BM 4571
BM 4571
Calculs et modélisation
par Marcel FRELIN
Sous-directeur de Laboratoire honoraire au Conservatoire National des Arts et Métiers
et Michel TOUSSAINT
Ingénieur de recherches au Conservatoire National des Arts et Métiers
ans le projet d’une turbine, le point le plus délicat est celui de la volute qui
D est responsable de plus de la moitié de la dégradation énergétique totale
et ceci sans tenir compte des transferts de chaleur qu’elle occasionne. Une
approche unidimensionnelle de l’écoulement dans la volute a été détaillée afin
d’obtenir l’expression des composantes de la vitesse à l’entrée de la roue.
L’écoulement dans la volute n’est pas adiabatique et il est proposé une loi de
similitude pour l’ensemble de la turbine. Ces nombres adimensionnels pré-
sentent pour l’ingénieur une méthode facile et approchée pour transposer des
résultats dans des conditions différentes d’essais et de fonctionnement.
En utilisant des hypothèses simplificatrices il est présenté un calcul rapide,
suivi d’une application numérique, visant à satisfaire un point nominal de fonc-
tionnement. Les résultats obtenus permettent d’ébaucher une géométrie de la
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C 1 qm πz
V u = --------- ---------- cos ---------- (4)
r ρ 2z p
zp Z zp Z
Les composantes de la vitesse exprimée par les relations (1) ne
tiennent pas compte d’écoulements secondaires constitués par
deux tourbillons tournant en sens contraire (figure 2). Ils se for-
a b
ment dans la volute et se superposent à l’écoulement principal [4].
Ces écoulements secondaires influent très peu sur la vitesse tan-
Figure 1 – Formes de volutes gentielle V u mais fortement sur les autres composantes V r et V z .
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140
Vitesse (m/s)
120
100
Vu expérimental
exp rimental
u (θ ) 80
Vr exp calcul
Vu rimental
expérimental
60
40
20
V calcul
Vruexpérimental Vr calcul
0
– 20
u (θ + π /2) – 40
– 60
– 5,5 – 3,5 – 1,5 0 1,5 3,5 5,5
e3 Dimension axiale z (mm)
Les remarques précédentes nous incitent à écrire la composante En calculant la valeur zp = zm correspondant à un extremum de
Vr sous la forme d’une somme de deux termes : Vr ( z = zm )
Vr , on forme le rapport ----------------------------- . La valeur approximative de ce
Vr = – λ Vu + Vrs (5) Vr ( z = 0 )
λ Vu est l’écoulement principal (1) et s’exprime facilement si l’on rapport, déduite de l’expérience, permet de calculer la constante
remarque que dans le distributeur l’équation de débit doit satis- C 2 dont l’ordre de grandeur est voisin de 0,07.
faire la relation : À débit constant, des essais effectués par vélocimétrie laser Doppler
dq m = ρ V r dA dans la volute d’une turbine [4], ont permis de valider les expressions
de la vitesse tangentielle Vu et de la vitesse radiale Vr (figure 3).
zp zp zp
2 2 Remarquons également que :
z z
V rs = f (r ) 1 – 4 ----- 1 – ----- (7)
zp zp
∂x z d F ( x ) d xF (x ) ∂V 1 ∂V
--------- = – ------- ; F ( x ) + x --------------- = ------------------------- ; ---------z = ----- ---------z
∂z p ∂ p ∂x
2 d x d x z z
Pour cet écoulement secondaire, on a bien : zp
zp
qm 2 2 dz
z z et admettons que -------- ne soit pas fonction de r. La modélisation de
-------- = 2 πr f ( r ) 1 – 4 ----- 1 – ------ dz = 0 dr
ρ –z
zp zp la section de la volute peut généralement satisfaire cette condition.
p
Ainsi tous calculs effectués, on obtient après intégration :
On admet que dans l’écoulement secondaire la fonction f (r ) a la
z dz
même forme que dans l’écoulement principal et, avec Vz = ------ V r -------- + ϕ (r )
zp dr
2
πz
, la relation (5) devient :
z
1 – ------- ≈ cos ---------- La symétrie de la volute exige généralement que la vitesse axiale
zp 2z p
soit nulle dans la volute et le distributeur pour z = 0. Il s’ensuit donc
que ϕ (r ) = 0.
