Fonctions de Deux Variables
Fonctions de Deux Variables
Introduction
Dans le cadre de l'étude des fonctions à plusieurs variables, les fonctions à deux
variables réelles constituent une étape fondamentale. Elles permettent de modéliser
des phénomènes où une grandeur dépend de deux paramètres, comme la température
en fonction de la longitude et de la latitude, ou la pression en fonction du volume et de
la température. Ce cours abordera les concepts clés nécessaires à la compréhension et
à la manipulation de ces fonctions, en se concentrant sur les aspects topologiques,
différentiels et d'optimisation.
Nous allons explorer les notions d'ouverts dans R2 , la continuité, les dérivées
partielles, le gradient, la règle de la chaîne, et enfin, les extrema de fonctions à deux
variables. Chaque concept sera illustré par des exemples et, lorsque pertinent, des
démonstrations rigoureuses, dans l'esprit des exigences des classes préparatoires
scientifiques (MPSI).
1. Ouverts de R2
Pour comprendre la continuité et la différentiabilité des fonctions à deux variables, il
est essentiel de maîtriser la notion d'ouvert dans R2 . Cette notion est une
généralisation de celle d'intervalle ouvert sur R.
Définition : Boule ouverte
Soit A = (x0 , y0 ) ∈ R2 et r > 0. La boule ouverte de centre A et de rayon r, notée
B(A, r), est l'ensemble des points M = (x, y) ∈ R2 tels que la distance euclidienne
Exemples d'ouverts
R2 lui-même est un ouvert.
Une boule ouverte B(A, r) est un ouvert. (Démonstration à venir)
Le produit cartésien de deux intervalles ouverts de R est un ouvert de R2 . Par
exemple, ]a, b[×]c, d[ est un ouvert.
Propriétés des ouverts
L'union quelconque d'ouverts est un ouvert.
L'intersection finie d'ouverts est un ouvert.
Démonstration : Une boule ouverte est un ouvert
Soit B(A, r) une boule ouverte de centre A = (x0 , y0 ) et de rayon r. Prenons un point
M = (x, y) ∈ B(A, r). Par définition, d(A, M) < r . Posons ρ = r − d(A, M).
Donc, d(A, P ) < r, ce qui signifie que P ∈ B(A, r). Par conséquent, B(M, ρ) ⊂
B(A, r), et la boule ouverte B(A, r) est bien un ouvert de R2 .
2. Continuité d’une fonction définie sur un ouvert de
R2 à valeurs dans R
La notion de continuité pour les fonctions à deux variables est une extension naturelle
de celle des fonctions d'une variable. Elle est fondamentale pour l'étude des propriétés
des fonctions, notamment la différentiabilité.
Définition : Continuité en un point
Soit f : U → R une fonction définie sur un ouvert U ⊂ R2 , et soit (x0 , y0 ) ∈ U . On
dit que f est continue au point (x0 , y0 ) si pour tout ϵ > 0, il existe δ > 0 tel que pour
tout (x, y) ∈ U :
(x,y)→(x0 ,y0 )
Exemples de fonctions continues
Les fonctions polynomiales de deux variables, telles que P (x, y) = 3x2 y −
2xy3 + 5, sont continues sur tout R2 .
Les fonctions rationnelles (quotient de polynômes) sont continues sur leur
domaine de définition (là où le dénominateur ne s'annule pas).
Les fonctions trigonométriques (sin, cos, tan), exponentielles et logarithmiques
appliquées à des expressions continues de x et y sont continues sur leur
domaine de définition.
Exemple : Étude de la continuité
Considérons la fonction f(x, y) = {0
xy
x2 +y 2
si (x, y)
= (0, 0)
si (x, y) = (0, 0)
réelles.
Les dérivées partielles sont une extension du concept de dérivée pour les fonctions de
plusieurs variables. Elles mesurent le taux de variation d'une fonction par rapport à
une seule de ses variables, en gardant les autres variables constantes.
