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Cours D'économie Rurale-1

L'économie, issue du grec 'oikonomia', est la science de la gestion des ressources rares pour satisfaire les besoins humains, avec un accent particulier sur l'agriculture et le développement rural. Le document explore les liens entre production agricole et développement économique, ainsi que les caractéristiques du secteur agricole au Burkina Faso, soulignant les défis liés à la pauvreté et à l'insécurité alimentaire. Il met en lumière l'importance de l'agriculture dans la réduction de la pauvreté et le développement rural, tout en abordant le contexte socioéconomique et environnemental du pays.

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Cours D'économie Rurale-1

L'économie, issue du grec 'oikonomia', est la science de la gestion des ressources rares pour satisfaire les besoins humains, avec un accent particulier sur l'agriculture et le développement rural. Le document explore les liens entre production agricole et développement économique, ainsi que les caractéristiques du secteur agricole au Burkina Faso, soulignant les défis liés à la pauvreté et à l'insécurité alimentaire. Il met en lumière l'importance de l'agriculture dans la réduction de la pauvreté et le développement rural, tout en abordant le contexte socioéconomique et environnemental du pays.

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INTRODUCTION GENERALE

Étymologiquement, l’économie vient du mot grec «oikonomia» et se définit comme la loi ou règle
(nomie) du domaine, de la maison ou du milieu (eco). La science économique est donc définie
comme la science de l’administration du patrimoine de la maison ou de l’entreprise ou encore de
la collectivité qui peut être la cité ou la nation.

Selon Malinvaud1, « l’Économie est la science qui étudie comment des ressources rares sont
employées pour la satisfaction des besoins des hommes vivant en société : elle s’intéresse d’une
part aux opérations essentielles que sont la production, la distribution et la consommation de biens,
d’autre part aux institutions et activités ayant pour objet de faciliter ces opérations ». En tant que
discipline, l’économie est donc la science qui étudie la gestion des ressources rares en vue de
satisfaire des besoins de la société, besoins le plus souvent illimités.

Les principes de l’analyse économique s’utilisent ou s’appliquent pour comprendre et décrire le


comportement d’agents économiques dans différents secteurs de la vie sociale et économique, dont
le secteur agricole. En effet, l’économie agricole et rurale est une discipline qui tente de décrire le
processus de production et de distribution de produits agricoles, ainsi l’importance du secteur
agricole pour le développement rural.

L'objectif du cours est d'appliquer les principes fondamentaux de la science économique aux
problèmes spécifiques du secteur rural. Spécifiquement, les objectifs du cours sont: (i) décrire les
caractéristiques du secteur agricole et rural, (ii) presenter les différentes politiques de promotion
du secteur Agricole et rural.

1
« Leçons de théorie microéconomique », Dunod, 4è Edition, 1982

1
CHAPITRE I: PRODUCTION AGRICOLE ET DEVELOPPEMENT RURAL
L’Agriculture regroupe l’ensemble des activités consistant à exploiter les ressources naturelles, à
mettre en valeur le sol et à contrôler le cycle biologique des espèces. L’agriculture regroupe donc
les activités de production animale et les activités de production végétale. C’est la prinicipale
activité entreprise en milieu rural, du fait de la présence d’espaces suffisants pour entreprendre ce
type d’activité. L’agriculture a donc un effet sur le développement en milieu rural, puisqu’elle est
l’une des principales sources de revenu en milieu rural. Ce chapitre revient en détail sur la
production Agricole et sur les mécanismes par lesquels cette production influence le
développement en milieu rural.

I. Quelques définitions

1. Le milieu rural

Il n’y a malheureusement pas une définition unique du milieu rural. En effet, les critères de
définition varient selon les pays ou les régions du monde. Mais dans la pratique, deux principales
approches sont utilisées pour définir le milieu rural et ces approches définissent le milieu rual par
opposition au milieu urbain.

La première approche est utilise le critère géopolitique. Dans cette approche, le milieu urbain est
défini dans la loi comme les capitales des niveaux déconcentrés de l’organisation administrative
du pays (dans notre cas, on parlera de départements, provinces et régions). Et par opposition au
milieu urbain, les zones rurales sont définies comme toutes les autres localités du pays qui ne sont
pas urbaines. Cette définition présente des limites évidentes. En effet, si on s’en tient à la définition,
cela signifierait que les populations vivant dans les périphéries et hors des limites des zones
urbaines (par exemple dans des villes en forte croissance démogaphique) seront considérées
comme des populations rurales. De plus, les populations vivant dans des petites localités (capitales
administratives) à faible densité, seront considérées comme des populations urbaines.

La seconde approche pour définir le milieu urbain considère la densité de population dans la localité
considérée. En effet, elle met en exergue la contiguité des relations entre les ménages de la zone
considérée. Et donc par exclusion, les autres localités seront considérées comme rurales. Par
exemple au Burkina Faso, la commune rurale est considérée comme un regroupement de villages
qui a une population d’au moins cinq mille habitants et dont les activités économiques permettent

2
de générer des ressources budgétaires propres annuelles d’au moins 5.000.000 FCFA. Le territoire
de la commune rurale comprend, outre les espaces d’habitation, des espaces de production et des
espaces de conservation.

Bien que les notions de milieux urbain et rural semblent claires dans l’esprit, l’existence de
multiples definitions ou approches montre qu’il n’est pas aisé de les définir clairement. Par ailleurs,
le fait que les définitions varient énormément en fonction des contextes rend difficile
l’uniformisation des interventions en milieu rural d’un pays à l’autre ou d’une région à l’autre.

2. Le développement rural
Le développement rural peut être littéralement défini comme un processus de développement qui
bénéficie aux populations rurales. Le concept de développement quant à lui, désigne une
amélioration soutenue ou durable du niveau de vie ou du bien-être des populations.

La définition du développement rural doit cependant être mieux précisée. En effet, dans les années
60 et au début des années 70, l’industrialisation était perçue comme la principale caractéristique
d’un processus de développement. Dans ce sens, le développement rural devrait être perçu comme
un processus partiel de la transformation structurelle de l’économie, caractérisé par une
diversification de l’économie au délà de l’activité Agricole. Ce processus est facilité par une
croissance Agricole rapide, au moins initialement, mais devrait conduire à une baisse significative
de la contribution de l’agriculture à la réduction du chômage et la réduction de la population rurale
dans la population totale.

