CEG DU LAC ANNEE SCOLAIRE : 2019-2020
03BP1278 TEL : 21 32 13 26 CLASSE : Tle A, B, C et D
COTONOU DUREE : 4 heures
DEUXIEME DEVOIR SURVEILLE DU PREMIER SEMESTRE
EPREUVE DE FRANÇAIS
Situation d’évaluation
Quelle que soit la région, les pratiques traditionnelles sont sources de bonheur et
d’épanouissement. Mais en Afrique, certaines traditions existent encore et constituent une
nuisance à la culture dans son essence. Les textes du corpus ci-après en parlent. Lis-les et
réponds aux consignes qui les accompagnent.
Corpus de texte
Texte 1 : « Chefferies africaines » : institutions en danger de Blaise Pascal TALLA in Journal de
l’Afrique en Expansion, N°353, Février 2004.
Texte 2 : « Le Journal intime de Fati. », In Le Français au Cours Moyen Deuxième Année, Nouvelle
Presse Publications, Cotonou, 2004.
Texte 3: Amadou KONE, Le respect des morts, Hatier, 1980.
Texte 1 : Chefferies africaines : institutions en danger.
[…] De plus en plus souvent, les chefs traditionnels sont ainsi nommés, avec l’aval des
gouvernements en place, au lieu d’être choisis en application des règles traditionnelles et
validés par les conseils des notables. Signe des temps : dans de nombreux pays, à travers toute
l’Afrique noire, le pouvoir politique s’est si bien infiltré dans les sphères traditionnelles que les
chefs sont officiellement classés auxiliaires d’administration – ce qui signifie que le plus petit
préfet ou sous-préfet leur est hiérarchiquement supérieur. Un tel dévoiement de l’autorité
traditionnelle est contraire à l’esprit et à la lettre des us et coutumes africains, car il
décrédibilise le personnage le plus sacré de la société en le ramenant au rang d’un simple
commis administratif de village.
Plus grave : les chefs traditionnels qui, hier encore, étaient des personnalités hautement
respectées pour leur neutralité et leur positionnement au dessus des groupes politiques, sont
de plus en plus nombreux à être enrôlés dans les états-majors de partis politiques. On a ainsi vu
le défunt Ngnié Kamga Joseph faire campagne pour un parti politique et user de son autorité
pour tenter d’intimider ceux de ses sujets qui avaient le tort de s’affilier à des formations
politiques différentes de la sienne. Ce faisant, il ne se ridiculisait pas seulement (paix à son âme),
il dévalorisait également la noble fonction qu’il occupait. Des Etats non-démocratiques
s’appuient ainsi sur des chefs traditionnels pour maintenir les populations dans l’obscurantisme.
On constate aussi que nombre de chefs sont si obnubilés par l’enrichissement personnel
qu’ils sont prêts à se lancer dans toutes sortes d’activités pour se procurer de l’argent. Après
leur couronnement comme souverains traditionnels, certains d’entre eux continuent, par
exemple, de travailler comme fonctionnaires ou agents de l’Etat, ou à gérer leurs petites
affaires, histoire d’arrondir leur fin de mois. Or, par définition, un chef traditionnel africain digne
de ce nom n’a pas de besoins matériels, puisque son peuple s’organise pour subvenir à ceux-ci
et financer son train de vie. L’histoire enseigne qu’un souverain obligé de se lancer dans des
activités professionnelles ou commerciales pour assurer sa survie perd son indépendance de
jugement et met en danger la dignité du peuple qu’il est censé représenter.
Quant aux notables dont le rôle est, en principe, de servir de conseillers du souverain, de
veiller au respect des traditions et d’être ainsi les gardiens de la mémoire historique de la
communauté, ils n’hésitent pas non plus à s’investir en politique, ou à brader leurs services au
plus offrant. Dans tous les pays, ils sont nombreux désormais à monnayer leurs titres de
noblesse, à se laisser utiliser par les clans, à se rendre complices de tentatives de pillage des
terrains et du patrimoine du village par des hommes d’affaires puissants. Malgré leur âge
généralement avancé, on en voit même certains fréquenter les boîtes de nuit à la mode pour
danser le « ndombolo », le « bensikin » ou le « zouk », ou abandonner leur dignité lors de
beuveries dans des bars et courir après de jeunes filles avec la fougue de leur capacité
d’influence.