qm
πz πz
---ρ-----
1 1 z dz
V r = ---------- – -------- + 3 C 2 + 4 C 2 cos --------- cos --------- (8) Vz = ------- V r -------- (10)
r zp 8J 2z p 2z p zp dr
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p iS
2.1 Hypothèses de calcul p iE = ---------------------------------------------------------------
γ
(14)
------------
γ–1
1 T iS
On admet les hypothèses suivantes. 1 – -------- 1 – ---------
-
ηs T iE
• Les évolutions des gaz brûlés dans toutes les parties de la
turbine sont adiabatiques ; Il faut déterminer la vitesse V 0 pour obtenir les conditions
• Le rendement isentropique ηs est de 0,8 ; statiques à l’entrée de la volute. Paradoxalement c’est la connais-
• Les gaz brûlés se comportent comme des gaz parfaits de carac- sance de V u3 qui conduira à V 0 . Compte tenu des hypothèses, le
téristiques R = 287 J/(kg·K) et γ = 4/3 ; théorème d’Euler [BM 4 570, (42)] devient :
• Dans la volute : |P I | = U 3 V u3 q m (15)
— on retiendra les hypothèses des relations (1) sur les vitesses π
V u , V r et V z avec λ = 0,15 ; Or par hypothèse β 3 = ----- ; il s’ensuit donc que U 3 = V u3 et par
conséquent : 2
— on considère que r V u = constante (relation (3)).
• Les dégradations énergétiques de la turbine sont uniquement PI
U 3 = V u3 = ----------- (16)
comptabilisées dans la volute et le diffuseur lisse donc : ζ E → O = 0 qm
et ζ 4 → S = 0 et p iE = p iO et p i4 = p iS .
Pour caractériser cette dégradation énergétique on estime que : La relation (3) permet de déduire V 0 puisque V 0 ≈ V u0 :
2 r3
V V0 = ------- V u3 (17)
p iO – p i3 = 0,7 ρ 0 --------0- r0
2
Il s’ensuit que ζ E → O = 0 et ζ 4 → S = 0 donc p iE = p iO et p i4 = p iS . De la définition de l’enthalpie d’arrêt nous déduisons :
• Le rapport entre le rayon moyen de la volute et l’entrée de la — la température T 0 :
r0 2
roue ------- est de l’ordre de 1,7. V0
r3 T 0 = T i0 – -----------
- (18)
2 cp
π
• L’angle β 3 = ----- .
2 — la pression statique p 0 :
γ
– 1
γ-----------
• Les frottements de disque sont négligés ainsi que le débit de -
fuite : q m = q R . T0
p 0 = p i0 ---------- (19)
• Dans ces petites turbines, à la sortie de la roue, le rapport des T i0
r 4t
rayons ----------
- est environ de 2,5 à 3. L’équation d’état des gaz parfaits permet de déterminer la masse
r 4p volumique :
• À la sortie de la roue, on a pour la vitesse : p0
ρ 0 = -------------
- (20)
V T 0
V 4 cos α 4 = V u4 = 0 ; V 4 = --------0- .
3
La connaissance du débit masse nous donne alors la valeur
V4 n’est pas fonction du rayon r (voir paragraphe 4.1.9). approximative de la section A 0 à l’entrée de la volute :
• À la sortie de la turbine, la pression d’arrêt p iS doit être sensi-
blement égale à la pression atmosphérique multipliée par 1,05. qm
A 0 = ---------------
- (21)
• Les pressions et vitesses calculées sont des valeurs moyennes. ρ0 V 0
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T4
2 2 p 4 = p i4 ---------- (35)
V3 V u3 T i4
T 3 = T i3 – -----------
- = T i3 – -----------
- (23)
2 cp 2 cp
p4
ρ 4 = -------------
- (36)
γ - T 4
-------------
γ–1
T3
p 3 = p i3 ---------- (24)
T i3 De l’équation de débit :
qm
- = π r 4t – r 4p
— de l’équation d’état des gaz parfaits : 2 2
A 4 = ---------------- (37)
p3 ρ4 V 4
ρ 3 = -------------
- (25)
T 3
r 4t
Puisque par hypothèse on a ------------
- = r 4p il s’ensuit que :
La connaissance de la vitesse de rotation et de la vitesse 2,75
d’entraînement U 3 permet de connaître le rayon à l’entrée de la
roue :
r 4t = 0,6 A 4 (38)
30U
r3 = ---------------3- (26)
πN Ce qui permet déjà de comparer r t au rayon extérieur de la
roue r 3 . D’après leurs grandeurs respectives, on aura une pre-
Et ensuite de déduire la largeur à l’entrée de la roue avec mière approche de la faisabilité on non faisabilité une turbine cen-
V r3 ≈ λV u3 : tripète.
