Lycée Saint-Louis. PSI*2. Année 2024–2025.
Équations différentielles
1. Rappel sur les équations linéaires le rappel s’appliquent, mais ne donnent aucun renseignement sur la pratique
Le mot équation n’est pas, dans ce paragraphe, synonyme d’équation différentielle de la résolution ; il n’y a d’ailleurs pas de résultats généraux en ce sens.
(cela vient ensuite). Soient E et F deux K–espaces vectoriels, u ∈ L (E, F ) et Pour obtenir des résultats précis sur la forme des solutions, on doit faire l’hy-
b ∈ F . On considère les deux équations suivantes, d’inconnue x ∈ E : pothèse suivante, qui sera toujours supposée vérifiée par la suite :
u(x) = b (C) La fonction a ne s’annule jamais sur I : ∀t ∈ I, a(t) 6= 0.
u(x) = 0 (H) Les équations (C) et (H) sont alors équivalentes à (on les nomme de la même
façon) :
On dit que (H) est l’équation homogène associée à l’équation complète (C), et on
note SC et SH les ensembles de solutions de ces deux équations. On note que y 0 + β(t)y = γ(t), (C)
0
y + β(t)y = 0. (H)
SH = Ker u
b c
où les fonctions β = a et γ = a sont continues de I dans K.
n’est jamais vide, alors que SC peut être vide si y 6∈ Im u. On énonce le théorème
Théorème. — Soit F une primitive de β sur l’intervalle I. Alors les solutions
de structure et le théorème de superposition des solutions.
de l’équation homogène (H) sont les fonctions de la forme
Théorème de structure. — Si SC n’est pas vide, et si x0 est une solution de
(C) — dite solution particulière —, alors SC = {x0 + x, x ∈ SH }. t ∈ I 7→ λ exp(−F (t)),
Théorème de superposition. — Si b1 et b2 sont deux éléments de F , et si x1 où λ est une constante dans K. Ceci entraîne que SH est une droite :
et x2 sont deux solutions de u(x) = b1 et u(x) = b2 respectivement, alors b1 + b2
dim SH = 1.
est une solution de u(x) = b1 + b2 .
On note que ces deux théorèmes sont évidents, et ne sont qu’une paraphrase de Théorème (Méthode de variation de la constante). — Il existe
la linéarité de u. une solution particulière de l’équation complète de la forme yp : t ∈ I 7→
2. Révisions de première année λ(t) exp(−F (t)), où λ ∈ C 1 (I, K). Alors les solutions de l’équation complète
sont les fonctions de la forme
(a) Équations différentielles linéaires scalaires d’ordre 1
Soient a, b et c trois fonctions continues de I dans K. On considère l’équa- t ∈ I 7→ λ exp(−F (t)) + yp (t),
tion différentielle linéaire scalaire complète et l’équation différentielle linéaire où λ est une constante dans K (l’ensemble SC est une droite affine).
homogène associée :
Cette méthode est appelée méthode de variation de la constante.
0
a(t)y + b(t)y = c(t), (C) Exemple. — Résoudre sur R l’équation différentielle (1 + t2 )y 0 + ty = t3 .
a(t)y 0 + b(t)y = 0. (H) Corollaire (Théorème de Cauchy et Lipschitz). — Soient a, b et c
trois fonctions de C 0 (I, K), où a ne s’annule pas sur I. Soient t0 ∈ I et y0 ∈ K.
Ici, E = C 1 (I, K), F = C 0 (I, K) et u : E → F est définie par (c’est bien une Il existe une et une seule solution sur I du problème de Cauchy
application linéaire, par linéarité de la dérivation)
a(t)y 0 + b(t)y = c(t),
∀y ∈ E, u(y) est la fonction t ∈ I 7→ a(t)y 0 (t) + b(t)y(t) ∈ K. y(t0 ) = y0 .
Il est traditionnel, dans la théorie des équations différentielles, de mentionner On fait remarquer pour terminer que, si une fonction seulement dérivable est
la variable des fonctions coefficients (ici a, b et c), mais de ne pas le faire pour solution de y 0 + β(t)y = γ(t) avec β et γ continues, alors elle est de classe C 1 ,
la fonction inconnue (ici y). Les théorèmes de structure (H) et (C) cités dans et on renvoie aux exercices pour les problèmes de recollement de solutions.
