois accueillante et inquiétante que symbolisaient cette plante et
les autres éléments renvoyant à la nature.
Notons par ailleurs que les propositions gérondives pouvaient être rendues de deux façons : soit
par des propositions participiales en français, très proches du texte, comme nous le proposons dans
notre traduction, ou par des relatives (« le vent brûlant et humide qui se déchirait sur les agaves … ou
qui poussait les feuilles brunes… les nuages de plomb qui effaçaient l’éclat vert de la mer »). Dans tous
les cas, il fallait, encore une fois, veiller à la cohérence syntaxique de l’ensemble. Une analyse attentive
des groupes nominaux permettait d’éviter l’écueil, fréquemment relevé dans les copies, portant sur la
traduction du dernier passage : las hinchadas nubes de plomo, trop fréquemment rendu par « les
nuages gonflés de plomb ». L’ordre des mots, comme souvent, était important pour éviter de modifier
le sens d’une proposition, comme cela a été trop malheureusement le cas.
Enfin, on regrette que certains candidats ne maîtrisent pas, ou mal, les règles renvoyant à l’accord
des adjectifs de couleur, pourtant un classique de la grammaire française. On lira, à profit, le chapitre
consacré à cette question sur le site de l’Académie française qui rappelle que la plupart des noms
communs employés comme adjectifs de couleur sont invariables à l’exception de « rose », « mauve »,
« pourpre » et « écarlate », qui n’apparaissaient pas dans notre texte11. Ainsi, par exemple, l’accord au
pluriel de « châtaigne » a été sanctionné puisqu’en tant que nom utilisé comme adjectif de couleur, il

9
Voir : RAE [En ligne : https://dle.rae.es/brillante] : « m. diamante brillante ».
10
Voir : Dictionnaire de l’Académie Française [en ligne : https://www.dictionnaire-academie.fr/article/QDL005] : « Il convient […]
d’observer qu’en français, l’accent a pleine valeur orthographique. Son absence ralentit la lecture, fait hésiter sur la prononciation,
et peut même induire en erreur […] On veille donc, en bonne typographie, à utiliser systématiquement les capitales accentuées, y
compris la préposition À […]. Quant aux textes manuscrits ou dactylographiés, il est évident que leurs auteurs, dans un souci de
clarté et de correction, auraient tout intérêt à suivre également cette règle.
11
Voir, le site de l’Académie française [En ligne : https://www.academie-francaise.fr/questions-de-langue#25_strong-em-couleur-
accord-de-l-adjectif-et-du-nom-em-strong].
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devait rester invariable. En revanche, des adjectifs comme « brune », « brunâtre », parfois choisis par
les candidats, devaient bel et bien prendre la marque du pluriel. Le cas du mot « châtain » est, quant à
lui, encore plus délicat, puisqu’il accepte ou non l’accord12 : le jury a donc accepté indifféremment
« feuilles châtain » et « feuilles châtaines » pour rendre l’adjectif espagnol castañas.

Séquence 9

Y desde allí, con sus viejos prismáticos de teatro incrustados de zafiros falsos, escudriñaba las
casas blancas del declive, donde habitaban los colonos;

Et depuis cet endroit, avec ses vieilles jumelles de théâtre incrustées de faux saphirs, elle scrutait les
maisons blanches de la pente où les colons habitaient.

La traduction de l’adverbe démonstratif allí, lequel installait une distance spatio-temporelle entre
la narratrice et le personnage dont elle fait le portrait, constituait la première difficulté de cette séquence.
On pouvait difficilement rendre cet éloignement en français avec la même précision, mais des formules
comme « de là » et « depuis cet endroit » suffisaient à l’exprimer correctement. Dans ce passage, les
défis étaient, encore une fois, majoritairement lexicaux. Le jury a déploré les barbarismes pour traduire
prismáticos alors que « jumelles » ou « lunettes », deux termes pourtant courants, convenaient. Le
substantif espagnol declive, en revanche, était beaucoup plus ambigu et difficile à rendre en français.
Sans surinterpréter les intentions de l’autrice, nous avons pu constater qu’il s’agissait d’un motif qui
parcourt le roman, donnant même au chapitre son nom, et conférant au paysage une dimension
symbolique, voire métaphorique. Il fallait évidement l’entendre avant tout comme une réalité
géographique qui faisait référence au relief escarpé de l’île, autrement dit, à « une pente », « un
versant » ou encore « une descente », autant de traductions qui ont été acceptées. Mais ce terme
renvoie, par ailleurs, et à n’en point douter, au déclin d’une Espagne qui vient d’entrer dans un conflit
sanglant et dont les horreurs seront évoquées plus loin dans le texte. Toutefois, le substantif « déclin »
pour traduire declive n’était pas recevable car trop éloigné d’une quelconque réalité topographique.

Séquence 10

o acechaba el mar, por donde no pasaba ningún barco, por donde no aparecía ningún rastro de
aquel horror que oíamos de labios de Antonia, el ama de llaves.

ou elle guettait la mer, sur laquelle ne passait aucun bateau, sur laquelle n’apparaissait aucune trace
de cette horreur dont nous entendions parler de la bouche d’Antonia, la gouvernante.

Le point-virgule séparant cette séquence de la précédente permettait de prolonger la phrase tout


en lui conférant un rythme binaire. Le choix d’opérer une coupe à cet endroit afin de recommencer une
nouvelle phrase n’était donc pas pertinent. Le jury rappelle aux candidats l’importance de conserver,
autant que faire se peut, la syntaxe et le rythme du texte source afin d’éviter la tendance, trop souvent
observée cette année, à la réécriture. Cette deuxième partie était elle-même basée sur un parallélisme
construit sur la répétition de la locution adverbiale por donde et de la négation no ... ningún, répétition
qu’il fallait à tout prix conserver car elle constituait un choix d’écriture dont il ne revenait pas aux
candidats de juger de la pertinence. La locution por donde pouvait, au choix, être traduite par « sur
laquelle » ou par « où », à condition de maintenir ce choix pour la deuxième occurrence dans un esprit
de cohérence.
La question du choix des temps verbaux ne se posait pas ici, l’imparfait étant la seule option
possible dans ce passage narratif où alternaient description du paysage (« ne passait »,
« n’apparaissait ») et évocation d’actions récurrentes dans le passé (« que nous entendions »)
permettant à la narratrice d’évoquer ses souvenirs. Cette mise à distance temporelle devait amener le
candidat à inscrire le démonstratif aquel dans le champ de l’éloignement spatio-temporel qui lui est
habituellement associé, grâce à l’adjectif démonstratif « cette », l’adverbe de lieu « -là » devant être
omis ici en raison de la proposition subordonnée relative placée directement après le substantif et qui
venait en préciser le sens.
Concernant le lexique, enfin, « entendre quelque chose de la bouche de quelqu’un » étant une
métaphore lexicalisée en français, toute autre traduction relevant du calque (« des lèvres d’Antonia »)
ou de la réécriture (« venant d’Antonia ») ne pouvait être que sanctionnée. Pour finir, el ama de llaves

12
Voir Le Trésor de la Langue Française informatisé [En ligne : http://stella.atilf.fr].
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pouvait tout aussi bien être traduit par « la femme de charge » que par « la gouvernante ». Ont été
refusées les propositions telles que « maîtresse des clés » et « maîtresse de maison ».

Séquence 11

(«Dicen que en el otro lado están matando familias enteras, que fusilan a los frailes y les sacan
los ojos... y que a otros los echan en una balsa de aceite hirviendo... ¡Dios tenga piedad de
ellos!»)

(« On dit que de l’autre côté des familles entières sont tuées, que des religieux sont fusillés et qu’on leur
arrache les yeux … et que d’autres sont jetés dans un tonneau d’huile bouillante… Que Dieu prenne
pitié d’eux ! »)

La première remarque concerne ici l’importance du respect de la ponctuation qui permet une mise
à distance des propos rapportés – par l’emploi de parenthèses – et qui confère plus de vie au texte
– guillemets et style direct –. Cette séquence est également l’occasion pour le jury de rappeler aux
candidats l’importance d’une analyse préalable de la syntaxe des phrases avant toute tentative de
traduction. Elle permettait d’identifier les deux sujets distincts des verbes à la troisième personne du
pluriel : tout d’abord dicen, dont le sujet implicite était les voix de la rumeur, les gens qui la propagent,
et qui exprime donc une certaine indétermination du sujet permettant le recours au pronom « on » : « on
dit que » / « on raconte que ». Traduire par « Ils disent », de ce fait, n’était pas heureux et relevait même
du calque. L’usage du pronom « on » en français permettant de le différencier du sujet des autres verbes
à la troisième personne de la phrase (están matando / fusilan / sacan / echan), qu’il semblait plus
judicieux de traduire par une voix passive – construction très employée en français et tout à fait adaptée
ici –, ou par une troisième personne du pluriel. Quel que soit le choix opéré, il était primordial de le
maintenir pour tous les verbes concernés.
Au niveau lexical, frailes pouvait être traduit par « religieux » ou « moines ». Le terme « frères »,
employé hors contexte religieux et dans un texte parsemé de termes relatifs à la famille n’était pas un
choix très heureux. Le substantif balsa, quant à lui, a donné lieu à de nombreux contresens : il ne pouvait
néanmoins s’agir ici que d’un récipient susceptible de contenir de l’huile bouillante (un tonneau, une
cuve, par exemple). Enfin, l’expression du souhait final, ¡Dios tenga piedad de ellos!, référence biblique
aux Psaumes, couramment employée en guise de prière, ne devait pas être interprétée comme une
invocation directe à Dieu, car il ne s’agissait ni d’un tutoiement ni d’un vouvoiement. N’ont été acceptées,
par conséquent, que les expressions « (Que) Dieu ait pitié d’eux ! » et « (Que) Dieu prenne pitié d’eux ».

Séquence 12

Sin perder su aire conmovido, con los ojos aún más juntos, como dos hermanos confiándose
oscuros secretos, mi abuela oía las morbosas explicaciones.

Sans perdre son air ému, les yeux encore plus rapprochés, tels deux frères se confiant d’obscurs
secrets, ma grand-mère écoutait les explications morbides.

Si cette séquence n’appelait pas à reconsidérer la syntaxe lors du passage au français, il fallait
en revanche penser à faire l’économie de la préposition « avec » (con) qui venait alourdir
considérablement la proposition circonstancielle française. La difficulté majeure pour les candidats était
d’ordre lexical ici. L’adjectif juntos devait être traduit par « proches » ou « rapprochés » car toute autre
proposition risquait de ne plus permettre la comparaison qui suivait (« comme deux frères »). Ont donc
été refusées les périphrases comme « en louchant encore plus ». Étant donné le contexte, il était
évident que le verbe oía ne pouvait recevoir qu’une seule traduction puisque la grand-mère écoutait les
explications et ne faisait pas que les entendre. Pour « morbosas explicaciones », le jury a accepté
explications « morbides » ou « malsaines », au choix du candidat.

Séquence 13

Y seguíamos los cuatro –ella, tía Emilia, mi primo Borja y yo–, empapados de calor, aburrimiento
y soledad, ansiosos de unas noticias que no acababan de ser decisivas

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Et nous restions là tous les quatre – elle, tante Emilia, mon cousin Borja et moi –, accablés de chaleur,
d’ennui et de solitude, avides de nouvelles qui ne s’avéraient jamais vraiment décisives

Cette séquence, qui réunit les quatre personnages présents dans le souvenir de la narratrice
grâce au syntagme los cuatro (« tous les quatre » et non pas « les quatre » qui relevait du calque)
s’ouvre sur le verbe seguíamos qui signifiait la permanence et l’immobilisme des personnes présentes.
Ont été acceptées les propositions « nous restions (là) », « nous étions là ». En revanche, « nous
suivions » et « nous continuions » étaient exclues car elles constituaient des calques qui ne faisaient
pas sens. La métaphore empapados de calor, de aburrimiento y de soledad pouvait être rendue de
plusieurs façons : « imprégnés de », « pénétrés de », « accablés de ». L’adjectif ansiosos, quant à lui,
associé à la préposition de ne pouvait être traduit par « anxieux », qui en français, par ailleurs, n’accepte
pas le régime prépositionnel (« de »). Enfin, l’expression no acababan de a donné lieu à de très
nombreux faux-sens et contresens, les candidats ayant eu recours à des structures telles que « n’en
finissaient pas de » ou « n’arrêtaient pas de » qui, d’un point de vue purement sémantique, donnaient
à voir un phénomène se déroulant sur un temps long et étaient incompatibles avec le complément « être
décisif » qui suggérait à l’inverse une action ponctuelle mettant un terme à un processus.

Séquence 14

–la guerra había empezado apenas hacía mes y medio–, en el silencio de aquel rincón de la isla,
en el perdido punto en el mundo que era la casa de la abuela.

– la guerre n’avait commencé qu’un mois et demi plus tôt –, dans le silence de ce recoin de l’île, dans
cet endroit isolé du monde qu’était la maison de ma grand-mère.

Cette fin de phrase, qui ancre les souvenirs de la narratrice dans un contexte historique ainsi que
dans un espace géographique et familial précis, ne présentait pas de difficulté majeure puisqu’il suffisait
d’en respecter globalement la syntaxe et de ne pas modifier le temps, le plus-que-parfait permettant de
situer le début de la guerre dans l’antériorité proche de la période évoquée. Le jury a accepté de très
nombreuses propositions telles que « Cela faisait à peine un mois et demi que... », « La guerre avait
commencé depuis un mois et demi à peine... », etc. Ce type de construction, d’emploi très courant en
français puisqu’elle se réfère à la contextualisation temporelle d’un évènement, a pourtant conduit à de
nombreux solécismes qui sont, rappelons-le, des fautes lourdes.

Séquence 15

La hora de la siesta era quizá la de más calma y a un tiempo más cargada del día.

L’heure de la sieste était sans doute la plus calme et à la fois la plus chargée de la journée.

Quelques remarques sur cette courte phrase qui semble n’avoir posé problème qu’aux candidats
les moins familiers de la syntaxe française. L’adverbe espagnol quizá offrait ici plusieurs possibilités de
traduction telles que « peut-être » (avec trait d’union, évidement) ou « sans doute ». Dans la phrase
espagnole, le pronom la distribuait deux superlatifs sans qu’il soit besoin de le répéter, mais cette
économie de moyens n’était pas possible en français : il était donc impératif de le répéter : « la plus
calme ... et la plus chargée ». Une syntaxe française trop approximative a donné lieu à des solécismes
sur cette portion de phrase et également sur la traduction de l’expression a un tiempo qui a souvent été
rendue par un mot à mot trop hasardeux.

Séquence 16

Oíamos el crujido de la mecedora en el gabinete de la abuela, la imaginábamos espiando el ir y


venir de las mujeres del declive, con el parpadeo de un sol gris en los enormes solitarios de sus
dedos.

Nous entendions le grincement de la chaise à bascule du bureau de ma grand-mère, nous l’imaginions


en train d’épier les allées et venues des femmes de la pente, le miroitement d’un soleil gris sur les
énormes solitaires à ses doigts.

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Cette séquence a donné lieu à de nombreuses tentatives de réécriture alors qu’il était possible
de proposer une traduction assez proche du texte espagnol. Le verbe oíamos, qui faisait écho à la
séquence 10, devait être traduit de la même façon, par souci de cohérence, à la première personne du
pluriel, car l’usage du pronom « on » pouvait sembler plus familier ici. Le lexique, bien que d’emploi
assez courant, semble avoir posé des difficultés à certains candidats. Les alternatives acceptées étaient
pourtant assez nombreuses : la « chaise à bascule » ou le « rocking-chair » pour la mecedora, « le
cabinet » ou « le bureau » pour el gabinete, « le va-et-vient » ou « les allées et venues » – à condition
de les orthographier correctement, ce qui n’a pas toujours été le cas – pour l’expression idiomatique
espagnole el ir y venir. Concernant le substantif declive, il convenait d’avoir recours au terme choisi
précédemment dans la séquence 9, afin de garder une certaine cohérence. Nous répétons également
le conseil déjà prodigué plus haut : faire l’économie de la préposition « avec » en français au moment
de traduire con el parpadeo de un sol gris. Terme intéressant à traduire que parpadeo, qui a
malheureusement fait l’objet de contresens, ayant été compris comme un clignement (voire, un
clignement d’œil !), mais qui a aussi été à l’origine de belles propositions telles que « miroitement »,
« chatoiement » ou encore « scintillement ».

Séquence 17

A menudo le oíamos decir que estaba arruinada, y al decirlo, metiéndose en la boca alguno de
los infinitos comprimidos que se alineaban en frasquitos marrones sobre su cómoda,

Souvent, nous l’entendions dire qu’elle était ruinée, et lorsqu’elle le disait, en se mettant dans la bouche
l’un des innombrables comprimés qui étaient alignés dans de petits flacons marron sur sa commode,

Le jury se permet de rappeler une fois encore l’importance d’une analyse syntaxique préalable :
Il s’agit d’une phrase complexe composée d’une proposition indépendante (A menudo le oíamos decir
que estaba arruinada), suivie d’une proposition infinitive (Al + infinitif) exprimant une simultanéité
ponctuelle et pouvant être rendue en français par un gérondif (« en disant cela ») ou par une proposition
subordonnée conjonctive (« lorsqu’elle disait cela »). C’est cette dernière solution qui devait être
retenue : en effet, la proposition suivante s’ouvrait sur un gérondif ne pouvant être rendu en français
que par le gérondif « tout en mettant ». Par conséquent, les traductions intégrant deux gérondifs
successifs (« En disant » / « en mettant ») ont été considérées comme relevant du solécisme.
Attachons-nous maintenant à quelques considérations lexicales : les termes « comprimés »,
« cachets » ou « pilules » étaient acceptés pour traduire comprimidos si l’accord était fait correctement
avec le participe passé « aligné(e)s ». On rappellera que « marron », qui est un substantif utilisé comme
adjectif de couleur – de la même façon que « cerise », « poivre et sel » etc. – ne s’accorde pas en
nombre, contrairement à « rose » et « mauve » qui sont devenus des adjectifs à part entière 13 .

Séquence 18

se marcaban más profundamente las sombras bajo sus ojos, y las pupilas se le cubrían de un
gelatinoso cansancio.

les ombres sous ses yeux se marquaient plus profondément, et ses pupilles se recouvraient d’une
fatigue gélatineuse.

Alors que tout laissait à penser dans la séquence analysée précédemment que le sujet de la
principale serait la grand-mère, il n’en est rien et l’on pourrait presque voir ici une rupture de construction
puisque le protagonisme est récupéré par le sujet postposé las sombras puis par las pupilas. Cette
construction a semblé dérouter certains candidats qui ont parfois ressenti la nécessité de renverser la
construction de la phrase et d’opérer de lourdes modifications dans la syntaxe, ce qui constituait un
choix très périlleux. Soulignons également que ce type de phrase, un peu longue et complexe, est
régulièrement le lieu d’oublis de mots (ou parfois même de parties de phrases) très lourdement
pénalisés et pourtant facilement évitables avec une relecture vigilante. La métaphore finale, el
gelatinoso cansancio, qui évoquait le voile dont se couvraient les yeux de la grand-mère sous l’effet de
la fatigue, a été traitée de façon intelligente par la majorité des candidats qui n’ont pas pris le risque de
la modifier ou de lui trouver un équivalent en français autre que sa traduction littérale.

13
Voir : GIRODET, Jean, Pièges et difficultés de la langue française, Paris, Bordas, 1981, p. 877 et suivantes.
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Séquence 19

Parecía un Buda apaleado.

Elle ressemblait à un Bouddha roué de coups.

Cette courte phrase finale à la construction très simple semble avoir donné du fil à retordre à
nombre de candidats et s’est par là même avérée très discriminante. Le verbe parecía, accompagné du
syntagme nominal attribut du sujet un Buda pouvait être traduit par « elle ressemblait à » ou « on aurait
dit ». En revanche « elle paraissait » ou « elle semblait » suivis directement de l’attribut relevaient du
calque et constituaient un solécisme. De façon assez étonnante, de très nombreuses orthographes ont
été proposées pour Bouddha qui n’est pourtant pas un mot d’emploi très rare en français. Enfin, il fallait
voir en apaleado le participe passé du verbe apalear (dar golpes con palo), et le traduire par « rossé »,
« roué de coups » ; les périphrases « que l’on aurait battu », « que l’on aurait frappé avec un bâton »
étant bien évidemment acceptées également. De nombreux candidats, au moment de traduire
apaleado, ont cru bon d’y voir l’une des caractéristiques habituellement associées à Bouddha, comme
son aspect « impassible », « zen » ou « serein », ce qui n’était pas recevable dans ce contexte.

Conclusion
La traduction proposée et commentée par le jury aura, nous l’espérons, permis aux candidats de cerner
les attendus majeurs de cette épreuve qui est tout sauf un exercice de style visant à réécrire un texte
littéraire. La version est un exercice universitaire rigoureux qui présuppose une connaissance solide de
deux systèmes linguistiques et nécessite une pratique régulière afin de s’habituer à mobiliser les
ressources nécessaires en temps limité.

