Les Courants Marins Dans Le Golfe Ivoirien: de 1'O.R.S.T.O.M. C.R.O. D'luoire)
Les Courants Marins Dans Le Golfe Ivoirien: de 1'O.R.S.T.O.M. C.R.O. D'luoire)
RÉSUMÉ
Les auteurs ont étudié les fluctuations de la circulation superficielle et profonde sur le plateau continental au
voisinage d’[Link] grâce à un cycle de mesures couvrant trois ans. Ils proposent des situations types correspondant
aux diffërentes saisons marines et des explications concernant les variations saisonnières de la vitesse des courants
basées sur les phénomènes d’upLvelling et la configuration particuliére des c0tes. Le débit moyen du courant de Guinée
a été estimé à 100.000 m3fs et celui du contre-courant c(itier à 200.000 m3/s sur le plateau continental. Des mesures
réalisées au large permettent de relier la circulation côtière à la circulation gtkérale de l’Atlantique équatorial et des
campugnes de couverture ont permis de préciser les limites de l’extension longitudinale du contre-courant côtier.
Le rôle de ce dernier dans la distribution du maximum de salinité subtropical est mis en évidence. La discussion
aborde la validité des différents modèles proposés pour l’existence du contre-courant profond.
ABSTKACT
The authors studied the fluctuations of the superfkial and deep circulation above the continental shelf near
Abidjan (Ivory Coast) with data collected monthly achieved during a period of three years. They propose some
standard situations related to the different marine seasons and try to explain the seasonal variations of currents
velocities by the phenomena of uprvelling occuring in front of a particular coastal con/Yguration.
The mean trunsports have been estimafed on the continental shelf at 100 000 m3fs for the Guinea current and
200 000 msfs for the coastal undercurrent. Some offshore measurements relate the coastal circulation to the general
circulation of the near equatorial Atlantic Ocean. Sorne surveys were done to precise the east and westurard boundaries
of the coastal undercurrent. Ils part in the distribution of the subtropical salinity muximum is brought out in relief.
Afterrvards the validity of the different rnodels concerning the coastal undercurrents is discussed.
entrepris pour déterminer les variations des caracté- 11apparaît d’autre part qu’au voisinage du littoral
ristiques de la circulation superficielle. Les seuls la situation peut différer notablement de la circu-
travaux rendant compte des variations saisonnières lation observée au large. En particulier la direction
sont a notre connaissance ceux de JANKE (1920) du courant y est beaucoup plus irrégulière ainsi
basés sur des observations de navires marchands. qu’en témoignent les pourcentages de courants ouest
La circulation profonde est encore plus mal connue. déja cités par LONGHURST (1962). La découverte
Un transport ouest a été observé sous le courant de par LEMASSON et REBERT (1968) d’un contre-
Guinée par GÉRARD, SEXTON et MAZEIIIA (1965) courant subsuperflciel longeant le talus continental
lors de mesures directes à l’aide de drogues-para- ajoute encore à la complexité de l’ensemble de la
chutes. LE FLOCH (1970) en a étudié la distribution circulation.
et la variabilité le long d’une radiale nord-sud par La présente étude a donc pour objet de décrire la
des mesures en courantométrie différentielle. Enfin structure des courants marins dans le golfe ivoirien
ce transport semble confirmé par la topographie - c’est-a-dire la zone comprise entre le Cap des
géopotentielle de la surface 75 décibars par rapport Palmes et le Cap des Trois Pointes (fig. 1) -, d’étudier
a 600 décibars établie d’après les résultats d’Equa- les variations saisonnières de ces courants face à
lant II (MAZEIKA, 1968) et de Guinée 1 (LEMASSON Abidjan et d’aborder leurs relations avec la distri-
et al, 1969). bution de certaines propriétés physiques.
COTE C’I
! I
c - ” ’ ” I ” -iii s I
c 5. .’ P P
A partir de novembre 1968, des stations ont été est représenté par une courbe à deux boucles qui
effectuées au large (stations A et U) aux latitudes ne ressemblent que d’assez loin à des ellipses et se
4050’ N et 4040’ Y. Quelques radiales ont été pro- déforment fort,emenL au cours d’une quinzaine de
longées en particulier Bassam 54 qui atteint, la jours. D’autre part la vitesse et la direction du
convergence tropicale située vers 3oOO’S ti cette courant d’un point, à un autre varient non seulement
époque. Plusieurs campagnes exploratoires ont de en fonction de la profondeur et de la distance à la
plus été réalisées de part et d’autre d’Abidjan côt.e mais dépendent également de la stratification
depuis le Cap des Palmes (07030’ W) jusqu’au des couches d’eau, donc des conditions hydrolo-
méridien de Lorné (Togo) si l’est, pour essayer de giques. On admet en général que le coefficient. de
déterminer l’extension géographique des courants. [Link] du courant, est le m&ne que le coefficient
Les mesures de courant en elles-mêmes ont été de hauteur de la marée; en fait, la force des courants
faites avec des courantornttres Ekman, le navire de marée augmente avec son amplitude mais elle
(Ia (cREIKE POKOU >>du Centre de Recherches n’est pas proportionnelle ht celle-ci. Il n’existe pas
Océanographiques d’Abidjan) étant au rnouillage de relation simple entre les deux données.
