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Sioux 43 Juil Aout V1

Le numéro 43 du Sioux aborde divers sujets liés à la défense européenne, mettant en lumière les faibles investissements des pays européens en matière de défense par rapport aux États-Unis et à la Russie. Il présente également des analyses historiques et contemporaines des forces armées, ainsi que des recommandations pour renforcer la coopération militaire en Europe. Enfin, le document propose des lectures et des ressources pour approfondir ces thématiques.

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Sioux 43 Juil Aout V1

Le numéro 43 du Sioux aborde divers sujets liés à la défense européenne, mettant en lumière les faibles investissements des pays européens en matière de défense par rapport aux États-Unis et à la Russie. Il présente également des analyses historiques et contemporaines des forces armées, ainsi que des recommandations pour renforcer la coopération militaire en Europe. Enfin, le document propose des lectures et des ressources pour approfondir ces thématiques.

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Numéro 43

LE SIOUX Juil-Août 2017

« A la guerre, le succès dépend de la simplicité des


ordres de la vitesse de leur exécution et de la
détermination générale à vaincre. »
Général PATTON

« Ne pas pratiquer ce que l’on enseigne, c’est déshonorer sa parole. »


Cours de tactiques 1922, Tomes II »
Editorial
Chers lectrices et lecteurs,
Voici l’été qui pointe le bout de son nez. Certains vont en profiter pour prendre les perms, pour voyager. Si vous
voulez rester un peu studieux, le Sioux vous accompagne dans vos bagages !

Le coin du préparant réalise sur un serpent de mer : l’armée européenne, serpent de mer. Les fiches de lecture
débutent par l’étude de Martin van Creveld, réalisée en 1980 à la demande du Pentagone. Il s’agit de comparer les
démarches de développement de la Wehrmacht et de l’US Army durant la WWII. Pour cette dernière, il faut prendre
les bonnes décisions et soutenir les efforts dans la réforme des forces armées américaines. Parmi les livres qui ont
attiré notre attention, deux sont mis en avant. La prévention du terrorisme en Grande-Bretagne, où l’auteur décrit
précisément la mise en œuvre du principal programme PREVENT. Le deuxième est écrit par un capitaine sur le
massacre de militaires français à Gwan (Afghanistan) le 20 janvier 2012. Cinq d'entre eux y laisseront la vie. En ce
qui concerne le coin détente, nous vous proposons la BD « U47, tome 3 convois sur l’Arctique ». Le scénariste
parvient brillamment à passionner le lecteur pour le monde des sous mariniers allemands de la Seconde Guerre
mondiale ! (Le onzième tome est attendu pour cet été). Le film (Zero dark thirty (2012)) évoque de manière très
réaliste la traque de Ben Laden. Enfin, nous vous proposons un jeu. Fruit de l’expérience d’un officier français, il
vous permettra d’entrainer de manière réaliste et complète vos subordonnés, chef de section, chef de groupe, dans un
cadre réaliste et interarmes : le rêve pour bien préparer votre reprise !

Pour la deuxième partie, nous débutons par la libération de la poche de Colmar, alors que, quasiment en même temps,
a lieu un combat en zones urbaines peu connu : la bataille de Manille. Un crochet indochinois clôturera l’étude de
l’évolution de notre armée sur ce théâtre par la question de l’appui-feu avec une mise en pratique immédiate : la
bataille de Vin-Yen. L’armée de l’air n’est pas en reste, puisque nous partageons l’excellent article sur la bataille de
OUADI-DOUM en 1986.

La dernière partie débute par un point de doctrine/ concept. Elle vous propose le probable futur concept de l’armée
américaine (#MultiDomainBattle), puis un peu de RI avec une fiche sur le maréchal Khalifa Belqasim Haftar, et une
autre sur les conséquences de l’élection iranienne. En Syrie, l’Etat Islamique tire les leçons de la bataille de Mossoul,
avec un point complet et précis grâce à Stéphane MANTOUX sur cette bataille. Enfin une présentation d’un nouveau
théâtre de l’EI aux Philippines. Sans oublier le traditionnel billet d’Arsène.

Enfin chers lecteurs, nous vous encourageons à nous faire part de vos remarques, questions, suggestions, voir
dialoguer avec nous et entre nous, soit sur notre page Facebook [Link]
/782917638416377/ que nous essayons de nourrir d’actualités militaires, soit par courriel à
lesiouxnewsletter@[Link].
Bonnes vacances et nous nous retrouvons à la rentrée.
Chef de Bataillon Nicolas de LEMOS,
ORSEM Promotion Colonel Pierre MESSMER.
LE SIOUX PAGE 2

Table des matières


Editorial ........................................................................................................................................... 1
PREMIERE PARTIE LE COIN DE MAXIME.......................................................................................... 3
Les Européens, combien de divisions ? ............................................................................... 3
Fighting Power : German and US Army Performance........................................................ 8
LES BLOGS / vue sur internet : ........................................................................................... 13
BD : U. 47 : Convois sur l’Arctique ...................................................................................... 14
FILM: Zero dark thirty (2012) ................................................................................................ 16
La prévention du terrorisme en Grande-Bretagne ............................................................ 17
Trahison sanglante en Afghanistan ..................................................................................... 18
Wargame : Urban operations................................................................................................ 19
DEUXIEME PARTIE HISTOIRE ......................................................................................................... 22
La libération de la poche de Colmar .................................................................................... 22
Bataille de Manille (3 février – 3 mars 1945)...................................................................... 25
L'organisation de l'appui-feu pendant la guerre d’Indochine. .......................................... 29
La bataille de Vinh Yen : 14 - 17 Janvier 1951 .................................................................. 31
Attaque de Ouadi Doum ........................................................................................................ 34
TROISIEME PARTIE ACTUALITE ...................................................................................................... 39
The multi-domain battle ......................................................................................................... 39
Qui est Haftar qui veut être le deuxième Kadhafi ? .......................................................... 43
Un tournant décisif pour l’Iran ? ........................................................................................... 45
À Raqqa, l’EI tire les leçons de la bataille de Mossoul ..................................................... 48
L’Etat islamique et les Philippines........................................................................................ 52
Billet d’Arsène : « Vous voulez la guerre totale ? » .......................................................... 55

Feuille d’information gratuite Sioux n°43 juillet-août 2017


Responsable de la rédaction : chef de bataillon ® de Lemos
Secrétaire de rédaction : lieutenant-colonel ® Marcille

Toutes les informations et images présentées, sont issues de sources ouvertes et n’ont d’autre vocation que
d’informer.
Les propos et articles n’engagent pas l’institution militaire, ils ne sont que des supports personnels.

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LE SIOUX PAGE 3

PREMIERE PARTIE LE COIN DE MAXIME

Les Européens, combien de divisions ?

L’heure est-elle à la relance de l’« Europe de la défense » ? Certains veulent le croire, comme
le nouveau président français Emmanuel Macron ou la chancelière allemande Angela Merkel.
Les obstacles à une avancée significative demeurent pourtant nombreux et la levée, avec le
Brexit, de l’opposition britannique à une défense européenne pleinement constituée ne doit pas
dissimuler les contradictions et les oppositions qui existent entre les autres États membres de
l’Union européenne.

Avant toute réflexion sur les architectures et les organigrammes, il convient de se faire une idée
claire des moyens que les pays européens accordent à leur défense. Basé sur les données du
Military Balance de l’International Institute for Strategic Studies, de l’OTAN et de l’Agence
européenne de défense, l’état des lieux est alarmant.

Les Européens ne consacrent que 1,2% de leur PIB à la défense


Depuis deux ans, les budgets repartent à la hausse mais l’effort reste très en-deçà de ce que
font les États-Unis (3,3%) ou la Russie (3,7%). Si la Chine reste à 1,3%, elle a quadruplé son
budget de défense en onze ans.

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LE SIOUX PAGE 4

Un effort à produire de 98 milliards d’euros par an pour atteindre le seuil de 2% du PIB,


recommandé par l’OTAN.

Une dépense de défense très concentrée et au rendement faible


Cinq pays (Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Espagne) représentent plus de 75% des
dépenses européennes de défense. Comme le dit Federica Mogherini, « les dépenses militaires
des Européens sont deux fois inférieures à celles des États-Unis. Et compte tenu de leur
fragmentation, leur rendement équivaut à 15% des dépenses américaines ».

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LE SIOUX PAGE 5

Une R&D européenne insuffisante,


éparpillée et en retard

Les dépenses de R&D européennes


s’élevaient à 8,8 milliards d’euros en
2014, soit un rapport de un à neuf avec
les États-Unis (76 milliards). Les
industries européennes de défense
courent un risque de déclassement
majeur, avec des retombées lourdes de
conséquences pour les armées de nos
pays mais aussi pour les exportations
d’armements.

Près d’un quart de soldats en moins en 10 ans


En dix ans, les effectifs des armées européennes ont fondu de 451 000 hommes, soit une
baisse de 23%. Cette baisse s’explique bien sûr par le changement de paradigme en Europe
après la chute de l’Union soviétique et la professionnalisation des armées. Mais elle est deux
fois plus rapide qu’aux États-Unis ou en Russie et plus de six fois plus rapide qu’en Chine. Il
apparaît que les Européens sont allés trop loin dans la baisse de leurs effectifs.

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LE SIOUX PAGE 6

Des réservistes en nombre souvent insuffisant


Parmi les principaux pays, l’Allemagne ne dispose que de 27 600 réservistes, la France de 28
100 et l’Italie de 18 300. Le Royaume-Uni se distingue par une réserve de 81 350 hommes. Des
chiffres notoirement insuffisants pour faire face aux besoins de sécurité intérieure, qui
mobilisent actuellement trop de soldats d’active.

Des armées qui peinent à recruter


Niveau des salaires, fortes contraintes, risques, parfois mauvaise image de l’institution militaire
dans l’opinion : les armées européennes rencontrent de vraies difficultés à recruter des soldats,
au point que des pays comme l’Allemagne et l’Italie ont ouvert leur campagne de recrutement
aux autres citoyens européens.

Des armées sous-équipées


Un regard global montre l’étendue de la baisse du niveau d’équipement des armées
européennes, en dix ans, qu’il s’agisse des hélicoptères d’attaque (-52%), des avions de
combat (-30%), des frégates ou des destroyers (-15%) ou des sous-marins qu’ils soient à
propulsion nucléaire (-16%) ou à propulsion classique (-22%). En ce qui concerne les drones, le
retard européen est flagrant, que ce soit par rapport aux États-Unis ou à la Chine.

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LE SIOUX PAGE 7

Des matériels vieillissants et de moins en moins disponibles


17% des hélicoptères Tigre engagés par les troupes françaises au Sahel sont disponibles. 20%
des équipements terrestres utilisés pour l’opération Barkhane ne seront pas réutilisables. En
2015, le ministère de la Défense britannique a annoncé la prolongation des véhicules de
combat Bulldog, entrés en service dans les années 1960. Entre 23 et 44% des hélicoptères
allemands, selon les types, sont opérationnels. La moitié des Eurofighter qui équipent la
Luftwaffe volent effectivement.

Une faible mobilisation à l’extérieur des frontières


L’Italie déploie 6 900 hommes en opérations extérieures (29 opérations), la France 6 150 (15
opex), le Royaume-Uni un peu plus de 4 000 hommes (20 opex), l’Allemagne 4 070 (14 opex)
et la Pologne 3 500 (14 opex). C’est évidemment la lutte contre l’État Islamique qui mobilise le
plus de troupes actuellement : les Britanniques sont engagés à hauteur de 1 350 hommes, les
Italiens de 1 300 et la France de 1 200 hommes. La modestie des interventions extérieures des
Européens est le résultat de l’affaiblissement général des armées.

Après le Brexit, inventer une « relation spéciale » avec Londres


La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne constitue une perte incontestable dans le
domaine de la défense et de la sécurité. Pour autant, le pays reste un acteur clé dans
l’architecture de défense OTAN et UE. L’heure doit donc être à la négociation d’une « relation
spéciale » entre Bruxelles et Londres, plutôt qu’à une volonté de punir ou de tourner le dos à
notre partenaire.

La défense de l’Europe avant l’ « Europe de la défense »


Certains veulent croire à une relance de l’ « Europe de la défense ». Soit. Mais sans un
véritable pouvoir politique unifié au sommet, avec un solide soutien des États membres
(gouvernements et opinions publiques), il n’y aura pas de « défense européenne » avant
longtemps. La réalité est que les déclarations officielles ne sauraient dissimuler l’état inquiétant
des capacités militaires en Europe. Depuis la fin de la Guerre froide, les États européens ont
baissé la garde, et même largement désarmé. Le principal défi consiste donc à accroître les
budgets de défense, à financer de grands programmes d’armement et à restaurer la puissance
militaire collective de l’Europe. C’est à l’aune des moyens que l’on jaugera les intentions.
SOURCE : [Link]

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LE SIOUX PAGE 8

Les fiches de lecture du CSEM

Titre de l’ouvrage Fighting Power : German and US Army Performance, 1939 -1945

Auteur - Edition Martin Van Creveld, 5e édition, 2002


ISBN – Prix
Major i.G. (ALL) – GERBER Christian – 123e promotion / 2e
Rédacteur
session
Date de rédaction 15 mai 2010
1) L’AUTEUR
Martin van Creveld (Israël), né le 5 mars 1946 à Rotterdam, est l’un
des historiens militaires et théoriciens les plus connus. Van Creveld est
titulaire de plusieurs diplômes universitaires de la London School of
Economics et de l’Université hébraïque de Jérusalem, où il enseigne
d’ailleurs depuis 1971. En 1991/1992, il a donné des cours à la United
States Military Academy du US Marine Corps. En 1999/2000, il a aussi
enseigné au US Naval War College.
Il a publié vingt ouvrages. Les plus connus d’entre eux sont
Supplying War (1978), Command in War (1985), The Transformation of War
(1991), The Changing Face of War: Lessons of Combat from the Marne to
Iraq (2006), et The Culture of War (2008).

2) SYNTHESE DE L’OUVRAGE
L'étude que Martin van Creveld a faite en 1980 à la demande du Pentagon sur la
Wehrmacht et sur la US Army avait pour objet de soutenir les efforts de ce dernier dans la
réforme des forces armées américaines entreprise pour l’aider à surmonter la profonde crise
dans laquelle elles étaient plongées suite à la guerre du Vietnam. Cette étude a contribué à
instaurer dans l’armée américaine le « système de cohortes », cette réglementation qui
consistait à ne plus disperser dans d’autres unités les militaires du rang dès leur formation de
base accomplie comme c’était autrefois le cas.
Le point de départ de
Creveld a résidé dans la question
de savoir quels étaient les
facteurs conditionnant la valeur
au combat, la « fighting power »
d’une armée. Selon cette étude,
cette valeur se base sur des
assises spirituelles, intellectuelles
ainsi qu’organisationnelles et
s’exprime dans la discipline, dans
la cohésion, dans le moral des
troupes au combat, dans
l’initiative, le courage, la rigueur et
la volonté d’en découdre. On en
déduit que la valeur au combat
repose sur des qualités qui, au-
delà de l’équipement matériel, déterminent la performance militaire.
La Wehrmacht a fait l’objet de son choix car, à son avis, comme de celui d’ailleurs de
quelques autres historiens militaires américains, elle est considérée comme la meilleure armée
du XXe siècle.
Au long de 209 pages, le problème est décortiqué scientifiquement en 12 chapitres et
est largement documenté en données statistiques. Les notes et remarques sont intégrées aux
chapitres, ce qui facilite la lisibilité de l’ensemble.

