Module 1
Thèmes abordés
Module 1
Thèmes abordés
des apprentissages
(Première partie)
Premier module
INTRODUCTION
L'homme est un être en devenir, mais aussi un être qui vient de quelque part. En ce qui
concerne notre vie psychique, ce que nous pensons, ce que nous ressentons, notre réflexion
peut être enrichie par une recherche dans le passé. La compréhension de la façon dont nos
ancêtres pensaient peut nous permettre de vérifier nos positions contemporaines et de faire
une indispensable étude critique de la psychologie.
Dans la mesure où la psychologie actuelle doit être considérée comme une science et dans la
mesure où toute science ne se conçoit que comme expérimentale, où elle appelle pour sa
vérification des méthodes objectives, cette psychologie est récente et continue à se constituer.
Elle est née dans la seconde moitié du XIXè siècle.
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Toutefois, l'explication des faits psychiques, la réflexion sur leur signification, la volonté de
les décrire, de les classer... suivant un corps de doctrines ou simplement un ensemble de
croyances sont bien sûr beaucoup plus anciennes. L’homme s'est posé très tôt les problèmes
essentiels, les questions fondamentales sur sa vie psychique, même si ces questions ont eu des
formulations très variées et ont souvent pris, en d'autres temps et d'autres cultures, des formes
et des contenants divers (religion, théologie, philosophie, mythologie, légendes…).
Des traces de conceptions de l'homme apparaissent déjà dans des civilisations sans écriture.
On retrouve en effet des traces de rites, de coutumes qui indiquent l'existence de croyances
métaphysiques (ex: position et décoration des corps dans les sépultures du paléolithique).
La psychologie a donc une histoire récente, mais son passé est fort lointain. Ce passé est le
passé même de l'homme.
Il y a à peine 4000 ans, les premiers philosophes connus ont vraisemblablement élaboré des
théories explicatives de l'univers. Bien sûr, l'homme de Cro-Magnon, comme celui de
Neandertal, avaient déjà réfléchi à la question, mais comme ils ne savaient pas écrire, leur
opinion ne nous est pas parvenue.
Ce qui occupait les premiers penseurs, c'était d'expliquer la vie, l'origine de l'existence
humaine et, pour ce faire, les observateurs des civilisations anciennes ont inventé les dieux et
les déesses. On considérait que des forces magiques, surnaturelles, étaient responsables des
actions humaines que l'on ne pouvait pas expliquer autrement.
Ainsi, on pouvait toujours rejeter la responsabilité d'une bonne ou d'une mauvaise action sur
le ciel, sur les astres — un des premiers objets d'étude a été l'astrologie — ou sur les dieux.
Mais cela n'expliquait pas réellement l'action elle-même. Dire que les dieux vous ont rendu
amoureux ne vous renseigne pas beaucoup sur les processus de l'amour, cela n'explique pas
les modifications physiologiques, émotionnelles … que l'on ressent et encore moins
comment les dieux s'y sont pris pour les provoquer. Il fallait trouver autre chose !
Cette âme, cachée et intérieure, expliquerait pourquoi et comment les gens s'agitent, se
meuvent, grandissent, tombent amoureux …
C'est de ces conceptions de la vie que la psychologie tire son nom et sa première définition, la
psychologie étant l'étude de la psyché, c'est-à-dire l'étude de l'âme humaine.
La définition de la psychologie en tant « qu'étude de l'âme » a été utile pendant des siècles,
mais finalement insuffisante car elle n'expliquait rien. L'âme demeurait insaisissable,
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intouchable. On avait beau réfléchir et discourir sur sa nature, sur ses qualités, on n'avançait
pas.
La psychologie, comme bien d'autres sciences, dont la médecine, s'est ainsi traînée, sans
évoluer, jusqu'au XVIIème siècle. Il a fallu attendre Ambroise PARE, le médecin d’ HENRI
III pour que l'on cesse de soigner les blessures en y versant de l'eau bouillante. VESALE fut
le premier à s'intéresser à la dissection des corps pour tâcher d'en connaître le fonctionnement
et de découvrir les causes des maladies et de la mort.
La Renaissance nous a amené tout un lot de grands rénovateurs dont les idées allaient
révolutionner la façon de penser (GALILEE, LEONARD DE VINCI, VESALE, NEWTON,
DESCARTES …).
Dans l'un de ses ouvrages, « Les animaux machines », DESCARTES faisait prendre
conscience à ses contemporains que les animaux, à l'instar des automates, ne sont pas mus par
un principe vital immatériel et indépendant du corps, mais par une énergie, par une force
propre au corps et faisant partie intégrante de celui-ci. Sa théorie porte un coup fatal au vieux
dualisme.
A cette période, la physique, la chimie, la biologie sont devenues des sciences empiriques au
sens où toute nouvelle connaissance est le fruit d'expérimentations attentives et répétées. La
psychologie en est toujours à sa phase d'introspection et de réflexion car la plupart des
psychologues et chercheurs continuent à considérer l'âme comme unique objet d'étude. La
psychologie se définissait comme « la science de la conscience ».
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Or, comment expérimenter sur quelque chose que l'on ne peut ni voir, ni saisir ? Ce n'est
qu'en 1879 qu'est fondé le premier laboratoire de psychologie, par WUNDT, à Leipzig en
Allemagne.
a. Le structuralisme
A cette époque, les physiciens comme les chimistes firent de grandes découvertes en
décomposant la matière en ses éléments ou structures les plus simples. C'est sur ces modèles
qu'à Leipzig, WUNDT et ses collaborateurs se sont attaqués à la matière mentale en essayant
d'étudier l'anatomie de l'esprit et comprendre la structure de la conscience. Ils cherchaient à
savoir quelles sont les différentes parties qui forment la conscience, exactement comme
l'anatomiste veut savoir quelles sont les différentes parties du corps.
b. Le fonctionnalisme
William JAMES fonde, en 1883, le premier laboratoire de psychologie expérimentale aux
États-Unis, à l'Université d’HARVARD. Il adopte un point de vue plus large sur la conscience
humaine et sur la vie mentale.
Définissant l'esprit comme étant « la somme totale des expériences d'une personne », JAMES
voit bien que l'esprit comme le corps forme un tout et ce qui importe le plus, c'est la manière
dont ce tout fonctionne. Il s'intéresse donc aux fonctions et aux processus par lesquels la
conscience opère. Il étudie la physiologie de l'esprit (mémoire, perception, personnalité …).
Le fonctionnalisme et le structuralisme avaient entre eux deux grands points communs : ils
utilisaient l'introspection comme seule méthode (jeter un regard vers l'intérieur pour examiner
sa propre expérience) et se consacraient à la conscience comme seul objet d'étude.
La psychanalyse
Au début du XXème siècle, un psychiatre autrichien, Sigmund FREUD, élabore une théorie
psychologique selon laquelle les structures, les fonctions sont insuffisantes pour expliquer les
actions humaines. C'est après avoir étudié les pensées, les émotions, les comportements de ses
malades que FREUD découvre que certaines actions humaines découlent de forces
inconscientes cachées et secrètes à l'intérieur de chacun.
Pour définir ces forces susceptibles d'influencer les comportements, FREUD parlera
d'inconscient. Il a appelé « psychanalyse » la méthode par laquelle on tente de dévoiler, chez
les patients, ces forces inconscientes.
Outre ses théories sur l'inconscient, il faut encore retenir de FREUD sa théorie sur la sexualité
enfantine. Nous aurons l'occasion de revenir sur ces deux théories dans des chapitres plus
spécifiques du cours. Avec FREUD, la psychologie est devenue « la science de
l'inconscient ».
Le béhaviorisme
Au moment où FREUD fait ses recherches sur les malades mentaux, des psychologues
empiristes commencent à prétendre que la vie de l'esprit ne peut pas s'observer directement et
que, par conséquent, tout comme l'âme, elle ne peut pas se décrire avec précision. Seul le
comportement est observable et donc lui seul peut être objet d'étude.
C'est WATSON qui crée ainsi le mouvement béhavioriste, faisant de la psychologie « la
science du comportement ». Avant WATSON, les psychologues discutaient sur le sens de
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leur objet d’étude : l'âme, la conscience, les structures ou le fonctionnement des activités
mentales. Avec WATSON, la psychologie, à l'image de la physique et de la chimie qui, de
leur côté, ont fait de grands progrès, va devenir enfin expérimentale, puisqu'elle possède
maintenant un objet d'étude manipulable, le comportement. On va dès lors voir cette
psychologie avancer à grands pas.
Un peu à l'image des structuralistes, les béhavioristes vont décomposer les attitudes, les
expériences, les comportements humains en une chaîne de comportements simples, isolés les
uns des autres, chaque comportement étant une réponse (R) à un stimulus (S).
Alors que les structuralistes faisaient l'anatomie de l'esprit, les béhavioristes se sont mis à
faire l'anatomie des comportements.
La psychologie gestaltiste
Le mot gestalt vient de l'allemand. Il signifie « forme », « organisation » ou
« configuration ».
