BM 2591 Doc
BM 2591 Doc
O
U
Gaz naturel R
E
par Richard TILAGONE
N
Chef de projet « Moteurs à gaz » - Institut français du pétrole
Ingénieur ENSPM, option Moteur et Institut national des sciences appliquées (INSA-Lyon)
Département génie mécanique construction
S
A
Données politico-économiques V
1. La ressource énergétique O
I
Ratio réserves/production
(années)
Les réserves prouvées de gaz naturel dans le monde ont augmenté 65
considérablement durant ces 25 dernières années (figure A). Elles repré- 60
sentaient en 1970 une quantité d’énergie exploitable équivalente à la moitié 55
des réserves de pétrole ; aujourd’hui elles sont comparables, avec une pro-
gression bien plus importante pour le gaz naturel, conduisant ainsi mi-2002 à
50
45
Gaz naturel
R
une réserve prouvée totale de l’ordre de 160 Gtep. 40
Pétrole
trole
Nota : selon les équivalences couramment utilisées, la conversion tep 35
(tonne équivalent pétrole) d’un combustible se fait sur la base du rapport de 30
son pouvoir calorifique inférieur à la valeur conventionnelle retenue pour le
pétrole de référence. Malgré son caractère variable selon les sources, l’énergie
25 1980
1982
P
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
contenue dans 1 tep s’établit le plus souvent à 42 GJ.
Cette quantité considérable d’énergie positionne le gaz naturel comme une
source énergétique incontournable sur l’échiquier mondial, d’autant plus que,
Année L
au rythme des consommations actuelles, le ratio entre les réserves prouvées
et la production d’énergie est à l’avantage du gaz naturel (figure B). En effet,
pour une consommation mondiale qui se stabiliserait au niveau de celle de
Figure B – Évolution comparée du ratio mondial réserves / production
pour le gaz naturel et le pétrole (source Cedigaz)
U
l’année 2000, soixante années de production de gaz naturel seraient assurées,
pour environ quarante-cinq années de production de pétrole. On remarque
cependant que les investissements consentis pour ces deux ressources au
S
cours des années 1980 et 1990 ont permis de stabiliser ces ratios (les réserves
prouvées augmentent avec les consommations), éloignant a priori le spectre
de pénurie d’énergie (sous forme de gaz naturel et de pétrole) pour la
deuxième moitié du XXIe siècle.
De plus, les réserves de gaz naturel sont géographiquement bien réparties 8,2 1012 m3 55,9 1012 m3
(figure C), ce qui lui confère une relative stabilité économique, nombreux
étant en effet les pays pouvant assurer une production significative pour les 6,6 1012 m3
différents marchés mondiaux. 58,7 1012 m3
11,5 1012 m3
15 1012 m3
8,2 1012 m3
Quantité d'énergie
exploitable (Gtep)
160
140
trole
Pétrole 103 %
120
100
Gaz naturel Total monde : 164,1 1012 m3
80
60
80 % Figure C – Réserves prouvées de gaz naturel dans le monde
40
au 1er janvier 2001 (source Cedigaz)
20 50 %
Rapport gaz/p trole des réserves
gaz/pétrole r serves prouvées
prouv es
0
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
20
E Gisements marginaux 15 % Reserves éloignés 25 %
10
V 30
20
O 10
Pays-Bas 11 % France 4 %
I 0
Charbon
et lignite
Pétrole
brut
Gaz
naturel
Électricité
(hydraulique
Algérie 23 %
Norvège 29 %
Nigéria 1 %
Figure E – Répartition dans le monde des énergies primaires Royaume Uni 5 % Russie 27 %
consommées fin 2000 (sources BP, CEA, Cedigaz, OCDE)
P Total : 43 x 109 m3 soit 490 x 109 kWh
U Type de
carburant
Exploration-
Transport-
Production
Charges
diverses
Distribution
Stockage Total
S Carburant
type essence 7,3 1,3 3,9 12,4
des aides. Le cas de la France est assez révélateur d’une tendance à la diversi-
fication des énergies consommées, partagée par la plupart des pays euro-
péens économiquement puissants.