Vers la fin des années 70, surtout dans un soucis d’équité, la définition du développement rural a
mis en exergue la fourniture de services sociaux aux populations rurales défavorisées. Cela se
justifie par la reconnaissance d’une insuffisance de services sociaux de base, malgré
l’augmentation des revenus en milieu rural.

Dans cette dynamique, les auteurs ont insisté sur la nécessité de faire la différence entre
développement Agricole et développement rural. En effet, le développement Agricole se limite
essentiellement à une augmentation de la production et de la productivité Agricole, et est donc de
nature technique. Le développement rural est par contre un concept plus large, qui prend en compte
l’amélioration du capital humain et du bien-être en milieu rural.

3
II. Rôle de l’Agriculture dans le développement
1. Liens entre production agricole et développement économique
Le secteur agricole joue un rôle essentiel dans le processus de développement d’un pays. Plusieurs
mécanises expliquent la contribution du secteur Agricole au développement économique.

- L’agriculture fournit les ressources nécessaires aux autres secteurs de l’économie et


contribue ainsi à une amélioration de l’économie;
- Les exportations agricoles sont des sources de mobilisation de devises, nécessaires pour les
importations;
- L’agriculture, étant le secteur le plus important dans les pays en développement, représente
le principal secteur à même de générer l’épargne nécessaire à l’investissement des secteurs
non agricoles.

2. Liens entre production Agricole et réduction de la pauvreté en milieu rural


Quatre principaux mécanismes peuvent expliquer le rôle de l’agriculture dans le processus de
réduction de la pauvreté en milieu rural. On peut noter notamment:

• De façon directe, l’amélioration du revenu et de la consommation autonome des ménages


agricoles:
• De façon indirecte, la réduction des prix des produits alimentaires;
• De façon indirecte, l’amélioration des revenus générés par les activités non agricoles en
milieu rural;
• De façon indirecte, en augmentant le taux d’employabilité et de revenus de la main d’oeuvre
non qualifiée.

4
3. Synthèse du lien entre développement agricole et développement économique
Cadre / Auteur clé Idée centrale Application au Burkina
Faso

Duo-sectoriel de Lewis L’excès de main‑d’œuvre agricole Comprendre l’exode vers


(1954) alimente la croissance du secteur Bobo‑Dioulasso /
moderne par la migration et le transfert Ouagadougou et
de surplus. l’importance de relever
la productivité agricole
pour libérer de la
main‑d’œuvre.

Transformation La croissance agricole déclenche des effets Émergence de


structurelle (Johnston & multiplicateurs sur l’emploi non agricole micro‑entreprises autour
Mellor, 1961) (commerce, services). des pôles
agro‑industriels (Bagré,
Samendéni).

Agriculture‑led Growth L’augmentation des revenus agricoles 75 % des ménages


(Timmer, 1988) réduit la pauvreté plus vite qu’une ruraux dépendants du
croissance tirée par d’autres secteurs. mil/maïs : chaque gain
de rendement a un effet
direct sur la pauvreté.

Révolution induite Les pressions démographiques et de Adoption des pompes


(Hayami & Ruttan, marché stimulent l’innovation (variétés solaires, variétés de riz
1971) améliorées, irrigation). NERICA sous pression du
marché urbain.

Hypothèse de Boserup L’intensification (travail, capital) Terrasses et Zai au


(1965) intervient quand la pression foncière Plateau Central : réponse
monte. à la rareté des terres
fertiles.

Nouveau rôle de l’État Institutions (droits fonciers, contrats) Importance des


(New Institutional conditionnent l’investissement rural. certificats fonciers
Economics, North, 1990) ruraux et des
coopératives pour
sécuriser l’accès aux
intrants.

Chaînes de valeur & La compétitivité vient de la coordination Filière karité et sésame :


cluster (Porter, 1990; verticale labels bio/commerce
Kaplinsky, 2000) (producteur‑transformateur‑exportateur). équitable permettent de

5
capter plus de valeur
locale.

Approche moyens Le capital naturel, financier, humain et Programmes de


d’existence durable social des ménages se combine pour la warrantage et
(Chambers & Conway, résilience. groupements féminins
1992) renforcent capital social
+ financier.

Agro‑écologie & La productivité durable repose sur la Agro‑foresterie avec


développement biodiversité et la connaissance locale. Faidherbia albida et
endogène (Altieri, 1995) fertilisation organique
dans le Sahel burkinabè.

Croissance inclusive / L’adaptation agricole est un vecteur de Promotion du riz à


Cadre NDC & Climat développement rural tout en réduisant les bas‑émission de méthane
(IPCC, 2014) émissions. et digesteurs biogaz pour
l’élevage.

6
CHAPITRE II: CARACTERISTIQUES DU SECTEUR AGRICOLE ET RURAL
BURKINABE
La production Agricole au Burkina Faso est caractérisée par une forte volatilité car elle est
essentiellement pluviale. Malgré les contraintes auxquelles fait face le secteur Agricole, plusieurs
progrès ont été enregistrés au Burkina Faso au fil des années. Ce chapitre présente les principales
caractéristiques du secteur Agricole au Burkina Faso.

I. Analyse diagnostique du secteur agricole au Burkina Faso

1. Contextes politique, socioéconomique, environnemental et sécuritaire

Le Burkina Faso, pays sahélien et enclavé de l’Afrique de l’Ouest, s’étend sur une superficie de
274 200 km². Sur le plan administratif, le territoire est subdivisé en treize (13) régions, quarante-
cinq (45) provinces et trois cent cinquante et une (351) communes, dont trois cent deux (302)
communes rurales. Sa population en 2019 est de 20 487 979 habitants, avec une croissance
démographique forte de 2,93% par an (RGPH, 2019). Les principales caractéristiques de cette
population composée de 51,7% de femmes sont sa jeunesse (77,9% à moins de 35 ans) et sa ruralité
(73,7% de la population). La forte croissance démographique du pays est source (i) d’une pression
grandissante sur les ressources naturelles (eau, terre, forêt, faune, etc.), (ii) d’une demande sociale
sans cesse croissante dans les domaines de la formation et de l’emploi et (iii) d’une migration des
populations avec pour conséquence la recrudescence des conflits dans les zones d’accueil.