S’il a semblé nécessaire au jury de signaler les écueils à éviter en citant les erreurs les plus fréquentes,
que les candidats n’y voient pas une volonté de les stigmatiser, mais qu’ils essaient de comprendre où
et surtout pourquoi ils ont failli afin de progresser et, le cas échéant, de présenter un travail de meilleure
qualité lors de la prochaine session. Le jury souhaite à tous les futurs candidats de pouvoir tirer profit
des conseils prodigués et félicite les auteurs des meilleures copies de cette session

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SOUS-ÉPREUVE D’EXPLICATION DE CHOIX DE TRADUCTION
Rapport établi par M. Stéphane Pagès en collaboration avec M. Olivier Brisville-Fertin

Eléments statistiques et d’introduction


Cette année, la moyenne des 661 copies ayant composé est de 5,51 / 20. Les notes minimale et
maximale sont 0 et 17,13 /20, la médiane se situe à 5 / 20, le quartile inférieur à 1,75 / 20, et le quartile
supérieur à 8,75 / 20. Ces chiffres manifestent une amélioration indéniable par rapport à l’année
dernière et caractérisent cette session comme la meilleure des dernières années. Quoique la deixis ait
pu être plus facile à traiter que les pronoms indirects, de toute évidence, le jury tient à féliciter vivement
les candidates et candidats qui ont su et pu composer de belles explications.
Cette année, les sept occurrences soulignées pour l’épreuve d’explication de choix de traduction,
conçue à partir du thème, avaient comme point commun d’inviter à réfléchir de manière contrastive sur
les déterminants, pronoms, adverbes démonstratifs aux propriétés déictiques et à leur mode de
fonctionnement particulier. L’adjectif « déictique » signifie littéralement « qui montre » car il vient du grec
« deixis » (action de montrer).
Il est en effet des catégories qui, dans leur mode de désignation du référent (l’objet désigné par le signe
linguistique), impliquent et nécessitent la situation d’énonciation (avec des emplois dits déictiques) 14 et
disent quelque chose du point de vue du locuteur. Ainsi, si par exemple un article défini (autre
déterminant du nom) peut avoir une valeur générique (l’homme est mortel) et se trouver parfois en
concurrence avec un démonstratif (Attention à la voiture !) – conformément à sa valeur étymologique
latine –, un déterminant démonstratif, sans contexte, est un désignateur « opaque » (Kleiber) qui a
expressément besoin du contexte d’énonciation pour identifier l’être qu’il détermine (Je préfère ce livre)
si bien qu’il ne peut ainsi avoir d’emploi générique. C’est-à-dire qu’un déterminant démonstratif ne se
contente pas de désigner et quantifier un référent ; il montre un énonciateur qui regarde et désigne un
objet et dit par là quelque chose de la manière dont ce locuteur regarde l’objet désigné (Tu connais ce
type-là ?). C’est là le propre de tout élément déictique qui signale un positionnement de l’énonciateur
par rapport au moment de l’énonciation et qui implique ainsi un ancrage de l’énoncé dans le présent de
parole15.
Autant d’éléments qu’il convenait de bien prendre en compte dans ce texte d’idées sur la fiction proposé
cette année, notamment dans les sept passages soulignés qui posaient donc la problématique de la
déixis dans la mesure où ces éléments résultent d’un choix du locuteur qui peuvent être employés de
manière expressive et ainsi donner lieu à différents effets de sens selon la traduction retenue.
Nous commencerons par rappeler brièvement la méthodologie à suivre pour cette épreuve, assortie de
quelques conseils, pour ensuite proposer un corrigé selon un plan simple et cohérent en quatre étapes
– clairement mentionnées dans les précédents rapports de jury – et qu’il convient de suivre, à savoir :
– l’identification des formes soulignées ;
– l’exposition du système en question dans la langue source ;
– l’exposition du système équivalent dans la langue cible ;
– l’explication des choix de traduction, soit la traduction argumentée et raisonnée des occurrences
soulignées à la lumière des exposés théoriques antérieurs.

Méthodologie et conseils
Pour bien comprendre les attendus de cette épreuve ainsi que la méthodologie à suivre, nous renvoyons
sur ce point au rapport du jury de l’an dernier (disponible en ligne16) qui est parfaitement clair et
circonstancié sur ce point.
Pour mémoire, il convient d’abord de retenir que l’esprit de cette épreuve rédigée en français
– malheureusement souvent négligée par un trop grand nombre de candidats alors que l’explication de
choix de traduction représente un tiers de la note finale de l’épreuve de traduction17 – est d’évaluer la

14
Comme certains pronoms personnels sujets (yo, tú), certains adjectifs possessifs liés aux actants participant à l’acte d’énonciation
(mi par exemple), certains substantifs et adjectifs (extranjero, forastero, pasado, reciente, actual…) ainsi que certains adverbes
temporels (hoy, entonces…) et certains temps verbaux liés au présent de parole.
15
D’où la traduction en anglais de ces éléments par le terme « shifter » signifiant « embrayeur » dans la mesure où ils « s’accrochent »
à la situation d’énonciation.
16
https://www.devenirenseignant.gouv.fr/media/11271/download.
17
Ce qui n’est pas du tout négligeable dans le cadre d’un concours.
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connaissance ainsi que la maîtrise fine du fonctionnement de deux langues romanes dans l’optique
d’une traduction argumentée à l’appui de la théorie pour montrer que la traduction retenue est le résultat
d’un processus raisonné et non aléatoire. On l’aura compris, l’une des difficultés de cette épreuve est
qu’elle exige de la part des candidats une bonne connaissance et maîtrise, sous l’angle grammatical,
de deux systèmes linguistiques.
Ensuite, le prérequis pour la réussite de cet exercice est évidemment la maîtrise de l’analyse
grammaticale en nature & fonction. C’est-à-dire qu’il convient de savoir identifier les formes soulignées
puis de montrer leur mode de fonctionnement en discours. Identifier la nature d’un élément revient à
savoir la classe (ou la catégorie) grammaticale à laquelle il appartient. Ainsi, si dans esta realidad on
est en présence d’un déterminant démonstratif (ou adjectif car la terminologie est parfois fluctuante
selon les grammaires), dans prefiero esta (avec ou sans accent écrit), il s’agit d’un pronom démonstratif.
Bref, il convient de connaître et maîtriser ces catégories grammaticales (qui ne sont qu’au nombre de
9)18 pour réussir l’identification des formes soulignées qui est demandée en premier afin d’éviter toute
confusion grossière et rédhibitoire notamment pour des enseignants de langue qui doivent savoir
nommer ce dont ils parlent.
Quant à la fonction, cela revient à savoir déterminer, au cours de l’exposé, le rôle que joue dans l’énoncé
l’élément souligné ce qui revient à comprendre les relations qui s’instaurent entre les éléments
constitutifs d’un énoncé. Une telle tâche n’est pas insurmontable dans la mesure où les fonctions
peuvent être ramenées à la trilogie sujet, verbe (le verbe ayant la fonction de prédicat par rapport au
sujet), complément (COD, COI, COS et tous les compléments circonstanciels), sans oublier l’apposition
(pour le plan du nom) et la fonction attribut. C’est là un minimum requis pour une analyse juste et précise.
Quoi qu’il en soit, les candidats doivent surtout comprendre que les termes plus techniques (à l’instar
de déictique, anaphorique, cataphorique…)19 n’ont d’intérêt et peuvent prétendre éventuellement à un
bonus que s’ils sont employés de manière propre et pertinente et qu’ils servent l’argumentation ainsi
que la compréhension du fonctionnement de la langue.
Enfin, concernant la gestion du temps, le rapport de 2021 conseillait de consacrer une heure trente à
l’explication de choix de traduction sur les cinq heures de l’épreuve. Disons que c’est sans doute là un
maximum et que cela dépend aussi du niveau de difficulté des textes de thème et de version, mais il
est clair qu’une bonne maîtrise de l’analyse et des connaissances grammaticales est assurément la
meilleure façon de bien gérer son temps et d’aller relativement vite dans les différentes étapes qui
structurent cette épreuve exigeante.

Identification
1. « contre cette plate, cette pauvre, cette piteuse réalité ».
2. « cette réalité-là donne à l’autre (celle dont les consensus déterminent la forme) ».
3. « Et depuis ce promontoire qui le porte ».
4. « apercevoir l’horreur là où d’autres ne voient ».
5. « très éloignées de lui celles à portée de main ».
6. « éprouver devant le monde ce sentiment d’étrangeté ».

L’étape d’identification consiste à définir la nature de l’élément souligné, c’est-à-dire la catégorie


grammaticale à laquelle il appartient – le libellé ne demandait pas de préciser la fonction.
Par simplification et esprit de synthèse, on pouvait ramener les sept occurrences soulignées à trois
catégories dont le point d’union était la déixis.
Ainsi dans « contre cette plate, cette pauvre, cette piteuse réalité… », « Et depuis ce promontoire qui
le porte… » et « éprouver devant le monde ce sentiment d’étrangeté… », on est en présence de
déterminants démonstratifs (parfois également appelés adjectifs démonstratifs), féminins singuliers
pour les trois premiers (cette) et masculin singulier pour les deux derniers, déterminants (ce) qui
apparaissent sous leur forme simple par opposition à « cette réalité-là donne à l’autre… » qui fait
également intervenir un déterminant démonstratif féminin singulier sous sa forme composée (parfois
également qualifiée de « discontinue ») du fait de la présence de l’adverbe de lieu -là.
Un déterminant a pour rôle fonctionnel de présenter le nom qui suit avec lequel il s’accorde20 et
d’apporter ainsi des informations sur la quantité et l’identité de l’objet déterminé. Et comme il s’agit d’un
démonstratif et qu’il appartient ainsi à la catégorie des déictiques, il désigne le nom en le resituant dans

18
Nom, verbe, déterminant, adjectif, pronom, adverbe, préposition, conjonction, interjections (onomatopées).
19
Une brève définition ou explication de ces termes pouvait d’ailleurs être bienvenue dans les copies.
20
En linguistique, on parle d’actualisateur, élément qui a pour fonction de faire passer un substantif de la langue au discours.
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le contexte d’énonciation. On l’aura compris, un déterminant a un rôle fonctionnel et non une fonction à
part entière (comme celle de sujet, complément…).
Dans « (celle dont les consensus déterminent la forme) », il s’agit d’un pronom démonstratif féminin
singulier qui, en tant que représentant, remplace l’autre réalité dont il est question (la réalité prosaïque,
par opposition à celle, extravagante de Don Quichotte) puisque c’est le rôle fonctionnel d’un pronom de
tenir lieu de substitut. De même, « dans très éloignées de lui celles à portée de main… », on est en
présence d’un autre pronom démonstratif féminin singulier qui renvoie aux « formes » (d’où l’accord)
dont il est question juste avant dans la phrase.
Enfin, dans « apercevoir l’horreur là où d’autres ne voient… », la forme soulignée correspond à un
adverbe locatif qui désigne l’espace conceptuel/notionnel de l’horreur, objet d’interprétations diverses.
La problématisation à dégager de cette identification devait donc porter sur les distinctions et les
ressemblances des systèmes de la déixis du français et de l’espagnol.

Exposition du système français


Valeurs et emplois des démonstratifs (adjectifs / pronoms) et adverbes (de lieu / temps)

SINGULIER PLURIEL
Formes Formes Formes Formes
simples renforcées simples renforcées
MASCULIN Ce + Ce…-ci/-là
consonne
Cet + voyelle (ou Cet…-ci/-là Ces ces…-ci/-là
h muet)
FEMININ cette Cette…-ci/-là
Tableau 1 : Tableau des déterminants démonstratifs (vue d’ensemble)

Au niveau des démonstratifs, le système français se compose donc des formes simples : ce, cet, cette,
ces.
 Pour le masculin singulier : on emploie ce devant une consonne (ce garçon) ; la forme cet [sɛt]
s’emploie devant un mot masculin commençant phonétiquement par une voyelle (cet abri) ou
bien par un h muet (cet homme, cet hôtel mais ce héros car on a ici un h aspiré qui entraîne une
disjonction. Il y a disjonction lorsqu’un mot commençant par une voyelle se comporte en fait par
rapport aux mots qui le précèdent comme s’il commençait par une consonne).

 Pour le féminin singulier : cette (cette fille)

 Pour le pluriel : la forme ces neutralise l’opposition des genres puisqu’elle sert aussi bien pour le
masculin (ces garçons, ces hommes, ces héros) que le féminin (ces filles).
Dans certains cas – absents du texte – certains emplois peuvent situer la référence dans un savoir
partagé entre l’énonciateur et le destinataire (C’était un de ces hommes faits pour la politique), emplois
qui peuvent également parfois acquérir une modalité intensive et emphatique (J’ai une de ces faim ! ;
ces messieurs-dames sont servis).
À ces formes simples, s’ajoutent les formes renforcées (parfois également appelées composées ou
discontinues) élargies par les éléments adverbiaux ci et là, rattachés par un trait d’union aux adjectifs
démonstratifs (ce, cet, cette, ces + nom + -ci/-là).
Les formes renforcées avec les adverbes -ci et -là permettent d’exprimer des nuances spatio-
temporelles, ci impliquant en théorie une certaine proximité de l’objet désigné par rapport au point de
vue de l’énonciateur (ou le cotexte) tandis que là situe le référent dans une sphère plus large et implique
plutôt un certain éloignement voire, selon le contexte, une nuance laudative ou péjorative (Tu ne peux
imaginer ce qu’est cet homme-là !). Toutefois, cette opposition, héritée de la langue classique, s’observe
surtout à l’écrit – notamment quand on veut mettre en contraste les formes en -ci et les formes en -là –
car à l’oral et dans l’usage courant du français actuel, l’adverbe -ci est peu employé et l’opposition se
fait plutôt entre la forme simple (ce matin), qui désigne un objet à priori proche du locuteur, et la forme
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renforcée en -là (ce matin-là), qui désigne à priori un moment éloigné. Enfin, cet adverbe a aussi la
capacité d’indiquer un repérage par rapport aux deux interlocuteurs (d’où le fait qu’un locuteur puisse
dire à quelqu’un « Viens là près de moi » pour l’inciter à se rapprocher de lui).
Une telle description concernant la valeur et l’emploi des déterminants démonstratifs vaut également
pour les pronoms démonstratifs composés de formes simples mais aussi de formes composées (celui-
ci, celle-ci…, ceci VS celui-là, celle-là…) où l’on retrouve, unis par un trait d’union, les adverbes -ci et -
là avec les mêmes valeurs théoriques.

SINGULIER PLURIEL
masculin féminin neutre masculin féminin
Formes celui celle ce (c’) ceux celles
simples
Formes celui-ci celle-ci ceci ceux-ci celles-ci
composées
celui-là celle-là cela, ceux-là celles-là
ça
Tableau 2 : Tableau des pronoms démonstratifs

Concernant les formes neutres (ce, c’, ceci, cela, ça), elles représentent normalement, sans distinction
de genre, le contenu notionnel d’un élément d’une phrase (Elle me mentait mais cela ne la dérangeait
pas) ; cependant, dans l’usage familier, il est parfois possible que cela ou ça représentent un nom
souvent construit en apposition (Alors, la santé, comment ça va ?).
Enfin, au sein de la déixis, à côté du système des démonstratifs (adjectifs & pronoms), il y a également
le système des adverbes de lieu et de temps avec d’une part, on l’a vu, ici, marquant en théorie le lieu
(plus rarement le temps) où se trouve le locuteur ou un lieu proche et d’autre part, là, désignant un lieu
(plus rarement le temps) où se trouve le locuteur, lieu plus ou moins éloigné de lui, tandis que pour
désigner un troisième niveau plus lointain, le locuteur doit passer par la locution adverbiale « là-bas ».
Naturellement, comme la déixis dépend du point de vue du locuteur, l’endroit où il se trouve est un
espace-temps dont l'étendue peut être variable et correspond à une distance plus subjective que réelle.
On le voit, le système français des démonstratifs (adjectifs/pronoms et adverbes) est donc
essentiellement binaire et repose sur une opposition proximité / éloignement, à discrétion du locuteur.
Pour terminer, il convient de préciser que les démonstratifs (adjectifs, pronoms, adverbes locatifs)
peuvent adopter 3 modes de référence dans leur emploi :
 un démonstratif peut avoir un emploi déictique lorsqu’il se réfère à un objet présent dans la situation
d’énonciation sans être nécessairement associé à un geste d’ostension c’est-à-dire de
« monstration » (mode de référence exophorique). Selon la distinction établie par K. Bühler, c’est la
déixis ad oculos qui consiste à désigner un objet appartenant au champ perceptif extralinguistique
commun partagé par les interlocuteurs par opposition à la déixis imaginaire dite am phantasma.

 Un démonstratif peut référer à un objet présent dans l’univers créé par le discours et l’enchaînement
des phrases, c’est-à-dire déjà nommé dans le cotexte (entourage linguistique) ; c’est un mode de
référence phorique, et précisément endophorique, qui peut être anaphorique ou cataphorique. Un
élément anaphorique a une valeur de rappel par rapport à un élément antérieurement désigné (J’ai
planté un arbre mais cet arbre ne pousse pas) par opposition à « cataphorique » qui désigne un
élément ayant une valeur d’annonce et d’anticipation par rapport à un élément qui suit et qui met le
référent en attente (Tu te souviens de ce prof qui nous faisait de si bons cours ?). Le texte, cette
année, permettait d’illustrer ces deux notions.

 Enfin, un démonstratif peut dans certains cas renvoyer à un objet présent à la fois dans la situation
d’énonciation et dans le cotexte.

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Exposition du système espagnol (démonstratifs et adverbes de lieu / temps)

MASCULIN FEMININ NEUTRE MASCULIN FEMININ


SINGULIER SINGULIER
PLURIEL PLURIEL
Este esta esto estos estas
Ese esa eso esos esas
Aquel aquella aquello aquellos aquellas
(tanto (tan)21 tanta tanto tantos tantas)
tal22 tal tal tales tales
dicho23 dicha dicho dichos dichas
Tableau 3 : Le système des déterminants démonstratifs espagnols

Tout d’abord, concernant le système des démonstratifs et des adverbes de lieu, deux différences
majeures opposent le système espagnol au système français : même s’il est parfois décrit comme un
système binaire structuré autour du plan du moi et du non-moi – dualité que l’on retrouve par exemple
à travers le système des adverbes de lieu (acá / allá) et de temps (ahora / entonces) – le système
espagnol péninsulaire est essentiellement ternaire – avec les corrélations este/aquí, ese/ahí,
aquel/allí – et il est par ailleurs beaucoup plus strict dans son usage qu’en français actuel.
Ce système ternaire est en fait issu du système latin des pronoms-adjectifs, HIC désignant la proximité
immédiate, ISTE, le plan de l’interlocuteur et enfin ILLE, l’éloignement maximal. Et même s’il s’est
produit un glissement de ces formes latines primitives ainsi que diverses évolutions 24, dans le cadre de
la déixis spatio-temporelle il convient de garder à l’esprit cette structuration ternaire issue du latin que
la langue espagnole a conservée.