qm
L 3 = ------------------------------------
- (27) Pour construire les triangles de vitesse à la sortie de la roue il
2 πr 3 ρ 3 λ V u3 faut calculer les valeurs suivantes :
pour obtenir la valeur de V 3 qui est légèrement supérieure à V u3 . — la vitesse d’entraînement au pied :
π π r 4p N
Puisque par hypothèse α4 = --- , la vitesse relative W 3 est donc :
2 U 4p = --------------------
- (40)
30
W 3 = V r3 (29)
r 4t
avec r 4p = ----------
-
Nous disposons ainsi de tous les éléments pour construire le 2,75
triangle des vitesses à l’entrée de la roue puisque :
— la vitesse relative à la tête :
W
α 3 = arctan ---------3- (30) 2 2
U3 W 4t = U 4t + V 4 (41)
Il est bon de vérifier le nombre de Mach dans le repère lié au — la vitesse relative au pied :
corps de turbine :
V3 2 2
3 = -----------------------
- (31) W 4p = U 4p + V 4 (42)
γ T 3
— l’angle β 4t à la tête :
Puis dans le repère lié à la roue sachant que la température rela-
tive T 3relative est : V4
β 4t = arctan ----------
-
2 U 4t
W3
T 3relative = T i3 – ----------- (32)
2c p — l’angle β 4p au pied :
W3 V4
3relatif = ---------------------------------------
- (33) β 4p = arctan -----------
- (43)
γ T 3relative U 4p
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V44p U4t
2.5 Applications numériques W4t
V4
■ 1er exemple
Pour calculer une turbine de suralimentation d’un moteur Diesel le
cahier des charges stipule :
Figure 4 – Triangles des vitesses
Débit-masse des gaz brûlés q m = 0,06 kg /s
Température d’arrêt à l’entrée de la turbine T iE = 900 K
Puissance P I = 6 500 W
Vitesse de rotation N = 100 000 tr / min 3. Similitude des turbines
On précise les grandeurs des hypothèses complémentaires du
paragraphe 2.1 :
centripètes
r t4
P iS = 101 325 × 1,05 = 106 391 Pa ; λ = 0,15 ; ------------ = 2,75 Le lecteur pourra également se reporter à [23], dans les Tech-
r p4 niques de l’Ingénieur.
Conformément au processus de calcul des paragraphes précédents
(2.2, 2.3 et 2.4) et en suivant l’ordre chronologique on obtient les
résultats :
3.1 Similitude des turbomachines
Entrée volute Entrée roue Sortie roue Connaissant expérimentalement les caractéristiques d’une turbo-
p iE = 186 620 Pa p i3 = 171 951 Pa T i4 = 805,6 K machine, dans des conditions d’essais données, nous savons que
V 0 = 252 m/s T 3 = 852 K T 4 = 802 K l’utilisation des variables, déduites de l’analyse dimensionnelle,
permet non seulement de prédire les performances de cette
T 0 = 872 K p 3 = 138 629 Pa p 4 = 104 772 Pa machine dans d’autres utilisations mais également de déterminer
p 0 = 164 642 Pa ρ 3 = 0,566 kg/m3
ρ 4 = 0,455 kg/m3 celle de tout autre appareil qui lui serait homothétique.
ρ0 = 0,658 kg/m3 r 3 = 0,031 m A 4 = 1,568 · 10–3 m2 Ainsi, pour une famille de turbines homothétiques, le taux de
A 0 = 3,61 · 10–4m2 L 3 = 0,011 m r 4t = 0,024 m p iE
détente ---------
- est représenté en fonction du débit sous forme
V 3 = 333 m/s U 4t = 249 m/s p iS
W 3 = 49 m/s r 4p = 0,009 m qm
adimensionnelle -------------------------
- pour plusieurs valeurs constantes du
U 3 = 329 m/s U4p = 90 m/s 2
a iE ρ iE r 3
α 3 = 8,5o W 4t = 263 m/s nombre de Mach de fonctionnement, rapport entre la vitesse
3 = 0,582 W 4p = 124 m/s périphérique et la vitesse du son en un point de référence choisi
β 4t = 19o
T 3relative = 899 K U3
arbitrairement à l’entrée de la turbine --------- . Le taux de détente,
β 4p = 43o
3relatif = 0,084 a iE
V 4 = 84 m/s fonction de ces deux variables, est représenté par une famille de
courbes ; une courbe est nécessaire pour chaque valeur du nombre
T 4relative tête = 776 K
de Mach de fonctionnement. Dans ce système de coordonnées
4relatif tête = 0,482 nous avons :
Les valeurs obtenues sont conformes à une turbine centripète. On
constate bien que le rayon à l’entrée de la roue r 3 est supérieur à
celui de la sortie r 4t .
