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Tourisme de Masse Dossier.

Venise met en place des mesures strictes pour lutter contre le tourisme de masse, notamment l'interdiction des grands navires de croisière et l'introduction d'une taxe d'entrée pour les visiteurs ne séjournant pas sur place. Ces initiatives suscitent des débats parmi les habitants, certains craignant une surveillance excessive et une transformation de la ville en parc d'attractions. Malgré ces efforts, la ville continue de faire face à des défis liés à la sur-fréquentation et à la préservation de son patrimoine.

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Tourisme de Masse Dossier.

Venise met en place des mesures strictes pour lutter contre le tourisme de masse, notamment l'interdiction des grands navires de croisière et l'introduction d'une taxe d'entrée pour les visiteurs ne séjournant pas sur place. Ces initiatives suscitent des débats parmi les habitants, certains craignant une surveillance excessive et une transformation de la ville en parc d'attractions. Malgré ces efforts, la ville continue de faire face à des défis liés à la sur-fréquentation et à la préservation de son patrimoine.

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Le tourisme de masse. Problématique.

Exemples. Pour et contre.


Quelques photos pour commencer à réfléchir :
Connaissance des Arts.
26.08.2021

Venise : géolocalisation et caméras de surveillance pour lutter


contre le tourisme de masse

Venise poursuit sans relâche sa lutte contre le


tourisme de masse qui la fragilise. ©Claudio Schwarz on Unsplash

Venise poursuit sans relâche sa lutte contre le tourisme de masse qui la


fragilise. Après avoir interdit les plus gros navires de croisière dans sa lagune,
avoir installé des caméras de surveillance et décidé d’appliquer aux touristes
des frais d’entrée dans la ville, elle teste un système de localisation des
téléphones portables pour gérer en direct les flux de visiteurs.
À Venise, la lutte contre le tourisme de masse prend une tournure de plus en plus
inquiétante aux yeux d’une partie de la population. Si le bannissement de la lagune
des plus grands bateaux de croisière a emporté l’adhésion de la majorité des habitants,
l’installation de centaines de caméras de surveillance et l’intention d’appliquer des frais
d’entrée dans la ville pour certains touristes (qui devront par ailleurs réserver leur visite
à l’avance), quant à elles, ont suscité plus de débats. Et le sentiment d’alarme de
certains s’accroît avec le dernier projet en date : un système de traçage et d’analyse
des données des téléphones portables qui, couplé à l’utilisation des caméras de
vidéosurveillance, permettrait de gérer en direct les flux de visiteurs dans l’enceinte de
la ville.
Tracer pour interdire l’accès à certaines zones
Actuellement en pleine phase de test, ce système permet déjà à des fonctionnaires de
la ville de connaître en direct la localisation des personnes dans la cité des Doges
(touristes ou habitants), ainsi que plusieurs informations telles que leur âge, leur sexe,
leur pays d’origine et leur précédente position géographique. Lorsque les flux de
visiteurs se concentrent dans certaines zones de la ville, il devrait à l’avenir leur
proposer différents itinéraires de visite.
La ville prévoit également deux méthodes plus radicales qui devraient entrer en
vigueur dès l’été prochain : d’une part l’installation de portiques à l’entrée de certaines
zones très touristiques, qui permettraient d’en bloquer l’accès dès le quota maximal
de visiteurs atteint, et d’autre part l’application de frais d’entrée dans la ville, dont le
tarif serait régulé en fonction de l’affluence, calculée grâce à ce système de traçage.

Un contrôle total décrié


Si les élus insistent sur l’anonymat des informations collectées, bon nombre
d’habitants pointent du doigt ce fichage de masse et la réduction des libertés qu’il
implique. Luca Corsato, « data manager » (manageur de données) à Venise, s’est
exprimé auprès du « New York Times » : « l’idée que chaque personne qui entre soit
étiquetée et parquée est dangereuse ». Un ressenti peu étonnant, tandis que Simone
Venturini, officiel en charge du tourisme, a déclaré : « nous savons minute par minute
combien de personnes passent, et où elles se rendent. Nous avons un contrôle total
de la ville ». Le maire de la ville, Luigi Brugnaro, clame quant à lui que ces mesures
ont vocation à rendre la ville plus agréable pour ses habitants, et Paolo Bettio, le
directeur de Venis (la société qui s’occupe des technologies d’information de la ville),
a affirmé : « soit on est pragmatique, soit on vit dans un monde de contes de fées ».
De nombreux Vénitiens déplorent également la transformation de la Sérénissime en
semblant de parc d’attraction ou de galerie. Ce projet, « c’est comme déclarer une
bonne fois pour toutes que Venise n’est pas une ville, mais un musée », a déclaré
Giorgio Santuzzo, photographe et artiste.
Clara Baudry