Les psychologues de la Gestalt croient que les expériences ne peuvent se décomposer en
« atomes » ou éléments simples. Chaque expérience forme un tout et ce tout est plus que la
somme des parties prises séparément. Dans le tout existe en plus un principe d'organisation,
une configuration.
Exemples
• Un papier n'est gris qu'en fonction de la couleur de l'objet sur lequel il est posé ou auquel il
peut être comparé, ainsi que des caractéristiques de luminance sous lesquelles on l'observe.
• Une série de huit points ordonnés est plus qu'un ensemble de huit points ; elle constitue une
configuration particulière (par exemple, les limites d'un cercle).
• Une mélodie musicale est plus qu'un ensemble de sons distincts.
Après les années 40, toutes les écoles précédentes s'estompent quelque peu et, sous l'influence
de J. PIAGET, naît une nouvelle psychologie, la psychologie cognitive qui, s'appuyant sur les
découvertes des précédentes, en est en quelque sorte la synthèse.
Cognitif vient du latin et signifie « connaître ». Les psychologues « cognitifs » s'appuient sur
le modèle récent de l'ordinateur et sur les théories, nouvelles à l'époque, de l'information.
L'esprit humain traite l'information en provenance du monde environnant et, tenant compte de
ses connaissances, de ce qu'il a en mémoire de ses expériences et essais antérieurs, il fait des
comparaisons, prend des décisions, produit des pensées et des idées nouvelles et, le cas
échéant, donne au corps des ordres de mouvements ou d'attitudes (recherche, attaque, défense
…), tout cela tendant vers un seul but, la réalisation optimale de l'être humain.
Les psychologues actuels ont tendance à sélectionner et à utiliser ce qu'ils considèrent comme
les meilleurs éléments de chacune des théories. Ils peuvent donc se servir de la théorie
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béhavioriste lorsque les circonstances s'y prêtent et des théories cognitives ou freudiennes
lorsque cela leur paraît plus approprié.
C'est sous cet aspect que nous considérerons la psychologie dans l'ensemble du cours qui va
suivre et par conséquent, la psychologie telle que nous la définirons sera « l'étude scientifique
des processus mentaux et des comportements humains et animaux ».
3. DEFINITION DE LA PSYCHOLOGIE
Un art, au contraire, est une habileté, un talent spécifique que l'on acquiert par l'étude, la
pratique et l'expérience. Sans dénier qu'il y ait une part d'artiste chez les bons psychologues,
convenons qu'il vaut mieux acquérir l'art de la psychologie après avoir maîtrisé la science que
cet art présuppose.
Comme nous l'avons vu dans la petite histoire de la psychologie, le comportement est la seule
chose qui puisse s'étudier scientifiquement car objectivement observable. Par comportement,
nous verrons que l'on désigne les réponses d'un animal ou d'une personne dans une situation
donnée. Ce sont des mouvements que l'on peut observer, enregistrer (y compris les réactions
verbales, écrites ou parlées).
C'est par l'étude des comportements que nous sommes renseignés sur les mouvements
intérieurs (exemple : une vive rougeur ou une accélération du rythme cardiaque traduit une
émotion intense). Nous sommes réduits à n'étudier que les comportements (on peut mesurer
l'accélération du rythme cardiaque, mais pas l'intensité de l'émotion).
Outre le fait que l'être humain est d'abord un animal, la psychologie comprend l'étude des
animaux pour deux raisons :
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◊ Il est important de connaître le comportement animal pour connaître certains
comportements humains. Les expérimentateurs sont très limités dans l'emploi de
"cobayes" humains, c'est pourquoi une grande part de ce que l'on sait sur l'homme
provient de l'étude des animaux (dans la limite toutefois où une élémentaire
ressemblance entre l'homme et l'animal permet l'extrapolation du comportement).
Comme nous l'avons vu précédemment, un comportement ne peut être observé sans tenir
compte de la manière dont le sujet perçoit l'environnement, ni sans tenir compte de l'ensemble
des caractéristiques de sa personnalité (histoire personnelle, expériences antérieures
accessibles en mémoire, type de pensée, mode d'aperception de la réalité extérieure et forces
pulsionnelles et inconscientes) qui sous-tendent ce comportement.
Comme elles sont fort nombreuses, nous nous contenterons de citer les différentes branches
de la psychologie et l'une ou l'autre de leurs applications.
4.8. . . .
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5. LES METHODES EN PSYCHOLOGIE
La psychologie ne se définit pas par l'emploi d'une méthode unique. Le psychologue utilise
toute une variété de techniques particulières adaptées aux types de problèmes qu'il rencontre.
5.1. L'introspection
Il s'agit de la relation la plus simple qui puisse exister entre un sujet humain et un
psychologue. Le psychologue demande au sujet de s'observer de l'intérieur, de saisir ses
impressions, états de conscience… et de les rapporter verbalement.
La principale critique que l'on peut faire à cette méthode est qu'elle est subjective et
incontrôlable. Il est impossible de demander à un observateur de contrôler les dires du sujet,
le seul observateur possible étant, en fin de compte, le sujet lui-même.
Elle se définit comme étant « l'étude approfondie d'individus particuliers dont l'individualité
est reconnue et respectée (et) qui sont considérés en situation et en évolution … ».
(REUCHLIN)
Le terme « clinique » fait référence, d'une part, à une observation prolongée et approfondie
de l'individu et, d'autre part, à une compréhension psychologique des manières d'être du sujet.
Dans le but de comprendre les comportements spécifiques de l'individu qu'il a devant lui et
d'expliquer son fonctionnement psychologique pour le conseiller ou le soigner, le clinicien va
utiliser des outils et stratégies divers (l'entretien, l'observation, les tests psychologiques …).
a. L'observation systématique
Elle consiste à observer systématiquement un événement, c'est-à-dire à l’observer en visant
un maximum d'objectivité et en se méfiant de toute interprétation hâtive, susceptible de
biaiser l'observation.
Il est difficile de rester objectif lorsqu'il s'agit d'observation en sciences humaines. Une
observation ne vaut jamais que ce que vaut l'observateur.
Avantage
Le sujet observé l'est le plus souvent dans son milieu naturel.
Inconvénient
L'observation a une limite importante : elle permet de mesurer l'importance, la force, la
fréquence d'un phénomène, mais jamais sa cause.
Procédés d'observation systématique
◊ Les enquêtes et questionnaires.
◊ Les grilles et les plans d'observation.
◊ Les appareils (photos, films, magnétoscope …).
b. L'approche expérimentale
Elle supplée à la limite de l'observation en recherchant plus particulièrement la cause des
phénomènes observés. Son but premier est de vérifier l'existence d'un lien de causalité, c'est-
à-dire un lien de cause à effet entre deux ou plusieurs phénomènes.
On va émettre une hypothèse puis la vérifier dans les faits mais ici, plutôt que d'observer
passivement les événements, on va les provoquer. Le but de la méthode expérimentale n'est
pas de prouver qu'on a raison, mais bien d'acquérir une connaissance. On ne cherche pas à
prouver une hypothèse, mais à la vérifier.
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L'esprit scientifique, c'est de ne croire à rien, mais de tout considérer comme possible.
Cependant, avant d'accepter un phénomène comme réel, il faut le démontrer, le quantifier
(d'où l'utilisation en psychologie de la statistique).
La démarche expérimentale
1. L'observation qui permet de déceler et connaître les faits remarquables.
2. La formulation des hypothèses sur les relations pouvant exister entre les faits.
3. L'expérimentation qui permet la vérification des hypothèses.
4. Le traitement des résultats obtenus se réalise grâce à l'analyse statistique.
5. L'interprétation des résultats et la rédaction des conclusions qu'ils permettent de tirer.
6. La publication.
Exemples
• J'observe qu'à un test d'habileté manuelle, plus un sujet a absorbé d'alcool, plus il fait
d'erreurs.
• Je pose comme hypothèse que l'augmentation du taux d'alcool provoque un plus grand
nombre d'erreurs.
Nombre d'erreurs
Nombre de verres
1 2 3 4
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PREMIER MODULE
LA PSYCHOLOGIE COMME SCIENCE DU « COMPORTEMENT »
Introduction
Formé de tissus et d'organes composés eux-mêmes de plusieurs milliers de cellules, le corps
humain n'apparaît pas comme une simple juxtaposition d'éléments, mais, au contraire, comme
le résultat d'une organisation complexe.
1. L'élément unitaire du corps humain est la cellule. Nous devrons donc prendre en
considération, dans l'examen de nos comportements, des caractéristiques héréditaires
des parents qu'elle véhicule (Chapitre I : Les facteurs de différenciation du
comportement).
a) locomoteur, qui permet à notre corps d'accomplir des mouvements qui le mettent en
relation avec le monde extérieur (3),
(2)
(1) (3)
B.B.
