TIC - Usage Fin
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Épargne sans frontière | « Techniques Financières et Développement »
ISSN 1250-4165
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developpement-2016-3-page-7.htm
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Said BOURJIJ, Directeur d’Epargne Sans Frontière, Rédacteur en chef de la revue Techniques Financières et
Développement
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couvrir l’ensemble des pans du secteur bancaire : au contraire, le positionnement se
fait sur des branches ciblées, mal exploitées, délaissées parfois, voire des niches, en
tout cas dans des espaces stratégiques nouveaux où les contraintes réglementaires
sont limitées.
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Les FinTechs se multiplient sur tous les continents : elles identifient les besoins mal
desservis ou bien elles cherchent des nouveaux marchés liés à de nouveaux usages.
Cependant, l’observation du paysage actuel montre que les Fintechs ne sont pas les
mêmes dans les pays du Nord, ou dans les pays du Sud. Elles n’ont pas les mêmes
activités car elles répondent aux besoins locaux qu’elles repèrent, délaissés par la
banque traditionnelle/commerciale qui s’appuie sur des modèles d’exploitation de
la valeur client de standards internationaux non différenciés. Au Nord, le dévelop-
pement des FinTech se fait surtout autour de la compétence bancaire et financière,
la technologie venant ensuite se greffer ; au Sud, les FinTechs sont principalement/
majoritairement basées sur des compétences technologiques.
Au vu du développement rapide de la FinTech, et du numérique de façon général,
la poursuite des innovations n’est permise que grâce à l’émergence des technologies
Big Data (solutions permettant de traiter des volumétries de données hautes, et
disparates techniquement et géographiquement). Certaines solutions sont proprié-
taires mais d’autres sont collaboratives et partagées, le choix étant d’importance
car il a un impact sur la transparence publique vs. appropriation et captation des
données.
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effectivement des monnaies parallèles non émises par une autorité, et donc hors de
contrôle des banques qui y voient une menace pour leur rôle. Elles représentent une
alternative, tout comme les monnaies locales liés à des modèles participatifs qu’on
a vu se développer pendant la crise, à la fois par besoin d’un système alternatif pour
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dier la validité et la légitimité des transactions en rendant l’information redondante
auprès de tout membre du réseau : la technologie Blockchain pourrait sécuriser le
système du crédit ou les transferts d’argent, supprimant une des principales raison
d’être des banques.
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au Kenya (1/3 de la population utilisatrice) : il s’est développé vers les autres pays
de l’Afrique de l’Est, puis en Asie du Sud ou autour de l’Océan indien (allant de
l’Egypte, au Bangladesh, à l’Inde et jusqu’à l’Albanie, la Roumanie et l’Afrique du
Sud où Orange vient d’échouer). M-Pesa permet une inclusion financière au Sud
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pour les non-bancarisés qui ont tous un téléphone mobile (sans passer ni par ban-
carisation ni par téléphonie fixe). Le succès de Vodafone a inspiré Orange offrant
une offre comparable sous le nom d’Orange Money en Afrique où l’opérateur ne
cesse d’étendre ses positions à travers des rachats d’opérateurs locaux pour proposer
une offre panafricaine sur ce marché aux potentialités énormes. L’offre bancaire des
Telcos s’intègre dans le cadre d’une plateforme d’un service général plus vaste, et
comble un réel vide d’infrastructures en Afrique. De plus, l’expérience acquise sur
ce continent permet de monter en compétences techniques pour les transposer sur
les marchés du Nord. L’avantage des opérateurs de télécommunications consiste
en la maîtrise d’un savoir-faire technique et une spécialisation dans le transfert de
données comme appui des moyens de paiement en ligne, et des services bancaires
de façon plus générale.