1.1. Un contexte politique relativement stable

La situation politique du Burkina Faso est jugée stable. En effet, après l’insurrection populaire des
30 et 31 octobre 2014, le pays a tenu successivement et à bonne date deux élections couplées
présidentielles et législatives, respectivement en 2015 et en 2020. Ces élections ont été
unanimement appréciées par les communautés internationale et nationale. Sur la période 2016-
2020, le pays a été caractérisé par des progrès en matière de démocratie notamment en termes (i)
de renforcement du contrôle de l’Exécutif par le Parlement, (ii) de renforcement du dialogue
politique de haut niveau et (iii) du renforcement de la culture de la redevabilité des autorités
publiques et de la veille citoyenne. Cette situation s’est cependant dégradée avec les deux coups de
force enregistrés en 2022. Même si le pays n’a pas basculé dans le chaos, il faut noter que la
situation politique s’est énormément fragilisée.

7
1.2. Contexte socioéconomique : une croissance sectorielle positive, mais instable avec une
persistance de la pauvreté rurale et des inégalités

L’économie nationale a connu une nette amélioration entre 2016 et 2019 avant de replier en 2020,
en raison de la conjoncture marquée, par la persistance des attaques terroristes, et la pandémie de
la COVID-19. En effet, le Produit intérieur brut (PIB) a connu un taux de croissance en moyenne
de 6,2% entre 2016 et 2019, avant de reculer pour se situer à 1,9% en 2020 (PNDES-II, 2021). La
croissance moyenne du secteur primaire sur la période 2016-2020 a été de 4,9%. Cependant, elle a
été instable, passant de 4,2% en 2016 à -0,2% en 2017, puis à 13,3% en 2018 et 1,7% en 2019.
Quant à la contribution du secteur primaire à la formation du PIB, elle est restée quasi stable sur la
période 2016-2020, soit une moyenne de 21,58% (IAP, 2021).

Sur le plan social, en 2018, 36,2% de la population (7,3 millions de personnes) vivaient en dessous
du seuil de pauvreté, contre 40,1% en 2014 (EMC 2014, 2018). En outre, les inégalités de revenu
ont augmenté entre 2014-2018 puisque l’indice de GINI est passé de 0,35 à 0,38 sur la période.
Quant au recul de la pauvreté en milieu rural, il est resté modeste, passant de 47,7% en 2014 à
44,6% en 2018, tandis qu’en milieu urbain, il est passé de 13,7% en 2014 à 10,0% en 2018. Le
milieu rural demeure le plus touché par la pauvreté (neuf personnes pauvres sur dix y vivent) et les
disparités entre régions sont encore fortes.

Sur le plan alimentaire et nutritionnel, la situation est caractérisée par la persistance de l’insécurité
alimentaire et la malnutrition. En effet, la prévalence de la sous-alimentation est à 14,4% en 2019
avec un retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans de 25,4% en 2019.

1.3. Contexte environnemental et climatique : des ressources naturelles en dégradation


continue

Le contexte environnemental est marqué par une dégradation continue du couvert végétal, un
appauvrissement des sols cultivables, un amenuisement des ressources hydriques, une réduction
des espaces de production agro-sylvo-pastorale due au développement de l’exploitation minière et
de l’orpaillage. Cet état de fait est imputable à la pression anthropique, la faible application des
instruments juridiques en matière de protection de l’environnement de gestion des ressources
naturelles, et la faible sécurisation des espaces de conservation.

8
Au plan climatique, le Burkina Faso a connu une forte variabilité pluviométrique au cours des
dernières années. Cette dernière s’est traduite par la fréquence des sécheresses dues à l’insuffisance
pluviométrique et sa répartition inégale, les inondations provenant des fortes pluies
exceptionnelles, les vagues de chaleur, les nappes de poussières intenses et les pollutions. Ces
changements climatiques ont une forte incidence sur le secteur agro-sylvo-pastoral qui constitue la
principale source de revenus pour la majorité de la population burkinabè et fournit au total 44,7%
des revenus des ménages dont 24,3 % pour l’agriculture (au sens production végétale) et 20,4%
pour l’élevage (Document guide de la révolution verte, 2008). Ils exercent une forte pression sur
la qualité des sols et renforcent davantage le risque de dégradation des ressources naturelles.

Les conséquences immédiates de la dégradation de ressources naturelles et du changement


climatique sont les migrations de population, les déficits alimentaires, des conflits et la perte de la
biodiversité.

1.4.Un contexte sécuritaire et sanitaire difficile

La situation sécuritaire du pays reste préoccupante. En effet, la sécurité des personnes et des biens
s’est progressivement détériorée depuis 2016 en raison de la recrudescence des attaques terroristes
et des conflits communautaires avec leurs corollaires de nombre élevé de personnes déplacées
internes (PDI). La forte concentration des populations dans les zones d’accueil de personnes
déplacées entraine une forte pression sur les ressources naturelles disponibles et un désœuvrement
des populations, particulièrement des jeunes et des femmes.

L’insécurité constitue aujourd’hui une grande menace qui risque de saper les efforts de
développement dans le secteur si des réponses vigoureuses et des stratégies de résilience efficaces
ne sont pas mises en place.

Le secteur agricole est fortement touché par cette situation du fait de l’inaccessibilité de certaines
zones de production, l’abandon des exploitations, la destruction des moyens et supports de
production, la réorientation des ressources du secteur vers d’autres secteurs devenus plus
prioritaires et la désincitation à l’investissement privé.

Au plan sanitaire, la situation est caractérisée par une persistance des maladies transmissibles, non
transmissibles et nutritionnelles qui réduisent fortement la productivité du secteur. La lutte contre
ces maladies devrait donc rester une priorité dans le secteur. Depuis mars 2020, le Burkina Faso

9
fait face à la COVID-19. Certaines mesures de riposte à cette maladie (fermeture des frontières et
des marchés, mise en quarantaine des localités, etc.) ont affecté négativement les activités de
production, de transformation et de commercialisation dans le secteur agro-sylvo-pastoral.

2. Cadre organisationnel, institutionnel et règlementaire


2.1. Un cadre institutionnel et organisationnel à améliorer

L’environnement institutionnel du secteur agro-sylvo-pastoral, se caractérise par une cogestion du


secteur par les départements ministériels en charge de l’agriculture, des ressources animales, de
l’environnement et de l’eau. Certains domaines importants de la chaine de développement agricole
(finances, recherche agricole et innovation, commerce, désenclavement, alphabétisation, sécurité,
etc.), des filières entières (coton, anacarde, etc.) et des pôles de croissance (Bagré, Sourou,
Samandéni, etc.) sont portés par d’autres départements ministériels. Cette configuration pose de
grands défis en matière de synergie d’actions et de capitalisation de l’intervention publique dans le
secteur agro-sylvo-pastoral.

