BM 4272
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DOCUMENTATION
06/10/2008
ans l’article sur les pompes volumétriques paru dans les Techniques de
D l’Ingénieur, on a pu remarquer que ces pompes avaient pour principe uni-
quement la compression par variation de volume. Ce n’est pas le seul principe
physique permettant d’évacuer ou de transférer des gaz ou des vapeurs d’une
enceinte pour la mettre « sous vide ».
Le second principe utilisé consiste à changer le vecteur vitesse des molécules
pour les entraîner dans un autre milieu. Ce changement peut être obtenu de plu-
sieurs façons par voie mécanique, en imprimant aux molécules des composan-
tes de vitesse pour les faire circuler où bon nous semble. Ces moyens diffèrent
les uns des autres du macroscopique (ailettes de turbine...) au microscopique
(chocs de molécules d’un fluide sur les molécules à pomper...). Cela nous don-
nera les différents types de pompes :
— pompes à fluide moteur (éjecteur...) ;
— pompes à entraînement mécanique (pompe turbomoléculaire, turbine
axiale et canal latéral).
Pour de plus amples renseignements sur la production du vide et les pompes volumétriques,
on se reportera aux articles [BM 4 270] et [BM 4 271] de ce traité [1] [4].
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Aspiration
2. Pompes cinétiques à fluide
moteur Figure 1 – Éjecteur (doc. PIAB)
Nous distinguerons deux sous-groupes : Définition normative : « Pompe cinétique dans laquelle une
nappe de vapeur à faible pression animée d’une grande vitesse
— le premier, essentiellement destiné au vide industriel (ou vide sert de fluide d’entraînement. Les molécules de gaz diffusent
grossier), couvrant le domaine des pressions depuis une atmos- dans cette nappe et sont entraînées vers le refoulement. Le
phère jusqu’aux environs de quelques pascals ; nombre volumique de molécules de gaz est toujours faible dans
la nappe de vapeur. Une pompe à diffusion fonctionne correcte-
— le second allant de quelques pascals au vide poussé et à l’ultra- ment en régime moléculaire ».
vide.
2.2.1 Principe
Pour une étude détaillée sur les éjecteurs, le lecteur se reportera à
l’article [B 4 250] de ce traité [5]. La figure 2 schématise une telle pompe d’un modèle le plus cou-
rant.
Suivant la nature du fluide, nous aurons trois types de pompes :
Dans un réservoir dans lequel on fait un vide préalable, on chauffe
— la trompe à vide : « éjecteur qui utilise un liquide (habituelle- à environ 200 °C une huile de masse molaire élevée (supérieure à
ment de l’eau) comme fluide d’entraînement » ; 250) dont la pression de vapeur à température ambiante est très fai-
ble (de l’ordre de 10−5 Pa et même moins) et qui aura, à une tempé-
— l’éjecteur à gaz pour le vide : « éjecteur qui utilise un gaz non
rature de 200 °C, une pression de vapeur relativement élevée (de
condensable comme fluide d’entraînement » ; l’ordre de 100 Pa).
— l’éjecteur à vapeur pour le vide : « éjecteur qui utilise une La vapeur d’huile monte dans les collecteurs et est envoyée dans
vapeur (d’eau, de mercure ou d’huile) comme fluide d’entraî- le réservoir par des tuyères qui lui donnent une vitesse supersoni-
nement ». que. Le jet de vapeur atteint la paroi refroidie par circulation d’eau.
La vapeur s’y condense, coule sur la paroi et, par gravité, revient à
Remarque : l’industrie de la manutention a développé des petits la chaudière. L’huile en phase vapeur et liquide travaille donc en cir-
éjecteurs à air comprimé compacts à plusieurs étages (figure 1). cuit fermé.
Ces éjecteurs peuvent aussi être utilisés comme pompe primaire
pour amorcer des pompes moléculaires et turbomoléculaires hybri- Pendant leur trajet dans le réservoir, les molécules du jet de
des (cf. § 3.2) [1]. vapeur entrent en collision avec celles du gaz à pomper.
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He
Vapeur
N2 de décomposition
1er étage du fluide
Refoulement Ar
(haute pression)
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■ Pression limite
Entrée et sortie
d'eau C’est, en première analyse, la pression partielle du fluide moteur
qui déterminera la pression limite qu’on pourra atteindre.
Entrée et sortie
d'eau La pression limite est donc dépendante des systèmes de piégeage
de l’huile (baffles et pièges à diazote liquide) que l’on aura associés
à la pompe elle-même. Le dégazage des parties internes de la
pompe, des baffles et des pièges crée un flux parasite qui peut, lui
aussi, se répercuter sur la pression limite.
