Memoire Original
Memoire Original
Mémoire N°…………………/
Présenté par
i
AVERTISSEMENT
L’université de Lomé n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions
émises dans ce document. Ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur.
ii
SOMMAIRE
INTRODUCTION ...................................................................................................................... 8
CONCLUSION ........................................................................................................................ 85
BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................... 88
ANNEXES ............................................................................................................................... 93
iii
DEDICACES
A
Ma mère
Et
A mes sœurs Koko et Mablé
iv
REMERCIEMENTS
A titre plus personnel, merci à toute ma famille à commencer par Loïc, Francis, feu Claude,
Ghislain, Madjé, Séfaco, Odilon, Emmanuella, clémence, Jean et Gustav qui ont su garder
l’esprit fraternel qui favorise notre évolution.
Nos remerciements vont aussi à l’endroit de M. AWALA Téwuia dont le soutien constant et
inestimable à notre endroit a permis de faire des études supérieures ; de M. CUDJOE Kodjovi
et sa femme Fidèle qui nous ont donné libre accès à leur appartement pour notre quiétude et
un accès illimité à leur connexion internet pour nos recherches matinales, crépusculaires et
nocturnes ; de M. LEBE Kossi pour ces sages conseils et sa rigueur à notre endroit.
Un merci spécial à Mlle KOUASSI M. E. Marcelline pour son assistance. Nous avions une
dette particulière envers elle.
Nous ne saurions conclure cette rebrique sans remercier les camarades qui ont vu naître cette
aventure académique à commencer par l’Abbé DOSSOU Mahoutondji, LAMBONI Kydacky,
AVOUDJIGBE Pierre, AMOUZOU Amégnona, KOUDADJE François et EDORH Jean-
jacques pour leur exigence académique très élevée ; ainsi que tous les camarades avec
lesquels nous avions partagé les angoisses de cette expérience enrichissante.
A toute personne qui d’une manière ou d’une autre a contribué à l’élaboration de ce présent
document, trouvez ici nos sentiments de reconnaissance et de gratitude.
v
LISTE DES SIGLES ET ACRONYMES
CVJR : Commission Vérité Justice et Réconciliation
CNS : Conférence Nationale Souveraine
UCPN : Union des Chefs et Populations du Nord
DAGL : District Autonome du Grand Lomé
RGPH-5 : Recensement Général de la Population et de l’Habitat
APG : Accord Politique Global
RPT : Rassemblement du Peuple Togolais
INSEED : Institut National de la Statistique et des Etudes Economique et
Démographique
PND : Plan National de Développement
FMI : Fonds Monétaire International
vi
RESUMÉ
Le Togo est en proie depuis plusieurs décennies à une crise sociale liée à la gestion des
groupes ethniques du territoire. Cette recherche vise à analyser les manœuvres politiques que
camouflent les nominations ministérielles et administratives dans la recherche de la cohésion
sociale. L’étude du cadre politique et historique du pays depuis son indépendance a permis de
cerner les challenges auxquels étaient confrontés le pays en matière de vie sociale. Les
objectifs visés par ce travail de recherche étaient d’examiner les stratégies politiques pour
l’effectivité de la cohésion. Les hypothèses ont été formulées en se basant sur les théories
politiques notamment la théorie de l’acteur stratégique de Crozier et Friedberg et les théories
constructivistes.
Ce travail, grâce aux méthodes qualitative et quantitative de collecte de données, a montré que
les acteurs politiques et civils togolais avaient des motivations diverses vis à vis de la
cohésion sociale. L’acteur politique veut s’assurer l’électorat, tandis que le civil veut d’abord
se retrouver dans l’élite nominée de par son ethnie et sa politique. La bonne lecture des
nominations des acteurs pose alors problème.
Tout comme fait, cette recherche offre des perspectives précieuses sur la manière dont le
politique pense la cohésion nationale et les perceptions des populations.
Mots clés : Ethnie, gouvernance, cohésion sociale, dosage ethnique, nation.
ABSTRACT
For several decades, Togo has been plagued by a social crisis linked to the management of the
territory's ethnic groups. This research aims to analyze the political maneuvers camouflaged
by ministerial and administrative appointments in the search for social cohesion. The study of
the political and historical framework of the country since its independence made it possible
to identify the challenges faced by the country in terms of social life. The objectives of this
research work were to examine political strategies for the effectiveness of cohesion. The
hypotheses were formulated based on political theories, notably the strategic actor theory of
Crozier and Friedberg and constructivist theories.
This work, thanks to qualitative and quantitative data collection methods, showed that
Togolese political and civil actors had diverse motivations with regard to social cohesion. The
political actor wants to secure the electorate, while the civilian first wants to find himself in
the elite nominated by his ethnicity and his politics. The correct reading of the nominations of
the actors then poses a problem. As such, this research offers valuable perspectives on how
politicians think about national cohesion and people's perceptions.
Key words: ethnicity, governance, social cohesion, ethnic mix, nation.
vii
INTRODUCTION
Ceci montre à suffisance que la gestion des groupes identitaires dans une même et unique nation,
n’est pas un problème purement africain et plus encore togolais, mais une problématique à
caractère mondial. Ce n’est pas non plus chose aisée dans la mesure où les nominations
politiques ne parviennent pas dans une large mesure à répondre aux attentes de ces populations
diverses. Il se trouve que l’Etat qui devrait garantir les droits se trouve être le lien primordial de
1
Lexique de science politique.
2
MBUYINGA E., (1989), Tribalisme et problème national en Afrique noire : le cas du Kamerun, L’Harmattan.
8
l’engendrement de l’inégalité (Bayart, 2006).
Il est évident alors que ces inégalités annihilent la cohésion nationale et de surcroit les efforts de
développement. Pour Bayart (2006 : 87), l’Etat « le développement qu’il se targue de
promouvoir, au nom duquel il prétend bannir la compétition politique et la revendication
sociale, ne serait être neutre à cet égard ». Il explique par-là que la neutralité dont est dépourvue
les actions de l’Etat surtout dans les nominations et dans le dosage ethnique est en partie
responsable du manque de cohésion sociale. Sur cette partialité repose le tribalisme et
l’ethnicisme. Ces derniers termes sont synonymes de complexes de supériorité ou d’infériorité,
de méfiance et de propos à caractère ethnocentrique, tant de maux qui sans nul doute gangrènent
l’unité et la construction d’une solidarité sociale. Outre les efforts non négligeables pour
l’atteinte de cet ultime objectif qu’est la « nation togolaise », le chantier reste encore vaste.
Aux seins des populations ou des ethnies, grognent des sentiments négatifs dus au fait que l’élite
peine à remplir son rôle, c’est-à-dire combler les attentes des populations.
Plus loin, dans l’ouvrage intitulé : L’Afrique malade de ses hommes politiques, publié en 2009 à
Paris aux éditions Jean Picollec, Dusseh R. dresse une liste de seize (16) sources de conflits en
Afrique :
L’exacerbation des particularismes ethniques, culturels, religieux et politiques ; l’incapacité
des élus de créer une unité au sein de la diversité ; l’irresponsabilité des élites dirigeantes ; la
mauvaise gouvernance et la corruption ; le maintien à vie des élites au pouvoir et l’exclusion
d’autres acteurs politiques ; les difficultés liées à l’apprentissage et à la gestion de la
démocratie et le non-respect des droits des minorités ; les velléités de sécession ; les coups
d’état ; les mouvements d’opposition armée ; la pauvreté ; les injustices sociales ; l’absence
des libertés individuelles et des médias ; l’absence de mécanismes de contrôle du pouvoir de
l’Etat par les citoyens ; l’inadaptation et l’inefficacité des nouvelles politiques économiques
et sociales ; l’inadaptation des modèles politiques aux réalités nationales et le manque de
tolérance de la classe politique3.
Dans cette liste exhaustive, les dissensions ethniques et le problème de l’unité occupent les
premières places. Loin d’être source de conflits au Togo, ces difficultés mettent à mal de façon
récurrente l’entente entre les diverses communautés du fait de leur incompréhension vis-à-vis
des nominations et de la répartition de poste à responsabilité entre les divers fils du terroir.
Certes, cet état de chose n’a pas encore abouti à un conflit, ce qui n’est pas souhaitable. Par
conséquent, il convient de se pencher sur la perception des acteurs sur les nominations et du
3
Dussey R., l’Afrique malade de ses hommes politiques, 2008, Paris, Jean Picollec, p.132.
9
dosage ethnique afin de mieux comprendre ses contours et disposer des mesures adéquates au
moment opportun.
Par ailleurs le pays est en proie il y a belle lurette à un désintérêt social généralisé par rapport à
la politique devant être chose commune. L’opinion semble être divisé en deux (2). D’un côté, il y
a ceux qui pensent qu’il n’y a aucun intérêt à suivre les affaires politiques. Ces groupes de
populations sont souvent issus des ethnies la partie sud du Togo. Comme raison, le pouvoir les
avait échappés depuis 1963 et tout semble être fait dans le seul intérêt des hommes du Nord pour
qu’ils puissent rattraper leur retard. De l’autre côté, il y a cette population qui se retrouve un peu
partout dans les administrations de manière à faire croire à ‘’une prise en otage’’ de
l’administration. Or le partage des postes est fait de manière à ce que chaque communauté puisse
y trouver son compte mais la méfiance et d’autres sentiments néfastes persistent toujours entre
les communautés.
La question se pose de savoir si le dosage ethnique est toujours d’actualité au Togo dans les
nominations afin d’assurer une représentativité politique aux ethnies ? Cependant, si c’était le but
ultime du dosage ethnique, pourquoi il a du mal à mettre au pas la cohésion sociale ? Les élites
nommées ont-elles réellement du pouvoir et des marges de manœuvres conséquentes pour
impacter les populations et les communautés en termes de politiques publiques ?
Cette étude qui porte sur « l’ethnie dans la gouvernance au Togo » vise à comprendre et à
apporter des explications à ces interrogations.
Afin de parvenir aux résultats, cette recherche est subdivisée en deux (2) grandes parties. Chaque
partie s’articule autour des chapitres. Ainsi, la première partie est composée de trois (3) chapitres
dont les cadres théorique, conceptuel et méthodologique de la recherche, la clarification des
concepts et revue critique de littérature et le cadre physique et méthodologique. Dans la seconde
partie, le premier chapitre aborde les nominations politiques et la cohésion sociale, le deuxième,
l’impact de la géopolitique togolaise sur la cohésion sociale et le troisième, la discussion des
résultats de l’enquête.
10
PREMIERE PARTIE : CADRES
THEORIQUE, CONCEPTUEL ET
METHODOLOGIQUE DE LA RECHERCHE
11
PREMIER CHAPITRE :
SPECIFICATION DE LAPROBLEMATIQUE
D’entrée, il est question de la justification des raisons qui ont motivé la production de cette
recherche. Ainsi, ce premier chapitre renseigne sur la justification du choix de ce sujet plutôt
qu’un autre, les motivations de même que les intérêts, la pertinence et les objectifs que cette
étude vise à remplir.
4
La Commission Vérité Justice et Réconciliation a été mise en place par le gouvernement togolais en application de
l’Accord Politique Global (APG) d’aout 2006. Les membres de ladite commission ont été installés le 29 mai 2009.
Elle a été chargée de faire la lumière sur les violences électorales afin d’établir des recommandations pouvant mener
à des stratégies de réconciliation nationale balisant ainsi la voie de la construction de la nation togolaise.
5
Recommandation 3.11 destinée à l’administration publique et la recommandation 3.12 pour l’Etat togolais.
12
avec équité et justice, sans distinction d’ethnie6.
6
Commission Vérité, Justice et Réconciliation : Rapport final, volume 1, octobre 2012, p.26.
7
Commission Vérité, Justice et Réconciliation : Rapport final, volume 1, [Link]. p.26.
8
Union des Chefs et Populations du Nord.
13
297). Il est de toute évidence que ce panachage ethnique au sommet de l’Etat n’a pas suffi pour la
paix puisque Toulabor C., (1990) fait remarquer qu’après 4 ans, l’Etat-major de Eyadéma
organisa un coup d’état qui déposa le président Grunitzky et installa le général aux affaires.
La fin des années 1980 est marquée par des mouvements de transitions démocratiques, tournant
ainsi les pages du parti unique en Afrique et ouvrant la voie aux élections présidentielles et
législatives libres et transparentes (Iwata T., :2000), d’où l’organisation de la conférence
nationale souveraine (CNS)9. Au Togo, cette conférence tenait en elle les lueurs d’espoir en une
véritable démocratisation mais sa dissolution prématurée n’a fait qu’exacerber les méfiances
ethniques entre les élites, retardant ainsi l’avènement de la démocratie dans le pays. Ce que
souligne Iwata T., (2000) en ces termes :
La CNS disposait des capacités nécessaires à la création d’une société politique. Elle aurait
pu se charger de l’institutionnalisation de la démocratie par des élections libres et équitables,
en rétablissant l’harmonie entre les différentes ethnies. Mais elle a été dissolue avant d’avoir
accompli sa tâche10.
L’année 2005 fut marquée par l’ascension au pouvoir du président Faure Gnassingbé 11. Les
gouvernements mis en place à la suite des différentes élections12 qu’il a eu à remporter sont issus
d’un dosage ethnique très prononcé. Au-delà du fait que ces ministres venaient de divers horizons
du pays, la cohésion nationale et la nation en construction depuis la période postcoloniale puis
passant par la Conférence Nationale Souveraine, semble difficilement suivre le pas. Tout ceci
suscite des interrogations sur les objectifs de la politique de l’équilibre régionale et cette étude
intitulée : « l’Ethnie dans la gouvernance au Togo » s’inscrit dans la perspective de
compréhension de cette dynamique.
9
La Conférence Nationale Souveraine a été institutionnalisée au Togo le 8 juillet 1991 (Iwata T., 2000 :140).
10
IWATA T., « La Conférence Nationale Souveraine et la démocratisation au Togo du point de vue de la société
civile », Africa development, vol. XXV, n°3&4, 2000, pp. 135-159.
11
Il succéda au Général Eyadema, décédé le 05 février 2005. Notons qu’il fut porté au sommet de l’Etat par le
scrutin d’avril 2005 et y est toujours au moment de cette étude.
12
2005, 2010, 2015 et 2020.
14
II- MOTIVATION ET INTERET DU SUJET
La question ethnique est souvent traitée sous l’angle politique, très peu de travaux se sont
penchés sur son caractère sociopolitique. Fort de ce constat, Assima-Kpatcha E., (2016)13 écrit
que :
Le travail et l’imaginaire ont peu retenu l’attention des chercheurs dans le débat sur la crise
sociopolitique au Togo. Aucune analyse de fond n’est faite pour déterminer leur rôle dans la
genèse de l’ethnicisme, considéré comme une cause majeure des difficultés des Togolais à
vivre ensemble et à construire un Etat fiable.
Cette recherche vient à point nommé se pencher sur le défaut de vivre ensemble au Togo.
L'objet de cette étude est d'analyser l'influence des problèmes issus des politiques de dosages
ethniques sur la dynamique de l’unité nationale. Dans ce domaine particulier, on cherchera à
savoir s'il existe des fondements de cette pratique. Le cas du Togo est particulièrement intéressant
pour deux raisons. D’une part, historiquement, la question ethnique y a toujours eu une forte
résonance (Gayibor L., 1996). D'autre part, le pays traverse aujourd'hui une grave crise
sociopolitique à laquelle il faut remédier même si des efforts louables y sont consacrés.
En effet, le renouveau démocratique amorcé dans les années 1990 en Afrique et particulièrement
au Togo a été marqué par l’ouverture de la CNS. Cette dernière a remis en cause le régime
autoritaire de l’époque14 dont avait besoin l’Afrique pour construire son unité nationale. Mais ce
régime dépassé au XXIe siècle, les dissensions ethniques et les crises identitaires subsistent
toujours malgré les diverses politiques de réconciliation et de paix adoptées par les différentes
classes dirigeantes. Il devient alors indispensable de comprendre pourquoi l’unité entre les
diverses ethnies tarde depuis les indépendances à être effective malgré le partage de la gestion du
pays entre pratiquement les fils du terroir venant de tous les espaces culturels du pays.
Pour Dusseh R., (2003,) :
Dans ce pays s’affirme sans cesse la volonté des groupes politiques, culturels économiques
et ethniques à dominer, à éliminer, à anéantir, raison pour laquelle la réconciliation est sans
cesse foulée aux pieds au Togo…la voie de la domination d’une partie des Togolais sur une
autre partie des Togolais ne mènera pas à construire le Togo, mais à détruire tous les
13
Assima-Kpatcha E., (2016), « travail, imaginaire et identités conflictuelles au Togo », dans Anaté K., Assima-
Kpatcha E., &. Tsigbé K.N., Ethnicité, crises sociopolitiques et processus de réconciliation nationale, Letria &
Ceroce.
14
Ce que Gogué T., (2001 :7) qualifie de régime fort constitue l’« une des causes de la chute de la démocratie aux
lendemains des indépendances » à cause de « sa prétendue incapacité et inefficacité à construire l’unité nationale et à
donner des résultats probants sur le plan économique».
15
togolais.
Il apparait dans cette affirmation de cette autorité publique togolaise qu’après maintes analyses
que les crises que traversent le pays ont pour toile de fond « la question ethnique ». Il devient
alors paradoxal que les Togolais qui se sont constitués en Etat « indivisible » d’après la
constitution togolaise15 se liguent les uns contre les autres au-delà du fait que ce sont leurs fils des
différentes communautés identitaires qui sont aux affaires.
L’auteur sus cité16 soutient que les leaders politiques Togolais ont besoin d’éducation en matière
de politique puisque cette maturité nécessaire en la matière fait défaut au Togo. Il écrit que le
problème des Togolais réside dans : « L’incompréhension de la logique démocratique par les
leaders de partis politiques togolais » Dusseh R., (2003). Il poursuit son idée en expliquant que
dans « un système démocratique pluraliste où les élections sont compétitives, les principes
démocratiques voudraient que le gagnant forme le gouvernement et le perdant reste dans
l’opposition « constructive » jusqu’à la fin du mandat du gagnant » (idem).