Les démonstratifs toniques (déterminants et pronoms)

ESTE
Ce pronom-adjectif désigne un objet situé dans la zone du moi du locuteur et implique une relation de
proximité. On en a une parfaite illustration à travers le neutre et la locution adverbiale « en esto », qui
correspond au français « sur ce, à ce moment-là, précis » qui désigne, dans un récit, l’instant précis qui
vient d’être évoqué, soit un rapport de proximité immédiate par rapport à un fait précédent. De même,
si ce déterminant peut avoir une visée prospective ou rétrospective, suivi d’un jour de la semaine (este
viernes), il désigne toujours le jour (passé ou à venir) le plus proche du présent de parole du locuteur 25.
Enfin, autre exemple éloquent de relation de proximité selon un mode de référence endophorique, c’est
lorsque par rapport à un ensemble, le pronom déictique désigne l’élément le plus proche qui vient d’être
exprimé dans le discours (Pedro y Juan se estaban hablando pero este no le escuchaba ; le pronom

21
On peut trouver la forme apocopée TAN devant des adjectifs (No es tan trabajador como piensas) ou des adverbes (no es
necesario que hables tan alto).
22
Si « tal » appartient bien au système des démonstratifs, tous ses usages ne sont pas déictiques ; seuls le sont ceux où il peut
alterner avec « este » ou « ese ». Il en est de même pour « tanto » qui peut dans certains contextes avoir des usages de déixis
ostensive (no sabía que bebieras tanto) et être employé comme démonstratif équivalent à « este » ou « ese » (A ella le gustaba
mucho, pero a mí no me gustaba tanto = ‘en ese grado’).
23
A l’instar de « tal », ce déterminant ne connaît qu’un usage anaphorique ; il est l’équivalent des participes citado, mencionado,
referido qui possèdent une flexion et s’accordent tout en étant précédés d’un article.
24
HIC a disparu et ne s’est conservé qu’en composition (Cf. l’adverbe ahora < HAC HORA) tandis que ISTE a pris sa place pour
dire la proximité et ILLE s’est vu remplacé par le pronom d’identité IPSE > ISSE > ESE ; et enfin, le démonstratif d’éloignement
actuel, AQUEL, résulte de la combinaison ECCE EUM (eccum) + ILLE > AQUEL.
25
À la différence de « aquel » qui tend plutôt à désigner un jour avec une visée rétrospective alors que « este » est le démonstratif
le plus fréquent dans les usages cataphoriques.
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démonstratif este faisant ici nécessairement référence à l’élément le plus proche dans le discours, Juan)
.
ESE
Il ne s’agit plus d’un strict plan du moi mais d’un dépassement qui situe dans une zone intermédiaire
entre le plan du locuteur et de l’interlocuteur, que l’on peut concevoir, schématiquement, comme une
sorte d’intersection entre ces deux plans26 (¿Cómo va eso ? soit, comment vont les affaires, c’est-à-
dire, les tiennes ; ou encore ¡eso es ! pour exprimer l’assentiment du locuteur au propos de son
interlocuteur). Un tel positionnement en système lui confère – de par cet éloignement qui peut impliquer
une forme d’indétermination – une aptitude à avoir une valeur allusive, de référence partagée entre le
locuteur et l’interlocuteur (valeur évocatrice qui est rare avec ESTE)27, mise à distance qui peut glisser
vers l’expression d’une nuance dépréciative, de rejet, par rapport à l’élément désigné, d’où les emplois
du type : pertenecía a esa clase que no conoce la pobreza (valeur allusive, « cette classe bien connue
de tous… » ; no soporta esa gentuza ; no me vengas con esas28 ; ese actor me da asco (exemples qui
cumulent, pour les deux premiers, une valeur allusive et péjorative). Le registre dépréciatif (ironie,
mépris…) s’exprime surtout à travers la construction à valeur de renforcement qui combine l’article défini
suivi d’un nom avec la postposition du démonstratif, lequel ne fonctionne plus à proprement parler
comme déterminant du nom mais comme un segment mis en apposition (cf. no me gusta el tío ese, soit
ce sale type, cet individu), syntaxe qui concerne surtout les deux déictiques ESTE et ESE – la
connotation péjorative est en effet absente dans l’expression consacrée par l’usage avec AQUEL dans
en los años aquellos qui dit simplement la distance et l’éloignement temporels. De par sa référence
moins précise que ESTE, on comprend aisément que sa relative indétermination en fasse un déictique
très commode et relativement fréquent dans l’usage.

AQUEL
Enfin, ce dernier élément du système situe dans une zone d’éloignement spatio-temporelle maximale29
avec un degré de détermination que n’a pas ESE, zone d’éloignement qui explique la valeur secondaire
à laquelle il peut être associé, notamment une désignation emphatique et laudative (par opposition à
ESE), comme l’illustre par exemple son emploi nominal à travers la locution verbale tener su aquel à
propos d’une personne : Tener cierto interés o atractivo indefinible. Juana tiene su aquel. (RAE).
Enfin, à propos de la présence de l’accent écrit – pour les différencier des adjectifs – sur les pronoms,
elle n’est plus considérée obligatoire par la RAE depuis le 1er janvier 1959 « cuando no exista riesgo de
anfibología ». La FUNDEU est d’ailleurs très claire sur ce point :
« […] la nueva edición de la Ortografía de la lengua española recomienda prescindir de la tilde en todos
los casos. Solamente cuando se utilicen como pronombres y exista riesgo de ambigüedad se
acentuarán obligatoriamente para evitarla. Existiría este riesgo en la siguiente oración:
Dijo que ésta mañana vendrá.
Dijo que esta mañana vendrá. » (Ortografía, § 4.6.2, p. 29).
Et le Panhispánico de dudas de résumer la question de l’accent :
Teniendo en cuenta lo dicho, se establece lo siguiente:
a) Es obligatorio escribir sin tilde los demostrativos este, ese, aquel (y sus femeninos y plurales) en
contextos donde su uso no entrañe riesgo de ambigüedad.
b) Es optativo tildar los usos pronominales de los demostrativos este, ese, aquel (y sus femeninos y
plurales) en enunciados donde, a juicio del que escribe, su empleo entrañe riesgo de ambigüedad. »
(https://www.rae.es/dpd/tilde, s. v. « Tilde2 », § 3.4).

Les adverbes démonstratifs déictiques


On peut distinguer :

26
Niveau référentiel que le français a tendance à saisir à travers l’ajout de la particule adverbiale là (donne-moi ce livre-là).
27
On peut penser au biopic partisan de José Luis Sáenz de Heredia sur la vie du dictateur Franco, érigé en modèle, intitulé
précisément Franco, ese hombre (1964),
28
Ou encore ¡Ni por esas!, deux expressions avec ESE qui sous-entendent quelque chose qui exclut d’avance toute argumentation
de la part de l’interlocuteur.
29
Ce n’est que dans le cadre de propositions subordonnées relatives (au mode indicatif ou subjonctif) que la notion de distance est
neutralisée : Ojo con aquellas tentaciones que puedan distraerte en la carrera.
Page 42 sur 81
 les adverbes de lieu : aquí, ahí, allí / acá, allá. On peut ajouter à cette série les formes acullá,
aquende, allende mais qui ne sont quasiment plus en usage en espagnol actuel.
 les adverbes de temps : ahora, hoy, ayer, mañana, anteayer, anteanoche, anoche, entonces,
pasado mañana, (h)ogaño (= en la época actual).
La question des choix de traduction ne portait que sur la problématique de la déixis spatiale.
Ainsi, comme les adjectifs et pronoms démonstratifs, les adverbes de lieu constituent également un
système ternaire (aquí, ahí, allí) à l’intérieur duquel on peut dégager un sous-système d’oppositions
avec un thème en -í et un thème en -á (aquí/ acá ; allí/allá) où le critère d’emploi demeure à priori celui
de la proximité (pour la série en -í) ou de la distance dans la désignation par rapport au locuteur (pour
la série en -á).

AQUÍ
Cet adverbe de lieu désigne un lieu précis par rapport au locuteur (même s’il n’est pas nécessairement
lié à l’emploi du présent) ; c’est l’adverbe de proximité par excellence qui peut être modulé, pour une
localisation plus fine indexée sur la sphère du locuteur, par l’emploi d’une préposition antéposée (¿Hay
un museo por aquí cerca ? où la désignation de l’adverbe est nuancée avec une certaine
indétermination du fait du relateur por). Associé à l’espace du moi qui n’a à priori pas d’étendue, aquí
peut ainsi difficilement être modulé par l’adverbe más, la combinaison más aquí n’étant guère ressentie
comme naturelle en espagnol.

AHÍ
C’est l’adverbe intermédiaire, en système, qui n’a pas la précision de aquí pour un espace proche du
locuteur ni celle de allí pour un espace lointain. À l’instar de ESE, c’est un adverbe de glissement entre
le champ de référence exprimé par AQUÍ et celui de ALLÍ, qui est souvent associé par simplification au
champ de la deuxième personne (distanciation dont rend bien donc l’expression ahí está mi/tu problema
pour l’expression d’un problème partagé par les deux interlocuteurs).

ALLÍ
Au sein du système des adverbes, c’est le symétrique opposé à AQUI pour situer un objet dans une
zone en dehors de celle du sujet parlant et de l’interlocuteur, c’est-à-dire qu’il rejette dans une sphère
d’action lointaine.
Enfin, au sein de ce système ternaire, on peut distinguer – peut-être sur une base phonético-articulatoire
de par l’opposition [i] vs [a] en termes d’aperture – un sous-système avec un thème en -á qui n’a pas le
degré de précision de la série en -í dans la mesure où il élargit le champ de désignation. Cette opposition
vaut surtout pour le système péninsulaire dans la mesure où dans l’espagnol d’Amérique acá et allá
sont plus employés mais sans que cette opposition soit aussi nettement marquée.

ACÁ
Cet adverbe désigne le plan du moi mais sans la référence précise et limitée de AQUÍ qui resserre et
recentre la localisation sur le locuteur. Ainsi, dire « ven acá » à quelqu’un l’invite à « venir par ici », soit
proche de moi mais juste dans mon champ visuel et sans qu’il n’y ait une localisation précise par rapport
au locuteur. À l’instar de AQUÍ, cet adverbe peut se voir adjoindre une préposition, comme par exemple
« ven para acá » qui exprime une zone de référence plutôt imprécise.

ALLÁ
Cet adverbe élargit la référence de ALLÍ et exprime donc une localisation spatio-temporelle lointaine
imprécise (allá, por los años ochenta : à cette époque, dans les années 1980), une indétermination que
confirme l’emploi possible avec l’adverbe « más » (más allá) – guère possible avec allí – ou encore lejos
(allá lejos), sans oublier sa substantivation pour désigner la distance métaphysique de l’Au-delà qui
propulse la pensée vers l’infini (el Más Allá). Cette mise à distance explique pourquoi on peut aussi le
trouver lorsque le locuteur veut rejeter quelqu’un dans un univers d’indifférence, dans une forme de
mise à distance dépréciative (¡Allá tú!, Tant pis pour toi ! ; c’est ton problème ! ; débrouille-toi).

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Justification des choix de traduction

 « Est-il insensé de s’insurger contre cette plate, cette pauvre, cette piteuse réalité ou qui se donne
pour telle, et de lui préférer celle que l’on porte en soi, tellement plus vaste et désirable. »
Pour restituer le déterminant démonstratif répété trois fois (« cette »), deux traductions étaient ici
possibles à condition d’argumenter30. Tout d’abord, étant donné le sens dépréciatif des adjectifs
épithètes (plate, pauvre, piteuse)31 qualifiant la réalité ainsi que celui du verbe recteur (« s’insurger
contre ») qui la met à distance de manière péjorative, on pouvait parfaitement recourir au déictique
médian du système des démonstratifs, soit « esa » qui présente en outre l’avantage de pouvoir être
interprété, dans sa manière de désigner, comme une main tendue à valeur allusive à l’interlocuteur par
rapport à une réalité prosaïque dénigrée pouvant faire l’objet d’un consensus.
Par ailleurs, le déictique de premier degré « esta » était également tout à fait possible si l’on considère
qu’il peut faire référence à la réalité triviale dont il vient de parler juste avant dans la phrase précédente
selon un mode de référence endophorique (lié au contexte et à l’espace linguistique) et anaphorique
(valeur de rappel).
 « Ne pensez-vous pas que la réalité que nous appréhendons par nos yeux intérieurs, depuis nos
forêts intimes, depuis nos Indes enchantées, depuis nos îles Bienheureuses et nos jardins du
souvenir, ne pensez-vous pas que cette réalité-là donne à l’autre (celle dont les consensus
déterminent la forme) une couleur et une saveur rares ? »
Ici, le déterminant démonstratif (« cette ») qui apparaît sous sa forme composée, avec l’adverbe locatif
« -là » uni au nom précédent par un trait d’union, sert à désigner la réalité fantasmée que le locuteur
exalte, celle intérieure mais lointaine (émanant de « nos jardins du souvenir ») par opposition à la réalité
ordinaire mentionnée en suivant dans la parenthèse. Il convenait donc de marquer et restituer cette
distance doublée d’emphase que « aquella » est tout à fait apte à traduire. Mais on pouvait également
envisager le déictique intermédiaire « esa » qui présente le double avantage d’impliquer d’une part une
distance par rapport à la réalité banale dénigrée, et de pouvoir fonctionner d’autre part comme un
démonstratif anaphorique par rapport à ce qui est exprimé en début de phrase (la réalité intérieure
exaltée).
La seconde occurrence correspond à un antécédent (précédé du pronom relatif « dont » traduit ici par
l’adjectif relatif cuyo de par la relation d’appartenance) sous forme d’un pronom féminin singulier
(renvoyant à l’autre réalité décriée) qui est l’objet d’un renforcement. Pour rendre cette construction
relative renforcée, l’espagnol a en général recours non pas aux articles à valeur démonstrative en
fonction pronominale (el/la/los/las) mais au démonstratif emphatique de troisième degré aquel, la série
intermédiaire ese étant également possible mais plus rare (Bedel § 156c, 490a) ; et, on l’a vut, l’accent
sur les pronoms démonstratifs est aujourd’hui facultatif et seulement obligatoire en cas de contexte
ambigu.
Ce qui donne donc : … no cree que esa / aquella realidad le da a la otra (a aquella / a esa cuyos
consensos determinan la forma) un color y sabor raros.
 « Je dis, Monsieur, que le Quichotte perçoit parfaitement la réalité, mais qu’il la perçoit depuis ce
que Victor Hugo appelle le promontoire du songe. Et depuis ce promontoire qui le porte aux confins
du visible, la réalité qu’il découvre acquiert soudain une autre dimension. Elle se transmue, s’élargit,
se déploie, s’exorbite et prend parfois des aspects fantastiques. »
Ici, le déterminant démonstratif simple (« ce ») pouvait donner lieu à plusieurs traductions possibles :
tout d’abord, « este », par un mécanisme de référence à la fois anaphorique et endophorique, puisque
le substantif est nommé juste dans la phrase précédente (argument du cotexte et de proximité textuelle).
Ensuite, de par la valeur de référence partagée associée à « ese », on pouvait également justifier
l’emploi de ce déterminant démonstratif puisque le promontoire en question fait allusion à un ouvrage
de V. Hugo précisément intitulé Le promontoire du songe (1860), où il se livre à une réflexion sur le
pouvoir de l’imagination. Enfin, les démonstratifs alternatifs comme « dicho » ou « tal » étaient
également recevables ici puisque le référent vient d’être explicitement nommé, conformément à l’usage
déictique anaphorique et endophorique du démonstratif « este ».

30
Attention, cela n’est possible qu’à l’intérieur de l’épreuve de choix de traduction mais en aucune façon en thème / version où le
candidat ne doit bien proposer qu’une seule et unique traduction.
31
Les deux premiers adjectifs sont des épithètes détachées tandis que le dernier est une épithète liée.
Page 44 sur 81
 « Le Quichotte peut alors appréhender ce que la plupart d’entre nous ne voient pas. Il peut scruter
l’obscur ; découvrir des abîmes là où d’autres ne voient que leurs pieds ; apercevoir l’horreur là où
d’autres ne voient que des insignifiances ; et sur certains visages reconnaître une splendeur devant
laquelle la plupart d’entre nous sont aveugles. Il voit plus. Il voit grand. Il voit autrement. »
L’adverbe démonstratif à valeur locative « là » tient lieu d’antécédent du pronom relatif
« où » (« donde ») ; il désigne ainsi le même espace (que celui auquel renvoie ce pronom), espace qui
implique une certaine distance par rapport au locuteur – même si, on l’a vu, l’opposition ici / là n’est pas
toujours nettement marquée en français. Quoi qu’il en soit, pour rendre compte de cette distance, on
pouvait mobiliser en espagnol les adverbes démonstratifs ahí et/ou allí – à l’exception de aquí – sans
exclure allá, relevant plutôt d’une variante propre à l’espagnol d’Amérique.
 « Il perçoit tout en nouveauté, et peut ainsi saisir l’étrangeté de certains objets que nos habitudes
ont rendus familiers, découvrir un aspect inouï aux formes les plus bêtes, articuler entre elles les
rapprochements les plus surprenants, ressentir proches de son cœur les plus inatteignables, très
éloignées de lui celles à portée de main, et éprouver devant le monde ce sentiment d’étrangeté qui
parfois nous assaille mais que nos routines écrasent à grands coups de talon. »
La première occurrence « celles » – pronom démonstratif féminin pluriel – renvoie aux « formes les plus
bêtes » énoncées quelques lignes plus haut. On pouvait bien sûr le restituer par le pronom féminin
pluriel « las ». Mais comme ces formes sont l’objet d’une dialectique du proche et du lointain puisqu’il
s’agit d’établir, par la force de l’imagination, des analogies entre ce qui est lointain, « inatteignable », et
ce qui est proche et donc « à portée de main » pour rendre familier ce qui est incongru et inversement,
on pouvait ainsi employer le pronom démonstratif de premier degré « estas », impliquant une certaine
proximité, ou « esas », associé à une certaine distance (sans aller peut-être jusqu’à celui de troisième
degré).
Enfin, dans la dernière occurrence (« ce sentiment »), la connivence qu’établit le locuteur avec son
interlocuteur – connivence qui prend corps à travers l’emploi du pronom inclusif de première personne
du pluriel « nous » – justifie pleinement l’emploi du déterminant démonstratif « ese » eu égard à sa
valeur allusive et de référence partagée, ce sentiment d’étrangeté étant censé être également vécu par
l’interlocuteur. Par ailleurs, comme on peut aussi interpréter ce déterminant démonstratif comme ayant
un mode de référence endophorique et cataphorique, il était loisible d’employer le déterminant
démonstratif de premier degré « este ». En effet, malgré l’absence de virgule, la proposition relative
peut être analysée comme une relative appositive, tenant ainsi lieu d’extension de l’antécédent « ce
sentiment d’étrangeté », avec une valeur explicative puisque c’est parce que ce sentiment d’étrangeté
nous assaille qu’il est écrasé à coup de talon.
On le voit, le texte choisi cette année permettait au candidat, à condition d’argumenter, de montrer sa
capacité à exploiter toutes les subtilités du système des déictiques espagnols par rapport au système
français.

Bibliographie sélective et commentée

A) LES BASES DE L’ANALYSE GRAMMATICALE32


-BESCHERELLE, Maîtriser la grammaire française, Paris, Hatier [2018].
-BESCHERELLE, La grammaire pour tous, Paris, Hatier [2012].
-CALAS, Frédéric & ROSSI-GENSANE, Nathalie, Questions de grammaire pour les concours, Paris,
Ellipses [2011].
-CALAS, Frédéric & GARAGNON, Anne-Marie, La phrase complexe (de l’analyse logique à l’analyse
structurale), Paris, Hachette [2002]. Ouvrage qui passe en revue les différentes propositions
subordonnées.
-GARDES-TAMINE, Joëlle (sous la direction de), Cours de grammaire française, Paris, Armand Colin
[2015], ouvrage qui combine l’approche grammaticale et linguistique, riche de références et qui insiste
sur l’analyse de la phrase et de ses constituants.
-GARDES-TAMINE, Joëlle, La grammaire : méthodes et notions, Paris, Armand Colin, [2012].

32
Ouvrages en français sur la langue française et la grammaire générale.
Page 45 sur 81
GREVISSE, Maurice & GOOSSE, André, Le bon usage, Bruxelles, De Boeck et Duculot [2010,
14e édition]. Ouvrage de référence pour l’analyse grammaticale en nature & fonction.
-GREVISSE, Maurice, Cours d’analyse grammaticale, Bruxelles, Editions De Boeck Duculot [1969].
Analyse en nature et fonction de petits textes littéraires. Il existe deux volumes dont le « livre du maître »
qui contient le corrigé des exercices.
-GREVISSE, Maurice, Nouveaux exercices français, Paris – Louvain-la-Neuve, Editions Duculot [1977].
Ouvrage qui a été maintes fois réédité, notamment en 2010 sous le titre Exercices de grammaire
française et corrigé, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur.
-HAMON, Albert, Analyse grammaticale et logique, Paris, Hachette [1999].
-MAINGUENEAU, Dominique, Précis de grammaire pour les concours, Paris, Nathan Université [2001].
Pour aller plus loin et approfondir la réflexion sur diverses questions qui peuvent faire l’objet d’une
question en choix de traduction (le mode subjonctif, les verbes pronominaux, le complément d’objet, les
articles, les formes en -ant…).
-MERCIER-LECA, Florence, Trente questions de grammaire française, Paris, Nathan [1998]. Exercices
avec corrigés.
-NARJOUX, Cécile, Le Grevisse de l’étudiant (Capes et Agrégation Lettres) – Grammaire graduelle du
français, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur [2018]. Ouvrage très complet qui apporte un éclairage
actualisé sur différents points problématiques.
-PELLAT, Jean-Christophe & FONVIELLE, Stéphanie, Le Grevisse de l’enseignant, Magnard [2016].
-RIEGEL, Martin ; PELLAT, Jean-Christophe ; RIOUL, René, Grammaire méthodique du français, Paris,
PUF, dernière édition [2021]. Grammaire de référence pour les candidats en Lettres Modernes.
-SIOUFFI, Gilles & RAEMDONCK, Dan Van, 100 fiches pour comprendre les notions de grammaire,
Bréal, [2007]. Excellent ouvrage qui présente, problématise et met en perspective les principales notions
de grammaire.
-WAGNER, Robert Léon & PINCHON, Jacqueline, Grammaire du français (classique et moderne),
Paris, Hachette [1991]. Grammaire clairement expliquée avec d’utiles développements diachroniques.
-WILMET, Marc, Grammaire rénovée du français, Bruxelles, De Boeck Université [2007]. Version
simplifiée de sa Grammaire critique du français.
-WILMET, Marc, Grammaire critique du français, Paris, Bruxelles, Duculot [1998]. Ouvrage pour aller
plus loin qui montre toute la difficulté et les limites de l’analyse grammaticale.