Les responsables de cette désespérante évolution sont nombreux. Il y a évidemment les
dirigeants politiques africains, toujours prêts à faire feu de tout bois pour assouvir leurs
ambitions personnelles. Leur action s’inscrit en droites lignes de celle des colons d’hier, qui
avaient compris que le meilleur moyen de maintenir les populations africaines sous le joug de
leur domination était de décapiter les chefferies les plus puissantes et les mieux organisées, ou
alors de les subvertir en interférant dans leur organisation et leur fonctionnement. Il y a
également certaines élites villageoises, que la pauvreté et la misère ont progressivement
transformées en mendiants, qui n’hésitent pas à monnayer le moindre pouvoir dont elles
disposent, même si cela a pour conséquence de détruire le socle institutionnel des chefferies
africaines. Il y a enfin les populations elles-mêmes, affaiblies par le découragement et le
dénuement, et prêtes à tolérer qu’on leur impose des souverains illégitimes et indignes.
Les chefferies se trouvent aujourd’hui à la croisée des chemins. Mais le pire n’est pas
forcément à venir. Les Africains sont encore très nombreux à croire au caractère sacré de ces
institutions qui pourraient servir à stimuler le développement politique et économique du
continent. Le nécessaire équilibre entre la tradition, le culte de la mémoire collective, la
préservation du patrimoine, les exigences de la modernité et les aspirations individuelles est
certes délicat. […] Il est urgent que l’Afrique se réapproprie une institution dont elle a de bonnes
raisons d’être fière.
Blaise Pascal TALLA in Journal de l’Afrique en Expansion, N°353, Février 2004.
Texte 2 : Le journal intime de Fati.
Après un moment de silence, Fati reprit : « J’étais une petite fille un peu plus jeune que
toi, j’avais des amies et je crois bien que j’étais heureuse. Et puis, un matin, trois vieilles femmes
du village vinrent nous réveiller, mes deux cousines et moi. Grand-mère nous ordonna de les
suivre. La plus vieille avait en main un couteau au manche entouré d’amulettes, pendant que les
deux autres portaient de petits sacs contenant de vieux pagnes. Nous n’étions pas rassurées.
N’ayez crainte, nous dit grand-mère, on ne vous fera aucun mal. Elles veulent seulement vous
aider à devenir de vraies femmes. Mais, vois-tu Baké, c’était là un mensonge grossier.
On m’a dénudée. Assise sur un tabouret, j’avais les jambes écartées et solidement
retenues par deux femmes. La troisième, armée d’un couteau aiguisé, mais non stérilisé, coupa,
trancha ce que mon corps a de plus intime. Il y eut de la douleur, des cris, des pleurs et
beaucoup de sang. ». Fati ne dit plus rien, revivant en pensée ces instants pénibles. Quant à moi,
j’étais horrifiée et je ne savais que dire.
« Dis-moi, Baké, reprit Fati, pourquoi cela, pourquoi s’attaquer à une jeune fille sans
défense ? Au nom de quelles traditions ? Pour devenir une vraie femme ? Mensonge, trois fois
mensonge. Une vraie femme est constituée de toute sa chair. Dans notre tradition, une vraie
femme a des enfants, une vraie femme vit. Je ne suis plus une vraie femme : on a coupé dans
ma chair. A cause de cette pratique, ma cousine Fousséna est morte, vidée de son sang. Et tant
d’autres que je ne connais pas, mais dont l’esprit pleure en silence. »
Après un long moment, Fati posa sa main sur la mienne et me dit : « J’ai été une victime.
Je souhaite de tout mon cœur que tes sœurs et toi, vous n’en soyez pas d’autres. C’est
tellement inutile et douloureux. Méfiez-vous et résistez autant que vous pourrez ; la force de la
tradition est grande. Par ignorance, j’ai perdu une part essentielle de ma féminité. Soyez
vigilantes et ne vous laissez pas exciser car c’est autant votre corps que votre esprit que l’on
mutile. »
In Le Français au Cours Moyen Deuxième Année,
Nouvelle Presse Publications, Cotonou, 2004.
Texte 3 :
(Le respect des morts met en scène la construction d’un barrage sur un fleuve, près d’un
village qui sera englouti par la montée des eaux. N’Douba, villageois installé à la ville, se fait
l’avocat du progrès).