Milieu
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CHAPITRE I : LA DYNAMIQUE DU COMPORTEMENT
1. LE COMPORTEMENT : DEFINITION
« Ce mot, introduit par PIERON (1907) dans le langage psychologique, comme équivalent de
BEHAVIOR, désigne les manières d'être et d'agir des animaux et des hommes, les
manifestations objectives de leur activité globale. » (Vocabulaire de la Psychologie -
PIERON - P.U.F. p. 85)
« Réaction d'un individu dans un milieu et dans une unité de temps donnés. Le comportement
qui dépend à la fois du sujet et du milieu, et non pas de l'un ou de l'autre seulement, a toujours
un sens. Il correspond à la recherche d'une situation ou d'un objet susceptible de réduire
les tensions et les besoins d'un individu. Depuis le réflexe qui tend à supprimer l'excitation
jusqu'à la névrose, conçue comme réaction inadéquate à l'angoisse, tous les comportements
ont une signification adaptative. » MERLEAU - PONTY l'a défini « débat et explication du
sujet avec le monde » (Dictionnaire de la Psychologie - Larousse p. 72).
L'être humain, comme tout organisme vivant, est un système qui tend à se maintenir intact,
c'est-à-dire en équilibre avec son milieu. L'individu humain est en état normal d'équilibre,
mais cet équilibre est toujours menacé par le froid, la faim, la soif… qui créent un état de
déséquilibre. La vie de l'individu est une recherche constante des éléments qui permettent de
rétablir l'équilibre.
1. Accommodation
Utilisation des modifications de l'individu (froid = consommation des graisses, réaction
musculaire - chaud = élimination d'eau, enlever un vêtement …). L'accommodation est
un processus adaptatif grâce auquel un organisme, en se modifiant, peut supporter sans
danger (sans subir de dommages) les modifications de son milieu.
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2. Assimilation
Transformation de l'environnement, des caractéristiques du milieu (ex. : brûler du bois
pour se chauffer).
Lorsque l'individu est désadapté, il ressent un manque, un déficit. Il y a donc un besoin qui
apparaît. Chez l'homme, il y a des besoins primaires, fondamentaux (faim, besoin sexuel,
froid …) qui se traduisent par des besoins intermédiaires qui vont s’exprimer par des rituels
(gastronomie, choix de vêtements, faire ses courses …). Ces besoins primaires se traduisent
normalement en une série de besoins secondaires qui détaillent les besoins primaires et en
assurent une satisfaction mieux programmée et plus élaborée.
Remarque : Les besoins vitaux sont généralement accompagnés d'un système d'alarme qui
alerte l'organisme à l'avance sur le danger de la désadaptation, lui procurant
ainsi le temps nécessaire au rassemblement des conditions réadaptatives.
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1.3. La réadaptation individu - milieu : le comportement
Tout besoin tend à provoquer les réactions propres à le satisfaire et l'ensemble de ces
réactions visant à réadapter l'individu constitue ce qu'on appelle le comportement.
a. Le problème, le besoin
Lorsqu'apparaît un besoin dont la satisfaction ne se fait pas de façon automatique, naît alors,
pour l'organisme, un problème, une solution à trouver. Ce besoin non satisfait devient moteur
de la conduite, engendre un comportement. Notre conduite nous dirige vers un objet qui
devient intéressant, c'est ainsi qu'apparaît l'intérêt.
Intérêt = tension qui existe entre l'individu et l'objet susceptible de le satisfaire.
Remarques
1. Si la réponse est satisfaisante, il va l'assimiler et celle-ci va passer dans le stock des
réponses automatisées (processus d'apprentissage).
2. Loi de l'effet : tout besoin tend à reproduire les réactions qui lui ont été favorables.
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Nous sommes ce que nous sommes parce que nous pouvons apprendre, par notre propre
expérience et par l'expérience des autres, comment nous adapter à notre milieu physique et
social.
Il n'est donc pas étonnant que la plupart des psychologues considèrent l'apprentissage comme
le processus psychologique le plus important.
Les animaux se suffisent à eux-mêmes dès la naissance en ayant, dès le début, les
mécanismes de réponses qui leur permettent, sans entraînement et sans aide, de s'adapter de
façon adéquate à leur environnement (modèles de comportements innés, appelés instincts).
Les organismes supérieurs (singes, chimpanzés et hommes) ne peuvent pas s'aider eux-
mêmes en naissant. Leurs uniques réponses non apprises sont des réflexes et des
coordinations relativement simples.
L'enfant humain est celui qui est le plus dépendant des autres ; il l'est pendant de nombreuses
années et lorsqu’enfin il acquiert son indépendance, celle-ci s'appuie sur ce qu'il a appris et
non sur les instincts.
La question de l'apprentissage est donc un sujet très vaste et, en vérité, pour certains
psychologues, son étude constitue l'objet de la psychologie toute entière.
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3. QU’EST-CE QUE L’APPRENTISSAGE ?
b. C'est par l'expérience et la pratique que l'on apprend (il y a d'autres changements dans le
comportement qui résultent de la maturation, de la fatigue ou d'une blessure … et qui ne
relèvent pas de l'apprentissage).
c. Cette modification doit être relativement permanente. Si elle ne l'est pas, c'est qu'elle est
simplement le fait d'un changement momentané de la motivation, de la fatigue…
Il semble que l'on puisse distinguer deux grandes procédures irréductibles d'apprentissage, qui
sont d'une part le conditionnement et, d'autre part, la recherche de solution de problèmes.
Dans le premier type, lié plus particulièrement aux activités automatiques, nous considérerons
le conditionnement répondant et le conditionnement instrumental (opérant). Dans le second
type de procédure d'apprentissage, nous considérerons la recherche de solution par « essais et
erreurs » et par « insight ».
•••
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4. SCHEMA GENERAL DE L’APPRENTISSAGE
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CHAPITRE II
LES FACTEURS DE DIFFERENCIATION DU COMPORTEMENT
Objectif
Confrontées à une situation problème, deux personnes différentes vont réagir de manière
différente. Pourquoi ? Un ensemble de facteurs, dont l’histoire personnelle, l’éducation… est
à l’origine de ces comportements différents.
Parmi ces facteurs — dits de différenciation — l’hérédité et le milieu jouent un rôle plus
particulièrement déterminant.
INTRODUCTION
La plupart des sociétés humaines, principalement celles dans lesquelles la division du travail
est fortement développée, présentent de nombreuses inégalités, tant en ce qui concerne la
répartition des biens et des richesses qu’en ce qui concerne les responsabilités et les honneurs.
Si la richesse et le statut social sont variables selon les individus, la question est ici de
réfléchir sur les fondements de cette inégalité. L’évolution des sciences naturelles (biologie)
et humaines (sociologie et psychologie) offre-t-elle des éléments permettant de traiter cette
question ?
L’homme est sans doute d’abord un être vivant défini au départ par son hérédité, mais il est
surtout un être de culture, c’est-à-dire un être qui ne se réalise pleinement, qui ne s’accomplit
totalement qu’en entrant, dès le premier jour de sa vie, en contact avec un entourage favorable
à son développement. Affection et éducation sont des éléments du milieu qui lui permettront
de s’intégrer à la société à laquelle il appartient. A ce titre, parler, marcher, communiquer
avec son entourage sont des opérations qui résultent toutes d’un apprentissage, opérations que
l’être humain doit donc ACQUERIR.
Cela dit, si ces comportements sont bien culturels et dus au milieu dans lequel l’individu
grandit, s’ils sont bien ACQUIS, il n’en reste pas moins que leur apprentissage nécessite un
certain nombre de prédispositions à propos desquelles il est légitime de s’interroger afin de
savoir si elles sont identiques pour tous ou variables selon les individus et si elles se
transmettent génétiquement.
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Ce qui est de l’ordre de la nature (INNE) et ce qui résulte de l’influence du milieu et donc des
apprentissages (ACQUIS) semblent à ce point mêlés et unis en l’homme qu’il est difficile de
déterminer la part de l’un et de l’autre. Quelle est la part en l’homme, de la transmission
héréditaire et la part de l’action de l’environnement ?
1. L’INFLUENCE DU MILIEU
Par « milieu », nous désignons l’environnement affectif, intellectuel et culturel dans lequel
l’enfant grandit. Il s’agit d’un ensemble de facteurs qui peuvent influencer consciemment ou
inconsciemment un individu et donc agir sur ses apprentissages et son développement.
De nombreuses études tant psychologiques que sociologiques ont mis en évidence
l’importance de la richesse du milieu et des stimulations en provenance de celui-ci.
Les tableaux ci-après illustrent l’impact du niveau socio-économique des familles et du niveau
professionnel du père sur un indice d’évaluation global (NEG) mesurant l’adaptation de l’enfant aux
exigences de l’ensemble des études primaires. La variable NEG se compose, dans les tableaux ci-
dessous, de deux sous-variables : le nombre total de redoublements survenus en cours de scolarité
primaire et l’obtention ou non du certificat de fin d’études primaires.
