Integration Des Fonctions Numériques
Integration Des Fonctions Numériques
Remarque
Soient σ et σ 0 deux subdivisions de [a, b].
On dit que σ est plus fine que σ 0 si le support de σ contient celui de σ 0 .
La subdivision notée σ ∪ σ 0 et dont le support est la réunion de ceux de σ et de σ 0 est plus
fine que chacune des subdivisions σ et σ 0 . Réciproquement si une subdivision de [a, b] est plus
fine que σ et σ 0 , alors elle est plus fine que la subdivision σ ∪ σ 0 .
Définition (applications en escaliers sur un segment)
Soit ϕ une application de [a, b] dans R. On dit que ϕ est en escaliers s’il existe une subdi-
vision σ = (xk )0 ≤ k ≤ n de [a, b] et n réels λ0 , λ1 , . . . , λn−1 tels que :
∀ k = 0, . . . , n − 1, ∀ t ∈ ]xk , xk+1 [, ϕ(t) = λk .
On dit alors que la subdivision σ est adaptée (ou encore subordonnée) à ϕ.
On note E([a, b], R) l’ensemble des fonctions en escaliers sur [a, b].
Exemple
La figure 1 représente une fonction en escaliers ϕ sur le segment [a, b]. On n’a pas représenté
les valeurs de ϕ aux points xk , car ces valeurs sont sans importance.
Remarques et propriétés
– Dans la pratique, on considérera surtout des fonctions en escaliers sur un segment [a, b].
– Si σ est une subdivision adaptée à ϕ, toute subdivision plus fine que σ est adaptée à ϕ.
– Les fonctions constantes sur [a, b] sont des cas particuliers de fonctions en escaliers.
– Si ϕ, ψ sont en escaliers sur [a, b], alors : ∀ (α, β) ∈ R2 , αϕ + βψ est en escaliers sur [a, b].
Plus généralement, toute combinaison linéaire de fonctions en escaliers est encore en escaliers.
De même ϕψ est en escaliers sur [a, b] (comme tout produit de fonctions en escaliers.)
Définition
Soient ϕ : [a, b] → R une fonction en escaliers et σ = (xk )0 ≤ k ≤ n une subdivision adaptée.
On suppose que : ∀ k ∈ {0, . . . , n − 1}, ∀ t ∈ ]xk , xk+1 [, ϕ(t) = λk .
n−1
X Z
Le réel (xk+1 − xk )λk est appelé intégrale de ϕ et est noté ϕ.
k=0 [a,b]
Interprétation graphique
Comme le montre la figure 2, l’intégrale de ϕ est égale à la somme des “aires” algébriques
(comptées positivement ou négativement selon le signe des λk ) des zones rectangulaires
définies par le graphe de ϕ :
Remarques et propriétés
– L’intégrale de ϕ ne dépend pas de la subdivision adaptée à ϕ choisie.
Z
– Si ϕ est constante égale à λ sur [a, b], alors ϕ = (b − a)λ.
[a,b]
– Soit ϕ une application nulle sur [a, b],Zsauf peut-être en un nombre fini de points.
Alors ϕ est élément de E([a, b], R) et ϕ = 0.
[a,b]
– Soit ϕ un élément de E([a, b], R). Soit c est un élément de ]a, b[.
Z Z Z
Alors les restrictions de ϕ à [a, c] et [c, b] sont en escaliers et : ϕ= ϕ+ ϕ.
[a,b] [a,c] [c,b]
Linéarité de l’intégrale
Soient ϕ, ψ deux applications en escaliers sur [a, b], et soient α, β deux réels.
Z Z Z
Alors on a l’égalité (αϕ + βψ) = α ϕ+β ψ.
[a,b] [a,b] [a,b]
Z
L’application qui à ϕ associe ϕ est donc linéaire de E([a, b], R) dans R.
[a,b]
Positivité et croissance Z Z Z
– Soient ϕ, ψ dans E([a, b], R). Si ϕ ≥ 0 alors ϕ ≥ 0. Si ϕ ≤ ψ alors : ϕ≤ ψ.
[a,b] [a,b] [a,b]
Z Z
– Si ϕ ∈ E([a, b], R), alors |ϕ| : t 7→ |ϕ(t)| ∈ E([a, b], R) et ϕ ≤ |ϕ|.