Les Telcos misent au Nord sur une on-linisation des services bancaires qui a déjà
eu lieu chez Orange et les autres Telcos du Nord espèrent séduire les consomma-
teurs ultra-mobiles et encore peu attachés aux banques, notamment les jeunes et
les populations à faibles revenus qui n’ont pas besoin de réelle gestion de leur patri-
moine. Orange Cash veut proposer une nouvelle offre de paiement sans contact
adaptée au Nord, et a investi dans Groupama Banque pour dépasser la barrière
réglementaire à l’entrée du secteur bancaire dans la zone euro. La diversification des
Telcos dans le domaine bancaire au Nord est une opportunité forte alors que leur
cœur de marché, la téléphonie, arrive à maturité.
Cependant, en l’état actuel des choses, même quand un client utilise un porte-
monnaie virtuel au Nord, l’argent est débité de son compte bancaire : la banque
décide si le client est solvable ou non, et c’est elle qui autorise les transactions.
Une entrée sur le marché des acteurs de l’Internet
Outre les fournisseurs d’accès, des géants présents à la fois sur les contenus on-line
et sur la construction de terminaux s’intéressent aux services bancaires et financiers
: Google, Apple, Samsung se sont aussi lancés sur leurs propres solutions de paie-
ment. Et Google s’est déclaré très intéressé par l’Afrique pour y développer des solu-
tions hybride du déploiement d’internet par réseaux terrestres (notamment fibre
optique) et réseaux mobiles appuyés par la technologie satellitaire.
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La technologie au service du Développement
L’inclusion financière des non-bancarisés : l’e-clusion
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Financement des PME
de la téléphonie mobile très importante. En 2015, le transfert de fonds en Afrique
subsaharienne via les téléphones mobiles était déjà très élevé puisque 16 % des
adultes déclareraient avoir payé des factures ou avoir envoyé/reçu de l’argent avec
leur téléphone dans les 12 derniers mois.
Dans la plupart des pays, le transfert d’argent se fait très majoritairement à l’inté-
rieur du pays, éventuellement dans des transferts transfrontaliers en Afrique sub-
saharienne. Par contre, dans les pays où les migrations économiques sont massives
comme les Philippines ou le Pakistan, les transferts de fonds internationaux (remit-
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tances) sont beaucoup plus fréquents, permettant aux migrants d’envoyer l’argent
à leurs proches.
Afin de développer les services d’argent mobile à grande échelle, les opérateurs se
sont basés sur le développement d’un vaste réseau d’agents qui proposent des ser-
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fragmenté sont utilisés comme levier de croissance par les FinTechs intéressées par
le marché. L’Afrique est le seul continent à avoir adopté directement le téléphone
mobile dans les services financiers sans passer par des institutions bancaires tra-
ditionnelles, ni par le développement à grande échelle de la téléphonie fixe. Les
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FinTech et leurs alliés Telcos proposent maintenant dans les pays du Sud les mêmes
services que le modèle bancaire traditionnel à un moindre coût, en moins de temps,
et à moindre contrainte. Elles proposent en plus une offre exclusivement liée aux
besoins du Sud.
Une multitude d’offre liée aux besoins des zones en développement
L’offre s’est en effet rapidement développée et diversifiée : 17 pays, essentiellement
en Afrique, offrent déjà le service de porte-monnaie mobile rechargeable à distance
y compris sur des corridors nationaux, ou un service de paiement des factures (gaz,
électricité…). Grâce à la technologie, les jeunes reversent une partie de leur salaire
à leur famille restée en zone rurale. Mais ils vont plus loin : ils leur donnent enfin
accès à des produits financiers comme l’épargne ou l’assurance.