lorsque ces mesures étaient effectuées sur le plateau Pour connaître tout au moins l’ordre de grandeur
continental. Les niveaux choisis correspondaient de ces courant,s, une série de mesures a été effectuée
à peu prés aux profondeurs standard hydrogra- en un point moyen de la radiale visitée habituelle-
phiques, des mesures hydrologiques classiques (Lempé- ment, point situé sur les fonds de 80 m à 13 milles
rature, salinité, oxygène) étant faites simultanément de la cGte environ. Un cycle de douze mesures a été
aux memes profondeurs. A partir de novembre 1968 réalis de 10 m en 10 m pendant une durée de 24 1-1
les mesures ont été augmentées de données sur les entre la surface et. le fond.
sels nutritifs. Pour les stations qui étaient réalisées I’ne rnarke de vive eau avait, eu lieu Lrois jours
au large, alors que le navire était en dérive, une auparavant et le marnage maximum au cours de
mesure de référence prise dans une couche de la période de la mesure éLait de 0,90 mi:tre.
mouvement supposé nul était exécutée à 500 rn
de profondeur au début et à la fin de chaque station.
Le choix de cette profondeur semble bon, les mesures Résultats.
de courant faites au point fixe par J. P. REBERT
et J. MAIJVAIJ en mai 1968 ayant montré l’existence En surface le courant moyen portait 2 l’est avec
d’un vecteur courant faible (3 crn/s) ii ce niveau. une vitesse moyenne de 20 cmls mais la direction
des vecteurs vitesse présentait des variations de
L& valeurs admises résultenl en général d’une 110” au cours du cycle diurne, l’hodographe s’inscri-
seule mesure dont la durée varie de 3 à 10 minutes vant a peu pr8s dans une ellipse d’axe principal
suivant la vitesse du courant. 1,es coupes qui Jont NKW.
dressées ensuite représentent donc les vitesses
instantanées du courant. Pour estimer la validité Aux autres profondeurs les variations de vitesse
de ce type de représentation il importe de connaître sernblent erratiques. En ef‘fet la disLribution verticale
l’ordre de grandeur des flucluations autour des des courants fait ressortir plusieurs couches de
caractéristiques moyennes sur une échelle de temps couranl. La marée s’accompagnant de rnouvements
allant de quelques heures à un mois (périodicité verticaux on mesure 11 une rm?me profondeur au
de la mesure). Parmi les fiuct,[Link] a courte cours des 24 heures les courants correspondant, à
période la plus importante est due sans doute aux l’une ou l’autre couche. Ces couches sont, les sui-
courants de marées. vantes :
- une couche de surface de Lransport est (courant.
de Guinée) de 10 b 20 m d’épaisseur limitée vers le
3’. INFLUENCtX DE I,A &lARtiIi: SUK LI<;S bas par la thermocline;
MESURES DE: COUKANT. - une couche de transport moyen ouesl, entre
La marée au large d’Abidjan esL du type semi- 20 rn et 40-50 ni ((t sous-courant ivoirien 0);
diurne & inégalités diurnes avec un weficient de .- une couche de transport, est de 50 métres &
K-t-0,
Van der Stock de FF+?- = 0,26. On observe donc
70 mCtres environ;
2 LB - un courant de fond faible (5 cm/s) de direction
deux pleines mers ét deux basses mers par jour, moyenne ouest.
mais les hauteurs présentent de fortes inégalités Comme l’intérêt se portera par la suite surtout
dues à la présence de l’onde diurne. sur les courants est-ouest, on a étudié les variations
L’étude compllte des courants induits par ce type de vitesse du maximum des courants suivant cette
de marée est délicate car l’hodographe de ces couranLs direction dans les deux couches intermédiaires,
variations illustrées par la figure 2. Les hodographes (20) Les variations diminuent d’intensité avec
aux profondeurs moyennes présentent d’ailleurs un la profondeur :
axe principal orienté est-ouest.
45 cm/s(&22 cmls) pour la couche supérieure vers 30 m
25 cm/s (=t 13 cm/s) pour la couche inférieure vers 60 m
(30) Au cours du cycle diurne les vitesses ne
sont pas proportionnelles aux hauteurs des deux
alternances.
Il ressort de ceci que pour les mesures de courant
effectuées sur le plateau continental il est illusoire
de prétendre à une précision supérieure à 10 cm/s
(0,2 nceud). On négligera tous les résultats d’obser-
vation inférieurs à cette vitesse, surtout au voisinage
de la côte. Pour les couches intermédiaires on pourra
appliquer une correction sur la base de &5 cm/s
pour un marnage de 1 m, et en correspondance avec
les heures des pleines et basses mer à Abidjan,
correction applicable aux profondeurs moyennes
c’est à dire entre 20 et 30 mètres.
Fig. 2. - Variations de la composante zonale du courant pen-
dant 24 heures à la station 80 métrcs. L’onde M2 progressant du Cap des Trois Pointes
au Cap des Palmes en une heure environ et vu la
précision de cette correction, celle-ci sera applicable
pour l’ensemble du plateau continental ivoirien.
On note ainsi quelques résultats intéressants. Pour plus de précision il serait nécessaire de recom-
(10) Les variations de la composante zonale mencer les mesures sur une section à 6 heures d’inter-
sont à peu près sinusoïdales et en phase avec les valle et de faire la moyenne des vitesses obtenues.
variations de la hauteur de la marée à Abidjan.
Elle est maximum vers l’ouest à marée haute et
maximum vers l’est à marée basse, ce qui correspond 4. CIRCULATION SUPERFICIELLE.
bien au sens de propagation de l’onde M2 dans le
Golfe de Guinée. Le maximum de vitesse de courant Les saisons marines dans le Golfe ivoirien ont
a lieu environ une heure avant la marée haute été définies par MORLIÈRE (1970) d’après les obser-
pour le courant ouest. Pour le courant est, plus vations faites devant Abidjan et sont résumées
profond, le déphasage semble plus variable. dans le tableau suivant :
TABLEAU 1
Fig. 5. - Distribution verticale de la composante zonale moyenne du courant à la station Bassam 200 de 1968 à 1970.