p iE
---------
p iS qm
- = f -------------------------
a iE ρ iE r 3 a iE
2
U3
- , --------- (46)
Prenons maintenant une turbine de suralimentation d’un moteur p iE q m T iE
Diesel plus puissant où le cahier des charges stipulerait : - = f ------------------------,
---------- ------N
---------- (47)
p iS p iE T iE
Débit masse des gaz brûlés q m = 0,60 kg/s
Température d’arrêt à l’entrée de la turbine T iE = 900 K Mais il s’agit cette fois de variables réduites qui ont une
Puissance P I = 65 000 W dimension. Parfois on préfère utiliser un débit corrigé pour les
conditions standards :
Vitesse de rotation N = 100 000 tr / min
Le même processus de calcul conduirait toujours à r 3 = 0,031 m p iE 101 325 T iE N
mais le rayon de tête serait beaucoup trop grand r 4t = 0,075 m. La - = f
---------- q m ----------------------- ----------- , ---------------- (48)
p iS p iE 288 T iE
solution d’une turbine centripète ne peut pas convenir dans ce cas-là.
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Ces lois de similitude que l’on utilise dans le domaine des tur-
bomachines fonctionnant avec des fluides compressibles, sont res-
Taux de détente
2,4
trictives à des évolutions adiabatiques. Il faudrait également que le
Froid
roid U/a = 0,61
nombre de Reynolds et le rapport γ des capacités thermiques
2,2
massiques se trouvent respectés mais ces exigences sont rarement
Froid
roid U/a = 0,53
satisfaites dans l’utilisation des petites turbines centripètes. En par- 2
ticulier le γ est une variable dans les turbocompresseurs puisqu’il
est fonction du rapport entre le débit de carburant et le débit d’air. 1,8
L’effet des jeux et de leurs évolutions peut également conduire à des
Chaud
écarts. 1,6 U/a = 0,61
Les relations générales des turbomachines sont habituellement
établies en supposant que l’évolution du fluide qui les traverse est 1,4
adiabatique [13] [18] [21]. Or cette hypothèse d’adiabaticité n’est pas Chaud U/a = 0,53
satisfaisante dans le cas des turbines centripètes. Les volutes ont 1,2
une surface relativement importante et les transferts de chaleur
avec le milieu extérieur ne peuvent pas être négligés. Par exemple, 1
lorsqu’on utilise le rendement isentropique pour traduire les 0,15 0,175 0,2 0,225 0,25
performances de ces machines, on obtient des valeurs supérieures qm
à 1 pour les petits débits. On estime que la perte thermique, due à Débit adimensionnel =
aiE ρiEr 23
ces transferts de chaleur, pourrait représenter 25 % du travail fourni
par la turbine [14].
Bien que cette condition d’adiabaticité ne soit pas satisfaite, les Figure 5 – Comparaison entre les essais à froid et à chaud
constructeurs et utilisateurs de turbocompresseurs utilisent
souvent ces lois de similitude (46) pour traduire les performances
des turbines centripètes. En effet, devant la complexité du fonction-
nement, qui est par nature instationnaire, cette approximation est si l’aérodynamisme de l’écoulement dans la roue est respecté et si
jugée acceptable pour déterminer dans une première phase un le rendement polytropique se trouve conservé. L’analyse [6]
turbocompresseur compatible avec le moteur à suralimenter. Des conduit à exprimer alors le rendement polytropique en fonction
études expérimentales permettront ensuite d’améliorer et de des cinq variables indépendantes :
mettre au point une adaptation satisfaisante du turbocompresseur
sur moteur. η P = f (p iE , w P , q m , r 3 , N ) ou F (η P , piE , w P , q m , r 3 , N ) = 0 (49)
Les grandeurs caractérisant les propriétés du gaz et son évo-
lution dans la turbine interviennent implicitement dans le calcul du
3.2 Mesure des caractéristiques travail massique polytropique w P :
calculables à partir des mesures relativement simples. q w Nr
Pour satisfaire ce but on admet que les points de fonctionne- f η P , -----m
---------------P---- , -----------3---- = 0 (50)
2
p iE r 3 wP
ment d’une famille de turbines homothétiques seront en similitude
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2,4
chaud est satisfaisante. Notons que ces résultats ne sont pas atta-
chés au calcul des transferts thermiques. La nature du gaz et la
2,2 non-adiabaticité des évolutions se trouvent implicitement
comptabilisées dans le travail polytropique.