1,8
Gaz naturel 6,3 8,1
(compression)
2. Le gaz naturel en France
L’importation de la grande majorité du gaz naturel consommé sur le terri-
Cependant, d’après une analyse récente (figure D), l’exploitation des gise- toire français et le nombre important de pays producteurs conduisent théori-
ments en zones terrestres considérées comme « faciles » ne représente que le quement à une grande variété de gaz disponible sur le réseau commercial. En
tiers des réserves totales prouvées. L’exploitation des champs gaziers 2000, exception faite de la production nationale, pas moins de six pays ont été
s’accompagne donc de coûts de production élevés, en rapport avec les infra- sollicités pour la fourniture de gaz (figure G). Si cette diversité d’approvision-
structures nécessairement plus lourdes. nement est indéniablement un atout économique et stratégique, elle
s’accompagne cependant de quelques difficultés pour l’utilisation du gaz natu-
Le coût de production d’énergie du puits au réservoir varie sensiblement
rel en tant que carburant. Les compositions, donc les caractéristiques du gaz
entre la filière gaz naturel et la filière essence. Les principales différences
naturel distribué aux clients, fluctuent au rythme des politiques des sociétés
tiennent de l’extraction, du conditionnement, du raffinage dans le cas de
en charge de la distribution. Si, pour une utilisation domestique, ces variations
l’essence, et de la distribution. Le tableau A, issu de travaux présentés par
ne sont pas restrictives, nous avons vu qu’elles le deviennent sensiblement
l’Institut français du pétrole, montre un coût de production pour les carburants
pour une application industrielle ou pour un moteur d’automobile (cf. article
liquides supérieur à celui du gaz naturel.
[BM 2 592]). La quantité de gaz consommé, en constante augmentation en
Si les réserves sont équivalentes, la consommation globale d’énergie fos- France, se répartit pour moitié dans le secteur industriel, qui bénéficie depuis
sile provient encore essentiellement du pétrole qui représente plus de 40 % de longtemps d’une fiscalité intéressante pour cette énergie [TICGN, taxe inté-
l’énergie totale consommée dans le monde, mais également du charbon et rieure sur la consommation de gaz naturel, quasi constante depuis dix ans],
des lignites avec un impact désastreux sur les émissions de gaz à effet de serre environ 15 % pour le tertiaire, le complément pour le secteur résidentiel. Les
(figure E). Les consommations de gaz naturel, énergie la plus consommée quantités consommées pour le transport (majoritairement pour le transport en
après le pétrole, sont les plus fortes dans les zones à fort développement commun) restent encore aujourd’hui très marginales.
industriel.
Le gaz disponible sur le territoire est transporté en majorité par gazoduc, le
La France, quant à elle, assure 15 % de l’énergie totale consommée sous complément par méthanier sous forme liquide, essentiellement d’Algérie et du
forme de gaz naturel massivement importé. Le gisement national de Lacq, Nigeria. Le transport et la distribution des points d’entrée vers les clients sont
dans sa phase de déclin, ne permet pas de couvrir les besoins nationaux. Le assurés par un réseau de canalisations représentant environ 200 000 km, sous
cas de la France reste atypique au sein de l’Europe du fait de l’importance de la responsabilité de quatre sociétés pour le transport haute pression [Gaz de
l’électricité dans le bilan global, conséquence des choix politiques des années France, Compagnie française du Méthane, Gaz du Sud-Ouest, Elf qui se parta-
1960 axés sur le nucléaire (figure F). Les énergies renouvelables, englobant gent le territoire], de Gaz de France, des régies et des entreprises non nationa-
l’énergie solaire et éolienne, sont en constante progression car soutenue par lisées pour la distribution.
Huelva Carthagène
gement pour le GPLc et le gaz naturel représente près de 80 % par rapport à la
situation du gazole : 2,2 €/MJ contre 10,5 €/MJ (tableau B).
O
Skikda
Arzew
L’effet combiné de cette taxation avantageuse et d’un prix de base attractif
est sensible sur le prix de vente du gaz naturel à la pompe. I
Exemple : en partant des prix relevés fin mars 2002, pour une
même somme, le consommateur bénéficie avec le gaz naturel véhicule
d’environ 80 % d’énergie en plus par rapport à un carburant SP98 (pour
R
Gazoducs : 500 mm < a < 1 000 mm
cet exemple, le PCI volumique des carburants a été pris en compte).
Gazoducs : a 1 000 mm On retrouve ici l’effet prépondérant de l’allègement des taxes.