(b) Équations différentielles linéaires d’ordre 2 à coefficients constants Solution particulière complexe de l’équation complète
Les lettres a, b, c sont des nombres complexes, avec a 6= 0, et f est une fonction
On recherche ici une solution particulière complexe de l’équation différen-
continue de I dans C. on s’intéresse à l’équation différentielle
tielle (1) lorsque f est une fonction de la forme t 7→ Q(t) exp(st) où Q ∈ C[X]
ay 00 + by 0 + cy = f . (1) et s est un nombre complexe. On discute suivant l’ordre de multiplicité m de
s dans le polynôme caractéristique aX 2 + bX + c.
Le polynôme du second degré aX 2 + bX + c est appelé le polynôme caractéris- Théorème. — Il existe une unique solution particulière de l’équation diffé-
tique associé à l’équation différentielle (1), et aX 2 + bX + c = 0 est l’équation rentielle (1) de la forme t 7→ R(t) exp(st), où R ∈ C[X] vérifie
caractéristique qui lui est associée. nombre On appelle ∆ le discriminant du
polynôme caractéristique. deg(R) = deg(Q) + m ,
val(R) > m .
Solutions complexes de l’équation homogène
ak X k , c’est-
P
La notation val(R) désigne la valuation du polynôme R = k∈N
Lorsque l’on cherche des solutions complexes, on discute suivant la nullité de ∆. à-dire le plus petit entier k tel que ak 6= 0.
i. Deux racines complexes dictinctes r1 et r2 : cas où ∆ 6= 0 Solution particulière réelle de l’équation complète
Les solutions complexes de l’équation différentielle homogène ay 00 + by 0 +
cy = 0 sont les fonctions de la forme t 7→ k1 exp(r1 t) + k2 exp(r2 t), où k1 On suppose que a, b et c sont des nombres réels. On recherche ici une solution
et k2 sont des nombres complexes quelconques. particulière réelle de l’équation différentielle (1) lorsque f est une fonction de
ii. Une unique racine double r : cas où ∆ = 0 la forme t 7→ Q(t)eαt cos(βt), ou encore t 7→ Q(t)eαt sin(βt), où Q ∈ R[X] et α
et β sont deux nombres réels.
Les solutions complexes de l’équation différentielle homogène ay 00 + by 0 +
On pose alors s = α + iβ, et on recherche une solution particulière complexe,
cy = 0 sont les fonctions de la forme t 7→ k1 exp(rt) + k2 t exp(rt), où k1
appelée yC , de ay 00 + by 0 + cy = P (t) exp(st) suivant la méthode décrite ci-
et k2 sont des nombres complexes quelconques.
dessus. On prend ensuite la partie réelle de yC ou bien sa partie imaginaire,
suivant que le second membre fait intervenir un cosinus ou bien un sinus.
Solutions réelles de l’équation homogène
Exemple. — Trouver les solutions réelles de y 00 − 3y 0 + 2y = tet .
On suppose ici que a, b et c sont des nombres réels, toujours avec a 6= 0. Lorsque Soit t0 un instant fixé de l’intervalle I, et soient p0 et v0 [pour position et
l’on cherche des solutions réelles, on discute suivant le signe de ∆. vitesse initiales] deux nombres réels ou complexes, suivant le cadre dans lequel
on résout l’équation (1).
i. Deux racines réelles dictinctes r1 et r2 : cas où ∆ > 0
Les solutions réelles de l’équation différentielle homogène ay 00 + by 0 + cy = 0 Théorème de Cauchy et Lipschitz. — Avec les notations ci-dessus, il
sont les fonctions de la forme t 7→ k1 exp(r1 t) + k2 exp(r2 t), où k1 et k2 sont existe une unique solution du problème de Cauchy
des nombres réels quelconques. ay 00 + by 0 + cy = f
ii. Une unique racine double réelle r : cas où ∆ = 0 y(t0 ) = p0
Les solutions réelles de l’équation différentielle homogène ay 00 + by 0 + cy = 0 y 0 (t0 ) = v0 .
sont les fonctions de la forme t 7→ k1 exp(rt) + k2 t exp(rt), où k1 et k2 sont
des nombres réels quelconques. 3. Programme de PSI : équations différentielles linéaires d’ordre 2 à coef-
ficients variables
iii. Deux racines complexes non réelles conjuguées r1 et r1 : cas où
Soient a, b, c et f quatre fonctions continues de I dans K. On considère l’équation
∆<0
différentielle linéaire scalaire complète et l’équation différentielle linéaire homogène
On écrit alors r1 = α + iβ, avec α ∈ R et β ∈ R∗ . Les solutions réelles de associée :
l’équation différentielle homogène ay 00 + by 0 + cy = 0 sont les fonctions de la
forme t 7→ eαt [k1 cos(βt) + k2 sin(βt)], où k1 et k2 sont des nombres réels a(t)y 00 + b(t)y 0 + c(t)y = f (t) (C)
quelconques. 00 0
a(t)y + b(t)y + c(t)y = 0. (H)
2
Ici, E = C 2 (I, K), F = C 0 (I, K) et u : E → F est définie par (c’est bien une i. Changement de variable et changement de fonction inconnue
application linéaire, par linéarité de la dérivation) Soit J un intervalle non banal de R. On suppose que (E) est une équation
différentielle de variable t ∈ I et de fonction inconnue y : t ∈ I 7→ y(t).
