# chapter 1
17:30
Dans une chambre d'hôpital oubliée du monde, un jeune homme écrivait.
Ses cheveux tombaient en mèches sur son ordinateur, ses mains
tremblaient...
Mais il continuait d'écrire.
Il écrivait comme s'il ne lui restait plus qu'une dernière chose avant la fin.
Ses yeux noirs, éteints, semblaient vides malgré la lumière pâle de l’écran.
Le tic-tac de l'horloge étirait le silence jusqu’à le rendre palpable.
À ce moment-là, la porte de la chambre s’ouvrit, laissant entrer une femme
de ménage.
Un léger sourire adoucit ses lèvres alors qu’elle observait la chambre.
« Comme d’habitude, ta chambre est toujours aussi propre, Ethan. »
Aucune réponse ne lui vint.
Le garçon continuait d'écrire sans tourner la tête.
Son sourire s’effaça lentement, une ombre de tristesse passant dans son
regard...
Ce garçon avait cessé de lui parler il y a trois ans.
À son arrivée, dix ans plus tôt, il était encore souriant, optimiste malgré sa
maladie.
Mais au fil des ans… l’espoir avait lentement quitté son regard.
Elle le regarda un moment, soupira tristement, puis murmura
intérieurement :
Pauvre garçon...
Elle se mit à balayer, fredonnant doucement pour briser l’ambiance
1 / 24
pesante.
Le temps passa.
Carla termina de nettoyer la chambre, jeta un dernier regard au garçon —
toujours absorbé dans son écriture — puis sortit en silence.
Sa journée terminée, Carla se dirigea vers le bureau de l'infirmière en chef.
Elle frappa doucement.
Une voix l'invita presque aussitôt :
« Entrez. »
Carla poussa doucement la porte, entra respectueusement, et salua la
femme en face d’elle.
— Bonjour madame, excusez-moi de vous déranger... Je voulais
simplement vous prévenir que j’ai terminé le nettoyage du service pour
aujourd’hui.
Lisa, occupée à ses papiers, leva les yeux de son bureau et lui sourit.
— Merci beaucoup ! Vous avez pu tout faire sans problème ?
— Oui, tout s’est bien passé. Les chambres, les couloirs, les salles
communes… tout est fait.
Lisa hocha la tête.
Elle allait lui souhaiter une bonne journée… mais se ravisa, se souvenant de
quelque chose.
— Et lui ? Comment va-t-il ?
— Lui ? Ethan ?
Carla baissa légèrement la voix en répondant.
— Oui, est-ce qu'il a montré des signes de changement ?
— Non, il reste toujours collé à son ordinateur… à écrire je ne sais quoi.
Carla avait souvent voulu savoir ce qu’il passait ses journées à écrire.
Mais même à l’époque où il était un peu plus bavard, il ne lui avait jamais
répondu.
2 / 24
Lisa soupira, puis s’adossa contre sa chaise.
— Son état mental n'a cessé de se dégrader depuis l’implantation du
stimulateur cardiaque... À part manger et dormir… il passe ses journées à
écrire.
Cardiomyopathie restrictive… à seulement 18 ans.
La vie peut être si cruelle, pensa-t-elle.
Regardant la porte se refermer, Lisa pensa une fois encore au pauvre
garçon enfermé dans quatre murs blancs.
Elle jeta un coup d’œil aux papiers éparpillés sur son bureau.
Toujours aucun greffon cardiaque disponible, pensa-t-elle, inquiète.
Avec un dernier soupir résigné, elle se replongea dans son travail.
...
L’horloge claqua doucement, rompant le silence de la chambre.
19:00
Ethan s’arrêta d’écrire.
Il chercha du regard sa bouteille d’eau.
Il se leva difficilement, entravé par les fils qui le reliaient aux machines.
Il s'arrêta, fixant du regard le dispositif d’assistance ventriculaire — ces
machines qui semblaient le maintenir en vie…
Pour lui, elles n’étaient rien d’autre que des chaînes.
