Mémoire M2 2
Mémoire M2 2
DEFRANÇOIS Jordan
Promoteur :
LEGGE Robin
DATE
Remerciements :
Parce qu’après tout, à quoi bon? Pourquoi créer quand il existe des milliers
et des milliers d’images qui circulent sur les réseaux sociaux? Combien d’images
sont scrollées par jour de par le monde? Et surtout pourquoi créer quand les
intelligences artificielles seront bientôt capables de le faire à notre place, sans
erreur, en un instant et avec une complexité inédite? Alors qu’est-ce que le
processus créatif peut nous apporter en tant que créateur ? Qu’est-ce qu’il peut
apporter aux spectateurs?
Ce mémoire n’a pas pour vocation de répondre à cette question par une
vérité absolue, mais d’explorer l’intérêt de la pratique du dessin à travers une
analyse personnelle de la place de l’artiste dans un monde où la frontière entre
l’humain et l’artificiel est devenue floue. En interrogeant la valeur symbolique et
expressive du dessin, je cherche à comprendre si cette forme d’art demeure
essentielle à notre époque.
Les IA et la création d’images
Ces images sont visuellement très différentes. Et pourtant elles ont pour
point commun d’être toutes générées par une intelligence artificielle. Si j’avais dû
deviner, j’en aurais classé quelques-unes parmi les images faites par l’homme. Car
j’ai toujours cru ces générateurs d’images incapables de reproduire le trait humain
et d’afficher des résultats moins lisses et moins plats. Cette technologie a beaucoup
progressé depuis sa création. Il faut garder à l’esprit qu’elle n’a même pas encore
dix ans et malgré sa jeunesse, elle est déjà capable de tromper les sens humains et
leurs intuitions.
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https://auvio.rtbf.be/live/la-fabrique-du-mensonge-trump-et-son-armee-numerique-la-premiere-election-s
ous-ia-558970
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En l’appliquant au domaine de l’art, l’IA générative d’image nous pousse à
nous poser des questions voire à remettre en question les fondamentaux. Quel est le
rôle de l’artiste? Qu’est-ce que l’art? L’IA sera-t-elle capable de feindre l’erreur
humaine? Pourra-t-elle créer un nouveau style de toutes pièces? Peut-elle
réellement remplacer l’homme un jour? Peut-elle réellement créer une œuvre d’art?
Pour espérer pouvoir répondre à ces questions, il faut avant tout comprendre ce
qu’est l’intelligence artificielle générative.
Fonctionnement :
Une chose est sûre, c’est que l’intelligence artificielle est capable d’imiter un
artiste. Si on fournit à une IA plusieurs tableaux d’un artiste, elle sera capable d’en
créer un simulacre. Mais peut-elle remplacer l’artiste ? Peut-elle remplacer sa main
et sa réflexion ? On entend souvent parler de l’IA à travers ses prouesses et
pourtant elle a des limites qu’il convient de prendre en compte.
Limites de l’IA :
A leurs débuts, les IA faisaient beaucoup d’erreurs (que ce soit de
proportions ou d’anatomie). Mais la plupart des problèmes techniques ont été
corrigés par des couches d’algorithmes. Cependant, l’Intelligence artificielle aura
toujours des limites qu’on ne pourra jamais corriger. Comme elle est entraînée sous
la tutelle d’images créées par l’homme, elle fera les mêmes erreurs que celles
commises par l’homme. Ce qui est inévitable, l’erreur est humaine. Mais je pense
qu’il y a une différence entre l’erreur de l’homme et l’erreur de la machine.
Contrairement à l’homme, elle n’en a pas la moindre conscience. Le dessinateur
peut faire des erreurs, il peut même le faire volontairement.
Il faut ajouter à cela que, bien que sa base de données soit immense, elle ne
pourra jamais en sortir. Ce qui veut dire qu’elle est tout bonnement incapable de
créer quelque chose de nouveau. Si un jour une nouvelle couleur tombe du ciel,
l’intelligence artificielle n’en aura pas connaissance (jusqu’à ce qu’on lui
apprenne). On peut créer à l’aide d’une intelligence artificielle, mais il faudra se
soumettre à son idéocratie visuelle.
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https://smartbe.be/wp-content/uploads/2023/11/04-23.pdf
jamais d’anticipation, d’imagination ou de réflexion. C’est comme un perroquet; le
fait qu’il puisse parler est étonnant, mais il ne dira jamais rien d’inattendu. Je pense
que l’intelligence artificielle ne peut être l’avenir de l’art si elle puise uniquement
dans le passé.
Place de l’artiste :
Les performances de ces machines peuvent être très décourageantes pour les
artistes. A quoi bon dessiner si l’IA peut le faire mieux et plus vite? Y a t’il un
risque de déconsidération de l’artiste de la part du grand public? Créer une image
en tapant un texte fait-il de moi un artiste?
Ces nouvelles technologies ne sont pas éthique de mon point de vue. Car
toutes les images utilisées pour entraîner ces IA sont des images originales créées
par des artistes. Et ces technologies s’en sont emparées comme Google s’est
emparé de millions d’images en 2001. Nombreux sont ceux qui postent leur travail
en ligne pour être plus visible. En tant que dessinateur, je n’ai jamais posté la
moindre de mes images sur internet. Mais je suis conscient de la visibilité que le
réseau peut nous offrir. Je fais donc face à un dilemme : dois-je nourrir la bête pour
être plus visible ou dois-je rester fidèle au matériel?
En tant qu’artiste, il peut paraître évident que nous ne serons pas remplacés
par des machines. Mais le grand public, lui, ne voit pas les choses du même œil.
Pourquoi passer une commande auprès d’un artiste aujourd’hui, si pour des miettes
de pain et en un instant je peux réaliser des dizaines et des dizaines d’essais? En
tapant un texte, tout le monde peut désormais créer des images. Mais encore faut-il
savoir taper ce texte. C’est un travail plus complexe qu’il n’y paraît, c’est d’ailleurs
une des compétences recherchées par les entreprises de nos jours.
4
Marion Carré & Valentin Schmite, Propos sur l’art et l’intelligence artificielle, Édition l’Art-Dit, 2020,
p.30
L’océan pictural
5
Eli Pariser, The Filter Bubble : How the new personalized
web is changing what we read and how we think, Penguin,
mars 2012.
ce que l’on a déclaré aimer en premier lieu. Mais nous sommes bien plus instables
et imprévisibles que ça. Ce n’est pas parce qu’on est friand de comédie qu'on ne
pourra jamais apprécier une tragédie. Personnellement, je regardais beaucoup de
films d’horreur à 12 ans (ce qui n’était pas vraiment l’âge recommandé pour ce
genre de contenu). Maintenant que je suis jeune adulte, j’ai beaucoup de mal à
regarder ce genre de film. C’est même devenu un genre que j’ai tendance à fuir.
Pourtant l’algorithme devrait plutôt avoir tendance à proposer ces films à un adulte
qu’à un enfant de 12 ans.
Le problème, au-delà du fait que l’algorithme puisse avoir des préjugés sur
les goûts d’une personne, c’est qu’il nous empêche de découvrir autre chose que
les sentiers battus. Cet algorithme a donc un pouvoir sur la vie d’un artiste et sur
l’avenir de son travail. Je pense qu’il est important de reprendre le contrôle sur son
propre destin. Autrement nos créations seront soumises à un déterminisme dirigé
par la technologie.
Mario Klingemann6 :
Mario Klingemann est un artiste allemand qui s’est toujours intéressé aux
codes et algorithmes. Son approche mêlant art digital et art conceptuel est unique.
