L'histoire
L'histoire
Titre:
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Prologue
> "Elle ne parlait pas beaucoup, mais quand elle le faisait, on sentait que
c’était un fragment de quelque chose de plus vaste."
Le soleil filtre à travers les feuilles, et l’air vibre doucement du bruit des
élèves. On entend des rires, des éclats de conversations, des baskets qui
glissent sur le sol. C’est la rentrée, il fait beau, tout le monde semble plein
d’énergie.
Deux filles passent non loin. Elles ralentissent sans s’en rendre compte.
> Fille 1 :
– C’est la meuf bizarre, là ?
Fille 2 :
– Elle est jolie quand même… mais genre, flippante jolie.
Fille 1 (sourit) :
– On dirait un personnage de roman.
> Michaël :
– Hé, désolé Yuna, mon ballon est trop curieux.
Yuna (en souriant à peine) :
– Il essaie juste de fuir ton pied.
Il rit. Elle retourne à son carnet. Il reste debout, un moment. Puis repart.
> "Ce n’est pas moi qui suis absente. C’est le monde qui fait trop de bruit."
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# scène 2
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Fin de cours. Couloir principal. Lumière dorée filtrant par les grandes
fenêtres.
Dans le fond du couloir, Caleb, appuyé contre un mur, regarde sans trop y
penser.
Dans une salle vide, plus tard, Yuna est assise au sol.
Elle a sorti un carnet. Elle dessine.
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À côté du dessin, elle écrit :
> "Il faut avoir traversé le silence pour entendre la beauté des choses
simples."
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# scène 3
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Un banc un peu à l’écart, sous un arbre dans la cour du lycée. Soleil doux,
ombres qui dansent sur le sol. Les autres élèves sont loin, dans le bruit. Ici,
c’est plus calme.
Yuna est assise sur le banc. Elle lit un petit carnet à spirale, ses genoux
repliés contre elle.
Un sac trop grand à ses pieds. Elle gribouille par intermittence sur une
page, l’air absorbé.
Il ne dit rien. Il s’assied à côté d’elle, comme s’il avait toujours été là.
(pause)
(petit sourire)
> Michaël :
– J’en ai volé deux de plus pour toi.
Yuna :
– C’est pour ça que la cantinière te regarde de travers.
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# scène 4
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Elle, elle n’a pas levé les yeux. Mais elle l’a senti.
Son regard est encore accroché à la page. Elle écrit quelque chose, puis
rature.
Caleb la regarde.
Un long moment.
Yuna sent ce regard. Elle ne bouge pas. Mais ses oreilles sont rouges.
Et lui aussi.
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# scène 5
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Cour du lycée, fin de pause. Le soleil tape sur les dalles. Les élèves traînent
encore un peu. Caleb est adossé au muret du préau, une pomme à la main.
À côté de lui, son pote Didi ( Dylan ), baskets fatiguées, sac au sol, en train
de finir un paquet de chips.
> Didi
– T’as vu la meuf au fond, là ? Toujours toute seule. Elle t’regarde des fois.
(il mâche bruyamment)
– Elle est chelou, mais genre… stylée chelou.
> Caleb
(sans le regarder)
– Qui ça ?
> Didi
– Celle avec les petits cheveux là. Yuna, je crois. On dirait qu’elle sort d’un
livre.
> Didi
– Attends… c’est elle que tu mates tout le temps en cours, hein ?
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> Caleb
(froid, détaché)
– N’importe quoi. J’regarde tout le monde.
> Didi
– Frère… t’as jamais regardé le prof une seule fois.
Michaël observe.
Pas avec curiosité, mais avec cette attention fine de ceux qui
comprennent avant les autres.
> Caleb
– T’as pas compris. C’est pas une meuf “à sourire”.
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> Didi
(intrigué)
– Hein ?
> Caleb
– Elle, c’est pas un défi à gagner. C’est autre chose. J’sais pas encore quoi.
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# scène 6
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Fin de journée. La lumière rase les couloirs vides. Il ne reste plus que
quelques élèves. Yuna referme lentement son casier. Elle porte une
chemise blanche légèrement froissée, un petit sac pend sur son épaule.
Son regard est ailleurs.
Un silence.
Puis des pas.
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Yuna le sent. Elle tourne lentement la tête. Leurs regards se croisent.
Longtemps.
> Caleb
(sourire à demi)
– Tu finis toujours après tout le monde ?
Yuna ne répond pas tout de suite. Puis elle parle, sa voix est calme,
presque imperceptible.
> Yuna
– Je préfère quand c’est vide.
(elle le regarde)
– Et toi, tu rôdes ?
> Caleb
– Je traîne. J’sais pas pourquoi. Peut-être pour ça.
(il hausse les épaules, puis la fixe)
– Tu dessines tout le temps, non ?
> Yuna
– Tu regardes tout le temps, non ?
> Caleb
– Je pensais que t’étais inaccessible. Mais t’as l’air… normale. Enfin,
presque.
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> Yuna
– Et toi, tu fais semblant d’être simple. Mais t’as pas l’air clair non plus.
> Caleb
– Tu sais… les gens parlent de toi.
> Yuna
– Et toi ? Tu dis quoi sur moi ?
> Caleb
(regard fuyant)
– Rien. J’préfère garder les secrets. Ça leur va bien aux gens comme toi.
> Yuna
– Alors garde-les bien. On ne sait jamais, ça pourrait t’échapper.
Elle referme doucement son casier. Puis, sans un mot, elle passe à côté de
lui. Le frôle à peine.
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Note visuelle :
Dans son carnet, plus tard ce soir-là, Yuna dessine une silhouette
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masculine floue, penchée vers une autre qui se dérobe. Elle note en bas de
page :
“Je ne comprends pas ce que je veux. Je crois que lui non plus. Et c’est
peut-être pour ça que ça flotte.”
# scène 7
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Cour du lycée, midi. Soleil fort. Des groupes d’élèves mangent, discutent à
voix basse. Le bruit est constant, doux, comme une mer agitée au loin.
Caleb est assis avec deux amis, assiette plastique sur les genoux. Michaël
est adossé au mur, pas très loin, écouteurs dans les oreilles mais le regard
clairement tourné vers eux. Yuna, seule, est assise dans l’herbe, un carnet
sur les genoux.
> Ami 1
– Tu la regardes tout le temps, frère. C’est devenu une obsession ou quoi ?
> Caleb
(mâche lentement, sans lever les yeux)
– Tu parles trop fort.
> Ami 2
– Elle est jolie, ouais, mais elle fait flipper un peu. T’as vu ses yeux ? On
dirait qu’elle te lit.
> Ami 1
(rire moqueur)
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– C’est clair. Moi j’oserais pas. Toi par contre, on dirait que t’aimes te brûler
les ailes.
Caleb regarde Yuna. Elle ne le regarde pas. Elle dessine, son visage
tranquille, concentré. Il observe en silence.
> Michaël
– Ce n’est pas un jeu.
Silence.
> Caleb
(sèchement)
– J’ai dit quelque chose, moi ?
> Michaël
– Non. Mais tu joues. Tu la regardes comme un mystère, mais tu ne fais
rien. Et tu la laisses porter tout le silence.
> Caleb
– T’as l’air de bien la connaître.
> Michaël
(sourire en coin)
– Non. Mais je la respecte. C’est rare.
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Ses mots sont simples. Tranchants. Caleb le fixe un instant, puis baisse à
nouveau les yeux vers son assiette. Il ne mange plus.
Pendant ce temps, Yuna relève les yeux, comme si elle avait senti quelque
chose. Son regard se pose brièvement sur Michaël. Il ne bouge pas, ne
sourit pas. Juste un hochement très léger de tête.
Elle lui rend à peine son geste, referme doucement son carnet.
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# scène 8
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Fin d’après-midi. Le soleil dore les murs d’une salle presque vide. Michaël
est assis sur un bureau retourné, dos à la fenêtre ouverte. Yuna est debout,
sac sur l’épaule, carnet serré contre elle.
> Michaël
(regarde dehors, tranquille)
– Tu pars tôt aujourd’hui.
> Yuna
– J’attendais que ça se vide.
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Il la regarde. Elle ne sourit pas. Juste ce calme étrange, comme si elle
savait quelque chose qu’il ignorait encore.
> Michaël
– Tu veux qu’on rentre ensemble ?
> Yuna
– Je pars demain.
> Michaël
– En voyage ?