Connaissance des Arts


26.08.2021

Venise : il faudra bientôt payer une taxe


pour entrer dans la ville

À partir de l’été prochain, les touristes devront réserver à l’avance pour visiter
Venise.
Dans un an, les personnes souhaitant visiter Venise sans séjourner sur place
devront s’acquitter d’une taxe pour pénétrer dans la ville. Cette mesure inédite
suscite le débat.
Après avoir banni le mois dernier les bateaux de croisière de plus de 25 000 tonnes
de sa lagune, la cité des Doges poursuit son chemin vers un tourisme moins nocif.
Dernière mesure en date pour limiter le nombre de vacanciers : l’instauration d’une
taxe pour les visiteurs ne passant pas la nuit sur place. À partir de l’été prochain, ceux-
ci devront réserver une visite à l’avance et passer par des tourniquets, avec un QR
code en guise de laisser-passer, pour pouvoir pénétrer dans l’enceinte de la ville. Les
personnes passant une ou plusieurs nuits au sein de la Sérénissime, quant à elles, en
seront exemptées, de même que les enfants de moins de six ans, les résidents et les
membres de leur famille.
Limiter l’impact du tourisme de masse
Les partisans de cette mesure y voient un moyen de combattre le tourisme de masse
et ses effets délétères pour le patrimoine local ; avant 2020, Venise accueillait 30
millions de visiteurs par an ! Cette taxe devrait réguler les flux de touristes journaliers.
Ainsi, sa valeur variera selon la période de l’année, s’élevant à 3€ en basse saison, et
jusqu’à 10€ les weekends d’été les plus fréquentés.
Participer à l’économie de la ville
Cette taxe permettra aussi d’améliorer la participation des touristes journaliers à
l’économie locale. Avant que Venise n’interdise les gigantesques bateaux de croisière
dans sa lagune, 70% des visiteurs n’étaient de passage dans la ville que pour une
journée, participant peu à certains pans de son économie. À titre d’exemple, seuls 7.8
millions de personnes y ont acheté des entrées de musées, d’églises ou d’autres
attractions touristiques en 2019. En revanche, d’autres professionnels du tourisme
craignent cette mesure, à l’image de cet employé d’hôtel qui s’est confié à « La
Stampa » : « nous avons besoin des bateaux de croisière car les passagers
dépensent beaucoup en peu de temps. Économiquement, cet arsenal de mesures est
pour nous une catastrophe ».
Une mesure inédite qui suscite le débat
C’est la première fois qu’une taxe de ce genre est instaurée à l’échelle d’une ville, et
elle ne fait pas l’unanimité. Ses détracteurs craignent que les tourniquets ne donnent
à la Cité des Eaux un air de parc d’attraction, et le conseiller municipal Marco
Gasparinetti a dénoncé auprès de « La Stampa » une mesure « anticonstitutionnelle
et contraire à la loi européenne ». « Il faudrait plutôt restreindre l’accès uniquement
aux zones particulièrement fréquentées, comme la place Saint-Marc », propose-t-il.

Tourmag FUTUROSCOPIE
Tourisme à Venise : vivre ou
mourir ?
Décryptage de Josette Sicsic, Futuroscopie 14 Octobre 2021

Depuis de nombreuses années, Venise a perdu de sa superbe. Transformée en un


patrimoine en péril, une icône malmenée par les nuisances d’une sur-fréquentation
touristique qu’elle prétend combattre alors que la réalité est tout autre, elle incarne
la fin d’un monde. A tel point qu’il ne se passe guère de semaines sans que la
municipalité prétende fourbir de nouvelles armes pour refaire de la Sérénissime
une destination touristique fréquentable… La presse pour sa part se déchaîne. A
raison. Au delà des déclarations officielles, la réalité piétine, pire, elle dément les
discours pompeux des édiles égarés dans leurs propres mensonges.
Venise victime du sur-tourisme ? Entre les déclarations officielles et les actes la Sérénissime
est en train de perdre de superbe - [Link] Auteur Charly7777

Pour en savoir plus, nous avons interrogé un journaliste français vivant dans la Sérénissime
afin de nous livrer sa version des faits. Nous avons aussi lu avec attention un ouvrage tout
à fait recommandable paru aux éditions Exils : « Authentique rapport sur la nécessaire
disparition de Venise ».

L’ouvrage tout d’abord : Rédigé par un Vénitien qui souhaite garder l’anonymat et adopte
le pseudonyme de Casanuova, il décrit avec force détails (toujours très bien sourcés) l’état
d’une merveille du patrimoine mondial que l’on a laissé sombrer entre les mains de
mauvais gestionnaires, pour ne pas dire de gestionnaires corrompus.

Plus soucieux d’engranger des recettes vite et mal gagnées que de protéger la fragilité
d’une ville sans laquelle le tourisme italien ne serait plus ce qu’il est, ils se flattent de
recevoir 30 millions de visiteurs annuels y compris les excursionnistes et continuent
d’autoriser les hébergements touristiques à proliférer.

Le tout sur fond de scandale du projet MoSE, cette digue « dont la construction aura duré
une vingtaine d’années et aura coûté plus de 6 milliards d’euros pour un budget prévisionnel
de moins de 2 milliards » !

Et cela, alors que l’Italie sait mener à bien de grands travaux à des coûts et dans des délais
raisonnables » (les autoroutes du soleil par exemple) !

… Pendant que les aqua alta continuent à inonder la place Saint Marc et les ruelles
attenantes dont la majorité ne vendent plus que de la pacotille au détriment des produits
indispensables au quotidien des quelques vénitiens qui restent fidèles à leur ville, les murs
se lézardent, les canaux s’embourbent et les gondoliers se lassent de jouer les
marionnettistes d’un théâtre en train de couler.

A tel point que l’auteur songe à des solutions d’urgence et de survie qui en feront hurler
plus d’un : confier la restauration de la Sérénissime à Disney dont le savoir-faire pourrait lui
permettre de transformer la ville en parcs à thèmes et d’y gérer parfaitement les flux !
Boutade ? Certes.

Ou en partie seulement, car l’idée de recourir aux ingénieurs californiens n’est pas neuve.
N’ont-ils pas contribué à réorganiser Central Park à New-York ? Autre idée : déplacer la
ville et la reconstruire à l’extérieur. Comme pour Abu Simbel. A moins de transformer la
lagune en lac fermé traversé par un système d’égouts de qualité ?

Ou encore, pourquoi pas maintenir à Mestre dans les énormes hôtels low cost que l’on est
en train d’y construire, une population touristique se satisfaisant de quelques attractions
locales les dispensant d’aller encombrer les rues du centre historique de Venise ? Ainsi,
l’élite pourrait reconquérir ses territoires.