Il considère qu’il n’a jamais su peindre et au lieu de forcer son corps à produire des
6
https://www.sothebys.com/en/articles/artist-mario-klingemann-on-artificial-intelligence-art-tech-and-our
-future
images, il prend la décision d’utiliser ses compétences en codage pour apprendre
l’acte à une machine. En 1985, il se rend compte du potentiel du numérique pour
créer des images. Cependant, il fait face à des difficultés jusqu’à l’arrivée de
l’intelligence artificielle générative.
Sougwen Chung7 :
Sougwen Chung est une artiste sino-canadienne qui, dès ses premières
œuvres, a introduit le concept du dessin en collaboration avec la machine. Elle
considère l’intelligence artificielle non pas comme un outil mais comme un
partenaire de création. Elle a créé un système avec un bras robotique qui n’est pas
automatisé mais bien dirigé par une IA. A chaque coup de pinceau qu’elle pose sur
la feuille, la machine réplique en traçant à son tour. C’est un dialogue entre homme
et machine qui s’installe sur le papier. Ses robots se basent sur des mouvements
qu’elle a elle-même tracés par le passé, ce qui crée une sorte de mémoire collective
entre homme et machine.
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https://fisheyeimmersive.com/article/qui-est-sougwen-chung-lartiste-qui-explore-les-nouvelles-formes-ro
botiques/
Elle a une vision plus optimiste et collaborative de l’avenir de l’IA. Pour elle, les
intelligences artificielles ne remplaceront pas les artistes mais leur permettront
d’expérimenter d’autres possibilités de créations. Elle considère que cette nouvelle
technologie apprend autant de nous que nous apprenons d’elle. C’est un
témoignage assez rare, loin des habituelles dystopies.
David Hockney :
“C’est parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des animaux”
Anaxagore8
Histoire et tradition :
Malgré ce qui a été évoqué plus haut, le dessin conserve une place unique
dans le processus créatif. Car le dessin n’est pas seulement la représentation mais
un acte intime, subjectif, intentionnel et émotionnel. Le dessin n’est pas quelque
chose que l’on fait, il est quelque chose que l’on vit. Qu’est-ce que le dessin
8
Anaxagore, cité par Aristote, Les parties des animaux, 686a.
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https://www.cnrs.fr/fr/presse/decouverte-du-plus-ancien-dessin-au-crayon
m’apporte? Quelles sont les plus values du dessin qui restent et resteront
immuables?
Le dessin, comme tout art qui se respecte, a un impact sur son spectateur.
Qu’il soit positif ou négatif, le spectateur ne reste que rarement de marbre face à
une œuvre. Il peut en sortir inspiré, émerveillé, ému tout comme il peut en sortir
ennuyé, triste ou agacé. Nombreux sont les artistes qui ont tiré profit de cette
influence qu'ont les arts picturaux pour faire passer leur message. Alors bien sûr,
l’intelligence artificielle peut elle aussi manipuler son audience. Mais il n’y a
qu’un artiste humain, avec son intention et son honnêteté, qui peut savoir sur
quelles ficelles jouer pour atteindre son spectateur. C’est là la principale force de
l’art, c’est l’attention portée par l’auteur qui transforme notre perception du monde.
Alexandre : Alors moi, adolescent, j'ai toujours aimé l'art et la culture. Quand j'étais gamin, on m'a
offert un jeu de cartes avec tous les styles de peinture. C'est marrant que tu parles de ça, c'est ma
grand-mère qui m'a offert ça. Tous les styles de peinture. Et donc c'était un jeu, c’est de famille, quoi.
Et puis quelques années plus tard, j'ai eu la même chose mais en architecture. Et j'ai toujours senti
une grande sensibilité pour ça. Et à 16 ans, un voyage en cinquième secondaire, je suis parti à
Barcelone avec un prof, avec l'école. Et je me suis retrouvé à la fondation Tapies, si tu connais. Et à 16
ans, Tapies, c'est quand même pas facile à aborder. Et j'ai vraiment vécu une émotion très, très forte
face à son travail. Ça m'a complètement bouleversé. Et moi, je me prédestinait à des études qui
étaient des études scientifiques. Et donc j'ai fait une année en biologie à l'UMB. J'ai toujours été un
élève qui réussissait très facilement. J'étudiais pratiquement pas. Puis à l'université, j'ai continué par
là et ça n'a pas fonctionné. Et j'ai eu le droit qu'à un seul essai. J'étais étudiant boursier à l'époque.
On n'avait le droit qu'à une seule bourse. Donc il a fallu trouver des études par ici. Et moi, je me
voyais bien dans les relations publiques, la communication. Je voulais être comédien au départ. J'avais
fait du théâtre pendant longtemps. Et je me suis dit que la publicité, ça serait peut-être pas mal.
Et c'est comme ça que je me suis retrouvé au Beaux-Arts en publicité. Après, la question de la
présence de la publicité dans une école des Beaux-Arts, on peut quand même s'interroger. Mais le chef
d'atelier, c'était un artiste bien connu et qui avait une approche qui n'était pas du tout marketing.
Et donc, j'ai appris la communication visuelle, le graphisme, l'expression plastique, la typographie. Et
tout ça m'a construit à une époque où on avait encore beaucoup de prints. Là, le monde a fort changé.
Et en fait, avec le temps, chez moi, c'est développé vraiment le plaisir. J'aime beaucoup la
typographie. C'est vraiment un domaine dans lequel je me plais beaucoup, que je comprends très
bien. Tout mon travail depuis très longtemps, moi j'aime beaucoup Armand, le nouveau réaliste.
J'aime bien les accumulateurs. J'aime bien la notion, l'idée d'avoir un objet qui soit un objet tout
simple et qu'on répète mille fois. Et ça devient, en fait, le travail sur l'ensemble crée quelque chose. Je
ne suis pas dessinateur. Je dessine très mal. En tout cas, j'estime que ce n'est pas suffisamment bon
pour le montrer. Et donc, je travaille l'accumulation, la répétition. Et mon travail artistique, il tourne
toujours autour de ça. Et en même temps, mon travail graphique, en tant que graphiste indépendant,
il tourne aussi autour de la répétition, de l'accumulation, alors pas de manière aussi flagrante. J'aime
beaucoup l'art contemporain. C'est un domaine qui me fascine. J'aime bien la notion de concept dans
l'art, parce que c'est aussi ma formation, c'est le message. Et puis, l'histoire à raconter, voilà. Je suis
beaucoup moins dans la plasticité, dans l'esthétique, dans la virtuosité. C'est quelque chose que je
peux apprécier, mais ce n'est pas quelque chose que je recherche.
Jordan : Et à quel moment est-ce qu'il y a eu la transition ? Puisque je pense qu'on peut dire que tu
es passionné par l'intelligence artificielle. À quel moment il y a eu cette transition et la découverte ?
Quel a été l'impact de la découverte de l'intelligence artificielle sur ton rapport à l'art ?
Alexandre : D'abord, moi je suis un... On dirait maintenant peut-être un peu culture geek. Il y a un
truc qui me fait rêver, qui me fascine, c'est l'espace. Tous les films d'anticipation... Je suis un
passionné de cinéma, je regarde plein de films, tout le temps, et de tous les genres. Ce qui est un vrai
problème, parce que j'aime presque tout. Il y a des choses que je ne regarderai pas, mais je trouve
qu'il y a toujours quelque chose à tirer d'un film. Et en particulier, la science-fiction, c'est quelque
chose qui me fascine. C'est se projeter dans le futur de l'humanité. Et parmi tout ça, dans ces films
d'anticipation, il y a le rapport au robot. Alors j'ai beaucoup lu de science-fiction aussi, comme
Barjavel, Asimov, ou des gens comme ça.