B) GRAMMAIRES ESPAGNOLES33
-BALLESTERO DE CELIS, Carmen & GARCÍA-MARKINA, Yekaterina (sous la direction de), L’épreuve
de traduction au capes et à l’agrégation d’espagnol, Armand Colin [2018]. Aborde plusieurs points
spécifiques dans une optique contrastive (l’opposition passé simple / passé composé, l’emploi des
modes dans les relatives…).
-BEDEL, Jean-Marc, Nouvelle grammaire de l’espagnol moderne, Paris, Presses Universitaires de
France [rééd. 2019]. Actuellement, grammaire française la plus complète sur la langue espagnole avec
des exemples d’auteurs.
-BÉNABEN, Michel, Manuel de linguistique espagnole, Ophrys [2002], même si, comme l’indique le
titre, il s’agit d’un manuel de linguistique espagnole, il propose une réflexion intéressante sur chacun
des éléments constituant les parties du discours.
-BOSQUE, Ignacio & DEMONTE, Violeta (éd.), Gramática descriptiva de la lengua española, Madrid,
Espasa Calpe [1999], 3 vol. Actuellement la grammaire espagnole la plus complète sur la langue
espagnole.
-CAMPRUBI, Michel, Études fonctionnelles de grammaire espagnole, Toulouse, Presses universitaires
du Mirail [2001 (nouvelle édition revue et augmentée)]. Petit ouvrage très utile et synthétique privilégiant
une approche linguistique mais tout à fait exploitable en grammaire.

33
Ouvrages en langue française ou en espagnol sur la langue espagnole.
Page 46 sur 81
-DA SILVA, Monique & PINEIRA-TRESMONTANT, Carmen, La grammaire espagnole, collection
Bescherelle, Paris, Hatier [1998]. Grammaire claire, synthétique, qui explique les principales notions
avec de nombreux exemples.
-GILI GAYA, Samuel, Curso superior de sintaxis española, Barcelona, Biblograph [1989, 15e édition].
-GRIJELMO, Álex, La gramática descomplicada, Madrid, Santillana Ediciones Generales [2006,
6e édition]. Ouvrage original pour se familiariser avec les notions et les termes de l’analyse
grammaticale.
-LAMIQUIZ, Vidal, Lengua española (método y estructuras lingüísticas), Barcelona, Ariel [1987,
2e édition]. Approche linguistique mais très bonne introduction à l’analyse de la langue espagnole, à son
fonctionnement et à ses parties du discours.
-PAGÈS, Stéphane, Grammaire expliquée de l’espagnol, Paris, Armand Colin [2019]. Ouvrage destiné
à revoir les bases de l’analyse grammaticale avec des éléments destinés à l’épreuve de traduction.
-PATIN, Stéphane & PINEIRA-TRESMONTANT, Carmen, L’épreuve de traduction au CAPES externe
d’espagnol (spécial choix de traduction), Paris, Ellipses [2015]. Ouvrage structuré à partir de 30 fiches
qui traitent 30 points récurrents dans une perspective contrastive (on, participe présent…), utile donc
pour cette épreuve de choix de traduction.
-POTTIER, Bernard, DARBORD, Bernard, CHARAUDEAU, Patrick, Grammaire explicative de
l’espagnol, Armand Colin [2005, 3e édition]. Grammaire descriptive avec une approche linguistique.
-RAE, Glosario de términos gramaticales, Ediciones Universidad de Salamanca [2019]. Ouvrage très
utile pour faire le point sur les termes grammaticaux, synthétique et avec des exemples.
-RAE, Nueva gramática de la lengua española (2 vol.), Madrid, Espasa-Calpe [2009]. Grammaire de
langue espagnole la plus récente et qui prend en compte l’espagnol d’Amérique. Elle existe sous 2
autres formats, le Manual de la Nueva gramática de la lengua Española (2010) et la Nueva gramática
básica de la lengua española (2011).
-RAE (Real Academia Española), Diccionario panhispánico de dudas, Madrid, Espasa-Calpe [2005 (en
ligne sur : www.rae.es)]. Dictionnaire très utile pour une approche normative, descriptive et pour les
exemples fournis.

C) RÉFÉRENCES SPÉCIFIQUES A LA DEIXIS

-BÜHLER, K. (1934/2009), Théorie du Langage, Marseille, Agone.

-CENTRO VIRTUAL CERVANTES, disponible en ligne :


https://cvc.cervantes.es/ensenanza/biblioteca_ele/diccio_ele/diccionario/deixis.htm

-EGUREN, J. J. (1999), « Pronombres y adverbios demostrativos. Las relaciones deícticas », in Bosque,


I. y Demonte, V. (dir.). Gramática descriptiva de la lengua española, Madrid, Espasa Calpe, vol. I,
capítulo 14.

-KLEIBER, G. (1983), « Les démonstratifs (dé)montrent-ils ? », Le français moderne, 51, 2, p. 99-117.

-KLEIBER, G. (1984), « Sur la sémantique des descriptions démonstratives », Linguisticae


Investigationes, VIII, 2, p. 63-85.

-KLEIBER, G. (2004), « Sémantique, référence et discours : le cas des démonstratifs cataphoriques


spécifiques », in A. Auchlin et al. éds., Structures et discours, Mélanges offerts à Eddy Roulet, p. 231-
245.

-Manual de la Nueva gramática de la lengua Española (2010) et Nueva gramática básica de la lengua
española (2011).

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ÉPREUVE DE PRÉPARATION D’UN COURS
Rapport établi par Mme Marie-Cécile Ibalot et Mme Sandrine Galvez

Textes de référence
L’arrêté du 21 février 2001 modifiant l’arrêté du 12 septembre 1988 précise les modalités de cette
épreuve orale d’admission, coefficient 2. Il s’agit de l’exposé de la préparation d’un cours suivi d’un
entretien. La durée de la préparation est de trois heures ; la durée de l'épreuve est d’une heure maximum
(i.e. : exposé de quarante minutes maximum suivi d’un entretien de vingt minutes maximum). L'épreuve
prend appui sur un dossier composé d'un ou de plusieurs documents en langue étrangère (tels que
textes, documents audiovisuels, iconographiques ou sonores) fourni au candidat.

Remarques générales
L’épreuve de préparation d’un cours se compose de deux parties qui sont intimement liées : l’analyse
universitaire des documents d'un dossier et une exploitation didactique et pédagogique desdits
documents. Cette épreuve répond à un objectif double : évaluer les connaissances disciplinaires et les
compétences professionnelles des candidats et des candidates. Le jury rappelle aux candidats qu’il
s’agit d’un concours interne qui offre une reconnaissance scientifique et qui s’adresse à des professeurs
déjà expérimentés, ayant fait un effort important d’approfondissement de leur bagage scientifique mais
aussi de remise à jour de leurs démarches disciplinaires et de leur réflexion pédagogique.

Un coefficient 2 est attribué à cette épreuve pour laquelle la gestion du temps de préparation puis du
temps consacré à l’exposé est fondamentale. L’analyse des documents, afin d’en dégager le lien et les
enjeux, est un préalable à toute proposition de séquence pédagogique, qui rappelons-le, s’inscrit dans
une démarche de projet cohérent. L’expertise des candidats doit permettre une parfaite articulation entre
le sens des documents, leur portée et les activités langagières mises en œuvre afin de faciliter l’accès
au sens et d’enrichir les connaissances culturelles et linguistiques des élèves.

De façon générale, le jury a pu constater que les candidats et les candidates ont une bonne
connaissance des différentes parties de l’épreuve. Le nombre de candidats est globalement stable et le
sérieux avec lequel ce concours est passé est exceptionnel. Des prestations de grande qualité ont été
réalisées dans le respect du temps imparti. Toutefois, le jury a également déploré un déséquilibre entre
les deux parties de l’épreuve. La seconde partie, consacrée à la didactisation, n’a parfois pas pu être
menée à son terme dans le temps imparti des 40 minutes quand l’analyse de type universitaire des
supports s’est avérée trop longue. Inversement, une analyse peu approfondie ne peut permettre de
proposer un projet pédagogique réfléchi et cohérent. Il convient donc de trouver un juste équilibre, par
un entraînement à l’épreuve dans les conditions du concours accompagné d’une lecture attentive des
rapports de jury.

Les candidats et les candidates ont montré une bonne connaissance des axes thématiques des
programmes officiels et ont su justifier leur choix. Le jury attend une bonne maîtrise des programmes
officiels au collège et au lycée, ainsi que du Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues
(CECRL). Toutefois, certaines formulations restent encore mal maîtrisées (“Fictions ou réalités”) et
certains candidats confondent le CECRL et les épreuves du Baccalauréat.

La qualité de la langue, en français et en espagnol (pour citer les documents et formuler des consignes
en langue cible) est importante lors de l’exposé, mais également lors de l’entretien. Il convient de
rappeler que l’enseignante et l’enseignant sont des modèles pour leurs élèves. Une expression
élégante, un lexique riche, précis, varié et pertinent sont attendus. Le jury a entendu des candidats et
des candidates qui ont montré une bonne maîtrise de la langue et ont réalisé leur exposé avec
conviction, voire enthousiasme. Toutefois, le jury a également déploré des incorrections linguistiques
(« la production qu’ils ont fait », « le narrateur, il… », « il a confiance à »), des erreurs de phonologie (S
sonore/ S sourd), une expression peu élégante (« comme si ça disait un refrain »), des barbarismes
lexicaux (« la dénonce », « didascalisé »), un lexique inadapté (« note de pied de page » pour « note
de bas de page »).

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Composition des dossiers

Lors de cette session 2024, quatre dossiers ont été proposés aux candidats et aux candidates. Chacun
était composé d’une gamme variée de supports textuels (extraits de romans, de poèmes, d’essai), ou
iconographiques (tableaux, esquisse, photo de presse).

Dossier 1
Document 1 : Miguel Hernández, Aceituneros, dans Viento del pueblo, 1937.
Document 2 : Apadrinaunolivo.org: oro líquido para revitalizar a la España vaciada, BBVA, 10/03/2023.
Document 3 : Un temporero en el campo, Foto EFE/Rafa Alcaide, 2016.

Dossier 2
Document 1 : Conflicto y armonías de las razas de América (1883), Domingo Faustino Sarmiento.
Document 2 : La vuelta del malón, óleo sobre lienzo (1892), Ángel Della Valle.
Document 3 : La cautiva (1837), Esteban Echeverría.

Dossier 3
Document 1 : Don Quijote de la Mancha, I, 19 (1605), Miguel de Cervantes
Document 2 : Visión fantasmal (1801), Francisco de Goya
Document 3 : Cien años de soledad (1967), Gabriel García Márquez

Dossier 4
Document 1 : Le dedico mi silencio, (2023), Mario Vargas LLosa.
Document 2 : Silencio, en Libertad bajo palabra (1944), Octavio Paz.
Document 3 : Bailando en Colombia (1979), Fernando Botero, óleo sobre tela,188cm x 231 cm,
Metropolitan Art Museum (The Met), Nueva York, Estados Unidos.

Analyse des documents


Il s’agit, dans cette première étape, de démontrer sa maîtrise de l’étude de documents (texte, tableau,
gravure, document audio-visuel, etc.). Il est attendu des candidats et des candidates, avant de proposer
l’analyse à proprement parler, une brève présentation de chacun des documents qui va au-delà de la
simple lecture du paratexte. Certains corpus proposaient des œuvres majeures de la culture hispanique
qui appelaient une contextualisation pour une interprétation complète.

Étant donné la contrainte de temps, il est indispensable de s'entraîner régulièrement pour acquérir la
maîtrise de cet exercice qui requiert un esprit de synthèse. L’analyse ne peut être exhaustive,
néanmoins elle doit être minutieuse pour prévenir tout contresens qui se retrouverait inévitablement
dans les activités pédagogiques. Il fallait remarquer, par exemple, que les instruments peints par
Fernando Botero (dossier 4) étaient dépourvus de corde pour en faire une interprétation pertinente. A
propos du texte (dossier 2) de l'ancien président argentin Domingo Faustino Sarmiento (1911-1888),
parler de l'opposition entre les Espagnols et les Indiens, comme le jury a pu l'entendre à plusieurs
reprises, était un anachronisme significatif. Les candidats et les candidates doivent s'assurer d'avoir
eux-mêmes élucidé le sens de tout ou partie d’un document avant de demander aux élèves de le faire
dans la deuxième partie. Par ailleurs, le jury a parfois assisté à une étude tronquée des documents. Si
les coupes (justifiées) sont acceptées lors de l’exploitation pédagogique, le candidat ne peut s’affranchir,
à cette étape, de l’analyse intégrale du corpus.

Connaître la méthodologie et la terminologie de l’analyse de documents en fonction de leur nature est


essentiel pour mener une lecture juste et précise. Cette année, plusieurs dossiers comprenaient un
extrait poétique dont l’analyse, peu approfondie parfois, a mis en lumière une connaissance insuffisante
de la métrique. Or la compréhension nuancée d’une œuvre littéraire ne peut se passer de l’analyse du
fond et de la forme afin d’en saisir pleinement le sens et d’apprécier la richesse stylistique. Dans le
dossier 3 par exemple, le jury a pu entendre des définitions approximatives du réalisme magique et
l’emploi erroné de certains termes comme « l’ironie » au lieu de « l’humour » ou « le fantastique » au
lieu de « fantasmagorique » ou « surnaturel ».

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Complémentarité et problématique
Après avoir dégagé l’intérêt de chacun des documents, il conviendra de prendre de la hauteur pour
établir leur complémentarité et faire émerger la cohérence du dossier. Cette cohérence s'exprimera
ensuite dans la problématique à partir de laquelle sera construite la séquence et la réflexion qu’elle
sous-tend.

Un soin particulier sera accordé à la formulation (en espagnol) de la problématique. Il faut éviter les
problématisations trop larges ou trop longues et proposer une problématique précise, concise et claire
qui englobe l’ensemble du dossier et se centre logiquement sur les supports proposés. La
problématisation ne peut se restreindre à la thématique et elle ne doit pas se limiter à des questions
fermées ou être trop réductrice. Les candidats et candidates, après l’avoir formulée, prendront soin de
l’expliciter.

La problématique sous-tend toute la réflexion et, à ce titre, elle ne doit pas disparaître au fil des séances.
Elle facilite l'acquisition de connaissances culturelles et linguistiques par les élèves, tout en stimulant
leur capacité à réfléchir sur les thématiques abordées. Elle est en cohérence avec les programmes.

Niveau de classe destinataire


Les candidats et les candidates ont généralement bien identifié le niveau de classe visé mais ils ont
parfois rencontré des difficultés à expliquer leur choix. Pour déterminer le niveau de classe adapté,
plusieurs critères sont à considérer. Tout d'abord, il faut évaluer le niveau linguistique des documents
en se référant au Cadre européen (CECRL). Il convient ensuite de vérifier la correspondance des
thématiques du dossier avec les programmes scolaires et de prendre en compte le degré de maturité
des élèves nécessaire pour percevoir l'implicite des documents et leur portée conceptuelle ou culturelle.
Enfin, la connaissance des programmes des autres disciplines facilitera une approche interdisciplinaire
des connaissances et de la réflexion.

Objectifs
Il paraît judicieux d’annoncer le projet de fin de séquence avant de détailler les objectifs poursuivis pour
en souligner la pertinence. Le jury a parfois entendu des listes d’objectifs peu élaborés et parfois
incohérents par rapport au niveau de la classe proposé. Les objectifs linguistiques ne sont pas toujours
reliés au sens des documents et sont parfois présentés comme des points de langue isolés, relevés
dans les textes, ce qui est dommageable. Il est recommandé aux candidats et candidates de justifier
leurs choix en proposant des illustrations concrètes lorsqu'ils évoquent, par exemple, les champs
lexicaux à travailler avec les élèves. Les objectifs de compréhension sont peu ou pas explicités et les
objectifs culturels se limitent, dans de nombreuses propositions, à la simple découverte d'un auteur,
sans articulation parfois avec la thématique du dossier ou le projet de fin de séquence.

Le jury a pu regretter que les objectifs annoncés ne soient pas toujours travaillés dans les activités
proposées. Pourtant, les objectifs pédagogiques visent à améliorer la compréhension des documents
ainsi que les compétences en production orale et écrite des élèves. Par conséquent, ils doivent être
adaptés au niveau de classe ciblé et sont étroitement liés à la problématique, aux activités langagières
prévues et à l'évaluation. C'est cette cohérence du projet pédagogique que les candidats et candidates
doivent s'attacher à démontrer.

On soulignera enfin qu’il est important d'observer une progression dans la complexité des objectifs afin
que les activités langagières, de plus en plus exigeantes, guident les élèves vers davantage
d'autonomie.

Ordre des documents


Après avoir effectué l’analyse des documents et avoir dégagé leur lien autour d’une problématique
claire, l’ordre d’exploitation desdits documents pourra s’inscrire dans la cohérence de ce travail
préalable. Nous rappelons ici que le jury attend que tout choix opéré soit justifié.

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Un choix fondé sur l’ordre chronologique ou sur une supposée difficulté croissante des documents du
dossier doit se faire dans la cohérence de l’objet d’étude et de réflexion posé par la problématique. Par
exemple, sur le dossier 3, l’ordre (doc 1/doc 3/doc 2) ainsi que l’ordre (doc 1/doc 2/doc 3) ont été
appréciés par le jury, quand la problématique identifiée s’appuyait sur une progression spiralaire à la
fois thématique et linguistique qui conduisait au projet final. Ainsi, le document 1, en ouverture de
séquence, permettait d’introduire le lexique utile à l’étude des autres documents. Enfin, justifier
l’utilisation du document iconographique uniquement comme déclencheur de parole ne saurait suffire.

Activité de fin de séquence


L’activité de fin de séquence est à penser en amont et doit s’inscrire dans la cohérence de la pédagogie
de projet afin de mener les élèves vers l’autonomie. Les objectifs (linguistiques, culturels, pragmatiques
et civiques dans certains dossiers), définis lors de la didactisation, doivent être identifiables lors de la
mise en œuvre. Le jury a apprécié des propositions d’activités de fin de séquence dont les objectifs
reposaient sur tous les documents du dossier, dans une progressivité, en adéquation avec les
descripteurs du CECRL. Il a apprécié aussi les activités de fin de séquence qui impliquaient d’autres
disciplines. Certaines propositions imaginaient fort judicieusement un travail en interdisciplinarité en
histoire (dossier 2) ou en musique (dossier 4).

Toutefois, le jury a également déploré des propositions d’activités de fin de séquence qui pouvaient
heurter la sensibilité des élèves, comme par exemple, demander aux élèves de raconter un de leurs
cauchemars ou d’imaginer un dialogue avec un proche disparu (dossier 3), demander aux élèves d’être
un indigène qui raconte ses souffrances dans un camp (dossier 2). Un projet de fin de séquence qui ne
porte que sur un document n’est pas non plus pertinent : par exemple, proposer aux élèves d’imaginer
ce qui est inscrit dans les manuscrits de Melquíades ou d’imaginer l’une des conversations entre
Melquíades et Aureliano Segundo (dossier 3).

Nous rappelons enfin, que le projet de fin de séquence peut être évalué, imposant alors des consignes
et des critères clairs. L’évaluation est positive, en ce sens qu’elle valorise les acquis et qu’elle est fondée
sur des critères partagés : adossée aux niveaux de compétences du Cadre européen commun de
référence pour les langues (CECRL), elle s’appuie sur des critères explicites et des degrés de réussite
permettant de donner des indications aux élèves sur leur niveau de compétences (Guide de l’évaluation,
novembre 2023).

L’articulation des activités langagières


En préambule, nous soulignons que le choix des activités langagières et leur articulation s’opèrent en
consonance avec la problématique et le projet final ou l’évaluation de fin de séquence. Le projet
pédagogique s’inscrit dans le cadre d’un cheminement et l’articulation des différentes activités, de
réception et de production, écrite et orale, participe de cette progressivité. Le but est de mettre les
élèves en action et de les accompagner vers plus d’autonomie grâce aux différentes activités mises en
œuvre. Un soin particulier doit être apporté à la formulation de consignes claires pour construire une
mise en activité des élèves qui fasse sens et qui permette d’atteindre les objectifs fixés. Le jury ne peut
qu’insister auprès des candidats et des candidates sur la correction morphosyntaxique des consignes
exprimées en langue cible.

Nous rappellerons ici deux axes développés dans les programmes et qui sont fondamentaux quand il
s’agit de traiter la question des activités langagières et de leur articulation. À l’écrit comme à l’oral,
l’entraînement doit aider l’élève à accéder au sens en allant du plus simple (repérage du titre,
identification du thème, accès au sens global et décodage de la situation d’énonciation, recherche
d’information particulière sur un personnage par exemple, informations détaillées) vers le traitement
d’informations complexes (corrélation d’informations diverses, lecture de l’implicite du discours, etc.) en
fonction du niveau de compétence visé. Pour qu’elle prenne tout son sens auprès de l’élève, la
production écrite ou orale doit s’insérer dans une situation de communication qui justifie l’usage de la
langue concernée.

L’apprentissage des différentes formes de discours offre une progression naturelle vers l’autonomie de
l’élève, de la paraphrase à l’expression créative : décrire, raconter, expliquer, argumenter.
L’adossement d’une activité de production à une activité préalable de réception permet à l’élève d’opérer
des transferts, notamment lexicaux, qui viennent enrichir son expression (Programmes officiels, définis
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par l'arrêté du 17-1-2019 publié au BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019, Bulletin officiel de l’Éducation
Nationale).