Autre solution : comme Lascaux 1 fermé pour être remplacé par Lascaux 2 et 3, on
ferait une Venise numéro 2 bâtie sur la terre ferme, solide, bien droite sur ses pilotis ! On
pourrait aussi avoir recours au virtuel et à des tiers lieux !

Les techniques ne manquent pas pour traduire en images numériques de grande qualité
les œuvres des grands maîtres. Et cela éviterait à beaucoup des visites épuisantes. Et que
dire d’un pont sous la lagune ?

Bref, les idées ne manqueraient si l’on voulait vraiment prendre le problème à bras le
corps et préserver cette ville en or et les imaginaires qui vont avec. Mais, attention,
l’auteur n’est pas un ingénieur ni un architecte. Il est un visionnaire qui utilise la provocation
pour faire réfléchir intelligemment et peut-être à l’avenir, efficacement.

« Parole, parole » ! Entretien avec un Vénitien d’adoption


De son côté, un journaliste français vivant depuis de longues années à Venise, a
répondu à nos questions sur toutes les soudaines mesures annoncées par la
municipalité de Venise pour y réguler son tourisme.

Futuroscopie - Premier point, qu’en est-il des paquebots ?

X.Y : ils ne passent plus par la Boca del Lido, ni devant la place Saint Marc ni dans le canal
de la Giudecca (les plus gros d'entre eux du moins). Mais ils doivent continuer à entrer dans
la lagune par la Boca de Malamoco et emprunter le canal des pétroliers jusqu'à Marghera.
Jusqu'à présent, trois ou quatre seulement l'ont fait. Le dernier a dû renoncer car il y avait
trop de vent. Le canal est trop étroit pour ces géants et l’on redoute un "effet canal de
Suez" un bateau se mettant en travers et bloquant tout.

Il est donc prévu d'élargir et creuser ce canal d'ici deux ans, mais comme ses fonds sont
pollués par les rejets industriels de Marghera, cela devrait détruire les zones de pêche
limitrophes (les plus importantes de la lagune) et risque de contaminer toue la lagune.
Sans parler du fait que cela accélérera encore la vitesse d'entrée des marées. J'ai
l'impression qu'en attendant, nombre d'entre eux choisiront Trieste ou un port plus proche
d'où pourront se faire des excursions à Venise.

Futuroscopie - On a aussi beaucoup évoqué le projet des portiques, qu’en est-il ?

X.Y : Une première expérimentation avait été faite au printemps 2018. Vite arrêtée devant
les protestations des opposants qui étaient venus les démanteler car ce sont des
structures légères. Il ne s'agissait pas de limiter les entrées mais d'obliger une partie des
visiteurs à prendre un itinéraire bis les jours d'affluence. Maintenant, on parle d'obliger à
faire des réservations et à payer un péage un peu ridicule (de 3 à 10 euros !).
On ne sait toujours pas quand la deuxième expérimentation commencera. Il y a
manifestement encore pas mal de problèmes administravo-juridiques à régler.

Et va-t-on installer des portiques (pour l'instant ce sont de modestes tourniquets) pour
contrôler les dizaines de bateaux-autobus qui amènent les excursionnistes depuis les
plages environnantes ou même de Croatie qui fournit des contingents importants
d’excursionnistes ? Nous n’en savons rien.

Futuroscopie - Quid des Brigades de contrôle ?

XY : J'avoue que je n'en ai guère vu... La ville est de nouveau submergée en particulier les
week-ends où tous les jeunes de la région viennent se saouler. Il y a sans doute un effet
Covid avec l'arrêt du tourisme vers l'étranger et la fermeture des boites de nuit.

On dirait cependant qu'il s'ouvre un bar par semaine. Pour ma part, j'ai trouvé un slogan
détournant celui qui dit "Venezia non e un albergo" ! J’ajouterai : "Si, Venezia e un bar" !
Quand on voit les foules qui bloquent littéralement certains endroits comme le Rialto, la
Fondamenta della Misericordia, Il Campo Santa Margherita, etc..), et qu'au petit matin on
retrouve ces endroits tapissés de cartons de pizzas ou de hamburger, de verres en
plastique, sans parler des flots d'urine contre les murs, on se demande où sont ces
brigades.
Futuroscopie - Que pouvez-vous nous dire sur les projets de tracking ?

XY : Le système de caméras, et la salle des écrans (Smart Control Room est son nom)
permet en effet d'identifier, depuis près de deux ans, presque tous les visiteurs qui ont un
smartphone. Mais, jusqu'à présent cela n'a ni empêché les vols ni régulé le trafic (touristes,
bateaux, etc.). Si l’on en avait la volonté, ce serait peut-être possible mais quand on voit
que la mairie veut installer une autre porte d'entrée à Venise (San Giuliano/Pili), qui
impliquerait des dizaines d'autobus flottants pour transporter les visiteurs, on doute de la
volonté de limiter le sur-tourisme.

Ne parlons pas non plus de la multiplication des hôtels bon marché à Mestre !

Alors que la mairie racontait une fable selon laquelle, depuis deux ans, la construction de
nouveaux hôtels était bloquée « sauf exception ». Et bien on voit beaucoup d'exceptions,
et d'hôtels ! Quant au contrôle des locations sur Airbnb, il est tombé aux oubliettes.

En lagune, les bateaux à gros moteurs et les taxis ne respectent aucune limitation de
vitesse (moi, le week-end je ne vais plus en lagune nord (Burano, Torcello...) car j'ai peur
d’être retourné pas une vague.

Futuroscopie - Que pensez-vous de ce problème majeur qu’est l’aérien ? Parle-t-on de


limiter les vols ?