Et le mythe du golem, que tu connais peut-être, mais même les schtroumpfs, tu sais. Les
schtroumpfs, ça me fascinait de me dire qu'ils avaient été créés. Tu comprends ? C'est ridicule, mais
j'adore aussi la bande dessinée. Et donc pour moi, cette notion de robot autonome, de machine
pensante, m'a toujours impressionné. Et puis voilà qu'un jour, il y a ChatGPT qui sort. J'essaye.
Et là, je me dis que ce n'est pas possible. Je ne suis pas bluffé parce que je perçois assez rapidement
les limites de la machine, mais je suis très impressionné par les facultés, par ces possibilités. Et je me
dis, mais il est en train de se passer quelque chose.
Puis quelques semaines plus tard, c'est Midjourney, DallE, Stable Diffusion. Et alors, je ne peux pas
dire que je me plonge à corps perdu dedans, mais je me rends compte. Pendant de longues heures,
j'essaie de bluffer ChatGPT. Au début, c'était très facile. Il ne comprenait pas bien, il n'interagissait
parfois difficilement avec des concepts trop complexes, etc. Mais plus tu poussais la machine, plus
finalement, tu te rendais compte qu'au fur et à mesure du temps, c'était de plus en plus brillant.
Il arrive à contourner. Je repère très vite un texte qui a été fait en IA parce que je suis très souvent
dessus, mais ça reste quand même fascinant.
J'en parle à un de mes clients qui est dans la haute finance. Et je lui dis, écoute, moi je n'ai pas de
pognon, mais j'ai raté Netflix, j'ai raté Apple, j'ai raté Microsoft, mais je ne raterai pas OpenAI qui a
lancé ChatGPT, Dali et Sora. Mais il me dit, c'est quoi ? Donc, je lui explique.
Et donc, je lui dis, écoute, mets un peu de sous là-dessus, genre 1 000 balles pour se moquer parce
qu'en dessous de 20 000 euros, tu ne peux pas mettre en euros. Il y en a mis 19 000 et il y en a mis
1 000 pour moi. Et puis, quelques jours plus tard, il me rappelle, il me dit: “tu as l'air passionné, tu ne
veux pas nous apprendre à utiliser ChatGPT?”
Je lui dis, écoute, moi je ne suis pas compétent, je l'utilise comme n'importe qui. Il me dit : “oui,
mais je suis sûr que tu vas bien faire les choses, je te connais, ça fait des années qu'on se connaît. Je
te commande une formation. Je te la paye tout de suite et tu as 6 mois pour te former.”
Et donc, j'accepte parce qu'en fait, je me rends compte qu'on est face à une rupture et que si on ne
prend pas en main cette rupture, dans 5 ou 6 ans, je serai dépassé. Moi, je me rappelle de mes profs
d'atelier ici qui étaient incapables d'allumer un ordinateur. Ils ne savaient pas utiliser Photoshop. Ils ne
savaient pas faire de mise en page autrement qu'avec des cellophanes, un cutter et du scotch, ce qui
ne te parle pas parce que ça a disparu. Et je me disais, mais comment c'est possible d'avoir des
enseignants qui aient aussi peu de compétences en lien ou en phase avec le monde actuel ? Ça
s'explique, parce que le monde évolue.
Et je me suis dit, je refuse d'être dans ce cas-là. Je refuse aussi de me dire, je ne vais pas l'apprendre
à mes élèves.
Donc, je monte cette formation. Le client est enchanté. Moi, je me forme en fait. Je trouve deux types
qui se sont plongés là-dedans aussi. J'achète une formation pour être prêt.
Et c'est comme ça que je démarre. Et ça, c'est les prémisses avec l'IA générative de texte. Et puis, on
en parle avec la direction. Je dis, je suis quand même embêté. J'aimerais bien pouvoir évoluer dans
l'IA générative d'images. Mais je ne sais pas trop comment faire, etc.
Donc, je contacte Technocité à Mons, qui est un centre de formation et de compétences. Et ils nous
disent, nous, on peut vous former à l'IA générative d'images. Et donc, on fait une journée de travail à
la fin des vacances avec deux, trois collègues ici. On apprend à utiliser Midjourney. Et je ne suis pas
très satisfait, mais c'est les premiers pas. Et je me dis, bon, il faut continuer, il faut aller plus loin.
C'est vrai que, du coup, je me suis vraiment penché dessus. Cette formation IA ChatGPT, je l'ai
donnée une quinzaine, vingtaine de fois en entreprise. Et chaque fois, je dois me mettre à jour.
Donc, à chaque fois, je dois réapprendre. Et puis du coup, je suis l'actualité de l'intelligence artificielle.
Midjourney, l'année dernière, je me dis, il y a quand même quelque chose qui est impératif, c'est de
l'apprendre aux étudiants.
Moi, quand j'ai commencé ici, je donnais cours de Photoshop et InDesign en bande dessinée et en
illustration. Et le chef d'atelier de Bande dessinée qui n’est plus là maintenant, il est venu me voir. Il
m'a dit, je t'interdis d'apprendre Photoshop à mes étudiants. On ne fait pas de bande dessinée dans
Photoshop. Or, maintenant, il n'y a plus une BD qui ne se fasse pas, soit sur Procreate, soit dans
Photoshop.
Donc, cette interdiction, moi, je l'ai obéie naïvement. Cinq ans plus tard, on vient me voir, un ancien
élève qui me dit, dix ans plus tard, je n'ai pas été formé. Donc, ne pas apprendre l'IA à nos étudiants
en art maintenant, c'est la promesse de les rendre obsolètes dans quelques années.
Et donc, ça, je refuse. Et donc, je me lance à corps perdu, à la fois dans l'implémentation de l'IA dans
le process artistique. Je teste, c'est un laboratoire ce qu'on fait en ce moment.
D'ailleurs, j'en discutais avec Claudine. On a fait le stage autour de l'IA au mois de décembre. On sait
qu'on doit affiner dans le process, on doit modifier un petit peu notre approche, on doit viser des
choses de manière un peu différente de ce qu'on a fait.
Enfin, on l'améliore. Mais on sent bien qu'il y a quelque chose. Et puis surtout, on sent bien qu'il y a
des partenaires qui sont demandeurs.
Donc, en l'occurrence, on est en collaboration avec le CCA Martinique, l'École des Beaux-Arts de
Martinique. Ça les intéresse. Là, on est en contact avec Hanoï.
Ça les intéresse aussi. Ils aimeraient bien voir un peu comment on implémente ça, voir ce qu'on peut
en faire. Donc, voilà.
Et moi, dans mon travail perso, alors le graphiste, c'est un personnage un peu à part. On est à
rappliquer. C'est un peu comme les architectes d'intérieur.
À part que moi, j'ai un travail artistique bien spécifique dans lequel je ne mets pas du tout
d'intelligence artificielle, en tout cas, jusque récemment. Donc là, je l'ai fait récemment. Et j'ai un
travail plus à rappliquer pour des clients dans lequel je l'utilise tout le temps.
J'ai besoin d'images. Je fais générer avec Midjourney. J'ai besoin de corriger du texte, de sortir des
concepts de texte, là j'utilise ChatGPT. Voilà. Mais c'est vrai que là, j'ai implémenté dans mon process,
dans un des process pour de la micro-édition, Midjourney et ChatGPT.