[a,b] [a,b]
Z
– Si ϕ est en escaliers de [a, b] dans R, alors ϕ ≤ (b − a) sup |ϕ(t)|.
[a,b] t∈[a,b]
Définition
On dit qu’une application f : [a, b] → R est continue par morceaux sur [a, b] s’il existe une
subdivision σ = {x0 = a, x1 , . . . , xn = b} de [a, b] (dite adaptée à f , ou encore subordonnée
à f ) telle que, pour tout k de {0, . . . , n − 1} :
– La restriction fk de f à ]xk , xk+1 [ est continue.
– Cette restriction est prolongeable par continuité aux points xk et xk+1 .
On note Cm ([a, b], R) l’ensemble des applications continues par morceaux sur [a, b].
Remarques et propriétés
– Si σ est une subdivision adaptée à f , toute subdivision plus fine que σ est adaptée à f .
– Dire que f est continue par morceaux sur [a, b], c’est dire que f n’a au plus qu’un nombre
fini de discontinuités sur [a, b], et que toutes sont de première espèce : en chaque point de
discontinuité, il y a une limite à gauche et une limite à droite, et ces limites sont finies.
– Toute application continue par morceaux sur [a, b] est bornée sur [a, b].
Toute application continue sur [a, b] est continue par morceaux.
Toute application en escaliers sur [a, b] est continue par morceaux.
– Soient f, g deux applications continues par morceaux sur [a, b].
Pour tous scalaires α et β, l’application αf + βg est continue par morceaux sur [a, b].
De même, l’application f g est continue par morceaux sur [a, b].
– Soit I un intervalle quelconque de R, d’intérieur non vide.
Soit f une application définie sur I, à valeurs réelles.
On dit que f est continue par morceaux sur I si elle l’est sur tout segment de I.
Par exemple, l’application “partie entière” est continue par morceaux sur R.
– Si f est continue par morceaux il en est de même de l’application |f | : x 7→ |f (x)|.
Proposition
Soit f : [a, b] → R une application continue par morceaux.
Il existe une suite (ϕn )n≥0 de fonctions en escaliers telles que lim sup |f − ϕn | = 0.
n→∞ [a,b]
On dit que la suite (ϕn ) converge uniformément vers f sur [a, b].
D’après la proposition précédente, on peut choisir la suite (ϕn ) telle que pour tout n de N
on ait ϕn ≤ f (ou au contraire telle que pour tout n de N on ait f ≤ ϕn .)
Remarques Z
– La valeur de f ne dépend pas de la suite (ϕn ) de E([a, b], R) utilisée pour approcher f .
[a,b]
– Si l’application f est en escaliers sur [a, b] elle est continue par morceaux.
L’intégrale de f est évidemment la même selon les deux points de vue.
– Si f est à valeurs positives, la suite (ϕn ) peut être choisie telle que ϕn ≥ 0 pour tout n.
Proposition
Soit f : [a, b] → R une application continue par morceaux.
Z
On suppose que l’application f garde un signe constant sur [a, b] et que f = 0.
[a,b]
Si f est continue en un point x0 de [a, b], alors f (x0 ) = 0.
En particulier, si f est continue sur [a, b], alors f est identiquement nulle.
Remarques
Z
– Si f ≥ 0 est continue en un point x0 de [a, b] et si f (x0 ) > 0, alors f > 0.
Z [a,b]
Donc si f est continue ≥ 0 mais non identiquement nulle sur [a, b], alors f > 0.
Z Z [a,b]
– Si f et g sont continues, si f ≤ g sur [a, b] et si f 6= g, alors f< g.
[a,b] [a,b]
Remarques Z Z
1
– On a inf f ≤ b−a f ≤ sup f . Si f est continue, ∃ c ∈ [a, b] tel que f = (b − a)f (c).
[a,b] [a,b] [a,b] [a,b]
Z Z
– La valeur moyenne λ de f vérifie l’égalité f = λ : c’est le réel par lequel on peut
[a,b] [a,b]
remplacer f sans changer l’intégrale de f .
Sur la figure 4 les deux aires hachurées sont donc égales.
Remarques diverses
– Extension aux applications définies “presque partout”
Si f est continue par morceaux sur [a, b] et si g ne diffère
Z de f qu’en
Z un nombre fini de points,
alors g est encore continue par morceaux sur [a, b], et f= g.