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LE SIOUX PAGE 9

Dans un premier temps, l’auteur aborde le


problème en se référant à une étude de l’historien
américain Trevor Dupuy qui en était venu à la
conclusion que les unités allemandes avaient infligé
à leurs adversaires américains, dans toutes les
conditions de combat et même en cas d’infériorité
numérique massive, des pertes de 50 % en
moyenne supérieures à celles qu'elles avaient
elles-mêmes subies. Afin de mettre les origines de
cette efficacité en relief, Creveld met
systématiquement en parallèle les structures de la
Wehrmacht et celles de la US Army. Dans l’ordre
sont entre autres comparés le rapport à la société,
la physionomie des conflits, les principes de
commandement, la gestion des ressources
humaines ainsi que la formation des officiers et
sous-officiers des deux institutions.
Le premier chapitre de l'étude comparative
en vient à la conclusion que le caractère national
n'a aucune espèce de répercussions sur l'aptitude à
la guerre. En conclusion, il n’y a aucune raison de
croire que le caractère national allemand est plus ou moins apte à la guerre que l’américain.
Dans le domaine des enseignements de la guerre et de la physionomie d'un conflit,
l’auteur constate à l'étude des règlements que la guerre, selon l'approche allemande, est « une
activité ayant une assise scientifique » alors que les Américains sont persuadés qu'elle n'est
qu'une question de compréhension exacte et de bonne application des enseignements. C’est là
un distinguo majeur qui se manifeste aussi dans l’accentuation divergente de l’action
indépendante à tous les niveaux et du degré de précision des règlements. La politique des
règlements dans la US Army était considérablement plus axée sur les questions d'organisation
que c'était le cas du côté allemand ; elle attachait une plus grande importance à la doctrine, la
planification et au contrôle, alors que du côté allemand, la conduite des opérations revêtait
manifestement une importance primordiale. L’organisation de l’armée de terre et les ressources
humaines qui y étaient affectées se différenciaient de manière cruciale en ce sens que, selon
l’approche américaine, les unités étaient si possible recomplétées en permanence, alors que,
selon l’approche allemande, le respect de l’appartenance à une même région géographique
ainsi que la cohésion du groupe étaient mis en avant. Ceci a régulièrement conduit à ce que
des soldats américains soient arrachés à leurs unités familières dès la fin de leur formation,
effectuent un voyage transatlantique en tant qu’individus regroupés sur un coup de dés et
soient finalement affectés aux compagnies du front dont ils n'avaient auparavant jamais
entendu parler. Les unités allemandes par contre se
caractérisaient par une grande homogénéité et une
longue vie commune au sein des corps de troupe.
Finalement, l’auteur se livre à une étude
comparative de l'endoctrinement de la troupe, des
échanges de troupes, du service de santé ainsi que du
traitement des cas psychiatriques. Curieusement, on
constate à cet égard des deux côtés que les efforts
destinés à renforcer au moyen d’une prise d’influence
psychologique ou propagandiste la combativité et la
volonté de tenir n'ont eu presque aucuns effets sur la
troupe. L’échange d’unités élémentaires n’a pas été
pratiqué systématiquement des deux côtés et ne peut
donc livrer aucune conclusion relative à la conservation
de la valeur combative. Alors que le nombre de cas
psychiatriques observés dans les unités étudiées de la
Wehrmacht a continuellement pu être tenu pour quantité
négligeable (environ 2 %), il était bien plus élevé dans les

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LE SIOUX PAGE 10

formations américaines. Les origines de cette différence, selon l’appréciation de Creveld,


résident en particulier dans le système de recomplètement (manque de cohésion à l’intérieur
des unités) ainsi que dans le traitement des patients, loin du front, ce qui entre autres a été
exploité comme une échappatoire aux missions de combat. Comparé au service de santé
allemand, l'américain était beaucoup plus étoffé et plus efficace en termes de sauvetage de vies
humaines. La différence essentielle résidait toutefois dans un principe fondamental divergeant
quant au sort réservé aux blessés après leur rétablissement. Alors que dans l’armée de terre
allemande s’appliquait le principe selon lequel les blessés réintégraient leur corps de troupe
d’origine après leur rétablissement, les soldats américains venaient réalimenter le système de
recomplètement, ce qui avait pour conséquence qu'ils ne revenaient que rarement dans leur
ancienne unité.
Les chapitres suivants portent sur les
systèmes de gratification et de pénalisation ainsi que
sur le choix et sur la formation des sous-officiers et
officiers. Il en ressort que la Wehrmacht attachait à
tous les niveaux une plus grande importance à l’action
autonome et concédait aux soldats de plus grandes
possibilités de recours effectifs et veillait à une
distance moins marquée entre les soldats du rang et
les officiers. On peut noter dans ce contexte particulier
que l'expression Soldat s'applique en Allemagne à
tous les grades (ce qui est encore le cas aujourd'hui),
alors qu'en Amérique, le terme ne qualifie que les
militaires des grades inférieurs à celui d’officier. Pour
la sélection des officiers, l’armée américaine
s’attachait à une formation formelle et à l'intelligence
des intéressés, alors que la Wehrmacht privilégiait
davantage un système de sélection décentralisé
faisant une large place aux diverses aptitudes et
qualités liées au caractère même des personnels
concernés (charisme, détermination, etc.). La formation allemande des officiers prévoyait par
principe un module de formation de plusieurs mois pour le service au front, alors que cette
disposition n’était pas prévue pour les élèves officiers américains. Par ailleurs, l’élève officier
allemand était promu officier dans le régiment dans lequel il avait servi jusqu'alors, alors que les
cadets américains alimentaient un pool pour être ensuite versés dans n'importe quelle division.
La conclusion centrale que
Creveld tire de cette étude est que l’armée
de terre américaine, dans sa structure et
dans son organisation, est largement
caractérisée par des approches
technocratiques, alors que la Wehrmacht
place les besoins psychiques et sociaux
de ses soldats au centre de ses
préoccupations. Alors que l’approche
américaine tend à faire de l'homme le
simple appendice des techniques
modernes d'armement, les dispositions et
les procédures de la Wehrmacht se
basent sur la conviction que même dans
un conflit d’essence industrielle, le facteur
humain reste plus important que la
technique.
Dans ses conclusions, l’auteur parle du secret de la haute efficacité au combat de
l’armée de terre allemande et s’exprime en ces termes : « L’armée de terre allemande était une
institution optimisée pour le combat. Au niveau du moral, de l’élan, de la cohésion de la troupe
et de l’élasticité, il est peu vraisemblable qu'aucune des autres armées du XX e siècle n'ait été à
sa hauteur. »

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LE SIOUX PAGE 11

Dans le dernier chapitre,


il aborde le problème de la
valeur au combat dans son
entier et dans un contexte
largement plus vaste. La US
Army a fait passer ses effectifs
de 243 000 hommes à une force
armée de plus de 8 millions
d’individus en l’espace d’à peine
5 années. Cette montée en
puissance fulgurante et les longs
axes de communication ont joué
un rôle décisif dans l'approche
américaine. Il y souligne une fois
de plus le rôle décisif de cette
démocratie dans la victoire sur
deux puissances massivement
armées. Toutefois, il compare la
US Army à un gigantesque
appareil de production qui préfère ne pas considérer la guerre comme la confrontation de
diverses armées de terre, mais comme un combat dont l'issue est essentiellement décidée au
niveau des matériels. C’est pourquoi elle ne se concentre pas trop sur sa valeur au combat,
mais bien davantage sur sa capacité à affronter l'ennemi avec la puissance de feu la plus
massive possible.
Finalement, Creveld souligne la neutralité morale du potentiel militaire. Les
caractéristiques qui conféraient à la Wehrmacht son efficacité ont aussi généré des soldats pour
lesquels un ordre était un ordre sans égard pour son contenu et qui étaient prêts à l’exécuter en
l’assortissant de toutes les cruautés.

3) ANALYSE – AVIS DU REDACTEUR


L’étude comparative de Creveld doit tout d’abord être prise en considération dans le
contexte des blessures occasionnées à la confiance en soi des Américains à la fin de la guerre
du Vietnam. La manière étrangement froide avec laquelle l’auteur semble considérer la
Wehrmacht comme une « armée normale » semble d’abord insolite au lecteur allemand mais
est corollaire de l’étude isolée de l'organisation purement militaire de la capacité opérationnelle.
Creveld y examine quelques-uns des facteurs qui la rapprochent des autres forces armées de
l’époque mais aussi qui l’en différencient. Fondamentalement, cette étude met clairement en
évidence qu’il s’agissait d’une organisation très décentralisée qui apparaît aujourd’hui comme
un exemple obsolète, ne serait-ce qu’en raison de sa structure de base et de ses effectifs
pléthoriques. Toutefois, quelques enseignements tirés de cette étude concernant la neutralité
morale de la capacité opérationnelle restent, aujourd'hui comme hier, certainement recevables
et dignes d'intérêt. Cette étude montre clairement l’importance capitale d’une organisation
basée sur la tradition et qui repose sur une confiance réciproque et sur la qualité de la sélection
des personnels. Creveld met en évidence que l'un des facteurs déterminants de la capacité
opérationnelle réside dans la cohésion solidaire à l’intérieur d'une unité militaire. Cette
cohésion résulte d’une organisation rigoureuse combinée à un entraînement long, persévérant
et commun de l’unité et permet ainsi d’appliquer des méthodes de commandement plus
flexibles. Le commandement par objectif, le droit et l’obligation pour tous les chefs,
subordonnés compris, de décider et d’agir de manière autonome constituent une illustration
cruciale. La capacité de prendre des décisions même aux échelons inférieurs à celui de chef
de corps (bataillon) revêt dans les théâtres d'opération actuels, aujourd'hui comme par le passé,
une grande importance. En règle générale, dans les scénarios d’engagement contemporains,
des décisions de grande portée sont prises notamment au niveau des patrouilles et des
sections. Le mot-clé « Strategic Caporals » est usité en lieu et place de l’obligation de miser,
notamment pour la nouvelle génération d’officiers ainsi que pour les sous-officiers supérieurs,
sur une sélection qualitative rigoureuse des personnels d’une part, mais d’autre part aussi sur la
disposition à opérer une large délégation de compétences et de responsabilités.

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LE SIOUX PAGE 12

En outre et comme par le passé, des structures solides, se basant sur l’origine commune et sur
la formation, jouent un rôle déterminant au niveau tactique. Malgré toute la nécessité de
structures multinationales dans les pays d’engagement, on voit ici l’immense importance de
formations connues. Les contingents opérationnels allemands de la Bundeswehr sont
régulièrement confrontés au problème de l'absence de connaissance réciproque au début d’une
opération en raison de la composition artificielle des formations. Souvent, les soldats d’un
groupement tactique en opex sont originaires de nombreuses unités différentes. Il y a là l’un des
défis qu’il convient de relever, car les structures de base sont encore insuffisamment adaptées
à la réalité des opérations. Une adaptation du modèle américain des National Guards ou bien
de celle du système des régiments fixes du modèle britannique qui s’inscrit dans cette logique,
semble ici secourable.
Plus encore, cette étude accrédite l’idée que la supériorité en termes de valeur au
combat ne peut combler les déficits des autres domaines que dans une mesure limitée.
Toutefois, la Bundeswehr doit relever ce défi de manière singulière et dans un contexte
budgétaire limité. Une approche qui se limiterait à une supériorité matérielle basée sur une
technologie des plus modernes et sur sa puissance de feu, n'est tout simplement pas finançable
pour toutes les armées européennes et politiquement parlant irréaliste.
Malheureusement, l’étude de Creveld ne tient pas compte de l’énorme influence des
technologies modernes ainsi que la nécessité qui en découle d'une spécialisation approfondie.
C’est là qu’apparaissent les limites manifestes à une application potentielle pour les forces
armées d’aujourd’hui, ne serait-ce qu’en raison du degré de spécialisation qui exige une
formation homogène et une durée des affectations comparativement plus longues et qu’il est
actuellement plus difficile à mettre en place.
Qui plus est, l’étude met à jour la neutralité morale du potentiel militaire. Les armées
occidentales modernes se voient ici confrontées à des défis beaucoup plus grands en raison de
l’omniprésence des médias.
L’ouvrage de Creveld est très méritoire et cet examen fouillé devrait être connu de tous
ceux qui émettent une opinion sur l’armée allemande de la Seconde Guerre mondiale et qui
cherchent à comprendre le concept et la signification de la capacité opérationnelle.

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LE SIOUX PAGE 13

LES BLOGS / vue sur internet :

(Attention, la plupart de ces vidéos montrent crument les effets létaux des armes
d’aujourd’hui. Ceux qui ne supportent pas la vue du sang ou d’hommes morts devraient
s’abstenir de les visionner)

Voir les liens dans les articles.

N’hésitez pas à nous faire découvrir un blog.


Blog les anciens de la 11ème escadre
[Link]

Blog généraliste :
[Link]
[Link]

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LE SIOUX PAGE 14

BD : U. 47 : Convois sur l’Arctique

Scénario : Mark Jennison


Dessins : Gerardo Balsa
Couleurs : Nicolas Caniaux
Éditions : Zéphyr
U.47 :
Le Taureau de Scapa Flow
Le Survivant
Convois sur l’Arctique

Dans ce troisième opus de la série le sous-marin


allemand U.47 part en mission dans l’Arctique pour
établir les raisons du silence radio du poste
d’observation de l’île X107. Il part avec un
météorologue dans ses entrailles d’acier et, chose
naturellement imprévue… un traitre ! Cette BD sur
la Kriegsmarine durant la Seconde Guerre
mondiale, accompagnée d’un important dossier sur
Adalbert Schnee (commandant du U201), brille
incontestablement par sa qualité scénaristique et
graphique, mais aussi et surtout par sa capacité à
entrainer le lecteur de la fiction à l’Histoire !
Synopsis 1941 : les quatre observateurs allemands positionnés sur l’île X107, en pleine mer
des Barents, ne donnent plus signe de vie. L’amirauté s’inquiète de ce silence, la Kriegsmarine
devient incapable de repérer les convois partant ravitailler le nouvel ennemi du IIIe Reich :
l’Union Soviétique. Pendant ce temps à Lorient le climat est des plus tendus : les mouvements
de résistance organisent des missions de sabotage et d’espionnage, mais peu à peu l’occupant
commence à mettre des visages sur ces combattants de l’ombre. Entre espionnage,
contrespionnage et double jeu la discrétion devient un art de vivre plus ou moins bien accepté
par l’équipage de l’U.47, sous-marin allemand stationné dans le port breton. Étant l’un des rares
bâtiments disponibles, ce UBoote est chargé d’aller éclaircir ce qui s’est passé sur l’île X107
tout en faisant d’une pierre deux coups vu qu’on lui confie le Docteur Werner, météorologue,
chargé de larguer une sonde météorologique au-dessus de l’Arctique… Au grand dam de
l’équipage qui sait qu’il n’y a pas mieux pour se faire repérer que ces gros ballons blancs flottant
dans les airs… L’U.47 quitte donc le Morbihan pour le silence glacial des profondeurs arctiques.
Sans rien savoir de la mystérieuse affaire qui a eu lieu sur l’île, du convoi puissamment escorté
qui navigue dans le secteur et… de l’espion infiltré en son sein…
Notre avis sur la BD Mark Jennison, le scénariste,
parvient brillamment à passionner le lecteur pour le
monde des sousmariniers allemands de la Seconde
Guerre mondiale ! On aurait pu craindre une bande
dessinée bien trop technique, graphiquement
rébarbative et limitée à l’intérieur contigu du
submersible… Fort heureusement, il n’en est rien !
Troisième tome de la saga, nous avons affaire à un
scénario à intrigues multiples ce qui permet de
suivre à la fois la clandestinité des cellules de
résistance bretonne, et les péripéties de l’équipage
allemand parti en mission en pleine mer. Le choix
de mettre au cœur de la saga des hommes des
forces de l’Axe pourrait également rendre méfiants
certains lecteurs, bien que la chose soit de plus en
plus courante dans le milieu de la BD (ici la marine
est évoquée, mais d’autres célèbres sagas évoquent l’aviation ou l’infanterie allemande). De ce
côté là aucun souci, vous ne trouverez aucunement une apologie du IIIe Reich ici, mais bien
une fiction rapportant les destins plus ou moins croisés de personnages divers engagés dans

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LE SIOUX PAGE 15

un camp ou dans l’autre de ce conflit mondial. La saga U.47 ne cherche pas à entrer dans un
manichéisme ou une prise de position quelconque, elle retrace une histoire humaine avec sa
part d’ombre et de lumière. La technicité du vocabulaire employé dans la marine militaire aurait
pu être un dernier obstacle pour le lecteur, mais là encore Mark Jennison a trouvé la parade. En
effet, à omettre ce vocabulaire technique la BD aurait perdu en authenticité, mais à se contenter
de ce vocabulaire elle aurait perdu en lisibilité : la solution d’annoter les vignettes pour définir au
lecteur les termes techniques résout le problème avec simplicité et efficacité. L’aspect
graphique est également des plus convaincants dans cette saga ! Le dessin de Gerardo Balsa
est précis et réaliste, la mise en couleurs de Nicolas Caniaux est dans la même optique, aussi
se régaleton à admirer les détails du UBoote sous la lumière électrique de la base sousmarine
de Lorient, sous le soleil couchant ou dans les brumes océanes… Cet excellent résultat ne peut
être que le fruit d’un talent artistique certain, combiné à une recherche poussée dans les
moindres détails pour le matériel, l’équipement… Des détails intérieurs et extérieurs du sous-
marin, à l’armement ou l’uniformologie, les amateurs de militaria ont de quoi se réjouir ! Il faut
dire que les éditions Zéphyr sont spécialisées en histoire militaire…
Et les amateurs de la Seconde Guerre
mondiale se réjouiront d’autant plus en
apprenant que les Éditions Zéphyr sont
également en partenariat avec l’éditeur
Conflit & Stratégie ! Avec une telle
collaboration d’éditeurs, on pouvait
espérer que cette bande dessinée soit
un modèle de BD historique, sachant
faire passer en douceur le lecteur de la
fiction à l’Histoire par un scénario et un
souci du détail dans un premier temps,
puis par un dossier documentaire
purement historique dans un second temps. Nous avons vu que la première partie du contrat
est parfaitement remplie par l’U.47, mais qu’en estil du dossier ? Nos lecteurs habitués savent à
quel point nous insistons sur ces dossiers qui permettent à la BD historique de devenir un des
fers de lance de la vulgarisation historique. Hélas certains éditeurs les négligent, d’autres
mettent la main à la patte avec plus ou moins de succès, allant de la petite notice au
complément photographique… « Convois sur l’Arctique » est visiblement à un tout autre niveau
avec son dossier consacré à Adalbert Schnee !
Adalbert Schnee, L’as du U201 Pour la première édition, les tomes de la saga sont
accompagnés d’un complément documentaire conséquent et de qualité. Après un dossier
consacré aux UBoote et un consacré à la base de Lorient, ce troisième tome comporte un
dossier réalisé par Luc Brauer et consacré à Adalbert (dit « Adi ») Schnee, sous-marinier
allemand considéré comme un spécialiste de l’attaque de convois. Ce dossier suit la carrière de
Schnee depuis son entrée dans la marine en 1934, ses formations dans les diverses écoles
militaires, ses commandements sur des sous-marins de plus en plus modernes jusqu’au U201.
Les sept patrouilles effectuées au commandement du U201 sont très bien décrites, attaquant
seul ou en meute le sous-marin torpille pas moins de 27 navires entre 1940 et 1942. Loin d’être
monotone, le récit se lit avec une grande facilité, le lecteur suivant les péripéties du sousmarin
tantôt prédateur et tantôt proie, évitant les grenadages et les attaques aériennes. Le dossier
finit avec la carrière de Schnee en état-major comme chef des opérations anti convois avant
qu’il ne reprenne le commandement d’un tout nouveau type de sous-marin type XXI juste avant
la fin de la guerre. Ce dossier de 95 pages est très richement illustré avec de nombreuses
photographies d’époque (avec toutefois quelques inversions dans les légendes), des cartes,
des plans, une fiche technique sur l’Unterseeboot Type VIIE…
Un modèle de BD historique ? Il faut reconnaitre en conclusion que cette première édition de «
Convois sur l’Arctique », avec son dossier sur Adalbert Schnee représentant environ les 2/3 de
l’ouvrage, apparait comme un modèle à suivre dans le milieu de la bande dessinée historique :
un scénario efficace, un dessin et une mise en couleur précis et une formidable capacité à faire
passer le lecteur de la fiction à l’Histoire. Nous avons là une arme de vulgarisation massive !
Faute de Croix de Fer, le site HPT ne peut que classer cette BD dans ses « Coup de Cœur » …
Source : ICI