ChatGPT dans le brainstorming, dans la réflexion de concept, d'association d'idées, de mots. En fait, je
me sers de ça pour... Je brainstorm, je l'implémente dans la machine et la machine me re-challenge
en proposant des nouveautés, des choses auxquelles je n'aurais peut-être pas pensé. Et puis après, je
sélectionne ce que je veux, des petits éléments.
Je me sers vraiment de ça comme source d'inspiration, pour stimuler, en fait... Ça génère une
stimulation cognitive. Et puis après, avec Midjourney, comme moi, je suis très mauvais dessinateur
(en tout cas, je n'aime pas ce que je fais). Et j'ai récemment fait une micro-édition dans laquelle je
dessine.
Je travaille avec de la lettre, sur base des concepts extraits de ChatGPT. Et je dessine à l'encre, ça ne
me convient pas. Et donc, pour améliorer ce que j'ai produit, il y a des parties que j'enlève dans mon
dessin sur Photoshop, et je les fais régénérer par Midjourney en inspirant le style, mon style, mon
écriture.
Parce que si je trouve que je ne dessine pas bien, que mi-journée me fait un super dessin, ça n'a pas
beaucoup de sens. Et l'élément que va me proposer l'IA, je vais le réimplémenter dans mon dessin, je
vais réimprimer, retravailler au-dessus. C'est comme finalement un collage. Mais dans lequel je vais
réintervenir. En tout cas, c'est comme ça que je le fais pour le moment.
Jordan : C'est vrai qu'il y a ce truc dans l'enseignement, il y en a qui sont contre, et il y en a qui sont
pour l'intelligence artificielle. Comment est-ce que toi, tu as fait pour incorporer ça dans ton
enseignement ? Comment ça se traduit dans ta pédagogie ?
Alexandre : D'abord, pour répondre à la question, moi je suis un petit peu musicien. Je joue du
piano tous les jours.
Je n'ai jamais appris la musique. Je l'ai appris seul. Je me débrouille pas trop mal.
J'ai joué dans plein de groupes de musique, etc. Et quand j'avais ton âge, je voyais les DJ, c'était
l'époque où tout ça apparaissait, les Daft Punk, les mix, les loops, les trucs comme ça. Et je ne
comprenais pas.
Je disais, pour moi, ce n'est pas ça la musique. Ça ne m'excite pas. Je ne comprends pas.
La musique, c'est le contact avec l'instrument. Et en fait, 20 ans plus tard, 30 ans plus tard, je me dis
que je me trompais. Daft Punk, c'est extraordinaire.
C2C, c'est extraordinaire. Tu sens que la technologie, la créativité humaine, elle s'est toujours
accompagnée d'une progression technologique. C'était peut-être moins flagrant il y a 300 ou 400 ans.
Mais ce qui est sûr, c'est que quand on a inventé le pinceau à la place du calame, quand on a
découvert l’encre de Chine à la place de graver dans des tablettes d'argile, c'était des révolutions
technologiques.
Et donc, je me suis vraiment dit... En plus, je n'ai pas un bon rapport au dessin. Le fait que je ne
dessine pas bien, c'est probablement un paramètre hyper important pour me dire que j'ai peut-être
trouvé une solution. Et pour autant, je ne m'en sers pas vraiment comme du dessin.
Mais j'ai peut-être trouvé une solution à ma gêne, à mon problème. Et puis comme j'aime bien l'idée
que ce soit vraiment une approche qui soit une approche... Et là, on va parler pédagogie. En fait, j'ai
encore dit ça aujourd'hui à un étudiant, l'IA te permet, comme un cuisinier, de préparer tes
ingrédients.
Ta matière première qui va alimenter ton travail artistique. Et là, par exemple, on est sur une
narration. Je les ai emmenés voir des statues à la cathédrale.
Ils devaient imaginer l'histoire de cette statue, comment elle a fait pour arriver là. Cette histoire, en la
retravaillant avec l'IA, pour améliorer, parce que ce n'est pas tous des écrivains. Et de facto, tous les
textes n'ont pas la même qualité.
Et puis après, on a demandé à l'IA de fabriquer la suite de cette histoire. Mais je leur dis, ce qu'il
fabrique n'est pas bon. Même si on atteint un résultat qui est vraiment intéressant, ce n'est pas
suffisant, ça ne vous appartient pas.
Et l'avantage de l'IA générative de texte, c'est que tu peux changer n'importe quel mot. Et donc je dis,
vous avez besoin que ça vous appartienne. Donc vous devez trouver les incohérences, et il y en a.
Vous devez éliminer les emphases.
Vous devez tourner le texte de manière à ce qu'il vous appartienne un peu plus. Et ce n'est pas se
camoufler. C'est se servir d'un outil qui permet d'avoir une base et de se dire, toi maintenant tu agis
comme critique.
Tu agis avec un regard critique, un œil critique, comme un enseignant le ferait. Et pourtant, ce
travail-là, ce sera à toi.
Alexandre : C'est la parfaite analogie. Et pour l'IA générative d'images, je leur dis, maintenant que
cette histoire vous l'avez, vous avez cette fameuse photo de sculpture, qui est très figée, et dans
l'histoire, il se passe plein de choses. Je dis, vous, par Midjourney, vous devez créer des images sur
base de celles que vous avez déjà prises.
Tu as une sculpture qui est là, allégorie, avec un bras en l'air, mais tu as besoin de cette même
sculpture, peut-être accroupie, en train de gratter la terre. Donc tu dois t'arranger pour que
Midjourney produise ça. Mais ce n'est pas l'objectif final.
L'objectif final, c'est que d'abord, il doit se trouver un processus graphique, de traitement graphique
d'images. Et puis comme ils auront ce processus qui leur appartiendra, qui peut être numérique, qui
peut être analogique, qui est peut-être du dessin, peu importe. Eh bien, les images qu'ils auront
produites dans Midjourney, il va falloir qu'ils les retraitent, qu'ils réappliquent leur propre processus
graphique qui leur appartient.
Et sur base de ça, on réimplémentera dans l'IA, pour d'abord lui faire faire une analyse, et peut-être
amender, rajouter des choses, pour ensuite réimprimer et retravailler dessus. Et l'idée, c'est de faire
un livre, tout simplement, avec quelques illustrations dedans. Pas illustrations, mais plutôt, on va dire,
créations visuelles graphiques, qui accompagnent la narration.
Jordan : Et est-ce que tu vois en l'intelligence artificielle, justement, toi qui n'aimes pas ce que tu
fais, ce que tu produis en tant que dessinateur, est-ce que tu vois une opportunité de créer ? Est-ce
que ça te procure du plaisir, en fait, tel un artiste, de vraiment pouvoir créer grâce à l'intelligence
artificielle ?
Alexandre : Ça, c'est marrant comme question. Alors, je viens de lire un livre illustré. Le nom
m'échappe, là, maintenant.
Tout est fait au bic bleu. C'est absolument magnifique, c'est onirique. C'est vraiment très, très beau.
Avec un poème. Et je vois ces dessins, et en fait, ces dessins sont tout à fait à ma portée. Mais pour
autant, je ne le fais pas.
Parce que tu parles de plaisir. Par exemple, quand je joue du piano et que j'arrive à extraire un
morceau du brouhaha que je fais, j'ai vraiment une grande fierté. Et je ne suis jamais fier de mon
travail de dessin.
Jamais. Et je vais même te dire, de mon travail graphique, je le suis assez rarement. Je suis très
insatisfait.
