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L'histoire

Le document présente une série de scènes centrées sur Yuna, une élève silencieuse et mystérieuse, qui attire l'attention de ses camarades de lycée, notamment Caleb et Michaël. À travers des interactions subtiles et des réflexions intérieures, le texte explore les thèmes de la solitude, de la perception et des connexions humaines. Les personnages naviguent dans un monde bruyant tout en cherchant à comprendre leur place et leurs sentiments.

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L'histoire

Le document présente une série de scènes centrées sur Yuna, une élève silencieuse et mystérieuse, qui attire l'attention de ses camarades de lycée, notamment Caleb et Michaël. À travers des interactions subtiles et des réflexions intérieures, le texte explore les thèmes de la solitude, de la perception et des connexions humaines. Les personnages naviguent dans un monde bruyant tout en cherchant à comprendre leur place et leurs sentiments.

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# scène 1

Titre:

'' CE QUE LE SILENCE VOULAIT DIRE ''

---
Prologue

> "Elle ne parlait pas beaucoup, mais quand elle le faisait, on sentait que
c’était un fragment de quelque chose de plus vaste."

Tout le monde connaissait la fille au sourire rare, au regard trop profond,


qui se faufilait dans les couloirs comme une présence. Pas d’éclat, pas de
fracas — elle brillait autrement.

Scène 1 – "La fille au silence"

Un midi doux, quelque part dans la cour d’un lycée

Le soleil filtre à travers les feuilles, et l’air vibre doucement du bruit des
élèves. On entend des rires, des éclats de conversations, des baskets qui
glissent sur le sol. C’est la rentrée, il fait beau, tout le monde semble plein
d’énergie.

Au milieu de tout ça, Yuna marche.


Légère. Mince. Sa jupe beige flotte autour de ses jambes nues, ses
cheveux courts dansent à peine sous la brise.
Elle ne parle pas, ne rit pas. Mais tout le monde la voit. On dirait qu’elle
glisse entre les autres, comme une plume qu’on essaie de suivre du regard.

Elle s’installe seule sur un banc, ouvre un carnet, commence à dessiner.


Rien de spécial. Un arbre, une silhouette, un œil.
Puis une phrase, écrite en petit, penchée vers la marge :

> "Je ne fais pas de bruit.


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Mais j’existe, je crois."

Deux filles passent non loin. Elles ralentissent sans s’en rendre compte.

> Fille 1 :
– C’est la meuf bizarre, là ?
Fille 2 :
– Elle est jolie quand même… mais genre, flippante jolie.
Fille 1 (sourit) :
– On dirait un personnage de roman.

Plus loin, un garçon s’est arrêté.


Caleb. Grand, un peu nonchalant. Il l’observe.
Yuna ne l’a pas vu, ou elle fait semblant.
Il reste là un instant, fasciné sans comprendre pourquoi.

> Caleb (à voix basse pour lui-même) :


– Pourquoi j’ai l’impression qu’elle m’entend penser…

Un ballon roule jusqu’à ses pieds.


Michaël, essoufflé, s’approche.

> Michaël :
– Hé, désolé Yuna, mon ballon est trop curieux.
Yuna (en souriant à peine) :
– Il essaie juste de fuir ton pied.

Il rit. Elle retourne à son carnet. Il reste debout, un moment. Puis repart.

Elle écrit encore une phrase, sans lever les yeux :

> "Ce n’est pas moi qui suis absente. C’est le monde qui fait trop de bruit."

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---

# scène 2

---

Scène 2 – Les couloirs et les murmures

Fin de cours. Couloir principal. Lumière dorée filtrant par les grandes
fenêtres.

Les casiers claquent dans un joyeux vacarme.


Les élèves se bousculent gentiment, crient des "À demain !", rigolent fort.
Les téléphones sont dégainés. On se montre des vidéos, on partage des
musiques.

Yuna marche au milieu, droite, fluide.


Ses pas ne pressent pas, ne traînent pas. On dirait qu’elle glisse.
Son regard reste fixé au fond du couloir. Ni hautain, ni fuyant. Présent,
mais ailleurs.

Sa tenue est simple. Un t-shirt clair, un pantalon fluide.


Elle porte une barrette à motifs japonais, glissée discrètement dans ses
cheveux courts.

> Fille 1 (chuchotant à sa copine, moqueuse sans méchanceté) :


– Elle a un air d'héroïne de manga triste.
Fille 2 (intriguée) :
– T’as déjà entendu sa voix toi ?
Garçon 1 (amusé mais curieux) :
– Elle parle sûrement aux fantômes, c’est pour ça.

> Fille 3 (rêveuse) :


– J’trouve qu’elle a une sorte de... lumière froide. Tu vois ?
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Comme si elle brillait doucement, mais loin.

Yuna passe à côté d’eux.


Elle n’a pas réagi. Peut-être a-t-elle entendu. Peut-être pas.
Mais elle a un léger sourire. Presque imperceptible.

Dans le fond du couloir, Caleb, appuyé contre un mur, regarde sans trop y
penser.

Ses amis parlent, rigolent autour de lui, mais il ne répond pas.


Il fixe Yuna quelques secondes.

> Caleb (pensée) :


– Elle fait du silence un truc... magnétique.
J’ai jamais vu ça.

Elle passe devant lui.


Rien ne se passe. Aucune parole, aucun geste.
Juste un souffle. Juste une trace.

Caleb cligne des yeux.

> Garçon 2 (tapant l’épaule de Caleb) :


– T’es perdu là. Tu regardais qui ?
Caleb (détaché) :
– Personne.
Garçon 2 (rire moqueur) :
– Ah ouais ? Même les murs te fascinent maintenant ?

Dans une salle vide, plus tard, Yuna est assise au sol.
Elle a sorti un carnet. Elle dessine.

Son trait est doux, irrégulier, rapide.


On y voit une silhouette floue qui marche sous une pluie de lumière.

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À côté du dessin, elle écrit :

> "Il faut avoir traversé le silence pour entendre la beauté des choses
simples."

Elle regarde par la fenêtre.


Une brise agite doucement les feuilles des arbres dehors.
Elle ferme les yeux un instant.

--

# scène 3

---

Scène 3 – Michaël, l’ombre douce

Un banc un peu à l’écart, sous un arbre dans la cour du lycée. Soleil doux,
ombres qui dansent sur le sol. Les autres élèves sont loin, dans le bruit. Ici,
c’est plus calme.

Yuna est assise sur le banc. Elle lit un petit carnet à spirale, ses genoux
repliés contre elle.
Un sac trop grand à ses pieds. Elle gribouille par intermittence sur une
page, l’air absorbé.

Une silhouette s’approche en silence.


C’est Michaël. Grand, calme, l’air rêveur. Il porte toujours des vêtements
froissés mais propres, un vieux sac en bandoulière rempli de livres.

Il ne dit rien. Il s’assied à côté d’elle, comme s’il avait toujours été là.

> Yuna (sans lever les yeux) :


– T’as fini le bouquin sur les rêves lucides ?
Michaël (léger sourire) :
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– Je crois que je m’y perds plus que je m’y retrouve.

(pause)

Michaël (regardant son carnet) :


– Tu dessines encore des gens qui flottent ?
Yuna :
– C’est plus joli que ceux qui tombent.

Ils restent silencieux un moment.


Autour d’eux, les cris, les pas, les oiseaux.

> Michaël (hésitant) :


– Tu sais… parfois je me dis que t’es pas vraiment ici.
Yuna (regardant le ciel) :
– Peut-être que je suis juste entre deux endroits.

(petit sourire)

– Mais toi, tu sais toujours où me trouver.

Il baisse un peu la tête, touché. Il sort une boîte de petites galettes au


sésame et la pose entre eux.

> Michaël :
– J’en ai volé deux de plus pour toi.
Yuna :
– C’est pour ça que la cantinière te regarde de travers.

Ils partagent un petit rire. Doux, discret, sans éclat.

> Michaël (plus sérieux) :


– Tu vas bien, Yuna ?
Yuna (hésite, puis) :
– Aujourd’hui, oui.
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Un silence tendre s’installe. Un silence où les mots ne sont pas
nécessaires.
Le genre de silence que seul un ami peut comprendre.

---

# scène 4

---

Scène 4 – Premiers regards avec Caleb

Salle de classe baignée d’une lumière tiède d’après-midi. Des ventilateurs


qui tournent mollement, des feuilles qui bruissent. Les élèves sont
penchés sur leurs cahiers. Au fond, une table vide. Caleb entre, un peu en
retard.

Il salue d’un signe de tête nonchalant.


Un garçon longiligne, l'air faussement détendu, une mèche rebelle qui
tombe sur son front. Il se laisse tomber sur une chaise de travers, deux
rangées derrière Yuna.

Elle, elle n’a pas levé les yeux. Mais elle l’a senti.
Son regard est encore accroché à la page. Elle écrit quelque chose, puis
rature.
Caleb la regarde.

Un long moment.

Yuna sent ce regard. Elle ne bouge pas. Mais ses oreilles sont rouges.

Cut. Même scène, une semaine plus tard.


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Le prof dicte. Tout le monde écrit.
Caleb lève les yeux de son cahier. Encore.
Cette fois, Yuna aussi.

Un échange court. Un regard.


Ni sourire, ni hostilité. Une curiosité douce.

> Caleb (dans sa tête) :


Elle a un visage qui reste. Même quand elle baisse les yeux, on sent qu’elle
sait. Elle sait des choses que nous, on a oubliées.

> Yuna (dans sa tête) :


Encore lui. Pourquoi il regarde ? Pourquoi il ne parle pas ?

Cut. Quelques jours plus tard.

Le prof interroge. Caleb répond, sûr de lui, presque trop.


Un élève souffle :

> – Il se prend pour un génie, lui.

Yuna lève les yeux brièvement.


Elle regarde Caleb, puis baisse à nouveau la tête.
Mais cette fois, elle sourit un peu.

Après le cours, dans les couloirs.


Yuna range ses affaires seule, dos au mur.
Caleb passe. Il la frôle presque. Il ne dit rien.

Mais elle sait.

Et lui aussi.

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---

# scène 5

---

Scène 5 – L’amitié masculine, les premiers non-dits

Cour du lycée, fin de pause. Le soleil tape sur les dalles. Les élèves traînent
encore un peu. Caleb est adossé au muret du préau, une pomme à la main.
À côté de lui, son pote Didi ( Dylan ), baskets fatiguées, sac au sol, en train
de finir un paquet de chips.

> Didi
– T’as vu la meuf au fond, là ? Toujours toute seule. Elle t’regarde des fois.
(il mâche bruyamment)
– Elle est chelou, mais genre… stylée chelou.

> Caleb
(sans le regarder)
– Qui ça ?

> Didi
– Celle avec les petits cheveux là. Yuna, je crois. On dirait qu’elle sort d’un
livre.

Caleb croque dans sa pomme sans rien dire.


Didi le scrute, un sourire en coin.

> Didi
– Attends… c’est elle que tu mates tout le temps en cours, hein ?

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> Caleb
(froid, détaché)
– N’importe quoi. J’regarde tout le monde.

Didi éclate de rire.

> Didi
– Frère… t’as jamais regardé le prof une seule fois.

Caleb sourit vaguement, puis détourne la tête.


Au loin, Michaël est accoudé à un banc, son carnet sur les genoux. Il fait
mine d’écrire, mais ses yeux vont de Caleb à Dylan… puis au fond de la
cour, là où Yuna s’est arrêtée pour nouer ses lacets.

Michaël observe.
Pas avec curiosité, mais avec cette attention fine de ceux qui
comprennent avant les autres.

> Michaël (voix intérieure)


Ils n’ont pas compris encore. Ils aiment déjà ce qu’ils ne savent pas
nommer. Et elle… elle aussi commence à sentir que ça bouge autour d’elle.
Mais elle ne veut pas le croire.

> Didi (toujours à Caleb)


– T’as qu’à lui parler, frère. T’es pas moche, t’as la classe, tu lances ton
sourire et c’est fini.

Caleb ne répond pas. Il jette le trognon de sa pomme dans la poubelle.

> Caleb
– T’as pas compris. C’est pas une meuf “à sourire”.
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> Didi
(intrigué)
– Hein ?

> Caleb
– Elle, c’est pas un défi à gagner. C’est autre chose. J’sais pas encore quoi.

Michaël relève les yeux.


Il dessine un petit trait dans son carnet. Une silhouette debout face au
vide.

---

# scène 6

---

Scène 6 – “Presque quelque chose”

Fin de journée. La lumière rase les couloirs vides. Il ne reste plus que
quelques élèves. Yuna referme lentement son casier. Elle porte une
chemise blanche légèrement froissée, un petit sac pend sur son épaule.
Son regard est ailleurs.

Un silence.
Puis des pas.

Caleb passe. Il ralentit en l’apercevant. Il hésite, fait mine de regarder son


téléphone, puis lève à nouveau les yeux vers elle.

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Yuna le sent. Elle tourne lentement la tête. Leurs regards se croisent.
Longtemps.

> Caleb
(sourire à demi)
– Tu finis toujours après tout le monde ?

Yuna ne répond pas tout de suite. Puis elle parle, sa voix est calme,
presque imperceptible.

> Yuna
– Je préfère quand c’est vide.
(elle le regarde)
– Et toi, tu rôdes ?

> Caleb
– Je traîne. J’sais pas pourquoi. Peut-être pour ça.
(il hausse les épaules, puis la fixe)
– Tu dessines tout le temps, non ?

Elle le regarde, surprise.

> Yuna
– Tu regardes tout le temps, non ?

Un petit silence. Il sourit, déstabilisé.

> Caleb
– Je pensais que t’étais inaccessible. Mais t’as l’air… normale. Enfin,
presque.

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> Yuna
– Et toi, tu fais semblant d’être simple. Mais t’as pas l’air clair non plus.

Ils rient doucement.


Le couloir se remplit d’un écho tendre, fragile. Ils ne bougent pas.

> Caleb
– Tu sais… les gens parlent de toi.

> Yuna
– Et toi ? Tu dis quoi sur moi ?

> Caleb
(regard fuyant)
– Rien. J’préfère garder les secrets. Ça leur va bien aux gens comme toi.

Yuna le fixe un instant.

> Yuna
– Alors garde-les bien. On ne sait jamais, ça pourrait t’échapper.

Elle referme doucement son casier. Puis, sans un mot, elle passe à côté de
lui. Le frôle à peine.

Il se retourne, la regarde s’éloigner. Elle ne se retourne pas.

---

Note visuelle :
Dans son carnet, plus tard ce soir-là, Yuna dessine une silhouette
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masculine floue, penchée vers une autre qui se dérobe. Elle note en bas de
page :
“Je ne comprends pas ce que je veux. Je crois que lui non plus. Et c’est
peut-être pour ça que ça flotte.”

# scène 7

---

Scène 7 – “Regards croisés”

Cour du lycée, midi. Soleil fort. Des groupes d’élèves mangent, discutent à
voix basse. Le bruit est constant, doux, comme une mer agitée au loin.
Caleb est assis avec deux amis, assiette plastique sur les genoux. Michaël
est adossé au mur, pas très loin, écouteurs dans les oreilles mais le regard
clairement tourné vers eux. Yuna, seule, est assise dans l’herbe, un carnet
sur les genoux.

> Ami 1
– Tu la regardes tout le temps, frère. C’est devenu une obsession ou quoi ?

> Caleb
(mâche lentement, sans lever les yeux)
– Tu parles trop fort.

> Ami 2
– Elle est jolie, ouais, mais elle fait flipper un peu. T’as vu ses yeux ? On
dirait qu’elle te lit.

> Ami 1
(rire moqueur)
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– C’est clair. Moi j’oserais pas. Toi par contre, on dirait que t’aimes te brûler
les ailes.

Caleb regarde Yuna. Elle ne le regarde pas. Elle dessine, son visage
tranquille, concentré. Il observe en silence.

Un petit mouvement à côté : Michaël retire un écouteur, intervient d’un ton


posé, les yeux sur Caleb.

