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La Prescription Des Creances de Conservation - 2021

L'article examine la prescription quinquennale des créances de conservation dans le cadre d'un compte d'indivision, en se basant sur un arrêt de la Cour de cassation qui a statué sur l'applicabilité de cette prescription même lorsque le créancier est un indivisaire. Il met en lumière la double nature des dépenses de conservation, qui peuvent être considérées à la fois comme des créances et comme des articles d'un compte d'indivision, ce qui suspend la prescription jusqu'au partage. L'auteur conclut que la qualité d'indivisaire doit primer sur celle de créancier lors du partage des biens indivis.

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La Prescription Des Creances de Conservation - 2021

L'article examine la prescription quinquennale des créances de conservation dans le cadre d'un compte d'indivision, en se basant sur un arrêt de la Cour de cassation qui a statué sur l'applicabilité de cette prescription même lorsque le créancier est un indivisaire. Il met en lumière la double nature des dépenses de conservation, qui peuvent être considérées à la fois comme des créances et comme des articles d'un compte d'indivision, ce qui suspend la prescription jusqu'au partage. L'auteur conclut que la qualité d'indivisaire doit primer sur celle de créancier lors du partage des biens indivis.

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La prescription des créances de conservation et le

compte d’indivision
Frédéric Rouvière

To cite this version:


Frédéric Rouvière. La prescription des créances de conservation et le compte d’indivision. Recueil
Dalloz, 2021, 19, pp.1059. �halshs-03245544�

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La prescription des créances de conservation et le compte d'indivision

Frédéric Rouvière, Professeur à l'Université d'Aix-Marseille,


Laboratoire de théorie du droit

Publié au Recueil Dalloz,2021, p.1059

1. Prescription quinquennale des créances de conservation. Par son arrêt du 14 avril 2021,
la première chambre civile de la Cour de cassation décide que la prescription quinquennale
s'applique aux créances résultant de la conservation des biens indivis même lorsque le
créancier est l'un des indivisaires.

La Cour tranche ainsi pour la première fois depuis la réforme de la prescription de 2008 un
point important sur le régime de ces créances dans le prolongement d'une solution antérieure
soumettant de telles créances à une exigibilité immédiate1. Cependant, cette solution ne doit
pas être généralisée trop rapidement sous peine de réduire à néant la portée du compte
d'indivision. Celui-ci arrête, en effet, le cours de la prescription pour de telles dépenses dans
l'attente du partage.

C'est sur cette distinction essentielle entre créance et article de compte qu'il faut s'attarder
pour ne pas donner à l'arrêt une portée qui n'est pas la sienne. En effet, il se pourrait bien que
la Cour de cassation ait appliqué en l'espèce une solution parfaitement correcte mais pour le
mauvais problème.

2. Problème inédit. Le cas soumis aux juges était très classique et même terriblement banal.
Pourtant, le problème soumis était inédit au sens où il oblige à prendre parti sur la nature
juridique des dépenses de conservation.

En l'espèce, un homme et une femme (dont on ne sait s'ils étaient mariés ou pacsés - on
suppose que non en l'absence de précisions dans l'arrêt) achètent ensemble une maison
d'habitation et de commerce. Pour cela, ils souscrivent un emprunt bancaire.

Pour des raisons non évoquées mais qu'on peut facilement imaginer, une demande de partage
judiciaire est effectuée. Avant que les opérations ne parviennent à leur terme, l'immeuble est
vendu et le prêt est remboursé. Que doit-il advenir du reliquat du prix de vente de l'immeuble
? C'est sur ce point que le litige se noue.