La combinaison de ces deux variables fournit trois catégories qui correspondent à des niveaux
d’échecs croissants.
• Niveau 0 : aucun redoublement et obtention du certificat.
• Niveau 1 : un ou plusieurs redoublements et obtention du certificat.
• Niveau 2 : plusieurs redoublements et pas de certificat.
L’ensemble des nombreuses études faites à ce sujet met en évidence deux faits constants et
significatifs.
• Là où le redoublement est pratiqué, celui-ci est directement lié à l’appartenance sociale des
élèves. Les enfants de milieux modestes sont plus souvent en retard scolaire que leurs
condisciples des classes sociales supérieures.
• A réussite scolaire égale, les chances de poursuivre des études varient en fonction de l’origine
sociale.
Les expériences menées par ROSENZWEIG et ses collaborateurs (1966-1972) sur les rats ont
révélé que, chez ces animaux, l’importance de la vie sociale dans la mise en place des
connexions nerveuses est capitale. Pour mettre cela en évidence, ROSENZWEIG a comparé
trois groupes de rats élevés dans des conditions différentes.
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Dans le premier groupe, les rats sont élevés dans l’isolement et dans un local sombre et
insonore. Dans le second, on laisse les animaux se développer dans des conditions normales.
Le troisième groupe est l’objet d’une éducation très poussée. Dans ce groupe, les rats sont
élevés ensemble avec de nombreux jeux variés : trapèze, toboggan, labyrinthe avec
récompenses… Il s’agit donc d’un milieu très stimulant. Au bout de 90 jours, lors de
l’autopsie des cerveaux des rats, on constate que le poids du cerveau est moins élevé — et les
connexions synaptiques moins nombreuses — chez les rats des groupes 1 et 2. Il faut préciser
que cela n’est vrai que si les rats du troisième groupe participent effectivement aux jeux. S’ils
n’ont que la possibilité de regarder les autres jouer, on ne note pas les modifications
physiologiques que l’on vient de décrire. L’importance de l’environnement dans la mise en
place des capacités cérébrales par l’instauration de synapses est ainsi clairement démontrée.
On constate donc que le cerveau, et c’est sans doute encore plus vrai pour le cerveau humain,
fait preuve d’un plasticité importante. C’est l’éducation et la formation du jeune enfant qui
permettent la mise en place des circuits et des connexions neuronales.
On a fait beaucoup d'études sur l'homme en ce domaine. HUNT & KIRK (1971) montrent
nettement qu'un enfant élevé dans un milieu appauvri (orphelinat par exemple) présente un
retard tant sur le plan du développement mental que sur celui du développement social, par
rapport à un enfant « normal ».
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La question des effets du milieu n'est pas de pure forme. Elle touche à des questions de
politique sociale très importantes. Lorsqu'on s'efforce d'offrir à chaque enfant des chances
égales d'apprendre, il importe de savoir si son milieu d’origine a une incidence sur ses
aptitudes à l'école primaire. Il nous faut par surcroît connaître aussi exactement que possible
quelles sont les différences provenant du milieu qui peuvent entraîner un retard, afin de
prévoir « l'enrichissement » qui convient.
Cependant, une prise de position aussi radicale sur la question de l’influence du milieu serait
tout à fait naïve et déplacée. Prétendre, comme le fit WATSON en 1925, que l'on peut faire
n'importe quoi de n'importe quel enfant en le conditionnant est totalement faux.
Mais il est tout aussi faux de dire, avec les racistes, que tout est inné.
2. L'HEREDITE
Tout le monde sait aujourd'hui que l'hérédité est contrôlée par les chromosomes et les gènes
(hérédité = transmission d'un certain nombre de caractères d'une génération à une autre).
L’hérédité se définit comme l’ensemble des caractères propres à une espèce ou à un groupe
d’individus appartenant à cette même espèce et se transmettant de génération en génération.
Elle détermine des caractéristiques physiques aussi simples que la couleur des yeux et des
cheveux. D'une manière plus complexe, elle contrôle le poids et la taille.
Le problème que nous posons ici concerne l’hérédité des caractéristiques psychologiques
(intelligence, traits de personnalité…) Sont-elles transmises génétiquement ou résultent-elles
de l’influence du milieu ?
Il s'agit de l'hérédité spécifique qui caractérise tous les membres d'une même espèce. Elle est
ce qui fait qu'une espèce (chien, chat … ) diffère, en apparence et en actes, d'une autre
espèce. C'est elle aussi qui empêche les croisements entre espèces différentes.
HENaC – Psychologie des apprentissages (première partie) – Premier module — Ch. DELORY Page 21
Exemple : les réflexes néo-natals chez l’être humain
A la naissance, l’enfant présente un certain nombre de réflexes :
• Le réflexe de succion.
• Le réflexe d’agrippements qui se produit lorsqu’on stimule la paume de la main de
l’enfant avec un objet. La main se referme.
• Le réflexe de la marche automatique qui se produit lorsque l’enfant est maintenu
« debout » en étant soutenu sous les aisselles.
La présence de ces réflexes à la naissance, ainsi que leur disparition après quelques mois, est
un signe de normalité. Ces réflexes ne constituent, en aucun cas, des éléments fondamentaux
du comportement humain.
a. Le comportement instinctif
Le comportement instinctif fait partie de l'héritage de l'espèce. On a généralement tendance à
appeler instinctive toute réaction automatique (que l'on réalise sans y penser). Il s'agit là d'une
erreur. En effet, beaucoup de réactions automatiques sont apprises (ex. : la marche). En fait,
« instinctif » ne devrait s'appliquer qu'à un comportement hérité ou inné.
Pour qu'il soit qualifiable d'instinctif, un schème de comportement doit répondre à trois
critères :
◊ Il doit prévaloir dans l'espèce au point de la caractériser.
◊ Le schème doit se manifester globalement et sans apprentissage préalable, même si,
comme c'est souvent le cas, il apparaît quelque temps après la naissance.
◊ Sa forme doit être constante et il doit toujours se manifester de la même façon.
Exemple :
L’attachement à la mère et certains processus de reconnaissance mutuelle de l’enfant et de
la mère semblent résulter de certaines prédispositions innées, semblables aux mécanismes
d’imprégnation observés chez les animaux. Toutefois, ces prédispositions, comme la
plupart des possibilités naturelles, ne semblent pouvoir se développer qu’en relation avec
un environnement favorable. Peu de comportements sont strictement innés chez les
hommes ; il y a complémentarité entre l’inné et l’acquis.
La maturation des habiletés fondamentales comme la marche, le vol … en sont des exemples.
Pour chaque espèce, la maturation se manifeste dans le même ordre et suivant une même
programmation temporelle. Elle peut être rapide (marche chez le singe) ou lente (marche chez
l'homme). L'émergence d'un nouveau comportement n'est rendue possible que par le
développement (l'arrivée à maturation) de certaines structures organiques (exemple : le
langage dépend notamment de l’aire de BROCA).
HENaC – Psychologie des apprentissages (première partie) – Premier module — Ch. DELORY Page 22
Dans certains cas, il faut beaucoup de temps pour que l'hérédité remplisse son rôle. Ses effets
continuent d’ailleurs à se manifester aux différentes époques de la vie. Ainsi, la couleur des
yeux, qui est un trait héréditaire, n'est pas encore fixée à la naissance. La plupart des enfants
naissent avec les yeux bleus, même si quelques semaines plus tard, ils deviennent brun foncé.
Il en est de même pour beaucoup d'autres caractéristiques, tels les caractères sexuels dont la
maturation n'apparaît que quelque treize ans après la naissance.
Ainsi, les effets de l'hérédité ne se manifestent que bien après la naissance. Les caractères
héréditaires font donc leur apparition à tout moment dans l'existence.
Les processus physiologiques à travers lesquels l'hérédité se manifeste ont été désignés sous
le terme de maturation. Pendant celle-ci, les structures du corps se modifient, qu'il s'agisse
des muscles, des os ou du système nerveux.
Habituellement, les psychologues font la distinction entre les formes innées du comportement
et les formes acquises (par des apprentissages). Inné signifie prénatal, mais pas
nécessairement présent à la naissance. En d'autres termes, un comportement inné est potentiel
à la naissance et apparaîtra au cours de l'existence si les conditions de développement sont
présentes.
c. La prédisposition à l'apprentissage
Il va de soi qu'il y a des choses que les individus appartenant à certaines espèces ne
parviendront jamais à apprendre (l'homme ne saurait voler, l'oiseau ne saurait taper à la
machine …). Il en serait ainsi quand bien même leurs cerveaux se ressembleraient, en raison
des différences de constitutions corporelles.
Tous les membres d'une même espèce partagent un héritage commun qui leur confère les
caractéristiques propres à leur espèce. Toutefois, on peut constater bien des différences
individuelles au sein d'une même espèce. Elles sont liées aux variances de l'héritage. Chacun
de nous possède donc un héritage spécifique et un héritage individuel.