C’est aussi le point de vue de Hetcheli K. F., (2012) qui exprime sa pensée en ces termes : « la
démocratie exige un long apprentissage car elle est le résultat d’un processus long, permanent,
qui s’intègre et se reflète dans tous les autres aspects du vécu individuel et collectif des
citoyens ». Mais le constat est totalement contraire à la réalité et il le fait observer en ces
termes : « rare sont les partis politiques qui, après une défaite électorale, acceptent facilement
cette idée ». S’inspirant de Smith et Lijphart, Sindjoun L., dans son article « la démocratie est-
elle soluble dans le pluralisme culturel ? éléments pour une discussion politiste de la démocratie
dans les sociétés plurales » parle de « manque de flexibilité nécessaire à la démocratie
majoritaire », en partant de l’idée que les sociétés plurales sont des sociétés dont les membres
sont divisés en catégories en fonctions des facteurs tels que la race, la langue, l’ethnie, la religion,
la culture et les autres. Ces politiciens préfèrent alors instrumentaliser la fibre ethnique et
régionaliste pour dissimuler leur soif de pouvoir, la volonté de puissance et le désir de richesse
(Dusseh R.,2003). Or, au terme de l’art.8 la constitution de 1992 qui souligne que « les partis
politiques et regroupement des partis politiques ont le devoir de contribuer à l’éducation
politiques et civiques des citoyens, à la consolidation de la démocratie et à la construction de
15
Constitution de la IV e République (Version consolidée, à jour de la loi constitutionnelle du 15 mai 2019 et de
toutes les révisions constitutionnelles antérieures), voir titre 1, article 1 et 2.
16
Dusseh R., (2003), Penser la réconciliation au Togo, Bognini.
16
l’unité nationale »17, les partis politiques restent des animateurs importants dans le processus de
la consolidation démocratique. De ces analyses ci-dessus, cette étude se propose de comprendre
les motivations des hommes politiques par rapport à leur responsabilité vis-à-vis de leurs
militants dans les nominations des élites.
Il convient de s’accorder avec Brunel S., (2004 :91), pour questionner dans cette étude la pleine
responsabilité des Africains dans l’instrumentalisation du fait ethnique lorsqu’elle écrit que :
La tentation est forte par conséquent d’accuser l’occident d’enfermer l’Afrique dans les
préjugés liés à l’ignorance. Pourtant, l’ethnicité est souvent mise en avant par les Africains
eux-mêmes pour ostraciser l’étranger, l’Autre, celui qui vient d’ailleurs et qui n’a pas sa
place, surtout quand le gâteau national s’amenuise.
Ainsi, cette recherche tentera de montrer la responsabilité des politiques dans la fragilité de la
nation togolaise. Responsabilité attribuée parfois à tort ou à raison à l’occident.
Tout compte fait, cette recherche tire sa motivation du fait que l’incompréhension reste entière
sur le panachage ou le dosage ethnique. En effet, mis en place pour que toutes les ethnies s’y
identifient, garantissant ainsi la paix et la cohésion sociale dans construction de l’unité nationale,
le politique semble avoir de la peine à faire identifier les populations aux élites bénéficiaires du
dosage ethnique sur le territoire togolais.
Au total, il serait faux d’affirmer que les déchirures historiques du tissu social togolais se
sont refermées suite aux travaux de la CVJR. Mais un pas en avant a été fait. Des vérités
historiques ont été dites sur l’évolution politique du Togo depuis la période coloniale jusqu’à
nos jours alors que, jusque-là, elles étaient réservées à un cercle d’initiés. Les maux profonds
qui minaient ce pays à savoir les problèmes fonciers, les disputes de chefferie, les
dissensions ethniques, les violations continues et massives des droits de l’homme ont été
mises à jour. Le diagnostic a donc été posé. Les thérapies sont esquissées. Reste à
administrer les potions nécessaires pour que les Togolais puissent vivre un jour dans
l’harmonie (Ahadzi-Nonou, 2014)18.
17
Constitution Togolaise du 14 octobre 1992.
18
Ahadzi-Nonou K., 2014, p.102.
17
gouvernement. Les travaux scientifiques des chercheurs Togolais en témoignent surtout par leurs
nombres. Parmi les travaux consacrés à ces hommes forts du Togo, il convient de relever qu’un
bon nombre est consacré à l’épiage de leurs vies et surtout de leurs politiques pour la cohésion
nationale mais aussi, ces écrits s’appliquent à comparer les politiques des deux hommes. Loin de
faire une étude comparative de la politique sous le président Eyadema et son fils, cette recherche
vise avant tout à comprendre les finalités de la politique du dosage ethnique et ou de l’équilibre
régional depuis la période post-conférence nationale souveraine jusqu’aux dernières élections
présidentielles (2020).
En outre, si la consolidation de la nation au Togo depuis l’indépendance jusqu’en 1990 se montre
rude voir inaccessible malgré les multiples régimes politiques, cette étude permettra de
comprendre cette situation qui perdure jusqu’à couvrir les années 2020. Même si Nabe B.,
(2016)19 reconnait la pratique de la « géopolitique togolaise » dans ce qu’il appelle « la nouvelle
gouvernance de l’Etat au Togo aujourd’hui », il semble être retissant et dubitatif sur la réussite
sociale de cette pratique, ce que cette recherche élucidera. Toutefois, il est clair que les études
existantes montrent déjà à suffisance comment les différents régimes politiques au Togo, depuis
l’indépendance jusqu’aux années 1990 ont pris en compte le problème des identités ethniques ou
régionales dans le quotidien des populations et surtout dans les nominations aux hautes fonctions
administratives. Cette recherche vient constituer une ouverture sur les perceptions de cette
problématique après la CNS.
20
Situé environ à 150 à 200 km au de la côte.
19
culturelle (nord et sud) du pays ont enregistré des migrations venues de l’intérieur même du Togo
d’une part et, venant du nord, sud, de l’est et de l’ouest dans le continent à la recherche d’une
certaine quiétude d’autre part. Par ailleurs, Gayibor distingue dans la partie Sud du Togo, des
minorités comme les Guins, Mina, les Adangbé, les Xwla-xweda21, qui ont été en contact dès les
premières heures de la colonisation. Mais quand on aborde le peuplement du territoire avant la
colonisation, le terme ethnie est fréquent dans les débats. On en distinguait une multitude à la
veille de la colonisation. Au Nord il y avait : les Moba, les Yanga, les Mossi, les Gourma, les
Manproussi, les Natchaba, les Dyè, les Konkomba, les Temberma, les Biyobè, les Bassar, les
Tchamba d’une part, les Kabiyè, les Logba, les tem ou kotokoli, les Lamba, les Nawdeba et les
Anoufon ou Tchokossi d’autre part. Au-delà des minorités mentionnées plus haut, on trouve
d’autres groupes minoritaires tels les Fon, les Mahi, les ifè (Ana) les Kpessi, les Agouna, les
Anyanga ainsi que d’autres groupes que sont les Akposso, les Akébou, les Adélé, les Ntribou, les
Bogo-Ahlon, les Yorouba, les Haoussa et les Peuls (Gayibor, 1997 : 28-32). Toutefois, parler de
minorités ethniques en ce siècle où le melting-pot22 bat son plein surtout dans la région australe
du Togo ou règne une assimilation totale semble risqué. Mais, il y a une myriade d’études sur le
fonctionnement de l’Etat en Afrique qui ont montré que le facteur minoritaire est non
négligeable.
Avec l’intrusion européenne en Afrique qui s’est soldée par la constitution de la colonie du Togo,
toutes ces ethnies ont été mises ensemble sans qu’aucune n’ait choisi de vivre avec les autres
dans les frontières coloniales puis contemporaines (Assima-Kpatcha E., 2016). Il est alors évident
qu’à la naissance du Togo à la colonisation, il ne constituait pas une nation puisqu’aucune d’elles
n’avait exprimé le désir de faire partir d’une même entité politique. Selon Assima-Kpatcha E.,
(2016) c’est avec la délimitation de l’espace Togo « que s’est posé le défi de l’émergence d’un
sentiment national sous la colonisation et de la construction d’un véritable Etat-nation avec
l’avènement de l’indépendance ». Une fois les ethnies mis ensemble, il faut une certaine cohésion
sociale pour aspirer au développement.
Dans la partie australe du Togo, plus précisément dans la région maritime où se trouve sa capitale
21
Pla-péda
22
À l'origine, cette expression anglo-américaine désigne un creuset (utilisé pour fondre un métal par exemple).
L'utilisation actuelle du terme provient de la pièce de théâtre d'Israël (1864-1926), le Melting Pot, dont le message
était que tous les immigrants arrivés aux États-Unis pouvaient devenir américains, un peuple formé dans un creuset
de démocratie, de liberté et de responsabilité civique. Un melting pot ou un creuset est une métaphore employée pour
désigner une société devenant homogène et universelle, les différents éléments fusionnant pour ne former qu'un seul
et même ensemble harmonieux avec une culture commune.
20
(Lomé), se concentre plusieurs ethnies appelées à se partager la gestion du pouvoir. Dans cet
optique, Barbier J.C., (1987 : 2) écrit que :
Chaque groupe de ce type essaie d’être présent au niveau national, afin de ne pas être écarté
lors de la distribution des richesses. Il le fait par ces élites coutumières qui n’ont pas hésité à
entrer dans le jeu politique moderne (…), et, surtout, par ses élites scolarisées qui trouvent
place dans l’appareil de l’Etat et essaient d’y atteindre les hauteurs.
Les groupes ethniques ont compris très tôt qu’ils doivent avoir une certaine carrure pour diriger
au même titre que le colonisateur. Rappelons que les Togolais ont arraché le monopole de la
gestion du pouvoir progressivement à partir de 1956. La pleine gestion de l’Etat deviendra
effective avec l’obtention de l’indépendance le 27 avril 1960. Au lendemain de cette libération
nationale, sous la première république s’est posée le problème de recrutement du personnel
administratif : « Au lendemain des indépendances, le problème majeur a été celui de la légitimité
du pouvoir central et la réalisation de l’unité nationale » Barbier J.C., (1987 : 2). Il est à noter
qu’au cours de cette période, seules les ethnies du sud à l’instar des Ewé, des mina et des Guins
surtout étaient beaucoup plus représentées dans l’administration publique et au plus haut sommet
de l’Etat d’abord du fait de leur contact avec les Européens et de leur niveau de scolarisation
(Nabe B.,2016 : 190). Il en ressort que les premières années de cette jeune république qu’est le
Togo, se trouve entachées par un déséquilibre ethnique dans la participation et dans la gestion de
la chose publique dans la mesure où la région du sud-Togo fournissait plus de cadre à
l’administration au grand dam des régions du nord-Togo. Cet état de fait mettait en péril déjà la
construction nationale amorcée au lendemain de l’obtention de l’indépendance.
Sous le régime Olympio (1958-1963), toutes les régions sont représentées au bureau de
l’Assemblée nationale, sauf que la représentativité de la région maritime est plus importante
(Afanvi K., 2010 :66 ; Nabe B.,2016 :176), pour des raisons qui ont été mentionnées plus haut.
Ce qui atteste le fait que, loin de faire naitre un sentiment d’égalité chez les Togolais, ce « dosage
politico-régionale » du premier président du Togo faisait asseoir dans les esprits une sorte de
discrimination. Son successeur également du Sud, N. Grunitzky, désigné par les militaires
putschistes puis élu (1963-1967), cru avoir solutionné les antagonismes Nord/Sud en s’adjoignant
un premier ministre originaire du nord, Antoine Méatchi (Yagla O., 1978 :117). Mais le constat
est que cette stratégie aussi novatrice soit-elle, n’a pas aidé le sentiment du vivre ensemble à
décoller définitivement. Toutefois, les nominations sous ce régime reflètent un combat contre la
discrimination raciale sinon ethnique et le régionalisme (Labanté N., 2014 :348).
21
Cet état des choses a duré jusque dans la seconde moitié du XXe siècle avec l’avènement au
pouvoir du Général GNASSINGBE Eyadema (1967-2005)23 d’ethnie kabyè. Sous sa présidence,
il résulte un certain équilibre dans la participation politique entre les ethnies du nord et du sud
quand bien même que ce dernier soit originaire de la partie septentrionale du pays. Effet, pour
Eyadema, le « dosage ethno-régional » est un facteur important dans la construction nationale.
Selon le programme de son parti, le Rassemblement du peuple Togolais (RPT) s’est fait une
« obligation impérative de ne jamais considérer (…) que la conduite de l’Etat doit forcément
revenir à un clan ou à un groupe d’individus prédestinés24 ». L’idéologie de cette politique
repose sur la base qu’aucun citoyen ne doit être en marge de la construction nationale. Au
contraire, chacun doit y mettre sa main d’où l’idéologie du parti unique de l’époque. Mais les
discours politiques de la plupart des chefs d’Etats africains manifestent une incohérence
prononcée par rapport à la réalité donc à leurs comportements selon le chercheur camerounais
Mbuyinga E., (1989), s’inspirant des cas des présidents Ahidjo et Paul Biya. Au Togo, si certains
auteurs comme Yagla O., (1978) pense que « l’arrivée du général Eyadema au pouvoir s’est
traduit par une promotion inattendue et inespérée du nord et de ces frères », d’autres, à l’instar
de Toulabor C., (1986 :243) trouve que ces promotions des frères du nord sont loin d’être un
hasard. Elles étaient faites dans le but de rattraper le Sud qui a longtemps bénéficié de la
colonisation et surtout du fait que les deux premiers présidents du pays étaient originaires des
régions du Sud. Si Nabe B., (2016) voit dans ces promotions des cadres du nord une politique
« ethno-régionale équilibriste », Toulabor C., (1986) note que la cohésion nationale est factice
dans la mesure où il y a une différence de traitement entre les cadres issus des deux régions
antagonistes. Il devient alors judicieux de noter que la construction nationale se trouve encore une
fois mis à mal par la politique de l’équilibre régionale.
Le 24 avril 2005 fut porté au pouvoir Faure Gnassingbé, fils et successeur du général Eyadema à
la présidence de Lomé. Cette victoire marque encore la gestion du pays par un fils du Nord du
Togo. De quoi exacerber la haine latente des populations du Sud du pays. En effet, il a été
démontré déjà que les populations du sud Togo ont eu une relation privilégiée avec le pouvoir. Ce
privilège a développé consciemment ou inconsciemment un sentiment de supériorité dans les
populations de cette partie du pays. Sentiment à son tour conforté par le fait que les deux
23
Cette étude prendra en deux volets le règne du général Eyadema. D’abord, la lumière sera faite sur sa politique
d’équilibre régional de 1967 à 1990 et d’autre part après la conférence nationale souveraine jusqu’en 2005.
24
Programme et statuts du RPT, p.10. Il a été créé en novembre 1969.
22
premiers présidents du pays nouvellement indépendant sont issus de cette même partie du pays.
Cependant, la succession du fils à la mort du père de façon simultanée à la tête du pays a un
certain lien avec la construction nationale. Pour Hetcheli K., (2012), « de ce complexe de
supériorité ou d’infériorité nait une sorte de méfiance réciproque qui annihile l’esprit de
solidarité indispensable à l’éclosion du vouloir vivre ensemble ». S’il est vrai que cette remarque
de Yagla O., (1978 :37), selon laquelle : «les élites du sud cherchent à s’emparer de l’appareil de
l’Etat pour maintenir à leur profit l’acquis et l’accroître autant que se peut ; celles du nord
veulent participer à l’exercice du pouvoir de l’Etat pour essayer de rattraper leur retard et tirer
leur retard de son état d’arriéré » soit d’actualité, il convient de le vérifier et l’analyser de la
période post CNS ainsi que sous les trois mandats (2005, 2010, 2015) du président de la
république, monsieur Faure Gnassingbé, d’origine Kabyè. Cette analyse se fera sous le prisme de
la politique du dosage ethnique en questionnant les dynamiques des nominations administratives
dans le courant de ces différents mandats par rapport à la problématique de l’effectivité de la
construction d’une unité nationale.
Comment comprendre la gestion des différentes ethnies par le pouvoir politique au Togo en vue
de la cohésion nationale ? c’est là la question centrale au cœur de cette réflexion sur : « l’ethnie
dans gouvernance au Togo ».
Cette question centrale suscite d’autres interrogations : Comment l’Etat togolais met en concert
les ethnies pour une cohésion sociale ? Sont-elles gérées uniquement dans le but de garantir
l’effectivité de la nation ?
A- OBJECTIF GENERAL
La contribution générale de cette étude est d’analyser les manœuvres politiques que camouflent
les nominations administratives dans la recherche de la cohésion nationale.
1- Objectif spécifique 1
Mettre en exergue le dosage ethnique dans les nominations administratives au Togo.
23
2- Objectif spécifique 2
Montrer que la construction de la nation togolaise est entravée par les stratégies de nominations
politiques.
A- HYPOTHESE GENERALE
La désocialisation des populations par rapport aux élites politiques est un facteur explicatif du
vivre ensemble factice.
1- Hypothèse secondaire 1
Les nominations politiques à connotation ethnique expliquent la recherche de la cohésion
nationale.
2- Hypothèse secondaire 2
La difficile cohésion nationale s’explique par l’instrumentalisation de la géopolitique togolaise à
des fins électoralistes.
B- VARIABLES ET INDICATEURS
Définit comme étant une valeur qui peut prendre plusieurs formes, la variable se mesure à partir
des indicateurs. Alors pour mettre en emphase la vérifiabilité des hypothèses sous-jacentes, il
convient de procéder à la détermination des variables. Dans les hypothèses proposées ci-dessus,
figures des variables de deux différents ordres : variable dépendante et variable indépendante.
25
DEUXIEME CHAPITRE :
CLARIFICATION DES CONCEPTS ET REVUE
CRITIQUE DE LA LITTERATURE
25
Ngalasso-Mwatha M., 2011, « l’Afrique face à l’Europe : les dépendances culturelles », in Africultures no 83.
« Indépendances africaines : chroniques d’une relation ».
26
Idem.
26
parsemer ce travail pour aboutir à des conceptions et explications plus africaines étant donné
qu’il servira en premier lieu à la communauté scientifique dans laquelle il est produit.
Dans cette étude qui porte sur « l’ethnie dans la gouvernance au Togo », cette partie à pour intérêt
d’expliquer les termes ethnie (et ses dérivés), le dosage ethnique et pouvoir politique et la
gouvernance comme concepts à clarifier afin d’accéder à l’intelligence du sujet.
A- ETHNIE
D’entrée de jeu, il est à convenir avec Dusseh R., (2003) que le concept dont il est question est
très lourd de sens et l’exercice qui consiste à le dégrossir semble périlleux. Il écrit que « le mot
ethnique est trop coupable idéologiquement pour être utilisé innocemment. Il est non seulement
piégé mais scientifiquement imprécis. » Pour lui, le tribalisme et la question ethnique désigne le
même problème : « le tribalisme est l’influence subtile d’une tribu ou d’une seule ethnie sur
toutes activités gouvernementales, sur les problèmes politiques, économiques, sociaux, sur la
gestion bureaucratique » (Dusseh R., 2003 : 67).