Monsieur demande le remboursement de la moitié des sommes qu'il a versées en


remboursement de l'emprunt. Cette demande est tout ce qu'il y a de plus classique. Elle est
fondée sur la solution depuis longtemps acquise que le remboursement d'un emprunt est une
dépense nécessaire qui permet la conservation de l'immeuble2. La jurisprudence fait alors
application de l'article 815-13 du code civil. Sa solution est claire et bien connue : il doit en
être tenu compte selon l'équité. Cette équité est analysée par analogie avec le système des

1
Civ. 1re, 26 juin 2013, n° 12-11.818 ; 4 juill. 2007, n° 06-13.770, D. 2008. 2245, obs. J. Revel ; 20 févr. 2001,
n° 98-13.006, D. 2001. 906 ; RTD civ. 2001. 642, obs. J. Patarin, et 916, obs. T. Revet ; JCP 2001. I. 358, n° 5,
obs. H. Périnet-Marquet.
2
Com. 10 févr. 2015, n° 13-24.659, D. 2015. 429 ; AJ fam. 2015. 227, obs. J. Casey ; Civ. 1 re, 24 sept.
2014,n° 13-18.197, D. 2014. 1938 ; AJ fam. 2014. 633, obs. S. Thouret ; RTD civ. 2015. 447, obs. M. Grimaldi ;
Defrénois 2014. 1324, note J. Massip ; 7 juin 2006, n° 04-11.524, D. 2006. 1913 ; AJ fam. 2006. 326, obs.
S.David ; JCP 2006. I. 193, n° 23, obs. A. Tisserand-Martin ; 11 mai 2012, n° 11-17.497, D. 2012. 1330 ; AJ
fam. 2012. 414, obs. P. Hilt ; RTD civ. 2012. 561, obs. B. Vareille ; Defrénois 2014. 120, obs. A. Chamoulaud-
Trapiers.
récompenses (C. civ., art. 1469) : ce n'est pas la dépense nominale qui prime mais le profit
subsistant lorsque ce dernier est plus élevé3.

Madame oppose à cette demande la prescription. Cet argument peut a priori surprendre. En
effet, ce n'est qu'au moment du partage que l'indivision pourra être liquidée. L'on comprend
mal comment la prescription peut commencer à courir avant le partage. Le pourvoi soutient
néanmoins cette solution en se fondant sur l'article 815-17. Selon la lettre du texte, les
créances résultant de la conservation et de la gestion des biens indivis peuvent être payées
avant le partage par prélèvement sur l'actif indivis. S'agissant d'une créance périodique (C.
civ., art. 2233), elle est exigible avant le partage et donc soumise à la prescription
quinquennale de droit commun (C. civ., art. 2224). Le raisonnement est d'une logique
implacable. Il est consacré par la Cour de cassation.

Cette logique implacable occulte pourtant une importante subtilité, à savoir celle de la double
nature des dépenses de conservation (I). L'espèce permet pour la première fois de poser de
façon aussi nette la question. En effet, ces dépenses ne sont pas seulement des créances mais
aussi des articles intégrés dans un compte d'indivision qui suspend la prescription (II).

I - Double nature des dépenses de conservation

3. Double qualification. Lorsqu'elles émanent d'un indivisaire, les dépenses de conservation


reçoivent dans la loi une double qualification. Nous verrons que ce n'est pas une anomalie
mais une faveur faite à un certain type de créancier, précisément celui qui permet de
conserver ou de faire fructifier le bien indivis. Cette faveur est pleinement conforme à l'esprit
de l'indivision.

4. Retour aux textes. Pour comprendre cette double nature, il faut revenir aux textes. La
comparaison des articles 815-13 et 815-17 du code civil est ici essentielle.

Tout d'abord le vocabulaire employé est révélateur. L'article 815-13 parle de « tenir compte ».
Le temps visé est celui du partage et non celui de la vie de l'indivision. À l'opposé, l'article
815-17 vise bien des créances. Il est inséré dans une section sur « le droit de poursuite des
créanciers » et mentionne un prélèvement sur l'actif avant le partage. Nous sommes ici dans la
vie de l'indivision et non au moment du partage.

Ensuite, les articles ne répondent pas aux mêmes questions et ne poursuivent pas le même but.