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LE SIOUX PAGE 16

FILM: Zero dark thirty (2012)

FILM DE : Kathryn Bigelow


PAYS : USA
GENRE : Historique, Espionnage, Guerre, Thriller
AVEC: Jessica Chastain, Jason Clarke, Joseph Bradley,
Jennifer Ehle, Mark Strong, Harold Perrineau, James
Gandolfini, Stephen Dillane, Joel Edgerton, Nash Edgerton,
Fares Fares…
SCENARIO: Mark Boal
MUSIQUE : Alexandre Desplat

SYNOPSIS : Après les attentats du 11 septembre 2001 qui


ont anéanti les tours du World Trade Center ainsi
qu’endommagé une partie du Pentagone, l’homme le plus
recherché au monde est Ben Laden. Après l’invasion de
l’Afghanistan et la bataille de Tora-Bora par les troupes
américaines, des centaines de prisonniers sont faits parmi les membres d’Al Qaida transférés
sur la base cubaine de Guantanamo et torturés. Après plusieurs semaines d’interrogatoires
poussés, un prisonnier finit par lâcher une piste. Celle de Abu Ahmed Al-Kuwaiti messager de
Ben Laden. La traque reprend avec l’agent Maya de la CIA comme fer de lance…

CRITIQUE : Film touffu, et historiquement bien renseigné. Kathryn Bigelow spécialiste du film
commercial et bodybuildé est ici dans son élément. Elle sort de la production de « Démineurs »
(« The hurt locker« ) (2009) 6 fois oscarisé et vainqueur de plusieurs prix à travers les festivals
du monde.
Le scénario sur la traque de Ben Laden était déjà prêt, mais sa mort le 2 mai 2011 suite à
l’opération « Neptune’s Spear » oblige le scénariste Mark Boal à remanier sa copie.
Le film a au moins deux mérites : Il met en avant la pratique de la torture dans la base de
Guantanamo, et sa relative efficacité, il souligne aussi que le but de l’opération « Neptune’s
Spear » (Opération Trident de Neptune) était la liquidation physique de Ben Laden. Il n’a jamais
été question de le capturer. En fait la mort du terroriste était décidée bien avant que l’on
découvre sa planque à Abbottabad au Pakistan.
Là où le film de Kathryn Bigelow est moins précis c’est sur les relations americano-
pakistanaises qui justifient une expédition américaine sur un pays souverain et allié des Etats-
Unis. Il est aussi assez vague sur les considérations politiques de l’administration Bush Jr. Puis
sur celles de l’administration Obama. Seule la fin de la torture décrétée par la nouvelle
administration démocrate est réellement abordée dans le film.
Cependant le film est très intéressant à voir. Il permet de souligner les atermoiements de la CIA
face aux attentats qui succèdent à ceux du 11 septembre et qui semblent imprévisibles. Et
aussi son manque de résultat en termes de « cibles » à éliminer.
Scénario solide, casting irréprochable, réalisation carrée à la technologie de pointe, et
entertainment préservé malgré la lourdeur du sujet. Le film est une belle réussite. On pourra
reprocher l’assaut du repaire du chef d’Al-Qaida un peu confus, mais le résultat est vraiment
satisfaisant.

LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE : Le vol de nuit des deux hélicoptères furtifs vers le Pakistan vers
la demeure où la CIA pense avoir « logé » Ben Laden. Séquence spectaculaire et
impressionnante de technologie.

L’ANECDOTE : Le casting du film est impressionnant. Non pas par pour ses stars (il n’y en a
pas) mais par le nombre de rôles. Plus d’une centaine !

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LE SIOUX PAGE 17

La prévention du terrorisme en Grande-Bretagne

Le prix Le Monde de la recherche universitaire


permet, depuis près de 20 ans, de donner une visibilité
importante à des thèses de doctorat. Non seulement les
thèses sélectionnées font l’objet d’une présentation dans le
quotidien, mais certaines d’entre elles sont publiées aux
Presses universitaires de France. Parmi les lauréats 2016
se trouve Claire Arènes, récompensée pour son travail sur
la prévention du terrorisme en Grande-Bretagne.
Claire Arènes analyse bien la manière dont la
perception du terrorisme a changé en Grande-Bretagne au
tournant des années 2000. Les autorités découvrent alors
que des citoyens britanniques participent à des actions de
terrorisme international à l’étranger. En avril 2003 par
exemple, deux jeunes hommes nés en Angleterre se font
exploser dans une boîte de nuit de Tel Aviv. Dans
certaines mosquées radicales de Londres – que d’aucuns
surnomment « Londonistan » –, des prêcheurs radicaux
appellent au djihad. En juillet 2005, quatre terroristes – nés
au Royaume-Uni pour trois d’entre eux et en Jamaïque
pour le quatrième – commettent des attentats-suicides dans la capitale britannique. Le
terrorisme est désormais perçu comme une menace interne et il apparaît nécessaire aux
responsables politiques de prévenir la radicalisation des « communautés vulnérables ».
L’auteur décrit précisément la mise en œuvre du principal programme de prévention,
baptisé PREVENT. Son analyse repose sur de nombreux entretiens avec des acteurs de
terrain, notamment des militants associatifs, des représentants institutionnels et des policiers.
Son verdict est sévère : PREVENT aurait entretenu un mélange des genres dangereux
entre community cohesion et lutte contre-terroriste, et conduit à une stigmatisation des
communautés musulmanes. La réforme du programme consécutive à la défaite des travaillistes
en 2010, n’aurait pas inversé la tendance : PREVENT demeurerait une « marque honnie » que
les acteurs de terrain chercheraient à cacher.
Si le livre de Claire Arènes mérite assurément d’être lu – en particulier par les acteurs
chargés de la lutte contre la radicalisation –, il appelle cependant deux regrets. D’une part,
l’essentiel du travail de recherche a été réalisé entre 2010 et 2012 : il est donc question d’Al-
Qaïda, mais pas de Daech. Or on aurait souhaité savoir dans quelle mesure PREVENT avait
réussi à détourner les jeunes Britanniques de l’État islamique. D’autre part, un chapitre
comparatif aurait été utile, la stratégie britannique ayant fait des émules en Europe. La France,
qui a longtemps résisté à l’approche britannique en mettant en avant son incompatibilité avec le
modèle laïque et républicain, est aujourd’hui plus encline à s’inspirer des expériences conduites
outre-Manche. Les similitudes entre le plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme
(PART) présenté par Manuel Valls en mai 2016, et la stratégie britannique CONTEST – dont
PREVENT est un des piliers – sont frappantes.

Claire Arènes se demande à l’issue de son travail si PREVENT ne s’est pas révélé
contre-productif, et n’a pas conduit le gouvernement britannique à « perdre les cœurs et les
esprits » d’une partie de la population. Si tel est le cas, espérons que le PART français
connaîtra un meilleur destin.

Source : [Link]
[Link]/2017/02/24/la-prevention-du-terrorisme-en-
grande-bretagne/

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LE SIOUX PAGE 18

Figure 1 SCH Svilen Simeonov, 2e REG, BCH Geoffrey Baumela, ADC Denis Estin, ADC
Fabien Willm et CNE Christophe Schnetterle, 93e RAM, assassinés à Gwan

Trahison sanglante en Afghanistan (d'Audrey Ferraro)

20 Janvier 2012, massacre de militaires français à


Gwan.
A Gwan, en Afghanistan, des soldats français aident
l’Armée Nationale Afghane à lutter contre les insurgés, mais
le 20 Janvier 2012, un soldat afghan se retourne contre eux
et tire….
Je pourrais faire un résumé de son récit, mais à quoi
bon tout dévoiler. Audrey Ferraro nous parle de ce massacre,
des conditions, de l’environnement, des conséquences que ce soit pour leur collègues ou leur
famille, présents ou non au moment des faits, sans rien omettre et en toute objectivité. A nous
d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Sa lecture a parfois été très émouvante. On ne pourra
jamais comprendre ce qu’ils ont vécu, tant qu’on ne l’a pas vécu d’une façon ou d’une autre.
Elle nous permet aussi de ne pas oublier que derrière le soldat, il y a un homme (ou une
femme) et une famille.
Elle n’est jamais dans le jugement, ne donne pas son point de vue, elle énonce les
faits, laisse les différents témoins directs et indirects, les médecins, les familles s’exprimer. Puis
elle apporte des explications. Ce que j’ai trouvé très intéressant, c’est qu’à certaines de mes
interrogations apparues en cours de lecture, elle finissait par apporter la réponse plus tard dans
le livre. Son passé militaire lui a apporté toute la légitimité de l’écrire et lui a permis d’avoir la
confiance de tous les participants à cet ouvrage. En effet, en tant que soldat elle comprend ce
qu’ils ont traversé, et cela se ressent dans son écriture.
L’auteur a voulu rendre hommage à ces soldats tombés pour la France au nom de la
liberté. Mais elle rend aussi hommage à tous les soldats tombés pour la France en Afghanistan.
Egalement aux familles qui doivent supporter cette vie de militaire, et qui sont tout autant des
victimes. Aux équipes médicales tant sur le terrain qu’en métropole, qui permettent une prise en
charge rapide et sur le long terme des dommages tant physiques que psychologiques. Et à
toutes les associations qui gravitent autour et apportent leur aide de quelque façon que ce soit.
De ce monde militaire, on ne voit que les conflits, les soldats morts mais on ne se rend
pas compte de tout l’univers qui cogite autour. J’ai beaucoup appris sur ce milieu assez peu
connu, du fait, je pense, de cette aura « d’intouchabilité », d’un univers hermétique alors qu’au
fil de la lecture je me suis rendue compte qu’il est plus ouvert au public qu’il n’y parait, au moins
au niveau médical (sujet qui me touche certainement plus particulièrement), avec la prise en
charge autant des civils blessés sur les zones de conflits que de ceux en métropole, où nos
blessés profitent des avancées médicales faites au sein de l’armée.
J’ai découvert cet essai lors du 18ème Salon du Livre de Bondues, où j ’ai eu la
chance de rencontrer l’auteur. J’ai certes mis du temps à le lire, mais il a été d’un grand
enrichissement. Et même si ses autres livres concernent de tout autre domaine, je vais un de
ces jours les lire (quand j’aurai enfin un peu avancé dans ma bibliothèque qui déborde de livres
en attente d’être lus), en l’occurence Un Amour de Camino.

Source : [Link]
07-03-trahison-sanglante-en-afghanistan-d-audrey-
ferraro/

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LE SIOUX PAGE 19

Wargame : Urban
operations

Depuis son temps de


commandant d’unité au
110e régiment d’infanterie
le LCL de PEYRET avait
gardé un regret : ne pas
avoir pu développer et
utiliser avec ses chefs de
section LE support qui lui
permettrait de faire
réfléchir ses cadres aux
subtilités des opérations
urbaines, dans un
contexte interarmes, et
face à un ennemi qui
manœuvre pour gagner.
Une mission de plusieurs
années, en service
détaché, loin des rythmes
parisiens lui a offert
l’opportunité de
développer enfin ce
projet. Nul besoin de
compétences de
développement de
logiciel : il suffit de
s’appuyer sur un fond de
connaissances bien
déterminées, d’imaginer
des mécanismes de jeu,
de savoir les transcrire
Figure 2 Couverture de la boîte crédit photo [Link] en règles et en scénarios,
et d’apprendre à
modéliser un terrain et
des unités. Avec un peu de persévérance, au bout de cinq ans et demi de développement, le
résultat est là : le jeu de plateau Urban Operations est diffusé depuis mai 2017. Edité en anglais,
tous les composants de la boîte sont téléchargeables en français 1 sur le site de Nuts !
Publishing, l’éditeur du jeu. Thomas Pouchin, un des associés de cette jeune maison d’édition
située dans l’ouest de la France, a assuré le développement du jeu. Concours de circonstance,
c’est au cours du développement du projet qu’il a pris la décision de rejoindre la réserve
opérationnelle.
Le jeu répond à une attente certaine de la part du public des wargamers francophones et anglo-
saxons. Il est en ce moment présenté à différents centres et écoles d’armes pour évaluer ses
possibilités d’emploi à des fins de formation et d’entraînement, visant essentiellement les
commandants d’unités et leurs chefs de section. Tout utilisateur qui veut apprendre ou revoir les
spécificités des opérations urbaines a l’embarras du choix, entre seize scénarios qui tous
représentent une situation tactique particulière. Le choix d’un support non numérique surprend
parfois, mais il offre une réelle souplesse d’emploi au responsable de séance qui voudrait
l’adapter à ses besoins.
Une présentation complète du jeu se trouve sur le site de l’éditeur2, mais vous trouverez ci-
dessous les principales informations dans cet extrait de la lettre d’information de l’éditeur.

1
[Link]
2
[Link]

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LE SIOUX PAGE 20

Présentation du jeu
Pas si simple de représenter au niveau tactique toute la complexité des opérations urbaines,
avec le souci de respecter le principe KISS (keep it stupid simple) et de fournir un produit
réellement ludique. C’est pourtant la tâche à laquelle Sébastien de Peyret, avec l’équipe de
Nuts ! Publishing, s’est attelé en développant Urban Operations.
Au départ, Urban Operations a été pensé pour un public militaire, comme un outil
d’entraînement réaliste, simple à utiliser, peu coûteux, et adapté à cet environnement très
exigeant qu’est la zone urbaine. Rapidement la réflexion pousse à développer des cas
historiques, et le contact avec Nuts ! Publishing amène à un projet de jeu complet, pour
wargamer, mais que des unités professionnelles peuvent très aisément utiliser comme un
serious game.
Urban Operations représente donc des combats à l’échelle tactique, exclusivement en milieu
urbain. Chaque camp peut mettre en action l’équivalent d’une compagnie, avec tous ses
renforcements interarmes. Surtout, toutes les contraintes de la ville sont représentées : effet
des armes, tir fratricide, présence de la population, risques technologiques, angles de tir très
contraints. Le joueur doit prendre en compte tous ces paramètres avant d’engager ses unités.

Un système de jeu simple mais efficace


L’effort est mis
sur l’interactivité,
le brouillard de la
guerre et l’effet
des armes. Ainsi
chaque camp
peut activer de
manière alternée
le volume d’une
section, en
intégrant ses
appuis et les
éléments de
soutien et de
commandement.
Il est possible au
joueur adverse de
pratiquer des tirs
d’opportunité
pendant les
mouvements de Figure 3 Un bloc représente un groupe de combat ou un véhicule.
la section.
Chaque groupe de combat et chaque véhicule sont représentés par un bloc qui reste debout,
donc non identifiable par le joueur adverse, tant qu’il n’a pas été observé ou qu’il n’a pas ouvert
le feu. En complément de ces blocs les joueurs se réfèrent à un ensemble de cartes à jouer, sur
lesquelles sont définies les caractéristiques de tir et d’effet des armes de chaque unité. En
fonction de la distance à laquelle les unités engagent le feu la valeur de combat varie, de
manière à ce que les éléments débarqués tirent tout avantage de leur puissance de feu en
combat rapproché, pendant que les blindés et missiles doivent prendre de la distance pour faire
le meilleur usage de leur armement. Chaque tir amène à la prise en compte de l’effet des armes,
non seulement sur la trajectoire des tirs, mais aussi là où est ressenti le souffle des explosions
(autour du départ des coups de canon de char, autour de l’objectif frappé, lors des ouvertures
de brèches). Des cartes évènements amènent un peu d’incertitude à chaque camp.
L’emploi d’éléments d’appui (tirs de mortier, fumigènes, appui par hélicoptère ou par chasseurs-
bombardiers, reconnaissance par drones) est une part importante du jeu. Il est aussi possible
de réaliser des parties en multijoueurs, avec un chef de chaque camp donnant ses directives
aux autres joueurs qui font agir les sections.

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LE SIOUX PAGE 21

Une approche réaliste et novatrice

Figure 4 Juin 2017 : le scénario Kolwezi est testé à l’école de l’Infanterie.


Dès la genèse du développement d’Urban Operations, ont été prises en compte toutes les
caractéristiques qui font la difficulté des opérations urbaines. Sur un plan de jeu classique, la
symbologie de la carte et l’emploi de règles particulières permet d’abord de modéliser l’effet des
armes, cause essentielle des pertes en ville. Dans le même ordre d’idées la carte permet aussi
bien la gestion de tirs à distance d’un bâtiment à l’autre que le combat rapproché de pièce en
pièce. De même sont représentés les effets collatéraux de l’emploi de toutes sortes d’explosifs,
notamment lors du bréchage de cloisons. Il était essentiel de mettre aussi en scène un des
acteurs majeurs des confrontations actuelles : la population civile, dont la présence complique
souvent les possibilités d’emploi des armes lors d’affrontements contre un adversaire irrégulier.
En complément, la proximité des chefs est un réel appui à l’action des groupes de combat. Et la
possibilité de faire parvenir un soutien logistique jusqu’aux unités de première ligne permet de
redonner du potentiel à chacun.