Il y a longtemps, il croyait pouvoir s’en sortir… tant qu’il avait sa famille à
ses côtés.
Il eut envie de rire en pensant à sa naïveté.
Depuis ce jour maudit, il ne pouvait plus ni sortir, ni courir, ni même respirer
sans surveillance.
Les machines veillaient sur lui, hurlaient au moindre signe de défaillance.
3 / 24
On lui avait dit qu’il lui restait dix ans à vivre.
Qu’il y avait encore un espoir…
Peut-être… si un jour, une âme charitable lui offrait un cœur.
Les années passaient… et depuis longtemps, il avait cessé d’espérer.
Espérer ne faisait que raviver sa souffrance.
Alors, pour ne plus saigner inutilement… il s’était résigné.
Pourtant, les machines, implacables, continuaient de le maintenir en vie.
Quelle ironie.
Certains avaient peur de mourir.
D’autres non.
Mais il existait une peur commune à tous.
L'absurde.
Même les plus braves trembleraient face à une mort absurde.
Mourir, la veille d’un mariage attendu depuis des années…
Mourir, sur la route d’un voyage rêvé toute une vie…
Mourir, le jour où l’on avait enfin décidé de changer de vie… pour être
heureux.
Une fin… vraiment tragique.
Mais lui… son sort était encore plus cruel.
Sa vie entière… n’était qu’une absurdité silencieuse.
Parfois, il restait des heures allongé là, à fixer le plafond…
Jusqu’à ce que ses pensées s’éteignent d’elles-mêmes.
Plus de colère.
Plus de peur.
Plus rien… juste le vide.
Alors, pour survivre, il décida de fuir.
4 / 24
De fuir cette réalité qui ne faisait que l’enfoncer, jour après jour, dans un
désespoir sans fond.
Il décida d’écrire.
Sa vie s’était effondrée.
Alors, il décida d’en forger une autre : une vie plus riche, plus libre, plus
vibrante que jamais.
Il décida d’écrire son propre roman.
C’était un caprice.
Une pulsion née du vide…
Quelque chose surgie de rien.
Puis, ce fut son échappatoire.
Son refuge.
Sa seule raison de vivre.
Il aimait ses personnages comme sa propre famille.
Il les avait portés, façonnés, aimés…
Jusqu’à en oublier son propre vide.
Quant au personnage principal…
Il incarnait l’homme qu’il avait toujours rêvé d’être.
À travers ses aventures, il vivait.
À travers lui… il existait.
Il but une gorgée d’eau, puis se rassit lentement.
Ce roman devait être achevé aujourd’hui.
Il se remit à écrire… oubliant peu à peu la douleur, les regrets, et le monde.
...
La nuit était tombée.
Mais Ethan écrivait encore.
Ses doigts couraient de plus en plus vite sur le clavier,
tandis que ses yeux, fatigués, suivaient lentement les mots qui défilaient.
5 / 24
« Le chaos régnait.
Des cadavres jonchaient le sol par milliers.
L’air empestait le sang… et le temps semblait figé dans une agonie
silencieuse. »
Ses doigts s’immobilisèrent.
Il trembla légèrement… puis étouffa une quinte de toux rauque.
Mais il continua…
Encore.
« Aiden fixait le ciel, le regard perdu…
Jusqu’à ce qu’au loin, une silhouette surgisse, l’observant en silence.
La silhouette, d'une voix rauque et grinçante, laissa tomber des mots
teintés de moquerie et d'ironie :
— Alors… es-tu satisfait ?
— Es-tu heureux… vraiment heureux ?
— As-tu obtenu… ce que ton cœur désirait tant ?
Un silence écrasant tomba, suspendant le temps,
avant qu’Aiden ne réponde d’une voix presque éteinte :
— Non.
La silhouette l’observa sans un mot,
puis, dans un souffle presque imperceptible, murmura :
— Je vois.
Aiden leva lentement la main, pointant son doigt vers la silhouette.
L’air se mit à trembler.
Pourtant, face à la mort imminente, la silhouette ne broncha pas.
Un sourire ironique effleura ses lèvres…
Avant que son corps ne se dissolve en poussière.
