NOTES de Cours DPG UCS 2025 Actualisé
NOTES de Cours DPG UCS 2025 Actualisé
FACULTE DE DROIT
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INTRODUCTION GENERALE
1. UTILITE DU COURS
Dans toute société, le maintien de l’ordre et de la paix implique le respect par tous des
valeurs jugées fondamentales. Le droit pénal est cette arme puissante que détient l’Etat pour
imprimer une conduite exemplaire à ses citoyens. Il définit un catalogue des interdits au sein
de la société et des sanctions y correspondant. Ce droit, autrement appelé droit criminel est un
instrument indispensable aux mains de pouvoirs publics pour protéger la société contre la
violence et l’arbitraire de ceux de ses membres déviants. Or, ceux-ci existent toujours dans
toutes société. L’utilité de ce cours transparaît avec éclat lorsqu’on s’aperçoit qu’actuellement,
presque dans toutes les législations sectorielles, il est prévu des dispositions pénales qui
enrichissent le droit pénal tel qu’essentiellement régi par le code pénal.
L’on peut aussi mentionner que la dignité humaine, l’égalité entre les êtres humains, la
liberté individuelle, les droits à la vie, à la propriété, à l’honneur, … bref, tous les droits et
libertés fondamentaux de l’homme bénéficient si pas directement mais au moins implicitement
de la protection vigoureuse du droit pénal.
L’étude du droit pénal général, qui est une de branches du droit pénal est tout à fait utile
dans la formation d’un juriste car il lui permet d’acquérir de connaissances ayant trait aux
éléments de fond commun à toutes les incriminations ainsi qu’ à toute forme de
responsabilité pénale.
2. OBJECTIFS DU COURS
A cet effet, l’étudiant aura acquis des connaissances sur la portée du principe de la légalité des
infractions et des peines, de celui de l’autonomie du droit pénal, de celui de la présomption
d’innocence, de celui de l’interprétation stricte des règles du droit pénal, de celui de la non
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rétroactivité des lois pénales ( seules les lois pénales douces pouvant rétroagir), de celui de la
responsabilité pénale individuelle, de celui de la liberté de la preuve, de celui de la
cristallisation de l’infraction au moment des faits, de celui interdisant la double poursuite pour
un meme fait connu sous le nom, non bis in idem, …Il sera informé sur l’infraction et sur ses
éléments constitutifs en général, sur l’infraction consommée et sur l’infraction tentée ou
mangée, sur les problèmes que peuvent soulever la qualification des faits, sur les modes de
participation criminelle, sur la peine et ses fonctions, ….
3. METHODOLOGIE
Pour atteindre les objectifs assignés à ce cours, l’enseignant fera usage de la méthode
participative et active. La didactique du présent cours appelle ainsi l’usage des procédés de
transmission et d’acquisition de connaissances ci-après : des exposés, des travaux pratiques
individuels ou en groupes, des simulations et échanges d’expériences ainsi que des recherches
personnelles dans les bibliothèques.
4. PLAN DU COURS
Le droit pénal est un droit spectaculaire, si spectaculaire qu’il passe bien souvent, aux yeux du
profane, pour la première et la seule image du droit. Le droit pénal est un droit spectaculaire, si
spectaculaire qu’il passe bien souvent, aux yeux du profane, pour la première et la seule image
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du droit. Il n’est en effet pas nécessaire d’être averti de l’art juridique, ni même lecteur de
romans policiers, pour avoir une idée de ce qu’est un meurtre, un viol, un attentat, un vol ou
une séquestration. De même, tout citoyen, y compris celui qui n’a jamais commis le moindre
forfait ni joué aux gendarmes et aux voleurs, a entendu parler de la « prison », de l’abolition de
la peine de mort, de la récidive ou du sursis 1 .
Le droit pénal ou le droit criminel est la branche du droit public qui traite des infractions
et des peines, et dont l’objet essentiel est de déterminer les faits punissables et de fixer les
sanctions qui doivent leur être appliquées.2 On peut encore écrire à la lumière de la doctrine
que : « Le droit pénal, ou droit criminel, entendu au sens large, est une branche du droit positif
ayant pour objet l’étude de la répression par l’Etat des agissements de nature à créer un trouble
dans la société. C’est une branche du droit positif, ce qui signifie qu’il ne s’agit pas de droit
idéal, d’un droit naturel, mais de règles de droit positif, c’est-à-dire auxquelles sont attachées
des sanctions, qui sont même particulièrement énergiques (ce sont surtout les peines, d’où le
nom de « droit pénal » ; le nom de « droit criminel » vient de ce que les agissements les plus
graves incriminés par ce droit s’appellent des crimes) » (3). Le droit pénal est donc absolument
indispensable à la formation des juristes et devrait même être mieux connu de tous les citoyens.
Il est, plus précisément, la branche du droit qui définit l’exercice par la société du pouvoir de
punir. Il s’agit, à ce titre, d’une discipline inclassable, située entre le droit public et le droit
privé4.
Ainsi défini, le droit pénal ou le droit criminel est un triptyque. On inclut parmi ses
branches, le droit pénal spécial, le droit pénal général, la procédure pénale. Les deux premiers
éléments sont appelés droit pénal de fond et le dernier élément est désigné sous le nom de droit
pénal de forme ou de procédure.
1
Xavier PIN, Droit pénal général, 10e éd. Dalloz, 2019, p. n° 1, p. 2.
2
NYABIRUNGU mwene SONGA, Droit pénal général Zaïrois, Kinshasa, DES, 1989, p.14
3
Levasseur, G, et Chavanne, A « Droit Pénal et Procédure Pénal », Sirey, Paris, 1963, p. 1, cité par A. AKELE et
alii, Droit pénal spécial, UPC, 2004, inédit, p. 6.
4
Xavier PIN, op. cit. n° 2, p. 3. Cet auteur précise ce qui suit en prenant appui sur la doctrine : Les anciens
auteurs le classaient dans le droit public en estimant que le droit de punir était exercé par l’État (J.-.E. Ortolan,
Éléments de droit pénal, 3e éd., Paris, 1863, p. 9 ; R. Garraud, Précis de droit criminel, 5e éd., Paris, 1895, p. 2),
les auteurs contemporains soulignent des rapprochements avec le droit privé (des intérêts privés sont souvent
lésés, les juridictions de l’ordre judiciaire sont compétentes) et concluent à une discipline sinon mixte (S.
Jacopin, Droit pénal général, 2e éd., Bréal, 2014, p. 15 ; É. Verny, O. Décima, S. Detraz, Droit pénal général,
LGDJ, Cours, 2° éd., 2016, no 3), du moins et plus certainement autonome (Ph. Conte, P. Maistre du Chambon,
Droit pénal général, 7e éd, Armand Colin « U », 2004, no 31 ; B. Bouloc, Droit pénal général, 25e éd., Dalloz,
Précis, 2017, no 36 ; M. HerzogEvans, G. Roussel, Droit pénal général, 3e éd., Vuibert, 2011, no 4), spécifique
(J. Leroy, Droit pénal général, 4e éd., Lextenso, Manuel, 2012, no 4, no 115-116), particulière (J. Pradel, Droit
pénal général, 20e éd., Cujas, 2014, no 75), voire « irréductible à toute autre » (E. Dreyer, Droit pénal général, 3e
éd., LexisNexis, 2014, no 185).
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La première branche du droit pénal, le droit pénal spécial, renvoie au catalogue ou mieux
à la nomenclature des infractions en prenant soin d’en définir pour chacune d’elles les éléments
constitutifs et le régime répressif. Ce droit est essentiellement constitué des dispositions du
code pénal livre deux auquel il faut ajouter les dispositions disparates qu’on retrouve dans
différents textes législatifs ayant consacré des dispositions pénales.
La procédure pénale est quant à elle, l’ensemble des règles sur l’organisation et le déroulement
du procès. On y inclut aussi la réglementation des activités pré juridictionnelles du parquet et
de la police judiciaire dans leur mission de recherche et d’instruction des infractions. La
procédure pénale s’étend notamment aux règles régissant l’exécution des décisions des
juridictions pénales.5
Force est de souligner que le droit pénal fait partie intégrante des sciences dites
criminelles lesquelles regroupent plusieurs autres disciplines formant avec le droit pénal une
même famille. Parmi ces disciplines, on peut citer, celles qui suivent : le droit pénitentiaire, la
science pénitentiaire, la criminologie, …
Force est de noter avec le Professeur LIKULIA BOLONGO que le droit et la science
pénitentiaire ont chacune un contenu propre (contenu juridique et contenu scientifique) mais
ils sont complémentaires et convergent vers un même6 but à savoir le traitement pénitentiaire.
Le droit pénitentiaire fixe le cadre juridique dans lequel la science pénitentiaire opère ses
méthodes de traitement, ses expérimentations et plus précisément ses prospections.
Le droit pénitentiaire s’entend et s’analyse comme l’ensemble des règles qui régissent la vie
carcérale des détenus c’est-à-dire des règles qui fixent le régime juridique et administratif des
5
B. Luzolo et B. Bayona, Manuel de procédure pénale, Kinshasa, P.U.C., 2011, p.23
6
B. Likulia, Droit et science pénitentiaires, vers un traitement scientifique de la délinquance au Zaire,
Kinshasa, PUZ, 1981, p. 9
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sanctions prévues par le droit pénal. C’est l’aspect institutionnel du traitement. Tandis que la
science pénitentiaire ou la pénologie étudie scientifiquement le traitement curatif et préventif
de la délinquance. Autrement dit, c’est une science qui a pour objet d’étudier les moyens et les
méthodes susceptibles de faire produire aux peines leur maximum d’efficacité thérapeutique
tout en assurant la prévention aussi générale qu’individuelle. C’est l’aspect spéculatif,
prospectif et proprement scientifique.7
D'une manière générale, la science pénitentiaire se fixe donc deux objectifs : élaborer des
moyens de lutte contre la récidive et analyser les formes du système pénitentiaire, ainsi que les
peines de prison, leurs objectifs et leurs conséquences.