Il y a tant de variances possibles dans l'héritage individuel que, mis à part les jumeaux vrais,
il n'y a pas deux individus les mêmes dans le monde.
a. Hérédité biologique
Les mécanismes de l'hérédité (modalités de transmission des caractères héréditaires à un
nouveau sujet) commencent à fonctionner dès la conception, lorsque l'ovule maternel et le
spermatozoïde paternel se fondent en une cellule neuve et "unique". Le noyau de cette cellule
contient le matériel génétique qui assure la transmission des caractères héréditaires des
parents au nouvel individu (23 paires de chromosomes).
b. Héritage familial
La combinaison génétique qu'un individu reçoit de ses parents est le fait du hasard. Comme il
y a beaucoup de gènes, le nombre de leurs combinaisons possibles est astronomique. C'est la
raison pour laquelle deux individus qui n'ont aucun lien de parenté ne peuvent être identiques.
Par contre, des sujets appartenant à une même famille peuvent, du fait qu'il possèdent des
gènes semblables, partager certains traits.
HENaC – Psychologie des apprentissages (première partie) – Premier module — Ch. DELORY Page 23
3. LES RISQUES DE CONFUSION
L’influence du milieu et les effets de l’hérédité, non seulement se combinent, mais peuvent se
manifester de manière identique. Ainsi, le milieu social agissant sur plusieurs générations
d’une même famille pourrait laisser croire que certains traits psychologiques se perpétuent
héréditairement (difficultés scolaires, instabilité psychologique, propension aux assuétudes,
traits de personnalité…).
Par exemple, on peut s’interroger pour savoir si certains tests permettant de mesurer le niveau
d’intelligence d’un sujet évaluent les aptitudes naturelles ou simplement les aptitudes
acquises et le degré d’intégration sociale du sujet testé. Même les études réalisées auprès de
jumeaux « vrais » (monozygotes) ne permettent pas toujours de distinguer ce qui provient de
l’hérédité et ce qui résulte de l’influence du milieu.
a. Héritage de l'intelligence
Le développement psychologique et intellectuel d’un individu suppose un support matériel et
biologique (cerveau, système nerveux…) qui rend possible l’éveil de ses potentialités.
Toutefois, celles-ci ne peuvent se manifester qu’en étant stimulées par une action du milieu
extérieur. L’étude du support matériel ne permet pas de déterminer si certains caractères sont
ou non héréditaires. En ce qui concerne les caractères psychologiques, à part les
caractéristiques liées à une aberration chromosomique (trisomie 21), l’étude du patrimoine
génétique et de la morphologie du sujet ne permet pas de déterminer la part de l’hérédité.
Intelligence A et intelligence B :
On appelle « intelligence A », le potentiel inné qu’un enfant possède à la naissance et qui
permet le développement intellectuel. L’ « intelligence B » est le niveau auquel est parvenu
ce développement quand on observe, à un moment donné, le fonctionnement intellectuel du
sujet. On ne saurait mesurer l’intelligence A car le fonctionnement intellectuel du nouveau-né
ne se prête pas à l’observation. Par conséquent, le QI mesure seulement l’intelligence B.
Remarquons seulement que A et B ne sont pas totalement indépendantes. L’intelligence A
contribue à l’intelligence B et en est un facteur indispensable.
b. Héritage de l'émotivité
Les réactions émotionnelles ont également des fondements héréditaires. On peut en trouver la
preuve dans le fait que les loups, les lions et les rats gris sont sauvagement émotifs, alors que
leurs cousins domestiques les chiens, les chats et les rats blancs sont relativement paisibles.
La différence serait-elle due à la domestication ? C'est possible, mais ces animaux sauvages
ne peuvent être que rarement domestiqués. Le facteur essentiel de leur émotivité est plus
certainement héréditaire.
c. Autres problèmes
L'alcoolisme, le diabète sont-ils héréditaires ?
Certaines maladies et handicaps sont-ils héréditaires ?
d. Remarque importante
Nous héritons essentiellement de dispositions (données présentes à la naissance) et de
prédispositions (données qui n'arrivent à maturité que plus tard).
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CONCLUSIONS
Le problème du rapport entre hérédité et milieu est donc mal posé, surtout si on cherche à
faire nettement la part des caractéristiques psychologiques acquises suite à l’influence des
facteurs environnementaux et la part de celles qui sont déterminées par des facteurs
génétiques. Ces facteurs ne sont ni séparables, ni quantifiables dans la mesure où ils ne
signifient rien les uns sans les autres.
La relation entre l’inné et l’acquis est donc une relation dialectique. L’inné correspond à des
aptitudes, des prédispositions qui ne peuvent se développer que dans un milieu favorable, à
l’image d’une plante qui a besoin d’un terrain favorable pour se développer à partir du germe
initial.
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Textes :
La notion de développement : Hérédité, maturation,
apprentissage et influence du milieu
GESELLE dit que "la croissance mentale est profondément et inséparablement liée à la
croissance du système nerveux … Comment l'esprit croît-il ? Il croît comme le système
nerveux, il croît avec le système nerveux. La croissance est un processus de structuration.
Elle produit des changements structurés dans les cellules qui amènent des changements
correspondants dans les structures du comportement".
Hérédité - maturation
« Tout le monde sait aujourd'hui que l'hérédité est contrôlée par les chromosomes et les gènes.
Elle détermine des caractères physiques aussi simples que la couleur des cheveux et des yeux
… d'une façon plus subtile, elle délimite un grand nombre de caractéristiques psychologiques.
Certains effets de l'hérédité ne se manifestent que bien des années après la naissance … Les
caractères héréditaires font donc leur apparition à tous moments de l'existence … Les processus
physiologiques à travers lesquels l'hérédité se manifeste après la naissance ont été globalement
désignés sous le terme de maturation. On sait qu'il existe des liens entre le comportement et ces
processus. Habituellement, les psychologues font la distinction entre les formes innées du
comportement et les formes acquises. Inné signifie prénatal, mais pas nécessairement présent à
la naissance. En d'autres termes, un comportement inné est potentiel à la naissance et apparaîtra
au cours de l'existence si les conditions de développement sont normales. L'hérédité et le milieu
sont chacun la limite l'un de l'autre dans le processus de production d'un individu. »
(MORGAN, p. 37)
« LORENZ avait remarqué un curieux phénomène : ayant divisé en deux groupes un lot d'oeufs
pondus par une oie cendrée, il en laissa un à la mère et confia l'autre à une couveuse artificielle.
A l'éclosion, les oisons du lot normal virent donc leur mère, ceux de la couveuse virent le
professeur LORENZ. Celui-ci marqua les oisons provenant de chacun des deux groupes et les
plaça ensuite tous ensemble sous une grande caisse. Quand on enleva cette caisse, les deux
groupes d'oisons se ruèrent vers leurs parents respectifs, c'est-à-dire dans le premier cas vers
l'oie cendrée, dans le second cas, vers le professeur LORENZ lui-même ! » (Martine ALLAIN,
p. 82 - 83)
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Hérédité - milieu
« On citera sans doute toujours la famille BACH avec ses quinze compositeurs de talent,
répartis sur cinq générations. Mais s'il est vrai que certains travaux permettent d'admettre, en
effet, l'idée de l'hérédité du talent musical, il n'en reste pas moins que voilà une famille où l'on
faisait beaucoup de musique et où les enfants y étaient sans doute encouragés et entraînés dès le
plus jeune âge … ! »
« Sur le plan psychologique, on ne peut pas nier le rôle de l'hérédité, mais le degré exact de son
importance n'est pas parfaitement établi … L'hérédité n'assure probablement pas la transmission
de caractéristiques psychologiques ou morales toutes faites … Il est sans doute plus correct de
penser que ce qui se transmet, ce sont des dispositions, des sensibilités qui permettent
l'acquisition au cours de la vie de certaines facilités ou de certaines caractéristiques de
comportement … En réalité, organisme et milieu sont en interaction continuelle… »
(OSTERRIETH, p. 16 à 19).
En conclusion, « les expériences de l'individu déterminent pour une très large part la manière
dont s'exprimera sa structure héréditaire » (OSTERRIETH, p. 25).
« Une autre manière de mettre en évidence l'influence du milieu consiste à constater l'absence
d'apparition d'un comportement en l'absence de certains facteurs d'environnement alors que la
maturité requise est atteinte. Les cas les plus typiques sont ceux de privation d'exercices par
séquestration ou par absence totale d'un milieu adéquat, stimulant. »
« On observe, chez les individus placés dans ces conditions, une absence de récupération
complète des comportements qui ne sont pas apparus à l'âge normal. Ainsi, le développement se
réalise à condition que l'influence du milieu soit normale au moment où survient la maturité
requise. » (DELDIME - DUMOULIN, p. 204)
Hérédité et apprentissage
« On a pu apprendre à des chimpanzés à taper sur une machine à écrire, mais ce qu'ils ont écrit
n'a jamais eu de sens … On a fait des études sur de jeunes chimpanzés qui furent élevés dans
une famille humaine. Dans l'une d'elles, on a pu comparer le développement d'un chimpanzé
avec celui d'un enfant né en même temps que lui » (KELLOG & KELLOG, 1933).