> Michaël
– Ce n’est pas un jeu.

Silence.

> Caleb
(sèchement)
– J’ai dit quelque chose, moi ?

> Michaël
– Non. Mais tu joues. Tu la regardes comme un mystère, mais tu ne fais
rien. Et tu la laisses porter tout le silence.

Caleb détourne les yeux. Un peu gêné. Il lance une pique.

> Caleb
– T’as l’air de bien la connaître.

> Michaël
(sourire en coin)
– Non. Mais je la respecte. C’est rare.

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Ses mots sont simples. Tranchants. Caleb le fixe un instant, puis baisse à
nouveau les yeux vers son assiette. Il ne mange plus.

Pendant ce temps, Yuna relève les yeux, comme si elle avait senti quelque
chose. Son regard se pose brièvement sur Michaël. Il ne bouge pas, ne
sourit pas. Juste un hochement très léger de tête.

Elle lui rend à peine son geste, referme doucement son carnet.

Vue intérieure de son carnet : un croquis rapide de Caleb, assis, le regard


perdu, des flèches autour de lui, des mots notés à la main :
“Pourquoi tu regardes si tu ne vois pas ?”
“On n’attrape pas une lumière avec des mots flous.”

---

# scène 8

---

Scène 8 – “La fenêtre ouverte”

Fin d’après-midi. Le soleil dore les murs d’une salle presque vide. Michaël
est assis sur un bureau retourné, dos à la fenêtre ouverte. Yuna est debout,
sac sur l’épaule, carnet serré contre elle.

> Michaël
(regarde dehors, tranquille)
– Tu pars tôt aujourd’hui.

> Yuna
– J’attendais que ça se vide.

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Il la regarde. Elle ne sourit pas. Juste ce calme étrange, comme si elle
savait quelque chose qu’il ignorait encore.

> Michaël
– Tu veux qu’on rentre ensemble ?

> Yuna
– Je pars demain.

Un silence. Il la fixe, lentement.

> Michaël
– En voyage ?

> Yuna
(secoue la tête doucement)
– Pour de bon. Je… je change de lycée. On déménage.

Il ne répond pas tout de suite. Un courant d’air fait voler les rideaux de la
fenêtre. On entend des oiseaux, une voix lointaine dans les couloirs.

> Michaël
– T’avais prévu de le dire à personne ?

> Yuna
– J’avais peur que ça sonne comme une fuite.

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> Michaël
(après une pause)
– Et ça l’est ?

Elle le regarde. Longuement. Elle ne répond pas.

> Yuna
– J’ai l’impression de n’avoir jamais été ici. Mais c'est pas pour ça... on va
dans une autre ville.

Il descend du bureau, s’approche un peu. Pas trop près. Il respecte


toujours une certaine distance.

> Michaël
– Tu veux que je t’écrive ?

> Yuna
(léger sourire)
– Non. Écris-moi dans ta tête. Comme tu fais avec les gens que tu
n’oublies pas.

Il acquiesce. Il baisse les yeux vers ses mains, maladroitement croisées.

> Michaël
– Tu sais, je t’ai toujours trouvée plus forte que tu veux bien le montrer.

> Yuna
– Tu me regardes mieux que les autres. Peut-être parce que tu ne
cherches pas à comprendre.

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Elle dépose doucement un petit papier plié sur le bureau. Le carnet reste
contre elle. Puis elle sort, doucement. Michaël reste là, fixe le papier. Il le
déplie.

Sur le papier : un dessin au crayon. Une fenêtre ouverte, une silhouette en


train de s’éloigner. Dessous : “Tu es un calme dans mon vacarme.”

Il sourit, l’air un peu mélancolique.

---

# scène 9

---

Scène 9 – “Elle est partie”

Matin froid, lumière blanche. Yuna est dans la voiture familiale, sur la
banquette arrière. Sa petite sœur dort, sa mère parle au téléphone. Elle
regarde par la vitre embuée.

Dans ses mains, un petit carnet. Elle le feuillette lentement. Des pages
pleines de mots hachés, de listes, de pensées :

> “Michaël est comme une branche qu’on attrape sans s’en rendre
compte.”
“Je crois que Caleb joue à ne pas sentir ce qu’il voit.”
“Si je pars, ce n’est pas à cause d’eux. C’est à cause de moi.”

Une dernière vue du lycée depuis la route. Elle pose sa main contre la vitre.

Voix off (Yuna)


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> – Je ne sais pas si je reviendrai. Mais je suis déjà partie depuis
longtemps.

Midi. Cour de récré déserte. Michaël s’appuie contre le mur, un sac de


sport posé à ses pieds. Caleb arrive, une bouteille d’eau à la main,
essoufflé.

> Caleb
– Tu l’as vue, Yuna ? Elle est même pas venue ce matin.

> Michaël
(tranquille, presque absent)
– Elle est partie.

> Caleb
(rit)
– Quoi ? Partie où ? Elle sèche ?

> Michaël
– Non. Partie. Changement de lycée.

Un silence. Caleb le fixe.

> Caleb
– Et tu dis ça comme… comme si c’était rien ?

> Michaël
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– Parce que je l’ai su avant que ce soit fini. Elle me l’a dit.

> Caleb
– Et tu l’as laissée partir ?

> Michaël
– T’aurais fait quoi ? Tu ne lui parlais pas vraiment, tu faisais que la
regarder.

Caleb fronce les sourcils, le visage se ferme.

> Caleb
– C’est pas vrai.

> Michaël
– Tu l’as regardée comme un rêve, pas comme une personne.

Un long silence. Caleb baisse la tête. On voit dans ses yeux un mélange de
colère, de honte, de regret.

> Caleb
– J’aurais dû lui dire que je tenais à elle.
(pause)
– Même si je savais pas comment.

> Michaël
– Trop tard. Elle a appris à partir sans prévenir.

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Il attrape son sac et s’éloigne. Caleb reste seul, dans le froid, les mains
dans les poches.

---

# scène 10

---

Scène 10 – “Elle a disparu, non ?”

Soirée douce. Des bancs sous les arbres du parc derrière le lycée. Caleb
est avec deux amis : Karim et Léo. Ils mangent des chips et discutent en
lançant des cailloux dans une fontaine. Michaël n’est pas là.

> Karim
– Eh, j’vous jure, la prof d’histoire elle a failli me donner zéro ! Juste parce
que j’ai écrit “Seconde Guerre mondiale : bof.” dans l’intro !

> Léo
(rit)
– T’es un danger public, frère.

> Caleb
(sourit, distrait)
– Vous avez vu Yuna, cette semaine ?

Silence. Ils s’arrêtent. Les regards se croisent.

> Karim
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– Yuna ? Ah ouais… La petite mystérieuse. Elle a disparu, non ?

> Léo
– Quelqu’un a dit qu’elle avait changé de bahut. Genre, sans dire au revoir.

> Caleb
(murmure)
– Ouais. Je savais pas non plus.

> Karim
– Attends attends… toi, tu savais pas ? Toi, le gars avec qui elle jouait aux
regards bizarres depuis un an ?

> Caleb
– C’est pas… c’était pas comme ça.

> Léo
– Vous parliez jamais, mais t’avais ce truc dans les yeux quand tu la
regardais. Genre... comme si t’étais amoureux mais que t’étais en prison.

> Karim
– C’était pas un crush, c’était un roman.

> Caleb
– Elle était…
(il cherche ses mots)
– Elle était là sans vraiment être là. Comme un rêve. Et maintenant elle est
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partie. Et j’ai rien dit.

Silence. Caleb regarde ses mains. Il serre un petit bracelet noir autour de
son poignet. Il appartenait à Yuna – il l’a trouvé au sol il y a quelques
semaines.

> Léo
– T’as des regrets ?

> Caleb
(voix basse)
– Ouais. Mais je crois que ce que je regrette le plus, c’est d’avoir cru que
j’avais le temps.

---

# Fin première partie

---

Mot de fin – Première partie

Il y a des présences qui ne laissent pas de bruit, mais un sillage.


Des visages qu’on oublie de regarder tant on les a contemplés de loin.
Yuna n’a pas crié en partant. Elle s’est effacée comme elle est arrivée : en
silence.
Mais ce silence a fait du bruit dans les têtes de ceux qui croyaient la
comprendre.

Ils se souviendront d’elle comme on se souvient d’un rêve étrange.


Avec tendresse. Avec trouble.
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Et peut-être, avec un regret doux-amer : celui de n’avoir pas su lire entre les
lignes.

---

# scène 11

---

Scène 11– "Moi je vis"

Un campus large, paisible, baigné par la lumière du matin. Des groupes se


forment, rient, s’installent à la cafétéria.
Yuna entre dans le hall vitré du bâtiment principal, petite silhouette droite
et discrète, sa sacoche noire bien serrée sur son épaule.

Elle s’arrête un instant, regarde autour d’elle. Pas de regards cette fois.
Juste des gens.
Elle inspire. Cette fois, elle n’est plus « celle qu’on regarde ». Elle est
presque invisible.
Et c’est peut-être ce dont elle avait besoin.

Quelques jours plus tard. Elle est assise au fond de l’amphi. Un garçon
s’approche. Haut, mince, cheveux en bataille, une démarche nonchalante.
C’est Caleb.

Il hésite à s’asseoir à côté d’elle. Elle lève les yeux.


Un regard. Pas d’émotion. Pas de sourire.

Caleb (bas, en posant son sac) :


— Yuna… je savais pas que t’étais ici.

Yuna (calme) :
— Maintenant tu sais.
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Un silence lourd. Ils écoutent le cours sans vraiment entendre. À la fin, il ne
dit rien. Elle non plus. Mais il la suit des yeux en sortant.

Un couloir vide. Une porte s’ouvre. Yuna sort, carnet contre sa poitrine.

Michaël l’attend contre le mur, mains dans les poches.

Michaël :
— T’as toujours cette tête de rêveuse que je reconnaîtrais à l’autre bout du
monde.

Elle sourit enfin.

Yuna :
— Et toi t’as toujours ce sourire de gardien de phare.

Michaël :
— Je suis juste là. Pas plus, pas moins.

Il la suit à distance. Pas besoin de parler. Il est là. Il l’a toujours été.

Soirée étudiante. Caleb s’est mêlé au groupe. Des gens le saluent, le


félicitent pour sa nouvelle publication sur le blog universitaire.
Yuna est dans un coin, assise sous un arbre, loin du bruit.

Il la rejoint.

Caleb :
— Tu fuis encore les gens.

Yuna :
— Et toi, tu t’en nourris toujours.

Il s’assoit près d’elle.


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Caleb :
— Tu veux pas qu’on reparle de tout ça ?

Yuna :
— C’est toi qui veux parler. Moi je vis.

---

# scène 12

---

Scène 12 — Le banc près de la bibliothèque

Un après-midi doux, le soleil traverse les feuillages. Les bancs en pierre


sont tièdes, le vent léger.
Yuna est assise seule, lisant, ses jambes croisées, les cheveux courts
flottant à peine.
Caleb passe au loin, s’arrête en la voyant. Il hésite. Puis s’approche.

Caleb (hésitant, presque moqueur pour cacher le trouble) :


— T’es toujours aussi sérieuse, hein.

Yuna lève les yeux. Un sourire léger, un peu surpris.

Yuna (calme) :
— Et toi, t’es toujours aussi... téméraire ?

Il rit un peu. Il ne sait pas comment se tenir. Il finit par s’asseoir à côté
d’elle, sans demander.

Caleb :
— J’ai entendu dire que t’étais dans le coin. Je croyais que c’était une
rumeur.
Yuna :
— Et toi, t’as pas changé. Toujours à suivre les rumeurs.

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Ils échangent un regard. Long. Pas hostile. Mais chargé de tout ce qu’ils ne
se sont jamais dit.

Caleb :
— T’as vraiment disparu, hein. Comme ça.
Yuna (après une pause) :
— J’ai juste pris un autre chemin.

Silence. Leurs épaules ne se touchent pas, mais ils regardent tous les deux
devant eux, comme s’ils observaient une vie ancienne.

Caleb :
— Tu m'as manqué ou plutôt tu me manques.

Yuna tourne lentement la tête vers lui. Son regard est doux mais opaque.

Yuna :
— Tu ne me connaissais pas.

Il ne répond rien tout de suite. Il baisse un peu les yeux. Elle soupire.

Yuna :
— Mais tu peux t’asseoir là. Si tu veux.

Un fin sourire se glisse entre eux. Rien de plus. Mais cette fois, ce n’est
plus le silence des rêves. C’est celui du réel, fragile, qui commence.

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# scène 13

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Scène 13 — Trois corps, deux mondes, un regard

Un hall en béton clair, ouvert sur l’extérieur. Des tables de travail


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dispersées.
Caleb est debout, accoudé à une rambarde. Yuna s’approche. Michaël est
là, assis non loin, casque autour du cou, les observe.

Caleb (sans se retourner) :


— Je t’ai vue hier. Tu fuyais ?

Yuna (doucement) :
— J’étais en retard. C’est toi qui fais semblant de me chercher.

Il se retourne, un sourire en coin. Michaël détourne à peine le regard,


écoute.

Caleb :
— T’es toujours aussi piquante.
Yuna (regard franc) :
— T’es toujours aussi flou.

Un silence passe. Michaël se lève, s’approche lentement avec sa bouteille


d’eau.

Michaël (souriant, léger) :


— Toujours à parler en énigmes, vous deux ? Ou c’est un jeu codé ?

Yuna sourit à Michaël, puis repose les yeux sur Caleb.

Yuna :
— Un jeu flou, peut-être.

Michaël (regardant Caleb) :


— T’as intérêt à ne pas trop jouer avec elle. Elle mord, tu sais ?

Caleb sourit sans répondre. Le regard qu’il lance à Michaël est moins léger
que le ton. Yuna, elle, s’éloigne doucement, légère.

Yuna (en partant) :


— Je ne mords plus. Je m’éteins, maintenant.

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Scène 7 — Les messages

Écran divisé : à gauche, Caleb dans sa chambre, allongé sur son lit,
écouteurs dans les oreilles, les yeux mi-clos.
À droite, Yuna assise dans le noir, la lumière de l’écran éclaire son visage,
ses jambes croisées, un dessin en cours sur ses genoux.

Message de Caleb :
« T’as pas le droit d’avoir ce regard-là sur quelqu’un d’autre. »

Réponse de Yuna :
« Tu ne l’as jamais eu pour toi. Tu as cru. »

Message de Caleb :
« J’ai envie de toi, et c’est pas que physique. C’est pire. »

Réponse de Yuna (long à venir) :


« Moi j’ai envie de disparaître, parfois. Tu veux me garder mais tu ne sais
pas où me mettre. »

Message de Caleb :
« Tu me rends fou. T’es douce, et tu t’enfuis. Pourquoi tu restes ? »

Réponse de Yuna :
« Parce que t’écris comme si t’étais amoureux. Et moi, je réponds comme
si j’y croyais. »

Message de Caleb :
« Tu veux qu’on arrête ? »

Réponse de Yuna :
« Tu veux que je reste ? »

Message de Caleb :
« J’veux que tu sois à moi. Mais je sais même pas ce que ça veut dire. »

Réponse de Yuna :
« Moi non plus. »

Elle dépose son téléphone. Sur ses genoux, un dessin inachevé. Deux
silhouettes s’effleurant, sans jamais se toucher.
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# scène 14

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Scène 14 — L'intervention silencieuse

Lieu : Une fête universitaire. Musique lourde, rires, verres en plastique,


lumière tamisée.
Yuna est là, debout près d’un mur, robe noire simple, cheveux un peu en
bataille. Caleb est entouré de quelques filles, mais ses yeux ne quittent
jamais Yuna.

Elle le sait. Elle lui rend parfois un regard, discret, presque provocant.
Un garçon — Lucien, beau parleur, dents trop blanches, costume trop serré
— s'approche d'elle. Il lui offre un verre.