Aiden observa la poussière disparaître, son regard éteint, vidé de toute
6 / 24
émotion.
Sans un mot, sans un souffle…
Il semblait aussi mort que le monde qui l'entourait.
Une dernière fois, Aiden replongea dans ses souvenirs…
Et, fugitive comme un souffle, une ombre de tristesse traversa son regard.
Il contempla une dernière fois ce monde en ruines.
Puis, lentement, un sourire amer effleura ses lèvres.
Il claqua des doigts.
Sa silhouette vacilla… avant de se fragmenter, lentement, jusqu’à
disparaître.
Le monde en ruines resta silencieux,
baigné d’un calme étrange…
Un calme trop pur pour une fin aussi tragique.
C’était la fin. »
Enfin.
Ethan leva lentement les yeux vers l’horloge.
Ses aiguilles, indifférentes, n’avaient jamais cessé leur marche…
Il contempla l’heure, comme on contemple une dernière vérité.
23:30
Il soupira doucement, s'étirant comme pour relâcher des années de
tension.
Un sentiment rare l’envahit…
Celui d’avoir accompli quelque chose de vrai.
Jusqu’ici, il n’avait survécu que par habitude — pas par volonté.
Ce roman avait été sa seule lumière, son seul refuge…
Et maintenant qu’il était achevé, il ne savait plus où aller.
Mais ce n’était pas le moment d’y penser.
Il devait dormir… juste dormir.
Il se força à sourire, un sourire sans force,
puis murmura pour lui-même, presque silencieusement :
7 / 24
— Vivons au jour le jour…
Parfois, il repensait à un vieux mythe qu’il avait griffonné au tout début.
Une légende fragile…
Porteuse d’un espoir absurde.
« On dit qu'à Solaris, certaines âmes renaissent, guidées par la lumière de
l'étoile blanche. »
Il se coucha doucement,
le cœur encore lourd d’émotions qu’il ne savait nommer.
Ce soir, quelque chose s’était refermé.
En silence.
Comme un livre trop longtemps ouvert sur une seule page.
Le temps s’écoulait, implacable.
Chaque battement de l’horloge résonnait comme une sentence inévitable.
Les aiguilles, indifférentes, poursuivaient leur danse…
Jusqu’à ce que minuit sonne.
Un silence lourd comme la mort s’abattit sur la chambre.
Comme si le monde entier retenait son souffle.
Ethan, allongé dans son lit, sentit son cœur se resserrer.
Pas comme les autres fois.
Cette fois, c’était… plus profond. Plus grave.
Une pression.
Lente.
Sourde.
Implacable.
Comme si, quelque part dans l’ombre du monde,
quelque chose avait murmuré que c’était l’heure.
Son souffle devint plus court.
Plus hésitant.
8 / 24
Plus fragile.
Et soudain — comme un interrupteur qu’on éteint — tout s’arrêta.
Son corps s’effondra de l’intérieur. Il ne voyait plus. N’entendait plus. Ne
sentait plus le drap sous ses doigts.
Tout se dissolvait.
Mais… une pensée subsista. Un éclat.
Les visages de ceux qui l’avaient aimé.
Leurs regards pleins d’un espoir fragile.
Un doux mensonge…
« Il va s’en sortir. »
Mais lui…
Il avait toujours su.
Dès le premier regard.
Dans leurs yeux, il avait tout lu.
La pitié.
Le chagrin.
La peur.
Tous ces aveux silencieux que leurs lèvres n’osaient prononcer.
Il revit les jours sans odeur ni saveur.
Les mêmes murs.
Le même plafond.
Le tic-tac obstiné d'une horloge qu'on finit par ne plus entendre.
Écrire pour fuir.
Écrire pour survivre.
Écrire…
Pour donner un sens à l’insensé.
Un dernier pincement.
Léger.
Presque tendre.
Effleura son cœur, une dernière fois.
9 / 24
Regret ?
Résignation ?
Peut-être… les deux.
Et puis… plus rien.