L’auteur
Officier d’infanterie, Sébastien de Peyret travaille depuis de nombreuses années à un système
de jeu pour représenter de manière fluide tous les effets du combat urbain. Il a nourri ses
réflexions au fil de ses affectations en tant qu’instructeur à Saint Cyr, en opérations, ainsi que
comme chef du département entraînement du centre d’entraînement aux actions en zone
urbaine (CENZUB) de Sissonne. Dans ce site l’armée de terre française prépare l’ensemble de
ses unités à la guerre en ville, avec des moyens très réalistes et une équipe d’instructeurs à
l’expertise reconnue au niveau international.

Guerre froide et guerres asymétriques


Afin de permettre aux joueurs d’explorer toutes les difficultés du combat urbain trois campagnes
sont disponibles. Mogadiscio 1993 met en scène les unités occidentales confrontées à des
forces irrégulières qui exploitent tous les moyens que les lois de la guerre réprouvent, comme
par exemple l’emploi de boucliers humains. Dans Fulda 1985 les joueurs peuvent employer
toute la richesse des moyens interarmes mis à leur disposition, au fil de scénarios qui
représentent les premiers contacts entre les forces de l’OTAN tentant de barrer le passage aux
unités du Pacte de Varsovie s’élançant à la conquête de l’Europe occidentale. La campagne
Carré d’As regroupe les combats emblématiques d’unités d’élite de quatre grandes puissances
militaires.

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LE SIOUX PAGE 22

DEUXIEME PARTIE HISTOIRE

La libération de la poche de Colmar


20 janvier –9 février 1945

ALLIEES –1ère Armée


française et le XXI è corps
US : 42 000 hommes
ALLEMANDS – 19è Armée
allemande : 72000 hommes

Contexte général :
Après la prise de
Strasbourg (23 novembre
1944) par la 2è DB du
général Leclerc, toute
l’attention des alliés se porte
désormais sur la ‘poche de
Colmar’. Celle-ci représente
un saillant depuis le Sud de
Strasbourg jusqu’au Sud de
Mulhouse. Les alliées
débutent une première
attaque le 7 décembre mais
elle demeure infructueuse,
car d’une part ils doivent faire face à des difficultés logistiques dues à l’éloignement de leurs
ports de ravitaillement, et d'autre part parce que le commandement français manque d'initiative.
Après une contre-attaque allemande ‘NORTHWIND’ contre le VIè groupe d’armées américain
situé dans les Ardennes et autour de Strasbourg qui a provoqué une véritable panique dans les
états-majors alliés. Il est nécessaire de
définitivement réduire cette poche de résistance.
Remarque : L'Alsace, qui avait été
annexée par l'Allemagne quatre ans plus tôt, fut
défendue par les Allemands avec la même
âpreté que n'importe quelle autre terre du Reich.
À cette fin, le groupe d’armée « Oberrhein »
(Rhin supérieur) qui défendait l’Alsace était placé
sous le commandement direct du « Reichsführer
» SS Heinrich Himmler.

Déroulement de la bataille :
Le terrain et la météo : La plaine
alsacienne est extraordinairement plate et n’offre
pratiquement aucune couverture à un attaquant.
Lorsque les troupes alliées attaquèrent, elles
furent donc gênées par un temps très froid et
fortement exposées aux feux défensifs des
Allemands bien retranchés dans les villages.
Le schéma général de la manœuvre : Le
général d’armée de Lattre de Tassigny
commandant la 1ère Armée française, a prévu de
réaliser une attaque en tenaille. Le 1er Corps
d’Armée du général Béthouart attaquera par le
Sud pour aspirer les réserves de la XIXè armée
allemande. Puis deux jours plus tard, le 2è Corps
d’Armée du général Monsabert attaquera par le
Nord-Ouest en direction de Neuf-Brisach.

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LE SIOUX PAGE 23

Temps 1 - du 20 au 24 janvier
1945 :
L’offensive du 1er CA débute le
20 janvier à 7H30, malgré la tempête de
neige la progression est initialement
rapide puis limitée et contrecarrée, dès le
22 janvier, par de violentes contre-
attaques qui obligent cependant les
Allemands à engager une partie de leurs
réserves. L’offensive du 2è CA débute le
22 janvier à 21H30, elle bénéficie d’un
effet de surprise. Sur tout le front les
combats sont acharnés, l’ennemi
réagissant par ses blindés et son
artillerie. Notant la progression difficile
des unités alliées, le général de Lattre a
demandé des renforts au 6è groupe
d'armées U.S. Donnant son accord, le
général Devers a placé le XXIe corps
U.S. du général Milburn sous les ordres
de la 1ère armée française.

Temps 2 - du 25 janvier au 03
février :
Fuseau Nord (2è CA et XXIè CA
US à partir du 29 janvier) : Le 26 janvier,
le 2è CA a débloqué la situation en
franchissant l’Ill en plusieurs points. Une
de ses divisions, la 5è division blindée se
dirige vers Neuf-Brisach, tandis qu’une
autre, la 3ème division d'infanterie US
combat encore à Jebsheim qui est la clef
de la défense du canal Rhin-Rhône.
Après des combats acharnés, les paras
du 1er RCP avec les Américains du 254è
régiment d'infanterie ont enfin libéré Jebsheim le 29 janvier. Le XIX è CA US s'est lancé dans
l'offensive et dès le 30 janvier, il établit une solide tête de pont au-delà de Colmar.
Fuseau Sud (1er CA) :
Le 1er CA est entré dans Vieux-Thann le 26 janvier et une nouvelle bataille s'amorce :
celle qui devrait empêcher les restes de la XIXème armée allemande de s'évader de la poche
de Colmar par le pont de Chalampé, qu'ils tiennent solidement. Pour cela, l'avancée du 1er CA
semble bien lente pour boucler l'encerclement. De Lattre entend donc utiliser ses réserves pour
intervenir vers Chalampé.

Temps 3 - du 04 au 09 février :
La jonction entre les fuseaux Sud (1er CA) et Nord (XXIè CA US) est réalisée le 5 février
à Rouffach.
Tout au long de la journée du 6 février, les Allemands passent sur la rive Est du Rhin
soit par bacs, soit par le pont de Chalampé malgré l'artillerie et les bombardements alliés. Le 8
février 1945, la jonction Nord-Sud est définitivement bouclée autour de ce qui fut la poche de
Colmar. Malgré les ordres contradictoires d’Hitler, le 9 février à 8 h, les Allemands ont fait sauter
le pont de Chalampé après le passage de leurs derniers soldats sur la rive droite du Rhin. Il n'y
a plus de poche de Colmar. Mais entre-temps, la XIXème armée a pu évacuer de la poche de
Colmar : 50 000 hommes, 60 chars et 500 canons. De Lattre envoya ce communiqué : "Au 21 è
jour d'une âpre bataille au cours de laquelle les troupes américaines et françaises ont rivalisé
d'ardeur, de ténacité et de sens manœuvrier, l'ennemi a été chassé de la plaine d'Alsace et a
dû repasser le Rhin."

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LE SIOUX PAGE 24

BILAN :
Conformément aux
directives du Général
Eisenhower, la poche de
Colmar avait été réduite et le
6è groupe d'armée américain
a alors occupé des positions
sur le Rhin depuis la
frontière suisse jusqu'au
nord de la région de
Strasbourg. La XIX è armée
allemande, bien que pas
complètement détruite, a
perdu la plupart de ses
combattants expérimentés.
L'Alsace avait alors changé
de mains pour la quatrième
fois en 75 ans entre la
France et l'Allemagne. Après
la bataille, les Français ont
accordé à la 3è division d'infanterie U.S. le droit de porter la Croix de Guerre.

Enseignements de la
bataille :
Procédés tactiques :
Après la poche de
Falaise, la fermeture de la poche
de Colmar n’a pas été
complètement hermétique et a
permis à la XIXè armée
allemande d’exfiltrer la grande
majorité de ses troupes et de ses
matériels.
La manœuvre de
fermeture d’une poche nécessite
une importante coordination en
amont pour éviter les tirs
fratricides sans laisser
s’échapper l’ennemi.
Il est utile de disposer de solides connaissances du milieu dans lequel les troupes
combattent, dans ce cas-là, le froid et la fortification des maisons, a permis aux allemands de
s’accrocher au terrain et de freiner durablement la progression des alliés.

Renseignement :
Le manque de renseignement allemand a impliqué une mauvaise utilisation de sa
réserve (elle l’a directement utilisée contre l’élément de diversion).
Bien connaître son ennemi : les Allemands ont défendu l’Alsace comme leur patrie.

Elément réservé :
L’utilisation précoce, au deuxième jour des combats, de la réserve allemande a permis
aux alliés de progresser rapidement dans le 2è et 3è temps de cette opération.
Disposer d’une réserve suffisante avant l’action : le général de Lattre de Tassigny a dû
renégocier, en pleine opération, un CA supplémentaire pour s’assurer de la victoire.

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LE SIOUX PAGE 25

Bataille de Manille (3 février – 3 mars 1945)

INTRODUCTION.
Contexte opérationnel. Les chefs d'état-major interarmées des États-Unis, après de vigoureux
débats internes, ont choisi les Philippines plutôt que Formose comme prochaine cible majeure à
l'automne 1944. MacArthur a décidé de commencer son assaut des Philippines en frappant le
centre de l'archipel à Leyte.
Cela a permis aux forces américaines
d'isoler la plus grande île de Mindanao au
sud, tout en fournissant un tremplin pour
l'assaut sur Luzon, l'île la plus grande et la
plus au nord. Luzon était la clé, car il
contenait le meilleur port (Manille), les
meilleures installations d'aérodrome (Clark
Field), et il était le plus proche des îles
japonaises et d'autres territoires japonais.
Des assauts américains ont été effectués
à Mindoro en décembre pour capturer des
aérodromes plus près de Luzon.
La bataille de Manille (3 février-3 mars
1945) est l'une des rares bataille urbaines
menées par l'armée américaines dans le
Pacifique pendant la seconde guerre
mondiale, au milieu d'une population civile imposante. La ville, qui compte plus d'un million
d'habitants en 1944, est coupé en deux d'est en ouest par la rivière Pasig. Au nord se trouve le
quartier populaire du Tondo. Au sud se trouvent les installations portuaires modernes, la vielle
forteresse espagnole, l'Intramuros, et des immeubles.

I/ VERS MANILLE
Février 1945. Pour pouvoir utiliser pleinement les Philippines dans leur chemin vers le Japon,
les forces américaines ont dû capturer l'île la plus au nord de Luzon. Pour tirer pleinement parti
de Luzon, les forces américaines avaient besoin de capturer Manille. Cependant, l'intérêt
accordée à Manille elle-même était minime durant la planification américaine pour la campagne
de Luzon. Un mélange d'espoir, de déni et de rapports de renseignements erronés a amené le
général Douglas Mac Arthur à croire que les Japonais ne se battraient pas pour la capitale des
Philippines, mais plutôt à la déclarer ville ouverte, comme il l'avait lui-même fait trois ans plus
tôt. Ce ne sera pas le cas, contrairement aux souhaits du commandant japonais sur Luzon, le
général Tomoyuki Yamashita. Après que les forces américaines aient débarqué dans le golfe
de Lingayen sur le nord de Luzon le 9 janvier 1945, il leur a fallu presque un mois pour se
déplacer vers le sud, à travers la plaine centrale, vers Manille. En face, il y avait une armée
mixte de la marine japonaise, composée par les commandants japonais locaux à partir des
restes des unités disponibles. Il a fallu un autre mois de durs combats pour deux divisions
américaines renforcées pour approcher de la ville.

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LE SIOUX PAGE 26

La sixième armée du général Walter Krueger a débarqué quatre divisions le 9 janvier 1945 dans
le golfe de Lingayen, sur la côte nord de Luzon. Les deux divisions du Ier Corps étaient à
gauche, tandis que les deux divisions du XIVème Corps étaient à droite, et à la tombée de la
nuit, 68 000 hommes étaient débarqués à terre et avaient poussé à l'intérieur une moyenne de
quatre milles.
Les premières poussées
vers Manille furent rapides,
au-delà des attentes des
planificateurs. L'opposition
rencontrée à l'avance sur
la rivière Agno était si
faible que le haut
commandement pensait à
un éventuel piège japonais.
Les unités du XIVème
Corps, sur le flanc droit,
ont progressé sans
difficulté vers le sud en bas
de la Plaine Centrale,
tandis que Ier Corps a
rencontré des forces
japonaises importantes sur
le flanc gauche sur un
terrain accidenté. Cette
résistance différenciée a
rapidement exposé le flanc
gauche du XIVème Corps
du général de division
Oscar Griswold. Krueger
préférait une avance lente
vers le sud, mais son
patron pensait autrement.
MacArthur, commandant
de la zone sud-ouest du
Pacifique, a estimé que le
danger d'une contre-
attaque de la part de la
gauche était minime et que
les Japonais ne se
battraient pas pour Manille,
deux idées sur lesquels
Krueger n'était pas
d'accord.
La progression rapide du
XIVème Corps étant le
reflet de la volonté japonaise et de son plan défensif. Le général Yamashita, commandant de la
14ème Région de l'armée, n'avait pas l'intention de défendre la plaine centrale, ni Manille elle-
même. Yamashita n'avait que deux buts principaux pour Luzon: attrition maximale des forces
américaines et retard maximum. Tout le reste était secondaire, y compris la survie de ses forces.
Son plan était axé sur la tenue de trois redoutes montagneuses, l'une à l'est de Manille, l'autre à
l'ouest de Clark Field et la principale redoute dans le nord-est de Luzon.

Les Japonais ont fortifié la ville, en particulier au sud de la Pasig. Yamashita, qui commande les
troupes des Philippines, veut former un réduit dans le nord de Luçon. Il ordonne au générale
Yokoyama, qui commande le Groupe Shimbu à Manille, d'évacuer la ville. Mais la marine
impériale, sous les ordres du vice-amiral Okochi, refuse de le faire. Elle crée une Force de
Défense Navale de Manille. Elle est commandée par le contre-amiral lwabuchi, qui dirige déjà la

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LE SIOUX PAGE 27

31è force navale spéciale. Iwabuchi aligne 17 000 hommes en tout : 4 500 au nord de la Pasig
avec Noguchi, 5 000 au sud, 5 000 à l’extérieur de la ville, au sud, à Nichols Field, et quelques
milliers de marins sur les navires coulés dans la baie ou à l'est. lwabuchi doit tenir Manille le
plus longtemps possible et faire sauter toutes les installations portuaires. L'armée ne peut que
s'incliner et le colonel Noguchi prend la tête d'un détachement de l'armée au nord de la Pasig.
La 31è force navale spéciale va combattre de son côté, seule, avec un conglomérat hétéroclite
d’équipages d'avions et de bateaux débarqués, de travailleurs coréens et de Formose, de
personnels civils de la base navale, le tout sans aucune expérience du combat urbain et pas
forcément dotés d’une arme individuelle. Mais les Japonais disposent de près d'un millier de
canons de 20 mm, de 600 mitrailleuses, de 60 canons doubles de 120 mm de la marine. Des
obus ou des bombes servent à fabriquer des mines ou des pièges.
Côté américain, Mac Arthur veut absolument prendre Manille. Il pense que les Japonais la
déclareront ville ouverte comme il l'avait fait en 1942. Krüger, le commandant de la 6 è US Army
qui a débarqué dans le golfe de Lingayen le 27 janvier 1945 est plus sceptique. Il ne voit pas
l’intérêt stratégique de Manille et craint les contre-attaques de Yamashita sur ses lignes de
communication.
Les deux divisions engagées dans les
combats de rues. Les 7éme Infanterie
Division et 1er Cavalry Division, n'ont pas
l'expérience de la guerre urbaine mais
ont reçu un entraînement correspondant
et connaissent la doctrine. Plutôt
formatées pour le combat de jungle, elles
ne peuvent par ailleurs utiliser le soutien
d'aviation, ni celui d'artillerie de manière
libre. Au début de la bataille, la 1ère
Cavalry Division mène un raid éclair à
partir du 1er février et arrive aux abords
de la ville le 3, la 37ème ID suivant le
lendemain. La 1ère Cavalry Division libère
l'université Santo Tomas où se trouvaient
détenus plus de 2 000 Américains, mais
est coupée de ses arrières par les
Japonais. La 37éme ID doit la dégager.
Elle s'occupe ensuite de prendre les
secteurs où se trouvent l'alimentation en
eau et en électricité de la ville. La 37ème
ID progresse à partir du 4 février à
travers le quartier du Tondo, à l'ouest de
la 1er Cavalry. La résistance se fait plus
dure en approchant de la Pasig. Le 7
février, les Japonais sont rejetés au sud
de la Pasig et font sauter les ponts. La 37éme ID étend son front pour se charger du
franchissement tandis que la 1er Cavalry entame une manœuvre d'enveloppement par l'est, le
sud puis l'ouest sont pris pour couper les Japonais de tout renfort.
La 37ème ID franchit la Pasig le 8 février et affronte les combats les plus violents dans le district
avoisinant, jusqu'à l'assaut de l'Intramuros le 23. Les 9 et 10 février, la 37 ème ID perd ainsi 45
morts et 307 blessés dans des combats de rues. Les premiers chars interviennent dans la
bataille après avoir franchi la Pasig le 14 février. La 1er Cavalry, après avoir contourné la ville et
être arrivée à l'ouest remonte vers le nord et affronte elle aussi une résistance acharnée. la
37ème ID est arrivée près du mur est de l'Intramuros et commence à le pilonner le 17 février. Le
23, c'est presque toute l'artillerie de la division qui est concentrée sur cet objectif, avec plus de
7400 obus expédiés sur l'édifice. Les combats sont particulièrement violents au fort Santiago,
au nord-ouest. Sur les 26 prisonniers, tous viennent de Formose, aucun n'est japonais. Le
contre-amiral Iwabuchi se suicide avec son état-major, le 26 février, en apprenant la chute de la
forteresse. Les japonais tiennent encore plusieurs bâtiments importants au sud-est. Le
nettoyage de ces places fortes dure jusqu'au 3 mars.