Lucien :
— T’as l’air de flotter dans une autre galaxie. J’peux t’y rejoindre ?

Yuna (sèche, mais calme) :


— Je ne crois pas qu’on respire le même air.

Lucien (rit, sûr de lui) :


— C’est ce que disent toutes les filles avant de tomber amoureuses de
moi.

Yuna :
— Alors tu ne dois pas en aimer beaucoup.

Il s’approche quand même. Trop près. Sa main frôle sa taille.

Voix off dans la tête de Yuna :

> "Toujours les mêmes gestes, les mêmes regards, les mêmes conquêtes.
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Il veut ajouter une étoile à son palmarès."

Soudain, une silhouette se glisse entre eux. Discrètement. Naturellement.


C’est Michaël. Il ne dit pas un mot tout de suite. Il se place juste là, entre
elle et Lucien, comme un rempart invisible.

Michaël (calme, posé, sourire léger) :


— T’as vu, Yuna ? Ils ont mis du bon son pour une fois. Tu danses avec
moi ?

Elle sourit. Soulagement dans ses yeux. Elle tend la main.


Lucien hausse les épaules, regarde Caleb, puis s’éloigne, agacé.

Yuna (en dansant, à voix basse) :


— Tu m’as sauvée.
Michaël :
— T’as pas besoin d’être sauvée. Juste… qu’on te rappelle que tu vaux
mieux que les regards glissants.

Un court silence. Elle pose sa tête sur son épaule.

Yuna (chuchote) :
— Merci d’être là.
Michaël :
— Toujours.

Caleb les observe. De loin. Un verre à la main. L’air troublé.


Une fille lui parle. Il ne répond pas. Il fixe seulement Michaël et Yuna, en
train de danser lentement, au cœur du chaos.

Caleb et Yuna s’éloignent de la fête, l’un brûlant d’un désir qu’il ne


comprend pas, l’autre vacillant entre attirance et lucidité.

Lieu : Une ruelle tranquille, à l’arrière du bâtiment où se tient la fête. On


entend les basses étouffées, les rires lointains. Le froid mord un peu. La
lune est haute.
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Yuna est assise sur une marche en béton. Elle frotte ses bras nus. Caleb
arrive derrière elle, sans un bruit.

Caleb (voix basse) :


— Tu fuis toujours les endroits trop bruyants, hein ?

Yuna (sans le regarder) :


— C’est pas une fuite. C’est juste que… j’entends mieux ici.

Il s’assoit à côté d’elle. Un silence. Leurs épaules ne se touchent pas, mais


on sent l’électricité dans l’air.

Caleb :
— T’as dansé avec lui. Michaël.
Yuna :
— T’as dansé avec personne. Mais t’étais entouré.
Caleb (rictus) :
— T’es jalouse ?
Yuna (tourne la tête vers lui, sèche) :
— Et toi ?

Un silence brutal. Ils se regardent, longtemps. Le monde semble s’être


arrêté.

Caleb (chuchote, presque douloureux) :


— T’es pas comme les autres, Yuna. T’es pas… prise. Tu m’échappes tout le
temps. Et ça me rend fou.

Il s’approche. Trop près. Ses yeux cherchent les siens.


Elle baisse les yeux, mais ne bouge pas.

Yuna (voix tremblante) :


— Tu veux m’attraper pour quoi, Caleb ? Pour me garder ? Me casser ? Ou
juste te prouver que tu peux ?

Caleb (fronce les sourcils, blessé) :


— Tu crois que je suis comme tous ces types ?
Yuna :
— Je crois que t’as peur d’être seul. Et que je suis jolie quand je t’écoute.
Caleb (doucement) :
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— T’es belle même quand tu me détestes.

Il tend la main, touche sa joue. Elle ferme les yeux.

Yuna (murmure) :
— Si tu m’embrasses, je vais te croire.

Il hésite. Longtemps. Puis il s’approche. Leurs visages ne sont qu’à


quelques centimètres. Et puis elle tourne la tête.

Yuna (presque en larmes) :


— T’es pas prêt. Et moi non plus. Pas à t’aimer. Pas à être un jeu.

Il reste figé. Frustré. Perdu. Puis il se lève sans rien dire.

Elle reste seule sur la marche. Elle sort un petit carnet de sa poche. Un
stylo. Elle écrit à la lumière de la lune :

> "Ce n’est pas son baiser que j’ai fui, mais la douleur de ce qu’il aurait
détruit."

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# scène 15

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Scène 15 — La terrasse du campus, fin d’après-midi

Lieu : Une terrasse surplombant la cour du campus. Les derniers rayons du


soleil caressent les visages. Des voix d'étudiants résonnent au loin. Yuna
est assise seule, carnet ouvert sur ses genoux, le regard parfois flou,
parfois concentré. Elle esquisse sans bruit, les écouteurs dans les oreilles.

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Soudain, une voix s’élève.

Félix (hors champ) :


— Et voilà comment j’ai fini par me retrouver enfermé dans les toilettes du
bâtiment B, avec un pigeon et un sandwich à moitié entamé.

Les rires d’un petit groupe éclatent. Félix, long gilet, lunettes de travers,
débarque en reculant, théâtral. Il scanne la terrasse — puis l’aperçoit.

Félix :
— Ah ! Miss silence et carnets maudits !
(à ses potes)
Je reviens, je vais consulter l’oracle.

Il s’approche et s’installe près d’elle, naturellement. Trop naturellement.

Félix (regarde le carnet) :


— Encore des fleurs qui pleurent ?
Yuna (sans lever les yeux) :
— Des fleurs qui regardent.
Félix (sourit) :
— Flippant. J’adore.

Il ne commente pas le dessin, mais il le regarde longtemps. Puis :

Félix :
— C’est moi celui-là ?
Yuna :
— Non.
Félix :
— Mais… il me ressemble ?
Yuna (sourit à peine) :
— Un peu. Par les yeux.

Il ne sait pas quoi répondre. À ce moment-là, Yann surgit, le pas rapide, les
bras chargés de canettes.

Yann :
— Yo ! Vous êtes en pleine autopsie de l’âme ou j’peux me poser ?
Félix (ironique) :
— Bienvenue au club des âmes sensibles.
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Yuna :
— Il reste une place à gauche. Et pas de questions.

Yann s’installe. Il la regarde, curieux, sans rien dire d’abord.

Yann :
— Tu fais quoi ?
Yuna :
— Je dessine.
Yann (sourit) :
— C’est ce que je voulais entendre.

Il ne voit pas le regard rapide que Félix lui lance. Pas méchant, juste… flou.

Puis, sans prévenir, Marc arrive. Il s’installe doucement, presque à l’opposé,


sans bruit. Il tend une tasse à Yuna.

Marc :
— Moins amer que d’habitude. Goûte.
Yuna (surprise) :
— Tu savais ?
Marc :
— J’ai deviné.

Elle prend la tasse. Le remercie d’un regard.

Un silence doux s’installe. Les garçons parlent entre eux, de manière


éparse, comme s’ils ne savaient pas trop quoi dire en sa présence.

Puis, sans qu’aucun d’eux ne s’en rende compte, leurs regards convergent
vers Yuna. Mais jamais en même temps. Ils s’observent sans s’observer.
Ils sont tous là pour elle, sans l’admettre. Même pas à eux-mêmes.

Félix (voix basse, en se relevant) :


— Bon, j’vais rater mon cours de philosophie existentielle. À plus.
Yann (s’étire) :
— Faut que je file aussi, y’a une meuf qui m’attend et elle déteste quand
j’arrive en retard.
Marc (reste un peu, puis se lève sans un mot) :
— On se recroise.

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Yuna reste seule. Elle les regarde partir. Et dans ses yeux, une tristesse
presque tendre.

Sa voix intérieure :

> "Ils m'entourent, mais ils ne se voient pas. Ils marchent tous dans des
directions différentes, et moi… je reste au centre."

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# scènes 16

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Scène 16 — Caleb, le regard à distance

Lieu : Le bâtiment des arts, au-dessus de la terrasse. Caleb s’est arrêté


devant une grande baie vitrée. À ses pieds, le groupe : Yuna, assise au
milieu des garçons.

Caleb, appuyé contre la vitre, regarde en contrebas. Il plisse les yeux. Ce


n’est pas de la jalousie. Pas encore. C’est un mélange de trouble et
d’incompréhension.

Voix intérieure de Caleb :

> Elle est là, comme toujours. Immobile. Et pourtant, tout tourne autour
d’elle. Ils rient, ils cherchent son attention. Je les connais — ce n’est pas
vraiment elle qu’ils voient. C’est l’éclat autour d’elle. Mais moi… moi je vois
la faille dans son regard quand elle croit que personne ne regarde.

Il sort son téléphone. Hésite. Écrit. Supprime. Écrit à nouveau.


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Message de Caleb à Yuna :

> "J’te regarde d’en haut comme un vieux corbeau dramatique. C’est grave
si t’as formé un harem sans me prévenir ?"

Il attend. Quelques secondes.

Réponse de Yuna :

> "Pas un harem. Une colocation émotionnelle temporaire."

Il sourit. Tape un nouveau message, plus lentement cette fois.

Caleb :

> "Je préfère quand t’es seule. Pas parce que t’es à moi. Juste parce que
j’arrive à respirer."

Long silence.

Yuna :

> "Je suis rarement seule, Caleb. Même quand je le suis."

Il ne répond pas. Pas tout de suite.

Le soir...

Lieu : Une ruelle calme derrière les bâtiments, éclairée par les lampadaires.
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Il est tard. Les bruits de la soirée se sont éloignés.
Yuna est adossée à un mur, les bras croisés.
Caleb se tient en face d’elle, à quelques pas. Il ne sait pas quoi faire de ses
mains.

---

Caleb :
(tentant de plaisanter)
— Tu fuis la fête ou t’es en mission d’espionnage nocturne ?

Yuna :
(sèchement)
— Je fuis ce qui m’étouffe. Ce qui me plaît trop aussi, parfois.
(pause)
Et toi ? Tu me suis ou tu te perds comme d’habitude ?

Caleb :
— Peut-être un peu des deux.
(tente un sourire, mais son regard reste sérieux)
T’as toujours cette façon de parler… Comme si t’étais déjà loin, même
quand t’es là.

Yuna :
(s’avance d’un pas)
— Peut-être parce que personne ne me retient vraiment.

Caleb :
— Tu veux qu’on te retienne, Yuna ? Ou tu veux juste t’assurer qu’on court
après toi ?

Yuna :
(les yeux plantés dans les siens)
— Dis-le, Caleb. Dis ce que t’as toujours tourné autour. Parce que moi j’suis
fatiguée de ce théâtre.
Si tu sais pas ce que tu ressens, si t’as juste besoin d’une distraction,
dis-le.
Mais ne viens pas me chercher comme ça. Ne m’effleure pas comme si
j’étais un fantasme à moitié réel.
J’suis là. Entière. Et j’ai mal aussi.
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Caleb :
(la voix plus basse, presque rauque)
— Je sais même pas comment t’aimer, Yuna.
T’es pas comme les autres.
Avec toi, je me sens… fragile.
Et ridicule. Et vivant. Et c’est pas ce que j’avais prévu.

Yuna :
— Moi non plus, j’avais rien prévu. Mais j’ai arrêté d’inventer.
(pause)
Tu me veux ou tu veux juste ce que je fais de toi ?
Tu me regardes ou tu regardes ce que les autres voient quand je passe ?

Caleb :
— Je te regarde.
(puis, plus doucement)
Mais parfois je comprends rien. Et j’ai peur de ne jamais réussir à…
t’atteindre.

Yuna :
— Peut-être que tu ne peux pas. Peut-être que c’est pas moi le problème.
Peut-être qu’il faut arrêter de jouer.
Tu me veux… mais tu ne me traites jamais comme quelqu’un que tu
pourrais perdre.
Et moi j’en ai marre d’être le rêve de quelqu’un. Je veux être sa réalité.

Caleb :
(la voix brisée, murmurée)
— J’ai peur de la réalité, Yuna.

Yuna :
— Moi j’ai peur de rester un mystère pour des gens qui ne cherchent même
pas à me comprendre.

(silence. Il veut la toucher. Elle recule.)

Yuna :
— Dis-le ou laisse-moi partir pour de bon.

Caleb :
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(yeux humides, battu)
— Je t’aime… mais c’est un amour flou.
Pas celui des livres. Celui qui fait mal avant même de commencer.

Yuna :
— Alors c’est pas de l’amour.
(puis plus doucement)
Pas encore.

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# scène 17

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Scène 17 – “Personne ne sait ce qu'ils sont”

Lieu : Une grande pelouse devant la bibliothèque. Il fait beau. Les étudiants
sont éparpillés en petits groupes. Michaël est assis contre un arbre, un
carnet ouvert. Yuna arrive avec deux cafés.

Yuna :
(tendant un gobelet)
— Tu bois toujours ton café froid, ou t’as grandi depuis ?

Michaël :
(sourire tranquille)
— Grandir, c’est pas mon projet cette année.

(Yuna s’assied à côté de lui. Ils se regardent en silence, confortables.)

Félix :
(les rejoignant en courant, sac sur l’épaule)
— Vous êtes là ! J’ai cru que j’étais à la bourre pour notre projet de socio.

Yuna :
— On l’a déjà fini, Félix.

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Félix :
— T’abuses… Vous pouviez pas m’attendre ?

Michaël :
— On a fini la théorie. Il reste ton charme naturel pour la présentation.

(Félix sourit, pose sa main sur l’épaule de Yuna, un peu trop longtemps.)

Yuna :
— T’as pris ton café, Félix ?

Félix :
(surpris)
— Euh… non ?

Yuna :
— Alors c’est pour ça que t’es autant en manque d’attention.

Marc :
(venant de l’arrière, bras croisés)
— Yuna, t’aurais pas oublié qu’on avait prévu de répéter la scène de
théâtre ?
(Marc a toujours ce petit air ironique, presque supérieur.)

Yuna :
— Oh non. Mais je pensais qu’on allait faire ça demain ?

Marc :
— T’es toujours occupée, non ? T’as un emploi du temps qui se remplit tout
seul.

Félix :
(ironique)
— C’est ça quand t’es le soleil de l’université.

Yuna :
— Et vous êtes mes lunes en orbite, c’est ça ?

(Tous rient, sauf Michaël, qui observe calmement.)

Yann :
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(arrivant à son tour, les écouteurs sur les oreilles)
— Vous parlez de Yuna encore ?
(s’adressant à elle)
— T’es au courant que tu fais parler même les profs ?

Yuna :
(amusée)
— Qu’est-ce qu’ils disent ?

Yann :
— Que t’as un cerveau brillant, et une tête à embrouiller n’importe qui.

(Elle rougit à peine, mais son regard se pose sur Caleb qui vient de
s’approcher de loin. Il s’arrête à quelques mètres, hésite, les observe.)

Michaël :
(doucement à Yuna)
— Tu veux que j’aille lui dire de partir ?

Yuna :
— Non. Laisse. Il faut qu’il voit.

(Elle se lève lentement. Caleb baisse les yeux. Les autres garçons la
regardent s’éloigner, tous dans une tension discrète.)

---
Quelques instants après....

---

Lieu : Une salle de travail vide, en fin de journée. Le soleil couchant passe à


travers les vitres, découpant des ombres longues. Yuna est installée à une
table, un carnet devant elle. Caleb entre, hésitant.

Caleb :
— J’te dérange ?

Yuna :
(levant les yeux doucement, sans sourire)
— Tu déranges toujours un peu. Mais j’ai jamais dit que c’était
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désagréable.

(Caleb sourit, s’approche. Il reste debout un moment, puis s’assoit


lentement à côté d’elle.)

Caleb :
— Tu m’as manqué, un peu.

Yuna :
— “Un peu”, c’est ton degré maximum d’émotion ?

Caleb :
(rictus)
— Non. C’est mon degré de protection.

(Il tend la main, frôle la sienne. Yuna ne la retire pas.)