X.Y : Je n’en ai jamais entendu parler, mais je lis aujourd'hui dans le journal que Ryanair qui
arrivait à Trévise, ouvre une nouvelle base à Marco Polo, et va inaugurer 16 nouvelles
liaisons internationales et huit avec les villes italiennes !
Vous voyez l’excès et le mensonge combinés à l’économie sont monnaie courante. Le
tourisme vénitien, pour faire parler de lui, n’a plus que des informations calamiteuses à
faire circuler…

TourMag FUTUROSCOPIE –
Succès touristiques : la lampe
du "génie des lieux" n'éclaire
que le chemin parcouru...
Décryptage de Josette Sicsic, Futuroscopie 2 Septembre 2021

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Quelques lieux emblématiques dans le monde possèdent une attractivité indéfinissable


quien font le succès touristique. C’est ce que l’on appelle le « génie des lieux ». Un terme
dontil est fait un grand usage sans que, pour autant, son sens profond ne soit défini et
sesnuances mises à jour. Mais, ce génie peut facilement être victime du
développementtouristique et s’éteindre. Comment ? Par petites touches qu’il convient de
surveiller avantqu’il ne soit trop tard…

Un lieu a beau avoir du génie, ou tout au moins une âme, il n’en reste pas moins qu’il court
le risque de sombrer dans une inflation touristique destructrice - DR

Entre uniformité et originalité, le lieu a une particularité.

Il est constitué d’un écheveau complexe de signifiants et de signifiés, d’éléments matériels


et immatériels, objectifs et subjectifs, humains et minéraux... qu’il convient de démêler
pour en comprendre le rôle et l’influence.

Néanmoins, on peut considérer avec le géographe Jean-Baptiste Veber que les lieux
résultent de l’empilement de trois composantes essentielles :
• La strate paysagère, la composante de base

C’est la photographie que propose le lieu, cette portion de territoire qui peut nous être ou
ne pas être chère. La photographie a des caractéristiques naturelles, physiques,
climatiques qui, de plus, varient au fil des saisons. Elle se structure aussi, bien souvent,
autour d’un bâti, civil, religieux, militaire...

Elle implique enfin un peuplement d’humains, animaux, insectes ou une absence de


peuplement. Objective, facile à déchiffrer, cette image est généralement celle que
véhiculent les médias officiels en les embellissant le plus souvent pour en optimiser
l’impact.

• Les représentations humaines et historiques, l’apport du storytelling

Autre dimension particulièrement importante, la dimension historique, soit ce moment de


l’Histoire qui a donné une âme à un lieu et qui, d’un territoire anonyme en a fait un territoire
doté d’une histoire.

Ainsi, l’hôtel Lutétia qui vient de rouvrir à Paris, entièrement rénové, évoque l’une des
meilleures expressions de l’art décoratif dans la capitale, les personnages illustres qui l’ont
fréquenté : Ernest Hemingway ou Samuel Beckett... mais aussi les heures très sombres de
l’après-guerre et le retour des déportés.

Incitant au storytelling, cette charge est du pain béni pour les opérateurs touristiques qui
peuvent, en la manipulant avec adresse, tout autant que la précédente, l’optimiser. Autre
exemple de génie historique, le lieu habité par un écrivain ou un musicien ou n’importe
quel artiste dont l’image transcende le lieu et lui confère une aura toute particulière.

• Le souvenir individuel joue le rôle de la « madeleine »

Mais, le génie des lieux provient enfin de son aptitude à réveiller des souvenirs et à
fabriquer des associations. Son pouvoir « Madeleine de Proust » lui confère un contenu qui
en fait la magie et le moteur de son attraction.

Ce rôle s’accomplit d’autant mieux que les traces des expériences passées se déclinent
en fonction de tous les sens : les odeurs, les sons, les couleurs, la chaleur et les émotions
liées à des moments de vie. Ce moteur est individuel, secret, impénétrable. Il est donc
quasiment impossible de l’activer pour un opérateur extérieur.

... La nature des lieux qui nous rendent heureux est donc complexe. Elle est le résultat d’une
alchimie objective sur laquelle les opérateurs touristiques peuvent agir, en les préservant, les
valorisant, en en faisant une promotion discrète. Mais, cette alchimie étant également
subjective, mieux vaut éviter le télescopage d’images parfois non compatibles.

Inventaire des petits signes qui menacent le génie des lieux


Un lieu a donc beau avoir du génie, ou tout au moins une âme, il n’en reste pas moins
qu’il court le risque de sombrer dans une inflation touristique destructrice.
Comment, année après année, touche par touche, un territoire se « touristise » et perd
son génie ?

Nous vous en faisons une relation rapide, loin d’être exhaustive, à propos d’une petite île
de la Méditerranée que nous connaissons bien mais dont nous tairons le nom pour lui
éviter de perdre un peu plus de son génie :