Un souffle s’éteignit.
Dix ans de lutte…
Disparus dans le noir.
Les machines hurlèrent.
Un cri strident, inutile.
Un écho contre un corps déjà vide.
Puis…
Le silence.
Cette nuit-là, Ethan Miller mourut.
...
...
Un silence lourd enveloppa tout.
Pas de lumière.
Pas de sons.
Rien.
Seul un vide.
Un vide qui semblait n’avoir ni début ni fin.
Puis…
Très lentement…
Quelque chose frissonna au fond du néant.
Une vibration infime.
Comme un battement étouffé dans l'obscurité.
Et, à travers le voile épais de l’oubli,
10 / 24
Ethan sentit une douleur sourde pulser dans son être.
Il aurait voulu bouger, parler, respirer…
Mais rien ne répondait.
Juste cette sensation :
Un appel lointain.
Un murmure venu d’ailleurs.
Quelque chose…
Ou quelqu’un…
Le rappelait à l’existence.
——————————————————————
POV de Ethan Miller :
●
●
●
Une douleur aiguë me transperça le crâne.
Comme une aiguille enfoncée jusqu’au fond de mon cerveau.
Le néant autour de moi se déforma.
J’avais l’impression de tomber…
Tomber à travers le tissu même de la réalité.
Comme si l’univers se remodelait à chacun de mes battements de cœur
inexistants.
Je ne sentais rien.
Je ne contrôlais rien.
Mais je voyais.
Des fragments de lumière flottaient autour de moi, comme des éclats de
souvenirs distordus.
11 / 24
Le sourire d’Aiden.
Le régent des ombres, levant son arme.
Garm, traversant les royaumes…
Où suis-je ?!
J’essayai de crier — mais aucun son ne sortit.
J’étais réduit à un simple spectateur de ma propre existence.
Je continuai de tomber, sans repères, sans fin.
Mon esprit, incapable de comprendre, resta figé…
Jusqu’à ce que, lentement, la sensation de chute s’efface.
Et qu'un calme étrange vienne stabiliser le monde autour de moi.
Mes sens revenaient, un par un.
L’air, tiède et poussiéreux, s'infiltra dans mes poumons.
Mes paupières se soulevèrent brusquement.
Des murs blancs.
Mais pas ceux de l'hôpital.
Ces murs-là étaient fissurés, délavés par des années de silence.
Je tournai la tête.
Une table en bois grinça doucement.
À travers une fenêtre poussiéreuse, une lumière orange, stagnante,
baignait la pièce d'une lueur immobile.
L'odeur du bois humide et de la cire rance flottait dans l’air.
Pas de tubes.
Pas de machines.
Pas de bips stridents pour rythmer mon souffle.
Ce n'était pas ma chambre.
12 / 24
Où suis-je ?
Sous mes doigts, les draps râpeux me grattèrent la peau.
À chaque mouvement, le lit émettait un grincement sourd.
Je me levai lentement, mon cœur battant contre mes côtes.
Un vertige monta, me forçant à poser une main tremblante contre le mur.
Mes pas me guidèrent vers une armoire en bois brut.
Sans ornement.
La porte grinça lorsque je l’ouvris.
À l’intérieur : une simple bourse en cuir usé, posée seule sur une étagère
nue.
Je l'ouvris.
Dix pièces de cuivre roulèrent dans ma paume.
Eh bien… De misère en misère, pensai-je, un sourire amer naissant sur mes
lèvres.
Je refermai la bourse, mon regard glissant lentement sur la chambre
silencieuse.
Est-ce un rêve ?
Peut-être qu'ils ont réussi à me réanimer, et que je suis... dans un coma.
Mais...
Peu importe le temps qui passait,
tout demeurait figé autour de moi.
Puis, je le vis :
Un bureau, à moitié caché dans l'ombre.
Quelque chose y scintillait faiblement, attirant mon regard.
En m’approchant, mon regard tomba sur un cadre poussiéreux.
13 / 24
Une photo.
Je la soulevai lentement.
Un jeune homme me fixait à travers le verre terni.