Caleb :
— J’ai revu les messages. Tous. Tu me parlais comme si tu voulais me
sauver… et moi je faisais le con à séduire le monde entier sauf toi.

Yuna :
— T’étais déjà en train de me séduire. Mais tu voulais pas l’assumer. Tu
m’as gardée comme on garde un rêve sous une vitre.

(Un long silence. Leurs mains se touchent, puis se cherchent.)

Caleb :
— On fait quoi de ça maintenant ?

Yuna :
— Je sais pas ce que c’est, Caleb. De l’amour, de l’habitude, de la peur de
se perdre. Peut-être un peu tout à la fois.

Caleb :
— J’ai peur de toi.

Yuna :
— Je te crois.

(Dehors, à travers la baie vitrée, Michaël observe la scène depuis le couloir,


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appuyé contre un mur. Il les regarde en silence, puis tourne la tête. Derrière
lui, Félix et Marc passent, sans parler. Yann les rejoint, et tous trois
s’arrêtent.)

Félix (murmurant) :
— Ils se sont retrouvés…

Marc :
— T’es jaloux ?

Félix :
— Tu l’es pas ?

Yann :
— Je sais même pas ce que je ressens pour elle.

Marc :
— C’est ça le pire. Personne ne sait ce qu’elle est pour nous. Ni ce qu’ils
sont, eux deux.

(Ils regardent encore. Caleb a posé son front contre celui de Yuna. Ils ne
s’embrassent pas. Il y a quelque chose de plus fort, plus lent, suspendu.)

Michaël :
(doucement)
— Elle fera mal à tout le monde sans le vouloir. Même à lui.

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# scène 18

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Scène 18 — “Trois regards”

Lieu : La cafétéria de l’université, en fin de matinée. Yuna est assise seule,


avec son carnet. Michaël est en retrait, concentré sur un livre, mais
attentif. Les autres garçons arrivent, à tour de rôle.
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---

Félix (s’approche avec un plateau, souriant)


— Yuna ? Je peux ?
(Il désigne la chaise en face d’elle.)

Yuna :
— Bien sûr. (Elle referme doucement son carnet.)

Félix :
— Tu sais, je t’ai vue l’autre jour avec Caleb… Vous aviez l’air… (il cherche le
mot) perdus.

Yuna (sourire discret) :


— On se perd souvent ensemble.

Félix (après un silence) :


— T’as une manière de parler. On dirait que t’es dans un monde parallèle.

Yuna :
— Peut-être que j’y suis. Mais j’aime bien revenir, parfois. Pour certains.

Félix (gêné, mais touché) :


— J’espère que j’en ferai partie.

(Il baisse les yeux. Elle ne répond pas tout de suite. Puis elle lui tend une
mini feuille pliée en quatre.)

Yuna :
— Tiens. C’est une phrase que j’ai écrite ce matin. Elle est pour toi
maintenant.

---

Marc arrive quelques minutes plus tard. Il pose sa main sur l’épaule de
Yuna sans demander et s’assoit entre elle et Félix.

Marc :
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— Tu collectionnes les poètes, maintenant ?

Yuna (amusée) :
— Peut-être que c’est eux qui me collectionnent.

Marc (regard mi-provocant mi-joueur) :


— Tu sais ce que tu fais, hein ?

Yuna (elle le regarde longtemps, puis baisse les yeux) :


— J’en suis pas si sûre.

Marc :
— J’ai un projet photo. Je veux que tu sois mon sujet. Juste toi. Ta manière
d’être seule, ta peau qui retient la lumière. C’est pas un compliment, c’est
une obsession.

Félix (piqué) :
— Tu pourrais demander avant de parler d’elle comme ça.

Marc (calme, regardant toujours Yuna) :


— Elle sait. Elle comprend ce que je veux dire.

(Yuna ne dit rien. Elle replie lentement ses mains sur son carnet.)

---

Yann entre peu après, une bouteille de jus à la main. Il ne dit rien tout de
suite, s’assied doucement à côté d’elle.

Yann :
— Tu manges pas ?

Yuna :
— Pas trop faim.

Yann (sincèrement) :
— Faut pas disparaître. On t’aime bien, même si t’as l’air d’une apparition.

(Yuna sourit, touchée. Michaël, toujours silencieux, observe en


arrière-plan.)
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Michaël (à lui-même) :
— Ils tombent tous. Et elle ne bouge pas. Elle les aime, mais pas comme
ils veulent. Et ça va les brûler.

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# scène 19

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Scène 19 — “Des instants volés”

1. Avec Marc — L’intensité silencieuse

Lieu : Toit de l’université, fin d’après-midi. Le ciel est pâle. Marc est allongé,
Yuna assise à côté de lui.

Marc (la fixant sans détour) :


— Tu me laisses entrer dans ta bulle. C’est pas rien, Yuna.
(Il attend une réponse. Elle regarde le ciel.)

Yuna :
— Parfois j’oublie qu’elle est là, la bulle. Et tu passes au travers.

Marc (souriant doucement) :


— Je suis le seul à qui tu parles comme ça ?

Yuna (long silence, puis elle se tourne vers lui) :


— Tu m’observes trop. C’est pour ça que je te réponds peu. Mais quand je
le fais, c’est vrai.

Marc (se redressant) :


— Alors c’est spécial, non ? Ce qu’il y a entre nous.

Yuna :
— Peut-être. Ou peut-être que tu veux que ça le soit.

(Il la regarde longtemps, puis hoche la tête comme s’il avait obtenu une
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réponse, même floue.)

---

2. Avec Félix — La douceur floue

Lieu : Bibliothèque, fin de matinée. Yuna est concentrée sur ses notes.


Félix arrive avec deux cafés.

Félix :
— Pause café ? Je t’en ai pris un, avec du lait d’amande, comme t’aimes.

Yuna (sourire discret) :


— Merci.
(Il s’assied à côté d’elle, leurs bras presque collés.)

Félix (après quelques minutes de silence partagé) :


— J’adore bosser avec toi. Même quand on dit rien, c’est… bien.

Yuna :
— T’es quelqu’un de calme à l’intérieur. Tu laisses respirer les gens.

Félix (regard doux) :


— Et toi, t’es… lumineuse, mais genre... pas le soleil. Plutôt une veilleuse.
T’es là sans jamais éblouir.

Yuna :
— Tu veux que ce soit spécial entre nous ?

Félix (hésite, puis murmure) :


— Je crois que ça l’est déjà.

(Ses doigts effleurent brièvement ceux de Yuna. Elle ne les retire pas.)

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3. Avec Yann — La tendresse maladroite

Lieu : Parc près du campus, un samedi matin. Yuna lit sur un banc. Yann
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arrive en jogging.

Yann (essoufflé) :
— T’es toujours là où on s’y attend pas.

Yuna (relevant les yeux) :


— Ou toujours là où je veux pas être vue.

Yann (s’assoit près d’elle, un peu trop près) :


— Moi, je te vois. C’est peut-être ça, le truc.

Yuna :
— T’as l’air honnête. C’est rare ici.

Yann (lui tend un bracelet en corde) :


— Je l’ai fait en pensant à toi. C’est bizarre ?

Yuna (le prend sans hésiter) :


— Non. C’est doux.

Yann (presque chuchotant) :


— J’ai l’impression qu’on est proches. Même si tu dis pas grand-chose.

Yuna (pose sa main sur la sienne une seconde, puis la retire) :


— Peut-être qu’on est proches de ce qu’on imagine.

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# scène 20

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Scène 20 — “L'illusion pour refuge”

Lieu : Salle de musique vide, fin de journée. La lumière dorée du soleil


traverse les vitres. Marc est au piano, Yuna est adossée au mur, bras
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croisés.

Marc (sans se retourner) :


— J’ai composé un truc. Tu veux entendre ?
(Il joue quelques accords doux, presque mélancoliques.)

Yuna (regard fixe, voix posée) :


— Marc… Tu sais que je ne suis pas pour toi.

Marc (hausse un sourcil, mais continue de jouer) :


— Qui a dit que je voulais que tu sois “pour” moi ?
(Il s’interrompt. Se tourne enfin vers elle, avec son éternel sourire en coin.)
— Tu m’aimes bien. Je le vois. Même si tu te caches derrière tes grands
silences.

Yuna :
— Ce n’est pas parce que je t’écoute que je te veux.
(Son ton est doux mais ferme.)

Marc (s’approche, confiant) :


— Tu me regardes toujours un peu trop longtemps. Tu ne parles à
personne comme tu me parles.

Yuna (le regard droit, sans ciller) :


— Parce que je te respecte. Pas parce que je ressens quelque chose.
(Petit silence. Il la fixe, déstabilisé un instant.)

Marc (sourire qui frôle l’arrogance) :


— Tu dis ça maintenant. Mais je te connais, Yuna. Tu mets des murs… mais
un jour tu me laisseras passer.

Yuna (calme, presque triste) :


— Tu veux un amour que je n’ai pas en moi. Du moins… pas pour toi.

Marc (hausse les épaules, s’éloigne lentement) :


— On verra. Tu dis “non” comme on dit “pas encore”.

(Yuna reste silencieuse. Marc sort en souriant, convaincu qu’elle finira par
céder. Mais elle, immobile dans la lumière déclinante, regarde le piano
sans rien dire, le cœur calme.)

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Yuna et Félix le lendemain...

Lieu : Bibliothèque universitaire, coin discret. Une pluie fine tambourine


contre les vitres. Les livres autour créent une bulle.

Félix (à voix basse, penché sur ses feuilles) :


— Tu veux que je t’explique ce passage ? C’est un peu technique.
(Il lui tend son cahier, leurs doigts se frôlent.)

Yuna (hoche doucement la tête) :


— J’aime bien t’écouter. Ta façon d’expliquer. On dirait que tu lis dans les
pensées des textes.

Félix (sourire discret) :


— Peut-être parce que j’essaie de lire les tiennes aussi.

(Yuna lève doucement les yeux vers lui. Il soutient son regard un peu trop
longtemps.)

Félix (plus bas, presque tremblant) :


— J’ai l’impression qu’avec toi, même le silence est un langage.

Yuna (doucement) :
— Il l’est. Et parfois… il veut dire “reste à distance”.

Félix (trouble, mais tente un sourire) :


— Ou il veut dire “viens un peu plus près”… Tu vois ? Tout dépend de l’angle.

Yuna (replonge dans ses notes) :


— Tout dépend de ce qu’on veut voir. Pas de ce qui est là.

(Félix la regarde, perplexe, mais garde espoir. Il croit sentir une hésitation.
Elle, pourtant, est ailleurs, très loin.)

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Yann et Yuna un autre jour....


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Lieu : Amphithéâtre vide après un exposé. Les sièges sont vides, les voix
se sont tues. Yann et Yuna traînent en silence, seuls.

Yann (lui tendant une bouteille d’eau) :


— Tu parles bien. C’est captivant de t’écouter.

Yuna (petit sourire, prenant la bouteille) :


— Merci. J’ai toujours l’impression d’être un peu… à côté. Toi, t’es dans la
pièce, moi je suis un peu au plafond.

Yann (rit doucement) :


— Et pourtant, t’es celle qu’on regarde tous. T’es différente.

(Il se rapproche, pas menaçant, juste sincère.)

Yann :
— Tu ne vois pas ce que tu provoques. C’est ça qui rend fou.
(Il se penche un peu, leurs visages proches.)
— Tu sais que t’as ce truc… qu’on ne trouve qu’une fois.

Yuna (regarde ailleurs) :


— Mais moi, j’sais pas si je cherche. J’essaie juste de tenir debout.

Yann (plus bas) :


— Et si je t’aidais à tenir ?

Yuna (le regarde dans les yeux, neutre) :


— Je ne veux pas être tenue. Juste entendue.

(Yann se redresse, troublé. Il croyait être sur le point de “l’avoir”, mais elle
l’a déjà repoussé, sans violence, avec clarté.)

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# scène 21

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Scène 21 — “Silences en collision” (Marc, Félix, Yann & Yuna)

Lieu : Une salle d’étude ouverte, en fin de journée. Quelques groupes


traînent. Les lumières sont tamisées. Yuna est assise à une table,
concentrée, entourée de livres.

Marc entre avec son assurance habituelle.


Félix arrive quelques secondes après, avec un sourire discret.
Yann les rejoint, surpris de voir les deux autres.
Ils s’installent autour de Yuna, comme des satellites attirés par une même
planète.

Marc (s’adossant, posant une main sur le dossier de sa chaise) :


— On bosse tous ici maintenant ? Elle a ouvert un fan club sans me
prévenir ?

Félix (calme) :
— C’est une bibliothèque, pas ta loge privée.

Yann (sourire nerveux) :


— Je passais par là, j’ai vu Yuna… Je me suis dit que c’était une bonne
occasion de bosser un peu.

Yuna (lève les yeux, douce mais distante) :


— Vous pouvez rester, mais je travaille. Pas de concours de blagues, ok ?

Marc (la fixe, regard joueur) :


— Promis, je suis sage… sauf si tu préfères le contraire.

Félix et Yann échangent un regard bref, tendu.


Un silence s’installe. Chacun commence à sortir ses affaires. Mais ils ne
lisent pas. Ils observent. Se jaugent.

Yuna (reprend doucement la parole, sans lever les yeux) :


— Vous savez… c’est étrange. J’ai l’impression de ne plus savoir lire
l’intention des gens. Même quand ils me regardent comme si j’étais la
réponse à une question qu’ils ne posent pas.

Marc (hausse un sourcil) :


— Peut-être que t’es la réponse, Yuna. T’as pensé à ça ?
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Félix (presque trop vite) :
— Ou peut-être qu’on devrait arrêter de projeter nos questions sur elle.

Yann (voix plus basse) :


— Ou peut-être qu’elle a besoin de silence, pas d’interprètes.

(Yuna lève enfin les yeux. Elle regarde les trois garçons. Un à un.
Longtemps.)

Yuna (simplement) :
— Ce que je cherche, ce n’est pas ici. Pas dans vos gestes, pas dans vos
regards.
(Marque une pause.)
Mais je vous aime bien. Chacun pour des raisons différentes. C’est
peut-être ça, le problème.

(Un silence lourd. Aucun ne répond. Un à un, ils retournent à leurs notes.
Mais aucun ne lit encore.)

---
Quelques instants plus tard, dehors, devant la bibliothèque. Le soleil
décline. Yuna est sortie pour respirer. Elle s’est assise sur un muret. Le
vent joue doucement avec ses cheveux.

Michaël la rejoint sans un mot, deux cafés à la main. Il lui tend l’un. Elle
l’accepte, sans le regarder.

Michaël (voix tranquille) :


— T’as encore semé le chaos sans lever la voix. C’est un vrai pouvoir, tu
sais.

Yuna (sourit sans éclat) :


— Je voulais juste travailler. Je comprends pas pourquoi tout devient
toujours… étrange.

Michaël (s’assoit à côté d’elle) :


— Parce que t’es pas transparente, Yuna. T’attires les regards même quand
tu veux te cacher. Et t’es gentille, donc ils croient tous qu’ils ont une
chance.
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Yuna (soupire) :
— Mais je ne veux pas être désirée comme ça. Je veux qu’on me voie…
comme je suis, pas comme une projection.

Michaël (regarde droit devant lui) :


— C’est rare, ça. D’être vue vraiment.
(Pause.)
Moi je te vois.

(Silence. Elle le regarde, surprise par la simplicité de la phrase.)

Yuna (doucement) :
— Je sais.

(Elle pose sa tête contre son épaule. Ils restent là, sans parler. Les
lumières s’allument peu à peu dans les bâtiments. Le silence entre eux est
plein, rassurant.)

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“Chacun son mirage”

Lieu : Trois endroits différents, même heure, en fin d’après-midi.

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1. Marc — Dans sa voiture garée près du campus.

Le moteur est coupé. Marc fixe le volant. Il a le cou tendu et la mâchoire


serrée.