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CHAPITRE III
ELEMENTS DE PSYCHOPHYSIOLOGIE
Introduction
Tout en étant un système qui fonctionne comme un tout, le système nerveux peut être divisé
selon trois fonctions principales.
(2)
(1) (3)
B.B.
Milieu
1. Les voies afférentes ou sensitives, dont les influx se dirigent toujours vers le cerveau et
dont le rôle est de recevoir les informations en provenance du milieu extérieur ou
intérieur (corps propre).
2. Les voies d'associations, dont les points de départ et d'arrivée se situent toujours à
l'intérieur du cerveau et qui consistent à sélectionner, trier, classer, organiser les
informations, à les retenir (mémoire) et à les utiliser.
3. Les voies efférentes, dont les influx sont centrifuges par rapport au cerveau et qui
consistent à créer des actions (comportements, mouvements volontaires ou viscéraux).
On utilise les premières voies dans les mécanismes de perception, les deuxièmes dans toute
élaboration intermédiaire (intelligence, réflexion, mémoire, prise de décision) et les
troisièmes dans toute activité et toute motricité.
HENaC – Psychologie des apprentissages (première partie) – Premier module — Ch. DELORY Page 28
1. L’APPROCHE MICROSCOPIQUE
1.1. La cellule nerveuse : le neurone
Figure 1. Les diverses formes des neurones; a, axone. Dans le cas du neurone A, une partie seulement de l'axone
se trouve représentée; dans le cas de B, C et D, la cellule est représentée dans sa totalité. B et C sont des cellules
du SNC à axones courts (remarquez comment l'axone de la cellule B revient vers les dendrites de la même
cellule, comme pour former une boucle fermée). D est un neurone afférent provenant d'un nerf de la moelle
épinière.
• Les prolongements sont de deux types : les dendrites qui sont stimulés soit par les
neurones voisins, soit par un stimulus physique et les axones qui transmettent les
impulsions nerveuses aux neurones voisins ou à un organe effecteur (exemple : le muscle).
• La plupart des neurones ont des prolongements (axones ou dendrites) très courts (quelques
mm). Certains neurones sensitifs ou moteurs qui innervent bras et jambes ont des
prolongements pouvant mesurer jusqu'à un mètre de long.
• Lorsqu'une cellule nerveuse meurt, elle dégénère dans sa totalité, mais cette
dégénérescence ne franchit jamais l'espace synaptique.
• La cellule nerveuse est une des rares du corps humain qui n'est pas capable de se
reproduire. On estime actuellement que l'homme en possède quelque cent milliards (alors
que le singe en a moins de dix milliards).
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1. Dendrites
2. Corps cellulaire
3. Axone
4. Noyau
5. Gaine à myéline
6. Extrémité cylindraxile
dépourvue de gaine.
Figure 2. Schéma d'un neurone, l'unité de base du système nerveux. Il est constitué essentiellement d'un corps
cellulaire et de deux sortes de prolongements : les dendrites et les axones. La fonction principale du neurone est
d'assurer la conduction des influx nerveux (Adapté de BRACIER, 1968).
a. Bien que l'enfant vienne au monde avec un nombre de cellules nerveuses définitif, la
plupart de ces cellules ne sont pas encore en ordre de marche. Il faut, pour qu'elles soient
fonctionnelles, que leurs prolongements (axones) soient myélinisés et cette myélinisation
peut s'étendre jusqu'à l'âge de neuf ou dix ans (sans la gaine de myéline, il y a perte de
l'influx électrique lors de son passage dans l'axone). La myélinisation est l'équivalent de
la maturation.
b. L'enfant naissant très "inachevé", bon nombre de connexions entre les cellules nerveuses
ne sont pas encore mises en place. Celles-ci vont se fixer peu à peu grâce aux
apprentissages et à la pratique.
c. La mémoire à long terme de l'adulte : ce dernier garde, en effet, des traces des
événements qu'il vit, qu'il subit, des apprentissages qu'il fait. Certaines de ces traces
(chaînes de protéines semblables à l'ARN du noyau des cellules) resteraient fixées au
niveau des cellules nerveuses (voir chapitre sur la mémoire).
d. L'évolution du cerveau humain de l'enfant à l'adulte apparaît évidente lorsque l'on prend
en considération l'évolution du poids du cerveau :
On peut conclure de ces chiffres que l'évolution du poids du cerveau se marque surtout les
deux premières années, d’où l'importance d'une nutrition riche et équilibrée pour fournir au
cerveau, comme à l'ensemble de l'organisme les chances d'un bon développement (la
malnutrition peut entraîner des déficiences mentales graves).
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1.2. L'influx nerveux
1. L'influx nerveux est le passage d'un courant électrique le long des fibres. Il correspond à
une modification de l'équilibre ionique existant de part et d'autre de la membrane qui
entoure la fibre.
Au repos : la fibre nerveuse a un potentiel électrique plus bas que le milieu extérieur.
Na+
C1- C1-
Na+
Fibre excitée : la membrane, sous l'effet d'un choc mécanique ou électrique, devient
perméable aux ions. Na+ entre dans la fibre, C1- en sort, d'où une brusque onde de
dépolarisation. La fibre reprend ensuite l'électronégativité qui la caractérise au repos.
Na+
Na+ C1-
Na+ C1-
HENaC – Psychologie des apprentissages (première partie) – Premier module — Ch. DELORY Page 31
Une cellule n'est jamais totalement silencieuse, il y a toujours un influx de base qui la
parcourt (cfr. EEG).
2. Certains influx excitent les cellules, d'autres les inhibent. Certains influx sont donc
inhibiteurs et rendent la cellule inexcitable.
Temps (millisecondes)
Figure 3. Schéma d'un enregistrement des changements de voltage à l'intérieur d'une cellule nerveuse au cours
d'une expérience où l'on a stimulé la cellule. Au début, l'électrode est à l'extérieur de la membrane cellulaire et le
voltage enregistré est nul. Lorsque l'électrode pénètre dans la cellule à travers la membrane, le voltage tombe
brusquement au niveau du potentiel de repos qui, dans ce cas était de -70 millivolts. La stimulation commence et
la modification du voltage est tout d'abord lente. Lorsque le seuil est atteint, des ions de sodium se précipitent
dans la cellule et la modification du voltage est très rapide. L'intérieur de la cellule se polarise positivement
(jusqu'à environ +30 millivolts) pendant le temps très bref que dure le potentiel de pointe. Puis le voltage
diminue et, au terme d'une certaine durée du potentiel résiduel, il revient au niveau du potentiel de repos
(Modifié de RUCH et PATTON,1965).
HENaC – Psychologie des apprentissages (première partie) – Premier module — Ch. DELORY Page 32
Ex. : Interrupteur du courant : zéro volt ou 220 volts (pas d'intermédiaire).
La fibre nerveuse a donc deux positions : elle transmet ou ne transmet pas. C'est
cette loi qui a poussé des psychologues à penser au fonctionnement du cerveau en
tant que système cybernétique (cfr. les ordinateurs et le système binaire).
Remarque : L’effet de population : toutes les fibres nerveuses répondent à cette loi.
Cependant, le nerf, constitué d'un ensemble de fibres ayant des seuils différents,
conduit le muscle à réagir progressivement à l'excitant.
3. La sommation des influx : Pour qu'une cellule soit excitée, il lui faut une certaine
quantité d'excitations électriques. Cette quantité ne doit pas nécessairement provenir
de la même origine. Ainsi, une cellule peut recevoir des stimuli nerveux provenant
d'origines différentes - stimuli qui, chacun pris à part, seraient incapables d'exciter la
cellule - et réagir totalement (loi du « tout ou rien ») à la somme de ces stimuli.
Cette sommation peut résulter d'influx simultanés de sources diverses (sommation
spatiale). Elle peut aussi résulter d'influx qui se succèdent d'une manière
extrêmement rapide (sommation temporelle).
A. SOMMATION TEMPORELLE
Un courant en dessous du seuil, s'il n'excite pas le nerf, laisse des traces et
augmente les propriétés d'excitabilité du tissu à un autre stimulus (cette trace
s'affaiblit et disparaît après un certain temps).
B. SOMMATION SPATIALE
Lorsque des informations sont transmises à un même neurone par des neurones
rapprochés, la somme de ces informations suffit à inverser le signe de polarisation
de la membrane.
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Les neurones a et b seuls ne suffisent pas à exciter la cellule c, mais si les influx
des deux neurones sont simultanés et s'additionnent, alors ils suffisent à inverser
le signe de polarisation et à déclencher le passage de l'influx en c.
1.2.3. La synapse
Entre les extrémités des fibres en contact, il existe un espace appelé « SYNAPSE ».