L'article 815-13 répond à la question de savoir si l'indivisaire qui a pris la peine de supporter
les charges nécessaires tout au long de l'indivision doit être seulement alloti selon sa stricte
part indivise lors du partage. La réponse est négative. Par un système analogue à celui des
récompenses4, la loi prévoit à son profit une indemnité qui vise à compenser la perte de ses
deniers personnels dans l'intérêt de l'indivision. En effet, grâce à lui, l'autre indivisaire réalise
des économies. Il peut affecter les sommes qu'il aurait dû payer pour la conservation du bien

3
Civ. 1re, 13 sept. 2017, n° 16-22.821 ; 1er févr. 2017, n° 16-11.599, D. 2017. 351, et 1213, obs. P. Pierre ; AJ
fam. 2017. 305, obs. P. Hilt ; RTD civ. 2017. 371, obs. J. Hauser, 711, 712, 713, 714, 715 et 717, obs. B.
Vareille ; 27 janv. 2016, n° 15-12.463, AJDI 2016. 292 ; 11 mai 2012, supra note 2 ; 28 oct. 2003, n° 01-10.070
; 4 mars 1986, n° 84-15.071, D. 1987. 45, obs. A. Bénabent ; JCP 1986. II. 20701, obs. P. Simler ; RTD civ.
1987. 384, obs. J. Patarin. Toutefois, l'équité peut conduire à une somme inférieure au profit subsistant : Civ. 1 re,
24 sept. 2014, supra note 2

4
V. infra, n° 9.
indivis à d'autres dépenses. Il a préféré son intérêt personnel à celui de l'indivision. Il est donc
logique et équitable que celui qui s'occupe de la conservation du bien retrouve à la fin une
gratification. Il faut rendre à chacun le sien.

L'article 815-17 répond à une tout autre question. Il s'agit de savoir si tous les créanciers ont
les mêmes droits de poursuite sur les biens indivis. La loi répond par la négative en
distinguant trois cas de figure.

Premièrement, il y a les créanciers qui auraient pu agir sur les biens indivis « avant qu'il y eût
indivision ». Il s'agit au premier chef des créanciers du défunt lorsqu'il y a plusieurs héritiers
qui se retrouvent alors en indivision. Il n'y a aucune raison de faire supporter au créancier
l'événement aléatoire du décès. Son droit de gage général sera inchangé5.

Deuxièmement, il y a le cas qui nous intéresse : les créanciers « dont la créance résulte de la
conservation et de la gestion des biens indivis ». Normalement, ils ne devraient pas pouvoir
saisir l'actif indivis puisque l'indivision n'a pas la personnalité morale. Dans la rigueur des
termes, on ne devrait normalement pas pouvoir être « créancier de l'indivision », mais
seulement des indivisaires. Cependant, une faveur est faite dans la loi à ces créanciers. C'est
notamment le cas du prêteur de deniers qui permet que les biens indivis soient conservés ou
encore du mandataire qui a permis que le bien fructifie par sa gestion locative. Bref, ces
créanciers ont œuvré dans l'intérêt de l'indivision et la loi leur permet d'être privilégiés au
regard des créanciers de l'indivisaire. Ils peuvent directement saisir les biens indivis.

Troisièmement, il y a, enfin, la catégorie des créanciers de l'indivisaire. Ils n'ont accès aux
biens indivis qu'en demandant le partage par voie oblique. Leur gage porte sur la part indivise
et non sur l'actif indivis. Cette défaveur s'explique par le fait que leur créance ne trouve pas sa
cause dans l'intérêt de l'indivision.

Hormis le cas du créancier antérieur à l'indivision, la clé de compréhension de la distinction


opérée par l'article 815-17 réside donc bien dans l'idée d'intérêt de l'indivision.