Pensée de Marc :
Elle me provoque ou quoi ? Elle sait très bien ce qu’elle fait. Elle m’a
regardé comme ça… Elle dit qu’elle ne veut rien, mais elle revient toujours.
Elle aime ça. Jouer avec moi. Elle attend que je prenne ce qu’elle n’ose pas
demander. Elle est fière, mais elle cèdera.

Il éclate d’un rire sec, amer.

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— Elle veut me faire courir. Ok. J’aime les défis.

Il démarre en trombe.

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2. Félix — Sur son lit, écouteurs dans les oreilles, regard au plafond.

Il a retiré ses lunettes. Les yeux rouges, perdus dans le vide. Il repasse leur
conversation encore et encore.

Pensée de Félix :
Elle m’a regardé avec douceur. Elle m’a écouté. Elle ne m’a pas repoussé…
pas vraiment. Elle a dit qu’elle voulait rester concentrée sur ses projets.
Elle m’a touché l’avant-bras en me parlant. C’était pas rien, non ?

Un sourire timide glisse sur ses lèvres.

Peut-être que je dois juste attendre. Être là, discret. Elle finira par me voir.

---

3. Yann — Dans un gymnase presque vide, il tape dans un sac de frappe.

Il frappe, plus fort à chaque mouvement. Il est tendu. Son t-shirt colle à sa
peau.

Pensée de Yann :
Je me suis fait avoir. Encore. Elle est trop gentille. Trop douce. Elle me
regarde avec ces yeux-là et je crois qu’on est seuls au monde. Mais elle
regarde tout le monde comme ça ? Elle m’a dit que j’étais spécial. Je l’ai
cru. Je veux pas être juste “sympa”.

Il frappe à nouveau, plus fort. Le sac balance, revient vers lui. Il l’attrape à
pleine main.

— Elle sait pas ce qu’elle veut. Mais moi, je sais.

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Yuna, toujours assise à côté de Michaël. Elle lève les yeux vers le ciel. Elle
ne sait pas encore que, sans le vouloir, elle a déclenché des orages.

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# scène 22

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Scène 22 — “Ça déborde”

Lieu : Esplanade devant l’université, en fin de journée.

Personnages : Yuna, Michaël, Félix (de loin), Marc (passe en voiture), Yann
(en sortie de sport), Caleb (en approche).

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La lumière est dorée, l’air est lourd. Yuna est assise sur un muret. Michaël
est à côté, les jambes croisées, les bras posés derrière lui.

Michaël (en la fixant sans insistance) :


— Tu fais une tête de pluie, alors qu’il fait beau.

Yuna (sourit doucement) :


— Je suis fatiguée d’être devinée. Tout le monde croit savoir ce que je
ressens. Ce que je veux.

Michaël :
— Et personne ne te le demande vraiment.
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Yuna :
— Exactement.

Elle ferme les yeux un instant. Au loin, Félix passe. Il lui fait un signe
timide. Elle lui rend à peine.

Un klaxon léger. Marc passe au ralenti, vitre baissée, regard intense.

Michaël (regarde la voiture s’éloigner) :


— Il te prend pour un trophée.

Yuna (amer) :
— Je ne suis même pas sûre qu’il me voit vraiment.

Un groupe sort du gymnase. Yann en short, sac sur l’épaule, croise leur
regard. Il la fixe un peu trop longtemps. Yuna baisse les yeux. Michaël,
calme, observe tout ça.

Yuna (d’un ton las) :


— Ils ont tous une version de moi dans leur tête. Et moi je me perds à force
d’essayer de rester floue.

Michaël (avec douceur) :


— Tu ne leur dois rien. Ni clarté, ni rôle. Juste toi.

Yuna (regard brisé) :


— Et s’ils tombent tous un par un ? Et qu’ils me détestent ensuite ?

Michaël (pose une main sur la sienne) :


— Tu n’es pas responsable de leurs mirages.

Yuna se lève brusquement, troublée. Et là… Caleb arrive.

Il s’arrête à quelques mètres. Il a vu la main de Michaël sur la sienne. Il ne


dit rien, mais son regard change.

Caleb (froid) :
— Je vous dérange ?

Yuna (prend un souffle) :


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— Non. Mais t’arrives toujours quand il faut pas.

Caleb :
— J’crois qu’on est deux à mal tomber.

Yuna (regard douloureux, sincère) :


— Tu crois encore qu’on se doit quelque chose ? On se parle, on s’effleure,
on s’attend… Mais on est quoi, Caleb ?

Caleb :
— J’en sais rien. Toi tu dis rien. Moi j’essaie. Et lui… (regard vers Michaël) il
est toujours là.

Yuna (baisse la voix) :


— Et toi tu viens quand je suis déjà en train de couler.

Silence.

Michaël se lève doucement.


— Je vais vous laisser.

Yuna regarde Caleb. Leurs regards se croisent, puis se fuient. La tension


est forte, mais rien ne se dit. Rien ne se décide.

Yuna regarde Michaël s’éloigner. Puis Caleb. Elle reste là, seule, sur ce
muret.
Une bourrasque soulève ses cheveux. Elle murmure :

— Et si c’était moi, le mirage ?

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# scène 23

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Scène 23 — “C’est fini le flou”

Lieu : Cafétéria vide, un peu avant la fermeture.

Personnages : Yuna, Félix.

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L’ambiance est calme, la lumière chaude. Yuna est assise avec un carnet.
Félix arrive, hésitant, avec deux boissons. Il s’assied sans attendre de
réponse.

Félix :
— Je me suis dit que t’aimerais du thé glacé.

Yuna (le regarde, doucement) :


— Tu penses toujours à ce que j’aimerais. Mais tu m’écoutes pas vraiment.

Félix (surpris) :
— Qu’est-ce que tu veux dire ?

Yuna (pose son carnet, le regarde dans les yeux) :


— Je crois que tu me vois comme une histoire à vivre. Quelque chose de
beau, d’intense. T’as envie que je sois la fille que tu vas “comprendre”
avant tout le monde.

Félix (baisse les yeux, puis sourit maladroitement) :


— J’aime bien ce que tu dégages, c’est vrai. T’es différente. On a une vraie
complicité, tu le vois pas ?

Yuna (douce, mais tranchante) :


— Peut-être que je suis différente. Mais je suis pas disponible pour ce que
tu projettes. Et je préfère te le dire maintenant, clairement.

Félix (mal à l’aise) :


— Tu veux dire… qu’il se passera jamais rien entre nous ?

Yuna (hoche la tête) :


— Oui. Pas parce que tu vaux rien. Mais parce que je mérite d’exister sans
être une possibilité romantique à chaque fois qu’un garçon me regarde
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avec douceur.

Silence.

Félix joue avec son gobelet. Il ne sait pas quoi répondre. Il finit par dire :

Félix :
— T’es courageuse. Merci de l’avoir dit.

Yuna (sourit tristement) :


— J’aurais dû le faire plus tôt. J’en ai marre de laisser les autres écrire à
ma place ce que je suis censée vivre.

---

Félix se lève, laisse la boisson. Il part sans colère, juste un peu sonné.
Yuna reprend son carnet. Elle écrit une phrase simple :

"Je ne veux plus être un rêve, je veux être moi."

Un jour...

Une salle d’étude presque vide, un jour de pluie. Bruit régulier des gouttes
sur les vitres.

Personnages : Yuna, Yann.

---

Yann est assis en face d’elle, un livre ouvert devant lui. Ils ont travaillé une
heure sans parler. Il la regarde souvent quand elle ne voit pas. Puis il se
lance.

Yann :
— T’sais, j’ai l’impression que… quand on est ensemble comme ça, tout est
plus simple.

Yuna (relève la tête, le regarde) :


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— Simple comment ?

Yann (cherche ses mots, puis sourit) :


— Genre… y a pas besoin de parler. T’es là, je suis là, et ça suffit. On a
cette… bulle. Je crois que je ressens un truc spécial.

Yuna (pose son stylo, le regarde avec tendresse mais sérieux) :


— C’est vrai que c’est apaisant d’être avec toi. T’es quelqu’un de bien, Yann.
Mais ce que tu ressens… c’est pas ce que je ressens.

Yann (essaie de garder son calme) :


— T’es sûre ? J’ai pas rêvé, Yuna… T’as pas vu comment tu me regardes ?
Ce silence qu’on partage, il veut dire quelque chose.

Yuna (calmement) :
— Les silences ne sont pas des promesses. Parfois, je me tais parce que je
ne sais pas comment dire non sans faire de mal.

Yann (baisse les yeux, douloureusement lucide) :


— Alors c’est non ?

Yuna :
— C’est non. Mais c’est pas contre toi. C’est pour moi. J’ai besoin que les
choses soient claires. J’ai trop longtemps laissé croire. Je suis désolée.

Yann (très bas) :


— C’est rien. C’est juste… j’y croyais.

Un long silence.

Yuna (doucement) :
— Tu mérites quelqu’un qui croit avec toi. Moi, je cherche encore ce que je
ressens, et c’est pas juste de t’emmener là-dedans.

---

Yann referme lentement son livre. Il la regarde une dernière fois, et lui dit
avec un demi-sourire :

Yann :
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— T’es toujours aussi douce quand tu brises un cœur ?

Yuna (petit rire triste) :


— J’essaye juste d’arrêter de faire semblant.

---

Dans un coin isolé du campus, près d’un vieux bâtiment tranquille. Fin de
journée, lumière dorée.

Personnages : Yuna, Marc.

---

Marc attend adossé au mur. Il a ce sourire sûr de lui. Yuna arrive, un peu
méfiante, mais calme.

Marc (avec un ton léger) :


— Je me demandais quand tu allais arrêter de me fuir.

Yuna (croise les bras) :


— Je t’ai pas fui. Je t’ai dit non.

Marc (hausse les épaules) :


— Ouais, mais t’as pas l’air de le penser. Franchement, Yuna, j’suis pas
idiot. T’as vu comment tu me regardes parfois ? Comment tu rougis ?

Yuna (le fixe) :


— Tu t’es fait un film, Marc. Ce que tu prends pour du trouble, c’est du
malaise.

Marc (ricane, un peu blessé) :


— Allez… Tu vas pas me faire croire que t’es insensible. Y a quelque chose
entre nous, j’le sens.

Yuna (plus sèchement) :


— Non, Marc. Ce que tu “sens”, c’est ton ego qui veut une réponse à ton
besoin d’être désiré. Tu veux pas moi. Tu veux que je te veuille.

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Marc (son sourire tombe légèrement) :
— T’es dure, là.

Yuna :
— Non. Je suis claire. Et j’aurais dû l’être plus tôt. T’as été gentil, drôle,
parfois même touchant. Mais je ne suis pas un miroir de ton désir. Et je te
dois pas plus que ma sincérité.

Marc (la regarde longuement, puis détourne les yeux) :


— Dommage. Tu m’aurais plu. T’aurais été belle à mes côtés.

Yuna (se radoucit un peu) :


— Je serai belle à mes côtés, Marc.

---

Marc reste planté là, figé. Yuna s’éloigne sans se retourner. La lumière
dorée tombe sur elle comme un dernier mot. Elle a dit non, et elle ne
reviendra pas dessus.

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# scène 24

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Scène 24 – “Tu la touches pas comme ça si c’est juste une pote…”

Lieu : Bibliothèque universitaire – grande salle d’étude, un jour calme de


semaine.

Personnages : Yuna, Caleb, étudiants autour.

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Yuna et Caleb sont assis côte à côte, mais leurs chaises sont très proches.
Caleb lui montre quelque chose sur son cahier, et leurs épaules se frôlent
presque tout le temps. De temps en temps, ils échangent un regard
complice, un sourire silencieux. Il y a une légèreté dans leurs gestes, mais
une tension plus profonde dans l’air.

Caleb (chuchotant, taquin) :


— Si tu continues à m’écrire des trucs comme ça dans les marges, c’est toi
qui vas plus réussir à te concentrer.

Yuna (sourit, sans le regarder) :


— Peut-être que c’est fait exprès.

Caleb glousse discrètement. Il lui passe une feuille avec un mot griffonné :
"Tu veux que je t’emmène loin d’ici, juste une heure ?"

Elle attrape le papier, le froisse gentiment, le cache dans sa trousse. Puis


elle lui écrit à son tour :
"Rien qu’une heure ? T’as perdu ton audace."

---

Un peu plus loin dans la salle, deux filles chuchotent.

Étudiante 1 (penchée vers l’autre) :


— Tu les as vus ? L'ambiance est bizarre.

Étudiante 2 :
— Il lui touche le bras comme si c’était rien. Mais ya quelque chose c'est
sûr.

Étudiante 1 :
— Ils sont pas ensemble ? J’étais persuadée qu’ils sortaient ensemble au
lycée.

Étudiante 2 :
— Personne sait. Mais elle, c’est sûr, elle a quelque chose avec lui. Elle
rigole que comme ça avec lui.

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À une autre table, un groupe de garçons regarde aussi discrètement.

Étudiant 3 :
— Elle est pas censée être super pote avec Michaël aussi ? C’est bizarre ce
triangle.

Étudiant 4 :
— Moi je dis, Caleb va se cramer. Elle a trop ce truc… calme en apparence,
mais qui fout le bordel dans la tête.

---

Retour sur Yuna et Caleb.


Le silence revient. Ils se replongent dans leurs notes, mais leurs genoux se
frôlent maintenant. Aucune parole. Juste une tension muette.

Parfait. Voici la scène 30, centrée sur Michaël, discret mais lucide, qui
observe de loin l’évidence qui le frappe plus fort que prévu.

---

“Elle a choisi son désordre”

Bibliothèque universitaire – même moment que la scène précédente, mais


cette fois du point de vue de Michaël.

Personnages : Michaël, Yuna, Caleb, étudiants autour.

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Michaël est assis seul à une table, un peu plus loin. Il regarde dans la
direction de Yuna, mais fait semblant de lire un PDF sur son ordi. Ses
écouteurs pendent dans le vide. Ses doigts tapotent nerveusement le bord
de la table.

Il voit Caleb glisser un mot à Yuna. Elle esquisse ce petit sourire rare, celui
qu’elle ne sort que quand elle est vraiment prise dans un jeu. Il ne l’a pas vu
sourire comme ça avec lui depuis longtemps.
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Caleb se penche, murmure quelque chose. Yuna penche la tête
doucement, amusée, mais ne le repousse pas.

Michaël détourne les yeux. Inspire. Expire. Il le savait déjà. Il l’a toujours su.
Mais là… c’est comme si le sol validait officiellement ce qu’il ne voulait pas
nommer.

---

Michaël (pensée intérieure) :


— Elle est bien avec lui. Même quand il est flou. Même quand il joue. Elle
choisit ça. Elle choisit ce genre de chaos… pas ma tranquillité.

Il baisse les yeux sur ses notes, mais elles se floutent légèrement. Il appuie
ses coudes sur la table, croise les mains devant sa bouche, longtemps.
L’air autour de lui reste silencieux, mais dans sa tête ça cogne. Un peu de
jalousie, beaucoup de tristesse. Et surtout, un aveu silencieux :

Michaël (pensée intérieure) :


— J’ai toujours été son refuge. Mais jamais son orage préféré.

---

Un de ses potes passe derrière lui, lui tape l’épaule. Michaël sursaute
légèrement, se compose un visage neutre. Il lève les yeux, hoche la tête.
Puis retourne à son écran.

Mais son regard glisse une dernière fois vers Yuna. Elle rit. Caleb la
regarde comme si elle était un poème compliqué qu’il ne comprendra
jamais mais qu’il veut lire encore. Michaël, lui, ferme les yeux un instant.

---

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# scène 25

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Scène 25 – “Je la veux.”

Lieu : Couloir vide de l’université, juste après avoir quitté Yuna à la


bibliothèque.

Personnages : Caleb (seul)

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Caleb marche seul, les mains dans les poches, les écouteurs dans les
oreilles mais sans musique. Il vient de quitter Yuna, encore étourdi par leur
échange. Les couloirs sont calmes, presque vides. Il ralentit, puis s’arrête
près d’une fenêtre. Il regarde dehors. Respire fort.