Les collectivités territoriales, les organisations professionnelles agricoles, les chambres consulaires
d’agriculture, le secteur privé agricole, les organisations non gouvernementales et les partenaires
techniques et financiers constituent des acteurs d’une grande importance qui accompagnent l’État
dans sa mission. Cependant, la faible organisation des acteurs du secteur, l’état embryonnaire du
secteur privé agricole et la faible appropriation des documents stratégiques handicapent la
progression de la productivité et de la compétitivité du secteur.

2.2.Un cadre juridique en souffrance dans l’application de ses dispositions

Il existe de nombreux outils législatifs et règlementaires qui encadrent l’évolution du secteur agro-
sylvo-pastoral au Burkina Faso dont le plus important est la Constitution de juin 1991 qui dispose
en son article 14 que « les richesses et les ressources naturelles appartiennent au peuple. Elles sont
utilisées pour l’amélioration de ses conditions de vie ». Outre la Constitution, il existe plusieurs
textes juridiques qui encadrent le secteur PASP. Il s’agit principalement de :

- la loi n°048-2017/AN du 16 novembre 2017 portant code de santé animale et de santé publique
vétérinaire ;

- la loi n° 02-2001/AN du 08 février 2001 portant loi d’orientation relative à la gestion de l’eau
au Burkina Faso ;
10
- la loi n°034-2002/AN du 14 novembre 2002 portant loi d’orientation relative au pastoralisme
(LORP) au Burkina Faso ;

- la loi n° 034-2009/AN du 16 juin 2009 portant régime foncier rural au Burkina Faso ;

- la loi n°003-2011/AN du 5 avril 2011 portant code forestier au Burkina Faso ;

- la loi n°034-2012/An du 02 juillet 2012 portant réorganisation agraire et foncière (RAF) au


Burkina Faso ;

- la loi n° 050-2012/AN du 30 octobre 2012 portant réglementation des organisations


interprofessionnelles des filières agricoles, sylvicoles, pastorales, halieutiques et fauniques ;

- loi n°006-2013/AN du 2 avril 2013 portant code de l’environnement au Burkina Faso ;

- la loi n°008-2014/AN du 08 avril 2014 portant orientation sur le développement durable au


Burkina Faso ;

- la loi n°070-2015/CNT du 22 octobre 2015 portant orientation agro-sylvo-pastorale halieutique


et faunique au Burkina Faso ;

- la loi no 017-2018/AN du 17 mai 2018 portant code des investissements agro-sylvo-pastoral,


halieutique et faunique au Burkina Faso.

Les engagements internationaux en lien avec le secteur auxquels le Burkina Faso a souscrit sont :

- la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants ratifiée par décret N°2004-
300 du 20 juillet 2004 ;

- la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, ratifiée par décret N°95-
569 RU du 29 décembre 1995 ;

- la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques adoptée le 12 juin
1992 et ratifiée le 24 mai 1993 par la loi N°22/93/ADP ;

- la Convention sur la diversité biologique, ratifiée par décret N°93-292 RU du 20 septembre


1993 ;

- la Convention relative aux zones humides d’importance internationale particulièrement comme


habitats des oiseaux d’eau, ratifiée par la zatu AN VII-02 du 23 août 1989.

11
Malgré la plénitude des textes juridiques encadrant le secteur, des insuffisances notables demeurent
quant à leur mise en application. En effet, on note entre autres, la faible diffusion et appropriation
par les acteurs, l’absence de décrets d’application pour certaines lois, etc.

II. Bilan du secteur sur la période 2016-2020

1. Une contribution sectorielle au développement économique et social en légère progression

Au cours des cinq dernières années, les impacts attendus de l’action publique dans le secteur PASP
portaient principalement sur la réduction de la pauvreté en milieu rural, l’accroissement de la valeur
ajoutée du secteur primaire, la productivité de l’emploi dans le secteur, la réduction de l’insécurité
alimentaire et le changement de mode de production et de consommation. Ces indicateurs ont
globalement progressé vers leurs cibles malgré le contexte sécuritaire national très difficile depuis
2016.

En matière de lutte contre la pauvreté, selon l’Enquête multisectorielle continue (EMC),


l’incidence de la pauvreté en milieu rural a connu une légère baisse, passant de 47,7% en 2014 à
44,60% en 2018 pour une cible de 38%.

Le taux d’accroissement annuel de la valeur ajoutée du secteur agricole, a évolué en dent de


scie sur la période de mise en œuvre du PNSR II. En effet, elle est passée de -2,8% en 2015 à 2,9%
en 2019 après avoir atteint un pic de 6,8% en 2018. Entre 2018 et 2019, la croissance de la valeur
ajoutée du secteur a connu un écart de -3,1 avec la cible de Malabo qui est d’assurer une croissance
annuelle moyenne du secteur agricole d’au moins 6%.

La productivité de l'emploi du secteur primaire est passée de 357 000 F CFA en 2015 à 413 000
FCFA en 2020 soit une hausse de 15,7% sur la période et une hausse annuelle moyenne de 3%
(rapport CSD-PASP, 2021). Toutefois, la cible visée (535 500 F CFA) n’est pas atteinte.

La prévalence de la sous-alimentation est passée de 12% en 2015 à 14,4% en 2019 pour une
cible de 10,35%. Quant au retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans, il est passé
de 30,20% en 2015 à 25,4% en 2019 pour une cible de 15% en 2020.

Le changement de mode de production et de consommation, apprécié à travers l’indice de


neutralité en matière de dégradation des terres est passé de 0,21% en 2016 à 0,05% en 2019.

12
La faible progression des indicateurs socio-économiques montre que les efforts en matière
d’accroissement des revenus des paysans et d’amélioration de la disponibilité et l’accessibilité des
aliments doivent être renforcés.

