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Infos Pesticides

Le document examine l'impact de l'utilisation des intrants agricoles, notamment les engrais chimiques et les pesticides, sur la santé des hommes et des animaux au Bénin. Bien que ces intrants soient nécessaires pour augmenter la production agricole, leur utilisation présente des risques significatifs pour la santé humaine et animale, ainsi que pour l'environnement. Le texte propose des solutions pour une agriculture durable afin de minimiser ces impacts négatifs.

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Infos Pesticides

Le document examine l'impact de l'utilisation des intrants agricoles, notamment les engrais chimiques et les pesticides, sur la santé des hommes et des animaux au Bénin. Bien que ces intrants soient nécessaires pour augmenter la production agricole, leur utilisation présente des risques significatifs pour la santé humaine et animale, ainsi que pour l'environnement. Le texte propose des solutions pour une agriculture durable afin de minimiser ces impacts négatifs.

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IMPACTS DE L’UTILISATION DES INTRANTS AGRICOLES SUR LA

SANTE DES HOMMES ET DES ANIMAUX EN REPUBLIQUE DU


BENIN: CAS DES ENGRAIS CHIMIQUES ET DES PESTICIDES

EDORH A. Patrick
Dr. en Toxicologie de l’Environnement
Maître de Conférences
FAST/UAC
INTRODUCTION
❖ Besoins ou problèmes fondamentaux du Bénin
➢ Démographie sans cesse galopante
➢ Insécurité alimentaire
➢ Environnement sain

D’où:
❖ Principal défi: Assurer en même temps croissance agricole et bien-être
cela passe par:
➢ Nécessité de la promotion d’un développement agricole durable
Pour cela, il faut:

✓ Accès et disponibilité des intrants agricoles externes de qualité


✓ Connaissance des intrants agricoles
✓ Maîtrise des techniques d’utilisation des intrants agricoles
✓ Connaissance des impacts sur santé et environnement
PLAN
I- Nécessité des intrants agricoles (engrais et pesticides) au Bénin

II- Aspects positifs de l’utilisation des engrais et des pesticides

III- Risques liés à l’utilisation des intrants agricoles


A/ Cas des engrais chimiques
B/ Cas des pesticides

IV- Approche de suggestions: Agriculture durable


A/ Agriculture durable
B/ Recommandations

CONCLUSION
I- Nécessité des intrants agricoles (engrais et pesticides) au Bénin

❖ 80% de la population béninoise est rurale, donc agricole

❖ Économie béninoise basée sur secteur primaire

❖ Dès 1946, agriculture = industrie dans nombreux pays (agri business)


Pour deux besoins :
➢ Couvrir les besoins de la population
➢ Exporter

❖ Contexte agricole dans lequel évolue notre pays:


➢ Demande en matières premières croissante du marché mondial
➢ Mondialisation
➢ Concurrence sous-régionale ou mondiale
✓ Mécanisation
✓ Recherche scientifique associée
✓ Fabrication, expérimentation et effets spectaculaires des intrants agricoles
➢ Amendements obligatoires en zones tropicales, car sols acides et pauvres en éléments
nutritifs, par nature
I- Nécessité des intrants agricoles au Bénin (suite)

❖ Pendant ce temps, au Bénin, zone tropicale:


➢ Epuisement du sol : car extraction croissante par les cultures, sans réapprovisionnement -
ou avec réapprovisionnement insuffisant - d'éléments nutritifs
➢ Expansion des terres aux dépens des zones forestières ou de sols marginaux sujets à
l'érosion ou à la désertification
➢ Pertes (cultures et stocks) imputables aux insectes, champignons et mauvaises herbes
➢ Changement climatique et caprice des saisons
➢ Techniques agricoles rudimentaires

❖ D‘où l’option: Les engrais chimiques et les pesticides


Seule issue immédiate car:
➢ Relativement plus accessible
➢ Relativement moins coûteuse

❖ Des preuves que le choix fait n’est pas mauvais se retrouvent dans II
II- Aspects positifs de l’utilisation des engrais et des pesticides
Tableau1: Statistique de production du coton graine au Bénin de 1994 à 1997

Années Intrants Effets


Engrais Insecticide Chiffres Productions Rendement
(kg) (L) d’affaires (CFA) (T)
94/95 35294200 2080239 87.924.196.000 265 822 1 184

95/96 43124250 2033386 90.411.547.000 349 619 1 191

96/97 68272250 2316603 108.740.091.000 430.398 1 196

Source: AIC/CSPR et SONAPRA-MDR (Bénin, 2007)

Commentaire:
❖ Effets de l’utilisation croissante des intrants:
➢ Augmentation de production
➢ Augmentation de rendement
➢ Elévation du chiffre d’affaire
❖ Explication des résultats:
➢ Engrais: Augmentation de la production de matière sèche
➢ Pesticides: Réduction des pertes de rendement imputables aux ennemis des cultures
Leur utilisation ne sera, cependant, pas sans conséquences , d’où III.
III- Risques liés à l’utilisation des engrais chimiques et pesticides
A / Cas des engrais chimiques
❑ Engrais = produits agrochimiques: éléments nutritifs des plantes + insecticides +
herbicides + fongicides
❑ Mais, d’après FAO, engrais = produits qui fournissent éléments nutritifs essentiels
pour croissance des plantes
Tableau 2: Composition des engrais chimiques courants

Groupes Composition et Principaux Autres éléments


d’engrais Formule chimique éléments (métaux toxiques)
recherchés
Azotés NH3NO3,(NH4)2SO4, N, S Hg, Pb, Ni
CO(NH2)2, Ca(NO3)2
Phosphatés Ca(H2PO4)2,H2O,Ca P, Ca Cd, Cr, Cu, F, Pb,
SO42H2O, Se
Potassiques KCl, K2SO4 K, S Mo
Composés NH4H2PO4(NH4)SO4 N,P,K,S, Ca Pb
NH4H2PO4
Source: OFEFP, 1991.
A/Cas des engrais chimiques (suite)
❖ Les risques liés à leur utilisation se situent au niveau de:
➢ Doses excessives
➢ Mauvaises techniques d’épandage
➢ Emploi déséquilibré
❖ Correction par des pratiques de gestion améliorées

Mais en attendant:

1- Menaces pour l’Homme et les Animaux


❑ Tous les éléments nutritifs appliqués aux sols ne sont pas absorbés par la culture
en croissance, les non utilisés peuvent:
✓ Rester dans le sol
✓ Etre éliminés par l'eau s'écoulant par lessivage ou par ruissellement dans le sol
✓ Se perdre dans l'atmosphère par volatilisation
Ces phénomènes dépendent des réactions physiques, chimiques et biologiques
auxquelles les éléments nutritifs prennent part. Il s’agit surtout de:
✓ Azote
✓ Phosphore
✓ Potassium
1- Menaces pour l’Homme et les Animaux (suite)
1.1. Azote
❑ Sous conditions agricoles normales, azote s’oxyde en nitrates

❑ Le nitrate n'est pas absorbé suffisamment par les particules du sol


→ Lessivage dans les eaux de surface ou souterraines (nappes phréatiques)
→ Evaporation dans l'atmosphère par dénitrification de gaz d'azote et oxyde nitreux (gaz à effet
de serre)

❑ Si l'urée est appliquée au sol à pH élevé sous chaleur et sécheresse:


→ Volatilisation de l'ammoniac (toxique)
→ Maladies possibles
▪ Les nitrites :
✓ Hypertension artérielle, botulisme
✓ Hypothyroïdie et baisse activité cérébrale

▪ Les nitrates provoquent chez les enfants:


✓ Méthémoglobine
✓ Cyanose
1- Menaces pour l’Homme et les Animaux (suite)
1.2. Phosphore
❑ Les plantes reçoivent du phosphore sous la forme d'ions de phosphate

❑ Le phosphate appliqué qui n'est pas absorbé par la culture


➢ Reste dans le sol
➢ Lessivé par ruissellement ou par érosion du sol
→ Eutrophisation et floraison d'algues dans les eaux de surface
→ Mort de la faune et flore aquatiques et conséquences

❑ Les engrais phosphatés peuvent contenir du Cd, Pb et autres métaux toxiques

1.3. Potassium
❑ Les ions de potassium peuvent être:
➢ Assimilés par les plantes
➢ Absorbés par le sol
➢ Fixés à l'intérieur de particules d'argile

❑ Le potassium non absorbé:


➢ N'est pas très mobile dans les sols qui contiennent de l'argile
➢ Lessivé dans les sols sablonneux, mais sans effets nuisibles sur eau ni eutrophisation
B / Cas des pesticides
❑ Pesticides = Insecticides + Herbicides + Fongicides
Mais plus importants : insecticides
➢ Nature: Mélanges d’organophosphorés (Op) et pyréthrinoïdes (Py) dans
proportion 9:1
➢ Exemples: Endosulfan = dérivés de triazine (t) de formule CE (Concentré
Emulsionnable= diluer avant usage)
Tableau 3: Composition des pesticides courants
Pesticides Composition
Insecticides Endosulfan (Oc), Cyperméthrine(Py)-Isoxation (Op)
Lambdacyperméthrine (Py), Deltaméthrine (Py)
Herbicides Prométhrine (Py)-Fluométuron (Op), Dipropétryne (Py)-métolachlore (Oc)
Atrazine(t)-métolachlore (Oc), Aclonifène (Oc), Fluométuron (Op)
Fongicides Chlorothalonil (Oc)

Source: SONAPRA-DRCF, 2000

❑ Il ressort du tableau que les pesticides sont des poisons


Quels sont alors les risques liés à leur utilisation?
1- Menaces pour l’Homme et les Animaux
❑ La privatisation de la distribution des intrants agricoles par Gouvernement
Béninois en 90
→ Des privées assurent distribution des engrais et pesticides:
→ Réception par secrétaires des Groupements Villageois (GV)
→ Stockage et conservations dans des magasins au sein des habitats non loin des
points d’eau
Conséquences:
✓ Augmentation des risques
✓ Non protection adéquate des utilisateurs de pesticides lors des séances de
pulvérisation
✓ Non respect des consignes d’utilisation
✓ Problèmes de santé et cas de décès
❑ Quelques effets sur la santé
Type d’intoxication Signes cliniques
Intoxication légère Maux de tête, fièvre, douleur abdominale,
rhume, maux d’yeux, démangeaisons
Intoxication modérée Vomissement, diarrhée, difficulté
respiratoire
Intoxication sévère Convulsion, trouble de conscience, coma
1- Menaces pour l’Homme et les Animaux (suite)

❑ ETUDE DE CAS
Tableau 4: Intoxications par Callisulfan (Endosulfan) dans le département du Borgou selon la cause déclarée
(Campagne 1999/2000).

Cause d'intoxication Nombre de cas Nombre de cas de mort


d'intoxication
Suicide 4 4
Transport de pesticides ensemble 14 6
avec des aliments
Inhalation lors du traitement 1 1
Recyclage des bidons d'emballage 5 3

Aliments provenant des champs 21 5


de coton
Légumes traités 18 14

Stocks de cultures vivrières 10 4


traitées
Total 73 37

Source: CARDER-Borgou ( 1999/2000)


1- Menaces pour l’Homme et les Animaux (suite)
❑ Commentaire:
❖ Deux types d’intoxication
➢ Les intoxications aiguës (à court terme)
✓ Heureusement exceptionnelles
✓ Généralement provoquées par l’absorption massive du pesticide
→ Maux de tête, nausées, vomissements, diarrhée, spasmes musculaires,
→ Transpiration, tremblements et sensation de faiblesse.
✓ Si le produit phytosanitaire est très toxique
→ Convulsions, coma et décès

➢ Les intoxications chroniques (à long terme)


✓ Absorption progressive, répétée de petites quantités de produit qui vont
s’accumuler au niveau des reins, foie ou système nerveux
✓ L’opérateur ressent les pathologies longtemps après l’épandage
→ Certaines font l’objet de maladies professionnelles
❖ Les voies de contamination
➢ Trois:
✓ Absorption cutanée
✓ Inhalation
✓ Ingestion.
1- Menaces pour l’Homme et les Animaux (suite)
❑ Absorption cutanée
➢ Voie d’exposition la plus fréquente
✓ Contact direct : peau (mains et visage) , yeux
→ Ampoules et desquamation
→ Brûlures et des irritations (surtout les huileuses)
❑ Ingestion.
➢ Rarement (sauf suicide)
➢ Accidentelle grave (intoxication aiguë) et mortelle par:
✓ Souillure des mains,
✓ Méprise avec un aliment par confusion
✓ Casse-croûte ou cigarette Cette voie de pénétration provient
✓ Non respect des règles fondamentales d’hygiène
❑ Inhalation
➢ Si produits en poudre ou en granulés,
→ Poussière de particules (aérosol solide)
➢ Si produit liquide
→ Microbrouillards (aérosol liquide) très dangereux
Conséquences: surface d’échange entre air et sang dans les poumons
accélère passage du produit dans le sang et organes cibles→ DANGER
1- Menaces pour l’Homme et les Animaux (suite)

❑ Les animaux ne sont pas épargnés

➢ Pour les animaux terrestres, après les épandages


→ Vers de terre et bactéries tués → défaut d’humification des sols
→ Lézards, oiseaux, insectes, rongeurs tués → déséquilibre écologique

➢ Des enquêtes OBEPAB (2000): pesticides sont utilisés pour la pêche dans 11
villages du Nord
→ Contamination de l’écosystème aquatique et ses conséquences
→ Contamination de tout le réseau trophique dont Homme = maillon final

❑ Eau, sols et air contaminés = environnement contaminé → DANGER

❑ QUE FAIRE ?
IV- Approche de suggestions: agriculture durable
❑ Deux raisons pour le rejet
➢ Impacts négatifs
➢ Effets sur le rendement mitigé
Intrants Effets
Engrais (kg) Insecticide (L) Productions Rendement
Années (T)

96-97 68272250 2.125.989 430.398 1 196


97-98 74651171 1.954.018 377.370 929
98-99 86703337 2.108.417 359.331 849
99-00 93983722 2.450.451 376141 981
Source: MDR et RCF
Constat:
➢ Augmentation d’intrants n’est pas augmentation de rendement
➢ d’où suggestions: agriculture durable
A/ Agriculture durable

Les moyens biologiques


➢ Compostage de résidus organiques
➢ Mycorhizes
➢ Destruction de cycle de développement des nuisibles
➢ Diversité des plantes cultivées → favorise la lutte biologique
➢ Utilisation des extraits de plantes
➢ Utiliser des pièges pour les rongeurs
➢ Agriculture biologique

B / Les recommandations
➢ Demandez conseil afin de sélectionner le produit phytosanitaire
➢ Choisir le plus efficace et le moins dangereux
➢ Utiliser ce qui est nécessaire
CONCLUSION
❑ L’objectif de l’agriculture = assurer la sécurité alimentaire dans un contexte
de développement durable
Malheureusement:
❑ Contraintes économiques
❑ Démographiques
❑ Libéralisation et dérive de l’utilisation des intrants
→ Conséquences sur la santé
→ Conséquences sur l’environnement
Alors:
L'agriculture biologique en dépit de ses handicaps et détracteurs constitue la
mesure efficace à prendre en compte en vue de l’effectivité du
développement durable.
MERCI POUR VOTRE AIMABLE ATTENTION
LEGISLATION DES PESTICIDES

Patrick A. EDORH
Dr en Toxicologie de l’Environnement

Pr Titulaire de Biochimie

Directeur du LaRBiTE
PLAN
INTRODUCTION

I- DEFINITION

II- Législation Internationale des pesticides


2-1) Les Instruments juridiques contraignants
2-2) Les instruments juridiques volontaires

III- Législation des pesticides au Bénin


3- 1) Les lois
3-2) Décret
3-3) Arrêté

CONCLUSION
INTRODUCTION

Les pesticides font l’objet d’une préoccupation mondiale pour


plusieurs causes

* Risques agronomiques liés à leur utilisation inappropriée


* Sécurité alimentaire et la santé publique
(exposition aux pesticides, résidus alimentaires de pesticides)
* Risques environnementaux
(contamination des écosystèmes, réduction de la biodiversité)
* Qualité des pesticides-commerce illégal de pesticides
(Contrefaçon, faux)
INTRODUCTION

La part de l’Afrique dans la consommation mondiale de pesticide est


d’environ 4%

Cependant, le continent est fortement touché par la morbidité et la mortalité


liées à l’usage des pesticides

Au Tchad, dans la région de Forcha (Ouest de Ndjamena), 10 personnes d’une


même famille ont été intoxiquées suite à la consommation de salades
contaminées par les pesticides

Au Bénin, en 2000, 37 personnes ont été tuées par l’endosulfan durant la


saison 1999/2000

Nécessité de définir les conditions d’usage et de


commercialisation des pesticides assurant la protection des
utilisateurs, des consommateurs, du public et de
l’environnement
INTRODUCTION

Pour juguler les problèmes que posent les


produits chimiques en général, plusieurs
initiatives internationales instituant les bases
juridiquement contraignantes et volontaires
pour une bonne gestion des pesticides ont été
mises en place.
DEFINITION

Législation = Ensemble des dispositions législatives concernant un domaine


particulier (Définition Le Petit LAROUSSE)

Législation= Conditions d’utilisation et de commercialisation des pesticides

Législation des pesticides= Ensembles des dispositions législatives et


réglementaires encadrant l’utilisation et la commercialisation des pesticides
dans une région ou dans un pays.

Dispositions législatives: Loi, Conventions internationales, protocoles

Dispositions règlementaires: Décret, Arrêté


II- Législation Internationale des pesticides

La législation internationale comportent deux types d’instruments:


* les instruments contraignants
* les instruments volontaires
Les instruments contraignants sont les conventions de Stockolm, de
Rotterdam, de Bâle et protocole de Montréal et de Kyoto.

Les instruments volontaires :

• Code internationale de Conduite pour la distribution et l’Utilisation des


produits chimiques
• Système Général Harmonisé de Classification et d’Etiquetage des
produits chimiques
• Approche stratégique pour la Gestion internationales des produits
chimiques (SAICM)
• Plan d’action de Bahia du forum intergouvernemental pour la sécurité
des produits chimiques
II- Législation Internationale des pesticides
2-1) Les Instruments juridiques contraignants

1) Convention de Stockholm

Cette convention a eu lieu le 17 mai 2004 à Stockolm (Suède)portait sur les


Polluants Organiques Persistants (POP)

Engagement mondial à protéger la santé humaine et l’environnement de


l’action des POP
Les POP se caractérisent par quatre propriétés communes:

* hautement toxiques
* persistants et mettent parfois des années se dégrader
*s’évaporent et sont transportés sur de longues distances
*absorbés par les tissus adipeux des animaux et se bioaccumulent
dans la chaine alimentaire

La Convention de Stockholm cible au départ 12 POP particulièrement


toxiques dont 09 pesticides.
1) Convention de Stockholm

Les pesticides cibles de la convention

1-Aldrine
2-Chlordane,
3-DDT
4-Dieldrine
5-Endrine
6-Heptachlore
7-Hexachlorobenzène
8-Mirex
9-Toxaphène
2-1) Les Instruments juridiques contraignants

La convention de Rotterdam

Elle est entrée en vigueur le 24 février 2004.

Cette convention portait sur la procédure de consentement préalable en


connaissance de cause applicable à certains produits chimiques et pesticides
dangereux qui faisaient l’objet d’un commerce international (PIC)

La convention de Rotterdam stipule que « Tout produit chimique interdit, retiré


ou strictement réglementé dans un pays ne peut être exporté vers un autre pays
tant que le gouvernement de ce dernier n’a pas été pleinement informé des raisons
de l’action réglementaire et n’a pas consenti à l’importation du produit contrôlé »
La convention de Rotterdam

1980-1990: Période du commerce international intense de produits chimiques et


de pesticides dangereux

La découverte des problèmes environnementaux et sanitaires Contrôle


sur utilisation domestique de ces produits tout en continuant de les exporter vers
les pays en développement

Ces pays sont caractérisés par un fort taux d’illetrisme, absence d’accès aux
soins médicaux, manque de formation à la sécurité, manque d’équipements
de protection et de l’existence de restrictions quant aux droits.

Cette convention n’interdit pas les produits chimiques mais donne aux pays
importateurs les informations nécessaires pour des décisions autonomes et
réfléchies.
La convention de Rotterdam

Elle s’articule autour de trois éléments fondamentaux :

*exige des Parties qu’elles notifient au Secrétariat tout produit chimique


ou phytopharmaceutique interdit ou strictement réglementé pour
des raisons sanitaires ou environnementales

* donne le droit pour les pays importateurs de refuser des importations non
désirées

* oblige les pays exportateurs à reconnaître et respecter de tels refus.


2-1) Les Instruments juridiques contraignants

Protocole de Montréal

La convention de Montréal est entrée en vigueur en


1987

L’objectif de cette convention était de supprimer la


production et l’utilisation des substances affectant la
couche d’ozone afin de protéger la couche d’ozone et
la reconstituer.
2-2) Les instruments juridiques volontaires

APPROCHE STRATEGIQUE DE LA GESTION


INTERNATIONALE DES PRODUITS
CHIMIQUES (SAICM)

La SAICM a été élaborée en 2002 au sommet sur le développement durable de


Johannesburg

Elle a été adopté en 2006 à la conférence internationale sur la gestion des


produits chimiques de DUBAI (Emirats Arabes Unis)

L’objectif de cette approche est de stimuler le développement de systèmes


nationaux et internationaux plus efficaces dans la gestion et le contrôle de
produits chimiques.

Cette approche est un cadre politique pour l’action international sur les risques
chimiques
APPROCHE STRATEGIQUE DE LA GESTION
INTERNATIONALE DES PRODUITS
CHIMIQUES (SAICM)

Le SAICM comporte trois éléments principaux

* déclaration de Dubaï
* stratégie politique globale
* plan d’action global

La stratégie politique global s’articule autour de 5 éléments (réduction des


risques, le renforcement des connaissances et de l’information, la gouvernance, le
renforcement des capacités et la coopération technique)

Le plan d’action global contient les « zones de travail et d’activité »


Système Général Harmonisé de
Classification et d’Etiquetage des
produits chimiques (SGH)
Ce système a été publié en 2004.

La nécessité d’un tel système était inscrite au chapitre 19 de l’agenda 21. Elle
proposait qu’une classification harmonisée des risques et un système
d’étiquetage incluant des fiches de données sur la sécurité du matériel et des
symboles soient mises en place avant 2000.

Le but du SGH est d ’assurer l’accès à l’information sur les risques physiques et
la toxicité afin d’assurer la protection de la santé et de l’environnement lors de la
manipulation, du transport et de l’utilisation
Système Général Harmonisé de
Classification et d’Etiquetage des
produits chimiques (SGH)

Le système s’applique aux substances chimiques pures, à leurs solutions


diluées et aux mélanges de substances chimiques

Seules les propriétés dangereuses intrinsèques de ces substances et mélanges


sont prises en compte.

Pour la communication des risques, le SGH utilise les outils d’étiquetage pour
communiquer sur chacune des classes et catégories de risques.
Code de conduite international pour la distribution
et l’utilisation des pesticides

Ce code fut adopté pour la première fois en 1985

Cet instrument définit les rôles et les responsabilités des différentes parties
prenantes en matière de sécurité des pesticides

Instrument volontaire; norme et point de références en rapport avec la


gestion rationnelle des pesticides

Ce Code de conduite se focalise :

❑ Réduction du risque
❑ Protection de la santé humaine et de l’environnement
❑ Promotion de l’agriculture durable par une utilisation efficace des
pesticides+ stratégie de gestion intégrée des ravageurs
Codex Alimentarius et Réunion
conjointe FAO/OMS sur les résidus de
pesticides

La Commission du Codex Alimentarius fut créée en 1963 par la FAO et


l’OMS

But du Codex Alimentarius:

❖ Protection de la santé du consommateur


❖ Garantir les pratiques commerciales justes
❖ Favoriser la coordination de tous les travaux sur les normes alimentaires

L’un des enjeux clés du travail de la Commission est d’adopter des normes sur
les limites maximales de résidus (LMR) de pesticides dans l’alimentation
humaine et animale
Législation des pesticides au Bénin
ETAT DES DONNÉES DE SANTÉ DANS L'ÉVALUATION
DE LA QUALITÉ DE L'AIR AU BÉNIN

Catalogue des polluants de l’air au Bénin:


sources et effets sur la santé

Patrick A. EDORH
Prof. Titulaire de Biochimie et Toxicologie de l’Environnement
Cotonou, Novembre 2018
Le 20 septembre dernier était célébrée la troisième édition de la journée internationale
de l’air. À cette occasion, la revue scientifique The Lancet a classé les 54 pays africains
en fonction de leur qualité de l’air parmi lesquels, le Bénin occupe la 49ème place avec
un indice de pollution égal à 11.00
. En effet, en dépit des efforts du Gouvernement à réduire la pollution atmosphère, l’air
au Bénin et particulièrement dans les grandes villes reste encore fortement polluée. Les
indices qui ont servi à ce classement sont entre autres : la qualité de l’air intérieur, le
niveau de concentration en particules fines, ainsi que le taux de mortalité attribuable à la
pollution. Notre présentation vise à faire connaître davantage les polluants retrouvés
dans l’air que respire la population de nos grandes villes.

L’air que nous respirons peut contenir des centaines de polluants sous forme gazeuse,
liquide ou solide. On distingue les sulfates, les nitrates, l’ammonium, le chlorure de
sodium, le carbone, les matières minérales et l’eau
Les principaux composants en sont les sulfates, les nitrates, l’ammonium, le chlorure de
sodium, le carbone, les matières minérales et l’eau, précise l’organisation. Ces particules, en
particulier les plus fines, pénètrent profondément dans les poumons et dans le système
cardiovasculaire. Ce qui constitue un facteur de risque de maladies cardiovasculaires et
respiratoires, et de cancer du poumon.
D’entrée de jeu, Hervé Lawin reconnaît que « Nous sommes tous exposés à la pollution de
l’air ». Cependant, expose-t-il, les études réalisées en 2016 sur des conducteurs de taxi-
moto à Cotonou et un groupe de comparaison professionnellement non exposé indiquent
clairement que les « zém» sont plus exposés. Pendant que dans ce groupe, le degré
d’exposition était d’une moyenne de 19,52 microgrammes par mètre cube, il était de 31,27
microgrammes par mètre-cube chez les conducteurs de taxi moto. En 2017, les résultats
révèlent une moyenne de 16,66 microgrammes par mètre cube dans le groupe de
comparaison et de 38,84 microgrammes par mètre cube chez les « zem ».Ces moyennes
observées chez les « zem » dépassent largement la norme de l’Oms qui est de 25
microgrammes par mètre cube. Par ailleurs, des examens effectués en 2014, 2016 et 2017
sur cette catégorie professionnelle montrent qu’après trois ans d’exposition à la pollution
de l’air, « La fonction pulmonaire des conducteurs de taxi-moto se dégrade plus vite que
celle des populations professionnellement non exposées ».
A chaque fois qu’un pneu usagé est brûlé, il en ressort un résultat de pollution à raison
de près de 70 % de carbone, 1% de souffre, 1 % d’oxyde de zinc, 0,5 % d’azote, , 16 % de
fer, 7 % d’hydrogène, 4 % d’oxygène, 0,3 % d’acide stéarique, du cadmium à raison de 10
mg / kg, du chrome à raison de 90 mg/kg, du Nickel à raison de 80 mg /kg, du plomb à
raison de 50 mg / kg, des liaisons cuprifères à raison de 200 mg / kg.
INTRODUCTION

• L’ agriculture est un secteur essentiel au développement


économique du Bénin. Il contribue à xx% du PIB

• L’amélioration des performances productives dans ce domaine


est basée sur
- l’utilisation des intrants
- l’usage des pesticides

• Les pesticides sont exploités très fréquemment en agriculture et


en santé publique pour leurs bénéfices multiples sans occulter
les risques que soulèvent leur utilisation.
INTRODUCTION

BÉNÉFICES
Protection des
cultures

Préservation de
la nourriture et
PESTICIDES des matériaux

Prévention des
maladies liés à
des vecteurs
INTRODUCTION

INCONVÉNIENTS
Menace pour la
santé publique

Menace pour
l’environnement
PESTICIDES (pollution , réduction
de la biodiversité)

Menace pour
l’économie
INTRODUCTION

• La question de l’usage des pesticides est au cœur d’une controverse


passionnée entre les tenants d’une agriculture sans pesticides et les
défenseurs du modèle productiviste devenu classique.

• Une prise de position éclairée du citoyen, des décideurs publiques et


des scientifiques exige:

*une compréhension approfondie de la notion de pesticide, du mécanisme d’action et des


effets de ces substances sur la santé humaine

*la connaissance des impacts des pesticides sur les organismes vivant dans des
écosystèmes bien définis

* La maitrise de l’ensemble des textes et réglementations encadrant l’usage de ces


substances au Bénin.
DEFINITIONS

• pesticide provient de deux locutions latines à savoir


* "caedere " signifiant tuer et "pestis" qui veut dire fléau

• Etymologiquement, pesticide signifie donc « Tueur de fléau »

• Un pesticide est toute substance ou mélange de substances


destinées à prévenir, à détruire, à repousser, à attirer et à réprimer
tout organisme nuisible.

• Souvent confondu à insecticide, le mot pesticide est un terme


générique désignant les herbicides, les fongicides et d’autres
substances utilisées pour contrôler les organismes nuisibles

DEFINITIONS

Propriété des pesticides

défoliantes et Régulation de la
dessicantes croissance des plantes

CONTRÔLE DES ORGANISMES NUISIBLES (champignons, végétaux , animaux)


DEFINITIONS

• Les pesticides désignent


aussi bien la substance active
que la préparation
commerciale.

• Cette préparation
commerciale est appelée
formulation. Elle comprend
des substances actives et des
substances inertes
DEFINITIONS
• Les substances actives sont celles qui produisent les effets souhaités sur
les organismes nuisibles

• Les substances inertes renforcent l’activité des substances actives leur


permettant d’être plus efficaces.

• Deux types de substances inertes sont distinguées


❖ Supports
❖ Adjuvants
• Les supports sont des substances mélangées à la matière active pour
faciliter la manipulation, l’application et l’entreposage des pesticides

• L’eau, huile et l’argile sont des exemples de support

• Les adjuvants permettent de modifier les caractéristiques d’application


du pesticide pour le rendre plus sécuritaire, plus efficace, plus facile à
manipuler et à appliquer.
Tableau I : Type d’adjuvants et activité

TYPE D’ADJUVANTS TYPE D’ACTIVITE


Pénétrants Permettent aux pesticides de traverser la couche extérieure d'une
surface traitée
Dispersants Permettent aux pesticides de former une couche uniforme sur la
surface traitée
Agents tensioactifs Améliorent la dispersion, l'étalement ou les propriétés
mouillantes d'un pesticide.
Adhésifs Permettent aux pesticides d'adhérer à la surface traitée
Agents mouillants Facilitent le mélange des poudres mouillables et des pâtes
granulées avec l'eau, et leur adhésion aux surfaces cibles
Tampons Augmentent la solubilité des pesticides dans l'eau ou ralentissent
la décomposition chimique de certains pesticides en abaissant le
pH de l'eau alcaline
Emulsifiants Permettent de mélanger un pesticide à base d'huile avec de l'eau
DEFINITIONS
Formulations Variantes
Liquide les concentrés émulsifiables,
les suspensions concentrées,
les suspensions en microcapsules
les solutions

Solide les poudres


les appâts
les granulés
les comprimés
les pastilles
pâtes granulées
granulés solubles,
poudres mouillables
poudres solubles

Gazeuse Fumigants
HISTORIQUE DES PESTICIDES

• L’utilisation des substances pour leurs propriétés biocides


remonte à très longtemps

❖ l’arsenic et le soufre étaient utilisés durant l’antiquité pour


leurs propriétés insecticides
❖En Inde, les racines de Derris et Lonchocarpus, contenant de la
roténone jouaient le rôle d’insecticide
❖Au XIX siècle, les fongicides à base de matières minérales virent
le jour (Bouillie bordelaise)

❖Les années 1940 sont marquées par la commercialisation des


pesticides organiques de synthèse tels que la DDT (synthétisée
par Zeidler en 1874)
HISTORIQUE DES PESTICIDES
❖Les recherches de gaz de combat durant la seconde guerre
mondiale (1939-1945) ont provoqué la synthèse des
organophosphorés

❖ 1950-1955, aux USA se développent la famille des urées


substituées (Linuron, diuron)

❖ Peu après, les ammoniums quaternaires et les triazines furent


élaborés

❖ 1966, les fongicides de type benzimidazole, benzimide sont mis


au point

❖ 1970-1980, apparait la classe des pyréthrinoides


CONSOMMATION DE PESTICIDES

• Les pays développés consomment principalement des herbicides


contrairement aux pays en développement qui utilisent
préférentiellement des insecticides/fongicides.

Source: www, observatoire-pesticides.fr


CONSOMMATION DE PESTICIDES

• Les revenus du commerce mondial de pesticides s’élèvent


à 40Milliards de $ en 2012.

• Les 4 plus grands consommateurs sur le plan mondial en


2008 était les USA, le Japon, le Brésil et la France

• Toutefois, les pays en développement (L’ Asie, l’Amérique


central et du sud, le Moyen-Orient et l’Afrique) sont les
marchés les plus actifs en termes de consommation de
pesticides.
CONSOMMATION DE PESTICIDES

• 99% des décès liés aux pesticides ont lieu dans les
pays en développement bien qu’ils ne représentent
que 25% de part du marché mondial.

• Cette situation est expliquée par les facteurs suivants


* Utilisation intensive des pesticides
* Usage sans mesures de protections
appropriées
* Absence ou faiblesse des systèmes de
réglementation, de santé et d’éducation (WHO, 2002)
CLASSIFICATION DES PESTICIDES
• Les pesticides peuvent être regroupés en classes distinctes sur la
base de différents critères tels que

*le contexte d’utilisation,


*les cibles principales,
*leurs groupes chimiques et leurs propriétés

• Suivant le contexte d’utilisation, on distingue des herbicides


utilisés pour l’agriculture, dans le domaine vétérinaire, pour les
travaux de la voirie, des pesticides à usage domestique…

• La classification selon les cibles principales comprend de manière


non exhaustive les herbicides, les fongicides, les insecticides, les
raticides, les rodenticides et les nématicides.
CLASSIFICATION DES PESTICIDES
CLASSIFICATION DES PESTICIDES

• La classification ci-dessous repose sur la structure


chimique des pesticides et leurs cibles principales
MECANISME D’ACTION DES PESTICIDES
• Les pesticides sont des substances chimiques de structures variées
avec différents des mécanismes d’action

• Différentes approches en relation avec les spécialités scientifiques ,


peuvent être utilisées pour classer les pesticides selon leur
mécanisme d’action
➢ Chimiste (structure chimique des pesticides)
➢ Médecins (effets nocifs sur les organes du corps)
➢ Environnementaliste ( stabilité des produits dans
l’environnement)
➢ Biochimiste ( cibles moléculaires)

• Quatre mode d’action généraux des pesticides peuvent être


identifiés
MECANISME D’ACTION DES PESTICIDES

• Interférence avec les processus vitaux retrouvés chez


tous les organismes

• Inhibition d’enzymes spécifiques

• Interférence avec la transduction des signaux nerveux

• Action comme molécules de signalisation


Interférence avec les processus vitaux retrouvés chez tous les
organismes

• Les mécanismes biologiques cibles des pesticides avec un tel


mode d’action sont :

❖La production d’énergie dans la mitochondrie


❖La photosynthèse
❖Les réactions avec les groupements sulfhydryles et la génèse des
radicaux libres
❖La division cellulaire
❖La synthèse des acides nucléiques
Inhibition de la production d’ATP par la mitochondrie

Tableau 3 : Site d’action mitochondrial de certains herbicides


Perturbation de la photosynthèse
• Il existe quatre modes d’action des pesticides sur la
photosynthèse:
* Altération du gradient de pH par les acides
organiques faibles
* Production de radicaux libres
* Blocage de la protéine D1
*Destruction ou inhibition des pigments
protecteurs de la chlorophylle
Altération du gradient de pH par les acides organiques faibles

Source :

Les acides organiques faibles (phénol nitré) perméabilisent les membranes des
cellules entrainant une altération du gradient de pH. La synthèse d’ATP ne se fait
plus , la cellule meurt rapidement.
Production des radicaux libres

Source :

Du flux des électrons vers la férredoxine, le paraquat capte un électron. Il est donc
converti sous une forme réduite qui cède son électron à l’oxygène. L’oxygène est à son
tour transformé en anion superoxyde, précurseur des espèces réactives d’oxygène très
toxique tels que le peroxyde d’hydrogène et le radical hydroxyle
Blocage de la protéine D1
• La protéine D1 assure le transfert des électrons de l’ubiquinone vers la
plastoquinone

• Les urées substitués et les triazines sont des inhibiteurs de l’activité de cette
protéine.

Urées substitués

• Les atrazines sont utilisées en grande quantité pour le traitement du mais en


raison de leur grande sensibilité à l’action du glutathion transférase présent
dans la plante.
Destruction des pigments protecteurs de la
chlorophylle

• Certains pesticides empêchent la synthèse de carotenoides, pigments protecteurs de la


chlorophylle. La chlorophylle est donc exposée à la destruction par photo-oxydation

• L’amitrole est faiblement sélectif. Le beflubutamide est un herbicide plus récent. Il


présente une faible toxicité pour les animaux mais hautement toxique pour les plantes
et les algues.
Les réactions avec les groupements sulfhydryles et la
génèse des radicaux libres

• Les groupements sulfhydryles sont très importants. On les


retrouve fréquemment dans les sites actifs des enzymes

• Quelques pesticides peu spécifiques agissent en réagissant avec


ces groupements chimiques. Les sulfamides, les dithiocarbamates
et perhalogenmercaptans sont des exemples de pesticides de
cette classe

Source :
Destruction ou inhibition des pigments protecteurs de
la chlorophylle

• C’est un mode d’action spécifique à certains herbicides tels que l’amitrole et le


beflubutamide.

• Ces composés agissent inhibant la synthèse des caroténoïdes qui sont des pigments
protecteurs de la chlorophylle.
INHIBITION DES ENZYMES SPECIFIQUES

• Les pesticides tels que les herbicides inhibant la synthèse des


acides aminés sont très sélectifs car ayant pour cibles des voies
métaboliques retrouvées uniquement chez les plantes

• De même les insecticides inhibant la synthèse de chitine sont


aussi très sélectifs car la chitine n’est retrouvé qu’au niveau des
insectes, des crustacées et rarement chez les champignons

• Toutefois, les fongicides malgré leur relative spécificité présentent


des effets chez les plantes et chez les animaux en raison des voies
métaboliques ciblées qui sont commune aux deux règnes.
Les inhibiteurs de la synthèse d’ergostérol

• L’ergostérol est le correspondant du cholestérol chez les


champignons. Il joue donc un rôle essentiel dans l’architecture
des membranes cellulaires et dans la synthèse hormonale dans
les plantes

• L’inhibition de la synthèse d’ergostérol est la cible d’une très


large partie des fongicides existants.

• Ces pesticides procèdent par l’inhibition des enzymes tels que


inhibition de la squalène epoxydase, inhibition de 14-α-
déméthylase ou CYP51.
Les inhibiteurs de la synthèse d’ergostérol

La CYP51 catalyse la conversion du lanosterol et du 24-methylenedihydrolanosterol


respectivement en cholestérol et en ergostérol. Cette enzyme est inhibée par les
fongicides de type DMI (Déméthylase Inhibitors)
• Les exemples de DMI sont l’azole, le triazole, le pirefenox et le triarimol
Inhibition de la synthèse des acides aminés

• Les herbicides ayant cette action représente 28% de


l’ensemble des herbicides commercialisés

• L’inhibition de la synthèse des acides aminés par les plantes


concerne principalement les trois enzymes suivantes:

* Enolpyruvylshikimate-3-synthase
* Glutamine synthase

• Le glyphosate et le glufosinate agissent en inhibant la


synthèse des acides aminés
Inhibition de la synthèse des acides aminés

le glyphosate inhibe la énolpyruvylshikimate-3-phosphate synthase


(EPSP), perturbant la synthèse des protéines et provoquant un
jaunissement des feuilles. L’EPSP intervient dans la synthèse d’acides
aminés aromatiques, son blocage se traduit par un arrêt de la production
de protéines.
Inhibition de la synthèse des acides aminés

Le glufosinate inhibe l’activité de la glutamine synthase entrainant


l’accumulation de l’ammoniac dans la cellule. Ce qui provoque en partie les
effets toxiques de l’herbicide
Inhibition de la synthèse des acides aminés

• Les sulfonylurées (chlorsulfuron, flazasulfuron), le propoxycarbazone ,Les


imidazolinones (imazamox) et les triazolopyrimidines (florasulam, métosulam…) sont
des inhibiteurs de l’acétolactate synthase.

• L’acétolactate synthase est une enzyme très importante pour la synthèse des AA
branchés tels que la valine, l’isoleucine
Inhibition de la synthèse de la chitine
• Après la cellulose, la chitine est le polysaccharide le plus répandu. On la
retrouve uniquement chez les arthropodes et chez certains champignons.

• Les inhibiteurs de la synthèse de la chitine sont donc des insecticides et des


herbicides.

• Chez les insectes, ces substances sont efficaces au moment de la


métamorphose et moins sur les insectes adultes

• Les principaux insecticides de cette classe sont les benzoylurées


(diflubenzuron, cyprodomil)
Inhibition de la synthèse de la chitine

Les polyoxines sont des analogues structuraux de UDP-glucosamine substrat naturel de la


chitine synthase chez les champignons. Ils sont donc utilisés comme fongicide
Inhibition de l’acétylcholinestérase

• L’acétycholine (ACH) est un neurotransmetteur libéré par les neurones dans une
synapse en réponse à l’arrivée d’un influx nerveux. Il est retrouvé uniquement
dans le règne animal.
• L’acétylcholinestérase, enzyme spécifique de l’ACH l’ hydrolyse en choline et en
acétate inhibant ainsi l’action de l’ACH.
• L’inhibition de l’acétylcholinestérase entraine une action prolongée de
l’acétylcholine provoquant les effets nocifs tels que les convulsions, la paralysie…
Inhibition de l’acétylcholinestérase
• Les principaux inhibiteurs de l’acétylcholinestérase sont les
organophosphorés et les carbamates

• Le paraoxon, le parathion sont des exemples de pesticides organophosphorés

• Les exemples de carbamates utilisés comme pesticides sont


Interférence avec la transduction des signaux nerveux
PESTICIDES
Les pesticides sont des produits destinés à lutter contre les parasites animaux et végétaux et les adventices indésirables des
cultures, des plantes des voiries et espaces de loisirs. Ils sont constitués d’une ou plusieurs substances actives associées à
des agents de formulation.

Pesticides On peut les classer selon leur mode d’action : herbicides, insecticides, fongicides…
ou selon leur composition chimique : carbamates (amides), organochlorés, triazines…
Ils peuvent être dommageables pour la santé et l’environnement à cause de leur toxicité, notamment chronique en cas de
persistance et d’accumulation dans les tissus organiques.
9 substances sont listées comme dangereuses prioritaires selon la DCE 2006.
47 substances sont inscrites au Plan Interministériel de Réduction des Risques liés aux Pesticides (PIRRP)

Classification selon leur mode d’action


• Les herbicides : destinés à limiter l’installation d’espèces végétales ad- • Les fongicides : destinés à éliminer les champignons. On distingue
ventices. Peuvent être sélectifs ou totaux. Les familles de substances les trois modes d’action différents. Les multisites s’attaquent aux spores
plus importantes sont les acides amino-phosphoriques (glyphosate), les des champignons. Ils sont donc préventifs. Les unisites attaquent la per-
urées (diuron, isoproturon), les triazines (atrazine, simazine). En France, méabilité membranaire des champignons. Les antimitotiques bloquent la
plus de 300 spécialités contenant du glyphosate sont commercialisées. division cellulaire. La famille la plus présente est celle des carbamates.
• Les insecticides : destinés à tuer les insectes ou à empêcher le dé­ • Les molluscicides et autres pesticides : les molluscicides sont destinés
roulement normal de leur cycle de vie. Les familles les plus rencon­trées à éliminer les escargots et les limaces. Ils sont épandus essentiellement
sont les organophosphorés (malathion), les carbamates insecticides sous forme de granulés. Les rotenticides agissent contre les rongeurs.
(carbaxyl), les pyréthrinoïdes (deltaméthrine) et les organochlorés (en- Les anticoagulants représentent 85% du marché. Quelques produits de
dosulfan). gazage sont encore utilisés. Les nématicides agissent sur les nématodes.

Utilisations et sources potentielles d’émission dans l’environnement


Herbicides Insecticides Fongicides Autres
Acides amino-phosphoriques
v
(Glyphosate)
Acides phénoxycarboniques v
Acides phtaliques v
Acylalanines v
Amides v v
Azoles v
Aryloxyacides
v
(Phytohormones)
Benzilates v
Benzimidazoles v
Benzoylurées v
183
Pesticides

Herbicides Insecticides Fongicides Autres


Carbamates v v v v
Chloro-acétanilides v
Cuivre inorganique v
Cyclodiènes organochlorés v
Diazines v
Dicarboximides v
Dinitroanilines v
Dithiocarbamates v v
Huiles minérales v
Hydroxybenzonitriles v
Morpholines v
Organochlorés v
Organophosphorés v v
Oxime-carbamates v
Phosphates d’éthyle v
Pyréthrinoïdes v
Soufre inorganique v v
Thiocarbamates v
Triazines
v
(Organoazotés)
Triazinomes v
Urées v v
N.B. : Les familles en gras font l’objet d’une fiche particulière Toutes les actions liées à la production, au stockage et à l’utilisation des
pesticides sont des sources potentielles d’émission dans l’environnement
Les principaux types de pesticides utilisés sont dans les proportions (non respect des pratiques d’épandage, traitement systématique, déver-
suivantes : sements accidentels ou volontaires, rinçage du matériel).

De plus, dans l’environnement, ils contaminent l’air (brouillards de pul-


vérisation), les sols (reliquats), les eaux superficielles (ruissellement,
drainage, érosion, retombées atmosphériques) et les eaux souterraines
(infiltration).

184
Pesticides

Effets sur l’environnement Consommateurs exposés par le


biais des résidus présents dans
• Toxicité l’alimentation (fruits et légumes)
De par leur caractère biocide, les pesticides peuvent être toxiques ++
pour tous les organismes vivants. En fonction de leur mode d’action, de Pénétration dans les poumons
leur persistance et de leur capacité de bioaccumulation, cette toxicité par les poussières émises par
s’exprime différemment selon les espèces. Les animaux peuvent être les formulations solides, par les
touchés directement, notamment en bout de chaîne trophique (biomag- gouttelettes, brouillards et vapeurs
nification), ou par le biais de la destruction de leur habitat sous l’effet Mode émis lors des aspersions.
des herbicides. d’exposition Voie la plus redoutable car les
(importance produits sont acheminés rapidement
• Produits de dégradation relative, au sang par l’intermédiaire de l’air
Les substances actives se dégradent en de nombreux produits (métabo- + à +++) pulmonaire.
lites) qui sont parfois plus toxiques que leur substance mère. +++
Pénétration des produits à travers la
• Bioconcentration/Bio-accumulation peau accélérée par les formulations
Même s’il existe d’importantes variations du potentiel de bioconcentra- huileuses ou additionnées de
tion des pesticides selon l’espèce, voire même à l’intérieur d’un même solvants.
taxon, certains pesticides, lipophiles en particulier, sont fortement bio- Les plaies sont autant de passages
accumulables. facilités.
+ (+++ applicateur)
• Bioamplification
Irritants ou corrosifs pour la peau,
Les insecticides organochlorés font notamment l’objet d’une forte bio­
les yeux et les muqueuses.
amplification dans les réseaux trophiques aquatiques.
Graves troubles par absorption
accidentelle (aiguë) pouvant
• Résistance
entraîner la mort.
Il est observé depuis une cinquantaine d’années que des insectes, des
Atteinte à la fonction de
champignons phytopathogènes et des plantes adventices deviennent ré-
reproduction et toxicité sur le
sistantes aux pesticides. Leur nombre est d’ailleurs en croissance cons-
fœtus en développement
tante. La résistance s’accompagne d’un accroissement des CL/DL50. Il
Organes Intoxications à long terme possibles
existe de plus, une résistance croisée : l’espèce devient également résis-
et/ou mais rares : effets cumulatifs dans
tante à d’autres groupes de matières actives.
fonctions l’organisme (foie, reins, sang,
atteints système nerveux central, système
immunitaire).
Exposition humaine et risques pour la santé Beaucoup de pesticides sont
Tous les pesticides sont potentiellement dangereux pour l’homme, la C suspectés d’être cancérogènes d’après
toxicité dépendant du mode de pénétration dans l’organisme. Dans la les expérimentations sur l’animal :
littérature scientifique, l’exposition à certains pesticides a été liée chez leucémie, cancer du cerveau ?
l’homme à des cancers associés à la suppression immunitaire, des réac- Perturbateurs endocriniens
tions allergiques, des réponses auto-immunes, la suppression de la fonc- PE potentiels (peu de certitudes, hors
tion immunitaire et une plus grande sensibilité aux agents pathogènes. organochlorés et atrazine).
185
Pesticides

Restrictions d’usages Niveaux d’imprégnation


Le nombre de substances recherchées et détectées dans les eaux du
Le plan interministériel des réductions des risques liés aux pesticides a
bassin Seine-Normandie s’établit comme suit :
pour objectif de réduire de moitié la quantité des substances actives les
plus dangereuses vendues en France (estimée actuellement à 8000 T) Nombre Nombre
d’ici fin 2009, dont celles suspectées d’être cancérogènes, mutagènes, substances substances
toxiques pour la reproduction et celles classées dangereuses prioritai- recherchées détectées Proportion
res au titre de la DCE. période période
2003-2005 2003-2005
Eaux de surface 408 240 60 %
Textes réglementaires spécifiques Sédiments 123 26 20 %
Eaux
Les pesticides sont réglementés, entre autres, par la directive 91/414/ souterraines 230 108 47 %
CEE concernant leur mise sur le marché, qui stipule notamment que
l’utilisation des substances chimiques ou micro-organismes n’est au- Dans les eaux de surface, c’est l’AMPA, produit de dégradation du gly­
torisée que s’ils font l’objet d’une évaluation préalable de sécurité phosate, l’atrazine, la DEA, un des ses produits de dégradation, le gly­
d’utilisation. Des dispositions réglementaires concernent alors une ou phosate et le lindane qui sont les plus fréquemment détectés. Dans le
plusieurs molécules en termes de limitation de l’utilisation (types de sédiment, il s’agit des organochlorés : endosulfan, DDT (interdit depuis
cultures, période…) et/ou de résidus dans les denrées alimentaires. 1972) et ses produits de dégradation DDE et DDD.
L’atrazine et la DEA se retrouvent également fréquemment dans les
eaux souterraines.
Mesures préventives et conseils pratiques pour limi-
ter la pollution et l’exposition
• Pour limiter la pollution, il faut appliquer les produits adaptés
à ses besoins, respecter les doses recommandées, tenir compte
des condi­tions météorologiques, vérifier l’état de son matériel,
régler son pulvérisateur et respecter la réglementation (péri-
odes d’épandage, distances, bandes enherbées). Les fonds de
contenants doivent être traités comme des DTQD et en aucun
cas rejetés au milieu naturel ou dans le réseau d’assainissement
(bonnes pratiques agricoles). Les effluents de rinçage de maté-
riel peuvent être épandus sur les sols de culture ou traités en
biobacs (ou autres systèmes agréés).
• Pour limiter l’exposition, l’utilisateur se doit de respecter les
consignes de sécurité propres à l’utilisation des produits chi-
miques toxiques (conseils de prudence), de porter des protec-
tions adaptées (gants, lunettes, vêtements, masque à cartouche
filtrante) et de manipuler les produits avec soin (selon les bon-
nes pratiques).

186
Pesticides

Bibliographie spécifique
l British Crop Protection Council, The Pesticide Manual (Twelfth Edi-
tion).
l Commission européenne, 2003, Les produits phytosanitaires, la santé et

l’environnement, 46p.
l DUCHEMIN J., 2006, Exposition humaine aux produits phytosanitaires et

risques pour la santé humaine, note AESN.


l IFEN, 1998, Les pesticides dans les eaux : Usages, origines, pertinence du

suivi, 15 p.
l REPETTO R., BALIGA S., 1996, Pesticides and the Immune System : the

public health risks,World ressources institute, ISBN, 1-56973-087-3.