Au-delà des transferts P-2-P (envoi et réception d’argent à distance et dans les zones
reculées), les services proposés couvrent, selon les pays, l’achat de crédits-temps de
communication sur le mobile personnel ou celui d’un proche à distance, l’utilisa-
tion du mobile comme porte-monnaie mobile, la vérification de l’état des comptes
et des soldes permettant l’économie d’argent et l’épargne de précaution, mais aussi
le paiement pour les biens et des services (cash to goods : pour que les proches puisse
récupérer dans leur zone éloignée des sacs de riz, des animaux d’élevage, des médi-
caments), le paiement des factures, notamment des services collectifs ou des frais
scolaires, le paiement des prêts avec des micro-crédits par téléphone, ou des micro-
assurances (des récoltes par exemple), les cagnottes collaboratives (reprenant la tra-
dition des tontines) … Ainsi, Afrimarket, leader africain du cash to goods, permet à
la diaspora de financer directement les achats de la vie courante au Sénégal, Togo
ou Côte d’Ivoire à travers un réseau de commerçants affiliés. Le Bouquet PassSanté
présent au Sénégal permet la prise en charge des dépenses médicales par la diaspora.
Le taux d’adoption du mobile-banking dépend du marché et des avantages que le
système peut procurer aux utilisateurs. Ainsi, dans les pays où le fait de payer une
facture est extrêmement chronophage voire coûteux en termes de déplacements, le
paiement de factures d’électricité via le mobile se développe très rapidement : c’est
le cas au Bangladesh ou en Afrique subsaharienne. Le taux de pénétration rapide
de cette technologie a été vu également comme une opportunité par les autorités
publiques pour le versement des salaires des fonctionnaires, des pensions mais aussi
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Financement des PME
l’encaissement des recettes, notamment fiscales, voire la distribution des allocations
familiales (cas en Inde). Enfin, la technologie peut servir aux interventions d’ur-
gence, comme ce fut le cas en Haïti avec la distribution via le mobile de coupons
virtuels aux victimes.
Cependant, beaucoup d’offres répondent aux besoins propres à l’Afrique : elles
sont « africa-ready » mais sont difficilement exportables au-delà des zones ban-
cairement greenfield, peut-être une partie de l’Asie du Sud. C’est au Kenya qu’ont
été proposées et testées des applications mobiles autres que pour le financement,
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destinées notamment aux agriculteurs. Les ONG travaillent avec l’instrument éga-
lement pour l’éducation à la santé, ou la prévention dans différents domaines. La
limite reste essentiellement l’alphabétisation des populations vivant en zones recu-
lées, même si de petites vidéos légères sont pensées aussi parfois par les ONG pour
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les interrelations se multiplient, et le rôle de compensation de l’autorité centrale
devient de plus en plus complexe. Certaines Fintechs d’origine africaine ont repéré
ce problème capital pour l’Afrique, peut-être encore davantage qu’ailleurs : elles y
travaillent. La seconde est liée aux groupes de pressions Dans les économies émer-
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gentes, les systèmes de règlement interbancaire ainsi que les serveurs de paiement,
la plupart du temps, sont exploités par un consortium de banques locales qui n’ont
pas souvent intérêt à encourager le paiement par mobile. L’État doit donc pouvoir
dépasser les intérêts économiques ou politiques pour réellement mettre en place
une réglementation qui favorise l’interopérabilité, indispensable au développement
de l’inclusion financière. Ce sont les régulateurs qui peuvent ou non offrir des
conditions équitables aux opérateurs des deux secteurs, et aux éventuels nouveaux
entrants. Ils aident la banque centrale à lever les restrictions sur l’exclusivité des
agents : les transactions peuvent désormais se faire auprès de guichets appartenant
à une autre banque que la sienne, ce qui permet d’abaisser les prix sur l’ensemble
de la chaîne bancaire.
A terme, outre l’enjeu réglementaire, le réel enjeu sera la normalisation. Il n’existe
pas actuellement de normes technologiques pour les échanges entre client et ser-
veur. Dans cet enjeu, les banques pourraient bien être génératrices de conver-
gence et de normalisation car il est de l’intérêt que les services bancaires sur les
mobiles soient compatibles avec tout type d’appareil. Ainsi, l’utilisateur final doit
pouvoir avoir la possibilité de transférer de l’argent à tous, y compris aux per-
sonnes exclues du système bancaire. L’interopérabilité est de plus en plus difficile
à atteindre. Mais l’union internationale des télécommunications travaille sur la
vulgarisation de la sécurité, la coordination de ses travaux, la fixation des priorités
afin d’aboutir à une réflexion sur les architectures de sécurisation des transferts
d’argent par mobile, même sur des mobiles simples aux technologies basiques
comme en Afrique.