---

Caleb (pensée intérieure, voix off) :


— Elle me rend fou. Je sais pas si elle le fait exprès, mais… elle me rend
fou.

Il pense à ses yeux quand elle le regarde vraiment. À ce petit rire timide,
rare. À la façon dont elle répond toujours par une question, comme si elle
n’était jamais totalement là. Et pourtant, elle y est. Dans chaque recoin de
ses pensées.

---

Caleb (voix basse, à lui-même) :


— C’est pas un jeu. Pas cette fois. J’en veux pas une autre. Je veux elle.
Ses silences, ses phrases cassantes, ses manières de fuir et de revenir...
Je prends tout.

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Il cogne doucement sa tête contre la vitre. Une grimace. Il se parle tout
seul, comme pour se convaincre, ou se défier :

Caleb :
— Je la veux.

Il se redresse. Soupire. Une étincelle dans le regard. Il n’a pas encore


trouvé comment, mais il a décidé. Yuna ne sera pas juste un passage. Il va
rester. Il va essayer.

---

# scène 26

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Scène 26 – “Tu joues à quoi, Yuna ?”

Lieu : Parc derrière l’université, à l’écart. Fin d’après-midi.

Personnages : Yuna, Marc

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Yuna est assise sur un banc, carnet en main. Elle dessine, le visage calme,
un peu absent. Des pas rapides résonnent derrière elle. Marc s’approche,
les sourcils froncés, le souffle court, les mains serrées.

Marc :
— C’est vrai alors ?
(plus fort) — C’est vrai ce qu’on dit ? Toi et Caleb ?

Yuna lève les yeux lentement. Surprise. Inquiète.

Yuna :
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— Marc... Qu’est-ce que tu racontes ?

Marc :
— Tu sais très bien de quoi je parle. Depuis quand tu joues à ce petit jeu-là,
hein ? Tu fais croire à tout le monde qu’il n’y a rien, que t’es différente, mais
t’es pareille. Pire même.

Yuna se lève, calmement mais avec fermeté.

Yuna :
— Je t’ai jamais rien promis, Marc. Tu t’es fait des films tout seul. Et ce que
je partage avec Caleb, ça ne te regarde pas.

Marc (sarcastique, nerveux) :


— Ah, donc y’a bien un truc. Voilà. Je me disais aussi…
(plus agressif) — Tu crois que t’es mystérieuse, que tout le monde va
tomber comme ça devant ton silence ? Tu manipules tout le monde. Tu
m’as fait croire que j’étais spécial.

Yuna (le regard fixe, plus froid) :


— C’est toi qui t’es convaincu de ça. Moi, je t’ai juste écouté. C’est toi qui
m’as projetée dans tes désirs.

Marc, submergé, attrape son poignet.

Marc :
— Non. Non, Yuna. Tu vas pas me regarder comme ça, comme si j’étais
fou. Tu m’as laissé espérer.

Yuna (essaie de se dégager, la voix tremble) :


— Lâche-moi, Marc.

Il tire. Elle trébuche. Il l’entraîne derrière un arbre, un coin isolé. Il tremble


de rage et de frustration. Puis, sans prévenir, il l’embrasse brutalement.

Yuna (se débat, étouffée) :


— Marc, arrête ! Non !

Elle le repousse violemment. Un moment suspendu. Il réalise ce qu’il vient


de faire. Un silence.

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Marc (chuchote, la voix brisée) :
— … Je voulais juste que ce soit moi.

Yuna (regarde droit dans ses yeux, glaciale) :


— Tu viens de me prouver que t’as jamais su qui j’étais.

Elle s’éloigne, tremblante mais droite, digne. Marc reste seul, écroulé sur le
sol, frappé par sa propre violence.

---

Très bien. Voici la scène 33, dans la continuité directe. Yuna vient de vivre
une agression physique et se retrouve à encaisser, sans répit, une
agression verbale de Yann, qui la blesse profondément sans même le
savoir. C’est une scène lourde, tendue, où les mots deviennent des armes.

---

Personnages : Yuna, Yann

---

Yuna marche vite, le visage fermé, les mains tremblantes. Elle sort à peine
du bois où Marc l’a embrassée de force. Le vent s’est levé. Elle resserre sa
veste sur ses épaules. Un bruit de pas derrière elle. Yann.

Yann :
— Hé ! Yuna !
(la rattrape, essoufflé) — Tu m’as évité toute la journée, maintenant tu te
caches dans les bois ? Sérieux ?

Yuna ne répond pas. Elle continue de marcher. Il insiste.

Yann :
— T’es au courant que les gens parlent ? Que ton nom circule dans toutes
les conversations ? Caleb, Marc, Félix… T’as des dossiers avec tout le
monde ou quoi ?

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Elle s’arrête net. Se tourne lentement vers lui. Le regard vide, presque
éteint.

Yuna :
— T’as fini ?

Yann (hausse les épaules, un rire amer) :


— Non mais faut dire les choses hein. T’étais pas comme ça au début.
T’étais discrète, presque touchante. Maintenant t’es partout, dans tous les
jeux, dans toutes les têtes. Tu joues à quoi, sérieusement ?

Yuna ne répond pas. Elle respire fort, les yeux embués mais ne pleure pas.
Elle serre les poings. Yann continue, sans remarquer ce qu’il vient de
déclencher.

Yann :
— Tu veux quoi au juste ? Être désirée ? Être admirée ? T’es pas différente,
Yuna. T’es juste une fille comme les autres. Mais tu fais croire que t’es
au-dessus. T’as rien de spécial.

Elle le regarde, longtemps. Et cette fois, sa voix est calme, plus calme
qu’elle ne devrait l’être.

Yuna :
— Tu parles comme quelqu’un qui souffre de ne pas m’avoir eu.

Yann (piqué, violemment) :


— Tu crois que tout tourne autour de toi ?

Yuna :
— Non. Mais toi, oui.

Un silence. Yann reste figé. Elle le regarde une dernière fois, puis s’éloigne
sans se retourner.

---

# scène 27
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Scène 27 – “Je suis désolée.”

Après sa conversation avec Yann contour du bâtiment universitaire –


crépuscule
Personnages : Yuna, Félix

---

Félix descend les marches, les écouteurs dans les oreilles. Il retire l’un
d’eux, intrigué par une silhouette assise sur un banc à l’ombre. Yuna.
Immobile. Fragile. Le visage tourné, les épaules secouées. Il s’approche
lentement.

Félix :
— Yuna…?

Elle se redresse brusquement en entendant sa voix. Ses yeux sont rouges,


sa mâchoire tremble, elle respire trop vite. Il s’arrête, surpris. Il ne l’a jamais
vue comme ça. Jamais.

Félix :
— Qu’est-ce qu’il se passe ? Tu—

Yuna (le coupe, la voix fêlée, aiguë, incontrôlable) :


— Je t’en supplie, parle pas. Dis rien. Pas maintenant.

Félix hoche lentement la tête. Il reste là, debout, silencieux.

Yuna (trop vite, trop fort, tout sort d’un coup) :


— J’en peux plus, Félix. J’en peux plus de devoir me justifier, d’être
décortiquée, jugée, réduite à des intentions que j’ai jamais eues. Je voulais
juste vivre. Être tranquille. Sourire sans qu’on pense que je drague. Être
gentille sans qu’on s’imagine des histoires.
(tremble)
Je voulais être libre, c’est tout. Et à la place, j’ai tout gâché. Tout le monde
pense que je joue. Que je suis fausse. Et toi… toi aussi tu l’as cru, hein ?

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Félix (doucement) :
— Non. Non, je…

Yuna (l’interrompt, en pleurs, la voix cassée) :


— Je suis désolée. Pour tout. Pour les malentendus, les silences, les
ambiguïtés. J’ai rien géré. J’ai rien vu venir. Et je me déteste pour ça.
(la gorge nouée)
Je me sens sale, idiote, confuse… et j’arrive plus à respirer.

Elle pleure. Vraiment. Pour la première fois devant quelqu’un. Félix ne


bouge pas, tétanisé par la sincérité brute de cette douleur. Elle recule d’un
pas.

Yuna (en murmurant) :


— Pardonne-moi, Félix.

Et elle s’enfuit, en courant presque, laissant derrière elle un silence dense,


un Félix bouleversé, incapable de faire un geste.

---

Très bien. Voici la scène 35 – Yuna seule, brisée, cherchant un refuge dans
une ville qui lui semble soudain étrangère. C’est un moment de vide, d’écho
intérieur, où tout bascule.

Lieu : Une ruelle près du campus – nuit tombante


Personnage : Yuna

---

Les lampadaires diffusent une lumière jaune, tremblante. Yuna marche


vite, les bras croisés, les joues ruisselantes. Chaque pas résonne dans la
ruelle vide. Elle vacille légèrement, puis s’arrête au milieu, comme perdue.

Yuna (à voix basse, comme pour se convaincre) :


— Respire. C’est rien. C’est fini. C’est rien…

Elle se laisse tomber contre un mur. S’assied sur le trottoir. Sa robe est
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froissée, ses doigts tremblent. Elle regarde ses genoux, puis ses mains
comme si ce n’était pas les siennes.

Yuna (murmure) :
— J’ai dit non.

Silence. Elle fixe le sol, les yeux agrandis par la panique contenue. Puis ses
mains viennent couvrir son visage. Elle gémit faiblement, un sanglot
étranglé, sec, douloureux.

Yuna :
— Il a pas écouté.
(puis plus fort)
Ils ont jamais écouté. Personne.

Elle parle à elle-même, à la nuit, à l’univers. Sa voix se brise par vagues.

Yuna :
— Ils croyaient tous que je jouais. Que je faisais exprès. Mais j’ai rien
demandé… j’ai juste existé. Juste… existé.

Elle serre ses bras autour d’elle. Une larme roule sur son cou.

Yuna (dans un souffle rauque) :


— Pourquoi j’ai pas crié ? Pourquoi j’ai rien dit ? Pourquoi j’ai pas couru ?

Le silence lui répond. Elle fixe le vide, les yeux écarquillés, le souffle coupé.
Un instant, on croit qu’elle va s’effondrer.

Mais elle ferme les yeux, lentement, posant sa tête contre le mur. La colère
en elle commence à bouillonner, doucement, presque imperceptiblement.

---
Quelques minutes après....

Lieu : Chambre de Yuna – nuit


Personnage : Yuna

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---

La porte s’ouvre dans un grincement discret. Yuna entre lentement,


referme derrière elle. Elle ne prend même pas la peine d’allumer la lumière.
Dans la pénombre, elle pose son sac sans bruit. Elle traverse la pièce
comme un fantôme.

Elle se dirige vers le miroir. Il reflète à peine sa silhouette dans l’obscurité.


Yuna allume une petite lampe. La lumière chaude dévoile enfin son visage :
les joues gonflées, les yeux rougis, les cheveux en bataille.

Elle se tient là. Immobile. Le regard planté dans celui de son reflet.

Yuna (chuchote, presque inaudible) :


— T’as laissé faire.

Un silence, puis sa voix monte d’un ton, plus tendue.

Yuna :
— Tu savais. Tu l’as vu venir. Et t’as pas bougé.

Elle se penche en avant, fixe son reflet droit dans les yeux.

Yuna :
— Tu crois qu’il va s’excuser ? Tu crois qu’il regrette ? Tu crois que
quelqu’un a vu ? Que quelqu’un va dire quelque chose ?

Ses poings se crispent. Sa mâchoire tremble.

Yuna (amer) :
— Personne dira rien. Parce que j’ai pas crié. Parce que j’ai pas saigné.
Parce que j’ai pas frappé.

Elle recule, comme si le miroir l’attaquait. Se détourne brutalement.


Marque un temps d’arrêt, puis revient d’un pas sec. Elle attrape un feutre
noir dans son sac.

Face au miroir, elle écrit directement dessus, à l’envers :

> “Je ne suis pas responsable.”

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Puis elle repose le feutre. L’encre coule légèrement. Yuna s’éloigne, sans
un mot de plus, et s’allonge sur son lit, toute habillée. Elle regarde le
plafond. Le silence est lourd.

Et pour la première fois depuis longtemps, elle ne pense pas à Caleb. Elle
pense à elle. Juste à elle.

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# scène 28

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Scène 28 – Caleb cherche la lumière

Lieu : Cour de l’université, en fin d’après-midi


Personnages : Caleb, Yuna (distantement), quelques étudiants

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Yuna est assise seule sous un arbre, dos à la lumière. Elle écrit dans un
petit carnet. Caleb la voit de loin. Il hésite. Il n’a pas osé la contacter
depuis les rumeurs, depuis sa disparition, depuis... tout ça.

Il s’approche lentement. Trop lentement. Il n’a pas les mots.

> Caleb (doucement) :


« Tu sais... j’ai jamais aimé voir quelqu’un aussi silencieux que toi. C’est
comme si le monde se taisait avec toi. »

Yuna lève à peine les yeux. Aucun sourire. Juste un hochement de tête.
Elle ferme doucement son carnet et remet ses écouteurs.

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Caleb fait encore un pas.

> Caleb :
« J’ai cru que je savais comment t’approcher. Mais t’es plus loin que
jamais. Et je... j’aime pas ça. »

Silence. Puis un souffle léger de Yuna, à peine audible.

> Yuna (sans le regarder) :


« T’approche pas trop. Je suis pas bien. »

Caleb baisse les yeux, comme s’il venait d’être repoussé par une barrière
invisible. Il reste là quelques secondes, puis repart sans insister.

---
Un peu après....

Lieu : Banc isolé près du bâtiment principal


Personnages : Michaël, Yuna

---

Yuna est encore assise, cette fois sur un banc. Elle ne regarde rien.
Michaël s’approche en silence. Il ne dit rien. Il s’assied à côté d’elle, à une
bonne distance. Il sort un petit paquet de biscuits, le pose entre eux, sans
un mot.

Ils restent là. Longtemps.

Yuna finit par parler, sans émotion dans la voix :

> Yuna :
« Tu vas pas me dire que ça va passer, hein ? »

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> Michaël :
(voix posée)
« Non. Parce que je sais pas si ça passera. Mais je suis là. »

Un silence lourd. Yuna baisse les yeux. Michaël reste encore un moment,
puis se lève doucement.

> Michaël :
« Tu veux que je t’aide à rien faire, demain aussi ? »

Yuna, cette fois, esquisse un tout petit sourire. Presque triste. Mais un
sourire quand même.

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# scène 29

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Scène 29 – Félix, l’image qui reste

Lieu : Devant une salle de cours, fin de matinée


Personnages : Félix, Yuna

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Félix sort de cours. Il la voit plus loin, adossée au mur, seule. Elle attend
sans vraiment attendre. Elle regarde dans le vide, presque absente.

Il hésite. Elle ne l’a pas revu depuis ce jour-là. Ce jour où, pour la première
fois, elle a crié. Tremblé. Pleuré. Elle s’était enfuie sans qu’il ait pu dire un
mot.
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Il s’approche, lentement, maladroitement.

> Félix :
« Yuna... »

Elle lève les yeux. Pas de fuite. Juste... de la distance. Elle reste
silencieuse.

> Félix (plus doux) :


« Je voulais... juste savoir si tu vas mieux. Depuis... »

Elle serre ses bras contre elle, croise les bras comme pour se tenir. Son
regard vacille un instant. Puis elle hoche la tête, une fois.

> Yuna (voix basse) :


« Je gère. »

> Félix (regard franc) :


« C’est pas vrai. »

Elle sourit, un sourire vide.

> Yuna :
« Non. Mais faut bien dire quelque chose. »

Félix s’avance un peu plus, mais garde une distance respectueuse. Il la


regarde comme s’il la découvrait à nouveau.

> Félix :
« Je t’avais jamais vue comme ça. Et je crois que... je t’ai jamais vraiment
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vue, en fait. »

Un silence. Elle le fixe un moment. C’est la première fois qu’elle le regarde


vraiment, sans masque, sans fuite.