ANOUGBA : Quand les eaux du barrage auront englouti notre village, que nous restera-t-il
N’Douba ?
N’DOUBA : On construira loin d’ici un village moderne, avec des maisons en dur, un village
éclairé la nuit, un village avec l’eau courante. Enfin un village où l’on sera mieux armé pour
vivre.
N’Da : Et puis, que nous restera-t-il vraiment de nous-mêmes ? Nous deviendrons des esclaves.
Nous, nous préférons notre tranquillité, notre vie faite de communion avec les génies et les
morts. Nous lutterons toujours pour ça, N’Douba.
N’DOUBA : Ce n’est pas dans cette voie que nous devons lutter, père. Dans ce sens même si
nous remportons une victoire, elle ne sera pas moins provisoire.
ANOUGBA : Toute victoire est provisoire. La vraie victoire est la persévérance dans la lutte. C’est
pourquoi, nous, vos pères, pensons que les Blancs ne nous ont pas vaincus. Parce que nous
sommes encore nous-mêmes. Et nous aimons notre vie. Nous n’avons pas besoin d’un univers
où la nuit est trop claire, trop claire et pâlit le bonheur.
N’DOUBA : Vous ne pouvez pas travailler à maintenir l’homme Noir intégral, je veux dire,
uniquement lui-même et lui seul. La tranquillité de demain doit se préparer dans les remous
d’aujourd’hui. L’homme Noir de demain se fait non par celui qui s’accroche désespérément au
passé ni par celui que l’Europe dans son intérêt a perdu en l’éblouissant, mais simplement par
celui qui est assez lucide pour avancer vers l’Europe tout en restant lui-même. Nous avons
besoin de la technique, nous avons besoin de la modernisation.
N’Da : Mais c’est que la modernisation ne fera du bien qu’à nos corps, non à notre personne.
Elle ne peut faire de nous que des hommes vides. Le barrage détruira la retraite des morts qui
veillent sur nous.
N’DOUBA : Peut-être vaudrait-il mieux ne pas mêler les morts et les génies à nos problèmes.
AMADOU KONE, Le Respect des morts, Hatier, 1980
Consignes
I- Compétences de lecture (04pts)
1. Précise le thème commun aux trois textes (01 pt)
2. Confronte les textes et dis si les trois auteurs abordent les mêmes aspects du thème
développé. (03 pts)
II- Travaux d’écriture (16 pts)
NB : Le candidat traitera l’un des trois sujets au choix.
Sujet 1 : Contraction de sujet (texte 1)
Consignes
1) Explique en deux (02) ou trois (03) phrases la valeur du groupe de mots ‘’plus grave’’
employé au début du 2e paragraphe. (2 pts)
2) Dégage la structure du texte et propose un titre à chaque partie (2 pts)
3) Résumé
Ce texte comporte environ 765 mots. Réduis-le au quart de son volume soit 190 mots.
Une marge de plus ou moins 10% étant admise. Indique à la fin de ton résumé le nombre exact
de mots utilisés (5 pts).
4) Discussion
A la fin du texte, l’auteur écrit : « Les Africains sont encore très nombreux à croire au
caractère sacré de ces institutions qui pourraient servir à stimuler le développement politique et
économique du continent ». Explique et discute ce point de vue. (7 pts)
Sujet 2 : Commentaire composé (texte 2)
Tâche : Fais de ce texte un commentaire composé que tu organiseras à ton gré. Tu pourras
montrer par exemple comment le narrateur dénonce la pratique de l’excision.
Analyse du texte
Consigne
1) Dégage l’idée générale du texte (2 pts)
2) Propose deux centres d’intérêt pertinents que tu développeras dans ton commentaire
composé. (2 pts)
3) Pour chaque centre d’intérêt, relève deux procédés formels et dis l’idée que suggère
chacun d’eux. (2 pts)
4) Rédige ton devoir (10 pts).
Sujet 3 : Dissertation (texte 3)
Amadou KONE pense que l’homme Noir de demain n’est ni un passéiste, ni un extraverti
mais simplement « celui qui est assez lucide pour avancer vers l’Europe tout en restant lui-
même ».
Après avoir expliqué ces propos, tu donneras ton point de vue.
Consigne
1) Dégage le problème posé. (2 pts)
2) Elabore le plan du corps du devoir. (4 pts)
3) Rédige ton devoir. (10 pts)
Bonne réflexion !!!