> Yuna
(secoue la tête doucement)
– Pour de bon. Je… je change de lycée. On déménage.
Il ne répond pas tout de suite. Un courant d’air fait voler les rideaux de la
fenêtre. On entend des oiseaux, une voix lointaine dans les couloirs.
> Michaël
– T’avais prévu de le dire à personne ?
> Yuna
– J’avais peur que ça sonne comme une fuite.
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> Michaël
(après une pause)
– Et ça l’est ?
> Yuna
– J’ai l’impression de n’avoir jamais été ici. Mais c'est pas pour ça... on va
dans une autre ville.
> Michaël
– Tu veux que je t’écrive ?
> Yuna
(léger sourire)
– Non. Écris-moi dans ta tête. Comme tu fais avec les gens que tu
n’oublies pas.
> Michaël
– Tu sais, je t’ai toujours trouvée plus forte que tu veux bien le montrer.
> Yuna
– Tu me regardes mieux que les autres. Peut-être parce que tu ne
cherches pas à comprendre.
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Elle dépose doucement un petit papier plié sur le bureau. Le carnet reste
contre elle. Puis elle sort, doucement. Michaël reste là, fixe le papier. Il le
déplie.
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# scène 9
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Matin froid, lumière blanche. Yuna est dans la voiture familiale, sur la
banquette arrière. Sa petite sœur dort, sa mère parle au téléphone. Elle
regarde par la vitre embuée.
Dans ses mains, un petit carnet. Elle le feuillette lentement. Des pages
pleines de mots hachés, de listes, de pensées :
> “Michaël est comme une branche qu’on attrape sans s’en rendre
compte.”
“Je crois que Caleb joue à ne pas sentir ce qu’il voit.”
“Si je pars, ce n’est pas à cause d’eux. C’est à cause de moi.”
Une dernière vue du lycée depuis la route. Elle pose sa main contre la vitre.
> Caleb
– Tu l’as vue, Yuna ? Elle est même pas venue ce matin.
> Michaël
(tranquille, presque absent)
– Elle est partie.
> Caleb
(rit)
– Quoi ? Partie où ? Elle sèche ?
> Michaël
– Non. Partie. Changement de lycée.
> Caleb
– Et tu dis ça comme… comme si c’était rien ?
> Michaël
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– Parce que je l’ai su avant que ce soit fini. Elle me l’a dit.
> Caleb
– Et tu l’as laissée partir ?
> Michaël
– T’aurais fait quoi ? Tu ne lui parlais pas vraiment, tu faisais que la
regarder.
> Caleb
– C’est pas vrai.
> Michaël
– Tu l’as regardée comme un rêve, pas comme une personne.
Un long silence. Caleb baisse la tête. On voit dans ses yeux un mélange de
colère, de honte, de regret.
> Caleb
– J’aurais dû lui dire que je tenais à elle.
(pause)
– Même si je savais pas comment.
> Michaël
– Trop tard. Elle a appris à partir sans prévenir.
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Il attrape son sac et s’éloigne. Caleb reste seul, dans le froid, les mains
dans les poches.
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# scène 10
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Soirée douce. Des bancs sous les arbres du parc derrière le lycée. Caleb
est avec deux amis : Karim et Léo. Ils mangent des chips et discutent en
lançant des cailloux dans une fontaine. Michaël n’est pas là.
> Karim
– Eh, j’vous jure, la prof d’histoire elle a failli me donner zéro ! Juste parce
que j’ai écrit “Seconde Guerre mondiale : bof.” dans l’intro !
> Léo
(rit)
– T’es un danger public, frère.
> Caleb
(sourit, distrait)
– Vous avez vu Yuna, cette semaine ?
> Karim
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– Yuna ? Ah ouais… La petite mystérieuse. Elle a disparu, non ?
> Léo
– Quelqu’un a dit qu’elle avait changé de bahut. Genre, sans dire au revoir.
> Caleb
(murmure)
– Ouais. Je savais pas non plus.
> Karim
– Attends attends… toi, tu savais pas ? Toi, le gars avec qui elle jouait aux
regards bizarres depuis un an ?
> Caleb
– C’est pas… c’était pas comme ça.
> Léo
– Vous parliez jamais, mais t’avais ce truc dans les yeux quand tu la
regardais. Genre... comme si t’étais amoureux mais que t’étais en prison.
> Karim
– C’était pas un crush, c’était un roman.
> Caleb
– Elle était…
(il cherche ses mots)
– Elle était là sans vraiment être là. Comme un rêve. Et maintenant elle est
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partie. Et j’ai rien dit.
Silence. Caleb regarde ses mains. Il serre un petit bracelet noir autour de
son poignet. Il appartenait à Yuna – il l’a trouvé au sol il y a quelques
semaines.
> Léo
– T’as des regrets ?
> Caleb
(voix basse)
– Ouais. Mais je crois que ce que je regrette le plus, c’est d’avoir cru que
j’avais le temps.
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# scène 11
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Elle s’arrête un instant, regarde autour d’elle. Pas de regards cette fois.
Juste des gens.
Elle inspire. Cette fois, elle n’est plus « celle qu’on regarde ». Elle est
presque invisible.
Et c’est peut-être ce dont elle avait besoin.
Quelques jours plus tard. Elle est assise au fond de l’amphi. Un garçon
s’approche. Haut, mince, cheveux en bataille, une démarche nonchalante.
C’est Caleb.
Yuna (calme) :
— Maintenant tu sais.
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Un silence lourd. Ils écoutent le cours sans vraiment entendre. À la fin, il ne
dit rien. Elle non plus. Mais il la suit des yeux en sortant.
Un couloir vide. Une porte s’ouvre. Yuna sort, carnet contre sa poitrine.
Michaël :
— T’as toujours cette tête de rêveuse que je reconnaîtrais à l’autre bout du
monde.
Yuna :
— Et toi t’as toujours ce sourire de gardien de phare.
Michaël :
— Je suis juste là. Pas plus, pas moins.
Il la suit à distance. Pas besoin de parler. Il est là. Il l’a toujours été.
Il la rejoint.
Caleb :
— Tu fuis encore les gens.
Yuna :
— Et toi, tu t’en nourris toujours.
Yuna :
— C’est toi qui veux parler. Moi je vis.
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# scène 12
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Yuna (calme) :
— Et toi, t’es toujours aussi... téméraire ?
Il rit un peu. Il ne sait pas comment se tenir. Il finit par s’asseoir à côté
d’elle, sans demander.
Caleb :
— J’ai entendu dire que t’étais dans le coin. Je croyais que c’était une
rumeur.
Yuna :
— Et toi, t’as pas changé. Toujours à suivre les rumeurs.
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Ils échangent un regard. Long. Pas hostile. Mais chargé de tout ce qu’ils ne
se sont jamais dit.
Caleb :
— T’as vraiment disparu, hein. Comme ça.
Yuna (après une pause) :
— J’ai juste pris un autre chemin.
Silence. Leurs épaules ne se touchent pas, mais ils regardent tous les deux
devant eux, comme s’ils observaient une vie ancienne.
Caleb :
— Tu m'as manqué ou plutôt tu me manques.
Yuna tourne lentement la tête vers lui. Son regard est doux mais opaque.
Yuna :
— Tu ne me connaissais pas.
Il ne répond rien tout de suite. Il baisse un peu les yeux. Elle soupire.
Yuna :
— Mais tu peux t’asseoir là. Si tu veux.
Un fin sourire se glisse entre eux. Rien de plus. Mais cette fois, ce n’est
plus le silence des rêves. C’est celui du réel, fragile, qui commence.
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# scène 13
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Yuna (doucement) :
— J’étais en retard. C’est toi qui fais semblant de me chercher.
Caleb :
— T’es toujours aussi piquante.
Yuna (regard franc) :
— T’es toujours aussi flou.
Yuna :
— Un jeu flou, peut-être.
Caleb sourit sans répondre. Le regard qu’il lance à Michaël est moins léger
que le ton. Yuna, elle, s’éloigne doucement, légère.
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Scène 7 — Les messages
Écran divisé : à gauche, Caleb dans sa chambre, allongé sur son lit,
écouteurs dans les oreilles, les yeux mi-clos.
À droite, Yuna assise dans le noir, la lumière de l’écran éclaire son visage,
ses jambes croisées, un dessin en cours sur ses genoux.