187
Triazines
Pesticides Détectés régulièrement dans plus de 30% des ressources d’eau souterraine du bassin Seine-Normandie, comme
Herbicides ailleurs en France, d’où leur interdiction récente, ces produits étaient utilisés pour le traitement herbicide pré-
organoazotés ventif des grandes cultures (atrazine) et en viticulture (simazine) ; désherbants des zones non cultivées (bord des
routes et voies ferrées) ; non sélectifs, perturbent la photosynthèse.
Famille comptant plusieurs substances, dont une dizaine utilisées en France : atrazine et simazine ont été les plus
utilisées et sont les plus connues.
Substances et produits de dégradation persistants, très toxiques sur la flore aquatique, mais aussi sur certains
organismes animaux.
Irritation possible de la peau et des yeux ; sensibilisation cutanée ; effets possibles sur le foie et les reins ; pertur-
bateurs endocriniens avérés (atrazine) ou suspectés (simazine) ; simazine cancérogène suspecté.
Atrazine et simazine : substances prioritaires (DCE).

N° CAS Code SANDRE Molécule Exemples de produits de dégradation N° CAS


Déséthylatrazine (DEA) 6190-65-4
Désidopropylatrazine (DIA) 1007-28-9
atrazine 1912–24-9 1107
Hydroxyatrazine 2136-68-0
Déséthyldéisopropylatrazine (DEDIA) 3397-62-4

Hydroxysimazine
Déisopropylatrazine (DIA)1 = 2599-11-3
Déséthylsimazine 1007-28-9
simazine 122–34-9 1263
Déséthyldéisopropylatrazine1 (DEDIA) 3397-62-4
6 Amino 2,4 dihydroxysimazine 645-93-2
(Ammelide)

Utilisations et sources potentielles d’émission dans Demi-vies dans l’environnement


l’environnement
1000 ans
• Volumes produits en 2000 dans l’UE : atrazine 700 T, simazine 300 T
100 ans
(utilisation de 4500 T en France en 1992).
• Estimation des pertes lors du traitement aérien de l’ordre de 50% de 10 ans
la matière active épandue. 1 an atrazine atrazine
• Aucun site de production français de la substance active, mais un site atrazine
1 mois simazine simazine
de formulation utilisant l’atrazine.
• Seule source actuelle de rejet potentiel : lieux de stockage et/ou de 1 semaine
formulation de produits destinés à l’exportation. 1 jour atrazine simazine
XXX dans l’air XXX dans l’eau XXX dans le sol
 : Il s’agit bien de la même molécule que celle issue de la dégradation de l’atrazine.
XXX dans le sédiment
188
Pesticides : Herbicides Organoazotés

Comportement dans le milieu aquatique Effets sur l’environnement et sur l’homme


atrazine simazine Toxicité aiguë atrazine simazine
Solubilité dans l’eau nn nn
Solubilité dans les graisses nn nnnn nnn
Stockage dans le sédiment nnn nnn
Adsorption sur les m.e.s.
Volatilité nn n
nn nnn
Persistance nnnn nnnn
nn nn
Bio-dégradabilité
Dégradation abiotique
algues 9-83 n
Bio-concentration invertébrés 1-2800
poisson 1 n
Bio-accumulation nn
poissons 12 n
Bio-magnification n n nn n

n nul ou négligeable, n n faible, n n n moyen,


n n n n fort

nn nn

nnnn nnnn

n n

n nn

n peu toxique, n n modérément toxique,


n n n toxique, n n n n très toxique

189
Pesticides : Herbicides Organoazotés

Toxicité chronique atrazine simazine Exposition humaine et risques pour la santé


atrazine simazine
nnnn nnnn
Mode
d’exposition +++ +++
(importance
nnn nnn relative,
+ à +++)

-
-
Peau, yeux, Peau, yeux,
foie, rein foie, rein
nnn nn

Organes
nnnn nnnn et/ou
fonctions
atteints
considérée cancérogène
C comme non possible
n n cancérogène
Perturbateur Perturbateur
PE endocrinien endocrinien
nnn nnn avéré potentiel

nnn nnn

n peu toxique, n n modérément toxique,


n n n toxique, n n n n très toxique

190
Pesticides : Herbicides Organoazotés

Données toxicologiques et normes Restrictions d’usages


Atrazine : commercialisation interdite en France depuis 2002, distribu­
Caractéristique atrazine simazine tion et utilisation interdites depuis 2003 sur une décision de 2001.
Toxicité
DL50 rat 2000 mg/kg pc rat 5000 mg/kg pc
Mesures préventives et conseils pratiques pour limiter la
Toxicité sublétale pollution et l’exposition
DJA (OMS) 0,5 µg/kg pc/j 1 µg/kg pc/j
Voir fiche générale pesticides.
DHA (JEFCA)
Ecotoxicité
algues 96h : 51 µg/L algue 221 µg/L Classification environnementale
CE50 truite 96h : 8 800 µg/L carpe 96h 100 000 µg/L
atrazine simazine
daphnie 6 900 µg/L daphnie 48h 1 000 µg/L
Substance DCE Prioritaire Prioritaire
algues 100 µg/L Liste OSPAR Non citée Non citée
algue bleue 8j 1,5 µg/L
NOEC daphnie 26j : 4 000 µg/L
daphnie 64j 250 µg/L Catégorie C
truite 2500 µg/L non classée
PNEC eau douce 0,6 µg/L 1 µg/L non classée 3
M
non classée
PNEC eau marine R
PNEC sédiment 5,2 µg/kg ps 15,5 µg/kg ps Indication du danger N, Xi, Xn Xn, N
Normes et seuils Phrases de risque R 43-48/22-50/53 R 40-50/53
Bruit de fond sans objet sans objet S 2, 36-37, 46, 60, 61,
Conseils de prudence S 2, 36/37, 60, 61,
NQEp eau 50/53
surface intérieure 0,6 µg/L 1 µg/L
NQEp eau de
transition
NQEp eau
0,6 µg/L 1 µg/L Textes réglementaires spécifiques
marine 0,6 µg/L 1 µg/L
Les principaux textes réglementaires concernant les substances to-
Limite de qualité 0,1 µg/L 0,1 µg/L
xiques sont donnés en annexe.
eau potable total pesticides total pesticides
Pour les triazines, s’appliquent de plus :
0,5 µg/L 0,5 µg/L
OMS 2 µg/L 2µg/L
Baignade et loisirs néant néant Texte Objet
Chair coquillages Quantités admises dans les céréales
Arrêté du 10 février 1989
poissons et néant néant destinées à la consommation humaine
crustacés Quantités admises dans les produits
Norme sol néant néant Arrêté du 05 août 1992
d’origine végétale
Norme boues néant néant Arrêté du 27 novembre Retrait d’autorisation de mise sur le
Rejets industriels 4 mg/L si rejet > 10g/j 1,5 mg/L si rejet > 1g/j
2001 marché de l’atrazine

191
Pesticides : Herbicides Organoazotés

Norme(s) analytique(s) de quantification dans l’eau atrazine simazine


Seine à Poses 1995- Seine à Poses
AFNOR (T90-121), dosage de l’atrazine et de la simazine en chromato­ 2005 : 0-0,5 µg/L 1995-2005 : 0-0,4 µg/L
graphie phase gazeuse après extraction liquide-liquide. Seine à La Bouille Seine à La Bouille
1995-2005 : 0-0,5 µg/L 1995-2005 : 0-0,3 µg/L
Norme(s) analytique(s) et limite(s) de quantification Eure à Lery 1995-2005 : Eure à Lery
couramment rencontrées 0-0,2 µg/L 1995-2005 : 0-0,3 µg/L
Cours d’eau
Risle à Pont-Audemer Risle à Pont-Audemer
1995-2005 : 0-0,05 µg/L 1995-2005 : 0-0,05 µg/L
Coût HT Dives à Troarn 1995- Dives à Troarn
Triazines Norme LQ
1 substance 2005 : 0-0,7 µg/L 1995-2005 : 0-0,1 µg/L
eau Seine à Caudebec Seine à Caudebec
0,02 µg/L pour 1995-2005 : 0-0,5 µg/L 1995-2005 : 0-0,4 µg/L
la plupart
NF EN ISO 10 Moyennes inter- Moyennes inter-
sédiment 695 (GC/NPD) Eau souterraine annuelles Mini et maxi annuelles Mini et maxi
50 µg/kg ps 0,06-0,11 µg/L 0,01-0,03 µg/L
et biote
Autres triazines recherchées mais non détectées dans les eaux de sur-
face du bassin Seine-Normandie : hydroxyatrazine, DEDIA, cyanazine,
desméthrine, prométone, prométryne, propazine (100 à 2500 analyses
Niveaux d’imprégnation sur eau et sédiment).
Répartition de l’atrazine
dans l’environnement : Origine/apports/flux dans les eaux du bassin
Seine-Normandie
Dans le bassin Seine-Nor- Les pertes annuelles d’atrazine représentaient de l’ordre de 0,1 à 0,6 % des
mandie (données 2003-2005), quantités appliquées sur les cultures. Flux à Poses en 2003 estimés à :
l’atrazine est le pesticide le . atrazine 405-430 kg/an
plus fréquemment détecté . simazine 60-655 kg/an
dans les eaux souterraines . DEA : 0-260 kg/an
(dans un tiers des échantil- Incertitude liée au mode de prise en compte des concentrations infé-
lons) et le 2e dans les eaux de rieures à la limite de détection.
surface (dans la moitié des échantillons). Son produit de dégradation la
DEA est détecté avec des fréquences immédiatement inférieures (30% des Bibliographie spécifique
échantillons de surface ou souterrains).
A cet égard, si certains captages comme ceux du Calvados montrent de- l Commission européenne, 2003, Les produits phytosanitaires, la santé et
puis quelques années une diminution des concentrations en atrazine, liée à l’environnement, 50 p.
l GIP Seine aval, 2006, fiche pesticides organoazotés, version 1, 8 p.
son interdiction, celles de la DEA augmentent en parallèle.
l IFREMER (Tissier et coll.), 2005, Les substances prioritaires de la Directive
La simazine est beaucoup moins fréquente (dans 5 et 2% des échantillons).
Sont présentés ci-dessous des ordres de grandeur des concentrations mi- Cadre sur l’Eau (DCE) – Fiches de synthèse atrazine et simazines, 4 p.
l INERIS, atrazine, fiche de données toxicologiques et environnementales,
nimales et maximales trouvées dans le milieu aquatique.
2p.
l NARCY J.B., 1996, Le point sur les triazines, rapport AESN, 80 p.
 : voir page 193
192
Pesticides : Herbicides Organoazotés

193
Pesticides : Herbicides Organoazotés

194
Pesticides : Herbicides Organoazotés

195
Pesticides : Urées Substituées

Urées substituées
Herbicides non sélectifs inhibant la photosynthèse
Diuron : utilisé en agriculture, par les particuliers et les services techniques (communes, SNCF, industries).
Pesticides Isoproturon : utilisé seulement en agriculture.
Autres matières actives de cette famille principalement utilisées : néburon, monolinuron.
Néfastes pour la santé, irritants.
Diuron, Isoproturon : substances prioritaires (DCE) et visées par le plan interministériel de réduction des risques
liés aux pesticides.

Quelques substances Code


N° CAS Molécule Quelques produits de dégradation
de la famille SANDRE

Diuron 330-54-1 1177 3,4-dichloroaniline

Desmethylisoproturon
Isoproturon 34123-59-6 1208
Isoproturon monométhyle

Utilisations et sources potentielles d’émission dans l’environnement


• Diuron : Volume utilisé en UE : 3000 T/an, en France : 300 T/an.
70 tonnes de diuron ont été épandues, en 2001, par la SNCF. Produit majeur de dégradation : 3,4-dichloroaniline, dont la toxicité est importante et
pourrait être supérieure à celle du diuron.
• Isoproturon : Volume utilisé en France : 1 000 T/an.

Comportement dans le milieu aquatique


Diuron Isoproturon
Solubilité dans l’eau nnn nnn
Solubilité dans les graisses nn nn

Stockage dans le sédiment nn ànnn nn ànnn

Adsorption sur les m.e.s. nn n


Volatilité nn n
Persistance nnnn nnnn
nn nn
Biodégradabilité (aérobie)
Dégradation abiotique
Bioconcentration
Poissons <3-70 n Truite 3 n
Bioaccumulation
Biomagnification n n

n nul ou négligeable, n n faible, n n n moyen, n n n n fort


196
Pesticides : Urées Substituées

Demi-vies dans l’environnement


1000 ans
100 ans
10 ans
1 an
Diuron Diuron Diuron
1 mois Isoproturon Isoproturon
1 semaine
1 jour Diuron Isoproturon
XXX dans l’air XXX dans l’eau XXX dans le sol XXX dans le sédiment

Effets sur l’environnement et l’homme


Toxicité aiguë Diuron Isoproturon

nnnn nnnn

nnn nnn

nn nnn

nnn nn ànnn

nnnn nnnn

n n

nnn
nn

nn nn

197
Toxicité chronique Diuron Isoproturon

nnnn nnnn

nnn nnn

nnn nnn

nnnn nnnn

nnnn nnnn

n n

nnn nnn

nnn nnn

n peu toxique, n n modérément toxique, n n n toxique, n n n n très toxique

198
Pesticides : Urées Substituées

Exposition humaine et risques pour la santé


Diuron Isoproturon

++ ++
Mode
d’exposition
(importance +++ +++
relative,
+ à +++)
+ +

Organes
et/ou Peau (irritation)
fonctions Peau (irritation)
Système respiratoire
atteints Système respiratoire
Sang (anémie, globules rouges anormaux),
Anémie hémolytique, foie (dégénérescence)
vessie, reins

C? effets possibles, suspectés chez l’animal effets possibles, suspectés chez l’animal

PE ? suspicion suspicion

Données toxicologiques et normes


Caractéristique Diuron Isoproturon
Toxicité
rat >2000 mg/kg pc
DL50 rat 437 mg/kg pc
caille 1931 mg/kg pc
Toxicité sublétale
DJA (UE) 0,007 mg/kg pc/j 0,015 mg/kg pc/j
ADI (USA) 0,002 mg/kg pc/j 0,0062 mg/kg pc/j
Ecotoxicité
microalgues 13 µg/L
microalgues 24 µg/L
algues 13 µg/L
algues 1,9 µg/L
daphnie 580 µg/L
CE50 gammare 160 µg/L
huître 250 µg/L
huître 1800 µg/L
truite arc-en-ciel 18 000 µg/L
truite 710 µg/L
poisson-chat 9000 µg/L

199
microalgues 0,46 µg/L
algues 3,2 µg/L
algues 1,96 µg/L
daphnie 64 µg/L
NOEC daphnie 56 µg/L
chironome 500 µg/L
palourde 1000 µg/L
poisson 1000 µg/L
poisson 33,4 µg/L
PNEC eau douce 0,2 µg/L 0,32 µg/L
PNEC eau marine 0,2 µg/L 0,32 µg/L
PNEC sédiment
Normes et seuils
Bruit de fond sans objet sans objet
NQEp eau surface intérieure 0,2 µg/L 0,3 µg/L
0,1 µg/L total pesticides 0,5 µg/L 0,1 µg/L total pesticides 0,5 µg/L
Limite de qualité eau potable
Recommandation OMS
4,5 µg/L 9 µg/L
Baignade et loisirs néant néant
Chair coquillages,
néant néant
crustacés, poissons
Norme sol néant néant
Norme boues néant néant
Rejets industriels néant néant

Restrictions d’usages Mesures préventives et conseils pratiques pour limiter la pol-


Diuron : Depuis 2002, interdiction d’utilisation du diuron seul, non as- lution et l’exposition
socié à d’autres substances actives. Interdiction d’utiliser des produits Voir fiche générale pesticides.
contenant du diuron, en utilisation non agricole, entre le 1er novembre
et le 1er mars.

Classification environnementale
Diuron Isoproturon
Substance DCE Prioritaire Prioritaire
Liste OSPAR Non cité Non cité
Catégorie C 3 3
M Non classé Non classé
R Non classé Non classé
Indication du danger Xn, N Xn, N
Phrases de risque R22 - R40 - R48/22 - R50/53 R40, R50/53
Conseils de prudence S13, S2, S22, S23, S37, S46, S60, S61 S2, S36/37, S60, S61

200
Pesticides : Urées Substituées

Textes réglementaires spécifiques


Les principaux textes réglementaires concernant les substances toxiques sont donnés en annexe.
Pour le diuron et l’isoproturon, s’appliquent de plus :

Texte
Objet
Avis Ministère de l’agriculture et de la pêche Retrait des autorisations de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques contenant du
JO n°80 du 05 avril 2002 diuron non associé à d’autres substances actives, pour tous les usages agricoles
Avis Ministère de l’agriculture et de la pêche Interdiction d’utilisation des produits phytopharmaceutiques contenant du diuron, en utilisation
JO n°116 du 19 mai 2002 non agricole, entre le 1er novembre et le 1er mars
Avis Ministère de l’agriculture et de la pêche Limitation de l’isoproturon à une seule application par campagne
J.O n° 41 du 18 février Dose maximale : 1 200 g/ha
Directive n° 91/414/CEE Réglementation concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques

Norme(s) analytique(s) et limite(s) de quantification couramment rencontrées


Urées Norme LQ Coût HT 1 substance

eau HPLC barettes diodes 0,05 à 0,1 µg/L

sédiment et HPLC barettes diodes


100 à 200 µg/kg ps
biote

Niveaux d’imprégnation
Sont présentés ci-dessous des ordres de grandeur des concentrations dans le milieu aquatique

Diuron Isoproturon
Ile de France (DIREN) 2004-2005 : 0,01-6,8 µg/L Ile de France (DIREN) 2003-2004 : 0,01-32 µg/L
Cours d’eau
bassin Seine-Normandie 2003-2005 : 0,02-8 µg/L bassin Seine-Normandie 2003-2005 : 0,02-12 µg/L
Sédiment cours d’eau bassin Seine-Normandie 2003-2005 : 141 µg/kg (1 valeur)
Eau souterraine voir cartes p. 204 et 205 voir cartes p. 204 et 205
Estuaire Seine (SNS) moyennes annuelles 2005 : 0,09-0,12 µg/L Seine (SNS) moyennes annuelles 2005 : 0,055-0,06 µg/L

201
Autres urées recherchées mais non détectées dans les eaux du bassin Bibliographie spécifique
Seine-Normandie de 2003 à 2005 : choroxuron, diméfuron, éthidimu-
ron, fénuron, linuron, métabenzthiazuron, métobromuron, métoxuron, l Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, Base de données
monolinuron, monuron, néburon, tébuthiuron (2500 analyses sur eau AGRITOX, http://www.dive.afssa.fr/agritox/index.php
et sédiment). l Commission européenne, 2003, Les produits phytosanitaires, la santé et

l’environnement, 46 p.
l DIREN Ile de France, 2005, Info Toxiques n°1 : Etat de la contamination

des eaux superficielles par les toxiques en région Ile de France, 36 p.


Origine/apports/flux dans les eaux du bassin Seine-Norman- l GIP Seine aval, 2006, fiche substance : Urées substituées, 9 p.
die l GIP Seine aval, 2006, La contamination chimique : Quel risque en estuaire

de Seine ?, 63 p.
Flux de diuron et d’isoproturon à Poses (données provisoires, SNS l IFREMER (Tissier et coll.), 2005, Les substances prioritaires de la Directive
2006) : Cadre sur l’Eau (DCE) – Fiches de synthèse diuron et isoproturon
l INERIS, 2004, fiche de données toxicologiques et environnementales des

Année 2003 Diuron Isoproturon substances chimiques : Diuron, 2 p.


l INERIS, 2005, fiche de données toxicologiques et environnementales des
Flux (kg/an) 835-1670 45-1320 substances chimiques : Isoproturon, 2 p.
l SNS, Cellule Antipollution de la Seine, 2005, Micropolluants, Bilan et

Les écarts de valeurs sont dus à un traitement différent des concentra- évolution.
tions non quantifiées. Le flux réel se trouve entre ces deux valeurs, soit
environ 1T/an de diuron et 0,6 T/an d’isoproturon. La tendance générale
est une diminution des flux de diuron et d’isoproturon, depuis l’année
1999.

202
Pesticides : Urées Substituées

203
204
Pesticides : Urées Substituées

205
Organochlorés
Insecticides de contact (excepté le HCB, utilisé comme fongicide).
Endosulfan : utilisé en agriculture avec restrictions.
Lindane : utilisé en industrie du bois, médecine humaine et vétérinaire (jusqu’en 2008).
DDT : interdit de vente depuis 1972.
HCB : interdit de vente et de production depuis 1988 (traces potentielles dans l’industrie des solvants chlorés et lors de
l’incinération des déchets).
Pesticides
Très dangereux pour l’environnement en raison de leur forte capacité de bioaccumulation et du phénomène de bioamplifica-
tion.
Effets néfastes sur la santé humaine (stockage dans le foie, les reins, le sang et les graisses, effets sur le système nerveux, per-
turbations de la reproduction, cancer).
Substances dangereuses prioritaires (DCE) : Lindane (HCH), HCB
Substance prioritaire (DCE) : Endosulfan

Exemples de
Abréviation ou
Quelques substances de la famille N° CAS Code SANDRE Molécule produits de
synonyme
dégradation
Endosulfan alpha Endosulfan.a 959-98-8 1178 endosulfan diol
sulfate d’endosulfan
Endosulfan bêta Endosulfan.b 33213-65-9 1179

Hexachlorocyclo-hexane gamma HCH gamma, Lindane 58-89-9 1203

DDD op 1143
Dichloro diphényl trichloréthane op’ DDT op’ 789-02-6 1147 DDE op 1145
DDD pp 1144
Dichloro diphényl trichloréthane pp’ DDT pp’ 50-29-3 1148 DDE pp 1146
Hexachloro-benzène HCB 118-74-1 1199 C6H6

Utilisations et sources potentielles d’émissions dans • Lindane : 1396 T. de substance active utilisées en 1997. Interdit en
grande culture depuis 1998. Interdiction totale d’utilisation et de
l’environnement production prévue fin 2007.
• Endosulfan : production européenne en 2005, 4000 T. Utilisation
• DDT : autrefois commercialisé en mélange de deux isomères, différant
en France en 1999, 70,8 T. Synthétisé en mélange de deux isomères :
par la position d’un atome de chlore (DDT pp et DDT op).
endosulfan alpha et endosulfan bêta.
Interdit depuis 1987 en agriculture.
• HCB : produit par combustion de transports routiers et fumées
d’incinération de déchets (18 kgs en France en 2005).

206
Pesticides : Organochlorés

Comportement dans le milieu aquatique


Substance Endosulfan.a Lindane DDT HCB
Solubilité dans l’eau n nn n n

Solubilité dans les


nnn nnnn nnn nnn
graisses
Stockage dans le
nnnn nnnn nnnn nnnn
sédiment
Adsorption sur les m.e.s. nnnn nnnn nnnn nnn

Volatilité nnn nnn nnnn nnn

Persistance nnnn nnnn nnnn nnnn

Biodégradabilité
(aérobie) nn nn
Dégradation abiotique
Algues 500-4800 n Daphnie 220 n n Algues n n n Algues 320-24800 n n n n
nn Moule 240 n n Moule 700 000 n n n n Bivalves 7000 n n n n
Bioconcentration
Invertébrés 2-600 n n Poissons 1300 n n n Poissons 10 000 n n n n Poisson 2000-18000 n n n n
Bioaccumulation
Poissons 5000 n n n Oiseaux 100 000 n n n n
Crocodile 1 700 000 n n n n
Biomagnification nnn nnnn nnnn

n nul ou négligeable, n n faible, n n n moyen, n n n n fort

Demi-vies dans l’environnement


1000 ans

100 ans
DDT
10 ans HCB (anaérobie)
HCB (aérobie)
1 an lindane
lindane endosulfan endosulfan (anaérobie)
1 mois lindane
endosulfan
1 semaine endosulfan (aérobie)
endosulfan lindane
1 jour DDT

XXX dans l’air XXX dans l’eau XXX dans le sol XXX dans le sédiment

207
Pesticides : Organochlorés

Effets sur l’environnement et sur l’homme


Toxicité aiguë Endosulfan Lindane DDT HCB

nnn nnnn nnnn

nnnn nnnn nnnn nnnn

nnnn nnnn nnnn nnnn

nnnn nnnn nnnn nnnn

nn nnnn nnnn aucune donnée

rat n n n
nnn nnn chien n n nnn

nnn nnn nn? nnn

n peu toxique, n n modérément toxique, n n n toxique, n n n n très toxique

208
Pesticides : Organochlorés

Toxicité chronique Endosulfan Lindane DDT HCB

nnnn nnnn nnnn

nnnn nnnn nnnn

nnnn nnnn nnnn

nnnn nnnn nnnn

nnn ? nnnn nn

nnnn nnn nnnn

nnn nnn nnn nnnn

n peu toxique, n n modérément toxique, n n n toxique, n n n n très toxique

209
Pesticides : Organochlorés

Exposition humaine et risques pour la santé


Endosulfan Lindane DDT HCB

+ ++ +++ +
Mode
d’exposition
(importance
+ + - +
relative,
+ à +++)
+ + - -

Système nerveux Porphyrie entraînant des


Malaises, nausées Système nerveux Système nerveux lésions cutanées
Organes Vomissements, diarrhées, perte
et/ou de sommeil, allergies, paralysies
fonctions
atteints
assimilé
C ? ? possible
cancérogène
PE potentiel avéré avéré avéré

Données toxicologiques et normes


Caractéristique Endosulfan Lindane DDT HCB
Toxicité
veau 5 mg/kg pc
rat 50 mg/kg pc
DL50 rat 88-300 mg/kg pc
lapin 360 mg/kg pc
lapin 30-200 mg/kg pc
Toxicité sublétale
DJA (OMS) 0,01 mg/kg pc/j
0,006 mg/kg pc/j
ADI (USA) 0,001 mg/kg pc/j 0,02 mg/kg pc/j
DHA (JEFCA)
Ecotoxicité
algues 780 µg/L espèces aquatiques
algue 72h > 560 µg/L algues eau douce 10 µg/L
daphnie (24h) 645 µg/L 0,35-1 µg/L
gammare 96h 5,8 µg/L invertébrés eau douce 4,7 µg/L
CE50 invertébrés marins daphnie (48h) 1,1 µg/L
crevette 72h 0,04 µg/L invertébrés eau marine 4,7 µg/L
0,17 µg/L crevette 0,4 µg/L
truite 96h 0,3 µg/L poissons eau douce 7 µg/L
truite (96h) 1,7 µ/L saumon (96h) 0,004 µg/L

210
Pesticides : Organochlorés

algues 250 µg/L


gammare 0,8 µg/L
algues 14 µg/L
Algues 100 µg/L chironome 1,1 µg/L
NOEC invertébré 0,13 µg/L
Moule 100 µg/L limnée 330 µg/L
poissons 3,7 µg/L
palourde 5000 µg/L
truite 2,9 µg/L
PNEC eau douce 0,005 µg/L 0,02 µg/L 0,013 µg/L
PNEC eau marine 0,0005 µg/L 0,002 µg/L 0,013 µg/L
rivière 10 µg/kg ps
PNEC sédiment 16,9 µg/kg ps
mer 1,1 µg/kg ps
Normes et seuils
Bruit de fond sans objet sans objet sans objet sans objet
0,1 µg/L DDT total 0,025 µg/L
NQEp eau surface intérieure 0,005 µg/L 0,03 µg/L
DDT pp 0,01 µg/L
DDT total 0,025 µg/L
NQEp eau de transition 0,005 µg/L 0,02 µg/L 0,03 µg/L
DDT pp 0,01 µg/L
DDT total 0,025 µg/L
NQEp eau marine 0,005 µg/L 0,02 µg/L 0,03 µg/L
DDT pp 0,01 µg/L
0,1 µg/L 0,1 µg/L 0,1 µg/L 0,1 µg/L
Limite de qualité eau potable total pesticides total pesticides total pesticides total pesticides
0,5 µg/L 0,5 µg/L 0,5 µg/L 0,5 µg/L
Recommancation
2 µg/L 1 µg/L 1 µg/L
eau potable OMS
Baignade et loisirs néant néant néant néant
Chair coquillages
néant néant néant néant
crustacés, poissons
Norme sol néant néant néant néant
Norme boues néant néant néant néant
DDT+DDD
DDT+DDD+DDE+
+DDE+
Rejets industriels endosulfan 2 mg/L (HCH) <1,5 mg/L
endosulfan
<0,05 mg/L
<0,05 mg/L

Restrictions d’usages Mesures préventives et conseils pratiques pour limiter la


pollution et l’exposition
Endosulfan : autorisé uniquement dans le traitement des parties
aériennes des betteraves et des légumineuses. Voir fiche pesticides.
Lindane : interdit en agriculture ; interdiction totale prévue fin 2007.

211
Pesticides : Organochlorés

Classification environnementale
Endosulfan Lindane DDT HCB
Substance DCE Prioritaire Dangereuse prioritaire Dangereuse prioritaire
recensé pour une action
Liste OSPAR cité prioritaire substance candidate

Catégorie C Non classé Non classé 3 2


M Non classé Non classé Non classé Non classé
R Non classé Non classé Non classé Non classé
Indication du danger N,T N, T N, T
R20/21, R25, R48/22,
Phrases de risque R24/25, R36, R50/53 R 45, R48/25
R50/53, R64
Conseils de prudence S1/2, S28, S36/37,S45, S60, S61 S1/2, S36/37, S45, S60, S61 S 45, S53, S60, S61

Textes réglementaires spécifiques


Les principaux textes réglementaires concernant les substances toxiques sont donnés en annexe.
Pour les organochlorés s’appliquent de plus :

Texte Objet
Réglementation endosulfan concernant la présence de substances indésirables dans les produits
Directive 2002/32/CE
destinés à l’alimentation animale.
Valeurs limites des normes d’émission du HCH pour les rejets provenant d’établissements
Directive 84/491/CEE
industriels
Règlement 850/2004 du Conseil et du Interdiction totale de production du HCH, y compris le lindane,
Parlement Européen et réduction maximale de son utilisation en vue de son élimination d’ici la fin de l’année 2007

Norme(s) analytique(s) et limite(s) de quantification couramment rencontrées


Organochlorés Norme LQ Coût HT

eau NF EN ISO6468 (GC/ECD) 0,001 µg/L

GC/ECD d’après XP X 33 012


sédiment et biote 1 µg/kg ps

212
Pesticides : Organochlorés

Niveaux d’imprégnation
Sont présentés ci-dessous des ordres de grandeur des concentrations dans le milieu aquatique.

Endosulfan Lindane DDT HCB


Bassin Seine-Normandie
Bassin Seine-Normandie 2003- Bassin Seine-Normandie
Bassin Seine-Normandie 2003-2005
2005 : 0,5-170 ng/L 2003-2005
2003-2005 : 0,9-187 ng/L DDT24 0,6-4 ng/L
Cours d’eau Seine 2005 0,5-4,2 ng/L 0,5-9 ng/L
Ile de France 2003-2005 : DDT44 0,5-8 ng/L
Ile de France Seine 2005 moyenne
70-960 ng/L Seine 2005 moyenne
2004-2005 : 20-320 ng/L annuelle 0,31 ng/L
annuelle 0,46 ng/L
Nord de la France 2000
Pluie
10-20 ng/L
Eau souterraine
Ile de France 2001 DDT pp
Bassin Seine-Normandie 2003-
1,3-25 µg/kg
2005
Sédiment cours Bassin Seine-Normandie Bassin Seine-Normandie Ile de France 2004
2,7 et 3 µg/kg ps (2 données
d’eau 2003-2005 : 1-22 µg/kg ps 2003-2005 236 µg/kg ps
supérieures à la LQ sur 360
DDT24 1-7 µg/kg ps
analyses)
DDT44 1-285 µg/kg ps
Poisson eau douce
Seine Seine Seine Seine
Estuaire
<10-40 ng/L <10-100 ng/L <0,5-5 ng/L <0,5-3 ng/L
estuaire Seine estuaire Seine HCH estuaire Seine estuaire Seine
Sédiment marin
<1-11 µg/kg ps <1-2,5 µg/kg ps <1-30 µg/kg ps <1-30 µg/kg ps
estuaire de Seine
estuaire de Seine 0,5-8 µg/kg ps
2-23 µg/kg ps
Manche-Atlantique 2001-2004 :
Manche-Atlantique 2001-
Moule 0,1-5 µg/kg ps
2004 0,6-37 µg/kg ps
Méditerranée 2001-2004 :
Méditerranée 2001-2004
0,1-1,8 µg/kg ps
2-83 µg/kg ps
Manche-Atlantique
Huître 2001-2004 : 2-30 µg/kg ps
Antilles 0,3-1 µg/kg ps
Autres organochlorés non détectés dans les eaux du bassin Seine-Normandie de 2003 à 2005 : aldrine, chlordane, DDE 44’, heptachlore époxyde
cis, HCHδ, isodrine (2000 analyses sur eau et sédiments).

213
Pesticides : Organochlorés

La concentration des chaînes alimentaires se transmet jusqu’à l’homme. grandes quantités d’organochlorés dans leur organisme, PCB, DDE et
Des études ont ainsi mis en évidence que, dans le grand nord cana­dien, dieldrine notamment ; ils développent par exemple 10 à 15 fois plus
la contamination des populations locales Inuit par les pesticides a des d’otites que les enfants du sud du Québec, par suite de l’altération de
effets notables sur la santé. Les bébés nourris au sein accumulent des leur système immunitaire.

Origine/apports/flux dans les eaux du bassin Seine-Normandie


Flux de lindane à Poses (données provisoires, SNS 2006). (Tributaire de l’entraînement des sédiments par les crues).

2000 2001 2002 2003 2004


Flux kg/an 89 51-53 34 25-26 57

Bibliographie spécifique
l Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, Base de données
AGRITOX, http://www.dive.afssa.fr/agritox/index.php
l Commission européenne, 2003, Les produits phytosanitaires, la santé et

l’environnement, 46p.
l DEWAILLY E., 2000, Susceptibility to infection and immune status in Inuit

infant exposed to organochlorines. Env. Health Perspective, 108 (3), 205-


211.
l GIP Seine aval, 2006, fiche substance : Pesticides organochlorés, 21 p.

l GIP Seine aval, 2006, La contamination chimique : Quel risque en estuaire

de Seine ? (rapport intermédiaire), 63 p.


l IFREMER, 2006, Surveillance du milieu marin, RNO.

l INERIS, 2005, fiche de données toxicologiques et environnementales des

substances chimiques : Lindane.


l INERIS, 2004, fiche de données toxicologiques et environnementales des

substances chimiques : Hexachlorobenzène.

214
Pesticides : Organochlorés

On note une décroissance importante de la concentration en lindane


des mollusques filtreurs depuis 15 ans, parallèlement aux restrictions
d’usage, puis son interdiction, en agriculture.

215
Pesticides : Famille des Amides

Alachlore
Herbicide des graminées et dicotylédones adventices du maïs, utilisé en remplacement de l’atrazine interdite.
Mode d’action : blocage des multiplications cellulaires des tissus jeunes et des racines naissantes.
Pesticides
Famille
Amides néfastes pour la santé, toxiques, irritants.
des amides
Alachlore : substance prioritaire (DCE) et substance visée par le plan interministériel
de réduction des risques liés aux pesticides.

Quelques substances Code


N° CAS Molécules Produits de dégradation
de la famille SANDRE
hydroxyalachlore, norchloralachlore,
Alachlore 15972-60-8 1101 2’6’-diéthylacétanilide
2-hydroxy-2’,6’-diéthyl-N-méthylacétanilide…

Utilisations et sources potentielles d’émission d’alachlore Biodégradabilité (aérobie) nnn


dans l’environnement Dégradation abiotique
Bioconcentration Poissons <500
• Usage agricole : herbicide actif contre les graminées et de nombreuses Bioaccumulation nn
dicotylédones, autorisé pour la culture du maïs et du soja.
• Aucun site de production français Biomagnification
• Plus de 1000 T/an produites en UE n nul ou négligeable, n n faible, n n n moyen,
• Consommation française estimée à 700 tonnes par an n n n n fort
• Tendance à la diminution importante d’alachlore vendu (plan intermi-
nistériel de réduction des risques liés aux pesticides), malgré son utilisa- Demi-vies dans l’environnement
tion à la place de l’atrazine sur le maïs
• Sources de rejet : usage agricole et sites de stockage 1000 ans

100 ans
Comportement dans le milieu aquatique 10 ans

1 an
Alachlore Alachlore
Solubilité dans l’eau nnn 1 mois
Solubilité dans les graisses nn
1 semaine Alachlore
Stockage dans le sédiment nn
Adsorption sur les m.e.s. n 1 jour Alachlore
Volatilité n
XXX dans l’air XXX dans l’eau XXX dans le sol
Persistance nn
XXX dans le sédiment

216
Pesticides : Famille des Amides

Effets de l’alachlore sur l’environnement et sur l’homme Exposition humaine et risques pour la santé
Toxicité aiguë Toxicité chronique Alachlore
+
nnn nnnn Mode
d’exposition
++
(importance
relative,
nn nnnn de + à +++) +++

Yeux
n Organes Foie
et/ou Peau
fonctions
atteints
nn nnn
effets possibles, suspectés chez
C?
l’animal
PE ? potentiel
nnn nnn
Données toxicologiques et normes
Caractéristique Alachlore
n Toxicité
rat 2598 mg/kg pc
DL50 lapin 1740 mg/kg pc
Rat n n canard >2000 mg/kg pc
Lapin n n Toxicité sublétale
Canard n n DJA (OMS) 0,5 µg/kg pc/j  
DHA (JEFCA)
Ecotoxicité
algues eau douce (72h) : 1,2 µg/L
nn nnn daphnie (48h) 10000 µg/L
CE50 truite arc-en-ciel (96h)
1800 µg/L
algues eau douce 0,35 µg/L
daphnie 0,23 µg/L
n peu toxique, n n modérément toxique,
NOEC chironome 0,75 µg/L
n n n toxique, n n n n très toxique
crabe 14000 µg/L
truite arc-en-ciel 190 µg/L
217
Pesticides : Famille des Amides

PNEC eau douce Textes réglementaires spécifiques


PNEC eau marine
Les principaux textes réglementaires concernant les substances to-
PNEC sédiment xiques sont donnés en annexe.
Normes et seuils Pour l’alachlore s’appliquent de plus :
Bruit de fond
NQEp eau surface Texte Objet
0,3 µg/L
intérieure Arrêté 5 Teneurs maximales en résidus de pesticides admissibles
NQEp eau de transition 0,3 µg/L août 1992 sur ou dans certains produits d’origine végétale.
NQEp eau marine 0,3 µg/L Arrêté relatif aux teneurs maximales en résidus de
Arrêté 10
Limite de qualité eau 0,1 µg/L pesticides admissibles dans et sur les céréales destinées
février 1989
potable total pesticides 0,5 µg/L à la consommation humaine.
Recommandation OMS 20 µg/L
Baignade et loisirs néant Norme(s) analytique(s) et limite(s) de quantification
Chair coquillages
crustacés, poissons néant couramment rencontrées
Norme sol néant Coût HT
Norme boues néant Amides Norme LQ
1 substance
Rejets néant NF EN ISO 6468
(VL émission/j)
eau 0,1 µg/L
(GC/ECD)
Restrictions d’usages sédiment
Néant. XP X 33-012 10 µg/kg
et biote

Mesures préventives et conseils pratiques pour limiter la Niveaux d’imprégnation


pollution et l’exposition Sont présentés ci-dessous des ordres de grandeur des concentrations
Voir fiche générale pesticides. dans le milieu aquatique.

Alachlore
Classification environnementale Bretagne INERIS 2000
Pluie
Alachlore 0,25-2,4 µg/L
Substance DCE Prioritaire Le Flume INERIS 1996
Liste OSPAR Non cité 3,2 µg/L
Ile de France DIREN 2004-2005
Catégorie C 3 Cours d’eau
0,01-2,9 µg/L
M Non classé
Basin Seine-Normandie 2003-2005
R Non classé
0,005-0,8 µg/L
Indication du danger Xn, N
Basin Seine-Normandie 2003-2005
Phrases de risque R 22, R40, R43, R50/53 Sédiment
14 µg/kg
Conseils de prudence S60, S61, S2, S36/37, S46
Poitou Charente INERIS 2001-2003
Eau souterraine
>0,1 µg/L
218
Pesticides : Famille des Amides

Origine/apports/flux dans les eaux du bassin Bibliographie spécifique


Seine-Normandie
l Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, Base de données
Restent à établir. AGRITOX,
http://www.dive.afssa.fr/agritox/index.php
l Commission européenne, 2003, Les produits phytosanitaires, la santé et

l’environnement, 46p.
l IFREMER (Tissier et coll.), 2005, Les substances prioritaires de la Di-

rective Cadre sur l’Eau (DCE) – Fiche de synthèse Alachlore.


l INERIS, 2005, fiche de données toxicologiques et environnementales des

substances chimiques : Alachlore.

219
Carbamates
Peuvent être utilisés comme insecticides, herbicides, fongicides. Quelques substances : aldicarbe, carbaryl, carbendazime,
carbofuran, carbosulfan, manèbe, méthomyl, zinèbe, thirame, triallate
Mode d’action : ces insecticides agissent sur le système nerveux des insectes (par contact, inhalation, ou voie systé-
Pesticides
mique) en inhibant la cholinéstérase. Les fongicides bloquent la division cellulaire (systémique). Les herbicides pertur-
bent la division cellulaire et la physiologie des plantes (produits systémiques)
Nocifs pour la santé et l’environnement
Aldicarbe, Carbendazime, Carbofuran, Méthomyl : visés par le plan interministériel de réduction des risques liés aux
pesticides

Quelques substances
N° CAS Code SANDRE Molécule Métabolites
de la famille

1102 Aldicarbe sulfoxyde


Aldicarbe 116-06-3
Aldicarbe sulfoné

Carbendazime 10605-21-7 1129 2-aminobenzimidazole

Carbofuran 1563-66-2 1130 3-hydroxy-carbofuran

Méthomyl 16752-77-5 1218

Triallate 2303-17-5 1281

Ethytlène thioride (ETO)


Manèbe 12427-38-2 1705 Ethylène urée (EU)
Ethylènebis (EBIS)

Utilisations et sources potentielles d’émission dans l’environnement


• Aldicarbe : insecticide et nématicide à usage agricole. Autorisé pour le • Méthomyl : insecticide
traitement des sols de certaines cultures (pépinières, cultures florales, • Triallate : herbicide
betteraves, bananiers) • Manèbe : fongicide
• Carbendazime : fongicide sur céréales, légumes, colza Consommation de 20 000 T/an dans l’U.E., dont les 3/4 comme fongi-
• Carbofuran : insecticide et nématicide cides (1996).

220
Pesticides : Carbamates

Comportement dans le milieu aquatique


Aldicarbe Carbendazime Carbofuran Méthomyl Triallate Manèbe
Solubilité dans l’eau nnn n nnn nn nnn nnn
Solubilité dans les
n n n n nnn n
graisses
Stockage dans le
nn nnn nn nn nnnn nnnn
sédiment
Adsorption sur les
m.e.s.

Volatilité nnnn nnnn nnnn nnn nnnn nnn

Persistance nn nn nnn nn n

Bio-dégradabilité nnnn
Dégradation nn nnn nnn nnn
abiotique
Bio-concentration
nn poisson 30 n nn nn n n
Bio-accumulation
Bio-magnification

n nul ou négligeable, n n faible, n n n moyen, n n n n fort

Demi-vies dans l’environnement


1000 ans

100 ans

10 ans

1 an carbofuran
carbofuran aldicarbe triallate
1 mois methomyl methomyl carbendazime

1 semaine
aldicarbe manèbe manèbe
1 jour
XXX dans l’air XXX dans l’eau XXX dans le sol XXX dans le sédiment

221
Pesticides : Carbamates

Effets sur l’environnement et l’homme


Toxicité aiguë Aldicarbe Carbendazime Carbofuran Méthomyl Triallate Manèbe

n n n n nnn nnnn

nnnn n nnnn nnn nnnn nnn

nnnn

nnn nnn nnn nn nnn nnn

nnn

nnnn n nnnn nnnn n nn

rat n n n n rat n n n n rat n


rat n n n n rat n n rat n n
chien n n n n chien n n n n canard n n

n ?
nnnn nnnn nnnn nn nn
(Pas de données)

n peu toxique, n n modérément toxique, n n n toxique, n n n n très toxique

Toxicité chronique Aldicarbe Carbendazime Carbofuran Méthomyl Triallate Manèbe

nnnn nnnn nnnn

nnn nnnn nnnn

222
Pesticides : Carbamates

nnn nnnn

nnnn n nnnn nnn n

rat n n n n rat n n n n

nn nnnn nn nn nnnn ?

n peu toxique, n n modérément toxique, n n n toxique, n n n n très toxique

Exposition humaine et risques pour la santé


Aldicarbe Carbendazime Carbofuran Méthomyl Triallate Manèbe

+++ ++ +++ ++ - ++
Mode
d’exposition
(importance +++ +++ +++ +++ +++ +++
relative,
+ à +++)
+ + + + +++
++++

Irritants par voie cutanée ou inhalation.


Troubles visuels, gêne respiratoire, asthénie, troubles digestifs, faiblesse musculaire. Les carbamates
Organes insecticides sont dangereux et touchent plus particulièrement le système nerveux. Exemple :
et/ou Aldicarbe : troubles digestifs, asthénie, myosis, hyperlacrymation, sueurs profuses, mictions involontaires,
fonctions bradycardie, hypotension, dyspnée, douleurs thoraciques, crampes musculaires, mouvements involontaires,
atteints troubles respiratoires, troubles neurologiques.
aucun effet pas de
assimilé aucune donnée Cancérogène
C? sur le rat et la possible potentiel
cancérogène sur l’homme suspecté
souris cancérogène

PE ? ? potentiel potentiel potentiel ? ?

223
Pesticides : Carbamates

Données toxicologiques et normes


Caractéristique Aldicarbe Carbendazime Carbofuran Méthomyl Triallate Manèbe
Toxicité
DL50 rat rat 6400 mg/kg rat 8 mg/kg pc chien 20 mg/kg pc rat 1100 mg/kg pc rat >5000 mg/kg pc
0,3-0,9 mg/kg pc pc chien 15 mg/kg rat canard
poulet 9 mg/kg pc pc 17-23 mg/kg pc > 1500 mg/kg pc
canard colombe
0,24 mg/kg pc 10 mg/kg pc
Toxicité sublétale
DJA (OMS) 0,002 mg/kg 0,03 mg/kg pc/j
pc/j
DJA (France) 0,001 mg/kg pc/j 0,02 mg/kg pc/j 0,001mg/kg 0,0025 mg/kg pc/j (EU) 0,001 mg/kg pc/j 0,05 mg/kg pc/j
pc/j (EU)
DHA (JEFCA)
Ecotoxicité
CE50 algue 96h >50 mg/L algue 72h algue 20 mg/L algue 60 mg/L algue 0,12 mg/L algue 0,01 mg/L
daphnie (48h) 300 mg/L daphnie (48h) daphnie (48h) daphnie daphnie
0,2-0,4 mg/L daphnie (96h) 0,02-0,04 mg/L 0,03mg/l daphnie 21j : 0,09 mg/L 0,52mg/L
crevette (96h) 891 mg/L truite (96h) 16-35 µg/L truite 96h poisson
0,02-0,07 mg/L truite (96h) 0,1-1 mg/L truite 3,4 mg/L 1,2 mg/l 0,27 µg/L
truite (96h) : 0,8 mg/L poisson-chat (96h)
0,6 mg/L 0,9 mg/L
truite 21j : 0,6 µg/L poisson (28j) : 51-117 µg/L
NOEC Invertébrés
0,03 mg/L
PNEC eau douce 0,15 µg/L 7 µg/L
PNEC eau marine
PNEC sédiment
Normes et seuils
Bruit de fond sans objet sans objet sans objet sans objet sans objet sans objet
NQEp eau surface
intérieure
NQEp eau de
transition
NQEp eau marine
Limite de qualité 0,1 µg/L 0,1 µg/L 0,1 µg/L 0,1 µg/L 0,1 µg/L 0,1 µg/L
eau potable total pesticides total pesticides total pesticides total pesticides total pesticides total pesticides
0,5 µg/L 0,5 µg/L 0,5 µg/L 0,5 µg/L 0,5 µg/L 0,5 µg/L
Baignade et loisirs néant néant néant néant néant néant
Chair coquillages néant néant néant néant néant néant
crustacés,poissons
Norme sol néant néant néant néant néant néant
Norme boues néant néant néant néant néant néant
Rejets industriels néant néant néant néant néant néant

224
Pesticides : Carbamates

Restrictions d’usages
Néant

Mesures préventives et conseils pratiques pour limiter la pollution et l’exposition


Voir fiche générale Pesticides

Classification environnementale
Aldicarbe Carbendazime Carbofuran Méthomyl Triallate Manèbe
Substance DCE Non cité Non cité Non cité Non cité Non cité Non cité
Potentiellement Potentiellement
Liste OSPAR Non cité Non cité Non cité Non cité
préoccupant préoccupant
Catégorie C
M 2
R 2
Indication du danger T+, N T, N, Xn T+, N T+, N Xn, N Xi
R24, R26/28 R46, R50/53, R60, R22, R43, R48/22, R37, R43
Phrases de risque R26/28, R50/53 R28, R50/53
R50/53 R61 R50/53
S36/37, S45, S53,
Conseils de prudence S22, S36/37, S45
S60, S61

Textes réglementaires spécifiques


Les principaux textes réglementaires concernant les substances toxiques sont donnés en annexe.
Norme(s) analytique(s) et limite(s) de quantification couramment rencontrées

Carbamates Norme LQ Coût HT 1 substance

eau HPLC barettes de diodes 0,1 µg/L

HPLC barettes de diodes


sédiment 200 µg/kg ps

225
Pesticides : Carbamates

Niveaux d’imprégnation
Sont présentés ci-dessous des ordres de grandeur des concentrations dans le milieu naturel.

Aldicarbe Carbendazime Carbofuran Méthomyl Triallate Manèbe


aucune donnée bassin Seine bassin Seine bassin Seine aucune donnée aucune donnée
AESN Normandie Normandie Normandie AESN AESN
2003-2005 2003-2005 2003-2005
Cours d’eau
0 - 4,8 µg/L 0,13 - 1,1 µg/L 2246 analyses
toutes inférieures
à la LQ

Plusieurs autres carbamates, recherchés dans les eaux du bassin Seine


Normandie, ont été trouvés avec des valeurs inférieures ou égales à la
limite de quantification : bendiocarbe, chlorbufame, diallate, diéthofen-
carbe, éthiofencarbe.

Origine/apports/flux dans les eaux du bassin


Seine-Normandie
Restent à établir.

Bibliographie spécifique
l Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, Base de données
AGRITOX, http://www.dive.afssa.fr/agritox/index.php
l British Crop Protection Council, The Pesticide Manual (Twelfth Edi-

tion).
l Commission européenne, 2003, Les produits phytosanitaires, la santé et

l’environnement, 46 p.
l INRS, 1997, Aldicarbe, fiche toxicologique n° 153, 4 p.

l INRS, 1992, Carbendazime, fiche toxicologique n° 214, 4 p.

l Université Herdfordshire, 2007, fiche toxicologique carbendazime, 5 p.

226
Organophosphorés
Insecticides de contact ou systémiques.

Composés organiques du phosphore, ils agissent sur le système nerveux des insectes et des acariens en inhibant
la cholinestérase.
Pesticides
Dangereux pour l’homme et pour l’environnement

Substances dangereuses prioritaires (DCE) : chlorfenvinphos, chlorpyrifos.

Substances visées au Plan Interministériel de Réduction des Risques liés aux Pesticides : azinphos-methyl, chlor-
pyriphos-ethyl, dichlorvos, ethoprophos, fenthion, methamidophos, methidathion, oxydemethon-méthyl, parathion-
méthyl, terbufos.