On trouve en général en surface et dans les couches Sous le courant superficiel existe en général un
subsuperflcielles une composante vers l’est qui contre-courant dirigé vers l’ouest et dont l’épaisseur
correspond au courant de Guinée. Le courant est peut parfois être très grande (supérieure à 200 m).
très variable en intensité et en épaisseur. On remar- La profondeur du maximum de courant ne dépasse
que cependant que ces deux grandeurs sont reliées pas 60 m et est voisine en moyenne de 40 m. La
assez étroitement et qu’aux forts courants correspond veine centrale peut atteindre pratiquement la
en général une grande profondeur de cette couche. surface aux moments où le courant de Guinée est
Les vitesses les plus fortes sont atteintes en saison absent. Sa vitesse moyenne est de 30 à 40 cm/s,
chaude (avril à juin), et plus précisément à la fin mais on peut noter un renforcement de la compo-
de cette saison, au début de l’upwelling induit sante pendant la période d’upwelling (juin-juillet)
par les vents de mousson. La plus forte valeur relevée où on relève des vitesses supérieures à 60 cm/s
est de 140 cm/s observée en surface fin juin 1969. ainsi qu’en janvier où les vitesses dépassent 40 cm/s.
La vitesse maximum est observée généralement Quant aux périodes où aucune composante vers
en surface et décroît avec la profondeur. l’ouest n’est observée sur le plateau continental
L’épaisseur du courant de surface au niveau du nous verrons plus loin en examinant le phénomène
talus dépasse rarement 40 mètres, mais il arrive dans le sens transversal qu’elles correspondent à
qu’on l’observe jusqu’au fond (décembre 68, mai 69). un éloignement vers le large de la veine du contre-
Toutefois au-dessous de 50 mètres les vitesses sont courant. Ainsi en mai 1970 le contre-courant est
alors trés faibles (de l’ordre de 10 cm/s) donc peu observé vers le sud à partir de 4050’, soit à plus de
significatives. Le courant s’inverse parfois en surface 20 milles de la côte.
où apparaît alors une composante ouest. Ce phéno-
mène se produit en général à deux époques de
l’année, au cours des mois de janvier à mars et
surtout autour du mois d’octobre où cette renverse 6. VARIATIONS SAISONNIÈRES.
a été observée très régulièrement trois années de
suite (y compris 1967 non représenté ici). On atteint L’un des objectifs de cette étude était d’établir
à cette époque des vitesses très importantes (73 cm/s des cartes de situations moyennes mensuelles des
vers l’ouest en octobre 1968). Nous proposerons courants sur la section étudiée. Malheureusement, vu
plus loin une explication de ce phénoméne. le petit nombre d’observations recueillies pour
chaque mois (de 2 CI 4) et la forlx irrégularité des pour ces saisons, chaque coupe étant donc établie
courants observés on peut aboutir & des rtkultata d’aprka un ensemble de 7 à 10 mesures. Le tableau 2
très éloignés de la rnoyenne. Nous avons donc, préfké donne les caractéristiques moyennes des courants
rassembler les observations sur des périodes plus observés durant les rnémes périodes. Quelques coupes
importantes en regroupant les sections concernant verticales de courants particulièrement caractéris-
les différentes saisons marines telles qu’elles ont tiques de la saison considérée ont été par ailleurs
été définies plus haut. Les figures 7 a à 7-d représen- sélectionnées et représentées par les figures 6 a
tent les coupes verticales moyennes des courants à 6 f.
-_---.~---_
5010’ 5000’
80 200
0
50-
100-
Fig. 6 b.
4440’ 4035'
Fig. 6 c.
w \,
40 --. -. :
A---- - - --
Fig. 6 d.
Fig. 6 e.
6.1. La petite saison froide a lieu au mois de janvier 6.2. La grande saison chaude couvre les mois d’avril,
et s’étend jusqu’en mars. C’est la plus mal définie mai et juin. C’est la période durant laquelle la
des saisons ; elle est caractérisée par de courtes couche superficielle d’eau chaude devient la plus
périodes d’upwelling peu intense dont la plus épaisse et atteint 30 m puis diminue lorsque
régulière apparaît en janvier mais qui peuvent I’upwelling prend naissance le long des côtes. Le
persister jusqu’au mois de mars. La situation courant de Guinée subit des fluctuations analogues.
moyenne est représentée fig. 7 a. 11 épaissit notablement, la limite inférieure pouvant
Au cours de ces. trois mois, le courant de Guinée atteindre la profondeur de 50 m en mai voire même
est relativement faible et assez irrégulier (ces deux s’étendre jusqu’au fond (Bassam 65, mai 1970), en
caractères étant d’ailleurs généralement associés). même temps que sa vitesse augmente et dépasse un
On observe souvent même quelques renverses. Le nœud (fig. 6 b et 7 b). L’augmentation de vitesse
contre-courant est nettement côtier, plaqué sur le vers le large est très nette. On n’a jamais observé de
rebord du talus continental. La figure 6 a représente renverse de courant à cette époque. C’est donc à
la situation fin mars 1969; dans les couches superfi- cette saison que le courant est le mieux établi et le
cielles on observe un courant qui est voisin de plus stable.