Message de Caleb :
« T’as pas le droit d’avoir ce regard-là sur quelqu’un d’autre. »
Réponse de Yuna :
« Tu ne l’as jamais eu pour toi. Tu as cru. »
Message de Caleb :
« J’ai envie de toi, et c’est pas que physique. C’est pire. »
Message de Caleb :
« Tu me rends fou. T’es douce, et tu t’enfuis. Pourquoi tu restes ? »
Réponse de Yuna :
« Parce que t’écris comme si t’étais amoureux. Et moi, je réponds comme
si j’y croyais. »
Message de Caleb :
« Tu veux qu’on arrête ? »
Réponse de Yuna :
« Tu veux que je reste ? »
Message de Caleb :
« J’veux que tu sois à moi. Mais je sais même pas ce que ça veut dire. »
Réponse de Yuna :
« Moi non plus. »
Elle dépose son téléphone. Sur ses genoux, un dessin inachevé. Deux
silhouettes s’effleurant, sans jamais se toucher.
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# scène 14
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Elle le sait. Elle lui rend parfois un regard, discret, presque provocant.
Un garçon — Lucien, beau parleur, dents trop blanches, costume trop serré
— s'approche d'elle. Il lui offre un verre.
Lucien :
— T’as l’air de flotter dans une autre galaxie. J’peux t’y rejoindre ?
Yuna :
— Alors tu ne dois pas en aimer beaucoup.
> "Toujours les mêmes gestes, les mêmes regards, les mêmes conquêtes.
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Il veut ajouter une étoile à son palmarès."
Yuna (chuchote) :
— Merci d’être là.
Michaël :
— Toujours.
Caleb :
— T’as dansé avec lui. Michaël.
Yuna :
— T’as dansé avec personne. Mais t’étais entouré.
Caleb (rictus) :
— T’es jalouse ?
Yuna (tourne la tête vers lui, sèche) :
— Et toi ?
Yuna (murmure) :
— Si tu m’embrasses, je vais te croire.
Elle reste seule sur la marche. Elle sort un petit carnet de sa poche. Un
stylo. Elle écrit à la lumière de la lune :
> "Ce n’est pas son baiser que j’ai fui, mais la douleur de ce qu’il aurait
détruit."
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# scène 15
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Soudain, une voix s’élève.
Les rires d’un petit groupe éclatent. Félix, long gilet, lunettes de travers,
débarque en reculant, théâtral. Il scanne la terrasse — puis l’aperçoit.
Félix :
— Ah ! Miss silence et carnets maudits !
(à ses potes)
Je reviens, je vais consulter l’oracle.
Félix :
— C’est moi celui-là ?
Yuna :
— Non.
Félix :
— Mais… il me ressemble ?
Yuna (sourit à peine) :
— Un peu. Par les yeux.
Il ne sait pas quoi répondre. À ce moment-là, Yann surgit, le pas rapide, les
bras chargés de canettes.
Yann :
— Yo ! Vous êtes en pleine autopsie de l’âme ou j’peux me poser ?
Félix (ironique) :
— Bienvenue au club des âmes sensibles.
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Yuna :
— Il reste une place à gauche. Et pas de questions.
Yann :
— Tu fais quoi ?
Yuna :
— Je dessine.
Yann (sourit) :
— C’est ce que je voulais entendre.
Il ne voit pas le regard rapide que Félix lui lance. Pas méchant, juste… flou.
Marc :
— Moins amer que d’habitude. Goûte.
Yuna (surprise) :
— Tu savais ?
Marc :
— J’ai deviné.
Puis, sans qu’aucun d’eux ne s’en rende compte, leurs regards convergent
vers Yuna. Mais jamais en même temps. Ils s’observent sans s’observer.
Ils sont tous là pour elle, sans l’admettre. Même pas à eux-mêmes.
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Yuna reste seule. Elle les regarde partir. Et dans ses yeux, une tristesse
presque tendre.
Sa voix intérieure :
> "Ils m'entourent, mais ils ne se voient pas. Ils marchent tous dans des
directions différentes, et moi… je reste au centre."
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# scènes 16
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> Elle est là, comme toujours. Immobile. Et pourtant, tout tourne autour
d’elle. Ils rient, ils cherchent son attention. Je les connais — ce n’est pas
vraiment elle qu’ils voient. C’est l’éclat autour d’elle. Mais moi… moi je vois
la faille dans son regard quand elle croit que personne ne regarde.
> "J’te regarde d’en haut comme un vieux corbeau dramatique. C’est grave
si t’as formé un harem sans me prévenir ?"
Réponse de Yuna :
Caleb :
> "Je préfère quand t’es seule. Pas parce que t’es à moi. Juste parce que
j’arrive à respirer."
Long silence.
Yuna :
Le soir...
Lieu : Une ruelle calme derrière les bâtiments, éclairée par les lampadaires.
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Il est tard. Les bruits de la soirée se sont éloignés.
Yuna est adossée à un mur, les bras croisés.
Caleb se tient en face d’elle, à quelques pas. Il ne sait pas quoi faire de ses
mains.
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Caleb :
(tentant de plaisanter)
— Tu fuis la fête ou t’es en mission d’espionnage nocturne ?
Yuna :
(sèchement)
— Je fuis ce qui m’étouffe. Ce qui me plaît trop aussi, parfois.
(pause)
Et toi ? Tu me suis ou tu te perds comme d’habitude ?
Caleb :
— Peut-être un peu des deux.
(tente un sourire, mais son regard reste sérieux)
T’as toujours cette façon de parler… Comme si t’étais déjà loin, même
quand t’es là.
Yuna :
(s’avance d’un pas)
— Peut-être parce que personne ne me retient vraiment.
Caleb :
— Tu veux qu’on te retienne, Yuna ? Ou tu veux juste t’assurer qu’on court
après toi ?
Yuna :
(les yeux plantés dans les siens)
— Dis-le, Caleb. Dis ce que t’as toujours tourné autour. Parce que moi j’suis
fatiguée de ce théâtre.
Si tu sais pas ce que tu ressens, si t’as juste besoin d’une distraction,
dis-le.
Mais ne viens pas me chercher comme ça. Ne m’effleure pas comme si
j’étais un fantasme à moitié réel.
J’suis là. Entière. Et j’ai mal aussi.
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Caleb :
(la voix plus basse, presque rauque)
— Je sais même pas comment t’aimer, Yuna.
T’es pas comme les autres.
Avec toi, je me sens… fragile.
Et ridicule. Et vivant. Et c’est pas ce que j’avais prévu.
Yuna :
— Moi non plus, j’avais rien prévu. Mais j’ai arrêté d’inventer.
(pause)
Tu me veux ou tu veux juste ce que je fais de toi ?
Tu me regardes ou tu regardes ce que les autres voient quand je passe ?
Caleb :
— Je te regarde.
(puis, plus doucement)
Mais parfois je comprends rien. Et j’ai peur de ne jamais réussir à…
t’atteindre.
Yuna :
— Peut-être que tu ne peux pas. Peut-être que c’est pas moi le problème.
Peut-être qu’il faut arrêter de jouer.
Tu me veux… mais tu ne me traites jamais comme quelqu’un que tu
pourrais perdre.
Et moi j’en ai marre d’être le rêve de quelqu’un. Je veux être sa réalité.
Caleb :
(la voix brisée, murmurée)
— J’ai peur de la réalité, Yuna.
Yuna :
— Moi j’ai peur de rester un mystère pour des gens qui ne cherchent même
pas à me comprendre.
Yuna :
— Dis-le ou laisse-moi partir pour de bon.
Caleb :
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(yeux humides, battu)
— Je t’aime… mais c’est un amour flou.
Pas celui des livres. Celui qui fait mal avant même de commencer.
Yuna :
— Alors c’est pas de l’amour.
(puis plus doucement)
Pas encore.
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# scène 17
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Lieu : Une grande pelouse devant la bibliothèque. Il fait beau. Les étudiants
sont éparpillés en petits groupes. Michaël est assis contre un arbre, un
carnet ouvert. Yuna arrive avec deux cafés.
Yuna :
(tendant un gobelet)
— Tu bois toujours ton café froid, ou t’as grandi depuis ?
Michaël :
(sourire tranquille)
— Grandir, c’est pas mon projet cette année.
Félix :
(les rejoignant en courant, sac sur l’épaule)
— Vous êtes là ! J’ai cru que j’étais à la bourre pour notre projet de socio.
Yuna :
— On l’a déjà fini, Félix.