D’un autre côté, l’UIT (union internationale des télécommunications) doit faire
pression sur les régulateurs dans le sens où les banques désirent garder leur pré
carré et éviter que les autres parties prenantes, FinTechs ou TelCos, puissent se lancer
à armes égales. La coordination au niveau international va tenter d’examiner les
normes les technologies et les réglementations du transfert d’argent sur mobile.
Ainsi l’UIT pourrait jouer centrale – notamment dans les PED - en facilitant la
normalisation des innovations en matière de transfert d’argent.
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Financement des PME
Le financement du développement et les opportunités entrepreneuriales
L’offre de crédit aux entreprises par un financement participatif de la microactivité
et des PME du Sud
La microfinance avait ouvert des possibilités en termes de financement des acti-
vités et des micro-entrepreneurs dans le Sud. Les solutions se sont déplacées au
Nord. Mais alors que le système bancaire traditionnel occidental a atteint son
point de maturité et sa limite de développement, les start-ups FinTechs ont changé
la situation : à travers le crowdlending nouvellement apparu comme solution de
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financement solidaire, les laissés pour compte du système ont vu leurs besoins de
financement des micro-activités pris en considération, au Royaume Uni dans un
premier temps. La position dominante des institutions bancaires traditionnelles
était remise en cause : par les solutions Fintechs, on pouvait désintermédier le crédit
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ainsi que des services d’affacturage en ligne.
Le développement de nouvelles opportunités d’activités
En termes d’opportunités pour les entrepreneurs et pour la vie économique, les
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systèmes de paiement et de transfert basés sur la FinTech sont déjà une réalité qui
favorise le développement du tissu économique actuel : les personnes sans carte ou
sans compte bancaire peuvent désormais acheter chez les commerçants. Cela ne
peut que favoriser le commerce local et la croissance par les échanges.
Mais au-delà des avantages pour les paiements, dans un terme très court, certains
veulent développer les achats en ligne en Afrique ou dans les zones pauvres, avec
développement du e-commerce pour des petits commerçants physiques répertoriés
par une plateforme de commandes en lignes – sorte de click-and-collect du Sud :
ces commerçants locaux auraient alors accès à une zone de déploiement plus large
que leur zone de chalandise habituelle. Ceci serait permis avec une sécurisation des
transactions à la fois pour le consommateur et pour le commerce. En effet, l’Afrique
reste encore peu avancée dans les achats en ligne mais le continent montre de très
fortes opportunités du fait d’un taux de pénétration d’Internet devant atteindre
50 % d’ici 2020 : grâce aux moyens de paiements dématérialisés et à l’e-clusion,
les petits consommateurs en zone urbaine ou rurale auront alors accès aux sites
marchands en ligne – regroupant des fournisseurs commerçants physiques affiliés
selon les zones – là où, pour l’instant, il semblait difficile que ces consommateurs
non bancarisés puissent payer les transactions, ceci grâce aux systèmes de paiement
dématérialisés.
Enfin, l’Afrique et les zones pauvres du Sud représentent d’immenses opportunités
pour les start-ups africaines basées sur ces technologies innovantes. Les besoins sont
immenses, les idées pour y répondre nombreuses, et les compétences réellement
présentes.
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Financement des PME
inégalités de revenu sont un problème mondial qui appelle des solutions mondiales.