4. Approche
1,8
unidimensionnelle
Froid
roid n = 10 de l’ensemble turbine
1,6
Chaud n = 10
Le principal but de la modélisation d’une turbine centripète est
de prédire ses courbes caractéristiques à partir de sa géométrie.
1,4
Pour cela, on se place dans le cas idéal où les gaz sont parfaits, et
où les évolutions sont adiabatiques avec absence d’effets insta-
roid n = 9
Froid tionnaires. Les variables adimensionnelles permettront ensuite de
1,2 transposer les résultats obtenus dans un fonctionnement plus
proche de la réalité.
Chaud n = 9
1
0,03 0,08 0,13 0,18 0,23 0,28
4.1 Modélisation des pertes
qmwp
Débit adimensionnel = Pour modéliser l’ensemble de la turbine il faut, au préalable,
piE r 2
3 exprimer les différentes pertes d’énergie le long du parcours du
fluide en fonction des grandeurs d’états. Pour évaluer et analyser
Figure 6 – Similitude avec transfert de chaleur ces diverses irréversibilités, on distingue les dissipations internes
des pertes mécaniques.
Les dissipations internes correspondent à la dégradation de
Ce résultat montre que la qualité d’une famille de turbines l’énergie au sein de l’écoulement comme par exemple les défauts
homothétiques peut être exprimée avec deux nombres sans d’incidence, l’hétérogénéité des vitesses et surtout le débit de fuite
dimension en partant de cinq variables indépendantes : et les frottements.
En ce qui concerne les frottements, on différencie :
qm w P Nr — les pertes liées au frottement local donc au développement
ηP = f 1 -, -----------3-----
------------------------ (51)
2 de la couche limite sur les parois ;
p iE r 3 wP
— les pertes singulières consécutives aux rétrécissements et
Il en est de même pour traduire ses performances. On rempla- élargissements brusques que l’on rencontre à l’entrée et à la sortie
cera tout simplement dans la relation (49) le rendement poly- des turbines.
tropique η P par des grandeurs représentatives telles que la
pression de sortie ou la puissance interne P I . L’analyse dimension-
nelle conduit alors aux résultats suivants :
4.1.1 Entrée volute
La puissance dissipée E à l’entrée de la volute d’une turbine
p iE qm w P Nr centripète de suralimentation est essentiellement due à la présence
---------- -, -----------3-----
- = f 2 ------------------------ (52)
p iS 2
wP du canal conduisant à la soupape de décharge.
p iE r 3
Pour apprécier le travail massique dégradé on peut considérer le
rétrécissement brusque de la section d’entrée A E à la section
PI qm w P Nr d’entrée volute A 1 conformément à la figure 7.
-------------------------------- -, -----------3-----
= f 3 ------------------------ (53)
2 2
p iE w P r 3 p iE r 3 wP En désignant par k 1 le coefficient de contraction, cette perte
d’énergie est alors :
Ces variables adimensionnelles sont aussi rigoureuses pour les
------k1- – 1
2 2
p iE – p i1 V
turbomachines adiabatiques que celles décrites au paragraphe 3.1. -------------------------- = ---------1- (54)
Par contre vis-à-vis des transferts de chaleur ces variables sont ρE 1 2
moins satisfaisantes, mais plus exploitables dans cette application,
que les critères utilisés par les thermiciens comme les nombres de V 1 est la vitesse moyenne dans la section d’entrée de la volute :
Prandtl, Nusselt, Grashof...
qm
Pour comparer les résultats expérimentaux obtenus sur le banc - , puisque ρE = ρ1,
V1 = ---------------
ρE A1
p iE
froid et sur le banc chaud, le taux de détente ----------
- a été exprimé k 1 est une fonction du rapport des sections A E / A 1* représenté
p iS
sur la figure 8.