Quelques substances de la
N° CAS Code SANDRE Molécule Produits de dégradation
famille

Chlorfenvinphos 470-90-6 1464

3,5,6-trichloro-2-pyridinol
Chlorpyrifos-éthyl 2921-88-2 1083
(TCP)

Malathion 121-75-5 1210 malaoxon

Parathion (éthyl) 56-38-2 1232 paraoxon

Parathion (méthyl) 298-00-0 1233

Utilisations et sources potentielles d’émission dans


l’environnement
légumes, en traitement du sol
• Organophosphorés : consommation de 5 000 T/an dans l’U.E. (1996), • Chlorpyrifos-éthyl : maïs, traitement du sol
dont 1200 T/an en France. • Parathion : insecticide de contact, traitement des sols et des parties
• Chlorfenvinphos : mélange de deux isomères (E) et (Z) ; utilisé sur les aériennes des végétaux
• Malathion : non-systémique, insecticide et acaricide
227
Pesticides : Organophosphorés

Comportement dans le milieu aquatique


Chlorfenvinphos Chlorpyrifos-éthyl Malathion Parathion
éthyl n n n
Solubilité dans l’eau nnn n nnn
méthyl n n n
Solubilité dans les graisses nnn nnn nn méthyl n n
Stockage dans le sédiment nnn nnnn nnnn
Adsorption sur les m.e.s. nnn
éthyl n n
Volatilité nn nnn nnn
méthyl n n
Persistance nnn n n éthyl n
n n
Biodégradabilité (aérobie)
Dégradation abiotique nnn nnn

Bioconcentration poisson 332 n n invertébrés 1-385 n n


poisson 5 n
Bioaccumulation truite 10 n n poisson 1374 n n n
Biomagnification

n nul ou négligeable, n n faible, n n n moyen, n n n n fort

Demi-vies dans l’environnement


1000 ans

100 ans

10 ans

1 an
chlorfenvinphos chlorfenvinphos chlorfenvinphos chlorpyrifos TCP TCP
1 mois chlorpyrifos chlorpyrifos
malathion malathion
1 semaine

1 jour chlorfenvinphos chlorpyrifos

XXX dans l’air XXX dans l’eau XXX dans le sol XXX dans le sédiment

228
Pesticides : Organophosphorés

Effets sur l’environnement et sur l’homme


Toxicité aiguë Chlorfenvinphos Chlorpyrifos-éthyl Malathion Parathion

nn nn
nnnn

nnnn nnnn nnnn

crevette n n n
nn
huître n n n

nnnn nnnn nnnn

nnn
à nnnn nnnn Aucune donnée
nnnn
rat n n n n caille n n n n perdrix n n rat
lapin n n n moineau n n n rat n n éthyl n n n n

nnnn nnn nn nnnn

n peu toxique, n n modérément toxique, n n n toxique, n n n n très toxique

Toxicité chronique Chlorfenvinphos Chlorpyrifos-éthyl Malathion Parathion

nnn nnnn nnn nnn

nnnn nnnn nnnn nnnn

moule
nn

nnnn nnnn nnnn nnnn

229
nnn ànnnn nnnn nnnn Aucune donnée

rat n n n n rat n n n n

nn nn nn nnn

n peu toxique, n n modérément toxique, n n n toxique, n n n n très toxique

Exposition humaine et risques pour la santé


Chlorfenvinphos Chlorpyrifos-éthyl Malathion Parathion

++
Résidus présents dans l’alimentation
Mode
d’exposition
(importance +++
relative, Pénétration dans les poumons lors de l’épandage ou l’aspersion
+ à +++)
+++
Pénétration à travers la peau accélérée par les formulations huileuses ou comportant des solvants

troubles visuels, asthme, nausées, vomissements, diarrhée, asthénie, hypersalivation, sueurs, fasciculation
Organes musculaire, brachycardie, atteintes nerveuses périphériques
et/ou
fonctions
atteints
pas de potentiel pas de potentiel pas de potentiel éthyl : ne peut être classé
C
cancérogène cancérogène cancérogène CIRC

informations méthyl
PE informations insuffisantes en examen
insuffisantes en examen

230
Pesticides : Organophosphorés

Données toxicologiques et normes


Caractéristique Chlorfenvinphos Chlorpyrifos-éthyl Malathion Parathion
Toxicité
rat 15 mg/kg pc rat 66-195 mg/kg pc perdrix 601 mg/kg pc rat
lapin >300 mg/kg pc caille 13 mg/kg pc rat 1375-2800 mg/kg pc éthyl 4 mg/kg pc
DL50
moineau 122 mg/kg pc

Toxicité sublétale
DJA (OMS) 0,0005 mg/kg pc/j 0,01 mg/kg pc/j (EU) 0,02 mg/kg pc/j éthyl 0,005 mg/kg pc/j
DHA (JEFCA)
Ecotoxicité
algue (96h) : 1600 µg/L algue 46 µg/L algue 4060 µg/L
daphnie (48h) : 0,1 µg/L daphnie 0,014 µg/L daphnie 0,5 µg/L
CE50 crevette (48h) 250µg/L anguille (96h) : 0,54 µg/L mollusque 1,7 µg/L
huître 4j 600 µg/L poisson 4,1 µg/L
poisson 2,8 µg/L
algue 246 µg/L algue 27 µg/L algue 811 µg/L méthyl :
daphnie 21j : 0,1 µg/L daphnie 0,056 µg/L 0,06 µg/L algue 830 µg/L
NOEC moule 4j : 7600 µg/L crevette 35j : 0,0046 µg/L poisson 21 µg/L daphnie 0,166 µg/L
truite 21j : 38 µg/L poisson 0,14 µg/L poisson 12 µg/L

0,1 µg/L 0,033 µg/L 0,006 µg/L méthyl 0,0166 µg/L


PNEC eau douce
PNEC eau marine 0,1 µg/L 0,033 µg/L
PNEC sédiment
Normes et seuils
Bruit de fond sans objet sans objet sans objet sans objet
NQEp eau surface intérieure néant néant néant néant
NQEp eau de transition néant néant
NQEp eau marine néant néant
0,1 µg/L 0,1 µg/L 0,1 µg/L 0,1 µg/L
Limite de qualité eau potable
total pesticides 0,5 µg/L total pesticides 0,5 µg/L total pesticides 0,5 µg/L total pesticides 0,5 µg/L
Baignade et loisirs néant néant néant néant
Chair coquillages
néant néant néant néant
crustacés, poissons
Norme sol néant néant néant néant
Norme boues néant néant néant néant
Rejets
néant néant néant néant
(VL émission/j)

231
Pesticides : Organophosphorés

Restrictions d’usages Mesures préventives et conseils pratiques pour limiter la pol-


Interdiction d’usage du parathion et du méthylparathion. lution et l’exposition
Voir fiche générale pesticides.

Classification environnementale
Parathion
Chlorfenvinphos Chlorpyrifos-éthyl Malathion
éthyl et méthyl
Substance DCE dangereuse prioritaire dangereuse prioritaire
non cité potentiellement non cité non cité
Liste OSPAR
préoccupant
Catégorie C
M
R
Indication du danger T+, Xn T, N Xn, N T+, N
R24, R28, R50/53 R25, R50/53 R22, R50/53 éthyl : R50/53, R10, R24,
Phrases de risque R26/28, R48/22, R5
méthyl : R27/28, R50/53
S1/2, S28, S36/37, S45, S60, S1/2, S45, S60, S61 S2, S24, S60, S61 éthyl : S60, S61, S1/2, S28,
S61 S36/37, S45
Conseils de prudence
méthyl :
S28, S36/37, S45, S60, S61

Textes réglementaires spécifiques


Les principaux textes réglementaires concernant les substances toxiques sont donnés en annexe.

Norme(s) analytique(s) et limite(s) de quantification couramment rencontrées


Organophosphorés Norme LQ Coût HT 1 substance

eau NF EN 12918 (GC/NPD) 0,02 µg/L

sédiment NF EN 12918 (GC/NPD) 200 µg/kg ps

232
Pesticides : Organophosphorés

Niveaux d’imprégnation
Sont présentés ci-dessous des ordres de grandeur des concentrations retrouvées dans le milieu aquatique.

Chlorfenvinphos Chlorpyrifos-éthyl Malathion Parathion-éthyl


bassin Seine-Normandie bassin Seine-Normandie
2003-2005 : 0,065 µg/L 2003-2005
bassin Seine-Normandie
(1 valeur) éthyl : 0,02-0,37 µg/L
Cours d’eau 2003-2005 : 0,02-0,037
DIREN île de France (3 valeurs)
(10 valeurs)
2003-2005 : 0,02-0,05 µg/L méthyl : 0,02 µg/L
(2 valeurs) (2 valeurs)

Deux autres organophosphorés, cherchés dans les eaux du bassin Sei- l INERIS, 2005, fiche de données toxicologiques et environnementales des

ne-Normandie, ont également été trouvés : l’azynphos-éthyl (0,03-0,07 substances chimiques : Chlorpyrifos
µg/L, 54 valeurs) et le déméthon-S-méthylsulfone (0,05-0,069 µg/L, 3 l INERIS, 2006, fiche de données toxicologiques et environnementales des

valeurs). substances chimiques : Malathion


l INERIS, 2006, fiche de données toxicologiques et environnementales des

substances chimiques : Methyl parathion


Origine/apports/flux dans les eaux du bassin Seine-Norman- l INRS, 1995, Parathion, fiche toxicologique n° 83, 5 p.

die
Paraissent difficiles à établir pour certains composés du fait de leur fuga-
cité dans l’eau. Estimations possibles des impacts dus à des « bouffées »
de contamination à l’aide de méthodes biologiques.

Bibliographie spécifique
l Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, Base de données
AGRITOX, http://www.dive.afssa.fr/agritox/index.php
l British Crop Protection Council, The Pesticide Manual (Twelfth Edi-

tion)
l Commission européenne, 2003, Les produits phytosanitaires, la santé et

l’environnement, 46 p.
l DIREN Ile de France, 2005, Info toxiques N°1, 36p.

l IFREMER (Tissier et coll.), 2005, Les substances prioritaires de la Di-

rective Cadre sur l’Eau (DCE) – Fiche de synthèse Chlorpyrifos


l INERIS, 2004, fiche de données toxicologiques et environnementales des

substances chimiques : Chlorfenvinphos

233
Glyphosate (et Ampa)
Dans cette famille, on compte deux substances utilisées comme herbicides : le glyphosate et le sulfosate (glyphosate
trimesium).
Le plus utilisé est le glyphosate. Peu absorbé seul par la plante, il lui est adjoint des surfactants (POER)soupçonnés de
Pesticides
présenter des toxicités aquatiques plus importantes et potentialisant son efficacité comme sa toxicité.
Systémique, il bloque la biosynthèse des acides aminés aromatiques.
Acides amino-
Quelques végétaux commencent à développer une résistance au glyphosate.
phosphoriques
Assez fréquemment rencontré dans les eaux de surface du bassin Seine-Normandie (concentration de plusieurs µg/L).
Ne serait pas bioaccumulé par les mammifères.
Toxicité a priori modérée.
Son principal produit de dégradation, l’AMPA, serait plus dangereux pour l’environnement que la molécule-mère.
Cette molécule est également produite par dégradation d’autres substances.

Quelques substances
N° CAS Code SANDRE Molécule
de la famille

Glyphosate 1071-83-6 1506

AMPA= acide 1066-51-9 1907


aminométhylphosphonique
(produit de dégradation)

Utilisations et sources potentielles d’émission de glyphosate Adsorption sur les m.e.s. nnnn
dans l’environnement Volatilité n
Persistance nnn nnn
• Usage agricole, sur tous les types de culture, et non agricole (espaces nn nn
verts, jardins, routes, voies ferrées).
Bio-dégradabilité
• Consommation en Europe : 10 000 T/an.
Dégradation abiotique
• Un des herbicides les plus vendus dans le monde entier.

Comportement dans le milieu aquatique Bio-concentration


n
Bio-accumulation
Glyphosate AMPA Bio-magnification
Solubilité dans l’eau nnnn nnnn
Solubilité dans les graisses n n nul ou négligeable, n n faible, n n n moyen,
Stockage dans le sédiment nnnn nnnn n n n n fort

234
Pesticides : Acides Amino-phosphoriqes

Demi-vies dans l’environnement


nn ?
1000 ans

100 ans
nn n ?
10 ans

1 an
n peu toxique, n n modérément toxique,
AMPA n n n toxique, n n n n très toxique
1 mois glyphosate glyphosate
glyphosate
1 semaine Exposition humaine et risques pour la santé du glyphosate
glyphosate
1 jour

XXX dans l’air XXX dans l’eau XXX dans le sol -


Mode
XXX dans le sédiment
d’exposition
(importance
relative, +++
Effets du glyphosate sur l’environnement et l’homme de + à +++)
Toxicité aiguë Toxicité chronique ++

nn n
Organes et/ou Dermatoses professionnelles
glyphosate n fonctions atteints Irritations peau et yeux
n
surfactant n n ?
Effet de perturbation
Non cancérogène
n endocrinienne constaté
surfactant n n ? sur la reproduction de PE ? (2)
l’oursin
n Données toxicologiques et normes
n
surfactant n n ? Caractéristique glyphosate
Toxicité
nnnn nnnn DL50 1 rat 2000 mg/kg pc
chèvre 3530 mg/kg pc
Toxicité sublétale
n n DJA (OMS) 0,3 mg/kg pc/j
DHA (JEFCA)
Ecotoxicité
: la DL50 d’un surfactant, le POEA, est 3 fois plus faible que celle du glyphosate.
 : oui sur reproduction et larves d’oursins pour produit commercial.
235
Pesticides : Acides Amino-phosphoriqes

CE50 algue 96h 1,2 mg/L Classification environnementale


lentille d’eau 25,5 mg/L Substance DCE Non cité
daphnie 48h 780 mg/L
Liste OSPAR Non cité
crevettte 96h 281 mg/L
truite 96h 38 mg/L Catégorie C Non cité
truite 21j 150 mg/L M Non cité
R Non cité
CE50 AMPA daphnie 48h 690 mg/l
Indication du danger Xi, N
NOEC
Phrases de risque R41, R51/53
PNEC eau douce 60 µg/L
Conseils de prudence S2, S26, S39, S61
PNEC eau marine
PNEC sédiment
Normes et seuils
Bruit de fond sans objet Textes réglementaires spécifiques
NQEp eau surface intérieure néant
NQEp eau de transition néant Les principaux textes réglementaires concernant les substances to-
NQEp eau marine néant xiques sont donnés en annexe.
Pour le glyphosate s’applique de plus :
Limite de qualité eau potable 0,1 µg/L
total pesticides 0,5 µg/L
Baignade et loisirs néant Texte Objet
Chair coquillages néant Arrêté Retrait des denrées alimentaires d’origine
crustacés, poissons 30 décembre 2005 animale contaminées par des résidus de
Norme sol néant pesticides
Norme boues néant
Rejets néant
(VL émission/j)
Norme(s) analytique(s) de quantification dans l’eau et
limite(s) de détection couramment rencontrées
Restrictions d’usages Glyphosate Norme LD Coût HT
1 substance
Néant. eau Concentration 0,1 µg/L
LC/MS

Mesures préventives et conseils pratiques pour limiter la


pollution et l’exposition Niveaux d’imprégnation
Voir fiche générale pesticides. Sont présentés ci-après des ordres de grandeur des concentrations
dans le milieu aquatique.

236
Pesticides : Acides Amino-phosphoriqes

bassin Seine Normandie 2003-2005


glyphosate :
Cours 0,1-3,8 µg/L (168 valeurs sur 712 analyses, soit 24%)
d’eau AMPA :
0,1-6,6 µg/L (412 valeurs sur 700 analyses, soit 59%)
Voir carte page suivante (données AESN 2004-2006).
bassin Seine Normandie 2003-2005
glyphosate :
37 valeurs supérieures à LQ sur 1550 analyses soit 2%
AMPA :
Eau
26 valeurs supérieures à LQ sur 1550 analyses, soit 2%
souterraine
Voir cartes :
p. 239 pour l’ensemble du Bassin (1995-2005)
p. 240 pour la Basse Normandie (données 2005-2006
DRASS-DDASS)

Aucun autre amino-phosphorique n’a été recherché dans les eaux de


surface du bassin Seine Normandie.

Origine/apports/flux dans les eaux du bassin


Seine-Normandie
Restent à établir.

Bibliographie spécifique
l Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, Base de données
AGRITOX,
http://www.dive.afssa.fr/agritox/index.php
l British Crop Protection Council, The Pesticide Manual (Twelfth Edi-

tion)
l Commission européenne, 2003, Les produits phytosanitaires, la santé et

l’environnement, 46 p.

237
Pesticides : Acides Amino-phosphoriqes

238
Pesticides : Acides Amino-phosphoriqes

239
Pesticides : Acides Amino-phosphoriqes

240
Aminotriazole
Pesticides
Famille des triazoles Herbicide appelé aussi amitrole, agissant par inhibition de la synthèse de certains pigments de la photosynthèse
(caroténoïdes).
N° CAS : 61-82-5
Systémique, non sélectif, absorbé par les feuilles et les racines.
Code SANDRE : 1105
Persistance élevée.
Molécule : Toxicité élevée sur les organismes aquatiques, modérée pour les mammifères et l’homme.

Utilisations et sources potentielles d’émission dans Demi-vies dans l’environnement


l’environnement 1000 ans

• Usage agricole : herbicide non sélectif utilisé sur les plantes annuelles, 100 ans
notamment dans les vergers et vignobles, en horticulture.
10 ans
• Désherbage des chemins, routes, voies ferrées, aires industrielles.
1 an aminotriazole
Comportement dans le milieu aquatique 1 mois aminotriazole
aminotriazole
Aminotriazole 1 semaine
Solubilité dans l’eau nnnn
1 jour aminotriazole
Solubilité dans les graisses
Stockage dans le sédiment nnn XXX dans l’air XXX dans l’eau XXX dans le sol
Adsorption sur les m.e.s. XXX dans le sédiment
Volatilité nnnn
Persistance nnnn Effets de l’aminotriazole sur l’environnement et
Biodégradabilité (aérobie) nn sur l’homme
Dégradation abiotique nn
Toxicité aiguë Toxicité chronique
Bioconcentration Poisson 2 n
Bioaccumulation nn nnn
Biomagnification

n nul ou négligeable, n n faible, n n n moyen, nnn nnn


n n n n fort

241
Pesticides : Famille des Triazoles

Données toxicologiques et normes


Caractéristique Aminotriazole
Toxicité
n n
DL50 rat 2000 mg/kg pc
Toxicité sublétale
nnnn nn DJA (OMS) 0,001 mg/kg pc/j
DHA (JEFCA)
Ecotoxicité
algues 3 mg/L
n nn
CE50 daphnie 6,1 mg/L
macrophytes 2,5 mg/L
Rat nn
algues 1 mg/L
NOEC invertébrés aquatiques 0,32 mg/L
n poissons 100 mg/L
nnn ? PNEC eau douce 32 µg/L
PNEC eau marine
PNEC sédiment
n peu toxique, n n modérément toxique,
Normes et seuils
n n n toxique, n n n n très toxique
Bruit de fond
NQEp eau surface intérieure 0,3 µg/L
Exposition humaine et risques pour la santé NQEp eau de transition 0,3 µg/L
Aminotriazole NQEp eau marine 0,3 µg/L
+ 0,1 µg/L
Limite de qualité eau potable total pesticides 0,5 µg/L
Mode Recommandation OMS 20 µg/L
d’exposition Baignade et loisirs néant
++
(importance Chair coquillages
néant
relative, crustacés, poissons
+++ Norme sol néant
de + à +++)
Norme boues néant
Rejets industriels néant
Irritations des yeux, digestive,
Organes cutanée,
et/ou respiratoire, Restrictions d’usages
fonctions Néant.
atteints
C? effets possibles
PE ? potentiel

242
Pesticides : Famille des Triazoles

Mesures préventives et conseils pratiques pour limiter Niveaux d’imprégnation


la pollution et l’exposition
Sont présentés ci-dessous des ordres de grandeur des concentrations
Voir fiche générale pesticides. dans le milieu naturel.

Ile de France DIREN-2006


Classification environnementale 3,9 µg/L (concentration maximale)
Cours d’eau Bassin Seine-Normandie 2003-2005
Aminotriazole
0,1 – 3,3 µg/L
Substance DCE non cité moyenne 0,3 µg/L
Liste OSPAR non cité Bassin Seine-Normandie 1995-2005
Catégorie C 3 Eaux
Moyenne interannuelle minimum : 0,025 µg/L
M souterraines
Moyenne interannuelle maximum : 0,5 µg/L
R
Indication du danger Xn, N Autres substances de la même famille recherchées dans les eaux de
Phrases de risque R63, R48/22, R51/R53 surface du bassin Seine-Normandie : Flusilazole, cyproconazole, époxi-
Conseils de prudence S2, S13, S36/37, S61 conazole, tébuconazole, hexaconazole. Concentrations inférieures à la
LQ (généralement 0,05 µg/L) dans 99,5 à 99,9% des analyses.

Textes réglementaires spécifiques


Les principaux textes réglementaires concernant les substances to- Origine/apports/flux dans les eaux du bassin
xiques sont donnés en annexe. Seine-Normandie
Pour l’aminotriazole s’appliquent de plus :
Restent à établir.
Texte Objet
Teneurs maximales en résidus de pesticides
Arrêté
5 août 1992
admissibles sur ou dans certains produits d’origine Bibliographie spécifique
végétale.
Arrêté relatif aux teneurs maximales en résidus l Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, Base de données
Arrêté AGRITOX,
de pesticides admissibles dans et sur les céréales
28 juillet 2004 http://www.dive.afssa.fr/agritox/index.php
destinées à la consommation humaine.
l Commission européenne, 2003, Les produits phytosanitaires, la santé et

l’environnement, 46 p.
Norme(s) analytique(s) et limite(s) de quantification l INRS, 2000, Fiche toxicologique n°200, Aminotriazole, 4 p.

l Université Herdfordshire, 2007, fiche toxicologique aminole, 4 p.


couramment rencontrées
Triazoles Norme LQ Coût HT

eau LC/MS/MS 0,1 µg/L

243
Pyréthrinoïdes
Deux groupes dans cette famille :
- les pyréthrinoïdes naturels d’origine végétale (chrysanthème), instables et rapidement dégradés au contact de l’air, de la
lumière ou de la chaleur en produits non toxiques
- les pyréthrinoïdes synthétiques, photostables, au pouvoir insecticide agissant par contact et ingestion sur une gamme très
Pesticides
étendue d’insectes, sur toutes les cultures et à doses très faibles.
Ces derniers, bien qu’en général relativement peu toxiques pour les mammifères, sont dangereux pour l’environnement,
aquatique notamment, et les animaux à sang froid. Les excipients utilisés en facilite l’absorption.

Substances visées au Plan Interministériel de Réduction des Risques liés aux Pesticides :
cyfluthrine, béta-cyfluthrine, lambda-cyhalothrine.

Quelques substances
N° CAS Code SANDRE Molécule Produits de dégradation
de la famille

Deltaméthrine 52918-63-5 1149 3-PBA, acide decamethrinique (Br2CA)

Téfluthrine 79538-32-2 1953

Perméthrine 52645-53-1 1523

Cyperméthrine = 52315-07-8
Acide m-phnéoxybenzoïque
alphaméthrine 1140
(2,2-dichlorovinyl)-3,3-dimethyl-cyclopropane

Bifenthrine

82657-04-3 1120

244
Pesticides : Pyréthrinoïdes

Utilisations et sources potentielles d’émission dans l’environnement


• Usages agricole, vétérinaire et domestique. Deltaméthrine : les principales cultures traitées sont les céréales, la vigne, l’arboriculture, les cultures
légumières et la pomme de terre.

Comportement dans le milieu aquatique


Deltaméthrine Téfluthrine Perméthrine Cyperméthrine Bifenthrine
Solubilité dans l’eau n n n n n
Solubilité dans les graisses nnn nnn nnn nnn nnn
Stockage dans le sédiment nnnn nnnn nnnn
Adsorption sur les m.e.s.
Volatilité n nnnn nnnn n n
Persistance nn nn nn nn nn
nnn nnn nnnn
Biodégradabilité (aérobie)
nnn
Dégradation abiotique n

Bioconcentration poisson 1400 poisson 1400 poisson 300 poisson 1200 poisson 6000
Bioaccumulation nnn nnn nn nnn nnnn
Biomagnification
n nul ou négligeable, n n faible, n n n moyen, n n n n fort

Demi-vies dans l’environnement


1000 ans

100 ans

10 ans

1 an
deltaméthrinedeltaméthrinetéfluthrine téfluthrine cyperméthrine bifenthrine perméthrine
1 mois deltaméthrine cyperméthrine perméthrine
Br2CA perméthrine
1 semaine

1 jour deltaméthrine
XXX dans l’air XXX dans l’eau XXX dans le sol XXX dans le sédiment

245
Pesticides : Pyréthrinoïdes

Effets sur l’environnement et sur l’homme


Toxicité aiguë Deltaméthrine Téfluthrine Perméthrine Cyperméthrine Bifenthrine

n nn nnn n

nnnn nnnn nnnn nnnn nnnn

nnnn nnnn nnnn nnnn nnn

nnnn nnn nnnn nnnn nnnn

chien n
nn nn chat n n n rat n n n rat n n n
rat n n n

manifestations très irritant nn nn nn


bénignes n n nnn

n peu toxique, n n modérément toxique, n n n toxique, n n n n très toxique

Toxicité chronique Deltaméthrine Téfluthrine Perméthrine Cyperméthrine Bifenthrine

nnn
n

nnnn nnnn ? nnnn nnnn

nnnn nnnn nnnn

246
Pesticides : Pyréthrinoïdes

nnnn nnnn

rat, chien
nnnn

nnn ? n ? nnn ? nnn ? nnn?

n peu toxique, n n modérément toxique, n n n toxique, n n n n très toxique

Exposition humaine et risques pour la santé


Deltaméthrine Téfluthrine Perméthrine Cyperméthrine Bifenthrine

+++ +++ +++ +++ +++


Mode
d’exposition
(importance ++ ++ +++ +++ +++
relative,
+ à +++)
+ + + + +

Conjonctivites, irritations cutanées, rhinites.


Organes En cas de forte exposition : asthénie, céphalées, anomalies musculaires, troubles digestifs, ataxie, myoclonies,
et/ou convulsions voire coma.
fonctions
atteints
Pas de données pour
Substance
l’homme ; pas d’effets Cancérogène Cancérogène
C? ? préoccupante ;
cancérogènes chez possible possible
effets possibles
les animaux
Perturbateur Information Perturbateur Information Information
PE ?
endocrinien potentiel insuffisante endocrinien possible insuffisante insuffisante

247
Pesticides : Pyréthrinoïdes

Données toxicologiques et normes


Caractéristique Deltaméthrine Téfluthrine Perméthrine Cyperméthrine Bifenthrine
Toxicité
rat 87 mg/kg pc rat 22 mg/kg pc
DL50 rat 430 mg/kg pc rat 250 mg/kg pc rat 50 mg/kg pc
souris 19 mg/kg pc
Toxicité sublétale
DJA (OMS) 0,01 mg/kg pc/j 0,013 mg/kg pc/j 0,05 mg/kg pc/j 0,05 mg/kg pc/j 0,015 mg/kg pc/j
DHA (JEFCA)
Ecotoxicité
algue 96h : >9,1 mg/L
daphnie 48h : 3,5 µg/L algue 96h : >1,8 mg/L algue 0,01 mg/L algue > 0,1 mg/L saumon : 0,15 µg/L
CE50 daphnie 21j : 0,0041 µg/L daphnie 48h : 0,07 µg/L daphnie : 0,006 mg/L daphnie (48h) : daphnie (48 h) :
truite 96h : 0,9 µg/L truite 96h : 0,06 µg/L poisson : 0,01 mg/L 0,04 µg/L 0,11 µg/L
truite 28j : <0,032 µg/L
algue 0,0009 mg/L invertébrés
NOEC
poisson 0,0001mg/L 0,015 µg/L
PNEC eau douce 0,0032 µg/L 0,0004 µg/L 0,001µg/L 0,0012 µg/L
PNEC eau marine
PNEC sédiment
Normes et seuils
Bruit de fond sans objet sans objet sans objet sans objet sans objet
NQEp eau surface
néant néant néant néant néant
intérieure
NQEp eau de
néant néant néant néant néant
transition
NQEp eau marine néant néant néant néant néant
0,1 µg/L 0,1 µg/L 0,1 µg/L 0,1 µg/L 0,1 µg/L
Limite de qualité
total pesticides total pesticides total pesticides total pesticides total pesticides
eau potable
0,5 µg/L 0,5 µg/L 0,5 µg/L 0,5 µg/L 0,5 µg/L
Baignade et loisirs néant néant néant néant néant
Chair coquillages
néant néant néant néant néant
crustacés, poissons
Norme sol néant néant néant néant néant
Norme boues néant néant néant néant néant
Rejets industriels néant néant néant néant néant

248
Pesticides : Pyréthrinoïdes

Restrictions d’usages
Néant.

Mesures préventives et conseils pratiques pour limiter la pollution et l’exposition


Voir fiche Pesticides.

Classification environnementale
Deltaméthrine Téfluthrine Perméthrine Cyperméthrine Bifenthrine
Substance DCE non cité non cité non cité non cité non cité
Liste OSPAR non cité non cité non cité non cité non cité
Catégorie
C
M 3
R
Indication du
T, N T, N Xn, Xi, N N, Xn T, N
danger
R20, R25, R40, R43,
Phrases de risque R23/25, R50/53 R23/24/25, R50/53 R20/22, R43, R50, R53 R20/22, R37, R50/53
R50/53
Conseils de S24, S28, S36/37/39, S38, S2, S24, S36/37/39, S60,
S36/37/39, S45, S60, S61 S2, S36, S24, S61 S36/37, S45, S60, S61
prudence S45, S60, S61 S61

Textes réglementaires spécifiques


Les principaux textes réglementaires concernant les substances toxiques sont donnés en annexe. Pour les pyréthrinoïdes, s’appliquent de plus :

COM(1999) 706 Stratégie européenne concernant les perturbateurs endocriniens


Arrêté Retrait des denrées alimentaires d’origine animale contaminées par des résidus de pesticides
14 septembre 2006 (deltaméthrine)

249
Pesticides : Pyréthrinoïdes

Norme(s) analytique(s) et limite(s) de quantification couramment rencontrées


Pyréthrinoïdes Norme LQ Coût HT (pour les substances
de la famille)
Dosés avec organochlorés et PCB 0,01 µg/L
eau GC/ECD/MS
Extraction sur sec hexane/acétone 50 µg/kg ps
sédiment Purification sur florisil, cuivre et H2 SO4
Dosage GC/ECD/MS

Niveaux d’imprégnation
Sont présentés ci-dessous des ordres de grandeur des concentrations dans le milieu naturel.

Deltaméthrine Téfluthrine Perméthrine


bassin Seine-Normandie bassin Seine-Normandie
bassin Seine-Normandie
2003-2005 2003-2005
Cours d’eau 2003-2005
0,05 µg/L (1 valeur) 0,016-0,049 µg/L
0,01-0,11 µg/L (10 valeurs)
(6 valeurs)
bassin Seine-Normandie
Sédiment cours
2003-2005
d’eau
1,4-16 µg/kg ps (2 valeurs)

Une autre substance de la famille a été trouvée dans les eaux de surface Bibliographie spécifique
du bassin Seine-Normandie : la tralométhrine (0,1 µg/L, 1 valeur). Dans
les eaux souterraines, la bifenthrine n’a pas été recherchée. La cypermé- l Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, Base de données
thrine a fait l’objet de plus de 1200 analyses, toutes inférieures au seuil AGRITOX,
de détection. http://www.dive.afssa.fr/agritox/index.php
l British Crop Protection Council, The Pesticide Manual (Twelfth Edi-

tion)
Origine/apports/flux dans les eaux du bassin l Commission européenne, 2003, Les produits phytosanitaires, la santé et

Seine-Normandie l’environnement, 46 p.
l CBIP, centre anti-poison belge, 2007, Effets indésirables et intoxication

Paraissent difficiles à établir du fait de la dégradabilité assez rapide de par les pyréthrinoïdes utilisés contre les ectoparasites chez le chat et chez le
ces composés. Estimations possibles des impacts par « bouffées » de chien, Folia veterinaria, 4 p.
contamination à l’aide de méthodes biologiques. l INRS, 2007, Deltaméthrine, fiche toxicologique n°193, 6 p.

l Université Herdfordshire, 2007, fiche toxicologique perméthrine, 4 p.

250
couv_pesticides_fascicule_kep_6.6.qxd:Layout 1 7/14/13 6:30 PM Page 1

Expertise collective
Synthèse et recommandations

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Effets sur la santé


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ISBN 978-2-85598-906-X www.inserm.fr


Pesticides
Effets sur la santé
Pesticides - Effets sur la santé
ISBN 978-2-85598-906-X

© Les éditions Inserm, 2013 101 rue de Tolbiac, 75013 Paris


Dans la même collection ¬C annabis. Quels effets sur le comportement et la santé ? 2001
¬ Asthme. Dépistage et prévention chez l’enfant. 2002
¬ Déficits visuels. Dépistage et prise en charge
chez le jeune enfant. 2002
¬ Troubles mentaux. Dépistage et prévention
chez l’enfant et l’adolescent. 2002
¬ Alcool. Dommages sociaux, abus et dépendance. 2003
¬ Hépatite C. Transmission nosocomiale. État de santé
et devenir des personnes atteintes. 2003
¬ Santé des enfants et des adolescents, propositions
pour la préserver. Expertise opérationnelle. 2003
¬ Tabagisme. Prise en charge chez les étudiants. 2003
¬ Tabac. Comprendre la dépendance pour agir. 2004
¬ Psychothérapie. Trois approches évaluées. 2004
¬ Déficiences et handicaps d’origine périnatale. Dépistage
et prise en charge. 2004
¬ Tuberculose. Place de la vaccination dans la maladie. 2004
¬ Suicide. Autopsie psychologique, outil de recherche
en prévention. 2005
¬ Cancer. Approche méthodologique du lien
avec l’environnement. 2005
¬ Trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent. 2005
¬ Cancers. Pronostics à long terme. 2006
¬ Éthers de glycol. Nouvelles données toxicologiques. 2006
¬ Déficits auditifs. Recherches émergentes
et applications chez l’enfant. 2006
¬ Obésité. Bilan et évaluation des programmes
de prévention et de prise en charge. 2006
¬ La voix. Ses troubles chez les enseignants. 2006
¬ Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie. Bilan
des données scientifiques. 2007
¬ Maladie d’Alzheimer. Enjeux scientifiques, médicaux
et sociétaux. 2007
¬ Croissance et puberté. Évolutions séculaires, facteurs
environnementaux et génétiques. 2007
¬ Activité physique. Contextes et effets sur la santé. 2008
¬ Autopsie psychologique. Mise en oeuvre et démarches
associées. 2008
¬ Saturnisme. Quelles stratégies de dépistage chez l’enfant. 2008
¬ Jeux de hasard et d’argent. Contextes et addictions. 2008
¬ Cancer et environnement. 2008
¬ Tests génétiques. Questions scientifiques, médicales
et sociétales. 2008
Couverture: conception graphique © Frédérique Koulikoff, DISC Inserm

¬ Santé de l’enfant. Propositions pour un meilleur suivi. 2009


¬ Transplantation d’organes. Quelles voies de recherche ? 2009
¬ Santé des enfants et des adolescents. Propositions
pour la préserver. 2009
¬ Réduction des risques infectieux chez les usagers de drogues.
2010
¬ Téléphone et sécurité routière. 2011
¬ Stress au travail et santé. Situation chez les indépendants. 2011
¬ Reproduction et environnement. 2011
¬ Médicaments psychotropes. Consommations et
pharmacodépendances. 2012
¬ Handicaps rares. Contextes, enjeux et perspectives. 2013
Ce logo rappelle que le code de la propriété intellectuelle
du 1er juillet 1992 interdit la photocopie à usage collectif
sans autorisation des ayants-droits.
Le non-respect de cette disposition met en danger l’édition,
notamment scientifique.
Toute reproduction, partielle ou totale, du présent ouvrage est interdite sans autorisation de l’éditeur
ou du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC, 20 rue des Grands-Augustins, 75006 Paris).
Pesticides
Effets sur la santé

Expertise collective
Synthèse et recommandations
Couverture: conception graphique © Frédérique Koulikoff, DISC Inserm
Ce document présente la synthèse des travaux ainsi que les
recommandations du groupe d’experts réunis par l’Inserm dans
le cadre de la procédure d’expertise collective (voir annexe 1),
pour répondre à la demande de la Direction Générale de la
Santé concernant les effets des pesticides sur la santé.
Ce travail s’appuie sur les données issues de la littérature
scientifique disponible en date du premier semestre 2012.
Le Centre d’expertise collective de l’Inserm, rattaché à l’Ins-
titut thématique multi-organismes Santé Publique d’Aviesan,
a assuré la coordination de cette expertise collective.

Pour accéder aux expertises collectives en ligne :


http://ipubli-inserm.inist.fr/handle/10608/1
http://www.inserm.fr/thematiques/sante-publique/expertises-collectives

V
Groupe d’experts et auteurs
Isabelle BALDI, Equipe Santé Environnement, Centre de recherche
Inserm U 897 et Ghislaine BOUVIER, Equipe Santé Environnement,
Centre de recherche Inserm U 897, Isped, Université Victor Segalen,
Bordeaux
Sylvaine CORDIER, Inserm U 1085, Institut de recherche sur la santé,
l’environnement et le travail, Irset, Université de Rennes 1, Rennes
Xavier COUMOUL, Inserm UMR-S 747, pharmacologie, toxicologie et
signalisation cellulaire Université Paris Descartes, Paris
Alexis ELBAZ, Inserm U 1018, Centre de recherche en épidémiologie
et santé des populations, Villejuif
Laurence GAMET-PAYRASTRE, Toxalim (Research Centre in Food Toxi-
cology), UMR 1331 Inra/INP/UPS, Toulouse
Pierre LE BAILLY, Groupe régional étude CANcer, Grecan, EA1772,
Centre François Baclesse, Caen
Luc MULTIGNER, Inserm U 1085, Institut de recherche sur la santé,
l’environnement et le travail, Irset, Université de Rennes 1, Rennes et
Pointe-à-Pitre
Roger RAHMANI, UMR 1331, Toxicologie cellulaire, moléculaire et
génomique, Institut Inra de Nice-Sophia Antipolis, Nice
Johan SPINOSI, InVS, Umrestte, Université Claude Bernard Lyon 1,
Lyon
Geneviève Van MAELE-FABRY, SSS/IREC/LTAP (Louvain Center for
Toxicology and Applied Pharmacology), Université catholique de Lou-
vain, Bruxelles

Personnes auditionnées
Jérémie BOTTON, Université Paris-Sud 11, Inserm UMR-S 1018
Yves COSSET, Mutualité Sociale Agricole
Pascal GUÉNEL, Centre de recherche en épidémiologie et santé des
populations (CESP), Inserm UMRS 1018, Villejuif
Gérard LASFARGUES et collaborateurs, Agence nationale de sécurité
sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)

VII
Remerciements
Remerciements à Robert BAROUKI (Inserm UMR-S 747, Université
Paris-Descartes, Paris) pour ses conseils et relectures critiques

Coordination scientifique, éditoriale, bibliographique


et logistique
Centre d’expertise collective de l’Inserm, Faculté de médecine Xavier
Bichat, Paris
Responsable : Marie-Christine LECOMTE
Chercheur émérite : Jeanne ETIEMBLE
Coordination de cette expertise : Catherine CHENU
Documentation : Chantal GRELLIER
Information scientifique : Catherine CHENU
Relecture : Marie-Thérèse LABRO
Edition scientifique : Fabienne BONNIN, Anne-Laure PELLIER
Secrétariat : Cécile GOMIS

Iconographie
Jean-Pierre LAIGNEAU, Inserm

VIII
Sommaire

Avant-propos.................................................................... XI
Synthèse............................................................................. 1
Recommandations........................................................... 119
Annexe 1........................................................................... 135
Annexe 2........................................................................... 141

IX
Avant-propos
Une large utilisation des pesticides depuis plusieurs décennies
a conduit à leur dissémination dans tous les milieux de l’envi-
ronnement et pour certains à une persistance sur le long terme.
En effet, de nombreuses données attestent de leur présence dans
les fluides biologiques des populations humaines, même après
leur interdiction pour les plus persistants. La question des effets
sur la santé des pesticides suscite des inquiétudes dans l’opinion
publique et constitue une préoccupation inscrite depuis plu-
sieurs années dans l’agenda politique. Plusieurs rapports parle-
mentaires ont récemment alimenté le débat. La question se
pose de manière encore plus cruciale chez les exploitants agri-
coles et tous les professionnels qui sont amenés à manipuler,
parfois massivement, de nombreuses substances, tout au long
de leur carrière. Même si la disponibilité et l’utilisation des
pesticides sont encadrées par des réglementations, la question
du risque demeure présente.
Depuis les années 1980, les enquêtes épidémiologiques s’ap-
puyant en particulier sur les observations réalisées dans des
cohortes de sujets exposés professionnellement ont évoqué
l’implication de pesticides dans plusieurs pathologies, en parti-
culier des pathologies cancéreuses, des maladies neurologiques
et des troubles de la reproduction. Par ailleurs, des travaux de
recherche ont attiré l’attention sur les effets éventuels d’une
exposition même à faible intensité lors de périodes sensibles du
développement (in utero et pendant l’enfance).
Dans ce contexte, la Direction générale de la santé a sollicité
l’Inserm pour effectuer un bilan de la littérature scientifique
permettant de fournir des arguments sur les risques sanitaires
associés à l’exposition aux pesticides, en particulier dans le sec-
teur agricole et sur les effets d’une exposition précoce chez le
fœtus et le jeune enfant.
Pour répondre à cette demande, l’Inserm s’est appuyé sur un
groupe pluridisciplinaire d’experts constitué d’épidémiologistes XI
Pesticides – Effets sur la santé

spécialistes de l’environnement ou de la santé au travail et de


biologistes spécialistes de la toxicologie cellulaire et moléculaire.
Le groupe d’experts a structuré son analyse en trois parties :
l’expologie, l’épidémiologie et la toxicologie. La partie I de cette
expertise présente les notions générales concernant les pesticides,
leurs principales utilisations en France, les sources d’exposition,
et les problématiques liées aux mesures de l’exposition dans les
études épidémiologiques. Elle a pour objectif de fournir les clés
de compréhension pour la lecture de la partie II consacrée à
l’analyse des données épidémiologiques étudiant le lien entre la
survenue de certaines pathologies et l’exposition aux pesticides.
Elles concernent chez l’adulte, huit localisations cancéreuses
(lymphomes non hodgkiniens, leucémies, myélomes multiples,
maladie de Hodgkin, cancer de la prostate, cancer du testicule,
mélanomes malins et tumeurs cérébrales), trois pathologies neu-
rodégénératives (maladie de Parkinson, sclérose latérale amyo-
trophique et maladie d’Alzheimer), les troubles cognitifs et anxio-
dépressifs ainsi que les effets sur la fonction de reproduction. Sont
également abordés les impacts d’une exposition aux pesticides
sur le déroulement de la grossesse, le développement de l’enfant
et de certains cancers pédiatriques.
Le bilan de la littérature épidémiologique s’est attaché à recher-
cher les familles chimiques et les substances actives pour les-
quelles des risques spécifiques avaient été analysés et qui pour-
raient être potentiellement impliquées dans ces différentes
pathologies.
Enfin, le groupe d’experts a tenté d’apporter un éclairage sup-
plémentaire sur les hypothèses mécanistiques venant à l’appui
des associations mises en évidence, sur l’existence de populations
plus particulièrement vulnérables et sur les effets des mélanges
de pesticides qui pourraient se rapprocher des conditions réelles
d’exposition des populations.

XII
Synthèse

Le mot « pesticide », terme générique dérivé des termes latins


« caedere » (tuer) et « pestis » (fléau), intégré à la langue anglaise
dès les années 1940, puis à la langue française à la fin des années
1950 est utilisé aussi bien dans le langage courant que scienti-
fique. Les pesticides ont comme caractéristique principale de
lutter contre des organismes nuisibles (animaux, végétaux,
champignons) mais ils peuvent aussi réguler la croissance des
végétaux, avoir des propriétés défoliantes ou dessicantes, ou
encore améliorer le stockage ou le transport des produits de
culture. Leurs définitions précises et leurs classifications sont
diverses en fonction des contextes d’utilisation et des réglemen-
tations. Ainsi, les pesticides peuvent être regroupés selon leurs
cibles principales : les herbicides ou désherbants, les fongicides
(pour lutter contre les champignons), les insecticides ou produits
anti-parasitaires, les acaricides, les rodenticides (contre les petits
rongeurs), les nématicides (contre les vers), les mollusciscides
(limaces)… Les pesticides peuvent être également regroupés
selon les usages auxquels ils sont destinés : cultures végétales,
entretiens d’espaces verts, plantes ornementales, voiries, traite-
ment du bois, élevage… Selon leur structure moléculaire et leurs
propriétés, ils appartiennent à différentes familles chimiques.
Au niveau réglementaire, les produits habituellement regroupés
sous le terme « pesticides » sont définis selon quatre réglemen-
tations européennes distinctes : les produits phytopharmaceu-
tiques, les biocides, les médicaments et produits à usage humain,
et ceux à usage vétérinaire. Ces réglementations ont été mises
en place afin de se doter d’un cadre juridique harmonisé au sein
de l’Union européenne. Une même substance peut être soumise
à plusieurs réglementations existantes.
Les pesticides tels qu’ils sont considérés dans la présente exper-
tise collective et par la communauté scientifique internationale,
s’affranchissent des définitions réglementaires (variables au cours 1
Pesticides – Effets sur la santé

du temps au sein d’un même pays ou selon les pays) ainsi que
de leur origine, naturelle ou issue de la transformation de produits
ou de la chimie de synthèse.

Présentation des pesticides

La grande majorité des pesticides utilisés en France, sont des


produits phytopharmaceutiques, principalement utilisés en
milieu agricole. En considérant les utilisations passées et actuelles,
ils sont représentés par plus d’un millier de substances actives
ayant des caractéristiques physico-chimiques très diverses. Celles-
ci sont habituellement classées par famille en fonction de leur
structure chimique : organochlorés, organophosphorés, carba-
mates, thiocarbamates, pyréthrinoïdes, urées substituées, phé-
noxyherbicides, triazines, phtalimides, pyridines… Elles peuvent
être également regroupées selon leurs cibles principales qui sont
pour la majorité d’entre elles des végétaux, des champignons ou
des insectes considérés comme nuisibles à l’agriculture.
Il est à noter que plusieurs familles chimiques peuvent être uti-
lisées pour une même cible et qu’une même famille chimique
peut regrouper des substances dont les cibles, les modes et les
mécanismes d’action sont différents : par exemple les carbamates
peuvent être des insecticides, des herbicides ou des fongicides
alors que les dithiocarbamates sont des fongicides.
Les produits commerciaux contenant des pesticides sont présen-
tés à l’utilisateur sous différentes formes : liquides, poudres, gra-
nulés, gels de contact, fumigènes... et selon différents condition-
nements : bidons, sacs, sprays, pièges, plaquettes pour diffuseur…
Outre la ou les substances actives ayant une action pesticide,
les produits commerciaux contiennent des adjuvants (solvants,
tensioactifs, conservateurs), et parfois des impuretés de fabrica-
tion. Les métabolites de la substance active, les adjuvants et les
impuretés peuvent posséder leur propre toxicité ou interférer
avec la substance active. Des informations légales les concernant
sont disponibles dans les fiches de données de sécurité, en fonc-
2 tion du degré de toxicité et de la quantité présente dans le
Synthèse

produit final. La composition exacte du produit final peut donc


ne pas être mentionnée dans son intégralité.

Quelques familles chimiques de pesticides et leurs cibles principales

Familles chimiques Exemples de substances Classement selon cible


actives
Organochlorés DDT, Chlordane, Lindane, Insecticides
Dieldrine, Heptachlore
Organophosphorés Malathion, Parathion, Insecticides
Chlorpyrifos, Diazinon
Pyréthrinoïdes Perméthrine, Deltaméthrine Insecticides
Carbamates Aldicarbe, Carbaryl, Insecticides
Carbofuran, Méthomyl
Asulame, Diallate, Herbicides
Terbucarbe, Triallate
Benthiavalicarbe Fongicides
Dithiocarbamates Mancozèbe, Manèbe, Fongicides
Thirame, Zinèbe
Phtalimides Folpel, Captane, Captafol Fongicides
Triazines Atrazine, Simazine, Herbicides
Terbutylazine
Phénoxyherbicides MCPA, 2,4-D, 2,4,5-T Herbicides
Chloroacétamides Alachlore, Métolachlore Herbicides
Pyridines-bipyridiliums Paraquat, Diquat Herbicides
Aminophosphonates glycine Glyphosate Herbicides

La mise sur le marché de la grande majorité des pesticides utilisés


en agriculture (pour la protection des cultures, y compris pendant
leur stockage), ou en zone non agricole (ex : désherbage des voiries)
et pour le jardin et le domicile des particuliers dépend du règlement
européen (CE) n° 1107/20091 des produits phytopharmaceutiques,
entré en vigueur le 14 juin 2011 et qui succède à la directive 91/414/
CEE, précédent texte de référence en application en France depuis

1.   Règlement (CE) n° 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil du 21 octobre 2009


concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et abrogeant les
directives 79/117/CEE et 91/414/CEE du Conseil. 3
Pesticides – Effets sur la santé

1993. En 2012, au niveau européen, 416 substances actives phyto-


pharmaceutiques sont approuvées, 74 sont en cours d’évaluation et
779 n’ont pas été inscrites en tant que substances autorisées. En
France, 309 substances actives phytopharmaceutiques sont autori-
sées en 2012. Une même substance peut être réglementée par plu-
sieurs directives. C’est le cas par exemple de la perméthrine, non
approuvée en Europe depuis 2000 sur culture en tant que produit
phytopharmaceutique mais autorisée dans les usages insecticides
domestiques comme biocide, ou encore en tant que produit vété-
rinaire ou pour les usages médicaux dans des lotions anti-poux.

Substances actives phytopharmaceutiques autorisées en 2012 en France


selon leur cible principale

Catégorie de pesticides Nombre de substances actives


autoriséesa
Herbicide 106
Fongicide 91
Insecticide 59
Régulateur de croissance des plantes 26
Acaricide 20
Attractant 9
Répulsif 9
Nématicide 5
Rodenticide 4
Molluscicide 3
Bactéricide 2
b
Eliciteur 2
Algicide 1
Produit déshydratant 1
Activateursc 1
Traitement des sols 1
a
Certaines substances actives ont plusieurs cibles principales et peuvent donc
être comptées plusieurs fois ; b Substances qui déclenchent les mécanismes de
défense des plantes avec production de substances défensives ; c Substances qui
induisent des réponses de défense des plantes, certaines d’entre elles peuvent
4 augmenter leur croissance.
Synthèse

Les substances actives et leurs métabolites n’ont pas tous le même


devenir après épandage. Ainsi, leur rémanence sur les cultures
ou dans les différents compartiments de l’environnement (sol,
air, eau) varie fortement selon la molécule, de l’ordre de quelques
heures ou jours à plusieurs années. Cette rémanence dépend
également des conditions environnementales, géochimiques et
climatiques. Par exemple, le glyphosate a une vitesse de dégra-
dation au champ de 1 à 130 jours. En revanche, les insecticides
organochlorés définis comme des polluants organiques persis-
tants, et pour la plupart interdits aujourd’hui, sont encore retrou-
vés plusieurs décennies après leur utilisation, dans l’environne-
ment et dans les organismes vivants, y compris chez l’homme,
l’un des derniers maillons de la chaîne trophique.
Les pesticides regroupent donc des substances très hétérogènes,
tant au niveau des caractéristiques physico-chimiques, du deve-
nir dans l’environnement, que des mécanismes d’action toxique
et des nuisibles visés. La caractérisation des expositions profes-
sionnelles et environnementales à ces produits est donc un exer-
cice intrinsèquement difficile tant au niveau qualitatif que quan-
titatif, en raison de l’évolution permanente du nombre de subs-
tances depuis les années 1950 mais aussi de leur nature (mise
sur le marché de nombreuses nouvelles molécules et interdictions
d’autres).