2. Performances sectorielles sur la période 2016-2020

➢ En termes d’accroissement durable de la productivité et de la production agro-sylvo-


pastorales, halieutiques et fauniques, les performances se présentent comme suit :

Une productivité végétale en stagnation malgré la hausse de la production. En effet, le taux de


croissance des rendements des principales cultures a évolué en dent de scie, passant de -1,68% en
2016 à 12,61% en 2018, puis 1,39% en 2019 pour une cible de 34%. Quant à la production
céréalière, elle a connu une hausse annuelle moyenne de 4,3% sur la période 2015-2020 passant de
4 189 665 tonnes en 2015 à 5 179 104 tonnes en 2020 pour une cible de 7 100 000 tonnes. La
production sous maitrise d’eau (riz, maïs) s’est accrue en moyenne de 4% sur la période 2015-2020
passant de 221 105 tonnes en 2015 à 268 384 tonnes en 2020 pour une cible de 709 400 tonnes.
Les productions de culture de rente et des autres cultures vivrières ont connu des hausses annuelles
moyennes respectives de 5,4% et 6,9%. Leurs productions sont passées respectivement de 1 389
917 tonnes et 693 971 tonnes en 2015 à 1 810 289 tonnes et 967 931 tonnes en 2020 pour des cibles
respectives de 2500 000 tonnes et 941 000 tonnes.

Globalement, les rendements n’ont pas évolué durant la période avec un écart moyen de près de
49% de leur potentiel. Ainsi, le taux de couverture des besoins céréaliers oscille entre 96% et 109%,
ce qui traduit un équilibre précaire sur la période 2015-2020.

Une productivité animale en faible progression. La couverture des besoins fourragers du cheptel
a évolué en dents de scie passant de de 69% en 2015 à 115% en 2018, puis 107% en 2020 pour une
cible de 80%. Le nombre de points d’eau pour 100 km au niveau des couloirs de transhumance est
passé de 4 points en 2016 à 7 points d’eau en 2018.

Quant à la couverture vaccinale, elle est passée de 28,51% en 2015 à 33,16% en 2020 pour la
péripneumonie contagieuse bovine pour une cible de 70%, de 1,3% en 2015 à 15,99% en 2020
pour la peste des petits ruminants pour une cible de 30% et de 40% en 2015 à 72% en 2020 pour
la maladie de Newcastle pour une cible de 70%. La proportion de vaches gestantes après
insémination est passée de 45,49% en 2017 à 49,64% en 2020.

13
Enfin, la productivité pondérale du cheptel est de 113 kg, 09 kg, 08 kg et 24 kg respectivement
pour les bovins, ovins, caprins et porcins.

Aussi, les effectifs des bovins, des petits ruminants et de la volaille ont connu une croissance
moyenne respectivement de 2%, 3% et 3% sur la période 2016-2020. Ces taux de croissance restent
faibles par rapport à leurs potentialités génétiques.

Une production de poisson en hausse, mais insuffisante pour le besoin de consommation


nationale. La production du poisson est passée de 20 000 tonnes en 2015 à 29 750 tonnes en 2020
soit une croissance moyenne annuelle de 8,51% avec une contribution de 98% de la pêche de
capture. Cette production couvre 29,7% du besoin national en poisson.

Une production de miel en hausse. La production moyenne sur la période 2016-2020 a été de 510
820 litres avec un pic en 2019 de 774 118 litres.

Une production forestière ligneuse et non ligneuse en légère hausse. La quantité de bois de
chauffe produite dans les Chantiers d’aménagement forestier (CAF) est passée de 112 873 stères
en 2016 à 277 669 stères en 2020 pour une cible de 300 000 stères. Quant aux PFNL, la quantité
collectée est passée de 719 098 tonnes en 2015 à 982 314,5 tonnes en 2018 pour une cible de
3 750 000 tonnes en 2020.

Une production faunique en baisse. La quantité de viande sauvage produite est en baisse passant
de 88 tonnes en 2016 à 67,61 tonnes en 2018 pour une cible de 172 tonnes en 2020.

Les principales contraintes qui ont limité l’accroissement durable de la productivité et de la


production agro-sylvo-pastorales, halieutiques et fauniques se résument entre autres à la faible
fertilité des sols, le faible accès à des intrants (agricoles, zootechniques, vétérinaires, halieutiques,
etc.) de qualité, la faible diffusion et adoption des techniques et technologies éprouvées. En plus
de ces contraintes, s’ajoutent celles d’ordre naturel (changement climatique, les attaques
parasitaires, etc.) et sécuritaires (abandon des sites de production).

➢ En termes d’amélioration de la compétitivité des filières ASPHF et d’accès des produits


au marché, les performances se présentent ainsi qu’il suit :

La commercialisation des produits ASPH en amélioration. Le taux de commercialisation des


produits agricoles est passé de 25% en 2015 à 37% en 2020 pour une cible de 37,5%.

14
Le taux moyen de commercialisation des céréales a été de 22 ,02% sur la période 2016-2020 et de
76 % pour les cultures de rente. Le nombre d’animaux exportés sur pied est passé de 1133 000 têtes
en 2015 à 541 600 en 2018, soit une baisse moyenne annuelle de 50%. La quantité de viande
exportée est passée de 132,5 tonnes en 2015 à 2007,34 tonnes en 2019 pour une cible de 2 000
tonnes.

La transformation des produits ASPH en croissance. En effet, le taux d’accroissement de


l’approvisionnement de l’agro-industrie est passé de 21,80% en 2016 à 58,70% en 2020 pour une
cible de 50%. Sur la période 2016-2020, le taux de transformation des produits végétaux est passé
de 12% à 30%, la quantité moyenne de viande produite dans les abattoirs et aires d’abattage a été
de 78 295,8 tonnes pour une cible de 52 175 en 2020. Quant au taux d’accroissement des quantités
de lait transformé, il est passé de 2,25% en 2016 à -29,63% en 2020 pour une cible de 20%. La
quantité de miel transformée a également connu une hausse passant de 151 117 litres en 2016 à
340 627 litres en 2020. Quant au taux de PFNL transformés, il est resté relativement stable avec
une moyenne de 67,12% sur la période 2016-2018.

Les contraintes qui ont affecté les performances en termes d’accès du marché et de transformation
de produits ASPH sont entre autres la fermeture de certaines unités de transformation ou leur faible
approvisionnement du fait de l’insécurité. En outre, le faible fonctionnement des marchés dans
certaines zones a fortement limité les performances des unités de transformation des produits
ASPH. Pour le cas spécifique de la production du lait, le vol du bétail et la transhumance
définitive/longue durée dans les pays voisins ainsi que les mesures sanitaires dues à la Covid-19
expliquent cette baisse drastique de la quantité collectée et transformée dans les Unités de
transformation de lait (UTL).