0,8 nœud alors que dans les couches plus profondes Le contre-courant est en même temps repoussé en
le contre-courant ouest présente une veine de vitesse profondeur et vers le large. La veine à vitesse
supérieure a 1,2 nœud et située a une profondeur maximum se situe vers 50 a 60 m et suit le bord du
voisine de 50 mètres. talus continental. Il peut être tout a fait absent du
plateau et son maximum de vitesse peut donc
échapper à l’observation directe lors de mesures
limitées au plateau continental. Sa vitesse moyenne
est voisine de 0,5 noeud, les vitesses mesurées variant
entre 10 et 40 cm/s (0,s nœud à Bassam 40, mai 1968).
5010’ 5000’
30 50 80 200
c
50
100
a
b
Sois00 chaude
150
m
.-----L .-
-
.--- ..- .. . . . .
Fig. 7 n à 7 d. - Composant(! zonale moyenne sur Hassam (1968-1970) par saison marine.
Fig. 8. - Iiistogrammc des friquences dc courants au cours des trois annkes d’observation (1968-1970).
-Y.-
L----.40
15
----..._.
-------------
--
“\
lL.1
I
Fig. 9. - Courant moyen d’après la moyenne de toutes les observations.
d’être normales. A titre indicatif signalons toutefois était un courant de compensation purement côtier.
qu’il varie en moyenne entre 20 et 35 cm/s. II passe En fait le système s’est avéré plus compliqué que
généralement par un maximum vers la profondeur prévu, et nous avons vu qu’en plus du contre-courant
10 m; la valeur la plus élevée est d = 39 cm/s a côtier il semble exister au large un contre-courant
10 m à la station 200 m et le minimum est d = 14 cm/s subsuperficiel que nous avons appelé (( Contre-Courant
à 150 m à la même station. de Guinée 8.
En surface le courant porte pratiquement toujours La figure 10 qui représente la composante zonale
à l’est jusqu’au niveau 10 m. Ensuite la fréquence est-ouest à la station B est semblable a la figure 5
maximale des observations se déplace dans la zone (courants à la station 200 m) avec toutefois des
ouest a partir de la station 50 m avec un mode différences qui apparaissent surtout en profondeur
voisin de 20 cm/s. et qui correspondent aux époques où le contre-
A la station 200 m on observe de façon nette deux courant, bien individualisé, est situé entièrement sur
modes qui s’écartent à partir de 10 m pour se le plateau continental (octobre 1970 - mai 1970).
rejoindre vers une profondeur de 50 m où l’on ne La vitesse moyenne du courant de surface est
mesure pratiquement qu’un courant ouest. Le représentée figure 11, d’une part sur le plateau
premier mode est voisin de 10 cm/s vers l’ouest, le continental (moyenne des 4 stations) d’autre part
second qui correspond aux périodes où le contre- aux stations A et B (moyenne des deux stations).
courant se rapproche de la surface en même temps
Les variations des deux courbes sont très voisines,
qu’il est plus intense se situe entre 40 et 50 cm/s
les vitesses étant trés généralement supérieures de
vers l’ouest. A partir du niveau 150 m le mode
10 à 20 cm/s au large par rapport au plateau. On
devient nul, alors qu’au voisinage du fond pour les
peut noter cependant des écarts importants, surtout
autres stations existe une plus grande fréquence
à l’époque janvier-février, qui atteignent 60 cm/s
d’observations de composante ouest.
(janvier 1969). Les vitesses les plus élevées sont
Si on fait maintenant la moyenne, a chaque station observées en juin 1969 et 1970 (plus de 100 cm/s au
et à chaque niveau, de toutes les observations large) avec également un maximum secondaire en
recueillies au cours des trois années, on obtient une janvier-février : 80 cm/s observés en 1969. De même
assez bonne représentation du courant moyen bien qu’à la côte, c’est en octobre-novembre que les
qu’elle ne corresponde à aucune situation réelle minima de vitesses sont atteints en surface.
(fig. 9).
Une section (Bassam 54) allant de la côte jusqu’à
Le courant de Guinée, superficiel, forme une la zone de la convergence tropicale a été réalisée en
pellicule assez mince. Son épaisseur qui est voisine juin 1969 avec des stations espacées de 25 à 30 milles.
de 10 à 15 m à la côte va en augmentant vers le Elle a permis d’atteindre l’extrémité sud du courant
large pour atteindre 30 m à 30 milles au sud. Sa de Guinée c’est-à-dire la zone où celui-ci entre en
vitesse suit la même progression, passant de 20 à contact avec le courant sud-équatorial de direction
40 cm/s entre la latitude des fonds de 30 m et générale ouest à nord-ouest. Entre la côte et cette
4040’ N. zone de convergence située entre 3000’ N et 3030’ N,
Le contre-courant subsuperficiel dont la veine le courant de Guinée dont la vitesse est maximum
principale se situe vers 50 m de profondeur atteint (140 cm/s) entre 4045’ N et 50 N c’est-à-dire à 15 milles
sa vitesse maximum voisine de 25 cm/s (0,5 nœud) de la côte, s’affaiblit progressivement vers le sud et
au-dessus du talus continental. A 30 milles au large s’annule vers 3015’ N. Son épaisseur qui ne dépasse
sa vitesse est encore supérieure à 15 cm/s. pas 10 m sur le -plateau continental augmente très
rapidement au-delà du talus pour rester constante et
voisine de 50 m (fig. 12). Le contre-courant est fort
8. EXTENSION DES OBSERVATIONS VERS (80 cm/s), bien délimité dans la zone continentale
LE LARGE. et disparaît pratiquement vers le sud (10 cm/s à la
station A).