Utilisation des pesticides en France

La France est le premier pays agricole de l’Union européenne,


aussi bien en termes de surface agricole utile ou utilisée (SAU 2)
(29 millions d’hectares en 2010), qu’en termes de chiffres d’af-
faires de production agricole (69 milliards d’euros en 2011). La
SAU représente un peu plus de la moitié de la superficie du
territoire métropolitain avec des différences importantes selon

2.  La superficie agricole utilisée (SAU) est une notion normalisée dans la statistique
agricole européenne. Elle comprend les terres arables (y compris pâturages temporaires,
jachères, cultures sous abri, jardins familiaux...), les surfaces toujours en herbe et les
cultures permanentes (vignes, vergers...). 5
Pesticides – Effets sur la santé

les départements. Les terres arables représentent 18 millions


d’hectares (62 % de la SAU), les prairies, 10 millions d’hectares
(34 % de la SAU), la vigne et autres cultures permanentes,
1 million d’hectares (4 % de la SAU). La surface agricole a
diminué de 5 millions d’hectares (soit de 15 %) au cours des 60
dernières années avec un grand changement de l’assolement.
Par exemple, la culture du maïs s’est développée sur la majeure
partie du territoire, couvrant environ 9 % de la SAU. Depuis
2000, la surface occupée par la vigne a globalement diminué de
11 %, mais de façon variable selon les régions.
Parallèlement, les rendements de production agricole ont aug-
menté de façon spectaculaire. Ainsi, les rendements en blé
tendre sont passés d’une moyenne de 15 quintaux à l’hectare
après la seconde guerre mondiale à 70 quintaux à l’hectare
aujourd’hui. Cette évolution est due à la culture de variétés de
blé plus productives, mais également à l’intensification de l’agri-
culture française : mécanisation des exploitations, engrais, déve-
loppement des traitements pesticides par la mise à disposition
constante de nouvelles molécules.
Les rendements en maïs ont augmenté de 60 % entre 1980 et
2010, ceux de la betterave sucrière ont plus que doublé entre
1975 et 2007. Cette augmentation est aussi sensible pour d’autres
cultures agricoles : pomme de terre, tournesol, oléagineux...
Actuellement, la France est l’un des premiers utilisateurs mon-
diaux de pesticides, avec des ventes comprises entre 80 000 et
100 000 tonnes par an depuis une trentaine d’années, à l’excep-
tion d’un pic de ventes à la fin des années 1990 (120 000 tonnes
en 1999). Depuis 2002, les ventes se situent légèrement en des-
sous de 80 000 tonnes.
L’usage des pesticides est fortement corrélé aux types de
cultures et aux pratiques culturales locales. Ainsi, aux États-
Unis, où les grandes cultures (maïs, blé, soja) prédominent
largement, les herbicides constituent la principale catégorie
des pesticides utilisés. En France, les fongicides représentent
environ la moitié des tonnages vendus. L’usage important des
6 fongicides inorganiques (soufre, cuivre, et dérivés) dans les
Synthèse

cultures pérennes, notamment la vigne, explique pour partie


ce phénomène. En tonnages vendus, les herbicides arrivent
en deuxième position devant les insecticides. L’évolution la
plus marquée concerne les insecticides, la vente de ces derniers
ayant diminué de près de 70 % entre les années 1990 et 2000 :
11 000 tonnes ont été vendues en 1990, et moins de
3 000 tonnes par an aujourd’hui. Cette baisse importante
s’explique en partie par la mise sur le marché de substances
actives utilisées à des quantités plus faibles, de l’ordre de
quelques grammes à l’hectare.
En France, quatre cultures (céréales à paille, maïs, colza et
vigne) utilisent près de 80 % des quantités de pesticides pour
moins de 40 % de la surface agricole utile. Dans les cultures
pérennes, l’utilisation des pesticides est importante alors que
la surface totale consacrée à ce type de culture est relativement
faible. Ainsi, la vigne, qui représente moins de 3 % de la sur-
face agricole utile, consomme environ 20 % des pesticides. À
l’inverse, les grandes cultures ont une pression d’usage des pes-
ticides plus faible alors qu’elles occupent des surfaces beaucoup
plus importantes.

Tonnages vendus en France en 2007 par catégorie de pesticides et prin-


cipales cultures concernées (d’après Eurostat)

Pesticides Tonnages Principales cultures Exemples de subs-


vendus en concernées tances actives très
France utilisées
Fongicides 36 920 Vignes, céréales (blé Soufre, cuivre, folpel,
tendre), arboriculture captane, manèbe,
fruitière, maraîchage, mancozèbe
pois, betteraves
Herbicides 26 800 Maïs, colza, céréale, Glyphosate,
pois, pomme de terre alachlore, 2,4-D,
isoproturon
Insecticides 2 100 Arboriculture fruitière, Huiles minérales
viticulture

Le pesticide le plus utilisé aujourd’hui en France est le soufre


(principalement sur la vigne et les arbres fruitiers), même si une
baisse importante des quantités commercialisées a été observée 7
Pesticides – Effets sur la santé

ces dernières années : plus de 25 000 tonnes en 2001 contre


15 000 tonnes en 2005. Le glyphosate est la deuxième substance
active la plus vendue ; c’est un herbicide non sélectif utilisé
couramment sur de nombreuses cultures agricoles avec une
intensité d’usage relativement élevée. Ces deux substances sont
les seules répertoriées au-delà de 5 000 tonnes de commerciali-
sation annuelle entre 2001 et 2005.
Pour la période 2001-2003, la densité moyenne d’usage de pes-
ticides en France a été de 2,9 kg de substance active à l’hectare
de SAU. Cette densité se situe dans la moyenne européenne,
elle est supérieure à celle des États-Unis et inférieure à celle du
Japon (respectivement 0,8 et 13,7).
En France, les données sur les usages actuels ou passés de pesti-
cides en milieu agricole sont parcellaires. Il n’existe pas de bases
de données rétrospectives et exhaustives de ces usages, qui
puissent être mises à la disposition de la recherche ou du public.
Cette absence de données est l’une des difficultés rencontrées
dans l’évaluation des expositions qui est pourtant indispensable
aux études épidémiologiques.

Sources d’exposition aux pesticides

L’exposition aux pesticides peut se produire directement dans le


cadre de leur fabrication ou de leurs utilisations professionnelles
ou domestiques, mais aussi indirectement par l’air, le contact de
surfaces contaminées ou la consommation des eaux et denrées
alimentaires. Selon les circonstances, ce sont soit des populations
professionnellement exposées, soit la population générale qui
seront concernées.
En 2012, l’exposition professionnelle aux pesticides, présente ou
passée, touche en France une population très large. Aux 5,6 mil-
lions de personnes touchant actuellement une prestation à la
Mutualité Sociale Agricole (salariés, exploitants, ayants droit
dont enfants, retraités) qui ont ou ont été potentiellement expo-
sées (directement ou indirectement, sur des périodes plus ou
8 moins longue de leur vie), il convient d’ajouter de nombreux
Synthèse

autres professionnels tels que les personnes en charge de l’entre-


tien des voiries et voies ferrées, des espaces communaux, des
terrains de sports et de loisirs, de la désinsectisation des locaux,
de l’hygiène publique ou des soins vétérinaires, les jardiniers et
les paysagistes, ou encore les personnes intervenant dans le trai-
tement des bois ou dans la manipulation de bois traités. Le
nombre de personnes concernées par des expositions non pro-
fessionnelles, liées à des activités et usages domestiques ou à une
exposition environnementale (résidence au voisinage de zones
traitées par des pesticides, contamination du sol, de l’air extérieur
et à l’intérieur de la résidence), et de l’alimentation est, sans
conteste, plus important encore.
Dans le secteur agricole, les sources potentielles de contamina-
tion sont nombreuses et difficilement quantifiables. L’exposition
aux pesticides peut se produire dès l’achat du produit, durant
son transport et son stockage. La phase de préparation de la
bouillie (il s’agit en général de la dilution du produit commercial
dans une cuve d’épandage) est considérée comme une phase
critique d’exposition : produit concentré, risques d’accidents de
manipulation. Le risque de contamination lors de l’épandage des
pesticides (en milieu ouvert ou fermé) est quant à lui très dépen-
dant du type de matériel utilisé et des caractéristiques du produit
(liquide, poudre…). Le nettoyage du matériel après utilisation
est aussi une phase où les contaminations peuvent être relati-
vement fortes. Plusieurs études ont montré que l’usage des équi-
pements de protection individuelle (EPI) ne garantit pas une
protection absolue de l’opérateur et qu’il existe des différences
majeures d’exposition entre individus indépendamment de
l’usage d’EPI. Les contaminations accidentelles liées au débou-
chage des buses en cours de traitement ou à des débordements
de cuve semblent être des sources d’expositions majeures. Ces
circonstances d’exposition sont néanmoins difficiles à prendre
en compte. Enfin, les travaux dans les champs traités, tâches
dites de ré-entrée, ont été peu étudiés alors que le risque d’expo-
sition est potentiellement élevé : fréquence de ces tâches dans
certaines cultures (viticulture, arboriculture), moindre conscience
du risque, absence de protection individuelle. 9
Pesticides – Effets sur la santé

Dans les autres secteurs professionnels que l’agriculture, les


phases de risque d’exposition aux pesticides sont globalement
les mêmes : transport, stockage, préparation, épandage, net-
toyage.
L’évaluation des expositions environnementales aux pesticides
doit prendre en compte les usages au domicile (traitement des
jardins, des plantes d’intérieur, des logements, du bois, anti-
parasitaires, anti-poux ou traitements vétérinaires) mais égale-
ment la pollution de l’environnement (air, poussières, surfaces…)
ainsi que l’ingestion de résidus de pesticides présents dans les
aliments et les boissons. Cette ingestion est souvent considérée
comme la principale source d’exposition aux pesticides en popu-
lation générale.

Voies d’exposition aux pesticides

Qu’il s’agisse d’expositions professionnelles ou environnemen-


tales, les substances pénètrent dans l’organisme selon trois
voies : la voie cutanée, la voie digestive (ou orale) et la voie
respiratoire.
En milieu professionnel agricole, l’exposition cutanée est démon-
trée comme la voie majeure de pénétration des pesticides. La
voie de contamination dépend toutefois des caractéristiques du
produit utilisé (par exemple, le risque d’exposition respiratoire
est accru pour une poudre). Les solvants incorporés dans les
produits commerciaux ont une influence sur le passage des subs-
tances à travers la peau mais ils sont rarement pris en compte
dans les études. L’utilisation de traceurs fluorescents a permis de
montrer les variations de l’exposition cutanée selon les zones
corporelles, chez des applicateurs en serres et dans des vergers.
Cette méthode peut être utilisée à des fins de sensibilisation et
de prévention. Des méthodes de mesure utilisant soit des patchs
répartis sur le corps ou une combinaison en coton, permettent
une estimation quantitative de la contamination externe cuta-
née des opérateurs. Mais ces méthodes ne peuvent refléter les
10 propriétés de rétention et d’absorption de la peau qui dépendent
Synthèse

d’une part, des propriétés physico-chimiques des substances


actives, de la formulation des produits commerciaux, et d’autre
part, des caractéristiques physiologiques individuelles (sudation,
dilatation des vaisseaux sanguins par fortes chaleurs, lésions
cutanées).
La voie orale ou digestive est liée au contact de la bouche avec
les mains, les gants ou du matériel souillés, à l’onychophagie,
au fait de manger ou fumer sur le lieu de travail.
L’exposition aux pesticides par inhalation concerne plus parti-
culièrement certaines conditions spécifiques, comme la fumiga-
tion, la préparation ou l’application dans les milieux fermés
(serres, silos, bâtiment d’élevage...). L’importance de la voie
respiratoire dépend des caractéristiques individuelles (respira-
tion, activité physique…) et des caractéristiques physico-
chimiques des substances actives ainsi que des formulations, qui
faciliteront plus ou moins le passage des pesticides dans les
alvéoles pulmonaires (aérosol solide, liquide, lipophilie, granu-
lométrie…).
En population générale, la voie orale est souvent considérée
comme la voie d’exposition la plus importante. Elle est due à
l’ingestion d’aliments ou de boissons contenant des résidus de
pesticides ainsi qu’à l’ingestion non alimentaire (poussières),
surtout chez les enfants (onychophagie, comportement explora-
toire et oralité des enfants…).
Dans le cadre de l’Étude de l’Alimentation Totale française
(EAT2-2006-2010) visant à surveiller l’exposition alimentaire
des populations à des substances d’intérêt en termes de santé
publique, 283 pesticides différents ont été recherchés. Un certain
nombre de résidus ont été retrouvés dans les échantillons.
Cependant, aucun dépassement de la valeur toxicologique de
référence (VTR) n’a été signalé pour les substances analysées.
En France métropolitaine, en 2007, la présence de pesticides
dans les eaux de surface et souterraines (eaux brutes) est avérée
dans 91 % des points de contrôle des cours d’eau et 59 % des
points de contrôle des eaux souterraines. La norme réglementaire
(annexe 13-1 du Code de la Santé Publique) fixe à 0,1 µg/l la 11
Pesticides – Effets sur la santé

concentration maximale pour chaque pesticide pris isolément


et à 0,5 µg/l pour l’ensemble des pesticides mesurés dans les eaux
brutes. Environ 18 % des points de contrôle des eaux de surface
et 3,8 % de ceux des eaux souterraines ne respectent pas le taux
maximal de 0,5 µg/l de pesticides. Les régions les plus touchées
sont les zones viticoles et de grande culture céréalière. Les pes-
ticides les plus fréquemment rencontrés dans les cours d’eau
comme dans les eaux souterraines sont, dans la quasi-totalité
des cas, des herbicides. La substance active la plus souvent retrou-
vée, encore aujourd’hui, est l’atrazine et son principal métabolite
l’atrazine déséthyl, ainsi que la simazine et son métabolite (uti-
lisé pour le désherbage total des voiries et en agriculture). L’atra-
zine, interdite depuis septembre 2003, a été longtemps utilisé
pour le désherbage du maïs.
Les réglementations européenne et française fixent également
à 0,1 µg/l la concentration maximale pour chaque pesticide3 et
à 0,5 µg/l la concentration maximale de l’ensemble des pesticides
dans l’eau du robinet. En 2010, 96 % de la population en France,
soit 60,5 millions d’habitants, ont été alimentés par de l’eau en
permanence conforme aux limites de qualité. Pour 2,51 millions
d’habitants (soit un peu moins de 4 % de la population française),
l’eau du robinet a été au moins une fois non conforme au cours
de l’année 2010 mais sans jamais dépasser la valeur sanitaire
maximale supposée indiquer des effets néfastes sur la santé4.
L’atrazine et ses métabolites (notamment l’atrazine-déséthyl)
sont principalement à l’origine des dépassements de la limite de
qualité de l’eau potable.
En population générale, la voie respiratoire est relativement peu
étudiée. Il n’existe pas de recueil systématique et exhaustif des
pesticides présents dans l’air extérieur. Néanmoins, l’exposition
à proximité des lieux d’épandage est considérée comme non

3.  A l’exception des substances aldrine, dieldrine, heptachlore et heptachlorépoxyde pour


lesquelles la limite de qualité est fixée à 0,03 µg/l par substance active.
4.  Concentration qui n’entraîne, sur la base des critères toxicologiques retenus et en l’état
actuel des connaissances, aucun effet néfaste pour la santé, en cas d’ingestion pendant
la vie entière d’une eau contenant un pesticide à une concentration inférieure ou égale à
12 cette valeur
Synthèse

négligeable. L’analyse de l’ensemble des mesures réalisées par les


Associations agréées de surveillance de la qualité de l’air
(AASQA) au début des années 2000 a montré une importante
saisonnalité de la présence de pesticides dans l’air, plus faible en
hiver, et plus forte au printemps et en arrière-saison. Ces résul-
tats suggèrent un lien important entre les activités d’épandage
agricole et la présence de pesticides dans l’air extérieur. Des
pesticides interdits en France depuis de nombreuses années,
comme le lindane, sont retrouvés dans les mesures effectuées sur
certains sites. L’utilisation de pesticides à domicile apparaît éga-
lement comme une source possible d’exposition par voie respi-
ratoire, notamment les formes aérosols, pulvérisées, ainsi que les
poudres.

Estimation de l’imprégnation des populations

Le dosage des substances actives ou de leurs métabolites dans une


matrice biologique (sang, urine, tissu adipeux…) permet de dis-
poser d’une estimation de l’imprégnation, intégrant l’ensemble
des voies de contamination. On admet que la concentration d’une
substance dans cette matrice est un indicateur de la charge cor-
porelle de la substance à un instant donné.
La plupart des substances actives ont une demi-vie d’élimination
relativement courte, et les dosages doivent donc être effectués
peu de temps après l’exposition. Par exemple, la mesure d’une
substance (ou de son métabolite) à demi-vie courte excrétée par
les urines sera représentative de l’exposition si elle est effectuée
en fin de poste de travail ou d’une période venant d’exposer à
la substance considérée. Cette caractéristique restreint les
mesures aux expositions récentes ou aux expositions chroniques.
Hors d’un contexte professionnel, une mesure ponctuelle n’est
pertinente que lorsque l’exposition est quotidienne ou régulière.
Pour des substances à durée de vie prolongée, comme celles
appartenant à la famille des organochlorés, une mesure d’impré-
gnation peut être effectuée longtemps après la période d’expo-
sition car les métabolites restent présents dans les tissus adipeux,
qui sont des lieux de stockage. Les substances mères ou le plus 13
Pesticides – Effets sur la santé

souvent les métabolites sont libérés dans la circulation sanguine


et excrétés en particulier lors des pertes en masses grasses (allai-
tement, amaigrissement…).
Ce type de mesures peut être réalisé lors de programmes de
surveillance des populations, dans certaines campagnes de pré-
vention ou d’études épidémiologiques à visée étiologique.
En France, dans le cadre d’un programme national de biosur-
veillance, l’InVS a étudié l’imprégnation de la population fran-
çaise à certaines substances actives appartenant à trois familles
d’insecticides : les organochlorés, les organophosphorés et les
pyréthrinoïdes. Les mesures de concentrations sériques et uri-
naires (molécules mères et métabolites) indiquent que les orga-
nochlorés tels que le HCB, βHCH, αHCH (isomères du lin-
dane), le DDT et le DDE, sont présents à l’état de traces chez
la quasi-totalité des sujets de l’étude. Le γHCH ou lindane est
détecté chez 7 % des individus. Les dialkylphosphates, métabo-
lites communs à de nombreux insecticides organophosphorés,
sont présents dans plus de 90 % des échantillons urinaires. Les
métabolites des pyréthrinoïdes (5 métabolites mesurés) sont
trouvés dans plus de 80 % des échantillons. Comme l’utilisation
de la plupart des molécules d’organochlorés a pratiquement dis-
paru en France et en Europe dans les usages agricoles et domes-
tiques, l’imprégnation de la population générale est essentielle-
ment d’origine alimentaire via la consommation de poissons,
viandes, lait et produits laitiers par suite de la bioaccumulation
de ces molécules dans les graisses animales.
En Bretagne, une région à forte activité agricole, la cohorte
Pélagie a pour objectif de mesurer le niveau d’imprégnation des
femmes enceintes aux pesticides et d’étudier leur impact sur le
fœtus et son développement. Les pesticides recherchés sont des
herbicides de la famille des triazines (atrazine, simazine…) et
des insecticides organophosphorés d’usage agricole ou non agri-
cole. Les résultats indiquent la présence de traces de ces pesti-
cides dans la majorité des urines des femmes enceintes
(44 molécules identifiées et quantifiées dans 1 à 84 % des échan-
tillons). Les 10 molécules les plus fréquentes sont des métabolites
14 d’insecticides organophosphorés. Des traces d’atrazine (molécule
Synthèse

mère et métabolites) sont trouvées dans les prélèvements d’une


minorité de femmes (5 %), reflétant la persistance environne-
mentale des produits de dégradation de l’atrazine (interdite
depuis 2003).
En Guadeloupe, le chlordécone, un pesticide organochloré
employé pour lutter contre le charançon du bananier jusqu’en
1993, est retrouvé très fréquemment (jusqu’à 90 % des échan-
tillons chez des hommes adultes). La pollution persistante des
sols par le chlordécone est à l’origine de la contamination de
nombreuses denrées alimentaires locales, animales et végétales,
expliquant l’imprégnation de la population dans son ensemble.
Bien que ce pesticide ne soit plus employé, les anciens travail-
leurs de la banane ayant été en contact professionnel avec le
chlordécone, présentent de nos jours les concentrations plasma-
tiques les plus élevées. Cela témoigne du caractère persistant de
ce pesticide dans l’organisme.
Les contraintes dues aux méthodes analytiques et le choix des
molécules à analyser font qu’aujourd’hui l’exposition en France
à de nombreuses substances est encore inconnue. Il en est ainsi
pour les fongicides qui sont très peu recherchés, pour le glypho-
sate qui nécessite une méthode de prélèvement et d’analyse
dédiée, et pour les nouvelles molécules pour lesquelles aucune
méthode analytique n’est validée à l’heure actuelle.
En milieu professionnel, relativement peu d’études ont été déve-
loppées pour évaluer les niveaux de contamination réels des
populations lors des traitements ou après les traitements (contact
avec les cultures traitées par exemple). Il s’agit pourtant d’un
élément essentiel à la définition de l’exposition au cours de la
vie professionnelle et à la recherche de relations dose-effet. En
France, l’étude Pestexpo a produit des mesures de contamination
cutanée, à partir de journées d’observation en grande culture,
viticulture et maraîchage, associées à un grand nombre de carac-
téristiques des opérateurs, des exploitations, du matériel et de la
culture traitée. Ces mesures montrent l’importance de certaines
tâches, rarement prises en compte dans l’estimation de l’expo-
sition des individus, telles que les opérations de nettoyage, les 15
Pesticides – Effets sur la santé

phases de ré-entrée dans les cultures en période de traitement


et jusqu’à la récolte.

Méthodes et outils de mesure de l’exposition


dans les études épidémiologiques

Un grand nombre d’études épidémiologiques réalisées en milieu


professionnel se sont contentées de distinguer les individus en
« exposés » et « non exposés » aux pesticides de manière globale,
sans précision sur la famille de composés ou la substance active.
Cette distinction peut s’appuyer sur des éléments simples concer-
nant l’activité professionnelle, comme les intitulés de profes-
sions, parfois disponibles dans une base informatisée (données
administratives, registres ou certificats de décès dans certains
pays), ou recueillis à partir d’un questionnaire succinct. De
manière plus fine, l’information concernant des emplois expo-
sants peut être extraite de calendriers professionnels détaillés et
complets sur l’ensemble de la carrière des individus, spécifiant
les noms précis de l’ensemble des emplois et des secteurs d’acti-
vité, les dates d’exercice des emplois et d’éventuels détails sur
les tâches réalisées.
Les outils et méthodes les plus répandus permettant d’évaluer
les expositions dans les études épidémiologiques sont des ques-
tionnaires (auto-questionnaires, entretiens en face à face ou par
téléphone) portant sur des questions fermées ou ouvertes sur les
emplois, les tâches, les cultures, les produits, le matériel, les
fréquences d’utilisation. Ils peuvent être analysés et complétés
par une expertise de médecins, d’hygiénistes ou d’épidémiolo-
gistes. Cette expertise peut consister à rechercher de manière
directe ou indirecte des données sur l’utilisation concrète des
pesticides (par exemple en interrogeant des bases de données
médico-administratives, ou les registres de l’exploitation agri-
cole). Si les agriculteurs sont généralement capables de citer un
certain nombre de molécules, probablement les plus communes
ou celles qui ont été le plus longtemps commercialisées, l’exhaus-
tivité paraît difficile à atteindre par des questions directes en
16 raison du nombre total de molécules utilisées au cours d’une vie
Synthèse

professionnelle. Il apparaît par ailleurs que la mémorisation des


substances varie avec l’importance de la menace agronomique
que représente leur cible. Les salariés qui ne sont pas en charge
de la commande des pesticides, ni de la planification de leur
utilisation, ne sont généralement pas en mesure de citer les
molécules qu’ils ont appliquées. Une autre possibilité est de pro-
poser aux agriculteurs une liste préétablie de produits potentiel-
lement utilisés. C’est ainsi qu’il a été procédé pour la grande
cohorte américaine, l’Agricultural Health Study, en sélectionnant
une cinquantaine de molécules à partir des données de vente
dans les deux États de l’étude (Iowa et Caroline du Nord), pré-
cédant l’inclusion.
Les matrices emplois ou cultures ou tâches/exposition repré-
sentent des alternatives aux questionnaires auprès des utilisa-
teurs. Une matrice peut être schématiquement décrite comme
une table de correspondance dont les lignes contiennent des
intitulés d’emplois/tâches/cultures, et dont les colonnes corres-
pondent aux nuisances. Elles permettent d’obtenir des indica-
teurs d’exposition, qui peuvent être des indicateurs binaires
(absence ou présence de l’exposition), semi-quantitatifs (faible,
moyenne ou forte exposition) ou quantitatifs (probabilité, fré-
quence, intensité d’exposition…). Ces informations peuvent
être données pour les pesticides en général, pour les familles
chimiques ou pour les substances actives. Ces outils sont très
hétérogènes, aussi bien pour les variables d’entrée que pour les
indicateurs de sortie, et surtout utilisables pour des contextes
locaux bien définis.
En France, trois matrices différentes peuvent être signalées. Une
matrice concernant la viticulture a été réalisée dans le départe-
ment de l’Hérault par une équipe de l’Université de Montpellier.
Les données sont issues du recueil de registres d’utilisation des
pesticides obtenus auprès de 85 propriétaires viticulteurs du
département. Au total, 238 produits commerciaux et 117 subs-
tances actives ont été pris en compte. Des informations sur les
quantités appliquées par hectare et par an, sur la forme du pro-
duit (liquide ou poudre) et sur une période de 1950 à 1988 ont
été saisies. Cette période a été scindée en cinq durées plus petites 17
Pesticides – Effets sur la santé

considérées comme homogènes en termes de disponibilité des


pesticides. Un groupe d’experts (ingénieurs spécialistes) a validé
les données de la matrice. Cette matrice a été ensuite mise à
jour sur la période 1990-2000 et étendue aux départements du
Gard et de l’Aude.
Une autre matrice, appelée Pestimat, a été initiée au début des
années 2000 par des équipes de l’Université de Caen et de Bor-
deaux dans l’objectif de reconstituer les expositions aux pesticides
des utilisateurs agricoles de pesticides en France depuis 1950. Elle
s’appuie sur des sources multiples de données (données du Minis-
tère de l’Agriculture sur l’homologation des substances, index
phytosanitaires édités par l’Acta, avertissements agricoles émis
par les Services régionaux de la protection des végétaux, données
d’un panel d’agriculteurs transmises par l’UIPP, calendriers de
traitement tenus par les agriculteurs, questionnaires dirigés pour
les années anciennes) qui ont été exploitées par culture et par
année pour chaque matière active. À partir des informations
recueillies, la matrice attribue au sein d’une culture, pour une
matière active donnée et pour chaque année à partir de 1950, la
proportion d’agriculteurs l’ayant utilisée, le nombre de traitements
annuels et une notion d’intensité (dose par hectare).
Enfin, la matrice cultures-expositions aux produits phytosani-
taires, Matphyto, est développée actuellement par le Départe-
ment santé travail de l’InVS (en association avec une équipe
de recherche de l’université Claude Bernard de Lyon 1 et de
l’Ifsstar5). Elle détaille l’utilisation rétrospective des pesticides
(herbicides, fongicides, insecticides, familles chimiques et prin-
cipales substances actives) selon les principales cultures agricoles
et selon un découpage géographique national large. Elle se base
sur des données bibliographiques à dominante technique (index
Acta, revue spécialisée, rapports techniques), des statistiques
agricoles et l’expertise de professionnels. Les trois variables
annuelles d’exposition fournies par cette matrice sont une pro-
babilité, une fréquence et une intensité d’exposition. Elle a

5.  Institut français des sciences et technologies, des transports, de l’aménagement et


18 des réseaux
Synthèse

vocation à couvrir l’ensemble du territoire pour les principales


cultures agricoles au cours des cinquante dernières années et à
être largement diffusée.
Outre la mesure directe de la présence de pesticides dans l’air ou
les poussières, l’évaluation des expositions environnementales de
proximité liées aux usages agricoles de pesticides fait souvent appel
aux systèmes d’informations géographiques (SIG). Cette approche
prend en compte l’occupation des sols à proximité du lieu de rési-
dence et l’utilisation agricole des pesticides en fonction des cultures
de manière géolocalisée. Les expositions peuvent être pondérées
par des données météorologiques (orientation du vent par exemple)
et des caractéristiques physicochimiques des pesticides (comme la
tension de vapeur). Cependant, cette méthode nécessite la connais-
sance géographique des usages de pesticides, pour laquelle les don-
nées demeurent aujourd’hui lacunaires en France.
L’ensemble des informations recueillies et traitées par les diffé-
rents outils fait souvent l’objet de calcul de scores d’exposition.
Ces opérations permettent la quantification des expositions et
le classement des sujets étudiés selon leur niveau d’exposition.
Ces calculs dépendent des informations préalablement recueil-
lies et analysées. Les algorithmes utilisés sont très variables d’une
étude à une autre. Ils sont généralement construits sous une
forme de multiplication des indicateurs (par exemple probabi-
lité x fréquence x intensité), mais l’usage d’une pondération
devient plus fréquent (nombre de jours de traitement, nombre
d’années travaillées, facteur X pour les fortes expositions, fac-
teur Y pour l’usage d’un type de matériel ou d’EPI…). Ces algo-
rithmes permettent d’attribuer individuellement une valeur
quantitative d’exposition, nécessaire à l’estimation de relations
dose-effet dans les études épidémiologiques.

Exposition aux pesticides et effets sur la santé

Les pesticides sont, par définition, des substances destinées à


lutter contre des organismes vivants considérés comme nuisibles
pour d’autres organismes vivants. Ils agissent chimiquement sur 19
Pesticides – Effets sur la santé

des effecteurs qui sont souvent impliqués dans des fonctions


vitales ou la reproduction. Ils perturbent la signalisation nerveuse
ou hormonale, la respiration cellulaire, la division cellulaire ou
la synthèse de protéines, permettant le contrôle efficace du nui-
sible. Autrement dit, un pesticide est toujours un toxique pour
la cible pour lequel il a été développé.
Il n’existe pas de pesticide totalement spécifique d’un nuisible.
Les organismes vivants partagent, quel que soit leur rang taxo-
nomique, des processus et mécanismes physiologiques partielle-
ment communs. De ce fait, un pesticide, destiné à lutter contre
un nuisible, présente un potentiel toxique plus ou moins étendu
pour d’autres organismes qu’il ne cible pas.
De même, un pesticide peut agir, en première intention, sur un
effecteur directement relié à l’action recherchée, tout en ayant
la capacité d’agir sur d’autres effecteurs. Ces derniers n’étant pas,
ou peu impliqués, dans le contrôle du nuisible, sont souvent
méconnus ou découverts bien après que le pesticide considéré
ait commencé à être employé. Les insecticides organochlorés
agissant en première intention sur la transmission du signal ner-
veux illustrent bien cette situation, leur propriété hormonale
ayant été découverte de nombreuses années après le début de
leur utilisation.
De par leur emploi, généralement en circuit ouvert, et de par
leur capacité à se disperser au-delà de la cible visée, les pesticides
constituent un risque pour les organismes « non cibles ».
L’Homme est évidemment concerné, et en premier lieu les uti-
lisateurs de pesticides dans un contexte d’usage professionnel.
C’est ainsi que l’emploi inadéquat de ces produits peut entraîner
à très court terme (heures, jours) des troubles de la santé. Ces
troubles, le plus souvent reliés au même mécanisme mis en jeu
par le pesticide dans son action contre le nuisible, sont regrou-
pés sous le terme d’intoxications aiguës. Dans certains cas, ces
troubles peuvent se manifester à moyen terme, en particulier en
cas d’expositions répétées. Le profil toxicologique aigu de la
plupart des pesticides est assez bien connu. Des intoxications
20 systémiques, pouvant conduire à la mort, mais aussi des effets
Synthèse

allergisants, dermatologiques et respiratoires sont fréquemment


rapportés chez les utilisateurs professionnels de pesticides.
Les principales interrogations concernent aujourd’hui les effets
à long terme des expositions aux pesticides sur la santé, y com-
pris à des faibles doses d’exposition. Des maladies susceptibles
d’être liées à des expositions répétées et chroniques ont été étu-
diées, principalement dans des populations professionnellement
exposées. Les connaissances épidémiologiques sont générale-
ment issues de comparaisons entre, par exemple, les agriculteurs
exposés aux pesticides, et la population générale ou différents
groupes définis en fonction de leur niveau d’exposition. Plus
récemment, des études ont été menées en population générale,
potentiellement exposée via l’environnement (la contamination
de l’air extérieur, l’habitat en zone rurale, les usages domestiques
de pesticides, la consommation d’eau et de denrées alimentaires
contaminées) ainsi que parmi des populations dites sensibles
(femmes enceintes, nourrissons, jeunes enfants), en particulier
lorsque l’exposition a lieu in utero.
Les pathologies les plus étudiées sont les maladies et troubles
neurologiques, les atteintes de la fonction de reproduction, les
altérations du développement et les cancers.
De nombreux pesticides agissent sur leurs organismes cibles en
interférant sur la transmission du signal nerveux, expliquant
ainsi les pathologies neurologiques qu’ils pourraient entraîner à
long terme.
Des effets toxiques sur la spermatogenèse humaine ont été obser-
vés, sans ambiguïté, chez les professionnels appliquant différents
produits actuellement interdits d’usage. Cependant, d’autres
pesticides classés comme toxiques pour la reproduction en caté-
gorie 2 (sur la base de données expérimentales chez l’animal)
justifient leur surveillance et la recherche d’effets chez l’homme.
Le développement de l’enfant, tant au cours de sa vie intra-
utérine que postnatale, est connu pour être extrêmement sen-
sible, d’une manière générale, aux xénobiotiques, parmi lesquels
figurent les pesticides. 21
Pesticides – Effets sur la santé

Les effets cancérogènes de certains pesticides ont été mis en


évidence expérimentalement chez l’animal. Partant de ces don-
nées, et en les complétant dans certains cas d’études épidémio-
logiques, le Centre international de recherche sur le cancer
(Circ) a évalué et classé la cancérogénicité de certains pesticides.
La découverte de propriétés hormonales de plusieurs pesticides
a notamment suscité des recherches sur les cancers dits hormono-
dépendants.
Les études épidémiologiques des effets à long terme de l’exposi-
tion aux pesticides reposent sur l’évaluation rétrospective des
expositions individuelles à des substances ou des familles
chimiques, parfois plusieurs dizaines d’années en arrière. Les
incertitudes associées à ces évaluations, ainsi que le petit nombre
de sujets exposés à chaque substance ou famille, nuisent à la
précision des estimations de risque obtenues. Ceci explique la
difficulté à aboutir le plus souvent à des conclusions fermes à
partir d’une seule étude, ou lorsque les résultats sont apparem-
ment discordants entre études, et justifient le recours aux méta-
analyses.
Pour chacune des pathologies examinées dans cette expertise
collective, les résultats de l’analyse des études épidémiologiques
sont synthétisés sous forme de tableaux ; la présomption d’un
lien entre l’exposition aux pesticides et la survenue d’une patho-
logie est appréciée à partir des résultats des études mentionnées
en dessous de chacun des tableaux : présomption forte (++),
présomption moyenne (+) et présomption faible (±).

Exposition aux pesticides et lymphomes non-hodgkiniens

Les lymphomes non-hodgkiniens (LNH) résultent de proliféra-


tions malignes initialement extramédullaires des cellules lym-
phoïdes (B ou T). En raison de l’hétérogénéité fonctionnelle
22 des cellules lymphoïdes et de leur distribution anatomique
Synthèse

ubiquitaire, ces affections se développent au sein de n’importe


quel organe avec une expression clinique très hétérogène.
En France, avec 11 700 nouveaux cas par an estimés en 20116,
les LNH représentent un peu plus de 3 % de l’ensemble des
cancers incidents, et se situent, par leur fréquence, au 7e rang
chez l’homme et au 5e chez la femme. Les estimations des taux
d’incidence standardisés (monde) étaient de 12,5 chez l’homme
pour 100 000 personnes-années et de 8,3 chez la femme avec
un sex-ratio de 1,2. L’incidence qui présentait une forte augmen-
tation entre 1980 et 2005 (taux annuels moyens d’évolution de
2,7 % chez les hommes et de 2,9 % chez les femmes) stagne sur
la période 2000-2005, de manière plus tangible chez les hommes.
Au niveau mondial, les LNH représentent la dixième patholo-
gie maligne et les taux d’incidence les plus élevés sont observés
dans les régions du monde les plus développées (États-Unis,
Australie, Nouvelle-Zélande et Europe). D’après les projections
2011, les décès dus aux LNH sont estimés en France à 3 675,
avec une surmortalité masculine de 1,13. Ils représentent 2,4 et
2,7 % de l’ensemble des décès par cancers respectivement chez
l’homme et chez la femme avec des taux de mortalité standar-
disés de 3,1 et de 1,7 pour 100 000 personnes-années.
L’étiologie de ces cancers reste largement méconnue. Néanmoins
un certain nombre de facteurs de risque de développer un LNH
ont été établis (certaines infections, affaiblissement du système
immunitaire), mais ces facteurs ne seraient impliqués que dans
une faible proportion de cas.
De très nombreuses enquêtes épidémiologiques ont étudié la
relation entre une exposition professionnelle, mais aussi domes-
tique, aux pesticides et le risque de développer un LNH. Une
partie des études menées chez des agriculteurs, des applicateurs
de pesticides, des travailleurs en industrie de synthèse des pes-
ticides, des travailleurs sur des sites de production chimique et

6.   Les projections pour l’année 2011 sont produites à partir des données d’incidence
observées jusqu’en 2006 et des données de mortalité observées jusqu’en 2008. 23
Pesticides – Effets sur la santé

des vétérans militaires ayant servi au Vietnam ont fait l’objet


de méta-analyses.
Sept méta-analyses partiellement redondantes, ont été publiées
entre 1992 et 2009, incluant 6 à 47 études publiées entre 1980
et 2005. Cinq de ces méta-analyses portent sur une exposition
dans le secteur professionnel agricole, une concerne l’exposition
de travailleurs en industrie de production d’agents de pesticides
et une intègre les études ciblant l’exposition professionnelle dans
le secteur agricole et non-agricole.
Les sept méta-analyses ont rapporté une augmentation du risque
de survenue de LNH allant de 3 % à 98 % chez les profession-
nels exposés aux pesticides comparés à la population générale.
L’augmentation de risque est statistiquement significative dans
cinq méta-analyses. Pour deux méta-analyses, l’une étant une
mise à jour des résultats de l’autre, il n’y avait pas de signifi-
cativité statistique. La plus forte augmentation significative du
risque a été observée pour les travailleurs en industrie de pro-
duction de pesticides avec un excès de risque de survenue de
LNH de 98 %. Cependant, au sein de chaque méta-analyse, la
forte hétérogénéité existant entre les enquêtes épidémiolo-
giques requiert une grande prudence dans l’interprétation des
résultats.
Les données les plus récentes issues de la plus importante
cohorte prospective actuellement menée aux États-Unis, dans
les États de l’Iowa et de la Caroline du Nord (Agricultural Health
Study, constituée de plus de 50 000 exploitants agricoles et
près de 5 000 applicateurs professionnels de pesticides) ont
montré que ni l’incidence des LNH ni la mortalité observées
chez les exploitants agricoles applicateurs de pesticides ou chez
les applicateurs professionnels, et chez leurs conjoints, exposés
aux pesticides n’est statistiquement différente de celle de la
population générale. Sachant qu’un déficit de risque était
observé dans l’Agricultural Health Study pour l’ensemble des
cancers, des ratios d’incidence et de mortalité standardisés
relatifs ont été calculés afin de tenir compte de ce facteur (en
divisant la valeur observée pour une localisation donnée par
24
celle observée pour l’ensemble des cancers moins celle de cette
Synthèse

localisation). En procédant de la sorte, un excès de risque signi-


ficatif de survenue de LNH de même qu’une augmentation
statistiquement significative des décès dus à ces lymphomes
ont été observés. Les résultats d’incidence suggèrent que le
risque serait limité aux lymphomes impliquant les cellules B.
La cohorte française Agrican est encore trop récente pour per-
mettre de disposer de données suffisantes pour chaque type de
cancer lympho-hématopoïétique.

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et LNH

Exposition Populations concernées par Présomption


un excès de risque significatif d’un lien
Pesticides Agriculteurs, applicateurs, ouvriers ++
(sans distinction) en industrie de production

++ d’après les résultats de 7 méta-analyses et d’une cohorte prospective (AHS)

Des associations entre LNH et familles ou substances actives de


pesticides ont également été recherchées. La majorité des résul-
tats par substances actives sont issues de la cohorte américaine
citée ci-dessus. L’analyse effectuée à partir de l’Agricultural Health
Study comporte un certain nombre de limites :
• les 50 pesticides sélectionnés sur la base des plus vendus sont
essentiellement des insecticides (n=21) ou des herbicides (n=18)
reflétant les spécificités agricoles des deux États inclus dévolus
largement aux grandes cultures et aux élevages ;
• les personnes exposées aux pesticides sont essentiellement des
hommes agriculteurs blancs dont les tâches majeures associées
à l’exposition sont les traitements sans prise en compte des
contacts indirects avec les substances (notamment contacts lors
de tâches de ré-entrée dans les cultures très fréquentes en maraî-
chage, arboriculture et viticulture) ;
• l’identification des pesticides utilisés se fait uniquement sur
le déclaratif des personnes interrogées à qui sont proposées les
noms des matières actives avec des exemples indicatifs de noms
de spécialités commerciales.

25
Pesticides – Effets sur la santé

Organochlorés

Parmi le grand nombre d’organochlorés étudiés, une augmenta-


tion significative du risque de LNH a été rapportée après expo-
sition au lindane dans l’étude de cohorte prospective AHS por-
tant sur les applicateurs ainsi que dans plusieurs études cas-
témoins poolées et non poolées menées chez les agriculteurs. Les
autres organochlorés identifiés comme pouvant être associés au
développement de LNH parmi les agriculteurs, sont le DDT,
l’aldrine, le chlordane et le HCH7. Plusieurs auteurs de ces études
considèrent la preuve discutable en raison de la diminution de
l’effet observé après ajustement soit pour l’utilisation d’autres
pesticides, soit selon le type d’entretien (avec le patient atteint
de LNH ou avec des proches) pour la mesure de l’exposition.
Les cohortes de travailleurs dans l’industrie des organochlorés
n’ont pas rapporté de données spécifiques concernant les LNH.
De nombreuses études réalisées en population générale ont
estimé le risque de LNH en fonction des taux plasmatiques ou
sériques, de la concentration dans les graisses d’organochlorés
ou de leurs métabolites, ou encore de la concentration retrouvée
dans les poussières (« carpet dust »). Dans la plupart des cas, des
résultats contradictoires ont été observés pour un produit donné
selon l’échantillon testé (plasma ou sérum, graisse, poussières)
ou, pour un même type d’échantillon. Les résultats les plus
convergents sont l’absence d’association entre LNH et exposi-
tion au DDT et l’existence d’une association possible avec l’oxy-
chlordane (métabolite du chlordane).
Certains groupes de population pourraient présenter un risque
exacerbé de développer un LNH suite à une exposition aux
organochlorés. Ainsi, les individus ayant des antécédents fami-
liaux de cancers lymphohématopoïétiques ont un risque accru
de LNH par rapport aux individus sans antécédents. De même,
les asthmatiques exposés plus spécifiquement au chlordane, au
lindane et au DDT ont un risque plus élevé que les non-asth-
matiques. Des risques accrus de LNH ont été également observés

26 7.  HCH : mélange de plusieurs isomères dont le γHCH (lindane).


Synthèse

dans les deux études menées chez des agriculteurs porteurs d’une
translocation chromosomique t(14 ;18). Une augmentation
significative de LNH associée à l’exposition de ces individus aux
organochlorés en général, à la dieldrine, au lindane et au toxa-
phène en particulier par rapport à des individus témoins (agri-
culteurs non exposés) a été observée dans au moins une de ces
deux études.

Organophosphorés

D’après les données de la cohorte AHS, sur les 8 organophos-


phorés étudiés chez les applicateurs (chlorpyriphos, coumaphos,
diazinon, dichlorvos, fonofos, malathion, phorate et terbufos),
des cas de LNH ont été rapportés pour 3 organophosphorés
(chlorpyrifos, malathion, terbufos) avec une augmentation sta-
tistiquement significative de risque uniquement pour le terbufos.
Toutefois, l’absence de relation dose-effet significative et d’évi-
dence expérimentale quant à la cancérogénicité potentielle du
terbufos complique l’interprétation de cette augmentation. Plu-
sieurs études cas-témoins, en particulier américaines et cana-
diennes (certaines combinant les données de trois études), ont
rapporté des risques significativement augmentés pour les orga-
nophosphorés. Dans l’une d’elles, un risque particulièrement
élevé a été observé chez les femmes ayant manipulé personnel-
lement des organophosphorés, mais ce résultat repose sur un
faible nombre de cas (6 cas). Dans les études stipulant les subs-
tances actives impliquées, des risques augmentés de LNH ont
été rapportés pour tous les agents étudiés (chlorpyrifos, couma-
phos, diazinon, dichlorvos, diméthoate, famfur, fonofos, mala-
thion, phorate) à l’exclusion du terbufos. Le seuil de significa-
tivité statistique n’a toutefois été atteint que pour le diazinon
et pour le malathion utilisés avant 1965. L’utilisation conjointe
de malathion et de carbaryl (un insecticide carbamate) a mon-
tré un effet synergique. Par ailleurs, un risque significativement
accru a été observé chez les individus porteurs d’une transloca-
tion chromosomique t(14 ;18) exposés aux organophosphorés
et chez les asthmatiques exposés au fonofos. Cependant, d’autres 27
Pesticides – Effets sur la santé

études cas-témoins ne montrent pas d’augmentation de risque


(voire un déficit de risque) dans les populations allergiques ou
asthmatiques exposées à certains organophosphorés.

Triazines

Chez les travailleurs en production industrielle, l’actualisation


de données issues des cohortes aux États-Unis a montré une
augmentation significative du risque de LNH associée à une
exposition aux triazines. Cependant, le très faible nombre de
cas ne permet pas d’observer une augmentation avec la durée
de l’exposition. Quelques études cas-témoins poolées rapportent
une augmentation significative du risque chez les agriculteurs
exposés aux triazines et à l’atrazine en particulier. L’exposition
à la cyanazine augmenterait le risque chez des asthmatiques et
l’exposition aux triazines et à l’atrazine chez les individus porteurs
d’une translocation chromosomique t(14 ;18).

Carbamates/thiocarbamates/dithiocarbamates

Aucune donnée sur des LNH résultant d’expositions de travail-


leurs dans des industries de production de carbamates n’a été
publiée dans la littérature scientifique. Les professionnels dans
le secteur agricole ont en revanche fait l’objet de plusieurs études
portant sur les carbamates étudiés en tant que famille chimique
ou par substances actives spécifiques. Les données portant sur
les carbamates pris dans leur ensemble ou sur les thiocarbamates
et dithiocarbamates émanent toutes d’études cas-témoins. Dans
la grande majorité des cas, des associations non significatives
ont été observées entre l’exposition à ces agents et la survenue
de LNH. Un résultat statistiquement significatif a été observé
suite au regroupement de trois de ces études cas-témoins.
L’étude de cohorte américaine (AHS) a présenté des résultats
pour 4 substances actives : butylate, carbaryl, carbofuran et éthyl-
dipropylthiocarbamate (EPTC). L’augmentation de risque de
28 LNH la plus consistante a été observée chez les applicateurs
Synthèse

pour l’herbicide butylate et, dans une moindre mesure pour les
insecticides carbofuran et carbaryl. Une certaine cohérence
existe entre ces résultats et ceux des études cas-témoins dans la
mesure où un risque accru de LNH a été observé pour les trois
matières actives précitées mais l’association la plus probante a
été observée pour le carbaryl plutôt que pour le butylate. À
l’exception du mancozèbe et du zinèbe (des fongicides dithio-
carbamates), l’exposition à toutes les autres substances actives
étudiées (EPTC, manèbe, diallate, méthomyl, thiram et ziram)
a accru le risque de LNH mais sans atteindre le seuil de signifi-
cativité statistique. Vu les nombres relativement faibles de cas
rapportés dans ces études, il n’est pas exclu que ce manque de
significativité statistique soit essentiellement dû à un manque
de puissance statistique. Les analyses ciblant des populations
potentiellement plus sensibles (porteurs de translocation
t(14 ;18), asthmatiques) ont, elles aussi, montré une augmenta-
tion non significative du risque de LNH mais les données dis-
ponibles sont très limitées. Très peu d’auteurs ont rapporté des
informations sur les types de LNH pour lesquels un risque est
accru. Des expositions au carbaryl et au carbofuran ont été asso-
ciées à des risques accrus de développement de LNH respecti-
vement à petits lymphocytes et de forme diffuse, mais ces résul-
tats doivent être confirmés.

Phénoxyherbicides non contaminés

Les préparations commerciales de phénoxyherbicides peuvent


être contaminées par des dibenzo-dioxines polychlorinées
(PCDDs) et par des dibenzo-furanes polychlorés (PCDFs), for-
més durant le processus de fabrication. Les phénoxyherbicides
les moins potentiellement contaminés sont l’acide 4-chloro-
2-méthyl phénoxyacétique (MCPA) et l’acide 2,4-dichlorophé-
noxy acétique (2,4-D).
Aucune donnée issue des études de cohorte ne montre un risque
significatif en relation avec l’exposition au MCPA et le 2,4-D. Il
en est de même pour la plupart des études cas-témoins. En 2005,
une étude cas-témoins, nichée dans une cohorte d’agriculteurs de 29
Pesticides – Effets sur la santé

Californie a montré une augmentation statistiquement significa-


tive du risque de LNH aussi bien pour les hommes exposés au
2,4-D que pour les femmes, tous types de LNH confondus et plus
particulièrement pour les formes extra nodulaires. D’une manière
générale, les études les plus récentes (après 2005) rapportent des
augmentations non significatives de risque de LNH après expo-
sition au 2,4-D sauf une étude canadienne qui rapporte un risque
augmenté significativement pour une exposition combinée : le
2,4-D et l’insecticide organophosphoré malathion.
Après exposition au MCPA, des valeurs de risque significative-
ment augmentées ont été observées dans toutes les études sué-
doises. Les autres études cas-témoins européennes et les études
canadiennes ont montré des augmentations de risque de LNH
non significatives. Toutes les études portant sur le mecoprop
(MCPP) sont des études canadiennes qui montrent un accrois-
sement significatif du risque de LNH. Pour les quatre phé-
noxyherbicides (2,4-D, dicamba, MCPA, MCPP) étudiés au sein
de populations à risques potentiellement accrus, des valeurs de
risque légèrement supérieures ont été observées chez ceux qui
présentaient des caractéristiques immunologiques particulières
(sans significativité statistique).

Chloroacétamides

Le nombre d’études (cohortes ou cas-témoins) concernant une


exposition professionnelle aux chloroacétamides, une famille à
laquelle appartiennent l’alachlore et le métolachlore, est trop
faible pour conclure quant au risque de LNH. La plupart de ces
études montrent un risque augmenté mais sans jamais atteindre
le seuil de significativité statistique.

Hydrocarbures halogénés - Dibromochloropropane

Trop peu de données sont disponibles pour permettre de conclure


quant au risque de LNH suite à une exposition professionnelle
30 aux hydrocarbures halogénés.
Synthèse

Aminophosphonates glycine - Glyphosate

L’absence d’augmentation de risque de LNH observée dans


l’étude de cohorte AHS ne semble pas en accord avec les résul-
tats des études cas-témoins. En effet, des augmentations signifi-
catives de risque de LNH ont été observées dans les études cas-
témoins poolées suggérant la possibilité d’une association entre
l’exposition au glyphosate et les LNH. Cependant, une analyse
plus détaillée montre qu’aucune de ces études cas-témoins poo-
lées ne tient compte de la durée ou de la fréquence d’utilisation
du glyphosate et que les risques diminuent dans les analyses de
régression hiérarchiques ou multivariées. Une étude rapporte
que les types de lymphomes davantage impliqués seraient les
lymphomes de type leucémie lymphoïde chronique/lymphome
à petites cellules et LNH non spécifié.