Lorsqu'un individu est privé de liberté, il est important pour la société d'éviter qu'il puisse
récidiver. Il est donc nécessaire de déterminer quelle forme doit prendre sa réinsertion (qui peut
commencer par une mesure de liberté conditionnelle, par exemple), et de fixer le moment où
elle doit intervenir et quel régime lui permet le mieux de se réadapter.
Ainsi, la science pénitentiaire, peut également être entendu comme l’ensemble des règles et
des méthodes les plus pratiques qu’aient pu découvrir jusqu’à ce jour l’expérience et la sagesse
des peuples, pour parvenir à la solution de ce grave problème : rendre toujours humain et dans
quelque mesure, moralisateur le châtiment qui trop souvent dégrade le coupable, et relever
l’homme tombé sous le fardeau de la peine, après le jour où il a reconquis sa liberté.8
La criminologie quant à elle « étudie le crime en tant qu’acte humain, elle étudie le criminel,
la réaction sociale contre le crime »9. Elle est une science qui étudie le phénomène criminel,
elle cherche à comprendre et à expliquer le phénomène criminel, à découvrir les causes, les
origines du crime et la personnalité de l’auteur en s’efforçant d’appréhender ses mobiles pour
dégager ensuite les lois naturelles qui le gouvernent.10
7
Idem, loc.cit.
8
Liège-Diray, La science pénitentiaire, Discours prononcé à l’audience solennelle de rentrée de la Cour d’appel
de Toulouse le 3 janvier 1880, RP 1881, p. 67.90 Revue d’anthropologie des connaissances – 2013/1 cité par
Martine Kaluszynski. La science pénitentiaire comme science de gouvernement. : Espaces juridiques, réseaux
réformateurs et savoirs experts en France à la fin du XIXe siècle. Revue d’Anthropologie des Connaissances,
Société d’Anthropologie des Connaissances, 2013, 7 (1), pp.87-111., p.3 disponible sur https://hal.archives-
ouvertes.fr/hal, consulté le 20/01/2019
9
http://WWW.cours-de-droit.net/criminologie-etscience-pénitentiaire-c, consulté le 29/01/2019
10
B. Likulia, supra, n°3, p. 11.
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Section 2. : les principes directeurs du droit pénal
Le principe de légalité criminelle est aujourd’hui susceptible de deux acceptions. Dans un sens
formel traditionnel, il signifie qu’il n’y a pas d’incrimination sans texte (nullum crimen sine
lege), ni de peine sans texte (nulla poena sine lege). Ce principe dit aussi de « textualité » a pour
corollaire, la nécessaire interprétation stricte de la loi pénale et la non-rétroactivité des lois
pénales plus sévères. Il s’agit d’une garantie contre l’arbitraire.11
C’est en vertu de ce principe que l’on ne peut pas être poursuivi ni puni pour des faits qui
n’étaient pas répréhensibles avant leur commission par l’auteur. Ce principe consacre donc
l’antériorité de la punissabilité et de criminalité des faits de la poursuite. De ce fait, ce principe
protège l’agent poursuivi contre l’arbitraire du juge qui ne pourra pas sanctionner des faits lui
soumis suivant ses opinions, ses sentiments sur ce qui est bon ou mauvais. Ce principe donne
aussi à la loi pénale le rôle d’avertir avant de frapper, ce qui répond aux exigences élémentaires
de justice. Ce principe limite ainsi le pouvoir de punir. Pour que ce principe soit pleinement
respecté, le législateur doit éviter des lois pénales vagues pouvant donner lieu à l’arbitraire du
juge par son interprétation. La loi pénale doit donc être claire, précise et concise.
Ce principe est consacré par l’article 17 de la constitution qui dispose que nul ne peut être
poursuivi, arrêté, détenu ou condamné qu’en vertu de la loi et dans les formes qu’elle prescrit.
Nul ne peut être poursuivi pour une action ou une omission qui ne constitue pas une infraction
au moment où elle est commise et au moment des poursuites. Nul ne peut être condamné pour
une action ou une omission qui ne constitue pas une infraction à la fois au moment où elle est
commise et au moment de la condamnation.
Le droit pénal utilise parfois des concepts tirés des autres disciplines du droit, mais, le sens à
donner à ces concepts n’est forcément pas le même comme dans les disciplines auxquelles le
droit pénal emprunte lesdits concepts. Ainsi, le vocable de domicile dans l’infraction de
11
X. PIN , op. cit, n° 21, p.23.
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violation de domicile, le concept de fonctionnaires dans l’infraction de détournements des
deniers publics ou de concussion, corruption, celui de chèque, dans la prévention de chèque
sans provision, le mot immeuble comme dans l’infraction de stellionat n’ont pas les mêmes
sens qu’on leur attribue respectivement dans le droit civil des personnes, le droit administratif,
le droit des affaires, le droit civil des biens.
En effet, le droit pénal est autonome dans la mesure où les définitions, les sanctions et les
principes qu’il comporte lui sont propres. Inversement, les concepts des autres disciplines sont
sans incidence en droit pénal car chaque matière poursuit ses propres finalités. Par exemple, la
notion de domicile : en droit civil, c’est le lieu du principal établissement ; en droit pénal, ce
peut être tout autre lieu, à l’intérieur duquel l’individu a droit à ce que son intimité soit protégée
; il peut donc y avoir violation de domicile par la pénétration forcée ou le maintien dans une
chambre d’hôtel, une chambre d’hôpital ou une cave12.
La responsabilité pénale est individuelle. Nul ne peut être poursuivi, arrêté, détenu ou
condamné pour fait d’autrui dispose l’article 17 de la constitution congolaise. Suivant ce
principe, on ne peut pas répondre pénalement des faits commis par autrui. Par voie de
conséquence, la mort d’un suspect ou d’un condamné met fin à l’action publique ou à
l’exécution de la peine.
Ce principe a comme corolaire un autre principe, celui de la culpabilité. Il signifie qu’il n’y a
pas d’infraction (donc pas de peine non plus) sans faute (« Nullum crimen, nulla poena sine
culpa ». La faute, dans son aspect matériel (actus reus) et surtout moral (mens rea) est en effet
le fondement classique de la répression pénale ; elle est l’objet du reproche. Traduisant un
mépris de la norme, elle est traditionnellement rattachée à la volonté : soit une volonté orientée
vers le résultat de l’acte incriminé (le dolus ou l’intention), soit une volonté mal maîtrisée, qui
conduit à un dommage, dont la production est incriminée (la culpa ou la faute au sens strict)13.
Même dans les infractions dites non intentionnelles comme l’homicide involontaire, il y a l’idée
de la faute non intentionnelle ou d’imprudence, d’inobservance de règlement,….
12
X . PIN, op. cit., n° 33, p.33
13
X. PIN, op. cit. n° 23, pp. 25 et S.
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En effet, la loi pénale, comme toute autre loi est abstraite. Son application au cas d’espèce exige
assez souvent un effort d’interprétation. Par voie la situation que le législateur avait en vue au
moment de son intervention évolue au fils Les règles du droit pénal sont en principe de stricte
interprétation car intéressant au plus haut point l’ordre public, l’intérêt général. Ce principe
conduit normalement au bannissement de l’interprétation par analogie ou par extension qui
fonderait le juge à incriminer des faits semblables à ceux que loi pénale réprime expressément.
Ce principe d’interprétation stricte du droit pénal serait d’application aisée si la loi pénale était
toujours claire et précise. Bien de fois, la loi pénale a besoin d’être interprétée lors de son
application.
du temps.
D’où la nécessité d’interpréter la loi pénale. Voici généralement les différentes sources
d’interprétation de la loi pénale.
A. De l’interprétation authentique
Elle est l’œuvre du législateur lui-même, qui, par un texte de loi, précise la portée exacte
d’une disposition répressive. Puisqu’elle émane de l’auteur de la loi, elle a une force obligatoire
pour l’autorité judiciaire. Cette interprétation dite également législative peut soit être incluse
dans le corps même du texte incriminateur, soit faire l’objet d’un texte isolé pris après l’entrée
en vigueur de la loi interprétée14. Dans ce dernier cas, il s’agira généralement d’une loi
interprétative. Ainsi, dans plusieurs textes législatifs, le législateur lui-même procède à la
définition des concepts clefs qu’il utilise.
B. De l’interprétation judiciaire et de l’interprétation doctrinale
14
A. AKELE, op. cit., p. 29
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1. La méthode littérale
Suivant cette méthode, la lettre de la loi doit primer sur son esprit et le rôle du juge se
réduit à celui que Montesquieu lui assigne : être la bouche qui prononce les paroles du
législateur.