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LE SIOUX PAGE 28

CONCLUSION :
Les civils ont
particulièrement
souffert. Les très
nombreuses victimes
civiles et la
destruction du tissu
urbain ont également
été les
caractéristiques de la
bataille de Manille.
Dans leur défense
fanatique de la
capitale, les forces
japonaises ont
massacré près de
100 000 civils, soit
près de 14% de la
population civile de
Manille dont
beaucoup exécutés
par les japonais,
mais aussi du fait de
l'artillerie américaine. Pour parvenir à la victoire, les forces d'assaut américaines ont été forcées
de faire sauter les des défenseurs japonais retranchés dans des immeubles, laissant 70 pour
cent des zones résidentielles et d'affaires dans des ruines détruits. La bataille montre
l'importance de prendre en charge les civils.

Les Américains ont perdu 1 010 tués et 5 565 blessés. Les Américains ont encore une fois mis
en œuvre la combinaison des armes jusqu'au plus petit échelon. L'aviation n'a pas joué son rôle
traditionnel, contrairement à l'artillerie, dont les restrictions sont levées dès le 10 février. Le
général américain Robert S. Beightler, observant la destruction de Manille de son quartier
général, écrivait : « De grandes langues de feu ont balayé les toits, couvrant parfois plusieurs
blocs de la ville dans leur vol de destruction. Le rugissement, même éloigné, ressemblait à un
convertisseur de Bessemer, et la terre tremblait fréquemment ... Nous voyions l'horrible
pyrotechnie de la destruction, se répandant toujours plus vite pour englober et détruire la plus
belle ville d'Extrême-Orient ». Il y a aussi un volet amphibie dans cette action urbaine.

Les japonais ont 16 665 morts. Au vu de l'inexpérience de leurs troupes en matière urbaine et
du manque de coordination interarmes, les japonais ont réussi à conduire une défense coriace
avec bien peu. Ils se condamnent à une défense statique jusqu'à la mort, avec plus un
équipement naval, d'ailleurs, que terrestre. Les combats de Manilles ont démontré l'esprit
typique de combat japonais, et une utilisation efficace du paysage urbain en défensive. Bien
que ne faisant pas partie de la planification défensive du commandant japonais, la bataille de
Manille ralentit la conquête de Luzon et affaiblit considérablement les forces américaines
participantes.

Se déroulant seulement quatre mois après Aix-la-Chapelle, la bataille de Manille a eu lieu


contre un ennemi de type différent, dans une ville plus grande, avec une grande population
civile favorable à l’assaillant et impliquant des forces beaucoup plus importantes pour les deux
camps. Ces facteurs ont fait de Manille une bataille urbaine beaucoup plus vaste qui a présenté
son propre ensemble de défis aux forces américaines.
Lieutenant-colonel ® Ch. MARCILLE
Centre d’Entrainement aux actions en
Zones Urbaines – 94è RI – CEP

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LE SIOUX PAGE 29

L'organisation de l'appui-feu pendant la guerre d’Indochine.

La prédominance de l’artillerie.
Les Français comptent sur un appui-
feu extérieur pour leurs formations d'infanterie.
Leur principal élément d'appui-feu réside dans
leur artillerie, même si l'aviation met en valeur
sa capacité d'engagement à longue portée.
L'artillerie française qui accompagne
le Corps Expéditionnaire à l'origine est
rapidement rompue en petits éléments pour
soutenir les nombreux postes occupés. Cette
artillerie est réunie en bataillons de campagne
traditionnels au fur et à mesure de l'extension
des groupements mobiles. L'artillerie
française est ainsi soit de l'artillerie de position,
fixe ou semi-mobile, soit de l'artillerie de
campagne composée de bataillons d'artillerie
assignés aux groupements mobiles, conser-
vés en réserve ou, occasionnellement, rendus
disponibles par les commandements de secteur.
A l'époque des réformes du général de Lattre, les Français disposent de 228
pièces de fortifications et 240 pièces de campagne en Indochine. A l'exception d'une
unique batterie de canons de 155 mm au Tonkin, ces pièces sont pour l'essentiel des
obusiers de 105 mm et quelques-uns de 155 mm. A la fin de la guerre, ce total est monté
à 323 pièces de garnison et 370 de campagne. Les pièces de campagne sont affectées à
des bataillons de 12 obusiers chacun avec un bataillon d'artillerie par groupement mobile
et quelques autres réservés pour un soutien général. L'artillerie de forteresse, répartie en
général en section de deux pièces d'artillerie, est déployée le long de la ligne de Lattre et
dans des postes similaires dans toutes les parties du pays. En règle générale, ces
sections sont positionnées de façon à pouvoir se couvrir mutuellement et, à la fin de la
guerre, 323 occupent 160 positions, couvrant un front de 3200 kilomètres. Cette
dispersion de l'artillerie procure un soutien psychologique aux troupes car les Français
sont persuadés qu'elles ont besoin de savoir qu'il est toujours disponible. Cependant,
disperser ces soutiens peut tout aussi bien répondre à une exigence tactique au vu de
l'avantage de l'infanterie régulière Viet Minh sur l'infanterie régulière.

Une efficacité limitée.


Après les échecs des assauts Viet Minh sur la ligne de Lattre en 1951, l'artillerie
française devient moins efficace. Dispersée sur de vastes distances, elle ne peut se
regrouper suffisamment. Les unités mobiles sont dépendantes de leurs pièces de 105 mm
qui ne peuvent cependant pas détruire les profondes fortifications de campagne Viet Minh.
Faute de posséder la capacité de déplacer leur artillerie par hélicoptère, comme le feront
les Américains au Viêt Nnam par la suite, l'artillerie française devient le premier facteur qui
retient l'infanterie française proche des routes.
L'infanterie française amène en effet peu de mortiers avec elle sur le champ de
bataille car elle compte sur les pièces de 105 mm pour assurer la grande majorité du
soutien. Au contraire, le Viet Minh dispose d'une division lourde qui regroupe toute leur
artillerie traditionnelle ; son infanterie utilise des canons sans reculs, des mortiers et des
pièces d'artillerie légère (le plus souvent de 75 mm) pour obtenir un appui-feu qui puisse
se maintenir à courte portée. L'avantage de cette organisation est que l'équipement et
les approvisionnements peuvent être transportés par des animaux ou des bicyclettes
directement vers les combats. Les Français ne vont cependant pas réorganiser leur
artillerie en ce sens. La critique sur les enseignements tirés des rapports montre qu'ils
envisagent dans ce contexte de fournir soit des mortiers lourds soit des canons sans
recul aux groupes mobiles opérant loin du réseau routier relativement bon du delta.

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LE SIOUX PAGE 30

Le rôle accru de l’aviation.


Le manque de couverture de l'artillerie, plus le fait que les unités disponibles ne
sont pas suffisantes pour détruire les fortifications de campagne, impliquent la confiance
mise dans la puissance aérienne avec sa réactivité et sa puissance destructrice. Géné-
ralement capables de répondre aux demandes urgentes et de dévaster les troupes
ennemies surprises à découvert, les moyens aériens français ne sont cependant pas
suffisants pour détruire les fortifications Viet Minh. Les Français estiment alors qu'il
faudrait 200 bombardiers lourds pour affecter la logistique et la construction de fortifica-
tion par le corps de bataille principal du Viet Minh. Or, en juin 1953, les forces combinées
de l'aviation embarquée et de l'Armée de l'Air comptent 34 bombardiers moyens et 125
chasseurs-bombardiers. Aucun n'est un jet et certains datent de la Seconde Guerre
mondiale.
Ces avions sont,
comme l'artillerie, dispersés
sur tout le théâtre d'opération
pour fournir un soutien à tous
les commandants territoriaux
avec des commandements
aériens pour le nord, le centre
et le sud correspondant aux
commandements territoriaux
des forces terrestres. Un
historien français a plus tard
avancé, soutenant des
analyses militaires françaises
contemporaines de l'époque,
que La perte de Dien Bien
Phu s'explique largement par
le manque de bombardiers
B26 et B29. » (David 1 « Deux
théâtres, un même conflit ? Le
poids de l'Union française sur
l'intégration atlantique 1952-
1956). La puissance aérienne
française bénéficie pourtant
de la présence d'un l'un des
deux porte-avions - qui ne peut cependant être permanente car il faudra 3 ou 4 porte-
avions pour assurer une présence permanente. Par conséquent, la combinaison des
contre-mesures du Viet Minh et du manque de moyens français contre-carrent le projet
de la France d'utiliser une puissance aérienne accablante pour obtenir la victoire sur le
terrain.
Malgré ce problème d'ampleur, l'appui-feu français se remarque par sa flexibilité,
sa réactivité et sa disponibilité. La disponibilité est obtenue en conservant l'infanterie
proche du réseau routier. Mais la flexibilité et la réactivité ont une particularité en matière
d'organisation. En plus, des observateurs avancés et des officiers de liaison, l'aviation de
l'armée de terre française, formée quelques mois après la Seconde Guerre mondiale, et
l'Armée de l'Air mettent sur pied trois escadrilles d'observations et de contrôle de tir. Avec
un ratio d'une sortie par bataillon en opération, ces avions s'avèrent capables de rester
longtemps au-dessus du champ de bataille et d'ajuster le soutien aérien et le soutien de
l'artillerie. Le fait que le soutien aérien soit le fait d'avions à piston au lieu de jets aide le
processus car les vols plus lents à basse altitude facilitent l'observation. Malgré quelques
inquiétudes concernant cette innovation peu orthodoxe, les observateurs aériens coordi-
nateurs des tirs seront une solution d'appui-feu encore plus importante dans la guerre
suivante, en Algérie.
Lieutenant-colonel ® Ch. MARCILLE
Centre d’Entrainement aux actions en
Zones Urbaines – 94è RI – CEP

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LE SIOUX PAGE 31

La bataille de Vinh Yen : 14 - 17 Janvier 1951

Le 13 janvier 1951, Giap passe à l'attaque. Des semaines durant, il a massé dans les
vallées touffues du Tarn Dao ses trois divisions d'infanterie. Son intention, procéder à des
opérations de diversion sur un front de 120 kilomètres, pour disperser les forces adverses, puis
appliquer l'effort principal sur Vinh Yen et le Fleuve Rouge en direction de Hanoï, qui ne sera
plus qu'à 40 kilomètres. Son plan manque réussir. En se portant au secours du poste de Bao
Chue, à l'ouest du Tarn Dao, le Groupement mobile n°3 du colonel Vanuxem tombe dans une
sévère embuscade et, bousculé, doit se replier jusque sous les murailles de Vinh Yen. Dans le
même temps, une offensive contre Huong Khanh, où se tient le Groupement mobile nord-
africain du colonel Edon, donne lieu à de violents combats que les blindés et l'artillerie auront
du mal à circonscrire.
Le 13 janvier, la situation des Français est précaire : déjà, les dépêches d'agence
annoncent que Giap est à deux jours de marche de Hanoï. Ce 13 janvier au soir, le front
français est enfoncé. A Vinh Yen, les défenseurs n'ont plus de munitions ; à Huong Khanh, le
colonel Edon doit lui-même défendre son P.C. à la mitraillette comme un simple voltigeur. Cinq
bataillons viêt-minh ont franchi la R.C.2 à l'ouest de Phuc Yen et foncent vers le Fleuve Rouge.
La nuit vient, mais Giap n'attaque pas. Et c'est son erreur. Au matin du 14 janvier, les
Français se sont ressaisis. Alerté dans la nuit, le général de Lattre arrive à Saigon et, dans
l'après-midi, son Morane se pose sur le petit terrain de fortune de Vinh Yen, encadré par les
traceuses de la D.C.A.
Sur place, il se fait rapidement une idée exacte de la situation.
« Ce qui compte pour Giap, c'est enlever Vinh Yen à tout prix. C'est là que nous nous
battrons, tout le reste est secondaire. »
A son tour, il développe son idée
de manœuvre : ramener sur le centre des
combats les groupes mobiles voisins -
celui du colonel de Castries jusque-là
maintenu devant Luc Nam, celui du colonel
Edon, qui vient de dégager Huong Khanh,
celui du colonel Clément, constitué en hâte
avec des paras et des cavaliers. Toute la
nuit du 14 au 15 janvier, les convois
routiers et blindés convergent sur le champ
de bataille.
Au matin du 15 janvier, la contre-
offensive se développe. Tirailleurs et
goumiers montent à l'assaut et
reconquièrent la série de collines qui
protègent Vinh Yen au nord.
Les combats sont rudes. Le
G.M.N.A. du colonel Edon prend le
dispositif ennemi de flanc et oblige la
Division 308 à lâcher pied et à se retirer
Figure 5 Le général d'armée de Lattre de Tassigny, le colonel de dans la plaine et sur les premières pentes
Castries (commandant le GM2) et des officiers (dont le colonel du Tarn Dao.
Erulin commandant le GM1 et le colonel Allard) en train d'étudier
une carte à Vinh Yen pendant la bataille.

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LE SIOUX PAGE 32

Figure 6 1. 13 janvier - Attaque du poste de Bao Chuc - Le G.M. 3 (Vanuxem) va au secours et tombe dans une embuscade,
se replie le 14 au soir, sous les murs de Vinh Yen. 2. Le G.M.N.A. (Edon), après avoir stoppé, lance une attaque de diversion
sur Huong K

La première phase de la bataille est terminée. Penché sur sa carte, de Lattre


développe son idée de manœuvre. Pour lui, plus de doute : Giap va jeter toutes ses forces dans
la bataille. Quelques minutes plus tard, les tirailleurs du colonel Edon voient déboucher, à
découvert, au coude à coude et en hurlant, toute la Division 308 (la « Division de fer») qui se
rue à l'assaut, précédée de volontaires de la mort chargés de faire exploser les défenses avec
des charges de dynamite accrochées à de longs bambous.
De Lattre était prêt. Il donne un ordre. Aussitôt, venus du ciel où ils tournaient, des
dizaines de chasseurs Bearcat plongent et bombardent les vagues ennemies, à la roquette et,
surtout, au napalm. L'offensive est brisée.
Ne bénéficiant plus de l'effet de surprise, Giap lance, le 17 au matin, l'offensive de la
dernière chance.
Mais les paras du Ier B.C.P.P. tiennent bon sur la cote 210.
Et le G.M.3 de Vanuxem, parti pour leur tendre la main, parvient
à bloquer les quinze bataillons viêt-minh aventurés sur les rizières du
nord-ouest.
Alors, l'artillerie se déchaîne, écrasant sous son feu les unités
de volontaires de la mort.
Dans le même temps, aux ordres du colonel Clément, les
renforts, acheminés depuis trois jours par l'un des plus importants ponts
aériens de l'histoire de la guerre, sont désormais à pied d’œuvre, et
viennent à leur tour prêter main-forte aux tirailleurs et aux Muongs du
G.M.3.
Enfin, à l'est, le G.M.2 du colonel de Castries, qui a rameuté la chasse, assiste en
spectateur à la déroute des colonnes ennemies qui refluent en désordre vers le Tarn Dao. Il est
14 heures, les Français restent maîtres du terrain. Les combats de Vinh Yen, qui ont duré
quatre jours et quatre nuits, ont coûté au Viêt-minh 6 000 hommes et 600 prisonniers. Pour la
première fois, de Lattre a relevé le défi ennemi, il a vaincu en rase campagne un adversaire
nombreux et déterminé, persuadé que les portes de Hanoï lui étaient ouvertes. Dans quelques
jours, dans une autocritique restée célèbre, le général Vo N'Guyen Giap avouera « qu'il a sous-
estimé la capacité du Corps expéditionnaire à réagir ».

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LE SIOUX PAGE 33

Il en déduit que la guerre d'usure


qu'il doit désormais mener sera longue et
nécessitera un renforcement de ses troupes
en effectifs et en matériels, ainsi « qu'une
nouvelle forme d'offensive dont le but sera à
la fois d'immobiliser les troupes ennemies et
de leur infliger des pertes qui seront difficiles
à combler ».
Le général de Lattre devait, quelque
temps plus tard, tirer ainsi la leçon de Vinh
Yen : « C'est ici qu'il convient de mesurer le
chemin parcouru. C'est ici que 'est situé le
tournant décisif qui fit entrer la guerre dans
une nouvelle phase et apparaître aux yeux
des troupes le visage de la victoire. Tous les Figure 7 Soldats du 1er RTA
soldats vietnamiens qui se sont illustrés à
Vinh Yen justifient ma foi dans la grandeur
du Viêt-nam de demain ...
... L'Histoire montre que les nations ne
meurent jamais de mort violente, que leur cœur
continue à battre tant que la foi les anime. Il ne
s'arrête que lorsqu'elles renoncent à vivre ... Je
suis ici parce que le Viêt-nam a un grand destin,
qu'il veut l'accomplir et qu'il l'accomplira ...
Les victoires de nos troupes permettent
en même temps la constitution de cette armée
nationale qui, demain, garantira votre indé-
pendance. »
Désormais, le Tonkin est devenu
prioritaire. Le général de Lattre a compris que
c'est là que se gagnera ou se perdra la guerre
d'Indochine.
Il a donc fait récupérer, dans les
territoires où la pression ennemie est moins forte,
des bataillons d'infanterie, tirailleurs, légionnaires
ou paras, des escadrons de blindés, tous
renforts acheminés sur le Nord, par avions ou
par bateaux.
A Hanoï, les prisonniers viêt-minh
témoignent de la vigueur de la bataille passée, et
de l'ampleur du succès.
Mais le commandant en chef sait aussi
que son adversaire ne demeure jamais sur un
Figure 8 10e bataillon parachutiste de chasseurs à pied échec.
Déjà, dans le secret de la jungle, il
reconstitue ses effectifs, recrute ses soldats et rassemble tous les moyens d'une prochaine
attaque.

