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TIC - Usage Fin

L'article de Saïd Bourjij explore l'impact des innovations technologiques sur les services financiers, en mettant l'accent sur l'émergence des FinTechs qui redéfinissent le secteur bancaire en répondant aux besoins des clients avec des solutions numériques. Il souligne les différences entre les FinTechs dans les pays développés et ceux en développement, ainsi que l'importance de la collaboration entre ces nouvelles entreprises et les banques traditionnelles pour favoriser l'innovation et améliorer l'accès aux services financiers. Enfin, il aborde les domaines d'intervention des FinTechs, notamment les paiements électroniques, le financement participatif et la sécurisation des transactions.

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TIC - Usage Fin

L'article de Saïd Bourjij explore l'impact des innovations technologiques sur les services financiers, en mettant l'accent sur l'émergence des FinTechs qui redéfinissent le secteur bancaire en répondant aux besoins des clients avec des solutions numériques. Il souligne les différences entre les FinTechs dans les pays développés et ceux en développement, ainsi que l'importance de la collaboration entre ces nouvelles entreprises et les banques traditionnelles pour favoriser l'innovation et améliorer l'accès aux services financiers. Enfin, il aborde les domaines d'intervention des FinTechs, notamment les paiements électroniques, le financement participatif et la sécurisation des transactions.

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INNOVATIONS TECHNOLOGIQUES ET OFFRE DE SERVICES

FINANCIERS EN APPUI AU DÉVELOPPEMENT


Note de Conjoncture et de problématique
Saïd Bourjij

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Épargne sans frontière | « Techniques Financières et Développement »

2016/3 n° 124 | pages 7 à 26


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ISSN 1250-4165
Article disponible en ligne à l'adresse :
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developpement-2016-3-page-7.htm
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Pour citer cet article :


--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Saïd Bourjij, « Innovations technologiques et offre de services financiers en appui au
Développement. Note de Conjoncture et de problématique », Techniques Financières
et Développement 2016/3 (n° 124), p. 7-26.
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Financement des PME
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INNOVATIONS TECHNOLOGIQUES ET OFFRE


DE SERVICES FINANCIERS EN APPUI AU
DÉVELOPPEMENT

NOTE DE CONJONCTURE ET DE PROBLÉMATIQUE

Said BOURJIJ, Directeur d’Epargne Sans Frontière, Rédacteur en chef de la revue Techniques Financières et
Développement

La technologie au service de la finance


L’origine des nouveaux développements technologiques au service de la finance
Nous pouvons certainement estimer que les premiers échanges monétaires par télé-
phone portable remontent à la fin des années 90 quand il fut possible d’acheter du
crédit-temps depuis son portable, puis de recharger le crédit d’un tiers. Par ailleurs,
sur le média Internet se développaient les premières interfaces permettant de consul-
ter à distances l’état de ses comptes bancaires et de faire des virements de compte à
compte, les premiers sites de gestion boursière directe en ligne, tandis que Paypal
naissait pour accompagner les paiements des sites d’achat et vente entre particuliers.
Plus tard émergeait la technologie des blockchains avec le bitcoin. L’origine des inno-
vations venaient du monde des programmeurs – de la technologie – auxquels on
faisait appel pour développer des interfaces permettant d’apporter des solutions aux
besoins émergents du monde dématérialisé qu’avait ouvert Internet. Cependant,
le développement lors des années 2000 était surtout centré sur le e-commerce. Ce
n’est qu’après 2008 que sont réellement apparues de plus en plus de start-up créées
par des anciens banquiers ou traders ayant dû quitter leur emploi suite à la crise, qui
s’alliaient avec des programmeurs ayant souvent déjà officié dans la finance pendant
la période faste.
7 TFD 124/125 - Novembre 2016
Ces start-up utilisaient les technologies innovantes pour repenser les services finan-
ciers et bancaires, en proposant souvent un axe non exploité, ou des services en
ligne de meilleure qualité, moins coûteux, plus simples et accessibles à distance. Un
terme a été développé pour désigner ces start-up : la FinTech qui met la technologie
au service de la finance.
La FinTech a deux particularités : elle s’appuie sur la maîtrise du numérique, mais
surtout, elle place le client au cœur de ses modèles en cherchant à répondre à ses
nouveaux usages. La dynamique des offres y est forte mais aucune n’a l’objectif de

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couvrir l’ensemble des pans du secteur bancaire : au contraire, le positionnement se
fait sur des branches ciblées, mal exploitées, délaissées parfois, voire des niches, en
tout cas dans des espaces stratégiques nouveaux où les contraintes réglementaires
sont limitées.
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Les FinTechs se multiplient sur tous les continents : elles identifient les besoins mal
desservis ou bien elles cherchent des nouveaux marchés liés à de nouveaux usages.
Cependant, l’observation du paysage actuel montre que les Fintechs ne sont pas les
mêmes dans les pays du Nord, ou dans les pays du Sud. Elles n’ont pas les mêmes
activités car elles répondent aux besoins locaux qu’elles repèrent, délaissés par la
banque traditionnelle/commerciale qui s’appuie sur des modèles d’exploitation de
la valeur client de standards internationaux non différenciés. Au Nord, le dévelop-
pement des FinTech se fait surtout autour de la compétence bancaire et financière,
la technologie venant ensuite se greffer ; au Sud, les FinTechs sont principalement/
majoritairement basées sur des compétences technologiques.
Au vu du développement rapide de la FinTech, et du numérique de façon général,
la poursuite des innovations n’est permise que grâce à l’émergence des technologies
Big Data (solutions permettant de traiter des volumétries de données hautes, et
disparates techniquement et géographiquement). Certaines solutions sont proprié-
taires mais d’autres sont collaboratives et partagées, le choix étant d’importance
car il a un impact sur la transparence publique vs. appropriation et captation des
données.

Les domaines de développement de la FinTech


Actuellement, la FinTech intervient dans huit directions : les moyens de paiement,
le transfert d’argent, les échanges de devises, la gestion de budget, les crédits, le
financement des créances, le conseil en gestion portefeuille y compris en termes
d’assurances, et la gestion du compte bancaire. Un autre pan existe, celui de la sécu-
risation des transferts et des monnaies virtuelles.
Les transferts de fonds
Le paiement électronique concerne le e-commerce d’abord, y compris en devises au
niveau international. Il concerne aussi le transfert d’argent entre particuliers, dans
un échange commercial ou de soutien familial. Des plateformes innovantes, du
type échanges de devises entre particuliers peuvent venir se greffer sur ce système.
Les échanges peuvent être totalement virtuels ou avoir une traduction matérielle
pour partie. Les transferts monétaires se réalisent via le réseau mobile ou internet.
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Financement des PME
Ils utilisent des plateformes diverses, souvent multicanal : le mobile, le smartphone,
la tablette, le PC…
Le paiement est encore attaché à un compte bancaire dans les pays du Nord mais
peut se faire sans compte en Afrique ou en Asie septentrionale où le service bancaire
y est virtuel avec dépôt de cash chez un commerçant ou auprès de l’organisme de
téléphonie.
Les transferts de fonds peuvent éventuellement s’appuyer sur des monnaies vir-
tuelles de type Bitcoin, Facebook credits, ou Linden dollars de Second Life. Ce sont