En effet, ce mot vient du grec ‘’ethnos’’ qui signifiait « peuple » mais surtout « peuplade
étrangère ou barbare » par opposition au ‘’démos’’ qui désignait au siècle de Périclès (Ve siècle
av. J. C.), le peuple grec dans toute sa diversité géographique et sociale. Le sens du mot ¨ethnie¨ a
constamment évolué au cours du temps. Au moyen-âge, la forme latinisée et adjectivisée ¨ethnici¨
(singulier ethnicus), apparue bien avant le substantif, est couramment employée dans les textes
ecclésiastiques pour désigner les populations étrangères, non européennes, avec le sens de
« idolâtres, païens, gentils, infidèles » (Ngalasso-Mwatha M., 2016 :19).
Au sens de M. Weber (1920 :130), les groupes ethniques sont :
Ces groupes humains qui nourrissent une croyance subjective à une communauté d’origine
fondée sur des similitudes de l’habitus extérieur ou des mœurs ou des deux ou sur des
souvenirs de la colonisation ou de la migration de sorte que cette croyance devient
importante pour la propagation de la communalisation, peu importe qu’une communauté de
sang existe objectivement.
C’est une façon explicite d’appréhender un groupe ethnique mais il semble qu’à ce jour, d’autres
éléments se sont invités pour la mise à jour de ce concept.
Selon l’historien soviétique Kozlov V., (1974 : 32), :
L’ethnie ou communauté ethnique, est un organisme social formé sur un territoire déterminé
de groupes d’hommes ayant déjà ou ayant établi, à mesure de l’évolution divers liens
(économiques, culturelles, matrimoniaux etc.), la communauté de langue, des traits de
cultures et de mode de vie commune (assez souvent la communauté de religion), un certain
27
nombre de valeurs sociales et de traditions communes et assez mélangés du point de vue des
composantes raciales nettement distinctes auparavant.
Pour lui, les indices essentiels de l’ethnie sont l’auto-conscience ethnique, la langue maternelle et
le territoire, les particularités du psychisme, de la culture et du mode de vie. Cette définition
parait plus fournie et délimite les contours du terme dans la mesure où son auteur fait référence à
un territoire déterminé alors que dans le contexte africain, on ne peut confiner ni réduire une
ethnie ou une communauté ethnique à un territoire propre à elle.
Si selon le lexique de science politique (4éd), l’ethnicité est la « dynamique de production des
identités faisant de l’attachement à un groupe ethnique l’élément prioritaire de la définition de
soi, des individus, ainsi qu’un principe essentiel de l’organisation de la société », ces critères
s’appuient le plus souvent sur des distinctions tirées de l’histoire, des traditions, de la langue, de
la religion, et des affiliations culturelles, plus rarement sur la recherche d’hypothétiques
différences biologiques.
Lombard J., pour sa part dans « l’introduction à l’ethnologie », le mot ¨ethnie¨ désigne « un
groupement d’individus partageant une même culture, parlant généralement la même langue et
ayant conscience de participer à une même identité collective ». Cette définition parait plus claire
mais pour son auteur, elle se confond à tort au terme de ¨tribu¨ qui ne correspond pas toujours.
Même si cette dernière désigne aussi « un groupement d’individus partageant la même culture et
aussi parlant généralement la même langue et occupant un territoire propre », il est proche du
mot ¨ethnie¨ mais n’indique pas la même chose. L’idée du territoire les différencie beaucoup.
Pour l’auteur, cette disparité se fait encore plus remarquer dans les sociétés pastorales ou la tribu
peut être une fraction de l’ethnie.
Pour le sociologue camerounais N’Same Mbongo (39-40), il y a ressemblance entre les deux
termes et l’exprime comme suit :
La tribu représente un groupe ethnique dans lequel la parenté, les hiérarchies selon l’âge, la
naissance, la descendance familiale, etc., les droits fonciers collectifs et une faible
intégration de personnes étrangères notamment, forment l’ossature de la société et qui, à
l’inverse du clan, pratique le mariage entre les membres des divers clans exogames, ceci en
l’absence de classes sociales nettement différenciées ou d’un dispositif d’un Etat achevé.
La particularité de cette définition est qu’elle met en avant le caractère ``xénophobe`` des
membres une tribu ou ethnie. Bayart J-F., (2006 : 67) pour sa part établit le même caractère
xénophobe entre l’ethnicité et le tribalisme qu’il définit comme étant « une mauvaise ligne de
28
pensée et d’action qui consiste à chercher avant tout l’intérêt des égoïstes de sa propre tribu et
de son clan ». Ceci montre que le tribaliste est plus ou moins conscient et pense que les hommes
de son clan ou de sa tribu sont supérieurs aux autres et donc ces derniers doivent les obéir et les
servir.
Il ressort finalement que ce qui caractérise une ethnie est donc la somme de valeurs héritées (un
territoire, une histoire, une culture, une langue) que possèdent, en plus ou moins une grande
partie, tous les membres du groupe ethnique. A l’analyse, aujourd’hui, l’ethnie est conçue comme
une forme de solidarité fondée sur les rapports de parenté historique ou mythique, réelle ou
fictive, mais, bien plus encore, sur le partage de la même culture par l’usage de la même langue
(Ngalasso-Mwatha M., 2016 :21).
B- LE DOSAGE ETHNIQUE
Le terme de « dosage ethnique » varie en fonction des auteurs et des pays surtout africains. Au
Togo, ce terme a été utilisé pour la première fois par juriste Togolais, Yagla O., (1978), qui
désignait le dosage ethnique sous le terme de « panachage ». Appliqué par le général Eyadema
dès son ascension au pouvoir, le panachage se résumait en ces termes : « si, dans les services, le
directeur est du Sud, il doit s’adjoindre un sous-directeur du Nord » (Yagla O., 1978). Selon
l’auteur, cette pratique visait à lutter contre « le féodalisme dans les services publics … »,
(1978 :143).
Pour Ahadzi-Nonou K., un autre juriste Togolais, le dosage ethnique s’apparente à un procédé en
vogue dans la répartition des postes politiques à grande responsabilité tels l’économie, le
politique, l’administration, sécuritaire en tenant compte du poids démographique, économique et
politique de chaque groupe ethnique ou tribal dans une société multiethnique où la prégnance des
appartenance ethniques est prononcée et poussée (Ahadzi-Nonou 2011 : 19). Il poursuit en faisant
remarquer que cette pratique est privilégiée dans tous les pays africains situés au sud Sahara dans
le but de conférer une plus grande représentativité au régime, consolidant et renforçant ainsi
stabilité. Ahadzi-Nonou (2011 : 11), pour illustrer cette démonstration, donne l’exemple de son
pays le Togo et de son voisin de l’Est, le Bénin. Parlant du premier, il démontre que le Togo,
entre 1967 et 1991, le chef de l’Etat27 étant du Nord, le président de l’Assemblée nationale
provenait systématique du Sud depuis 1980 sous la troisième République. Avec la création d’un
poste de premier ministre en 1991, son titulaire est désigné parmi les élites du Sud. L’équilibre
27
En la personne du général Gnassingbé Eyadema depuis 1967.
29
ethnique se trouve alors renforcé par une présidence de la République assurée par un fils de la
région septentrionale du pays tandis que la primature est aux ordres d’un des leaders de la partie
australe du pays. Le second exemple porte sur l’ex-Dahomey devenu la République populaire du
Bénin en 1975. De ce côté, pour endiguer la fréquence des coûts d’Etat militaires dans le pays,
les protagonistes avaient mis en place en 1970 un triumvirat de conseil présidentiel composé des
chefs des trois principaux partis politiques du pays qui représentaient en même temps les grands
groupes ethniques. Il est à noter que cette décision fut prise à l’unanimité et la présidence était
rotatoire tous les deux (02) ans. Mais cette situation ne fit pas long feu puisqu’un autre coup
d’Etat l’a interrompu en 1972.
Au Gabon, Nfoule M’ba F., (2011 :284) parle de « partage géoethnique », de la « géopolitique
gabonaise » ou encore le « partage socio-régional » pour aborder le recrutement et la promotion
des hauts fonctionnaires dans l’administration publique gabonaise.
Au Burkina Faso, pays limitrophe du Togo, on parle de « cousinage » pour désigner le même
phénomène H. Coulibaly H. et Bazié B., (2021 :125).
A l’analyse, cette recherche emploiera des différents concepts pour lire le dosage ethnique ou la
géopolitique togolaise à la façon de Nabe B., (2016 :171), pour qui la « géopolitique togolaise »
s’apparente au dosage ethnique et qu’il décrit comme étant :
Ce principe, non écrit mais appliqué lors des nominations aux postes de responsabilités
politique, administrative, financière et économique qui tienne compte de l’origine ethno-
régionale du nommé (ou des nommés) en vue d’un certain équilibre régional ou d’une
cohésion nationale devant favoriser l’unité et la réconciliation nationale.
C- LE POUVOIR POLITIQUE
Le concept de pouvoir politique est une expression formée de deux termes qui sont « pouvoir » et
« politique ». En effet, le lexique de science politique (4éd), définit dans un premier temps le
pouvoir comme une « relation asymétrique par laquelle un acteur social (un individu, un groupe,
une classe sociale, une institution) obtient d’autres acteurs des comportements qu’ils n’auraient
pas obtenus spontanément. Elle suppose la coercition (2017 : 478) ». Dans un second temps,
dans une perspective institutionnelle, cette notion est utilisée pour désigner « d’une manière
générale, les individus et les groupes qui contrôlent les institutions politiques, c’est-à-dire
l’appareil d’Etat ». Cette conception suppose de porter attention à l’activité des élites politiques
et administratives.
30
Pour Weber M.,28 (1922), particulièrement attentif aux phénomènes de domination, le pouvoir est
comme « toute chance de faire triompher au sein d’une relation sociale sa propre volonté ;
même contre la résistance d’autrui ». Bacchler J., (1978) soulignera plus tard que cette définition
est vague et s’apparente au pouvoir pur. Il le démontre par une série d’exemple : le chef d’État
qui impose un nouvel impôt ou décide de la grâce d’un prisonnier ; le gendarme qui arrête le
conducteur en excès de vitesse ; la mère qui envoie son enfant au lit et lui interdit de regarder la
télévision ; le chef d’entreprise qui donne des directives à ses employés ; le professeur qui dicte
ses devoirs aux étudiants ; et même le maître-chien qui commande son animal. De cette simple
série d’exemples, il est déjà possible de tirer quelques conclusions importantes. Le pouvoir ne
relève pas que du politique, on le trouve partout : dans l’entreprise, dans la famille, à l’école, dans
les bandes ; le pouvoir n’est pas seulement un « état », un statut, une sorte de capital détenu par
une personne, il se construit dans une relation où la force de l’un dépend de la résistance d’autrui.
La politique dans le lexique de science politique (4éd) est un « terme générique désignant tout ce
qui a trait au gouvernement de la société dans son ensemble (2017 : 462) ». Par ailleurs, elle
renvoie aux principes fondamentaux justifiant l’existence d’un mode de gouvernement, à
l’organisation du pouvoir dans la société, à la manière de gouverner, aux formes de la
compétition pour le pouvoir et, enfin, aux actions programmées et mises en œuvre pour réaliser
des objectifs collectifs. Malgré le caractère flou du terme, il est possible d’opérer une distinction
entre le politique, la politique et les politiques.
Cette distinction est plus clairement effective dans la langue anglaise : polity, politics, policies.
Le politique (polity en anglais) désigne l’espace social différencié ou s’expriment et ou sont
régulés les conflits dans le cadre d’un pouvoir de gouvernement reposant sur le monopole de la
coercition physique légitime sur une population et un territoire donné. Définie au féminin, la
politique (politics) désigne l’ensemble des activités spécialisées investies par des forces et des
acteurs en compétition, à l’intérieur d’un Etat ou dans les relations internationales, pour participer
à l’exercice du pouvoir de gouvernement ou tenter de l’influer dans un sens déterminé. En
dernière position, les politiques (policies) sont l’ensemble des actions mises en œuvre par les
gouvernements, au nom de l’ensemble de la société et en vue d’atteindre un objectif général
répondant à un problème ou enjeu public.
Dans le cadre de la présente étude, il sera pris en compte que la définition du mot politique au
féminin au sens de Dusseh R., pour qui « la politique est conçue et vécue comme une compétition
28
Economie et société, 1922.
31
entre les différents segments de base de la société pour l’allocation des ressources nationales ».
L’expression pouvoir politique concerne selon le lexique de science politique, les « relations
coercitives s’exerçant au nom des affaires collectives ». Elle s’appuie le plus souvent sur une
conception du bien commun. Il suppose l’existence d’une forme de gouvernement et s’exerce
dans le cadre d’un territoire et sur une population donnée.
D- LA GOUVERNANCE
Cette notion est en vogue de 1990. Elle cherche à montrer que les dynamiques de gouvernement
et de régulation sociale ont changé par l’effet de la mondialisation, des changements sociaux et
d’une perception nouvelle du pouvoir politique. En effet, avant de s’imposer en sociologie
politique, l’expression apparait d’abord dans les travaux d’économistes et de sociologues
soucieux de décrire comment se gèrent les organismes internationales (FMI, la Banque mondiale
du commerce et l’Union européenne) ou les firmes privées.
Pour Dusseh R., (2008 : 136), l’origine historique du terme gouvernance : « remonte aux
tentatives effectuées au XVIIe et ensuite au XVIIIe siècle pour résoudre les conflits qui avaient
éclaté entre les Etats européens, en l’occurrence l’Espagne, la France et la Grande-Bretagne qui
possédaient des empires outre-mer depuis le XVIe siècle ».
La notion de gouvernance d’une manière générale, tend à relativiser le modèle classique de
gouvernement qui est fondé sur la pyramide hiérarchique (Lascoumes P., Le Galès P., 2007)29.
Elle désigne le plus souvent des formes contemporaines de régulations collectives qui se
développe sur la base de relations entre acteurs publics et privés, et dans des cadres
institutionnels et territoriaux pluriels, plus ouverts et plus instables (Nay O., 2017 :266)30. De ce
fait, on oppose souvent la notion de gouvernance à celle de gouvernement, qui paraît
historiquement attachée à l’idée d’un pouvoir centralisé et monopolisé par l’Etat dans un cadre
national31. Mais s’agissant de la gouvernance politique, une attention particulière est portée sur
deux (2) éléments que sont le territoire et la liberté d’agir. Le premier désigne un espace
géographique car le pouvoir politique s’exerce sur un espace délimité par des frontières et le
second, une autonomie dans l’exercice du pouvoir pour la cohabitation avec les pouvoirs infra,
para ou supra étatiques.
Au-delà de son caractère descriptif, la notion de gouvernance a également parfois une tonalité
29
LASCOUMES P., LE GALÈS P., (2007), Sociologie de l’action publique, Paris, A. Colin.
30
NAY O., (dir.), 2017, Lexique de science politique, 4e édition, Paris, Dalloz.
31
Idem.
32
normative, c’est-à-dire qu’en insistant sur la nécessaire dissociation entre la régulation collective
et les activités de l’Etat, elle peut être utilisée pour entretenir l’idée d’un retrait de l’Etat au profit
des acteurs32.
32
Idem.
33
Des auteurs se trouvent alors opposer. Certains pensent que la multiculturalité de l’Afrique
explique sa progression lente par rapport aux autres continents à l’instar de Dusseh R., (2008 :
66) qui va jusqu’à se demander « si cette richesse culturelle du Togo ne constitue pas une
malédiction plutôt qu’une bénédiction dans le sens où elle est constamment remise en cause et
constante au cœur des conflits ». D’autres pensent que cet élément est trop vieux dans les débats
pour être encore d’actualité au XXIe siècle.
34
long de cette recherche mais tel n’est pas le but de cette recherche. S’inscrivant dans la même
logique, Dusseh R., (2003 :53) atteste que la société togolaise est multiethnique comme presque
toutes les sociétés du monde. Il n’y a alors aucune honte à l’avouer. Ce que Lijphart A., (1988 :
1-2)33 trouve normale lorsqu’il écrit que « tous les pays du monde appartiennent à la catégorie
multiethnique ». Loin de faire l’historique de l’ethnie dans la constitution des Etats, Chrétien J-
C., résume que : « on peut dresser la liste des Etats africains, pas celle des ethnies ». Dresser la
liste constitutive des ethnies d’un pays s’avère chimérique compte tenu des difficultés liées entre
autres au nombre et aux critères. Il convient alors de tourner le regard sur le lien qui existe entre
les crises africaines et la diversité culturelle.
33
Arendt Lijphart, (1988), the “ power-sharing approach“, Center for study of foreign affairs, foreign service
institute, U. S. Departement of state.
35
République Centrafricaine que : « le conflit n’a jamais été religieux, puisque personne n’avait
d’agenda concernant la religion, mais il renvoyait à des tensions intercommunautaires dont la
classe politique s’est globalement refusée à faire l’analyse jusqu’aujourd’hui ». Tous relient
l’origine du conflit sur le continent aux disparités ethniques. C’est ce que rappelle Chrétien J-P et
Prunier (2003) en disant que dès qu'il s’agit de l’Afrique, les conflits sont toujours qualifiés
d’« ethniques ».
Multiples sont les fléaux auxquels les divisions ethniques ouvrent la voie. Toutes les haines
notamment les haines ethniques sont dues à l’ignorance et le chômage de masse, souvent attisées
et organisées par les mouvements politiques (Brunel S.,2004 :19). Se basant sur l’exemple des
génocides rwandais et burundais, Chrétien J-P., (1997) qualifie de « cancer ethnique » toutes les
formes de conflits à base ethnique qu’ont traversé ces pays de façon répétitive. Ce cancer s’est
tellement étendu à tel enseigne qu’il continue d’être toujours source de crise.
De toute évidence, le fait ethnique reste un facteur non négligeable dans les crises qui secouent
l’Afrique depuis les indépendances. Il continu dans la mesure où il sert de ``bouclier`` pour les
hommes politiques.
34
Tancrède dans le Guépard repris par J-F Bayart, (2006), l’Etat en Afrique, la politique du ventre, Paris, Fayard.
36
« Le défi de l’ethnisme », il pointe du doigt le rôle joué par les colons Blancs (Allemands et
Belges) dans le but ultime d’accentuer la division ethnique35.
Cette pratique discriminatoire a été construite à des fins instrumentalistes permettant aux
colonisateurs d’asseoir leurs dominations. Cet état de chose atteste que durant la colonisation,
seules les populations d’une ethnie donnée pouvaient bénéficier des bourses d’études afin d’aller
à l’« école du Blanc » pour former plus tard l’élite. « Ainsi, au Rwanda et au Burundi, seuls les
Tutsis étaient scolarisés » (Brunel S., 2004 :93). Il a été ainsi un peu partout sur le continent ou
par exemple, au Togo à l’époque, où seules les populations du littoral étaient privilégiées. Pour
Amouzou E., (2009 :28), en parlant des colonisateurs, il écrit que « leurs manœuvres constituent
en une instrumentalisation des diversités ethniques ». Il fait comprendre que la colonisation avait
marginalisé les populations de l’hinterland, lors des indépendances, ces régions vont se dresser
contre celles du littoral dans le but de faire venir à la tête des nouveaux Etats africains des
dirigeants fantoches afin de perpétuer l’hégémonie coloniale des métropoles.