Pyréthrinoïdes

Très peu d’études épidémiologiques ont porté sur cette famille


de pesticides et aucune ne laisse suspecter l’existence possible
d’une relation avec le développement de LNH même si un risque
augmenté (mais sans atteindre le seuil de significativité statis-
tique) a été observé dans toutes les études cas-témoins. En
revanche, une exposition aux pyréthrinoïdes augmenterait le
risque chez les individus porteurs d’une translocation chromo-
somique t(14;18).

31
Pesticides – Effets sur la santé

Familles et substances actives impliquées dans les excès de risque


­significatifs de LNH

Familles Populations concernées Présomption


Substances actives par un excès de risque significatif d’un lien

Organochlorés
Sans distinction Agriculteurs ±

Lindane (γ HCH) Applicateurs ; Agriculteurs ++


Éleveur (HCH) +
Exposition professionnelle ±
DDT Agriculteurs ++
Exposition professionnelle +
Personnes exposées ±
Chlordane Éleveurs ±
Aldrine Exposition professionnelle ±
DDT + Malathion Exposition professionnelle ±

Organophosphorés
Sans distinction Agriculteurs ++
Personnes exposées +
Exposition professionnelle ±
Terbufos Applicateurs +
Diazinon Agriculteurs +
Malathion Agriculteurs ++
Personnes exposées ±
Exposition professionnelle ±
Coumaphos Agriculteurs ±
Chlorpyrifos Agriculteurs ±
Fonofos Agriculteurs ±

Carbamates /dithiocarbamates
Sans distinction carbamates Agriculteurs +
Exposition professionnelle ±
Carbaryl Agriculteurs ±
Exposition professionnelle ±
Carbofuran Agriculteurs ±
Carbaryl + malathion Exposition professionnelle ±
Butylate Applicateurs +
Agriculteurs ±

32
Synthèse

Familles Populations concernées Présomption


Substances actives par un excès de risque significatif d’un lien

Triazines
Sans distinction Agriculteurs ±
Ouvriers en industrie de production +
Atrazine Agriculteurs ±

Phénoxyherbicides non contaminés


2,4-D Agriculteurs +
Exposition professionnelle ±
2,4-D + malathion Exposition professionnelle ±
MCPA Exposition professionnelle ±
Mecoprop Exposition professionnelle ±
Mecoprop + malathion Exposition professionnelle ±

Aminophosphonates glycine
Glyphosate Agriculteurs ±
Exposition professionnelle +
Glyphosate + malathion Exposition professionnelle ±

++ d’après les résultats de plusieurs études de cohortes ou d’au moins une étude
de cohorte et deux cas-témoins ou de plus de deux études cas-témoins
+ d’après les résultats d’une cohorte ou d’une étude cas-témoins nichée ou de
deux études cas-témoins
± d’après les résultats d’une étude cas-témoins

33
Pesticides – Effets sur la santé

Familles et substances actives impliquées dans les excès de risque signifi-


catifs de LNH dans des groupes de population particulière

Familles Groupes de population particulière Présomption


Substances actives concernée par un excès de risque d’un lien
significatif

Organochlorés
Sans distinction Agriculteurs t(14 ;18), personnes ±
avec antécédents familiaux de can-
cers hématopoïétiques
Lindane Agriculteurs asthmatiques ±
Agriculteurs t(14 ;18) +
DDT Exposés asthmatiques, exposés ±
allergiques
Chlordane Agriculteurs asthmatiques ±
Dieldrine Agriculteurs t(14 ;18) ±
Toxaphène Agriculteurs t(14 ;18) ±

Organophosphorés
Sans distinction Agriculteurs t(14 ;18) ±

Carbamates/thiocarbamates /dithiocarbamates
Sans distinction carba- Agriculteurs t(14 ;18) ±
mates

Triazines
Sans distinction Agriculteurs t(14 ;18) ±
Atrazine Agriculteurs t(14 ;18) ±
Cyanazine Agriculteurs asthmatiques ±

Pyréthrinoïdes
Pyréthrinoïdes (sans dis- Agriculteurs t(14 ;18) ±
tinction)

+ d’après les résultats de deux études cas-témoins


± d’après les résultats d’une étude cas-témoins

Exposition aux pesticides et leucémies


Les leucémies sont une prolifération néoplasique de cellules
médullaires précurseurs des leucocytes, bloquées à différents
stades de différenciation ; il en résulte un envahissement pro-
34 gressif de la moelle, du sang, voire de certains organes. Cet
Synthèse

envahissement est à l’origine du tableau clinique d’insuffisance


médullaire. On peut distinguer les leucémies selon leur évolution
(aiguë ou chronique) et l’origine lymphoïde ou myéloïde des
cellules néoplasiques.
En France, avec 3 777 cas estimés en 2011, les leucémies aiguës
se situent au 20e rang des cancers et représentent 1 % de l’en-
semble des cancers incidents. Les taux d’incidence standardisés
sur la population mondiale pour 100 000 personnes-années sont
de 4,9 chez l’homme et de 4,1 chez la femme avec un sex-ratio
de 1,2. En 2011, les leucémies aiguës sont au 12e rang en ce qui
concerne la mortalité par cancer soit 2,2 % de l’ensemble des
décès par cancer, avec des taux de mortalité standardisés de 2,9
et 1,9 pour 100 000 personnes-années respectivement chez
l’homme et la femme.
Avec 3 798 nouveaux cas estimés en 2011, la leucémie lymphoïde
chronique (LLC) se situe au 19e rang des cancers. Les taux
d’incidence standardisés pour 100 000 personnes-années sont de
3,6 chez l’homme et 2,1 chez la femme. La leucémie lymphoïde
chronique n’existe pas avant l’âge de 25 ans. L’incidence aug-
mente régulièrement avec l’âge chez l’homme et chez la femme.
En 2011, les leucémies chroniques se situent au 17e rang des
décès par cancer, et représentent 0,7 % de l’ensemble des décès
par cancer. Les taux de mortalité standardisés sont de 0,8 et de
0,3 respectivement, chez l’homme et chez la femme pour 100 000
personnes-années.
Les données épidémiologiques concernant le lien entre pesticides
et leucémies sont très nombreuses et ne cessent de s’accumuler.
Entre 1992 et 2009, sept méta-analyses ont été publiées, incluant
entre 5 à 30 enquêtes épidémiologiques publiées entre 1979 et
2005. Selon les activités professionnelles considérées, trois méta-
analyses portent sur une exposition dans le secteur professionnel
agricole, deux concernent l’exposition dans le secteur industriel
de production de pesticides et deux se rapportent à l’exposition
professionnelle dans le secteur agricole et non-agricole.
Les sept méta-analyses ont rapporté une augmentation du risque
de survenue de leucémies allant de 7 % à 43 % chez les 35
Pesticides – Effets sur la santé

profes­sionnels exposés aux pesticides comparé à la population


générale. Cette augmentation de risque était statistiquement signi-
ficative dans trois méta-analyses. Pour deux autres, les résultats
étaient à la limite du seuil de significativité statistique et pour les
deux dernières, l’augmentation du risque était non significative.
La plus forte augmentation significative du risque a été observée
pour les travailleurs en industrie de production de pesticides avec
un excès de risque de survenue de leucémies de 43 %.
Les résultats de ces différentes méta-analyses ne sont pas conver-
gents que l’on considère le type de leucémie étudié, le groupe
d’exposition (agriculteur, travailleurs en industrie) ou le type
d’étude épidémiologique incluse (cas-témoins, cohortes). Par
exemple, sur les 4 méta-analyses ayant combiné les études de
cohortes, deux ont montré une augmentation statistiquement
significative du risque alors que les deux autres non. Par ailleurs,
la forte hétérogénéité existant entre les enquêtes épidémiolo-
giques requiert une grande prudence dans l’interprétation des
résultats.
Au sein de la cohorte prospective AHS, l’incidence des leucé-
mies et la mortalité observées chez les exploitants agricoles
applicateurs de pesticides, les applicateurs professionnels, et chez
leurs conjoints, exposés aux pesticides dans leur ensemble, ne
sont pas statistiquement différentes de celles de la population
générale. Cependant, quand ces valeurs sont exprimées en inci-
dence et mortalité relative, une augmentation statistiquement
significative du risque est observée pour la mortalité.
Les études de cohortes autres que celles de l’AHS sur le lien
entre une exposition aux pesticides tous types confondus et les
leucémies sont nombreuses en Europe, Amérique du Nord, Amé-
rique centrale et Australie. La plus importante étude européenne
fournit des données de suivi de 15 millions d’individus de cinq
pays nordiques : Suède, Norvège, Islande, Danemark et Finlande.
Cette étude n’a pas montré d’augmentation d’incidence de leu-
cémies chez les agriculteurs (hommes ou femmes) ni chez les
jardiniers. En France, un risque significativement augmenté de
décès par suite de leucémies a été observé chez des agriculteurs
36 et ouvriers agricoles et une augmentation non significative a été
Synthèse

observée chez des travailleurs dans la lutte contre les nuisibles


en milieu urbain. La grande majorité des études européennes,
soit neuf études, émanent d’Italie. Aucune augmentation de
risque de leucémies chez les travailleurs agricoles ou utilisateurs
de pesticides possédant une licence pour l’achat et l’utilisation
de pesticides toxiques n’est apparue dans les trois études d’Italie
du Nord à l’exception d’une légère augmentation non significa-
tive observée chez les femmes et plus spécifiquement pour la
forme myéloïde de leucémies.
Il est très difficile de conclure à partir des études de cohortes
disponibles (AHS et autres) quant à l’existence d’une association
entre l’exposition aux pesticides, tous types confondus, et la
survenue de leucémies. Les raisons principales sont le peu de
cohérence existant entre les résultats de ces études et leur
manque de puissance. Les tendances qui semblent néanmoins
ressortir sont une augmentation de risque surtout observée dans
les études de mortalité qui sont nettement plus nombreuses que
les études d’incidence. Il n’est pas exclu que le risque puisse
davantage concerner les leucémies de type myéloïde mais les
différences avec le type lymphoïde semblent peu marquées. Dans
la majorité des études faisant la distinction entre les valeurs de
risque selon le sexe, un risque plus élevé a été rapporté chez les
femmes exposées par rapport au risque observé chez les hommes.

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et leucémies

Exposition Populations concernées par un Présomption


excès de risque significatif d’un lien
Pesticides Agriculteurs, applicateurs, ouvriers +
(sans distinction) en industrie de production

+ d’après les résultats de 7 méta-analyses et d’une cohorte prospective (AHS)

Une approche par famille chimique permet de faire ressortir les


principales tendances et de pouvoir identifier les substances
actives potentiellement concernées.

37
Pesticides – Effets sur la santé

Organochlorés

Un nombre important d’études s’est intéressé au lien entre expo-


sition aux organochlorés et les leucémies. Dans la cohorte pros-
pective AHS, la simple utilisation d’organochlorés (« ever
exposed ») chez les applicateurs était associée à une augmentation
du risque de leucémies à la limite du seuil de significativité
statistique. Ce risque n’augmente cependant pas avec une aug-
mentation de l’exposition et quand les individus faiblement
exposés sont pris comme référence, l’association disparaît. L’ap-
proche par pesticide spécifique a montré des associations statis-
tiquement significatives pour le lindane et l’heptachlore avec
un doublement du risque de leucémies. Une augmentation sta-
tistiquement significative de l’incidence des leucémies a été
observée chez les applicateurs pour la catégorie d’exposition la
plus élevée au chlordane et à l’heptachlore. Des risques relatifs
supérieurs à 1,5 ont été observés pour le chlordane, la dieldrine
et le toxaphène, sans atteindre un niveau de significativité sta-
tistique.
Une étude cas-témoins nichée dans une cohorte d’agriculteurs
de Californie (United Farm Workers of America) a montré une
augmentation significative du risque de leucémies (tous types
confondus) suite à une exposition au toxaphène, le risque étant
plus marqué pour la forme granulocytaire par rapport à la forme
lymphoïde. Cette étude a également rapporté des valeurs nette-
ment supérieures pour les femmes, sans toutefois atteindre le
seuil de significativité statistique.
Les résultats de la plupart des autres études de cohortes dispo-
nibles suggèrent un lien entre l’exposition aux organochlorés et
le risque de leucémies. Toutefois, peu d’entre elles apportent des
informations sur un agent spécifique et les observations sont
fondées sur un très faible nombre de cas. Les agents les plus
fréquemment cités comme responsables potentiels d’une aug-
mentation de risque de leucémies sont le DDT, le lindane, l’hep-
tachlore, le chlordane, la dieldrine et le toxaphène, sans pour
autant que des effets significatifs aient été observés pour le DDT
38 et la dieldrine.
Synthèse

Organophosphorés

Plusieurs organophosphorés ont fait l’objet d’investigations au


sein de la cohorte AHS et d’autres cohortes ou encore chez des
groupes particulièrement exposés. Les résultats de la plupart des
études suggèrent un lien entre l’exposition aux organophospho-
rés et le risque de leucémies. Toutefois, peu d’entre elles apportent
des informations sur un agent spécifique et les observations sont
fondées sur un très faible nombre de cas. Les substances actives
identifiées dans la cohorte AHS comme potentiellement impli-
quées dans la survenue de cette pathologie avec un excès de
risque significatif sont le chlorpyrifos, le fonofos, le diazinon et
le terbufos. L’augmentation de risque est non significative avec
le malathion dans la cohorte AHS et significative dans une
étude cas-témoins nichée chez les agricultrices. La grande majo-
rité des autres études de cohortes d’individus professionnelle-
ment exposés à des pesticides incluant des organophosphorés
ont montré une augmentation non significative du risque de
leucémies. Signalons qu’à plusieurs reprises des risques augmen-
tés ont été rapportés pour l’exposition des femmes par rapport
aux risques observés chez les hommes.

Triazines

Les investigations au sein de la cohorte AHS, d’autres cohortes


ou d’études cas-témoins nichées n’ont pas permis de mettre en
évidence une relation significative entre une exposition à l’atra-
zine ou aux herbicides de la famille des triazines en général et
les leucémies même si des augmentations de risque non signifi-
catives ont parfois été observées avec l’atrazine, la simazine et
la métribuzine.

Carbamates - thiocarbamates - dithiocarbamates

Dans la cohorte AHS, l’exposition à 4 carbamates a été étudiée


(deux herbicides, le butylate et l’éthyl-dipropylthiocarbamate 39
Pesticides – Effets sur la santé

ou EPTC, et deux insecticides, le carbaryl et le carbofuran). Les


résultats portant sur les applicateurs exposés à l’EPTC montrent
une augmentation statistiquement significative du risque de leu-
cémies pour la catégorie d’exposition la plus longue (avec un
test de tendance également statistiquement significatif par rap-
port au groupe non-exposé). L’exposition au butylate a montré
un risque accru de leucémies chez les applicateurs dans les
groupes d’exposition les plus élevés mais sans jamais atteindre
le seuil de significativité statistique et sans que les tests de ten-
dance exposition-réponse soient significatifs, quels que soient le
paramètre d’exposition utilisé (tenant compte ou non de l’inten-
sité de l’exposition) ou le groupe de référence (non-exposés,
faiblement exposés).
Une étude cas-témoins nichée dans une cohorte d’agriculteurs
de Californie a montré une augmentation statistiquement signi-
ficative du risque de leucémies (tous types confondus et pour la
forme granulocytaire) suite à une exposition au mancozèbe (fon-
gicide dithiocarbamate). Les valeurs de risque de leucémies
étaient nettement supérieures (et significatives) pour les femmes
par rapport aux hommes.

Chloroacétamides

Dans l’Iowa, la dernière réactualisation des données de mortalité


et d’incidence de travailleurs exposés à l’alachlore dans une
industrie de production a montré une augmentation de risque
de leucémies tant en termes de mortalité que d’incidence et
quelle que soit l’exposition (toutes les expositions ou seulement
les fortes expositions) sans toutefois que ces augmentations ne
soient statistiquement significatives. En revanche, un risque
significativement accru d’incidence de leucémies de type myé-
loïde chronique a été rapporté.
Dans la cohorte AHS, le risque de survenue de leucémie est
augmenté de façon manifeste dans la catégorie d’exposition à
l’alachlore la plus élevée sans toutefois atteindre le seuil de signi-
40 ficativité. Une tendance exposition-réponse a également été
Synthèse

mise en évidence. Bien que l’interprétation de ces résultats soit


limitée par le faible nombre de cas, ils suggèrent néanmoins une
association possible entre l’exposition à l’alachlore et les leucé-
mies.

Hydrocarbures halogénés

Trop peu de données sont disponibles pour conclure quant au


risque de leucémies suite à une exposition professionnelle aux
hydrocarbures halogénés. Toutefois, aucune donnée issue des
études de cohortes disponibles ne met clairement en évidence
une éventuelle augmentation de risque de leucémies.

Phénoxyherbicides

Les données épidémiologiques disponibles sur les deux phé-


noxyherbicides (MCPA et 2,4-D) pour lesquels une contami-
nation aux PCDDs/PCDFs est peu probable, sont peu nom-
breuses et, pour un même agent, montrent peu de cohérence
entre les résultats. Aucun effet significatif pertinent n’a été
rapporté et si, dans certains groupes d’exposition, des tendances
à l’augmentation de risque sont observées, elles ne présentent
pas de gradient exposition-réponses et elles sont inversées dans
d’autres groupes. Les données disponibles sont insuffisantes
pour conclure quant aux risques de leucémies que présentent
ces agents.

Autres substances actives de pesticides

Des augmentations de risque ont parfois été observées sans


atteindre le seuil de significativité statistique pour le glyphosate
(Roundup), la trifluraline, l’imazéthapyr et la perméthrine.

41
Pesticides – Effets sur la santé

Familles et substances actives impliquées dans les excès de risques signi-


ficatifs de leucémies

Familles Populations concernées Présomption


Substances actives par un excès de risque significatif d’un lien

Organochlorés

Organochlorés (sans dis- Applicateurs +


tinction)
Lindane Applicateurs +
Heptachlore Applicateurs +
Chlordane + heptachore Applicateurs +
Toxaphène Agriculteurs +

Organosphorés
Chlorpyrifos Applicateurs +
Diazinon Applicateurs +
Fonofos Applicateurs +
Malathion Agricultrices +
Terbufos Applicateurs +

Carbamates/thiocarba-
mates/dithiocarbamates
EPTC Applicateurs +
Mancozèbe Agriculteurs +

Chloroacétamides
Alachlore Ouvriers en industrie +
de production

+ d’après les résultats d’une cohorte ou d’une étude cas-témoins nichée


NB : Les résultats sont issus des études de cohortes et des études cas-témoins
nichées. Les études cas-témoins n’ont pas été analysées par famille et par subs-
tance active.

Exposition aux pesticides et maladie de Hodgkin

La maladie de Hodgkin, prolifération lymphoïde, est considérée


comme appartenant à la grande catcgorie des lymphomes depuis
la nouvelle classification des maladies hématologiques. Elle
représente environ 30 % de tous les lymphomes. C’est une hémo-
pathie maligne caractérisée par la présence d’un petit nombre
42
Synthèse

de cellules tumorales issues des lymphocytes B (cellules de Reed-


Sternberg) au sein d’une réaction tissulaire abondante (lympho-
cytes T, histiocytes, polynucléaires éosinophiles….) pouvant
s’accompagner de fibrose. La distribution est bimodale en fonc-
tion de l’âge avec un premier pic entre 15 et 35 ans, et un second
pour les sujets de plus de 50 ans.
Avec 1 839 cas estimés en 2011, dont 50 % chez l’homme, le
lymphome de Hodgkin se situe au 24e rang des cancers et repré-
sente 0,5 % de l’ensemble des cancers incidents. Il se situe par
sa fréquence au 19e rang chez l’homme et au 21e rang chez la
femme. Les taux d’incidence standardisés sur la population mon-
diale pour 100 000 personnes-années sont de 2,6 chez l’homme
et de 3,1 chez la femme. Le sex-ratio est de 0,84.
Ce cancer se situe au 21e rang des décès par cancer et représente
0,2 % de l’ensemble des décès par cancer. Les taux de mortalité
standardisés pour 100 000 personnes-années sont respectivement
de 0,4 et 0,2 chez l’homme et chez la femme.
Les données épidémiologiques concernant le lien entre pesticides
et maladie de Hodgkin sont très peu nombreuses par rapport à
celles disponibles pour d’autres pathologies lymphohématopoïé-
tiques comme les leucémies ou les lymphomes non-hodgkiniens.
Entre 1992 et 2009, 4 méta-analyses ont été publiées, incluant
entre 12 à 30 enquêtes épidémiologiques publiées entre 1980 et
2003. Une méta-analyse concerne spécifiquement la maladie de
Hodgkin et les 3 autres traitent de l’ensemble des cancers. En
se référant aux types d’activités professionnelles considérés,
3 méta-analyses portent sur une exposition dans le secteur pro-
fessionnel agricole et une concerne l’exposition de travailleurs
en industrie de production de pesticides. Les résultats des méta-
analyses soulignent tous un excès de risque de survenue de mala-
die de Hodgkin allant de 9 % à 25 % chez les professionnels
exposés aux pesticides comparés à la population générale, cette
augmentation de risque n’atteint toutefois le seuil de significa-
tivité statistique que dans 2 méta-analyses sur les 4. Ces méta-
analyses ne sont pas totalement indépendantes (réactualisation)
et un bon nombre d’études épidémiologiques se retrouvent dans 43
Pesticides – Effets sur la santé

plusieurs méta-analyses. L’augmentation significative du risque


la plus élevée est de 53 %, elle a été observée par la combinai-
son des études cas-témoins chez les agriculteurs. Par ailleurs,
d’après ces méta-analyses, les risques observés dans les études
combinées en provenance d’Europe sont très similaires à ceux
observés dans des études regroupées en provenance des États-
Unis, avec des augmentations significatives ou à la limite du
seuil de significativité statistique, de l’ordre de 26 et 23 % res-
pectivement. La combinaison des études portant sur des femmes
n’a pas montré d’augmentation significative de risque.
Au sein de la cohorte AHS, l’incidence de la maladie de Hod-
gkin observée chez les exploitants agricoles applicateurs de pes-
ticides, chez les applicateurs professionnels, et chez leurs
conjoints, exposés aux pesticides dans leur ensemble n’est pas
augmentée, ou l’est légèrement mais sans être statistiquement
différente de celle de la population générale. Quand les valeurs
sont exprimées en incidence et mortalité relatives, cette aug-
mentation du risque reste non significative dans les deux cas.
Sur les neuf études de cohortes (autres que l’AHS), l’étude euro-
péenne qui fournit des données de suivi de 15 millions d’indi-
vidus provenant de 5 pays nordiques (Suède, Norvège, Islande,
Danemark et Finlande) a montré une très légère augmentation
d’incidence de maladie de Hodgkin chez les agriculteurs de sexe
masculin mais une augmentation plus forte et statistiquement
significative chez les agricultrices. Aucune des autres études
européennes (Italie, Grande-Bretagne et Irlande) n’a présenté
d’augmentation significative de risque de maladie de Hodgkin
chez les utilisateurs de pesticides et travailleurs dans le secteur
agricole. Une des deux études nord-américaines a mentionné
une diminution (non significative) de risque de maladie de Hod-
gkin chez des agriculteurs canadiens alors que l’autre indique un
risque accru de façon non significative de mortalité au sein d’une
cohorte d’applicateurs de pesticides aériens.
Les données épidémiologiques disponibles ciblant des substances
actives sont rares. Elles portent sur des nombres de cas extrê-
mement faibles et sont insuffisantes pour conclure quant aux
44
risques de maladie de Hodgkin que pourraient présenter certaines
Synthèse

des substances actives. Toutefois, seules les études de cohortes


et les études cas-témoins nichées ont été analysées par famille
et par substance active mais pas les études cas-témoins.

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et maladie


de Hodgkin

Exposition Populations concernées par un Présomption


excès de risque significatif d’un lien
Pesticides Secteur professionnel agricole ±
(sans distinction)

± d’après les résultats de 4 méta-analyses et d’une cohorte prospective (AHS)

Exposition aux pesticides et myélome multiple

Le myélome multiple ou maladie de Kahler est une infiltration


plasmocytaire maligne de la moelle osseuse. Cette prolifération
maligne s’accompagne, en général, de la sécrétion d’une immu-
noglobuline monoclonale complète ou seulement d’une chaîne
légère, et de manifestations osseuses cliniques ou radiologiques.
Le myélome multiple est la conséquence de plusieurs événements
oncogéniques concernant la lignée lymphocytaire B. Les myé-
lomes à IgA, IgD et à chaînes légères sont de plus mauvais
pronostic que les myélomes IgG.
Chez l’homme et chez la femme, l’incidence du myélome multiple
et des maladies immunoprolifératives est en augmentation. En
France, le taux d’incidence standardisé sur la population mondiale
pour 100 000 personnes-années a augmenté de 2,2 % par an chez
l’homme et de 1,8 % chez la femme entre 1980 et 2005, l’augmen-
tation étant respectivement de 1,5 et 1,1 % entre 2000 et 2005.
En France, avec 5 930 nouveaux cas estimés en 2011, dont 54 %
survenant chez l’homme, le myélome multiple des os et les mala-
dies immunoprolifératives se situent au 15e rang des cancers et
représentent 1,6 % de l’ensemble des cancers incidents. Les taux
d’incidence standardisés pour 100 000 personnes-années sont de
5,3 chez l’homme et 3,5 chez la femme. Le myélome est très 45
Pesticides – Effets sur la santé

rarement observé avant 40 ans et son incidence augmente avec


l’âge chez l’homme et chez la femme. Le myélome multiple se
situe au 14e rang des décès par cancer, et représente 2,1 % de
l’ensemble des décès par cancer. Les taux de mortalité standar-
disés pour 100 000 personnes-années sont respectivement de 2,3
et de 1,4 chez l’homme et chez la femme.
Les données épidémiologiques concernant le lien entre pesticides
et myélomes multiples sont nettement moins nombreuses que celles
concernant les lymphomes non-hodgkiniens ou les leucémies.
Entre 1992 et 2009, six méta-analyses incluant entre 2 et 32
études publiées entre 1970 et 2007 ont été publiées. Deux
méta-analyses portent spécifiquement sur les myélomes mul-
tiples, une sur les cancers hématopoïétiques et trois traitent de
l’ensemble des cancers. Selon l’activité professionnelle, 4 méta-
analyses considèrent l’exposition en secteur agricole, une
concerne l’exposition en milieu industriel de production de
pesticides et une se rapporte à l’exposition professionnelle dans
le secteur agricole et non-agricole. Ces méta-analyses ne sont
pas totalement indépendantes, un bon nombre d’études épidé-
miologiques se retrouvent dans plusieurs méta-analyses, et
certaines sont des réactualisations.
Toutes ces méta-analyses montrent une augmentation de
risque de survenue de myélomes multiples allant de 9 % à
39 % chez les professionnels exposés aux pesticides comparés
à la population générale. Cette augmentation de risque atteint
le seuil de significativité statistique dans 3 méta-analyses sur
les 4 portant sur des agriculteurs. L’augmentation est à la limite
de la significativité statistique pour la quatrième méta-analyse
chez les agriculteurs ainsi que pour celle reprenant les études
menées dans le secteur agricole et non-agricole. L’augmenta-
tion n’est pas significative dans la méta-analyse concernant
l’exposition de travailleurs en industrie. Les plus fortes aug-
mentations significatives de risque ont été observées dans la
méta-analyse portant sur les agriculteurs ayant travaillé au
moins 10 ans dans une ferme ainsi que pour ceux qui ont été
46 exposés au DDT.
Synthèse

Dans la cohorte AHS, l’incidence est augmentée sans toutefois


atteindre le seuil de significativité chez les applicateurs profes-
sionnels, exposés aux pesticides dans leur ensemble. Une stra-
tification par État (Iowa et Caroline du Nord) a mis en évidence
une augmentation significative du risque de myélomes multiples
chez les applicateurs en Caroline du Nord avec une augmenta-
tion des ratios d’incidence (41 %) et de mortalité (89 %) stan-
dardisés alors que cette augmentation reste non significative
pour l’État de l’Iowa. Pour les conjoints des applicateurs privés
pris dans leur ensemble, une diminution (non significative) de
risque a été rapportée lors de la dernière réévaluation des données
de même que pour la sous-cohorte de Caroline du Nord. Les
taux de mortalité dus aux myélomes multiples suivent la même
tendance que les taux d’incidence.
Parmi les cohortes autres que l’AHS, l’étude nord européenne
a montré une augmentation modeste mais significative et consis-
tante de l’incidence de myélomes multiples chez les agriculteurs :
pour les deux sexes et pour tous les Pays Nordiques excepté le
Danemark. Une légère augmentation significative du risque de
myélomes multiples a également été observée chez les hommes
pratiquant le métier de jardinier. En France, un risque signifi-
cativement augmenté de 59 % de décès par suite de myélomes
multiples a été observé chez des agriculteurs et ouvriers agricoles.
Chez les utilisatrices de pesticides à usage agricole en Grande-
Bretagne, des risques significativement accrus de mortalité et
d’incidence ont été rapportés mais avec des intervalles de
confiance très larges. Cependant, des diminutions de risque
(incidence ou mortalité) de myélomes multiples ont été obser-
vées dans d’autres études (Amérique du Nord et Centrale, Italie
du Nord, Irlande, Costa-Rica, Australie).

47
Pesticides – Effets sur la santé

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et myélome


­multiple

Exposition Populations concernées par un Présomption


excès de risque significatif d’un lien
Pesticides Agriculteurs, applicateurs de pesti- ++
(sans distinction) cides

++ d’après les résultats de 6 méta-analyses et de deux cohortes prospectives


(AHS et cohorte nord européenne)

Les cohortes de travailleurs exposés principalement à une classe


de pesticides ou à un pesticide bien spécifique sont peu nom-
breuses. Elles portent généralement sur un nombre de cas très
limité ce qui rend extrêmement difficile l’étude de l’existence
éventuelle d’une relation entre ce type d’exposition et les myé-
lomes multiples. Signalons toutefois que les résultats de l’AHS
suggèrent que le risque de myélomes multiples pourrait être aug-
menté suite à une exposition à la perméthrine (seul agent pour
lequel une augmentation significative de risque a été observée
à la plus forte dose). Une tendance à l’augmentation de risque
avec certaines intensités d’exposition au glyphosate est observée
sans être toutefois significative. Toutefois, seules les études de
cohortes et les études cas-témoins nichées ont été analysées par
famille et par substance active mais pas les études cas-témoins.
L’utilisation de biomarqueurs précliniques de myélomes multiples
comme le MGUS (Monoclonal gammopathy of undetermined signi-
ficance), pourrait constituer une approche intéressante pour
évaluer des hypothèses sur l’étiologie des myélomes multiples
étant donné que l’exposition aux pesticides semble induire plus
de cas de MGUS que de myélomes multiples proprement dits.

Exposition aux pesticides et cancer de la prostate

Au niveau mondial, le cancer de la prostate est le 2e cancer


le plus fréquent chez l’homme après celui du poumon. Cepen-
dant, son incidence varie selon les zones géographiques et les
origines ethniques des populations. Les incidences les plus
48 élevées sont dans les pays développés (Europe du Nord et de
Synthèse

l’Ouest, Amérique du Nord) et dans les populations originaires


de l’Afrique subsaharienne résidant dans des pays développés.
À l’opposé, l’incidence est faible dans les pays de l’est et sud-est
asiatique.
L’incidence du cancer de la prostate a augmenté significative-
ment ces dernières décennies dans la plupart des pays du monde.
Ceci s’explique en grande partie par le développement du dia-
gnostic précoce combinant dosage du PSA (antigène spécifique
prostatique) et biopsie prostatique. En France, le taux annuel
moyen d’évolution de l’incidence, entre 1980 et 2005, a été de
+ 6,3 %. En revanche, la mortalité par cancer de la prostate
s’est stabilisée voire ralentie dans la plupart des pays développés,
conséquence du diagnostic précoce individuel de la maladie et
de l’efficacité des traitements proposés.
En France, les projections pour l’année 2011 font état d’une
incidence de 71 220 cas. Le taux d’incidence standardisé pour
100 000 hommes-années de 125,7 fait de la France un pays à
incidence forte. Il est particulièrement élevé aux Antilles en
lien avec les origines africaines de leur population. Le cancer
de la prostate se situe au premier rang des cancers (tous sexes
confondus) et représente 19,4 % de l’ensemble des cancers inci-
dents. Le cancer de la prostate se situe au 4e rang des décès par
cancer et représente 5,9 % de l’ensemble des décès. Le taux de
mortalité standardisé sur la population mondiale est de 10,8 pour
100 000 personnes-années.
L’étiologie du cancer de la prostate reste encore mal comprise.
La survenue de la maladie résulte d’interactions complexes entre
des facteurs de susceptibilité génétique, hormonaux et environ-
nementaux. Un âge avancé, des antécédents familiaux au pre-
mier degré de cancer de la prostate et des origines africaines
subsahariennes, constituent à ce jour les seuls facteurs de risque
établis. La part contributive de l’environnement chimique
généré par l’activité humaine dans la survenue de ce cancer est
une question d’actualité. Parmi les substances chimiques incri-
minées, les pesticides tiennent une place particulière du fait de
leur emploi universel et de leur diversité d’utilisation dans un
contexte professionnel ou domestique. 49
Pesticides – Effets sur la santé

Des études menées dès la fin des années 1960 aux États-Unis
ont montré des taux de décès par cancer de la prostate signi-
ficativement plus élevés dans les zones rurales qu’en population
générale. Trois méta-analyses couvrant les études épidémiolo-
giques d’incidence ou de mortalité de cancer de la prostate
disponibles entre 1949 et 1994 ont montré un excès de risque
significatif de survenue de cancer de la prostate, estimé entre
7 et 12 % dans les populations rurales ou agricoles par rapport
à la population générale. Cependant, le fait de résider dans des
zones rurales n’est pas en soi synonyme d’utilisation de pesti-
cides.
D’autres études se sont penchées sur les populations utilisant
effectivement des pesticides, la plupart dans un contexte pro-
fessionnel. Trois autres méta-analyses portant sur le risque de
cancer de la prostate dans des populations effectivement expo-
sées aux pesticides dans un contexte professionnel (des applica-
teurs de pesticides et des employés travaillant dans des usines
de production de pesticides) ont montré des excès de risque
significatif compris entre 12 et 28 %. Ce risque est plus impor-
tant pour les applicateurs de pesticides et diffère selon les régions
géographiques, le risque étant plus élevé en Amérique du Nord
qu’en Europe.
La cohorte prospective Agricultural Health Study (AHS) aux
États-Unis, menée auprès d’exploitants agricoles et d’applica-
teurs de pesticides, a confirmé le risque accru de survenue de
cancer de la prostate chez les exploitants agricoles applicateurs
de pesticides (de l’ordre de 19 %) ainsi que chez les applicateurs
professionnels de pesticides (de l’ordre de 28 %).

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et cancer


de la prostate

Exposition Populations concernées par un Présomption


excès de risque significatif d’un lien
Pesticides Agriculteurs, applicateurs, ouvriers ++
(sans distinction) en industrie de production

++ d’après les résultats de 6 méta-analyses et une étude de cohorte (AHS)


prospective
50
Synthèse

Parmi les matières actives associés à un risque accru significa-


tif, figurent le butylate (herbicide de la famille des carbamates)
ainsi que, le terbufos (insecticide organophosphoré), mais à la
limite du seuil de significativité statistique. Pour certaines
matières actives, des associations ont été retrouvées en présence
d’antécédents familiaux de cancer de la prostate. Il s’agit du
butylate et des insecticides carbofuran, coumaphos, fonofos,
perméthrine et à la limite du seuil de significativité, le phorate.
Ces observations suggèrent que des facteurs de susceptibilité
génétique liés à la maladie où des facteurs environnementaux
à risque partagés par les membres d’une même famille, pour-
raient moduler le risque de survenue de cancer de la prostate
en présence d’une exposition à un pesticide. Des études récentes
montrant des interactions entre des variants génétiques situés
sur la région 8q24 (connue pour contenir de nombreux loci à
risque pour le cancer de la prostate) et l’exposition à certains
pesticides (coumaphos, fonofos et perméthrine) soutiennent
cette hypothèse.
Des études de type cas-témoins ont été réalisées ces dernières
années en utilisant des mesures biologiques des expositions. Elles
concernent exclusivement des pesticides organochlorés réputés
être persistants dans l’organisme. Ces études suggèrent des asso-
ciations positives avec le chlordécone, la dieldrine, l’isomère β
de l’hexachlorocyclohexane et le trans-nonachlore. Dans le cas
du chlordécone, l’association retrouvée est modulée par certains
polymorphismes du gène codant la chlordécone réductase, une
enzyme qui métabolise cette molécule, ainsi que par la présence
d’antécédents familiaux de cancer de la prostate.

51
Pesticides – Effets sur la santé

Familles et substances actives impliquées dans les excès de risque


du cancer de la prostate

Familles Populations concernées par un Présomption


Substances actives excès de risque significatif d’un lien

Organochlorés
Chlordécone Population générale ++
Dieldrine Population générale ±

β HCH Population générale ±

Chlordane (trans nona- Population générale ±


chlore)

Organosphorés
Coumaphos Agriculteurs avec antécédents +
familiaux de cancer de la pros-
tate
Fonofos Agriculteurs avec antécédents +
familiaux de cancer de la pros-
tate

Carbamates/thiocarbamates/dithiocarbamates
Butylate Agriculteurs +
Carbofuran Agriculteurs avec antécédents +
familiaux de cancer de la pros-
tate

Pyréthrinoïdes
Perméthrine Agriculteurs avec antécédents +
familiaux de cancer de la pros-
tate

++ d’après les résultats d’une étude cas-témoins avec une caractérisation par
des marqueurs biologiques de l’exposition
+ d’après les résultats d’une étude cas-témoins nichée dans la cohorte AHS
± d’après les résultats d’études cas-témoins ou de cohortes

Exposition aux pesticides et cancer du testicule

Le cancer du testicule est un cancer rare, environ 1 à 2 % des


cancers toutes localisations confondues, et qui affecte principa-
lement les jeunes adultes entre 20 et 35 ans. L’incidence est plus
élevée dans les pays développés, en particulier dans le Nord de
l’Europe, que dans les pays en voie de développement. L’inci-
52 dence varie selon l’origine ethnique des populations, elle est
Synthèse

plus élevée parmi les populations caucasiennes que parmi celles


originaires de l’Afrique subsaharienne.
En France, avec 2 324 nouveaux cas estimés en 2011, le cancer
du testicule se situe au 23e rang des cancers et représentent 0,6 %
de l’ensemble des cancers incidents. Le taux d’incidence stan-
dardisé est de 7,4 cas pour 100 000 hommes-années. Ce taux
fait de la France un pays à incidence élevée. Contrairement au
cancer de la prostate, le cancer du testicule est peu fréquent aux
Antilles françaises.
Il se situe au 22e rang des décès par cancer et représente 0,1 %
de l’ensemble des décès. Le taux de mortalité standardisé est de
0,2 pour 100 000 hommes-années.
Une augmentation significative de l’incidence du cancer du
testicule a été constatée ces dernières décennies dans la plupart
des pays du monde, en particulier dans les pays où l’incidence
y est déjà élevée.
L’étiologie du cancer du testicule est inconnue. Le seul facteur
de risque unanimement reconnu est l’absence de descente ou la
mauvaise descente testiculaire dans les bourses au cours du déve-
loppement embryonnaire (cryptorchidie). Celle-ci intervient
généralement avant la naissance. L’augmentation de l’incidence
n’est expliquée ni par l’amélioration des procédures de diagnos-
tic, ni par le vieillissement des populations.
La prépondérance du cancer du testicule dans des milieux ruraux
comparée à celle des milieux urbains a été signalée pour la pre-
mière fois en 1969 sans être confirmée dans les années suivantes.
En 1985, une revue de la littérature mentionnait que sur six
études portant sur le risque de survenue de cancer du testicule
chez des populations agricoles, trois d’entre elles montraient des
associations positives et trois autres aucune association.
Deux méta-analyses publiées en 1992 et en 1998, se sont inté-
ressées aux études portant sur le risque de cancer (mortalité ou
incidence) chez des populations résidant dans des régions rurales
à forte activité agricole comparée à la population générale.
Concernant le cancer du testicule, aucune n’a montré d’excès
de risque. 53
Pesticides – Effets sur la santé

La cohorte prospective AHS aux États-Unis après un suivi


moyen de 10,8 années, n’a pas montré d’excès de risque de sur-
venue de cancer du testicule ni chez les exploitants agricoles
applicateurs de pesticides ni chez les applicateurs professionnels
par rapport à la population générale.
Plusieurs autres études de cohorte se sont intéressées au risque
de survenue ou de décès par cancer du testicule parmi des popu-
lations agricoles ou applicateurs de pesticides dans divers pays
du monde (Suède, États-Unis, Finlande, Costa-Rica, Royaume-
Uni, Danemark). Ces études n’ont pas globalement rapporté
d’association significative. Trois études (États-Unis, Royaume-
Uni, Finlande) ont présenté des excès de risque significatifs de
survenue de cancer de testicule chez les applicateurs ou les sujets
les plus exposés. L’étude finlandaise a montré une relation dose-
effet significative avec l’emploi d’herbicides, fongicides et insec-
ticides.
Quelques études de type cas-témoins, dont une réalisée ces der-
nières années en France, n’ont pas permis de mettre en évidence
d’association significative entre les activités agricoles ou de jar-
dinage, et le risque de cancer du testicule.
Le risque de survenue de cancer du testicule chez les enfants
d’agriculteurs ou d’applicateurs de pesticides a fait l’objet de
deux études. L’une réalisée en Norvège chez les agriculteurs
(sans information sur l’emploi de pesticides) a montré un excès
de risque significatif alors que celle réalisée en Suède chez les
applicateurs de pesticides n’a pas montré d’augmentation du
risque.

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et cancer


du testicule

Exposition Populations concernées par un Présomption


excès de risque significatif d’un lien
Pesticides Populations agricoles ±
(sans distinction)

± d’après les résultats de deux méta-analyses et de plusieurs études de cohortes


(AHS et autres) et cas-témoins
54
Synthèse

Des études de cohortes centrées sur des travailleurs de l’industrie


chimique ou bien exposés professionnellement à certaines
matières actives (alachlore, DBCP, bromure de méthyle, herbi-
cides de type phénoxy ou chlorophénols) se sont avérées globa-
lement négatives à l’exception des hommes exposés au bromure
de méthyle chez lesquels un excès de risque significatif de décès
par cancer du testicule a été observé.
Finalement, des études s’appuyant sur la mesure biologique
d’imprégnation à certains pesticides persistants (exclusivement
organochlorés) dans le sang des cas et témoins ou dans le sang
maternel de cas et de témoins tendent à montrer des associations
positives significatives entre le risque de survenue de cancer du
testicule et l’exposition à des chlordanes et au DDE. Une asso-
ciation positive a également été retrouvée avec l’hexachloroben-
zène, mais à partir d’une étude portant sur un très faible effectif.
Il faut souligner que l’exposition pendant la période prénatale,
postnatale précoce, pré ou pubertaire, périodes sensibles pour le
développement et la maturation du testicule, est rarement prise
en compte dans les études.

Familles et substances actives impliquées dans les excès de risque


du cancer du testicule

Famille Populations concernées par un Présomption


Substances actives excès de risque significatif d’un lien

Organochlorés
Chlordane Population générale +
DDE Population générale +

Hydrocarbure aliphatique bromé


Bromure de méthyle Ouvriers en industrie de produits +
chimiques

+ d’après les résultats des études cas-témoins et d’une étude de mortalité

55
Pesticides – Effets sur la santé

Exposition aux pesticides et tumeurs cérébrales

Les tumeurs du système nerveux central regroupent des enti-


tés diverses qui se développent à partir de cellules spécialisées
du système nerveux central. On distingue principalement les
tumeurs neuroépithéliales (représentées en majorité par les
gliomes), les tumeurs des méninges, les tumeurs des nerfs crâ-
niens et les lymphomes primitifs du système nerveux central.
Les tumeurs neuroépithéliales représentent près de la moitié
des tumeurs du système nerveux central. Elles ont pour origine,
soit les neurones, soit les cellules gliales entourant les neu-
rones.
La diversité histologique des tumeurs cérébrales rend particuliè-
rement complexe la comparaison des incidences estimées par
les registres dans différentes régions, différents pays et sur des
périodes de temps variables. L’incidence dans le monde des
tumeurs cérébrales en 2008 est estimée globalement, à partir des
registres généraux de cancer, à 3,5 pour 100 000 personnes-
années.
Pour la France, les projections pour l’année 2011, font état de
taux d’incidence (standardisés sur la population mondiale pour
100 000 personnes-années) des tumeurs du système nerveux
central malignes de 6,2 chez l’homme (2 680 cas) et de 4,3 chez
la femme (2 089 cas). Cette localisation se situe au 16e rang
chez l’homme et la femme de l’ensemble des cancers incidents.
Le registre spécialisé de Gironde qui recense l’ensemble des types
histologiques, estime l’incidence à 18,8 pour 100 000 habitants
sur la décennie 2000-2009, et met en évidence une tendance
globale à l’augmentation de l’incidence des tumeurs cérébrales
(incluant les tumeurs malignes et bénignes) sur la période 2000-
2007 de 2,3 % par an.
Plusieurs hypothèses peuvent être énoncées concernant la pro-
gression de l’incidence : des modifications de l’enregistrement
des tumeurs, des progrès dans les techniques diagnostiques et la
prise en charge des patients, ou encore le rôle de facteurs étio-
56 logiques tels que les expositions environnementales.
Synthèse

En dehors des radiations ionisantes et de certains syndromes géné-


tiques particuliers, les tumeurs cérébrales, quel qu’en soit le type
histologique (gliomes, méningiomes, neurinomes, lymphomes,…)
ne disposent à ce jour d’aucun facteur étiologique reconnu.
Le nombre d’études portant sur le lien entre tumeurs cérébrales
et pesticides reste aujourd’hui encore relativement limité, envi-
ron une vingtaine si on ne prend pas en compte les cohortes
historiques et les études cas-témoins professionnelles générales
qui n’explorent que très imparfaitement l’exposition aux pesti-
cides ou portent sur un nombre de cas très faible.
Le rôle de l’exposition aux pesticides dans la survenue de tumeurs
cérébrales a été initialement suggéré à partir des années 1980
par les résultats de cohortes historiques principalement en Amé-
rique du Nord et en Scandinavie, qui montraient de manière
répétée des excès de risque de tumeurs cérébrales chez les agri-
culteurs. Cependant, dans ces études, la définition des tumeurs,
généralement établie à partir des certificats de décès souffrait
d’imprécisions, et les facteurs individuels ne pouvaient généra-
lement pas être pris en compte.
Entre 1992 et 1998, trois méta-analyses ont été publiées. Deux
synthétisent la littérature épidémiologique concernant les risques
pour tous les cancers (mortalité et incidence) chez les agriculteurs
et rapportent un excès de risque modéré de tumeurs cérébrales,
significatif ou à la limite du seuil de significativité. La troisième
couvrant la période 1981-1996, porte spécifiquement sur le risque
de tumeurs cérébrales en milieu agricole et conclut à une élévation
de risque de 30 % de ces tumeurs, statistiquement significative,
retrouvée dans les analyses par type d’études (cohortes et cas-
témoins) mais pas dans celles restreintes aux femmes agricultrices.
Compte-tenu de la faible incidence des tumeurs du système nerveux
central, les études de cohorte existantes dont la cohorte AHS sont
limitées en termes de puissance et n’ont pu mettre en évidence de
manière claire un lien avec les tumeurs du système nerveux central.
Toutefois, des tendances à l’augmentation de la mortalité par
tumeurs cérébrales ont été relatées dans certaines cohortes histo-
riques (applicateurs professionnels, gérants de terrains de golf…). 57
Pesticides – Effets sur la santé

À partir des années 2000, les études cas-témoins ont inclus des
séries de cas incidents, caractérisés sur le plan anatomo-patholo-
gique, interrogés individuellement, avec reconstitution détaillée
de l’historique des emplois et des expositions. Parmi la dizaine de
publications, quelques unes ont mis en évidence des élévations
significatives du risque de tumeur cérébrale. Elles ne sont néan-
moins pas totalement comparables car elles se sont intéressées à
des types histologiques variables (gliomes ou méningiomes), et se
sont déroulées dans des contextes agricoles divers (viticulture,
grandes cultures). Parmi elles, une étude cas-témoins menée en
France en Gironde rapporte un triplement significatif du risque
de gliomes parmi les personnes ayant été les plus exposées aux
pesticides en viticulture au cours de leur vie professionnelle. En
raison de l’hétérogénéité des études existantes, il n’existe pas à ce
jour de méta-analyse récente des données publiées.
Quelques études ont exploré l’association entre l’exposition envi-
ronnementale aux pesticides et la survenue de tumeur cérébrale.
Il s’agissait principalement d’études écologiques, basées sur le lieu
de résidence des sujets. L’exposition environnementale était alors
définie comme le fait d’habiter sur une ferme ou à proximité, dans
une zone à forte activité agricole ou à proximité d’une usine de
production de pesticides. Certaines de ces études ont observé des
associations positives. À noter qu’une étude écologique a égale-
ment été menée concernant les expositions professionnelles aux
pesticides en France fondée sur les données du recensement agri-
cole et a mis en évidence une élévation du risque de 11 % statis-
tiquement significative pour les expositions viticoles.

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et tumeurs


cérébrales (gliomes, méningiomes)

Exposition Populations concernées par un Présomption


excès de risque significatif d’un lien
Pesticides Populations agricoles ±
(sans distinction)

± d’après les résultats de trois méta-analyses, d’études de cohortes (AHS et


autres) et d’études transversales
58
Synthèse

Il n’est pas possible aujourd’hui de mettre en cause des matières


actives précises, voire des groupes de pesticides. Toutefois, une
élévation de risque significative d’incidence de tumeurs céré-
brales est rapportée dans l’AHS chez les personnes ayant le
niveau d’exposition le plus élevé de chlorpyrifos. Des données
expérimentales chez l’animal, signalant des effets avec des déri-
vés nitrosés, n’ont pas été confirmées jusque-là par les études
épidémiologiques existantes.

Exposition aux pesticides et mélanomes

Les mélanomes cutanés sont des cancers peu fréquents mais dont
l’incidence augmente régulièrement au niveau mondial et plus
particulièrement dans les pays à haut niveau de vie.
Avec 9 784 nouveaux cas estimés en France en 2011 dont 47 %
survenant chez l’homme, le mélanome se situe au 9e rang de
l’ensemble des cancers incidents et représente 2,7 % des nou-
veaux cas de cancers. Il se place au 8e rang des cancers masculins
(environ 4 680 cas estimés, soit 2,3 % de l’incidence des cancers
masculins) et au 6e rang des cancers féminins (environ 5 100 cas
estimés, soit 3,2 % de l’incidence des cancers féminins). Les
taux d’incidence standardisés pour 100 000 personnes-années
sont de 9,7 et 10,1 respectivement chez l’homme et la femme.
Chez l’homme comme chez la femme, l’incidence du mélanome
est en forte augmentation en France depuis 1980 avec toutefois
un ralentissement de cette évolution en 2000.
Le mélanome se situe au 16e rang des décès par cancer, et repré-
sente 1,1 % de l’ensemble des décès par cancer. Les taux de
mortalité standardisés pour 100 000 personnes-années sont res-
pectivement de 1,7 et de 1,0 chez l’homme et chez la femme.
Les expositions aux rayonnements UV naturels et artificiels sont
des facteurs de risque majeurs établis de longue date. Les facteurs
de sensibilité individuelle à ces rayonnements sont essentielle-
ment liés au phénotype cutané (présence et localisation anato-
mique de naevi, couleur de la peau, des yeux…). Les emplois
en extérieur sont généralement associés à un excès de risque de 59
Pesticides – Effets sur la santé

ce type de cancers. À ce titre, les excès de mélanomes cutanés


observés en milieu agricole ont été associés essentiellement à
l’exposition aux rayonnements UV. Cependant, les études
métrologiques sur les pesticides menées par des hygiénistes en
Europe et en Amérique du Nord (essentiellement à l’initiative
d’industriels dans le cadre de la réglementation de mise sur le
marché pour ces derniers) ont montré depuis plusieurs décennies,
que la voie majeure d’exposition aux pesticides en milieu pro-
fessionnel était la voie cutanée.
Une méta-analyse publiée en 1992 montrait un excès significatif
de risque de 15 % chez les agriculteurs, celle publiée en 1998 ne
montrait pas globalement d’excès de risque et même un léger
déficit de 5 %. Cependant, le méta-risque, restreint aux analyses
des études cas-témoins, était en excès significatif de 15 %. Les
populations étudiées étaient très hétérogènes avec des informa-
tions très sommaires sur les expositions professionnelles et souvent
(sauf pour les études cas-témoins) une absence de prise en compte
des facteurs de risque établis de mélanomes cutanés. Cinq études
de cohortes (sur 23 répertoriées) montraient des excès de risque
de mortalité significatifs et 6 études de cohortes (sur 19) mon-
traient des excès de risque significatifs d’incidence au sein des
populations agricoles et également chez des personnes sélection-
nées pour leur exposition professionnelle aux pesticides (agricul-
teurs, jardiniers, vétérinaires, vétérans du Vietnam…). Sur les 4
études cas-témoins, 2 montraient un excès de risque significatif.