Alors, est-ce que c'est le syndrome de l'imposteur ? Je n'en sais rien. Par contre, à un moment donné,
je lis ce livre, et je me dis, punaise, finalement, avec l'IA, je pourrais tout à fait atteindre ça. Mais la
satisfaction serait probablement pas bonne.
Moi, je me sers de l'IA avec une approche soit extrêmement pratique pour les aspects plus
graphiques, du sens mise en page, l'illustration, etc., qui sont de l'ordre du corporate. Et pour l'aspect
plus artistique, c'est vrai que je le mets peu dedans, parce que j'ai besoin de me sentir dans
l'authenticité. Donc, ça va être une question de process.
Je suis encore, moi, en recherche de ma propre approche et de ma propre opinion. Parce que ce
matin, j'entendais Didier Mouton qui nous disait, après tout, c'est comme un pinceau. C'est pas tout à
fait comme un pinceau.
Il faut être très exigeant avec la machine. Parce que comme elle est extrêmement puissante, il faut
absolument te dire, je veux un résultat qui soit celui souhaité. Et pas tomber dans une résilience trop
rapidement.
Ce que beaucoup d'étudiants ont. Ou professionnels de l'art. C'est-à-dire se dire, c'est comme ça, je le
laisse comme ça.
C'est comme ça, mais non. Parce que là, ce serait la machine qui dirigerait. Il faut quand même être
très très prudent.
Jordan : Là, c'est la parfaite transition pour la prochaine question, qui est, comment on fait pour ne
pas tomber dans le stéréotype quand on crée avec une intelligence artificielle ? Parce que avec sa base
de données, on n'a pas souvent le résultat souhaité. Comment on fait pour créer de l'originalité au
final ? Elle aura tendance à créer souvent la même chose.
Alexandre : Alors c'est La Bruyère qui disait depuis plus de 7000 ans qu'il y a des hommes qui
pensent, tout a déjà été dit.
Et tout a déjà été fait. C'est vrai que l'originalité, c'est un mot qui pour moi n'a pas de substance. Rien
n'est original.
Dans le sens où tous les mots du monde ont déjà été dit. Toutes les inventions modernes qu'on a là,
ce n'est pas une invention. Ce sont des choses qui existaient, qu'on a peut-être découvertes, mais qui
existaient.
Un téléphone portable, c'est un assemblage de plein de technologies différentes qui existent depuis
100 ans, 150 ans. Les ondes radio, les ondes... Tout ça a été découvert. Les ondes radio ont toujours
existé.
On ne les a pas inventées. Pour moi, l'originalité... Par contre, la créativité, c'est autre chose. La
créativité, c'est notre faculté cognitive à pouvoir assembler des éléments, mettre en commun, mettre
en relation des éléments qui ne sont pas censés vivre ensemble.
C'est ça la créativité, pour moi en tout cas. À un moment donné, je vais assembler deux choses qui
n'ont aucun lien l'une avec l'autre. Eh bien, l'IA ne sait pas faire ça.
L'IA ne sait pas faire ça simplement parce qu'en fait, elle cherche la cohérence de manière statistique.
Prenons un exemple très simple. Si je lui dis quelle est la capitale de la France, il va reconnaître que
c'est une question par la formulation, il va reconnaître le mot France, il va reconnaître le mot capitale.
Il a une database avec toutes les capitales du monde. Et dans sa database, il y a plein de mots qui
sont associés à France, avec un certain pourcentage. Grève, camembert, métro.
Et bon, il y a Paris. Et donc il se dit, il y a Paris dans la database de France et Paris dans la database
de capitale. Et c'est une question.
La réponse est que la capitale de la France, c'est Paris. Est-ce qu'il connaît la réponse ? Non, il ne la
connaît pas. Par contre, la probabilité, c'est la réponse la plus probable qu'il donne, la probabilité que
ce soit Paris est relativement haute quand même.
Et donc, il va répondre Paris avec une affirmation où tu te dis, mais jamais j'oserais douter de ce qu'il
dit tellement il le dit avec beaucoup d'aplombs. Et ça, c'est le vrai danger. C'est qu'à un moment
donné, il faut arriver à avoir un regard qui soit critique.
Et je pense que l'IA, qu'elle soit générative de texte, d'image ou de musique, c'est en fait un énorme
mood board, un tableau d'inspiration qui va t'aider à te dire, mais j'irais peut-être un peu dans cette
direction-là ou un peu dans cette direction-là. Et ça apportera des solutions, parfois visuelles, de
choses qui n'étaient peut-être pas accessibles à n'importe qui avant. Moi, je le vois comme ça.
Je ne vois pas l'IA comme étant une solution créative. Pour moi, ça n'est pas une solution créative.
L'IA ne se pose pas de questions.
Donc, elle ne va pas générer une image parce qu'elle a envie de générer une image. Elle n'a pas
d'envie. Pour qu'elle le fasse, il faut qu'il y ait quelqu'un derrière.
Et là, on touche à un autre sujet. C'est de se dire, quand on fait, quand on travaille avec une IA, elle
te produit toujours un résultat. Elle est programmée pour toujours te répondre.
Ça aussi, c'est très particulier parce que, parfois, tu es face à un référent type enseignant, tu lui poses
une question, il ne connaît pas la réponse. Il ne va pas inventer une réponse parce qu'il doit répondre.
Mais la machine, elle doit répondre.
Tu comprends ? Et donc là, on est sur un glissement qui est vraiment, pour moi, problématique et
dont il faut se méfier. Et donc, cette faculté qu'a la machine à toujours répondre, toujours donner une
réponse dans une zone de confort, je dirais qui ne soit pas très créative, pas du tout, fait qu'il faut
éduquer l'utilisateur. Et ça, c'est le sujet.
C'est-à-dire que si tu n'éduques pas les utilisateurs à l'IA, ils se contenteront toujours de ce que la
machine va produire. Et ça va créer un schisme, ça va créer une fracture entre ceux qui ont été appris
et ceux qui ne l'ont pas été. Ceux qui ont été éduqués et ceux qui ne l'ont pas été.
Jordan : On va quelque part empêcher la machine d'évoluer si on se contente de ce qu'elle nous livre
?
Alexandre : Ça, c'est intéressant. La machine s'améliore au fur et à mesure des itérations. Je pense
qu'on est monté très vite ici, très très vite en 3-4 ans, et on va arriver à un palier.
Ça va stagner, ça n'évoluera plus. Maintenant, c'est les applications pratiques qui vont se mettre en
œuvre. Je voyais, alors que je suis abonné à plein de flux sur Internet, sur Insta, Boston Dynamics,
que tu connais peut-être, une société qui crée des robots autonomes, qui ont créé le fameux chien
qu'on voit dans Black Mirror.
Ils ont des robots autonomes, et en fait, leur gros problème, ça a été d'arriver à les programmer pour
qu'ils puissent s'adapter au milieu, etc. Et en fait, la solution, c'est l'IA. L'IA, c'est ce qu'on appelle,
quand tu t'intéresses à l'IA, tu comprends qu'il y a ce qu'on appelle le Deep Learning.
Le Deep Learning, apprentissage profond, c'est la faculté de la machine à apprendre par elle-même. À
comprendre et à interagir avec son environnement. Pour le moment, la puissance de calcul est telle
que ce Deep Learning nécessite quand même un temps d'apprentissage.
Et nos capacités technologiques sont telles que il faudra vingt ou trente ans, quarante ans peut-être,
pour atteindre des niveaux de calcul qui soient suffisamment rapides que pour avoir une entité qui soit
beaucoup plus autonome que ce qu'elle n'est pour le moment.