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effectivement des monnaies parallèles non émises par une autorité, et donc hors de
contrôle des banques qui y voient une menace pour leur rôle. Elles représentent une
alternative, tout comme les monnaies locales liés à des modèles participatifs qu’on
a vu se développer pendant la crise, à la fois par besoin d’un système alternatif pour
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assurer la fonction de moyen d’échange quand la monnaie officielle manquait, et


par défiance pour les autorités financières qui avaient créé la situation de crise. C’est
l’existence d’un taux de change avec les monnaies officielles qui peut permettre son
utilisation dans ce contexte, ce qui est le cas pour le Bitcoin.
La gestion patrimoniale
Diverses applications mobiles et plateformes permettent de gérer ses activités ban-
caires. Outre la gestion de ses comptes, il est possible de comparer et choisir ses
investissements, de recourir à des courtiers virtuels ou des comparateurs, d’opti-
miser ses dépenses, voire de partager l’information sur ses propres investissements
dans une optique collaborative. Il peut s’agir de produits d’assurance sous toutes
ses formes, d’épargne, d’investissements boursiers ou de financements à optique
collaborative ou non. La dématérialisation de la documentation, la diminution des
coûts de gestion, facilités par un assouplissement des réglementations permettant
l’ouverture à de nouveaux acteurs, l’optimisation de la gestion du risque (grâce
au Big Data notamment), les nouveaux canaux d’acquisitions, l’amélioration de
la relation client permettent l’émergence de nombreux acteurs et de nombreuses
offres, plus ou moins innovantes.
L’apport de fonds
Au-delà du produit d’épargne, l’apport de fond à travers la FinTech se concentre
sur le financement participatif : le crowdfunding. Il se subdivise essentiellement
en 5 axes : le don simple, le don avec contrepartie matérielle, la participation aux
fonds propres de la société (crowd equity), la participation à un prêt aux PME/TPE
(crowdlending), et le prêt de particulier à particulier (« P2P Lending »). Les PME
peuvent diversifier leurs sources de financement. Le risque de contrepartie lié à
l’activité est pris en compte par d’autres FinTechs qui travaillent par exemple sur
des statistiques comportementales sur l’utilisation du smartphone pour connaître
le risque de l’emprunteur.
La sécurisation des échanges monétaires
Les risques des échanges monétaires dématérialisés sont divers : usurpation d’iden-
tité, hameçonnage, captation et détournement des flux financiers, fausses transac-
tions. Ainsi, des sociétés Fintech, de plus en plus nombreuses, se sont développées

9 TFD 124/125 - Novembre 2016


autour de cette problématique, la pionnière ayant sans doute été Paypal.
Quant au Bitcoin, monnaie totalement virtuelle, il a surtout permis le dévelop-
pement de la technologie Blockchain apparaissant comme une alternative origi-
nale pour sécuriser les transactions puisqu’elle supprime notamment le besoin de
contrepartie bancaire pour certifier de la solvabilité de la transaction en rendant
les données sur les stocks, les propriétés et les échanges totalement transparentes
et partagées collectivement. La Blockchain qui le constitue est une technologie vue
comme révolutionnaire pour la finance dans le sens où elle permet de désintermé-

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dier la validité et la légitimité des transactions en rendant l’information redondante
auprès de tout membre du réseau : la technologie Blockchain pourrait sécuriser le
système du crédit ou les transferts d’argent, supprimant une des principales raison
d’être des banques.
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Une interaction d’acteurs


Des positionnements différents au Nord et au Sud
Au Nord, si la circulation de données multicanal et multi-acteur ne connaît pas de
captation, la monnaie, elle, essentiellement scripturale dématérialisée, est l’exclusi-
vité des banques, or c’est de cet approvisionnement issu du réseau monétaire dont
les FinTech ont besoin : elles s’allient donc avec les acteurs bancaires dans divers
types d’accords aux intérêts mutuels. Au Sud par contre, en Asie septentrionale et
en Afrique essentiellement, les FinTech peuvent collecter une monnaie circulant
essentiellement sous sa forme fiduciaire mais elles ont justement besoin de la faire
circuler de façon dématérialisée, donc de faire circuler des données dans un réseau
peu développé et contraint par les acteurs des télécommunications : elles ont besoin
de ce réseau pour fonctionner et sont contraintes de s’allier donc avec des acteurs
technologiques du secteur des télécoms qui voient la possibilité de diversifier leurs
services, voire pénétrer l’autre secteur – bancaire – à terme.
L’interaction avec les banques
Ainsi, du fait des interactions entre acteurs nécessaires à leur accès aux technologies
mobiles et aux paiements dématérialisés, les banques ont repéré le potentiel de ces
technologies comme un prolongement simple de leurs activités. Elles ont cherché
à vendre de la téléphonie sur laquelle elles ajouteraient la technologie nécessaire –
notamment le paiement sans contact – quand elle serait à maturité. En Afrique,
cette idée d’offrir un service universel a été reprise par Orange, inspiré par le succès
d’M-Pesa-Vodafone.
La FinTech s’interpose entre le client et l’acteur financier sur des axes non cou-
verts par l’acteur traditionnel, en mettant l’expérience client au cœur du modèle.
Il n’y a pas de concurrence frontale, mais des pressions concurrentielles s’ajoutent
à la concurrence globalisée depuis le milieu des années 90 du monde financier
traditionnel. De plus, les banques doivent regagner la confiance des clients perdue
pendant la crise. Elles tendent donc de plus en plus à interagir avec les entreprises
de Fintech. L’apport est mutuel : les start-up ont besoin de l’apport en capitaux du
secteur bancaire pour se développer, mais les banques ont besoin des start-up pour
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Financement des PME
se transformer en bousculant leurs pratiques internes par l’agilité et la capacité à
innover des Fintechs. La coopération des banques avec les Fintechs se fait sous trois
approches : l’acquisition des start-up, la création ou la participation à un incubateur
ou de fonds de développement des FinTechs, et le partenariat.
L’intervention des opérateurs des télécommunications
Les banques étant allées sur le marché du mobile, les opérateurs de télécommu-
nications ont décidé eux aussi d’investir dans les services bancaires en ligne. Le
premier pas a été fait par Vodafone via son service de microfinancement par mobile

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au Kenya (1/3 de la population utilisatrice) : il s’est développé vers les autres pays
de l’Afrique de l’Est, puis en Asie du Sud ou autour de l’Océan indien (allant de
l’Egypte, au Bangladesh, à l’Inde et jusqu’à l’Albanie, la Roumanie et l’Afrique du
Sud où Orange vient d’échouer). M-Pesa permet une inclusion financière au Sud
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pour les non-bancarisés qui ont tous un téléphone mobile (sans passer ni par ban-
carisation ni par téléphonie fixe). Le succès de Vodafone a inspiré Orange offrant
une offre comparable sous le nom d’Orange Money en Afrique où l’opérateur ne
cesse d’étendre ses positions à travers des rachats d’opérateurs locaux pour proposer
une offre panafricaine sur ce marché aux potentialités énormes. L’offre bancaire des
Telcos s’intègre dans le cadre d’une plateforme d’un service général plus vaste, et
comble un réel vide d’infrastructures en Afrique. De plus, l’expérience acquise sur
ce continent permet de monter en compétences techniques pour les transposer sur
les marchés du Nord. L’avantage des opérateurs de télécommunications consiste
en la maîtrise d’un savoir-faire technique et une spécialisation dans le transfert de
données comme appui des moyens de paiement en ligne, et des services bancaires
de façon plus générale.
Les Telcos misent au Nord sur une on-linisation des services bancaires qui a déjà
eu lieu chez Orange et les autres Telcos du Nord espèrent séduire les consomma-
teurs ultra-mobiles et encore peu attachés aux banques, notamment les jeunes et
les populations à faibles revenus qui n’ont pas besoin de réelle gestion de leur patri-
moine. Orange Cash veut proposer une nouvelle offre de paiement sans contact
adaptée au Nord, et a investi dans Groupama Banque pour dépasser la barrière
réglementaire à l’entrée du secteur bancaire dans la zone euro. La diversification des
Telcos dans le domaine bancaire au Nord est une opportunité forte alors que leur
cœur de marché, la téléphonie, arrive à maturité.
Cependant, en l’état actuel des choses, même quand un client utilise un porte-
monnaie virtuel au Nord, l’argent est débité de son compte bancaire : la banque
décide si le client est solvable ou non, et c’est elle qui autorise les transactions.
Une entrée sur le marché des acteurs de l’Internet
Outre les fournisseurs d’accès, des géants présents à la fois sur les contenus on-line
et sur la construction de terminaux s’intéressent aux services bancaires et financiers
: Google, Apple, Samsung se sont aussi lancés sur leurs propres solutions de paie-
ment. Et Google s’est déclaré très intéressé par l’Afrique pour y développer des solu-
tions hybride du déploiement d’internet par réseaux terrestres (notamment fibre
optique) et réseaux mobiles appuyés par la technologie satellitaire.