Le fait ethnique est présent aujourd’hui plus que jamais dans les débats. Il y a donc une
« résurgence de l’ethnicité » (Brunel S., 2003 :97). Cette problématique est beaucoup plus
remarquée à l’approche des élections et surtout dans les périodes électorales. Elle se caractérise
alors d’une part par une ruée des hommes politiques du parti au pouvoir vers leurs populations en
usant des discours et des réalisations pour leur faire renouveler leur mandat ; Dusseh R., parle
de : « tendances favorables à la monopolisation du pouvoir par une seule personne » et du
« clientélisme36 » (2008 : 63-66). D’autre part, les manœuvres à caractère ethnique sert aussi de
bouclier aux partis de l’opposition pour contester les résultats des urnes, incitant au passage les
communautés les unes contre les autres, oubliant qu’elles forment un ensemble sur un même
territoire.
Toute observation faite, il ressort qu’il y a vraiment une « résurgence ethnique » en Afrique en
général et particulièrement au Togo car les faits démontrent à suffisance que : que ce soit dans les
nominations aux postes à responsabilités, dans les campagnes électorales, la contestation ou dans
la vie sociale, le critère ethnie apparait toujours et de façon volontaire ou pas. Il se trouve alors
35
Ainsi prétextant rétablir la coutume dans sa pureté primitive, l’administration belge sélectionne de plus en plus
exclusivement dans les années 1940-1950, les fils de Tutsis pour l’entrée à l’école d’Astrida (seul établissement
secondaire autre que les séminaires où sont formés alors les futurs cadres des deux pays que sont le Rwanda et le
Burundi). Pour Chrétien, « plus de trois quarts des élèves Rwandais recrutés entre 1932 et 1957 sont Tutsis ».
36
Dusseh R., (2008), « le clientélisme désigne une foule anonyme de fanatiques, de thuriféraires, de nécessiteux à la
solde d’un leader, dont dépendant à la fois leur carrière, leur fortune et leur vie. (…), pour le client, le pouvoir
signifie l’argent et la liberté d’en jouir sans entrave, plaisir de commander et de faire trembler à son tour les autres
considérés comme plus petits que soi ».
37
que c’est devenu comme un réflexe dans les comportements.
37
Lexique de science politique (4è ed), 2017, p.153.
38
Cet accord a eu lieu en Tanzanie en juillet 1992.
39
Luc Sindjoun, « la démocratie est-elle soluble dans le pluralisme culturel ? Eléments pour une discussion politiste
de la démocratie dans les sociétés plurales », dans Dominique Darbon (dir) (2000), L’Afrique politique, Karthale,
Paris. Cet article été réalisé à la demande de la Francophonie pour servir d’introduction inaugurale au colloque
internationale Francophonie-Commonwealth : ‘’Démocratie et sociétés plurielles’’, janvier 2000.
38
alors qu’une situation de coexistence est plus profitable que la destruction mutuelle (Dahl R. et
Sindjoun L.).
De toute évidence, la politique du dosage ethnique ou de l’équilibre régionale est devenue
monnaie courante en Afrique depuis le départ des colons Blancs. Elle fait partie intégrante de la
démocratie au sens africain même s’il n’est pas léger de faire une distinction entre la démocratie
d’ici et d’ailleurs.
Pour Bayart J-F., (2006), l’Etat en Afrique fonctionne comme un rhizome. Il parle de « l’Etat
40
Terme utilisé par Coulibaly L., et Bazié B., (2021) pour désigner la tendance des populations à voter pour un frère
ou fils issu de la même région que ces dernières. Ici, ce terme est employé pour désigner les penchants qu’ont les
hommes politiques africains à promouvoir et à privilégier leurs frères et sœurs du même ethnie.
41
Pour certains auteurs comme Mehler et Da Cruz, la ‘’douceur’’ du coup de Kolingba contre Dacko est une
manifestation entre peuples riverains du sud, contre les peuples des savanes du nord, au nom desquels Patassé
risquait de prendre le pouvoir. Kolingba à son tour dont l’ethnie représentait aussi moins de 5% de la population,
installa aux leviers du pouvoir ses confrères de l’ethnie Yakoma. Plus tard en 1993, quand le vent tourna en faveur
de Patassé avec sa victoire électorale, les Yakoma comptaient plus de 2/3 des effectifs de l’armée.
39
rhizome ». A titre d’illustration, l’exemple du président Nguesso D., qui, talonné par les factions
politico-militaires du parti, verrouille le système congolais par le truchement familial : en 1984,
l’ambassadeur en poste à Paris était un oncle, le directeur de cabinet de la présidence de la
République et plusieurs ministres étaient eux aussi des parents, le commissaire politique de
Hydro-Congo, la société nationale d’hydrocarbures étaient ses frères. Des leaders comme
Nkrumah K., Houphouët-Boigny F., Ahidjo A., Touré S., ou le Maréchal Mobutu n’ont pas régné
autrement (Bayart J-F., 2006 : 272).
Somme toute, le privilège accordé par les chefs aux membres de leur propre ethnie ne facilite pas
l’installation et l’épanouissement d’un sentiment de fierté nationale. Mais au contraire, ces
dispositions légitime à l’unanimité le fait que l’un des plus grands inconvénients de la
mobilisation ethnique est donc la difficulté de renfermer la boîte de pandore (ibid.).
40
semble avoir le vent en poupe puisque selon Mbuyinga E., (1989), cette géopolitique cache une
arnaque doublée de tricherie. Se reposant sur l’exemple du président Biya, il écrit :
Biya nomme à la tête de la quasi-totalité des banques et compagnies d’assurances du pays,
ses frères d’ethnies : Messi par ci, Nfoumou par-là, et Tsala et Atangana et encore Mvondo,
et encore Engo etc… alors une délégation de Maka ou Bakwéri ‘’rentre en colère’’ parce
qu’on n’a pas nommé un cadre valable de son ethnie. On le répondra que c’est tout
simplement qu’on visait uniquement l’intérêt supérieur de la nation.
On voit alors que les nominations sont parfois aux antipodes du discours sur l’unité nationale. Par
contre dans la réalité, cette pratique occasionne des frustrations et laisse dans certaines entités le
sentiment d’avoir été lésées par le système. Et quand on examine minutieusement le procès que
Pokam K.42, fait à la pratique du dosage ethnique ou de l’équilibre tribo-régional, on s’aperçoit
que ce qui l’indispose est le fait qu’on laisse les « compétents » de côté pour recruter des non-
compétents, des non-méritants à cause de « la politique de l’équilibre régional prônée par
Ahmadou Ahidjo ». Il conclut à cet effet que : « tel citoyen se voit attribuer tels privilèges, par
exemple, telles fonctions politiques, administratives, para-administratives, voire même privées,
non pas fondamentalement en raison de sa compétence ou de ses capacités intellectuelles, mais
plutôt de son appartenance ethnique ». Il y a là, une promotion de la médiocrité au détriment de
la méritocratie. Pour Mbonda (2009 :58) :
L’idéale est de combiner l’exigence de représentation symbolique avec l’exigence de
l’efficacité et de la compétence, qui demeure essentielle après tout. La santé publique ne peut
pas faire prévaloir l’intérêt de la représentation des groupes sur celui de la qualité des
médecins et des techniciens de la santé, même s’il est souhaitable que le corps de la santé
soit représentatif des différents groupes ethniques de la société.
Il est à remarquer que certaines nominations sont dépourvues de compétences. Ce qui contribue à
développer une conscience chauvine, négative dans la plupart des ethnies (si non dans toutes)
(Mbuyinga E., 1989). Dans ce même sillage, Bayart J-F., (2006 :85) conclut que l’ethnicité est un
« chenal par lequel est revendiqué la redistribution aussi bien qu’un instrument
d’accumulation ». Il illustre cette idée en prenant appui sur l’exemple du président camerounais
Paul Biya. En effet, un notable de village chante des éloges du président pour avoir nommé un
fils de son village au poste de chef du cabinet de Président de la République. Portant ainsi à deux
le nombre de ses fils siégeant au gouvernement. Or un an auparavant, rapporte Bayart J-F., M.
Biya avait souligné à l’occasion d’un remaniement que les ministres « ne sont pas et ne sauraient
42
Pokam K., la problématique de l’unité nationale au Cameroun, collection points de vue.
41
être des mandataires d’une tribu, les représentants d’un département ou d’une province ». Au-
delà du caractère redistributeur de cette nomination apparait un discours qui va à son encontre.
43
Ce terme a été forgé par le politiste arend Lijphart, alliant « consensus » et « association », pour désigner les
régimes démocratiques qui font une place particulière à différentes communautés religieuses ou linguistiques, en
droit ou par convention. L’idée de Lijphart consistait à montrer que le pluralisme élevé d’une société n’était pas
nécessairement un facteur d’éclatement politique grâce à l’existence de mécanismes institutionnels facilitant une
relative intégration des élites.
42
à faire appel à deux théories (02) théories : la théorie de l’analyse stratégique de Michel Crozier
et Ehrard Friedberg et les théories constructivistes. Pour ces auteurs, les faits qui sont à la base
des problèmes sociaux sont indissociables des acteurs qui en sont à l’origine.
43
➢ Tout comportement humain est actif dans la mesure où il est le résultat de choix.
Les postulats de l'analyse stratégique est sous-tendue par 4 idées essentielles ayant valeur de
postulats :
➢ L'organisation n'est pas un phénomène naturel mais un construit social. Elle est un
rassemblement artificiel d'individus autour d'objectifs prédéfinis. C'est donc un artefact.
➢ Les individus disposent toujours d'une marge d'autonomie quels que soit leur statut ou
leur position, si modestes soient-ils.
➢ Les hommes n'acceptent jamais d'être traités comme des moyens au service de buts que
les organisateurs fixent à l'organisation. Ils vont utiliser leur marge d'autonomie pour
interpréter, en fonction de leurs objectifs propres, qui peuvent différer de ceux de
l'organisation, le rôle qui leur est fixé. En ce sens, les membres sont des acteurs, libres de
jouer leur rôle, dans un cadre toutefois contraint par les règles organisationnelles. Leurs
objectifs sont souvent diffus, parcellaires, imprécis, mouvants. Ils sont réajustés en
permanence en fonction notamment des ressources et des contraintes perçues, qui sont
elles-mêmes changeantes.
➢ Les stratégies mises en œuvre pour satisfaire les objectifs sont toujours rationnelles mais
d'une rationalité limitée et contingente. Rationalité « limitée » car les individus sont dans
l'incapacité de choisir la solution optimale. En effet, même s'il disposait de l'ensemble des
données lui permettant de choisir la meilleure solution, le cerveau humain est dans
l'incapacité d'analyser l'ensemble des solutions et leurs conséquences. Aussi les individus
s'arrêtent-ils à la solution qui leur semble le moins mauvais compte tenu des stratégies des
autres et des contraintes de l'environnement. Les stratégies, offensives ou défensives,
souvent inconscientes, génèrent des comportements peu prévisibles puisque dictés par
l'ensemble de ces éléments très fluctuants.
Pour un tiers, les comportements des acteurs peuvent souvent sembler incompréhensibles,
irrationnels voire aberrants alors qu'ils sont toujours rationnels du point de vue de l'acteur qui les
met en œuvre. Cette théorie part des motivations et des actions de l'acteur pour comprendre son
système.
44
politique, dénote une contestation des postulats strictement matérialistes ou individualistes,
supposée permettre de mieux comprendre les changements observés dans la politique. Le «
constructivisme » est né et s’est développé dans d’autres disciplines que la science politique :
essentiellement la sociologie, la philosophie et l’anthropologie. Il met en relation la production et
la reproduction des pratiques sociales avec leur caractère situé dans des contextes particuliers :
historique, politique, économique, géographique. Il souligne aussi la nécessité de contextualiser
historiquement les valeurs, les croyances et les modes d’investigation et, en particulier en
philosophie, la formulation de ce qui est le « bien ».
En sociologie politique44, ce concept désigne un ensemble de théories soulignant la dimension
construite du monde social, qui n’est pas une réalité objective indépendante des catégories, des
institutions et des représentations qui le saisissent, le constituent et le consolident. Il trouve une
partie de ses origines dans des traditions philosophiques de Kant E., pour lequel la connaissance
d’un phénomène résulte d’une construction par le sujet, acteur de la connaissance. Husserl E. en
phénoménologie, Bachelard G. en épistémologie, Piaget J. en linguistique sont également
associés à l’histoire du constructivisme. L’ouvrage de sociologie de la connaissance de Berger P.
et Luckmann T., La construction sociale de la réalité (1966), a joué un rôle majeur dans la
diffusion de la pensée constructiviste. Les auteurs envisagent la société comme une réalité dont
les dimensions subjectives et objectives sont intrinsèquement mêlées. Ils encouragent à porter
attention aux processus d’institutionnalisation, de légitimation et d’intériorisation de la société.
Toutefois en France, Bourdieu P., promoteur de cette théorie dite de « constructivisme
structuraliste » dans sa sociologie, estime qu’il existe dans toutes les sociétés, des structures
sociales objectives, indépendantes de la conscience, qui exercent une contrainte sur les individus.
Dans le même temps, elle reconnait l’importance de la construction des perceptions et des
pensées, par la voie de la socialisation, dans l’explication des conduites sociales. Le
constructivisme est aussi héritier de Marx K., lorsqu’il affirme que c’est l’existence sociale qui
détermine la conscience des individus, et non la conscience qui détermine l’existence. Alors le
constructivisme ne consiste donc pas à affirmer que la réalité sociale se rapporterait simplement à
une réalité subjective ; il rend compte des processus d’objectivation du monde social dans des
formes pratiques et des systèmes symboliques plus ou moins stabilisés.
44
Olivier Nay (dir), Lexique de science politique, (2017), 4è édition.
45
C- ELABORATION DE CADRE THEORIQUE DE REFERENCE
Ce qui constitue une loupe pour le chercheur est la référence du cadre théorique. Il doit alors voir
que ce que sa loupe lui permet de voir. La référence théorique montre au chercheur sous quel
angle et comment appréhender un phénomène. Le thème de cette recherche, peut s'expliquer à
partir de la théorie de l’acteur stratégique de Crozier et Friedberg et les théories constructivistes.
En effet, il y a une fracture du tissu social qui secoue la société togolaise dans son ensemble. Le
ressentiment que traduit des souvenirs douloureux gardés des injures et blessures, avec le désir de
s’en venger, explique en partie cette scission Sud et nord. Le fait que les populations
septentrionales du Togo ont été sous représentées dans l’administration du pays à forger un
sentiment d’infériorité que les élites de ces régions n’ont pas digéré et a représenté un défi majeur
qu’il faut gagner à tout prix. De l’autre côté, dans le Sud, les populations ont développé un
sentiment de supériorité qu’il faille maintenir. Au fil des années et des gouvernements, la
tendance a changé. Le complexe de supériorité et d’infériorité a pris le pas sur l’unité nationale.
Cette tendance a pris un coup et sa reconstruction fait toujours les grands titres dans le pays.
La théorie de Crozier et de Friedberg, est une référence sur laquelle peut suffisamment s’appuyer
cette recherche pour expliquer les attitudes et les choix lors des nominations. Par cette théorie,
l’analyse sera portée sur l’agir stratégique des acteurs dans les nominations administratives au
Togo. Cette théorie permettra d’étudier dans cette étude, les stratégies mises en place lors de la
formation de la classe dirigeante depuis 2005.
D’un autre côté, les théories constructivistes serviront de guide pour pouvoir analyser la gestion
de la constitution de l’administration togolaise. Cette théorie trace un chemin qu’emprunte les
politiques afin de répondre aux exigences sociales. Elle va aider à analyser le processus de
construit social. Son intérêt réside dans l’explication des actions entreprises à l’échelle nationale
pour faire régner l'ordre et la paix d’une part et d’autre part, dans les choix, des motivations et des
actions des acteurs.
Appréhendées comme tel, ces deux (2) théories sont toutes pertinentes par rapport à la présente
recherche dans la mesure où elles permettront de comprendre et d'expliquer comment le dosage
ethnique est fait dans les nominations administratives pour garantir la cohésion sociale sur toute
l’étendue de l’espace togolais.
46
TROISIEME CHAPITRE :
CADRE PHYSIQUE ET
METHODOLOGIQUE
Ce chapitre présente l’espace géographie d’abord de façon générale puis particulière dont il est
question dans cette étude. Il aborde aussi la question méthodologique dans tout son aspect.
X- DESCRIPTION DU MILIEU
Étiré sur 600 km du nord au sud, depuis le Burkina jusqu'au golfe de Guinée, le Togo forme un
couloir étroit, large seulement d'une centaine de kilomètres, entre le Ghana et le Bénin avec une
superficie de 56.600 km2. Il est l’un des pays les plus pays petits de l’Afrique de l’ouest.
Situé entre le 6° et le 11°degré de latitude nord et entre le 0° et le 1,6°de longitude ouest, le Togo
a la forme d’un rectangle allongé. Il relie l’océan Atlantique à l’Afrique sahélienne en une étroite
bande de terre de 600km de long du sud au nord, sur une largeur est-ouest variant entre 50km (à
la côte) et 150km (dans la région centrale). La forme étirée du territoire lui offre une forte
diversité naturelle et humaine. Le Togo concentre à lui seul toutes les variations physiques et
ethnographiques de l’Afrique de l’ouest qui se manifeste par :
▪ Un relief, constitué principalement d’une chaîne de montagne (les monts Togo, du sud-
ouest au nord-est), bordée de part et d’autre de plaines avec une côte sablonneuse.
▪ Un climat subéquatorial de deux saisons des pluies et deux saisons sèches au sud et un
climat subsahélien au nord avec une saison des pluies et une saison sèche.
▪ Une flore très diversifiée, constituée de la savane herbeuse et de la forêt claire avec des
espèces dominantes comme l’iroko, l’acajou, le teck, le samba, la mangrove, le baobab, le
kapokier, le rônier, le néré, le karité, etc.
▪ Une faune caractérisée par une variété d’oiseaux, de reptiles, de singes, de petits gibiers,
de grands mammifères, etc.
▪ Des cours d’eau transfrontaliers comme le Mono et l’Oti.
▪ Des cours d’eau intérieurs comme le Zio, le Haho, la Kara, le Koumongou, la Kéran.
▪ Des cascades (Akloa, Ayomé, Kpimé).
▪ Une population d’une quarantaine d’ethnies aux origines et aux cultures diverses qui
s’interpénètrent et s’enrichissent les unes les autres du nord au sud.