Figure 7. Synapse inter-neuronale. L'arrivée de l'influx axonique en (1) provoque une libération du
médiateur synaptique à partir des vésicules synaptiques (2) et le médiateur se répand dans l'espace inter-
synaptique (3). La fixation du médiateur sur le récepteur dendritique du neurone suivant provoque en (4)
une modification de la perméabilité membranaire qui initie un influx se propageant dans le neurone B en
(5). Le médiateur est alors réabsorbé ou inactivé et la communication inter-synaptique interrompue
jusqu'à l'arrivée d'un nouvel influx en (1).
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Figure 8. Synapses : boutons terminaux (en noir) en contact avec un corps cellulaire (pointillé). On ne
montre ici qu'un petit nombre de boutons, le corps cellulaire et ses dendrites peuvent en être
complètement couverts (extrait de E. GARDNER, Fundamentals of Neurology, Saunders).
Caractéristiques :
c. La synapse est fatigable. La sécrétion de la dopamine par les vésicules est limitée.
Celles-ci sont « fatigables », il leur faut un temps de repos nécessaire à la
reconstitution du potentiel de dopamine.
HENaC – Psychologie des apprentissages (première partie) – Premier module — Ch. DELORY Page 35
d. La synapse étant de nature chimique, elle est sensible à toute drogue, médication …
de nature chimique. Certaines substances peuvent faciliter le passage des influx
nerveux, d'autres au contraire vont limiter ou bloquer le passage de l'information
dans l'espace synaptique.
Exemples :
• Le cerveau sécrète ses propres morphines : les "endorphines", dont le rôle est de
contrôler le passage des informations au niveau des synapses (tel l'agent qui règle
la circulation d'un carrefour aux heures de pointe).
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2. L’APPROCHE MACROSCOPIQUE
On distingue traditionnellement deux parties dans notre système nerveux :
• Le système nerveux périphérique : les nerfs, les prolongements des cellules nerveuses.
• Le système nerveux central constitué surtout du corps des neurones. Le S.N.C. est lui-
même divisible en deux parties : la moelle épinière et le cerveau (encéphale).
Le système nerveux périphérique est constitué des prolongements des neurones sensitifs et
moteurs. Ces prolongements sont regroupés en faisceaux que l'on nomme "nerfs".
On peut distinguer
b. Le système somatique ou cérébro-spinal qui dessert les organes des sens et les
muscles volontaires du corps qui interviennent dans les attitudes, la marche, les
activités et mouvements divers.
Les neurones que l'on trouve dans le S.N.C. se répartissent entre les centres et les voies. Les
centres sont constitués par les corps cellulaires alors que les voies sont constituées par des
faisceaux de prolongements.
Un hasard naturel facilite la distinction entre centres et voies. La couleur d'un neurone est le
gris. Mais la gaine de myéline qui enveloppe la plupart des fibres du S.N.C. est blanche. C'est
la raison pour laquelle, à l'oeil nu comme au microscope, les centres apparaissent gris (c'est la
substance grise) tandis que les voies apparaissent blanches (c'est la substance blanche).
Dans le système nerveux central, nous allons considérer la moelle épinière et le cerveau
proprement dit. La première est protégée par une cavité osseuse : la colonne vertébrale. Le
second est protégé par la boîte crânienne.
Le centre de la moelle épinière est gris et sa périphérie est blanche, ce qui signifie que la
partie centrale est constituée par le corps des cellules des neurones, alors que les voies de
conduction des impulsions constituent la partie externe, blanche.
HENaC – Psychologie des apprentissages (première partie) – Premier module — Ch. DELORY Page 37
Figure 10. L'arc réflexe
Figure 11. Les neurones d'association (en noir) permettent à l'influx nerveux d'atteindre des neurones moteurs
de plus en plus nombreux.
Remarques
1. Bien que les réflexes médullaires soient contrôlés par le cerveau, lorsque ce dernier est
déconnecté de la moelle, les réflexes médullaires sont conservés.
2. Le temps de réaction d'un sujet à un réflexe de piqûre est plus court lorsqu'il se fait à
l'insu du sujet que lorsqu'il est prévenu.
3. D'autres séries de réflexes passent par le cerveau et ont à franchir plusieurs synapses
(contraction de la pupille à la lumière, salivation …) mais fonctionnent à la façon d'un
arc réflexe, tels les réflexes médullaires. Ils sont innés et ne sont le fruit d'aucun
apprentissage.
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2.4. Le cerveau ou encéphale
Protégé par une enveloppe osseuse (la boîte crânienne), le cerveau joue un rôle central dans
toutes nos activités. (Boîte noire que l'on découvre peu à peu !)
Figure 12. Localisation de l'encéphale et de la moelle dans la cavité crânienne et la colonne vertébrale.
(Modifié de RANSOM et CLARK, 1959)
Figure 14. Coupe latérale illustrant certaines parties internes du cerveau humain
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2.4.1. LES CELLULES NERVEUSES
Les cellules nerveuses qui composent le cerveau sont disposées de façon systématique :
• Les corps des cellules à la superficie (cortex cérébral ou écorce grise).
• Les fibres vers l'intérieur.
• L'intérieur est également composé d'amas de corps cellulaires (des noyaux) correspondant
à des relais dans les voies afférentes ou efférentes ou à des centres ayant des fonctions plus
spécifiques (ex. : thalamus, hypothalamus, hippocampe …).
Le cortex est traditionnellement divisé en circonvolutions et lobes, mais il est plus important
pour notre compréhension de le diviser suivant la destination des fibres reliées aux corps
cellulaires. On a ainsi des zones de projection, dont les cellules sont en contact avec le reste
du corps et des zones d'association, dont les cellules ne sont en contact qu'avec d'autres
régions du cerveau.
La destruction des premières entraîne une altération spécifique ; une lésion dans les secondes
entraîne une diminution globale dans l'efficience du système.
• Chacune de ces zones possède une structure précise et définitive. L'excitation d'un point de
ces zones correspond à une sensation précise.
• La répartition sur la pariétale ascendante se fait d'une manière telle qu'on peut comprendre
les différences quantitatives de sensibilité sur chaque partie du corps : plus la quantité de
neurones corticaux pour une surface donnée est grande, meilleure est la discrimination du
lieu de la sensation.
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2.4.2.2. Zone de projection motrice
Elle court le long de la scissure centrale. La répartition du corps sur cette zone correspond
exactement à celle de la zone de projection sensible.
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2.4.2.3. Zone d'association
Très étendue et très importante chez l'homme. On observe que dans l'échelle de l'évolution,
son extension est parallèle aux possibilités d'apprentissage.
Plus on s'écarte des zones de projection, plus les cellules semblent vectrices de fonctions
complexes et abstraites. Ainsi, le carrefour temporo-pariéto-occipital est-il le centre de
l'élaboration de concepts abstraits (langage).
Elle serait la zone des préoccupations et ruminations intellectuelles. Elle aurait une part
importante dans la réflexion et la mémoire. Le lobe frontal est très réduit chez les
mammifères inférieurs. C'est une formation propre aux primates. Chez l'homme, il a pris une
très grande importance et atteint 40 % de la masse cérébrale totale.
Cette formation a donc été rendue responsable du développement des facultés intellectuelles.
1. Sélectionner les multiples informations qui nous parviennent pour ne retenir que
les plus nécessaires au moment présent.
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Figure 18. Représentation du rôle du thalamus dans les comportements automatisés
Placé sous le contrôle de l'hypothalamus, il est composé de deux systèmes dont les actions
sont antagonistes. C'est la résultante de leurs forces qui oriente le comportement. Ces
systèmes innervent tous les deux les organes viscéraux.
a. Le système parasympathique
Son action est pareille à celle d'une hormone, l'acétylcholine.
Elle provoque un aspect général de relâchement, de détente, de repos.
b. Le système orthosympathique
Son action est pareille à celle de l'adrénaline. C'est le système d'attaque de l'organisme
(mais aussi de la peur et de l'angoisse).
Ces deux systèmes qui commandent le fonctionnement de tous les viscères sont
indirectement en relation avec le système nerveux central : sans entraînement spécial, il ne
nous est pas possible de commander le fonctionnement de nos organes internes, mais par des
techniques de concentration (yoga), il devient relativement possible de le faire. C'est par le
système neurovégétatif que l'on peut expliquer sans difficulté l’émergence des maladies
psychosomatiques, car il a un rôle des plus importants en psychologie en ce qui concerne les
émotions.
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Figure 19. Schéma simplifié du système nerveux autonome avec les nerfs qui le relient à diverses parties du
corps. Il est principalement divisé en deux : le système sympathique et le système parasympathique. D'une
manière générale, le système sympathique est le système "d'urgence" pour "l'éveil"; quant au système
parasympathique, il intervient pour conserver l'énergie.
Nos deux hémisphères, séparés par la scissure centrale, auraient des fonctions bien distinctes.
Pour le droitier, l'hémisphère gauche prendrait en charge l'organisation des concepts verbaux,
pensée abstraite, conceptualisation … alors que l'hémisphère droit jouerait principalement un
rôle dans l'organisation des perceptions sensitives, motrices et rythmiques (artiste).