► L’unique épicerie vend désormais quelques tuniques, robes et foulards


importés d’Asie. A des prix toutefois très raisonnables. Mais au détriment des
produits alimentaires locaux comme le miel et le fromage.
► Un club de plongée, certes de petite envergure, propose des sorties, des
stages, des cours et déverse tous les jours sur le sable ces robots en
combinaison de caoutchouc tandis que ses moteurs tournent quelques longues
minutes à vide.
► Le petit bateau qui dessert les ports à la ronde, est devenu moins régulier et
surtout, il est devenu payant. Quant aux barques de pêcheurs qui, à la nuit
tombée, allaient pêcher et vendaient leur poisson au petit matin, elles sont de
moins en moins nombreuses. Et l’on se prend à regretter le bruit assourdissant
de leurs moteurs ancestraux.
► Les loueurs de voitures ont désormais aussi quelques motos en location.
L’un d’entre eux propose, sans trop de succès encore, des quads. Les prix
augmentent et les petites arnaques deviennent voyantes.
► Une nouvelle route construite grâce à des fonds européens dessert la côte,
sans pour autant être utilisée. Faute de voitures. Mais ses jours de tranquillité
sont comptés.
► Une population éclectique d’Européens désireux de financer leurs séjours,
proposent des programmes de développement personnel, cuisine, et séances
de yoga sur la plage. Ils organisent aussi des « meditation tours », à l’aube et
bien d’autres activités collectives et individuelles destinées à se faire du bien.
► Les nuits de la pleine lune sont en passe de devenir des événements
spirituels de première importance même s’ils n’ont rien à voir avec la culture
locale.
► La seule plage de sable de l’île diffuse une musique techno internationale de
piètre qualité aux décibels trop élevés, et propose parasols et matelas à des
tarifs de plus en plus élevés.
► Un port de plaisance est en train de se développer et quelques très rares
yachts y jettent l’ancre. Mais, pire, les ports secs se multiplient et occupent de
plus en plus de terrain.
► Le prix de l’apéritif a légèrement augmenté mais les petits amuse-gueules
qui vont avec, sont devenus payants et moins goûteux. On continue cependant
de régler ses factures en espèces.
►La coiffeuse de l’île tient un agenda bien rempli et consacre moins de temps
à ses clients.
► Les offres de location via Airbnb se sont multipliées par dix et touchent tous
les segments de la population, pressée d’héberger des touristes plutôt que leur
famille.
► Une équipe de journalistes internationaux est venue faire des photos et des
repérages pour venir tourner un film sur les atouts de l’île. Ils ne parlent pas un
mot de la langue nationale mais savent déjà « tout sur tout » !
► Une deuxième compagnie aérienne dessert la destination et offre des tarifs
concurrentiels tandis que les navettes maritimes se sont transformées en
catamarans, dont la rapidité est certes sans appel, mais sans doute inutile à
l’heure du slow tourisme.
► Plusieurs projets hôteliers sont annoncés… Leurs investisseurs sont tous des
étrangers convaincus de leur supériorité.
►Les joueurs d’échecs ont déménagé dans une autre taverne pour ne pas être
dérangés.
►… Aïe ! Mais n’est-ce pas mes voisins parisiens que je vois là-bas, sur la plage,
en train de se baigner !

TourMag
"Le tourisme est devenu un
gros mot !" selon Nicolas
Martin (OT Pays Basque)
Interview de Nicolas Martin, le président de l'Office de tourisme du Pays Basque et
futur DG de l'OT de La Rochelle
L'heure des bilans a sonné dans toutes les destinations et offices de tourisme
français ! Il ne fait plus de doute que l'été 2021 ne sera pas historique, mais loin d'être
un mauvais cru.C'est dans le Pays Basque que nous avons rendez-vous, avec un
directeur général pas comme les autres. Nicolas Martin qui prend le 1er septembre
prochain la destinée de l'office detourisme de la Rochelle, dresse non seulement le
bilan de la saison, mais surtout du tourisme. Ce dernier est-il vraiment si néfaste ?
Doit-il changer sa façon de calculer son influencesur la société française ? Devons-
nous reprendre en main sa conception ? Réponses juste ici, avec Nicolas Martin.
Rédigé par Romain POMMIER le Dimanche 29 Août 2021
"Le tourisme de masse est aussi révélateur d'un mépris de classe. Autrefois seules les
personnes fortunées faisaient du tourisme, en raison du prix élevé de l'activité,
maintenant il est nettement plus accessible. Si nous réservons l'activité à quelques
happy few, alors il n'y aura plus de problème"

"Il y a un vrai enjeu qui est de redonner un sens positif au


tourisme"
[Link] - Pour en revenir à votre post Facebook, au tout début de celui-ci, vous
vous interrogez, sur le mot même "tourisme". Pourquoi vous interrogez-vous sur ce mot
? Vous trouvez qu'il est mal traité ?

Nicolas Martin : C'est une lapalissade de dire, que le tourisme est devenu un gros mot !

Globalement ce qui est vrai dans le Pays Basque ou ailleurs, ça n'a jamais été une
industrie noble en France, mais surtout ça l'est de moins en moins.

Vous rajoutez à cela le terme abominable du tourisme de masse, avec tout ce que nous
mettons derrière. Si ce n'est les gens qui travaillent dans l'industrie, la vision est
généralement négative.

Le tourisme est devenu péjoratif, car nous l'enfermons seulement dans le business. Il y a
un vrai enjeu qui est de redonner un sens positif au tourisme, montrer que ce ne sont pas
seulement des gens qui viennent consommer, mais aussi des personnes qui enrichissent
les territoires.

[Link] - Selon vous il faut sortir des seuls indicateurs que nous avons ?

Nicolas Martin : Nous devons redéfinir les indicateurs que nous mettons en place pour
déterminer si le rapport au territoire est positif ou négatif.

En France si ce n'est les nuitées, nous ne savons pas comptabiliser grand-chose.

De nombreux territoires traitent le sujet du tourisme décarboné, après nous manquons


d'outils de mesure. Pour dire ce qu'est un touriste décarboné, il faut être en mesure de
calculer son empreinte carbone par rapport aux habitants.

Malheureusement nous n'avons aucune de ces deux données.

Nous ne sommes pas en capacité de se fixer des objectifs, si ce n'est celui du nombre de
touristes ou de la dépense moyenne.
"Nous avons un bouc émissaire tout trouvé avec Airbnb, c'est
un peu trop facile"
[Link] - Il faut sortir de la vision économique du tourisme pour le rendre plus
noble et vertueux...

Nicolas Martin : C'est très complexe, nous allons devoir avoir des indicateurs autres
qu'économiques, même si ces derniers sont importants.

Le tourisme est une formidable opportunité d'éducation, avec la rencontre de l'autre et le


partage. Aujourd'hui quand un touriste vient au Pays Basque ou ailleurs en France, nous
sommes incapables de dire le nombre d'interactions qu'il aura avec les habitants
locaux.