11 TFD 124/125 - Novembre 2016


En effet, les acteurs d’Internet l’ont repéré : si le business modèle des banques les
a amenés à n’exploiter qu’une très infime partie des marchés du Sud globalement
inintéressant du fait d’une dilution extrême des revenus, la technologie des télé-
communications rend ce marché totalement exploitable à faible coût par les tech-
nologies mobiles. En Chine, le numéro un du commerce en ligne Ali Baba assure
déjà environ 70 % des paiements électroniques mobiles, avec plus de 400 millions
d’utilisateurs. Ces nouveaux acteurs sont encore plus flexibles par leur taille sans
encombre d’un réseau réel à entretenir, et ils maîtrisent eux aussi la technologie.

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La technologie au service du Développement
L’inclusion financière des non-bancarisés : l’e-clusion
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Le potentiel du mobile-banking dans une offre de services bancaires de base


Plus de 2,5 milliards d’adultes dans le monde ne possèdent pas de comptes ban-
caires classiques. L’argent mobile est une solution pour les nombreuses personnes
vivant dans la pauvreté. Dans les pays du Sud, 41 % des adultes possèdent un
compte bancaire, et en Afrique seulement 20 % des familles son bancarisées (chiffre
globalisé avec toutes les réserves nécessaires). La raison évidente est le manque
d’argent, puisque les comptes bancaires sont trop chers, tandis que les banques
physiques sont trop éloignées, en particulier en zones rurales, et que les populations
ne possèdent pas les documents nécessaires pour ouvrir un compte. Dans d’autres
pays, la population montre une défiance envers son système bancaire et ses banques.
Ainsi, Les opérations de transferts d’argent se font généralement en espèces pour ces
populations, mais les méthodes informelles de transferts sont risquées, coûteuses
(même si moins qu’en passant par des sociétés de transferts d’argent), en plus des
problèmes de faiblesse du système de transport. Mais dans les pays peu bancarisés,
une majorité possède un téléphone portable et/ou a accès régulièrement à inter-
net, y compris dans les régions reculées : grâce à la diffusion rapide de la télépho-
nie mobile auprès de cette population très pauvres, des solutions très novatrices
peuvent pallier le manque de services bancaires traditionnels, les transferts d’argent
passant par le système des réseaux mobiles se faisant de façon sécurisée et fiable,
pour un coût modique.
Le développement repose donc maintenant de plus en plus, dans ces zones pauvres,
sur le transfert de fonds et les paiements à distance avec, comme précurseur, M-Pesa.
Cet argent mobile s’est lentement transformé en moyen d’inclusion financière des
plus pauvres. Le marché des transferts d’argent est maintenant largement exploité,
puisqu’en 2012, on dénombrait 140 systèmes de transferts d’argent mobile visant
les personnes exclues du système bancaire dans les pays à faible revenu. Les flux de
transferts étaient de 372 milliards de dollars en 2011, de 467 milliards de dollars
fin 2014. L’Inde (qui cible une e-clusion des trois quarts des 1,3 milliards d’habi-
tants y vivant avec moins de deux dollars par jour) et la Chine sont le premier et
deuxième destinataire de fonds envoyés par les migrants, pour 64 milliards en Inde
et pour 62 milliards en Chine. Mais le potentiel est sans doute le plus important
en Afrique, continent où les infrastructures sont les plus déficientes, et la diffusion

12
Financement des PME
de la téléphonie mobile très importante. En 2015, le transfert de fonds en Afrique
subsaharienne via les téléphones mobiles était déjà très élevé puisque 16 % des
adultes déclareraient avoir payé des factures ou avoir envoyé/reçu de l’argent avec
leur téléphone dans les 12 derniers mois.
Dans la plupart des pays, le transfert d’argent se fait très majoritairement à l’inté-
rieur du pays, éventuellement dans des transferts transfrontaliers en Afrique sub-
saharienne. Par contre, dans les pays où les migrations économiques sont massives
comme les Philippines ou le Pakistan, les transferts de fonds internationaux (remit-

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tances) sont beaucoup plus fréquents, permettant aux migrants d’envoyer l’argent
à leurs proches.
Afin de développer les services d’argent mobile à grande échelle, les opérateurs se
sont basés sur le développement d’un vaste réseau d’agents qui proposent des ser-
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vices de dépôt et de retrait : souvent des commerçants locaux. Ceux-ci reçoivent


une commission pour leur travail et sont chargés de convertir les espèces en argent
électronique et inversement. Techniquement, l’expéditeur dépose l’argent au centre
de transfert qui se rémunère par une commission et transfère ensuite les fonds sous
format électronique vers le téléphone du destinataire via les fournisseurs de services
téléphoniques. Sur les transferts internationaux, le destinataire reçoit un SMS. Pour
récupérer l’argent le destinataire se rend dans un des guichets agréés qui peut être
un magasin ou un restaurant (contre une commission parfois). Les transferts inter-
nationaux sont exécutés automatiquement sur la plate-forme de paiement mobile.
La solidité du réseau est nécessaire pour gagner la confiance des nouveaux utilisa-
teurs de ce type de services financiers formels.
Les acteurs de l’e-clusion bancaire
Parallèlement, il y a multiplication très importante du nombre de fournisseurs
de services de transferts. De façon générale, on peut repérer trois types d’inter-
venants dans le mobile-banking : la banque par une offre intégrée et multicanal,
une collaboration opérateur de téléphonie-banque, et des sociétés indépendantes,
FinTechs locales concluant des accords avec des partenaires bancaires, opérateurs et/
ou marchands locaux : elles développent des applications m-paiement spécifiques
(téléphonie, cartes porte-monnaie électronique…) permettant de réaliser des trans-
ferts de fonds, voire des achats online, ou gestion des comptes. Leur difficulté est
de se faire connaître et d’inspirer confiance. C’est le segment dans lequel apparaît
le plus de nouveaux entrants sur ces 5 dernières années, notamment en Afrique
anglophone, ce qui a permis de tirer les prix vers le bas dans les transferts de fonds
au niveau national. Eux, et les opérateurs de téléphonie, peuvent permettre une
inclusion financière la plus large, y compris dans les zones rurales, mais leur action
dans le transfert de fonds international exige des partenariats avec des institutions
financières intervenant à l’international, partenariats dans lesquels ils sont en posi-
tion de faiblesse ce qui ne favorise pas la concurrence sur ce segment, malgré le
dynamisme local des indépendants.