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Félix :
— T’abuses… Vous pouviez pas m’attendre ?
Michaël :
— On a fini la théorie. Il reste ton charme naturel pour la présentation.
(Félix sourit, pose sa main sur l’épaule de Yuna, un peu trop longtemps.)
Yuna :
— T’as pris ton café, Félix ?
Félix :
(surpris)
— Euh… non ?
Yuna :
— Alors c’est pour ça que t’es autant en manque d’attention.
Marc :
(venant de l’arrière, bras croisés)
— Yuna, t’aurais pas oublié qu’on avait prévu de répéter la scène de
théâtre ?
(Marc a toujours ce petit air ironique, presque supérieur.)
Yuna :
— Oh non. Mais je pensais qu’on allait faire ça demain ?
Marc :
— T’es toujours occupée, non ? T’as un emploi du temps qui se remplit tout
seul.
Félix :
(ironique)
— C’est ça quand t’es le soleil de l’université.
Yuna :
— Et vous êtes mes lunes en orbite, c’est ça ?
Yann :
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(arrivant à son tour, les écouteurs sur les oreilles)
— Vous parlez de Yuna encore ?
(s’adressant à elle)
— T’es au courant que tu fais parler même les profs ?
Yuna :
(amusée)
— Qu’est-ce qu’ils disent ?
Yann :
— Que t’as un cerveau brillant, et une tête à embrouiller n’importe qui.
(Elle rougit à peine, mais son regard se pose sur Caleb qui vient de
s’approcher de loin. Il s’arrête à quelques mètres, hésite, les observe.)
Michaël :
(doucement à Yuna)
— Tu veux que j’aille lui dire de partir ?
Yuna :
— Non. Laisse. Il faut qu’il voit.
(Elle se lève lentement. Caleb baisse les yeux. Les autres garçons la
regardent s’éloigner, tous dans une tension discrète.)
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Quelques instants après....
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Caleb :
— J’te dérange ?
Yuna :
(levant les yeux doucement, sans sourire)
— Tu déranges toujours un peu. Mais j’ai jamais dit que c’était
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désagréable.
Caleb :
— Tu m’as manqué, un peu.
Yuna :
— “Un peu”, c’est ton degré maximum d’émotion ?
Caleb :
(rictus)
— Non. C’est mon degré de protection.
Caleb :
— J’ai revu les messages. Tous. Tu me parlais comme si tu voulais me
sauver… et moi je faisais le con à séduire le monde entier sauf toi.
Yuna :
— T’étais déjà en train de me séduire. Mais tu voulais pas l’assumer. Tu
m’as gardée comme on garde un rêve sous une vitre.
Caleb :
— On fait quoi de ça maintenant ?
Yuna :
— Je sais pas ce que c’est, Caleb. De l’amour, de l’habitude, de la peur de
se perdre. Peut-être un peu tout à la fois.
Caleb :
— J’ai peur de toi.
Yuna :
— Je te crois.
Félix (murmurant) :
— Ils se sont retrouvés…
Marc :
— T’es jaloux ?
Félix :
— Tu l’es pas ?
Yann :
— Je sais même pas ce que je ressens pour elle.
Marc :
— C’est ça le pire. Personne ne sait ce qu’elle est pour nous. Ni ce qu’ils
sont, eux deux.
(Ils regardent encore. Caleb a posé son front contre celui de Yuna. Ils ne
s’embrassent pas. Il y a quelque chose de plus fort, plus lent, suspendu.)
Michaël :
(doucement)
— Elle fera mal à tout le monde sans le vouloir. Même à lui.
---
# scène 18
---
Yuna :
— Bien sûr. (Elle referme doucement son carnet.)
Félix :
— Tu sais, je t’ai vue l’autre jour avec Caleb… Vous aviez l’air… (il cherche le
mot) perdus.
Yuna :
— Peut-être que j’y suis. Mais j’aime bien revenir, parfois. Pour certains.
(Il baisse les yeux. Elle ne répond pas tout de suite. Puis elle lui tend une
mini feuille pliée en quatre.)
Yuna :
— Tiens. C’est une phrase que j’ai écrite ce matin. Elle est pour toi
maintenant.
---
Marc arrive quelques minutes plus tard. Il pose sa main sur l’épaule de
Yuna sans demander et s’assoit entre elle et Félix.
Marc :
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— Tu collectionnes les poètes, maintenant ?
Yuna (amusée) :
— Peut-être que c’est eux qui me collectionnent.
Marc :
— J’ai un projet photo. Je veux que tu sois mon sujet. Juste toi. Ta manière
d’être seule, ta peau qui retient la lumière. C’est pas un compliment, c’est
une obsession.
Félix (piqué) :
— Tu pourrais demander avant de parler d’elle comme ça.
(Yuna ne dit rien. Elle replie lentement ses mains sur son carnet.)
---
Yann entre peu après, une bouteille de jus à la main. Il ne dit rien tout de
suite, s’assied doucement à côté d’elle.
Yann :
— Tu manges pas ?
Yuna :
— Pas trop faim.
Yann (sincèrement) :
— Faut pas disparaître. On t’aime bien, même si t’as l’air d’une apparition.
---
# scène 19
---
Lieu : Toit de l’université, fin d’après-midi. Le ciel est pâle. Marc est allongé,
Yuna assise à côté de lui.
Yuna :
— Parfois j’oublie qu’elle est là, la bulle. Et tu passes au travers.
Yuna :
— Peut-être. Ou peut-être que tu veux que ça le soit.
(Il la regarde longtemps, puis hoche la tête comme s’il avait obtenu une
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réponse, même floue.)
---
Félix :
— Pause café ? Je t’en ai pris un, avec du lait d’amande, comme t’aimes.
Yuna :
— T’es quelqu’un de calme à l’intérieur. Tu laisses respirer les gens.
Yuna :
— Tu veux que ce soit spécial entre nous ?
(Ses doigts effleurent brièvement ceux de Yuna. Elle ne les retire pas.)
---
Lieu : Parc près du campus, un samedi matin. Yuna lit sur un banc. Yann
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arrive en jogging.
Yann (essoufflé) :
— T’es toujours là où on s’y attend pas.
Yuna :
— T’as l’air honnête. C’est rare ici.
---
# scène 20
---
Yuna :
— Ce n’est pas parce que je t’écoute que je te veux.
(Son ton est doux mais ferme.)
(Yuna reste silencieuse. Marc sort en souriant, convaincu qu’elle finira par
céder. Mais elle, immobile dans la lumière déclinante, regarde le piano
sans rien dire, le cœur calme.)
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---
Yuna et Félix le lendemain...
(Yuna lève doucement les yeux vers lui. Il soutient son regard un peu trop
longtemps.)
Yuna (doucement) :
— Il l’est. Et parfois… il veut dire “reste à distance”.
(Félix la regarde, perplexe, mais garde espoir. Il croit sentir une hésitation.
Elle, pourtant, est ailleurs, très loin.)
---
Yann :
— Tu ne vois pas ce que tu provoques. C’est ça qui rend fou.
(Il se penche un peu, leurs visages proches.)
— Tu sais que t’as ce truc… qu’on ne trouve qu’une fois.
(Yann se redresse, troublé. Il croyait être sur le point de “l’avoir”, mais elle
l’a déjà repoussé, sans violence, avec clarté.)
---
# scène 21
---
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Scène 21 — “Silences en collision” (Marc, Félix, Yann & Yuna)
Félix (calme) :
— C’est une bibliothèque, pas ta loge privée.
(Yuna lève enfin les yeux. Elle regarde les trois garçons. Un à un.
Longtemps.)
Yuna (simplement) :
— Ce que je cherche, ce n’est pas ici. Pas dans vos gestes, pas dans vos
regards.
(Marque une pause.)
Mais je vous aime bien. Chacun pour des raisons différentes. C’est
peut-être ça, le problème.
(Un silence lourd. Aucun ne répond. Un à un, ils retournent à leurs notes.
Mais aucun ne lit encore.)
---
Quelques instants plus tard, dehors, devant la bibliothèque. Le soleil
décline. Yuna est sortie pour respirer. Elle s’est assise sur un muret. Le
vent joue doucement avec ses cheveux.
Michaël la rejoint sans un mot, deux cafés à la main. Il lui tend l’un. Elle
l’accepte, sans le regarder.
Yuna (doucement) :
— Je sais.
(Elle pose sa tête contre son épaule. Ils restent là, sans parler. Les
lumières s’allument peu à peu dans les bâtiments. Le silence entre eux est
plein, rassurant.)