Définition : Dérivée partielle par rapport à x
Soit f : U → R une fonction définie sur un ouvert U ⊂ R2 , et soit (x0 , y0 ) ∈ U . La
dérivée partielle de f par rapport à x au point (x0 , y0 ), notée ∂f∂x (x0 , y0 ) ou fx (x0 , y0 ),
est définie par la limite, si elle existe :
∂f f(x0 + h, y0 ) − f(x0 , y0 )
(x0 , y0 ) = lim
∂x
h→0 h
Pour calculer cette dérivée partielle, on considère y comme une constante et on dérive
f par rapport à x.
∂f f(x0 , y0 + k) − f(x0 , y0 )
(x0 , y0 ) = lim
∂y
k→0 k
Pour calculer cette dérivée partielle, on considère x comme une constante et on dérive
f par rapport à y.
Interprétation géométrique
La dérivée partielle ∂f∂x (x0 , y0 ) représente la pente de la tangente à la surface z =
f(x, y) au point (x0 , y0 , f(x0 , y0 )) dans la direction parallèle à l'axe des x (c'est-à-dire
du ⋅ ∂y = cos(u) ⋅ x = x cos(xy).
d(sin u) ∂u
Les dérivées partielles mesurent le taux de variation le long des axes de coordonnées.
Cependant, il est souvent utile de connaître le taux de variation d'une fonction dans
une direction arbitraire. C'est le rôle de la dérivée directionnelle.
Définition : Dérivée directionnelle
Soit f : U → R une fonction définie sur un ouvert U ⊂ R2 , soit (x0 , y0 ) ∈ U et soit
v = (vx , vy ) un vecteur non nul de R2 . La dérivée de f au point (x0 , y0 ) selon le
vecteur v, notée Dv f (x0 , y0 ) ou ∂f∂v (x0 , y0 ), est définie par la limite, si elle existe :
f(x0 + tvx , y0 + tvy ) − f(x0 , y0 )
Dv f(x0 , y0 ) = lim
t→0 t
Si v est un vecteur unitaire (c'est-à-dire ∣∣v∣∣ = 1), on parle de dérivée directionnelle. Si
v = (1, 0), on retrouve la dérivée partielle par rapport à x. Si v = (0, 1), on retrouve la
dérivée partielle par rapport à y.
Calcul de la dérivée directionnelle
Si f est différentiable en (x0 , y0 ) (ce qui est le cas si f est de classe C 1 ), alors la
dérivée directionnelle peut être calculée à l'aide des dérivées partielles :
∂f ∂f
Dv f(x0 , y0 ) = (x0 , y0 )vx + (x0 , y0 )vy
∂x ∂y
∂f ∂f
Dv f (1, 2) =
∂f ∂f
f(x0 + h, y0 + k) = f(x0 , y0 ) + (x0 , y0 )h + (x0 , y0 )k + o(∥(h, k)∥)
∂x ∂y
o(∥(h, k)∥)
.
Interprétation
Ce développement limité signifie qu'au voisinage du point (x0 , y0 ), la fonction f(x, y)
peut être approximée par le plan tangent à la surface z = f(x, y) au point
∂f ∂f
z − f(x0 , y0 ) = (x0 , y0 )(x − x0 ) + (x0 , y0 )(y − y0 )
∂x ∂y
Donc :
∂f ∂f
f(x0 + h, y0 + k) − f(x0 , y0 ) = (x0 + ch, y0 + ck)h + (x0 + ch, y0 + ck)k
∂x ∂y
∂f ∂f
(x0 + ch, y0 + ck) = (x0 , y0 ) + ϵ1 (h, k)
∂x ∂x
∂f ∂f
(x0 + ch, y0 + ck) = (x0 , y0 ) + ϵ2 (h, k)
∂y ∂y
∂f ∂f ∂f
Dv f (x0 , y0 ) = ∇f(x0 , y0 ) ⋅ v = ( (x0 , y0 ), (x0 , y0 )) ⋅ (vx , vy ) = (x0 , y0 )v
∂x ∂y ∂x
Cette formule est très utile car elle simplifie le calcul des dérivées directionnelles et
met en évidence le lien entre le gradient et la variation de la fonction dans une
direction donnée.