Suivant cette méthode, le juge répressif devrait interpréter littéralement le texte
applicable contrairement au juge civil. Il est en effet normal que la méthode d’interprétation en
matière pénale soit différente de celle utilisée en matière civile ou commerciale admettant une
interprétation extensive et analogique. C’est qu’ici les raisons de la protection de la sûreté
individuelle doivent dominer la matière et conduire à une interprétation restrictive. Cette
interprétation littérale autrement appelée interprétation restrictive, traditionnelle ou judaïque,
s’attache à la lettre de la loi en écartant tout ce qui n’a pas été dit par celle-ci. Elle se fonde sur
l’idée que lorsque le législateur a voulu quelque chose il le dit ou le mentionne. La mention
d’un fait doit écarter tout autre fait. Si le législateur s’est tu le juge doit se taire également. Là
où il n’a distingué, l’interprète ne peut pas non plus distinguer. Comme disait Montesquieu, « le
juge ne doit être que la bouche qui prononce les paroles de la loi ». Ici le juge recourt à la
logique abstraite pour dégager le sens exact de la loi en utilisant des armes exégétiques
traditionnelles : syllogisme, raisonnement a contrario, a fortiori, a priori ; de telle sorte qu’en
cas de contradiction entre l’esprit et la lettre celle-ci l’emporte et fait seule foi. A cet égard,
Beccaria avait d’ailleurs déclaré que « il n’est pas de chose plus dangereuse que l’axiome
commun selon lequel il faut consulter l’esprit de la loi, c’est une brèche ouverte au torrent des
opinions. Mais cette méthode est loin d’être satisfaisante, car elle ne résout pas toujours les
nombreuses difficultés qui se posent au juge à cause notamment de l’imperfection du texte de
la loi, de la contradiction des dispositions légales, de l’évolution des idées, des faits sociaux et
de la création des besoins nouveaux inexistants à l’époque de la promulgation de la loi. C’est
ainsi qu’à l’heure actuelle il est recommandé au juge d’éviter de faire appel uniquement à une
méthode qui peut paraître stérilisante ou mieux paralysante en lui permettant d’adapter, avec
bien sûr beaucoup de prudence, la loi aux données nouvelles15.
2. La méthode téléologique
S’il est vrai que la lettre de la loi constitue une barrière infranchissable pour le juge, il n’en
demeure pas moins vrai que celui-ci ne doit pas désarmer devant les difficultés d’interprétation
rencontrées en s’abstenant de juger. On lui reconnaît en effet le pouvoir de recourir à toutes les
ressources de la technique juridique compatibles évidemment avec la protection de la sûreté
15
A. AKELE, op.cit., p. 33 et s.
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individuelle pour trancher le cas qui lui est soumis. Parmi ces techniques, on trouve la méthode
d’interprétation téléologique tendant à découvrir l’intention du législateur. L’interprétation
téléologique (du grec telos, qui signifie « loin ») recherche donc l’esprit de la loi et permet
d’atténuer la rigueur de la méthode littérale. Cette méthode dite déclarative de volonté se fonde
sur l’intention déclarée ou présumée du législateur faisant prédominer l’esprit de loi sur la lettre
lorsque celle-ci a trahi celui-là. Cette interprétation permet de donner à la loi toute son ampleur,
c’est-à-dire plein effet à la volonté législative. Lorsque la loi est claire, précise et traduit
exactement la volonté de son créateur, le juge doit s’y conformer rigoureusement. Il est aussi
évident que les progrès scientifiques et modalités de la vie moderne ne doivent pas paralyser
l’action du juge. C’est ainsi qu’il est admis qu’il ne doit pas procéder à une interprétation
analogique, mais appliquer une méthode d’interprétation qui lui permet de résoudre les cas
nouveaux ignorés au moment de l’élaboration de la loi, en donnant toute l’ampleur à la volonté
du législateur qui intellectuellement aurait visé toutes ces hypothèses s’il avait connu ces
progrès de la société contemporaine. Le pouvoir d’appréciation reconnu au juge de rechercher
l’intention du législateur, tout en l’adaptant au climat politique, culturel, social, écologique ou
intellectuel, exige non seulement une conscience aiguë mais aussi un sens profondément raffiné
de responsabilité16. Ainsi par exemple, la définition du vol donne a priori l’idée de la
soustraction frauduleuse des biens mobiliers corporels alors que l’évolution de la science a
démontré que le vol peut porter désormais sur des choses immatérielles telles que le courant.
En définitive, cette méthode voudrait que le juge tiennent compte du but et de l’objet de
la loi pénale lors de son application au cas d’espèce. Comme l’enseigne le Professeur
NYABIRUNGU MWENE SONGA, l’interprétation téléologique permet de déterminer le but
que se propose le législateur ou même celui qu’il se serait proposé s’il s’était représenté le cas
concret qu’il s’agit de résoudre maintenant. Il poursuit que tout en étant strict, l’interprétation
pénale ne saurait être restrictive ; elle doit sauvegarder le bon sens, la logique et permettre des
adaptations justifiées par l’ordre social actuel.17
Cette méthode d’interprétation peut donner lieu à l’application de plusieurs autres
techniques18 :
- Le sens grammatical des termes ; en principe, les mots doivent être pris dans leur sens
usuel et normal par opposition au sens technique ;
16
Idem, p.33 et s.
17
NYABIRUNGU MWENE SONGA, op.cit., , p. 49
18
Lire à ce sujet, idem, p.49 et s.
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- La ratio legis : le juge peut déterminer le sens de la loi en tenant compte de la raison
d’être de la loi. la raison d’être peut apparaître notamment si l’on situe la loi dans son
contexte et si l’on en dégage l’idée centrale ;
- Le recours aux travaux préparatoires : pour mieux interpréter la loi pénale, le juge
pourra aussi se référer avec intérêt à l’exposé des motifs, aux apports des commissions
et aux interventions des rapporteurs et d’autres orateurs qui participent aux débats
parlementaires conduisant au vote de la loi interprétée. C’est en la lumière de cette
technique que l’expression, article précédent repris à l’article 112 du code pénal ne
renvoie pas à l’article 111 mais plutôt à l’article 110 de ce code ;
- L’interprétation évolutive : si après sa mise en vigueur, des faits se manifestent qui
entrent dans sa formule , la loi les punira, alors même qu’au moment de son élaboration,
le législateur était dans l’impossibilité de se les représenter ;
- L’argument « a rubrica » : cette technique consiste à découvrir le sens ou la portée
d’un texte par la prise en compte de la place qu’il occupe dans l’ensemble du texte ,
notamment dans le code pénal
L’argument « a rubrica »
Cet argument consiste à découvrir le sens ou la portée d’un texte par la prise en compte de la
place qu’il occupe dans l’ensemble du texte , notamment dans le code pénal.19
En résumé, il faut affirmer que le juge peut selon le cas, recourir à la méthode littérale,
notamment lorsque le texte est assez clair et précis, soit à la méthode téléologique tout en se
privant de verser dans l’analogie auquel cas il violerait la légalité des peines et des infractions.
Cependant, en vertu du principe le doute profite à l’accusé, in dubio proreo, , lorsqu’ un texte
prête à confusion, c’est l’interprétation favorable au détenu qui doit être retenue20.
19
NYABIRUNGU MWENE SONGA, Droit pénal génarl, p. 53.
20
Cf. art. 1er bis du CP tel que modifié par la Loi n o 15/022 du 31 décembre 2015 modifiant et complétant
le Décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal qui dispose : La Loi pénale est de stricte interprétation. En
cas d'ambiguïté, elle est interprétée en faveur de la personne qui fait l'objet d'une enquête, de poursuites ou de
condamnation.
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Paragraphe 5 : Les principes régissant l’application de la loi pénale dans le temps et dans
l’espace
La question de l’application de la loi pénale dans le temps se présente en cas de conflits de lois.
La situation est celle d’une infraction qui a été commise sous l’empire d’une disposition pénale
et qui n’a pas été jugée définitivement lorsqu’un nouveau texte intervient, lequel modifie le
régime de l’infraction, de la peine ou de la procédure en cours. Cette situation est de plus en
plus fréquente en raison de la frénésie législative et réglementaire contemporaine.
A cet effet, il y a lieu de rappeler le principe de la non-rétroactivité de la loi pénale avec ses
inflexions.
Il s’agit d’un dispositif a priori simple, qui découle du principe de la légalité : un texte pénal
ne doit en principe pas régir des situations nées avant son entrée en vigueur. Autrement dit, une
infraction devrait être jugée selon le droit en vigueur au moment de sa commission. Ce principe
de non-rétroactivité de la loi pénale n’a cependant pas la même portée à l’égard des lois pénales
de fond et des lois pénales de forme.
Pour les lois pénales de fond, il faut noter qu’il n’est pas possible dans un État de droit de punir
une personne sur le fondement d’une règle qu’elle ne pouvait pas connaître. Il s’agit d’un
corollaire de la légalité criminelle, que l’on formule sous la forme d’un principe de non-
rétroactivité des lois pénales plus sévères. Toutefois, il n’y a pas de raison de repousser
l’application de la loi pénale lorsque celle-ci est plus douce, car si le législateur a décidé
d’atténuer la répression, c’est qu’il envisage une solution pour l’avenir plus favorable : l’égalité
de tous devant la loi implique que les personnes poursuivies bénéficient immédiatement de cette
faveur, d’où l’adoption d’un principe d’application immédiate des lois pénales plus douces, dit
aussi de rétroactivité in mitius.
En ce qui concerne les lois pénales de forme ou de procédure, il sied de relever que les lois
pénales de forme ne déterminent ni les incriminations ni les peines mais concernent la procédure
pénale ou l’exécution des condamnations. En la matière, le principe est celui de l’application
immédiate de la loi nouvelle aux infractions commises avant son entrée en vigueur car on
considère qu’une loi nouvelle améliore forcément le fonctionnement de la justice ; il ne faut
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donc pas attendre pour l’appliquer. Néanmoins, cette application immédiate ne remet pas en
cause les actes déjà accomplis avant son entrée en vigueur car, si la loi nouvelle a pour finalité
de renforcer l’efficacité de la procédure, l’anéantissement des anciennes procédures serait
contre-productif. Cela dit, le régime des lois pénales de forme n’est pas uniforme. Il convient
en effet de distinguer entre les lois modifiant une procédure et les lois modifiant un délai de
prescription. On peut également trouver une loi de procédure sévère, elle ne devra pas rétroagir.