Le jury a apprécié les activités justifiées et argumentées par les candidats et les candidates, démontrant
une cohérence avec la problématique et les objectifs identifiés. Ont été également appréciées les
activités en lien avec le niveau de classe identifié, par exemple la traduction d’un passage pour les
classes de spécialité, des productions écrites qui ont fait l’objet d’un entraînement en amont et qui sont
en consonance avec les descripteurs du CECRL. Le travail en binôme ou en groupe doit être pensé
pour sa réelle plus-value pédagogique et à travers une mise en œuvre qui permette de pallier l’écueil
de l’expression en français et non en langue cible. Il est pertinent de varier les consignes de chaque
groupe, dans une démarche de différenciation pédagogique et afin de diversifier les tâches. Les activités
d’anticipation pour l’étude d’un document ont été appréciées quand elles s'inscrivaient dans une
démarche cohérente : on citera, à titre d’exemple, un travail d’anticipation hors la classe sur « la España
vaciada », avant l’étude du document 2 (dossier 1).

L’attention portée à l’articulation des activités permettait d’éviter des associations peu cohérentes. Le
jury a pu écouter, par exemple, la proposition d’une activité intermédiaire de lecture de deux strophes
du dossier 1, en préparation pour la réalisation du projet final qui consistait à imaginer un dialogue avec
un travailleur des champs d’oliviers. Le jury a également regretté les catalogues d’activités sans lien
apparent avec le projet. Il convient de proposer des activités en cohérence avec la problématique, les
objectifs préalablement identifiés et la tâche finale. L’entraînement à la réalisation de l’activité de fin de
séquence est également un élément crucial à prendre en compte afin de sélectionner les activités. Ainsi,
dans le dossier 1, une activité de repérage des éléments de la nature semblait peu pertinente quand la
problématique invitait à réfléchir sur l’évolution démographique et économique dans les campagnes, en
Espagne. Nous insistons sur le fait que les dossiers proposés au concours doivent donner lieu à des
projets pédagogiques réalisables en classe. Il est donc nécessaire de réfléchir à la faisabilité et à l’intérêt
des activités proposées. Il n’était pas recevable, par exemple, de considérer, comme activité de
réception, la lecture du texte avec un dictionnaire, pour accéder au sens du poème (dossier 2).

Le jury tient à rappeler la place de la médiation qui a été diversement exploitée dans les exposés
proposés par les candidats et candidates. Celle-ci s’inscrit à la charnière des activités langagières.
Introduite dans le CECRL, elle consiste à expliciter un discours lu et entendu à quelqu’un qui ne peut le
comprendre. Elle participe ainsi des stratégies d’accès au sens et permet de valoriser les connaissances
et les compétences des élèves médiateurs (Programmes officiels, définis par l'arrêté du 17-1-2019
publié au BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019, Bulletin officiel de l’Éducation Nationale).

L’évaluation
L’évaluation, diagnostique, formative ou sommative, s’inscrit également dans la cohérence de la
séquence tant au niveau des objectifs linguistiques, culturels et pragmatiques qu’au niveau des activités
langagières, et doit être pensée en amont.

L’évaluation diagnostique permet d’évaluer les acquis préalables des élèves et de percevoir leur
hétérogénéité.

L’évaluation formative, en cours de séquence, permet au professeur de mesurer le degré d’acquisition


de connaissances et de compétences afin de réguler et d’ajuster son enseignement aux besoins des
élèves. En cela, elle sert d’entraînement à l’évaluation sommative.

L’évaluation de fin de séquence permet de positionner l’élève sur le niveau attendu en cohérence avec
les activités travaillées. Par exemple, à partir du dossier 1, l’évaluation d’un entretien avec un travailleur
exprimant son désir de changement n’était ni justifiée ni cohérente dans la mesure où l’expression du
souhait n’avait pas été identifiée comme objectif linguistique et donc ne faisait pas l’objet d’un
entraînement particulier. Les consignes des évaluations doivent également être porteuses de sens. Par
exemple, dans le dossier 2, il n’était pas pertinent de demander aux élèves de se mettre à la place d’un
indigène écrivant au législateur, compte-tenu de l’époque et des repères chronologiques convoqués par
le dossier.

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Prolongements et ouverture
Le jury a apprécié les exposés proposant un prolongement. Toutefois, il convient d’en expliciter l’intérêt
et la portée. En proposant, par exemple, l’étude du film “El olivo” pour le dossier 1, il aurait été bienvenu
d'expliquer en quoi ce prolongement présentait un intérêt pédagogique et comment il serait mis en
œuvre.

Dans la continuité de la séquence et de l’évaluation, il est important de penser à la place de la


remédiation, individuelle et collective, ainsi que sa mise en œuvre au-delà de l’utilisation de l’ENT.
Qu’elle soit un point de départ, une étape ou le bilan d’une progression, l’évaluation doit donc être
accompagnée d’un retour sur information (feedback) permettant d’identifier clairement les réussites de
l’élève ainsi que les points restant à consolider (par exemple : lexique, grammaire, activité langagière,
connaissance d’un sujet, etc. cf Guide de l’évaluation, novembre 2023).

L’entretien
Le temps de l’entretien avec le jury est capital. Ce temps d’échange offre aux candidats et aux
candidates l’opportunité de compléter ou de développer leurs arguments, d’aller plus loin dans leur
approche des documents, et ne pas s’enfermer dans leurs propositions de l’exposé initial. Le jury ne
peut qu’insister sur deux invariants de cette partie de l’épreuve : l’écoute attentive afin de rebondir sur
les relances faites par le jury et l’aptitude à la communication dans une langue de bonne facture.

Bibliographie
TERRASA, Jacques L'analyse du texte et de l'image en espagnol, Paris, Armand Colin, 2021.
PARDO, Madeleine et PARDO, Arcadio, Précis de métrique espagnole, Paris, Armand Colin, 2020 (3e édition).
LE BIGOT, Claude (coord.), Question de littérature générale, Espagne et Amérique hispanique, Rennes, Presses
Universitaires de Rennes, 2015
DORANGE, Monica, Manuel de la littérature espagnole (du XII au XXe siècle), Paris, Hachette, 2009.
BONELLS, Jordi, Dictionnaire des littératures hispaniques, Paris, Robert Laffon, 2009.
Sur la médiation :
Volume complémentaire du CECRL, publié en 2018, qui actualise le CECRL publié en 2001 https://rm.coe.int/cadre-
europeen-commun-de-reference-pour-les-langues-apprendre-enseigne/1680a4e270#page=198
VASSEVIERE, Nadine et TOURSEL, Jacques, Littérature, 150 textes théoriques et critiques, Paris, Armand Collin,
2005.
ZUILI, Marc, Introduction à l’analyse des textes espagnols et hispano-américains, Paris, Nathan Université, 1994.
JOLY, Martine, Introduction à l’analyse de l’image, Paris, Nathan, 2015 (3e édition).

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ÉPREUVE D’EXPLICATION EN LANGUE ÉTRANGÈRE
Rapport établi par M. Paul BAUDRY, Mme Magali KABOUS et M. Alexis MEDINA

Les éléments qui suivent sont rédigés en français dans le présent rapport pour des raisons de
cohérence, mais le jury tient à rappeler aux candidats que l’épreuve se déroule en espagnol.

Quatre sujets ont été proposés aux candidat.es admissibles au cours de la session 2024. Les voici dans
l’ordre d’apparition lors de ladite session :
 Une séquence filmique de Libertador, Alberto ARVELO, Venezuela-Espagne, 2013,118’,
Arcadès-Zylo (01:16:55-01:20:22, minutage de l’édition DVD officielle).
 Un extrait de El celoso extremeño, Miguel DE CERVANTES, Novelas ejemplares [1613], éd.
Harry Sieber, Madrid, Cátedra, 1992 (2005), col. Letras hispánicas, vol. II, p. 111-113.
 Un extrait de Josefina CARABIAS, Azaña. Los que le llamábamos don Manuel, Barcelone, Seix
Barral, 2021, p. 153-155.
 Un extrait de La fuerza de la sangre, Miguel DE CERVANTES, Novelas ejemplares [1613], éd.
Harry Sieber, Madrid, Cátedra, 1992 (2005), col. Letras hispánicas,vol. II, p. 100-102.

Remarques générales

Comme peuvent le constater les candidat.es, la liste ci-dessus montre que les pronostics sur les sujets
des oraux d’admission sont inutiles. Toutes les questions au programme sont susceptibles de tomber,
en revanche certaines ne tombent pas chaque année, enfin certaines peuvent tomber deux fois sur une
même session. Le roman La muerte de Artemio Cruz, n’a pas fait l’objet d’un sujet cette année, alors
qu’il a été proposé deux fois durant la session 2023.

Par ailleurs, nous signalons que cette année le programme comportait une spécificité : deux œuvres
figurant dans le libellé officiel du programme –Libertador pour la question sur Bolívar et Azaña. Los que
le llamábamos don Manuel pour la question sur la Seconde République– ne pouvaient faire l’objet d’une
interrogation que lors des épreuves orales d’admission.

Les sujets proposés pour l’Explication en langue étrangère sont tirés de l’ensemble des œuvres au
programme de l’agrégation interne, aussi bien en littérature, en civilisation qu’en arts visuels. Par
conséquent, il convient de ne pas faire d’impasse sur la préparation de chaque question afin de
respecter l’esprit pluridisciplinaire qui préside à ce concours. Après avoir évité cet écueil, n’oublions pas
que la prestation orale est le résultat d’un travail rigoureux en amont sur les supports proposés mais
aussi sur la méthode spécifique que leur étude présuppose. Ce sont les connaissances universitaires
qui permettent d’enrichir la lecture critique, de contextualiser avec pertinence le sujet et de ne pas
tomber dans des contre-sens fâcheux. Ainsi, dans la mesure où la préparation sur place se déroule en
temps limité, il est impossible d’improviser une analyse, si ce n’est pour proposer une paraphrase creuse
et psychologisante qui ne répond pas aux attentes de l’exercice. En effet, tout survol qui se contente de
gloser les extraits est à proscrire, car c’est l’analyse formelle qui doit être au cœur de la démarche de
chaque exposé : non pas pour tomber dans un formalisme stérile mais pour veiller constamment à relier
la forme (rhétorique, grammaticale, filmique) au sens et à l’interprétation. La rigueur de la méthode doit
être absolue dans la mesure où l’épreuve cherche à vérifier la capacité de chaque candidat.e à plonger
dans la matérialité des supports pour pouvoir ensuite les expliquer à des élèves. Cette compétence
présuppose une maîtrise assurée des outils analytiques afin de faire émerger l’implicite dans chaque
document à partir de ses choix stylistiques et de sa structure. Par ailleurs, c’est l’analyse de détail qui
permet de prendre la distance nécessaire, par exemple, pour formuler une problématique pertinente
mais surtout spécifique pour le sujet qui est échu. Enfin, rappelons que la maîtrise du temps fait partie
des attentes de l’exercice et qu’il faut savoir synthétiser ou développer en fonction de cette variable.

Pour cette session 2024, le jury se félicite d’une assez bonne préparation globale chez les candidat.es
qui semblent ne pas avoir fait d’impasse sur les œuvres au programme. Leurs prestations démontrent
des connaissances méthodologiques et linguistiques globalement adaptées aux différents supports
proposés (filmique, littéraires et historiques), ainsi qu’aux époques étudiées.

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Format de l’épreuve et attentes du jury

1. Connaissance des œuvres

Le jury ne saurait que trop conseiller aux candidats de commencer par lire ou visionner plusieurs fois
les œuvres au programme avant de commencer à ficher le corpus critique. Cette première approche,
personnelle et indispensable, doit faire l’objet d’une appropriation active, grâce à la prise de notes et à
la réflexion sur des pistes de lecture qui permettent d’amorcer leur étude. Cette étape est d’autant plus
nécessaire que l’espagnol du XVIIe siècle dans les Novelas ejemplares de Cervantès, le jeu sur les
pronoms et les points de vue dans La muerte de Artemio Cruz de Carlos Fuentes, la mise en scène du
contexte historique révolutionnaire dans Libertador d’Alberto Arvelo ou encore les enjeux mémoriels
dans l’évocation de la Seconde République espagnole dans Azaña. Los que lo llamábamos don Manuel
de Josefina Carabias, présupposent un premier exercice de déblayage pour s’assurer de leur
compréhension littérale avant d’entamer des lectures et visionnages plus approfondis. Les candidat.es
qui procèdent à l’inverse, en s’imprégnant d’abord de la critique pour ensuite aborder les supports, ont
souvent tendance à plaquer sur les documents proposés des interprétations, parfois mal maîtrisées.
Par ailleurs, connaître des œuvres c’est aussi être capable de naviguer avec aisance dans leur structure
et dans les références qu’ils mobilisent afin d’effectuer, le cas échéant, des rapprochements pour
éclairer la spécificité du fragment à étudier. En effet, la capacité à situer l’extrait dans l’économie globale
de l’œuvre présuppose une vue d’ensemble pour comprendre sa fonction au service du sens. Enfin,
chaque support s’inscrit dans un univers référentiel explicite ou implicite (littéraire, historique,
cinématographique) qu’il convient d’appréhender pour se préparer à l’exercice de l’Explication en
langue étrangère.

2. Langue et aptitude à la communication

Nous rappelons que cette épreuve se déroule intégralement en espagnol. Cette explication en langue
étrangère durant une heure au total (en incluant le thème oral), il est essentiel que les candidat.es
maintiennent, tout au long de celle-ci, une qualité de langue uniforme, parviennent à rester concentré.es,
et fassent preuve d’une attitude adaptée au concours.

Les exigences linguistiques sont élevées. Il ne suffit pas de parler un espagnol correct pour obtenir un
concours de l’agrégation. Le barème valorise la précision de la langue, sa richesse, voire son élégance.
Outre la correction grammaticale et la variété du lexique employé, le jury reste attentif à la bonne
accentuation, à l’intonation et à la conviction du candidat ou de la candidate. Il est aussi sensible à sa
capacité à communiquer, compétence attendue chez des collègues qui sont déjà en poste depuis
plusieurs années. Divers éléments de savoir-être sont aussi appréciés, en particulier durant l’entretien.
Nous les détaillerons dans les deux sous-parties suivantes.

a. L’exposé

Le temps d’exposé dure 30 minutes au maximum. Les candidat.es sont invité.e.s à employer ce temps
au maximum, sans délayer inutilement et sans précipitation exagérée. Durant cette demi-heure, une
qualité d’expression uniforme doit être rigoureusement maintenue. Par ailleurs –sauf pour la séquence
filmique, cela va de soi–, les candidat.es doivent au cours de ce temps lire un fragment du texte qui leur
aura été indiqué durant la préparation. Ils ou elles peuvent situer cette lecture expressive au moment
qui leur semble le plus opportun, en prenant soin de le signaler au jury.

Correction de la langue : se présenter à l’agrégation interne implique de maîtriser une langue


modélisante. Le niveau de langue entendu en 2024 était globalement à la hauteur des attendus. Les
erreurs que nous relevons ci-après sont sensiblement celles qui sont signalées chaque année :

- Barbarismes verbaux (nul besoin de signaler que ceux-ci sont très lourdement sanctionnés) et
barbarismes lexicaux ;
- Régime prépositionnel : « pensar en », « a la línea 25 » ou « al minuto » ;
- Déplacement d’accents encore bien trop fréquents et dommageables. Nous distinguons les
déplacements lexicaux des déplacements des accents verbaux, notamment sur le prétérit ;
- Solécismes et mal-dits dus à un calque du français ;
- Fautes d’accord en genre et en nombre ;
- Incohérence dans l’utilisation des temps verbaux ;

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- Plus rarement : confusion entre « ser » et « estar », non respect de la règle du « a » devant un
COD de personne ;
- Maîtrise des registres de langue (le jury attire l’attention sur la nécessité de maintenir, tout au
long de l’épreuve et sans relâchement aucun, un niveau de langue soutenu);
- Éviter à tout prix d’écorcher les noms propres (œuvres, auteurs et autrices). On n’appelle pas les
auteurs et autrices par leur prénom.

Prononciation : Les erreurs les plus fréquentes sont les suivantes : confusion « en » et « an »,
nasalisation du « an », « am », les fricatives sourdes remplacées par des fricatives sonores, prosodie,
déplacement accentuel, etc. En termes de prononciation, nous nous permettons ce rappel important
pour lequel nous citons le rapport 2023 : « Nous rappelons que toutes les différentes variantes de
prononciation de la langue espagnole sont acceptées, qu’elles proviennent des divers pays et régions
du continent américain ou de la péninsule ibérique. Nous souhaitons pourtant une certaine stabilité dans
les accents performés : ainsi, soit le phonème /z/ est interdental, soit il est alvéolaire, mais il ne peut
alterner de l’un à l’autre » (Calle Jordá, p. 54).

La richesse de la langue, lexicale et conceptuelle, est essentielle. Une langue plate et répétitive sera
un frein évident à l’obtention d’une excellente note. Lorsque des expressions telles que « dice que »,
« hay » ou « vemos que », sont trop récurrentes dans un exposé, cela dénote une tendance à la
paraphrase et au catalogue.

Gestion des notes, brouillons et support textuel : dans l’ensemble, les candidat.es font preuve d’un
effort de communication. Il n’est pas attendu du candidat qu’il récite par cœur. En revanche, celui ou
celle qui ne lève jamais le nez de ses notes coupe la communication avec son auditoire. La gestion des
brouillons donne également des indications sur les capacités organisationnelles des candidat.es, leur
rigueur et la maîtrise de la pression pendant l’épreuve.

Le jury évalue également la clarté du propos, qui est liée à divers paramètres : le volume sonore doit
être maîtrisé, le débit ne doit être ni trop lent ni trop rapide, l’articulation doit être soignée sans être
caricaturale, il convient de proscrire un ton monocorde ou excessivement théâtral ; enfin, il convient de
maintenir un contact visuel avec tous les membres du jury (bien que ceux-ci soient parfois absorbés
par leur prise de notes).

b. L’entretien

Le ou la candidat.e est invité.e à ne pas faire preuve de relâchement lors de l’entretien en imaginant
que « le plus gros est fait ». L’entretien est un moment très précieux, qui influe beaucoup sur la note,
car, outre le fait qu’il permette aux candidat.es de préciser des éléments d’analyse, il donne l’occasion
aux membres du jury d’écouter une langue espagnole plus spontanée, d’observer la capacité d’écoute
des questions au moment où elles sont formulées, ainsi que la qualité et la précision des réponses
apportées.

Les candidat.es ne doivent pas tirer de conclusions positives ou négatives à l’issue d’un entretien qui
ne durerait pas exactement 15 minutes. Nous rappelons que ce temps est une durée maximum. Les
trois membres du jury estiment au cas par cas le temps dédié aux questions pour la juste évaluation du
ou de la candidat.e. Quoi qu’il en soit, ce temps est toujours mis à profit et de nombreuses questions
sont posées. Celles-ci peuvent prendre différentes formes : on peut demander aux candidat.es de
répéter un mot que le jury a mal entendu, de préciser ou de reformuler une idée ; le jury peut également
les inviter à approfondir un point, à explorer des nouvelles pistes. Il est donc fortement conseillé d’être
attentif.ve à la manière dont la question est formulée. On peut demander « una pequeña precisión »,
« una respuesta sintética », ou au contraire « que ahonde en… », « que desarrolle algo ». Cette forme
est déterminante pour comprendre l’extension de la réponse attendue. L’écoute de la question permet
d’offrir une réponse calibrée et met à l’abri du hors sujet. Les questions sont de nature variée et peuvent
reprendre l’exposé dans l’ordre ou non. C’est pourquoi le ou la candidat.e doit adopter une attitude de
disponibilité pour ce qui constitue un véritable temps d’échange. Lorsque la question est posée, le jury
apprécie qu’elle soit écoutée en entier. Il est fréquent que le membre du jury soit coupé, souvent par
un.e candidat.e stressé.e. Une fois la question posée, le ou la candidat.e peut prendre quelques
secondes pour consulter ses notes, le document d’appui ou pour réfléchir.

Les candidat.es doivent être persévérant.es et combati.ves pour défendre au mieux leur lecture du
document. Nul besoin de revenir sur l’ensemble du propos pour l’invalider en bloc. La question posée

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lors de l’entretien n’implique pas que le point évoqué ait été totalement faux lors de l’exposé. Nous
avons en effet vu souvent des candidat.es douter, à tort, de toutes leurs affirmations précédentes. Les
candidat.es doivent aussi faire preuve d’humilité et d’honnêteté intellectuelle. S’ils ignorent totalement
la réponse à la question, il est préférable de le signaler afin de laisser place à une nouvelle question qui
sera plus profitable. Dans tous les cas, le ou la candidat.e ne doit jamais se sentir attaqué ni se laisser
gagner par une trop grande susceptibilité. Le jury est bienveillant, curieux d’écouter les réponses et son
objectif est de tirer le meilleur de chacune des prestations.