Et pour fixer un objectif, il me faut un indicateur et un outil de mesure. Pour que nous
souhaitons que le tourisme soit une opportunité pour les artistes locaux, nous devons
trouver des moments et des vecteurs de rencontres entre ces deux publics.

Si ce n'est le Voyage à Nantes qui en a fait le cœur de sa stratégie, partout ailleurs,


nous sommes dans un tourisme drivé par l'économie. La clé d'acceptation de notre
activité par les habitants passe par ça et je peux vous dire que cela va devenir un vrai
sujet.

[Link] - Vous dénoncez le fait que le développement touristique est incontrôlé,


nous pouvons constater les méfaits d'Aibnb ou autres, mais nous ne voyons personne
en mesure de le contrôler.

Nicolas Martin : Le monde n'est pas binaire, concrètement sur les sujets d'urbanisme qui
sont complexes et sur du temps long, nous avons un bouc émissaire tout trouvé avec
Airbnb. C'est un peu facile, car ça occulte d'autres problèmes et phénomènes.

Lorsque je suis sorti de mes études et j'ai trouvé un petit boulot, déjà à cette époque pour
se loger dans le Pays Basque c'était très compliqué. Les propriétaires préférant des
locations saisonnières, puisque plus lucratives.

Ce n'est pas tout, la baisse de la population dans les arrondissements centraux de Paris a
débuté, il y a plusieurs décennies, bien avant l'arrivée d'Airbnb.

A se focaliser sur cette entreprise, nous négligeons sans doute d'autres pistes de réflexion
sur la gentrification, la vente des biens à des étrangers plus fortunés, etc.

L'urbanisme et le transport sont des sujets complexes, il n'est pas possible de construire
une ligne de TGV en quelques semaines, ni même requalifier une ville. Il ne peut pas y
avoir de stratégie homogène sur toute la France.

Le tourisme a très longtemps été rattaché au commerce extérieur, le caser dans un tiroir
a aussi ses conséquences, comme de l'orienter vers le business.

Si demain vous le casez avec la culture cela ne changera pas mal de chose.
"Le tourisme de masse est aussi révélateur d'un mépris de
classe"
[Link] - Quand vous voyez la région PACA ou d'autre se féliciter des chiffres de
fréquentation, alors que Marseille fait + 20% par rapport à 2019, n'est-ce-pas dangereux
et contre-productif ?

Nicolas Martin : Il y aura toujours plus de dichotomie entre ces communiqués de presse
triomphant, après chaque saison estivale, et la perception des locaux.

Vous comprenez mieux, les questionnements que je soulève.

Après pour avoir la data et les indicateurs, il faut mener des études d'observations, mais
ça coûte cher. Nous investissons bien moins que l'Espagne sur ce sujet.

Cette observation devrait être décentralisée et non nationale, car chaque territoire est
différent.

[Link] - Quel est le problème du tourisme de masse ?

Nicolas Martin : Je sais bien ce qu'est le tourisme de masse à Venise, Barcelone ou encore
Amsterdam, dans l'ère avant le coronavirus. En France, il n'y a pas de tourisme de masse,
nous ne sommes pas sur ce modèle-là, comme sur la Costa Brava ou Cancun.

Je ne dis pas qu'il n'y a pas un peu trop de monde par moment à certains endroits, mais
nous parlons de quelques semaines par an, contrairement à 11 mois à Venise ou Barcelone.

Le tourisme de masse est aussi révélateur d'un mépris de classe. Autrefois seules les
personnes fortunées faisaient du tourisme, en raison du prix élevé de l'activité, maintenant
il est nettement plus accessible.

Si nous réservons l'activité à quelques happy few, alors il n'y aura plus de problème
(ironique).

TourMag – Futuroscopie
"Le tourisme est un projet
totalitaire" selon Rémy Knafou
Interview de Rémy Knafou, géographe et professeur émérite de
l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne 8 Novembre 2021

Remy Knafou fait partie des penseurs de l'industrie touristique en France. Le


professeur émérite de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne est l'auteur d'un
livre intitulé "le titre "Réinventer le tourisme, sauver nos vacances sans détruire le
monde". Dans ce recueil qui fait la part belle au tourisme durable, le géographe
n'hésite pas à égratigner l'industrie la qualifiant de "projet totalitaire" et pour qui la
bouée de sauvetage devrait être le tourisme réflexif. Voici la 2e partie de
l'interview de Rémy Knafou qui appelle le monde à sanctuariser touristiquement
l’Antarctique.

"Le tourisme est totalitaire, lorsque nous cherchons à rendre touristique tous les espaces de
la planète, y compris les plus reculés des marchés émetteurs, même ceux sans société
d’accueil" selon Rémy Knafou - Crédit photo : Depositphotos @doethion

[Link] – Vous parliez (dans la 1ère partie de l'interview) de vouloir réguler le


tourisme. Ce dernier a pris un poids considérable dans l’économie mondiale. N’est-il
pas régulé du fait de la grande dépendance qu’il exerce sur l’économie ?

Rémy Knafou : Exactement, il y a une forme d’addiction au tourisme.

Il a tellement réussi qu’il a peu de contre-pouvoir en face de lui. Il ne faut pas casser la
machine, mais l’encadrer et la réguler.

Le fait de mettre des jauges est une suite logique, pour les lieux surchargés ou/et
menacés. Après cela ne remet pas en cause notre liberté d’aller ailleurs.

Après la sélection par l’argent, je n’y suis pas personnellement favorable, mais cela
fonctionne depuis toujours.

Prenez les cas des croisières en Antarctique ou d’autres destinations reculées.

"N’oublions pas que c’est par le tourisme que Venise a


retrouvé de l’activité"

[Link] – Le tourisme a-t-il encore des effets positifs ?