■ Pression d’amorçage
Figure 5 – Pompe à diffusion avec baffles intégrés
et refroidissement au diazote liquide Ce régime à flux constant cesse pour une pression dite d’amor-
çage p2 au-dessous de laquelle la vitesse de pompage est nulle. Les
pressions d’amorçage se situent selon les constructeurs de pompes
oublier que la contamination peut provenir du pompage primaire entre 30 et 50 Pa. Il est intéressant de disposer d’une pompe à diffu-
(cf. article [BM 4 040]) [3]. sion à pression d’amorçage élevée lorsque la pompe est destinée à
pomper des flux élevés car c’est elle qui conditionne le débit-
Ces baffles et ces pièges, par leur conductance, réduisent le débit- volume de la pompe primaire à associer à la pompe à diffusion. Cer-
volume d’une façon très importante. Aussi les constructeurs don- tains constructeurs ajoutent d’ailleurs un petit éjecteur entre la tubu-
nent-ils dans leurs catalogues la conductance des baffles ainsi que lure de refoulement et le corps de pompe. Ce dispositif permet
les valeurs de rétrodiffusion obtenues, qui dépendent d’ailleurs des d’obtenir une pression d’amorçage plus élevée (de l’ordre de
huiles utilisées. 100 Pa).
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Éjecteur
2.2.3 Mise en œuvre
Réchauffeur
■ Une pompe à diffusion est donc aujourd’hui toujours équipée
d’un baffle, sauf dans les structures dites intégrées, ainsi que d’un
piège cryogénique. Cela est insuffisant pour la mise en œuvre et le
Écran protecteur système exige un jeu de trois robinets (ou vannes) (figure 7) :
— vanne secondaire A ;
— vanne série B ;
— vanne de by-pass C.
La mise en œuvre de cet ensemble est conduit de la manière
suivante : vanne A et C fermées, B ouverte, on fait, avec la pompe
primaire, le vide à l’intérieur de la pompe à diffusion pendant que
Circulation du fluide celle-ci est mise en chauffe. Lorsque l’huile est chaude, après une
dans la bouilloire
période de 15 à 30 min selon la dimension de la pompe, on ferme la
Figure 6 – Pompe à diffusion fractionnante
vanne B. On peut alors prévider l’enceinte en pompant avec la
pompe primaire, vanne C ouverte. Lorsque la pression dans
l’enceinte est inférieure à la pression d’amorçage de la pompe à dif-
fusion (0,3 à 0,8 hPa), on ferme C et on ouvre A et B. La pompe
Cette pression d’amorçage dépend de la nature de l’huile comme secondaire est alors en service.
le montre le tableau 2.
L’arrêt de la pompe nécessite lui aussi une certaine séquence. On
Quand la pompe se désamorce, une rétrodiffusion très impor- ferme la vanne A et on peut faire une entrée d’air ou de gaz neutre
tante a lieu et contamine gravement l’enceinte à évacuer. sec dans l’enceinte à l’aide d’un robinet.
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Manomètre Entrée
secondaire
Vanne Jets annulaires
d'entrée d'air (type pompe
à diffusion)
Enceinte Manomètre
primaire
C Condenseur
Étage
d'éjecteur
Manomètre
primaire
B
Pompe
à diffusion Retour d'huile
Pompe Bouilloire
primaire
■ Domaine d’utilisation : pompage secondaire jusqu’au vide Figure 8 – Pompe à diffusion et à éjecteur (booster pump)
extrême. (doc. BOC Edwards)
La figure 8 montre un tel arrangement. Définition normative : « Pompe cinétique tournante dans
laquelle le transfert de grandes quantités de gaz est obtenu à
Cette pompe est constituée par une partie identique à celle d’une l’aide d’un dispositif tournant à grande vitesse. L’étanchéité
pompe à diffusion à deux étages de jets annulaires suivis d’un éjec- dynamique est obtenue sans frottement. La circulation de gaz se
teur à vapeur d’huile contenus dans une structure unique refroidie fait, soit selon l’axe de la pompe (dépresseur à flux axial), soit
par des serpentins d’eau. Une huile beaucoup moins volatile que perpendiculairement à l’axe de la pompe (dépresseur à flux
pour une pompe à diffusion, dont la pression de vapeur à 20 °C est radial) ».
de 10−4 hPa, est utilisée. La pression dans le réservoir est comprise
entre 25 et 50 hPa. Cela permet d’obtenir un grand débit-volume et
un très fort flux gazeux entre 0,5 et 10−4 hPa.