Jordan : Est-ce que tu as déjà été surpris par l'IA ? Parce qu'il y en a beaucoup qui pensent que c'est
un perroquet. Même si c'est un peu étonnant, on peut pas être surpris parce qu’on a que ce qu'on...
ce qu'on lui a dit.
Alexandre : Alors, il y a une expression en prompt qui dit « Garbage in, garbage out ». Si tu mets de
la merde dedans, ça sortira de la merde.
Et donc, si tu interagis avec elle, et il y a des méthodes de dialogue, surtout avec ChatGPT, qui sont
vraiment... qui produisent des effets totalement différents. Et oui, j'ai été souvent très surpris. Parce
qu'il y a parfois des choses qui sortent.
Et là, en l'occurrence, sur le travail de narration, j'ai une dizaine d'étudiants, il y en a cinq qui ont un
texte qui sont tous très différents. Parce que la méthodologie que je leur ai apprise pousse la machine
à s'inspirer du propre style de l'étudiant, et avec aussi un niveau d'exigence élevé, etc. Et on a
vraiment... c'est bluffant.
Le prix Goncourt 2020 a été mis en concurrence avec ChatGPT. Là, récemment, c'est un article de
Libération que j'ai lu. Et il est bluffé par la qualité d'écriture.
Alors, moi, j'aime pas ce genre d'article, parce qu'on t'explique pas comment ça a été prompté. Tu
comprends ? Alors que la qualité du prompteur permet d'avoir la qualité de la réponse. Sans bon
prompteur, t'as pas de bonne réponse.
Et l'autre souci, alors tu parles du fait d'être étonné ou pas étonné, moi je vois bien par exemple dans
les travaux des étudiants, en fonction des sections, cette notion de pop culture. Le côté un peu geek,
en arts numériques par exemple, Star Wars, Star Trek, l'héroïque fantaisie, les zèbres et machin, enfin
c'est la culture populaire qui est très envahissante. Qui prend beaucoup de place. Le manga aussi.
C'est un petit peu des lieux communs.
Et c'est vrai qu'en première année, t'en vois partout et puis progressivement avec le temps, peut-être
que ça s’édulcore un peu. Le problème c'est que cette pop culture qui est dominante, toute puissante.
Elle est fort présente dans Midjourney et dans DallE. Forcément, son échantillonnage, il est ce qu'il
est, mais il est le reflet de notre culture actuelle.
Donc c'est vrai que si tu te contentes de ça, tu n'iras pas très loin. Par contre, oui, tu peux tout à fait
être étonné par la puissance de cette machine. Par exemple, j'ai mélangé un rat avec un chat et donc
il me fait un mélange des deux animaux mais moi sur Photoshop, alors que je suis très bon en
Photoshop, je ne serais pas capable de faire ce qu'il a fait. En modélisation 3D, je ne touche rien,
j'aurais pu y arriver mais je n'y touche rien. En travail typographique, tu peux tout à fait appliquer une
imitation stylistique, c'est extraordinaire, tu peux faire de la création typographique, un truc de fou.
Mais pour avoir l'idée de prendre, je ne sais pas moi, un ballon jaune et de prendre une typographie,
je ne sais pas, une didone et demander à l'IA de mélanger les deux, pour lui c'est tellement éloigné,
tu comprends ? Jamais ça ne lui viendrait à l'idée, jamais spontanément il le ferait. Demain, je lui dis
fais-moi une typographie originale, il ne me créera pas ça, tu comprends ? C'est ta propre capacité à
mettre en place les conditions pour que la machine puisse t'étonner. C'est un peu comme se dire, alors
je viens d'une famille de cuisiniers, mes parents avaient un restaurant chacun, restaurant
gastronomique tous les deux.
Un moment donné, mon père dit je ferais bien une sauce à la lavande avec du requin. Une sauce à la
lavande avec du requin? Bah oui j'ai écouté une sauce à la lavande, je trouvais que ça irait pas mal
avec la texture du requin, machin. Ma mère elle ferais bien un cheesecake au gingembre. Tu vois, des
associations de goûts qui à un moment donné vont se dire, ah bah tiens, je fais une sauce crustacée
avec une viande blanche.
C'est ça en fait, associer des choses qui normalement ne s'associent pas. Et donc tu seras étonné par
la machine mais pas par la machine elle-même, par le résultat qui sera produit par rapport à ton
interaction avec la machine. Donc en fait tu t'étonnes toi-même.
Jordan : Justement puisqu'on parle de création qui étonne, notamment il y a le portrait de Bellamy
qui a fait beaucoup parler de lui, il y a aussi le théâtre d'opéra spatial aussi. Est-ce que selon toi et
selon tes goûts personnels aussi, est-ce que pour toi l'intelligence artificielle peut créer un chef
d'œuvre ?
Alexandre : Alors d'abord, les œuvres dont tu parles, œuvres entre guillemets, c'était les premières.
C'est Stable Diffusion je pense d'ailleurs, l'opéra spatial. Tout le monde a été extrêmement étonné, ça
a fait un gros remue-ménage. Quatre ans plus tard, on voit ça avec un peu de recul en se disant, bah
non en fait. Non. Ca fait le job.
Mais qu'est-ce qu'on cherche véritablement dans une œuvre ? La machine, à nouveau je le répète, la
machine sans interaction humaine, elle ne fait rien. Je vais faire une comparaison. Quel âge as-tu ?
Jordan : 24 ans.
Donc nous en Photoshop 3, moi j'arrive ici, Photoshop 3, Photoshop 3. Les filtres Photoshop que tu
connais peut-être, tout le monde le fait un petit peu pour s'amuser. À part qu'à l'époque, ça venait
d'arriver et donc toutes les affiches étaient remplies de filtres Photoshop. Alors tout le monde s'excitait
avec ça, mais tout le monde le faisait et c'était tout pareil.
Et donc après deux, trois ans, puis personne ne le faisait. Si, pour déconner. Mais on ne s'en sert plus.
On est d'accord?
Jordan : Oui.
Alexandre : Et bien l'IA pour moi ça va être la même chose. Là au début, on a tous eu des
représentations d'animaux un peu fantastiques ou avec des personnages très plastiques. On voit du
Giger partout, tu connais Giger ou pas ? On voit parce que ça fait partie de la culture un peu glauque
spatiale, machin.
Mais ça va se tasser ça, ça va se tasser. Et donc la notion de créativité pour moi, la machine, j'ai du
mal avec la notion. C'est ça la question ?Rappelle-moi, redis-la-moi.
Alexandre : Est-ce qu'elle peut créer un chef d'œuvre ? Tu sais c'est un peu comme dire “est-ce que
l'arbre qui tombe dans la forêt, s'il n'y a personne pour l'entendre, est-ce que ça fait du bruit ?” La
beauté n'est perçue qu'à partir du moment où tu as quelqu'un pour s'en rendre compte. Donc la
machine créera un chef d'œuvre, pour qui ? Et puis la machine ne crée pas, la machine agit en
fonction de ce que tu lui demandes. Alors est-ce qu'elle peut créer un chef d'œuvre ? Peut-être, mais
pas toute seule.
Jordan : Mais selon toi, est-ce que tu es déjà tombé sous le charme, eu l'impression d'avoir eu affaire
à un chef d'œuvre qui a été créé par IA. De ce que toi tu perçois comme étant un chef d'œuvre ?
Alexandre : D'abord moi je ne perçois pas ça. Un chef d'œuvre c'est une œuvre parmi une œuvre
globale. Tout à l'heure on parle de la Joconde, je donnais un cours sur le plagiat.