---
---
Pensée de Marc :
Elle me provoque ou quoi ? Elle sait très bien ce qu’elle fait. Elle m’a
regardé comme ça… Elle dit qu’elle ne veut rien, mais elle revient toujours.
Elle aime ça. Jouer avec moi. Elle attend que je prenne ce qu’elle n’ose pas
demander. Elle est fière, mais elle cèdera.
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— Elle veut me faire courir. Ok. J’aime les défis.
Il démarre en trombe.
---
2. Félix — Sur son lit, écouteurs dans les oreilles, regard au plafond.
Il a retiré ses lunettes. Les yeux rouges, perdus dans le vide. Il repasse leur
conversation encore et encore.
Pensée de Félix :
Elle m’a regardé avec douceur. Elle m’a écouté. Elle ne m’a pas repoussé…
pas vraiment. Elle a dit qu’elle voulait rester concentrée sur ses projets.
Elle m’a touché l’avant-bras en me parlant. C’était pas rien, non ?
Peut-être que je dois juste attendre. Être là, discret. Elle finira par me voir.
---
Il frappe, plus fort à chaque mouvement. Il est tendu. Son t-shirt colle à sa
peau.
Pensée de Yann :
Je me suis fait avoir. Encore. Elle est trop gentille. Trop douce. Elle me
regarde avec ces yeux-là et je crois qu’on est seuls au monde. Mais elle
regarde tout le monde comme ça ? Elle m’a dit que j’étais spécial. Je l’ai
cru. Je veux pas être juste “sympa”.
Il frappe à nouveau, plus fort. Le sac balance, revient vers lui. Il l’attrape à
pleine main.
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---
Yuna, toujours assise à côté de Michaël. Elle lève les yeux vers le ciel. Elle
ne sait pas encore que, sans le vouloir, elle a déclenché des orages.
---
# scène 22
---
Personnages : Yuna, Michaël, Félix (de loin), Marc (passe en voiture), Yann
(en sortie de sport), Caleb (en approche).
---
La lumière est dorée, l’air est lourd. Yuna est assise sur un muret. Michaël
est à côté, les jambes croisées, les bras posés derrière lui.
Michaël :
— Et personne ne te le demande vraiment.
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Yuna :
— Exactement.
Elle ferme les yeux un instant. Au loin, Félix passe. Il lui fait un signe
timide. Elle lui rend à peine.
Yuna (amer) :
— Je ne suis même pas sûre qu’il me voit vraiment.
Un groupe sort du gymnase. Yann en short, sac sur l’épaule, croise leur
regard. Il la fixe un peu trop longtemps. Yuna baisse les yeux. Michaël,
calme, observe tout ça.
Caleb (froid) :
— Je vous dérange ?
Caleb :
— J’crois qu’on est deux à mal tomber.
Caleb :
— J’en sais rien. Toi tu dis rien. Moi j’essaie. Et lui… (regard vers Michaël) il
est toujours là.
Silence.
Yuna regarde Michaël s’éloigner. Puis Caleb. Elle reste là, seule, sur ce
muret.
Une bourrasque soulève ses cheveux. Elle murmure :
---
# scène 23
---
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Scène 23 — “C’est fini le flou”
---
L’ambiance est calme, la lumière chaude. Yuna est assise avec un carnet.
Félix arrive, hésitant, avec deux boissons. Il s’assied sans attendre de
réponse.
Félix :
— Je me suis dit que t’aimerais du thé glacé.
Félix (surpris) :
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Silence.
Félix joue avec son gobelet. Il ne sait pas quoi répondre. Il finit par dire :
Félix :
— T’es courageuse. Merci de l’avoir dit.
---
Félix se lève, laisse la boisson. Il part sans colère, juste un peu sonné.
Yuna reprend son carnet. Elle écrit une phrase simple :
Un jour...
Une salle d’étude presque vide, un jour de pluie. Bruit régulier des gouttes
sur les vitres.
---
Yann est assis en face d’elle, un livre ouvert devant lui. Ils ont travaillé une
heure sans parler. Il la regarde souvent quand elle ne voit pas. Puis il se
lance.
Yann :
— T’sais, j’ai l’impression que… quand on est ensemble comme ça, tout est
plus simple.
Yuna (calmement) :
— Les silences ne sont pas des promesses. Parfois, je me tais parce que je
ne sais pas comment dire non sans faire de mal.
Yuna :
— C’est non. Mais c’est pas contre toi. C’est pour moi. J’ai besoin que les
choses soient claires. J’ai trop longtemps laissé croire. Je suis désolée.
Un long silence.
Yuna (doucement) :
— Tu mérites quelqu’un qui croit avec toi. Moi, je cherche encore ce que je
ressens, et c’est pas juste de t’emmener là-dedans.
---
Yann referme lentement son livre. Il la regarde une dernière fois, et lui dit
avec un demi-sourire :
Yann :
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— T’es toujours aussi douce quand tu brises un cœur ?
---
Dans un coin isolé du campus, près d’un vieux bâtiment tranquille. Fin de
journée, lumière dorée.
---
Marc attend adossé au mur. Il a ce sourire sûr de lui. Yuna arrive, un peu
méfiante, mais calme.
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Marc (son sourire tombe légèrement) :
— T’es dure, là.
Yuna :
— Non. Je suis claire. Et j’aurais dû l’être plus tôt. T’as été gentil, drôle,
parfois même touchant. Mais je ne suis pas un miroir de ton désir. Et je te
dois pas plus que ma sincérité.
---
Marc reste planté là, figé. Yuna s’éloigne sans se retourner. La lumière
dorée tombe sur elle comme un dernier mot. Elle a dit non, et elle ne
reviendra pas dessus.
---
# scène 24
---
---
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Yuna et Caleb sont assis côte à côte, mais leurs chaises sont très proches.
Caleb lui montre quelque chose sur son cahier, et leurs épaules se frôlent
presque tout le temps. De temps en temps, ils échangent un regard
complice, un sourire silencieux. Il y a une légèreté dans leurs gestes, mais
une tension plus profonde dans l’air.
Caleb glousse discrètement. Il lui passe une feuille avec un mot griffonné :
"Tu veux que je t’emmène loin d’ici, juste une heure ?"
---
Étudiante 2 :
— Il lui touche le bras comme si c’était rien. Mais ya quelque chose c'est
sûr.
Étudiante 1 :
— Ils sont pas ensemble ? J’étais persuadée qu’ils sortaient ensemble au
lycée.
Étudiante 2 :
— Personne sait. Mais elle, c’est sûr, elle a quelque chose avec lui. Elle
rigole que comme ça avec lui.
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À une autre table, un groupe de garçons regarde aussi discrètement.
Étudiant 3 :
— Elle est pas censée être super pote avec Michaël aussi ? C’est bizarre ce
triangle.
Étudiant 4 :
— Moi je dis, Caleb va se cramer. Elle a trop ce truc… calme en apparence,
mais qui fout le bordel dans la tête.
---
Parfait. Voici la scène 30, centrée sur Michaël, discret mais lucide, qui
observe de loin l’évidence qui le frappe plus fort que prévu.
---
---
Michaël est assis seul à une table, un peu plus loin. Il regarde dans la
direction de Yuna, mais fait semblant de lire un PDF sur son ordi. Ses
écouteurs pendent dans le vide. Ses doigts tapotent nerveusement le bord
de la table.
Il voit Caleb glisser un mot à Yuna. Elle esquisse ce petit sourire rare, celui
qu’elle ne sort que quand elle est vraiment prise dans un jeu. Il ne l’a pas vu
sourire comme ça avec lui depuis longtemps.
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Caleb se penche, murmure quelque chose. Yuna penche la tête
doucement, amusée, mais ne le repousse pas.
Michaël détourne les yeux. Inspire. Expire. Il le savait déjà. Il l’a toujours su.
Mais là… c’est comme si le sol validait officiellement ce qu’il ne voulait pas
nommer.
---
Il baisse les yeux sur ses notes, mais elles se floutent légèrement. Il appuie
ses coudes sur la table, croise les mains devant sa bouche, longtemps.
L’air autour de lui reste silencieux, mais dans sa tête ça cogne. Un peu de
jalousie, beaucoup de tristesse. Et surtout, un aveu silencieux :
---
Un de ses potes passe derrière lui, lui tape l’épaule. Michaël sursaute
légèrement, se compose un visage neutre. Il lève les yeux, hoche la tête.
