En quoi peut-on dire de Camille et de Perdican qu’ils badinent avec l’amour ?
1- D’une part, leur comportement est insouciant.
a) Références constantes au monde de l’enfance.
- Attachement de Perdican à la période et au décor de son enfance, plaisir à l’évoquer et à en
retrouver les décors :
*I, 4 : échange avec le chœur p 25-26, usage de déterminants possessifs, registre lyrique.
*I, 3 : propositions faites à Camille qui, elle, ne partage pas cette nostalgie p 23) → son
attachement à Camille est lié aux souvenirs de cette enfance commune, ce que confirme le
baron (I, 2 p 17 l.66 + apostrophe « mes enfants » utilisée tout au long de la scène par le
baron).
*I, 2 : étonnement d’être devenus adultes (p 18).
- Rosette touche Perdican car elle est pour lui comme une Camille qui n’aurait pas grandi (il
l’appelle « petite », « mon enfant » I, 4 p 26-27), qui lui permettrait de retrouver cette
enfance intacte (II, 3 p 40 avec le rappel des souvenirs / III, 3 p 68 avec l’anaphore « toi seule
tu n’as rien oublié de nos beaux jours passés, toi seule tu te souviens de la vie qui n’est
plus »).
b) Références constantes à l’univers du jeu.
- Perdican qui s’amuse à embrasser Rosette, comme dans un jeu sans conséquence (II, 3 p 39).
- Camille qui, après s’être montrée froide et distante avec Perdican, déclare dans la scène 6 de
l’acte III qu’elle a envie de s’amuser (p 74).
- Camille qui qualifie le mariage de Perdican avec Rosette de « plaisanterie » (III, 7 p 80).
- Tirade de Perdican quand, rétrospectivement, il repense à son comportement et à celui de
Camille (p 83 « comme des enfants gâtés que nous sommes, nous en avons fait un jouet »).
2- D’autre part, leur comportement manque de sincérité.
a) D’abord leur badinage se lit dans la manipulation du langage.
- Camille ne dit pas la vérité dans le mot qu’elle écrit à Louise son amie du couvent (III, 2 p
66).
- Perdican ne dit pas la vérité quand il donne RDV à Camille (III, 2 p 67).
- Perdican se ment à lui-même et ment à Rosette quand il lui déclare son amour et lui promet
le mariage (III, 3).
b) Ensuite, leur badinage se lit dans le recours à des mises en scène.
= Dans l’acte III, 3 scènes à témoin caché → impression que dans cette histoire, tout est
théâtre et mise en scène, Camille et Perdican sont tour à tour acteur, metteur en scène,
spectateur.
= Chacun joue un rôle (comédie sociale, theatrum mundi).
- III, 3 : Perdican acteur et metteur en scène quand il donne sa chaîne en or à Rosette et jette
dans la fontaine la bague de Camille = actions à destination de Camille, réduite au rôle de
spectatrice.
- III, 6 : Camille metteure en scène quand, après avoir amené Perdican à lui avouer son amour,
elle soulève la tapisserie et fait apparaître Rosette évanouie = lever de rideau au théâtre
(didascalie p 76).
3- Mais ce badinage amoureux cache un véritable amour.
a) Les vrais sentiments des personnages se lisent dans leurs réactions.
- II, 2 : colère de Perdican découvrant ce que dit de lui Camille dans sa lettre à Louise.
- III, 3 : Camille blessée par la scène à laquelle elle vient d’assister (promesses d’amour de
Perdican à Rosette + actes lourds de sens : chaine en or et bague).
- III, 7 : affolement de Camille face au mariage annoncé de Perdican avec Rosette.
Le badinage des deux protagonistes masque le fait qu’ils accordent en réalité une très
grande valeur au sentiment amoureux.
= Scène du grand débat sur l’amour (II, 5) :
- Camille rejette l’amour humain car elle est en quête d’un amour absolu et éternel, un amour
que seul Dieu peut lui donner pense-t-elle (p 51 : « Je veux aimer mais je ne veux pas
souffrir ; je veux aimer d’un amour éternel et faire des serments qui ne se violent pas. Voilà
mon amant. Elle montre son crucifix. »).
- Perdican a lui aussi une très haute conception de l’amour mais croit en l’amour humain,
« chose sainte et sublime » (p 55).
b) Ce badinage est en fait l’apprentissage douloureux de l’amour.
- = Apprentissage tragique : les personnages provoquent le malheur du fait de leur
inconséquence et de leur aveuglement : Rosette meurt et Camille et Perdican se séparent
pour toujours.
= Difficile passage à l’âge adulte des 2 jeunes héros.
- La mort de Rosette montre la gravité de l’amour : elle meurt de désespoir (III, 6 p 74, Camille
à Rosette : « Tu l’aimes pauvre fille ») : elle prouve qu’on peut mourir d’amour comme le
disait Camille à Perdican (II, 5 p 49-50).
- Cette mort donne deux leçons :
*qu’on ne peut pas jouer avec les sentiments d’autrui.
*que l’amour est une force irrépressible.
= Fonction didactique de la pièce, présentée par Musset comme un « proverbe ».