Cela suppose d’améliorer la régulation et la surveillance des institutions et marchés
financiers, d’encourager l’aide au développement et les investissements directs au
profit des régions où les besoins sont les plus grands. Faciliter une migration et une
mobilité sans danger est déterminant pour réduire cette fracture grandissante ». Or,
le désenclavement financier permet l’empowerment des plus pauvres, notamment
des femmes en leur donnant accès à des financements et donc à la création de leurs
propres activités. Il permet de renforcer l’accès à davantage d’égalité et de réduire la
pauvreté, un des principaux objectifs et des 17 ODD. Il permet aussi la réduction
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des disparités régionales. Il favorise les solutions collaboratives, dernier axe : « par-
tenariats pour la réalisation des objectifs ».
Tout comme les objectifs du Millénaire insistaient sur le fait d’« encourager une
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certaine pression sociétale. Par les principes collaboratifs qu’elles mettent en œuvre,
par la flexibilité et l’innovation qu’elles montrent, par des modèles centrés totale-
ment autour de l’expérience client, les start-up technologiques du monde financier
représentent une menace réelle pour les banques. De même que les nouvelles tech-
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Financement des PME
technologiquement, les entreprises de Fintech réinventent les codes de la banque,
avec un renouvellement de l’expérience client dont les besoins sont au centre du
process. Ce modèle centré expérience client peut, à terme, devenir la norme dans
le service bancaire auprès des particuliers : pour les Millennials, les banques le sont
plus nécessaires pour la gestion et le transfert de leur argent, ils ne se déplacent plus
en agence et font tout à distance.
Cependant, même si la conception de la banque des particuliers est bousculée,
Fintech et banques se complètent et se renforcent sans s’opposer car elles n’ont
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pas la même offre. Les Fintechs ne sont pas présentes sur les autres pans de la
banque universelle, et extrêmement peu auprès des entreprises hormis le poten-
tiel du Greenfield africain. D’autre part, elles n’ont aucune autonomie : elles sont
dépendantes du système bancaire (ou d’un autre système support, en Afrique par
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exemple) car elles sont incapables de créer une chaîne de valeur entière qui s’auto-
alimenterait. Elles ne peuvent pas se couper du secteur bancaire qui leur donne le
carburant pour fonctionner : au contraire, il y a échange dans le sens où les éta-
blissements de paiement FinTechs déposent auprès des banques les fonds collectés,
et rémunèrent les banques pour utiliser leur système de paiement. Elles ne vont
que sur les activités où les conditions d’entrées sont ouvertes, mais pour le reste,
les conditions d’entrées sont très lourdes et rigides (cadre réglementaire, confiance
nécessaire de la part des utilisateurs) : la confiance est nécessaire, et les Fintechs sont
soumises aux mêmes autorités de tutelle des banques. Il est d’ailleurs peu probable
qu’au Nord, dans un terme même moyen, les législateurs ouvrent facilement les
portes à de nouveaux acteurs dont l’historique et les parts de marché sont limités,
et dont le cœur de métier est basé sur la dématérialisation, qui effraie globalement.
Plutôt que de subir les lourdeurs réglementaires, les Fintechs s’adossent donc aux
banques. Par contre, la banque peut déléguer à la Fintech la lutte contre la fraude,
le blanchiment et le financement du terrorisme grâce à une gestion des adresses
IP plus fine par exemple, ce à un coût moindre, car la structure des start-ups est
plus flexible et plus réactive. De plus, pour la partie « banque d’investissement »,
la FinTech représente une source d’investissements opportunistes dans le secteur
technologique quel qu’il soit.
Ainsi, plutôt que de le détruire, la FinTech renforce le système bancaire en contri-
buant à sa nécessaire mutation numérique. Elle permet une mutation digitale, et
explore et teste des pistes à un moment où le modèle économique des banques doit
être revu de force puisque la clientèle fréquente de moins en moins les agences.
Mais dans un terme assez court, on devrait assister à une restructuration du secteur.