➢ En termes de gestion durable des ressources naturelles et résilience aux changements


climatiques, les performances se présentent comme suit :

La préservation et l’accroissement des ressources forestières et fauniques en légère


progression. La proportion des aires de protection fauniques sous aménagement a atteint sa cible
passant de 40% en 2015 à 75% en 2020. Sur la période 2016-2020, aucune aire classée n’a été
immatriculée. Toutefois ; 7,89% des aires classées occupées ont été apurées. Quant au taux
d’accroissement de la couverture végétale, il est passé de -0,89% en 2016 à -0,43% en 2019 pour
une cible de 11% en 2020.

15
Une résilience face aux effets néfastes du changement climatique à renforcer. En effet, le taux
d’adoption des technologies d’adaptation au changement climatique vulgarisées est passé de 75%
en 2018 à 92,06% en 2020. La quantité de carbone forestier séquestré est passée de 1,52 millions
de tonnes en 2018 à 3,9 millions de tonnes en 2020, soit 48,75% de la cible à atteindre. Concernant
les superficies des terres dégradées, sur la période 2016-2020, ce sont au total 149 295 ha récupérés,
soit 74,64% de la cible visée. Quant au nombre d’emplois verts décents créés, il est passé de 17 750
emplois en 2016 à 28 650 emplois en 2020 pour une cible de 50 000 emplois.

Les principales difficultés qui ont entravé l’atteinte des performances visées sont entre autres le
faible taux de survie des plants, l’occupation des forêts classées par les terroristes et la complexité
du processus d’immatriculation des forêts classées.

En termes de mobilisation et de gestion intégrée des ressources en eau, les performances se


présentent comme suit :

Une mobilisation des ressources en eau en croissance mais toujours insuffisante pour les
besoins. Sur la période 2016-2020, 15 nouveaux barrages ont été réalisés et 25 barrages réhabilités
pour des cibles respectives de 27 et 56 barrages. Ces réalisations ont permis d’augmenter la capacité
de stockage en eau de surface qui est passée de 5,03 milliards de m3 en 2015 à 6,14 milliards de m3
en 2020, soit une augmentation de 22,06% sur la période. Cette augmentation est principalement
attribuable à la mise en eau du barrage de Samandéni dont la capacité est estimée à 1,05 milliard
de m3.

Une gestion intégrée des ressources en eau en constante amélioration, la proportion des
retenues d’eau de plus de 500 000 m3 avec protection des berges est passée de 13% en 2015 à 20%
en 2020 pour une cible de 25%. Quant à la Contribution financière en matière d’eau (CFE), le taux
de recouvrement a toujours dépassé la cible annuelle de 100%. Le montant recouvré sur la période
2016-2020 est estimé à 8,28 milliards de FCFA, soit plus 250% des prévisions. Ce taux s’explique
par le recouvrement exceptionnel réalisé en 2020 auprès des sociétés minières. Le nombre de
services polices de l’eau est passé de 01 en 2015 à 13 en 2019 pour une cible de 13.

La dégradation des ouvrages de mobilisation des ressources en eau, la baisse de leur capacité
théorique (ensablement et pollution par les plantes envahissantes) et la faible concertation dans la

16
gestion des ressources mobilisées expliquent entre autres le faible niveau de satisfaction des
besoins en eau des usagers.

➢ En termes de sécurisation foncière, de renforcement du capital humain et de valorisation


des résultats de la recherche, les performances enregistrées se présentent ainsi qu’il suit
:

Des espaces de production ASPH peu sécurisés. La superficie totale des terres cultivables
sécurisées avec des attestations de possession foncière rurale (APFR) est passée de 7 950 ha en
2015 à 38 697 ha en 2019 pour une cible de 200 000 en 2020, soit un taux d’atteinte de la cible de
19,34%. La proportion des communes ayant mis en place les structures opérationnelles de gestion
foncière rurale est passée de 15% en 2015 à 72,49% en 2020 pour une cible de 100% en 2020.

Des capacités des acteurs du secteur en amélioration. La proportion des jeunes agriculteurs
formés et installés est en moyenne de 67,37% sur la période 2016-2020 pour une cible annuelle de
100%. La proportion des organisations de producteurs en conformité avec les textes sur les sociétés
coopératives est passée de 7% en 2016 à 54,6% en 2020 pour une cible de 70%.

Une contribution appréciable de la recherche agricole et technologique au développement du


secteur. Le nombre de méthodes, technologies, procédés et innovations générés et transférés est
passé de 26 en 2015 à 112 en 2019 dépassant la cible de 66 en 2020. Le taux des technologies,
inventions et innovations dans le secteur (TII) diffusées est passé de 10% en 2017 à 94% en 2019
pour une cible de 100% en 2020.

L’insuffisance et la faible fonctionnalité des services fonciers ruraux restent les principales
contraintes de sécurisation des espaces de production agro-sylvo-pastoraux, halieutique et
faunique.

➢ En termes de gouvernance du secteur, les performances enregistrées se présentent


comme suit :

Une implémentation de l’approche programme en progression. En effet, l’internalisation du


budget programme a connu une avancée importante avec la nomination des responsables de
programmes, le rattachement des projets et programmes et l’effectivité des comités de revue depuis
2018. Cependant, des défis restent à relever en termes de stratégies programmes, de dialogue de
gestion et de déconcentration budgétaire au niveau régional. Cependant, force est de reconnaitre
17
que le Budget Programme n’est pas totalement opérationnel. Les nominations des Responsables
des Budgets Opérationnels des Programmes, des Responsables des Unité Opérationnel de
Programme (RUOP) et des responsables en charge des finances et de la passation des marchés ne
sont pas effectives.

Une mobilisation de ressources financière insuffisante. Entre 2016 et 2020, les régulations et
autres révisions budgétaires ont entrainé une perte de ressources propres de 81 milliards F CFA au
secteur en charge du développement du secteur rural soit 6,13% des prévisions initiales. Ainsi, le
taux de financement du secteur est passé de 48% en 2016 à 24% en 2019 pour une cible de 90% en
2020. La faible efficacité du processus de passation des marchés entraine des retards relativement
importants dans l’exécution des projets de développement. Cela se traduit par une baisse du taux
d'absorption des financements extérieurs qui est passé de 57% en 2016 à 54% en 2018 pour une
cible de 95% en 2020.

Un dispositif de pilotage et de coordination encore perfectible. La proportion des indicateurs


du cadre de mesure de performance (CMP) renseignés est passée de 80,15% en 2016 à 73,38% en
2019 pour une cible de 100%.