Beau.
Mais étrange.
Ses cheveux, noirs comme l’encre, retombaient en mèches désordonnées
autour de ses oreilles.
Sa peau, d'une blancheur délicate, semblait presque luire sous la lumière
orange.
Mais ce ne fut pas son visage qui m’arrêta.
Ce furent ses yeux.
Rouge cramoisi.
Un rouge profond, insondable,
que même l'obscurité ne parvenait à étouffer.
Est-ce une maladie ?
Un effet de lumière ?
Je restai figé.
Fasciné.
Et plus je le regardais…
Plus je voyais.
Ce n’était pas la couleur qui me glaçait.
C’était ce qu’elle cachait.
Ces yeux étaient comme les miens.
Vides.
Même entouré de monde, il ne souriait pas.
14 / 24
Son regard ne reflétait aucune lumière.
Comme si son âme s’était éteinte il y a longtemps.
Il ne vivait pas.
Il survivait.
Tout comme moi.
Je le savais.
Je le sentais.
Ma gorge se serra imperceptiblement.
Sur le bureau, près du cadre, un carnet était posé.
Je l’ouvris.
Sur la première page, une écriture fine s’étalait :
« Ezra Crimson »
Ça devait être son nom.
Ezra Crimson.
Et cet endroit... probablement chez lui.
Mais comment suis-je arrivé ici ?
J'avais depuis longtemps abandonné l’idée que tout cela pouvait être un
rêve.
Aucun rêve ne durait aussi longtemps.
Aucun rêve ne semblait aussi... réel.
Mon regard dériva jusqu'à une porte entrouverte.
Hésitant un instant,
15 / 24
je m’en approchai prudemment.
...
Noir.
Trop noir.
La pièce devant moi semblait être une salle de bain…
Mais aucune lumière ne perçait son obscurité.
Le noir y était épais, étouffant.
Je fis un pas en avant.
Un miroir me faisait face.
Instinctivement, je m’y penchai.
Et là...
Deux éclats cramoisis jaillirent de l’obscurité.
Non.
Non…
NON !
Un cri m’échappa alors que je reculais brusquement, fixant le reflet.
Ezra.
Ce n’était pas moi.
Ce n’étaient pas mes yeux.
Ce n’était pas mon visage.
Comment... ?!
16 / 24
Comment est-ce possible ?!
Je suis Ethan…
Je suis Ethan, n’est-ce pas... ?
Mais ce visage…
Ces yeux…
Ils étaient miens.
Et pourtant, ils ne l’étaient pas.
Mon souffle devint saccadé.
Si je suis lui… alors que lui est-il arrivé ?
Est-ce que ça veut dire que…
je suis vraiment mort ?
Je me pinçai.
Fort.
Encore.
La douleur était là.
Brute.
Réelle.
Ce n’était pas un rêve.
Je me suis… réincarné ?
Transmigré ?
Je restai là, figé, face au miroir.
La tête assaillie par des centaines de questions sans réponse.
Inspirant lentement pour me calmer, je détournai le regard.
Rien d’autre.
Le silence.
17 / 24
Un silence total, oppressant.
Je revins lentement dans la pièce principale.
Mes mains tremblaient légèrement alors que je saisissais le carnet,
priant silencieusement pour y trouver une réponse.
Stupide.
J'ai été tellement stupide de croire.
Stupide d'espérer.
Stupide d'essayer.
Je pensais qu'avec assez d'efforts, les choses changeraient.
J'ai tenu bon contre la pauvreté.
J'ai tenu bon contre les années d'esclavage.
Mais on ne peut pas s'accrocher éternellement à une vie vide de sens.
La lumière de l'Étoile Blanche m'a abandonné.
Si quelqu’un, quelque part, se soucie assez de moi pour lire ces mots…
Laissez-moi vous donner un dernier conseil.
Ce monde est une machine à broyer les rêves.
Elle se nourrit de ceux qui croient encore pouvoir échapper à leur destin.
Chaque être qui naît dans ce monde vient au monde enchaîné au destin.