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LE SIOUX PAGE 34

Attaque de Ouadi Doum

BANGUI : samedi 15 Février 1986 19H00.


Alban commandant du 1/11 Roussillon, vient de terminer le briefing de la mission de l’attaque
de la piste de Ouadi Doum, prévue le lendemain. La journée a été consacrée à la préparation et
les 12 pilotes du 1/11 qui effectueront la mission sont prêts.

Figure 9 Dream Team

Le diner se passe dans un calme relatif car chacun est conscient des enjeux et des risques :
l’attaque de la piste a bien évidemment une connotation politique très forte et les défenses
sol/air de la base sont importantes.

Je regagne l’hôtel où on loge vers 22 heures, accompagné de 3D, avec qui je partage la
chambre et qui sera mon équipier demain. L’extinction des feux se fait relativement tôt et je
mets assez peu de temps à m’endormir.

3H30 le réveil sonne ;


 3D m’interpelle « je n’ai pas fermé l’œil de la nuit !»
 Pour moi ça s’est plutôt bien passé, lui répondis-je
 Vous n’avez pas arrêté de remuer et de grogner
Soit, mais je me sens relativement en forme.

Le petit déjeuner est calme car nous ne sommes pas vraiment d’humeur à plaisanter et on sent
que chacun est déjà dans la mission. Arrivés dans la zone OPS, Alban nous fait un briefing
rapide qui a surtout pour but de nous rappeler les éléments essentiels : horaires, fréquence,
déroulement, … On ressent un peu de tension, mais la signature de la forme 11 au bureau de
piste, le tour avion, l’installation nous ramènent à une routine bien connue.

Après la mise en route lors de la vérification du tour cabine, une mauvaise surprise m’attend.
Les pompes de transfert du groupe arrière sont sur arrêt ! Je lance la main sur la banquette
droite, là où se trouve l’ensemble des breakers accessibles, sachant pertinemment qu’il n’y en
pas pour les pompes carburant. Ce n’est pas possible ! Pas aujourd’hui ! J’ai presque 2000
heures de Jaguar et je n’ai jamais eu (et vu) cette panne. En tant que leader de la 2 ème
patrouille, je peux prendre l’avion du N°4 (c’est prévu) mais dans 2 minutes on roule, ce qui ne
m’en laisse plus vraiment le temps.

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LE SIOUX PAGE 35

Figure 10 Parking Bangui 12 Jag, 4 F1C, 2ATL 2

Au premier check radio, Zézette annonce « mon avion est en panne, je coupe » ; c’était mon
N°4, et c’est son avion que je devais prendre si j’avais décidé de changer….

Le test des freins à la sortie du parking est musclé, espérant débloquer ces foutues pompes,
mais rien n’y fait. Et puis, petit miracle, en arrivant au point de manœuvre, il y en a une sur les
deux qui bascule sur marche.

Les 4 avions de la première patrouille sont alignés puis lâchent les freins à 30 secondes
d’intervalle. Le spectacle des dards PC allumés dans la nuit est toujours aussi beau, et je ne
peux m’empêcher de penser au raffut que ça doit faire en ville puisqu’on décolle face au sud.
J’imagine aussi les derniers noctambules rentrant chez eux, ceux qui se lèvent, qu’on a réveillé,
bref tous ces gens partis pour une journée normale et qui sont loin d’imaginer qu’on va aller
casser une piste à 1500 kilomètres de là.

Le décollage ne pose pas de problème particulier et peu après, en me retournant je vois les
rotatings de mes équipiers en train de rassembler. Le TACAN déjà en fonction air-air donne une
distance, mais pas de relèvement sur le Boeing qu’on doit rejoindre. Il fait beau, le jour
commence à se lever et l’acquisition visuelle s’effectue relativement vite. La rejointe est
standard, sauf qu’en courte finale le Boeing grossit vite, très vite, trop vite ce qui m’oblige à
sortir les aérofreins, cabrer puis la vitesse diminuant vers 250 kts, à sortir des volets et allumer
les PC car à cette altitude et avec toutes les charges qu’on a, le Jaguar vole très mal. J’ai
l’impression d’être dans une phase de combat et je n’ose imaginer ce que ça doit donner au
niveau de mes équipiers ! Je dois avouer que je n’ai pas regardé car je dois assurer le
rassemblement et puis et surtout j’ai une entière confiance ; on se connait et je sais qu’ils
tiendront leur place. Au cours du débriefing lorsqu’on a évoqué cette phase, j’ai bien aimé leur
commentaire « le rassemblement ? oui, effectivement ce fut un peu chaud ». En fait, les tankers
qui avaient eu un peu de souci au décollage de Libreville avaient 10 secondes d’avance sur le
timing et se sont présentés sans prévenir (silence radio oblige) avec une vitesse de 250 kts au
lieu des 300 kts prévus, ce qui nous a donné une vitesse de rapprochement de 100kts au lieu
de 50.

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On enchaine aussitôt sur le premier ravitaillement ; l’air est calme et ça passe tranquillement. Le
transit vers le 16 Nord s’effectue aussi tranquillement ce qui me donne le temps de penser à ce
qui s’est passé depuis le début ; j’espérais un début de mission plus paisible et j’espère que ce
n’est pas signe de mauvaise augure.

Figure 11 RVT en 250 kgf

Au 16 Nord, après avoir ravitaillé une deuxième fois, descente plein complet pour passer sous
la couverture des radars de Ouadi-Doum. Le trajet en basse altitude est long et pose un
problème de pétrole ; la vitesse a été limitée à 420kts au lieu des 450 pour réduire la
consommation. On sait qu’on est vraiment juste, surtout pour la dernière patrouille qui est en
bombes 250 kg avec un seul bidon. Pendant la préparation j’avais demandé à pouvoir larguer
les bidons une fois vides, mais cela nous avait été refusé. Quand je pense à la consommation
qui en a été faite lors de la guerre du Golfe….

Pendant ce trajet en basse altitude, je me souviens avoir survolé des paysages magnifiques
comme je n’avais jamais vu auparavant. Je me suis dit alors « je ne sais pas comment va se
terminer la mission, mais quelle qu’en soit l’issue, la journée n’aura pas été entièrement
mauvaise » ; étonnant ce décalage entre l’enjeu de la mission et la manière dont on le vit.

Le point de recalage situé 5 minutes avant l’attaque approche et fort de la réflexion précédente,
je me trouve étonnamment calme ; sauf que je m’aperçois que mon crayon gras n’arrête pas de
faire des allers et retours entre ma poche de combinaison et mon anti-G, signe de nervosité
évidente. Le point de recalage est normalement à mes midis mais je ne le reconnais pas
vraiment. Alban et ses quatre avions sont justes devant et il serait étonnant d’avoir la même
erreur de calculateur ; on est forcément sur le chemin prévu !

Virage à gauche pour sortir de la vallée et la piste doit se trouver dans mes 10 heures. Tout
d’un coup je vois des flashes lumineux justes au niveau de la première patrouille, flashes que je
prends pour des tirs de l’artillerie sol/air. Bizarrement ça m’amène une grande sérénité ; ça y est
c’est parti ! (Ces flashes étaient en fait les leurres infra-rouge largués par les avions de
devant…)

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LE SIOUX PAGE 37

Figure 12 Le “run” final pour l’attaque de la piste de Ouadi Doum

C’est peut-être parti, mais je ne vois pas cette foutue piste ! Suite à une mission de
reconnaissance effectuée quelques mois plus tôt, je cherchais des bandes blanches (voir
photo) alors qu’elles étaient maintenant noires. L’acquisition tardive m’oblige à faire une
manœuvre brusque à gauche puis à droite ; là encore une pensé rapide à mes équipiers (3D : «
pas grave chef, j’étais plus bas que vous.. ). Et puis on se focalise sur la séquence de tir,
séquence qu’on a répétée maintes fois à l’entrainement. Les éléments de l’avion sont stables, «
l’épée » qui se rapproche doucement de la cible et l’appui sur le bouton bombe qui va permettre
le largage. Cette séquence 30 ans après est encore très présente dans ma mémoire ; ce fut un
grand moment qui pour moi représentait l’aboutissement de plus 10 ans d’entrainement passés
sur avion d’arme.

Reco photo de la piste de Ouadi Doum en La “fabuleuse” conduite de tir du Jaguar, avec
aout 1985 “l’épée” au centre

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LE SIOUX PAGE 38

Le dégagement se fait dans l’axe en descendant et je jette un coup d’œil dans les rétroviseurs ;
là encore grand moment quand j’ai vu les colonnes de fumées noires qui montaient dans le ciel.
On ne leur avait pas laissé vraiment de chance ; 11 avions qui arrivent de la vallée, soleil dans
le dos (il est 7H55) et qui attaquent la piste en moins d’une minute. Du bon travail !
Encore quelques nautiques en très basse altitude et c’est le début de la remontée hors du
domaine de tir des missiles sol/air. Comme prévu Alban fait un check radio (première annonce
depuis le décollage) ; tout le monde répond et un grand soulagement succède à cette période
de concentration extrême.

Figure 13 Le retour des vainqueurs

Plus qu’un ravitaillement à assurer et ce sera gagné ; le TACAN air/air est bien accroché sur le
tanker et la distance nous séparant de lui reste quasiment constante, signifiant que nous
sommes en route parallèle. Mes appels radio restent sans réponse et pourtant on a passé le
point de début de rejointe depuis 5 bonnes minutes. La fatigue aidant je commence à devenir
nerveux car je n’ai aucune envie de me dérouter à N’Djamena ; « ils sont 3 à bord, dans une
phase où ils ne sont pas surchargés de travail, et même pas foutus de répondre à la radio ! ».
Je demande à un autre tanker de faire le relais et à force de, ça finit par le faire. Rejointe sans
problème et arrivé en position de ravitaillement, je découvre un panier tout cabossé qui
visiblement avait bien souffert. C’était l’œuvre d’un F1C qui avait eu beaucoup de mal à
ravitailler et qui avait pris plus de temps que prévu, expliquant ainsi pourquoi le tanker ne
répondait pas, puisque F1C et Jaguar étaient sur des fréquences différentes. Quand je pense
que les F1C devaient assurer notre couverture haute altitude durant cette phase de rejointe…

Le retour me parut un peu long ; un peu de fatigue et surtout hâte d’arriver.

L’accueil des mécanos et des autres militaires présents sur le site fut plus que chaleureux ! J’en
profite pour saluer ces mécanos sans qui rien n’aurait été possible, qui ont œuvré loin des OPS,
dans une certaine indifférence et qui ont travaillé sans compter le temps qu’il fallait pour nous
préparer et sortir les avions. Je ne dirai jamais assez tout le bien que je pense d’eux.

Le soir, le COMAIR nous amène dans un restaurant du centre-ville ; l’ambiance est bien
évidemment bonne mais ce n’est pas délirant. La soirée se finit autour de quelques bières mais
plutôt tranquillement.
Le lendemain matin, je suis réveillé par des coups frappés à ma porte de chambre d’hôtel. J’ai
un peu de mal à émerger et en ouvrant je vois Jean Mi qui m’annonce que les Libyens viennent
de bombarder N’Djamena « on est tous convoqués à la villa des pilotes pour préparer l’attaque
de la piste de Faya Largeau »
André CARBON (promotion 1972 de l’Ecole de l’Air)
Source : [Link]
[Link]/attaque-de-ouadi-doum-2-eme-partie

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LE SIOUX PAGE 39

TROISIEME PARTIE ACTUALITE

The multi-domain battle

by Command Sgt. Maj. David Davenport, U.S. Army Training and Doctrine Command. Posted in Army Operating
Concept, Designing the Army, Featured, Frontpage, Leader Development, Multi-Domain Battle, NCO education,
Straight from the CSM, TRADOC CSM, Training

As I visit different
locations or speak
at various panels, I
am often surprised
to find Soldiers
really don’t have a
basic
understanding of
how and why the
U.S. Army Training
and Doctrine
Command is driving
changes for the
future force.

Many only want to


understand how
TRADOC initiatives
affect them now,
like changes in
Figure 14 Army Operating Concept (AOC) training
requirements. But
it’s just as important Soldiers understand that TRADOC creates concepts that will impact their
future through applications in doctrine, organizations, training, materiel, leadership and
education development, personnel, facilities or policy. These concepts are like episodes in a
series you might watch on a streaming app – they are leading the story of how the Army will
fight in the future. Each concept builds upon the previous in order to understand, visualize and
describe the future complex environment.
Over a year ago, TRADOC published the U.S. Army Operating Concept, or AOC, “Win in a
Complex World.” The AOC presents a vision of future conflict that drives how the Army must
change to ensure future forces are prepared to prevent conflict, shape the security environment,
and win wars. The concept highlights that the future operational environment is not only
unknown, but unknowable and constantly changing.

To win in this complex world, Army forces must provide the joint force with multiple options,
integrate the efforts of multiple partners, operate across multiple domains, and present our
enemies with multiple dilemmas. The AOC is the starting point for developing the future force,
and provides the intellectual foundation for a comprehensive strategy to change the Army and
guide capability development.

The emerging concept of Multi-Domain Battle, or MDB, describes what the Army must be able
to do to overcome the challenges defined in the AOC.

When published, MDB will be a concept that describes how U.S. ground forces, as part of joint
and multinational teams, deter adversaries and defeat highly capable peer enemies in the 2025-
2050 timeframe.

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LE SIOUX PAGE 40

Multi-Domain Battle matches the physical domains of land, sea, and air, with greater emphasis
on space, cyberspace and the electromagnetic spectrum. Within this focus, the information
environment and the cognitive dimension of warfare are of critical importance.

Ideally, in future application, MDB will provide commanders with numerous options for executing
simultaneous and sequential operations using surprise and speed of action to present multiple
dilemmas to an adversary in order to gain physical and psychological advantages, along with
influence and control, over the operational environment.

The Army adapts and innovates to keep its combat edge by thinking about future conflict,
learning collaboratively, analyzing capability gaps, and implementing solutions.

While thinking clearly about future armed conflict, four trends emerged: all domains will be
contested; operations will be degraded; the U.S. Army will operate in complex terrain, e.g.
dense urban areas; and increased lethality of the battlefield.

At its core, MDB will likely require flexible and resilient ground formations that project combat
power from land into other domains to enable joint forces freedom of action, as well as seize
positions of relative advantage and control key terrain to consolidate gains.

Because of this new environment, more will be asked of our noncommissioned officer corps.
TRADOC is already working on how to develop the next generation of competent and
committed NCOs of character — trusted Army professionals who thrive in chaos, adapt and win
in a complex world.

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LE SIOUX PAGE 41

NCOs develop as leaders over time, through deliberate progressive and sequential processes,
incorporating training, education and experience across the three learning domains throughout
the Soldier’s career. Those domains, which include self-development (individual), operational
(unit), and institutional (TRADOC) learning, all work together to produce that next generation of
NCOs.

As we look on the future role of the NCO in MDB, basic responsibilities will remain the same.

Commanders will continue to expect:

 NCOs to be the bearer of high-quality standards and discipline and serve as role models
of each
 NCOs to conduct inspections
 NCOs to ensure that equipment and Soldiers are at a high state of readiness to
accomplish the mission given
 NCOs to be the primary trainers of individual and small team tasks and mentors to the
officer corps
 Most importantly, commanders expect NCOs to ensure the care and well-being of
Soldiers and their families, within their scope of responsibility.

As members of the NCO corps, individuals have an inherent responsibility to continually self-
improve — whether through civilian education, technical certifications, participation in
competitive events and boards, or reading professional journals. NCOs should not wait until
they attend professional military education courses to expand their knowledge.

Organizations also play a critical role in NCO development, by placing them in positions of
responsibility during daily missions, training exercises and deployments. The best way to create
a solid organization is for leaders to empower subordinates within the tenants of mission
command. Empowering subordinates does not mean omitting checks and only making
necessary corrections. Leaders help subordinates in identifying successes and mistakes by
ensuring they sort out what happened and why.

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LE SIOUX PAGE 42

Because subordinates learn best by doing, leaders should be willing to take prudent risks and
accept the possibility that less-experienced subordinates will make mistakes. Risk assessment
and management help determine existing challenges and mitigation strategies. If subordinate
leaders are to grow and develop trust, it is best to let them learn through experience. Effective
leaders allow space for subordinates to experiment within the bounds of intent-based orders
and plans.

There are leader development opportunities every day for our Soldiers, and leaders must seize
these opportunities using mission command tenants.

The Army develops NCOs through a progressive and sequential professional educational
system that has rigor and relevance. TRADOC is driving change for the future in leader
development through these imperatives:
 Commitment to the Army profession, lifelong learning and development
 Balance the Army’s commitment to the training, education and experience components
of leader development
 Manage talent to benefit both the institutional and the individual
 Select and develop leaders with positive attributes and proficiency in core leadership
competencies for responsibility at higher levels
 Develop adaptive and creative NCOs capable of operating within a complex operational
environment and the entire range of military operations
 Embed mission command principles in leader development
 Value a broad range of leader experiences and developmental opportunities
 To best prepare our NCO corps for the challenges of an uncertain future, we must
fundamentally change and evolve the NCO professional education system into a
comprehensive leader development system that links training, education and
experiences across all three learning domains.

The Army’s strength is the Soldier, so it must equip and prepare them to fight and win across all
domains. Multi-Domain Battle and the associated capabilities will ensure that future Soldiers
and joint teams can fight, win and survive on tomorrow’s battlefields.