47
Estimée à 8.095.498 d’habitants45, la population du Togo se caractérise par son dynamisme
démographique, avec un taux d'accroissement naturel de 2,3 % par année, sa grande jeunesse
(43% des Togolais ont moins de 15 ans) et son inégale distribution spatiale. La densité de
peuplement au niveau national est de 143 habitants par km2. Elle est particulièrement forte dans
le Sud où elle dépasse 200 habitants par km2.
Au rang de ses atouts majeurs, le port autonome de Lomé est assez actif et accueille une zone
franche industrielle. Le Nord et Sud s'opposent de par leurs langues ainsi que leur passé
historique et politique.
A- ENQUETE
L’enquête est une technique de collecte d’informations. Dans le présent travail, elle diffère d’une
enquête policière ou journalistique. Ici, elle est la quête d’information obtenue par interrogation
systématique des sujets, d’une population déterminée afin de décrire, de comparer ou d’expliquer
un phénomène social. Dans ce travail, l’enquête a pris forme en partant de l’enquête exploratoire.
1- Enquête exploratoire
L’enquête constitue la base sur laquelle repose l’étude entière. Elle permet de lancer la recherche
proprement dite en vérifiant à travers elle si le thème et la problématique sont en correspondance
avec le terrain. Dans le souci de mener à bien cette enquête qui se veut scientifique, l’enquête
exploratoire a été menée en deux (2) parties. D’une part, à travers les documents et d’autre part
par la pré-enquête.
2- Enquête documentaire
Le domaine de la science est un domaine très fourni grâce aux travaux scientifiques à savoir des
écrits scientifiques, des recherches universitaires, des colloques internationaux et nationaux qui
ont un but : l'avancement ou le développement et le bien-être de l'humanité. À cet effet, le recours
à la documentation lors d'un travail de recherche est impératif, selon Raymond Quivy et Luc Van
Campenhoudt (2011).
Sur ce thème, il existe un nombre important de travaux. Leur consultation a été très bénéfique
dans la mesure où elle a favorisé la compréhension du sujet dont il est question et en révélant les
axes de la problématique abordé au fil des années par les chercheurs d’un côté et de l’autre, les
45
Résultats définitifs du 5ème Recensement général de population et de l’Habitat (RGPH-5), publiés par l’Institut
National de la Statistique et des Etudes Economiques et Démographiques (INSEED) le 04 avril 2023.
48
axes sur lesquels il faille s’appesantir. Ainsi, l’enquête documentaire a permis de se défaire des
prénotions, des idées préconçues dans la formulation des hypothèses. La consultation de
multiples sources écrites a pour objectif de garantir l'objectivité des faits observés.
Les articles et ouvrages scientifiques, les thèses, les mémoires et les revues de presses en rapport
avec cette recherche proviennent de la Bibliothèque de l'Université de Lomé, de la bibliothèque
nationale, de la médiathèque de l’Institut Français de Lomé et aussi de certains sites internet à
savoir : cairn info, [Link], [Link] et [Link].
L’étude des documents couplée aux recherches faites sur les différents sites internet ont permis la
mise en forme de la problématique. Mais, pour démontrer la réalité, la documentation seule
semble être insuffisante. C’est là que les données primaires sont importantes d'où la pré-enquête.
3- Pré-enquête
La pré-enquête ou enquête pilote, est une enquête portant sur un petit nombre d’enquêtés ou de
documents pour tester les hypothèses et parfois le questionnaire avant d’entreprendre l’enquête
elle-même. Il apparait clair qu’aucune étude scientifique ne peut se faire sans l’effectivité d’une
pré-enquête dûment menée afin d’infirmer ou de confirmer les hypothèses et les objectifs.
Dans le cadre de cette étude, elle a été effectuée auprès d’une dizaine d’étudiants, d’auditeurs de
master à l’Université de Lomé et d’une dizaine de fonctionnaires de la fonction publique
(enseignants et cadres) répartis dans la ville de Lomé, plus précisément dans les quartiers Bè-
kpota et Tokoin. Elle a permis d’ajuster et d’asseoir les hypothèses de cette recherche.
4- Recherche quantitative
La recherche quantitative qui a pour préoccupations essentielles l'objectivité, est un processus
systématique de recueil de données observables et quantifiable, fondées sur l'observation des faits
objectifs et des phénomènes existants indépendants du chercheur. Cette méthode est utilisée pour
la quantification des données, afin de faire ressortir des tendances à base des chiffres qui
infirmeront ou confirmeront des idées. Elle permet de donner une appréciation de l'adéquation de
la pertinence des réalités auxquels ils sont confrontés et la représentation sociale qu'ils en ont.
Elle permet d'évaluer les connaissances, les pratiques et les attitudes des hommes politiques sur
l’échiquier politique en vue de l’atteinte de la cohésion nationale. La méthode quantitative
devient alors importante dans cette analyse dans la mesure où elle permettra d’obtenir des
données quantifiables et d’établir des corrélations entre les différentes variables. Elle sera
49
effectuée par l’administration des questionnaires à une population cible.
5- Description de la population
Aucune recherche en sciences sociales ne peut être valide sans la prise en compte des données
démographiques. Pour N'DA P., (2006 : 101), une population cible est « une collection
d'individus (humains ou non), c'est-à-dire un ensemble d'unités élémentaires (une personne, un
groupe, une ville, un pays) qui partagent des caractéristiques communes précises par un
ensemble de critères ». Définir alors une population cible revient alors à identifier le groupe ou
les groupes à prendre en compte dans le cadre d’une étude. Cette étude a pris pour base première
ou population mère la population Togolaise. Mais dans la difficulté de faire ressortir des données
fiables à travers une enquête exhaustive, cette étude s’est focalisée dans sa collecte de données
dans la ville de Lomé (DAGL) et ses environs.
Etant donné que l’objet de cette recherche est de comprendre la gestion de l’ethnie dans un Etat
pluriethnique en vue de la cohésion, la population cible de cette recherche a tourné autour de la
population de Lomé en grande partie, tous dépassant l’âge de voter.
En effet, Lomé a aujourd’hui une population qu’on peut qualifier de melting pot car cette ville
constitue un creuset culturel et sociologique ou se croise toutes les ethnies du pays. Ainsi, cette
étude a touché toutes les ethnies de manière proportionnelle en prenant en compte leurs cadres
professionnelles (public ou privé), appartenances politiques et points de vue car il existe une forte
représentativité ethnique à Lomé.
6- Echantillonnage
En Sciences sociales, il est utopique de prétendre interroger systématiquement la totalité de la
population. La collecte de données de recherche ne peut guère toucher de façon totale la
population-mère. C’est dans cet ordre d’idée que l’échantillonnage se trouve être de règle. Par
définition, la taille de l’échantillon correspond au nombre de réponses complètes reçues Par
enquête. On parle d’échantillon car cela ne représente qu’une partie du groupe de personnes (ou
population cible) dont l’opinion ou les comportements fait l’objet d’une réflexion.
Pour le compte de cette recherche, il est question de la technique par l'échantillonnage
probabiliste ou aléatoire. Ceci permet de sélectionner de façon aléatoire des éléments d'une
population pour la formation de l'échantillon. C'est une méthode où le concept de « l'égalité de
chance » de faire partie de l'échantillon est présent.
50
Le type d'échantillonnage aléatoire choisi est le stratifié, ce qui permet de subdiviser la
population étudiée en des sous-groupes relativement homogène (Angers M., 1997), puis
proportionnellement à la taille de chaque groupe, on a tiré l'échantillon représentatif de chaque
strate. L’échantillonnage probabiliste stratifié permettra de subdiviser l'ensemble des enquêtés en
différents sous-groupe. En ce sens, le groupe enquêté sera subdivisé selon les catégories
socioprofessionnelles suivant :
- sous-groupe des cadres du public,
- sous-groupe des cadres du privé
Alors l'ensemble des personnes choisies dans chaque sous-groupe constitue l’échantillon final
dans le cadre de cette recherche. L'unité de sondage est l'individu.
La taille de l’échantillon utilisée ici s’est construite par une formule d’échantillonnage. La
recherche a utilisé les données du dernier recensement (RGPH-5) organisé par l’INSEED en
novembre 2022. D’après les chiffres de ce recensement publié en avril 2023, la population réelle
du Togo était de 8 095 498 habitants. La population du Grand Lomé faisait 2 188 376 habitants
dont 1 060 504 de sexe masculin contre 1 127 872 de sexe féminin. On observe là une légère
supériorité numérique du genre féminin.
Dans l’incapacité de pouvoir atteindre et enquêter 8 095 498 personnes sur toute l’étendue du
territoire national, cette étude a mis en place un échantillon représentatif de ce nombre afin
51
d’atteindre les résultats escomptés qui seront par la suite généralisés. Tel est le point de vue
N’DA P., (2006), pour qui à défaut de pouvoir étudier les groupes sociaux dans leur totalité, on se
doit de se contenter de l'échantillon, une population représentative de la population mère qui est
étudiée. C’est dans cet ordre d’idée que cette étude a privilégié la formule statistique de calcul
d’échantillon de Réa Louis M. et all (1997).
Cette formule tient compte de :
- la taille d'échantillon minimale pour l'obtention de résultats significatifs pour un événement et
un niveau de risque fixé,
- la taille de la population cible,
- le niveau de confiance,
- la proportion estimée de la population qui présente la caractéristique,
- la marge d'erreur, généralement fixée entre 1 et 10%.
Cette formule se décline comme suit :
𝑡 2 ×𝑃×(1−𝑃) 𝑡 2 ×𝑃(1−𝑃)×𝑁
𝑛= ou n=
𝑚2 𝑡 2 ×𝑃(1−𝑃)+(𝑁−1)×𝑚2
Elle comprend :
• n : est la taille d'échantillon minimale pour l'obtention de résultats significatifs pour un
événement et un niveau de risque fixé.
• t : représente le Niveau de confiance. La valeur type du niveau de confiance qui est la
proportion de personne qu’on espère répondra effectivement au questionnaire retenu est
de 95%. Cette proportion correspond à la valeur 1,96.
• P : est la Proportion estimée de la population qui présente la caractéristique soit 0,5%.
• m : est la Marge d'erreur d’échantillonnage, généralement fixée entre 1 et 10%, elle est
fixée à 5% dans le cadre de cette étude.
• N : est la Taille de la population cible soit 2 188 376 individus
❖ Calcul de l’échantillon
1,962 ×0,5(1−0,5)×2188376
𝑛=
1,962 ×0,5(1−0,5)+(2188376−1)×0,052
1,9208(0,5)×2188376
𝑛=
1,9208(0,5)+(2188375)×0,0025
52
0,9604×2188376
n=
0,9604+5470,9375
2101715,35
n=
5471,8979
7- Elaboration du questionnaire
La collecte des données dans le cadre d’une enquête quantitative passe par l’élaboration et la
mise à disposition d’un questionnaire. Ce dernier doit être structuré. Dans le cadre de la présente
enquête, le questionnaire qui a servi d’outil de collecte de données à plusieurs étapes dont l’étape
d’identification, l’étape professionnelle, l’étape des compétences et l’étape sur la gouvernance.
53
questionnaire, collectant ainsi de façon directe les données.
Apres cette étape, la totalité des données quantifiables ont été recueillies sur l’application
Kobotoolbox puis transférées dans le logiciel Excel Office d’où elles ont subi des ajustements et
épurations afin de rendre l’analyse faisable. Enfin, les données épurées ont subi un dernier
transfert vers le logiciel SPSS afin de pouvoir en faire sortir les tableaux, des diagrammes et des
figures qui seront interprétés en vue de l’atteinte des objectifs fixés.
Il est de mise de rappeler que cette recherche associe les données quantitatives et qualitatifs. Ce
qui donne lieu à deux méthodes de traitement des données. D’une part, les données issues de
l’administration du questionnaire ont été traitées avec des outils informatiques précités. D’autre
part, les données collectées sur le terrain à travers les entretiens sont quant à elles soumis au biais
de l’analyse du contenu.
9- Analyse qualitative
La méthode qualitative est une forme de recherche qui tente d’obtenir des réponses précises et
approfondies sur ce que pensent ou ressentent les individus. La méthode qualitative est rapide à
mettre en œuvre et nécessite peu de moyens techniques et humains. C’est aussi un ensemble de
techniques d’investigation dont l’usage est très répandu. Son objectif est de donner un aperçu du
comportement et des perceptions des gens et permet d’étudier leurs opinions sur un sujet
particulier, de façon plus approfondie que dans un sondage. Elle a aussi pour but de recueillir des
informations utiles en interrogeant d’une manière non directive un petit nombre d’individus. Les
enquêtes qualitatives sont utilisées dans les sciences sociales et humaines. La méthode
qualitative, contrairement à la méthode quantitative, est une méthode qui s'appuie sur le
raisonnement inductif et est souvent empirique, marquée par l'intersubjectivité. Toutefois, il faut
noter que les méthodes qualitatives et quantitatives se complètent.
Les méthodes de collectes de données les plus courantes utilisées en recherche qualitative sont les
entretiens. Cette recherche qualitative a fait usage de la méthode d’entretien individuel.
56
DEUXIEME PARTIE :
PRESENTATION, INTERPRETATION,
ANALYSE ET DISCUSSION DES DONNEES
57
Comme annoncée dans le titre, cette partie est consacrée à la présentation, l’interprétation,
l’analyse et la discussion des données de l’enquête. Les informations recueillies sur le terrain
dans le cadre de cette recherche sont présentées ici, analysées et discutées. Présentés dans des
tableaux et par des figures, ces résultats issus de différents terrains d’enquête permettront de
vérifier les hypothèses et les objectifs.
En effet, suite à l’énoncé des constats, l’idée de l’existence d’une cohésion sociale est à prendre
avec des pincettes. D’énormes politiques publiques sont orientées dans ce sens afin de créer dans
les populations une solidarité. Dans la mesure où elle existerait, il se trouve qu’elle est très fragile
et fait place à la méfiance et au conflit au moindre problème. Ainsi, pour percer ce mystère, cette
étude aborde la question ethnique sous deux angles différents.
Dans un premier temps, elle veut mettre en évidence la politique de dosage ethnique au sommet
de l’Etat togolais. Il est alors évident que cette politique vise à remplir un ou des objectifs
propres, entre autres, la cohésion sociale. Cette idée servira de canal pour abonder sur le travail
qui sera fait dans la seconde partie. Ainsi, dans un second temps, il sera question de démontrer
toujours à travers les données de terrain si les Togolais voient en la politique de l’équilibre
régionale un moyen de se dire qu’il participe à la gestion du pays à travers l’individu de son
ethnie ou proche de son ethnie qui y est nommé. Cette manière de voir les choses constitue un
facteur majeur de la mise en place d’une cohésion sociale qui serait profitable à l’échelle
nationale.
D’une manière générale, cette deuxième partie du travail sera constituée de plusieurs chapitres.
Les deux premiers seront consacrés à la restitution des données de l’enquête (tableaux et
graphiques), de leur interprétation, analyse et de la vérification des hypothèses de travail. Le
dernier chapitre de cette deuxième partie sera consacré à la discussion des résultats de l’enquête
et à la question de leur généralisation.
58
PREMIER CHAPITRE :
LES NOMINATIONS POLITIQUES ET LA
COHESION SOCIALE
La cohésion sociale est un concept qui fait référence à l'existence d'un lien fort et harmonieux
entre les individus au sein d'une société. Elle se caractérise par des relations sociales positives,
une solidarité, un sentiment d'appartenance et de respect mutuel entre les membres d'une
communauté voire d’une nation. Elle est essentielle pour le bon fonctionnement d'une société, car
elle favorise la stabilité, l'harmonie et le bien-être collectif. Lorsque la cohésion sociale est
présente, les individus se sentent soutenus, écoutés et intégrés, ce qui contribue à réduire les
inégalités, les tensions et les conflits. C’est ce pourquoi le dosage ethnique est effectué au
sommet de l’Etat afin que toute la population se sente concernée.
L’objectif de cette partie est de déterminer la réalité ou non de cette politique. Dans la mesure où
elle existerait, de montrer en quoi consiste le dessein de la politique de l’équilibre régionale au
Togo depuis la prise du pouvoir de monsieur Faure Gnassingbé, président de la République
togolaise depuis 2005. En partant du principe que la géopolitique ou l’équilibre régionale est une
réalité au Togo, il sera question d’interroger son application dans la recherche de la cohésion
sociale. L’analyse ainsi que l’interprétation des données de terrain exposées dans cette partie
permettront de voir et de dire ce qu’il en est réellement. En considérant le cadre temporel de cette
étude qui s’étend de 2005 à 2020, il est à noter que les Togolais sont passés aux urnes quatre (4)
fois dans le cadre des élections présidentielles46. Au total, dix (10) gouvernements47 ont été
formés dans le courant de ces élections. Loin de s’attarder sur les différents motifs qui ont
conduit à ces multitudes gouvernements, l’étude met plutôt en lumière l’origine des personnalités
qui les constituent. Ce procédé permettra alors de savoir ce qu’il en est réellement de la
géopolitique au Togo.
46
Les élections présidentielles de 2005, 2010, 2015 et de 2020. Il est à noter que toutes ces élections se sont soldées
par la victoire du candidat du parti UNIR en la personne de Faure Gnassingbé.
47
Le gouvernement de Edem Kodjo du 20 juin 2005, le gouvernement de Yawovi Madji Agboyibo du 20 septembre
2006, le gouvernement de Komla Mally du 13 décembre 2007, le premier gouvernement de Gilbert Fossoun
Houngbo du 15 décembre 2008 et le second du 28 mai 2010, le premier gouvernement de Kwesi Séléagodji
Ahoomey-Zunu du 31 juillet 2012 et le second du 17 septembre 2013, le premier gouvernement de Komi Sélom
Klassou du 28 juin 2015 et le second du 24 janvier 2019 et enfin le gouvernement de Victoire Tomegah Dogbé du 1 er
octobre 2020.
59
B- PARAMETRES GENERAUX DE L’ENQUETE
D’entrée, il convient de présenter les grandes lignes de l’enquête qui sert de talon d’Achille à
cette recherche. Au rang de ces grandes ligne figurent les pourcentages des deux genres qui ont
pris part à l’enquête, les différentes tranches d’âge, les différents groupes ethniques enregistrés au
cours de l’enquête, leur région d’origine, leur situation par rapport aux nominations.
Fréquence
Sexe Effectifs Fréquences
cumulée
A travers le tableau ci-dessus, il ressort que l’enquête de terrain a porté sur les Togolais des deux
sexes résidants ou non dans le DAGL. L’enquête a porté au total sur 387 personnes réparties
comme suit : 185 femmes qui représentent 47,8% de la taille de l’échantillon contre 202 hommes
soit 52,2%. Ces enquêtés ont été choisis au hasard et quelques fois par méthode de boule neige.