5. Régime applicable. Sur cette base, tout le problème de l'arrêt était de savoir quel régime
appliquer au créancier qui est en même temps indivisaire. Devait-il être traité comme un
créancier au sens de l'article 815-17 ou bien comme un indivisaire au sens de l'article 815-13 ?
La difficulté réside dans le fait que les dépenses de conservation ont une double nature. Celle-
ci s'évince assez naturellement du fait que le terme « conservation » est présent dans les deux
textes. L'article 815-13 parle « des dépenses nécessaires (...) pour la conservation des biens
indivis ». L'article 815-17 parle de la créance qui résulte « de la conservation ou gestion des
biens indivis ».

Nous y sommes. L'indivisaire qui, comme en l'espèce, a payé les échéances d'un emprunt
relève des deux catégories. Parce qu'il est indivisaire, il a effectué une dépense nécessaire.
Parce que la dépense est de conservation, il est également un créancier de l'indivision.

Le paiement des échéances de l'emprunt participe de la saine gestion de l'indivision. En


dépensant ses deniers personnels, l'indivisaire gère le bien indivis et le conserve. C'est
pourquoi il peut récupérer les sommes avancées par une demande en paiement sur l'actif
indivis avant partage, exactement comme tout créancier relevant de la catégorie des créances
de gestion ou de conservation6.

5
Sur cette question : F. Rouvière, L'obligation comme garantie, RTD civ. 2011. 1, spéc. 9-10.
6
V. jur. citée, supra note 1.
Le trouble de la solution apportée en l'espèce par la Cour de cassation vient du fait qu'elle
semble dire que ce régime juridique s'applique au partage de l'indivision. On ne peut
approuver ce point. Cela supposerait de faire comme si la qualité de créancier devait
l'emporter sur celle d'indivisaire au moment du partage. C'est bien plutôt l'inverse qui est vrai
: la qualité première est celle d'indivisaire, c'est à travers elle que s'acquiert celle de créancier.

Monsieur ne semblait pas en l'espèce demander un remboursement de ses paiements mais


bien un partage7. Les dépenses se déduisent donc de l'actif net à partager8. Surtout, son action
étant fondée sur l'article 815-13, il n'y avait donc pas lieu de lui appliquer une exigibilité
immédiate et conclure à la prescription quinquennale. Au contraire, c'est la suspension de
l'exigibilité qui était de rigueur. Elle s'explique en raison de l'intégration des dépenses de
conservation dans le compte d'indivision.

II - Intégration dans le compte d'indivision


6. Compte d'indivision. Les articles d'un compte de partage sont soumis à la prescription
seulement à compter de sa clôture ; leur exigibilité est donc suspendue9. Cependant,
l'existence d'un compte d'indivision ayant un effet suspensif a pu faire l'objet d'opinions
divergentes en doctrine10.

Il est vrai que la loi n'a pas pris nettement parti dans l'article 815-13. Elle emploie les mots «
tenir compte » qui peuvent s'entendre dans un sens non technique. L'existence légale d'un
compte d'indivision n'est pourtant guère douteuse. La loi vise expressément un compte
d'indivision lors de la liquidation définitive à l'article 815-11, alinéa 3, du code civil et lors du
partage à l'article 867. La jurisprudence l'a depuis longtemps reconnu11 même si aucun régime
légal ne l'imposait.

7. Pluralité de comptes. Le point aveugle du débat est la pluralité des comptes d'indivision12.
Dans le cas des dépenses de conservation, le modèle à privilégier n'est pas celui du compte
courant qui entraîne novation13. Ainsi, la transformation des créances en articles de compte14
n'emporte pas nécessairement leur extinction15. Le modèle pertinent n'est pas non plus celui