[a,b] [a,b]
Si f est définie sur [a, b] sauf peut-être en un nombre fini de points x0 = a < x1 < . . . < xn = b,
et si la restriction de f à chaque ]xk , xk+1 [ est prolongeable par continuité à [xk , xk+1 ], on
peut donc encore définir l’intégrale de f , en donnant à f une valeur quelconque en chacun
des xk .
– Invariance de l’intégrale par translation
Soit f : [a, b] → R, continue par morceaux. Soit α un nombre réel.
On définit l’application g de J = [a + α, b + α] dans R par g(t) = f (t − α).
Z Z
Alors g est continue par morceaux sur J et g= f.
J I
Définition
Soit f : I → R, continue par morceaux. Pour tous points a, b de I, on note :
Z b Z Z b Z Z b
Si a < b, f= f; Si a > b, f =− f; Si a = b, f = 0.
a [a,b] a [b,a] a
Remarques Z b
– La notation f est donc valable pour deux points quelconques Z ba, b d’un
Z aintervalle I sur
a
lequel f est continue par morceaux. On vérifie que ∀ (a, b) ∈ I 2 , f =− f.
a b
– Les propriétés relatives à la linéarité restent valables, mais celles qui sont relatives à la
positivité et à la croissance dépendent de la position respective des bornes de l’intégrale (le
mieux est de vérifier que ces bornes sont “dans le bon sens”.) R
b
Par exemple, l’inégalité de la moyenne devient : ∀ (a, b) ∈ I 2 , a f ≤ |b − a| sup |f |.
[a,b]
Notation
Z b Z b
On note souvent f (t) dt plutôt que f . Dans cette notation t est une variable muette.
a a
Cette notation s’avère pratique dans le calcul des intégrales par changement de variable.
On a également l’égalité f= f.
a b
Remarque
Un cas particulier classique est celui où la subdivision S est régulière, c’est-à-dire formée en
divisant [a, b] en n sous-segments de même longueur h = b−a n .
Pour tout k de {0, . . . , n}, on a alors xk = a + kh.
On choisit souvent ξk = xk , où ξk = xk+1 , ou encore ξk = 12 (xk + xk+1 ).
n−1
Les sommes de Riemann ainsi construites s’écrivent RS = b−a
P
n f (ξk )
k=0
Interprétation géométrique
RS (f ) est la somme des aires algébriques des zones rectangulaires de base [xk , xk+1 ] et de
hauteur f (ξk ). Sur la figure 5, toutes ces aires sont comptées positivement.
On imagine que lorsque le pas de S tend vers 0, la somme RS (f ) tend vers l’aire algébrique
comprise entre Ox et la courbe y = f (x), c’est-à-dire vers l’intégrale de f sur [a, b].
Remarques
n−1
P n
P n
P
– Dans ce résultat, on peut remplacer par ou par : cela ne change rien.
k=0 k=0 k=1
– La proposition précédente permet de calculer des limites de suites dont le terme général peut
être interprété comme une somme de Riemann.
Il est recommandé de comparer un avec la forme générale d’une somme de Rimeann, pour
éviter toute erreur sur le segment [a, b] et sur l’application f .
1 1 1
Posons par exemple : un = n+1 + n+2 + · · · + 2n .
n
On constate que un = n1 f a + k b−a 1
P
n , avec a = 0, b = 1 et f (x) = 1+x .
k=1
Z b Z 1
1 dx
On en déduit lim un = b−a f (x) dx = 1+x = ln 2.
n→∞ a 0
Proposition
Soit f : [α, β] → R une application de classe C 2 . Soit M2 (f ) = sup |f 00 |.
[α,β]
Soit ϕ : [α, β] → R l’application affine telle que ϕ(α) = f (α) et ϕ(β) = f (β).
(t − α)(β − t)
∀ t ∈ [α, β], f (t) − ϕ(t) ≤ M2 (f ).
2
Z β Z β
f (α) + f (β) (β − α)3
On a ϕ(t) dt = (β − α) et (t − α)(β − t) dt = .
α 2 α 6
Z β
f (α) + f (β) (β − α)3
On en déduit f (t) dt − (β − α) ≤ M2 (f ).
α 2 12
b n−1 n−2
b−aX b − a f (a) + f (b) X
Z
f (t) dt ≈ In (f ) avec In (f ) = (f (xk ) + f (xk+1 )) = + f (xk )
a 2n k=0 n 2 k=1
(xk+1 − xk )3 (b − a)3
Un majorant de l’erreur commise sur [xk , xk+1 ] est M2 (f ) = M2 (f ).