Ce sont des pompes utilisées par le vide industriel qui ne néces-
site pas des pressions limites faibles. Certains les classent plutôt
■ Domaine d’utilisation : pompage secondaire.
dans les dépresseurs mais, dès que l’on est au-dessous de la pres-
Pression : 10−4 hPa. sion atmosphérique, on a affaire à une « pompe à vide ». Les carac-
téristiques sont données de manière différente : on parle en
Débit-volume : pour le diazote, de 4 000 dm3/s à 12 500 dm3/s ; dépression de quelques dizaines à quelques centaines de millibars
(50 à 300 hPa). L’exemple le plus répandu est bien sûr celui de l’aspi-
: pour le dihydrogène, de 6 000 dm3/s à 15 000 dm3/s. rateur ménager (vacuum cleaner aux États-Unis) qui est quelquefois
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Aspiration
Enceinte de travail C
à section circulaire
Palier Interruption
Arbre du canal
latéral
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Sortie Entrée
Entrée
Entrée
Sortie
Sortie Sortie
■ Domaine d’utilisation : dépression. pompage. Ces concepts ayant entraîné des réalisations fort utiles
Dépression : de 105 Pa à 2 × 104 Pa. (fabrication de tubes électroniques pour la radiodiffusion pendant la
Première Guerre mondiale) furent repris dans les années 1970 et,
Débit-volume : de 80 dm3/s à 160 dm3/s (250 m3/h à 600 m3/h). grâce aux progrès de l’électrotechnique d’une part et de la mécani-
que (paliers) d’autre part, les constructeurs ont pu réaliser de nou-
velles pompes à vide à vocation industrielle dites pompes
3.2 Pompes moléculaires moléculaires (drag pumps en anglais). L’intérêt primordial de ces
pompes est de pouvoir refouler à haute pression (20 à 30 hPa), donc
d’être « amorcées » avec des pompes primaires sèches à membrane
ou à piston (voire avec des éjecteurs à air comprimé) et d’avoir un
Définition normative : « Pompe cinétique dans laquelle une débit-volume important dans le domaine du régime d’écoulement
quantité de mouvement est communiquée aux molécules de intermédiaire. Elles constituent désormais, chez de nombreux
gaz par leur contact avec la surface d’un rotor tournant à grande constructeurs, l’étage final des pompes turbomoléculaires dites
vitesse, ceci ayant pour effet de diriger les molécules de gaz vers hybrides (cf. § 3.3 et 3.4).
le refoulement ».
Les vitesses de rotation sont d’environ 40 000 tr/min et l’espace
entre les parois tournantes est inférieur à un millimètre.
■ Le concept de l’entraînement des molécules entre un stator et un
rotor tournant à grande vitesse date de 1913 (Gaede, figure 11 a ), de La figure 12 représente une vue en coupe d’une pompe actuelle.
1922 (Holweck, figure 11 b ) et de 1943 (Siegbahn, figure 11 c ).
Les molécules frappant une paroi ne sont pas immédiatement La figure 13 donne les caractéristiques débit-volume en fonction
renvoyées mais restent adsorbées un certain temps, appelé « temps de la pression pour différents gaz.
de séjour », avant de retourner dans la phase gazeuse et d’être réad-
sorbées à nouveau (cf. théorie cinétique des gaz). À la désorption, ■ Domaine d’utilisation : pompage en vide intermédiaire et en vide
elles acquièrent une vitesse moléculaire propre correspondant à la poussé.
température de la paroi suivant leurs coefficients d’accommodation
(cf. article [B 4 110], de ce traité) [8] et dans une direction donnée par Pression : de 20 hPa à 10−6 hPa.
la loi de Lambert. Si la paroi elle-même est animée d’une vitesse
propre, les molécules acquièrent alors une composante de vitesse Débit-volume : pour le diazote, de 7,5 dm3/s à 27 dm3/s ;
qui s’ajoute à leur propre vitesse. Ainsi une paroi mobile entraîne les
molécules et crée un flux gazeux capable d’effectuer une action de : pour le dihydrogène, de 3 dm3/s à 15 dm3/s.
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Aspiration Aspiration
Arbre
Étape
d'attaque
Rotor
Roulement
Sillons à billes
du stator
Joint Moteur
dynamique
Stator
Holweck
Refoulement
Roulement
à billes
Prise moteur
Refoulement
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I I Taux de compression K
M V M
1011
V
α
α 1010 Ar
N2
γ' β β 109
γ' γ
γ β' CH4
β' 108
α'
α' 107
V
V
106
II M' a II v M' b
105
I, II régions de l'espace He
104
M, M' molécules v vitesse des aubages V vitesse des molécules
H2
a principe
103
102
10
1
10–5 10–4 10–3 10–2 10–1 1 10
Pression p (hPa)
b aubage Exemple : 140 dm3/s pour le diazote pour une pompe de 100 mm
de diamètre ;
Figure 15 – Principe du pompage dans les pompes turbomoléculaires : 1 000 dm3/s pour le diazote pour une pompe de 300 mm
de diamètre.
La caractéristique débit-volume/pression d’une pompe turbomo- On sait (cf. article [B 4 020] de ce traité [6]) que la vitesse moyenne
léculaire suit la loi générale valable pour les pompes à transfert de des molécules est inversement proportionnelle à leur masse
gaz. molaire.
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