Chez le gaucher, les hémisphères auraient des rôles inversés, ce qui expliquerait qu'il ne faut
pas le « contrarier », mais lui donner au contraire la possibilité d'écrire de la main gauche (la
plus naturelle pour lui).
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3. APPROCHE CYBERNETIQUE
Tout message reçu — transmis — par une cellule est codé en système binaire, que son origine
soit mécanique, électrique ou chimique.
Les messages sont caractérisés par la manière dont se succéderont les influx (leur rythme)
(cfr. les ordinateurs).
Donc, toute lésion d'un système a un double effet : empêcher la fonction considérée et libérer
la fonction antagoniste.
Le cerveau fonctionne comme un système global. Toute atteinte du cerveau a pour effet de
diminuer sa capacité de fonctionnement d'une manière générale plus que spécifique.
Lorsque le cerveau est stimulé, il élabore des connexions entre les cellules intéressées. Les
probabilités d'apparition de telle pensée ou de tel comportement ne sont, dès lors, plus les
mêmes. En effet, un apprentissage a été créé et lors du passage de nouveaux influx dans le
même système (même situation), ce passage est influencé par ce qui a été vécu (les
expériences, les apprentissages antérieurs).
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Il existe deux types de traces :
Le réseau neuronique ainsi imprimé dans le cerveau est appelé « circuit ». Dès lors, on peut
comprendre que le cerveau contienne la « représentation » de tout de qui lui est parvenu
grâce aux organes sensoriels. Le réseau formé par ces nombreux circuits finit par constituer la
« cartographie » de l’histoire vécue de l’individu.
Exemple : Un enfant d'un an joue avec un crayon. Cet objet va implanter sa signification dans
le cerveau du bébé à l'aide de tous les stimuli sensitifs et sensoriels que ce dernier peut
émettre et recevoir (vision du crayon, goût en bouche, sensations tactiles, olfactives … + la
mère qui, en désignant l'objet, dit « crayon »).
Cybernétique et régulation :
Lorsque le système "milieu extérieur" varie, nous pouvons réagir de deux façons différentes
(adaptation) :
• en modifiant le milieu ou système extérieur (assimilation),
• en modifiant notre système intérieur (accommodation).
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CONCLUSIONS
Chaque perception, chaque élaboration complexe de pensées (dans les zones d'association),
chaque plan comportemental est ainsi la résultante de plusieurs activités et structures
dépendant de plusieurs éléments distincts :
2. Tout ce qui a été vécu comme expériences, fantastiques ou réelles (les apprentissages
entre autres) qui marquent chaque fois le cerveau (traces). Il s'agit des souvenirs
(conscients ou non).
« Nier ce degré de liberté est un contresens, certes rassurant pour un esprit qui se
voudrait rationaliste à bon marché, mais inacceptable. Nier cette liberté revient aussi à
la supprimer chez chacun car on ne peut avoir de liberté que si on s'estime capable de se
dégager des déterminations constitutionnelles, éducatives et par rétroactions.
Mais il faut reconnaître que l'éducation reçue est souvent ce qui va permettre ou
empêcher cette liberté de s'exercer. Des apprentissages éducatifs très angoissants par
exemple s'imprimeront tellement intensément qu'on ne pourra pas se dégager de
comportements d'évitement d'angoisse et que toute création libre sera pratiquement
impossible.
Le principe même du libre examen implique cette liberté, mais il implique aussi la
responsabilité éducative de créer des situations d'apprentissage, tant par les concepts
utilisés que par les gestes eux-mêmes qui lui permettent d'exister. Et un concept
absolument fondamental est justement cette liberté : le moyen le plus efficace pour
rendre les hommes absolument conditionnés par les seuls apprentissages sociaux,
familiaux, religieux … — et donc incapables de libre examen — est de les persuader
qu'ils sont rigoureusement déterminés et n'ont, d'une manière absolue, aucune liberté de
pensée ou d'attitude » (DIERKENS, Cours de Psychologie générale, pp. 1 - 23).
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The interaction between innate and acquired traits in human behavior is complex and dialectical. Innate traits refer to genetic predispositions present at birth, which require a conducive environment to manifest fully . These innate predispositions include potential behavioral and intellectual capabilities, which are fostered through environmental stimulation and education . While genetic factors provide the raw potential (innate), the environment plays a crucial role in shaping these potentials into observable, acquired behaviors . This dynamic is not easily separable or quantifiable because each factor complements the other in the individual's development .
Determining the precise contribution of heredity and environment to intelligence is challenging because genetic and environmental influences are deeply intertwined and cannot be easily isolated . Intelligence is a product of both inherited potential (genetic predispositions) and the nurturing environment that stimulates intellectual growth . Furthermore, studies, even when using twins, have difficulty distinguishing between inherited traits and learned behaviors . The interaction between these factors is dialectical, where each influences and is influenced by the other, making quantification difficult .
Variability in genetic combinations can contribute to misinterpretations of hereditary and environmental influences in psychological studies by confounding the extent to which genetic inheritance or environmental factors shape behaviors. The complexity and uniqueness of genetic combinations mean that observed traits in family studies, especially if not controlled for environmental variables, can be misleadingly attributed to genetics alone . This misinterpretation is further compounded by the interaction between genes and the environment making it challenging to separate their individual effects . Psychological studies must carefully account for this variability to avoid overstating the influence of hereditary factors and underestimating environmental impacts, ensuring a balanced and nuanced understanding of behavior etiology.
The central nervous system (CNS), comprising the brain and spinal cord, acts as the primary control center for processing information and directing behavior. It is responsible for higher cognitive functions like memory, reasoning, and decision-making . The CNS processes incoming data through synapses and neurons, coordinating reflexes and voluntary actions . The peripheral nervous system (PNS) connects the CNS to limbs and organs, facilitating communication between the body and CNS. It includes the somatic nervous system, which controls voluntary movements, and the autonomic system, which manages involuntary functions like heart rate . Together, these systems coordinate complex behaviors by integrating sensory data and coordinating responses throughout the body .
The inability of human nerve cells to reproduce implies a limited capacity for repairing neural damage and underscores the importance of protecting neuronal health throughout life . This limitation impacts learning and memory, as these processes rely heavily on forming new synaptic connections rather than generating new neurons . It emphasizes the brain's reliance on plasticity—modifying existing neural pathways instead of creating new ones—to adapt and store information . As a result, damage to the nervous system can result in permanent deficits, accentuating the need for continuous care and education to support cognitive functions over the lifespan.
The term 'dialectical relationship' between innate and acquired traits refers to the interactive and interdependent connection whereby innate genetic predispositions and acquired environmental influences constantly influence and reshape each other throughout human development . This relationship implies that while innate traits provide a foundation, their expression is significantly molded by environmental experiences, making neither alone sufficient for full development . Understanding this dialectical nature equips us to recognize the complex interplay in human development, emphasizing the role of nurturing environments in realizing genetic potentials, thus shaping our understanding of how human traits and behaviors are formed .
Intelligence A refers to the innate intellectual potential an individual is born with, which forms the foundation for future intellectual development. Intelligence B, on the other hand, is the realized intellectual capacity as observed at a certain point, influenced by both innate potential (Intelligence A) and environmental factors . This distinction is crucial because IQ tests measure Intelligence B, not Intelligence A. Therefore, assessments of intelligence may be more reflective of acquired knowledge and environmental influences rather than innate potential alone . This understanding emphasizes the significance of nurture and educational opportunities in realizing cognitive abilities.
Environmental factors can significantly influence the expression of hereditary predispositions related to emotional reactions by providing stimuli that shape how these predispositions manifest. While hereditary factors may set a baseline for emotional responsiveness, such as fear or aggression, the environment can amplify or dampen these reactions through experiences and learning . For instance, animals like wolves and lions have strong hereditary emotional traits but environment plays a role in the degree of emotional expressiveness encountered in domesticated species, suggesting a blend of innate tendencies molded by external influences . This interplay shows that while heredity provides a foundation, environmental contexts define the expression and modulation of emotional behaviors.
Genetic and familial inheritance explains individual differences within a species through the vast combinatorial variability of genetic material during reproduction. Each individual receives a unique combination of genes from their parents, accounting for individual differences despite shared species traits . While family members may share certain traits due to similar genetic backgrounds, each person's specific genetic combination is unique, except in the case of identical twins . This inheritance mechanism means that while there are commonalities within a species, the individuality of genetic combinations results in significant diversity .
Synaptic fatigue occurs when the vesicles releasing neurotransmitters like dopamine become depleted and need time to recover . This can impact neurological function by slowing the rate of neurotransmission, affecting reaction times and potentially altering behavior under prolonged neural activity . It highlights the limitations of neuron functionality under continuous stimulation and suggests that behavior such as alertness and motor responses can fluctuate based on the availability of neurotransmitters, illustrating the physical constraints on neural processing and behavior .