Gazoducs en projet
Transports maritimes
par méthaniés
Gisement de gaz naturel
a diamètre du gazoduc Fiscalité appliquée : comparaison du coût de la calorie P
exemple de prix à la pompe fin mars 2002
Figure H – Réseau de gazoducs en Europe (état à la fin du XXe siècle)
en région lyonnaise L
(source AFG, CFM)
SP98...................................................................1,08 €/litre [29 650 kJ/€]
gazole ................................................................0,85 €/litre [42 010 kJ/€]
U
+ 42 % SP98
Pour information, le continent européen s’est doté d’un réseau important de
gazoducs, terrestres et sous-marins, garantissant l’acheminement à moindre
GNV ...................................................................0,69 €/Nm3 [54 400 kJ/€]
[estimation Paris] + 83 % SP98
S
risque du gaz naturel extrait des puits de production vers les principaux pays
consommateurs dont la France (figure H).
(0)
GNV : TICGN pour 100 Nm3 .............................................................................................. (€) 9,94 9,15 8,38
Basée sur le coût des carburants de l’exemple précédent et sur une Surcoût à l’achat/essence 0 1 500 € 1 500
consommation réaliste, mais sans tenir compte des avantages fiscaux ou des Consommation moyenne 8,50 L/100 km 5,60 kg/100 km
S
Bibliographie
A
V Ouvrages généraux
CORNETTI (G.). – Alternative fuels : the natural gas.
AFGNV (Association française du gaz naturel pour
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energy use and greenhouse gas emissions of
U
S Thèses récentes
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priétés physiques. Université de Nantes (2003). LEPAGE (V.). – Élaboration d’une méthode de réduc-
ESNAULT (B.). – La transition du monopole à la
tion de schémas cinétiques détaillés : applica-
ELIZALDE BALTIERRA (A.). – L’articulation du concurrence sur les marchés du gaz naturel en
tion aux mécanismes de combustion du gaz
Mexique dans la dynamique concurrentielle du Europe : l’importance stratégique du stockage
naturel et du n-décane. Université Pierre-et-
marché nord-américain du gaz naturel. Univer- souterrain. Université de Dijon (2000).
Marie-Curie (2000).
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LEMAIRE (C.). – Énergie et concurrence : recherches bons en conditions anhydres et saturées en eau : l’électricité et du gaz naturel : les fusions-acqui-
sur les mutations juridiques induites par la libé- étude des quantités adsorbées et du fractionne- sitions aux États-Unis. Université Paris IX (2000).
Contexte européen les gaz de référence à utiliser en Europe pour l’homologation des véhicules,
ainsi que la directive européenne 98/77/CE du 2 octobre 1998 pour les véhicules
L’émergence des filières de carburant alternatives et/ou de substitution et utilitaires légers. Ces directives précisent que les normes en vigueur sont à
repose sur l’existence de contextes normatifs et fiscaux favorables. Le lecteur respecter pour deux gaz de référence, définis ci-après.
trouvera donc dans ce paragraphe des informations dont la validité n’est pas ● Dans le cas des véhicules poids lourds, le constructeur doit procéder aux
en cause au moment de l’écriture de ce document, mais qui pourrait être, à essais avec un gaz de type « H » dont les caractéristiques doivent être
terme, en décalage avec d’éventuelles évolutions. comprises entre celles des deux gaz de référence dénommés GR et G23
(tableau D), puis avec un gaz de type « B » dont les caractéristiques doivent
■ Spécification des gaz de référence être comprises entre celles des deux gaz de référence dénommés G23 et G25.
(0)
G25
10 (2)
(3)
(4)
NV
M
N1
: nouveau véhicule.
: véhicule particulier sauf véhicules > 2,5 t.
: classes I/II/III, utilitaires légers, véhicules > 2,5 t.
O
Méthane...........................................(% mol)
Azote ................................................(% mol)
84
12
88
16
I
Inertes (autres que l’azote) + C2+ ..(% mol)
Teneur en soufre..........................(mg/Nm3)
1
10
peu émettrice d’hydrocarbures imbrûlés et la combustion à allumage
commandé.