Rémy Knafou : Bien évidemment, d’ailleurs il apporte tellement qu’il a rencontré un tel
succès.

Les retombées économiques sont indéniables. Vous voyez bien que dès que le flux
s’arrête, cela pose problème, notamment pour des destinations prospères, comme Venise.
Il y a eu des reportages naïfs au début de la pandémie, mais nous avons aussi vite oublié
les conséquences néfastes sur la cité.

Pour y être allé en juin dernier, j’ai pu constater que des commerces fermés, des hôtels
qui fonctionnaient avec 15 ou 20% d’occupation, des restaurants vides.

D’ailleurs, je voudrais préciser que Venise sans la foule, ça n’a jamais existé.

Actuellement, il y a 55 000 Vénitiens, ils étaient 250 000 au moyen âge ! C’était une ville
qui grouillait de monde, à l’image de ce que vit la ville à son plein régime touristique.

Dès le 16e siècle, le modèle économique de la cité était sur le déclin. N’oublions pas
que c’est par le tourisme que Venise a retrouvé de l’activité et de l’enrichissement.

Sans l’argent des touristes, le patrimoine de la ville ne serait pas aussi bien conservé.

L’argument social ne me parait pas moins important. Les flux entre les populations de
cultures différentes font circuler des idées et des manières autres de voir le monde.

L’après-franquisme a été préparé par la venue des vacanciers européens, dans un pays
totalement cadenassé et fermé.

Les pratiques des touristes à partir des années 50 sur les plages espagnoles, elles ont
préparé le terrain de la révolution culturelle, puis politique.

Dubaï : "c’est un non-sens et une catastrophe"


[Link] – Des phénomènes bien connus, mais est-ce tout ?

Rémy Knafou : Le tourisme est aussi un facteur de rencontre avec l’autre. Je ne parle pas
nécessairement de la population locale, mais aussi avec les touristes.

Si vous allez dans certaines grandes stations balnéaires, vous avez assez peu de chances
de rencontres des autochtones.

Malgré tout, il est possible de rencontrer des Européens ou des populations plus
lointaines, c’est tout l’intérêt de la vie.

Le tourisme multiplie donc les chances de nous enrichir, grâce aux rencontres.

[Link] – A contrario, lorsque les touristes européens se rendent à Dubaï, ils ne


rencontrent pas de Dubaïotes. En Arabie Saoudite, ce ne sera sans doute le cas. Donc
le tourisme a-t-il encore ce pouvoir ?

Rémy Knafou : Nous sommes dans des espaces de l’artificialisation tous azimuts, que ce
soit environnemental et social.

Les plages sont en partie artificielles, les populations vivent à l’intérieur de lieux climatisés,
c’est le paradis de l’artificialisation.

Sur le plan environnemental, c’est un non-sens et une catastrophe.

Socialement, nous parlons de territoires qui sont des enclaves touristiques


internationales, pas faites pour la rencontre avec la population locale.
C’est l’apogée d’une forme de tourisme hors sol, dont il ne me semble pas intéressant
d’accélérer son développement.

S’il y a une performance dans sa création, c’est un modèle qui n’est pas durable.

Qu'est-ce que le tourisme réflexif ?


[Link] – Dans votre livre vous parlez d’un tourisme réflexif. Quel est-il et en
quoi il peut changer la donne ?

Rémy Knafou : C’est la capacité que l’ensemble des acteurs de l’écosystème a de


questionner les pratiques touristiques.

C’est-à-dire s’interroger sur le bien-fondé, l’utilité personnelle, sociale, économique,


etc.

Donc exercer son esprit critique le plus possible pour ne pas uniquement adopter les
pratiques qui sont véhiculées par la communication touristique.

Ce qui garantit davantage l’appropriation de l’information par le tourisme, c’est de solliciter


sa capacité de curiosité. Il est possible d’éveiller la capacité du touriste, ce sont des leviers
de réflexivités.

En Allemagne, des pavés de laiton ont été placés au sol, devant les domiciles de
personnes qui ont été arrêtées par les nazis et transportées dans des camps
d’extermination.

Il est possible de totalement passer à côté, mais pour ceux qui regardent et se posent une
question, alors c’est le début de processus mental pour l’appropriation et donc la personne
n’oublie plus.

C’est un champ ouvert pour les chercheurs, les artistes et les opérateurs touristiques.

"Je propose de sanctuariser touristiquement l’Antarctique"


[Link] – Vous parlez aussi d’un projet totalitaire, quand vous parlez du
tourisme, pourquoi ?

Rémy Knafou : C’est dans le sens de vouloir englober, tous les éléments d’un système.

Il est totalitaire, lorsque nous cherchons à rendre touristiques tous les espaces de la
planète, y compris les plus reculés des marchés émetteurs, même ceux sans société
d’accueil.

Je pense à l’Antarctique qui est seulement habité par des scientifiques, donc il n’y a
aucune retombée économique pour les populations, puisqu’il n’y en a pas.

Pour envoyer un message fort à l’industrie, je propose de sanctuariser touristiquement


l’Antarctique.
Ce serait un geste très fort pour montrer que nous changeons d’ère de pratique
touristique.

Je ne suis pas hostile au tourisme, car c’est essentiel pour former l’individu, s’ouvrir aux
autres, mais cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix.

[Link] – Pourquoi le tourisme est toujours à la recherche d’une nouvelle terre


jamais commercialisée ? L’industrie ne sait plus comment communiquer, ni faire rêver.

Rémy Knafou : Vous parlez là d’un marché de niche, vieux comme le tourisme lui-même.

Aller en Antarctique n’est pas à la portée de toutes les bourses.