La Joconde, chef d'œuvre, chef d'œuvre ou pas. Moi je l'ai vue plusieurs fois, je ne suis pas
particulièrement ébloui mais c'est un moment dans l'histoire de l'art. C'est un moment qui est
essentiel et c'est une d'infimes parties de l'œuvre de Leonard de Vinci. Ce n'est pas grand chose, c'est
l'œuvre totale de Vinci qui est très spectaculaire.
C'est l'artiste qui va faire que le chef d'œuvre puisse devenir un chef d'œuvre. Une IA, à nouveau je le
répète, seule ne travaillera pas. Le chef d'œuvre peut être créé à partir du moment où l'artiste est
capable de pouvoir itérer, de maîtriser cet outil.
C'est une vraie gageure, c'est vraiment très difficile à maîtriser. D'arriver à pouvoir développer son
propre style en utilisant cette machine-là, oui peut-être qu’on y arrivera. A posteriori on se posera la
question.
On ne peut pas se poser cette question-là maintenant. Je pense que tout artiste qui à un moment
donné crée une œuvre ne se pose pas la question en se disant “est-ce que j'ai fait un chef d'œuvre ?”
Est-ce que je suis face à ça ? C'est des regards périphériques. Ce qui est sûr c'est que Bellamy ou bien
l'opéra, on en a parlé, on n'en parlera plus.
Ce sera un moment T dans l'histoire de l'art comme l'Urinoir de Duchamp qui est très loin d'être un
chef d'œuvre mais qui a marqué son temps. Ces deux œuvres-là auront marqué leur temps
probablement mais point à la ligne. Là où j'ai du mal c'est quand même, on parle de ces œuvres sans
jamais parler des gens qui les ont promptés pour obtenir des œuvres.
Jordan : Justement puisqu'on parle de prompt, on a parlé de la difficulté de prompter pour avoir le
résultat attendu. Pour toi, prompter, est-ce que c’est être artiste en fait ?
Alexandre : Ah bah oui! Je pense qu'arriver à être un artiste du prompt, il y a un domaine qui se
développe, c'est le prompt engineering. Tu as entendu parler de ça ? Donc l'ingénierie du prompt.
Mais ça viendra. C'est une compétence qui va être recherchée. Est-ce que c'est une compétence
artistique ? Je pense que c'est une compétence créative.
Qui allie à la fois méthodologie, linguistique, sémantique, technique. Parce que par exemple tu peux
demander si tu fais une image de type photoréaliste. Aussi une grande culture générale. Tu dois avoir
peut-être des références qui te permettent de pouvoir cadrer un petit peu l'univers dans lequel tu
veux naviguer.
La technique, le type d'appareil photo, le type de pellicule, le type d'objectif. Et puis aussi une
compréhension émotionnelle. Parce que si tu veux que ton image véhicule une émotion, tu dois être
capable de pouvoir exprimer cette émotion.
Donc ça nécessite une grande capacité de structuration intellectuelle. Et à la fois ça nécessite aussi
une grande créativité pour pouvoir s'imaginer la scène. S'imaginer la scène de manière générale,
parce que le résultat qui est donné est très souvent très loin de ce que tu avais imaginé.
Mais là on parle de photos, mais c'est vrai que par exemple en illustration, ce matin on déconnait à
faire un lapin biker sur une grosse moto. Illustration type années 80, le résultat il est là. Il ne nous
intéresse pas.
Tu sais j'ai fait faire à une étudiante le même trait à peu près 250 fois dans l'architecture notaire. Pour
pouvoir choisir le bon trait. La machine elle ne fera pas ça.
Alexandre : Tu peux faire deux fois le même prompt. Ce n'est pas la même chose. Ce n'est pas le
même résultat.
Après tu peux parfois t'en approcher, c'est ça la qualité du prompt engineering. C'est de pouvoir se
dire juste en changeant un mot. Et puis c'est complexe, parce que tu peux donner plus de points à un
concept par rapport à un autre.
Il y a des commandes spécifiques, tu les as lues? Et donc par exemple dire que je veux beaucoup de
nuages, mais pas beaucoup de montagnes. Je veux beaucoup d'arbres et moins de nature.
Jordan : Mais c'est vrai qu'il y a aussi le fait que la machine va toujours créer quelque chose. Même si
on lui demande 50 fois la même chose, à chaque fois elle va proposer un résultat.
Alexandre : Pour moi ça c'est un problème. Et en même temps il n'y a pas que ça comme problème,
il y a aussi le fait d'avoir une limitation sémantique. Par exemple ce matin, quand j'ai demandé ce
fameux lapin, je lui ai marqué “à la manière des Hells Angels”.
Tu connais les Hells Angels ? C'était les bikers des années 50-60 qui étaient en bande, et qui
effectivement pouvaient éventuellement être des malfrats, ou des voleurs, ou des bagarreurs. Tout ça
ChatGPT m'interdit d'utiliser ce mot-là. Mais comment c'est possible qu'ils m'interdisent d'utiliser ce
mot-là ? Ça va à l'encontre de nos conditions générales d'utilisation, il faut arrêter quoi.
Par exemple, j'ai travaillé pendant des années pour la Sûreté de l'État en Belgique, qui gère
l'antiterrorisme, etc. Je faisais leur rapport d'activité. Mais moi j'ai besoin de trouver des images de
djihadistes. Moi j'ai besoin de trouver des images d'armes pour illustrer leur rapport d'activité.
ChatGPT me répondrait, non, tu n'auras pas d'image d'arme. Donc ça, ça interroge aussi.
De se dire en fait, non seulement la cognition, elle est statistique, entre une idée à l'autre, mais en
plus elle est restreinte pour des questions, pour moi, de restrictions plutôt woke. Tu demandes à
ChatGPT de raconter une blague sur un homme blanc, il va le faire. Ce sera une mauvaise blague,
mais il le fera.
Tu demandes de raconter une blague sur une femme noire, il va refuser. Mais il faut savoir dans quel
terrain on va. Au même titre qu'on dit que Midjourney ou ChatGPT c'est raciste, parce que ça met en
avant la culture blanche.
On en a parlé aussi je pense. Ce n'est pas plus raciste que n'importe quel système. Si tu vas sur une
IA chinoise et que tu lui demandes de faire une photo de la plus belle femme du monde, elle sera
chinoise.
Parce que son échantillonnage est asiatique. Mais il faut savoir dans quel bain tu es. Et c'est pour ça
qu'il y a une éducation à avoir.
On en parle beaucoup avec les collègues. Les réactions sont très multiples au sein des étudiants.
Certains sont même tout à fait contre.
Parce qu'il y a une inquiétude aussi de se dire vers où on va aller. Je revoyais tes dessins tout à l'heure
en passant devant l'atelier, parce que je descendais de DME. Et je vois ton dessin, je vois ton
approche.
Et en fait, c'est tout ça qui donne sens. Quand tu vois tout mis ensemble. C'est pour ça qu'aller voir
une seule peinture d'une seule personne perdue au milieu de peintures de plein d'autres personnes, ça
n'a plus de sens.
Et n'oublions pas non plus que la machine, pour le moment, n'a pas encore de lien avec la tangibilité,
avec la réalité. Il ne va pas y avoir ce rapport au réel, à la surface, à la texture, donc à cette
tangibilité, à cette réalité qui à un moment donné va te donner l'émotion du moment. Il y a des
artistes, tu vas voir leur œuvre: tu ne peux pas la voir en photo cette œuvre.