13 TFD 124/125 - Novembre 2016


Le Greenfield africain et l’étendue des innovations destinées aux particuliers
L’absence d’infrastructures : une opportunité
L’absence d’infrastructures financières adaptées, qui représentent une limite pour les
acteurs traditionnels ou les FinTechs du Nord, représente au contraire une oppor-
tunité pour les FinTech du Sud. En effet, le continent ne connaît pas de probléma-
tiques de rupture technologique, de nécessaire transformation digitale d’un secteur
déjà hyper structuré, qui serait chronophage et coûteux à entreprendre comme cela
l’est dans les pays du Nord. De fait, la faible bancarisation et le cadre juridique

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fragmenté sont utilisés comme levier de croissance par les FinTechs intéressées par
le marché. L’Afrique est le seul continent à avoir adopté directement le téléphone
mobile dans les services financiers sans passer par des institutions bancaires tra-
ditionnelles, ni par le développement à grande échelle de la téléphonie fixe. Les
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FinTech et leurs alliés Telcos proposent maintenant dans les pays du Sud les mêmes
services que le modèle bancaire traditionnel à un moindre coût, en moins de temps,
et à moindre contrainte. Elles proposent en plus une offre exclusivement liée aux
besoins du Sud.
Une multitude d’offre liée aux besoins des zones en développement
L’offre s’est en effet rapidement développée et diversifiée : 17 pays, essentiellement
en Afrique, offrent déjà le service de porte-monnaie mobile rechargeable à distance
y compris sur des corridors nationaux, ou un service de paiement des factures (gaz,
électricité…). Grâce à la technologie, les jeunes reversent une partie de leur salaire
à leur famille restée en zone rurale. Mais ils vont plus loin : ils leur donnent enfin
accès à des produits financiers comme l’épargne ou l’assurance.
Au-delà des transferts P-2-P (envoi et réception d’argent à distance et dans les zones
reculées), les services proposés couvrent, selon les pays, l’achat de crédits-temps de
communication sur le mobile personnel ou celui d’un proche à distance, l’utilisa-
tion du mobile comme porte-monnaie mobile, la vérification de l’état des comptes
et des soldes permettant l’économie d’argent et l’épargne de précaution, mais aussi
le paiement pour les biens et des services (cash to goods : pour que les proches puisse
récupérer dans leur zone éloignée des sacs de riz, des animaux d’élevage, des médi-
caments), le paiement des factures, notamment des services collectifs ou des frais
scolaires, le paiement des prêts avec des micro-crédits par téléphone, ou des micro-
assurances (des récoltes par exemple), les cagnottes collaboratives (reprenant la tra-
dition des tontines) … Ainsi, Afrimarket, leader africain du cash to goods, permet à
la diaspora de financer directement les achats de la vie courante au Sénégal, Togo
ou Côte d’Ivoire à travers un réseau de commerçants affiliés. Le Bouquet PassSanté
présent au Sénégal permet la prise en charge des dépenses médicales par la diaspora.
Le taux d’adoption du mobile-banking dépend du marché et des avantages que le
système peut procurer aux utilisateurs. Ainsi, dans les pays où le fait de payer une
facture est extrêmement chronophage voire coûteux en termes de déplacements, le
paiement de factures d’électricité via le mobile se développe très rapidement : c’est
le cas au Bangladesh ou en Afrique subsaharienne. Le taux de pénétration rapide
de cette technologie a été vu également comme une opportunité par les autorités
publiques pour le versement des salaires des fonctionnaires, des pensions mais aussi
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Financement des PME
l’encaissement des recettes, notamment fiscales, voire la distribution des allocations
familiales (cas en Inde). Enfin, la technologie peut servir aux interventions d’ur-
gence, comme ce fut le cas en Haïti avec la distribution via le mobile de coupons
virtuels aux victimes.
Cependant, beaucoup d’offres répondent aux besoins propres à l’Afrique : elles
sont « africa-ready » mais sont difficilement exportables au-delà des zones ban-
cairement greenfield, peut-être une partie de l’Asie du Sud. C’est au Kenya qu’ont
été proposées et testées des applications mobiles autres que pour le financement,

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destinées notamment aux agriculteurs. Les ONG travaillent avec l’instrument éga-
lement pour l’éducation à la santé, ou la prévention dans différents domaines. La
limite reste essentiellement l’alphabétisation des populations vivant en zones recu-
lées, même si de petites vidéos légères sont pensées aussi parfois par les ONG pour
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compenser cette barrière.


Les interventions peuvent en fait dépasser le cadre de la finance. Ainsi, la start-up
Sproxil au Ghana et au Nigeria permet de lutter contre les médicaments contrefa-
çon. Autour des problématiques agricoles africaines, les technologies mobiles per-
mettent d’informer sur les prévisions météorologiques, les disponibilités des points
d’eau ou de matières premières et intrants, des facilités de transport, des installa-
tions de stockage, ou des techniques culturales et des maladies du bétail (fourniture
d’informations et de matériel d’apprentissage en vue d’acquérir des compétences
agricoles ou de gestion comme le sélection des semences, le choix du sol, la défini-
tion du calendrier…). La technologie mobile permet alors à ces agriculteurs d’avoir
accès au partage d’informations fiables et en temps réel sur le marché, à la diffusion
de conseils de vulgarisation, du suivi et des finances. Elle est rendue accessible aux
utilisateurs analphabètes par la voix et les images (vidéo participative en langues
locales pour les populations cibles). Elle permet de communiquer rapidement dans
le cas d’informations urgentes (par exemple, l’apparition d’une maladie) et elle
facilite l’interaction avec les autres agriculteurs (SMS ou forum Internet) ou des
structures d’aide ou autres ONG supports. Au-delà, les réseaux sociaux permettent
aux populations enclavées d’avoir accès à des informations importantes en termes
d’accès au financement ou à l’activité. Des technologies spécifiques ont été dévelop-
pées pour que Facebook ou d’autres réseaux sociaux puissent fonctionner sur des
téléphones très basiques (USSD), tandis que Facebook envisage des applications
permettant l’accès au transfert d’argent à distance directement sur son réseau.
Le greenfield et le rôle des autorités publiques
En Inde, en Malaisie, à Singapour, ou en Indonésie, les changements économiques
et sociétaux rapides transforment les modes de vie et de consommation de manière
significative du fait d’une confrontation à la mondialisation. L’innovation tech-
nologique, et de façon concomitante l’innovation financière, se font souvent de
manière plus rapide et plus naturelle que dans les marchés matures. Pour les auto-
rités publiques du Sud, la technologie mobile au service de la finance est com-
prise comme une aide au développement non négligeable, une opportunité pour
accompagner l’amélioration des conditions de vie des populations les plus pauvres.
Aussi, les autorités cherchent réglementairement à accompagner ce mouvement

15 TFD 124/125 - Novembre 2016


tant sur les possibilités de transferts que sur l’aspect sécuritaire des transactions.
Elles ne rencontrent pas de difficulté lorsqu’il n’y a pas de conflit d’intérêt ou de
résistance, ni d’enjeu de concurrence frontale avec des géants de la banque ou
d’autres industries.
De fait, les services d’argent mobile sont fondés sur l’interconnexion du secteur des
télécommunications et celui du secteur financier, qui sont des secteurs fortement
régulés, notamment au Nord. Cependant, l’interopérabilité rencontre ( ?) deux
limites. La première est technique : plus le nombre d’opérateurs est important, plus