A partir de décembre 1969 les observations ont Cependant à partir de la station B, il existe SOUS
été étendues au large afin de disposer de mesures le courant de Guinée un contre-courant dirigé vers
au-delà du plateau continental. Deux stations l’ouest de vitesse assez faible mais supérieure à
supplémentaires ont été systématiquement réalisées, 10 cmls et qui entraîne une masse d’eau importante
la première - dite station A - à 4050’ N environ, puisque cette composante zonale a été mesurée sur
la deuxième - station B - à 4040’ N soit à plus plus de 200 m d’épaisseur. Cette couche subsuperll-
de 30 milles de la côte. cielle est reliée, sans solution de continuité semble-t-il,
Le but de l’opération était d’atteindre la limite au courant sud équatorial dans la zone de convergence.
sud du contre-courant, dans l’hypothése où ce courant La coupe verticale des salinités concernant cette
1968 19 6 9 1970
--
Fig. 13. - Distribution verticale de la salinitk sur Bassam 54.
section (fig. 13) est particulièrement intéressante car la distribution verticale de la composante est-ouest.
elle met en evidcnce l’association d’un noyau à On retrouve le noyau de vitesse maximurn ouest
maximum de salinité avec le contre-courant côtier vers 15 m de profondeur (un nceud) sur le plateau
a une profondeur moyenne de 40 m, soit juste au- continental et un second au large a une profondeur
dessus de la veine à vitesse maximale. La salinité de bien supérieure (150 m) où on observe un courant
ce noyau est supérieure a 35,810/,, et l’isohaline important vers l’ouest (supérieur à 60 cm/s) qui
33,800/~~ a la même extension en latitude que serait le contre-courant profond dont nous avons
I’isotache 80 cm/s. Le maximum de salinité décroît, signalé l’existence précédemment. Cette forte valeur
ensuite vers le sud et passe à des valeurs inférieures est assez suspecte du fait même de la technique de
à 33,80”/,,. La profondeur de ce maximum est mesure employée, dite de Gcourantométrie différen-
voisine de 50 m a la station I-I et de 60 m a la station A. tielle [Link] la répétition de résultats semblables
II se trouve donc au sommet de la couche de courant au cours de l’ensemble des observations couvrant
ouest de faible vit,esse que nous avons appelé une année de mesures permet d’accorder un certain
0 Contre-Courant de Guinée 8. crédit a cette méthode et. rend l’existence de ce
transport ouest profond très probable.
La section suivante, Bassam 53, réalisée un rnois
plus tard est également intéressantJe car elle a La figure 15 représente les saliniLés sur ceMe même
coïncidé avec une campagne (PK 02, juillel 1969) radiale; on observe à nouveau un maximum bien
qui a eu lieu sur le plateau continental entre le Cap net le long de la côte (>35,830/,~) séparé du maxi-
des Palmes et le Cap des Trois Pointes et sur laquelle mum de salinité observé plus au large (3?~,780/~~)par
nous reviendrons par la suite. La figure 14 représente une zone où le maximum est plus faible (33,76°/oo)
Fig. 16. - Salinités le long du rebord du plateau continental (Stations 2.00 m). a -position de l’isotacho 50 cm/s. b - maximum
de salini t6.
Il est A noter que si ce maximum côtier isolé a parfois 35,540/~~, au Cap des Palrnes. La couche & vitesse
échappé aux descriptions générales de la région, c’est maximale reprkentée par le trait vertical (a) sur la
qu’il n’est différencié du maximum observé au large figure 16 est située entiérement dans la zone du
que par quelques Centi&mes de salinité. Cependant, maximum de salinité entre les isohalines 35,700/,, et
contrairement, à ce que nous venons de voir pour ces 3S,500/oo. On remarquera la rapidité de la diminut,ion
courants, vu la précision des analyses la différence des salinités, ce qui dénote des rrklanges verticaux
est ici tout à fait significative. et horizontaux particulièrement intenses. La cam-
Les figures 16 et 17 démonkent clairement que ce pagne est en effet réalisée en pleine période
maximum de salinité est entraîné vers l’ouest par le d’upwelling.
contre-courant. Ces deux figures représentent la
coupe verticale des salinités le long de la ligne des
stations 200 m lors de la campagne PI( 02 citée 9. EXTE<NSION I,ONGITUDINALE DU CONTRE-
ci-dessus et la distribut,ion borizontale du maximum COURANT.
de salinité au cours de la même campagne devant le
littoral ivoirien. Un certain nombre de mesures ont été faites vers
Une langue dont la salinité d’origine est supérieure l’est et l’ouest pour déterminer les limites du contre-
à 35,800/oo est entraînée vers l’ouest le long de la courant. Une prerniére série d’observations avait
côte et sa salinité décroit d’est en ouest pour aikeindre été réalisée en décembre 1967 et janvier 1968
(LEMASSON et REBERT, 1968) entre le Cap des le Cap des Palmes indique une structure assez diffé-
Palmes et Accra. Une nouvelle série de mesures a rente de celle de R2 : le contre-courant est extrê-
été entreprise en novembre 1968 pour étudier la zone mement côtier. On le trouve vers 25 m de profondeur
de disparition présumée du contre-courant, vers le sur les fonds de 30 m et sa vitesse est voisine de
Cap des Palmes. 30 cm/s. Le courant de surface est beaucoup plus
La radiale Rl (Bassam, fig. 6 f) montre le contre- développé et le contre-courant subsuperficiel que
courant bien individualisé sur le plateau continental, l’on trouve vers 25 m de profondeur et dont la
la veine principale se trouvant à 40 m de profondeur, vitesse est voisine de 30 em/s est peu épais et très
et limité vers le sud aux fonds de 200 m. La radiale cotier. On retrouve au large à des profondeurs
R2, réalisée plus à l’ouest au large de Sassandra supérieures (entre 40 et 200 m) un deuxième contre-
(fig. 18) est intéressante. courant de vitesse supérieure à 40 cm/s qui peut
correspondre à la partie profonde du contre-courant
On retrouve le contre-courant sur le plateau observé sur la radiale précédente.