Ils ont renseigné le questionnaire sur leur lieu de travail en fonction de leur disponibilité alors que
d’autres l’ont fait à l’aide du logiciel de collecte kobocollect via l’application WhatsApp.
Quand bien même que les récentes enquêtes effectuées par l’INSEED ont démonté une nette
supériorité numérique des femmes par rapport aux hommes, cette recherche de son côté a
enregistré une légère participation des hommes par rapports aux femmes. Un signe que la
représentativité des hommes dans les administrations est bien plus forte que celle des femmes.
60
Tableau 3 : Récapitulatif sur l’âge des enquêtés
Fréquence
Effectifs Fréquences cumulée
Non 0,3
1 0,3
renseigné
18-25 16,3
62 16
ans
26-32 47
119 30,7
ans
33-40 73,6
103 26,6
ans
41-50 87,6
54 14
ans
51-60 94,3
26 6,7
ans
61-70 100
22 5,7
ans
Total 387 100
Source : enquête de terrain, mars-mai 2023
En ce qui concerne l’âge des enquêtés, il est à noter que le questionnaire de cette étude est fait à
l’intention de tous les togolais de tout âge travaillant dans l’administration. Après analyse, la
tranche d’âge des participants à l’enquête oscille entre 18 et 70 ans. 62 personnes ont entre 18 et
25 ans soit 16% de l’échantillon ; 119 personnes ont entre 26 et 32 ans soit 30,7% ; 103
personnes ont entre 33 et 40 ans soit 26,6% ; 54 personnes ont entre 41 et 50 ans soit 14% ; 26
personnes ont entre 51 et 60 ans soit 6,7% et 22 personnes ont entre 61 et 70 ans soit 5,7%. Un
questionnaire n’a pas été renseigné à ce sujet. Volontairement ou involontairement, l’enquête ne
saurait le dire. L’évidence est que cette recherche a connu la participation d’une portion
considérable de la population cible dont l’âge est compris entre 26 et 40 ans. Ceci atteste de la
jeunesse de la population togolaise, non seulement dans les administrations publiques et privées
mais aussi de manière générale dans le pays.
61
Tableau 4 : Répartition des enquêtés selon leur région d’origine
Fréquences
Effectifs Fréquences cumulées
Non 2,8
11 2,8
renseigné
Région 12,1
36 9,3
Centrale
Région de 29,5
67 17,3
la Kara
Région des 39,5
39 10,1
Plateaux
Région des 47
29 7,5
Savanes
Région 100
205 53
Maritime
Total 387 100
Source : enquête de terrain, mars-mai 2023
Avec un total de 11 questionnaires dont la rubrique « région d’origine » a connu des abstentions,
toutes les régions du Togo se sont retrouvées dans cette enquête mais à des proportions
différentes. Ainsi, la région maritime est la plus représentée dans cette étude avec 205
participants soit 53% de la taille ; suivie de la région de la Kara avec 67 participants soit 17,3% ;
39 pour la région des plateaux soit un pourcentage de 10,1% ; 36 pour la région centrale soit
9,3% et 29 pour la région des savanes soit un pourcentage de 7,5% de l’effectif total. Cette
diversité enregistrée dans le rang des enquêtés a permis à cette étude de faire preuve d’une
certaine consistance en termes de fiabilité des résultats et de convergences dans les analyses.
62
Tableau 5 : Répartition des enquêtés selon leur ethnie
Fréquence
Fréquences cumulée
Effectifs
Non 0,3
1 0,3
renseigné
Ana 10 2,6 2,8
Anoufom 4 1 3,9
Mina 40 10,3 91
63
seule abstention, ce qui représente le pourcentage le plus faible, soit 0,3%. Ces données
consignées dans ce tableau démontrent que le District Autonome du Grand Lomé (DAGL)
constitue aujourd’hui une capitale où le melting-pot reste très prononcé pour des raisons aussi
nombreuses que divergentes. Toutes les ethnies sont engagées dans ce cadre multiculturel, le
sachant bien ou non, dans des interactions visant à faire de leur communauté un havre de paix.
Fréquence
Fréquences cumulée
Effectifs
Non 1,6
6 1,6
renseigné
Non 179 46,3 47,8
64
Tableau 6 : Récapitulatif montrant le dosage ethnique des gouvernements de 2005 à 2020
Région d’origine des ministres nominés
Nombre total de
Date de (nombre de ministre par région)
ministres
Chef de
formation du Région Région Région
gouvernement Région Région
gouvernement des de la des
Maritime Centrale
Plateaux Kara Savanes
20 juin 2005 Edem Kodjo 12 03 03 07 05 30
20 septembre Yawovi M.
07 03 02 04 05 16
2006 Agboyibo
23 décembre
Komla Mally 07 04 04 03 04 22
2007
15 septembre Gilbert F.
10 02 06 05 05 28
2008 Houngbo (1)
Gilbert F.
28 mai 2010 10 04 05 07 05 31
Houngbo (2)
K. S.
31 juillet 2012 Ahoomey- 10 05 04 07 05 31
Zunu (1)
K. S.
17 septembre
Ahoomey- 09 05 03 05 04 26
2013
Zunu (2)
Komi S.
28 juin 2015 07 06 03 04 03 23
Klassou (1)
Komi S.
24 janvier 2019 05 06 06 04 05 26
Klassou (2)
V. Tomegah
1er octobre 2020 10 05 06 08 04 33
Dogbé
Source : Presse écrite « Togo-presse » de 2005 à 2020.
Les données de ce tableau ont été récoltées à partir des différentes listes des gouvernements
publiées dans les journaux officiels notamment « Togo-presse » de 2005 à 2020. Il permet de
répondre à l’affirmative à la question du dosage ethnique dans la formation des gouvernements
65
au Togo. Dans les dix (10) gouvernements mis en place depuis la prise du pouvoir par le
Président Faure, il ressort que le nombre des nominés oscille entre 20 et 33 postes répartis entre
les différents fils du terroir issus de chacune des cinq (5) grandes régions économiques du pays.
Toutefois, un certain privilège est accordé aux élites de la région maritime qui se retrouve, selon
le tableau, être la région la plus représentée parmi les cinq. La géopolitique que révèle le tableau
ci-dessus informe d’un vif partage de pouvoir. Ce sentiment est mis en exergue par le fait que le
Président de la République étant issu d’une région située au Nord du Togo, s’adjoint toujours
dans l’exercice de ses fonctions un premier ministre issu d’une région différente de la sienne. Ce
dernier poste est le plus souvent à la faveur de la région maritime et quelques fois des autres
régions. Ce tableau permet d’affirmer avec certitude que la géopolitique à la Togolaise est une
réalité au sommet de l’Etat et ce depuis fort longtemps :
C’est une pratique qui est de règle depuis la prise du pouvoir du Général Eyadema, pratique
à laquelle les populations sont habituées au point ou quand un gouvernement est formé et
que telle région ou préfecture ne retrouve pas un de ses fils dedans, on crie au scandale. A
priori, le privilège devrait être accordé à la compétence mais malheureusement les pesanteurs
ethniques prennent le dessus. Il faut dire qu’on n’est pas contre parce qu’un gouvernement
doit refléter la diversité de tout le pays, ethnique surtout. En même temps on ne doit pas se
baser sur ce dernier pour promouvoir la médiocrité48.
Il apparait que sous le président Faure ainsi que son prédécesseur, l’équilibre régionale est une
continuité. Si au plus haut sommet de l’Etat, cette pratique est de règle, on peut en déduire au
premier abord que cette dernière soit de mise dans les administrations.
48
Entretien réalisé avec un membre de la société civile dans son bureau à Lomé le 18 mai 2023 à 18h05min.
66
Graphique 1 : Avis des enquêtés sur le dosage ethnique dans les administrations
De tout évidence, ce graphique illustre que la politique mis en place dans la formation des
gouvernements rejaillisse sur la constitution des administrations dans le pays. Toutefois, dans la
pratique fait grincer des dents dans la mesure où le quota attribué à chaque ethnie laisse planer le
doute.
49
Idem.
67
avant toute chose de dresser la relation entre les variables de cette hypothèse.
Effectif
68
Si on considère le tableau de Loi du Khi-deux50, quand ddl est égal à 10, khi-deux lu est de 18,31.
Khi-deux calculé est de 1,8
Khi-deux lu supérieur à khi-deux calculé : alors il existe une dépendance entre les variables
croisées.
P-valeur du test de khi deux = 0,008 < 5% donc le test est non significatif. Alors on accepte
l’hypothèse selon laquelle il n’existe pas une dépendance entre la région et la nomination à un
poste. On conclut avec un risque de 5% de se tromper que le poste dépend du critère
communautaire ou régional.
Les deux précédents tableaux présentent le croisement entre la région d’origine et le poste à
pourvoir afin de comprendre s’il existe ou non une relation ou un rapport entre ces deux
éléments. Après analyse, il ressort qu’il existe effectivement un lien entre eux, ils sont donc
interdépendants. Si tel est le cas, on peut affirmer avec un risque minime de se tromper que dans
chaque administration au Togo, la région d’origine occupe une place de choix.
50
Voir annexe.
69
DEUXIEME CHAPITRE :
L’IMPACT DE LA GEOPOLITIQUE
TOGOLAISE SUR LA COHESION SOCIALE
La cohésion sociale n'est pas un état statique, mais un processus dynamique qui nécessite un
effort continu de la part de tous les acteurs de la société. Cela inclut les individus, les
communautés, les institutions, les organisations et les gouvernements. En favorisant la cohésion
sociale, la place est faite à des sociétés plus justes, inclusives et durables, où chaque individu peut
s'épanouir et contribuer pleinement au bien-être collectif. C’est ce que pense Sen A., (1999)
quand il écrit : « La cohésion sociale est fondamentale pour un développement humain durable et
équitable »51. Il va plus loin en soutenant que la cohésion sociale est essentielle pour promouvoir
le développement économique et social, en soulignant l'importance des droits, de la participation
et des opportunités pour tous les individus. Bon nombre d’auteurs tels que Bourdieu P.,
Habermas J., Durkheim E., Putnam R., et tant d’autres offrent différentes perspectives sur la
cohésion sociale, en se concentrant sur des aspects tels que la solidarité, la participation civique,
les inégalités sociales, les droits individuels, la communication et la justice sociale. Leurs travaux
ont fourni une base solide pour approfondir la compréhension de la cohésion sociale et ses enjeux
dans le contexte contemporain. Le chapitre précédent a permis de clarifier la première hypothèse
de travail. Il a, grâce à des tableaux et graphiques exposé les données de terrains qui ont permis
de confirmer cette hypothèse. Dans ce deuxième chapitre, il sera question de replacer la
deuxième hypothèse dans son contexte, de retracer ces contours et grâce à des données de terrains
la confirmer ou l’infirmer.
51
Development as Freedom (1999).
70
Graphique 2 : repartition des enquêtés en fonction des raisons de leur nomination
autres 3%
En ce qui concerne les raisons des nominations administratives, l’enquête a révélé une myriade
de raisons. D’après les chiffres, 52,2% des participants ont déjà ou jouissent d’une nomination,
soit un total de 202 enquêtés sur la taille de l’échantillon. Parmi ces nominés, 32% pensent que
leur nomination est dû à leur compétence ; 15% pensent que c’est parce qu’ils sont de la même
ethnie que leur supérieur ; 10% pensent que leur nomination est le fruit des deux précédentes
modalités, c’est-à-dire que leur promotion est à attribuer non seulement à leur productivité mais
71
aussi à leur appartenance au même groupe ethnique que leur supérieur hiérarchique. Pour 7% des
enquêtés, ils étaient le seul disponible pour le poste. 5% pensent que leur nomination est due è
leur appartenance au même bord ethnique et politique. Entre autres arguments qui ne cadrent pas
avec le contexte de cette recherche, il faut noter aussi que 7% des nominés n’ont pas pu donner
ou identifier la cause de leur nomination.
À l’analyse, ce graphique montre que seule la compétence reste l’élément majeur qui est prise en
compte dans les nominations. C’est aussi ce que soutient un enquêté en ces termes :
Comme vous le savez, mon service s’occupe du recrutement et tout ce qui a un lien avec
le personnel. Ce dernier est recruté suivant une méthode bien sélective. Entre autres, la
compétence et la bonne moralité sont privilégiées. Notre domaine est très technique donc
vous comprenez par là qu’on ne peut prendre n’importe qui sous aucune autre base que
celui de la compétence52.
Mais la réponse à cette question semble divisée les personnes enquêtées. Si pour certains, la
compétence reste privilégiée à tous les niveaux, pour d’autres observateurs, c’est tout le
contraire. Les nominations à leur gout est un moyen pour le pouvoir politique de récompenser
ces militants. D’autres vont plus loin en soutenant que ces nominations sont faites sur la base des
affinités afin de permettre aux responsables de services de s’entourer de leurs frères et sœurs du
même groupe ethnique, constituant ainsi un poids lors des échéances électorales. Un enquêté
parle :
On ne peut pas parler de nominations transparentes dans une dictature ou quelque chose
qui se présente ainsi. Je ne peux pas non plus dire que tout le monde ne participe pas à la
gestion de la cité. Ce que je dis est que les barons ou les tenants du pouvoirs (souvent de
la même ethnie que le chef de l’Etat) sont nommés à des postes stratégiques ou sensible
tandis que les autres sont placés pour compléter le décor afin de transmettre un aspect de
pouvoir partagé ou décentralisé. Tout ça se traduit que ce soit dans le gouvernement ou
dans l’administration. Il y a certains qui ne bougent pas de leur poste ou à la limite font
des vas et viens aux postes stratégiques. Cette manière de faire donne l’impression parfois
de faire passer les autres pour des incompétents53.
Pour un autre responsable de parti politique, tout est fait en faveur de l’ethnie kabyè afin de
rattraper leur retard sur le sud. Il l’exprime en ces termes :
Dans notre pays, la fraternité prime sur tout à tel enseigne qu’aujourd’hui notre
administration en souffre. C’est une administration pléthorique et quand vous voyez le
52
Entretien réalisé avec le Directeur des ressources humaines d’une société publique le 15 mai 2023 dans son bureau
au quartier administratif à 14h30.
53
Entretien réalisé avec le Directeur Général d’une presse écrite privée à Lomé, dans son bureau le 23 mai 2023 à
13h16min.
72
nombre ethniquement parlant des ethnies du nord, c’est inouï. Il n’y a pas de proportions
pour qualifier. Partout, vous les voyez et ce n’est pas par le mérite. Même les concours,
quand l’Etat se plait à les organiser, ils se débrouillent pour favoriser ceux de leur ethnie
pour ensuite colorer avec deux ou trois individus pris ici et là. Il ne fait plus aucun doute
que la chose a été et est tribalisée54.
En ce qui concerne les raisons des nominations, il apparait clair que deux thèses sont opposées
en fonction surtout des bords politiques. Ceux qui sont dans la mouvance du pouvoir en place
pensent que les choses sont bien telles qu’elles sont tandis que ceux qui n’y sont pas avancent
des arguments reflétant du mépris. Mais la réalité semble être ailleurs.
54
Entretien réalisé avec le président de parti politique à Lomé, dans son cabinet le 24 mars 2023 à 16h05 min.
73
Graphique 3 : Avis des enquêtés par rapport aux relations entre collègues de même ethnie
55
Idem.
74
Graphique 4 : Avis des enquêtés sur les relations entre différentes communautés ethniques
Alors le point semble être fait sur les liens existant entre les personnes issues d’une même
communauté ou de communautés différentes. Il apparait clair que la tendance est pratiquement
56
Idem.
75
identique dans un cas comme dans l’autre.
Graphique 5 : Avis des enquêtés sur la cause de la difficile cohésion entre les ethnies
Tout problème tient sa cause d’un fait. Afin de parvenir au graphique ci-dessus, les enquêtés ont
été interrogés sur la cause de la méfiance dans les rapports sociaux entre les collègues d’un
même service en particulier et entre les populations en générale. Il ressort de ce graphique que
75,97% des enquêtés pensent que lors des nominations, l’ethnie prime sur la compétence.
14,21% sont d’avis contraire et 9,4% ne se sont pas prononcés sur la question. Un enquêté va
plus loin en ces termes : « Que ce soit dans les recrutements ou nominations, ça saute aux yeux
qu’il y a certaines ethnies qui sont promues au détriment d’autres. Parfois même, le parti
politique auquel appartient ce dernier joue un grand rôle prépondérant dans le choix »57. Cette
analyse vient à point nommé corroborer les données du graphique 4 ci-dessus.
57
Entretien réalisé avec un Adjoint au Maire de l’une des communes de la ville de Lomé dans son bureau à Lomé le
16 mai 2023 à 18h35min.
76
Graphique 6 : Avis des enquêtés sur l’impact du dosage ethnique dans les nominations sur
la cohésion nationale
La question de savoir si la manière et les critères en vigueur dans les nominations dans les
administrations sont de nature à favoriser la cohésion sociale a produits des effets non
négligeables sur les enquêtés lors de cette recherche. En effet, pour les 48,84% des enquêtés, la
cohésion sociale demeurera factice quand il y a existence d’une certaine méfiance, voire mépris
dans les populations, due au fait qu’un intérêt ou un traitement particulier est accordé aux uns au
détriment des autres. Pour 34,37%, la manière actuelle de procéder est un exemple dans la
recherche et la consolidation de la cohésion sociale. 14,99% n’ont pas apprécié l’importance de
cette pratique. Au-delà des nominations, certains Togolais pensent que le déficit de la cohésion
entre les fils d’un même espace géographique est dû au manque d’alternance au sommet de
l’Etat. C’est ce qu’un enquêté laisse croire dans la déclaration suivante :
Le seul problème qu’il y a au Togo, c’est que soixante après les indépendances, il n’y a pas
d’alternance et donc les populations sont convaincues qu’une ethnie a gardé le pouvoir
même si elle essaie d’associer les éléments d’autres ethnies qui servent d’accompagnateurs.
Ce qui ne favorise pas la cohésion sociale58.
Pour ce dernier, la faute est amputable au défaut d’alternance non seulement à la tête du pays
mais aussi dans et à la tête de certaines administrations et surtout à certains postes ministériels.
58
Idem.
77
La question reste poser en ce qui concerne les réels obstacles de la cohésion.
Graphique 7 : Avis des enquêtés sur le renforcement du dosage ethnique dans les
administrations
Après un aperçu sur l’impact des nominations à connotation ethnique, le graphique ci-dessus
renseigne sur la question de savoir si les nominations dont il s’agit dans ce travail constitue une
force dans l’atteint de l’ultime but de sa politique qu’est la cohésion sociale. Considérant la taille
de l’échantillon, ce graphique montre que 58,19% des enquêtés ont un avis défavorable sur le fait
que cette pratique constitue une force. 22,45% ont un point de vue favorable sur la question,
contre 17,12% qui ont coché la case « je ne sais pas » et 2,24% se sont abstenus. Il en ressort que
les nominations à base ethnique que revêt l’administration au Togo ne semble pas être une force
dans la construction de la nation togolaise.