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les interrelations se multiplient, et le rôle de compensation de l’autorité centrale
devient de plus en plus complexe. Certaines Fintechs d’origine africaine ont repéré
ce problème capital pour l’Afrique, peut-être encore davantage qu’ailleurs : elles y
travaillent. La seconde est liée aux groupes de pressions Dans les économies émer-
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gentes, les systèmes de règlement interbancaire ainsi que les serveurs de paiement,
la plupart du temps, sont exploités par un consortium de banques locales qui n’ont
pas souvent intérêt à encourager le paiement par mobile. L’État doit donc pouvoir
dépasser les intérêts économiques ou politiques pour réellement mettre en place
une réglementation qui favorise l’interopérabilité, indispensable au développement
de l’inclusion financière. Ce sont les régulateurs qui peuvent ou non offrir des
conditions équitables aux opérateurs des deux secteurs, et aux éventuels nouveaux
entrants. Ils aident la banque centrale à lever les restrictions sur l’exclusivité des
agents : les transactions peuvent désormais se faire auprès de guichets appartenant
à une autre banque que la sienne, ce qui permet d’abaisser les prix sur l’ensemble
de la chaîne bancaire.
A terme, outre l’enjeu réglementaire, le réel enjeu sera la normalisation. Il n’existe
pas actuellement de normes technologiques pour les échanges entre client et ser-
veur. Dans cet enjeu, les banques pourraient bien être génératrices de conver-
gence et de normalisation car il est de l’intérêt que les services bancaires sur les
mobiles soient compatibles avec tout type d’appareil. Ainsi, l’utilisateur final doit
pouvoir avoir la possibilité de transférer de l’argent à tous, y compris aux per-
sonnes exclues du système bancaire. L’interopérabilité est de plus en plus difficile
à atteindre. Mais l’union internationale des télécommunications travaille sur la
vulgarisation de la sécurité, la coordination de ses travaux, la fixation des priorités
afin d’aboutir à une réflexion sur les architectures de sécurisation des transferts
d’argent par mobile, même sur des mobiles simples aux technologies basiques
comme en Afrique.
D’un autre côté, l’UIT (union internationale des télécommunications) doit faire
pression sur les régulateurs dans le sens où les banques désirent garder leur pré
carré et éviter que les autres parties prenantes, FinTechs ou TelCos, puissent se lancer
à armes égales. La coordination au niveau international va tenter d’examiner les
normes les technologies et les réglementations du transfert d’argent sur mobile.
Ainsi l’UIT pourrait jouer centrale – notamment dans les PED - en facilitant la
normalisation des innovations en matière de transfert d’argent.

16
Financement des PME
Le financement du développement et les opportunités entrepreneuriales
L’offre de crédit aux entreprises par un financement participatif de la microactivité
et des PME du Sud
La microfinance avait ouvert des possibilités en termes de financement des acti-
vités et des micro-entrepreneurs dans le Sud. Les solutions se sont déplacées au
Nord. Mais alors que le système bancaire traditionnel occidental a atteint son
point de maturité et sa limite de développement, les start-ups FinTechs ont changé
la situation : à travers le crowdlending nouvellement apparu comme solution de

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financement solidaire, les laissés pour compte du système ont vu leurs besoins de
financement des micro-activités pris en considération, au Royaume Uni dans un
premier temps. La position dominante des institutions bancaires traditionnelles
était remise en cause : par les solutions Fintechs, on pouvait désintermédier le crédit
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et atteindre plus de flexibilité. Le crowdlending a connu un réel succès auprès des


consommateurs utilisateurs et apporteurs de fonds.
Au Nord, le crowdfunding est porté par des plateformes de collecte de fonds partici-
patifs : au sens strict, il consiste à recevoir des dons des particuliers sans contrepartie.
Au sens large, il permet une contrepartie en termes de retour sur investissement : la
rentabilité est même souvent supérieure à celle des placements bancaires. Des pla-
teformes comme Unilend permettent de financer plusieurs projets de façon simple
tandis que les placements multiples proposés par les plateformes réduisent le risque
pour l’investisseur. Dans un cas comme dans l’autre, l’entreprise va « prévendre »
son projet. Le système fonctionne lorsqu’il s’agit de petits projets, notamment en
création d’entreprise. Il a l’avantage de ne pas demander de garantie au porteur de
projets, voire de tester l’idée auprès d’un large public. Enfin, dans sa forme « crowd
equity », il permet à des porteurs de projet de financer leur développement auprès
de particuliers en échange d’actions, donc de capital, et de percevoir des dividendes.
Le système de financement participatif s’est rapidement propagé en Asie du Sud-
Est où il y est en croissance rapide : les chiffres de collecte sont impressionnants en
Inde, à Singapour ou en Indonésie, avec des plates-formes qui alimentent notam-
ment les petites et moyennes entreprises. En Indonésie, le besoin en crédits serait
d’environ 28 milliards de dollars américains. Dans les pays où une grande partie
du crédit opère déjà dans les cercles familiaux, amicaux au sein des communautés
proches, le crowdlending a forcément un réel potentiel. Ceci est d’autant plus vrai
dans les pays où les réseaux sociaux représentent un vrai phénomène sociétal. C’est
ainsi le cas de l’Inde qui apparaît émerger comme l’un des plus grands marchés du
crédit participatif dans le monde.
Les solutions de financement innovant apportées par les Fintechs au Sud dépassent
la microentreprise. En effet, dans les pays émergents, dans les pays en développe-
ment encore davantage, les PME non plus ne trouvent pas de sources de crédit
auprès du système bancaire : elles sont donc constamment à la recherche d’investis-
sements pour soutenir leur croissance. Les FinTechs sont donc accueillies comme
une véritable chance dans ces pays où les modèles collaboratifs existent déjà tra-
ditionnellement : les acteurs économiques voient clairement la force de transfor-
mation positive de ces innovations financières. Les produits peuvent être encore
17 TFD 124/125 - Novembre 2016
davantage développés en se basant sur les réseaux sociaux, la fibre communautaire,
la solidarité Nord-Sud ou l’utilisation de causes communes liées notamment au
développement durable. Des prêts avec accord en ligne mais sans contrepartie se
développent grâce au crowdlending pour ces PME. D’autres solutions de finance-
ment dématérialisé et à distance peuvent exister : Ali Baba permet déjà aux TPE
chinoises l’octroi de crédit que les banques chinoises n’acceptaient pas du fait de
l’absence d’un historique en termes de connaissance du client. Au-delà, les produits
proposés aux PME du Sud peuvent être divers et leur donner accès à ce qu’elles ne
pouvaient espérer auparavant, comme les diverses assurances pour leurs activités,

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ainsi que des services d’affacturage en ligne.
Le développement de nouvelles opportunités d’activités
En termes d’opportunités pour les entrepreneurs et pour la vie économique, les
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systèmes de paiement et de transfert basés sur la FinTech sont déjà une réalité qui
favorise le développement du tissu économique actuel : les personnes sans carte ou
sans compte bancaire peuvent désormais acheter chez les commerçants. Cela ne
peut que favoriser le commerce local et la croissance par les échanges.
Mais au-delà des avantages pour les paiements, dans un terme très court, certains
veulent développer les achats en ligne en Afrique ou dans les zones pauvres, avec
développement du e-commerce pour des petits commerçants physiques répertoriés
par une plateforme de commandes en lignes – sorte de click-and-collect du Sud :
ces commerçants locaux auraient alors accès à une zone de déploiement plus large
que leur zone de chalandise habituelle. Ceci serait permis avec une sécurisation des
transactions à la fois pour le consommateur et pour le commerce. En effet, l’Afrique
reste encore peu avancée dans les achats en ligne mais le continent montre de très
fortes opportunités du fait d’un taux de pénétration d’Internet devant atteindre
50 % d’ici 2020 : grâce aux moyens de paiements dématérialisés et à l’e-clusion,
les petits consommateurs en zone urbaine ou rurale auront alors accès aux sites
marchands en ligne – regroupant des fournisseurs commerçants physiques affiliés
selon les zones – là où, pour l’instant, il semblait difficile que ces consommateurs
non bancarisés puissent payer les transactions, ceci grâce aux systèmes de paiement
dématérialisés.
Enfin, l’Afrique et les zones pauvres du Sud représentent d’immenses opportunités
pour les start-ups africaines basées sur ces technologies innovantes. Les besoins sont
immenses, les idées pour y répondre nombreuses, et les compétences réellement
présentes.