continental vers la même profondeur, mais sa vitesse
est plus élevée (supérieure à 40 cm/s). D’autre part On retrouve sur R4, radiale faite à l’ouest du Cap
sa limite sud n’a pas été trouvée. Un phénomène des Palmes (fig. 20 a) une structure analogue. Le
particulier à cette section est l’existence entre contre-courant côtier, très réduit (20 cm/s et moins
80 mètres et 200 mètres de profondeur sur le talus de 10 milles de largeur), arrive même en surface et
continental d’un deuxième contre-courant profond la circulation profonde vers l’ouest que l’on observe
dont la veine centrale se trouve vers 120 m de entre 80 m jusqu’a plus de 200 m est maintenant
profondeur et qui atteint des vitesses supérieures à entièrement séparée du contre-courant côtier.
30 cm/s. Par contre aucun transport ouest en profon- La radiale R3 a été refaite deux jours après la
deur n’est observé au large et le courant de Guinée première série de mesures (cf. tableau 3), et est
n’apparaît pas sur le plateau continental. illustrée par la figure 19 b (R’3).
La troisième section R3 (fig. 19 a) effectuée devant La situation a légèrement évolué par rapport aux
\
CI-/----.-
\ ‘1
\
-\ 1.
RS Tabou
70 30.
26-11-68
TABLEAU 3
RI l R2 R3 R4 R’3 R!i
Fig. 21. - Courant moyen dans la couche à vitesse maximale en surface et dans le sous-courant.
(LEMASSON-KEBERT, 1968). D’autres radiales faites chaque cas. Pour réduire l’influence de la marée nous
devant Lomé et Cotonou ont, également indiqué un avons fait la moyenne B chaque niveau des conlpo-
transport, subsuperficiel vers l’ouest, mais les courants santes nord-sud pour les quatre stat,ions réalisées sur
observés étaient très faibles t,ant pour le courant le plat,eau continental en nous limitant aux 50
de Guinée que pour le contre-courant. Ils ne per- prerniers mètres. La distribution spatio-temporelle
mettent pas d’établir un schéma cohérent. Il est de cette moyenne est>représentée figure 23.
vraisemblable que la région de Cotonou située au
fond du Golfe du Bénin, région où I’upwelling du Cette composante est en général faible (inférieure
Ghana ne se fait plus sentir, soit la zone d’origine à 10 çm/s) sauf en juin 1969 et juin 1970 où l’on
du (( sous-courant b. observe des vitesses supérieures à 30 cm/s vers le sud.
Le phénomène sernble donc régulier et coïncide très
logiquement avec l’époque où l’upwelling est A son
maximum de développement.
Les composantes moyennes mensuelles nord-sud
calculées avec les trois années d’observations sont
La composante méridienne des courants, c’est-g- représentées figure 24. On retrouve ce phénoméne
dire perpendiculaire à la côte, est beaucoup plus caractéristique de transport vers le sud : dans la
faible que la composante axiale : environ 5 :i 10 fois. couche des dix premiers mètres il existe un transport
Elle est de l’ordre ou même plus souvent. inférieure vers le sud de vitesse supérieure A 10 cm/s, d’avril
à la composante transversale du courant de marée. & juin, c’est-A-dire depuis le début de l’établissement
On ne peut. donc espérer faire une étude critique de de l’upwelling jusqu’à l’arrivée en surface des eaux
11. TRANSPORTS.
Ces transports sont trés variables. passant de 0 a C’est, en avril-mai-juin que les transports vers l’est
0,49. 106m3/s pour le courant de Guinée (valeur sont, wpérieurs aux transports ouest,, époque du
maximum observée en mai 1970) et de 0 à O,tiu maximum de vitesse du courant de Guinée et du
106 m3/s pour le contre-courant (maximuni en transport minimum du contre-courant sur le plateau
juin 1969). Le débit moyen du couranl; de Guinée continerkal, dû au fait que celui-ci est rejeté vers
sur trois ans est voisin de 112.000 m3/s et pour le le large.
Qsous-courant )) de 202.000 m3/s, ce qui donne un [Link] débks moyens calculés sur trois ans sont
transport total moyen de 90.000 m3/s vers l’ouest. représentés figure 27 où figurent également les
Il est à noter que si le débit du courant, dc Guinée vitesses maximales des deux courants considérés. Le
est calculé par l’inté[Link] des vitesses sur la coupe débit du contre-courant, passe par un premier maxi-
moyenne (fig. 9) on obtient un résultat lég~rsmertt mum en juin-juillet, présente un pic en octobre
inférieur mais plus représenkatif de la moyenne; en {0,28.106 m3/a) et passe par un second maximum
effet les valeurs négatives (transport, vers l’ouest) sont de janvier à mars. 1,e débit du courant de Guinée
prises pour nulles dans le premier type de calcul. a un seul maximum en avril-mai entre les deux pics
On retiendra donc les chiffres approximatifs de du contre-courant. 1,e contre-courant, a son débit,
100.000 rn3/s pour le courant de Guinée et [Link]) m3/s minimum en septernbre (0,7.106 rn3/s). Au cours de
pour le contre-couranl subsuperliciel. ce mois d’ailleurs les courants vers l’est (0,l. 106 m3/s)
Le débit du courant, de Guinée calculit d’aprk et vers l’ouest, sont t,rés faibles.