On constate également que la limitation des émissions de particules solides
R
pour les moteurs Diesel ne concerne pas les moteurs à gaz naturel. Cette
mesure reste avantageuse dans le cas où, pour certaines applications, les
émissions de particules d’un moteur au gaz naturel peuvent ne plus être
P
(0)
« discriminantes » par rapport à celles d’un véhicule Diesel doté d’un système
Tableau E – Normes d’émissions d’un moteur performant de post-traitement des particules solides (filtre à particules).
au gaz naturel sur cycle ETC
Polluant
CO NMHC (1) CH4 NOx Particules
De nombreux constructeurs font état de moteurs de poids lourds satisfai-
sant le niveau EEV (Environmentally Friendly Vehicle ), dont le concept fut
introduit dans le cadre de la directive 1999/96/EC, bien qu’il n’ait pas de valeur
L
(g/kWh) (g/kWh) (g/kWh) (g/kWh) (g/kWh)
prévoit le respect des normes uniquement sur le cycle ETC (European Par ailleurs, le contrôle des émissions de CO au ralenti et le contrôle des gaz
Transient Cycle ) (tableau E), pour les deux gaz de référence. De plus, les émis- de carter concernent les véhicules au gaz naturel (dédiés ou à bicarburation).
sions de méthane sont comptabilisées séparément malgré leur impact sur Ils doivent de plus satisfaire un contrôle spécifique d’autoadaptativité au gaz
l’effet de serre, distinction qui semble cependant justifiée compte tenu de la naturel, en passant d’un carburant de référence à l’autre (sur véhicule « père »
différence fondamentale entre la combustion classique Diesel naturellement uniquement). Enfin, le circuit du carburant à gaz étant par conception étanche,
Essence Gaz
dédié au gaz véhicule, constituent aujourd’hui la référence.
Exemple : les principales contraintes à respecter pour le circuit du
N Homologation
gaz afin d’obtenir une certification sont les suivantes :
— épreuve des réservoirs à 300 bar minimum et pression d’éclatement supé-
rieure à 700 bar ;
— résistance du système de fixation des réservoirs pour une décélération de
Émissions NEDC 20 oC à 30 oC oui oui oui 30 g correspondant à un choc frontal à 50 km/h ;
— mise en place d’une vanne manuelle d’isolation du circuit ;
S Émissions à – 7 oC oui non oui — mise en place d’un fusible thermique à 100 oC permettant la décharge des
réservoirs à l’atmosphère ;
— mise en place d’un limiteur de débit de fuite ;
A Émissions au ralenti
oui
oui
oui
oui
oui
— mise en place de deux clapets antiretour en entrée des réservoirs et en aval
de la vanne de remplissage ;
— ventilation des gaines.
V Émissions à évaporation SHED oui non non/oui(ess.)
■ Autres textes cités dans les articles [BM 2 591]
O Fonctionnement EOBD oui non puis oui ? non puis oui ?
et [BM 2 592]
P en service)
ISO 6976 1995
Calcul au moyen des caractéristiques physiques.
Gaz naturel - Calcul du pouvoir calorifique, de la masse
volumique, de la densité relative et l’indice de Wobbe à
L les véhicules au gaz naturel sont, pour l’instant, exemptés du contrôle des
émissions par évaporation (test « SHED »).
partir de la composition.
Commission européenne
U L’ensemble de ces normes applicables aux véhicules au gaz naturel est syn-
thétisé (tableau G).
Directive 2002/80/CE de la Commission du 3 octobre 2002 « adaptation au
progrès technique de la directive 70/220/EC », JOCE L291/20 du 28.10.2002.
● Une harmonisation des normes couvrant la filière gaz naturel est enga- Comité interministériel pour les véhicules propres
gée en Europe en collaboration avec le CEN (Comité européen de normalisa-
tion) et l’ISO (International Organization for Standardization). À un niveau État des filières de véhicules propres et impact des politiques publiques
parallèle, le GRPE (Groupement d’expertise en pollution et énergie), constitué d’accompagnement (juin 2003).
dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies, travaille également sur Véhicules propres fonctionnant au GPL, GNV et à l’électricité (avril 2000).
VP véhicule particulier
VUL véhicule utilitaire léger
VI véhicule industriel (benne à ordure, toupis de béton,
véhicules utilitaires « lourds »)
PL poids lourds (ceux qui roulent sur les routes pour
le transport de marchandises)
ARS antirécession des soupapes (ce carburant est celui
qui remplace le carburant plombé) Figure I – Consommation de carburant du parc
automobile français en 2000 (source AFTP)