Par exemple, une nouvelle loi supprimant une voie de recours.
B. L’espace
Au sein d’un Etat, la loi pénale s’applique à tous les faits pénaux commis sur son territoire en
vertu du principe de la territorialité. Mais, le conflit de lois naît lorsqu’ un sujet de droit qui
commet l’infraction a agi en dehors de son pays d’origine ou lorsque les éléments d’une
infraction ont été commis dans plusieurs Etats. C’est ici que s’applique le droit international
pénal.
En effet, la question de l’application de la loi pénale dans l’espace est liée à l’existence d’une
criminalité qui dépasse les frontières. Ce phénomène concerne non seulement la criminalité
organisée comme, par exemple, le trafic de stupéfiants, la corruption transfrontalière, le
blanchiment d’argent ou le terrorisme, mais également les infractions présentant un élément
d’extranéité. Il suffit d’imaginer le cas d’un ressortissant français qui commettrait un crime ou
un délit à l’étranger, ou à l’inverse celui de l’étranger qui accomplirait son forfait en France.
Ces situations présentent plusieurs séries de difficultés qui consistent à se demander quelle est
la loi applicable (conflit de lois), quel est le juge compétent (conflit de juridictions), quelle est
l’autorité des jugements prononcés à l’étranger (conflit d’autorités) et quels sont les moyens
pour coordonner les actions des organes de chaque État, sur le plan de la poursuite (entraide
policière), de l’instruction et du jugement (entraide judiciaire). Ces difficultés sont réglés par le
droit pénal international.
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on parle de la personnalité active ou de la personnalité passive. Dans ce dernier cas,
l’Etat exerce la protection diplomatique à l’égard de la victime ;
- La compétence universelle ou le système de l’universalité du droit de punir( judex
deprehensionis) : ici l’Etat s’attribue la compétence de juger l’auteur des faits
infractionnels sans qu’il y ait un lien de rattachement entre cet Etat et l’auteur des faits,
le lieu de leur commission ou la nationalité de l’auteur ou de la victime desdits faits ,
cet Etat et le fait incriminé.
Une de forme de cette coopération21 se trouve être l’extradition. Celle-ci est une procédure
internationale par laquelle un Etat dit Etat requis accepte de livrer un individu se trouvant
sur son territoire à un autre qui en a fait la demande l’Etat requérant afin que celui-ci puisse
le juger ou, s’il est déjà condamné, lui fasse purger sa peine.
Il convient de noter que l’extradition suppose l’existence d’un accord entre les Etats
concernés, qu’en principe on ne peut pas extrader son propre national, et que l’absence des
garanties d’un procès équitable peut constituer un obstacle à l’extradition.
Selon l’article 1er du CP : Nulle infraction ne peut être punie des peines qui n'étaient par
portées par la loi avant que l'infraction fût commise. Il s’agit du principe de la non
rétroactivité des la loi pénale qui est corolaire de celui de la légalité des peines et des
infractions.
21
L’INTERPOL est aussi un mécanisme de coopération policière internationale en matière de lutte contre la
criminalité. De même, la CPI a besoin de la coopération des Etats pour réaliser sa mission.
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Démocratique du Congo, sauf application des dispositions légales sur l'extradition. La
poursuite ne peut être intentée qu'à la requête du ministère public. Quand l'infraction est
commise contre un particulier et que la peine maximum prévue par la loi congolaise est de
cinq ans de servitude pénale au moins, cette requête doit être précédée d'une plainte de la
partie offensée ou d'une dénonciation officielle de l'autorité du pays où l'infraction a été
commise. Toutefois, pour les infractions autres que celles du titre VIII et des deux premières
sections du titre III du deuxième livre du code pénal, aucune poursuite n'a lieu si l'inculpé
justifie qu'il a été jugé définitivement à l'étranger et, en cas de condamnation, qu'il a subi
ou prescrit sa peine ou obtenu sa grâce. Sauf dans les cas prévus par le titre VIII et les deux
premières sections du titre III du deuxième livre du code pénal, la poursuite n'a lieu que si
l'inculpé est trouvé en République Démocratique du Congo. Cet article institue la
compétence universelle qui s’exerce suivant les conditions déterminées par la loi,
notamment la gravité de l’infraction, l’ initiative des poursuites devant le juge est accordée
exclusivement au ministère public, le respect du principe non bis in idem, ….
22
NGOTO NGOIE, L’essentiel du droit pénal congolais, PUC, 2018, p.22.
23
Voire A. AKELE, op. cit. , p. 21 et s.
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Pour cela, il doit respecter certaines règles pour qualifier les faits. C’est ainsi qu’il doit
rechercher la qualification exacte des faits poursuivis.
Autrement dit, il doit confronter les faits avec le texte inriminateur pour vérifier et établir
que les éléments constitutifs de l’infraction retenue se trouvent bien réunis dans le cas
d’espèce.
La qualification légale est celle qui est définie d’une manière abstraite par la loi ou mieux
celle qui se cristallise en un texte de la loi et qui constitue ce que l’on appelle classiquement
l’élément légal de l’infraction.
La qualification judiciaire, elle, est une opération par laquelle l’autorité judiciaire fait
correspondre les faits qui paraissent antisociaux à la qualification légale de telle sorte que
l’intervention de la sanction pénale suppose l’existence préalable d’un texte de loi.
Cette opération de qualification est l’un des problèmes les plus importants du droit pénal
spécial compte tenu des conséquences qui en découlent pour la personne poursuivie. Car c’est
d’elle que dépendent le régime juridique et procédural ainsi que la sanction et la note d’infamie.
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De ce devoir découle un certain nombre de conséquences. D’abord, lorsque le texte
incriminateur n’existe pas, aucune qualification ne peut être retenue. Il en est ainsi lorsqu’une
activité apparemment antisociale, susceptible de troubler l’ordre public ou même immoral ne
viole aucune disposition légale. Tel est le cas d’un individu qui commet un inceste ou qui a des
relations sexuelles normales avec une jeune fille âgée de plus de 18 ans qui était consentante
même si l’acte sexuel provoque une grossesse. N’est pas non plus punissable celui qui pratique
un avortement thérapeutique ou celui qui ne paie pas le prix d’une chose, objet d’une vente
régulière et parfaite. Dans ce cas, le parquet doit classer l’affaire sans suite. Si le tribunal est
saisi, il doit prononcer l’acquittement.
Ensuite, lorsque les faits paraissent répréhensibles, l’autorité judiciaire recherche le texte
incriminateur et, après l’avoir découvert, elle procède à l’isolement de la qualification légale
susceptible d’être retenue pour le cas d’espèce. Pour y parvenir elle doit recourir à un certain
nombre de méthodes et principes dont les uns applicables à toutes les hypothèses de
qualifications et les autres aux seules qualifications multiples.
Ici, il existe trois principes qui doivent guider l’autorité judiciaire dans sa démarche
destinée à découvrir la qualification adéquate à savoir :
Il sied de dégager les principes d’ordre général avant des principes spécifiques.
Ce principe veut que toute qualification soit susceptible de substitution successive par
l’autorité saisie des faits. En effet, dès que les agissements répréhensibles sont portés à la
connaissance de l’autorité compétente, celle-ci doit adopter, au moins provisoirement, une
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qualification apparemment légale pour lui permettre d’orienter l’enquête ou l’instruction, de
rassembler les éléments de preuve et surtout d’engager les poursuites.
Aussi longtemps que la décision judiciaire n’est pas encore devenue irrévocable, toute
qualification est susceptible de modification.
En effet, le parquet n’est pas lié par la qualification retenue par l’officier de police
judiciaire ou par la partie lésée dans sa plainte. De même la juridiction de jugement étant saisie
de faits, elle peut souverainement modifier la qualification qui lui est proposée par l’officier du
ministre public ou par la partie civile en cas de citation directe. La jurisprudence estime même
que le juge est saisi des faits avec toutes leurs conséquences, fussent-elles légalement
aggravantes lors même que la citation n’en a pas fait état et n’est même pas lié par la
qualification retenue dans le libellé de la prévention.
La juridiction peut donc requalifier les faits, les disqualifier ou les déqualifier 1.
Autrement dit elle peut modifier la qualification lui proposée dans n’importe quel sens. Elle le
fera naturellement à la lumière des éléments nouveaux apparus au cours des débats ou même
en l’absence de ceux-ci lorsqu’elle estime qu’il y a eu une erreur de droit dans la qualification.
En résumé, le juge peut donc soit admettre ou adopter la qualification proposée s’il la
trouve correcte, soit la modifier au profit d’une autre qui peut lui paraître plus exacte et plus
1
Requalification : opération consistant pour le juge à restituer leur exacte qualification aux faits et actes litigieux
sans s’arrêter à la dénomination que les parties en auraient proposée. ( Lexique de Termes Juridiques, 12ème éd
Dalloz, Paris, 1999, p 459.
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conforme au texte de la loi, soit enfin la rejeter purement et simplement lorsque les faits ne sont
pas établis en droit.
En effet, lorsqu’elle constate que le juge du fond a commis une erreur de qualification
par exemple en retenant l’escroquerie au lieu de stellionat et que la peine prononcée est
comprise entre les limites prévues par la loi ou si elle aurait pu l’être tout aussi bien avec
l’adoption de la qualification exacte, la cour suprême rectifie l’erreur dans ses motifs ou
dispositifs mais n’annule pas la décision car elle estime que, la peine prononcée étant justifiée,
il est sans intérêt pratique de procéder à la cassation de la décision entreprise. C’est la théorie
de la peine justifiée.