qm w P
en fonction du débit adimensionnel ------------------------
- pour des valeurs La perte de pression d’arrêt à l’entrée de la turbine s’écrit donc :
2
p iE r 3
2
2 qm
Nr 3 1 1
constantes du terme de vitesse n = ---------------
-. p iE – p i1 = ----- ------- – 1 -------------------
- (55)
2 k1 2
wP ρ E A 1*
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L3
E
1 1*
L4
d 3
1,1
k1 1
0,9
0,8
L4
0,7 L
0,6 4
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1 Figure 9 – Canaux mobiles
A1*/AE
3
2
1 1 qm La puissance dissipée dans la volute est donc :
E = ----- ------- – 1 --------------------
- (56)
2 k1 2 2
ρ E A 1*
p i1 – p i2
v = --------------------------
-q m (59)
ρ
4.1.2 Frottement dans la volute
La puissance dissipée dans la volute s’obtient en travaillant tout
4.1.3 Distributeur
d’abord avec les équations de Navier-Stokes [BM 4 570, (45) et On procède de la même façon que pour la volute :
(47)]. On porte dans ces relations les composantes de la vitesse
obtenue (§ 1), ce qui permet de déduire que : p i2 – p i3
d = --------------------------
-q m (60)
— la pression statique n’est pratiquement pas fonction de z ; ρ
— l’on peut approximer le second membre de la première
relation de Navier-Stokes en ne conservant que le terme en
4.1.4 Canaux mobiles
∂- ∂V
------- V -----------r- .
∂z ∂z Pour évaluer l’énergie dissipée par frottements dans les canaux
mobiles (voir figure 9), utilisons un modèle simple, déduit de la
Ainsi la relation (45) de [BM 4 570] devient : formule de Darcy-Weissbach, soit, sous forme différentielle :
2 2 dp W2
1 dp Vu ∂ V ∂V ∂ ∂V ----------i- = C f ----------- d λ (61)
----- -------- = --------- – ------- --------r- – V z ----------r- + K -------- V -----------r- (57) ρ 2A
ρ dr r ∂r 2 ∂z ∂z ∂z
avec W vitesse moyenne dans le canal mobile à l’abscisse :
Pour obtenir la pression statique p 2 on intègre (57) en ayant
préalablement remplacé V u , V r , V z , respectivement par les rela- qR
W = -------------
-
tions (4), (8) et (10). On ajoute ensuite l’énergie cinétique pour ρ AZ
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W3
β3
M β3m
r3
dA U3
r5
r V3
α3
β3m
d λ ≈ 2Ld est approximativement, la surface élémentaire d’un
canal mobile en contact avec le fluide alors que A représente leur
section droite :
2
dp qR L
-----------i = C f --------
- --------- d (62)
ρ Zρ A3
En intégrant la relation (62) de l’entrée « 3 » à la sortie roue « 4 »
et en admettant que la largeur L et la section A varient linéairement
avec l’abscisse curviligne , on obtient :
∆p 2
( 4 – 3 ) ( L4 A4 + L3 A3 )
qR
----------i- = C f ---------
- ------------------------------------------------------------------ (63)
ρ ρZ 2 A 3 A4
2 2 Figure 11 – Défaut d’incidence
ρ3 + ρ4
avec ρ = -------------------
-. Si le débit varie, à une vitesse de rotation donnée, le triangle des
2
vitesses se déforme et donne naissance à une incidence I :
D’où l’expression de la puissance dissipée par frottement dans
les canaux mobiles : I = β 3m – β 3 (68)
On sait qu’en dehors du régime d’adaptation, défini par I = 0, ces
2
( 4 – 3 ) ( L4 A4 + L3 A3 ) 3
ρ Z A3 A4
1
R = C f -------------------------- ------------------------------------------------------------------ q R
2
(64) ∆p
pertes par choc -----------c- croissent de part et d’autre du débit
ρ3
d’adaptation.
4.1.5 Frottements de disques Par conséquent, pour évaluer la puissance dissipée par ces
défauts d’incidence, on adoptera la formule empirique suivante :
En un point M appartenant au disque en contact avec le fluide
(voir figure 10), le couple élémentaire dégradé par frottements sera 2
W
de la forme : c = ----------3- q R sin 2 I (69)
d = r τ d A (65) 2
π
Pour faciliter la tenue des aubages, on choisit parfois β 3m = ----- .
En adoptant un modèle analogue à celui du précédent para- Si tel est le cas, la relation (69) devient : 2
graphe, pour exprimer la contrainte tangentielle τ :
2 2
( W 3 cos β 3 ) ( U 3 – V 3 cos α 3 )
U2 c = -----------------------------------q R = -----------------------------------------------q R (70)
τ = C f ρ 3 ---------- (66) 2 2
2
avec C f = 0,01. V 3 cos α 3 = V u3 étant défini par la relation (3).