NCOs will be expected to be more than the backbone of the Army … they must be known as
high-caliber professionals, who are comfortable in ambiguity and operating within the
commander’s intent to accomplish the mission.

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LE SIOUX PAGE 43

Qui est Haftar qui veut être le


deuxième Kadhafi ?

Le maréchal Khalifa Belqasim Haftar,


né en 1943, est un officier général
libyen, commandant en chef de l'Armée
nationale libyenne depuis 2015.

En 1963, Khalifa Haftar entre à


l'académie militaire royale de Benghazi,
où il fait la connaissance de Mouammar
Kadhafi. Adhérant au Mouvement des
officiers libres, il participe avec lui et d'autres camarades au coup d'État du 1er septembre 1969
contre le régime du roi Idris Ier. À ce titre, il neutralise la base aérienne américaine Wheelus,
située non loin de Tripoli, qui est alors un pilier de la présence des États-Unis en Méditerranée.
Elle sera finalement prise sans qu'un coup de feu ne soit tiré.
Il affirme a posteriori avoir cependant pris rapidement ses distances avec Mouammar Kadhafi,
dont il juge le comportement trop autoritaire. En 1973, ce dernier l'envoie comme négociateur
auprès du président Anouar el-Sadate pour préparer la participation libyenne à la guerre du
Kippour, contre Israël. Lors de ce conflit, il commande une unité de chars qui franchit la ligne
Bar-Lev, chaîne de fortifications construite par l'État hébreu le long du canal de Suez.
En 1978, puis en 1983, il est envoyé à Moscou pour suivre la formation de prestigieuses écoles
de l'état-major soviétique.

Sous le régime de Kadhafi


Chef de corps du corps expéditionnaire libyen de
l'armée de Mouammar Kadhafi, il participe aux
opérations visant à maintenir la présence illégale de la
Libye sur la bande d'Aouzou, à la frontière tchado-
libyenne. Le Tchad d'Hissène Habré, soutenu par la
France et les États-Unis lors de l'opération Manta puis
de l'opération Épervier, dirige 11 200 hommes contre
21 400 aux Tchadiens et ses alliés. Ces derniers sont
battus le 13 avril 1987 au cours de la bataille de
Ouadi-Doum, et Khalifa Haftar est fait prisonnier à
N'Djamena. Il demande finalement à rencontrer
Hissane Habré et lui déclare qu'il est désormais
opposé à Khadafi, ce qui lui permet d’être libéré avec
la majorité des autres prisonniers. Soutenu par les
États-Unis, il est dans les années 1980 le chef de la «
Force Haftar » basée au Tchad. Constituée des
quelque 2 000 Libyens capturés avec leur chef, ce
groupe équipé par Washington était destiné à envahir
la Libye pour renverser Kadhafi. Mais la Force Haftar
dut être exfiltrée en urgence en 1990, à l'arrivée au
pouvoir à N'Djamena d'Idriss Déby. Le nouvel homme fort tchadien était soumis à de fortes
pressions de Kadhafi pour livrer le général renégat. Par ailleurs, la fin de la guerre froide rebat
les cartes diplomatiques, la France souhaitant développer ses relations avec la Libye, rendant
son renversement plus à l'ordre du jour.
Les États-Unis organisèrent un pont aérien, avec escales au Nigeria et au Zaïre pour ses
hommes ; il s'exila aux États-Unis, atterrissant à Washington le 20 décembre 1990. Les anciens
soldats libyens bénéficient alors d'un programme destiné aux réfugiés (cours d'anglais,
formation professionnelle et aide médicale) et sont dispatchés dans plusieurs États du pays.
Khalifa Haftar s'installe à Vienna, près de Langley, le siège de la CIA. Répondant à une
interview en décembre 1991, il confirme que les anciens combattants libyens reçoivent un
entraînement militaire régulier. En 1995, il publie un fascicule : Le changement en Libye, une
vision politique du changement par la force.

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LE SIOUX PAGE 44

Il s'active, se déplaçant à Genève, Madrid ou encore Sofia, pour préparer un nouveau coup
d'État contre Kadhafi. Celui-ci doit avoir lieu le 19 octobre 1993 mais finalement, une vague
d'arrestations lancée une semaine avant l'opération compromet le projet. Certains des conjurés
sont exécutés ; deux des frères de Khalifa Haftar sont condamnés à 15 et 20 ans de prison.

Après la révolution de 2011


En 2011, il retourne en Libye
pour soutenir l'insurrection. Le
24 mars, un porte-parole de
l'armée annonce qu'il a pris le
commandement de l'armée
rebelle. Il participe à la bataille
du golfe de Syrte et à la
troisième bataille de Brega. À
Benghazi, il est l'un des chefs
militaires du Conseil national
de transition (CNT), avec le
général Abdelfattah Younès
(assassiné en 2011). Après la
chute de Kadhafi, il est nommé
le 18 novembre 2011 chef de
l'état-major de l'armée,
provoquant la colère des
islamistes, qui le considèrent
comme « l'homme des
Américains ». Ce titre est
cependant officieux. Il se retire
finalement dans sa maison de
Benghazi. De 2011 à 2013, il
retourne en Virginie.
En 2014, l'État n'étant pas arrivé à unifier les nombreux groupes armés, qui refusent de se
placer sous l'autorité de l'armée régulière, il crée sa propre force armée. Il reproche aux
étrangers de venir s'enrichir en Libye puis repartir et critique l'inaction du gouvernement
concernant l'insécurité. Initialement présenté comme un « général de pacotille » par les médias,
il gagne en crédibilité en unifiant une partie de l'armée et des tribus contre les islamistes d'Al-
Qaida. Dans sa conquête du pouvoir, il a le soutien des fédéralistes du Conseil de Cyrénaïque
(dirigés par Ibrahim Jebran et basés à Tobrouk), des forces spéciales de la région orientales,
d'unités de l'armée de l'air et de certaines milices.
Le 14 février 2014, il annonce, dans une vidéo diffusée sur Internet, une initiative qui prévoit le
gel du Congrès général (le Parlement), le gouvernement et la constitution provisoire. Il affirme
qu'il ne s'agit pas d'un coup d'État. Aussitôt, les autorités libyennes ont démenti les rumeurs sur
un coup d'État dans le pays après les déclarations de Haftar.
Le 18 mai, la milice paramilitaire qu'il dirige attaque le Parlement. Il mène parallèlement une
offensive contre des islamistes de Benghazi, qu'il qualifie de « terroristes ».
Le 2 mars 2015, lors de la deuxième guerre civile libyenne, il est nommé commandant en chef
de l'Armée nationale libyenne. Le pays est alors divisé en deux, entre l'Ouest, aux mains de la
coalition islamiste Fajr Libya et l'Est (dont Benghazi), dirigé par le général Haftar. Cependant
bon nombre de salafistes combattent dans les troupes du général Haftar.
En septembre 2016, il est promu maréchal par le Parlement de Tobrouk.
En 2017, Haftar annonce qu'il est prêt à collaborer avec la Russie et les Etats-Unis pour lutter
contre le terrorisme.
Le 2 mai 2017, il rencontre Fayez el-Sarraj à Abou Dhabi pour la première fois depuis sa
nomination à la tête du Conseil présidentiel. Les deux protagonistes annoncent la publication
prochaine d'un communiqué sur un accord.
Lieutenant-colonel ® Ch. MARCILLE
Centre d’Entrainement aux actions en
Zones Urbaines – 94è RI – CEP

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LE SIOUX PAGE 45

Un tournant décisif pour l’Iran ?

La visite du président américain Donald Trump en Arabie saoudite a offert un rare aperçu de
son programme émergent de politique étrangère. Il est maintenant certain que l'administration
Trump va s'abstenir de faire la morale aux dirigeants étrangers sur les faiblesses de leurs pays
en matière de démocratie et que la promotion des droits de l'homme va céder le pas à d'autres
priorités.
Les efforts visant à encourager la démocratie et le respect des droits de l'homme ont très
rarement eu le dessus contre 110 milliards de ventes d'armes, ce qui sera particulièrement vrai
au cours de la présidence de Trump. La question de savoir si un partenaire commercial
potentiel adhère aux normes internationales en matière de droits de l'homme semble n'avoir
aucun rapport avec cette administration.
Mais la véritable nouvelle du voyage de Trump, c'est qu'il a à présent entièrement adopté le
monde arabe sunnite, en particulier par son opposition à l'Iran. Dans son discours lors d'une
réunion des dirigeants musulmans sunnites à Riyad, Trump a adressé un fort reproche viscéral
contre toutes les propositions de l'Iran, notamment contre les récentes élections dans ce pays.
Ses remarques ont fait les délices des dirigeants arabes sunnites, qui considèrent l'Iran comme
la racine de tous les maux et comme la source de la résurgence chiite en Irak.

En Israël, Trump a continué d'alerter contre une menace iranienne, en révélant la raison pour
laquelle l'Iran occupe une place si cruciale dans sa pensée. Trump estime qu'Israël et les pays
arabes sunnites sont en fait des alliés dans une lutte mortelle contre l'Iran et qu'ils devraient
s'unir autour de cette cause, plutôt que de permettre à des questions comme celles des
territoires palestiniens de les diviser. Trump semble penser que cette vision supposée du conflit
israélo-palestinien peut être transformée en un règlement qui concrétisera enfin la paix au
Moyen-Orient, ou qui du moins pourra réaligner la région face à l'Iran.
Alors que Trump était en route vers l'Arabie saoudite, les électeurs iraniens ont élu leur
président sortant modéré Hassan Rohani à un deuxième mandat, afin qu'il mette en place des
réformes nécessaires de toute urgence. Le processus électoral iranien est souvent remis en
question, à juste titre. Le Conseil des gardiens de la Constitution, un organe non élu de juristes
islamiques, examine de près chaque candidat et la Garde révolutionnaire supervise toutes les
élections. Pourtant la campagne âpre entre Rohani et son principal adversaire Ebrahim Raisi
laisse penser que cette élection n'a pas été une mascarade.

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LE SIOUX PAGE 46

Entre Rohani et Raisi, les électeurs iraniens ont été confrontés à un choix difficile. Raisi a une
réputation bien établie de religieux radical et d'ancien procureur aux opinions antioccidentales.
S'il avait été élu, l'avenir de l'accord nucléaire iranien avec le P5+1 (les cinq membres
permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, plus Allemagne), aurait pu être remis en
question.
La forte participation aux élections (plus de 75 %), suggère que les Iraniens ne veulent pas se
détourner de l'accord. Bien que la plupart des ménages n'aient pas bénéficié de la lente levée
des sanctions internationales et que le chômage reste élevé, ils restent prêts à faire confiance à
Rohani pour tenir sa promesse d'améliorer les moyens de subsistance des citoyens ordinaires
iraniens.
Mais il reviendra aux Iraniens eux-mêmes de faire pression pour obtenir les réformes dont ils
ont besoin. Il est clair que ni le monde arabe sunnite ni l'actuel gouvernement des États-Unis ne
sont prêts à parier (ni même à encourager) la réussite de Rohani.
Dans l'histoire récente, les
relations entre les États-Unis
et l'Iran ont été
particulièrement tendues. En
1979, après un soulèvement
contre le chah Mohammad
Reza Pahlavi et sa police
secrète redoutée, la Savak,
le peuple iranien a saisi
l'ambassade américaine. Ils
ont accusé les diplomates
américains d'espionnage et
les ont détenus pendant 444
jours. Après un processus de
négociation long et délicat,
les otages ont finalement été
libérés le jour de l'investiture
du président Ronald Reagan.
Depuis lors, l'Iran n'a jamais
présenté ses excuses pour l'épisode des otages et les États-Unis n'ont jamais pardonné à l'Iran.

Lorsque les États-Unis ont envahi l'Irak en 2003,


de nombreux observateurs, en particulier dans le
monde arabe, ont estimé que l'élimination du
régime à minorité sunnite de Saddam Hussein
allait renforcer la position de l'Iran dans la région.
Au lendemain de l'invasion, les milices irakiennes
chiites, que l'Iran avait financées et armées
d'explosifs sophistiqués, ont régulièrement attaqué
les troupes américaines. Ces milices ont été
aidées par la Force al-Qods, une unité des forces
spéciales de la Garde révolutionnaire, qui suivait
les ordres de la direction religieuse de l'Iran.

L'Iran n'a jamais reconnu sa complicité dans les


attaques contre les forces armées américaines en
Irak. Il n'est pas surprenant que de nombreux
chefs militaires américains aient été influencés, à
l'égard de l'Iran, par cette période brutale. C'est
certainement le cas du secrétaire à la Défense
James Mattis, un ancien général du corps des
marines.

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LE SIOUX PAGE 47

Pire encore, Mahmoud Ahmadinejad, le président de l'Iran de 2005 à 2013, non seulement a
remis en question le droit d'Israël à exister : une mesure que les dirigeants arabes sunnites
acceptent depuis longtemps simplement pour la forme. Mais il a également déclaré que
l'Holocauste était un canular, en enfermant encore plus son pays dans un isolement
international. Tout dernièrement, l'Iran a continué à soutenir le président syrien Bachar el-Assad
et a maintenu son soutien de longue date en faveur du Hezbollah, la milice chiite libanaise.

Alors que l'administration Trump discute de sa manière d'envisager l'Iran, elle a dû faire face au
fait que l'accord ne peut pas être facilement modifié. Pourtant, durant le séjour de Trump au
Moyen-Orient, le Congrès américain a commencé à étudier une nouvelle série de sanctions
pour punir l'Iran suite à son intervention en Syrie et à son soutien à des groupes considérés,
selon eux, comme terroristes comme le Hezbollah.

La politique intérieure âpre de l'Iran suggère que ce pays est sur le point de changer. Mais
l'héritage funeste de ce pays, depuis la crise des otages en 1979 jusqu'à son implication
actuelle en Syrie, n'est pas une chose facile à pardonner ni à oublier pour de nombreux
décideurs américains.

En fin de compte, c'est aux Iraniens qu'il revient de décider de leur avenir. Ils ont fait un premier
pas important en renouvelant le mandat de Rohani et ils vont devoir à présent le soutenir à
l'heure où il va mettre en œuvre de difficiles réformes nationales et en matière de politique
étrangère.

L'Iran a beaucoup de retard à rattraper dans ses relations avec le reste du monde. Mais si les
réformes peuvent finalement être mises en œuvre et soutenues, et si l'accord peut être
préservé contre les extrémistes, l'Iran sera en mesure de se libérer de son passé et de devenir
un membre normal de la communauté internationale.

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À Raqqa, l’EI tire les leçons de la bataille de Mossoul

Le 5 novembre 2016, les Forces démocratiques syriennes (FDS) lançaient l'opération « Colère
de l'Euphrate » pour libérer Raqqa, aux mains de l'État islamique depuis 2014. Après avoir
repris Tabqa, au sud, le groupe arabo-kurde, soutenu par la coalition, lance le 6 juin l'assaut
final sur la ville. Interrogé par L'Orient-Le Jour, Stéphane Mantoux, spécialiste des questions
militaires, revient sur les enjeux de l'offensive et les stratégies des acteurs engagés dans la
bataille.

Combien d'hommes combattent actuellement à Raqqa ?


Les troupes de l'EI sont difficiles à apprécier. La coalition parle de 2 000 à 4 000 combattants à
l'intérieur de la ville. À cela, il faut ajouter plusieurs milliers autour, puisque la province de
Raqqa n'est pas encore nettoyée. Les combattants de l'EI contrôlent encore la rive sud de
l'Euphrate et du territoire à l'est qui file jusqu'à Deir ez-Zor.

Pour les FDS, on estime les troupes


à plusieurs dizaines de milliers de
combattants. La coalition parle de 40
000 à 50 000 hommes. Même s'il y a
des effectifs arabes, le noyau dur
appartient aux kurdes de l'YPG
(Unités de protection du peuple). Il
faut souligner que les FDS n'ont pas
une capacité de recrutement illimitée.
Il y a eu beaucoup de pertes dans le
siège de Manbij, en juin 2016.
D'autre part, il ne faut pas oublier que
les FDS sont engagées sur d'autres fronts : la bataille continue à l'est de Raqqa vers Deir ez-
Zor, au sud contre le régime syrien et à l'est d'Alep contre les Turcs. Si le gros du contingent
des FDS est à Raqqa, ils sont obligés de maintenir des garnisons ailleurs.

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Peut-on s'attendre à une bataille aussi


longue que celle de Mossoul ?
Raqqa est beaucoup plus petite et
beaucoup moins peuplée. Au contraire de
Mossoul, elle est bâtie sur une seule rive
du fleuve. Cela joue en faveur d'une
bataille plus courte. Néanmoins, on voit
pour l'instant que l'EI a laissé une garnison
assez conséquente dans la ville : le groupe
réserve ses troupes pour les combats dans
les quartiers centraux. De fait, même si on
a l'impression que les FDS avancent en périphérie de manière assez rapide, on pourrait se
retrouver dans une bataille plus longue au centre de la ville.

Quelle est la stratégie militaire de l'EI pour défendre la ville ?


Pour l'instant, la stratégie menée dans les quartiers périphériques est de retarder le plus
longtemps possible la progression des FDS. Sur un plan défensif, on voit des choses classiques
comme l'utilisation des réseaux de tunnels construits par l'EI. Ils permettent aux combattants de
communiquer de quartier en quartier ou de se protéger des bombardements et de l'artillerie.
C'est une technique classique du combat urbain.
Sur le plan offensif, l'EI utilise, encore plus
qu'à Mossoul, des engins explosifs
improvisés. Cela peut aller du canapé au
frigo piégé en passant par les entrées, les
portes, les fenêtres, etc. On voit aussi
davantage de drones armés. À Mossoul, ces
armes ont disparu du ciel grâce à l'utilisation
de brouilleurs ou d'armes antidrones
déployées par la coalition. Les FDS n'ont
visiblement pas encore les mêmes moyens,
donc l'EI en profite.
Mais surtout, on remarque que l'EI tire des leçons de la bataille de Mossoul : ses drones
cherchent à cibler les forces occidentales qui guident l'appui aérien. Il sait très bien que les FDS
sont dépendants de la coalition et de ses frappes aériennes. Il cherche donc visiblement à taper
les forces de guidage. S'ils les éliminent, ils affaibliront la précision du combat aérien.