Le respect des droits de la défense exige cependant qu’en cas de requalification s’opérant
au niveau du jugement, les délais prévus par la loi soient accordés au prévenu pour répondre
d’une qualification nouvelle.
Autrement dit, cette requalification doit être soumise au prévenu soit par voie de citation
directe, soit par comparution volontaire auquel cas il renonce expressément au bénéfice de la
citation directe.
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3. Le principe de la cristallisation de la qualification
L’émission de chèque sans provision est maintenue même si, au cours du procès, il est
démontré que l’instrument ou le titre utilisé ne constitue pas un chèque au regard du droit
commercial ou que l’agent a payé le montant au bénéficiaire du chèque.
Autrement dit, le fait d’honorer ultérieurement un chèque sans provision ne peut modifier
la qualification de l’émission de chèque sans provision retenue au moment de la constatation
du fait incriminé.
L’auteur du viol est punissable même si ultérieurement les deux partenaires se marient.
La célébration du second mariage permet de retenir la qualification de bigamie malgré le vice
dont il est naturellement atteint.
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Le principe de l’intangibilité de la qualification se fonde sur une double conception qui
est à la fois intellectualiste et autonomiste.
Autonomiste ensuite puisqu’elle rejette ou ignore les règles posées par d’autres disciplines
juridiques en ne retenant que les solutions propres au droit pénal.
C’est cette conception, jugée autrefois de rébellion du juge pénal, qui domine aujourd’hui
le droit répressif et fait de celui-ci une discipline à la fois autonome, autoritaire, contraignante,
individualisante et spiritualiste.
- lorsque le préalable légal de l’infraction est effacé ou disparaît (par exemple par
la prescription , par l’immunité judiciaire ou politique) ou n’existe pas (par
exemple à défaut d’une plainte préalable lorsque celle-ci est une condition de la
poursuite) ;
- Lorsqu’un élément de l’infraction n’est pas établi ou vient à être supprimé par le
fait justificatif ou par l’effet de l’amnistie,
- Lorsque d’autres faits susceptibles de modifier la qualification apparaissent (par
exemple lorsque la préméditation n’est pas établie pour retenir l’assassinat ou que
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l’élément qui caractérise le meurtre commis pour faciliter un vol ne se dégage pas
des circonstances de la cause.
B. Les principes d’ordre spécifique : qualifications multiples.
Le choix que doit faire l’autorité judiciaire obéit à un certain nombre de principes qui
varient selon qu’il s’agit de qualifications incompatibles, alternatives ou concurrentes.
1. L’hypothèse de qualifications incompatibles
La première situation est celle qui vise le cas où il existe plusieurs incriminations dont
l’une est la suite logique et naturelle de l’autre. Dans ce cas on retient la qualification qui résulte
de « l’infraction-fin » en écartant celle de « l’infraction-conséquence ». Il en est ainsi de celui
qui blesse mortellement une personne avec l’intention de la tuer et qui s’abstient de lui porter
secours avant la production du résultat recherché. D’après ce principe, seule l’infraction de
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meurtre qui est une infraction-fin sera retenue et non l’omission de porter secours à une
personne en danger qui est la suite naturelle de l’autre.
De même, un voleur qui garde l’objet volé sera poursuivi pour la seule incrimination de
vol (infraction-fin) et non pour celle de recel (infraction-conséquence). Il serait en effet absurde
et paradoxal de poursuivre un voleur pour avoir conservé l’objet volé, car s’il a volé c’est pour
se l’approprier ou un meurtrier pour s’être abstenu volontairement de porter secours à sa
victime. La deuxième situation est celle qui met en présence les infractions dont l’une est le
moyen de perpétration de l’autre. C’est le cas lorsqu’un détournement de deniers publics a été
réalisé au moyen d’un faux document. Ce principe permet de retenir la qualification de
détournement de deniers publics (infraction-fin) en négligeant l’infraction de faux (infraction-
moyen). L’assassinat ou meurtre prémédité perpétré par coups et blessures sera seul retenu
(infraction-fin) à l’exclusion du meurtre simple et de coups et blessures(infraction-moyen).
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pas la qualification de coups et blessures volontaires (infraction-fin) mais celle de l’homicide
préterintentionnel (infration-conséquence). Il en est de même du meurtre commis (infraction-
moyen) pour faciliter le vol (l’infraction) qui sera retenue ici mais celle de meurtre commis
pour faciliter le vol (infraction moyen).
Ce principe est applicable lorsqu’on est en présence de deux qualifications dont l’une est
générale et l’autre spéciale.
Ainsi le vol d’effets militaires ou de chambrée (infraction spéciale) sera toujours retenu
au détriment du vol simple (infraction générale).
Ce n’est pas non plus le recel de l’article 101 du code pénal qui sera retenu mais celui
réalisé au profit d’un banqueroutier s’il porte sur tout ou partie de ses biens. De même, les
personnes qui auront recelé sciemment les objets et instruments ayant servi ou devant servir à
commettre les infractions d’atteinte à la sûreté de l’Etat seront poursuivies non pas sur la base
de l’article 101 prévoyant l’infraction général de recel, mais sur celle de l’article 217 du code
pénal qui a incriminé spécialement cette entreprise.
Pour que la théorie de l’incompatibilité s’applique, il faut qu’il y ait un rapport logique
entre les diverses qualifications en présence. En l’absence de lien logique, c’est-à-dire lorsque
l’une des infractions n’est ni la suite naturelle ni le moyen de perpétration de l’autre ni
spécialement spéciale, les diverses qualifications correspondant aux faits peuvent être retenues
soit cumulativement, soit alternativement.
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2. L’hypothèse de qualifications alternatives
Cette hypothèse est envisagée lorsque plusieurs qualifications résultant d’un même fait
peuvent être retenues alternativement en s’excluant. Ainsi celui qui frappe ou blesse
mortellement une personne peut être poursuivi sous la qualification soit de meurtre si l’intention
de tuer est établie ( art.44 du c.p.) soit de l’assassinat (art.45 du c.p.). S’il y a eu préméditation,
soit de l’empoisonnement si le moyen utilisé est un poison (art.49 du code pénal), soit de
l’homicide préterintentionnel ( coups et blessures volontaires ayant entrainé la mort sans que
l’auteur ait eu l’intention de donner la mort), en l’absence d’intention-homicide (art.48 du
C.P.), soit enfin de l’homicide par imprudence lorsque coup mortel a été porté involontairement
et sans que l’agent ait cherché la mort de la victime. Ces diverses qualifications susceptibles
d’être retenues sont dites « alternatives », car elles s’excluent. Et le juge retiendra l’une ou
l’autre selon que les faits correspondent parfaitement aux conditions et aux éléments légaux
prévus pour la qualification retenue.
Le concours idéal
Le concours matériel
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La jurisprudence dominante appuyée par la doctrine considère comme un même fait
permettant d’appliquer le principe de l’absorption une répétition ou succession d’actes
criminels occasionnels de même nature exécutés au cours d’une même cérémonie ou une séance
de travail du délinquant, car on estime que cette pluralité d’actions ne constitue que les
modalités de la réalisation d’une entreprise criminelle d’ensemble caractérisée par une unité de
conception et de but.
S’il est vrai que le principe du concours idéal d’infractions (principe de l’absorption)
permet de ne retenir que la plus haute expression pénale, il n’est pas exact d’affirmer, comme
le fait une partie de la jurisprudence que dans ce cas « il n’y a véritablement qu’une seule
infraction ».
Cette interprétation est critiquable, car la loi elle-même n’exclut pas les autres infractions,
elle se borne tout simplement à disposer que le juge prononce, dans le cas du concours formel
ou idéal, seule la peine la plus forte sanctionnant toute l’anti-socialité de l’entreprise criminelle.
Autrement dit, la peine prononcée englobe ou absorbe toutes les autres résultant des
qualifications moins graves, mais elle ne les élimine pas ou ne les exclut pas.
Telle est, nous semble-t-il, la portée exacte du principe de l’absorption qui suppose un
choix parmi les qualifications en conflit. Ce choix implique que le juge qualifie d’abord en droit
tous les faits qui lui sont soumis et procède ensuite, après l’opération de qualification, à la plus
grave réprimant toute l’entreprise criminelle. Autrement dit cette sanction est réputée commune
à toutes les infractions.
C’est heureusement dans ce sens que s’est prononcée implicitement la Cour suprême de
justice en décidant que « si, dans le contrat criminel du complot, la résolution d’agir, soit pour
attenter contre la vie ou la personne du chef de l’Etat, soit pour détruire ou pour changer le
régime constitutionnel ou pour exciter les citoyens ou habitants à s’armer les uns contre les
autres, s’est progressivement élaborée, précisée et continuée, celle-ci est la manifestation d’une
intervention unique, entraînant par le fait même une sanction unique.
Cette interprétation qui donne à la loi son sens exact et sa portée réelle se concilie
parfaitement avec les conséquences logiques qui découlent de la théorie du concours idéal ou
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de cumul formel de qualifications se caractérisant non pas par l’exclusion, mais par l’absorption
des peines moins sévères.
D’abord, sur le plan pénal, ce système permet de prononcer la sanction prévue pour la
seconde qualification qui suit immédiatement en gravité, la qualification la plus grave
lorsqu’elle celle-ci n’est pas établie en droit ou en fait.