78
Graphique 8: Avis des enquêtés sur l’influence des nominations administration à
connotation ethnique
Ce tableau a été produit à l’aide du logiciel SPSS. Il présente la relation entre deux variables qui
sont la politique du dosage ethnique et la cohésion au milieu de la diversité culturelle qui prévaut
dans le cadre physique de recherche. Il a déjà été démontré que la politique de l’équilibre
régionale est un fait dans le quotidien des autorités et même des citoyens togolais mais ce qui
intrique est son impact dans la routine des individus issus de différentes communautés appelés à
se partager et à interagir au quotidien par le biais de leurs différentes occupations.
80
Tableau 12: test de Khi-carré
Tests du khi-carré
Signification
Valeur ddl asymptotique
(bilatérale)
Khi-carré de Pearson 100,882a 9 ,000
a. 7 cellules (43,8%) ont un effectif théorique inférieur à 5. L'effectif théorique minimum est
de ,02.
Source : SPSS Statistics 24
59
Voir annexe.
81
TROISIÈME CHAPITRE :
DISCUSSION DES RESULTATS DE
L’ENQUETE
Le développement est aujourd’hui un terme incontournable qui se situe à l’épicentre de toutes les
discussions sur le continent africain. Il est de loin l’objectif à atteindre par tous les
gouvernements surtout ceux se trouvant au sud du Sahara. Pour ce faire, les rencontres, les
ateliers de réflexion et les sommets tant nationaux qu’internationaux sont légion surtout en
Afrique de l’ouest et en particulier au Togo. Ce n’est plus un secret de polichinelle que pour
aborder la question du développement, le concept de paix est indubitablement impératif.
Autrement, la paix est un élément indispensable dans la recherche du développement. Par
ricochet, le développement n’est abordable que dans un climat de paix qui se traduit dans la
société par la cohésion entre les communautés. C’est dans la recherche de ce facteur
importantissime qu’est la cohésion que les différents gouvernements du Togo (qui constitue le
cadre de cette étude), ont fait de la politique du dosage ethnique leur fusil d’épaule. C’est dans cet
ordre d’idée que la géopolitique à la togolaise est pensée puis appliquer dans le but ultime de
partage surtout en termes de gestion du pouvoir. Ce partage serait source de quiétude. Ainsi,
d’après les données recueillies sur les différents terrains, pour le politique, elle est faite suivant un
certain nombre de critères qui varient selon le domaine. Mais pour les populations, leurs avis
divergent selon qu’elles soient proche ou non du parti au pouvoir ou de l’opposition.
Cette partie du travail consistera à discuter les résultats des enquêtes menées dans le cadre de
cette recherche. Pour ce faire, les résultats de ce travail de recherche seront interprétés
globalement et confrontés aux théories. Comme énoncé plus haut dans la rédaction, les
hypothèses émises seront lues et vérifier à travers le prisme de deux théories que sont la théorie
de l’analyse stratégique de Crozier M., et Friedberg E., (1977) et les théories constructivistes.
L’analyse des tableaux et graphiques de ce chapitre a montré que la politique de l’équilibre
régionale est effective au Togo. Que ce soit au sommet de l’État ou dans ses ramifications, elle
occupe une place de choix. Ailleurs, elle semble anodine mais dans le cadre physique de cette
recherche, on se rend compte qu’elle est faite de manière méticuleuse afin de respecter les
principes démocratiques selon lesquels le pouvoir est pour le peuple. Sa présence fait tache
d’huile, ce que témoigne son omniprésence dans le quotidien du pays. Loin de penser qu’elle sert
tel dessein plutôt qu’un autre, tout porte à croire qu’elle est le fruit d’une minutieuse procédure
82
qui devrait montrer aux yeux de tous qu’à chaque compartiment du gouvernement ou institution
étatique, le fils d’une ou des communautés constitutives du terroir en est la charge. Ce faisant, est
pris en compte la compétence et l’origine ethnique afin de voir le privilège accordé à l’un au
détriment de l’autre.
Une telle organisation prévaut afin d’asseoir la cohésion dans la différence. Il semble donc
évident qu’en lieu et place du hasard dans les nominations à un poste quelconque, une analyse de
fond est de règle afin d’asseoir, d’obéir à une stratégie donnée.
En effet, l’espace aujourd’hui togolais comme ce fut le cas partout en Afrique est en proie à une
série de campagne visant à semer dans les populations un spécisme qui ne date pas d’hier. Par
ailleurs, la classe sociale ou l’ethnie en tant que catégories objectives impliquent le dépassement,
la transcendance des volontés individuelles des acteurs. En tant que catégories subjectives, la
classe sociale ou l’ethnie sont intériorisées dans les consciences des individus qui en sont les
ressortissants.
Ici, l’analyse constructiviste permet de dévoiler les circonstances politiques, économiques et
sociales d’une part, d’autre part le jeu des acteurs qui préside à la formation des groupes sociaux .
La géopolitique à la togolaise vient à point nommé rappeler à toutes les communautés du pays
qu’ils sont les fils d’une même et unique nation étant donné qu’ils vivent dans un même espace
géographique et obéissent aux mêmes lois au-delà des différences culturelles remarquées.
La géopolitique togolaise n’est plus à soumettre à une démonstration au vu des données de
terrain. Toutefois, elle semble être influencée par divers facteurs dans un environnement
multipartite ou le détenteur du pouvoir exécutif est élu grâce aux urnes donc le candidat ou le
parti ayant la majorité du suffrage exprimé. Mais le parcours pour arriver à ce stade est parsemé
de compromis ou de stratégies. Ce qui fait parler d’instrumentalisation. Cet état de chose porte
atteint à la cohésion. Les données de terrains ont permis grâce aux tableaux et aux graphiques
réalisés, de comprendre pourquoi la cohésion sociale est entravée au Togo. La compréhension
d’une telle situation permet, grâce aux enquêtes, d’affirmer que la difficile cohésion sociale au
Togo s’explique par l’instrumentalisation de la géopolitique togolaise.
En effet, il devient alors évident que l’harmonie qui existait entre les différentes tribus, fruit d’un
construit social, a fait place au mépris et d’autres sentiments négatifs qui incite l’opinion générale
à penser que le partage ou plus encore les nominations ne sont pas de façon équitable. Loin
d’obéir aux valeurs morales, elles sont faites à des desseins électoralistes.
A travers ce chapitre, il est clair que les nominations politiques revêtent un caractère ethnique,
83
chapeautées par une analyse stratégique des acteurs, dans l’intention d’asseoir la cohésion sociale
au sein des populations dont les différences ne sont plus à démontrer. L’analyse stratégique et le
constructivisme se révèlent être des mesures ad hoc au service des acteurs afin de garantir la
cohésion sociale sur l’étendue du territoire, promouvant ainsi la paix qui balise la voie du
développement.
84
CONCLUSION
In fine, « pour l’Africain, aujourd’hui, ce continent va mal »60. Pour que Dusseh R. ne parvienne
à cette conclusion aussi réelle que foudroyante, il a dû évaluer de fond en comble tous les aspects
possibles à prendre en compte avant d’avancer une telle affirmation. Il va plus loin en disant que
« l’Afrique est malade d’elle-même » (Dusseh R., 2008 : 61). Ce qui met en évidence que le mal
de l’Afrique n’est seulement pas amputable aux facteurs externes. Son retard provient alors
d’elle-même : « il suffit d’évoquer le pillage organisé par certains de ces fils qui font de la
corruption, de la gabegie, du clientélisme, des détournements de denier public, une méthode de
gouvernance »61. La grande partie des douleurs du continent est à attribuer au facteurs internes.
Le Togo étant une partie constituante de tout cet ensemble ne pourrait échapper en aucun cas à
cette conclusion aussi d’actualité. Cela reviendrait à affirmer en s’inspirant de Dusseh R., que
non pas l’Afrique mais le Togo est malade de lui-même.
En effet, la situation sociopolitique du pays pousse certains auteurs comme Dé Kundé Flagbo à
pointer du doigt une entité étrangère comme responsable. Il parle de « Démon de la politique
togolaise ». Loin du fait que ce démon désigne une personne, il fait allusion aux travers, aux
écarts, aux manquements et aux dérives de tout bord qui éloigne le Togolais de son bonheur. De
ce tableau sombre, on ne peut aborder la question du développement puisqu’en terme du social,
l’entente n’y est pas, surtout pas encore.
Ce travail a alors permis de retracer l’histoire du pays, de replacer le problème social dans son
contexte en mettant en scène les acteurs de l’administration, les nominations et les perceptions.
Tout cet ensemble a été soumis d’abord à une pré-enquête afin d’émettre des hypothèses, puis à
une enquête proprement dite, tant qualitative que quantitative, afin de comprendre et d’expliquer
la situation qui prévaut. Ceci dans le but de confirmer ou d’infirmer les hypothèses.
Les résultats de ce travail de recherche ont abouti à la légitimation des hypothèses de départ.
Dans un premier temps, le terrain a révélé que la géopolitique togolaise est un élément au service
de la cohésion sociale. Loin d’être l’unique corde sur laquelle tirent les élites du pays pour
atteindre cet ultime objectif, elle ne comble pas toujours les attentes selon les données de
l’enquête. Toutefois, en parallèle de cette politique, existe plusieurs autres politiques axées sur le
même objectif devant conduire à l’éclosion de cet idéal. Entre autres, le PND, dont bon nombre
60
In Dusseh R., l’Afrique malade de ses hommes politiques, 2008, Paris, Jean Picollec, p.235.
61
Idem.
85
de points gravitant autour de la notion de cohésion sociale, occupe une place de choix. Toutes les
politiques détaillées dans le PND en termes de cohésion sociale et adoptées par le gouvernement
semble prendre le pas sur la politique du dosage ethnique. La question se pose de savoir pourquoi
cette politique trouve tant de difficulté à remplir le rôle escompté.
D’abord, le constat est que les populations ont perdu confiance en leurs élites. Ceci s’explique par
le fait que toute action posée par ces derniers est sujet de discussion et de houleux débat à n’en
point finir. Il devient difficile alors de pouvoir s’accorder sur telle ou telle action de l’élite
dirigeante même si tout est fait pour asseoir la cohésion sociale. La fissure entre les différentes
communautés du pays semble importante qu’à chaque fois, on crie au complot ou scandale dès
qu’une nomination est faite et que le bénéficiaire se trouve être du même bord politique ou de la
même ethnie que le nominateur. Cette fissure au départ inconsidérable voire insignifiante s’est
nourrit au fil des années des discours politiques à caractère parfois discriminatoire,
ségrégationniste surtout clientéliste en vogue dans le pays dans les périodes électorales. De
surcroit, dans une démocratie représentative, ces discours politiques permettent de s’arroger le
plus grand nombre d’électeurs, exacerbant au passage les relations inter et intra-communautaires
et met à mal le vivre ensemble.
Affirmer que l’entrave à la cohésion, à la solidarité entre les Togolais est due aux nominations à
caractère ethnique, c’est seulement touché en partie le problème. La vision holistique consisterait
à mettre en relief non seulement ces nominations mais aussi la place de la femme dans les
communautés, l’état des cultures locales ou régionales, les principes de solidarité sociale, les
rapports entre groupes sociaux et ethniques et surtout le rôle des familles dans le processus
éducatif des nouvelles générations en termes de tolérance et de paix. Lire la difficulté dans la
cohésion sociale à travers les nominations n’est pas chose aisée mais il ressort aussi que ce seul
élément ne suffit pas pour comprendre ce phénomène.
Dans un second temps, le terrain a permis de procéder à la vérification de l’hypothèse selon
laquelle l’instrumentalisation de la géopolitique à des fins électoralistes expliquerait la difficile
cohésion sociale. Certes, il convient de rappeler que dans la démocratie, le pouvoir est détenu par
la majorité et pour s’adjuger cette majorité, tous les moyens sont bons. Ces divers moyens varient
donc en fonction des populations ou de la cible. C’est dans l’usage de ces moyens que les fossés
deviennent considérables entre les communautés. L’instrumentalisation vient donc servir de
préteste à qui désire s’en prendre à l’action de l’exécutif.
Outre les manipulations politiques évoquées pour justifier la fragile cohésion sociale, d’autres
86
arguments peuvent intervenir aussi dans cette analyse : La verticalité des institutions étatiques.
En effet, cette verticalité concentre les pouvoirs dans la seule main de l’exécutif. Elle se
manifeste par un parlement monocolore sans réel contre poids aux actions de l’exécutif ; une
autorité judiciaire qui est sous la tutelle du pouvoir politique ; une société civile sans réelle force
apparente, œuvrant sous la coupe du pouvoir politique et enfin des autorités traditionnelles et
religieuses dépendantes du pouvoir politique. Cette verticalité avec tous ces attributs rend
difficile voire utopique cette cohésion tant recherchée dans l’élaboration et la mise en œuvre de la
moitié des politiques publiques dans le pays. En lieu et place de cette verticalité, on devrait
travailler à faire épanouir une certaine horizontalité dans les administrations et même au niveau
de l’exécutif. Cette horizontalité fait preuve d’une transparence dans les actions puisque le déficit
de cohésion est en partie dû au manque de transparence dans les choix. Cette horizontalité
traduirait un parlement fort qui servira de contre-pouvoir aux actions de l’exécutif, un réel
pouvoir judiciaire qui domine l’autorité judiciaire, une société civile forte qui n’est pas intimidé
par l’exécutif et des autorités traditionnelles et religieuses équidistantes du pouvoir politique. De
toutes ces mises en place effectives, il deviendra inconcevable dans l’ordre des choses que la
cohésion puisse encore faire défaut.
Par ailleurs, il faut convenir avec Bourdieu P. que « Les inégalités sociales créent des différences
dans l'accès au capital social et influencent donc la cohésion sociale ». Pour dire que ce sont les
inégalités et les irrégularités présentes dans la société qui font entorse à l’épanouissement d’une
société cohésive. Donc pour endiguer toutes ces irrégularités, il faut appréhender la cohésion au
sens de Nussbaum M. pour qui « une société cohésive est celle qui veille à ce que tous ses
membres puissent développer pleinement leurs capacités et participer activement à la vie
communautaire ». Fort de cette analyse, l’affirmation du Togolais Siliadin J., (2014 : 109) selon
laquelle :« redonner du sens à la nation togolaise », serait la chose la plus judicieuse à faire. Et
pour cela, il pense que : « nous devons avoir le courage de nous défaire des carcans ethniques,
surtout des préjugés et des freins qu’ils provoquent, en nous sentant profondément d’abord filles
et fils d’une seule même nation ».
Somme toute, outre le fait que les dirigeants togolais ont réussi à bâtir un Etat fort plutôt qu’une
nation forte d’où tous ces maux, il faut néanmoins reconnaitre que la cohésion qui doit sans doute
passer par un processus de réconciliation, est un travail de longue haleine qui nécessite l’adhésion
de tous les acteurs de pays.
87
BIBLIOGRAPHIE
❖ Ouvrages généraux
ABERNOT Y. et RAVESTEIN J., (2009), Réussir son master en sciences humaines et sociales,
Paris, Dunod.
BRAUD P., (2020), Sociologie politique, 14e Edition, Paris, LGDJ.
CROZIER M. et FRIEDBERG E., (1981), L'acteur et le système : les contraintes de l'action
collective, Paris, Edition du seuil.
ELIAS N., (1991), Norbert Elias par lui-même (trad.), Paris, Fayard.
LAHIRE B., (2018), L'interprétation sociologique des rêves, La Découverte, Paris.
NAY O., (dir.), 2017, Lexique de science politique, 4e Edition, Paris, Dalloz.
QUIVY R. et CAMPENHOUDT V. L., (1995), « Manuel de la recherche sociales en sciences »,
Paris, Dunod.
❖ Ouvrages spécialisés
AHAT, (2015), Manuel d’histoire du Togo des origines à 2005, Lomé, Les Presses de l’UL.
AFANVI K., (2010), Gouvernance et représentativité ethnico-régionale dans la gestion politique
au Togo de 1958 à 1992, Mémoire de maîtrise en histoire contemporaine, Université de Lomé.
AMOUZOU E., (2009), L’Afrique 50 ans après les indépendances, Paris, L’Harmattan.
AMSELLE J-L. et M’BOKOLO E., (1985) Au cœur de l’ethnie, ethnies, tribalisme et Etat en
Afrique, Paris, La Découverte, réed. 1993, 1999.
ANATE K., ASSIMA-KPATCHA E., TSIGBE K. N., (éds), (2016), Ethnicité, crises
sociopolitiques et processus de réconciliation nationale, Lomé, LETRIA.
BATCHANA E. et BAMBA M., (2021), Les dynamiques électorales en Afrique post conférences
nationales, Lomé, Presses de l’UL.
BAYART J-F., (2006), l’Etat en Afrique, la politique du ventre, Paris, Fayard.
BAYART J-F., (2017), Le gouvernement du monde et l’impasse national-libéral. Globalisation
et repli identitaire, Paris, La Découverte.
BAYART J-F., (2018), Etat et religion en Afrique, Paris, Karthala.
BAYART J-F., (2018), violence et religion en Afrique, Paris, Karthala.
BAYART J-F, (dir.), (1983), pouvoirs, Paris, PUF.
BAYART J-F., MBEMBE A. et TOULABOR C., (2008), La politique par le bas en Afrique
88
noire, Paris, Karthala.
BOURDIEU P., COLEMAN J.S., (1991), social theory for a changing society, New york,
Boulder, Russel Sage Foundation – Westview.
BRUNEL S., (2004), l’Afrique, Paris, Bréal.
CAHEN M., (1994), Ethnicité politique : pour une lecture réaliste de l’identité, L’Harmattan.
CHRETIEN J-P. et PRUNIER G., (dir.) (2003), les ethnies ont une histoire, Paris, Karthala.
CHRETIEN J-P., (1997), Le Défi de l’ethnisme, Rwanda et Burundi : 1990-1996, Paris, Karthala.
CHRETIEN J-P., (2000), l’Afrique des grands Lacs, Paris, Karthala.
COPANS J., (dir.), (1997), Les avatars de l’Etat en Afrique, Paris, Karthala.
DARBON D., (dir.), (2000), L’Afrique politique 2000, Paris, Karthala.
Dé Kundé Flagbo, (2019), Le démon de la politique togolaise, Lomé, Éditions Awoudy.
DUSSEH R., (2003), Penser la réconciliation au Togo, Bognini.
DUSSEH R., (2008), L’Afrique malade de ses hommes politiques, Paris, Jean Picollec.
GAYIBOR N. L., (1996), Le peuplement du Togo, état actuel des connaissances historiques,
Lomé, les presses de L’UB.