D’une part, seules les FinTechs au business model solide et correspondant à un réel
besoin survivront en grossissant pour devenir des acteurs majeurs, à la manière dont
le secteur de la « nouvelle technologie » du début des années 2000 et son foisonne-
ment de start-ups plus ou moins viables s’est restructuré. Les FinTechs seront soit
intégrées dans des départements R&D des grandes banques, soit elles grossiront
pour atteindre la taille critique. A noter qu’une bataille importante devrait avoir
lieu afin d’imposer une norme technologique dominante et permettre notamment
l’interopérabilité. D’autre part, le risque pour les banques consiste plutôt en un
démantèlement de certaines activités plutôt qu’une ubérisation : dans les autres
21 TFD 124/125 - Novembre 2016
industries (presse, voyages….), le cœur du business model était attaqué, mais en
banque une partie du modèle seulement l’est. Ces start-up vont donc conduire à
une défragmentation sans doute nécessaire d’une partie du marché, en remplaçant
le monopole existant des industries établies dans certaines de leurs activités et en
forçant à redessiner le paysage de l’industrie bancaire : le secteur devrait se restruc-
turer avec quelques pure players Fintech, et des acteurs bancaires traditionnels qui
auront un pan de leur business model axé sur les technologies. Certains admettent
pourtant que ces bouleversements devraient conduire à la disparition de presque
deux tiers des acteurs du secteur. Dans tous les cas, la seule solution viable pour les
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grands groupes bancaires est d’être pro-actif en anticipant les usages et modes de
consommation, en mettant en œuvre une intelligence économique centrée les tech-
nologies, en étant attentif aux initiatives des start-up et en acceptant de remettre en
cause les règles de son marché.
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secteur redessiné tel que nous l’avons évoqué précédemment, mais il n’y en aurait
que quelques uns parmi les autres acteurs bancaires. Dans le Sud, au contraire, les
Telcos ont toutes les chances de devenir des acteurs bancaires majeurs, voire uniques
à terme sur l’essentiel du marché, délaissant les gros besoins de financement aux
banques, du moment qu’ils continuent à avoir une approche technologique renfor-
cée de facilitation de l’expérience client et des besoins locaux spécifiques.
Dans tous les cas, au Nord, les Telcos ne devraient pas déstabiliser les banques mais
au contraire les inciter à être plus innovantes : les quelques nouveaux entrants Telcos
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au business model différent partageront une petite partie du marché, et ceci seule-
ment dans le domaine de la banque de détail. Au Sud, les Telcos en tant qu’acteur
de l’e-clusion bancaire vont même renforcer la stabilité financière du pays en per-
mettant un accès plus large et plus stable au système financier pour l’ensemble de la
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elle ne devrait manifestement pas disparaître ni au Nord où le financement parti-
cipatif est un modèle apprécié, ni au Sud où il représente un réel besoin pour les
emprunteurs, notamment entreprises, et pour les petits épargnants potentiels.
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Au-delà, la technologie dans la finance fait apparaître certes des opportunités mais
effraie aussi en termes systémiques comme le montre un rapport récent du Forum
Economique Mondial (où les intérêts bancaires sont sur-représentés) qui identi-
fie six principaux risques. Le premier concerne le crowdlending dans le sens où il
pourrait à nouveau faire perdre confiance dans la finance prise dans son ensemble,
puisque les consommateurs ne seraient pas avertis des grosses pertes potentielles,
le problème étant que «même si les sources de crédit alternatives sont correctement
surveillées, bon nombre d’entre elles transfèrent le risque au consommateur final
– qui peut perdre des sommes importantes à cause d’investisseurs médiocres qui
ne comprennent pas le produit ou les risques qui y sont associés». Cependant, les
pertes à grandes échelles pour les consommateurs pourraient faire revenir en masse
vers les banquiers, ce qui serait une réelle opportunité. Le second risque concerne
l’électronisation des marchés financiers et des matières premières, avec mise en
question sérieuse de l’influence du trading à haute fréquence, des «dark pools», et
du recours aux plateformes de trading alternatives. Le troisième risque est celui de
la sécurisation des données dans un monde où les bases de données sont toujours
plus conséquentes, avec un problème de résilience des systèmes pour protéger les
informations. Le quatrième risque est celui des actions illicites permises par les
innovations technologiques permettant d’échapper à la surveillance, ou de devan-
cer systématiquement le nécessaire contrôle des risques et de la conformité des
innovations, le rendant toujours obsolètes. Le cinquième risque identifié concerne
l’arbitrage réglementaire : lorsqu’une innovation est utilisée, la mise en conformité
et la compétence réglementaire ne sont pas toujours définies clairement dans tous
les pays, ceci permettant à certaines entreprises « d’échapper au contrôle, réduisant
l’exportation des modèles d’entreprise et empêchant l’innovation ». On peut globa-
lement être d’accord avec ces remarques, mais excepté le premier risque, les autres
ne sont pas liés à la FinTech au service des usagers de la banque mais à des dérives
de la finance, qu’elles soient soutenues ou non par les technologies.