Puis retourne à son écran.
Mais son regard glisse une dernière fois vers Yuna. Elle rit. Caleb la
regarde comme si elle était un poème compliqué qu’il ne comprendra
jamais mais qu’il veut lire encore. Michaël, lui, ferme les yeux un instant.
---
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# scène 25
---
---
Caleb marche seul, les mains dans les poches, les écouteurs dans les
oreilles mais sans musique. Il vient de quitter Yuna, encore étourdi par leur
échange. Les couloirs sont calmes, presque vides. Il ralentit, puis s’arrête
près d’une fenêtre. Il regarde dehors. Respire fort.
---
Il pense à ses yeux quand elle le regarde vraiment. À ce petit rire timide,
rare. À la façon dont elle répond toujours par une question, comme si elle
n’était jamais totalement là. Et pourtant, elle y est. Dans chaque recoin de
ses pensées.
---
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Il cogne doucement sa tête contre la vitre. Une grimace. Il se parle tout
seul, comme pour se convaincre, ou se défier :
Caleb :
— Je la veux.
---
# scène 26
---
---
Yuna est assise sur un banc, carnet en main. Elle dessine, le visage calme,
un peu absent. Des pas rapides résonnent derrière elle. Marc s’approche,
les sourcils froncés, le souffle court, les mains serrées.
Marc :
— C’est vrai alors ?
(plus fort) — C’est vrai ce qu’on dit ? Toi et Caleb ?
Yuna :
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— Marc... Qu’est-ce que tu racontes ?
Marc :
— Tu sais très bien de quoi je parle. Depuis quand tu joues à ce petit jeu-là,
hein ? Tu fais croire à tout le monde qu’il n’y a rien, que t’es différente, mais
t’es pareille. Pire même.
Yuna :
— Je t’ai jamais rien promis, Marc. Tu t’es fait des films tout seul. Et ce que
je partage avec Caleb, ça ne te regarde pas.
Marc :
— Non. Non, Yuna. Tu vas pas me regarder comme ça, comme si j’étais
fou. Tu m’as laissé espérer.
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Marc (chuchote, la voix brisée) :
— … Je voulais juste que ce soit moi.
Elle s’éloigne, tremblante mais droite, digne. Marc reste seul, écroulé sur le
sol, frappé par sa propre violence.
---
Très bien. Voici la scène 33, dans la continuité directe. Yuna vient de vivre
une agression physique et se retrouve à encaisser, sans répit, une
agression verbale de Yann, qui la blesse profondément sans même le
savoir. C’est une scène lourde, tendue, où les mots deviennent des armes.
---
---
Yuna marche vite, le visage fermé, les mains tremblantes. Elle sort à peine
du bois où Marc l’a embrassée de force. Le vent s’est levé. Elle resserre sa
veste sur ses épaules. Un bruit de pas derrière elle. Yann.
Yann :
— Hé ! Yuna !
(la rattrape, essoufflé) — Tu m’as évité toute la journée, maintenant tu te
caches dans les bois ? Sérieux ?
Yann :
— T’es au courant que les gens parlent ? Que ton nom circule dans toutes
les conversations ? Caleb, Marc, Félix… T’as des dossiers avec tout le
monde ou quoi ?
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Elle s’arrête net. Se tourne lentement vers lui. Le regard vide, presque
éteint.
Yuna :
— T’as fini ?
Yuna ne répond pas. Elle respire fort, les yeux embués mais ne pleure pas.
Elle serre les poings. Yann continue, sans remarquer ce qu’il vient de
déclencher.
Yann :
— Tu veux quoi au juste ? Être désirée ? Être admirée ? T’es pas différente,
Yuna. T’es juste une fille comme les autres. Mais tu fais croire que t’es
au-dessus. T’as rien de spécial.
Elle le regarde, longtemps. Et cette fois, sa voix est calme, plus calme
qu’elle ne devrait l’être.
Yuna :
— Tu parles comme quelqu’un qui souffre de ne pas m’avoir eu.
Yuna :
— Non. Mais toi, oui.
Un silence. Yann reste figé. Elle le regarde une dernière fois, puis s’éloigne
sans se retourner.
---
# scène 27
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---
---
Félix descend les marches, les écouteurs dans les oreilles. Il retire l’un
d’eux, intrigué par une silhouette assise sur un banc à l’ombre. Yuna.
Immobile. Fragile. Le visage tourné, les épaules secouées. Il s’approche
lentement.
Félix :
— Yuna…?
Félix :
— Qu’est-ce qu’il se passe ? Tu—
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Félix (doucement) :
— Non. Non, je…
---
Très bien. Voici la scène 35 – Yuna seule, brisée, cherchant un refuge dans
une ville qui lui semble soudain étrangère. C’est un moment de vide, d’écho
intérieur, où tout bascule.
---
Elle se laisse tomber contre un mur. S’assied sur le trottoir. Sa robe est
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froissée, ses doigts tremblent. Elle regarde ses genoux, puis ses mains
comme si ce n’était pas les siennes.
Yuna (murmure) :
— J’ai dit non.
Silence. Elle fixe le sol, les yeux agrandis par la panique contenue. Puis ses
mains viennent couvrir son visage. Elle gémit faiblement, un sanglot
étranglé, sec, douloureux.
Yuna :
— Il a pas écouté.
(puis plus fort)
Ils ont jamais écouté. Personne.
Yuna :
— Ils croyaient tous que je jouais. Que je faisais exprès. Mais j’ai rien
demandé… j’ai juste existé. Juste… existé.
Elle serre ses bras autour d’elle. Une larme roule sur son cou.
Le silence lui répond. Elle fixe le vide, les yeux écarquillés, le souffle coupé.
Un instant, on croit qu’elle va s’effondrer.
Mais elle ferme les yeux, lentement, posant sa tête contre le mur. La colère
en elle commence à bouillonner, doucement, presque imperceptiblement.
---
Quelques minutes après....
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---
Elle se tient là. Immobile. Le regard planté dans celui de son reflet.
Yuna :
— Tu savais. Tu l’as vu venir. Et t’as pas bougé.
Elle se penche en avant, fixe son reflet droit dans les yeux.
Yuna :
— Tu crois qu’il va s’excuser ? Tu crois qu’il regrette ? Tu crois que
quelqu’un a vu ? Que quelqu’un va dire quelque chose ?
Yuna (amer) :
— Personne dira rien. Parce que j’ai pas crié. Parce que j’ai pas saigné.
Parce que j’ai pas frappé.
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Puis elle repose le feutre. L’encre coule légèrement. Yuna s’éloigne, sans
un mot de plus, et s’allonge sur son lit, toute habillée. Elle regarde le
plafond. Le silence est lourd.
Et pour la première fois depuis longtemps, elle ne pense pas à Caleb. Elle
pense à elle. Juste à elle.
---
# scène 28
---
---
Yuna est assise seule sous un arbre, dos à la lumière. Elle écrit dans un
petit carnet. Caleb la voit de loin. Il hésite. Il n’a pas osé la contacter
depuis les rumeurs, depuis sa disparition, depuis... tout ça.
Yuna lève à peine les yeux. Aucun sourire. Juste un hochement de tête.
Elle ferme doucement son carnet et remet ses écouteurs.
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Caleb fait encore un pas.
> Caleb :
« J’ai cru que je savais comment t’approcher. Mais t’es plus loin que
jamais. Et je... j’aime pas ça. »
Caleb baisse les yeux, comme s’il venait d’être repoussé par une barrière
invisible. Il reste là quelques secondes, puis repart sans insister.
---
Un peu après....
---
Yuna est encore assise, cette fois sur un banc. Elle ne regarde rien.
Michaël s’approche en silence. Il ne dit rien. Il s’assied à côté d’elle, à une
bonne distance. Il sort un petit paquet de biscuits, le pose entre eux, sans
un mot.
> Yuna :
« Tu vas pas me dire que ça va passer, hein ? »
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> Michaël :
(voix posée)
« Non. Parce que je sais pas si ça passera. Mais je suis là. »
Un silence lourd. Yuna baisse les yeux. Michaël reste encore un moment,
puis se lève doucement.
> Michaël :
« Tu veux que je t’aide à rien faire, demain aussi ? »
Yuna, cette fois, esquisse un tout petit sourire. Presque triste. Mais un
sourire quand même.