7
Selon l'arrêt (§ 9), le bien ayant été vendu le 31 juill. 2014 après que le partage ait été judiciairement ordonné le
2 avr. 2013, il s'agissait donc d'une opération de partage et non de paiement.
8
Civ. 1re, 29 mai 2013, n° 12-13.638, RTD civ. 2013. 647, obs. W. Dross. Même solution pour les dépenses
d'amélioration : Civ. 1re, 13 mars 2007, n° 05-13.320, AJDI 2007. 500 ; RTD civ. 2007. 801, obs. B. Vareille.
9
Civ. 1re, 22 mars 2017, n° 16-16.894, D. 2017. 817, et 2119, obs. V. Brémond ; AJ fam. 2017. 309, obs. N.
Levillain ; RTD civ. 2017. 461, obs. M. Grimaldi ; 12 juin 2001, n° 99-12.229 ; 30 juin 1998, n° 96-13.313, D.
1998. 192 ; RTD civ. 1999. 161, obs. J. Patarin. V. déjà en ce sens : Civ. 1 re, 5 déc. 1978, n° 77-10.692,
Defrénois 1979. 1249, n° 74, obs. G. Champenois ; 11 janv. 1972, n° 70-14.048 ; 13 oct. 1959, Bull. civ. I,
n° 409 ; T. civ. Seine, 22 mai 1926, DP 1926. 2. 137, obs. H. Lalou. À cet égard, les articles de compte peuvent
être comparés à des créances à terme (C. civ., art. 2233) dans l'intérêt exclusif du créancier (C. civ., art. 1305-3).
10
Pro : W. Dross, Droit des biens, LGDJ, 4e éd., 2019, n° 177 ; F. Terré, Y. Lequette et S. Gaudemet, Les
successions. Les libéralités, Précis Dalloz, 4e éd., 2014, n° 1039 ; P. Malaurie et L. Aynès, Les biens, Defrénois,
8e éd., 2019, n° 686 ; C. Atias, L'indivision, Édilaix, coll. Point de droit, 2008, p. 122 et 137 ; J.-B. Donnier, J.-
Cl. Civil Code, v° Successions - Indivision - Régime légal - Droits et obligations des indivisaires, art. 815 à 815-
18, fasc. 40, n° 196 ; contra : M. Grimaldi, Droit des successions, Litec, 7 e éd., 2017, n° 965 ; C. Jubault, Droit
civil, Les successions, Les libéralités, LGDJ, 2e éd., 2010, n° 1119.
11
Req. 12 juill. 1916, DP 1920. 1. 103 ; Civ. 17 nov. 1936, DH 1937. 3. Sur le sujet, W. Dross, Les choses,
LGDJ, 2012, n° 179-2.
12
O. Gazeau, Les comptes de l'indivision : principes et application, Defrénois 2018, n° 26, p. 17.
13
Com. 13 déc. 20.
14
P. Chavanne, Essai sur la notion de compte en droit civil, Lyon, 1947, p. 217, qui insiste sur le critère de la
connexité pour que les créances deviennent des articles de compte.
15
J. Dubrul-Vanreysselberghe, L'exception de compte arrêté, RTD civ. 1976. 48.
du compte arithmétique de gestion propre à la répartition des bénéfices de l'indivision (C. civ.,
art. 815-11, al. 3)16. Il est purement analytique et descriptif17. Ici, il s'agit précisément d'un
compte de partage semblable à celui qui existe en matière de communauté conjugale.

La justification de l'existence d'un tel compte réside dans l'imprescriptibilité de la demande en


partage18. Le règlement des articles de compte ne peut alors logiquement intervenir qu'au
moment du partage. En effet, il serait absurde de les soumettre à la prescription si l'indivision
peut durer sur le très long terme. Cela conduirait en pratique à forcer les indivisaires à
interrompre la prescription tous les cinq ans ce qui n'a guère de sens. Cela générerait des
conflits au lieu de les prévenir. De plus, il s'agirait d'une curieuse prime à l'inaction :
l'indivisaire peu scrupuleux aurait tout intérêt à laisser les autres payer et attendre patiemment
l'écoulement du temps.