La technologie dans la finance : renfort ou source d’instabilité dans les Objectifs


du Millénaire/« Rio + 20 » ?
Une inscription dans les Objectifs Développement Durable de l’UNDP
Parmi la réduction des inégalités, le 10e objectif des 17 ODD (pensées dans le
cadre du « Rio + 20 » et dans la continuité des objectifs du Millénaire) est la pro-
blématique des inégalités en termes de revenu et d’accès au financement : « les

18
Financement des PME
inégalités de revenu sont un problème mondial qui appelle des solutions mondiales.
Cela suppose d’améliorer la régulation et la surveillance des institutions et marchés
financiers, d’encourager l’aide au développement et les investissements directs au
profit des régions où les besoins sont les plus grands. Faciliter une migration et une
mobilité sans danger est déterminant pour réduire cette fracture grandissante ». Or,
le désenclavement financier permet l’empowerment des plus pauvres, notamment
des femmes en leur donnant accès à des financements et donc à la création de leurs
propres activités. Il permet de renforcer l’accès à davantage d’égalité et de réduire la
pauvreté, un des principaux objectifs et des 17 ODD. Il permet aussi la réduction

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des disparités régionales. Il favorise les solutions collaboratives, dernier axe : « par-
tenariats pour la réalisation des objectifs ».
Tout comme les objectifs du Millénaire insistaient sur le fait d’« encourager une
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croissance économique inclusive, une prospérité partagée et des modes de vie


durables pour tous », les ODD veulent favoriser l’industrie, les innovations et
les infrastructures. La technologie du mobile-banking favorise des infrastructures
d’échanges et de développement à un moindre coût. Quant au financement par-
ticipatif, il permet d’un côté, l’accès à l’épargne, de l’autre côté le financement des
activités locales.
D’un point de vue écologique, la technologie permet un développement des infras-
tructures sans pollution. Inversement, des solutions d’alimentation des mobiles et
autres infrastructures permettant les échanges, basés sur les énergies renouvelables,
permettent de désenclaver les zones pauvres et excentrées, et de favoriser l’e-clusion
bancaire par le mobile notamment. La diffusion d’informations et l’éducation aux
comportements durables passent aussi par le mobile, comme nous l’avons vu pour
un apprentissage de méthodes agricoles utilisant peu des ressources naturelles –
notamment des ressources hydriques - et respectant l’environnement. Ces éléments
sont fondamentaux pour l’Afrique puisque selon le rapport 2014 du Groupe d’Ex-
perts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC), le continent sera,
d’ici 2050, le continent le plus concerné par le changement climatique. La COP 21
avait déjà insisté sur le phénomène, rappelant les objectifs d’un financement vert,
mais la COP 22 de Marrakech entend mettre l’Afrique et ses problématiques, au-
delà de celles des pays pauvres, au centre des débats et des préoccupations.
Sans forcément avoir besoin d’une alphabétisation poussée mais grâce à l’accès à
des vidéos, des solutions innovantes ont été évoquées précédemment, basées sur
une technologie mobile assez simple : cela permettrait d’éduquer à divers éléments
qui font l’objet des ODD : la réduction de la mortalité infantile, la protection de
la santé, notamment infantile et maternelle, et la lutte contre plusieurs épidémies
dont le SIDA, l’accès à l’éducation, l’égalité des sexes. Les conseils aux producteurs,
notamment en termes de gestion, sont diffusés par ce biais. Nombreuses sont les
ONG, institutions et fonds privés militant pour un développement durable qui
voient tous le potentiel de cette technologie, et veulent l’exploiter bien au-delà.
Ainsi le font la Banque Mondiale, le GSMA, mais aussi la fondation Bill et Melinda
Gates qui travaillent pour le développement de l’argent mobile en faveur des per-
sonnes non-bancarisées.

19 TFD 124/125 - Novembre 2016


Une déstabilisation institutionnelle du pilier financier ?
Les FinTechs, une menace pour les banques ?
Contrairement aux banques, les FinTechs proposent des services adaptés aux nou-
veaux comportements d’achat et aux nouveaux paradigmes sociaux de l’économie
collaborative. Les grands établissements bancaires ont des rigidités liées à leurs
structures démesurées de banque universelle ainsi qu’aux lourdeurs du cadre régle-
mentaire contraignant, de Bâle 3 actuellement. De plus, suite à la crise de 2008 et
l’image négative du monde financier que celle-ci a engendré, le secteur connaît une

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certaine pression sociétale. Par les principes collaboratifs qu’elles mettent en œuvre,
par la flexibilité et l’innovation qu’elles montrent, par des modèles centrés totale-
ment autour de l’expérience client, les start-up technologiques du monde financier
représentent une menace réelle pour les banques. De même que les nouvelles tech-
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nologies ont obligé les secteurs de la presse, de la musique ou du tourisme à revoir


leurs modèles économiques, le secteur bancaire et financier va devoir se réinventer.
L’émergence des FinTechs fait pressentir une transformation majeure de l’industrie,
qui devait de toute façon se renouveler.
Les FinTechs sont installées sur les différents domaines stratégiques de la banque de
détail : l’offre des services bancaires de base (dans les pays du Sud), le crédit (à la
micro-activité, aux TPE et PME), l’assurance et l’épargne. Elles rongent progressi-
vement la part de marché des spécialistes du crédit aux particuliers, aux entreprises
PME/TPE, la part des moyens de paiement, de l’affacturage ou de la gestion de
devises. Pour ces raisons, certains supposent que les FinTechs vont entraîner une
« ubérisation » de la banque, c’est-à-dire une situation dans laquelle un nouvel
entrant, pure player, arrive sur un marché établi avec un modèle économique plutôt
de rupture, qui remet en cause les règles du modèle économique traditionnel du
secteur. Ce modèle est viral intrinsèquement et repose sur le fait que la création
de valeur est réalisée par les utilisateurs eux-mêmes à travers leur utilisation de la
plateforme et leur propre « travail ». Il obtient un levier extrêmement fort grâce à
une très faible structure de coûts : une taille critique est nécessaire, mais ensuite, la
rentabilité explose. Vu la faiblesse des coûts de départ puisque le modèle fonctionne
sur la dématérialisation, les FinTechs ont en effet très peu de difficulté à lever de
fortes quantités de capitaux en jouant sur la masse : leur business model est de type
plateforme où ils sont des intermédiaires – d’ici provient leur création de valeur –
qui permettant à chaque utilisateur de la plateforme de consommer et de délivrer
des services : le « travail » (collecte de fonds, transferts, comparaison et souscription
d’assurance…) est réalisé par les utilisateurs eux-mêmes via la technologie. La seule
nécessité est la force du réseau, facteur-clé de succès nécessaire pour garantir la
qualité du service rendu, et sa pérennité.
L’industrie bancaire – le modèle de banque universelle – est complexe et struc-
turée en plusieurs domaines d’activités stratégiques : les Fintech n’attaquent que
certaines de ces activités sans remettre totalement en cause l’ensemble du modèle.
Elles répondent à des besoins peu ou mal desservis et s’intéressent en grande partie
aux « non-clients », ceux qui n’ont pas besoin d’un conseil fortement personnalisé
ni de montages complexes de réelle gestion de patrimoine. Mais en y répondant

20
Financement des PME
technologiquement, les entreprises de Fintech réinventent les codes de la banque,
avec un renouvellement de l’expérience client dont les besoins sont au centre du
process. Ce modèle centré expérience client peut, à terme, devenir la norme dans
le service bancaire auprès des particuliers : pour les Millennials, les banques le sont
plus nécessaires pour la gestion et le transfert de leur argent, ils ne se déplacent plus
en agence et font tout à distance.
Cependant, même si la conception de la banque des particuliers est bousculée,
Fintech et banques se complètent et se renforcent sans s’opposer car elles n’ont