Bassam 54, radiale qui s’étend le plus au sud, donne I,es débik étant fonction de la vitesse du courant
un transport global entre la c0t.e et la limite sud de et. de l’@paisseur de la couche considérée, nous avons
ce courant de 3,4.1@ rn3/s. E?tant. donné la vitesse représenté sur la figure 28 la profondeur moyenne
du courant à la saison à laquelle a k1.éréalisée cet,te de la couche de transport nul sur les fonds de 200 m
radiale on peut considérer cetke valeur comnLe ainsi que la profondeur moyenne de la Lherrnocline.
proche du maximum de débit possible du couranl
de Guinée. Ce débit est donc. faible comparé h celui
d’autres grands courants océaniques (courant de
Benguela 15.106 m3/s). Toujours sur ceLte même
-.----
radiale le débit du contre-courant calculk en prenant 0
_.....
_’ ‘..
comme limit,e sud la staLion 11 (4045’ i‘ij a une valeur
de 1,18.106 m3/s. Le débit du contre-courant profond
que l’on trouve au large n’a pu être évalué avec
précision. On peut l’estimer toutefois d’après cette
radiale entre 4045’ N et 3015’ Y (zone de convergence)
et entre 50 m et. 300 III de profondeur à 0,5.106 m3/s ..
,.’
La comparaison des diagrammes 27 et, 28 met en
300 - évidence l’étroite relat,ion qui existe entre la profon-
deur de la couche de Lransport nul et le débit. : celui
du courant de Guinée est maximum lorsque le courant
atteint. son épaisseur la plus f0rt.e en avril-mai; il
est, egalement intéressant de noter l’évolution de la
profondeur moyenne de la thermocline qui suit assez
bien les variat,lons de la couche de Lransport nul ce
qui confirme le fait que le courant de Guinée n’inté-
resse que les eaux superficielles. Il est cependant,
manifest.e qu’il n’y a pas coïncidence totale entre la
couche homogPne de surface et le courant de Guinée.
Fig. 27. - - Debit moyen des courants et vilesscs maximales rn calcul de corrélation erkre la profondeur de la
moyennes sur 3 ans, couche de transporl nul et celle d’une isotherme
caractéristique de la thermocline à partir des 36 points Le modèle de SVERDRUP (1938) donne une expli-
de mesure a donné un coeffkient de corrélation cation physique plus simple qui a de plus l’avantage
r = 0,ll seulement. L’approximation dynamique de de négliger l’effet p. Son modèle s’appuie sur la
l’océan à deux couches ne peut donc être employée théorie d’Ehman et est appliqué à l’upwelling du sud
sur le plateau continental qu’avec une extrême de la Californie. Dans le cas de la Côte d’ivoire, nous
circonspection. retrouvons un schéma trés voisin de celui de la côte
Californienne. Le contre-courant serait alors le
courant homologue de celui que SVERDRUP appelle
12. DISCUSSION. (( Courant Côtier Profond 1).
Si nous nous placons en régime permanent c’est-
Les contre-courants côtiers subsuperflciels sont un
à-dire à une époque où l’upwelling est bien établi
phénomène commun à toutes les régions d’upwelling
par exemple en août (Bassam 56), l’examen de la
côtier que l’on trouve sur le bord oriental des
distribution des densités sur cette radiale met en
courants; cela a été mis en évidence par l’observation
évidence l’existence du contre-courant entre la
directe le long des côtes de Californie (courant de
station A et le plateau continental, et en dessous
Davidson), du Pérou ou du Sud-Ouest Africain.
d’une profondeur voisine de 20 mètres (fig. 6 d et
Dans le cas de la Côte d’ivoire où la côte est orientée
fig. 29).
est-ouest, il y a une zone d’upwelling bien marquée
à l’ouest d’Abidjan; on trouve également une région Sur le bord sud du contre-courant, c’est-à-dire en
d’upwelling devant les côtes du Ghana à l’ouest gros au sud de la station A, la théorie d’Ehman
d’Accra; ces régions sont situées sur le bord nord du suggère l’existence d’une divergence entre le courant
contre-courant équatorial (ou courant de Guinée), de Guinée dirigé vers l’est et le contre-courant;
et correspondent à la divergence nord équatoriale du celle-ci est visible sur la figure 29 où on observe
schéma classique de Defant (1936) dans la troposphère ,- une remontée des isopycnes entre les stations A et
de l’Atlantique. On retrouve bien dans le cas de la B, ainsi que sur la figure 30 qui représente la distri-
Côte d’ivoire le même système que dans les régions bution des salinités ; les isohalines remontent vers la
précitées d’un upwelling associé à un courant super- surface entre les stations 200 m et A.