Quant au taux de mise en œuvre des recommandations issues des organes de pilotage, il a atteint
70% en 2019 pour une cible de 100% en 2020. Trois politiques sectorielles ont été élaborées sur la
période 2016-2020.

Globalement, les difficultés qui ont limité l’atteinte des objectifs se résument principalement à
l’insuffisance des ressources financières allouées au secteur PASP, la faible absorption des
ressources extérieures et la faiblesse des investissements privés dans le secteur PASP. Par ailleurs,
l’insuffisance de synergie dans les différentes interventions des partenaires et le non alignement de
certains partenaires sur les orientations de l’État constituent également des limites à la gouvernance
du secteur PASP.

18
CHAPITRE III: POLITIQUES DE DEVELOPPEMENT RURAL AU BURKINA FASO

La politique économique désigne l’ensemble des activités qui sont entreprises en vue d’améliorer
le fonctionnement des activités économiques. Ces activités doivent être en mesure d’améliorer les
performances des différents secteurs de l’économie. Dans le secteur Agricole et rural, les politiques
devraient permettre d’améliorer la production et la productivité Agricole, ainsi que le bien-être des
popultations rurales. Ce chapitre passe en revue les différentes politiques sectorielles adoptees pour
améliorer le développement Agricole et rural.

I. Le Programme National de Développement du Secteur Rural (PNSR)

1. Fondements et vision

1.1. Fondements

Le deuxième PNSR tire ses fondements des référentiels internationaux, sous régionaux et
nationaux majeurs. Au niveau international, les Objectifs du Développement Durable (ODD) ont
été adoptés en septembre 2015, en lieu et place des Objectifs du Millénaire pour le Développement
(OMD).

Le PNSR II sera le principal instrument de mise en œuvre des ODD notamment les huit (8) objectifs
relatifs au secteur rural. Au niveau africain, le PNSR II s’appuie sur la déclaration de Malabo
adoptée par l’Union Africaine et traduite par le nouveau cycle du Programme Détaillé de
Développement de l’Agriculture Africaine (PDDAA+10).

Dans cette dynamique, les chefs d’Etat ont pris entre autres les engagements suivants :(i) éliminer
la faim d’ici à 2025, (ii) réduire de moitié la pauvreté d'ici à 2025, grâce à une croissance et à une
transformation inclusives de l’agriculture et (iii) renforcer le financement des investissements dans
l’agriculture.

Au niveau régional, le PNSR II est en droite ligne avec la nouvelle politique agricole
(ECOWAP+10) de la CEDEAO qui se traduit par sept (07) orientations majeures pour une
meilleure contribution régionale à la réalisation des engagements de Malabo à l'horizon 2025, à
savoir: (i) assurer la sécurité et la souveraineté alimentaire, (ii) mieux intégrer la dimension
nutritionnelle (iii) affirmer et développer la complémentarité/spécialisation des agricultures dans
l’espace régional, (iv) promouvoir des modèles d’intensification durable, réduire les impacts sur le

19
climat et s’adapter aux changements climatiques (v) accroitre la résilience des exploitations
familiales (vi) mieux hiérarchiser les priorités au niveau régional, (vii) gouverner l’intersectoriel.

Au niveau national, le PNSR II tire ses fondements des référentiels nationaux majeurs, à savoir
l’Etude Nationale Prospective 2025, le Schéma National d’Aménagement et du Développement
Durable du Territoire (SNADDT), le PNDES et la Stratégie de Développement Rural.

Le PNSR II se fonde sur la vision Burkina 2025, qui “ambitionne de transformer les
déterminants de l'évolution du système burkinabè, pour rendre l'économie nationale
compétitive, conforter la croissance et la prospérité, et améliorer leur qualité de vie." Le
secteur rural constitue un déterminant clé dans l’atteinte de cette vision.

1.2. Vision et objectif global

Le deuxième Programme National du Secteur Rural (2016-2020) s’inscrit dans la vision définie
par les assises nationales des Etats Généraux de l’Agriculture et de la Sécurité Alimentaire
(EGASA) et réaffirmée par la revue conjointe du secteur rural, tenue en novembre 2016. Elle
s’intitule comme suit: « A l’horizon 2025, l’Agriculture burkinabè est moderne, compétitive,
durable et moteur de la croissance économique, fondée sur des exploitations familiales et des
entreprises agricoles performantes et assurant à tous les burkinabè un accès aux aliments
nécessaires pour mener une vie saine et active».

L'Objectif global du PNSR II est d’assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle par le


développement durable d’un secteur agro-sylvo-pastoral, halieutique et faunique productif
et résilient, davantage orienté vers le marché.

2. Axes et sous programmes

Le deuxième programme national du secteur rural est structuré en vingt (20) sous-programmes
regroupés autour de 6 axes. Ces sous-programmes composés d’actions, sont le résultat d’une
répartition des missions des ministères en charge du secteur. Pour atteindre les résultats de ces sous
programmes, des réformes stratégiques et des investissements structurants sont développés.

L’axe 1 porte sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la résilience des populations vulnérables.
Il regroupe cinq sous-programmes à savoir : (i) Développement durable des productions agricoles
; (ii) Prévention et gestion des crises alimentaires et nutritionnelles; (iii) Aménagements hydro-

20
agricoles et irrigation; (iv) Santé animale et santé publique vétérinaire (v) Développement des
productions halieutiques et aquacoles.

L’axe 2 est relatif à l’accès aux marchés, la compétitivité des filières agro-sylvo-pastorales
halieutiques et fauniques. Il porte essentiellement sur les sous-programmes (i) Economie agricole
et (ii) Productivité et compétitivité des productions animales.

L’axe 3 est intitulé Gouvernance environnementale, promotion du développement durable et


gestion des ressources naturelles. Il couvre quatre sous- programmes à savoir : (i) Gouvernance
environnementale et développement durable ; (ii) Gestion durable des ressources forestières et
fauniques ; (iii) Economie verte et changement climatique ; (iv) Sécurisation et gestion durable des
ressources pastorales.

L’axe 4 porte sur l’eau, l’assainissement et le cadre de vie. Il regroupe cinq sous-programmes à
savoir (i) Mobilisation des ressources en eau ; (ii) Gestion intégrée des ressources en eau ; (iii) Eau
potable ; (iv) Assainissement des eaux usées et excreta et (v) Assainissement de l’environnement
et amélioration du cadre de vie.