3. Maîtrise méthodologique et épreuves 2024

Dans chacune des sous-parties suivantes, vous trouverez un rappel théorique suivi d’une application
liée aux sujets précis de cette session.

a. Introduction

Accroche, situation et contextualisation de l’extrait. Il convient d’amorcer l’introduction par des


propos qui dégagent rapidement la spécificité du sujet, en évitant à tout prix la récitation de cours.
L’originalité n’est pas à bannir mais c’est surtout la pertinence des apports qui est valorisée. Afin d’affiner
sa démarche, le ou la candidat.e doit se poser la question suivante : quelles connaissances
contextuelles et/ou conceptuelles sont-elles indispensables en amont de mon explication afin de mettre
en évidence le sens de cet extrait et de le mettre à la portée de mon auditoire ? À cette étape du
concours, la tentation est grande de faire étalage de ses lectures alors qu’il s’agit, au contraire, de savoir
les hiérarchiser et d’opérer des choix pour introduire un fragment singulier, unique dans ses enjeux et
dans les rapports qu’il tisse avec l’ensemble de l’œuvre. Cette mise en perspective permet de vérifier
l’absence de contre-sens mais aussi de justifier la formulation de l’axe d’étude.
Problématique. La question proposée doit contenir les mots-clés qui synthétisent l’articulation de la
forme au sens. Son ancrage, son point de départ, est prioritairement formel, et doit cheminer de
l’explicite vers l’implicite, en tenant compte de la nature de chaque support. Ni trop courte, ni trop longue,
la problématique doit être intelligible dès la première lecture.
Découpage de l’extrait ou annonce du plan. Les sous-parties proposées par le ou la candidat.e ne
doivent pas se contenter d’un séquençage descriptif. La formulation de titres permet de problématiser
d’emblée la lecture critique de l’extrait, en mettant en tension des concepts narratologiques,
historiographiques ou filmiques qui serviront de garde-fous contre la paraphrase.

Propositions de problématique et d’axes d’études pour les quatre sujets 34

Arvelo - « ¿Cómo, en esta secuencia transicional entre cruce de los Andes y batalla del puente de
Boyacá, se confirma el papel de Bolívar como jefe militar inspirador, acompañado de un colectivo a la
vez heterogéneo y unido? Aparece como un verdadero pilar, un referente al nivel visual y sonoro ».

(Éviter le « Épisode-clé de la vie de Bolívar » puisque chacun des épisodes du biopic en est un. Éviter
« l’héroïsation » ou la « dichotomie homme privé-héros public » puisque c’est le propos de tout le film)

Cervantes, « El celoso extremeño » - « ¿Cómo este fragmento contribuye a la elaboración del


personaje principal? Se anuncian celos fuera de lo común, el control absoluto de la esposa (la patología
del personaje / los celos patológicos), así como elementos que crean una distancia respecto al
personaje ».

Carabias - « ¿De qué manera esta crónica de los primeros meses del bienio reformista expone un
clima político y social entre esperanza y recelo? ».

(Éviter des problématiques axées sur l’histoire de la 2de République en général, sur Azaña, « absent »
du fragment ou sur le « mécontentement » sans plus de détails).

Cervantes, « La fuerza de la sangre » - « ¿Cómo mediante el juego de miradas se resuelve de manera


ejemplar el caso planteado en esta novela? ¿Cómo se prepara el desenlace? »

(Éviter, pour les deux fragments cervantins, une problématique telle que « ¿En qué medida esta novela

34
Nous remercions les collègues correcteurs et correctrices qui ont imaginé ces problématiques. Il va de soi que ces problématiques ne sont que
des propositions et que d’autres perspectives ou formulations étaient recevables si justifiées.
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es ejemplar? » ou toute problématique sur la psychologie de ces êtres de fiction).

Éléments d’introduction pour chaque sujet

Arvelo, Libertador
Il était essentiel dès l’introduction d’identifier synthétiquement mais précisément le type de long métrage.
Les candidat.es pouvaient dire qu’il s’agit d’une fiction historique épique, d’un biopic grand public, d’un
film à gros budget au langage filmique accessible et conventionnel, etc. Il était aussi utile en introduction
de citer l’intégralité des personnages intervenant dans la séquence. Le contexte historique devait être
brièvement rappelé, mais sans que cela ne constitue un point d’analyse à développer. Surtout pas dans
le but de comparer le film et les faits historiques. Toute critique négative de l’absence de conformité est
un faux procès fait à une fiction.

Le découpage en sous-séquences est un préalable utile à une analyse claire. La problématique est
indispensable. Elle seule permet de sélectionner les éléments audiovisuels à conserver dans l’analyse.
Faute de problématique, l’on assiste à des développements non hiérarchisés, à des catalogues stériles
de plans, à des empilements de techniques non reliées au sens. Enfin, la problématique doit mettre en
évidence la spécificité de cette séquence dans le film. Héroïsation, collectif et individu, mythification,
sont des thématiques trop générales qu’il convient d’affiner en fonction de la singularité de la séquence
telle qu’elle est découpée par le jury.

Cervantes, « El celoso extremeño » et « La fuerza de la sangre »


Tout d’abord, la bibliographie monumentale autour de ce classique pouvait conduire les candidat.es
vers des digressions injustifiées. Nous rappelons que les éléments de l’introduction, surtout dans le cas
d’un auteur aussi canonique, ne doivent servir qu’à mieux analyser la spécificité de l’extrait retenu pour
l’oral.

Après le succès de la première partie du Quichotte, Cervantès reprend un genre italien en vogue, la
novella, pour en faire un espace d’expérimentation tantôt narrative tantôt thématique. « El celoso
extremeño », septième récit des Novelas ejemplares, se distingue des autres par son souci du détail,
la présence d’un antihéros ou encore son dénouement funeste. Le protagoniste est un indiano, un
Espagnol qui a fait fortune en Amérique et vient de rentrer à Séville pour profiter de sa fortune. Le récit
introspectif explore, plus particulièrement, ses motivations pour se marier, décision qui se précipite dès
qu’il aperçoit la jeune et charmante Leonora.

En revanche, « La fuerza de la sangre » propose d’emblée un croisement plus baroque entre


iconographie et récit : le protagoniste, Rodolfo, observe le portrait d’une jeune fille hideuse qui s’oppose
à la beauté parfaite de Leocadia. Cette image, proposée par sa mère, a pour but de l’inciter à épouser
la jeune fille qui est sur le point d’entrer, d’autant plus que ce jeune noble l’avait violée et qu’elle arrive
avec Luisico, fruit de ce rapport charnel non consenti. Le dénouement autour du mariage revient dans
d’autres nouvelles, certes, mais c’est le rôle de l’image dans son surgissement et sa fonction dans le
dénouement qui constitue l’originalité de ce récit.

Carabias, Azaña. Los que le llamábamos don Manuel.


Il était important de rappeler que l’extrait est tiré d’une chronique rédigée par Josefina Carabias dans
les années 1970, plusieurs décennies après les faits abordés. Josefina Carabias était journaliste et
proche des protagonistes à l’époque des faits qu’elle retranscrit. Il s’agit d’un témoignage proposant un
point de vue personnel sur Manuel Azaña et les premières années de la Seconde République. Il
convenait, en outre, d’identifier le contexte historique auquel le fragment fait référence : il ne s’agit pas
de la Seconde République en général, mais d’un moment très précis du « bienio reformador », à savoir
le printemps 1932, soit les mois précédant l’adoption de la Réforme agraire. L’étape de contextualisation
ne devait pas servir de prétexte à un long développement sur la Seconde République ou sur le
personnage d’Azaña, qui n’est pas du tout mentionné dans cet extrait. Ce dernier s’articule autour de
deux mouvements. Le premier porte sur les fractures au sein du camp républicain, entre les républicains
modérés, attachés à préserver l’ordre social et assurer la stabilité du nouveau régime, et les républicains
de gauche –notamment les socialistes–, qui s’impatientent face aux réformes attendues (l. 1-18). Le
deuxième mouvement se focalise sur les espoirs et les craintes suscités par le projet de Réforme Agraire
(l. 18-41).

b. Développement

Le jury n’attend pas des candidat.es une analyse exhaustive des documents, mais évalue la capacité à

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sélectionner et à hiérarchiser les éléments les plus importants dans une explication structurée par une
problématique servant de véritable fil conducteur. Les candidat.es ne sauraient oublier leur
problématique après l’avoir annoncée au début de leur explication, pour la redécouvrir à la fin de leur
propos, dans la conclusion : elle doit guider l’analyse tout au long du développement. Le jury insiste
donc sur l’importance des transitions entre les différents moments de la démarche analytique et invite
les candidat.es à éviter des passages abrupts d’une partie à l’autre par le biais de formules du type
« Ahora pasamos al segundo movimiento ». Un commentaire par axes thématiques est recevable, mais
le jury conseille de privilégier une explication linéaire, qui permet de mettre en évidence la construction
et la progression du document.

Chaque type de document requiert des outils d’analyse adaptés. On n’analyse pas une séquence
filmique, un texte littéraire ou un document historique de la même manière. Par exemple, l’approche
littéraire n’était pas la plus pertinente pour commenter la chronique de Carabias, dans la mesure où ce
genre est à la croisée entre histoire et mémoire subjective. Le jury attendait donc des candidat.es une
bonne maîtrise des outils méthodologiques propres à chacun des documents proposés (séquence
filmique, texte littéraire, chronique). Toutefois, un repérage de figures de style ou de types de plans
présenté sous la forme d’un catalogue ne saurait tenir lieu d’interprétation. Il convient donc de toujours
veiller à mettre en lien le fond et la forme pour rendre compte du sens du document. Le jury a déploré
des explications proposant une analyse superficielle des documents, fondée sur la paraphrase, mise
en évidence par des expressions telles que « Aquí vemos », « Aquí hay », « En esta línea se observa ».

Pistes de développement pour chaque sujet.

Arvelo, Libertador
Après l’exploit andin (plan précédent de Bolívar et O’Leary dans une nature blanche et hostile) et avant
l’impressionnante bataille de Boyacá (une séquence-démonstration de force de la part du réalisateur
aussi !), les personnages élaborent des stratégies, enterrent les morts de la traversée, Bolívar théorise
le combat indépendantiste puis passe ses troupes en revue. Cette séquence est l’une des seules du
film où les hommes et femmes se réunissent autour de lui de façon unanime, Santander inclus.
L’adhésion est inconditionnelle et tacite.

La séquence présente un échantillon très varié de techniques filmiques. Cela fournit une matière riche
aux candidat.es mais les confronte en contrepartie à une nécessaire sélection. Voici quelques idées
principales assorties de techniques qui pouvaient alimenter la problématique énoncée précédemment.
La musique –phases instrumentales ou chantées-, fonctionne comme élément d’unification qui englobe
les sous-séquences qui s’enchaînent harmonieusement. Le montage de la séquence est relativement
vif durant les deux premières minutes, avant de passer à un final où le temps se dilate (ralenti, distorsion
du son). Les dialogues (in, off ou hors champ, voire en « voix-je ») sont peu nombreux mais cruciaux.
Ils sont retranscrits sur le sujet distribué aux candidat.es et doivent être cités de façon pertinente. La
terre pour laquelle l’armée bolivarienne lutte est représentée ici par le biais d’une nature clémente,
accueillante, consolatrice (caches végétaux, lens flare, lents travellings d’exploration…). Arvelo est
friand de plans régis par la symétrie et cette séquence ne fait pas exception : équilibre dans la rencontre
entre Santander et Bolívar, séquence du hamac filmée en plongée totale (plan zénithal), triangle des
hommes, femmes, enfants et chevaux prêts à partir à l’assaut du pont… Toutes les échelles de plan
sont utilisées, du gros plan (sur des parties du corps) ou plan détail (sur des objets) au plan le plus large
possible filmé à l’aide d’un drone. Bolívar, bien qu’héroïque et transcendant, n’est ici presque jamais
seul. Il est toujours encadré, accompagné, dans des plans relativement chargés. La séquence est
empreinte de lyrisme, d’une certaine douceur et d’une sensation de recueillement autour des morts,
avant un autre combat fatal à Rooke. Il ne suffisait pas de l’affirmer mais il convenait de dire comment
cela était véhiculé par les outils filmiques. La sous-séquence des deux armées qui s’affrontent opposait
une armée espagnole froide et anonyme, seulement montrée lors de brefs contrechamps et une armée
hétérogène mais unie, embrassée par de nombreux plans collectifs ou individuels, menée par son chef
inspirant (un cerveau et une multitude de combattants formant un seul corps dans le champ).
Les références à d’autres séquences du film peuvent être éclairantes mais elles ne doivent pas se
multiplier ni se substituer à l’analyse de notre séquence. La critique cinématographique est aussi à
proscrire. Le film doit être pris pour ce qu’il est, un « blockbuster » made in Venezuela mettant les
stratégies discursives audiovisuelles au service d’une image positive et romantique de Bolívar, une
nouvelle pierre à l’édifice du mythe bolivarien, ici revisité.

Cervantes, Novelas ejemplares « El celoso extremeño » et « La fuerza de la sangre »


Dans « La fuerza de la sangre » de Cervantès, il convenait de relever la structure des différentes
actions enchâssées, racontées depuis différents points de vue, dans cette scène qui précède

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l’anagnorisis où Rodolfo reconnaît Leocadia et qui témoignait d’une grande théâtralité. En effet, le jeu
de regards, avec la mère de Rodolfo qui observe son fils en train de contempler un portrait, amorce un
monologue théorique sur la beauté féminine, critère indispensable à l’innamoramento. L’arrivée de
Leocadia, déshonorée des années auparavant par ce jeune noble, suscite un « miracle », dans la
mesure où elle apparaît comme l’incarnation de cet idéal, précédemment énoncé par Rodolfo. Malgré
cette infamie, Leocadia est invitée, avec son fils Luisico, fruit de cette union illégitime, à s’asseoir à la
table d’Estefanía, ce qui préfigure leur intégration dans la famille de Rodolfo. Ainsi, ce dénouement
permet non seulement de réparer la faute commise par Rodolfo mais aussi de répondre aux critères
religieux post-tridentins. L’exemplarité de la « novela » réside donc dans cette rédemption du péché qui
s’opère grâce à la figure d’Estefanía, véritable metteuse en scène baroque qui mobilise des images
(littéraires et iconographiques) pour susciter la transformation morale des personnages.

Dans « El celoso extremeño», comme dans l’ensemble des Novelas ejemplares, on retrouvait aussi
le motif du mariage dans sa mise en tension avec le dénouement. En effet, Carrizales incarne
l’archétype de l’indiano qui a fait fortune en Amérique. Il s’agit ici d’un homme âgé qui, de retour à
Séville, se propose désormais de mener une vie plus paisible et de profiter de son argent. Le discours
indirect qui rapporte cette résolution se caractérisait par l’isotopie de l’imparfait au moment de faire le
bilan de son parcours. Marqué par un registre délibératif, celui-ci rapportait un dilemme –savoir s’il était
trop tard ou pas pour se marier–, d’autant plus que sa jalousie maladive pourrait l’en empêcher. Par
contraste, à partir de la ligne 19, le prétérit introduisait une rupture narrative qui précipitait sa résolution.
Au discours direct, cette fois-ci, Carrizales prend la décision d’épouser une jeune fille qu’il aperçoit à
une fenêtre –on notera au passage l’asymétrie entre les deux personnages-, projet qu’il entreprend de
mener à terme comme le montrent les périphrases verbales d’obligation. Ainsi, dans les deux novelas,
Cervantès reproduit certes des types sociaux de son époque mais il les confronte aussi à des situations
extrêmes afin de dégager le rôle du libre arbitre et leur part d’humanité.

Pour ces deux extraits, même si la spécificité du lexique propre au XVIIe siècle espagnol était
globalement maîtrisée par les candidats (« ser pródigo », « ser miserable » etc.), le jury déplore une
tendance à la paraphrase, face à des textes qui n’étaient dénués ni d’humour ni de malice. En effet, le
plaisir du texte cervantin présupposait aussi de s’arrêter sur les structures rhétoriques et argumentatives
qui parodiaient des raisonnements inutiles ou qui révélaient la présence d’un narrateur capable de rire
sous cape. Ces marqueurs d’ironie, tout comme d’autres paramètres qui caractérisent la situation
d’énonciation (nature du narrateur, focalisations, points de vue), ont été souvent dissociés du sens,
voire expédiés en introduction. À nouveau, même si la compréhension globale des fragments était
satisfaisante, l’Explication de texte en langue étrangère reste un exercice d’analyse littéraire qui invite
le ou la candidat.e à réfléchir d’abord sur la textualité de cet extrait, sans en faire un prétexte pour des
développements sur l’histoire littéraire ou encore susciter une paraphrase verbeuse et psychologisante,
sans ancrage narratologique.
Remarque générale : en dépit des violences abordées dans les nouvelles de Cervantès qui peuvent
heurter aujourd’hui les lecteur.trices, il était maladroit et anachronique d’interpréter ces récits littéraires
du Siècle d’Or à la lumière de problématiques contemporaines.

Carabias, Azaña. Los que le llamábamos don Manuel


Cet extrait d’une chronique, qui évoque une période historique à travers le prisme de la mémoire, devait
faire l’objet d’une analyse qui distingue les faits du point de vue personnel qui les reformule sous forme
de témoignage. Une approche exclusivement littéraire n’était donc pas pertinente. La distance entre le
contexte d’énonciation et les faits abordés est cruciale pour mesurer le degré de subjectivité introduit
par l’autrice.

Le jury attendait des candidat.es qu’ils et elles soient en mesure d’expliciter plusieurs références
historiques présentes dans le texte, faute de quoi l’explication risquait de tomber dans la paraphrase :
la vision conservatrice qu’Alcalá Zamora avait de la République et qu’il justifiait par le besoin d’élargir
la base sociale et politique du nouveau régime en direction des catholiques et des monarchistes (l. 4-
5), le refus du gouvernement de dissoudre les Cortes constituantes une fois la nouvelle Constitution
approuvée, par peur de la division du camp républicain en cas de nouvelles élections (l. 8-9), l’impact
de la crise de 1929 sur l’économie espagnole (l. 17-20), la prépondérance de la grande propriété en
Andalousie et en Estrémadure (l. 19), l’agitation sociale, notamment à la campagne (l. 31-32).

Deux aspects essentiels du texte méritaient d’être commentés. D’un côté, outre la division du paysage
politique entre monarchistes et républicains, le fragment évoque l’hétérogénéité et les divisions du camp
républicain, qui se déchire sur la mise en œuvre concrète des réformes jugées nécessaires. Par ailleurs,
il convenait de comprendre le point de vue subjectif de l’autrice, bien que celle-ci prétende à la véracité

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(« la verdadera situación » l. 25 ; « eso es la verdad » l. 34) et légitime son propos en évoquant ses
reportages (« yo hablé con ellos », l. 24, « yo lo he visto » l. 34). Pour éclairer la vision personnelle de
Josefina Carabias, il était nécessaire d’identifier clairement les différents points de vue et les groupes
politiques et sociaux auxquels l’autrice donne la parole par l’emploi du discours direct : les
conservateurs (l. 11), les capataces (l. 21), les petits propriétaires, qui se sentaient menacés par la
perspective de la Réforme Agraire et pris en étau par le pouvoir des grands terratenientes et la méfiance
des jornaleros (l. 35-41). En revanche, les principaux bénéficiaires de la Réforme Agraire encore à venir,
les travailleurs agricoles, ne s’expriment qu’indirectement, à travers les propos de l’autrice elle-même,
qui joue un rôle de médiation (« ellos dicen que », l. 33-34), alors que celle-ci expose longuement le
point de vue des petits propriétaires, trahissant ainsi sa sympathie pour ce groupe social.

Ce texte nous invitait à aborder la complexité de la situation politique et sociale de l’Espagne de 1932
et à dépasser les visions strictement binaires : républicains-monarchistes, propriétaires terriens-
travailleurs agricoles. L’explication devait donc se centrer sur l’expression des espoirs, des
appréhensions et des déceptions suscitées par la République, un an après sa proclamation, et
notamment par un de ses projets emblématiques, la Réforme agraire, dans l’ensemble du spectre
politique et des couches sociales. Toute analyse cherchant à présenter la Seconde République comme
une antichambre de la Guerre civile était donc à proscrire.

c. Conclusion

La conclusion est trop souvent négligée, sans doute faute de temps, alors qu’il s’agit d’une étape
déterminante de la démonstration. Elle permet d’apporter des éléments de réponse à la problématique
posée en introduction et assure ainsi la cohérence générale de l’explication. Il ne s’agit en aucun cas
d’une simple répétition de l’analyse déjà proposée dans le développement mais d’une reformulation des
points forts de l’explication permettant de clore le propos. La conclusion est l’occasion d’ouvrir de
nouvelles perspectives et donc de dépasser l’analyse du document précis, mais le jury met en garde
les candidat·es contre des ouvertures hasardeuses fondées sur des lieux communs ou des
comparaisons artificielles et peu pertinentes.