Raqqa est-elle importante pour l'EI ?


L'EI a anticipé la chute des grandes villes. Toute l'infrastructure, les bâtiments administratifs et
les structures de commandement ont été déménagés vers Deir ez-Zor, le sanctuaire frontalier.
Avec ces transferts, Raqqa a perdu de son intérêt pour l'EI. La ville est beaucoup moins
importante que Mossoul pour le groupe. La ville irakienne est peuplée de plus d'un million
d'habitants. Par ailleurs, elle est très importante dans l'histoire de l'organisation, au contraire de
Raqqa. C'est une ville symbolique, parce que ça a été la première capitale de province à
tomber aux mains des rebelles en 2013, que l'EI a récupérée moins d'un an après. Mais à partir
du moment où l'EI a évacué tout ce qui était important vers Deir ez-Zor, Raqqa n'a plus autant
d'importance. L'enjeu est donc seulement symbolique. Il faut évidemment défendre la ville, et
c'est d'ailleurs pour cela que l'EI a tout de même laissé une garnison.

Comment les FDS opèrent-elles pour reprendre la ville ?


La manœuvre qui a l'air de se dessiner sur la carte est un encerclement des quartiers centraux.
Les FDS attaquent sur plusieurs fronts en partant du nord-ouest. Ils essayent de contourner la
vieille ville vers le nord et de descendre vers le sud par le fleuve. Elles progressent via les
grandes rues de la ville de Raqqa pour tenter d'encercler le centre. Reste à savoir si la tactique
va marcher, parce que l'EI a déjà contre-attaqué plusieurs fois. Elles ont une démarche
précautionneuse, mais parce qu'elles n'ont clairement pas les mêmes moyens que les forces
irakiennes qui peuvent se permettre des attaques frontales assez massives. Il faut souligner
que ce n'est qu'une milice, un peu plus cohérente que les autres.

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Les forces anti-jihadistes sont-elles bien équipées ?


Les FDS ont principalement de l'infanterie légère : des fusils d'assaut, des mitrailleuses, des
lance-roquettes antichars etc. Il n'y a seulement que quelques véhicules blindés, qu'elles ont
récupérés précédemment dans d'autres batailles, contre l'EI ou d'autres ennemis. Les États-
Unis fournissent principalement des armes légères, mais il n'y a pas de pièces d'artillerie
lourdes ou de blindés. Les FDS ont donc un armement limité. Il faut rappeler ici que les Kurdes
de l'YPG ont un énorme contentieux avec les Turcs. Ces derniers voient d'un très mauvais œil
l'appui apporté par les Américains. Sauf décision ou changement radical, il y a donc fort à parier
que les Américains ne leur livreront pas d'armes plus lourdes. Ce n'est donc pas l'armée
irakienne qui se bat avec de l'artillerie, avec plusieurs divisions d'infanterie ou une unité
antiterroriste. Les FDS sont particulièrement dépendantes de l'appui extérieur. L'EI le sait très
bien, c'est pour cela qu'ils essayent d'attirer les FDS dans le combat au centre de la ville. C'est
là que les avantages de l'EI joueront à plein.

La semaine dernière, l'ONU jugeait « excessives » les frappes aériennes. La coalition est-
elle moins précautionneuse dans cette bataille ?
Au début de la bataille de Mossoul, la coalition s'est refusée à bombarder pour éviter au
maximum les pertes civiles. Le choix inverse a été fait à Raqqa, parce que les FDS, encore une
fois, ont fortement besoin de cet appui pour se battre en milieu urbain. Elles ont des mortiers,
quelques pièces d'artillerie, mais c'est largement insuffisant pour appuyer leurs troupes. La
coalition a donc fait le choix de les soutenir beaucoup plus massivement. Par ailleurs,
l'utilisation du phosphore blanc par la coalition, dès le début de la bataille, est assez frappante.
À Mossoul, on ne l'a vu qu'au bout de quelques mois. Cela a probablement été utilisé pour
débarrasser les toits des tireurs de missiles antichars ou des francs-tireurs de l'EI, mais cela
marque un tournant.

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LE SIOUX PAGE 51

Dans tout cela, où se situe l'armée syrienne ?


Le régime syrien a ses propres objectifs. Il a entamé des offensives qui se déroulent sur trois
axes parallèles : un premier au sud vers la frontière jordanienne, un deuxième axe à l'est où les
hommes du régime syrien foncent vers Deir ez-Zor et un dernier axe à l'est d'Alep, où ils
essaient de se retrouver au contact des FDS. Quand il y est arrivé, le régime les a bombardés
pendant une journée. Il n'y a pas de coordination entre les FDS et le régime. Le régime sera le
premier à s'asseoir sur le dos des Kurdes s'il en a la possibilité.

Les FDS veulent-elles, à terme, contrôler


Raqqa ?
De fait, elles vont rester un moment, parce
que le combat urbain va les user. Cela avait
déjà été le cas à Manbij. Les pertes humaines
sont toujours énormes dans ce genre de
combat. Elles n'auront donc pas les moyens
de mener une offensive juste après la bataille
de Raqqa. Reste à savoir où le régime sera
quand celle-ci sera terminée... Est-ce que les
Kurdes ont pour autant ambition de contrôler
la ville ?
Probablement. Les FDS ont déjà installé des structures administratives dans le but de rallier les
tribus arabes. Elles placeront sûrement les Arabes au pouvoir pour faire vitrine. Mais encore
une fois, le régime syrien n'a pas l'intention de lâcher la ville, et il pourra y avoir des
négociations en amont.

Agrégé d'histoire et spécialiste des questions de défense, Stéphane Mantoux répond aux
questions de « L'Orient-Le Jour » sur les enjeux militaires de la bataille dans la
« capitale » syrienne de Daech.

Source : [Link]
[Link]
(Consulté le mercredi 21 juin 2017)

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LE SIOUX PAGE 52

L’Etat islamique et les Philippines

Deux semaines après la mise à sac de la ville de Marawi par des islamistes brandissant le
drapeau noir du groupe Etat islamique (EI), les autorités ont changé de discours. Loin d'un
règlement rapide, elles redoutent que la bataille s'éternise.

Ils se cachent dans des tunnels à l'épreuve des bombes, dissimulent des armes antichars dans
les mosquées, se servent de boucliers humains et maîtrisent parfaitement le terrain : les
jihadistes retranchés dans le sud des Philippines sont pour l'armée un adversaire redoutable.

"L'avantage (de l'ennemi), c'est leur maîtrise du terrain. Ils savent où mènent les allées les plus
petites et sont libres de circuler", a dit à la presse le major Rowan Rimas, officier des Marines.
"Ils savent d'où viennent les forces gouvernementales et où elles s'abritent. Ils ont des tireurs
embusqués et leurs positions sont bien défendues".

Le ministre de la Défense Delfin Lorenzana avait reconnu au début du conflit le 23 mai 2017
que les forces de sécurité avaient été prises par surprise. En tendant de capturer un des chefs
islamistes, elles ne s'attendaient pas à voir surgir des dizaines de jihadistes dans les rues. Les
combattants ont alors semé le chaos dans cette localité de 200.000 habitants, la plus grande
ville musulmane des Philippines catholiques, prenant un prêtre en otage, ouvrant les portes de
deux prisons et détruisant de nombreux édifices.

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LE SIOUX PAGE 53

Depuis, le ministre
comme les chefs
de l'armée ont
raconté que leurs
forces avaient
sans le prévoir
déjoué un coup
spectaculaire
programmé par
les jihadistes :
prendre Marawi
pour démontrer
que l'EI avait
gagné un territoire
aux Philippines.
Initialement, ils
estimaient à une
centaine le nombre de combattants avant de réviser ce chiffre à 500, dont des étrangers venus
de Tchétchénie, d'Arabie saoudite ou du Yémen.

Failles
Les islamistes
disposent en
outre d'un
arsenal imposant,
y compris des
lance-roquettes
et des munitions
semble-t-il
inépuisables
pour leurs
puissants fusils
d'assaut.

D'après les
autorités, deux
frères dénommés
Maute sont les
principaux
meneurs des
combats qui ont permis aux jihadistes de résister à une campagne intensive de bombardements
aériens et de tirs de roquettes.

Ils contrôlent environ 10% de Marawi. Les tunnels et les caves leur permettent de résister à des
bombes de 227 kilogrammes, expliquait lundi à l'AFP le porte-parole de l'armée, le colonel Joar
Herrera. "Même les mosquées ont des tunnels", a-t-il ajouté, précisant que les islamistes s'en
servaient cacher leurs armes. Le porte-parole souligne que le règlement de l'armée lui interdit
de frapper les mosquées et les écoles islamiques, des failles exploitées par les combattants.

Les habitants de Marawi avaient creusé des bunkers et des tunnels sous les maisons après un
soulèvement musulman en 1970, durant lequel des quartiers entiers avaient été incendiés,
raconte à l'AFP Norodin Alonto Lucman, homme politique local respecté.

Le groupe Maute marche de concert avec Isnilon Hapilon, cible du raid initial des forces de
sécurité et considéré par l'armée comme "l'émir" de l'EI, le chef aux Philippines du groupe
jihadiste proche-oriental. L'armée pense qu'il est toujours à Marawi.

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LE SIOUX PAGE 54

Cache de liquide
Les autorités sont d'autant plus inquiètes
quant aux agissements des islamistes
qu'elles ont découvert lundi 52,2 millions
de pesos (un million de dollars) en liquide
dans une de leurs maisons.
Ils se servent en outre comme boucliers
humains d'environ 2.000 civils pris au
piège, parmi lesquels le prêtre et plus
d'une dizaine de civils capturés au début
de la crise.
Quelques heures après le début des
combats, le président Rodrigo Duterte
avait imposé la loi martiale à toute la région de Mindanao, où vivent 20 millions d'habitants,
dans une tentative pour écraser rapidement la menace représentée par l'EI. Il avait fixé un délai
- désormais écoulé- pour débarrasser la ville de ses jihadistes. A son expiration, il a usé de sa
rhétorique agressive coutumière à l'endroit des soldats. "Je vous ordonne d'écraser votre
ennemi", a-t-il lancé. "Quand je dis écraser, vous devez tout détruire, y compris des vies".
Mais une victoire militaire rapide semble de plus en plus irréaliste.
Le ministre Lorenzana, qui avait lui aussi fixé un délai de 10 jours écoulé ce weekend, a
souligné que par le passé, les affrontements avec les islamistes débouchaient sur leur
débandade. Cette fois-ci, ils se montrent plus déterminés. "Normalement, dans ce type de
conflit, les combattants déguerpissent et se cachent dans les montagnes. De manière
surprenante, ils se sont retranchés là et attendent de combattre, peut-être jusqu'au dernier".
Lieutenant-colonel ® Ch. MARCILLE
Centre d’Entrainement aux actions en
Zones Urbaines – 94è RI – CEP

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Billet d’Arsène : « Vous voulez la guerre totale ? »

Les plus anciens, ou surtout ceux qui ont


un peu de souvenirs d’histoire
connaissent le discours du 18 février 1943
au Sportpalast où le docteur Goebbels,
devant un parterre de quatorze mille nazis
choisis, demande aux allemands s’ils sont
prêts pour la guerre totale ! Bon, il est
vrai, que désormais, ils ne vont plus avoir
le choix. La VIè armée (91 000
prisonniers) va découvrir les conditions de
vie du goulag ; en Tunisie, les restes de
l’Afrika Korps vont se rendre (275 000
hommes). Le danger est à nos portes, ils commencent à être à l’intérieur. Le texte de la
directive Casablanca précise « Votre objectif principal sera la destruction progressive et la
dislocation de l'armée allemande, de l'industrie et du système économique et de saper le moral
du peuple allemand, à un point où leur capacité de résistance armée est mortellement
affaiblie. » Alors, pour faire prendre conscience au peuple, à la nation allemande du danger, le
chef de la propagande les harangue. Il s’agit de permettre de vaincre le mal….

Heureusement, nous n’en sommes pas là ! La


France se prépare elle à une vraie
mobilisation générale. Après l’hiver, il neige,
les routes sont bloquées. Là, se prépare la
surprise ultime stratégique que personne n’a
vu venir : les vacances d’été ! Malgré un pays
en marche, les bouchons vont être au rendez-
vous. Nos anciens vont souffrir de la chaleur
et nos chiens vont être abandonnés. L’effet de
surprise est certain, vous le verrait au JT de
13 et 20 heures.
Alors, soyons donc rassurés et consommons. La sixième prolongation de l’état d’urgence (qui
doit avoir lieu le 15 juillet) va veiller sur nous, cela fera 23 mois sous ce régime. Les patrouilles
de soldats auraient elles empêchés des attentats ? N’est pas dans la bande BSS ou au Levant
que nos efforts militaires devraient être déployés ?

Après chaque attentat, les experts passent


des heures de plateaux télé, en direct à
essayer de nous expliquer comment.
Un fiché S avec des armes ! Comment est-ce
possible ?
Un tranquille livreur qui découpe un patron en
deux ! Comment ce différent en est arrivé là ?
Le commando traverse la frontière avant de
frapper ! Comment est-ce possible ?
Comment se fait-il que ce personnage fiché
dans tel pays puisse loger chez nous ?
Les familles souhaitent des réponses à ces questions. Leurs douleurs ont besoin d’une
explication. Le dispositif de sécurité était sous dimensionné, il aurait fallu etc. Le comment est
sans fin parce que le terroriste choisit son mode d’action. Ces terroristes-là utilisent quasi
exclusivement des moyens légaux pour leurs armes (camions, couteaux, bonbonne de gaz
etc.).
Pas besoin de trafics, d’armes de drogues, le prêt Cetelem peut même vous financer. La
logistique se réduit à une empreinte invisible, le « loup solitaire » ne travaille qu’avec son
premier cercle familial. Son autoradicalisation surprise et rapide sur internet a été tout de même
consolidée par quelques rencontres opportunes.

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LE SIOUX PAGE 56

Les discussions autour des fichés S n’aboutiront à rien, pas plus que la déchéance de
nationalité. Au moins, pendant que les experts débattent de cela, le public ne regarde pas
ailleurs. Si nous ne voulons prendre aucun risque, il faudra fermer les clubs de tirs sportifs mais
aussi de modélisme ! L’EI sait transformer une maquette en drone IED… En termes
d’innovation tactique, nous avons beaucoup à leur envier.

Alors que la vraie question


est pourquoi.
Pourquoi frappent-ils la
terrasse des cafés, les salles
concerts ? Pourquoi tuent-ils
des enfants ? Pourquoi tuent-
ils même des musulmans ?
Pourquoi agissent-ils le jour
de la fête nationale ?
Pourquoi des femmes, de
jeunes enfants sont prêts à
mourir et à nous emmener avec eux ?

« Mais soyez assurés que ma détermination n’a jamais été aussi grande ! La guerre est
terminée, les Séparatistes ont été défaits et la menace Jedi éradiquée. Nous sommes au seuil
d’une nouvelle ère. Pour garantir la sécurité dans la continuité et la stabilité, la République sera
bientôt réorganisée et deviendra la Première Puissance Galactique Impériale ! Pour une société
fondée sur l’ordre et la sécurité ! » (Star wars III).
C’est l’usage de la peur, qui empêche de raisonner convenablement et qui fait basculer Anakin
du côté obscur et les Etats-Unis – ou la République dans l’univers de Star Wars – vers l’Empire.

C’est bien une guerre totale. Tous les pays sont visés (même ceux qui ne réalisent pas de
frappes aériennes au Levant). Et quel but poursuivent donc les jihadistes en frappant soi-disant
au hasard ? Ils cherchent à nous diviser, à jouer sur nos peurs. Ils cherchent à scinder la
communauté nationale, à s’approprier le courant sunnite mais aussi et surtout l’identité des
populations de culture musulmane. Et quand, à force de carnages, de tragédies, de crimes
insensés, ils auront transformé une société démocratique laïque et éduquée en une bande de
soiffards ivres de haine, ils auront gagné. Ils sont en train de réussir leur pari insensé.

Ils sont en train de réussir parce que nous les y aidons par veulerie. Nos chefs ne voient qu’une
réélection, ne comprennent rien (trop loin de l’ENA ou d’HEC) et sont conseillés par des experts
de papiers. Ils sont en train de gagner parce que vous avez peur, que nous acceptons cette
bêtise, ces idioties du BFMTV direct et que ceux qui devraient incarner la grandeur de notre
république se vautrent avec délice dans l’abjection et la démagogie les plus débridées. Ils sont
en train de gagner parce que ceux de leur communauté refusent de les condamner, s’affirme
les victimes.

Dans cette guerre, la ligne de front n’est pas à l’EST, simple, visible. Le front est chez nous,
dans nos écoles, nos entreprises, nos bureaux, nos maisons. Détruisons les combattants du
camp d’en face. Pour ceux chez nous, bénéficiant de notre droit, ne jouons pas au béat et
empêchons les d’agir, de se répandre : définitivement. Les objectifs du camp d’en face sont
clairs et nets : la destruction de notre société, du modèle occidental. Leurs publications sont
nettes, sans ambages. Assumons les nôtres, faisons une vraie guerre totale… Bonnes
vacances !

Arsène
28 juin 2017

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