---
# scène 29
---
---
Félix sort de cours. Il la voit plus loin, adossée au mur, seule. Elle attend
sans vraiment attendre. Elle regarde dans le vide, presque absente.
Il hésite. Elle ne l’a pas revu depuis ce jour-là. Ce jour où, pour la première
fois, elle a crié. Tremblé. Pleuré. Elle s’était enfuie sans qu’il ait pu dire un
mot.
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Il s’approche, lentement, maladroitement.
> Félix :
« Yuna... »
Elle lève les yeux. Pas de fuite. Juste... de la distance. Elle reste
silencieuse.
Elle serre ses bras contre elle, croise les bras comme pour se tenir. Son
regard vacille un instant. Puis elle hoche la tête, une fois.
> Yuna :
« Non. Mais faut bien dire quelque chose. »
> Félix :
« Je t’avais jamais vue comme ça. Et je crois que... je t’ai jamais vraiment
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vue, en fait. »
> Félix :
« C’est vrai. »
Il baisse la tête, puis relève les yeux, plus sincère que jamais.
> Félix :
« Je veux plus faire ça. »
Yuna ne répond pas. Mais cette fois, quand elle part, elle le regarde une
dernière fois. Et ses yeux ne sont plus fuyants. Ils sont tristes, mais clairs.
Elle le reconnaît enfin, lui aussi.
---
# Scène 30
---
Ils ne s’étaient pas donné rendez-vous. Mais voilà. Tous les trois, là, à
quelques mètres les uns des autres, dans ce coin tranquille où l’air semble
plus lourd que d’habitude.
Félix est déjà assis. Marc arrive, les écouteurs encore dans les oreilles,
visage fermé. Yann les rejoint peu après, un sachet de café glacé à la main,
toujours aussi détaché en apparence.
Un silence.
Félix lève la tête, surpris par le ton calme et cynique. Marc garde les yeux
ailleurs.
> Félix :
« Elle évite tout le monde. »
> Félix :
« Tu l’as blessée, Marc. Tu crois qu’on sait pas ? »
Marc serre les mâchoires, lève les épaules comme pour se défendre.
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> Marc :
« Elle jouait. Elle faisait tourner tout le monde. Tu veux me dire que t’étais
pas touché toi aussi ? »
> Félix :
« Elle m’a touché aussi. Mais c’est pas une excuse. Moi, je voulais juste
qu’elle aille bien. Et c’est la première fois que je l’ai vue tomber. »
> Marc :
« C’est Caleb. C’est lui qui l’a. Vous l’avez vu, non ? Les regards, les
messages, tout le monde en parle. C’est lui qui l’a faite changer. »
> Yann :
« Non. C’est pas Caleb. C’est toi. »
Le silence s’abat.
> Félix :
« Y’en a aucun d’entre nous qui peut dire qu’il l’a vraiment connue. On l’a
regardée comme un miroir. On n’a vu que ce qu’on voulait. »
---
---
Le silence est pesant. Les trois garçons restent figés dans une tension
presque insoutenable. Marc, toujours debout, tourne en rond comme une
bête traquée. Son souffle s'accélère. Il sait ce qu’il doit dire. Il sait aussi
que ça va faire mal.
> Félix :
« Et tu l’as poussée à bout. »
85 / 111
Marc baisse la tête. C’est presque imperceptible. Mais c’est un oui.
86 / 111
---
# scène 31
---
Le monde s’arrête un instant pour Caleb. Il serre les dents. Son souffle
s’alourdit. Il avance, rapide. Très rapide. Les autres ne le voient qu’au
dernier moment.
Le poing part. Une droite brutale, sèche, dans la mâchoire. Marc chute au
sol, groggy.
Caleb s’arrache à leur étreinte, tremble. Il recule d’un pas. Les poings
serrés. Le visage déformé par la haine.
Parfait. Voici la scène 44, une confrontation tendue entre Caleb et Michaël.
Deux figures importantes dans la vie de Yuna, deux manières de l’aimer,
deux formes de colère. Mais un même sentiment : l’impuissance.
88 / 111
---
Plustard.....
Lieu : Une salle de musique vide. Le soleil tombe par les fenêtres,
silencieux témoin d’une dispute entre deux garçons bouleversés.
---
Caleb est là, assis sur une table, la tête baissée. Il serre sa main bandée
après la bagarre. Michaël entre, furieux.
> Michaël :
« Je t’ai posé une question. »
> Michaël :
« J’aurais préféré que tu penses à Yuna au lieu de faire un scandale public !
Elle a besoin de calme, pas que tout le monde parle d’elle encore plus ! »
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> Caleb (rage sourde) :
« Il l’a embrassée de force. Il l’a mise mal, il l’a salie. Et moi, je devrais
juste… rester là ?! »
> Caleb :
« Et toi t’as fait quoi, hein ? Tu l’as vue souffrir et t’as rien dit ! T’étais là,
tous les jours, et t’as rien vu venir ! »
Silence lourd. Caleb détourne le regard. Michaël baisse les yeux, puis
murmure :
> Michaël :
« On est deux à vouloir la sauver, Caleb. Mais on va finir par l’écraser, à
force. »
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Il s’en va. Caleb reste seul. Le poing encore tremblant. Le cœur en vrac.
---
# scène 32
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---
La pluie trace des lignes lentes sur la vitre. Yuna est assise à son bureau,
tête posée contre sa main. Sa chambre est propre mais impersonnelle.
Comme si elle s’y était vidée.
Elle fixe une feuille blanche, immobile. Une boîte de crayons est posée à
côté, couverte de poussière. Elle la prend, souffle doucement dessus. Un
nuage gris s’élève.
Elle choisit un crayon, hésite, puis commence à tracer des lignes. Sa main
tremble légèrement au début, puis s’apaise.
Un dessin naît, lentement. Ce n’est pas parfait, ni même joli. Mais c’est elle.
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Une silhouette solitaire, un regard trop grand, un vide tout autour.
---
> Fille 1 :
« Mystère et boule de gomme. Peut-être qu’elle joue la victime ? »
Yuna n’a pas réagi. Pas même un regard. Elle a continué à avancer comme
si ces voix n’existaient pas.
---
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92 / 111
Au même moment.....
Lieu : Soirée étudiante animée, dans une grande maison près du campus.
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La musique bat fort. Des jeunes rient, dansent, s’embrassent. Les canettes
s'entassent sur les tables. Caleb est là, appuyé contre un mur, un verre à la
main. Entouré de quelques potes qui parlent fort, tapent dans son dos.
> Ami 2 :
« Mec, t’es un aimant. Tu veux qu’on t’aide à lui parler ? »
Caleb sourit vaguement, joue le jeu. Il fait un clin d’œil à la fille en question,
sans grande conviction. Elle rougit et vient vers lui. Il ne la repousse pas.
Ils parlent. Elle rit fort, colle son bras au sien.
Mais Caleb regarde ailleurs, derrière elle, dans le vide. Dans son verre.
Dans sa tête.
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Il boit une gorgée, fait semblant de rire avec elle. Les lumières clignotent.
Quelqu’un pousse la musique plus fort. Ses amis l’appellent pour une
photo. Il s’y prête, bras autour des épaules de deux filles, pose de façade.
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Il regarde son téléphone. Écran noir. Pas un mot de Yuna depuis des jours.
Un léger pincement traverse son visage, trop rapide pour être vu par les
autres.
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# scène 33
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Yuna marche tranquillement aux côtés de Michaël. Ils ne parlent pas, mais
leurs pas sont en rythme. Une complicité silencieuse.
Un peu plus loin, Félix et Yann discutent à voix basse. Ils lèvent la tête en
les voyant approcher. Léger flottement. Yuna ralentit, puis s’arrête
doucement devant eux.
Félix hoche la tête avec un petit sourire timide. Yann croise les bras, gêné.
Michaël reste en retrait, comme une présence rassurante.
Le vent fait bouger légèrement ses cheveux. Elle garde les yeux ouverts,
droit devant.
> Yuna :
« Mais je vous ai offert ce que j’avais de plus vrai.
Mon amitié. Ce que vous avez vu… ce n’était pas de l’amour comme vous
l’imaginiez.
C’était moi qui aime. En amie. »
Elle s’arrête un instant. Michaël baisse doucement les yeux. Yann ne dit
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rien, mais on sent que ses épaules se détendent.
Yuna lui sourit avec reconnaissance. Yann détourne les yeux, comme
touché.