C'est bien aussi pour ces raisons que la généralisation de la solution de l'arrêt commenté n'est
pas tenable d'un point de vue pratique. Elle conduirait à pénaliser l'indivisaire qui a entretenu
l'indivision au fil de longues années (et sans esprit de chicane) en lui opposant que ses deniers
ont été dépensés en pure perte par le jeu de la prescription. De surcroît, la prescription étant
suspendue entre époux et partenaires d'un pacte civil de solidarité (C. civ., art. 2236)19, on
assisterait à une étrange différence avec les indivisions de concubins ou de frères et sœurs
dans lesquelles la prescription quinquennale agirait comme un redoutable couperet.

Pour rendre compte de l'ensemble des solutions jurisprudentielles, la double nature des
créances de conservation doit être retenue. Elles sont à la fois des créances et des articles de
compte20. Les qualifications ne sont pas exclusives21. On peut en prendre la mesure par
contraste avec les dépenses d'amélioration et par comparaison avec le compte de
récompenses.

8. Dépenses d'amélioration. Les dépenses d'amélioration sont un cas révélateur. Elles sont
seulement visées par l'article 815-13. En d'autres termes, elles ont la nature exclusive d'un
article de compte22 qui sera calculé au moment du partage23. Ainsi, elles n'obéissent pas au
régime des créances de conservation ou de gestion24. En interprétant l'article 815-17 par un a
contrario littéral, on comprend que les dépenses d'amélioration ne sont ni des dépenses de
conservation, ni des dépenses de gestion. À la différence des dépenses de conservation, les
dépenses d'amélioration n'ont pas de double nature.

16
Civ. 1re, 27 oct. 1993, n° 91-13.946, RTD civ. 1994. 144, obs. J. Patarin.
17
M. Grimaldi, supra note 10.
18
Civ. 1re, 5 oct. 2016, n° 15-18.039 ; 20 nov. 2013, n° 12-21.621, AJ fam. 2014. 49, obs. S. Thouret ; RTD civ.
2014. 346, obs. J. Hauser ; 12 déc. 2007, n° 06-20.830, JCP 2008. I. 127, n° 9, obs. H. Périnet-Marquet ; Dr. et
patr. 7-8/2008, p. 97, obs. J.-B. Seube et T. Revet.
19
Suspension jugée applicable aux fruits et revenus de l'indivision entre époux : Civ. 1 re, 11 mars 2009, n° 08-
11.732.
20
C'est pourquoi nombre d'auteurs considèrent que l'entrée en compte est facultative, V. réf. citées, supra note
10. Néanmoins, la terminologie n'est pas heureuse : c'est plutôt le maintien dans le compte qui est facultatif.
L'entrée en compte est automatique en vertu de la loi pour les dépenses de conservation et d'amélioration.
21
Contra Civ. 1re, 27 oct. 1993, n° 91-13.946 (inédit) qui retient la seule date du partage, ce que critique J.
Patarin, Un indivisaire est-il irrecevable à demander le remboursement du montant, même simplement nominal,
de ses impenses de conservation d'un bien indivis avant l'époque du partage de l'indivision ?, RTD civ. 1994.
144.
22
Civ. 5 déc. 1933, DP 1933. 1. 25, note Capitant.
23
Civ. 1re, 13 mars 2007, supra note 8.
24
M. Dagot, L'indivision, JCP N 1977. I. 2858, n° 344, qui constate que la revalorisation de l'indemnité exclut la
simple qualification de créance.
En d'autres termes, les dépenses d'amélioration intègrent exclusivement le compte d'indivision
: elles n'ont pas la nature de créances, seulement celle d'articles de compte. À cet égard, on
voit combien il serait absurde de les soumettre à la prescription quinquennale. Ce serait
encore contraire à l'esprit de l'indivision. Le moment du partage est le seul qui permet de
savoir dans quelle proportion chaque indivisaire s'est soucié de l'intérêt de l'indivision25.
L'équité commande bien de le récompenser de ses efforts. Le compte d'indivision est un
moyen de réaliser l'égalité du partage. La comparaison avec les récompenses s'impose d'elle-
même.