Dans ce cas on retiendra les autres qualifications. Ensuite, en ne retenant qu’une seule
infraction, on risque de ne pas poursuivre les complices ou les coauteurs des infractions moins
graves, qui, d’après cette opinion, doivent être éliminées. Tel est le cas lorsqu’au cours d’une
même cérémonie, un agent, en tirant sur son ennemi, tue, par maladresse une tierce personne et
continue à pourchasser son ennemi qu’un groupe d’individus arrête, l’aidant et lui permettant
ainsi de blesser grièvement avec l’intention de le tuer. Cet agent est auteur de l’infraction de
meurtre (sur la personne tuée par erreur) et de tentative de meurtre (sur son ennemi). Les autres
personnes sont complices ou coauteurs non pas du meurtre mais de la tentative de meurtre. En
prononçant une seule sanction, la plus forte (prévenu pour meurtre) contre l’auteur principal
tout en visant la tentative de meurtre, on arrive ainsi à poursuivre également les autres
participants du chef de la seconde incrimination.
Enfin, sur le plan civil, si l’activité criminelle procédant d’une intention unique provoque
des conséquences dommageables diversement qualifiées à une pluralité de personnes, il est tout
à fait normal et logiquement nécessaire d’établir toutes les qualifications en les visant dans la
décision pour permettre la réparation équitable du préjudice causé à chaque victime.
Tel est le cas d’un individu qui, au cours de sa séance de travail, tue une personne, tente
de tuer une autre et blesser une troisième.
En résumé, le juge doit qualifier tous les faits qui lui sont soumis, mais prononcer
seulement la peine la plus forte qui est prévue pour la qualification la plus grave.
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Dans sa décision, les autres qualifications doivent apparaître et visées. Et le juge, après
les avoir constatées, doit dire qu’il y a concours idéal de qualifications et prononcer la plus
haute expression pénale qui s’attache à la qualification la plus grave qui englobe les autres
réprimant ainsi toute l’antisocialité. Car elle est réputée, comme on l’a dit, commune à toutes
les qualifications.
Autrement dit, le juge procède à la qualification de tous les faits et cumule toutes les
qualifications qui correspondent eux faits. Il s’agit en réalité du cas d’une pluralité d’éléments
moraux.
Une certaine opinion applique le principe de cumul réel de qualifications même si elles
procèdent d’une intention unique lorsqu’une pluralité d’actions échelonnées dans le temps
réalise plusieurs infractions. Elle estime qu’il y a autant des qualifications distinctement
réalisées que de faits accomplis et même si cette activité se consomme au cours d’une même
cérémonie. C’est ce qui ressort de l’arrêt se consomme au cour d’appel d’Elisabethville, qui
avait refusé l’application d’une peine unique au concubin, qui, surprenant sa concubine avec un
autre, tua l’un et tenta de tuer l’autre.
En définitive, force est de souligner qu’en droit positif congolais, la question de concours
de qualifications est réglée par l’article 20 du CP qui dispose
« Lorsque le même fait constitue plusieurs infractions, la peine la plus forte sera seule
prononcée. Lorsqu'il y a concours de plusieurs faits constituant chacun une ou plusieurs
infractions, le juge prononcera une peine pour chaque fait et il cumulera les peines
prononcées, sous réserve de l'application des dispositions suivantes :
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1°. la peine de mort et la servitude pénale à perpétuité absorbent toute peine privative de
liberté;
2°. la somme des peines de servitude pénale à temps et des amendes cumulées ne pourra
dépasser le double du maximum de la peine la plus forte prévue par la loi, ni être
supérieure, en ce qui concerne la servitude pénale principale, à vingt ans, en ce qui
concerne l'amende, à vingt mille zaïres, en ce qui concerne la servitude pénale subsidiaire,
à six mois;
3°. le juge ramènera à ce maximum, s'il y échet, la somme des peines prononcées;
4°. les peines de confiscation spéciale seront cumulées intégralement.
5°. La somme des peines d'obligations de s'éloigner de certains lieux ou d'une certaine
région ou d'habiter dans un lieu déterminé, ne pourra dépasser un an;
6°. la somme des peines de mise à la disposition du gouvernement ne pourra être
supérieure à dix ans. Toute peine de mise à la disposition du gouvernement absorbera les
peines d'obligation de s'éloigner de certains lieux ou d'une certaine région ou d'habiter
dans un lieu déterminé ».
Le premier alinéa consacre le cas de concours idéal des infractions, et les alinéas suivants
consacrent le concours matériel d’infraction.
Le premier vise généralement les infractions reliées entre elles par une unité de but ou celles
commises dans une même entreprise criminelle mais qui ne sont pas encore toutes jugées. Dans
le cas contraire, soit du concours matériel, on est en présence de plusieurs infractions non encore
jugées et commises par un seul et même sujet mais non réunies par une même intention
délictueuse24.
24
Lire à se sujet, NYABIRUNGU MWENE SONGA, op. cit., p. 110 et suivant.
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Par infraction, il faut entendre l’action ou l’omission violant une norme de conduite strictement
définie par un texte d’incrimination entraînant la responsabilité pénale de son auteur 25. Il
s’agit d’une transgression grave de l’ordre social qui consiste dans le fait pour une personne
d’enfreindre par la violence, la ruse voire l’indiscipline, ce qui est interdit par la loi sous la
menace d’une peine ; cet interdit frappé d’une peine se nomme aussi l’« incrimination »26.
Ainsi définie l’infraction peut être classifiée dans une des catégories ci-après .
Le droit congolais ignore la classification des infractions en crime, délit ou crime selon leur
gravité.
Ainsi, une infraction peut être complexe lorsque sa matérialité passe par une pluralité d’actes
de nature différente. Il en ainsi de l’escroquerie qui, pour être matériellement réalisée, suppose,
d’une part, un mensonge, d’autre part, la remise d’un bien ou la fourniture d’un service. Une
infraction est dite continuée pour désigner un ensemble de comportements infractionnels
de même nature (ex. : vol) commis successivement dans le cadre d’une seule et même entreprise
criminelle. Par infraction d’habitude, il faut entendre celle dont la matérialité passe par une
pluralité d’actes de nature identique. La criminalité ou la délinquance qui lui correspond est
donc liée, moins à un acte isolé, qu’à sa répétition, tel l’exercice illégal de la médecine. Une
infraction est dite formelle lorsque sa matérialité ne contient pas le résultat redouté à l’origine
de l’incrimination. Ainsi en est-il du crime d’administration de substances nuisibles qui a pour
résultat redouté l’altération de la santé la victime, mais qui est juridiquement consommé par la
simple administration de substances à même d’altérer gravement la santé , peu importe qu’elle
soit ou non efficace. Par infraction impossible , l’on entend la tentative punissable d’une
infraction, dont l’échec est dû à l’impossibilité matérielle d’en atteindre le résultat. Par exemple,
le fait de « tuer » une personne déjà morte. Une infraction sera dite instantanée , lorsque sa
matérialité n’est pas susceptible de se prolonger dans le temps. Le vol en est une illustration,
qui se réalise instantanément par le fait même du prélèvement de la chose objet de la
soustraction. Par infraction intentionnelle , on vise celle dont l’auteur est mu par une hostilité
aux valeurs sociales protégées27. A l’opposé, une infraction non intentionnelle est celle qui se
25
S. GUINCHARD et T. DEBARD ( dir.), op. cit., p.1126.
26
X. PIN, op.cit., n° 2, p. 3.
27
S. GUINCHARD et T. DEBARD ( dir.), op. cit., p.1126 et s.
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réalise par l’imprudence de l’auteur comme l’homicide involontaire. L’infraction continue est
celle qui s’oppose à l’infraction instantanée en ce que cette première se réalise pendant une
période relativement longue, comme l’occupation illégale de terre.
Par ailleurs, on peut opposer les infractions de commission aux infractions d’omission. Les
premières exigent un acte positif, une action ; tandis que les autres exigent une simple inaction,
une abstention, une omission. Selon que l’auteur a atteint le résultat de son projet criminel, l’on
parlera d’une infraction consommée dans le cas où le résultat est parfaitement atteint. Dans le
cas contraire, l’on parlera d’une infraction tentée ou manquée ou même impossible.
Eu égard à ceux qui précède, on peut donc schématiser les catégories d’infractions de la manière
ci-après :
28
Sous d’autres cieux, l’empoisonnement est considéré comme une infraction formelle, mais en droit
congolais, il s’agit d’une infraction matérielle.
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- Infraction politiques et infractions de droit commun : généralement un
infraction peut être considérée comme politique suivant son objet ( critère
objectif, ex., complot en vue changer le régime constitutionnel) ou suivant le
mobile de son auteur ( critère subjectif) ;
- Infraction militaire et infraction de droit commun : la première vise
essentiellement les infractions au code pénal militaire.
Il est important de classifier telle ou telle infraction dans l’une des catégories ci-haut données.
L’intérêt peut porter sur les règles de la prescription ou sur la procédure à suivre, sur
l’application de la loi pénale dans le temps,…. A titre illustratif, la procédure de flagrance ne
peut porter que sur les infractions intentionnelles à l’exclusion des infractions non
intentionnelles. La prescription de l’action publique résultant des infractions instantanées court
du jour de la commission de l’infraction alors que pour les infractions continues, la prescription
court du jour où cesse l’acte incriminée ou la situation incriminée. Il en est de même pour
l’infraction d’habitude. Pour les infractions politiques, l’extradition n’est pas autorisée. A
propos de l’application de la loi pénale dans le temps, il est envisageable d’appliquer une loi
nouvelle pour les infractions continues ou d’habitude si la permanence de la situation
incriminée perdure au moment de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi.
Le premier élément constitutif d’une infraction est traditionnellement, l’élément légal. Il faut
donc déterminer le texte légal violé ou supposé violé par l’auteur poursuivi. Il est donc constitué
par la disposition légale violée. A ce niveau se pose encore le problème de la qualification qui
consistera à établir une nette adéquation entre le fait et le droit.