On peut tendre ces chaînes, les tordre,
parfois même croire qu'on les brisera…
Mais au final, elles nous rappellent toujours à elles.
18 / 24
Si je ne me tue pas moi-même,
la Main Saeral le fera à ma place.
Adieu.
Ezra Crimson. »
Je continuai de lire, absorbant les mots,
tandis que mon expression passait —
de l’empathie,
à la confusion,
du choc,
à l’étonnement.
« Étoile blanche. »
« Main Saeral. »
Mon esprit se figea.
Ces mots.
Ces mots-là… je les connaissais.
Vraiment.
Je les avais écrits.
Griffonnés.
Répétés encore et encore, sur les pages de mon vieux carnet.
Une nuit d’ennui,
une nuit de solitude,
j’avais inventé cet univers.
Comment… ?
Je restai immobile,
incapable de penser clairement.
19 / 24
À cet instant, peu importait tout le reste :
seul ces deux mots résonnaient, lourds, inévitables.
« L’Étoile Blanche »...
Ce phénomène céleste au début...
« La Main Saeral »...
Cette organisation hypocrite, cruelle, corrompant tout ce qu’elle touchait.
Ces mots…
venaient de mon histoire.
Alors...
Non.
Ça ne peut pas être...
Mon corps commença à trembler sous l’intensité de cette pensée...
Réprimant cette idée folle,
je me tournai lentement vers la fenêtre,
et l’ouvris doucement.
...
Un courant d'air passa,
soulevant doucement les cheveux d’Ethan.
Mais il resta figé.
Ses yeux, grands ouverts,
fixaient l’horizon sans ciller.
Une larme glissa le long de sa joue.
Puis une autre.
Et encore une autre.
20 / 24
Un sourire se dessina lentement sur ses lèvres.
Un sourire qu’il croyait perdu à jamais.
Pour la première fois depuis des années,
ses yeux reflétaient une lumière.
Une lumière éclatante.
La lumière de l’espoir.
Là-haut, dans un ciel embrasé,
une étoile blanche brillait,
éclatante,
solitaire,
magnifique.
En bas,
une cité majestueuse baignait sous sa lumière,
les toits et les pierres reflétant des lueurs dorées.
Au loin,
des palais faits d’ivoire et d’or
dressaient leurs silhouettes jusqu’à tutoyer les cieux.
Comme si cela ne suffisait pas…
De grandes créatures traversaient les nuages,
leurs ailes déployées,
majestueuses,
imposantes.
Des griffons.
Leurs cris formaient une symphonie sauvage,
pure,
21 / 24
vibrante,
comme une salutation venue du ciel.
Ethan resta immobile,
le cœur noué d’une émotion oubliée,
incapable de détacher ses yeux de ce spectacle irréel.
Un seul mot s'imposa dans son esprit.
Solaris.
Il l’avait écrite.
Il l’avait imaginée.
Et maintenant, elle se dressait devant lui,
projetant sur lui sa lumière dorée.
Ethan se laissa tomber sur le lit,
soudainement épuisé par le flot d’émotions.
C’est vraiment mon roman, pensa-t-il.
Il posa une main sur sa poitrine.
Un cœur y battait doucement.
Un vrai cœur.
Il inspira profondément,
sentant l’air tiède, chargé de chaleur et de réconfort.
Rien à voir avec l’air froid et stérile de l’hôpital.
Une dernière larme roula sur sa joue.
22 / 24
Mais cette fois,
il la laissa tomber,
comme on laisse aller un vieux cauchemar.
Dans ce silence doux,
quelque chose s’alluma en lui.
Une chaleur timide.
Un éclat discret :
De la satisfaction.
La lumière de l’Étoile Blanche glissa sur son visage,
et un autre sourire étira ses lèvres alors qu’il ouvrait les yeux.
Ce monde...
C'était une seconde chance.
Et il comptait bien la saisir.
Il se leva.
Avança d’un pas ferme.
Et ouvrit la seule porte qu’il n’avait pas encore franchie.
Il était prêt.
23 / 24
24 / 24