Quelques mots-clés de conclusion pour chacun des sujets :

- Libertador :
Synthèse et Ouvertures potentielles « Tono poético lírico aplicado a una secuencia mórbida,
desrealización de la violencia, mensaje unificador, suspensión, paréntesis, trascendencia, propaganda.
Caos y discrepancias en las secuencias siguientes ».
Le film peut s’inscrire dans la continuité de l’américanisme bolivarien prolongé entre autres par José
Martí dans Nuestra América et réactualisé à de multiples reprises jusqu’à nos jours. Citer en contrepoint
le film Bolívar soy yo de Jorge Alí Triana.

- Novelas ejemplares (à adapter à chacun des deux textes proposés) :


Théâtralité, baroque, jeux de regard, jalousie, etc. pour la partie synthèse. Échos avec d’autres
nouvelles (en particulier celles d’inspiration byzantine), statut de la femme, contexte moral post-tridentin,
pour l’ouverture.

- Azaña. Los que le llamábamos don Manuel :


Synthèse : « Heterogeneidad y fractura de la coalición republicana. Reforma agraria que se está
tramitando. Disenso entre los actores sociales del campo. Punto de vista subjetivo. Empatía de la autora
hacia los pequeños propietarios ».
Ouverture : « Compromiso político de la periodista. Sanjurjada (1932). Adopción de la ley de Reforma
Agraria. Masacre de Casas Viejas. Caída del gobierno de Azaña ».

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ÉPREUVE DE THÈME ORAL
Rapport établi par M. Laurent Marti

Rappel des modalités de l’épreuve


Le thème oral se déroule à la suite de l’explication en langue espagnole d’un texte ou d’un document
iconographique extrait du programme et son évaluation est intégrée à cette même épreuve. À l’issue
de l’entretien de l’épreuve d’explication en langue étrangère, le candidat se voit ainsi remettre un texte
en français d’environ 150 mots, tiré d’œuvres françaises modernes des XIXème, XXème et XXIème
siècles. La durée totale de cette partie de l’épreuve est de 15 minutes. Le candidat dispose d’abord de
5 minutes pour prendre connaissance du texte et préparer sa traduction. Au cours de cette préparation
il peut annoter directement le sujet ou utiliser un brouillon s’il le souhaite, mais pourra difficilement
rédiger intégralement sa traduction compte tenu du temps dont il dispose. Le candidat devra ainsi
procéder à une lecture attentive de l’ensemble du texte afin d’en saisir rapidement le sens et, surtout,
de repérer les principales difficultés de traduction (verbes « être » et « devenir », les passés composés,
les gérondifs, les participes présents, l’expression de l’obligation, de la concession, les structures
corrélatives et comparatives, le pronom relatif « dont », le pronom indéterminé « on »…). Après les 5
minutes de préparation le candidat dispose de 10 minutes pour dicter sa proposition de traduction au
jury. Il veillera alors à adopter un rythme qui permette au jury de prendre en note l’intégralité de sa
traduction -sans qu’il n’ait à préciser la ponctuation ni les accents graphiques- et tâchera de se ménager
quelques minutes pour échanger avec le jury. En effet, si les 10 minutes de cette partie de l’épreuve ne
sont pas épuisées, le jury mettra le temps restant à la disposition du candidat pour que ce dernier puisse
améliorer sa proposition. Dans un premier temps il lui proposera de revenir spontanément sur un ou
plusieurs passages de sa traduction, pour lui demander ensuite s’il souhaite maintenir sa proposition
pour un segment du texte que le jury lui aura préalablement relu et, finalement, s’il peut affiner sa
proposition de traduction d’un segment du texte que le jury lui aura également relu. En cas de doute, le
candidat pourra également demander au jury de lui relire en espagnol la proposition qu’il a dictée. Cette
reprise ayant pour seul objectif de permettre au candidat de corriger et/ou d’améliorer sa prestation et
de profiter au mieux des 10 minutes de l’épreuve il ne devra pas être déstabilisé par les interventions
du jury, qui pourront s’enchaîner avec rapidité, tout en sachant que le jury ne cherche pas à le piéger
mais à lui permettre d’améliorer sa prestation.

La part du thème oral dans la note finale de l’épreuve en langue étrangère étant assez importante (25%),
il doit être préparé sérieusement en amont.

Conseils

Cet exercice, dont les exigences et les principes sont comparables à ceux du thème écrit, requiert
cependant une méthodologie sensiblement différente dans la mesure où le temps de préparation
extrêmement réduit de cette épreuve requiert une bien plus grande réactivité du candidat face aux
principales difficultés du texte ainsi qu’une capacité à hiérarchiser les difficultés (et, partant, la manière
de les résoudre) : en cas de doute, le candidat devra ainsi donner la priorité à la correction linguistique
sur la précision sémantique. Pour ce faire, lors de sa prise de connaissance du texte, son attention
devra se concentrer sur la compréhension (narrateur et/ou personnages, éléments spatio-temporels,
registre de langue…) et le repérage des structures grammaticales sensibles (temps du passé,
concordances, régimes prépositionnels…). C’est sur ces points de grammaire et de vocabulaire courant
que le futur agrégé sera valorisé ou, au contraire, sanctionné. Le jury a parfaitement conscience qu’un
lexique plus spécialisé exige un temps de réflexion dont le candidat ne dispose pas au cours de cette
épreuve, il conviendra donc de traduire par un équivalent ou un terme approximatif -voire une
périphrase- tout mot inconnu plutôt que de tenter une traduction pouvant entraîner un barbarisme,
lourdement sanctionné.

Il convient également de rappeler que, lors de la dictée ou de la reprise, le candidat devra indiquer
clairement la proposition devant être retenue par le jury et que ce dernier n’a pas à approuver la
correction proposée. Le candidat veillera ainsi à ne pas proposer ses modifications sous forme
d’interrogations et, dans la mesure où c’est la dernière proposition qui sera retenue, à prendre un
minimum de temps avant de reformuler un passage. Le stress et la durée très réduite de l’épreuve
pouvant parfois amener le candidat à proposer une deuxième traduction moins bonne que la première,
ou à corriger un élément du passage signalé qui ne présentait initialement pas d’erreur, il convient donc
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de consacrer quelques secondes à l’analyse du passage indiqué par le jury afin d’y repérer la structure
à corriger.

Observations et remarques sur les textes de la session 2024

De manière générale le format et le déroulement de l’épreuve ont été compris et intégrés par les
candidats de cette session, tout comme le fait que le jury est là pour leur offrir une possibilité́ de se
reprendre pour s’améliorer. Aussi ont-ils très souvent mis à profit l’opportunité́ d’affiner leur propos initial,
ce dont le jury ne peut que se réjouir.
Nous allons désormais revenir sur certains points ou exemples concrets tirés des textes de cette
session.

Le texte de Benoîte Groult ne présentait pas de difficultés lexicales particulières mais la traduction de
quelques termes a cependant posé quelques problèmes aux candidats. Ce fut le cas de « fission »
(« fisión »), « étincelle » (employé dans un sens figuré, on pouvait le traduire par « destello », « luz »
ou « brillo » ; le terme « chispa », qui ne pouvait rendre ce sens figuré, était à proscrire) ou encore du
chiffre « un demi-milliard », qui a ainsi souvent été traduit par « *medio millar » au lieu de « medio
billión » ou « quinientos millones »). La concession exprimée par la forme verbale « dussions-nous »
n’a pas été perçue par de nombreux candidats et n’a ainsi pas été rendue en espagnol. En revanche,
la traduction du pronom indéterminé de 3ème personne français « on », du pronom relatif « dont » et de
l’expression de l’obligation impersonnelle exprimée par le verbe « falloir » n’a pas posé de difficultés
particulières aux candidats.

Dans le texte de Philippe Besson les principales erreurs ont porté sur la traduction du verbe
« devenir » (ici « quedarse » pour insister sur le résultat du changement et ses conséquences), de
l’expression de l’irréel du passé introduit en français par « comme si + indicatif » (mais par « como si +
subjonctif » en espagnol) et de la concession (« et si j’étais un peu surpris, je n’étais pas vraiment
inquiet » dans le sens de « aunque yo estaba un poco/algo sorprendido »). Le lexique de la
communication téléphonique a également posé des problèmes à un certain nombre de candidats
(traduction de « composer » un numéro, « sonnerie », « oreille », « extrémité », « manqué l’appel »
ainsi que « choc » et « souffle »), tout comme les verbes « tracasser », « débouler » et « suffoquer »,
ce dernier ayant donné lieu à de nombreux faux-sens.

Dans le texte de Claude Simon, la principale difficulté était la traduction des nombreux participes
présents (« datant », « se rendant », « revenant », « bavardant et avalant », « puis allant »,
« tâtonnant »), du verbe « être » suivi d’un participe passé (« étaient allongés » « n’étaient pas
fermés »), du gérondif (« en payant ») et du pronom indéterminé « on ». D’un point de vue lexical, les
principales erreurs de traduction ont porté sur les substantifs (« couchettes », « oreiller », « extrémité »),
sur les adjectifs (« détrempée » et « brunâtre »), et sur la périphrase verbale « faire glisser ».

Dans le texte de Maria Larrea les traductions du verbe « être » (« J’étais une imbécile heureuse »,
« la salle était immense »), de la construction superlative « le plus beau garçon », ou de la tournure
emphatique « C’est ce qu’avait décrété Pierre » ont été bien négociées par les candidats dans leur
ensemble, contrairement à l’expression « faire la queue » (« hacer cola »), à la locution adverbiale « un
à un » (« uno por uno »), au participe présent « se pressant », au verbe « percoler » (« percolar »,
« destilar »), aux substantifs « survêtement » (« chándal »), « tapis » (« colchoneta »), « horde »
(« jauría », « horda »), « cervelle » (« mente ») et à l’adjectif « écaillé » (« cuarteado »,
« descascarado »).

Textes proposés lors de la session 2024


Texte 1
Le spectacle du monde tel qu'il est, la famine dont on annonce tranquillement qu'elle va tuer un demi-
milliard d'êtres humains avant l'an 2000, [...] la sécheresse au Sahel dont nous regardons les images le
cœur sur la main et les mains dans les poches, [...] l'incapacité de renoncer à cette merveille de la
science, la fission de l'atome, dussions-nous mettre au monde des enfants de Minamata... tout cela ne
devrait pas nous donner une si haute idée de l'industrie des hommes, qui ont eu tous les pouvoirs depuis
10 000 ans.
Qu'avons-nous à perdre à associer les femmes à ce pouvoir ? Elles sont plus près des arbres, de l'eau
originelle qui baigne leur descendance, elles ont le sens du bonheur ayant survécu si longtemps au
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malheur, et elles l'ont aussi, cette étincelle qu'il faut bien appeler divine, faute de mieux.
Il faut que les femmes crient aujourd'hui. Et que les autres femmes -et les hommes- aient envie
d'entendre ce cri.
Benoîte Groult, Ainsi soit-elle, Paris, Grasset, 1975.

Texte 2
Au téléphone, d'abord, elle n'a pas réussi à parler.
Elle avait pourtant trouvé la force de composer mon numéro, trouvé aussi la patience d'écouter la
sonnerie retentir quatre fois dans son oreille, puisque j'étais occupé à je ne sais quoi à ce moment-là et
que j'ai décroché à la dernière extrémité. Finalement, elle m'avait entendu crier son prénom dans une
sorte de précipitation car j'étais tracassé à l'idée d'avoir manqué l'appel mais au moment de s'exprimer,
aucun son n'est sorti, aucun, comme si soudain elle était devenue muette et, en réalité, c'était ça,
exactement : elle était devenue muette, sous la violence du choc.
Moi, je ne savais rien du choc. Je savais juste que ma petite sœur m'appelait, ce qu'elle ne faisait qu'en
de très rares occasions [...] et si j'étais un peu surpris, je n'étais pas vraiment inquiet. L'inquiétude a
déboulé quand j'ai entendu son souffle, son souffle seulement, dans le téléphone, sa respiration, la
respiration de quelqu'un qui suffoque.
Philippe Besson, Ceci n'est pas un fait divers, Paris, Éditions Julliard, 2023.

Texte 3
Dans les trains russes tous les voyageurs étaient allongés la nuit, même en troisième classe où les
banquettes de bois se transformaient en couchettes. C'étaient de vieux wagons datant encore de
l'époque du tsarisme mais ils étaient infiniment plus confortables que leurs équivalents français. En
payant un supplément on avait droit à un mince matelas et à un oreiller. Les compartiments n'étaient
pas fermés et dans la journée les gens allaient et venaient sans cesse, se rendant à l'extrémité du
wagon se trouvait un samovar, revenant en tenant de grands verres de thé chaud qu'ils mettaient
longtemps à boire, bavardant et avalant à petites gorgées, puis allant de nouveau les remplir. Il pouvait
se rappeler les longs doigts osseux d'un vieillard tâtonnant maladroitement pour aller cueillir au fond
d'un verre de thé vide une rondelle de citron détrempée et collée, brunâtre, pliée en deux, et la faire
glisser dans sa bouche.
Claude Simon, L'acacia (1989), Paris, les Éditions de minuit, 2003.

Texte 4
J'étais une imbécile heureuse.
C'est ce qu'avait décrété Pierre, le plus beau garçon de l'école primaire Notre-Dame Saint-Roch lors
du cours de gymnastique. Tous les enfants faisaient la queue en survêtement pour reproduire un à un
les exercices sur les tapis Dima. La salle était immense, de grands miroirs dupliquaient mes
camarades : une armée en chaussettes. J'avais continué de rire à son verdict, pas très sûre de ma
réaction, mais ravie d'avoir suscité son intérêt. Il avait ensuite jeté un regard à mes mains, j'avais du
vernis rouge écaillé sur mes ongles rongés.
- En plus, c'est vulgaire le vernis.
Deuxième sentence du tribunal révolutionnaire de CE2. À ce moment-là, j'eus moins de doutes et
mon visage se ferma. [...]
À la sortie de l'école, au milieu de la horde d'enfants se pressant vers la sortie, les mots de Pierre
continuaient de percoler dans ma cervelle.
Maria Larrea, Les gens de Bilbao naissent où ils veulent, Paris, Grasset, 2022

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SUJETS DES EPREUVES D’ADMISSION
SUJETS D’EXPOSÉ DE LA PRÉPARATION D’UN COURS

AGREGATION INTERNE D’ESPAGNOL


SESSION 2024
EPREUVE ORALE D’ADMISSION

Exposé de la préparation d’un cours suivi d’un entretien


Durée de l’exposé : 40 minutes maximum
Durée de l’entretien : 20 minutes maximum

Composition du dossier :

Document 1 : Miguel Hernández, “Aceituneros”, dans Viento del pueblo, 1937.

Document 2 : Apadrinaunolivo.org: oro líquido para revitalizar a la España vaciada, bbva.com


10.03.2023

Document 3 : Un temporero en el campo. Foto: EFE/Rafa Alcaide, 2016

Présentation d’une séquence pédagogique :

1. Vous présenterez votre analyse de chacun des documents qui composent ce dossier en en
dégageant le sens en lien avec les procédés formels. Vous démontrerez également l’intérêt de
chacun de ces documents ainsi que leur complémentarité pour justifier une problématique
d’étude.

2. Vous présenterez une séquence d’enseignement élaborée à partir de l’ensemble des documents
qui composent ce dossier en justifiant chacun de vos choix concernant :
- le niveau de la classe destinataire en fonction des programmes officiels (vous justifierez toute
coupe éventuelle dans le document)
- les objectifs culturels et linguistiques en fonction de la problématique que vous aurez retenue,
- l’ordre dans lequel vous étudieriez les documents avec les élèves,
- l’articulation et la progression des activités langagières proposées dans et hors la classe en
fonction de vos objectifs,
- l’évaluation adoptée pour cette séquence en cohérence avec la mise en œuvre pédagogique
retenue.

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Document 1

ACEITUNEROS

Andaluces de Jaén,
aceituneros altivos,
decidme en el alma: ¿quién,
quién levantó los olivos?

5 No los levantó la nada,


ni el dinero, ni el señor,
sino la tierra callada,
el trabajo y el sudor.

Unidos al agua pura


10 y a los planetas unidos,
los tres dieron la hermosura
de los troncos retorcidos.

Levántate, olivo cano,


dijeron al pie del viento.
15 Y el olivo alzó una mano
poderosa de cimiento.

Andaluces de Jaén,
aceituneros altivos,
decidme en el alma, ¿quién
20 amamantó los olivos?

Vuestra sangre, vuestra vida,


no la del explotador
que se enriqueció en la herida
generosa de sudor.

25 No la del terrateniente
que os sepultó en la pobreza,
que os pisoteó la frente,
que os redujo la cabeza.

Árboles que vuestro afán


30 consagró al centro del día
eran principio de un pan
que sólo el otro comía.

¡Cuántos siglos de aceituna,


los pies y las manos presos,
35 sol a sol y luna a luna,
pesan sobre vuestros huesos!

Andaluces de Jaén,
aceituneros altivos,
pregunta mi alma: ¿de quién,
40 de quién son estos olivos?

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Jaén, levántate brava
sobre tus piedras lunares,
no vayas a ser esclava
con todos tus olivares.

45 Dentro de la claridad
del aceite y sus aromas,
indican tu libertad
la libertad de las lomas.

Miguel Hernández, «Aceituneros», en Viento del pueblo, 1937.

Document 2

Oliete es un pueblo de Teruel que a finales de los 90 y principios de los 2000 rondaba el medio
millar de habitantes censados. Aupado sobre una colina a orillas del río Martín, esta pequeña
localidad goza de una dilatada historia y un rico patrimonio cultural (como el poblado ibérico
de El Palomar, construido en el siglo III a.C, o las pinturas rupestres del Frontón de la Tía
5 Chula, declaradas Patrimonio de la Humanidad).

Esta zona del Bajo Aragón, que ahora es un ejemplo de la España vaciada, contaba desde el
siglo XVI con una economía pujante basada en la producción de aceite de oliva. Sin embargo,
en las últimas décadas el éxodo rural ha comenzado a hacer mella en la población de Oliete
y el municipio comenzó a presagiar la posibilidad de quedar abandonado en unos años si no
10 daban con una idea para detener esta sangría migratoria. Para tratar de frenar esta tendencia,
en 2014 nació la iniciativa Apadrinaunolivo.org, que reúne a 7.000 personas que con una
aportación anual crean trabajo estable con la recuperación de estos árboles y la producción y
venta de aceite.

La chispa del proyecto nació en un año de buena cosecha de oliva, cuando Alberto Alfonso,
15 originario del pueblo, se dio cuenta de que se encontraba solo recolectando este fruto. La
zona cuenta con casi 100.000 olivos, —algunos de ellos tienen 800 años de historia— y casi
todos estaban abandonados. Los jóvenes habían migrado en búsqueda de trabajo y Alberto
tenía claro que si nada cambiaba, el pueblo pasaría a ser fantasma en 15 o 20 años. La
respuesta al problema la tenía en los fardos que iba llenando con olivas de la variedad
20 Empeltre y una minoría Arbequina, las dos más características de la comunidad de Aragón.
El oro líquido era la salvación.

El proyecto fue cofundado junto a Sira Plana, Adrián Martín, José Alfredo Martín, Alberto
Alfonso Pordomingo y Pablo Nieto, y permite apadrinar olivos abandonados a través de la
web, bautizarlos y visitarlos siempre que se quiera. El precio es de 60 euros anuales —el 80%
25 es desgravable— y con ese dinero se contratan agricultores locales y atraen a nuevos
pobladores para recuperar y trabajar el olivar abandonado, preservando el ecosistema y la
estabilización de la población en la comarca. Como recompensa y agradecimiento, el padrino
disfruta de dos litros de Aceite de Oliva Virgen Extra al año. Gracias a estas aportaciones ya
se han creado 22 puestos de trabajo (el 60% son mujeres) y han recuperado 15.000 olivos.

www.bbva.com/es/juntos-creando-oportunidades/apadrinaunolivo-org-oro-liquido-para-
revitalizar-a-la-espana-vaciada/

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Document 3

https://efeagro.com/aceituneros-cordobes/

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AGREGATION INTERNE D’ESPAGNOL
SESSION 2024
EPREUVE ORALE D’ADMISSION

Exposé de la préparation d’un cours suivi d’un entretien


Durée de l’exposé : 40 minutes maximum
Durée de l’entretien : 20 minutes maximum

Composition du dossier :

Document 1 : Domingo Faustino Sarmiento, Conflicto y armonías de las razas de América


(1883)

Document 2 : Ángel Della Valle, La vuelta del malón, óleo sobre lienzo (1892)

Document 3 : Esteban Echeverría, La cautiva (1837)

Présentation d’une séquence pédagogique :

3. Vous présenterez votre analyse de chacun des documents qui composent ce dossier en
en dégageant le sens et l’intérêt. Vous en démontrerez également la complémentarité
pour justifier une problématique d’étude.

4. Vous présenterez une séquence d’enseignement élaborée à partir de l’ensemble des


documents qui composent ce dossier en justifiant chacun de vos choix concernant :
- le niveau de la classe destinataire en fonction des programmes officiels (vous justifierez
toute coupe éventuelle dans le document)
- les objectifs culturels et linguistiques en fonction de la problématique que vous aurez
retenue,
- l’ordre dans lequel vous étudieriez les documents avec les élèves,
- l’articulation et la progression des activités langagières proposées dans et hors la classe
en fonction de vos objectifs
- l’évaluation adoptée pour cette séquence en cohérence avec la mise en œuvre
pédagogique retenue.