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et mélanome


cutané

Exposition Populations concernées par un Présomption


excès de risque significatif d’un lien
Pesticides Populations agricoles ±
(sans distinction)

± d’après les résultats de deux méta-analyses et de plusieurs études de


cohortes (AHS et autres) et d’études cas-témoins

Une seule étude, l’Agricultural Health Study documente le rôle


60 de pesticides spécifiques (au niveau de la matière active) dans
Synthèse

la survenue de mélanomes tout en prenant en compte les facteurs


de risque majeurs connus de ces cancers. Dans cette étude, les
mélanomes cutanés semblent associés de manière significative
à l’utilisation des insecticides carbaryl, parathion et toxaphène
ainsi que des fongicides dithiocarbamates (manèbe-mancozèbe).

Familles et substances actives impliquées dans les excès de risque


de mélanome cutané

Familles Population concernée par un Présomption


Substances actives excès de risque significatif d’un lien

Organochlorés
Toxaphène Agriculteurs +

Organophosphorés
Parathion Agriculteurs +

Carbamate/dithiocarbamates
Carbaryl Agriculteurs +
Manèbe/Mancozèbe Agriculteurs +

+ d’après les résultats d’une étude de cohorte (AHS)

Exposition aux pesticides et maladie de Parkinson

La maladie de Parkinson est la cause la plus fréquente de syndrome


parkinsonien et la maladie neurodégénérative la plus fréquente
après la maladie d’Alzheimer. Elle est liée à la perte progressive
des neurones dopaminergiques de la substance noire qui s’accom-
pagne de la présence de corps de Lewy. Son diagnostic est prin-
cipalement clinique et il existe un risque d’erreur diagnostique
avec d’autres causes de syndrome parkinsonien. Exceptionnelle
avant 50 ans, sa fréquence augmente avec l’âge avec une incidence
généralement comprise entre 50 et 200 pour 100 000 personnes-
années après 60 ans. La maladie de Parkinson est environ 1,5 fois
plus fréquente chez les hommes que chez les femmes.
La maladie de Parkinson est considérée comme une maladie mul-
tifactorielle résultant dans la majorité des cas de l’effet de facteurs 61
Pesticides – Effets sur la santé

multiples, génétiques ou environnementaux. Les formes monogé-


niques ne concernent qu’une minorité de patients et ont souvent
des caractéristiques particulières, notamment un âge de début
précoce. En plus de ces formes monogéniques, plusieurs gènes de
susceptibilité sont incriminés dans les formes sporadiques.
De nombreuses études épidémiologiques et toxicologiques apportent
des arguments en faveur d’un rôle de l’environnement. L’hypothèse
d’un lien entre la maladie de Parkinson et l’exposition aux pesticides
a été émise au début des années 1980 suite à la survenue de plusieurs
cas de syndrome parkinsonien après injection intraveineuse de
1-méthyle-4-phényl-1,2,3,6-tétrahydro pyridine (MPTP). Le MPTP
est métabolisé en 1-méthyle-4-phenylpyridinium (MPP+), un inhi-
biteur de la chaîne respiratoire mitochondriale possédant des pro-
priétés neurotoxiques sur les cellules dopaminergiques. Cette molé-
cule a une structure chimique proche de celle du paraquat, herbicide
non sélectif commercialisé depuis les années 1960 et qui a été très
largement utilisé (interdit aujourd’hui). Suite à cette observation, de
nombreuses études ont porté sur la relation entre la maladie de Par-
kinson, le métier d’agriculteur et l’exposition aux pesticides.
Une méta-analyse sur la relation entre la maladie de Parkinson
et l’exposition aux pesticides publiée en 2012 a inclus 46 études
(39 études cas-témoins, 4 études de cohorte, 3 études transver-
sales) réalisées jusqu’en novembre 2010 ; 40 études portaient
sur les pesticides sans distinction, tandis que 15 portaient sur
les herbicides, 15 sur les insecticides et 9 sur les fongicides8.
Cette méta-analyse montre que la plupart des études sur la rela-
tion entre exposition aux pesticides et maladie de Parkinson
reposent sur une méthode sommaire d’évaluation de l’exposition
(auto-déclarée, définition binaire de type oui/non) et n’ont pas
souvent considéré les familles ou types de produits. Dans un peu
plus de la moitié des études, les expositions professionnelles et
non-professionnelles n’étaient pas distinguées, tandis que
d’autres portaient exclusivement sur l’exposition professionnelle.

8.  VAN DER MARK M, BROUWER M, KROMHOUT H, NIJSSEN P, HUSS A, et coll. Is


pesticide use related to Parkinson’s disease? Some clues to heterogeity in study results.
62 Environ Health Perspect 2012, 120 : 340-347
Synthèse

Seules quelques études ont utilisé des méthodes d’évaluation de


l’exposition plus sophistiquées comme des matrices emploi-expo-
sition ou l’expertise individuelle des questionnaires d’exposition.
D’après cette méta-analyse, le risque de maladie de Parkinson
était 1,62 (IC 95 % [1,40-1,88]) fois plus élevé chez les personnes
exposées aux pesticides au cours de leur vie ce qui correspond à
un excès de risque significatif de 62 %. Le risque était de 1,67
(IC 95 % [1,43-1,96]) pour les études cas-témoins (n=33), il était
un peu plus faible pour les études de cohortes (n=4 ; OR=1,39 ;
IC 95 % [0,92-2,10]), mais statistiquement non différent de celui
des études cas-témoin. Il existait toutefois une hétérogénéité
importante entre les études. Le seul facteur qui expliquait une
partie de cette hétérogénéité était la méthode d’évaluation de
l’exposition. Le risque était de 1,50 (IC 95 % [1,26-1,78]) pour
les études avec une définition binaire (oui/non) de l’exposition
auto-déclarée tandis qu’il était de 1,71 (IC 95 %[1,30-2,25]) pour
les études sur l’exposition fréquente aux pesticides (auto-déclarée)
et de 2,50 (IC 95 % [1,54-4,05]) pour trois études qui avaient
défini l’exposition à partir du codage des métiers et dont les résul-
tats ne dépendaient pas des déclarations des participants.
Ces résultats sont en faveur d’une association entre l’exposition
aux pesticides et la maladie de Parkinson. Les différences des
résultats en fonction des méthodes d’évaluation de l’exposition
suggèrent que les méthodes les moins précises pourraient
conduire à une sous-estimation du risque et qu’il s’agit de l’un
des aspects qui pourrait être amélioré dans des études futures.
Certaines des études avec une évaluation plus détaillée de l’ex-
position aux pesticides ont pu montrer une relation dose-effet
en fonction de l’intensité de l’exposition.
D’après la méta-analyse, l’association est plus particulièrement
présente pour les herbicides (OR=1,40 ; IC 95 % [1,08-1,81])
et les insecticides (OR=1,50 ; IC 95 % [1,07-2,11]). Parmi les
herbicides, certaines études ont trouvé une association avec le
paraquat ou le 2,4-D, mais ces résultats n’ont pas été confirmés
par d’autres études. Parmi les insecticides, plusieurs études
retrouvent des arguments en faveur d’une association avec les
insecticides organochlorés. 63
Pesticides – Effets sur la santé

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et la maladie


de Parkinson

Exposition Populations concernées Présomption


par un excès de risque significatif d’un lien
Pesticides Professionnelles et non ++
(sans distinction) professionnelles
Herbicides Professionnelles et non ++
professionnelles
Insecticides Professionnelles et non ++
professionnelles

++ d’après les résultats de la méta-analyse la plus récente

Des analyses récentes réalisées dans le cadre de la cohorte pros-


pective de l’Agricultural Health Study ont pris en considération
l’exposition aux pesticides en les regroupant en fonction des
mécanismes toxicologiques impliqués dans la maladie de Par-
kinson. Un risque deux fois plus élevé de maladie de Parkinson
est observé chez les personnes exposées à un pesticide induisant
un stress oxydant et un risque 1,7 fois plus élevé chez celles
ayant utilisé un pesticide inhibant le complexe I mitochondrial.
Dans chaque groupe, une association avec un pesticide spécifique
a été observée, le paraquat (OR=2,5 ; IC 95 % [1,4-4,7]) et la
roténone (OR=2,5 ; IC 95 % [1,3-4,7]) respectivement. Quant
aux fongicides, bien que la méta-analyse ne retrouve pas d’asso-
ciation (OR=0,99), peu d’études ont porté sur cette famille de
produits et des études complémentaires sont nécessaires.
D’après une étude cas-témoins nichée dans une cohorte finlan-
daise avec un suivi de plus 30 ans, l’augmentation de la concen-
tration plasmatique de la dieldrine était associée à une augmen-
tation du risque de développer la maladie de Parkinson, le
résultat n’étant significatif que chez les non fumeurs (OR=1,95 ;
IC 95 % [1,26-3,02]).
De nombreuses questions demeurent quant à deux autres aspects
importants de l’exposition. D’une part, bien qu’un petit nombre
d’études aient montré une relation dose-effet, principalement
en fonction du nombre d’années d’exposition ou du nombre
cumulé d’applications, des données quantitatives plus détaillées
64 sont nécessaires pour mieux caractériser cette relation. D’autre
Synthèse

part, il semble que les mécanismes physiopathologiques impli-


qués dans la maladie de Parkinson débutent plusieurs années
avant l’apparition des signes moteurs et il existe de nombreuses
inconnues sur les fenêtres d’exposition pertinentes pour la mala-
die de Parkinson.

Familles et substances actives impliquées dans les excès de risque


de maladie de Parkinson

Familles Populations concernées par un Présomption


Substances actives excès de risque significatif d’un lien

Organochlorés
Insecticides Professionnelles ou non ++
Dieldrine Population générale (non fumeur) ±

Autres
Paraquat Agriculteurs +
Roténone Agriculteurs +

++ d’après les résultats de plusieurs études de cohortes


+ d’après les résultats d’une cohorte ou deux études cas-témoins
± d’après les résultats d’une étude cas-témoins

Plus récemment, quelques études ont exploré l’hypothèse d’inte-


ractions gènes-pesticides. Certaines d’entre elles ont rapporté
des résultats préliminaires qui restent à répliquer à plus grande
échelle sur l’implication éventuelle de certains polymorphismes
(ABCB1, GSTP, CYP2D6, PON1).
Peu d’études ont porté sur le rôle de l’exposition non-profes-
sionnelle aux pesticides mais des résultats obtenus en Californie
en combinant les lieux de résidence avec un registre d’utilisation
de pesticides grâce à des systèmes d’informations géographiques
sont en faveur d’une augmentation du risque de maladie de Par-
kinson chez les personnes vivant ou travaillant à proximité de
champs traités par pesticides, le plus souvent par voie aérienne.
Aucune étude n’a étudié la relation entre l’exposition alimen-
taire aux résidus de pesticides et la maladie de Parkinson. De
même, à notre connaissance, aucune étude n’a évalué le lien 65
Pesticides – Effets sur la santé

entre des expositions aux pesticides in utero ou pendant l’enfance


et le risque ultérieur de maladie de Parkinson.

Exposition aux pesticides et sclérose latérale


amyotrophique

La sclérose latérale amyotrophique (SLA) est la plus fréquente des


maladies du motoneurone. Il s’agit d’une affection neurodégéné-
rative progressive responsable d’une faiblesse musculaire associée
à une rigidité s’étendant progressivement et responsable du décès
en médiane 19 mois après le diagnostic en raison de difficultés
respiratoires et de troubles de la déglutition. Elle est secondaire à
la dégénérescence des neurones moteurs de la moelle épinière
(corne antérieure), du tronc cérébral et du cortex cérébral. Il s’agit
d’une maladie rare, environ 1,5 à 2,0 fois plus fréquente chez les
hommes que chez les femmes, dont l’incidence, comprise habituel-
lement entre 1,5 et 2,5 pour 100 000 personnes-années, augmente
avec l’âge jusqu’à 80 ans environ puis diminue. Des études récentes
suggèrent que la fréquence (mortalité, incidence) de la SLA a
augmenté au cours des dernières décennies mais les raisons qui
expliqueraient cette évolution restent mal connues.
Plusieurs facteurs, génétiques et environnementaux, inter-
viennent vraisemblablement dans la majorité des cas de SLA.
Parmi les facteurs de risque environnementaux, des études
évoquent le rôle du tabac, du plomb, de l’exercice physique et
des traumatismes répétés ou sévères, mais ces associations restent
encore débattues et font l’objet de recherches complémentaires.
Deux méta-analyses récentes, ayant utilisé des méthodes diffé-
rentes, sont disponibles et retrouvent une association entre
l’exposition aux pesticides et la SLA ; l’une d’entre elles estimait
un excès de risque significatif de 80 % (homme et femmes
confondus) tandis que l’autre rapportait un excès de risque de
88 % (significatif) chez les hommes et de 31 % (non significa-
tif) chez les femmes. Toutefois, les résultats individuels des études
restent souvent peu concordants et le petit nombre d’études
disponibles ne permet pas d’explorer correctement les sources
66 d’hétérogénéité ou un biais de publication.
Synthèse

Sur les dix études cas-témoins répertoriées, une seule, en Cali-


fornie, met en évidence une association significative chez les
hommes après expertise de l’exposition par des hygiénistes indus-
triels avec un doublement du risque chez les personnes exposées.
Cette association est caractérisée par une relation dose-effet.
L’association était du même ordre de grandeur pour les insecti-
cides, les herbicides et pour les pesticides utilisés dans le cadre
d’activités de loisir.
Compte tenu du caractère rare de la SLA, seules trois études de
cohorte ont pu étudier cette pathologie. L’une d’entre elles, de
nature rétrospective et conduite parmi des travailleurs d’une
usine produisant l’herbicide 2,4-D, a retrouvé une association
significative à partir de trois cas de SLA. Les deux autres études
n’ont pas montré une association significative entre la SLA et
l’exposition aux pesticides dans l’ensemble, mais retrouvent
néanmoins une élévation du risque, quoique non significative,
pour des expositions prolongées ou certaines catégories ou
familles de pesticides. À partir des données de la cohorte AHS,
aucun résultat significatif n’a été obtenu pour les insecticides
(organochlorés, organophosphorés, carbamates), herbicides, fon-
gicides ou fumigants mais le nombre de patients exposés à cha-
cune de ces catégories de produits était faible.

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et sclérose latérale


amyotrophique (SLA)

Exposition Populations concernées Présomption


par un excès de risque significatif d’un lien
Pesticides Agriculteurs ±
(sans distinction)

± d’après les résultats de deux méta-analyses récentes

Exposition aux pesticides et maladie d’Alzheimer

La maladie d’Alzheimer est une affection neurologique caracté-


risée par une atrophie cérébrale accompagnée de plaques séniles
(dépôts extracellulaires de peptide β-amyloïde) et de dégénéres- 67
Pesticides – Effets sur la santé

cence neurofibrillaire (accumulation de protéine Tau hyperphos-


phorylée).
La maladie d’Alzheimer est la cause la plus fréquente de démence
chez le sujet âgé, et touche jusqu’à 40 % des sujets de 85 ans et
plus. En dehors de l’âge et du sexe, le seul facteur de risque
reconnu de la maladie est le génotype epsilon 4 de l’apolipopro-
téine E (APOE4). La proportion de cas familiaux est faible (de
l’ordre de 10 %), ce qui suggère la possible contribution de
facteurs environnementaux parmi lesquels les solvants, les
champs électromagnétiques, le plomb, l’aluminium et les pesti-
cides. Seule une dizaine d’études a aujourd’hui exploré l’hypo-
thèse d’un lien entre pesticides et maladie d’Alzheimer.
La moitié des études réalisées à ce jour reposaient sur un schéma
cas-témoins. Compte-tenu des troubles de mémoire présentés
par les sujets au moment de l’entretien, elles s’appuyaient sur
des mesures indirectes de l’exposition : professions agricoles
mentionnées sur les certificats de décès, données écologiques
concernant l’usage de ces substances (quantités épandues dans
la zone de résidence), interrogatoire des proches, ou bien avis
d’experts ou encore matrice emploi-expositions. Dans ces cir-
constances, les paramètres d’exposition étaient le plus souvent
sommaires ou imprécis. De plus le diagnostic de la maladie ne
reposait pas nécessairement sur des critères internationaux vali-
dés. Parmi les cinq études, une seule étude canadienne trouve
une élévation significative du risque de maladie d’Alzheimer de
l’ordre du doublement pour les expositions aux pesticides
(OR=2,17 ; IC 95% [1,25-3,70]).
Plus récemment, à compter des années 2000, trois cohortes pros-
pectives, canadienne, américaine et française, ont apporté de
nouvelles données. Elles disposaient de diagnostics cliniques de
la maladie reposant sur des critères validés. Le nombre de cas
incidents identifiés au cours du suivi de ces cohortes (5 à 7 ans
selon les études) variait de quelques dizaines à plusieurs centaines.
Les informations concernant l’exposition avaient été recueillies
auprès des sujets avant le début des troubles de mémoire et com-
portaient, dans deux cohortes, un calendrier professionnel
68 détaillé. Dans ces trois études, des élévations significatives de
Synthèse

risque de maladie d’Alzheimer étaient mises en évidence chez


les personnes exposées aux pesticides, atteignant dans l’étude
canadienne un quadruplement du risque pour les utilisateurs de
défoliants et les fumigants, et dans les deux autres un doublement
de risque en rapport avec l’utilisation des pesticides. L’excès de
risque est de 40 % à 50 % (significatif ou à la limite du seuil de
significativité) pour les pesticides en général, les organophospho-
rés ou les organochlorés dans l’étude américaine.

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides


et la maladie d’Alzheimer

Exposition Populations concernées par un Présomption


excès de risque significatif d’un lien
Pesticides Agriculteurs +
(sans distinction)

+ d’après les résultats de trois cohortes prospectives

Exposition aux pesticides et troubles cognitifs

Au cours du traitement de l’information, le cerveau met en


œuvre des processus divers et complexes impliquant notamment
la mémoire, l’attention, le jugement, la compréhension et le
raisonnement, afin de produire des réponses adaptées. Un certain
nombre d’agents environnementaux sont suspectés de perturber
le bon fonctionnement du système nerveux central, probable-
ment en interagissant avec les neuromédiateurs. Concernant les
pesticides, leur impact potentiel sur le fonctionnement cérébral
a été évoqué en raison de l’identification clinique d’altérations
chroniques des fonctions cognitives dans les suites d’intoxica-
tions aiguës par des organophosphorés. À ce jour, près d’une
quarantaine d’études épidémiologiques ont recherché des effets
sur les fonctions neurologiques centrales des sujets profession-
nellement exposés aux pesticides.
Les premières études d’observation, menées dans les années 1990,
visaient à étudier la fréquence de manifestations neurologiques
chroniques à distance d’intoxications aiguës. Ces études 69
Pesticides – Effets sur la santé

transversales ont mis en évidence de manière convergente un


abaissement des performances aux tests chez les sujets ayant été
intoxiqués par des organophosphorés concernant diverses fonc-
tions cognitives, notamment l’attention visuelle, la mémoire et
l’abstraction. Cependant, le délai entre l’intoxication et l’examen
cognitif était très variable (de quelques mois à plusieurs années
voire décennies), de même que la nature des organophosphorés
impliqués dans l’intoxication, et le mode d’intoxication.
Par la suite, une quinzaine d’études, également transversales,
visaient non plus à déceler les effets retardés d’expositions mas-
sives sur les fonctions cognitives, mais à rechercher l’effet d’ex-
positions chroniques, essentiellement professionnelles. La plu-
part de ces études se sont focalisées sur les insecticides inhibiteurs
de l’acétylcholinestérase tels que les organophosphorés. Seules
cinq études ont également étudié d’autres insecticides tels que
les organochlorés et les pyréthrinoïdes. Ces études se sont dérou-
lées dans des contextes très divers, mais généralement caracté-
risés par l’importance de la lutte contre les insectes : culture du
coton, vergers, élevage de moutons (désinsectisation par des
organophosphorés), désinsectisation dans le cadre de la lutte
contre la malaria ou utilisation de termiticides. La plupart de
ces études ont conclu à des altérations des performances aux
tests, impliquant en particulier l’attention, chez des sujets expo-
sés professionnellement de manière chronique aux pesticides.
Peu d’études ont pris en considération la dimension longitudi-
nale de l’impact des pesticides sur les fonctions cognitives et
cherché à caractériser les performances chez un même sujet à
plusieurs temps de son parcours professionnel (avant/après une
journée de traitement, avant/après une saison, après plusieurs
années d’exposition). Ces études, lorsqu’elles étaient de taille
limitée, ou réalisées sur une période courte, ne concluaient géné-
ralement pas à une altération des performances cognitives.
Quatre cohortes prospectives incluant plusieurs centaines de
personnes, et réalisant un suivi de plusieurs années ont été mises
en place dans divers contextes agricoles. Elles ont permis d’étu-
dier de manière longitudinale des effets à plus long terme, notam-
70 ment en Gironde auprès d’ouvriers viticoles. Trois d’entre elles
Synthèse

(Pays-Bas, France, Nicaragua) ont mis en évidence des dégra-


dations des performances cognitives au cours du temps chez les
personnes exposées aux pesticides. Un excès de risque significa-
tif a été rapporté dans la cohorte des Pays-Bas. Mais, les résultats
obtenus aux États-Unis dans l’Agricultural Health Study étaient
peu concordants (altérations pour certains tests mais améliora-
tions pour d’autres, différence d’effets selon les organophospho-
rés étudiés et selon les régions).

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides


et troubles cognitifs

Exposition Populations concernées par un Présomption


excès de risque significatif d’un lien
Pesticides Agriculteurs, agriculteurs ayant des +
(sans distinction)a antécédents d’intoxications aigues

+ d’après les résultats d’une méta-analyse récente regroupant la majorité des


études de cohortes
a
Principalement insecticides organophosphorés

Quatre revues synthétisant les résultats de la quarantaine d’études


concernant les effets des pesticides sur les performances cognitives,
concluaient globalement à un effet délétère des expositions aux
pesticides sur le fonctionnement cognitif, de manière plus claire
en présence d’intoxication aiguë. Les altérations observées concer-
naient un éventail large de fonctions neurologiques centrales.
Très récemment, une première méta-analyse rassemblant la
majorité des études de cohortes (applicateurs et agriculteurs)
confirme une augmentation significative de certains déficits
cognitifs (attention, capacités visuo-motrices, abstraction ver-
bale, perception) chez les agriculteurs après une exposition chro-
nique aux pesticides.
Très peu d’études se sont intéressées à des pesticides autres que
les organophosphorés et/ou les carbamates, mais elles ont éga-
lement montré des associations positives. La réalisation de ces
études implique de faire passer des tests neurocomportementaux
aux sujets, et se déroulent lors d’entrevues en face à face. Ceci
représente une limite concernant le nombre de personnes 71
Pesticides – Effets sur la santé

interrogées (rarement plus de quelques dizaines), mais permet


une meilleure détermination des expositions, réalisée soit par
questionnaire en face à face, soit par la mesure dans le sang de
l’activité enzymatique de l’acétylcholinestérase. Néanmoins, le
niveau d’activité de ce biomarqueur n’est qu’exceptionnellement
corrélé aux effets de santé observés, en raison notamment de la
demi-vie brève des insecticides. Certaines études ayant quanti-
fié les expositions ont montré qu’une durée d’exposition d’au
moins 10 années semblait nécessaire pour voir apparaître les
déficits. D’autres démontrent que les expositions les plus élevées
s’accompagnent d’une détérioration plus nette des performances.
La mise en évidence de ces baisses de performance peut laisser
craindre des détériorations s’aggravant au cours du temps, sus-
ceptibles de prédire ou d’accompagner des pathologies neurodé-
génératives telles que la maladie d’Alzheimer.

Exposition aux pesticides et troubles anxio-dépressifs

L’évaluation des troubles anxio-dépressifs au sein des populations


soulève de nombreuses difficultés, la première d’entre elles étant
de définir de manière claire et consensuelle des entités patho-
logiques, identifiables et dénombrables avec des outils épidémio-
logiques tels que des échelles d’évaluation et des questionnaires.
Ainsi, les données d’incidence et de prévalence restent
aujourd’hui largement débattues. En France, selon les études, la
prévalence des épisodes dépressifs majeurs est évaluée entre 6
et 12 % et celle des symptômes dépressifs à 19 %.
Plusieurs travaux menés dans différents pays ont mis en évi-
dence des taux de dépression et de suicide plus élevés en popu-
lation agricole que dans la population générale. Ce constat
s’appuie notamment sur des travaux en sociologie de la santé.
Les particularités du mode de vie agricole ont suscité diverses
études, dans l’objectif de décrire les conséquences sanitaires
d’un habitat rural très isolé, d’un réseau social restreint, et d’un
accès aux structures de soins plus difficile. De plus, les condi-
72 tions de travail en milieu agricole, caractérisées par différents
Synthèse

facteurs de stress (pression temporelle liée à des journées de


travail souvent longues, aléas saisonniers et météorologiques
et difficultés économiques liées aux incertitudes de la consom-
mation) jouent probablement un rôle important dans cette
situation. Cependant, ces études n’apprécient généralement
pas le rôle spécifique de l’usage des pesticides dans la survenue
des troubles. Plusieurs de ces études suggèrent par ailleurs que
la mortalité par suicide serait favorisée par le recours à des
moyens plus fréquemment fatals (armes à feu, pendaisons,
intoxications par des produits chimiques) auxquels les agricul-
teurs auraient un accès facilité.
L’hypothèse du rôle des pesticides dans l’apparition de symptômes
dépressifs et d’anxiété est sous-tendue par leur possible interfé-
rence avec les nombreux neurotransmetteurs, tels que la séro-
tonine, qui jouent un rôle majeur dans les processus mentaux
et comportementaux. Dès la fin des années 1970, plusieurs obser-
vations de toxicologie clinique ont mis en évidence des syn-
dromes dépressifs, troubles du sommeil, manifestations d’anxiété
ou d’irritabilité chez des personnes ayant subi une intoxication
aiguë par un pesticide, principalement de la famille des organo-
phosphorés. Ces observations cliniques ont été suivies de
quelques études épidémiologiques transversales comparant des
paramètres psychiatriques dans des groupes de sujets ayant ou
non subi une intoxication aiguë de manière plus ou moins
ancienne. L’étude la plus importante, menée dans le Colorado
auprès de plus de 800 personnes, mettait en évidence un dou-
blement (à la limite du seuil de significativité) du risque de
dépression en lien avec l’exposition aux pesticides, même lorsque
d’autres facteurs de risque étaient pris en compte, telles que les
difficultés financières.
Depuis la fin des années 1990, la possibilité de troubles anxio-
dépressifs liés à des expositions prolongées, en dehors d’épisode
d’intoxication aiguë, a été explorée dans une quinzaine d’études
transversales ou cas-témoins, menées dans divers contextes agri-
coles, notamment ceux où l’emploi d’insecticides était particu-
lièrement fréquent tels que l’élevage ovin, la culture du coton,
celle du tabac, l’horticulture ou le maraîchage, la viticulture… 73
Pesticides – Effets sur la santé

Deux études menées au Royaume-Uni chez les éleveurs de mou-


tons (bains d’insecticides organophosphorés pour le traitement
externe des moutons) rapportent un risque significatif de dépres-
sion ou d’anxiété après exposition chronique aux insecticides.
Dans un contexte de grandes cultures, une étude cas-témoins
nichée dans la cohorte de l’Agricultural Health Study a mis en
évidence une élévation significative (de 7 à 11 %) du risque de
dépression chez les exploitants agricoles applicateurs de pesticides
et chez leurs conjointes, principalement s’ils signalaient un épi-
sode d’intoxication aiguë ou d’exposition majeure, en particulier
aux insecticides organophosphorés. Ce résultat est conforté par
une autre vaste étude menée dans le Colorado où le risque de
dépression apparaissait multiplié par 6 chez les exploitants agri-
coles applicateurs et leurs conjointes signalant des troubles soma-
tiques en relation avec l’utilisation de pesticides.

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et troubles


anxio-dépressifs

Exposition Populations concernées par un Présomption


excès de risque significatif d’un lien
Pesticides Agriculteurs, agriculteurs ayant des ±
(sans distinction)a antécédents d’intoxications aiguës,
applicateurs

± d’après les résultats d’une étude cas-témoins nichée dans AHS et d’autres
études transversales
a
Principalement des insecticides organophosphorés

Les études portant sur le lien entre troubles anxio-dépressifs


et expositions aux pesticides sont confrontées à la difficulté de
disposer d’outils de mesure des troubles permettant de définir
des effets à l’échelle de populations suffisamment larges, et à
celle de reconstituer les expositions aiguës aussi bien que chro-
niques. Néanmoins, malgré ces limites, l’ensemble des résultats
converge vers une plus grande fréquence de troubles anxieux
et dépressifs chez les personnes exposées, aussi bien dans les
suites d’expositions massives au décours d’intoxications aiguës
74 que pour des expositions plus modérées mais prolongées.
Synthèse

L’étude du lien entre pesticides et suicide est encore plus com-


plexe. Plusieurs études suggèrent un lien possible entre les expo-
sitions aux pesticides et les tentatives de suicide, sans qu’il soit
réellement possible à partir des données existantes de distinguer
le rôle spécifique des pesticides de celui d’autres facteurs présents
en milieu agricole, ni de déterminer avec certitude le sens de la
relation : les populations exposées aux pesticides sont-elles plus
vulnérables vis-à-vis du risque de suicide ou leur vulnérabilité
s’associe-t-elle à une plus grande probabilité d’exposition ?
L’éventualité d’effets psychiatriques liés aux expositions aux
pesticides soulève des questions de santé publique importantes.
Elle pourrait, dans une certaine mesure, contribuer à expliquer
les excès de suicide en milieu agricole observés dans de nom-
breux pays. Elle interroge également sur le risque possible
d’accidents pouvant découler de troubles de l’attention secon-
daires à des perturbations de l’humeur. Elle met également en
garde sur l’accessibilité par ces populations, mais également
pour la population générale, de substances permettant un acte
suicidaire.

Exposition aux pesticides, grossesse et développement


de l’enfant

Les périodes du développement embryonnaire, fœtal et de la petite


enfance sont particulièrement sensibles aux pollutions environ-
nementales. Les expositions à des toxiques chimiques au cours de
ces périodes de vulnérabilité accrue peuvent être responsables de
pathologies et de handicaps chez le nouveau-né, chez l’enfant ou
durant la vie entière. Les effets sanitaires pouvant résulter de ces
expositions sont des événements survenant pendant la grossesse
(avortements spontanés, malformations congénitales, diminution
du poids de naissance ou de la durée de gestation), des altérations
fonctionnelles apparaissant après la naissance et affectant entre
autres le système reproducteur, le métabolisme et la croissance, le
développement psychomoteur et intellectuel et le comportement
de l’enfant, ou encore le développement de cancers chez l’enfant. 75
Pesticides – Effets sur la santé

Les conséquences d’une exposition précoce doivent être évaluées


séparément pour les pesticides utilisés récemment dont l’une des
caractéristiques est une faible persistance dans l’environnement
(pesticides non persistants) et pour les pesticides persistants, en
particulier organochlorés pour lesquels la voie d’exposition est
maintenant principalement alimentaire car la plupart sont inter-
dits d’usage en France y compris pour l’usage professionnel.
En milieu professionnel, de nombreuses études ont été conduites sur
les conséquences d’une exposition aux pesticides non persistants
pendant la grossesse, principalement chez des femmes travaillant en
milieu agricole ou à l’entretien des jardins, en milieu horticole, dans
des serres ou comme vétérinaires. Ces études ont mis en évidence
un accroissement du risque de morts fœtales et de malformations
congénitales. Deux méta-analyses récentes, l’une sur les fentes orales,
l’autre sur les hypospadias montrent des excès de risque significatifs
de 37 % et 36 % respectivement. En revanche, il n’a pas été mis en
évidence globalement d’atteintes de la croissance fœtale (poids de
naissance ou durée de la grossesse) sauf en présence d’une suscepti-
bilité génétique particulière chez la mère (polymorphisme de PON1).
Une altération de la motricité fine et de l’acuité visuelle chez les
enfants de mères travaillant en horticulture a été mise en évidence
dans deux études récentes conduites en Équateur. Aucune étude n’a
été menée sur les atteintes de la croissance de l’enfant.
En population générale, l’exposition à des pesticides non per-
sistants résultant de la proximité du lieu de résidence à des
zones agricoles ou d’un usage domestique de pesticides a été
associée à une augmentation du risque de malformations congé-
nitales, en particulier, des malformations cardiaques, des mal-
formations de la paroi abdominale et des membres ou des ano-
malies du tube neural. Une étude signale un excès de risque
significatif d’hypospadias. Aucune étude n’a été répertoriée sur
les conséquences de l’exposition au domicile aux pesticides non
persistants sur la croissance de l’enfant. Dans les études, les uti-
lisations à domicile sont souvent mal caractérisées, ce qui rend
difficile d’évaluer la plausibilité biologique de ces associations.
Plusieurs études ont permis d’impliquer certaines familles ou
76 substances actives de pesticides.
Synthèse

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et développement


de l’enfant

Exposition/populations Effets Présomption


d’un lien
Exposition professionnelle Malformations congénitales ++
aux pesticides (sans distinc- Morts fœtales +
tion) pendant la grossesse Neurodéveloppement ±
Exposition aux pesticides au Malformations congénitales +
domicile (proximité, usages
domestiques)

++ d’après les résultats d’une méta-analyse


+ d’après les résultats de plusieurs cohortes et cas-témoins
± d’après les résultats de deux études transversales

Organochlorés

De nombreuses études ont porté sur les conséquences de l’expo-


sition in utero aux pesticides persistants principalement organo-
chlorés comme le DDT ou son métabolite le p,p’-DDE, le lin-
dane, l’hexachlorobenzène (HCB), l’α-, β- ou γ-hexacyclohexane
(HCH). La très longue demi-vie biologique de ces pesticides a
permis dans la plupart des études d’utiliser la concentration de
ces molécules ou de leurs métabolites dans le sang maternel ou
le sang de cordon comme marqueur de l’exposition prénatale.
Malgré plusieurs études récentes sur le sujet, il n’a pas été mis
en évidence de façon convaincante de lien entre l’exposition in
utero à ces pesticides et une augmentation du risque de malfor-
mations génitales chez le garçon. De même à l’heure actuelle,
il n’y a pas d’évidence d’un impact sur la croissance fœtale et
les résultats sont discordants sur le neurodéveloppement de
l’enfant. Récemment, une étude française a montré que l’expo-
sition prénatale au chlordécone était associée à un plus faible
score sur des tests neurologiques à l’âge de 7 mois, visant à
évaluer la vitesse d’acquisition visuelle et la motricité fine. Enfin,
il existe de fortes présomptions selon lesquelles l’exposition in
utero au p,p’-DDE ou HCB (les 2 composés étudiés principale-
ment), aurait un impact sur la croissance et le développement
de l’obésité chez l’enfant. 77
Pesticides – Effets sur la santé

Organophosphorés

Dans la plupart des études analysées, l’exposition a été évaluée par


la mesure de traces de métabolites dans les urines maternelles. Plu-
sieurs études de cohortes prospectives mères-enfants rapportent une
diminution de la croissance fœtale, associée à une exposition pré-
natale aux insecticides organophosphorés en interaction avec
PON1. Les effets les plus étudiés et pour lesquels les résultats sont
les plus concordants sont les atteintes du neurodéveloppement de
l’enfant en lien avec l’exposition domestique à des pesticides orga-
nophosphorés de la mère pendant la grossesse. C’est ainsi que des
déficits de développement cognitif ont été observés chez les enfants
de 2-3 ans, associés à des altérations de la motricité fine et de l’acuité
visuelle, à une réduction de la mémoire à court terme ainsi qu’à
des difficultés attentionnelles, des troubles du comportement, prin-
cipalement de type hyperactivité, et à la présence de comportements
évocateurs de troubles autistiques. Les études ayant évalué le déve-
loppement des enfants jusqu’à l’âge de 7 ans montrent une dimi-
nution du QI global et de la mémoire de travail. L’existence d’une
susceptibilité génétique (PON1) de la mère ou de l’enfant semble
moduler la force de ces associations. Il est à noter cependant que
la plupart des études ont été conduites aux États-Unis dans des
minorités ethniques ou des populations à faibles revenus soumises
à d’autres expositions environnementales et d’autres vulnérabilités
qui peuvent interférer avec les associations observées. Les substances
actives identifiées sont principalement le chlorpyrifos puis le mala-
thion et le méthyl parathion.

Triazines

Deux études de cohortes, dont une française, confirment une


augmentation significative du risque de retard de croissance
intra-utérin en lien avec une exposition résidentielle maternelle
à l’atrazine utilisant (pour l’étude française) une mesure de bio-
marqueurs urinaires d’exposition à l’atrazine. Plusieurs études
ont utilisé les concentrations de triazines dans les eaux de dis-
tribution ou la distance aux zones de culture comme marqueurs
78
de l’exposition possible dans les populations locales. Deux études
Synthèse

écologiques suggèrent un excès de risque de toutes malformations


ou de malformations de la paroi abdominale. Deux autres (trans-
versale et cas-témoins) sont compatibles avec une légère aug-
mentation du risque en particulier pour les malformations des
membres ou de la paroi abdominale mais aucune association n’a
été retrouvée avec le risque de malformations du tube neural.

Carbamates

Une étude de cohorte conduite aux Philippines met en évidence


une association entre l’exposition prénatale au propoxur mesuré
dans le méconium et de moins bonnes performances motrices à
l’âge de 2 ans. Par ailleurs, une étude transversale a rapporté un
lien entre exposition prénatale au propoxur et une diminution
de la taille à la naissance.

Phénoxyherbicides

Dans une étude de cohorte rétrospective au Canada en milieu


agricole, une augmentation significative du risque de morts fœtales
est rapportée après une exposition préconceptionnelle aux phé-
noxyherbicides (de même qu’au glyphosate). Une étude transver-
sale au Minnesota montre une augmentation de risque de diverses
malformations qui semble associée à une exposition résidentielle
aux fortes doses de phénoxyherbicides en relation avec les types
de cultures dans les zones agricoles.

79
Pesticides – Effets sur la santé

Familles et substances actives impliquées de manière significative dans


les effets sur la grossesse et le développement de l’enfant

Exposition Effets Présomption


d’un lien

Organochlorés
p,p’-DDE Croissance pondérale ++
Neurodéveloppement ±
HCB Croissance pondérale +
Chordécone Neurodéveloppement +

Organophosphorés
Sans distinction Neurodéveloppement ++
Croissance fœtale +
Interaction
avec PON1
Chlorpyrifos Neurodéveloppement +
Malathion Interaction
Méthyl-parathion avec PON1

Triazines
Sans distinction Morts fœtales ±
Malformations congénitales ±
Atrazine Croissance fœtale +

Carbamates/thiocarbamates
Sans distinction Morts fœtales ±
Propoxur Neurodéveloppement +
Croissance fœtale +

Phénoxyherbicides
Sans distinction Morts fœtales ±
Malformations ±

Aminophosphonates glycine
Glyphosate Morts fœtales ±

++ d’après les résultats de plusieurs études de cohortes


+ d’après les résultats d’une cohorte ou de deux études cas-témoins
± d’après les résultats d’une cohorte rétrospective

Les données analysées montrent de nombreuses évidences épi-


démiologiques d’un impact possible de l’exposition prénatale
aux pesticides sur le développement de l’enfant à court et à
80 moyen terme. D’autres conséquences (allergies, maturation
Synthèse

sexuelle, diabète…) devraient être évaluées grâce à des cohortes


mères-enfant (avec inclusion pendant la grossesse).

Exposition aux pesticides et cancers de l’enfant

L’incidence des cancers de l’enfant en France métropolitaine


selon les registres pédiatriques nationaux était estimée à 157 cas
par million chez les enfants de moins de 15 ans entre 2000 et
2004, soit environ 1 500 enfants de moins de 15 ans chaque
année, avec un sex-ratio homme/femme de 1,2. Ils constituent
la deuxième cause de mortalité chez les enfants de plus de 1 an,
et environ 1 enfant sur 500 est atteint de cancer avant l’âge
de 15 ans dans les pays industrialisés. Les cancers les plus fré-
quents chez l’enfant sont les leucémies (29 %, en particulier
les leucémies aiguës lymphoïdes les plus fréquentes et les leu-
cémies aiguës myéloïdes), les tumeurs du système nerveux cen-
tral (23 %), les lymphomes (12 %) et les neuroblastomes (8 %).
Près de 50 % des cancers de l’enfant surviennent avant l’âge
de 5 ans, avec l’incidence la plus élevée au cours de la première
année de vie.
Peu de facteurs de risque ont été identifiés. Les facteurs géné-
tiques connus concernent un petit nombre de cas. Certains
cancers sont héréditaires (comme le syndrome de Li-Fraumeni)
ou favorisés par des affections héréditaires (comme la neurofi-
bromatose de von Recklinghausen) et par la trisomie 21. Plu-
sieurs facteurs de risque de développer un cancer dans l’enfance
ont été établis : exposition aux radiations ionisantes à forte dose
pour la leucémie et le cancer de la thyroïde, infections virales
(Epstein-Barr, herpès HHV-8) à l’origine de cancers de l’enfant
comme les lymphomes ou les maladies de Kaposi.
Les données épidémiologiques concernant le lien entre pesticides
et cancers de l’enfant sont nombreuses et ont été rassemblées
récemment dans plusieurs méta-analyses, partiellement redon-
dantes car incluant plusieurs études communes. Ces méta-ana-
lyses sont principalement consacrées au risque de leucémie en
relation avec les expositions professionnelles des parents 81
Pesticides – Effets sur la santé

(2 méta-analyses) ou avec les expositions résidentielles (3 méta-


analyses).
Concernant les expositions professionnelles des parents, les
conclusions des deux méta-analyses (respectivement 31 et
25 études) sont très proches. Elles ne montrent pas de lien avec
l’exposition professionnelle du père aux pesticides, mais rapportent
un degré d’hétérogénéité important. En revanche, lors d’une expo-
sition professionnelle maternelle aux pesticides en période préna-
tale, le risque de leucémie est significativement augmenté de 60 %
pour l’une et de plus de 100 % pour l’autre, plus particulièrement
lorsqu’il s’agit d’insecticides et d’herbicides avec une très faible
hétérogénéité entre les études. Le risque concerne plus spécifi-
quement les leucémies aiguës myéloïdes.
Une des trois méta-analyses (17 études) sur les relations entre
l’exposition résidentielle aux pesticides et le risque de leucémie
de l’enfant montre une augmentation significative de 54 % du
risque de leucémie suite à une exposition aux pesticides pendant
la grossesse, en particulier aux insecticides et herbicides. Un
accroissement significatif du risque de leucémie chez l’enfant de
38 % est également associé à l’exposition pendant l’enfance aux
pesticides en général et il est plus important (61 %) lors d’une
exposition aux insecticides. Il faut noter un niveau d’hétérogénéité
élevé lors de l’analyse des expositions pendant la grossesse, qui
est réduit lorsque le type de pesticides ou le type de leucémie est
pris en compte (risque plus élevé pour les leucémies aiguës lym-
phoïdes), alors que les études portant sur les risques liés aux expo-
sitions pendant l’enfance montrent une bonne homogénéité.
La seconde méta-analyse (13 études) conclut également à un
excès de risque significatif en cas d’exposition résidentielle pen-
dant la grossesse (plus du double) ou pendant l’enfance (65 %)
en particulier lors d’une exposition à l’intérieur du domicile, à
des insecticides, et avec des niveaux d’hétérogénéité tout à fait
acceptables.
La troisième méta-analyse rassemblant 6 études s’intéresse spé-
cifiquement au risque de leucémie aiguë lymphoïde de l’enfant
82 et montre un accroissement significatif de l’ordre de 37 % du
Synthèse

risque en cas de traitement du domicile par des professionnels


pendant la grossesse, avec une hétérogénéité modérée entre les
études.
Le rôle de l’exposition professionnelle du père ou de la mère à
des pesticides sur le risque de tumeurs cérébrales de l’enfant a
été évalué dans une méta-analyse récente (19 études). Elle
conclut à une augmentation significative du risque en lien avec
une exposition professionnelle de la mère, mais également du
père, comparable dans les études cas-témoins (30 %) et dans les
études de cohorte (53 %), principalement au cours de la période
prénatale, et en lien avec les tumeurs astrogliales, et avec une
bonne homogénéité entre les études.

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et cancer


de l’enfant

Exposition Effets Présomption


d’un lien
Exposition professionnelle aux pesticides Leucémie ++
(sans distinction) pendant la grossesse Tumeurs cérébrales ++
Exposition résidentielle aux pesticides Leucémie ++
(sans distinction) pendant la grossesse
ou chez l’enfant

++ d’après les résultats d’une méta-analyse récente

Exposition aux pesticides, fertilité et fécondabilité

Chez l’homme, la fertilité peut être estimée par l’examen quan-


titatif et qualitatif du sperme ainsi que par l’évaluation du bilan
sanguin des hormones de la reproduction. Chez la femme, la
fertilité est estimée par le rythme ovulatoire et par l’évaluation
du bilan sanguin des hormones de la reproduction. Les procé-
dures chez l’homme, fondées principalement sur l’examen du
sperme, rendent compte directement du bon ou mauvais fonc-
tionnement de la spermatogenèse. En revanche, l’étude du
rythme ovarien chez la femme n’est qu’un indicateur imprécis
de la réserve ovarienne. De ce fait, l’étude du bilan hormonal 83
Pesticides – Effets sur la santé

et la réalisation d’examens complémentaires, tels que l’échogra-


phie ovarienne, sont nécessaires pour estimer la fertilité.
Le processus qui aboutit à une conception est la résultante de
la fertilité de chacun des partenaires. La fertilité du couple,
dénommée fécondabilité, peut être estimée également de
manière indirecte en mesurant le délai nécessaire à concevoir
(DNC), c’est-à-dire le temps qui sépare l’arrêt d’une contracep-
tion d’une conception lorsque celle-ci est désirée.
On estime que dans les pays industrialisés un couple sur 7 consul-
tera au cours de sa vie reproductive pour infécondité. Mais l’évo-
lution de cet indicateur au cours du temps ne constitue pas un
indicateur approprié de la prévalence et de l’évolution séculaire
de l’infertilité. L’augmentation de l’offre de soins, couplée au
développement de la procréation médicalement assistée, a favo-
risé le développement des consultations pour infécondité du
couple.
De nombreux travaux ont suggéré l’existence d’un déclin séculaire
de la qualité du sperme chez l’homme au cours de la seconde moi-
tié du XXe siècle. Des hypothèses biologiques ont été avancées en
lien avec la dispersion de substances chimiques dans l’environne-
ment susceptibles de porter atteinte à la fonction de reproduction.
Parmi elles, figurent des reprotoxiques mais aussi ce qui est convenu
d’appeler des perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire des substances
présentant des propriétés hormonales (xénohormones) ou capables
d’interférer avec la synthèse, le métabolisme, le transport et l’action
des hormones. Les pesticides, possédant ce type de propriétés, lar-
gement utilisés tant dans un contexte professionnel que domestique,
ont retenu fortement l’attention comme hypothèse explicative, au
moins partielle, du déclin séculaire de la qualité séminale.
Les résultats des nombreuses études, conduites sur les liens entre
fécondité masculine et l’exposition aux pesticides sans distinction
précise sur les matières actives ou familles chimiques, sont assez
contradictoires. En France, une étude transversale (publiée en
2009) a été réalisée parmi des hommes consultant pour infécon-
dité du couple, couplée à une estimation de l’exposition profes-
84 sionnelle à des pesticides par questionnaire. L’exposition à des
Synthèse

pesticides a été retrouvée associée à un risque augmenté, à la limite


du seuil de significativité statistique, de présenter des paramètres
séminaux en dessous des normes de référence de l’OMS.
Les études portant sur l’impact des pesticides sur la fertilité fémi-
nine sont au contraire peu nombreuses. Plusieurs raisons peuvent
être avancées. Dans le secteur professionnel, les tâches exposant
aux pesticides, en particulier l’épandage, sont principalement
dévolues aux hommes. Par ailleurs, la fertilité féminine sous
l’angle biologique est plus difficile à évaluer que la fertilité mas-
culine. Aux États-Unis, des femmes infertiles ont été comparées
à des femmes fertiles provenant du même centre médical. Le
fait de préparer et d’appliquer des pesticides au cours des deux
années précédant la recherche d’une conception a été identifié
comme un facteur de risque significatif d’infertilité. Plusieurs
études en Europe se sont intéressées à la fécondabilité de femmes
travaillant dans des serres, principalement dédiées à la floricul-
ture. Au Danemark, une fécondabilité diminuée, à la limite du
seuil de significativité statistique, a été retrouvée chez celles qui
appliquaient des pesticides. Un résultat similaire fut observé aux
Pays-Bas, mais cette fois-ci lorsque l’analyse portait sur les pri-
mipares.
Certaines études ont été réalisées parmi des populations exposées
professionnellement à une famille chimique représentant la prin-
cipale catégorie d’exposition en termes de fréquences et d’inten-
sité. Cependant, le classement par familles chimiques ne préjuge
pas forcément d’un mécanisme d’action ou de propriétés toxi-
cologiques communes des matières actives qui la composent.

Présomption d’un lien entre exposition aux pesticides et impact


sur la fertilité, et la fécondabilité

Exposition Effets Présomption


d’un lien
Exposition professionnelle aux Paramètres séminaux inférieurs +
pesticides (sans distinction) aux normes OMS, infertilité,
faible fécondabilité

+ d’après de nombreuses études transversales


85
Pesticides – Effets sur la santé

Organochlorés

Parmi les organochlorés, c’est principalement le DDT et son méta-


bolite persistant le DDE qui ont été étudiés. Les études transver-
sales réalisées parmi des populations exposées professionnellement
au DDT ou résidantes dans des zones où l’usage de ce dernier fut
important (Mexique, Afrique du Sud) tendent à montrer des asso-
ciations entre l’exposition et la dégradation de divers paramètres
spermatiques. En revanche, les études menées en population géné-
rale aboutissent à des résultats contradictoires. Seules celles réa-
lisées parmi les populations Inuits, forts consommateurs de denrées
animales contaminées (situés au sommet de la chaîne trophique)
par le DDE, montrent assez fréquemment des associations avec
des atteintes spermatiques et un délai nécessaire à concevoir
allongé. En Californie, une étude transversale réalisée parmi des
agricultrices n’a pas montré d’association entre le délai nécessaire
à concevoir et la concentration circulante en DDE ou en DDT.
Une étude chinoise réalisée parmi des femmes récemment mariées,
travaillant dans l’industrie textile et sans enfant, a montré une
association significative entre des concentrations croissantes cir-
culantes en DDT et le risque d’avoir un cycle menstruel court
(<21 jours).
Aux États-Unis, l’exposition des ouvriers d’une usine de pro-
duction du chlordécone a entraîné des effets sur certains para-
mètres de la qualité séminale (mobilité spermatique en particu-
lier) sans entraîner de conséquences sur la fécondité. Les effets
se sont avérés être réversibles au cours du temps suite à l’arrêt
de l’exposition. Une étude récente réalisée aux Antilles parmi
des ouvriers agricoles ayant employé le chlordécone dans les
cultures bananières n’a pas montré d’associations entre les
concentrations plasmatiques en chlordécone des ouvriers agri-
coles et leur fertilité estimée par l’examen des paramètres sper-
matiques et les concentrations circulantes en hormones de la
reproduction. Cette absence d’association est expliquée par le
fait que les concentrations sanguines en chlordécone étaient
largement inférieures à la concentration seuil nécessaire à l’ap-
parition de troubles testiculaires.
86
Synthèse

Organophosphorés

Concernant les organophosphorés, l’étude cas-témoin menée


parmi des ouvriers en usine de production et les études trans-
versales sur des agriculteurs exposés professionnellement, prin-
cipalement en Amérique Centrale et du Sud, convergent en
montrant des atteintes des caractéristiques spermatiques. En
Malaisie, des agriculteurs exposés simultanément au malathion
et au paraquat comparés à des agriculteurs non utilisateurs de
ces produits, présentaient de manière significative un volume
séminal réduit ainsi qu’une plus faible concentration et mobilité
des spermatozoïdes. Ces observations sont cohérentes avec des
données expérimentales chez le rongeur. Une étude réalisée
parmi des ouvriers agricoles de la banane en Guadeloupe, spé-
cifiquement exposés à certains organophosphorés, n’a pas mon-
tré d’association. Les rares études menées en population générale
ne sont pas suffisamment informatives.