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pas la même offre. Les Fintechs ne sont pas présentes sur les autres pans de la
banque universelle, et extrêmement peu auprès des entreprises hormis le poten-
tiel du Greenfield africain. D’autre part, elles n’ont aucune autonomie : elles sont
dépendantes du système bancaire (ou d’un autre système support, en Afrique par
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exemple) car elles sont incapables de créer une chaîne de valeur entière qui s’auto-
alimenterait. Elles ne peuvent pas se couper du secteur bancaire qui leur donne le
carburant pour fonctionner : au contraire, il y a échange dans le sens où les éta-
blissements de paiement FinTechs déposent auprès des banques les fonds collectés,
et rémunèrent les banques pour utiliser leur système de paiement. Elles ne vont
que sur les activités où les conditions d’entrées sont ouvertes, mais pour le reste,
les conditions d’entrées sont très lourdes et rigides (cadre réglementaire, confiance
nécessaire de la part des utilisateurs) : la confiance est nécessaire, et les Fintechs sont
soumises aux mêmes autorités de tutelle des banques. Il est d’ailleurs peu probable
qu’au Nord, dans un terme même moyen, les législateurs ouvrent facilement les
portes à de nouveaux acteurs dont l’historique et les parts de marché sont limités,
et dont le cœur de métier est basé sur la dématérialisation, qui effraie globalement.
Plutôt que de subir les lourdeurs réglementaires, les Fintechs s’adossent donc aux
banques. Par contre, la banque peut déléguer à la Fintech la lutte contre la fraude,
le blanchiment et le financement du terrorisme grâce à une gestion des adresses
IP plus fine par exemple, ce à un coût moindre, car la structure des start-ups est
plus flexible et plus réactive. De plus, pour la partie « banque d’investissement »,
la FinTech représente une source d’investissements opportunistes dans le secteur
technologique quel qu’il soit.
Ainsi, plutôt que de le détruire, la FinTech renforce le système bancaire en contri-
buant à sa nécessaire mutation numérique. Elle permet une mutation digitale, et
explore et teste des pistes à un moment où le modèle économique des banques doit
être revu de force puisque la clientèle fréquente de moins en moins les agences.
Mais dans un terme assez court, on devrait assister à une restructuration du secteur.
D’une part, seules les FinTechs au business model solide et correspondant à un réel
besoin survivront en grossissant pour devenir des acteurs majeurs, à la manière dont
le secteur de la « nouvelle technologie » du début des années 2000 et son foisonne-
ment de start-ups plus ou moins viables s’est restructuré. Les FinTechs seront soit
intégrées dans des départements R&D des grandes banques, soit elles grossiront
pour atteindre la taille critique. A noter qu’une bataille importante devrait avoir
lieu afin d’imposer une norme technologique dominante et permettre notamment
l’interopérabilité. D’autre part, le risque pour les banques consiste plutôt en un
démantèlement de certaines activités plutôt qu’une ubérisation : dans les autres
21 TFD 124/125 - Novembre 2016
industries (presse, voyages….), le cœur du business model était attaqué, mais en
banque une partie du modèle seulement l’est. Ces start-up vont donc conduire à
une défragmentation sans doute nécessaire d’une partie du marché, en remplaçant
le monopole existant des industries établies dans certaines de leurs activités et en
forçant à redessiner le paysage de l’industrie bancaire : le secteur devrait se restruc-
turer avec quelques pure players Fintech, et des acteurs bancaires traditionnels qui
auront un pan de leur business model axé sur les technologies. Certains admettent
pourtant que ces bouleversements devraient conduire à la disparition de presque
deux tiers des acteurs du secteur. Dans tous les cas, la seule solution viable pour les

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grands groupes bancaires est d’être pro-actif en anticipant les usages et modes de
consommation, en mettant en œuvre une intelligence économique centrée les tech-
nologies, en étant attentif aux initiatives des start-up et en acceptant de remettre en
cause les règles de son marché.
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Sur la problématique de technologie au service du développement, les FinTechs du


Sud ne peuvent qu’apporter localement les solutions que les banques ne sont pas
en mesure d’offrir, et elles ne peuvent pas déstabiliser les institutions bancaires qui
restent – au Sud – des piliers solides et difficilement attaquables du financement
des grands comptes privés et d’entreprises, ainsi que de l’émission de monnaie et de
garantie du système.
Les Telcos, une menace pour les banques ?
La menace la plus importante ne vient peut-être pas des FinTechs mais plutôt des
Telcos dont nous avons montré l’ascension en Afrique sur les services bancaires sur
mobiles. Pour l’instant, présentes sur l’offre bancaire essentiellement dans les pays
du Sud, les Telcos ne concurrencent pas en l’état les banques : elles n’ont simplement
pas la même cible de marché. En Afrique, les banques ne souhaitent pas ouvrir des
comptes par millions. Par contre, encore davantage que les Fintechs de par l’éten-
due de leur réseau, les Telcos peuvent et veulent le faire avec le mobile-banking :
ils veulent jouer sur le potentiel en termes de volume (nombre d’abonnés … les
plus pauvres) avec une offre la plus étendue possible, centrée autour du téléphone
mobile, leur média naturel, les banques exploitant les marchés à forte valeur (ceux
de la faible proportion des bancarisés : seulement ceux qui représentent un certain
potentiel financier et peu de risques). En outre, le cadre réglementaire empêche la
concurrence frontale puisque c’est encore le secteur bancaire qui est légitime sur la
garantie de la solvabilité. Ainsi, Orange s’allie avec différents acteurs : l’accord BNP
Paribas-Orange Money en Afrique, ou l’acquisition de Groupama en France.
Cependant, à travers ces alliances, on constate que l’ambition d’Orange est forte. A
terme, la menace est réelle : au Sud, un géant comme Orange pourrait demander
à obtenir cette légitimité auprès des autorités, par la force de son nombre d’uti-
lisateurs, particuliers, commerçants, et entreprises, et par l’importance qu’il aura
dans le développement de l’économie des pays. On peut même envisager que, fort
de sa légitimation dans le domaine bancaire en tant qu’émetteur de crédits et de
monnaie en Afrique, Orange demande son accréditation au Nord en s’appuyant
également sur ses acquisitions bancaires comme Groupama. Il pourrait donc y
avoir de nouveaux acteurs issus de la téléphonie dans le secteur bancaire au Nord,

22
Financement des PME
secteur redessiné tel que nous l’avons évoqué précédemment, mais il n’y en aurait
que quelques uns parmi les autres acteurs bancaires. Dans le Sud, au contraire, les
Telcos ont toutes les chances de devenir des acteurs bancaires majeurs, voire uniques
à terme sur l’essentiel du marché, délaissant les gros besoins de financement aux
banques, du moment qu’ils continuent à avoir une approche technologique renfor-
cée de facilitation de l’expérience client et des besoins locaux spécifiques.
Dans tous les cas, au Nord, les Telcos ne devraient pas déstabiliser les banques mais
au contraire les inciter à être plus innovantes : les quelques nouveaux entrants Telcos

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au business model différent partageront une petite partie du marché, et ceci seule-
ment dans le domaine de la banque de détail. Au Sud, les Telcos en tant qu’acteur
de l’e-clusion bancaire vont même renforcer la stabilité financière du pays en per-
mettant un accès plus large et plus stable au système financier pour l’ensemble de la
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population, et non plus pour une partie infime.