> Yuna (voix tremblante) :


« Tu m’avais mise dans une case, comme les autres. »

> Félix :
« C’est vrai. »

Il baisse la tête, puis relève les yeux, plus sincère que jamais.

> Félix :
« Je veux plus faire ça. »

Yuna ne répond pas. Mais cette fois, quand elle part, elle le regarde une
dernière fois. Et ses yeux ne sont plus fuyants. Ils sont tristes, mais clairs.
Elle le reconnaît enfin, lui aussi.

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# Scène 30

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Scène 30 – Entre garçons

Lieu : Banc à l’extérieur du campus, en fin de journée


Personnages : Marc, Félix, Yann
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---

Ils ne s’étaient pas donné rendez-vous. Mais voilà. Tous les trois, là, à
quelques mètres les uns des autres, dans ce coin tranquille où l’air semble
plus lourd que d’habitude.

Félix est déjà assis. Marc arrive, les écouteurs encore dans les oreilles,
visage fermé. Yann les rejoint peu après, un sachet de café glacé à la main,
toujours aussi détaché en apparence.

Un silence.

> Yann (en s’asseyant) :


« Alors ? Vous aussi vous la cherchez des yeux depuis trois jours ? »

Félix lève la tête, surpris par le ton calme et cynique. Marc garde les yeux
ailleurs.

> Félix :
« Elle évite tout le monde. »

> Marc (sèchement) :


« Elle fait sa princesse, comme toujours. »

Félix le fusille du regard.

> Félix :
« Tu l’as blessée, Marc. Tu crois qu’on sait pas ? »

Marc serre les mâchoires, lève les épaules comme pour se défendre.

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> Marc :
« Elle jouait. Elle faisait tourner tout le monde. Tu veux me dire que t’étais
pas touché toi aussi ? »

> Yann (tranquillement) :


« Elle m’a jamais menti. C’est moi qui ai projeté. C’est pas pareil. »

Félix baisse les yeux, une main sur la nuque.

> Félix :
« Elle m’a touché aussi. Mais c’est pas une excuse. Moi, je voulais juste
qu’elle aille bien. Et c’est la première fois que je l’ai vue tomber. »

Marc se lève brutalement, marche quelques pas, la rage au ventre.

> Marc :
« C’est Caleb. C’est lui qui l’a. Vous l’avez vu, non ? Les regards, les
messages, tout le monde en parle. C’est lui qui l’a faite changer. »

> Yann :
« Non. C’est pas Caleb. C’est toi. »

Le silence s’abat.

> Félix :
« Y’en a aucun d’entre nous qui peut dire qu’il l’a vraiment connue. On l’a
regardée comme un miroir. On n’a vu que ce qu’on voulait. »

Marc ne répond plus. Yann croise les bras. Félix soupire.


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> Yann :
« Peut-être que la seule chose vraie qu’on a tous en commun, c’est qu’on l’a
tous blessée. »

---

Même banc, quelques minutes après la scène précédente


Personnages : Marc, Félix, Yann

---

Le silence est pesant. Les trois garçons restent figés dans une tension
presque insoutenable. Marc, toujours debout, tourne en rond comme une
bête traquée. Son souffle s'accélère. Il sait ce qu’il doit dire. Il sait aussi
que ça va faire mal.

> Marc (voix tremblante, les yeux fuyants) :


« J’lui ai pris le bras. J’étais énervé. J’voulais comprendre pourquoi elle me
fuyait, pourquoi elle faisait semblant. »

> Félix :
« Et tu l’as poussée à bout. »

> Marc (hausse la voix) :


« J’voulais pas… pas comme ça. Mais elle… elle m’a regardé comme si
j’étais personne. Et je… je l’ai embrassée. »

Un silence. Le mot est tombé. Lourd. Sale.

> Yann (immobile, froid) :


« Tu l’as embrassée. De force ? »

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Marc baisse la tête. C’est presque imperceptible. Mais c’est un oui.

> Marc (honteux) :


« Elle disait non… mais je croyais… j’sais pas. Elle m’avait dit qu’elle
m’aimait pas, mais je pensais qu’elle se mentait à elle-même. »

> Félix (se lève brusquement) :


« T’es sérieux là ? T’as fait ça, et tu te caches derrière une excuse de
merde ?! »

> Marc (grogne) :


« J’ai déconné. Ok ? Je sais. Mais elle savait ce qu’elle faisait aussi, à jouer
avec nous. »

> Yann (la voix glaciale) :


« Elle t’a rien promis. Jamais. T’as juste pas supporté de pas être le
préféré. »

Marc ne répond pas. Il respire fort. Lutte contre la honte. Contre


l’humiliation.

> Félix (plus calme, mais les poings serrés) :


« Tu veux qu’on te comprenne ? Qu’on t’excuse ? T’as pas le droit, Marc.
Pas ça. »

> Yann (doucement, presque menaçant) :


« Tu devrais lui demander pardon. Pour de vrai. Et si t’as un peu de respect
pour elle, tu restes loin. »

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# scène 31

Scène 31 – La rage de Caleb

Même endroit, un peu en retrait. Caleb passe sans être vu.


Personnages : Caleb, Marc, Félix, Yann

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Caleb marche dans le couloir extérieur. Il ralentit en entendant son


prénom. Puis celui de Yuna. Il se rapproche. Les mots deviennent clairs.
Trop clairs.

> Marc (voix tremblante) :


« …elle disait non… j’l’ai embrassée quand même. »

Le monde s’arrête un instant pour Caleb. Il serre les dents. Son souffle
s’alourdit. Il avance, rapide. Très rapide. Les autres ne le voient qu’au
dernier moment.

> Caleb (hurle) :


« T’AS FAIT QUOI ?! »

Marc sursaute. Il n’a pas le temps de réagir. Caleb le plaque violemment


contre le mur. Le choc fait trembler les vitres. Félix et Yann essaient
d’intervenir.

> Caleb (hors de lui, les yeux brillants de rage) :


« Tu l’as forcée ?! TU L’AS TOUCHÉE SANS SON ACCORD ?! »
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> Marc (pris de panique) :
« Caleb, calme-toi ! J’ai merdé mais— »

Le poing part. Une droite brutale, sèche, dans la mâchoire. Marc chute au
sol, groggy.

> Félix (tirant Caleb en arrière) :


« Stop ! Caleb, arrête ! »

> Caleb (crie, le regard fou) :


« J’vais lui faire payer ! Il la touche plus JAMAIS, vous m’entendez ?! »

> Yann (le retenant aussi) :


« On est d’accord, mais si tu l’éclates maintenant, ça va retomber sur Yuna
aussi. »

Caleb s’arrache à leur étreinte, tremble. Il recule d’un pas. Les poings
serrés. Le visage déformé par la haine.

> Caleb (murmure, les yeux au sol) :


« Il mérite rien. Même pas ma rage. »

Il se tourne et s’éloigne. Sans un mot de plus. Juste son ombre qui


s’éloigne. Une promesse muette de ne plus jamais laisser ça arriver.

Parfait. Voici la scène 44, une confrontation tendue entre Caleb et Michaël.
Deux figures importantes dans la vie de Yuna, deux manières de l’aimer,
deux formes de colère. Mais un même sentiment : l’impuissance.
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Plustard.....

Lieu : Une salle de musique vide. Le soleil tombe par les fenêtres,
silencieux témoin d’une dispute entre deux garçons bouleversés.

Personnages : Caleb, Michaël

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Caleb est là, assis sur une table, la tête baissée. Il serre sa main bandée
après la bagarre. Michaël entre, furieux.

> Michaël (sec) :


« T’as frappé Marc ? »

Caleb relève la tête. Silencieux.

> Michaël :
« Je t’ai posé une question. »

> Caleb (calme, glacial) :


« T’aurais préféré que je le félicite ? »

> Michaël :
« J’aurais préféré que tu penses à Yuna au lieu de faire un scandale public !
Elle a besoin de calme, pas que tout le monde parle d’elle encore plus ! »

Silence. Caleb se lève lentement.

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> Caleb (rage sourde) :
« Il l’a embrassée de force. Il l’a mise mal, il l’a salie. Et moi, je devrais
juste… rester là ?! »

> Michaël (le cou interrompu par l’émotion) :


« Et tu crois que ça va l’aider ? Tu crois qu’elle a besoin que toi tu montes
sur ton cheval blanc maintenant ?! »

> Caleb :
« Et toi t’as fait quoi, hein ? Tu l’as vue souffrir et t’as rien dit ! T’étais là,
tous les jours, et t’as rien vu venir ! »

> Michaël (brisé, le regard fuyant) :


« Je la connais mieux que toi. Elle se tait. Toujours. Même quand elle crie
intérieurement. »

> Caleb (s’approche, voix basse) :


« Peut-être que tu la connais… mais moi, je la ressens. Et j’ai pas besoin
d’une permission pour protéger quelqu’un que j’aime. »

> Michaël (regard douloureux) :


« Tu crois vraiment que c’est ça, l’amour ? »

Silence lourd. Caleb détourne le regard. Michaël baisse les yeux, puis
murmure :

> Michaël :
« On est deux à vouloir la sauver, Caleb. Mais on va finir par l’écraser, à
force. »
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Il s’en va. Caleb reste seul. Le poing encore tremblant. Le cœur en vrac.

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# scène 32

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Scène 32 – "Les crayons oubliés"

Lieu : Chambre universitaire de Yuna, un soir pluvieux.

---

La pluie trace des lignes lentes sur la vitre. Yuna est assise à son bureau,
tête posée contre sa main. Sa chambre est propre mais impersonnelle.
Comme si elle s’y était vidée.

Elle fixe une feuille blanche, immobile. Une boîte de crayons est posée à
côté, couverte de poussière. Elle la prend, souffle doucement dessus. Un
nuage gris s’élève.

> Voix off – Pensée de Yuna (calme, usée) :


« Je n’ai plus rien à dire. Plus rien à offrir. Mais… peut-être encore un peu à
dessiner. »

Elle choisit un crayon, hésite, puis commence à tracer des lignes. Sa main
tremble légèrement au début, puis s’apaise.

Un dessin naît, lentement. Ce n’est pas parfait, ni même joli. Mais c’est elle.
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Une silhouette solitaire, un regard trop grand, un vide tout autour.

---

Couloir de l’université, quelques heures plus tôt.


Yuna marchait tête baissée. Des murmures dans son dos.

> Fille 1 (moqueuse) :


« C’est elle, non ? Celle qui fait tourner tous les gars ? »

> Fille 2 (amer) :


« Caleb lui colle aux baskets. Je comprends pas ce qu’il lui trouve. »

> Fille 1 :
« Mystère et boule de gomme. Peut-être qu’elle joue la victime ? »

Yuna n’a pas réagi. Pas même un regard. Elle a continué à avancer comme
si ces voix n’existaient pas.

---

Retour dans sa chambre.


Le dessin prend forme. Une larme glisse sur sa joue. Elle ne l’essuie pas.

> Voix off – Pensée de Yuna :


« Ce n’est pas pour eux. Pas pour lui. C’est pour respirer. Juste un peu. »

Elle dépose le crayon. Regarde le dessin sans vraiment le voir. Puis, en


silence, elle en commence un autre.

---
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Au même moment.....

Lieu : Soirée étudiante animée, dans une grande maison près du campus.

---

La musique bat fort. Des jeunes rient, dansent, s’embrassent. Les canettes
s'entassent sur les tables. Caleb est là, appuyé contre un mur, un verre à la
main. Entouré de quelques potes qui parlent fort, tapent dans son dos.

> Ami 1 (riant) :


« T’as vu la nouvelle ? Elle te mange des yeux depuis tout à l’heure ! »

> Ami 2 :
« Mec, t’es un aimant. Tu veux qu’on t’aide à lui parler ? »

Caleb sourit vaguement, joue le jeu. Il fait un clin d’œil à la fille en question,
sans grande conviction. Elle rougit et vient vers lui. Il ne la repousse pas.
Ils parlent. Elle rit fort, colle son bras au sien.

Mais Caleb regarde ailleurs, derrière elle, dans le vide. Dans son verre.
Dans sa tête.

---

Flash de pensée – Yuna.


Son visage, sérieux. Sa voix douce qui se tait. La dernière fois qu’elle l’a
regardé sans sourire. Son silence depuis. Son absence.

---

> Fille (lui touchant le bras) :


« Tu m’écoutes ? »
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> Caleb (sursaut, vite, sourire feint) :
« Ouais, ouais… pardon. J’pensais à un truc. »

---

Il boit une gorgée, fait semblant de rire avec elle. Les lumières clignotent.
Quelqu’un pousse la musique plus fort. Ses amis l’appellent pour une
photo. Il s’y prête, bras autour des épaules de deux filles, pose de façade.

---

Pensée intérieure de Caleb (voix off, calme et lasse) :

> « J’suis revenu où j’étais. Là où tout est simple. Où rien ne compte.


Mais je pense à elle. Même là. »

---

Il regarde son téléphone. Écran noir. Pas un mot de Yuna depuis des jours.

Un léger pincement traverse son visage, trop rapide pour être vu par les
autres.

---

# scène 33

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Scène 33 – "Lumière franche"

Lieu : Allée bordée d’arbres sur le campus, en fin d’après-midi. Soleil doré,


calme apaisant.

Yuna marche tranquillement aux côtés de Michaël. Ils ne parlent pas, mais
leurs pas sont en rythme. Une complicité silencieuse.

Un peu plus loin, Félix et Yann discutent à voix basse. Ils lèvent la tête en
les voyant approcher. Léger flottement. Yuna ralentit, puis s’arrête
doucement devant eux.

> Yuna (sourire doux, voix claire) :


« Salut… »

Félix hoche la tête avec un petit sourire timide. Yann croise les bras, gêné.
Michaël reste en retrait, comme une présence rassurante.

> Yuna (regardant tour à tour Félix et Yann) :


« Je voulais vous dire… Je suis désolée. Encore.
Pour les silences. Pour les maladresses. Pour vous avoir laissé croire des
choses. »

Le vent fait bouger légèrement ses cheveux. Elle garde les yeux ouverts,
droit devant.

> Yuna :
« Mais je vous ai offert ce que j’avais de plus vrai.
Mon amitié. Ce que vous avez vu… ce n’était pas de l’amour comme vous
l’imaginiez.
C’était moi qui aime. En amie. »

Elle s’arrête un instant. Michaël baisse doucement les yeux. Yann ne dit
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rien, mais on sent que ses épaules se détendent.

> Félix (voix douce) :


« Tu étais sincère. Je le vois maintenant.
Et je crois… que ça valait déjà beaucoup. »

Yuna lui sourit avec reconnaissance. Yann détourne les yeux, comme
touché.

> Yann (voix basse) :


« T’avais pas à t’excuser. C’est nous… qui avons projeté trop de choses. »

---

Le silence revient. Apaisant, cette fois. Ils restent là quelques secondes.


Le soleil perce entre les feuilles.

> Yuna (doucement) :


« Je veux juste que vous sachiez… Il n’y a que l’amitié que je peux offrir
avec sincérité.
Et je ne veux plus qu’elle soit confondue, ni piétinée. »

---

Elle incline la tête en guise d’au revoir. Michaël la suit, toujours discret. Ils
repartent, ensemble, à petits pas. Derrière eux, Félix les regarde partir,
ému. Yann baisse la tête, pensif.

---

"Ce qu’elle disait déjà"

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En trois parties, alternance de plans entre les chambres de Félix, Yann et
Marc. Nuit. Lumière tamisée. Musique en fond : douce, mélancolique.

---

[Chez Félix]

Assis au bord de son lit, carnet de croquis à la main. Il le feuillette


doucement. Une feuille tombe — un petit dessin qu’elle lui avait fait. Il le
ramasse. Flashback :

> Yuna (souriant, en lui tendant le dessin) :


« Tu sais, j’aime dessiner les gens quand ils ne regardent pas. C’est là
qu’ils sont vrais. »

Retour au présent. Félix murmure :

> Félix (pensée intérieure) :


Elle n’a jamais regardé ailleurs. C’est moi qui ai confondu.