Enfin, le dernier risque concerne l’efficacité des paiements utilisant les nou-
velles méthodes d’envoi basées sur l’utilisation du Bitcoin ou autre technologie
de registres, ce qui peut avoir un impact sur l’efficacité des politiques monétaires et
des mécanismes de transmission, selon le FEM. Or les monnaies virtuelles de type
Bitcoin, les Facebook credits, ou les Linden dollars de Second Life (du moment
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Financement des PME
qu’elles sont convertibles en monnaies officielles) sont effectivement une alternative
menaçante pour les seules banques émettrices de monnaies officielles. De plus, il
avait été évoqué le fait que la technologie Blockchain pouvait sécuriser les transac-
tions en rendant les informations résilientes d’une part, transparentes d’autre part,
et en supprimant le besoin de contrepartie, rôle principal des banques. Certains
experts remettent en cause la technologie sur la base de cette absence de contrepar-
tie en citant l’affaire LendingClub. Or l’affaire est certes un problème de contrepar-
tie mais qui est lié à la technique de titrisation et de gestion du risque, de la même
façon que les subprimes, et est donc indépendant de la technologie. Au contraire,
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la technologie Blockchain pourrait assurer la transparence des transactions et éviter
une affaire de type subprime. Par contre, elle rend effectivement les banques inu-
tiles sur la légitimation des transactions et rend l’enrichissement spéculatif sur cette
base impossible, donc représente une menace. L’argumentation du FEM quant à ce
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sixième risque est un prétexte qui cache mal la menace pour les groupes bancaires
d’une technologie qui – au contraire – pourrait abaisser ce risque systémique. Si la
dématérialisation complète de la monnaie sur les réseaux fait peur, dans la réalité,
toutes les monnaies sont déjà dématérialisées, la différence étant que l’information
d’enregistrement des transactions est propriété d’une banque pouvant être masquée
ou corrompue, alors que là, cette information sera publique et accessible à tous.
Conclusion
La FinTech apporte bien davantage en termes d’opportunités de développement
qu’elle ne crée de risque. La profusion des offres innovantes permet de répondre aux
besoins réels de la base, tout en bousculant les pratiques de la banque et en recen-
trant sur les besoins du client. A terme, il y aura restructuration pour que les entités
restantes atteignent une taille critique, comme ce fut le cas pour les start-ups de la
nouvelle économie. Les Telcos surfent sur cette vague et se développent dans les
pays du Sud, notamment Orange en Afrique, mais en complément de l’offre ban-
caire : ce n’est pas destructeur mais stabilisant. Une force de frappe telle que celle
des Telcos est sans doute importante pour secouer les banques, et nécessaire pour
s’imposer auprès des autorités. Car au-delà des solutions pour le développement, la
Fintech est une ressource continuelle de remise en question et elle peut favoriser la
transparence face à l’industrie bancaire par exemple. La bataille des normes techno-
logiques et des conditions réglementaires sera capitale pour l’évolution dans un sens
positif pour le développement : les autorités y ont un rôle important.
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