A ces personnes, nous vendons ce que recherchent certains touristes, c’est-à-dire aller
plus loin pour éviter les lieux trop fréquentés. C’est un tourisme de recherche de
distinction, sauf que nous avons atteint la limite.

Si nous voulons parler de tourisme responsable, la première des responsabilités, c’est de


songer à la prochaine génération.

Nous devons lui laisser quelques territoires sur lesquelles elles puissent prendre des
décisions.

Le Figaro Voyage
Et si le Covid-19 permettait l'émergence d'un tourisme plus responsable ?

Par Le Figaro, avec AFP


Publié le 15/01/2021 à 16:21

À Venise, le tourisme est la principale source de revenu pour environ 65 % des


habitants. ANDREA PATTARO / AFP
Dans plusieurs pays, l'arrêt forcé du tourisme de masse causé par la pandémie nourrit une
réflexion sur les dégâts qu'il provoque. Mais la dépendance aux revenus et aux emplois
générés par les visiteurs étrangers rend toute évolution difficile.

Sur les sites touristiques abandonnés, la nature a repris ses droits. Au Machu Picchu (Pérou),
l'ours à lunettes a été aperçu en des lieux qu'il avait désertés. En Thaïlande, où le nombre de
touristes étrangers a baissé de plus de 83 % l'année dernière, de plus en plus d'animaux marins
comme des dugongs, des tortues menacées et des requins-baleines sont observés.
Pour permettre à la faune et la flore de se régénérer, le gouvernement thaïlandais a décidé
de fermer, en moyenne trois mois par an, plus de 150 parcs nationaux, et de limiter l'accès.
«Désormais, nous voulons un tourisme de qualité, nous ne voulons pas d'un afflux massif de
touristes dans nos parcs nationaux», déclare à l'AFP Varawut Silpa-archa, ministre de
l'Environnement. Pour compenser cette perte de volume, les tarifs pourraient augmenter,
c'est «le prix à payer» pour préserver la nature, considère-t-il.

«Éduquer les voyageurs»

Au Pérou aussi, l'accès au Machu Picchu est restreint, et les autorités réfléchissent à une
forme de tourisme moins massive et plus sélective. Selon Darwin Baca, maire de Machu Picchu
Pueblo, d'autres offres ont été développées, par exemple des visites guidées de sites naturels
ou de chutes d'eau, pour inciter les touristes à prolonger leur séjour en attendant de pouvoir
accéder au site inca, qui apporte au Pérou des revenus annuels de 5,5 milliards de dollars,
selon des estimations officielles.
Il faut «éduquer les voyageurs» à visiter des lieux moins connus, ou à venir en basse saison,
juge Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du Monde. Dubrovnik (Croatie), destination
devenue emblématique du surtourisme, espère justement réussir à disperser les visiteurs sur
d'autres zones que la vieille ville, surchargée. Et veut se repositionner «comme une destination
d'excellence et de tourisme durable», explique Ana Hrnic, directrice de l'office du tourisme.

Au Pérou, l'accès au Machu Picchu est restreint, et les autorités réfléchissent à une forme de
tourisme moins massive et plus sélective. Percy Hurtado / AFP
La pandémie pourrait être «une opportunité d'aller vers un tourisme plus responsable» sur le
long terme, pense Damien Chaney, professeur de marketing à l'EM Normandie. «Pour que des
solutions radicales émergent, en général il faut un choc externe, comme le Covid-19», explique-
t-il.

Reste que l'arrêt du tourisme a aussi mis en évidence sa fonction vitale pour certaines
économies. En Tunisie, le tourisme pèse jusqu'à 14 % du PIB. L'île de Djerba, destination phare,
a vu sa fréquentation baisser de 80%, une catastrophe pour l'emploi. «Tous les paramètres
sont en rouge», regrette Hichem Mehouachi, commissaire régional du tourisme de l'île.

Le tourisme, une «drogue» ?

À Barcelone (Espagne), dans des endroits comme le quartier gothique, à côté de


l'emblématique boulevard Las Ramblas, la plupart des magasins restent fermés ou luttent
pour joindre les deux bouts sans touristes.
«Le tourisme a chassé les résidents locaux et maintenant que les touristes sont partis, il n'y a
plus rien», déplore Martí Cusó, un travailleur social qui se bat contre le surtourisme dans le
centre de Barcelone. Pablo Díaz, professeur d'économie spécialisé dans le tourisme à
l'Université Ouverte de Catalogne, juge que «le Covid-19 a prouvé que la dépendance au
tourisme transforme certaines zones en désert».
Guido Moltedo, fondateur du site Ytali, a lancé une pétition pour que les musées
de Venise (Italie) ne restent pas fermés et qu'un débat soit ouvert sur l'avenir de la ville, son
tourisme et la vision de la culture. Elle a recueilli 6000 signatures. «La ville est à genoux et elle
ne devrait pas être comme ça», s'alarme-t-il.

Une «accélération de la prise de conscience»

Mais à Venise comme ailleurs, sacrifier les recettes touristiques paraît difficile: «le moindre
bar dans cette ville gagne 3000 euros par jour, la ville est droguée», dénonce M. Moltedo. Le
tourisme est la principale source de revenu pour environ 65 % de ses habitants. «Il est vrai que
le tourisme de masse a posé parfois problème à Venise, mais pas de tourisme du tout, c'est
pire», relève Claudio Scarpa, directeur de l'association hôtelière de la ville.

Pablo Díaz craint, lui, que le surtourisme reparte de plus belle dès les restrictions sanitaires
levées: «même dans les villes comme Barcelone où il y avait trop de touristes et un fort
mouvement contre eux, maintenant ils nous manquent». En France, Jean-Pierre Mas,
président des Entreprises du Voyage, estime qu'il y aura sans doute une «accélération de la
prise de conscience» des dommages causés, mais «pas de révolution».

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