Pyréthrinoïdes

Les effets spermatiques et testiculaires du fenvalérate ont été


montrés chez des ouvriers travaillant dans des usines de produc-
tion de cet insecticide lors de plusieurs investigations en Chine.
Les études toxicologiques réalisées chez les rongeurs soutiennent
la toxicité testiculaire du fenvalérate.
Les études transversales s’adressant aux pyréthrinoïdes, réalisées
exclusivement en population consultant pour infécondité,
tendent à montrer des associations avec des atteintes sperma-
tiques, mais leur nombre réduit ainsi que l’approche méthodo-
logique (études de corrélations) limitent leurs portées.

Hydrocarbures aliphatiques bromés

L’emploi du dibromochloropropane (DBCP) dans diverses


régions du globe, en particulier en zones tropicale et sous-tropi-
cale, a entraîné des dizaines de milliers de cas d’infer- 87
Pesticides – Effets sur la santé

tilité permanente ou temporaire chez des travailleurs agricoles


en particulier en cultures bananières et d’ananas et chez les
employés d’usine de production. C’est aussi le cas du dibromure
d’éthylène, un fumigant halogéné utilisé dans diverses cultures
sous-tropicales et tropicales en remplacement du DBCP. Ces
observations sont conformes aux données expérimentales dispo-
nibles chez l’animal. La toxicité du DBCP est en grande partie
expliquée par ses effets sur les spermatogonies, cellules souches
testiculaires, entraînant des conséquences irréversibles sur la
spermatogenèse.

Carbamates

Le carbaryl a été largement employé comme insecticide dans de


nombreuses activités agricoles (principalement cultures fruitières
et céréalières) et non agricoles (entretien des parcs, jardins et
pelouses). Des études réalisées parmi des ouvriers travaillant dans
une usine de production de carbaryl aux États-Unis et en Chine
ont montré que les sujets exposés, présentaient une proportion
plus élevée d’anomalies des spermatozoïdes. Une étude réalisée
en population générale parmi des hommes consultants pour infé-
condité du couple aux États-Unis (potentiellement exposés à de
nombreux pesticides) a rapporté des associations significatives
entre les concentrations croissantes de métabolites urinaires du
carbaryl (carbaryl-naphtol) et des atteintes des spermatozoïdes
et des altérations des taux de testostérone. La toxicité sperma-
tique du carbaryl a été également constatée chez le rongeur suite
à des expositions par voie orale.

88
Synthèse

Familles et substances actives impliquées de manière significative dans


les atteintes spermatiques et la fertilité

Exposition Effets Présomption


d’un lien

Organochlorés
p,p’-DDE Atteintes spermatiques/DNC +
allongé
Chlordécone Atteintes spermatiques +

Organophosphorés
Sans distinction Atteintes spermatiques +
Malathion + Paraquat Atteintes spermatiques +

Pyréthrinoïdes
Sans distinction Atteintes spermatiques +
Fenvalérate Atteintes spermatiques +

Hydrocarbures aliphatiques bromés


Dibromure d’éthylène Atteintes spermatiques +
Dibromochloropropane (DBCP) Atteintes spermatiques/ infertilité +++ (lien de
causalité établi)

Carbamates
Carbaryl Atteintes spermatiques +

+ d’après les résultats d’études transversales

Métabolisme, élimination et mécanismes généraux


d’action des pesticides
Pour comprendre le mécanisme d’action des pesticides, il est
nécessaire de tenir compte des voies métaboliques et de détoxi-
cation, qui paradoxalement peuvent parfois conduire à des méta-
bolites plus toxiques que la molécule mère. La toxicité d’un
pesticide dépend donc de son mode d’absorption, de ses proprié-
tés chimiques (ex : hydrophobicité), de son métabolisme et de
l’élimination des métabolites.
Comme tous les xénobiotiques, les pesticides peuvent être absor-
bés par voie cutanée, orale ou pulmonaire et distribués dans les
tissus de l’organisme de manière active ou passive. L’absorption 89
Pesticides – Effets sur la santé

dépend de la barrière à franchir (peau, poumon, paroi intesti-


nale…), des propriétés physicochimiques des molécules. Les
petites molécules peuvent franchir une ou plusieurs barrières de
manière passive. Les substances lipophiles (hydrophobes)
semblent capables de traverser plus facilement les membranes
cellulaires dont les constituants sont principalement des phos-
pholipides alors que les substances ionisées (hydrophiles) seront
arrêtées sauf au niveau des pores ou des transporteurs membra-
naires pour les plus petites molécules. La membrane des cellules
constitue ainsi une barrière efficace protégeant les cellules contre
des xénobiotiques hydrosolubles.
Après pénétration dans une cellule, le xénobiotique est rapide-
ment pris en charge par des transporteurs membranaires ou
pompes d’efflux qui vont l’exporter à l’extérieur de la cellule. Il
peut également être transformé par les enzymes du métabolisme
des xénobiotiques au cours de plusieurs réactions afin de facili-
ter son excrétion.

Processus de détoxication et de biotransformation


des xénobiotiques
MRP : Multidrug Resistance-associated Proteins
P-gp : P-glycoprotein

Les enzymes du métabolisme des xénobiotiques représentent un


90 système complexe essentiel à la protection de l’organisme. La
Synthèse

première étape (phase I) ou phase de fonctionnalisation met sou-


vent en jeu des cytochromes P450 (CYPs). Elle consiste en une
activation métabolique qui conduit à la formation d’intermédiaires
électrophiles hautement réactifs qui seront alors soumis aux
enzymes de la phase II (enzymes de conjugaison ou transférases
comme la glutathion-S- ou glucuro- transférase), capables de gref-
fer des résidus hydrophiles (comme le glutathion). Les métabolites
ainsi transformés sont excrétés de la cellule par des transporteurs
membranaires d’efflux dits de phase III.
L’expression des enzymes du métabolisme des xénobiotiques peut
dans certains cas être augmentée lors d’expositions répétées à
ces xénobiotiques. Ce système « inductible » dépend générale-
ment de la liaison des xénobiotiques à des récepteurs nucléaires.

Différents types de récepteurs des xénobiotiques

La fixation des xénobiotiques sur différents récepteurs nucléaires


ou cytoplasmiques (PXR, Pregnane X Receptor ; CAR, Constitutive
Androstane Receptor ; AhR, Aryl hydrocarbon Receptor) déclenche
la transduction d’un signal permettant l’induction des enzymes
du métabolisme et des transporteurs nécessaires à leur élimination.
Cette signalisation met également en jeu tous les processus 91
Pesticides – Effets sur la santé

nécessaires à l’adaptation d’une cellule face au stress. Dans ce sens,


les récepteurs aux xénobiotiques sont considérés comme des xéno-
senseurs car ils permettent de coordonner une réponse cellulaire
adaptée. Parmi les xénosenseurs, le PXR et dans une moindre
mesure le CAR sont capables de lier de nombreux pesticides.
Les mécanismes de toxicité des pesticides sont multiples et cer-
tains de ces mécanismes sont liés aux processus de détoxication
lui-même avec la génération de métabolites très toxiques, la
formation de métabolites intermédiaires réactifs pouvant réagir
avec des macromolécules cellulaires (acides nucléiques, pro-
téines, lipides membranaires).
L’activité de certains cytochromes P450 (par exemple des cyto-
chromes CYP1A1 et CYP2E1) peut conduire à la production de
dérivés réactifs de l’oxygène (DRO). Selon leur niveau de produc-
tion, ces dérivés réactifs de l’oxygène peuvent exercer un effet
toxique pour la cellule en favorisant la formation d’adduits à des
macromolécules : par exemple, former des adduits sur l’ADN, ce
qui rend compte de leur toxicité, et plus précisément de leur géno-
toxicité. Ils peuvent également intervenir dans l’activation de cer-
taines voies de transduction du signal. Il est à noter l’existence de
polymorphismes génétiques pour plusieurs CYP (en particulier les
isoformes 2C9, 2C19 et 2D6), conduisant à des niveaux d’expression
ou d’activité enzymatiques très différents selon les individus. Ces
polymorphismes se traduisent par des différences interindividuelles
de susceptibilité à l’action de molécules toxiques.
D’autres mécanismes de toxicité peuvent résulter de l’induction
d’autres groupes de gènes que ceux du métabolisme (inflam-
mation, migration…) et également de l’activation de voies de
signalisation multiples impliquées dans la prolifération et la
différenciation cellulaire, le développement des organismes et
l’homéostasie. Le dysfonctionnement de ces réseaux de gènes
pourrait conduire à diverses pathologies (cancers hormono-
dépendants, diabète, obésité, stérilité…).
Certains pesticides peuvent se fixer sur les récepteurs aux œstro-
gènes (ER), le récepteur aux androgènes (AR), le récepteur
92 aux rétinoïdes (RAR), les récepteurs activés par les
Synthèse

proliférateurs de peroxysomes (PPAR) et le récepteur aux hor-


mones thyroïdiennes (TR). Il s’agit là d’une activation illégi-
time de ces récepteurs conduisant à une perturbation endocri-
nienne ou métabolique (par agonisme ou antagonisme).
Plusieurs pesticides ou leurs métabolites sont ainsi considérés
comme des perturbateurs endocriniens. À titre d’exemple, on
trouve des herbicides (alachlore, atrazine…), des fongicides (béno-
myl, vinclozoline…) et des insecticides (DDT, métoxychlore,
chlordécone, dieldrine, endosulfan, chlordane, toxaphène…).
Certains sont capables d’activer les deux types de récepteurs aux
œstrogènes (ER alpha et ER bêta). L’endosulfan, l’alachlore et la
chlordécone sont des ligands compétitifs du récepteur de la pro-
gestérone. Des fongicides (vinclozoline), des herbicides (linu-
ron…) et des insecticides (p’p’DDE métabolite du DDT, pyré-
thrinoïdes comme la perméthrine…) sont également caractérisés
comme des antagonistes des androgènes. Certains pesticides
comme l’atrazine sont capables d’interagir avec des enzymes impli-
quées dans le métabolisme hormonal (comme l’aromatase) et de
modifier ainsi les concentrations locales ou systémiques de cer-
taines hormones, notamment les hormones sexuelles.
Enfin, il est important de prendre en considération dans les
mécanismes de toxicité, la nature et les fonctions de chaque
tissu. Le tissu adipeux joue potentiellement un double rôle dans
la toxicité de polluants organiques persistants (dont certains
pesticides organochlorés) en stockant (et ainsi protégeant les
autres tissus) mais aussi en les libérant à bas bruit en dehors des
périodes d’exposition. Les implications de cette fonction ne sont
sans doute pas suffisamment appréciées. De même, le franchis-
sement de la barrière hémato-encéphalique par les pesticides et
leurs effets sur le développement et le fonctionnement du sys-
tème nerveux ne sont que très partiellement connus.

Mécanismes d’action des pesticides en cancérogenèse

L’objectif est de tenter de mettre en relation les mécanismes


d’action cellulaire ou moléculaires de pesticides avec certains 93
Pesticides – Effets sur la santé

de leurs effets cancérogènes suspectés, notamment à partir des


études épidémiologiques évoquées précédemment. La démarche,
sans prétendre à l’exhaustivité, concerne quelques molécules
appartenant à diverses familles chimiques pouvant être impli-
quées dans les processus de cancérogenèse.
Un certain nombre de substances ont d’ores et déjà fait l’objet
d’une classification en termes de cancérogénicité par diverses
agences (Circ, US-EPA, UE). À ce jour, un seul pesticide l’arse-
nic, a été classé comme cancérogène avéré (groupe 1 du Circ,
et US-EPA). Les insecticides non arsenicaux (utilisation profes-
sionnelle) et deux pesticides sont des cancérogènes probables
(groupe 2A du Circ). Il s’agit d’un fumigant, le dibromoéthane
et d’un fongicide, le captafol. Le manèbe est également un can-
cérogène probable pour l’US-EPA (groupe B2 de l’US-EPA).
Dix-huit substances actives sont des cancérogènes possibles
(groupe 2B du Circ) dont deux fumigants, deux biocides, un
acaricide, neuf insecticides, deux fongicides et trois herbicides.
Les chlorophénols (19 composés) utilisés dans la préservation
du bois sont aussi classés dans le groupe 2B. Une quarantaine
de substances sont considérées comme inclassables quant à leur
cancérogénicité pour l’homme (groupe 3 du Circ). Des diver-
gences existent dans les classifications. Ainsi, parmi les subs-
tances considérées comme inclassables par le Circ (groupe 3),
certaines comme la dieldrine sont considérées comme cancéro-
gènes probables (groupe B2)9 par l’US-EPA.
Les mécanismes d’action des pesticides en cancérogenèse
peuvent être multiples et concerner une altération du matériel
génétique, un déséquilibre des processus de survie et de mort
cellulaire, la liaison à des récepteurs nucléaires ou hormonaux,
la bioactivation métabolique et la génération de stress oxydant.

9.  Agent probablement cancérogène pour l’Homme, les preuves sont suffisantes chez
94 l’animal mais pas chez l’Homme d’après les données épidémiologiques
Synthèse

Organochlorés

Les pesticides organochlorés sont des polluants organiques per-


sistants (POPs), lipophiles et bioaccumulables le long de la
chaîne trophique. Malgré l’interdiction de la plupart d’entre eux
depuis longtemps dans un grand nombre de pays, leurs résidus
ou leurs produits de dégradation persistent dans les organismes
et dans les écosystèmes. Certains pourraient être impliqués dans
la survenue de cancers.
Bien que considérée comme non génotoxique, la dieldrine pro-
duit des lésions de l’ADN dans des cellules embryonnaires
humaines in vitro et dans des cellules de la moelle osseuse de
souris in vivo. Elle semble agir comme promoteur de tumeur
hépatique chez les souris mais pas chez les rats. Cette différence
pourrait être attribuée aux systèmes anti-oxydants moins perfor-
mants chez la souris qui protègent moins leurs hépatocytes des
dérivés réactifs de l’oxygène, car la toxicité de la dieldrine pour-
rait être liée au stress oxydant qu’elle génère.
Pour le lindane, le foie est considéré comme l’organe le plus
sensible. Les propriétés pro-oxydantes du lindane, par induction
de cytochromes P450, pourraient inhiber la mort cellulaire par
apoptose, favorisant la nécrose et un état inflammatoire prédis-
posant au développement d’hépatocarcinomes.
L’endosulfan (non classé à ce jour) est suspecté de présenter des
propriétés génotoxiques. La plupart des études évoquent comme
pour le lindane, un stress oxydant à l’origine de la cytotoxicité
hépatique.
Le chlordane est considéré d’après les études in vivo comme agent
promoteur tumoral au niveau hépatique. Le développement des
lésions cancéreuses et pré-cancéreuses par le chlordane pourrait
résulter d’une activation de récepteurs nucléaires (PXR et CAR),
responsable, au moins en partie, de l’inhibition de l’apoptose et
d’un état de prolifération cellulaire au niveau hépatique.
Le chlordécone non génotoxique est surtout associé au risque
de cancer de la prostate d’après l’étude épidémiologique menée
auprès des populations antillaises. Les propriétés œstrogéniques 95
Pesticides – Effets sur la santé

(agonistes vis-à-vis de l’ERα et antagonistes vis-à-vis de l’ERβ)


de la molécule pourraient expliquer cette association, bien que
les mécanismes précis sont encore mal élucidés. Par ailleurs,
cette molécule inhibe certaines protéines impliquées dans l’ad-
hérence cellulaire, telle que la β caténine. Ceci pourrait favo-
riser la progression et l’invasion tumorale. Cet effet n’a cepen-
dant pas été signalé lors des études in vivo.

Organophosphorés

Pourtant considéré comme non génotoxique et non cancérogène


par le Circ (en 1987), le malathion présente une certaine géno-
toxicité in vitro (cellules de mammifères) et in vivo chez la sou-
ris ainsi qu’un potentiel hépatotoxique. D’après le Circ, le para-
thion est également non génotoxique et non cancérogène.
Cependant, comme pour le malathion, des études récentes
évoquent l’apparition d’un stress oxydant et des effets géno-
toxiques associés à son exposition. De même, le méthyl-para-
thion (classé non génotoxique et non cancérogène) présente
des propriétés mutagènes chez la levure et une certaine géno-
toxicité dans divers modèles cellulaires. Des travaux récents lui
attribuent un caractère génotoxique et pro-néoplasique.

Autres pesticides

L’atrazine (de la famille des triazines), considérée comme une molé-


cule non génotoxique possède des propriétés de perturbateur endo-
crinien, qui pourraient être responsables des tumeurs précoces
observées chez le rat.
Le captane, considéré par l’US-EPA comme cancérogène poten-
tiel à doses élevées et chroniques (classé dans le groupe 3 par le
Circ), induit une cytotoxicité et une hyperplasie cellulaire régé-
nérative.

96
Synthèse

Familles et substances actives impliquées en cancérogenèse : hypothèses


mécanistiques

Familles Classée Propriétés Stress Propriétés


Substances actives (Circ) génotoxiques oxydant anti-apoptotiques

Organochlorés
Lindane 2B Oui Oui Oui
Dieldrine 3 (mais B2 Oui Oui Ouia
US-EPA)
Endosulfan NE Oui Oui Ouia
Chlordane 2B Non Oui ?
Chlordécone 2B Non Oui ?
Toxaphène 2B Oui Oui Oui
DDT 2B Oui Oui Oui

Organophosphorés
Chlorpyrifos NE Oui Oui Oui
Malathion 3 Oui? Oui

Triazines
Atrazine 3 Oui

Pyréthrinoïdes
Perméthrine 3 Oui Oui ?

Chloroacétamide
Alachlore NE Oui Oui Oui

Autres
Captane 3 Oui
a
Glyphosate NE Oui Oui

NE : non évalué par le Circ


a
Propriété qui dépend du type cellulaire

Synthèse des mécanismes moléculaires

Les pesticides sont utilisés pour perturber la physiologie des orga-


nismes jugés parasites en agriculture et perturbent donc légiti-
mement de nombreux processus cellulaires dont certains impli-
qués en cancérogenèse chez l’Homme. Celle-ci se décompose
en trois phases : initiation, promotion et progression. 97
Pesticides – Effets sur la santé

Au cours de l’initiation, le matériel génétique cellulaire est


endommagé par l’action de génotoxiques (qui ciblent l’ADN)
provoquant des mutations d’oncogènes ou de gènes suppresseurs
de tumeurs. Plusieurs pesticides présentent des propriétés géno-
toxiques qui sont associées à plusieurs mécanismes :
• le pesticide peut être en lui-même un génotoxique ;
• le pesticide active des récepteurs de xénobiotiques et ainsi le
métabolisme des xénobiotiques (induction de l’expression des
cytochromes P450 (CYPs), des glucuro- et glutathion-S-trans-
férases) qui peut conduire à la production de métabolites de
pesticides génotoxiques ou conduire à la production de dérivés
réactifs de l’oxygène ou DRO (principalement par certains
CYPs), par définition génotoxiques. De nombreux composés
organochlorés, pyréthrinoïdes ou organophosphorés, activent en
particulier le récepteur nucléaire PXR, induisant les CYP3A4
et 2B6.
Au cours de la promotion tumorale, la cellule acquiert de nou-
velles propriétés qui facilitent son expansion clonale. Certains
pesticides favorisent des voies de signalisation impliquées dans
la prolifération cellulaire (ex : MAP kinases qui peuvent être
activées par certains dérivés réactifs de l’oxygène) ou dans l’in-
hibition de l’apoptose (mort cellulaire) comme le lindane ou la
dieldrine par inhibition de certaines caspases et/ou l’induction
des protéines de la famille Bcl-2. De plus, certains récepteurs
nucléaires impliqués dans la prolifération de cellules hormono-
sensibles (sein, ovaire, prostate) sont ciblés par différents pesti-
cides. Le pouvoir antagoniste, notamment des organochlorés
vis-à-vis du récepteur aux androgènes a été largement mis en
évidence, la plupart agissant également sur les récepteurs aux
œstrogènes (ERα/b), avec des actions contraires selon les iso-
formes α et b. D’autres organochlorés activent les récepteurs
aux rétinoïdes RARb/g (mais non RARα et RXR), tous induisent
logiquement leur gène cible, le CYP26A1. Cette observation
est pertinente puisque les RARs interviennent dans nombre de
fonctions vitales (morphogenèse, métabolisme des rétinoïdes…).
Le rôle de l’environnement tumoral est à présent reconnu comme
98 un facteur important de tumorigénèse. Cet environnement est
Synthèse

constitué de cellules immunitaires et de tissu de soutien.


Quelques données sur les effets immunitaires des pesticides sont
disponibles (voir ci-dessous) qui pourraient être pertinentes pour
expliquer des effets tumorigènes, mais peu de données existent
sur le reste de l’environnement tumoral.
Il apparaît ainsi que de nombreux pesticides provoquent des
perturbations cellulaires et moléculaires majeures qui varient
cependant selon les tissus (foie, épiderme…), les individus et
les espèces. Ces mécanismes, par exemple le stress oxydant, sont
relativement génériques et expliquent pourquoi plusieurs familles
chimiques différentes conduisent à des effets pathologiques simi-
laires.

Mécanismes d’action des pesticides et pathologies


hématopoïétiques

L’hématopoïèse est un ensemble de processus qui concourent à


la production journalière de millions de cellules sanguines aussi
différentes dans leur morphologie que dans leurs fonctions. Des
travaux épidémiologiques suggèrent des liens entre certaines
pathologies hématopoïétiques, en particulier des cancers, et
l’exposition aux pesticides. Afin d’apporter des arguments scien-
tifiques sur la plausibilité d’une telle relation, des études in vivo
ou in vitro se sont intéressées aux différents niveaux d’impact
des pesticides pouvant entraîner une perturbation de l’hémato-
poïèse (voies de signalisation, cytokines, facteurs de croissance)
ou des dommages à l’ADN conduisant à des réarrangements et/
ou des aberrations chromosomiques, des mutations, des translo-
cations ou des fusions de gènes. Un stress oxydant pourrait éga-
lement être à l’origine des perturbations de certaines voies de
signalisation ou des dommages à l’ADN, toute perturbation de
l’équilibre oxydo-réducteur pouvant altérer les capacités d’auto-
renouvellement, de différenciation et de prolifération des cel-
lules hématopoïétiques à l’origine de pathologies hématopoïé-
tiques.

99
Pesticides – Effets sur la santé

Organochlorés

In vivo, l’exposition au lindane entraîne une perturbation de


l’immunité. Dans certains modèles cellulaires, le lindane est un
agent pro-apoptotique via la perturbation du statut oxydoréduc-
teur intracellulaire ou/et l’activation de voies de signalisation
qui contrôlent la croissance et la différenciation. Certains effets
observés en particulier chez l’Homme comme la perturbation du
système immunitaire sont en faveur de la plausibilité d’une rela-
tion entre l’exposition à ce composé et l’apparition de patholo-
gies hématopoïétiques.
L’heptachlore perturbe l’immunité. Son effet génotoxique n’est
pas prouvé dans tous les modèles cellulaires. Il peut moduler cer-
taines voies de signalisation impliquées dans la régulation de la
prolifération et de la survie cellulaire. Cependant, il n’existe pas
d’étude concernant son impact sur l’hématopoïèse. Il est difficile
en se basant sur les études actuelles, d’émettre une hypothèse
quant à son implication dans le développement des leucémies ou
dans l’initiation ou la promotion du processus de cancérogenèse.
Le chlordane non génotoxique, présente des propriétés d’immu-
nosuppresseur et diminue la capacité des cellules NK à lyser les
cellules tumorales in vitro. Tout comme le lindane ou le DDT,
il est associé à l’aplasie de la moelle osseuse ce qui renforce la
conviction d’un lien entre l’exposition à ce composé et l’appa-
rition de certaines pathologies hématopoïétiques.
Les propriétés génotoxiques et mutagènes du toxaphène sont
controversées. Ce composé semble affecter le système immuni-
taire en activant les neutrophiles entraînant la production d’un
stress oxydant. Il n’existe pas de données sur son impact sur les
voies de signalisation liées à la croissance et à la survie cellulaire.
Son effet immunosuppresseur pourrait être à l’origine des évè-
nements qui conduisent au développement des lymphomes.
La dieldrine est un composé pro-oxydant et pro-inflammatoire
qui peut affecter le système immunitaire. Elle perturbe les voies
de signalisation (de type AKT/ERK2) impliquées dans la proli-
100 fération et la survie cellulaire. Ces propriétés peuvent être à
Synthèse

l’origine de certains évènements conduisant aux cancers héma-


topoïétiques bien qu’il n’existe aucune étude concernant l’im-
pact de ce composé sur l’hématopoïèse.
Le DDT et son métabolite le DDE, sont génotoxiques. L’effet géno-
toxique est retrouvé dans plusieurs modèles cellulaires et en par-
ticulier dans les lymphocytes humains. Le DDE peut également
avoir un effet génotoxique de manière indirecte en provoquant
un stress oxydant. Le DDT, xéno-œstrogène, perturbe différentes
voies de signalisation et augmente l’expression de l’aromatase.
Comme d’autres organochlorés, le DDT, en modifiant les taux de
cytokines (IL-2, IL-4), altère in vitro la capacité des cellules NK
humaines à lyser les cellules tumorales. Il n’existe pas suffisamment
d’études sur l’impact de ce composé sur l’hématopoïèse pour confir-
mer son rôle dans l’étiologie de pathologies hématopoïétiques.

Organophosphorés

Les organophosphorés dont le chlorpyrifos sont des composés


que l’on peut considérer comme génotoxiques et pro-oxydants.
Les effets sont liés à l’activation de certaines voies de signalisa-
tion impliquées dans la régulation de la prolifération et de la
survie cellulaire. Les propriétés immunotoxiques pourraient être
à l’origine des pathologies hématopoïétiques observées chez les
professionnels exposés à ce composé.

Triazines

L’atrazine induit un stress oxydant associé à une augmentation


de dérivés réactifs de l’oxygène (DRO), une peroxydation lipi-
dique ainsi qu’une perturbation de certaines enzymes des voies
de régulation de la survie et de la prolifération cellulaire. L’expo-
sition à l’atrazine entraîne également des modifications du sys-
tème immunitaire ainsi qu’une toxicité au niveau de la moelle
osseuse associée à une moindre différenciation myéloïde. Ces
perturbations pourraient participer aux étapes conduisant au
développement des lymphomes. Par conséquent, les études 101
Pesticides – Effets sur la santé

mécanistiques concernant l’atrazine apportent des arguments en


faveur d’une plausibilité de la relation entre l’exposition à l’atra-
zine et l’apparition de certains troubles hématopoïétiques.

Aminophosphonates glycine - Glyphosate

Le glyphosate présente une activité pro-oxydante et dans certains


modèles une activité génotoxique. Ainsi, dans des modèles murins,
il induit des cassures chromosomiques et des micronoyaux dans
la moelle osseuse ainsi qu’une certaine cytotoxicité. Le métabolite
du glyphosate, l’acide aminoéthylphosphonique aurait un poten-
tiel génotoxique dans les lymphocytes de souris exposées in vivo.
Cependant, la génotoxicité n’est pas retrouvée dans tous les sys-
tèmes cellulaires et dans ces cas, l’activité pro-oxydante n’est pas
forcément corrélée avec une atteinte à l’ADN.

Pyréthrinoïdes

Beaucoup d’études ciblent la perméthrine. Ce pesticide est un


perturbateur endocrinien qui, à forte dose, induit un stress oxy-
dant, des dommages à l’ADN ainsi qu’une génotoxicité au niveau
de la moelle osseuse et une perturbation du système immunitaire.
La perméthrine affecte certaines voies de signalisation (STAT6,
Erb2, MAP kinase) impliquées dans la régulation de la prolifé-
ration cellulaire. Les propriétés de la perméthrine sont autant
d’arguments en faveur de la plausibilité d’une relation entre
l’exposition chronique à ce composé et l’apparition de patholo-
gies hématopoïétiques.

Chlorocétamides

L’alachlore pourrait être impliqué dans la dérégulation de l’héma-


topoïèse. La perturbation de certaines voies de signalisation et,
notamment de la voie « Wnt/β caténine » et des voies anti-
apoptotiques apportent des arguments en faveur de cet effet.
Cependant, aucune étude n’a été réalisée sur la myélopoïèse. La
102
Synthèse

modification de la réponse immunitaire après exposition à ce


composé, conforte son rôle dans la régulation des étapes à l’ori-
gine de certaines pathologies hématopoïétiques. Ces hypothèses
mécanistiques restent à confirmer.

Familles et substances actives impliquées dans les pathologies hémato-


poïétiques : hypothèses mécanistiques

Familles Perturbation Myélo- Perturbation


Substances actives des voies de perturbateur de l’immunité
signalisation

Organochlorés
Lindane Oui Oui (in vitro) Oui

Dieldrine Oui ? Oui


Chlordane Oui Oui
Toxaphène Oui
DDT Oui Oui

Organophosphorés
Chlorpyrifos Oui Oui

Triazines
Atrazine Oui Oui Oui

Pyréthrinoïdes
Perméthrine Oui Oui Oui

Chloroacétamides
Alachlore Oui ? Oui

Aminophosphonates glycine
Glyphosate ? ? ?

Synthèse des mécanismes moléculaires

Plusieurs types de mécanismes peuvent être évoqués pour expli-


quer le lien entre pesticides et apparition de pathologies héma-
topoïétiques. Ainsi, de nombreux pesticides induisent une aug-
mentation de la production de dérivés réactifs de l’oxygène à
l’origine de dommages à l’ADN (hydrocarbures halogénés, DDT, 103
Pesticides – Effets sur la santé

lindane, pyréthrinoïdes, dieldrine, organophosphorés, alachlore).


Cependant, il apparaît clairement que la dérégulation du statut
oxydant ne puisse pas justifier la spécificité de leur impact sur
des pathologies précises ou sur des voies de signalisation parti-
culières. En effet, certains composés exercent aussi des effets
spécifiques sur des voies de signalisation qui pourrait être à l’ori-
gine des perturbations :
• de l’immunité via des modifications de la production de cyto-
kines (dieldrine, DDT, toxaphène, triazine,) ou via un effet
cytotoxique direct sur les cellules immunitaires (DDT, lindane,
pyréthrinoïde, alachlore, triazine) ;
• ou de l’hématopoïèse normale (lindane, triazine, phénoxyher-
bicides).
Certaines études seraient nécessaires pour compléter la compré-
hension du mécanisme d’action des pesticides et rechercher leur
lien de causalité avec les pathologies hématopoïétiques. Afin
d’améliorer les connaissances sur le rôle des pesticides dans l’étio-
logie de pathologies hématopoïétiques, des études concernant
les effets des phénoxyherbicides, des hydrocarbures halogénés,
de l’alachlore, du toxaphène, du DDT, du lindane, de la dieldrine
et des organophosphorés sur l’hématopoïèse centrale et périphé-
rique devront être entreprises. Les pathologies hématopoïétiques
dont l’incidence est souvent corrélée avec l’utilisation profes-
sionnelle de pesticides ne sont sans doute pas liées à l’action
d’une seule molécule mais à l’interaction de plusieurs composants
en mélange, dont il serait important d’étudier l’impact sur l’hé-
matopoïèse. Enfin, il est important d’explorer les effets des pes-
ticides à des doses faibles voire très faibles dans des modèles
expérimentaux in vitro ou in vivo pour se rapprocher des niveaux
d’exposition compatibles avec ceux observés dans la population
générale et/ou exposés professionnellement.

Mécanismes d’action des pesticides et maladie


de Parkinson

La maladie de Parkinson résulte de la dégénérescence progressive


104 de neurones dopaminergiques de la substance noire. Plusieurs
Synthèse

mécanismes sont suspectés de jouer un rôle dans la neurodégé-


nérescence (principalement par apoptose) :
• un dysfonctionnement mitochondrial, notamment de la
chaîne respiratoire, susceptible de produire des dérivés réactifs
de l’oxygène et d’activer la voie apoptotique intrinsèque associée
à une libération de cytochrome C par la mitochondrie ;
• la formation d’agrégats cytoplasmiques protéiques (les plus
caractéristiques étant les corps de Lewy) ;
• l’excitotoxicité glutamatergique caractérisée par un influx
élevé d’ions calcium à l’origine de la mort cellulaire.
Ces mécanismes peuvent être grandement influencés par des
composantes génétiques dont le rôle est de mieux en mieux
caractérisé (au travers des études sur l’alpha-synucléine, la kinase
LRRK2, la parkine, PINK1, DJ-1) mais aussi environnementales
comme l’exposition à certains pesticides.
Historiquement, un premier lien a été établi avec les pesticides suite
à une exposition accidentelle à la 1-méthyl-4-phényl-1,2,3,6-tetra-
hydropyridine (MPTP). De jeunes toxicomanes californiens syn-
thétisèrent et consommèrent involontairement cette neurotoxine
avec pour conséquence, la survenue précoce d’un syndrome par-
kinsonien amélioré par le traitement par la levodopa. La MPTP
étant un analogue structural du paraquat, des études ont été entre-
prises par la suite sur les effets cellulaires de ce pesticide dans la
survenue de la maladie de Parkinson. Ceci explique le nombre
important d’expériences visant à caractériser le mode d’action de
cette molécule en particulier dans la maladie de Parkinson.

Paraquat

L’impact du paraquat (hydrophile) sur le système nerveux central


suppose le franchissement de la barrière hémato-encéphalique. Cer-
tains travaux suggèrent un système de transport actif dépendant du
sodium. Les niveaux d’expression ou d’activité de transporteurs du
paraquat pourraient être modulés par une co-exposition avec du
manèbe qui augmente la concentration du paraquat dans plusieurs
régions du cerveau. Chez la souris, l’ajout de manèbe augmente 105
Pesticides – Effets sur la santé

l’effet du paraquat. La neurotoxicité du paraquat concerne les neu-


rones dopaminergiques par la production de dérivés réactifs de
l’oxygène. La mitochondrie semble jouer un rôle majeur dans la
progression de la pathologie tant du point de vue de la production
de ces dérivés réactifs de l’oxygène que de l’activation de l’apoptose,
son dysfonctionnement potentiel expliquant par ailleurs d’autres
phénomènes observés avec le paraquat (déplétion en ATP, inhibi-
tion du protéasome, agrégation protéique). Mis à part les neurones
qui constituent la cible directe, la glie est évoquée comme jouant
également un rôle activateur. L’ensemble de ces éléments suggère
une plausibilité biologique avec la maladie de Parkinson même si
les mécanismes expliquant le ciblage de neurones dopaminergiques
restent insuffisamment explorés.

Roténone

La roténone est un composé naturel. Son mécanisme d’action,


assez bien caractérisé, a permis de mieux comprendre certains
aspects mécanistiques associés à la neurodégénérescence des
neurones dopaminergiques. Il s’agit d’une substance hydrophobe
qui diffuse facilement à travers les membranes cellulaires. In
vitro, on observe une neurodégénérescence sélective des cellules
dopaminergiques dans des co-cultures de neurones et de cellules
gliales. De faibles concentrations de roténone augmentent l’ex-
pression de l’alpha-synucléine (qui est retrouvée dans les corps
de Lewy), et provoquent un stress oxydant à l’origine d’une
baisse de la concentration de glutathion et d’une activation de
certaines voies apoptotiques. La présence des cellules gliales
augmente considérablement cette sensibilité. L’ensemble des
éléments suggère une plausibilité biologique avec la maladie de
Parkinson.

Autres pesticides

Il est difficile d’identifier un mécanisme d’action commun à tous


les dithiocarbamates. Ceux-ci comme le manèbe pourraient
conduire à la mort des neurones dopaminergiques via plusieurs
106
Synthèse

mécanismes (stress oxydant, formation d’agrégats cytoplas-


miques). Associés en mélange, ils pourraient accentuer la toxi-
cité d’autres pesticides. Les mécanismes évoqués pour le manèbe
en particulier semblent cohérents avec un effet sur le dévelop-
pement de la maladie de Parkinson.
Les organochlorés hydrophobes passent facilement la barrière
hémato-encéphalique. La dieldrine est sélectivement neuro-
toxique vis-à-vis des neurones dopaminergiques de la substance
noire. Le mécanisme d’action pourrait être une augmentation
des niveaux de dopamine dans le cytoplasme et un effet pro-
oxydant endommageant les terminaisons. L’heptachlore et la
dieldrine perturbent également l’homéostasie de la dopamine.
Par ailleurs, des modifications épigénétiques (hypométhylation
de l’ADN) ont été corrélées à l’exposition à certains organo-
chlorés et pourraient, en cas d’atteinte neuronale, conduire à
des perturbations de l’expression de gènes.
Bien que certains mécanismes puissent évoquer un impact des
organophosphorés sur le système dopaminergique, leur implica-
tion dans le développement d’une maladie de Parkinson reste à
démontrer. Des variations de leur métabolisme (notamment de
la paraoxonase 1 ou PON1) pourraient jouer un rôle critique
dans leur mode d’action dans cette pathologie précise.
Quelques travaux expérimentaux semblent en faveur du rôle de
pyréthrinoïdes comme la perméthrine dans le développement
d’une maladie de Parkinson en montrant une augmentation de
la recapture de la dopamine à faibles doses.
Le mécanisme d’action des chlorophénoxyherbicides demeure
inexpliqué. Des anomalies de développement du système dopa-
minergique et du comportement associé ont été signalées après
exposition chez des femelles (rat) gestantes. Il serait intéressant
d’examiner les modifications au niveau des membranes mito-
chondriales de cellules dopaminergiques exposées au 2,4-D pour
en définir leur contribution en termes de toxicité.

107
Pesticides – Effets sur la santé

Familles et substances actives impliquées dans la maladie de Parkinson :


hypothèses mécanistiques

Familles Stress Activation Formation Mort


Substances actives oxydant métabolisme d’agrégats cellulaire/
dopamine cytoplasmiques apoptose

Organochlorés
Sans distinction Oui Oui Oui Oui

Organophosphorés
Sans distinction Oui Oui Oui

Dithiocarbamates
Manèbe Oui Oui Oui

Pyréthrinoïdes
Sans distinction Oui Oui

Autres
Paraquat Oui Oui Oui Oui
Roténone Oui Oui Oui Oui
Manèbe + paraquat Oui Oui Oui Oui

Il est difficile d’établir un lien entre des mécanismes d’action de


pesticides et les autres maladies neurodégénératives comme la
sclérose latérale amyotrophique ou la maladie d’Alzheimer.

Mécanismes d’action des pesticides et troubles du neuro-


développement

Des travaux épidémiologiques ont suggéré le rôle de pesticides


organophosphorés dans des retards de croissance intra-utérins et
des défauts de développement en particulier de neurodéveloppe-
ment après exposition prénatale ou néonatale. Les pesticides
organophosphorés sont des insecticides qui ciblent l’acétylcholine
estérase (AChE), une enzyme qui hydrolyse et inactive l’acétyl-
choline. Elle est exprimée dans le système nerveux central et
périphérique. Les organophosphorés forment une liaison cova-
lente avec le site actif de l’enzyme et sont considérés comme des
inhibiteurs irréversibles de l’acétylcholine estérase. La consé-
108 quence directe d’une exposition aux organophosphorés est
Synthèse

l’augmentation des concentrations d’acétylcholine dans la fente


synaptique et la stimulation trop importante des récepteurs mus-
cariniques et nicotiniques. Le métabolisme des organophosphorés
et le ciblage de l’AChE sont fortement dépendants de l’expression
et de la variabilité de la paraoxonase 1 (PON1) dont il existe de
nombreux polymorphismes.
Une intoxication aiguë aux organophosphorés conduit à un
syndrome cholinergique avec, en fonction du degré d’empoison-
nement, maux de tête, vomissements, confusion, ataxie, coma
et blocage respiratoire. Ces manifestations cliniques n’appa-
raissent qu’après dépassement d’un seuil d’inhibition de l’acé-
tylcholine estérase de 70 %. En cas d’intoxication chronique à
bas bruit (sous ce seuil d’inhibition), d’autres cibles que l’acé-
tylcholine estérase pourraient être impliquées et expliquer les
pathologies observées à plus long terme (dont certains effets
retardés).
L’utilisation de modèles murins a permis de montrer que l’expo-
sition prénatale ou néonatale à un organophosphoré, le chlor-
pyrifos, s’accompagne de modifications des performances loco-
motrices ou cognitives (hyperactivité motrice, apprentissage,
mémoire). À des concentrations comparables à celles mesurées
dans le méconium (premières selles de l’enfant), le chlorpyrifos
induit des anomalies mitotiques, des signaux apoptotiques dans
le tube neural d’embryons de rat en culture. Ces données
s’ajoutent à celles montrant qu’une exposition maternelle chez
le rat provoque des déficits du nombre de cellules cérébrales, des
projections neurales et de la communication synaptique. La
période de sensibilité concerne également le développement
post-embryonnaire de la gliogenèse et de la synaptogenèse. Par
ailleurs, pendant la période de différenciation sexuelle du cer-
veau, le chlorpyrifos perturbe l’expression des récepteurs séro-
toninergiques et la connexion des neurones correspondants avec
leurs cibles ce qui est à l’origine de symptômes évoquant un
déficit en sérotonine.
Sur le plan mécanistique, les anomalies provoquées par le chlor-
pyrifos au cours de la période prénatale sont parfois observées,
comme indiqué ci-dessus, à des doses inférieures à celles 109
Pesticides – Effets sur la santé

nécessaires pour inactiver l’acétylcholine estérase. Plusieurs


études suggèrent donc un mécanisme d’action indépendant de
cette enzyme. Certains effets du chlorpyrifos apparaissent à des
stades embryonnaires pour lesquels l’acétylcholine estérase n’est
pas encore exprimée ou dans des zones du cerveau exprimant
très peu d’acétylcholine estérase. L’un de ces effets les plus fré-
quemment décrits est une induction de l’apoptose neuronale.
Par ailleurs, l’impact des organophosphorés sur le développement
de troubles de l’appétit ou de l’humeur à l’adolescence ou l’âge
adulte après une exposition pendant la vie fœtale est suggéré.
Le mécanisme d’action serait une perturbation du système séro-
toninergique, indépendante de l’acétylcholine estérase.
Ainsi, l’implication des organophosphorés dans des dégénéres-
cences neuronales et anomalies du développement, semble plau-
sible. L’effet des métabolites « oxon » est également suggéré tout
comme le rôle des polymorphismes de la paraoxonase 1 (PON1),
confirmé dans des modèles transgéniques.
L’impact des carbamates (inhibiteurs réversibles de l’acétylcho-
line estérase) et des dithiocarbamates sur le système nerveux
central paraît plausible par une augmentation du stress oxydant
pour les premiers ou la perturbation du transport vésiculaire du
glutamate pour les seconds.
Les chlorophénoxyherbicides (2,4-D) sont susceptibles d’agir au
niveau des systèmes de transport membranaires, de l’homéosta-
sie des neurotransmetteurs, de la neuritogenèse. Ils entraînent
une apoptose des cellules granulaires de cervelet et une inhibi-
tion de la fonction thyroïdienne.
Par ailleurs, l’impact des pyréthrinoïdes (perméthrine) sur le
système nerveux central et en particulier en période de déve-
loppement, est également suggéré.
En ce qui concerne les organochlorés, leur effet sur le système séro-
toninergique est très dépendant du type de molécule. Après expo-
sition in utero et pendant la lactation à l’endosulfan, une augmen-
tation de sérotonine est observée chez des rats mâles. La perturba-
tion du système sérotoninergique pourrait également être impliquée
110 dans l’effet de la roténone sur le système nerveux central.
Synthèse

Familles et substances actives impliquées dans les troubles du dévelop-


pement : hypothèses mécanistiques

Familles Stress Apoptose Perturbation


Substances actives oxydant neuronale neurotransmetteurs/
SNC

Organochlorés
Sans distinction Oui
Endosulfan Oui

Organophosphorés
Chlorpyrifos Oui Oui

Carbamates/dithiocarbamates
Sans distinction Oui Oui

Pyréthrinoïdes
Sans distinction Oui

Phénoxyherbicides
2,4-D Oui Oui

Mécanismes d’action des pesticides et pathologies


métaboliques

L’incidence des pathologies métaboliques est en augmentation


depuis plusieurs années notamment dans les pays industrialisés.
Des études épidémiologiques ont suggéré le rôle potentiel des
pesticides dans le développement de certains symptômes (obé-
sité, dysfonctionnement thyroïdien…) associés à ces pathologies
(syndrome métabolique, diabète de type 2…). Ces études rap-
pellent certaines observations effectuées sur d’autres contami-
nants environnementaux dont les dioxines et plus récemment
le bisphénol A (BPA) ce qui pose la question des mécanismes
sous-jacents.
Les pesticides organochlorés (dont le chlordane et le DDT,
dichlorodiphényltrichloroéthane) ne sont plus utilisés depuis
longtemps dans de nombreux pays mais leurs métabolites comme
l’oxychlordane ou le DDE, persistent dans l’environnement et
s’accumulent dans la chaîne alimentaire. À titre d’exemple, le 111
Pesticides – Effets sur la santé

DDE s’accumule fortement dans le tissu adipeux. Plusieurs pes-


ticides organochlorés (OC) sont suspectés d’influencer le poids
des enfants à la naissance, de favoriser la mise en place d’une
obésité, d’un syndrome métabolique voire d’un diabète (type 2)
chez l’Homme. Ces effets sont également retrouvés chez le singe.
On peut souligner le peu de données chez le rongeur.
Ainsi, des auteurs en 2010 montrent, chez des rats Sprague-
Dawley, qu’un régime riche en lipides (supplémentation en huile
de saumon contenant plusieurs polluants organiques persistants
dont des pesticides organochlorés) conduit à une prise de poids
plus élevée, une augmentation de certains dépôts graisseux au
niveau viscéral et à une modification importante de certains
paramètres lipidiques sanguins, par rapport à un régime similaire
contenant sensiblement moins de polluants organiques. Ces
modifications s’accompagnent à terme d’une hyper-insulinémie,
d’une résistance à l’insuline périphérique et d’une stéatose hépa-
tique. Notons que cette étude a exploré un mélange de compo-
sés organiques et n’autorise pas, seule, à attribuer les effets aux
pesticides.
In vitro, les pesticides organochlorés à fortes doses semblent per-
turber la différenciation adipocytaire. Cependant, les observa-
tions recueillies avec un pesticide organochloré ne peuvent être
généralisées à l’ensemble des membres de cette famille chimique,
elles dépendent également de la lignée cellulaire utilisée. Ainsi,
de fortes doses de DDT favorisent la différenciation d’une lignée
de pré-adipocytes (3T3-L1) et inhibent partiellement celle d’une
autre lignée (3T3-F442A). Ce paradoxe pourrait s’expliquer par
des processus différents de différenciation entre ces deux lignées
(inducteurs différents, sécrétion de leptine, niveau variable de
facteurs C/EBPalpha). Des études associant à la fois des modèles
animaux et cellulaires semblent donc nécessaires pour mieux
comprendre les effets des pesticides organochlorés sur la diffé-
renciation adipocytaire.
Au niveau moléculaire, de nombreux pesticides organochlorés
sont des ligands de plusieurs récepteurs nucléaires (récepteurs aux
œstrogènes et androgènes, et PXR) qu’ils sont susceptibles d’acti-
112 ver ou d’inhiber. Il est donc possible de spéculer sur des effets des
Synthèse

pesticides organochlorés similaires à ceux observés avec le bisphé-


nol A (BPA), capable de se fixer aux récepteurs nucléaires. Les
effets de pesticides organochlorés sur le pancréas (hyper-insuliné-
mie, augmentation de la production d’insuline) ressemblent à ceux
identifiés pour le BPA. Les effets sur le foie (notamment la stéa-
tose) pourraient résulter de la conjonction de l’hyper-insulinémie
et de l’activation de la voie du PXR pouvant bloquer certaines
voies métaboliques dont la ß-oxydation des acides gras. Le PXR
activé pourrait aussi par activation de l’expression du cytochrome
CYP3A4 favoriser la dégradation des œstrogènes endogènes avec
pour conséquence une perturbation de la différenciation adipo-
cytaire, signalée ci-dessus, qui, conjuguée à l’accumulation des
pesticides organochlorés dans la gouttelette lipidique (conduisant
ainsi à des concentrations locales plus élevées) et à la modification
des niveaux d’adipokines, conduirait à terme à une résistance
périphérique à l’action de l’insuline.
Malgré le peu de résultats expérimentaux disponibles, une atten-
tion particulière doit être portée à tout pesticide susceptible
d’activer les voies œstrogéniques au niveau pancréatique, et du
PXR au niveau hépatique. Les régulations par des voies non
génomiques (œstrogéniques) pourraient également jouer un rôle
essentiel notamment dans la sécrétion de glucagon et d’insuline
au niveau pancréatique.

Mécanismes d’action des mélanges de pesticides

Les procédés d’homologation en vue de la mise sur le marché


des pesticides ainsi que les différentes études relatives à leur
mécanisme d’action sont souvent réalisés sur des substances
actives prises individuellement. Il était généralement admis que
le mélange de plusieurs produits aux doses correspondant à leur
NOAEL (No observable Adverse Effect level), et agissant via des
mécanismes d’action différents, ne pouvait pas avoir d’effet.
Différentes études expérimentales relatives aux perturbateurs
endocriniens et à la fonction de reproduction, montrent néan-
moins que des substances actives en mélanges peuvent exercer 113
Pesticides – Effets sur la santé

des effets à des doses inférieures à leur NOAEL, que leur méca-
nisme d’action soit similaire ou différent, et qu’elles peuvent
exercer des effets cumulatifs et/ou dépendants de la dose
lorsqu’elles ont pour cible un même tissu. La littérature scien-
tifique, élargie à d’autres fonctions biologiques que la reproduc-
tion, présente, en l’état actuel, des résultats assez hétérogènes
sur l’effet des mélanges.
L’influence réciproque des substances composant un mélange
peut s’exercer à différentes phases de toxico-cinétique, pendant
l’absorption, la distribution, le métabolisme ou encore l’excré-
tion. Elle peut consister à modifier l’activité biologique de l’une
ou l’autre des substances actives. Au sein d’un mélange, les effets
des substances peuvent devenir additifs, infra-additifs ou supra-
additifs. De plus, la présence d’une substance sans effet peut
néanmoins potentialiser l’effet d’une ou plusieurs substances dans
un mélange.

Différents types d’effets des mélanges

Type d’effet Définition


Effet additif La toxicité du mélange est égale à celle résultant de la
somme des doses ou des réponses des composants du
mélange
Effet supra-additif La toxicité du mélange, où tous les composants sont
synergique actifs, est plus élevée que celle résultant de la somme des
doses ou des réponses des composants du mélange
Effet supra-additif La toxicité du mélange est augmentée par la présence
potentialisateur d’un composant qui lui-même n’est pas actif
Effet infra-additif ou La toxicité du mélange est inférieure à celle résultant de la
antagoniste somme des doses ou des réponses des composantes du
mélange

Les effets peuvent varier selon la fonction étudiée ou le paramètre


biologique testé. Des exemples d’effets de mélanges de substances
actives de pesticides ont été rapportés dans des études expéri-
mentales in vivo sur diverses fonctions (reproduction, activité
motrice, hématopoïèse, production de cytokine…).