12 12n3
b
(b − a)3
Z
Une majoration de l’erreur globale sur [a, b] est donc f (t) dt − In (f ) ≤ M2 (f ).
a 12n2
Remarques
Si f ne change pas de concavité, alors on connait le sens de l’erreur dans cette méthode :
Z b
Si f est concave sur [a, b], alors In (f ) ≤ f (t) dt (cf. figure ci-dessus)
Z b a
Remarque Z b
1 2
Si f est de classe C sur I, on a : ∀ (a, b) ∈ I , f 0 (t) dt = f (b) − f (a).
a
Proposition (intégrale fonction de sa borne supérieure)
Soit f : I → R une application continue par morceaux. Soit a un point de I.
Z x
L’application F : x 7→ f (t) dt est appelée intégrale fonction de sa borne supérieure.
a
L’application F est continue sur l’intervalle I.
Soit x0 un point de I (distinct de l’extrémité droite de I).
Alors F est dérivable à droite en x0 et Fd0 (x0 ) = lim f (x).
x→x0 +
Exemples
f (x) = 0 si 0 ≤ x ≤ 1
– Soit f l’application définie sur [0, 2] par
f (x) = 1 si 1 < x ≤ 2
Z x
Soit F l’application définie sur [0, 2] par F (x) = f (t) dt.
0
On constate que F (x) = 0 sur [0, 1] et que F (x) = x − 1 sur [1, 2].
L’application F est donc continue sur [0, 1].
Elle n’est pas dérivable en x = 1 car f n’est pas continue en ce point.
On constate cependant que Fg0 (1) = 0 = lim f (x) et que Fd0 (1) = 1 = lim f (x).
x→1− x→1+
Remarques
– La formule s’étend au cas où f est seulement continue par morceaux, mais il est alors
nécessaire que ϕ soit strictement monotone sur [a, b].
Z b Z d
0 c = ϕ(a)
– Le résultat précédent peut aussi s’écrire : ϕ (t)f (ϕ(t)) dt = f (x) dx, où
a c d = ϕ(b)
Cette égalité peut être utilisée dans un sens ou dans l’autre selon les cas :
Z b Z d
0
Dans le sens ϕ (t)f (ϕ(t)) dt ⇒ f (x) dx.
a Z c
b
On veut calculer g(t) dt et on constate que g(t) se met sous la forme g(t) = f (ϕ(t))ϕ0 (t).
a
On pose alors x = ϕ(t), et on note que quand t = a et t = b alors x = c et x = d.
Z b Z b Z d
0 0
On écrit dx = ϕ (t) dt puis g(t) dt = ϕ (t)f (ϕ(t)) dt = f (x) dx.
a a c
Voici trois situations classiques (le changement de variable est donc à peine visible) :
Z b Z b 0 Z b h ϕr+1 (t) ib
0
h ib ϕ (t) h ib
ϕ(t)
ϕ (t) e dt = e ϕ(t)
; dt = ln |ϕ(t)| ; ϕ0 (t) ϕr (t) dt =
a a a ϕ(t) a a r+1 a
Z d Z b
Dans le sens f (x) dx ⇒ ϕ0 (t)f (ϕ(t)) dt.
c Z a
d
On part donc de f (x) dx et on pose (indication, intuition, expérience, etc.) x = ϕ(t).
c
Dans ce cas, il faut trouver a et b tels que ϕ(a) = c et ϕ(b) = d.
Il est préférable de choisir ϕ et l’intervalle sur lequel cette application est définie de manière
à ce que ϕ soit bijective : on a alors a = ϕ−1 (c) et b = ϕ−1 (d).
Z 1√ h i
2 π
Par exemple, pour calculer 1 − x dx, on pose x = ϕ(t) = sin t, avec t ∈ 0, 2 .
√ 0
On a donc 1 − x2 = |cos t| = cos t, et dx = cos t dt.
D’autre part, quand x = 0 alors t = 0 et quand x = 1 alors t = π2 .
Z 1√ Z π/2
1 π/2
Z
2 2 π
On en déduit : 1 − x dx = cos t dt = (1 + cos(2t)) dt = .
0 0 2 0 Z 1√ 4
Remarque : il y a un moyen encore plus simple de calculer 1 − x2 dx (lequel ?)