9. Compte de récompenses. Les récompenses s'intègrent dans un compte de partage (C. civ.,
art. 1468). Ainsi, les époux ne peuvent être obligés de payer les articles de ce compte pendant
la vie du régime dont seul le reliquat est exigible à la liquidation26. De même, selon la Cour de
cassation, « le droit à récompense, qui s'exerce à l'occasion du partage, ne peut se prescrire
tant que le partage n'est pas demandé »27. C'est toute la différence avec les créances entre
époux qui sont immédiatement exigibles et ne constituent pas une opération de partage28.

Il en va de même dans l'indivision.

D'un côté, les dépenses de conservation sont des articles de compte inscrits au passif29, ce qui
est bien le cas du remboursement d'un emprunt30. À cet égard, la prescription ne court qu'à
compter du partage. Le compte d'indivision joue ici exactement le même rôle que le compte
de récompenses : il permet de rendre à chacun le sien proportionnellement à sa contribution.

D'un autre côté, les dépenses de conservation sont des créances dont l'indivisaire peut
poursuivre immédiatement le paiement31. Il s'agit là d'une conséquence tirée de leur double
nature dont l'une n'exclut pas l'autre. C'est là une différence importante avec les récompenses
qui ne sont jamais des créances mais seulement des articles de compte. Il reste que la double
nature des dépenses de conservation ne signifie pas pour autant que l'indivisaire sera payé
deux fois.

10. Problème du double paiement. Il reste, en effet, à éclaircir un dernier problème. Si le


remboursement d'un emprunt par un indivisaire avec ses deniers personnels est une dépense
de conservation du bien, pourquoi ne pourrait-il pas en demander deux fois le remboursement,
une fois au titre de l'article 815-17 et une autre fois au titre de l'article 815-13 ?

Une nouvelle fois, il faut tirer toutes les conséquences de la double qualification. Les régimes
sont certes cumulatifs mais ils s'articulent aussi selon une logique économique et juridique.

Supposons en l'espèce que Monsieur souhaite obtenir avant le partage le remboursement des
échéances de l'emprunt. Il peut le faire puisqu'il est créancier au sens de l'article 815-17.

25
Les juges cherchent si les sommes investies par l'indivisaire ont entraîné une plus-value soit au jour du partage
(Civ. 1re, 18 oct. 1983, n° 82-14.798, JCP 1984. II. 20245, note E.-S. de la Marnierre ; 7 juin 1988, n° 86-15.090,
JCP N 1989. II. 22 ; Defrénois 1988, art. 34314, p. 1078, note G. Morin ; RTD civ. 1989. 120, obs. J. Patarin),
soit au jour de l'aliénation, si le bien indivis qui a bénéficié d'améliorations a été aliéné (Civ. 1 re, 23 mars 1994,
n° 92-14.703).
26
Civ. 1re, 14 mars 1984, n° 82-16.638.
27
Civ. 1re, 28 avr. 1986, n° 84-16.820, D. 1987. 324, note G. Morin ; JCP N 1986. II. 244, note P. Simler.
28
Civ. 1re, 26 sept. 2012, n° 11-22.929, D. 2012. 2307 ; AJ fam. 2012. 564, obs. P. Hilt ; RTD civ. 2012. 766, et
767, obs. B. Vareille.
29
Civ. 1re, 8 oct. 2014, n° 13-18.563, RTD civ. 2015. 107, obs. J. Hauser.
30
Civ. 1re, 29 mai 2013, supra note 8.
31
V. jur. citée, supra note 1.
Seulement, en exigeant le remboursement, il entraîne par ce fait même la disparition d'un des
articles de compte dont il aurait pu bénéficier au moment du partage. La différence est
importante car si la créance est forcément du nominal, en revanche, l'article de compte pourra
se calculer selon le profit subsistant32. La patience est récompensée.