L’axe 5 est relatif à la sécurisation foncière et au renforcement du capital humain dans le secteur
rural. Il est composé des sous-programmes: (i) Sécurisation foncière, formation professionnelle
agricole et organisation du monde rural, (ii) Recherche scientifique et technologique et (iii)
Valorisation des résultats de la recherche et de l’innovation.

L’axe 6 est centré sur la Coordination des sous-secteurs. Il sera mis en œuvre à travers le sous-
programme Pilotage et soutien.

II. Le Plan Stratégique National d’Investissement Agro-Sylvo-Pastoral (PNIASP)

1. Fondements et vision

1.1. Fondements
Au niveau international, le PNIASP se fonde sur les objectifs de développement durable (ODD)
à l’horizon 2030. Par ailleurs, plusieurs cadres de référence en vigueur caractérisent le contexte
international du PNIASP dont la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide au développement
(2005), l’Accord de Paris sur le climat (2015) , les Conventions ratifiées par le Burkina Faso
notamment celles de Rio sur le développement durable (1992 et 2012), celles relatives au

21
changement climatique (1992), à la biodiversité (1992), à la lutte contre la désertification (1994),
aux polluants organiques persistants (2001).

Au plan continental, le PNIASP s’inspire de la Déclaration de Malabo adoptée en 2014 et traduite


par le nouveau cycle du Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture Africaine
(PDDAA+10) à l’horizon 2025. Dans cette dynamique, les chefs d’État ont pris entre autres les
engagements suivants : (i) éliminer la faim d’ici à 2025, (ii) réduire de moitié la pauvreté d'ici à
2025, grâce à une croissance et à une transformation inclusive de l’agriculture et (iii) renforcer le
financement des investissements dans l’agriculture.

Au plan régional, le PNIASP s’inscrit dans les orientations de la politique agricole de la CEDEAO
(ECOWAP+10) à l’horizon 2025 et de la Déclaration de Dakar (2013) sur l’initiative pour
l’irrigation au sahel. Aussi, il est en cohérence avec la politique environnementale de la CEDEAO
(2008), la Déclaration de Nouakchott (2013) sur le pastoralisme. Il se fonde également sur le cadre
stratégique détaillé pour le développement durable de la pêche et de l’aquaculture (2019)
complément de la politique régionale de l’agriculture (ECOWAP+10) de la CEDEAO. Il est
également en phase avec la politique commune d’amélioration de l’environnement (PCAE) de
l’UEMOA (2008) qui vise à inverser les tendances lourdes de dégradation et de réduction des
ressources naturelles, la dégradation des milieux et cadres de vie et de maintenir la biodiversité.

Au plan national, le PNIASP tire son fondement de la Politique sectorielle production Agro-sylvo-
pastorale (PS-PASP) à l’horizon 2027, elle-même se fondant sur l’Étude nationale prospective
(ENP Burkina 2025) et le Schéma national d’aménagement et du développement durable du
territoire (SNADDT). La PS-PASP vise à développer un secteur productif, assurant la sécurité
alimentaire, davantage orienté vers le marché et créateur d’emplois décents basé sur des modes de
production et de consommation durables. Le PNIASP s’inscrit également dans la politique
nationale multisectorielle de nutrition 2020-2029 notamment en son volet prévention et la gestion
des crises alimentaires et nutritionnelles.

Par ailleurs, il opérationnalise le deuxième Plan National de Développement Économique et Social


(PNDES-II) à l’horizon 2025 en son axe 4 : « dynamiser les secteurs porteurs pour l’économie et
les emplois ». L’ambition du PNDES II pour le secteur PASP est de : (i) développer un secteur
agro-sylvo-pastoral, faunique et halieutique productif et résilient, davantage orienté vers le
marché ; (ii) développer des infrastructures de qualité et résilientes, pour favoriser la transformation

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structurelle de l'économie ; (iii) inverser la tendance de la dégradation de l’environnement et des
ressources naturelles pour favoriser la résilience climatique et la réduction des émissions de gaz à
effet de serre.

1.2. Vision et objectif global

Partant des défis majeurs à relever dans le secteur et au regard des référentiels desquels s’inspire
la stratégie notamment le PNDES II et la PS-PASP, la vision du PNIASP est : « À l’horizon 2025,
le secteur PASP est résilient, moderne et compétitif, accélérateur de la transformation
structurelle de l’économie nationale porté par des exploitations familiales et des entreprises
agricoles modernes et garantissant durablement la sécurité alimentaire et nutritionnelle des
populations ».

Dans l’optique d’assumer la souveraineté alimentaire, le PNIASP se fixe comme objectif global :
« accroître durablement la productivité et l’accès des produits ASPHF aux marchés à l’effet
d’améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle et d’accélérer la transformation structurelle
de l’économie ».

2. Axes et objectifs spécifiques


L’axe 1 vise à accroitre durablement la productivité et la production des exploitations ASPHF. Il
se décline en trois objectifs stratégiques que sont : (i) OS 1.1 : Accroitre durablement la
productivité du secteur PASP ; (ii) OS 1.2 : Renforcer la sécurisation foncière des espaces de
production ASPHF, et (iii) OS 1.3 : Renforcer la résilience des ménages et des systèmes de
production ASPHF.

L’axe 2 répond au besoin de développement des filières pour soutenir la création de valeur ajoutée
dans le secteur. Il comprend deux (02) objectifs stratégiques : (i) OS 2.1 : Développer les chaînes
de valeurs des filières ASPHF et (ii) OS 2.2 : Améliorer l’accès des acteurs des filières ASPHF aux
services financiers.

L’axe 3 vise à créer les conditions pour parvenir à des modes de production et de consommation
durables dans un contexte de changement climatique. Les objectifs stratégiques de cet axe sont :
(i) OS 3.1 : Améliorer durablement la gestion des terres, des ressources forestières, fauniques et
des espaces pastoraux et (ii) OS 3.2 : Améliorer la disponibilité et l’accessibilité des ressources en
eau.

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L’axe 4 vise à créer les conditions nécessaires pour améliorer le pilotage global du secteur et
accroitre l’efficacité des interventions. Les objectifs stratégiques de cet axe sont : (i) OS 4.1 :
Assurer la coordination, la planification, le suivi et l'évaluation des interventions dans le secteur et
(ii) OS 4.2 : Assurer une mobilisation et une gestion efficiente des ressources du secteur PASP.

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