0
– Un changement de variable affine permet de transformer une intégrale sur un segment [a, b]
en une intégrale sur le segment [0, 1] ou sur [−1, 1].
Il suffit pour cela de poser x = a + t(b − a) : quand t parcourt [0, 1], x parcourt [a, b].
Z b Z 1
On obtient alors : f (x) dx = (b − a) g(t) dt, avec g(t) = f (a + t(b − a)).
a 0
De même, en posant x = a+b b−a
2 + t 2 : quand t parcourt [−1, 1], x parcourt [a, b].
Z b Z 1
On en déduit l’égalité : f (x) dx = b−a
2 h(t) dt, avec h(t) = f a+b b−a
2 +t 2 .
a −1
1 1
xα , (α 6= −1) xα+1 R+∗ arctan x R
α+1 1 + x2
1 1 1 1+x
ln |x| R−∗ , R+∗ ln x 6= ±1
x 1 − x2 2 1−x
1 √
ex ex R √ ln(x + 1 + x2 ) R
1 + x2
ax 1
ax (a 6= 1) R √ arcsin x ] − 1, 1[
ln a 1 − x2
1 √
sin x − cos x R √ ln x + x2 − 1 |x| > 1
x2 − 1
π
cos x sin x R tan x − ln |cos x| x 6= + kπ
2
1 x
sh x ch x R ln tan x 6= kπ
sin x 2
1 x π π
ch x sh x R ln tan + x 6= + kπ
cos x 2 4 2
1 π 1
tan x x 6= + kπ th x R
cos2 x 2 ch 2 x
1 1
−cotan x x 6= kπ −coth x R+∗ , R−∗
sin2 x sh 2 x
On peut généraliser quelques-uns des résultats ci-dessus, notamment :
x−a
Z Z
dx 1 x dx 1
2 2
= arctan + λ ; 2 2
= ln +λ
x +a a a x −a 2a x+a
Définition
Soit f : I → C une application.
Soit a un élément ou une extrémité de I (éventuellement a = ±∞). Soit ` un nombre
complexe. On dit que ` est limite de f en a si :
Dans le cas a ∈ R : ∀ ε > 0, ∃ δ > 0 tq (x ∈ I et |x − a| ≤ δ) ⇒ |f (x) − `| ≤ ε.
Dans le cas a = +∞ : ∀ ε > 0, ∃ A ∈ R tel que x ≥ A ⇒ |f (x) − `| ≤ ε.
Dans le cas a = −∞ : ∀ ε > 0, ∃ A ∈ R tel que x ≤ A ⇒ |f (x) − `| ≤ ε.
Si a ∈ I, on dit que f est continue en a si lim f (x) = f (a), c’est-à-dire si :
x→a
∀ ε > 0, ∃ δ > 0 tq (x ∈ I et |x − a| ≤ δ) ⇒ |f (x) − f (a)| ≤ ε.
Proposition
Soit f : I → C une application.
Soient g = Re (f ) : I → R et h = Im (f ) : I → R.
Soit a un point de I ou une extrémité de I. Soit ` = α + iβ ∈ C, avec α, β ∈ R.
lim g(x) = α
(
x→a
Alors lim f (x) = ` ⇔
x→a lim h(x) = β
x→a
En particulier, f est continue en a ⇔ g, h sont continues en a.
L’existence d’une limite et la continuité d’une fonction à valeurs complexes se ramènent donc
à l’existence de limites ou à la continuité de deux applications à valeurs réelles.
Il en découle que de nombreuses propriétés établies pour des fonctions à valeurs réelles s’étendent
sans difficulté au cas des fonctions à valeurs complexes.
Citons notamment :
– Pour les limites : unicité, caractérisation par les suites, opérations.
– Pour la continuité : opérations, caractérisation par les suites. Notions d’application conti-
nue sur un intervalle. Notion d’application uniformément continue, ou d’application lipschit-
zienne : les rapports de ces deux notions entre elles et avec la continuité sont inchangés.
Une application continue sur un segment est encore bornée.
– On définit encore la notion d’application continue par morceaux.
L’application f : I → C est continue par morceaux⇔ Re (f ) et Im (f ) le sont.
En revanche, la spécifité de R fait qu’un certain nombre de propriétés ne sont pas conservées.