Pour être punissable, une infraction doit d’abord être matériellement constituée, c’est-à-dire
comporter un élément matériel. Cet élément matériel, autrement appelé le corpus delicti
consiste dans un fait de violence ou de ruse, qui produit un résultat à la suite d’un processus
plus ou moins long : l’iter criminis ou « chemin du crime ». Si l’on excepte la phase non
matérialisée de la pensée, du désir et du projet criminel, ce cheminement comporte, pour les
infractions intentionnelles, au plus deux étapes : la préparation puis la réalisation de l’infraction.
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La question de politique criminelle qui se pose est alors de savoir à partir de quel degré de
matérialisation la répression doit-elle intervenir : les actes préparatoires sont-ils punissables ou
uniquement les actes de réalisation ? Par exemple, faut-il attendre que des malfaiteurs aient
commis un hold-up pour les interpeller et les punir ou peut-on, préventivement, les appréhender
alors qu’ils chargent les armes dans leur véhicule et qualifier pénalement leur geste (tentative
d’extorsion) ? La réponse dépend de la détermination de la phase d’exécution car le droit
congolais, sauf exception, ne punit pas les actes préparatoires mais intervient soit à l’issue de
la phase d’exécution, lorsque l’infraction est consommée soit, dans certains cas, à l’entrée de
cette phase, lorsque l’infraction est tentée .
Les comportements humains se répartissent toujours, selon la nature des choses, en deux
grandes catégories : les actions et les abstentions. Aussi, il n’est pas étonnant qu’à cette
distinction naturelle corresponde une typologie des comportements interdits. Il existe en effet
des infractions de commission qui correspondent à des interdictions d’agir et des infractions
d’omission, que le législateur punit pour imposer des devoirs d’agir.
La plupart des infractions supposent un fait positif, qui consiste à commettre ou à perpétrer un
acte interdit par la loi (agression, soustraction, manœuvre, expression verbale, etc.). La
caractérisation de ce comportement relève du droit pénal spécial.
A titre illustratif, dans la prévention de coups et blessures volontaires simples, l’acte matériel
sera caractérisé par un acte positif d’administration d’un coup et des conséquences de ce coups,
les blessures ou des contusions constatées sur la victime qui doit être un être humain. Alors que
dans la prévention d’abstention coupable des fonctionnaires, l’acte matériel consistera en une
inaction, à un manquement à son devoir d’agir.
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B. Des infractions de commission par omission
Les infractions de commission par omission sont celles qui sont de commission suivant le texte
légal qui les prévoit mais qui sont réalisée par l’agent par omission.
Ainsi, le meurtre est défini comme le « fait de donner volontairement » (action) « la mort »
(résultat), donc il n’est pas possible de punir sous cette qualification celui qui, même
volontairement, laisse mourir son prochain. Or, on peut donner la mort volontairement sans
poser un acte positif, par exemple, en privant sciemment par exemple un enfant de la nourriture.
Force est de noter qu’en principe, on ne devrait pas condamner pour commission l’auteur d’une
abstention qui parvient au même résultat que s’il avait agi. Telle est la problématique des
infractions de « commission par omission ». Cette position se justifie par le principe de la
légalité criminelle et de l’interprétation analogique en Droit pénal. Il sied de relever qu’il s’agit
d’une question controversée.
A ce propos, une partie de la doctrine enseigne le délit de commission par omission est
pénalement punissable si la personne coupable a omis de faire ce qui constitue pour elle une
obligation légale, règlementaire ou contractuelle , mais elle n’est pas punissable si elle a omis
simplement de satisfaire à une obligation morale29.
Pour les infractions informelles, l’acte matériel n’inclut pas le résultat mais plutôt le procédé
ou l’acte prohibé posé.
29
Likulia Bolongo, Droit pénal spécial Zaïrois, LGDJ, 1976, p.p 88-29 cité par NYABIBIRUNGU MWENE SONGA ?
op. cit, p. 149.
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Par contre, les infractions matérielles incluent le résultat de l’acte posé dans sa matérialité.
Ainsi, il n’y a pas de meurtre si la victime n’est pas morte.
Les infractions matérielles sont celles qui supposent, pour être constituées, une atteinte effective
à une valeur protégée par le législateur (ex. : dans le meurtre, l’atteinte effective à la vie). Cette
atteinte consiste toujours en une modification du monde extérieur (résultat matériel) et en une
violation de l’ordre juridique (résultat juridique). Ainsi, une escroquerie suppose la remise d’un
bien ou d’un service ou la conclusion d’un acte portant obligation ou décharge (résultat
matériel), procédant des agissements de l’escroc (notamment les manœuvres frauduleuses : acte
matériel) et entraîne une atteinte à la propriété privée ou à la liberté de la victime directe ou
d’un tiers de disposer de ses biens (résultat juridique). La qualification de l’infraction de vol
suppose la soustraction frauduleuse de la « chose d’autrui » (résultat matériel) et constitue ainsi
une atteinte à la propriété (résultat juridique)
Il convient de noter qu’en principe, toute infraction n’est punissable que si elle comporte un
résultat, qui coïncide avec le résultat visé par le texte d’incrimination (résultat légal). Ce résultat
est différent d’une infraction à l’autre, selon que le législateur a fixé le seuil de l’illicite plus ou
moins loin sur le chemin du crime. Il peut, tout d’abord, être effectif ou matériel, c’est-à-dire
consister en une atteinte concrète à une valeur protégée, on est alors en présence d’une
infraction matérielle ; mais il peut aussi être purement juridique et se confondre avec le
comportement incriminé. Dans ce second cas de figure, le résultat consomme l’infraction
indépendamment de l’atteinte à la valeur protégée : on parlera d’infraction formelle. Enfin, le
législateur souhaite parfois éviter toute atteinte et place l’interdit très en amont sur le chemin
du crime, en créant une infraction « obstacle », qui vise à prévenir la commission d’infractions
matérielles. Les infractions obstacle sont des comportements dangereux, incriminés très en
amont sur l’iter criminis. Elles se résument à la création d’un péril. Ce sont des comportements
qui sont incriminés pour faire obstacle à la commission d’une infraction matérielle. Il s’agira
par exemple de la conduite en état d’ivresse. Ces infractions sont distinctes des infractions
formelles car le lien de causalité avec le résultat est plus distant : on incrimine une simple
éventualité (« susceptible de », « de nature à », etc.). Alors que, pour les infractions formelles,
le rapport avec un résultat tangible, même s’il n’est pas exigé, est plus direct et sa survenance
est quasi certaine.
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Lorsqu’une infraction procède d’une action et suppose un résultat, il est, en principe, nécessaire
de démontrer une relation de cause à effet entre l’action et le résultat. En bonne logique, ce lien
de causalité ne devrait exister que si le comportement de l’auteur est la condition sine qua non
du résultat légal, c’est-à-dire si le comportement apparaît indispensable à la production de ce
résultat car toute causalité est, dans un sens quasi mathématique, une « probabilité » de résultat
qui s’est vérifiée. Pour la caractériser et conclure à une culpabilité, il convient en effet de se
demander ce qu’il serait advenu si le comportement n’avait pas eu lieu. Il s’agit toutefois d’une
« probabilité » particulière puisqu’elle est appréciée de manière rétrospective à partir d’un
résultat, ce qui lui confère le caractère d’une certitude . Cette définition conduit à exclure
logiquement la recherche d’un lien de causalité pour les infractions de pure omission car celles-
ci ne sont réprimées qu’en raison d’une véritable probabilité appréciée cette fois de manière
prospective. En revanche, pour les autres infractions, la recherche du lien de causalité s’impose
comme une nécessité mais elle n’est pas toujours aisée, car elle suppose de prendre parti sur
la consistance de ce lien.
Il est parfois difficile de déterminer le lien de causalité. Pour illustrer cette difficulté, il y a lieu
de partir de cet exemple : un homme se promène en ville avec son chien non tenu en laisse, au
mépris d’un règlement ; aux abords d’un carrefour le chien effrayé par le geste brutal d’un
enfant traverse brusquement la route et surprend un automobiliste qui ne tenait pas sa droite et
roulait à vive allure ; ce dernier donne un coup de volant et renverse un piéton qui venait de
s’engager sur le côté gauche de la chaussée alors qu’il n’avait pas le passage. Ce piéton décède
à l’hôpital des suites d’une infection nosocomiale. Dans l’enchaînement des causes du décès,
on relève la faute du propriétaire du chien, le fait de l’enfant, trois fautes de l’automobiliste,
une faute de la victime et peut-être une faute du personnel médical. Peut-on reprocher au maître
du chien un homicide involontaire ? La réponse dépend de la notion de causalité que l’on
adopte. Sur ce point, trois approches théoriques sont possibles : la théorie de l’équivalence des
conditions, qui donne tous son sens à la notion de condition sine qua non, en considérant que
tout événement intervenant dans la production du dommage est causal car si on en retire un
seul, ce dommage ne se serait pas produit ; la théorie de la cause proche (causa proxima), qui
conduit à ne retenir que l’événement qui précède immédiatement le résultat (le propriétaire ne
serait pas responsable) ; ou bien la théorie de la causalité adéquate, qui conduit à se livrer à ce
que l’on appelle de manière un peu obscure « un pronostic objectif rétrospectif », pour ne retenir
que l’événement qui a naturellement contribué à la survenance du résultat et écarter ceux qui
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n’ont contribué au résultat qu’à la suite d’un malencontreux hasard (en l’occurrence, les fautes
de l’automobiliste semblent plus adéquates que celle du propriétaire du chien.
Dans le cas de la tentative ou de l’infraction manquée, l’élément matériel est caractérisé par les
actes constituant le début ou le commencement d’exécution de l’infraction projetée et par
l’absence de désistement volontaire.