On obtient immédiatement l’expression de la puissance absorbée
par les frottements de disques : 4.1.7 Débit de fuite
r3–r5
fd = π ω 3 C f ρ 3 -----------------------
-
5 5
(67)
En toute rigueur, il faut distinguer deux catégories de fuites qui
s’échappent de la turbine.
5
Les fuites externes qui correspondent aux quantités de fluide qui
s’échappent de la turbine. Le fluide est à une pression supérieure
4.1.6 Défaut d’incidence à l’ambiance et l’éventualité d’un écoulement parasite le long de
l’arbre n’est pas à exclure mais il reste souvent négligeable.
Au débit d’adaptation, le fluide pénètre dans la roue avec un
Les fuites internes qui sont dues au jeu fonctionnel ε devant
angle très proche de celui des aubages β 3m (figure 11). L’écou-
exister entre l’extrémité des aubes mobiles de la roue et le stator
lement est bien guidé et les pertes sont minimales. Si la direction (figure 12). Il y a un débit-masse q f qui échappe aux aubages mobi-
de la vitesse W 3 coïncide avec l’angle β 3m des aubages, on dit les pour rejoindre ensuite celui de la roue q R et reconstituer ainsi
le débit-masse de la turbine q m . Ces écoulements parasites sont
qu’il n’y a pas de défaut d’incidence. Par contre, lorsque le débit
complexes et de natures différentes dans les turbines centripètes à
change, une incidence apparaît sur l’aubage qui provoque une
roue ouverte. En plus de l’écoulement d’abord radial puis axial, une
perte de puissance c que l’on nomme « pertes par incidence » et fraction du fluide s’écoule de la face de l’aube en surpression vers
parfois « pertes par choc ». la face en dépression.
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U4
β4m
β4
W4m V4
ε
V4m
W4
L3
χU4
Figure 13 – Glissement
V4z
Pour estimer cette énergie dégradée on admet généralement
que :
ε
q f = 2 ------- q R (71) r4t
L3
r4p
avec q m = q R + q f .
Les fuites internes consomment une puissance qui se trouve
dissipée dans l’écoulement :
Figure 14 – Sortie roue
ω
f = --------------- q f (72)
qR
Comme il s’agit, pour ces machines, de roues ouvertes, une L’équation de débit permet de calculer la vitesse débitante
partie de l’énergie se décoordonne par turbulence directement V 4 sin α 4 :
dans la roue et le reste en aval des aubages mobiles. q q
V 4 sin α 4 = ----------R----- = ----------------------R-------------------- (74)
ρ4 A4 ρ 4 π r 4t – r 4p
2 2
4.1.8 Glissement
De la figure 13 et de la relation (73) on déduit que :
Si le nombre d’aubes était infini, le fluide sortirait de la roue avec
l’angle β 4m des aubages. Mais on a intérêt à limiter leur nombre π V 4 sin α 4
pour ne pas exagérer la puissance R dissipée par frottement dans V 4 cos α 4 = U 4 1 + ----- sin β 4m – --------------------------
- (75)
Z tan β 4m
les canaux mobiles tout en acceptant un écart entre l’angle moyen
de sortie des filets fluides et l’angle β 4m des aubages. On fournit On déduit donc :
moins de travail puisque les filets fluides au milieu d’un canal
mobile « turbinent » moins que ceux qui se trouvent à proximité ( V 4 cos α 4 )
2
2
des aubes. - dq R = ( V 4 cos α 4 ) ρ 4 π V 4 sin α 4 r dr (76)
d h = -----------------------------------
2
La relation (44) de [BM 4 570] facilite la compréhension de
l’aspect des triangles des vitesses à la sortie de la roue pour un La puissance dégradée a donc pour expression :
rayon donné r 4 . La grandeur χU 4 est représentative de l’énergie
r 4t
perdue ; on dit qu’il y a glissement ou encore déviation (figure 13).
V 4 sin α 4
r dr (77)
2
Pour déterminer la valeur de χ on utilise souvent la formule empi-
rique de Stodola :
h = ρ 4 π V 4 sin α 4 π
U 4 1 + ----- sin β 4m – --------------------------
Z tan β 4m
-
r 4p
π
χ = ----- sin β 4m (73)
Z Pour intégrer cette relation, on admettra que dans l’intervalle
où Z est le nombre d’aubes. r 4p r 4t , l’angle β 4m varie linéairement avec r .