Il faut la voir en vrai pour la comprendre. Et jamais la machine n'aura ça. En tout cas, pas les
machines qu'on a pour le moment.
Ça n'existera pas. Moi j'adore Pierre Soulages. Une œuvre de Soulages en photo, moi quand j'avais
ton âge, on m'a montré du Soulages en photo, j'ai trouvé ça complètement nul.
Et puis un jour, je vois une peinture noire de Soulages. Et là j’étais ébloui, parce qu'en fait elle
interagit avec toi, avec la lumière, avec l'instant présent, avec toute la réflexion. C'est hypnotique son
travail.
Jordan : Et enfin, puisqu'on parle de l'inquiétude de certains artistes, comment est-ce que tu penses
que l'intelligence artificielle va impacter l'art dans le sens artisanal du terme, à l'avenir ?
Alexandre : C'est en lien finalement avec une partie de la réponse, en parlant de tangibilité. Par
exemple, une image digitale c'est une chose, mais quand elle veut rentrer dans le monde réel, elle
doit passer par une interface.
Cette interface c'est du papier et de l'encre. Peut-être. Or la machine, pour le moment, les machines
telles qu'elles existent, il y a ce qu'on appelle des couleurs imprimables et des couleurs non
imprimables.
Tu ne peux pas imprimer du doré. Tu ne peux pas imprimer du fluo. Ou alors c'est difficile, quoi.
C'est compliqué. Donc cette approche-là, déjà, c'est une approche, c'est un frein. Moi j'aime bien
mettre de la couleur que j'appellerais non imprimable dans mon travail artistique, parce que ça donne
sens.
Il y a le volume. Le travail du volume n'y est pas encore. On peut imprimer en 3D, ok, mais ça... Non.
C'est ça qu'il ne faut pas négliger. Un artiste, c'est toute une succession de choix. Et ces choix qui, à
un moment donné, crée une œuvre totale qui va donner sens.
La machine ne fait pas le choix. La machine produit quelque chose et c'est à toi de savoir ce que tu
veux en faire. Donc cette artisanat-là, au contraire, j'aurai même plutôt tendance à dire que l’IA va le
stimuler.
Parce que... Évidemment, je parle de mon champ personnel, mais avoir un beau papier, un torchon, tu
vas venir plier d'une telle manière, tu vas choisir le fil pour le relier, tu vas travailler ton encollage, ta
toile d'encollage, quel type de toile tu vas prendre, tout ça. Nous, on a des sens. L'odorat, le toucher,
la vue.
Alors oui, l’IA a un sens. Elle a la vue. Et elle sait un peu dessiner.
Elle commence à parler. Mais elle ne touchera jamais. Elle ne ressentira jamais ça.
Elle ne sentira jamais. Et nous, c'est indissociable de notre expérience du vécu. Elle n'a pas
d'expérience du monde réel comme nous l'avons.
Et donc, je pense que l'idée aussi, c'est de se dire que, d'un point de vue numérique, on a un champ
exploratoire qui ouvre plein de potentialités. D'un point de vue objet, il y a des chemins empruntés.
Moi, la seule chose qui m'ennuie un peu, c'est l'appauvrissement intellectuel.
C'est-à-dire que, comme on n'éduquera pas tout le monde de la même manière autour de
l'intelligence artificielle, ce que je crains, c'est qu'il y ait un appauvrissement dans la qualité visuelle
ou un appauvrissement dans la qualité littéraire dont les gens se contenteront probablement. Et je le
vois déjà maintenant, parce que les étudiants ont tous des niveaux différents. Ils viennent tous avec
leurs propres vécus, leurs propres bagages.
Et je vois dans les textes qui sont produits, bon bah tout le monde n'est pas littéraire. Je lui dis,
regarde l’incohérence qu'il y a là. Tu ne le vois pas?
Tu ne prends pas le temps de poser cette question-là? Parce qu'en fait, c'est plus facile de vite faire.
Tu vois, le dossier rendu chez Robin Legge, on fait vite fait un truc parce qu'on me demande de le
faire.
Parce que ça, c'est une vraie question. En tant que graphiste, est-ce que je vais faire un logo si on ne
me le commande pas ? Probablement que non.
Est-ce que je vais créer une image si on ne me le demande pas ? Probablement que oui. En tout cas,
j'ai des recherches personnelles qui sont initiées, des directions dans lesquelles je me plais à aller.
Mais j'ai 48 ans.
A 20 ans, mon seul objectif c'était d'arriver à trouver un job, d'être autonome financièrement. Et
probablement que face à des solutions faciles d'accès comme les IAs maintenant, probablement que
j'y irai. Parce qu'en fait, le problème c'est qu'on est dans l'apprentissage, on te donne un ordre et tu
dois répondre à l'ordre.
Alors que si tu as fait un peu de pédagogie ou si tu connais un peu les méthodes Freinet ou
Montessori, l'idée c'est que ça vienne de l'enfant. Tout le boulot de l'enseignant c'est d'arriver à
donner envie à l'enfant d'apprendre. Alors que l'école, elle est tournée complètement différemment.
On lui dit tu vas à l'école et tu dois apprendre. Et donc il y va mais il n’a pas envie. Moi j'ai beaucoup
d'étudiants qui font le boulot qu'on leur demande parce qu'on leur demande. Ça les emmerde.
Donc s'il y a des outils comme l'intelligence artificielle qui sont là et qui répondent rapidement et
facilement, ils y reviendront. Est-ce que ça les met en péril? Peut-être. Je n'en sais rien.
Conclusion
10
(Matthew B. Crawford, Eloge du carburateur, Editions La Découverte, Traduit de l’anglais, Paris,
2010, p.8)
Perspective d’avenir :
11
(M.P. Lepper, D. Greene et R.E. Nisbett, “Undermining Children’s Intrinsic Interest with Extrinsic
Reward : A Test of the “Overjustification” Hypothesis “, JPSP 28 (1973), p.129-137)
12
2001: A space Odyssey, 1968
qui m' ont donné l’illusion d’être dans l’espace. Je vois cette récente invention de
l’homme comme la photo. Un outil qui ne tuera pas l’art mais qui peut-être le
portera vers de nouveaux sommets. Les IAs nous interrogent sur ce que nos
créations sont vraiment. Elles nous poussent à nous améliorer et à oser faire
ressortir nos particularités. C’est une invitation à déployer des qualités créatives
pour ne pas tomber dans ce qui peut être fait à notre place.
Je vois l’avenir d’un œil optimiste. Je pense que l’IA va nous aider à
distinguer une œuvre originale d’une imitation ou d’une image de divertissement.
Elle va redéfinir la notion d'œuvre d’art. Si une machine peut nous imiter, c’est
parce qu’on la laisse nous imiter. Je pense qu’il me tenait à cœur de parler du sujet
car j’ai vu en l’IA mon propre reflet d’un point de vue critique. J’étais prévisible et
la plupart de mes créations manquaient d’originalité, de créativité et de singularité.
Autrement dit, je dessinais comme une machine. Mais je crois que l’IA va rendre
ma banalité intelligible et pourrait bien être un outil qui m’accompagnera pour les
années voire les décennies à venir. Et ainsi, l’homme et la machine évolueront en
même temps.
13
Jean-Michel Besnier, op. cit., p. 127.
Bibliographie :
Le documentaire Auvio :
https://auvio.rtbf.be/live/la-fabrique-du-mensonge-trump-et-son-armee-numerique-la-premiere-el
ection-sous-ia-558970
Eli Pariser, The Filter Bubble : How the new personalized web is changing what
we read and how we think, Penguin, mars 2012.