Si l'indivisaire est impatient, on retrouve alors la faveur faite aux créanciers qui concourent à
l'intérêt de l'indivision : ils peuvent sans plus attendre exiger le remboursement33. Le fait que
l'indivisaire ait privilégié l'indivision ne doit pas lui interdire de pouvoir retrouver des
liquidités à court terme pour faire face à d'autres dépenses personnelles. Seulement, il est face
à un choix : récupérer son argent ou laisser cette part lui échoir lors du partage.

La subtilité est que l'inscription en compte n'entraîne pas ici de novation34. Cette inscription
repose sur un fondement autonome qui est celui de la propriété et dont le prolongement est le
partage. En revanche, le paiement de la créance efface l'inscription en compte car l'indivisaire
a une option : ou bien il attend le partage ou bien il demande le paiement immédiat.

11. Option : partage ou paiement. L'indivisaire est bien titulaire de deux actions : l'une en
partage et l'autre en paiement35. La première n'efface pas la seconde, c'est l'évidence. C'est
seulement en ce sens que l'inscription en compte peut être dite facultative : l'indivisaire peut
toujours y renoncer en poursuivant le paiement sur le fondement de la créance. L'inverse n'est
pas vrai : la prescription de la créance n'efface pas l'article de compte. Différence de nature
égale différence de régime.

On constate en l'espèce que la question soumise était bien celle du partage36. La prescription
n'avait donc pas lieu de s'appliquer puisque le partage suppose de raisonner sur la base d'un
compte d'indivision autonome. Il s'ensuit que les droits sur le reliquat du prix après aliénation
doivent être calculés selon l'article 815-13 et non selon la logique de l'article 815-17. La
prescription de l'action en paiement n'est pas la prescription de l'action en partage.

La distinction ne s'impose pas seulement par respect pour la pratique notariale. Elle ne
s'impose pas non plus seulement en raison du bon sens économique qui veut que celui qui
contribue à conserver la chose doit retrouver sa part au moment du partage. Elle s'impose
aussi en raison de la logique juridique qui distingue les qualifications de créance et d'article de
compte, que ce soit pour l'exigibilité ou pour le moment de leur règlement.

Les bonnes réponses ne font pas forcément les bonnes questions. Le syllogisme implacable
qui conduit à la prescription des créances de conservation cède devant le vrai problème, à
savoir celui du partage du bien selon la logique du compte d'indivision.

32
V. supra note 3.
33
V. supra note 1.
34
V. supra n° 7.
35
De la même manière, les juges distinguent bien l'action en paiement des créanciers et la demande en partage
propre aux créanciers d'un coïndivisaire : ces actions ne tendent pas aux mêmes fins : Civ. 1 re, 3 déc. 1996,
n° 94-19.229, JCP 1998. I. 133, et JCP N 1998. 1707, obs. R. Le Guidec ; Defrénois 1997. 40, obs. Grimaldi.
36
V. supra note 7.
Tableau récapitulatif : Nature et régime des créances et indemnités dans l'indivision

Tableau récapitulatif
Nature et régime des créances et indemnités dans l'indivision

Source Nature Prescription Exigibilité Moment de règlement

Avant le partage ou
Part annuelle dans les bénéfices
Créance Quinquennale Immédiate report judiciaire
(C. civ., art. 815-11)
au moment du partage

Indemnité de gestion
de l'indivisaire (C. civ., art. Créance Quinquennale Immédiate Avant le partage
815-12)

Dépenses d'amélioration Article de Au jour du


Quinquennale À compter du partage
(C. civ., art. 815-13) compte partage

Dépenses nécessaires Article de Au jour du


Quinquennale À compter du partage
(C. civ., art. 815-13) compte partage

Conservation et gestion des


biens indivis (C. civ., art. 815- Créance Quinquennale Immédiate Avant le partage
17)

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