Les risques financiers systémiques
Parmi les 17 ODD, le dixième « la réduction des inégalités » évoque explicitement
le besoin de stabilité financière : « cela suppose d’améliorer la régulation et la sur-
veillance des institutions et marchés financiers ». Il montre du doigt les risques sys-
témiques que fait courir la finance, mis en exergue par la crise de 2008. Celle-ci
a été entraînée par des défauts de prêts et par des innovations financières en ce
domaine mais le crowdfunding/crowdlending échappe aux yeux des régulateurs que
l’axe FinTech effraie actuellement le plus. Les prêts se font parfois à des taux usu-
riers – ressemblant aux dérives de la microfinance à certains moments, et laissant
présager des défauts de paiement en résilience avec la crise de subprimes – et hors
du cadre réglementaire à inventer… Mais la demande d’un cadre réglementaire est
aussi une façon pour les banques de garder leur pré-carré au lieu de laisser une inno-
vation constructive se développer dans des règles bénéfiques pour l’économie et les
emprunteurs. Le récent incident du Lending Club est emblématique car elle a éga-
lement été utilisée pour défier le FinTech, proposant de mettre en lumière le risque
systémique issu la technologie. Face à ce financement participatif rémunérateur, un
certain nombre de problèmes sont réels et avérés. Le premier est la liquidité dans un
modèle purement peer-to-peer, où il est nécessaire de trouver un prêteur intéressé
pour chaque personne éligible à un crédit sur la plateforme : le moindre doute sur le
modèle d’évaluation du risque de crédit (on ne sait pas jusqu’à quel point les crédits
risqués seront un jour acceptés sur Lending Club) fait immédiatement refluer les
prêteurs, ce qui génère une risque de liquidité important. Intéressés par le levier de
rentabilité, des investisseurs institutionnels (banques, hedge funds, gestionnaires de
portefeuille, etc.) sont venus parfois remplacer les particuliers, offrant jusqu’à plus
de 50% des fonds du crédit. Dans un contexte de taux d’intérêt très bas, le crédit
via les places de marché FinTech est devenu une classe d’actifs très attractive pour les
investisseurs institutionnels, mais dès que les institutionnels décideront soudaine-
ment de changer de classe d’actifs, faisant disparaître des millions de la plateforme, le
risque de liquidité fera pleinement surface, entraînant d’ailleurs sans aucun doute les
particuliers dans le phénomène de retrait des plateformes. Pour équilibrer ses sources
de liquidités, Lending Club a créé un montage passant par une très petite banque
américaine qui lui permet de réaliser ses propres emprunts de liquidités alimentant
23 TFD 124/125 - Novembre 2016
sa plateforme. Ce mode de fonctionnement – à fort levier de rentabilité d’ailleurs
quand la plateforme fonctionne bien – a été remis en question par le régulateur
américain. De plus, Lending Club fait de la titrisation de ses créances, envoyant un
rappel négatif des origines de la crise, d’autant qu’en tant que pur intermédiaire dans
la chaine du crédit, Lending Club n’assume aucun risque : si les emprunteurs font
défaut, Lending Club ne perd pas d’argent directement, hormis l’effet réputation-
nel. Cependant, les experts estiment que le prêt sur des places de marchés est bien
plus efficient que par les agences bancaires : la preuve en est que les banques, dont
Goldman Sachs, essayent désormais de répliquer ce modèle. Quant à la demande,

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elle ne devrait manifestement pas disparaître ni au Nord où le financement parti-
cipatif est un modèle apprécié, ni au Sud où il représente un réel besoin pour les
emprunteurs, notamment entreprises, et pour les petits épargnants potentiels.
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Au-delà, la technologie dans la finance fait apparaître certes des opportunités mais
effraie aussi en termes systémiques comme le montre un rapport récent du Forum
Economique Mondial (où les intérêts bancaires sont sur-représentés) qui identi-
fie six principaux risques. Le premier concerne le crowdlending dans le sens où il
pourrait à nouveau faire perdre confiance dans la finance prise dans son ensemble,
puisque les consommateurs ne seraient pas avertis des grosses pertes potentielles,
le problème étant que «même si les sources de crédit alternatives sont correctement
surveillées, bon nombre d’entre elles transfèrent le risque au consommateur final
– qui peut perdre des sommes importantes à cause d’investisseurs médiocres qui
ne comprennent pas le produit ou les risques qui y sont associés». Cependant, les
pertes à grandes échelles pour les consommateurs pourraient faire revenir en masse
vers les banquiers, ce qui serait une réelle opportunité. Le second risque concerne
l’électronisation des marchés financiers et des matières premières, avec mise en
question sérieuse de l’influence du trading à haute fréquence, des «dark pools», et
du recours aux plateformes de trading alternatives. Le troisième risque est celui de
la sécurisation des données dans un monde où les bases de données sont toujours
plus conséquentes, avec un problème de résilience des systèmes pour protéger les
informations. Le quatrième risque est celui des actions illicites permises par les
innovations technologiques permettant d’échapper à la surveillance, ou de devan-
cer systématiquement le nécessaire contrôle des risques et de la conformité des
innovations, le rendant toujours obsolètes. Le cinquième risque identifié concerne
l’arbitrage réglementaire : lorsqu’une innovation est utilisée, la mise en conformité
et la compétence réglementaire ne sont pas toujours définies clairement dans tous
les pays, ceci permettant à certaines entreprises « d’échapper au contrôle, réduisant
l’exportation des modèles d’entreprise et empêchant l’innovation ». On peut globa-
lement être d’accord avec ces remarques, mais excepté le premier risque, les autres
ne sont pas liés à la FinTech au service des usagers de la banque mais à des dérives
de la finance, qu’elles soient soutenues ou non par les technologies.
Enfin, le dernier risque concerne l’efficacité des paiements utilisant les nou-
velles méthodes d’envoi basées sur l’utilisation du Bitcoin ou autre technologie
de registres, ce qui peut avoir un impact sur l’efficacité des politiques monétaires et
des mécanismes de transmission, selon le FEM. Or les monnaies virtuelles de type
Bitcoin, les Facebook credits, ou les Linden dollars de Second Life (du moment
24
Financement des PME
qu’elles sont convertibles en monnaies officielles) sont effectivement une alternative
menaçante pour les seules banques émettrices de monnaies officielles. De plus, il
avait été évoqué le fait que la technologie Blockchain pouvait sécuriser les transac-
tions en rendant les informations résilientes d’une part, transparentes d’autre part,
et en supprimant le besoin de contrepartie, rôle principal des banques. Certains
experts remettent en cause la technologie sur la base de cette absence de contrepar-
tie en citant l’affaire LendingClub. Or l’affaire est certes un problème de contrepar-
tie mais qui est lié à la technique de titrisation et de gestion du risque, de la même
façon que les subprimes, et est donc indépendant de la technologie. Au contraire,

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la technologie Blockchain pourrait assurer la transparence des transactions et éviter
une affaire de type subprime. Par contre, elle rend effectivement les banques inu-
tiles sur la légitimation des transactions et rend l’enrichissement spéculatif sur cette
base impossible, donc représente une menace. L’argumentation du FEM quant à ce
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sixième risque est un prétexte qui cache mal la menace pour les groupes bancaires
d’une technologie qui – au contraire – pourrait abaisser ce risque systémique. Si la
dématérialisation complète de la monnaie sur les réseaux fait peur, dans la réalité,
toutes les monnaies sont déjà dématérialisées, la différence étant que l’information
d’enregistrement des transactions est propriété d’une banque pouvant être masquée
ou corrompue, alors que là, cette information sera publique et accessible à tous.

Conclusion
La FinTech apporte bien davantage en termes d’opportunités de développement
qu’elle ne crée de risque. La profusion des offres innovantes permet de répondre aux
besoins réels de la base, tout en bousculant les pratiques de la banque et en recen-
trant sur les besoins du client. A terme, il y aura restructuration pour que les entités
restantes atteignent une taille critique, comme ce fut le cas pour les start-ups de la
nouvelle économie. Les Telcos surfent sur cette vague et se développent dans les
pays du Sud, notamment Orange en Afrique, mais en complément de l’offre ban-
caire : ce n’est pas destructeur mais stabilisant. Une force de frappe telle que celle
des Telcos est sans doute importante pour secouer les banques, et nécessaire pour
s’imposer auprès des autorités. Car au-delà des solutions pour le développement, la
Fintech est une ressource continuelle de remise en question et elle peut favoriser la
transparence face à l’industrie bancaire par exemple. La bataille des normes techno-
logiques et des conditions réglementaires sera capitale pour l’évolution dans un sens
positif pour le développement : les autorités y ont un rôle important.

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• Bulb in town, Blockchain : l’essentiel pour (enfin) tout comprendre !, le 29 avril
2016 / Fintech revolution
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