∀y ∈ E, u(y) est la fonction t ∈ I 7→ a(t)y 00 (t) + b(t)y 0 (t) + c(t)y(t) ∈ K. Effectuer le changement de variable t = ϕ(u), où ϕ est une bijection de
classe C 2 de J dans I , c’est effectuer parallèlement le changement de
Pour obtenir des résultats précis sur la forme des solutions, on doit faire l’hypo-
fonction inconnue
thèse suivante, qui sera toujours supposée vérifiée par la suite :
z : u ∈ J 7→ y(ϕ(u)),
La fonction a ne s’annule jamais sur I : ∀t ∈ I, a(t) 6= 0. et trouver une équation différentielle (F ) satisfaite par z, qu’on espère plus
simple que (E).
Les équations (C) et (H) sont alors équivalentes à (on les nomme de la même
façon) : Exemple. — Soit (E) : ty 00√
− y 0 − 4t3 y = 0, avec I = R∗+ . On effectue le
changement de variable t = u. Trouver J, z et (F ). Résoudre (E) sur R∗+ ,
y 00 + β(t)y 0 + γ(t)y = g(t) (C) R∗− et R.
00 0 ii. Développement en série entière
y + β(t)y + γ(t)y = 0. (H)
Exemple. — Trouver les solutions développables en série entière en zéro
où les fonctions β = ab , γ = ac et g = fa sont continues de I dans K. On dit que de
ces équations différentielles sont « résolues en y 00 ». t(t + 1)y 00 + (2t + 1)y 0 − λ(λ + 1)y = 0, (Eλ )
Les théorèmes de structure et de superposition des solutions s’appliquent à ces où λ ∈ ] − 21 , +∞[ et donner une CNS sur λ pour qu’il existe une solution
équations linéaires. polynomiale non nulle.
(a) Théorème de Cauchy-Lipschitz iii. Variation d’une constante quand on connaît une solution de
Contrairement au cas des équations différentielles vues en première année, l’équation homogène qui ne s’annule jamais
on ne dispose pas d’expressions explicites des solutions qui permettraient de On cherche les solutions sur l’intervalle I = ]0, +∞[ de
déterminer la dimension de l’espace vectoriel SH et d’en déduire un théorème
de Cauchy-Lipschitz. On va faire le chemin inverse, en admettant le résultat t(t + 1)y 00 + (t + 2)y 0 − y = 0. (E)
suivant.
Chercher une solution de cette équation homogène de la forme fr : t 7→
Théorème de Cauchy et Lipschitz. — Soit t0 un instant fixé de I, et tr , avec r ∈ R, puis effectuer le changement de fonction inconnue y(t) =
soient p0 et v0 deux scalaires. Si β, γ et g sont continues de I dans K, il existe λ(t)fr (t). Il s’agit d’une méthode de variation de la constante, appelée aussi
une unique solution du problème de Cauchy méthode d’abaissement de l’ordre.
iv. Variation de deux constantes quand on connaît une base de l’es-
00
y + β(t)y 0 + γ(t)y = g(t)
y(t0 ) = p0 pace des solutions de l’équation homogène
y 0 (t0 ) = v0 . Résoudre sur ] − π2 , π2 [ l’équation différentielle
y 00 + y = tan(t).
Corollaire. — Sous les mêmes hypothèses, l’espace vectoriel SH des solu-
tions de y 00 + β(t)y 0 + γ(t)y = 0 est de dimension 2, et l’application On cherchera, une base (f, g) de l’équation homogène étant fixée, des so-
lutions sous la forme αf + βg, avec α et β deux fonctions de classe C 1
Θt0 : y ∈ SH 7→ (y(t0 ), y 0 (t0 )) ∈ K2
vérifiant α0 f + β 0 g = 0 (méthode de variation des constantes).
est un isomorphisme. v. Équivalence entre équations linéaires d’ordre n et systèmes li-
néaires d’ordre 1.
(b) Quelques méthodes de résolution
Il n’existe pas d’algorithme systématique. Néanmoins, on dispose de quelques
techniques.