114
Synthèse

Quelques exemples d’effets des mélanges mis en évidence


par des études in vivo

Mélange Effet du mélange


Paraquat + manèbe Effet synergique sur la dégénérescence neuronale chez la
souris jeune
Effet potentialisateur sur l’activité motrice chez la souris
adulte
Pas d’effet additif sur la dégénérescence neuronale chez le
jeune rat
Dicofol + dieldrine + Effet potentialisateur sur la motilité des spermatozoïdes chez
dichlorvos le rat
+ endosulfan Pas d’effets sur les autres paramètres de la reproduction
+ perméthrine (spermatogénèse, taux journalier de production de sperme)
Propanil + 2,4-D Effet synergique sur l’hématopoïèse centrale chez la souris
Vinclozoline Effet antagoniste sur le taux de testostérone sérique chez
+ iprodione le rat
Effet potentialisateur sur le retard de puberté (séparation du
prépuce) chez le rat
Dieldrine + atrazine Effet synergique sur la production de cytokines (IL-6, IL-12),
perturbation de l’activité NFkB chez la souris

Il est important de noter que les études relatives à l’impact des


mélanges ne reflètent pas l’exposition professionnelle qui emprunte
essentiellement la voie cutanée. En effet dans les études réalisées
in vivo, l’exposition se fait par gavage, quelques fois par injection
intra-péritonéale ou sous-cutanée. Les doses administrées corres-
pondent le plus souvent à de faibles concentrations afin de mimer
l’exposition du consommateur via l’alimentation.
La plupart des études in vitro sur les mélanges montrent un effet
supérieur du mélange à celui des substances actives prises isolé-
ment, avec un effet important de la dose testée. Dans ces études,
il ne faut pas négliger le phénomène de saturation d’un méca-
nisme et il est donc nécessaire de tester plusieurs doses pour
chaque composé.
La complexité de l’effet des mélanges est liée aux différents
niveaux d’interaction cellulaire et moléculaire des substances
actives ou de leurs métabolites. Les substances actives présentes
peuvent affecter l’expression ou l’activité des transporteurs, pre-
mière barrière de l’organisme vis-à-vis des xénobiotiques. Les
molécules peuvent moduler l’activité ou l’expression de certains
115
Pesticides – Effets sur la santé

cytochromes P450 impliqués dans la détoxication de nombreux


composés exogènes. L’impact de substances actives de pesticides
sur ces deux systèmes cellulaires peut modifier leur propre bio-
disponibilité ou celle d’autres molécules de pesticides ou médi-
caments. De plus, la plupart des molécules possèdent des pro-
priétés pro-oxydantes et certaines agissent sur l’activité de voies
de signalisation impliquées dans la régulation de la croissance
et de la survie cellulaire. On comprend alors aisément qu’un
mélange de pesticides en interagissant à différents niveaux cel-
lulaires et moléculaires puisse conduire à des effets non prédic-
tibles par rapport à l’effet d’une seule substance active. Cette
complexité justifie d’utiliser des modèles expérimentaux mimant
l’exposition à faibles doses des populations et en parallèle d’ex-
plorer des modèles théoriques intégrant les nouvelles connais-
sances sur les mécanismes d’action des molécules par différentes
approches (statistiques, simulations…).

Nouveaux enjeux pour l’évaluation des risques sanitaires

L’apport des études mécanistiques cellulaires et moléculaires,


qu’elles soient menées in vivo ou in vitro, apparaît essentiel dans
l’estimation des risques sanitaires potentiels des xénobiotiques
environnementaux tels que les pesticides. Les mécanismes d’ac-
tion au niveau cellulaire et moléculaire conditionnent la réac-
tion au stress environnemental et déterminent la réponse adap-
tative de la cellule, et donc de l’organisme. La « décision » que
prendra la cellule face à une agression chimique dépendra d’une
quantité importante de paramètres allant de sa capacité à appré-
cier le danger (découlant de la variabilité inter-individuelle et/
ou du polymorphisme génétique), des signaux mis en jeu, ou des
facteurs de prédispositions présents dans l’organisme. La connais-
sance des paramètres génétiques, épigénétiques ou de signalisa-
tion apparaît primordiale dans l’évaluation des risques sanitaires.
Dans ce cadre, la connaissance des processus moléculaires enga-
gés est essentielle et permet de mettre en évidence de nouveaux
biomarqueurs prédictifs.

116
Synthèse

Pourtant, bien qu’indispensable, l’identification des mécanismes


d’actions et biomarqueurs in vitro ne suffit pas à prévoir la sur-
venue de pathologies pesticides-dépendantes. Il est nécessaire
de les confronter aux propriétés de réactivité chimique, de méta-
bolisme, ainsi qu’aux données toxicologiques animales et épidé-
miologiques. Le développement d’outils de gestion/traitement
de données et de modélisation mathématique est primordial au
succès de cette approche, où les modèles d’exposition, de rela-
tions dose-réponse, toxicocinétiques, et de biologie systémique
intégrant le polymorphisme de réponse aux toxiques tiennent
une place prépondérante. Seule une telle approche intégrative
de la réponse physiologique peut in fine conduire à l’objectif
d’une toxicologie prédictive, c’est-à-dire capable d’anticiper les
propriétés toxicologiques des pesticides à partir d’expériences in
vitro et in silico, ainsi que des données in vivo et épidémiologiques
disponibles, en réduisant le recours systématique à l’animal.
L’analyse des mécanismes d’action confirme que les risques sani-
taires liés à l’exposition à ces molécules de pesticides doivent
être reconsidérés avec attention. Elle souligne qu’en plus des
études toxicologiques réglementaires, aboutissant à la mise sur
le marché des pesticides, un certain nombre de leurs effets bio-
logiques chez l’Homme devraient être pris en considération,
surtout pour des molécules auxquelles l’Homme est exposé à
faibles doses sur de longues durées et sous forme de mélanges.
Le regroupement des données épidémiologiques et de toxicolo-
gie réglementaire et fondamentale permet néanmoins d’apporter
des arguments sur la plausibilité d’une relation entre l’exposition
aux pesticides et la survenue de certaines pathologies.

117
Recommandations
Cette expertise synthétise les connaissances disponibles sur les
effets sur la santé, à moyen et long termes, qui peuvent résulter
des expositions aux pesticides liées à des usages professionnels.
Elle porte également sur les conséquences d’une exposition, pro-
fessionnelle ou non, pendant la grossesse sur le développement
du fœtus et de l’enfant. En parallèle des données épidémiolo-
giques, l’expertise a fait le point sur les mécanismes moléculaires
et cellulaires par lesquels quelques substances actives pourraient
être impliquées dans la survenue d’une pathologie. En d’autres
termes, il s’agit de conforter des liens identifiés par la recherche
épidémiologique par une hypothèse mécanistique compatible
avec la pathologie.
Plusieurs constats peuvent être établis à partir de l’analyse de la
littérature sur ce sujet.
Les études épidémiologiques ont permis d’identifier des relations
entre la survenue de certaines maladies et l’exposition aux pes-
ticides. Cependant, la synthèse des différentes études présente
certaines difficultés car celles-ci ont été menées dans des
contextes d’usages de pesticides très différents avec une qualité
de mesure des effets de santé et de l’exposition très variable.
Des augmentations de risque significatives pour plusieurs patho-
logies ont été mises en évidence en lien avec l’exposition aux
pesticides et/ou selon les catégories d’usages (insecticides, her-
bicides, fongicides) ou encore avec l’exposition à certaines
familles chimiques (organochlorés, organophosphorés, phé-
noxyherbicides…) et/ou à des substances actives spécifiques.
Pour plusieurs de ces pathologies, les données épidémiologiques
sont renforcées par des arguments ou hypothèses mécanistiques
(annexe 2).
Malgré le grand nombre d’études publiées, le point crucial pour
conclure reste la caractérisation de l’exposition aux pesticides
chez un individu tout au long de sa vie ou à des périodes critiques 119
Pesticides – Effets sur la santé

(grossesse, enfance) tant d’un point de vue qualitatif que quan-


titatif. Dans la plupart des situations, les personnes ont été expo-
sées à plusieurs substances actives, en même temps ou de manière
séquentielle au cours de leur vie, de même qu’à de multiples
autres facteurs de l’environnement liés ou non aux comporte-
ments individuels (autres polluants, médicaments, additifs ali-
mentaires…).
Peu d’informations sont disponibles sur les effets d’un mélange
de plusieurs substances et ces effets sont difficilement prévisibles.
L’exposition à de multiples substances actives peut entraîner des
effets additifs, synergiques, potentialisateurs ou encore antago-
nistes. De plus, l’exposition à d’autres composés (médicaments,
résidus de divers polluants…) est susceptible de modifier le
métabolisme et les effets des pesticides, ce qui complique l’inter-
prétation des effets observés en situation réelle d’exposition.
Il est à noter que si de nombreux produits ont été retirés du
marché, certains dits persistants, tels que les pesticides organo-
chlorés, demeurent présents dans l’environnement ou s’accu-
mulent dans la chaîne trophique dont l’homme constitue le
dernier maillon et participent à l’exposition en « bruit de fond »
de la population générale.
La synthèse des données actuellement disponibles en épidémio-
logie comme sur les mécanismes d’action de certaines substances
actives suggère d’engager des actions dans plusieurs directions :
améliorer les connaissances sur les expositions actuelles et pas-
sées aux pesticides réellement utilisés en France en milieu pro-
fessionnel agricole et autres ; poursuivre l’exploration, dans les
populations (professionnelles ou non) concernées par les expo-
sitions aux pesticides des effets sur la santé à long terme de
certaines substances actives interdites aujourd’hui et pour les-
quelles des effets sont fortement suspectés ; mettre en place des
recherches (complémentaires à celles réglementaires) sur les
substances autorisées pour lesquelles des effets sont suggérés en
combinant si possible les approches épidémiologique et méca-
nistique ; poursuivre mais aussi engager des études sur les molé-
cules actuellement utilisées en France en prenant en compte
120 l’ensemble des caractéristiques de ces molécules (structure
Recommandations

chimique, propriétés physico-chimiques, biotransformation et


toxicocinétique, mécanismes d’action).
Ces préconisations doivent constituer les volets « recherche »
indispensables pour accompagner les divers plans mis en place
ces dernières années par les pouvoirs publics : plan National
Santé Environnement (2004-2008) ; plan Ecophyto 2018 qui
vise à réduire de 50 % l’usage des produits phytopharmaceutiques
en 10 ans en France, en conformité avec le cadre législatif euro-
péen adopté en 2009. Ce cadre européen est constitué d’une
part du « paquet pesticides », qui introduit des règles plus strictes
d’homologation et d’autre part de la directive cadre 2009/128/
EC, qui prévoit la protection des cultures et la préservation de
la qualité de l’eau ; des campagnes d’estimations de l’exposition
de la population et des écosystèmes aux pesticides venant en
appui aux politiques de prévention et de précaution.

Améliorer les connaissances sur l’exposition


des populations
Organiser le recueil de données d’usage des pesticides
en milieu agricole

En France, il n’existe pas de recueil centralisé ni d’archivage des


données d’utilisation des pesticides, et en particulier des matières
actives. Actuellement, ne sont disponibles publiquement que
des données de vente annuelle agrégées pour l’ensemble des
cultures produites par les industriels et communiquées par l’UIPP
(Union des industries de la protection des plantes). Avec la mise
en place au niveau communautaire d’un système de collecte
d’informations sur la distribution et l’utilisation de pesticides,
ces données sont accessibles, avec celles des autres pays euro-
péens, sur le site de l’office statistique de l’Union européenne
(Eurostat). Elles concernent essentiellement les grandes classes
d’usages de pesticides (herbicides, fongicides, insecticides), par
grand type de culture, mais donnent peu d’information par
famille chimique ou par matière active. L’information n’est par 121
Pesticides – Effets sur la santé

ailleurs pas disponible à une échelle géographique fine. Des amé-


liorations du système de recueil des données sont annoncées
avec notamment le recueil d’informations sur la quantité de
substances actives utilisées et sur la zone traitée, sur une base
périodique de 5 années.
En France, les exploitants agricoles doivent tenir un cahier
d’enregistrement des traitements phytopharmaceutiques (nom
et formulations des produits, quantité, dates d’application, iden-
tification des parcelles, cultures traitées) par exploitation.
Cependant, il n’est pas prévu de recueil systématique de ces
informations ni leur exploitation à des fins descriptives ou/et de
recherche/surveillance.
Depuis la mise en place du plan Ecophyto en 2006, et dans le
but de suivre l’évolution de la consommation de pesticides
(objectif d’une baisse de 50 %), la loi prévoit en France un relevé
national annuel des ventes des produits commerciaux de pesti-
cides. En plus des enquêtes sur les pratiques culturales réalisées
environ tous les cinq ans, le plan Ecophyto, prévoit la réalisation
d’enquêtes spécifiques concernant les usages de pesticides.
Pour mieux documenter les expositions professionnelles et envi-
ronnementales, le groupe d’experts insiste sur la nécessité de
disposer d’un système de recueil des données d’usage des pesti-
cides. En mettant à profit les dispositifs préconisés par la loi
européenne (n°1185/2009), il propose d’étudier la faisabilité de
croiser les données de géolocalisation par parcelle (projets en
cours) avec les données d’usages de pesticides.
Le groupe d’experts propose d’insérer de manière systématique
des questions concernant l’utilisation des pesticides et le maté-
riel utilisé lors des traitements (type de matériel d’application,
équipements de protection) dans le questionnaire du recense-
ment agricole décennal en France, et de s’appuyer sur le cahier
d’enregistrement des traitements aux pesticides. À défaut, ou en
complément de la démarche précédente, le groupe propose de
développer le recueil annuel et pérenne des données à partir
d’un panel d’agriculteurs représentatif de la population agricole
122 (niveau national, régional, par type de culture). Ces données
Recommandations

(rendues anonymes) devraient être accessibles à la communauté


médicale et scientifique à des fins de surveillance sanitaire et de
recherche.

Documenter les niveaux d’exposition dans l’ensemble


des contextes professionnels utilisant les pesticides

Des études d’exposition aux pesticides ont été réalisées en milieu


professionnel agricole, dans divers pays, le plus souvent dans un
contexte réglementaire. En France, elles restent en nombre
limité et ne concernent que certaines cultures. Les données sont
encore plus rares dans des secteurs comme le traitement du bois,
l’entretien des zones non agricoles (voiries, terrains de sport,
zones communales…), l’agro-alimentaire, les secteurs de pro-
duction ayant recours aux fongicides (papier, peintures…). Le
manque de connaissances sur les expositions professionnelles
aux pesticides limite le développement d’études portant sur les
effets sanitaires de ces expositions ainsi que les actions de pré-
vention (diminution des expositions, reconnaissance de maladies
professionnelles…).
Le groupe d’experts recommande d’encourager le développe-
ment d’études de terrain concernant les niveaux d’exposition
des travailleurs, aussi bien en milieu agricole que dans les nom-
breux autres contextes professionnels où des pesticides sont uti-
lisés. Ces études d’exposition devront porter sur les personnes
mettant en œuvre les traitements ainsi que sur celles amenées
à intervenir ultérieurement sur les végétaux ou matériaux traités.

Disposer de données d’expositions des professionnels


tout au long de la vie

Les études montrent que les expositions prolongées et chroniques


aux pesticides sont susceptibles d’entraîner des effets sur la santé.
Aussi, la connaissance des expositions tout au long de la carrière
professionnelle paraît une nécessité pour le suivi médical des
professionnels, et les recherches en épidémiologie. 123
Pesticides – Effets sur la santé

Le groupe d’experts recommande que les chercheurs et les pro-


fessionnels de santé puissent disposer facilement de données
(cahiers d’enregistrement des traitements aux pesticides…) per-
mettant d’apprécier l’exposition de manière régulière des appli-
cateurs et utilisateurs de pesticides, aussi bien chez les agricul-
teurs que chez les autres professionnels manipulant ces subs-
tances. Il recommande de considérer également les populations
professionnelles exposées de manière indirecte aux pesticides et
de les interroger sur leurs tâches, leur lieu de travail, le type de
contact avec des produits traités (cultures, espaces verts, bois,
animaux…). De même, le groupe d’experts recommande de
prêter attention aux familles des exploitants agricoles et des
autres professionnels utilisateurs de pesticides.

Documenter les niveaux et les sources d’exposition


de la population générale aux pesticides
dans les différents environnements de vie

Depuis plusieurs années, des mesures de résidus de pesticides


sont réalisées en routine en France dans l’eau de boisson et dans
les aliments. Cependant, les expositions de la population géné-
rale proviennent également d’autres sources, au sein de l’habitat
(utilisations d’insecticides ménagers, traitements antiparasitaires
pour les humains et les animaux domestiques, traitement des
plantes d’intérieur, utilisation de produits de jardinage) mais
aussi à proximité de l’habitat. En effet, les pesticides utilisés par
les professionnels diffusent dans l’atmosphère et peuvent être
par conséquent, une source d’exposition des populations à une
distance plus ou moins grande des zones traitées (zones agricoles,
espaces verts, voiries, voies de chemin de fer, terrains de sport...).
Ainsi, l’analyse des mesures réalisées par les Associations agréées
de surveillance de la qualité de l’air (AASQA) entre 2000 et
2006 a montré une présence de pesticides dans l’air, générale-
ment corrélée aux périodes de traitement des cultures. Des rési-
dus de pesticides ont par ailleurs été retrouvés dans les poussières
de maison et/ou dans les urines des habitants. Il existe cependant
124 aujourd’hui peu de données en France concernant l’exposition
Recommandations

de la population générale, vivant aussi bien en zone rurale


qu’urbaine, ses différentes sources et ses déterminants.
Le groupe d’experts recommande la réalisation de campagnes
de mesures (notamment dans l’air extérieur et dans l’environ-
nement intérieur) permettant de documenter les expositions
dans les divers environnements aux sources de pesticides pré-
sentes dans le domicile ou à proximité de l’habitat. Ces cam-
pagnes devront être précédées d’enquêtes sur les pratiques dans
les zones considérées afin de déterminer les substances actives
à rechercher dans les différents milieux (air, poussières, matrices
biologiques). Ces mesures permettront à terme d’envisager l’op-
portunité d’une surveillance dans certaines zones et/ou sur cer-
taines périodes et de guider des actions de prévention orientées
vers une diminution des expositions.

Disposer d’un recueil de notifications d’intoxications


aiguës aux pesticides

Certaines données indiquent la possibilité d’effets nocifs à dis-


tance d’épisodes d’intoxication aiguë par les pesticides. Ceci a
notamment été montré pour les troubles neurocomportementaux
et anxio-dépressifs. La connaissance des épisodes d’intoxication
aiguë aux pesticides présente donc un intérêt pour le suivi des
professionnels et pour la compréhension du lien avec la survenue
d’une pathologie. Actuellement, les intoxications aiguës sont
signalées spontanément par l’agriculteur lui-même, par l’inter-
médiaire d’un numéro vert mis en place par la Mutualité sociale
agricole (MSA) dans le cadre du programme Phyt’attitude ou
par la consultation auprès des centres anti-poisons. Ce disposi-
tif de recueil, fondé sur un mode incitatif, ne recense pas actuel-
lement de manière exhaustive ni même représentative les cas
d’intoxication aiguë. Dans le cadre de la loi HPST (hôpital,
patients, santé et territoires n°2009-879 du 21 juillet 2009) et
du plan Ecophyto, il est prévu la mise en place d’un réseau de
toxicovigilance. Il s’agit de mettre en commun les données des
centres antipoison et de toxicovigilance (CAPTV), de Phyt’at-
titude, du réseau national de vigilance et de prévention des 125
Pesticides – Effets sur la santé

pathologies professionnelles (RNV3P), avec une harmonisation


du recueil des données et la mise en place d’outils de gestion
pour les différents acteurs.
Le groupe d’experts recommande d’optimiser et d’évaluer le
système de notification actuel. Il recommande par ailleurs qu’un
tel système soit doté d’un dispositif d’alerte qui permette d’iden-
tifier des cas groupés géographiquement et/ou temporellement
à l’échelle nationale (y compris les Dom-Tom).

Fournir les moyens nécessaires à l’analyse de pesticides


dans les milieux biologiques humains et en métrologie
externe

Suivre les expositions professionnelles implique le développe-


ment de méthodes spécialisées d’analyse des contaminants
incluant les pesticides et les autres polluants environnementaux
pertinents dans des matrices biologiques humaines. Ceci
implique également de rechercher quelles sont les molécules
(molécules-mères ou métabolites…), indicatrices d’une exposi-
tion, qui passent dans le compartiment sanguin ou sont excrétées
dans l’urine. Ces molécules peuvent être identifiées via par
exemple les matrices emploi/exposition, les combinaisons de
pesticides ou de formulation auxquelles peuvent être exposés les
agriculteurs par type de culture.
En France, l’analyse des résidus et contaminants dans les aliments
est organisée à travers un réseau de laboratoires accrédités. En
revanche, l’analyse des pesticides et de leurs métabolites dans
les matrices humaines est, à ce jour, essentiellement prise en
charge par des laboratoires académiques, qui ne sont pas en
mesure de répondre à la demande des médecins du travail ou
des chercheurs.
Le groupe d’experts recommande d’encourager la mise en place
de plateformes analytiques et des compétences nécessaires pour
concevoir et développer des méthodes analytiques sur des
matrices humaines nécessaires aux travaux de recherche et à la
126 surveillance biologique de l’exposition aux résidus de pesticides
Recommandations

et autres contaminants. Il préconise le développement de


méthodes innovantes, sans a priori, permettant d’évaluer, outre
les pesticides et leurs métabolites, les modifications de para-
mètres biologiques dans l’organisme exposé. À titre d’exemple,
ceci peut être réalisé grâce à une analyse des empreintes méta-
boliques d’exposition dans des fluides biologiques.
Pour disposer d’une meilleure estimation des expositions, le
groupe d’experts recommande également de concevoir et de
développer, outre les dosages biologiques, d’autres approches
telles que les matrices emploi/exposition et la métrologie externe
(air, peau, tenues de travail…).

Accéder aux compositions des produits commerciaux

Actuellement, les informations sur la composition intégrale des


produits commerciaux, notamment sur les adjuvants, restent
confidentielles car protégées par le secret industriel. Ces adju-
vants pourraient participer à la toxicité des substances actives
(car constituant une première forme de mélange). Les compo-
sitions peuvent cependant être communiquées, à sa demande,
au médecin du travail en charge du suivi professionnel ainsi
qu’au médecin de centre antipoison. En recherche, ces données
se révèlent très importantes lors de la mise au point de protocoles
expérimentaux en toxicologie ou encore dans la discussion des
effets observés dans le cadre des études épidémiologiques et toxi-
cologiques.
Le groupe d’experts recommande la création d’une base de
données constituée par exemple à partir du dossier d’homologa-
tion, comportant les compositions intégrales des produits com-
merciaux (substances actives et adjuvants). Ces informations
devront être rendues accessibles aux équipes de recherche comme
aux médecins du travail selon des procédures appropriées.

127
Pesticides – Effets sur la santé

Rechercher le lien entre exposition et pathologies


Rechercher l’impact d’une exposition aux pesticides
en France en milieu professionnel dans la survenue
de certaines pathologies

La synthèse des études épidémiologiques analysées dans cette


expertise montre qu’il existe une présomption de lien, parfois
forte, entre une exposition à des pesticides et des pathologies
chez l’adulte comme certains cancers ou des maladies neurodé-
génératives (annexe 2). La large proportion d’études dans la
littérature internationale menées dans un contexte nord-améri-
cain pourrait expliquer que ce sont les insecticides et les herbi-
cides, très employés aux États-Unis, qui ont été le plus souvent
retrouvés associés à ces pathologies. Un grand nombre de publi-
cations ayant porté sur des matières actives spécifiques émane
de la cohorte américaine de l’Agricultural Health Study, ce qui
focalise les conclusions sur la cinquantaine de pesticides étudiés
dans cette cohorte. Les substances actives les plus étudiées sont
celles les plus anciennement mises sur le marché, et beaucoup
sont aujourd’hui interdites. Certaines d’entre elles, persistantes,
sont encore présentes dans les sols, l’alimentation et à l’état de
traces dans les tissus et fluides biologiques des populations pro-
fessionnelles et de la population générale. Les effets sur la santé
observés aujourd’hui dans les populations peuvent résulter de
l’exposition à ces pesticides utilisés dans le passé mais également
à ceux plus récemment introduits sur le marché ou spécifiques
du contexte français.
Le groupe d’experts recommande de poursuivre les travaux sur
le lien entre la survenue d’une pathologie et une exposition en
milieu professionnel aux pesticides en tenant compte du contexte
présent et passé d’exposition aux pesticides en France, afin de
mieux caractériser les substances actives, les familles de subs-
tances et les mélanges qui pourraient être impliqués dans la
survenue de ces pathologies. Il conviendrait également de
prendre en considération les entités nosologiques bien définies
(méningiome et gliome pour les tumeurs cérébrales…) et les
128
marqueurs précoces précliniques (exemple des gammapathies
Recommandations

monoclonales de signification indéterminée ou MGUS pour le


myélome multiple).
Pour prendre en compte l’évolution des connaissances sur les
liens entre exposition et pathologie, le groupe d’experts recom-
mande de mobiliser, à travers un dispositif national, des compé-
tences scientifiques et médicales capables de répondre aux ques-
tions des médecins du travail ou d’autres professionnels de santé
sur les effets aigus et chroniques d’une exposition aux pesticides
et sur le lien possible entre une exposition aux pesticides et la
survenue d’une pathologie pouvant, le cas échéant, être recon-
nue comme maladie professionnelle.

Mieux comprendre l’effet de l’exposition aux pesticides


dans des populations vulnérables

De nombreux facteurs peuvent agir et moduler l’impact des pes-


ticides sur la survenue d’une pathologie. Les personnes avec
antécédents de cancers hématopoïétiques ou porteuses de la
translocation t(14 ;18) ou encore asthmatiques, exposées à cer-
taines matières actives, pourraient être plus sensibles au déve-
loppement de lymphomes non hodgkiniens. De même, l’effet de
certaines substances actives a été signalé en présence d’antécé-
dents familiaux de cancer de la prostate sans qu’il soit souvent
possible de distinguer les facteurs de susceptibilité génétique liés
à la maladie des facteurs environnementaux à risque partagés
par les membres d’une même famille. Certains polymorphismes
des enzymes métabolisant les pesticides pourraient intervenir
dans la susceptibilité aux effets toxiques de certains pesticides.
Le groupe d’experts recommande de poursuivre les études en
prenant en compte les populations qui montrent une plus grande
vulnérabilité à une exposition aux pesticides en raison de carac-
téristiques individuelles (antécédents familiaux de cancers, aller-
gies, polymorphismes génétiques d’enzymes du métabolisme des
xénobiotiques ou polymorphismes d’autres gènes impliqués dans
les effets toxiques de ces molécules…).

129
Pesticides – Effets sur la santé

Prendre en considération l’exposition pendant


les périodes de vulnérabilité

Plusieurs études épidémiologiques convergentes montrent qu’une


exposition professionnelle à certains pesticides pendant la gros-
sesse peut affecter plusieurs aspects du développement de l’enfant
(annexe 2). De même, les études indiquent qu’une exposition
associée au lieu de résidence en période prénatale ou à un usage
de pesticides au domicile peut avoir un impact sur le risque de
survenue de certaines pathologies d’origine développementale à
court et moyen terme (croissance, cognition…). Cependant,
l’ensemble des conséquences potentielles d’une exposition aux
pesticides pendant la grossesse est encore insuffisamment évalué
comme par ailleurs celles d’une exposition durant la période
préconceptionnelle, la petite enfance et la période pré- ou puber-
taire.
Des familles chimiques de pesticides sont plus particulièrement
mises en cause dans l’impact sur le développement et des hypo-
thèses de mécanismes d’action ont pu être explorées. Des subs-
tances actives ont montré des effets et certaines, aujourd’hui
interdites, demeurent présentes dans les tissus et fluides biolo-
giques. Par ailleurs, un certain nombre de tâches peuvent expo-
ser de manière indirecte les populations de femmes enceintes au
travail. C’est le cas, par exemple, des tâches de ré-entrée en
viticulture et en arboriculture.
Le groupe d’experts recommande de favoriser, à travers les
cohortes mère-enfant avec inclusion pendant la grossesse et suivi
longitudinal du développement de l’enfant, l’évaluation des
effets des pesticides, qu’il s’agisse de substances actives autorisées
ou de substances interdites mais persistantes, en particulier sur
le neurodéveloppement, le métabolisme, le système reproduc-
teur, ainsi que des études spécifiques sur les cancers de l’enfant.
Le groupe d’experts recommande une vigilance toute particu-
lière, tant en milieu professionnel qu’en population générale,
sur l’exposition aux pesticides pendant la grossesse et une sen-
sibilisation des médecins sur les conséquences possibles d’une
exposition aux pesticides pendant la grossesse en vue d’informer
130
Recommandations

les femmes en âge de procréer et les femmes enceintes sur les


attitudes de prévention vis-à-vis des pesticides.

Développer l’articulation entre approche épidémiologique


et mécanistique

Si de nombreuses études épidémiologiques suggèrent un lien


entre l’exposition aux pesticides et le développement de cer-
taines maladies, il reste souvent difficile d’établir ce lien pour
des familles chimiques de produits et des matières actives spé-
cifiques, en particulier en raison des incertitudes sur la nature
exacte des produits avec lesquels les sujets ont été en contact
au cours de leur vie. La plausibilité des relations observées doit
donc être soutenue par des arguments mécanistiques.
La synthèse des études épidémiologiques associée aux hypothèses
mécanistiques issues d’études in vivo ou in vitro montrent que
certaines substances actives, autorisées aujourd’hui, pourraient
être impliquées de manière isolée ou en mélange dans plusieurs
pathologies chez l’adulte, avoir un impact sur la fertilité (à tra-
vers des atteintes spermatiques) ou encore le développement de
l’enfant (annexe 2). Par ailleurs, de nombreuses substances
actives, actuellement sur le marché, demeurent insuffisamment
étudiées, en particulier à des doses qui ne reflètent pas l’expo-
sition réelle.
Le groupe d’experts préconise, à la lumière des conclusions de
l’expertise, d’approfondir l’évaluation de la toxicité et du méta-
bolisme des substances actives autorisées en France pour les-
quelles des liens possibles avec certaines pathologies ou atteintes
ont été suspectés ou identifiés au travers de la littérature analy-
sée. Pour les substances actives susceptibles d’être impliquées
dans la survenue des cancers ou d’autres pathologies (maladies
neurodégénératives ou métaboliques, ou ayant un impact sur le
développement et la reproduction), une évaluation (ou ré-éva-
luation) doit être envisagée par les structures dédiées (Circ,
agences de régulation nationales ou européennes…) prenant en
considération les effets chroniques et à long terme.
131
Pesticides – Effets sur la santé

Les connaissances toxicologiques sur les effets de certaines subs-


tances actives et la compréhension de leurs mécanismes d’action
cellulaire et moléculaire, en particulier sur certaines cibles (neu-
rones, cellules sanguines…) pourraient permettre d’analyser les
résultats des enquêtes épidémiologiques en regroupant les subs-
tances actives, en fonction des mécanismes toxicologiques impli-
qués dans la maladie étudiée.
Le groupe d’experts recommande de favoriser les échanges entre
épidémiologistes et toxicologues pour la mise en place d’approches
interdisciplinaires. Le regroupement des données épidémiolo-
giques et de toxicologie (réglementaire et académique) permettrait
d’apporter des arguments sur la plausibilité d’une relation entre
l’exposition aux pesticides et la survenue de certaines pathologies.
Il insiste en particulier pour que se mettent en place des études
de ce type sur certains fongicides largement utilisés en France.

Approfondir les connaissances sur la toxicité


des pesticides en mélanges

L’estimation des risques sanitaires des pesticides reste fondée le


plus souvent sur le profil toxicologique des produits administrés
seuls. Or, que ce soit via les activités professionnelles ou via
l’alimentation et l’environnement, les populations sont exposées
de façon chronique à ces molécules et sous forme de mélanges,
pouvant donner lieu, suivant leurs concentrations, leurs voies
de pénétration et de biotransformation, leurs cibles cellulaires
et moléculaires respectives, à des interactions toxicologiques et
à des impacts sanitaires non prévisibles.
L’effet des mélanges suscite un intérêt croissant et de nombreuses
études sont réalisées pour améliorer les connaissances en ce
domaine. D’une façon générale, il apparaît que l’effet des mélanges
peut être différent qualitativement et quantitativement de celui
observé après exposition aux substances prises individuellement.
Le groupe d’experts recommande de favoriser les projets de
recherche traitant de la toxicité des mélanges à des doses com-
132 patibles avec les doses d’exposition environnementale et/ou
Recommandations

d’imprégnation tissulaire, à la fois sur des modèles cellulaires


(cellules humaines) et in vivo (éventuellement au moyen de
modèles animaux humanisés). Il préconise le développement de
nouveaux modèles de toxicologie qui impliquent d’autres orga-
nismes modèles, de type invertébré humanisé par exemple.
Cependant, compte tenu de la complexité des interactions, une
démarche expérimentale in vitro et théorique (s’appuyant sur des
modélisations) est également indispensable pour être en mesure
d’estimer les dangers et les risques sanitaires liés à une multi-
exposition chronique de pesticides.
Par ailleurs, la connaissance des voies de toxicité et de leurs
interactions est nécessaire à une approche prédictive permettant
d’alerter sur la toxicité éventuelle d’un nouveau composé ou
d’un mélange avant sa diffusion. Une approche s’appuyant sur
la biologie systémique semble particulièrement appropriée.

Favoriser une recherche intégrant plusieurs approches

L’identification des mécanismes d’actions et de biomarqueurs


d’effets in vitro ne suffit pas à prédire la survenue de pathologies
liées aux pesticides. Il est nécessaire de les confronter aux pro-
priétés de réactivité chimique, de métabolisme, aux données
toxicologiques animales, épidémiologiques… Le développement
d’outils de traitement de données et de modélisation mathéma-
tique est primordial pour le succès d’une approche où les modèles
d’exposition, de relations dose-réponse, toxicocinétiques et de
biologie systémique intégrant la variabilité de réponse aux
toxiques tiennent une place prépondérante. Seule une telle
approche intégrative de la réponse physiologique, peut in fine
conduire à l’objectif d’une toxicologie prédictive, c’est-à-dire
capable d’anticiper les propriétés toxicologiques des pesticides
à partir d’expériences in vitro et in silico, ainsi que des données
in vivo et épidémiologiques disponibles, permettant de s’affran-
chir du recours systématique à l’animal.
Le groupe d’experts recommande de favoriser les projets de
recherche intégrant plusieurs approches afin de disposer d’un 133
Pesticides – Effets sur la santé

faisceau d’arguments pour conforter la relation entre les proprié-


tés biologiques d’une substance et son rôle dans la pathologie.
La connaissance du mode d’action permet de mieux déterminer
si des observations faites chez l’animal sont transposables à
l’homme. Selon l’hypothèse d’une origine développementale
pour certaines pathologies (obésité, diabète…) la période in utero
doit être considérée comme particulièrement sensible à l’expo-
sition aux toxiques, les pathologies pouvant s’exprimer après un
temps de latence plus ou moins long. Cette toxicité différée,
dans laquelle sont surtout impliquées des substances n’affectant
pas directement l’ADN incite à développer des recherches sur
les impacts épigénétiques des pesticides. Ceci introduit la notion
de toxicité d’origine épigénétique (ou « épigénotoxicité »)
capable de rendre compte de nombreuses perturbations du déve-
loppement, du métabolisme et du comportement chez les popu-
lations exposées.

134
Annexe 1

Annexe 1

Expertise collective Inserm : Principes et méthode

L’Expertise collective Inserm10 apporte un éclairage scientifique


sur un sujet donné dans le domaine de la santé à partir de l’ana-
lyse critique et de la synthèse de la littérature scientifique inter-
nationale. Elle est réalisée à la demande d’institutions souhaitant
disposer des données récentes issues de la recherche utiles à leurs
processus décisionnels en matière de politique publique. L’Exper-
tise collective Inserm doit être considérée comme une étape ini-
tiale, nécessaire mais le plus souvent non suffisante, pour aboutir
aux prises de décision. Les conclusions apportées par les travaux
d’expertise collective contribuent, mais ne peuvent se substituer,
au débat des professionnels concernés ou au débat de société.
L’Expertise collective Inserm peut être complétée, à la demande
d’un commanditaire, par une expertise « opérationnelle » qui
s’intéresse à l’application des connaissances et recommandations
en tenant compte de facteurs contextuels (programmes existants,
structures, acteurs, formations…).
L’expertise collective est une mission de l’Inserm depuis 1994.
Plus de soixante dix expertises collectives ont été réalisées dans
de nombreux domaines de la santé. L’Inserm est garant des condi-
tions dans lesquelles l’expertise est réalisée (exhaustivité des
sources documentaires, qualification et indépendance des
experts, transparence du processus).
Le Centre d’expertise collective Inserm11 organise les différentes
étapes de l’expertise depuis la phase d’instruction jusqu’aux aspects
de communication du rapport avec le concours des services de
l’Inserm. L’équipe du Centre d’expertise collective constituée

10.  Label déposé par l’Inserm


11.  Il constitue le Pôle d’expertise collective de l’Institut multiorganisme santé publique
de l’Aviesan (Alliance pour les sciences de la vie et de la santé) 135
Pesticides – Effets sur la santé

d’ingénieurs, de chercheurs et d’un secrétariat, assure la recherche


documentaire, la logistique et l’animation des réunions d’exper-
tise, et contribue à la rédaction scientifique de l’expertise.

Instruction de la demande

La phase d’instruction permet de préciser la demande avec le


commanditaire, de vérifier qu’il existe bien une littérature scien-
tifique accessible sur la question posée et d’établir un cahier des
charges qui précise le cadrage de l’expertise (principales théma-
tiques du sujet), sa durée et son budget à travers une convention
signée entre le commanditaire et l’Inserm.
Au cours de cette phase d’instruction et selon les thèmes,
peuvent également être organisées par l’Inserm des rencontres
avec les associations de patients pour prendre connaissance des
questions qu’elles souhaitent voir traitées et des sources de don-
nées dont elles disposent.

Réalisation de la recherche bibliographique

Le cahier des charges, établi avec le commanditaire, est traduit


en une liste de questions scientifiques qui permettent d’identifier
les disciplines concernées et de construire l’interrogation des bases
de données bibliographiques internationales. Les articles et docu-
ments sélectionnés en fonction de leur pertinence pour répondre
aux questions scientifiques constituent la base documentaire qui
sera transmise aux experts qui pourront la compléter si nécessaire.
Des rapports institutionnels, des données statistiques brutes, des
publications émanant d’associations et d’autres documents de
littérature grise sont également repérés pour compléter les publi-
cations académiques et mis à la disposition des experts. Enfin,
une revue des principaux articles de la presse française est four-
nie aux experts au cours de l’expertise leur permettant de suivre
l’actualité sur le thème et sa traduction sociale.

136
Annexe 1

Constitution du groupe d’experts

Pour chaque expertise, un groupe d’experts est constitué en


fonction des compétences scientifiques nécessaires à l’analyse
de l’ensemble de la bibliographie recueillie et à la complémen-
tarité des approches. L’Expertise collective Inserm étant définie
comme une analyse critique des connaissances disponibles, le
choix des experts se fonde sur leurs compétences scientifiques,
attestées par leurs publications dans des revues à comité de lec-
ture et la reconnaissance par leurs pairs.
Les experts sont choisis dans l’ensemble de la communauté scien-
tifique française et internationale. Ils doivent être indépendants
du partenaire commanditaire de l’expertise et de groupes de
pression reconnus. La composition du groupe d’experts est vali-
dée par la Direction de l’Institut de santé publique de l’Inserm.
Chaque expert doit compléter et signer avant le début de l’exper-
tise une déclaration de lien d’intérêt.
Le travail des experts dure de 12 à 18 mois selon le volume de
littérature à analyser et la complexité du sujet.

Analyse critique de la littérature par les experts

Avant la première réunion du groupe, les experts reçoivent un


document explicatif de leur mission, le programme scientifique
(les questions à traiter), le plan de travail, la base bibliographique
de l’expertise établie à ce jour.
Au cours de la première réunion, le groupe d’experts discute la
liste des questions à traiter, la complète ou la modifie. Il examine
également la base bibliographique et propose des recherches
supplémentaires pour l’enrichir.
Au cours des réunions suivantes, chaque expert est amené à
présenter oralement son analyse critique de la littérature sur
l’aspect qui lui a été attribué dans son champ de compétence
en faisant la part des acquis, incertitudes et controverses du
savoir actuel. Les questions, remarques, points de convergence
ou de divergence suscités par cette analyse au sein du groupe 137
Pesticides – Effets sur la santé

sont pris en considération dans le chapitre que chacun des


experts rédige. Le rapport d’analyse, regroupant ces différents
chapitres, reflète ainsi l’état de l’art dans les différentes disci-
plines concernées par le sujet traité.
Au cours de ces réunions, des personnes extérieures au groupe
sont auditionnées pour apporter une approche ou un point de
vue complémentaire.

Synthèse et recommandations

Une synthèse reprend les grandes lignes de l’analyse de la litté-


rature et en dégage les principaux constats et lignes de force.
Cette synthèse est plus spécifiquement destinée au commandi-
taire et aux décideurs dans une perspective d’utilisation des
connaissances qui y sont présentées. Son écriture doit donc tenir
compte du fait qu’elle sera lue par des non scientifiques.
La plupart des expertises collectives s’accompagnent de « recom-
mandations » qui s’appuient sur un argumentaire scientifique.
Elles proposent de définir des actions futures en santé publique
ou des axes de recherche pour combler les lacunes de connais-
sances scientifiques constatées au cours de l’analyse.
Pour certaines expertises traitant de sujets sensibles, une note
de lecture critique du rapport et de la synthèse est demandée à
plusieurs grands « lecteurs » choisis pour leurs compétences
scientifiques ou leur connaissance du sujet.
Présentation des conclusions de l’expertise et mise en débat
Une fois le rapport d’expertise remis au commanditaire, et en
accord avec lui, plusieurs actions de communication peuvent être
organisées : communiqué de presse, conférence de presse, colloque.
Les rapports d’expertise sont publiés aux éditions Inserm et dis-
ponibles en librairie. Les expertises et leurs synthèses sont mises
en ligne sur le site internet de l’Inserm12, ainsi que la synthèse

138 12.  http://www.inserm.fr/index.php/thematiques/sante-publique/expertises-collectives
Annexe 1

traduite en anglais13. Par ailleurs, la collection complète est dis-


ponible sur iPubli14, le site d’accès libre aux collections docu-
mentaires de l’Inserm.

13.  http://english.inserm.fr/thematiques/public-health/collective-expert-reports
14.  http://www.ipubli.inserm.fr 139
Annexe 2

Annexe 2

Bilan des études analysées sur l’exposition


aux pesticides et la survenue d’une pathologie
chez l’adulte15 et l’enfant
Association positive entre exposition professionnelle aux pesticides et
pathologies chez l’adulte (d’après la synthèse des données analysées)

Pathologies Populations concernées par un excès Présomption


de risque significatif d’un liena
LNH Agriculteurs, applicateurs de pesticides, ++
ouvriers en industrie de production
Cancer de la prostate Agriculteur, applicateurs de pesticides, ++
ouvriers en industrie de production
Myélome multiple Agriculteurs, applicateurs de pesticides ++
Maladie de Parkinson Professionnelles et non professionnelles ++
Leucémies Agriculteurs, applicateurs de pesticides, +
ouvriers en industrie de production
Maladie d’Alzheimer Agriculteurs +
Troubles cognitifsb Agriculteurs +
Impact sur la fertilité, Populations professionnelles exposées +
fécondabilité
Maladie de Hodgkin Populations agricoles ±
Cancer du testicule Populations agricoles ±
Tumeurs cérébrales Populations agricoles ±
(gliomes méningiomes)
Mélanome cutané Populations agricoles ±
Sclérose latérale amyotro- Agriculteurs ±
phique (SLA)
Troubles anxio-dépressifsb Agriculteurs, agriculteurs ayant des antécé- ±
dents d’intoxications aiguës, applicateurs
a
Les cotations reprennent l’appréciation de la présomption du lien d’après
l’analyse des résultats des études rapportées dans la synthèse : présomption
forte (++), présomption moyenne (+) et présomption faible (±)
b
Les pesticides étudiés étaient presque exclusivement des insecticides organo-
phosphorés

15.  Seules les pathologies listées dans le tableau ont été analysées, d’autres pathologies
(par exemple certains cancers, maladies respiratoires…) n’ont pas pu être integrées dans
le cadre de cette expertise. 141
Pesticides – Effets sur la santé

Association positive entre exposition professionnelle ou domestique aux


pesticides et cancers et développement de l’enfant (d’après la synthèse
des données analysées)

Effets Populations concernées par un excès de Présomption


risque significatif d’un liena
Leucémies Populations professionnelles exposées pen- ++
dant la grossesse, populations concernées
par une exposition résidentielle en période
prénatale
Tumeurs cérébrales Populations professionnelles exposées pen- ++
dant la grossesse
Malformations Populations professionnelles exposées pen- ++
congénitales dant la grossesse
Populations exposées au domicile (proxi- +
mité, usages domestiques)
Morts fœtales Populations professionnelles exposées pen- +
dant la grossesse
Neurodéveloppe- Populations exposées au domicile (proxi- ++
ment mité, usage domestique, alimentation)b
Populations professionnelles exposées pen-
dant la grossesse ±
a
Les cotations reprennent l’appréciation de la présomption du lien d’après
l’analyse des résultats des études rapportées dans la synthèse : présomption
forte (++), présomption moyenne (+) et présomption faible (±)
b
Pesticides organophosphorés

142
Annexe 2

Bilan des études analysées sur l’exposition aux substances actives


autorisées16 en France et en Europe

Substances Classification Présomption Hypothèse


actives européenne d’un liena mécanistique
compatibleb

Organophos-
phorés
Insecticide
Chlorpyrifos Tox aiguë cat 3 Leucémie (+) Oui (++)
Neurodéveloppe- Oui (++)
ment enfant (+)
LNH (±)
Oui (++)

Dithiocarbamates
Fongicide
Mancozèbe/ Repro cat 2 Leucémie (+) ?
Manèbe Mélanome (+) ?
Parkinson (en Oui (+)
mélange avec
paraquat) (±)

Phénoxyherbi-
cides
Herbicide
2,4-D Tox aiguë cat 4 LNH (+) ?
MCPA Tox aiguë cat 4 LNH (±) ?
Mécoprop Tox aiguë cat 4 LNH (±) ?

Aminophos-
phonates gly-
cine
Herbicide
Glyphosate LNH (+) ?
Morts fœtales (±) ?
a
Les cotations reprennent l’appréciation de la présomption du lien d’après
l’analyse des résultats des études rapportées dans la synthèse : présomption
forte (++), présomption moyenne (+) et présomption faible (±)
b
Les cotations reprennent les hypothèses mécanistiques d’après l’analyse des
résultats des études rapportées dans la synthèse : (++) hypothèse soutenue par
trois mécanismes de toxicité, (+) hypothèse soutenue par au moins un méca-
nisme de toxicité.

16.  Pour l’ensemble des tableaux, les substances actives mentionnées sont celles qui
ont fait l’objet d’études mais ne sont peut-être pas les seules impliquées. 143
Pesticides – Effets sur la santé

Bilan des études analysées sur l’exposition aux substances actives


interdites en France

Substances Année CIRC Présomption Hypothèse


actives d’interdiction d’un liena mécanistique
en Europe compatibleb

Organochlorés
Insecticide
Dieldrine 1978 3 ou LNHc (±) Oui (+)
Groupe 2 Cancer prostate (±) Oui (+)
(US-EPA) Parkinson (±) ?

DDT/DDE 1978 2B LNH (++) Oui (+)


Cancer testicule (+) ?
Croissance pondérale ?
enfant (++)
Neurodéveloppement ?
enfant (±)
Atteintes sperma- ?
tiques (+)
Chlordane 1978 2B LNH (±) Oui (+)
Leucémie (+) Oui (+)
Cancer prostate (±) Oui (+)
Cancer testicule (+) ?
Lindane 2002/ 2004/ 2Bd LNH (++) Oui (++)
(γ HCH) 2006/2007 Leucémie (+) Oui (++)

β HCH 2002/ 2004/ 2Bd Cancer prostate (±) ?


2006/2007
Toxaphène 2004 2B LNHc (±) Oui (++)
Leucémie (+) Oui (++)
Mélanome (+) Oui (+)
Chlordécone 2004 2B Cancer prostate (++) Oui (+)
Atteintes sperma- ?
tiques (+)
Neurodéveloppement ?
enfant (+)
Heptachlore 1978 2B Leucémie (+) Oui (+)
Endosulfan 2005 Pas ? Oui (+)
classé

Organochlorés
Fongicide
Hexachloroben- 1978 2B Croissance pondérale ?
zène (HCB) enfant (+)

144
Annexe 2

Organophosphorés
Insecticide
Terbufos 2003/ LNH (+) ?
Dérogation Leucémie (+) ?
2007
Diazinon 2008 LNH (+) ?
Leucémie (+) ?
Malathion 2008 3 LNH (++) Oui (+)
Leucémie (+) Oui (+)
Neurodéveloppement ?
enfant (+)
Atteintes sperma- ?
tiques (+)
Fonofos 2003 LNH (±) ?
Leucémie (+) ?
Cancer prostate (+) ?
Parathion 2002 3 Mélanome (+) ?
Coumaphos Aucune Cancer prostate (+) ?
législation
en Europe

Carbamates
Insecticide
Carbaryl 2008 3 LNH (±) ?
Mélanome (+) ?
Atteintes sperma- ?
tiques (+)
Propoxur 2002 Neurodéveloppement ?
enfant (+)
Croissance fœtale (+) ?
Carbofuran 2008 LNH (±) ?
Cancer prostate (+) ?

Thiocarbamates
Herbicide
Butylate 2003 LNH (+) ?
Cancer prostate (+)
EPTC 2003 Leucémie (+) ?

Triazines
Herbicide
Atrazine 2005 3 LNH (±) Oui (+)
Croissance fœtale (+) ?

Cyanizine 2002/ LNHc (±) ?


2007

145
Pesticides – Effets sur la santé

Pyréthrinoïdes
Insecticide
Perméthrine 2002 3 Cancer prostate (+) Oui (+)
Fenvalérate 1998 Non Atteintes sperma- ?
classé tiques (+)

Hydrocarbures aliphatiques bromés


Bromure de 2010 3 Cancer du testicule ?
méthyle (+)
Fongicide, herbi-
cide, insecticide
Dibromure Interdit 2A Atteinte spermatique ?
d’éthylène ou (+)
Dibromoéthane
Fumigant
Dibromochloro- Interdit 2B Atteinte spermatique/ Oui (+++)
propane (DBCP) infertilité (+++) (lien (mécanisme
Nématicide de causalité établi) connu)

Autres familles
Paraquat 2007 Parkinson (+) Oui (++)
Herbicide
Roténone 2011 Parkinson (+) Oui (++)
Insecticide
Alachlore 2008 Leucémie (+) Oui (++)
Herbicide
a
Les cotations reprennent l’appréciation de la présomption du lien d’après
l’analyse des résultats des études rapportées dans la synthèse : présomption
forte (++), présomption moyenne (+) et présomption faible (±)
b
Les cotations reprennent les hypothèses mécanistiques d’après l’analyse des
résultats des études rapportées dans la synthèse : (++) hypothèse soutenue par
trois mécanismes de toxicité, (+) hypothèse soutenue par au moins un méca-
nisme de toxicité.
c
Résultats issus de données obtenues uniquement sur les populations por-
teuses d’une translocation t(14,18)
d
C’est le mélange technique (α, β, γ HCH) qui est classé 2B par le Circ

146
Pour commander l’ouvrage d’expertise
collective

Pesticides – Effets sur la santé

Éditions Inserm, Juillet 2013, 1014 pages, 70 €


Collection Expertise collective
ISBN 978-2-85598-905-1

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• Lavoisier
www.lavoisier.fr

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N° 2077312E — Dépôt légal : Juillet 2013

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