4.1.9 Hétérogénéité des vitesses à la sortie roue 4.1.10 Singularité à la sortie turbine
À la sortie de la roue (figure 14), il y a une hétérogénéité des Dans les petites turbines, il n’y a pas souvent de diffuseur à la
vitesses du fluide qui provoque une dégradation de la puissance sortie de la roue mais un « élargissement brusque » nécessité par
que l’on notera h . Pour déterminer cette puissance on adopte la présence du canal de décharge comme le montre la figure 15.
souvent les hypothèses suivantes. L’expression de la puissance dégradée par cet élargissement
brusque est donc :
• L’énergie cinétique constituée par la composante tangentielle
V 4 cos α 4 est supposée perdue à tous les régimes. V 4 – VS 2
S = -----------------------------
-q m (78)
• Le long du rayon, la vitesse débitante V 4 sin α 4 est constante 2
∀ r ∈ [r 4p , r 4t ]. Ceci serait effectivement exact si la composante de
vitesse V 4 cos α 4 était nulle (conséquence de l’équilibre radial Lors de l’établissement de la puissance perdue par vitesse hété-
simplifié). rogène, h on a admis que la composante tangentielle V 4 cos α 4
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2,2
2,1
2
3
1,9
1,8
S 4
1,7
1,6
1,4
N/ T = 4 093
1,3
était nulle. Ainsi de V 4 = V 4 sin α 4 et de (74) on déduit une
expression de la puissance dégradée par cette singularité : 1,2
2 921
qR qm 2
qm 1,1
S = --------
- – ---------- ------------
- (79) 1 169
A4 AS 2
2ρ4 1
6 18 30 42 54 66 78 90
Connaissant la géométrie de la turbine et, sous forme analyti- Figure 16 – Taux de détente
que, ses différentes pertes internes, nous disposons des éléments
pour effectuer sa modélisation. Évidemment il faut également se
fixer le débit massique, la vitesse de rotation et les caractéristiques
du fluide dans la bride d’entrée, comme par exemple la tempéra- donc :
ture et la pression moyenne. 2
V 1 qR 2
h
En suivant le trajet du fluide, on détermine dans chaque partie --------4- = ----- ---------------
- + --------
- (83)
2 2 A4 ρ4 qR
de la turbine les grandeurs caractéristiques : vitesses, pression,
température, masse volumique. Par exemple entre E et 1 on déter- La puissance dégradée par hétérogénéité des vitesses h se
mine V 1 , p 1 , t 1 , ρ 1 , puis on continue de la même façon entre 1 et calcule à partir de la relation (77).
2 2 Au rendement isentropique optimal le calcul conduit, pour cette
P ρ4 k–1
V3– V4
---------I - = c p T 3 1 – ------- + ------------------------
- (80) turbine, à la répartition suivante du pourcentage des pertes : (0)
qm ρ3 2
Entrée volute E = 0,093
●Expression du travail polytropique, c’est-à-dire les relations Frottement dans la volute v = 0,213
(14), (15) et (16) de [BM 4 570] appliquées entre l’entrée et la sortie
Distributeur d = 0,215
de la roue ainsi que de l’équation d’état des gaz parfaits :
Canaux mobiles R = 0,031
fd
2 2 Frottement de disques = 0,059
P I + c + R + h + f + fd k T 3 ρ4 k–1
V3– V4
----------------------------------------------------------------------------- - 1 – -------
= ----------------- - (81)
+ ------------------------ Défaut d’incidence c = 0,034
qm k–1 ρ3 2 Débit de fuite f = 0,299
Hétérogénéité des vitesses à la sortie roue h = 0,013
La puissance interne P I se déduit de la relation (42) de
Diffuseur S = 0,043
[BM 4 570]. Notons également que la vitesse moyenne V 4 et la
1,000
puissance dégradée h sont des fonctions de ρ4 . En effet nous
avons : On constate ainsi que l’ensemble constitué par ce qu’on désigne
2 habituellement par volute (entrée volute, frottement volute, distri-
qR ( V 4 cos α 4 ) h
V 4 sin α 4 = ---------------
- et -----------------------------------
- = --------
- (82) buteur) est responsable de plus de la moitié des pertes. Notons éga-
A4 ρ4 2 qR lement que le débit de fuite représente plus d’un quart des pertes.
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