GAYIBOR N. L., (2005), Histoire des Togolais Tome II de 1884- 1960, Lomé, Presses de l’UL.
GAZIBO M. et MOUMOUNI C., (dir), (2017), Repenser la légitimité de l’Etat africain à l’ère
de la gouvernance partagée, Québec, PUQ.
HAZOUME G. L., (1972), Idéologies tribalistes et nations en Afrique (le cas dahoméen), Paris,
Présence Africaine, p.230.
KEITA S. M., (1984), l’archer bassari, Paris, Karthala.
LASCOUMES P., LE GALÈS P., (2007), Sociologie de l’action publique, Paris, A. Colin.
LIJPHART A., (1988), The power-sharing approach, center for study of foreign affairs, foreign
service institute, US departement of state.
MBEMBE A., (1988), Afriques indociles : Christianisme, pouvoir et Etat en société
postcoloniale, Paris, Karthala.
MBUYINGA E., (1989), Tribalisme et problème national en Afrique noire : le cas du Kamerun,
L’Harmattan.
MEDARD J-F., (dir.), (1991), Etats d’Afrique noire, Paris, Karthala.
NFOULE M’BA F., (2011), La haute fonction publique au Gabon -Les logiques de sélection
d’une élite de 1956 à 1991, Paris, L’Harmattan.
NGAYAP P. F., (1983), Cameroun, qui gouverne ? Paris, Harmattan.
89
POURTIER R., (2001), Afriques noires, Paris, Hachelle.
SILIADIN J., (2014), TOGO, démocratie impossible ? Paris, L’Harmattan.
TOULABOR C., (1986), Le Togo sous Eyadema, Paris, Karthala.
TOULABOR C., (dir.), (2000), Politique africaine, Côte d’ivoire, la tentation ethno nationaliste,
Paris, Karthala.
VAN ROUVEROY VAN NIEUWAAL A. A. B., (2000), La chefferie en Afrique, cas du Togo,
Paris, Karthala.
WEBER M., (1920), Economie et société, rééd. 1995, Paris, Agora.
YAGLA W. O., (1978), L’édification de la nation togolaise, Paris, Karthala.
SEN A., (1999), development as freedom.
90
Ouagadougou, série A, vol. 12, juin 2011, pp. 117-209.
HETCHELI K. F., « Intégration et prévention des conflits dans l’espace ouest africain : la
CEDEAO face à la crise sociopolitiques au Togo », Revue Togolaise des Sciences, vol. 06, n°1,
janvier-juin 2012, pp. 77-104.
HETCHELI K. F., « Pouvoir et légitimité en Afrique : les représentations sociales des élections
au Togo », Annales de l’Université de Ouagadougou, série A, vol. 015, 2012, pp. 1-37.
HETCHELI K. F., « Gestion du pouvoir et crise sociopolitique au Togo », Revue Scientifique
Geste et Voix, n°16, décembre 2012, pp. 244-260.
IWATA T., « La Conférence Nationale Souveraine et la démocratisation au Togo du point de vue
de la société civile », Africa development, vol. XXV, n°3&4, 2000, pp. 135-159.
KOZLOV V., « Ethnie et nation », dans la revue française Nouvelle Critique, Paris, n°70, 1974,
p.32.
LABANTE N., (2012), « L’africanisation des cadres au Togo : 1958-1965 », Revue du
laboratoire sur l’Education, le travail et les relations industrielles en Afrique (LETRIA), n°002,
décembre 2012, pp. 49-94.
LOMBARD J., « Tribalisme et intégration nationale en Afrique noire », l’Homme et la société,
n°12, 1969, pp. 69-86.
MACE A., « Politique et démocratie au Togo », Cahiers d’études africaines, vol. 176, 2004, 17
avril 2008.
MAGNANT J-P., (1984), « Peuple, ethnie et nation : le cas du Tchad », droit et cultures, n°8.
MBONDA E-M., « Quiproquos au sujet de la « justice ethnique », un Etat sans ethnie est-il
possible ? », Ethica, vol. 19, n°2, 2015, pp. 83-105.
NABE B., (2014), « Les gouvernements du Togo ou illusion d’une unité nationale pour le
développement du pays (1956-2010) », dans, Nations et développement en Afrique : quelle
MOUCKAGA H., DIANZINGA S. et OWAYE J-F., Ethnies gouvernance ? Actes du colloque de
Brazzaville (Congo) du 26 au 28 mai 2014, Paris, L’Harmattan.
NDJANA M., (1983), « l’idée sociale chez Paul Biya », p.185.
NGALASSO-MWATHA M., « L’Afrique face à l’Europe : les dépendance culturelles »,
Africultures, vol. 1, n°83, 2011, pp. 162-177.
NUSSBAUM M., (2012), « Capabilités, Comment créer les conditions d’un monde plus juste ? »,
Paris, Flammarion.
OTAYEK R., « L’Afrique au prisme de l’ethnicité : perception française et actualité du débat »,
91
Centre d’étude d’Afrique noire, Instituts d’études politiques de Bordeaux, Revue Internationale et
Stratégique, n°43, 2001.
POKAM K., « la problématique de l’unité nationale au Cameroun », collection points de vue
RAMBAUD B., « La presse écrite togolaise, acteur et témoin de l’ère Eyadema (1967-2005) »,
Transcontinentales, document 5, 2006, pp. 57-76.
TCHAM B., (2010), « Régionalisme et histoire : la perception de la question Nord/Sud dans
l’histoire des Togolais », dans GOEH-AKUE N. A. & GAYIBOR N. L. (éds), Histoires
nationales et / ou identité ethnique – un dilemme pour les historiens africains ? Paris, Karthala.
TSIGBE K. N., (2014), « Les frontières ethniques et question de la cohésion sociale en Afrique :
l’exemple du Togo (1920-2007) », dans, Nations et développement en Afrique : quelle
MOUCKAGA H., DIANZINGA S. et OWAYE J-F., Ethnies gouvernance ? Actes du colloque de
Brazzaville (Congo) du 26 au 28 mai 2014, Paris, L’Harmattan.
❖ Publications officielles
TOGO-PRESSE :
• Parution du mercredi 22 juin 2005, p.3
• Parution du lundi 25 septembre 2006, p.8-9
• Parution N° 7680-du vendredi 14 décembre 2007, p.2
• Parution N° 7870-du mardi 16 septembre 2008, p.2
• Parution N° 8294-du 31 mai 2010, p.3
• Parution N° 8840-du mercredi 1er aout 2012, p.2
• Parution N° 9122-du mercredi 18 septembre 2013, p.2
• Parution N° 9567-du mardi 30 juin 2015, p.2
• Parution N° 10462-du lundi 28 janvier 2019, p.2-3
• Parution N° 10884-du 02 octobre 2020, p.3
92
ANNEXES
93
QUESTIONNAIRE (VERSION PAPIER) ADRESSE AUX FONCTIONNAIRES DE
DIFFÉRENTS SECTEURS DANS LE DAGL
Pour la réalisation de notre mémoire d’étude de grade master en science politique à l’Université
de Lomé, nous avions élaboré cette grille de questionnaire pour recueillir vos différents et
précieux avis afin d’analyser et de comprendre le thème de recherche qui porte sur « l’ethnie
dans la gouvernance au Togo ». Votre sincère contribution nous sera d’une grande utilité. Il est
à noter qu’il n’y a pas de bonnes ni de mauvaises réponses. Seul ce que vous savez et pensez
nous intéresse. La règle est simple. Cochez ou faites une croix devant la ou les réponses de votre
choix étant donné qu’à bien des questions, il y a plusieurs réponses proposées.
Les résultats de ce questionnaire seront anonymes et traités en toute confidentialité, dans le seul
but d’alimenter notre réflexion. Merci par avance de libérer un peu de votre temps pour répondre
à ce questionnaire.
Entretien n°……………..
Nom de l’enquêteur……………………………………………………………………………
Date de l’enquête………………………………………………………………………………..
Préfecture………………………………………………………………………………………
Quartier………………………………………………………………………………………….
1- Sexe
▪ Masculin………………………………………………………..…………………☐
▪ Féminin……….…………...……………………………………………………...☐
2- Quel est votre âge (ans) ?
▪ 18 à 25☐……………………………………………………………… 26 à 45☐
▪ 46 à 55☐ ………………………………………………………….. Plus de 55 ☐
3- Quel est votre situation matrimoniale ?
▪ Célibataire☐………………………………………………………… Marié(e)☐
▪ Divorcé(e)☐……………………………………..….……………..…Veuf(ve)☐
4- Quelle est votre ethnie ?
▪ Mina☐………………………………………………………Kabyè☐
▪ Ewe☐………………………………………………………Moba☐
▪ Autres ☐, précisez……………………………………………
94
5- Quel est votre niveau d’instruction ?
▪ Analphabète☐……………………………………………………Elémentaire☐
▪ Avancé☐………………………………………………………...Intermédiaire☐
6- Quelle est votre catégorie professionnelle ?
▪ Etudiant☐…………………………………………………………….Ouvrier☐
▪ Apprenti☐…………………………………………………...……Taxi motos☐
▪ Commerçant☐………………………………………………...Agent de santé☐
▪ Cadre☐……………………………………………………………….Retraité☐
▪ Sans emploi☐………………………………Autre☐, précisez :……………….
7- Comment évaluez-vous votre situation financière ?
▪ Excellente☐……………………………………………………………Bonne☐
▪ Moyenne☐……………………………………………………………Mauvaise☐
8- Avez-vous bénéficié d’une nomination à un poste donné ?
▪ Oui☐………………………………………………………………………Non☐
▪ Si oui, lequel ?.......................................................................................................
9- Combien de temps avez-vous fait à ce poste ?
▪ Moins de 5 ans☐……………… De 7 à 10ans☐……..…… Plus de 0 ans☐
10- Le poste était-il dans votre région d’origine ?
▪ Oui☐…………….…………………………………………………………Non☐
11- Pourquoi vous a-t-on nommé à ce poste ? :
▪ Plus qualifié☐……………………………………….. Seul disponible☐
• Autres ☐, précisez………………………………………
14- Comment évaluez-vous la collaboration entre les collègues de plusieurs ethnies ?
▪ Très bons☐…………………………………………………………………Bons☐
▪ Assez bons☐……………………………………………………..Pas assez bons☐
▪ Autres ☐, précisez……………………..
15- Le dosage ethnique ?
▪ Pour☐………………………………………………………………Contre☐
16- Pourquoi ?...............................................................................................................................
................................................................................................................................................
................................................................................................................................................
................................................................................................................................................
................................................................................................................................................
...........................................................................................................
17- Pensez-vous que la solidarité sociale entre les hommes de différentes ethnies se traduit
dans les nominations ?
▪ Oui☐………………………………………………………………… Non☐
18- Si non, pourquoi ?
………………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………
96
QUESTIONNAIRE VERSION NUMÉRIQUE (KOBOCOLLECT), ADRESSE AUX
FONCTIONNAIRES DE DIFFÉRENTS SECTEURS DANS LE DAGL
Pour la réalisation de notre mémoire d’étude de grade master en science politique à l’Université
de Lomé, nous avions élaboré cette grille de questionnaire pour recueillir vos différents et
précieux avis afin d’analyser et de comprendre le thème de recherche qui porte sur « l’ethnie
dans la gouvernance au Togo ». Votre sincère contribution nous sera d’une grande utilité. Il est
à noter qu’il n’y a pas de bonnes ni de mauvaises réponses. Seul ce que vous savez et pensez
nous intéresse. La règle est simple. Cochez ou faites une croix devant la ou les réponses de votre
choix étant donné qu’à bien des questions, il y a plusieurs réponses proposées.
Les résultats de ce questionnaire seront anonymes et traités en toute confidentialité, dans le seul
but d’alimenter notre réflexion. Merci par avance de libérer un peu de votre temps pour répondre
à ce questionnaire.
SECTION I : Identification de l’enquêté
N° Passer
Questions et filtres Modalités et codes
d’ordre à…
Q101 Quel est votre sexe? Masculin…………………………1
Féminin……………………………2
Q102 À quelle tranche d’âge 18-25 ans…………………………1
appartenez-vous?
26-32 ans…………………………2
33-40 ans…………………………3
41-50 ans………………………..4
51-60 ans………………………..5
61-70 ans…………………………6
70 ans et plus…………………7
Q103 Quelle est votre région d'origine? région des savanes…………1
région de la kara……………..2
région centrale………………..3
région des plateau……………4
région maritime……………….5
97
Q104 Quelle est votre ethnie? précisez…………………………….
Q105 Quelle est votre niveau d'étude? primaire………………………….1
college……………………………..2
lycée………………………………..3
université…………………………4
Q106 Quelle est votre catégorie socio- étudiant(e)……………………….1
professionnelle?
apprenti(e)……………………….2
fontionnaire………………………3
sans emploi……………………….4
commerçant(e)………………….5
cadre d'entreprise……………6
particulier(e)……………………7
SECTION II : Les relations professionnelles
Q201 Avez-vous une fois oui……………………………………………1
bénéficié d'une
non…………………………………………..2 Q205
nomination à un poste
quelconque?
Q202 Avez-vous une fois oui……………………………………………1
bénéficié d'une
non……………………………………………2 Q205
nomination à un poste
dans l'administration
togolaise?
Q203 si oui, quel est le titre du précisez…………………………………..
poste?
Q204 quelle raison explique je suis le plus qualifié (e)…………….1
votre nomination a ce
je suis le seul(e) disponible………….2
poste?
(le choix peut être je suis du même ethnie que mon
multiple) supérieur………………………………….3
je suis du même parti politique que mon
supérieur……………………………4
je ne sais pas………………………………5
98
autres…………………………………………6
Q205 Dans votre service, bonne…………………………………………1
comment sont vos
très bonne…………………………………..2
relations avec vos
collègues de même excellente……………………………………3
ethnie?
mauvaise…………………………………….4
je ne sais pas……………………………….5
Q206 Dans votre service, bonne…………………………………………..1
comment sont vos
très bonne……………………………………2
relations avec vos
collègues d'ethnie excellente……………………………………..3
différente?
mauvaise………………………………………4
je ne sais pas…………………………………5
Q207 comment évaluez-vous la bonne……………………………………………1
collaboration entre les
assez bonne………………………………….2
collègues de différentes
ethnies? très bonne…………………………………….3
excellente………………………………………4
conflictuelle……………………………………5
mauvaise………………………………………..6
je ne sais pas…………………………………..7
SECTION III : La gestion de l’ethnie
Q301 selon vous, dans les la competence……………………………1
nominations, que doit-on
l'ethnie……………………………………….2
prendre en compte?
(le choix peut être le rang social………………………………3
multiple) l'appartenance politique……………4
je ne sais pas……………………………..5
autres………………………………………..6
Q302 selon vous, l'ethnie oui……………………………………………1
prime-t-elle sur la
non……………………………………………2
compétence dans les
nominations au Togo? je ne sais pas………………………………3
99
Q303 l'ethnie et la compétence oui……………………………………………1
son prise en compte dans
non……………………………………………2
les nominations au
Togo? je ne sais pas………………………………3
Q304 pensez-vous que les oui……………………………………………1
nominations sous la
non……………………………………………2
présidence de président
Faure Gnassingbé je ne sais pas………………………………3
obéissent à la politique
du dosage ethnique ou
de l'équilibre régionale??
Q305 selon vous, cette oui……………………………………………..1
stratégie du dosage
non……………………………………………2
ethnique renforce-t-elle
la cohésion nationale au je ne sais pas………………………………3
Togo?
Q306 selon vous, quels sont l’appartenance ethnique…………….1
les critères que les
la competence…………………………….2
nominations du président
Faure Gnassingbé l'ethnie et la competence…………….3
montrent?
je ne sais pas………………………………4
(le choix peut être
multiple) autres………………………………………..5
100
sont les obstacles liés à défaut d'alternance politique……….2
l'effectivité de la
la préservation des acquis par les
cohésion nationale au
élites………………………………………….3
Togo?
(choix peut être l'inégale développement des régions du
multiple) Togo…………………………4
la pluralité des ethnies au
Togo……......................................................5
l'instrumentalisation
ethnique…………………………………….6
je ne sais pas……………………………….7
autres…………………………………………8
Q312 pensez-vous que les oui………………………………………………1
nominations ethniques
non……………………………………………..2
constituent un frein à la
solidarité entre les je ne sais pas………………………………3
Togolais?
101
GUIDE D’ENTRETIEN DESTINE AUX CADRES DE LA FONCTION PUBLIQUE,
AUX HOMMES POLITIQUES ET MEMBRES DE LA SOCIETE CIVILE
Dans le cadre de la rédaction de notre mémoire de fin d’étude de Master en science politique à
l’Université de Lomé, nous réalisons une recherche qui porte sur : « l’ethnie dans la gouvernance
au Togo ». Nous avons donc besoin de connaître comment est abordée la problématique de la
pluriethnicité dans les nominations dans la quête de la cohésion nationale amorcée jadis. C’est
dans cette optique que nous avions décidé de vous rencontrer afin de discuter avec vous,
recueillant ainsi vos avis sur la question. Vos réponses seront traitées en toute confidentialité.
Nous vous remercions par avance de nous accorder un peu de votre temps et de l’honnêteté dont
vous faites preuve au cours de cet entretien.
Nom :……………………………………………………………………………………Entretien
N°……………….
Sexe ……………./ Poste :…………………… /Heure début :……………………
/fin :……………………
1. Dans les nominations aux postes de responsabilités, que doit-on prendre en compte ?
2. Est-il le cas au Togo ? pourquoi selon vous ?
3. Quels sont les effets de la défaillance dans les nominations sur la société togolaise ?
4. Que pensez-vous de la gestion des ethnies dans les nominations sous le président Faure
Gnassingbé ?
5. Selon vous, est-ce-que dans les nominations, l’appartenance ethnique doit prendre le pas
sur la compétence ?
6. Comment faire les nominations selon vous qu’elles soient judicieuses aux yeux de la
majorité ?
7. Peut-on parler de cohésion nationale ou d’identité nationale au Togo ? comment
expliquez-vous cela ? à quoi cela est due ?
8. Quels sont selon vous les obstacles à mise en place de la cohésion nationale au Togo ?
9. Comment doit-on gérer les ethnies dans les nominations en vue de l’atteinte de la
cohésion nationale ?
10. Au-delà des nominations, comment peut-on atteindre la cohésion nationale ?
102
LISTE DES TABLEAUX ET GRAPHIQUES
103
TABLE DES MATIERES
AVERTISSEMENT .................................................................................................................. II
DEDICACES ........................................................................................................................... IV
REMERCIEMENTS ................................................................................................................. V
INTRODUCTION .................................................................................................................... 8
CONCLUSION ....................................................................................................................... 85
BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................. 88
ANNEXES ............................................................................................................................... 93
106