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Elle incline la tête en guise d’au revoir. Michaël la suit, toujours discret. Ils
repartent, ensemble, à petits pas. Derrière eux, Félix les regarde partir,
ému. Yann baisse la tête, pensif.
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En trois parties, alternance de plans entre les chambres de Félix, Yann et
Marc. Nuit. Lumière tamisée. Musique en fond : douce, mélancolique.
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[Chez Félix]
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[Chez Yann]
Allongé sur son lit, casque sur les oreilles, le regard fixé au plafond. Il
repense à une scène : elle riait à l’un de ses jeux de mots débiles, puis
s’était tue un instant, plus sérieuse. Flashback :
> Yuna :
« Tu sais, parfois je parle trop doucement. Mais ce que je dis compte
quand même. »
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[Chez Marc]
> Yuna :
« J’ai souvent peur d’être vue autrement que je suis. Alors je garde une
distance. Tu comprends ? »
Marc serre le téléphone contre lui. Il s’assoit, tête entre les mains.
Silencieux. Il ne pleure pas. Il encaisse.
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Les trois garçons, seuls, perdus dans leur chambre, entourés du silence
qu’ils ont eux-mêmes semé. Un écho muet de Yuna qui, elle, continue
d’avancer, ailleurs.
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# scène 34
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Marc :
Attends… Yuna.
Elle s’arrête. Un léger vent soulève un pan de son haut. Elle garde les bras
croisés. Il n’y a pas de colère dans son regard, juste une distance. Une
muraille douce mais ferme.
Yuna :
Mais j’ai compris. Que toi aussi t’étais paumé. Comme beaucoup. Comme
moi aussi, parfois. Alors… moi aussi je suis désolée. Pour ce que j’ai pas
su dire plus tôt, plus fort.
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Un silence. Ils se regardent. Pas de sourire. Mais un soulagement, presque
imperceptible.
Yuna (sincère) :
J’ai jamais su vraiment détester.
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Marc esquisse un rire nerveux. Yuna, surprise, relève légèrement les yeux.
Caleb s’approche, les mains dans les poches. Son regard va de l’un à
l’autre.
Caleb (calme) :
J’étais là ce jour-là. J’ai vu ce que j’avais besoin de voir. J’ai crié, j’ai frappé.
Mais j’ai compris que ça suffit plus maintenant. Y’a d’autres façons de
réparer.
Les trois restent là un moment. Pas d’éclat. Juste une pause dans le
tumulte. Le pardon n’est pas prononcé, mais il flotte dans l’air, maladroit et
vrai.
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[Plan final : Caleb, Yuna et Marc. Assis sur le même banc, en silence. Le
soleil descend doucement. Aucun n’a vraiment gagné. Mais ils sont encore
là. Et c’est déjà beaucoup.]
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# scène 35
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Lieu : Le campus, une journée tranquille. Rires, soleil. Les arbres ont
retrouvé leurs feuilles.
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[Yuna rit doucement à une blague de Michaël. Ils sont assis dans l’herbe, à
l’ombre, à observer les gens passer. Un moment simple. Léger.]
Michaël :
T’as pas envie de courir loin parfois ? Genre, plus rien expliquer à
personne ?
Yuna (sourit) :
Tout le temps. Mais je crois que je me fatiguerais encore plus seule.
Elle hoche la tête. Elle lève les yeux — Caleb est là, non loin. Il les observe.
Il s’approche lentement, le regard un peu trop neutre.
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Caleb :
Je vous dérange ?
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Yuna (doucement) :
J’ai pas l’impression d’avoir à justifier mes amis, Caleb.
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[Silence. Il baisse les yeux. Elle aussi. Ils sont proches mais une fissure
s’est installée.]
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Caleb (blessé) :
Moi je sais. Et c’est ça qui fait mal.
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[Ils restent là. Deux âmes à la dérive dans une mer d’émotions troubles. Et
même si le monde autour semble apaisé, leur lien à eux vacille sur un fil
ténu.]
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Parfait. Voici deux scènes parallèles — une juxtaposition douce et cruelle
de ce lien qui se délite.
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La lumière est tamisée. Yuna est assise en tailleur sur son lit, une
couverture sur les genoux. Elle fixe son téléphone. Un seul message est
envoyé :
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Pas de réponse.
Elle actualise l’écran. Rien. Encore. Elle repose le téléphone sur le lit,
regarde le plafond. Soupire. Puis le reprend. Regarde à nouveau. Toujours
rien.
Elle se mord les lèvres. Rouvre une conversation avec Michaël, commence
à écrire, puis efface. Elle ne veut pas se plaindre. Elle s’allonge, le
téléphone sur la poitrine, les yeux dans le vide.
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Caleb rit aux éclats, appuyé sur l’épaule d’un ami. Autour de lui, deux filles
rigolent à ses blagues. Il est là, physiquement. Présent. Mais parfois, ses
yeux dérivent vers son téléphone sur la table. L’écran s’allume une fois. Il
jette un œil furtif, voit le message.
Ami de Caleb :
Eh, t’es bizarre ce soir, t’es là sans être là. Tu penses encore à elle ?
Il prend une gorgée. Ses yeux ne trompent personne. L’image s’attarde sur
son écran verrouillé. Une seule notification : "Yuna - Tu fais quoi ce soir ?"
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Yuna, dans l’obscurité, regarde la lune à travers la fenêtre. Son visage est
calme, mais on sent la tension. La solitude. Elle serre doucement son
coussin contre elle.
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Caleb, dans le bruit, éclate de rire à nouveau. Il sourit, mais son regard est
perdu. Comme si, malgré les gens, il manquait l’essentiel.
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# scène 36
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Lieu : Campus, sous un ciel gris doux. L’ambiance est calme. Les feuilles
frémissent, le temps semble en suspens.
Yuna marche seule, casque sur les oreilles mais sans musique. Les
écouteurs sont juste là pour éviter les conversations. Elle passe devant la
bibliothèque. Caleb est adossé au mur extérieur, en pleine discussion avec
un pote, mais leurs regards se croisent.
> On ne s’est pas disputés. On ne s’est rien dit. Rien de précis. C’est juste
devenu… vide.
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Il ne dit rien. Il ne la rattrape pas. Mais ses yeux la suivent longtemps.
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> C’est étrange la tournure que prennent les choses. Ils ne se parlent plus,
sans raison apparente.
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Marc (taquin) :
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— Franchement Yuna, t’étais pas comme ça au début, hein. Tu faisais
grave la mystérieuse.
Ils rient tous. Michaël l’observe un moment, puis lui tend une gorgée de
son chocolat chaud, comme un vieux réflexe de leur amitié. Elle accepte
sans un mot.
Les rires reprennent. Yuna sourit. Un vrai sourire, fragile, mais entier.
# scène 37
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Il rit fort à une blague de l’un de ses potes, tête en arrière. Il paraît léger,
désinvolte, presque heureux. Une fille pose sa main sur son épaule. Il ne la
repousse pas.
Caleb enfile sa veste en jean, sort avec le groupe dans la rue éclairée par
les néons. Il marche devant, les mains dans les poches, le sourire toujours
là… mais un peu flou, un peu forcé quand personne ne regarde.
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> Est-il parti parce qu’il était blessé ?
Est-ce sa fierté qui lui a coupé la voix ?
L’aurait-il simplement… oubliée ?
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# scène 38
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Autour d’elle, la vie continue. Des étudiants passent en riant, une serveuse
prend une commande, quelqu’un joue de la guitare plus loin. Le monde
tourne sans heurt.
> Il y a eu des jours où je me suis demandé si tout cela n’avait été qu’un
mirage.
Caleb, ses mots doux, ses silences.
Ce lien si étrange, si réel… et si insaisissable.
Elle sort une feuille, y inscrit un mot au stylo. Elle le relit, hésite, puis le
glisse dans une enveloppe sans nom. Elle le garde. Elle ne l’enverra pas.
Flashback rapide :
Caleb et Yuna riant sur un banc. Michaël lui passant un casque audio.
Félix, Yann, Marc – chacun à ses côtés, à un moment différent. Des
visages, des saisons, des émotions.
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Une silhouette s’approche. Michaël. Il s’assoit à côté d’elle sans un mot.
Yuna sourit.
Ils restent là, à regarder le ciel changer de teinte. Il n’y a plus rien à prouver.
Plus rien à attendre. Seulement être là.
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FIN
# bonus poème
Ni toi, ni moi
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