Citons notamment :
– Pour les limites : tout ce qui concerne la relation d’ordre dans l’ensemble d’arrivée (on pense
au “théorème des gendarmes” par exemple.).
– Pour la continuité : l’image d’un intervalle n’est plus un intervalle. Il n’y a donc plus de
théorème des valeurs intermédiaires, ni de théorème de la bijection réciproque.
Définition
Soit f : I → C une application.
f (x) − f (a)
On dit que f est dérivable en un point a de I si lim existe dans C.
x→a x−a
df
Cette limite est appelée nombre dérivé de f en a et est notée f 0 (a), ou D(f )(a), ou (a).
dx
Il revient au même de dire qu’il existe ` dans C et une application x 7→ ε(x) de I dans C,
vérifiant lim ε(x) = 0 et ε(a) = 0, et tels que :
x→a
∀ x ∈ I, f (x) = f (a) + (x − a)` + (x − a)ε(x)
Le nombre complexe ` est alors égal à f 0 (a).
Proposition
Soient f : I → C, g = Re (f ) : I → R et h = Im (f ) : I → R. Soit a un point de I.
f est dérivable en a ⇔ g, h sont dérivables en a, et alors f 0 (a) = g 0 (a) + ih0 (a).
De nombreuses propriétés établies pour des fonctions à valeurs réelles s’étendent sans difficulté
au cas des fonctions à valeurs complexes.
Citons notamment :
– Notion d’application dérivable sur un intervalle, fonctions dérivées successives.
Notion d’application de classe C k .
Opérations (sommes, produits, quotients) sur les applications dérivables.
– Pour la composition des applications dérivables, la propriété subsiste à condition de considérer
g ◦ f , où f : I → R et g : J → C, avec f (I) ⊂ J.
– La formule de Leibniz est toujours valable. Il y a toujours une formule de Taylor-Young, qui
permet de généraliser la notion de développement limité.
– Dans la pratique la partie réelle et la partie imaginaire du développement limité de f : I → C
sont les développements limités de Re (f ) et de Im (f ).
Voici des propriétés qui ne se généralisent pas aux fonctions à valeurs complexes.
– Il n’y a plus de dérivation de la “bijection réciproque”.
– La notion d’extrémum local est liée à la relation d’ordre dans l’ensemble d’arrivée et ne
s’applique donc pas aux fonctions à valeurs dans C.
– Important : le théorème de Rolle et celui des accroissements finis ne sont plus valables !
Exemple : on considère l’application f : [0, 2π] → C définie par f (t) = eit .
On a f (0) = f (2π) mais la dérivée f 0 (t) = ieit ne s’annule jamais.
– En revanche, on a toujours l’inégalité des accroissements finis |f (a) − f (b)| ≤ |b − a| sup |f 0 |.
En particulier la caractérisation des applications constantes par leur dérivée nulle, et celle
des applications lipschitziennes par leur dérivée bornée sont toujours valables.
– De la même manière deux applications dérivables f, g : I → C ont la même dérivée sur I si
et seulement si elles diffèrent d’une constante sur I.
– Bien sûr, parler de signe de la dérivée et de monotonie n’a pas de sens pour f : I → C.
– De même, tout ce qui concerne la convexité ne s’applique qu’aux fonctions à valeurs réelles.
Définition
Soit f : I → C une application continue par morceaux.
Z Z Z
Pour tous points a, b de I, avec a ≤ b on pose f= Re (f ) + i Im (f ).
[a,b] [a,b] [a,b]
Z b Z b Z b
Pour a, b quelconques dans I, on a donc f (t) dt = Re (f )(t) dt + i Im (f )(t) dt
a a a
Voici un certain nombre de propriétés qui s’étendent au cas des fonctions à valeurs dans C.
– On a toujours la linéarité de l’intégrale
– On a toujours les inégalités de la moyenne (avec ici a ≤ b) :
Z Z Z Z
f g ≤ sup |f | |g| et f ≤ |f | ≤ (b − a) sup |f (x)|
[a,b] [a,b] [a,b] [a,b] [a,b] x∈[a,b]
En revanche voici des propriétés qui ne se généralisent pas aux fonctions à valeurs dans C.
– Il n’est plus question de positivité et de croissance de l’intégrale.
– L’inégalité de Cauchy-Schwarz doit être modifiée.
Z b 2 Z b Z b
2
On montre que cette inégalité devient fg ≤ |f | |g|2 .
a a a