Expression du développement limité à l’aide du gradient
Le développement limité à l’ordre 1 d'une fonction f de classe C 1 au point (x0 , y0 )
peut être réécrit de manière compacte en utilisant le gradient. En reprenant la formule
du DL :
∂f ∂f
f(x0 + h, y0 + k) = f(x0 , y0 ) + (x0 , y0 )h + (x0 , y0 )k + o(∥(h, k)∥)
∂x ∂y
On reconnaît la somme des termes ∂f∂x (x0 , y0 )h + ∂f∂y (x0 , y0 )k comme le produit
scalaire du gradient de f en (x0 , y0 ) et du vecteur (h, k). Ainsi, on peut écrire :
où (∇f(x0 , y0 ) ∣ (h, k)) désigne le produit scalaire euclidien entre le vecteur gradient
et le vecteur (h, k). Cette notation met en évidence la nature linéaire de
4
2
Donc, ∇f(1, π/2) = (2, 3π4 ). 2
plus rapidement. Cette direction est appelée la direction de la plus grande pente de f .
La valeur maximale de la dérivée directionnelle est la norme du gradient :
∣∣∇f(x0 , y0 )∣∣.
Démonstration
Nous avons vu que la dérivée de f au point (x0 , y0 ) selon un vecteur unitaire u =
(ux , uy ) (où ∣∣u∣∣ = 1) est donnée par :
Du f (x0 , y0 ) = ∇f(x0 , y0 ) ⋅ u
Par la formule du produit scalaire, nous savons que a ⋅ b = ∣∣a∣∣ ⋅ ∣∣b∣∣ cos(θ), où θ est
l'angle entre les vecteurs a et b. En appliquant cela :
Du f (x0 , y0 ) = ∣∣∇f(x0 , y0 )∣∣ ⋅ ∣∣u∣∣ cos(θ)
Pour que Du f (x0 , y0 ) soit maximal, cos(θ) doit être maximal, c'est-à-dire cos(θ) = 1.
Cela se produit lorsque θ = 0, ce qui signifie que le vecteur u est dans la même
Lignes de niveau
Le gradient est également orthogonal aux lignes de niveau (ou courbes de niveau) de la
fonction. Une ligne de niveau est l'ensemble des points (x, y) pour lesquels f(x, y) =
c (une constante). Si vous vous déplacez le long d'une ligne de niveau, la valeur de la
fonction ne change pas, ce qui signifie que la dérivée directionnelle dans cette
direction est nulle. Puisque le gradient pointe dans la direction de la plus forte
augmentation, il est intuitivement orthogonal à la direction où la fonction ne change
pas.
Cette formule met en évidence que la variation de f le long d'un chemin est liée à la
projection du gradient de f sur le vecteur tangent au chemin.
Exemple d'application de la règle de la chaîne
Soit f(x, y) = x2 + y2 , et soit le chemin γ(t) = (cos(t), sin(t)). Calculons g′ (t) où
g(t) = f(cos(t), sin(t)).
Ce résultat est cohérent, car f(cos(t), sin(t)) = cos2 (t) + sin2 (t) = 1, qui est une
fonction constante, donc sa dérivée est 0.
Considérons la fonction composée F (u, v) = f(φ(u, v), ψ(u, v)). Alors F est de
classe C 1 sur V , et ses dérivées partielles sont données par :
∂F ∂f ∂φ ∂f ∂ψ
(u, v) = (φ(u, v), ψ(u, v)) (u, v) + (φ(u, v), ψ(u, v)) (u, v)
∂u ∂x ∂u ∂y ∂u
∂F ∂f ∂φ ∂f ∂ψ
(u, v) = (φ(u, v), ψ(u, v)) (u, v) + (φ(u, v), ψ(u, v)) (u, v)
∂v ∂x ∂v ∂y ∂v
∂F ∂f ∂x ∂f ∂y
= +
∂v ∂x ∂v ∂y ∂v
Exemple d'application
Soit f(x, y) = x2 + y2 , et
x = u cos(v) y = u sin(v) , . Calculons ∂F
∂u
et ∂F
∂v
où
.