---

[Chez Yann]

Allongé sur son lit, casque sur les oreilles, le regard fixé au plafond. Il
repense à une scène : elle riait à l’un de ses jeux de mots débiles, puis
s’était tue un instant, plus sérieuse. Flashback :

> Yuna :
« Tu sais, parfois je parle trop doucement. Mais ce que je dis compte
quand même. »

Retour au présent. Il ferme les yeux, honteux. La musique dans ses


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écouteurs s’arrête.

> Yann (pensée intérieure) :


J’ai entendu. Mais je n’ai rien écouté.

---

[Chez Marc]

Lumière éteinte, seul l’écran de son téléphone éclaire la pièce. Il relit un


vieux message de Yuna. Un simple "Merci pour ta gentillesse aujourd’hui."

Flashback : une conversation banale où elle disait, en évitant son regard :

> Yuna :
« J’ai souvent peur d’être vue autrement que je suis. Alors je garde une
distance. Tu comprends ? »

Marc serre le téléphone contre lui. Il s’assoit, tête entre les mains.
Silencieux. Il ne pleure pas. Il encaisse.

> Marc (pensée intérieure) :


Elle l’a dit. Tout était là. Et moi j’ai foncé, aveugle.

---

Les trois garçons, seuls, perdus dans leur chambre, entourés du silence
qu’ils ont eux-mêmes semé. Un écho muet de Yuna qui, elle, continue
d’avancer, ailleurs.

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# scène 34

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Scène 34 – "Et pourtant, on avance"

Lieu : Devant le bâtiment universitaire, un banc à l’ombre. Fin d’après-midi.


Le ciel est doux.

---

[Marc est là, debout. Il a l’air hésitant. Yuna, de passage, s’apprête à le


contourner sans un mot. Mais il fait un pas vers elle, presque
maladroitement.]

Marc :
Attends… Yuna.

Elle s’arrête. Un léger vent soulève un pan de son haut. Elle garde les bras
croisés. Il n’y a pas de colère dans son regard, juste une distance. Une
muraille douce mais ferme.

Marc (voix basse) :


Je suis désolé. Pas juste pour ce jour-là… mais pour tout ce que j’ai pas
voulu entendre. Tout ce que j’ai imposé. J’étais con, je le sais. Je voulais
juste… exister pour toi. Mais j’ai mal fait.

Yuna (après un silence) :


Tu m’as fait peur, Marc.

Il baisse les yeux. Elle continue, plus doucement :

Yuna :
Mais j’ai compris. Que toi aussi t’étais paumé. Comme beaucoup. Comme
moi aussi, parfois. Alors… moi aussi je suis désolée. Pour ce que j’ai pas
su dire plus tôt, plus fort.

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Un silence. Ils se regardent. Pas de sourire. Mais un soulagement, presque
imperceptible.

Marc (hoche la tête) :


Merci… de pas me détester.

Yuna (sincère) :
J’ai jamais su vraiment détester.

---

[Une voix off s’immisce dans la scène.]

Caleb (hors-champ, approchant) :


Vous avez fini de jouer les adultes sérieux ?

Marc esquisse un rire nerveux. Yuna, surprise, relève légèrement les yeux.
Caleb s’approche, les mains dans les poches. Son regard va de l’un à
l’autre.

Caleb (calme) :
J’étais là ce jour-là. J’ai vu ce que j’avais besoin de voir. J’ai crié, j’ai frappé.
Mais j’ai compris que ça suffit plus maintenant. Y’a d’autres façons de
réparer.

Yuna (faiblement souriante) :


T’as frappé ?

Caleb (hausse les épaules) :


Je suis pas fier… Mais ouais.

Marc (regardant Caleb, sincère) :


Je l’aurais fait aussi, à ta place.

Les trois restent là un moment. Pas d’éclat. Juste une pause dans le
tumulte. Le pardon n’est pas prononcé, mais il flotte dans l’air, maladroit et
vrai.

---
100 / 111
[Plan final : Caleb, Yuna et Marc. Assis sur le même banc, en silence. Le
soleil descend doucement. Aucun n’a vraiment gagné. Mais ils sont encore
là. Et c’est déjà beaucoup.]

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# scène 35

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Scène 35 – "Les liens qu’on ne sait nommer"

Lieu : Le campus, une journée tranquille. Rires, soleil. Les arbres ont
retrouvé leurs feuilles.

---

[Yuna rit doucement à une blague de Michaël. Ils sont assis dans l’herbe, à
l’ombre, à observer les gens passer. Un moment simple. Léger.]

Michaël :
T’as pas envie de courir loin parfois ? Genre, plus rien expliquer à
personne ?

Yuna (sourit) :
Tout le temps. Mais je crois que je me fatiguerais encore plus seule.

Michaël (regarde devant lui, pensif) :


T’es jamais vraiment seule, Yuna. Pas tant que t’acceptes qu’on soit là.

Elle hoche la tête. Elle lève les yeux — Caleb est là, non loin. Il les observe.
Il s’approche lentement, le regard un peu trop neutre.

101 / 111
---

Caleb :
Je vous dérange ?

Yuna (lève les yeux, hésitante) :


T’es jamais un dérangement.

Michaël (avec tact) :


J’vais prendre l’air.

Il se lève, jette un regard à Caleb, puis à Yuna, et s’éloigne. Un silence


tendu s’installe.

---

Caleb (croise les bras) :


Tu passes beaucoup de temps avec lui, ces derniers temps.

Yuna (doucement) :
J’ai pas l’impression d’avoir à justifier mes amis, Caleb.

Caleb (serre la mâchoire) :


T’as jamais compris. Moi je veux pas être “un ami”. Je veux pas te
partager. Pas avec lui. Pas avec personne.

Yuna (la voix tremble à peine) :


Tu crois que je suis quelque chose qu’on possède ?

Caleb (avance vers elle) :


Je veux pas te posséder, Yuna… Je veux juste… que tu sois à moi.
Complètement. Pas à moitié. Pas dans le flou.

Yuna (recule d’un pas) :


Mais moi je suis pas sûre de vouloir être à quelqu’un. Je veux juste que tu
sois là. Juste là, Caleb.

---

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[Silence. Il baisse les yeux. Elle aussi. Ils sont proches mais une fissure
s’est installée.]

---

Yuna (plus bas) :


Quand t’es là, tout va bien. Mais quand tu veux plus, quand tu t’éloignes ou
que tu reviens trop fort, ça me fait mal. J’ai jamais su ce qu’on était.

Caleb (blessé) :
Moi je sais. Et c’est ça qui fait mal.

---

[Ils restent là. Deux âmes à la dérive dans une mer d’émotions troubles. Et
même si le monde autour semble apaisé, leur lien à eux vacille sur un fil
ténu.]

---
Parfait. Voici deux scènes parallèles — une juxtaposition douce et cruelle
de ce lien qui se délite.

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"Deux silences parallèles"

– Yuna, seule avec son téléphone

Lieu : La chambre de Yuna, le soir.

La lumière est tamisée. Yuna est assise en tailleur sur son lit, une
couverture sur les genoux. Elle fixe son téléphone. Un seul message est
envoyé :

> « Tu fais quoi ce soir ? »

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Pas de réponse.

Elle actualise l’écran. Rien. Encore. Elle repose le téléphone sur le lit,
regarde le plafond. Soupire. Puis le reprend. Regarde à nouveau. Toujours
rien.

Elle se mord les lèvres. Rouvre une conversation avec Michaël, commence
à écrire, puis efface. Elle ne veut pas se plaindre. Elle s’allonge, le
téléphone sur la poitrine, les yeux dans le vide.

---

– Caleb, entouré de ses amis

Lieu : Un bar étudiant animé. Musique, rires, verres qui s’entrechoquent.

Caleb rit aux éclats, appuyé sur l’épaule d’un ami. Autour de lui, deux filles
rigolent à ses blagues. Il est là, physiquement. Présent. Mais parfois, ses
yeux dérivent vers son téléphone sur la table. L’écran s’allume une fois. Il
jette un œil furtif, voit le message.

Il ne répond pas. Il le lit. Puis retourne à la conversation comme si de rien


n’était.

Ami de Caleb :
Eh, t’es bizarre ce soir, t’es là sans être là. Tu penses encore à elle ?

Caleb (bref sourire) :


Non… C’est rien.

Il prend une gorgée. Ses yeux ne trompent personne. L’image s’attarde sur
son écran verrouillé. Une seule notification : "Yuna - Tu fais quoi ce soir ?"

---

Yuna, dans l’obscurité, regarde la lune à travers la fenêtre. Son visage est
calme, mais on sent la tension. La solitude. Elle serre doucement son
coussin contre elle.
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Caleb, dans le bruit, éclate de rire à nouveau. Il sourit, mais son regard est
perdu. Comme si, malgré les gens, il manquait l’essentiel.

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# scène 36

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Scène 36 – "Ce silence étrange"

Lieu : Campus, sous un ciel gris doux. L’ambiance est calme. Les feuilles
frémissent, le temps semble en suspens.

Yuna marche seule, casque sur les oreilles mais sans musique. Les
écouteurs sont juste là pour éviter les conversations. Elle passe devant la
bibliothèque. Caleb est adossé au mur extérieur, en pleine discussion avec
un pote, mais leurs regards se croisent.

Un court instant. Suffisant pour raviver une centaine de souvenirs.

Narration intérieure – Yuna (voix douce et lucide) :

> On ne s’est pas disputés. On ne s’est rien dit. Rien de précis. C’est juste
devenu… vide.

Elle baisse les yeux. Continue son chemin.

Narration intérieure – Caleb (pensée indistincte) :

> Si je l’aime, je me perds. Si je m’éloigne, je la perds. Et si elle partait,


malgré tout ? Est-ce que je veux vraiment qu’elle reste ?

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Il ne dit rien. Il ne la rattrape pas. Mais ses yeux la suivent longtemps.

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Voix off – comme un murmure de l’univers :

> C’est étrange la tournure que prennent les choses. Ils ne se parlent plus,
sans raison apparente.

> Yuna attend… mais rien.


Caleb… même lui semble ne pas savoir.

> A-t-il peur de trop l’aimer ?


Refuse-t-il de se perdre dans ses yeux ?
Ou tout cela n’était-il qu’un jeu ?

> Voulait-il juste la voir s’accrocher, encore et encore ?


Peut-être. Peut-être pas.
Qui sait ?

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Une terrasse du campus, l’après-midi. Le soleil joue entre les feuillages.


Yuna est assise en cercle avec Marc, Félix, Yann et Michaël.

Rires, anecdotes, tasses de café renversées à moitié, jeux de regards


simples. L’ambiance est légère. Yuna rit pour de vrai. Son rire est clair.
Serein.

Marc (taquin) :
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— Franchement Yuna, t’étais pas comme ça au début, hein. Tu faisais
grave la mystérieuse.

Yuna (sourire en coin) :


— Peut-être que je suis encore mystérieuse. Juste... un peu moins triste.

Ils rient tous. Michaël l’observe un moment, puis lui tend une gorgée de
son chocolat chaud, comme un vieux réflexe de leur amitié. Elle accepte
sans un mot.

Voix intérieure – Yuna :

> Tout est redevenu simple. Doux.


Les rumeurs se sont tues.
Les regards pesants aussi.
C’est comme si le calme s’était reposé sur moi.

> Je rigole. Je respire. Je me sens… bien. Presque légère.

> Il n’y a plus Caleb.


Plus de messages.
Plus de sourires en coin.
Plus de ce regard qui disait tout sans parler.

> Peut-être qu’il n’a plus besoin de moi.


Peut-être que moi non plus.

Elle regarde le ciel, un nuage passe lentement.

> Les gens viennent.


Ils nous bouleversent.
Ils nous changent.
Puis ils s’en vont,
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Parfois sans bruit, sans explication.
Et c’est comme ça.
La vie continue.

Les rires reprennent. Yuna sourit. Un vrai sourire, fragile, mais entier.

# scène 37

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Scène 37 – "Le garçon aux mille silences"

Lieu : Un appartement d'étudiants, soirée. Caleb est entouré de ses amis.


Musique, verres à moitié pleins, rires francs.

Il rit fort à une blague de l’un de ses potes, tête en arrière. Il paraît léger,
désinvolte, presque heureux. Une fille pose sa main sur son épaule. Il ne la
repousse pas.

Voix intérieure – Narrateur :

> Il vit comme si Yuna n'avait jamais existé.


Comme si tout ce qu’ils avaient partagé n’était qu’un rêve éphémère, ou
pire, un malentendu.

Caleb enfile sa veste en jean, sort avec le groupe dans la rue éclairée par
les néons. Il marche devant, les mains dans les poches, le sourire toujours
là… mais un peu flou, un peu forcé quand personne ne regarde.

Voix intérieure – Narrateur :

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> Est-il parti parce qu’il était blessé ?
Est-ce sa fierté qui lui a coupé la voix ?
L’aurait-il simplement… oubliée ?

> Peut-être attend-il qu’elle insiste.


Peut-être pense-t-il qu’elle n’a jamais vraiment tenu à lui.

Il regarde son téléphone un instant. Il y a un message non lu de Yuna, vieux


de plusieurs semaines. Il l’efface. Sans lire.

> Peut-être qu’il se protège.


Peut-être qu’il fuit.
Ou peut-être que tout ça n’était qu’un jeu.

Il sourit à ses amis, reprend une blague au vol, et la nuit continue.

> On ne saura peut-être jamais ce qu’il pensait réellement.


Finalement, Caleb était bien plus ambigu que Yuna.

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# scène 38

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Scène finale – "Les saisons passent"

Une terrasse de café, fin d’après-midi. Le soleil descend lentement. Yuna


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est seule, carnet à dessin sur les genoux. Elle dessine doucement,
concentrée, paisible.

Autour d’elle, la vie continue. Des étudiants passent en riant, une serveuse
prend une commande, quelqu’un joue de la guitare plus loin. Le monde
tourne sans heurt.

Voix intérieure – Yuna :

> Il y a eu des jours où je me suis demandé si tout cela n’avait été qu’un
mirage.
Caleb, ses mots doux, ses silences.
Ce lien si étrange, si réel… et si insaisissable.

Elle s’arrête de dessiner. Regarde au loin.

> Mais ce n’était pas un rêve. C’était vrai, sur le moment.


Et c’est tout ce que j’ai à retenir.

Elle sort une feuille, y inscrit un mot au stylo. Elle le relit, hésite, puis le
glisse dans une enveloppe sans nom. Elle le garde. Elle ne l’enverra pas.

Flashback rapide :
Caleb et Yuna riant sur un banc. Michaël lui passant un casque audio.
Félix, Yann, Marc – chacun à ses côtés, à un moment différent. Des
visages, des saisons, des émotions.

Voix intérieure – Yuna :

> J’ai appris. J’ai grandi.


J’ai aimé… peut-être. J’ai été aimée… peut-être.
Et maintenant, je vis.
Simplement.
Légèrement.
Sincèrement.

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Une silhouette s’approche. Michaël. Il s’assoit à côté d’elle sans un mot.
Yuna sourit.

Ils restent là, à regarder le ciel changer de teinte. Il n’y a plus rien à prouver.
Plus rien à attendre. Seulement être là.

Le carnet se referme doucement. Sur la dernière page, un croquis au


crayon de tous les visages qui ont traversé sa vie. Yuna au centre. Un léger
sourire. Les cheveux au vent.

---

FIN

# bonus poème

Ni toi, ni moi

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On s’est frôlés sans jamais se prendre,


Des regards, des mots, jamais de promesses.
Un lien si fort qu’il faisait peur,
Trop flou pour être nommé,
Trop vrai pour être nié.
Tu n’étais pas à moi,
Je n’étais pas à toi —
Mais on s’est cherchés longtemps,
Sans jamais se trouver.

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