ficiel parallèle à la côte et à un contre-courant Un calcul de vitesses verticales a été fait à partir
subsuperficiel, et on peut supposer que ce contre- de l’équation de continuité appliquée pour les
courant est ce que HART et CURRIE (1960) appellent quatre stations du plateau continental à la moyenne
QCourant de Compensation 0. Toutefois sa profondeur des composantes nord-sud; dans ce calcul le gradient
dans le cas qui nous préoccupe est moindre (30 à longitudinal de vitesse a été négligé, hypothése qui
80 m), alors que les courants subsuperficiels dans les s’avère à posteriori des plus discutables ; il en ressort
autres zones d’upwelling sont à des profondeurs de néanmoins une circulation de type cellulaire qui
l’ordre de 200 mètres. correspond assez bien aux phénomènes observés :
Aucune explication valable n’a été donnée sur il y a remontée d’eau au large du talus continental,
l’origine de ces sous-courants. Plusieurs interpré- puis plongée et mélange dans la couche de surface
tations ont été proposées, une des plus satisfaisantes aux abords du plateau avec entraînement vers l’est
étant le modèle de YOSHIDA (1967) dans son étude par le courant de Guinée de ces eaux superficielles;
théorique de I’upwelling qu’il a appliquée en parti- près du littoral, sur le bord nord du contre-courant
culier aux régions orientales des océans; ce modèle et la partie côtière du courant de Guinée, il y a une
rend compte en effet de l’existence d’un contre- deuxième petite divergence qui engendrerait bien la
courant subsuperficiel. Se plaçant en régime perma- remontée des isohalines que l’on note habituellement
nent, il part de l’hypothèse d’un océan à deux dans le contre-courant.
couches plus une couche inférieure de mouvement Ces remontées d’eau intéressent une couche peu
nul, avec un upwelling qui décroît exponentiellement épaisse, limitée à 80 m comme le suggère la distri-
à partir de la côte, étudiant le cas d’une côte orientée bution des salinités où à partir de 100 m les isohalines
nord-sud. Dans ces conditions il constate la présence plongent en direction de la côte (fig. 29). Toutefois
entre autres résultats d’un contre-courant sans ce n’est qu’en régime stationnaire, c’est-à-dire à
l’expliquer, la vitesse de celui-ci étant proportion- l’époque où I’upwelling est bien établi et que la
nelle à la vitesse verticale et dix fois moins forte que distribution de la température et de la salinité sont
la vitesse de la couche de surface. stables, que l’on se rapproche ainsi de l’équilibre
Malheureusement, dans notre cas, ces valeurs sont géostrophique.
trop éloignées de la réalité (les vitesses des deux Notons par ailleurs une autre similitude qui existe
couches sont du même ordre de grandeur) et en outre avec le courant de Davidson : c’est l’apparition en
il ne peut être question d’effet p puisque la côte est surface du contre-courant lorsque les vents de SW
orientée est-ouest. s’affaiblissent ou disparaissent.
Fig. 29. - Distribution des nt sur Bassarn 56. - Schéma dc I:I circulation.
\ -.
mot. \ -
/
1
Relations avec la circulation générale du Golfe de bien la continuité entre le courant sud équatorial
Guinée. superficiel au sud de 30 N et le contre-courant de
Guinée profond entre 30 N ei; le talus continental.
Outre le contre-courant côtier nous avons vu qu’il En ce qui concerne la circulation générale des eaux
y avait plusieurs preuves de l’existence d’un transport du maximum de salinité, il semble bien que celle-ci
vers l’ouest important dans les couches plus profondes se fasse en fail d’est en ouest au moins en ce qui
(entre 100 et 300 m), sous le courant de Guinée, et concerne la zone proche du plateau continental,
que nous avons proposé d’appeler (( Contre-Courant puisque nous avons vu qu’il y avait entraînement
de Guinée 1). Ce courant avait été mesuré pour la d’un maximum de salinité d’est en ouest (fig. 16) le
première fois en septembre 1964 (GÉRARD et al., 1965) long de la côte; cette eau à forte salinité serait une
à l’aide de drogues-parachute, et un courant de branche détachée au niveau du Cap des Trois Pointes
29 cm/s avait été observé au sud du Cap des Palmes du maximum de salinité profond du contre-courant
(40 N); DONGUY et PRIVE (1964) ont également de Guinée qui proviendrait alors comme le suggère
mis en évidence ce transport ouest au cours d’une LE FLOCH (1970) soit de la branche nord du courant
série de radiales entre la côte et l’équateur par les de LOMONOSOV lorsque celui-ci est à son maximum
calculs dynamiquès et ils trouvent en dessous de (mars-avril), et qui serait entraîné le long de 3030’ N
100 m une composante inférieure à 20 cm/s, résultat (fig. 32), soit du maximum de salinité de l’Atlantique
proche de ceux de LE FLOCH (1970) qui lors d’une
coupe de courantométrie faite en mai 1968 avait
observé entre la côte et 30 N une composante zonale WIO” 5' 0' 5" 10’ E
importante vers l’ouest supérieure à 20 cm/s dans
les couches inférieures à 50 m, et qui devenait
superficielle au sud de 30 N (fig. 31). egalement en
5" 5'
N N
N S
50 5'
5 s
tard toujours devant Tabou la vitesse était, devenue OU I’upwelling est le plus intense et également dans
supérieure a 30 cm/s, ce qui illustre la grande les zones où il est le mieux établi (LExASSOP.I et
variabilité de la circulation. ~+~SERT, 1968), il est pratiquernent certain que son
Quoiqu’il en soit étant donné que ce contre-courant existence et ses variations sont a rattacher directe-
est toujours observé dans la région d’upwelling ment a ce dernier phénomène.
ivoiro-ghanéenne et non dans la zone d’accumulation
du Liberia, que sa vitesse est maximum au moment 2Vfanuscrit reçu au S.C.D. le .5 août 1972.
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