∂F ∂f ∂x ∂f ∂y
= + = (2x)(cos(v)) + (2y)(sin(v))
∂u ∂x ∂u ∂y ∂u
∂F ∂f ∂x ∂f ∂y
= + = (2x)(−u sin(v)) + (2y)(u cos(v))
∂v ∂x ∂v ∂y ∂v
f(x, y) ≤ f(x0 , y0 )
f(x, y) ≥ f(x0 , y0 )
f(x, y) ≤ f(x0 , y0 )
f(x, y) ≥ f(x0 , y0 )
Théorème de Weierstrass
Si une fonction f est continue sur un ensemble fermé et borné (compact) K ⊂ R2 ,
alors f atteint son maximum global et son minimum global sur K. C'est un théorème
d'existence très important.
11. Point critique
La recherche des extrema locaux d'une fonction de plusieurs variables passe souvent
par l'identification des points critiques. Ces points sont des candidats potentiels pour
les extrema.
Définition : Point critique
Soit f : U → R une fonction de classe C 1 sur un ouvert U ⊂ R2 . Un point (x0 , y0 ) ∈
U est appelé un point critique de f si le gradient de f en ce point est le vecteur nul :
∇f(x0 , y0 ) = (0, 0)
Ceci est équivalent à dire que les deux dérivées partielles premières s'annulent au
point (x0 , y0 ) :
∂f ∂f
(x0 , y0 ) = 0 et (x0 , y0 ) = 0
∂x ∂y
C 1 , g est dérivable en x0 . Par le théorème de Fermat pour les fonctions d'une variable,
Donc :
∂f
g′ (x0 ) = (x0 , y0 ) = 0
∂x
De manière similaire, considérons la fonction d'une variable h(y) = f(x0 , y). Puisque
f a un maximum local en (x0 , y0 ), la fonction h(y) a un maximum local en y0 . Comme
f est de classe C 1 , h est dérivable en y0 . Par le théorème de Fermat, sa dérivée est
nulle en y0 . Donc :
∂f
h′ (y0 ) = (x0 , y0 ) = 0
∂y
Puisque les deux dérivées partielles sont nulles en (x0 , y0 ), le gradient est nul en ce
point, ce qui signifie que (x0 , y0 ) est un point critique.
Attention : La réciproque n'est pas vraie. Un point critique n'est pas nécessairement
un extremum local. Il peut s'agir d'un point selle (ou point col).
2. Résolution du système : 2x = 0 ⟹ x = 0 2y = 0 ⟹ y = 0
Le seul point critique est (0, 0).
3. Classification (par inspection) : Puisque x2 ≥ 0 et y2 ≥ 0, on a f(x, y) = x2 +
y2 ≥ 0. De plus, f(0, 0) = 0. Donc, f(x, y) ≥ f(0, 0) pour tout (x, y) ∈ R2 . Le
point (0, 0) est un minimum global (et donc local).
Exemple 2 : Fonction avec un point selle
Soit f(x, y) = x2 − y2 .
1. Calcul des dérivées partielles premières : ∂f∂x (x, y) = 2x ∂f∂y (x, y) = −2y
{ 2
3x2 − 3y = 0 ⟹ y = x2 (1)
2. Résolution du système : 3y − 3x = 0 ⟹ y2 = x (2)
Conclusion
Ce cours a couvert les concepts fondamentaux des fonctions à deux variables réelles,
essentiels pour les étudiants en classes préparatoires MPSI. Nous avons exploré les
notions d'ouverts, de continuité, de dérivées partielles, de dérivées directionnelles, de
développements limités, et du gradient. L'interprétation géométrique du gradient, la
règle de la chaîne, et l'étude des extrema et points critiques ont également été
abordées en détail.
La maîtrise de ces concepts est cruciale non seulement pour la réussite aux concours,
mais aussi pour la compréhension de phénomènes complexes en physique, en
ingénierie et dans d'autres domaines scientifiques. Il est recommandé de pratiquer
régulièrement avec des exercices variés pour solidifier ces connaissances et
développer une intuition mathématique solide.