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Document 1
En cuanto al carácter y disposiciones morales de los indios en los tiempos que precedieron a
la Independencia de este continente, don Juan de Ulloa, que recorrió gran parte de la América
estudiando la situación de las colonias, hace las siguientes apreciaciones:
“La propensión al ocio y a la desidia es la misma en los indios de la Luisiana y del Canadá,
5 que en los del Perú y partes meridionales de la América, ya sean civilizados o gentiles; y los
únicos ejercicios en que se ocupan los que subsisten en libertad, son la caza y la pesca lo
cual sucede asimismo en las naciones que están vecinas de Buenos Aires. En la pampa de
la provincia de este nombre, las mujeres son las que tienen el cuidado de hacer unos cortos
sembrados de maíz y de algunas calabazas (zapallos), y las que muelen el maíz para
10 prepararlo de la manera que lo usan, y las que disponen las bebidas que acostumbran,
cuidando además de los hijos, porque en esto no se embarazan los padres.”
Como en corroboración de estas apreciaciones en otros puntos de América y en época más
reciente, el agente francés en Caracas M. F. Depons, que publicó un viaje a la parte oriental
de Tierra Firme en Sudamérica, limitado a la descripción de la Capitanía de Caracas, por los
15 años 1800 a 1801, fija en los términos siguientes los rasgos característicos a las indiadas ya
sometidas de aquel país:
“El indio se distingue, dice, de la manera más singular por una naturaleza apática e indiferente
que no se encuentra en ningún otro. Su corazón no late ni ante el placer ni ante la esperanza,
sólo es accesible al miedo. En contrario de la humana osadía, su carácter se distingue por la
20 más abyecta timidez. Su alma no tiene resorte, ni su espíritu vivacidad. Tan incapaz de
concebir como de raciocinar, pasa su vida en un estado de estúpida insensibilidad que
demuestra que es ignorante de sí mismo y de cuanto lo rodea. Su ambición y sus deseos no
se extienden jamás más allá de sus necesidades inmediatas”.
Todos los esfuerzos del legislador para inspirarles (a los indios) el deseo de mejorar sus
25 facultades nativas han abortado. Ni el buen tratamiento que han recibido de ser admitidos en
la sociedad, ni los privilegios importantes con que han sido favorecidos, han sido suficientes
para arrancarles la afición a la vida salvaje que, sin embargo, no conocen hoy día sino por
tradición. Son poquísimos los indios civilizados que no suspiren por la soledad de los bosques
y que no aprovechen la primera oportunidad para volver a ella.
30 Esto no proviene de un amor a la libertad, sino de hallar la umbría habitación de los bosques
más conforme a su melancolía, su superstición y su absoluto desprecio de las leyes más
sagradas de la naturaleza.
Los indios estaban acostumbrados a mentir, y tan poco sensibles son a la sagrada obligación
de decir verdad, que los españoles han creído necesario, a fin de prevenir las desgracias que
35 su falso testimonio puede ocasionar a inocentes, dictar una ley que establece que no menos
de seis indios pueden ser admitidos como testigos en una causa y el testimonio de estos seis
seres equivale al testimonio juramentado de un solo blanco.
Domingo Faustino Sarmiento, Conflicto y armonías de las razas de América, 1883.

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Document 2

Ángel Della Valle, La vuelta del malón, 1892, óleo sobre lienzo, 186,5cm x 292cm, Museo de
Bellas Artes, Buenos Aires.

Document 3

Arden ya en medio del campo


cuatro extendidas hogueras,
cuyas vivas llamaradas
irradiando, colorean
5 el tenebroso recinto
donde la chusma hormiguea.
En torno al fuego sentados
unos lo atizan y ceban;
otros la jugosa carne
10 al rescoldo o llama tuestan.
Aquél come, éste destriza,
más allá alguno degüella
con afilado cuchillo
la yegua al lazo sujeta,
15 y a la boca de la herida,
por donde ronca y resuella,

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y a borbollones arroja
la caliente sangre fuera,
en pie, trémula y convulsa,
20 dos o tres indios se pegan
como sedientos vampiros,
sorben, chupan, saborean
la sangre, haciendo mormullo,
y de sangre se rellenan.
25 Baja el pescuezo, vacila,
y se desploma la yegua
con aplausos de las indias
que a descuartizarla empiezan.
Arden en medio del campo,
30 con viva luz las hogueras;
sopla el viento de la pampa
y el humo y las chispas vuelan.
A la charla interrumpida,
cuando el hambre está repleta,
35 sigue el cordial regocijo,
el beberaje y la gresca,
que apetecen los varones,
y las mujeres detestan.
El licor espirituoso
40 en grandes bacías echan;
y, tendidos de barriga
en derredor, la cabeza
meten sedientos, y apuran
el apetecido néctar,
45 que bien pronto los convierte
en abominables fieras.
Cuando algún indio, medio ebrio,
tenaz metiendo la lengua
sigue en la preciosa fuente,
50 y beber también no deja
a los que aguijan furiosos,
otro viene, de las piernas
lo agarra, tira y arrastra,
y en lugar suyo se espeta.
55 Así bebe, ríe, canta,
y al regocijo sin rienda
se da la tribu; aquel ebrio
se levanta, bambolea,
a plomo cae, y gruñendo
60 como animal se revuelca.
Éste chilla, algunos lloran,
y otros a beber empiezan.
De la chusma toda al cabo
la embriaguez se enseñorea
65 y hace andar en remolino
sus delirantes cabezas;
entonces empieza el bullicio,
y la algazara tremenda,
el infernal alarido

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70 y las voces lastimeras,
mientras sin alivio lloran
las cautivas miserables,
y los ternezuelos niños,
al ver llorar a sus madres.

75 Las hogueras, entretanto,


en la obscuridad flamean,
y a los pintados semblantes
y a las largas cabelleras
de aquellos indios beodos,
80 da su vislumbre siniestra
colorido tan extraño,
traza tan horrible y fea,
que parecen del abismo
precito, inmunda ralea,
85 entregada al torpe gozo
de la sabática fiesta.

Todos en silencio escuchan;


una voz entona recia
las heroicas alabanzas,
90 y los cantos de la guerra:
-Guerra, guerra, y exterminio
al tiránico dominio
del huinca35; engañosa paz:
devore el fuego sus ranchos,
95 que en su vientre los caranchos
ceben el pico voraz. Esteban Echeverría, La cautiva, 1837.

35Huinca o wingka (pronunciado [ˈɰwiŋ.ka] o [ˈwiŋ.ka], AFI) es un término proveniente del idioma mapudungún,
en referencia a las personas de raza blanca, y más específicamente, a los conquistadores españoles del siglo XVI.

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AGREGATION INTERNE D’ESPAGNOL
SESSION 2024
EPREUVE ORALE D’ADMISSION

Exposé de la préparation d’un cours suivi d’un entretien


Durée de l’exposé : 40 minutes maximum
Durée de l’entretien : 20 minutes maximum

Composition du dossier :

Document 1 : Miguel de Cervantes, Don Quijote de la Mancha, I, 19, 1605.


Document 2 : Francisco de Goya, Visión fantasmal, 1801.
Document 3 : Gabriel García Márquez, Cien años de soledad, 1967.

Présentation d’une séquence pédagogique :

5. Vous présenterez votre analyse de chacun des documents qui composent ce dossier en en
dégageant le sens et l’intérêt. Vous en démontrerez également la complémentarité pour justifier
une problématique d’étude.

6. Vous présenterez une séquence d’enseignement élaborée à partir de l’ensemble des documents
qui composent ce dossier en justifiant chacun de vos choix concernant :
- le niveau de la classe destinataire en fonction des programmes officiels (vous justifierez toute coupe
éventuelle dans le document)
- les objectifs culturels et linguistiques en fonction de la problématique que vous aurez retenue,
- l’ordre dans lequel vous étudieriez les documents avec les élèves,
- l’articulation et la progression des activités langagières proposées dans et hors la classe en fonction
de vos objectifs
- l’évaluation adoptée pour cette séquence en cohérence avec la mise en œuvre pédagogique
retenue.

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Documento 1

Yendo, pues, desta manera, la noche escura, el escudero hambriento y el amo con
gana de comer, vieron que por el mesmo camino que iban venían hacia ellos gran
multitud de lumbres, que no parecían sino estrellas que se movían. Pasmóse Sancho
en viéndolas, y don Quijote no las tuvo todas consigo; tiró el uno del cabestro a su
5 asno, y el otro de las riendas a su rocino, y estuvieron quedos, mirando atentamente
lo que podía ser aquello, y vieron que las lumbres se iban acercando a ellos, y mientras
más se llegaban, mayores parecían; a cuya vista Sancho comenzó a temblar como un
azogado, y los cabellos de la cabeza se le erizaron a don Quijote, el cual, animándose
un poco, dijo:
10 - Ésta, sin duda, Sancho, debe de ser grandísima y peligrosísima aventura,
donde será necesario que yo muestre todo mi valor y esfuerzo.
- ¡Desdichado de mí! –respondió Sancho–. Si acaso esta aventura fuese de
fantasmas, como me lo va pareciendo, ¿adónde habrá costillas que la sufran?
- Por más fantasmas que sean –dijo don Quijote–, no consentiré yo que te toque
15 en el pelo de la ropa; que si la otra vez se burlaron contigo, fue porque no pude
yo saltar las paredes del corral; pero ahora estamos en campo raso, donde
podré yo como quisiere esgrimir mi espada.
- Y si le encantan y entomecen, como la otra vez lo hicieron –dijo Sancho–, ¿qué
aprovechará estar en campo abierto o no?
20 - Con todo eso –replicó don Quijote–, te ruego, Sancho, que tengas buen ánimo,
que la experiencia te dará a entender el que tengo.
- Sí tendré, si a Dios place –respondió Sancho.

Miguel de Cervantes, Don Quijote de la Mancha, I, 19, 1605.

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Documento 2

F. de Goya, Visión fantasmal, museo Camón Aznar de Zaragoza, boceto, 26 cm x 17 cm, 1801.

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Documento 3

Nadie había vuelto a entrar al cuarto desde que sacaron el cadáver de Melquíades
y pusieron en la puerta el candado cuyas piezas se soldaron con la herrumbre. Pero
cuando Aureliano Segundo abrió las ventanas entró una luz familiar que parecía
acostumbrada a iluminar el cuarto todos los días, y no había el menor rastro de polvo
5 o telaraña, sino que todo estaba barrido y limpio, mejor barrido y más limpio que el día
del entierro, y la tinta no se había secado en el tintero ni el óxido había alterado el
brillo de los metales, ni se había extinguido el rescoldo del atanor donde José Arcadio
Buendía vaporizó el mercurio. En los anaqueles estaban los libros empastados en una
materia acartonada y pálida como la piel humana curtida, y estaban los manuscritos
10 intactos. A pesar del encierro de muchos años, el aire parecía más puro que en el
resto de la casa. Todo era tan reciente, que varias semanas después, cuando Úrsula
entró al cuarto con un cubo de agua y una escoba para lavar los pisos, no tuvo nada
que hacer. Aureliano Segundo estaba abstraído en la lectura de un libro. […]
Cuando terminó el libro, muchos de cuyos cuentos estaban inconclusos porque
15 faltaban páginas, Aureliano Segundo se dio a la tarea de descifrar los manuscritos.
Fue imposible. Las letras parecían ropa puesta a secar en un alambre y se
asemejaban más a la escritura musical que a la literaria. Un mediodía ardiente,
mientras escrutaba los manuscritos, sintió que no estaba solo en el cuarto. Contra la
reverberación de la ventana, sentado con las manos en las rodillas, estaba
20 Melquíades. No tenía más de cuarenta años. Llevaba el mismo chaleco anacrónico y
el sombrero de alas de cuervo, y por sus sienes pálidas chorreaba la grasa del cabello
derretida por el calor, como lo vieron Aureliano y José Arcadio cuando eran niños.
Aureliano Segundo lo reconoció de inmediato, porque aquel recuerdo hereditario se
había transmitido de generación en generación, y había llegado a él desde la memoria
25 de su abuelo.
- Salud –dijo Aureliano Segundo.
- Salud, joven –dijo Melquíades.
Desde entonces, durante varios años, se vieron casi todas las tardes. Melquíades
le hablaba del mundo, trataba de infundirle su vieja sabiduría, pero se negó a traducir
30 los manuscritos. “Nadie debe conocer su sentido mientras no hayan cumplido cien
años”, explicó. Aureliano Segundo guardó para siempre el secreto de aquellas
entrevistas. En una ocasión sintió que su mundo privado se derrumbaba, porque
Úrsula entró en el momento en que Melquíades estaba en el cuarto. Pero ella no lo
vio.
35 - ¿Con quién hablas? –le preguntó.
- Con nadie –dijo Aureliano Segundo.

Gabriel García Márquez, Cien años de soledad, 1967.

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AGREGATION INTERNE D’ESPAGNOL
SESSION 2024
EPREUVE ORALE D’ADMISSION

Exposé de la préparation d’un cours suivi d’un entretien


Durée de l’exposé : 40 minutes maximum
Durée de l’entretien : 20 minutes maximum

Composition du dossier :

Document 1 : Mario Vargas Llosa, Le dedico mi silencio, 2023.

Document 2 : Octavio Paz, «Silencio», en Libertad bajo palabra, 1944.

Document 3 : Fernando Botero, Bailando en Colombia (1979), óleo sobre tela, 188
cm x 231 cm, Metropolitan Art Museum (The Met), Nueva York, Estados Unidos.

Présentation d’une séquence pédagogique :

7. Vous présenterez votre analyse de chacun des documents qui composent ce


dossier en en dégageant le sens et l’intérêt. Vous en démontrerez également la
complémentarité pour justifier une problématique d’étude.

8. Vous présenterez une séquence d’enseignement élaborée à partir de l’ensemble


des documents qui composent ce dossier en justifiant chacun de vos choix
concernant :
- le niveau de la classe destinataire en fonction des programmes officiels (vous
justifierez toute coupe éventuelle dans le document)
- les objectifs culturels et linguistiques en fonction de la problématique que vous
aurez retenue,
- l’ordre dans lequel vous étudieriez les documents avec les élèves,
- l’articulation et la progression des activités langagières proposées dans et hors la
classe en fonction de vos objectifs
- l’évaluation adoptée pour cette séquence en cohérence avec la mise en œuvre
pédagogique retenue.

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Document 1

Se apagaron las luces y quedó un solo foco prendido, iluminando un espacio de aquel
patio. Entonces apareció el personaje destinado a la fama, según el presagio del doctor
Durand Flores. En lo primero que se fijó Toño Azpilcueta, un detalle del que no se olvidaría
jamás, fueron los zapatos de charol que llevaba el chiclayano. Sin calcetines, por supuesto.
5 Esos zapatos eran como una marca de fábrica, algo tan personal como una tarjeta de visita.
Vestía un traje que le quedaba chico, por lo menos el pantalón, que le llegaba sólo a las
canillas, y una camisa floreada, de mangas muy cortas. Tenía una cara seria, algo morena, y
una caballera ensortijada, de esas que no se veían ya nunca en la calle: alargada, muy negra
y con una hilera de cabellos grises entreverados. Cuando abrió la boca, lucía unos dientes
10 blanquísimos. Estaba adusto y no hablaba, ni siquiera para agradecer los ralos aplausos con
que lo recibieron. Sentado en la silla, mientras afinaba la guitarra que cargaba entre las
manos, sus ojillos recorrían una y otra vez aquel jardín lleno de tertulianos.
Al oír los primeros acordes, Toño Azpilcueta dejó de mirar esos zapatos de charol que
calzaba el guitarrista. Algo curioso le ocurrió entonces. La molestia que le produjo la
15 indiferencia del doctor Durand Flores desapareció, y todo se fue borrando a su alrededor hasta
quedar sólo aquella guitarra, que el muchacho –pues era un muchacho quien tocaba– hacía
suspirar, lagrimear, subir y bajar, ante ese público, de una manera que Toño Azpilcueta no
había oído nunca, él, que había oído a todos los guitarristas profesionales que había en Lima,
los más y los menos famosos. Incluso a la primera guitarra del Perú, Óscar Avilés, el hombrón
20 del bigotito recortado.
El silencio fue ganando poco a poco aquel jardín, aquella casa grande. Un silencio
taurino, pensó Toño Azpilcueta, un silencio que rompían sólo aquellas cuerdas, como el de
aquella tarde de domingo en la Plaza de Acho –nunca la olvidaba– durante la Feria de Octubre
de aquel año, 1956 o 1957, en que su padre, el italiano, lo había llevado a una corrida, la
25 primera que vio en su vida, indicándole que Procuna, el mexicano que toreaba, era muy
desigual, un hombre de extremos, pues algunas tardes, preso de un miedo pánico, corría de
los toros sin ninguna vergüenza, dejando todo el trabajo a sus peones, y otra, se llenaba de
valor y buen arte y se arrimaba al animal de una manera que daba vértigo a los tendidos de
la plaza.
30 Aunque había ido casi todos los años a las corridas limeñas –la afición a los toros le
había comenzado desde pequeño–, no creía haber vuelto a escuchar aquel silencio tan
profundo, tan extático, de toda un plaza, que, sublimada y expectante, callaba, dejaba de
respirar y de pensar, olvidaba de todo lo que tenía en la cabeza, y, suspensa, ebria,
contagiada, inmóvil, veía el milagro que tenía lugar allá abajo, donde Procuna, derrochando
35 arte, coraje, sabiduría, repetía infinitamente esos naturales y derechazos, arrimándose cada
vez más al toro, fundiéndose con él. Volvía a sentirse como en esa tarde, embargado por un
sentimiento casi religioso, raigal, primigenio. Mientras el chiclayano tocaba aquellas cuerdas,
sacando a cada una de ellas sonidos insólitos, desconcertantes, profundos, medio
enloquecidos, Toño palpaba el silencio. Todos los concurrentes, hombres, mujeres, ancianos,
40 habían olvidado las risas y las carcajadas, los diálogos, chistes y piropos, y se habían callado
y escuchaban absortos, en estado hipnótico, las cuerdas que vibraban en medio de ese
mutismo formidable que dominaba la noche.
Ese silencio reverencial que contaban se daba en la plaza de Sevilla, o en la de Las
Ventas, en Madrid, y que estaba seguro de haber oído de niño, en Acho, lo provocaba ahora
45 aquel zambito chiclayano que tenía al frente, a pocos pasos de distancia. Tocaba un vals, por
supuesto, pero Toño Azpilcueta no lo reconocía ni lo identificaba porque las cuerdas,
impulsadas por los dedos milagrosos de Lalo Molfino, no se parecían a nada que él hubiera
oído. Tenía la sensación de que aquella música lo traspasaba, entraba en su cuerpo y corría
por sus venas junto con su sangre. Vaya con el pobre Óscar Avilés, la supuesta primera
50 guitarra del Perú, que ahora quedaba desplazada.
No, no era simplemente la destreza con que los dedos del chiclayano sacaban notas
que parecían nuevas. Era algo más. Era sabiduría, concentración, maestría extrema, milagro.

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Y no se trataba sólo del silencio profundo, sino de la reacción de la gente. El rostro de Toño
estaba bañado por las lágrimas y su alma, abierta y anhelante, deseosa de reunir en un gran
55 abrazo a esos compatriotas, a los hermanos que habían atestiguado el prodigio. No era el
único conmovido. Varios otros sacaban sus pañuelos, entre ellos el doctor Durand Flores.
Quiso acercársele y abrazarlo como a un amigo del alma, “¡mi congénere!”, alcanzó a susurrar,
un hermano por cuyas venas corría la misma sangre. La música había imantado las almas de
todos los presentes al punto de que cualquier diferencia social, racial, intelectual o política
60 pasaba a un segundo plano. El patio de la casona estaba electrizado por una ola de
compañerismo, reinaba la benevolencia, el amor. Su sentir era compartido, estaba seguro.
Cuando Lalo Molfino se levantó de su silla, muy derecho, flaquísimo, prendido de la guitarra,
a escuchar indiferente la ovación que le dedicaba el público, creyó ver en las sonrisas de la
gente, en sus pupilas chispeantes, en las mejillas enrojecidas, síntomas evidentes de amor
65 fraterno, de amor de patria.

Mario Vargas Llosa, Le dedico mi silencio, 2023.

Document 2
Silencio
Así como del fondo de la música
brota una nota
que mientras vibra crece y se adelgaza
hasta que en otra música enmudece,
5 brota del fondo del silencio
otro silencio, aguda torre, espada,
y sube y crece y nos suspende
y mientras sube caen
recuerdos, esperanzas,
10 las pequeñas mentiras y las grandes,
y queremos gritar y en la garganta
se desvanece el grito:
desembocamos al silencio
en donde los silencios enmudecen. Octavio Paz, «Silencio» en Libertad bajo palabra (1944).

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Document 3

Fernando Botero, Bailando en Colombia (1979), óleo sobre tela, 188 cm x 231 cm,
Metropolitan Art Museum (The Met), Nueva York, Estados Unidos.

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