A. Le commencement d’exécution
La première condition requise pour conclure à une tentative punissable est qu’elle se manifeste
par un « commencement d’exécution ». Celui-ci constitue la dernière phase de l’iter criminis,
lequel comprend schématiquement trois étapes. La première étape est la résolution criminelle :
elle n’est pas punissable au titre de la tentative car la seule pensée coupable non extériorisée
n’est pas un commencement d’exécution . La deuxième étape est celle des actes préparatoires :
ils ne sont pas punissables non plus, parce qu’ils sont certes extériorisés mais ils demeurent par
nature équivoques, de sorte que l’on ne peut pas en déduire une volonté d’exécution (on peut,
par exemple, acheter un couteau sans vouloir forcément poignarder quelqu’un). Tout au plus,
sont-ils punissables lorsqu’ils sont incriminés de façon autonome (par exemple, le port d’arme,
l’embuscade, le complot ou l’association de malfaiteurs) ou s’ils constituent un cas de
complicité. Enfin, la dernière étape est celle de la réalisation ou de l’exécution de l’infraction :
dès que cette phase débute, il y a« commencement d’exécution » et la loi pénale peut
s’appliquer. Toute la difficulté consiste cependant à tracer la frontière entre les actes
préparatoires et le commencement d’exécution. Pour cela, différents critères ont été proposés
par la doctrine. Certains auteurs ont insisté plus sur la matérialité du commencement
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d’exécution (théories objectives) considérant que celui-ci supposait soit l’exécution d’un
élément de l’infraction, soit au moins la réalisation d’un acte univoque qui révèle le délit.
D’autres auteurs ont davantage insisté sur la psychologie de l’agent (théories subjectives)
considérant que le commencement d’exécution devait révéler soit la volonté criminelle
irrévocable de l’agent, soit sa puissance de nuire.
L’on considère que le commencement d’exécution est soit un acte « tendant directement à
l’infraction avec l’intention de la commettre » , soit un acte ayant « pour conséquence directe
et immédiate de consommer le crime, celui-ci étant entré dans la période d’exécution » , soit
enfin un acte qui tend « directement et immédiatement à la réalisation de l’infraction projetée
».
Néanmoins, la preuve de cette résolution n’est pas toujours aisée. Lorsqu’elle ne résulte pas de
l’aveu par l’intéressé de son projet, elle doit être déduite des circonstances de l’infraction.
La deuxième condition exigée pour conclure à une tentative est une absence de désistement
volontaire. Le désistement volontaire empêche en effet la constitution de la tentative, à
condition toutefois qu’il intervienne à temps et qu’il soit véritablement volontaire. S’agissant
du moment du désistement, il faut noter que l’agent qui a franchi le seuil de la phase d’exécution
peut encore se désister et échapper à la répression tant que l’infraction n’est pas consommée.
En revanche, après la consommation, son attitude est celle d’un repentir tardif, sans effet
exonératoire, y compris lorsqu’il est actif. Ainsi, le fait pour l’agent d’essayer de réparer les
conséquences de son acte (par exemple, en restituant la chose volée ou en soignant la personne
blessée) ne s’oppose pas à la constitution de la tentative . Tout au plus, le repentir actif peut-il,
dans certains cas, être une cause d’atténuation ou de diminution de peine (cas des repentis),
voire un obstacle à l’exercice de l’action publique (cure de désintoxication). En outre, il faut
noter que la possibilité de se désister est plus grande dans les infractions matérielles que dans
les infractions formelles . Ainsi, pour le meurtre (infraction matérielle), l’agent qui a, par
exemple, tendu une embuscade à sa victime et s’est élancé vers elle peut toujours se désister
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avant de porter le coup fatal, il ne sera alors pas punissable au titre de la tentative de meurtre
(ce qui n’exclut pas, le cas échéant, des poursuites pour blessures). En revanche, pour
l’empoisonnement (infraction formelle), l’administration d’un contrepoison serait un repentir
tardif car ce crime est consommé dès que le poison a été administré à la victime. S’agissant du
caractère volontaire du désistement, celui-ci est établi chaque fois que l’agent a librement et
spontanément renoncé à son projet criminel, sans intervention d’une cause extérieure . S’il a,
en revanche, renoncé sous l’unique pression d’un événement extérieur, la tentative demeurera
punissable. Tel serait le cas de l’arrivée des forces de l’ordre ou de la résistance de la victime
ou encore d’une défaillance physique de l’agent . Dans les situations intermédiaires où le
désistement procède à la fois d’une résolution personnelle de l’agent et de la survenance d’un
événement extérieur, qui fait naître en lui la crainte de poursuivre son entreprise (par exemple,
la peur d’être dénoncé par un témoin qui ne s’oppose pourtant pas à l’infraction), il convient de
rechercher la cause déterminante du désistement. Si la cause intérieure l’emporte, la tentative
n’est pas punissable, si la cause extérieure est prépondérante, la tentative est punissable.
Bref, seul le désistement spontané peut disculper l’agent pour vu qu’il ne soit pas tardif.
Il convient de préciser que dans l’infraction manquée, l’auteur a posé tous les actes susceptibles
de conduire au résultat escompté, soit il a posé tous les actes d’exécution mais il a raté son but.
A coté de l’infraction manquée, on peut citer aussi l’infraction impossible.
En effet, la loi envisage le cas de la tentative qui « a manqué son effet » en raison de
circonstances indépendantes de la volonté de son auteur. Cette situation suppose également un
commencement d’exécution et une absence de désistement volontaire , mais elle est distincte
de la tentative suspendue, en ce sens que la totalité des actes d’exécution a été accomplie, donc
que l’on est vraiment certain que l’interruption est involontaire. Seul le résultat de l’infraction
n’a pas été atteint, soit en raison de la survenance d’un obstacle : l’infraction est manquée ; soit
en raison d’une impossibilité initiale de parvenir au résultat : l’infraction est impossible.
L’infraction manquée correspond à la situation de l’agent qui a tout fait pour parvenir au résultat
mais qui manque son but, soit par maladresse (par exemple, l’agent tire sur sa victime mais il
la manque car le coup était mal ajusté), soit à cause d’une intervention extérieure (la victime
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esquive la balle, un obstacle s’interpose). Pour les infractions matérielles, cet acte est punissable
au titre de la tentative infructueuse car l’intention de l’agent d’aller jusqu’au bout ne peut être
mise en doute. L’idée est que sans la survenance de l’obstacle, l’infraction aurait été
consommée.
Force est de noter que lorsqu’une personne rate le résultat escompté par maladresse mais il
obtient un autre résultat prohibé mais qu’il n’a pas voulu. On parle de l’aberratio ictus lorsque
le mal que l’on avait l’intention de faire à une personne déterminée ; est retombé sur une autre
personne que l’agent n’avait pas en vue. Par exemple, l’agent X veut administrer un coup de
pierre à Y mais son coup rate la cible qui a esquivé le coup lequel atteint néanmoins Z qui était
en cotée. En droit congolais, X sera tenu coupable de coups et blessure volontaire simple à
l’égard de Z bien qu’il n’avait pas voulu le blesser lui. On considère que la même protection
que la loi accorde à Y est aussi accordée à Z, tous deux étant des personnes humaines.
Donc si la tentative est prévue, l’infraction manquée est punissable à ce titre. Cette situation ne
doit pas être confondue avec celle de l’infraction impossible, pour laquelle le résultat est dès
l’origine objectivement hors d’atteinte.
L’infraction impossible correspond au cas où le résultat est hors d’atteinte, soit parce que
l’infraction manque d’objet (par exemple, tirer sur une personne déjà morte ; essayer de faire
avorter une femme non enceinte), soit parce que l’infraction manque de moyens (par exemple,
tirer avec un fusil non chargé ; utiliser une substance non abortive ; « voler » dans une poche
vide). Ces comportements manifestent indéniablement une puissance de nuire, mais sont-ils
pour autant punissables au titre de la tentative infructueuse ?
Par ailleurs, il sied de relever que lorsque les moyens sont totalement inappropriés pour
parvenir au résultat, tels que des moyens surnaturels, tous s’accordent pour dire qu’il n’y a pas
de répression. Ainsi, essayer de tuer par envoûtement ou au moyen d’un pistolet en plastique
ne serait pas punissable30. De même, ne serait pas punissable l’infraction qui n’existerait que
dans la tête de l’agent, il s’agirait d’une infraction putative (par ex., séduire une personne
majeure en croyant qu’il s’agit d’une mineure). En effet, il ne suffit pas de croire que l’on a
30
Lire à ce sujet, l’affaire du chat noir , NYABIRUNGU MWENE SONGA, op. cit. p. 117. Il parle ici du délit
absurde lorsque le moyen mis en œuvre est chimérique et ne représente ainsi aucun rapport de convenance ,
d’après l’expérience de la vie , avec le résultat recherché. Dans l’affaire du chat noir, il était question de donner
la mort par fétiches. La jurisprudence avait retenu la tentative d’assassinat par moyens magiques.
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réalisé une infraction pour encourir une sanction pénale, encore faut-il la réaliser dans tous ses
éléments : l’élément matériel comme l’élément moral.
En principe, un acte matériel non soutenu par une volonté coupable n’est pas pénalement
répréhensible. Tel est l’aspect moral du droit pénal : il n’intervient pas seulement pour protéger
des valeurs, mais également pour sanctionner des fautes, lesquelles reposent toujours sur la
volonté. Il est donc nécessaire dès l’opération de qualification de mettre en évidence cette faute
ou « élément moral » de l’infraction . Plus exactement, tout acte matériel répondant à la
définition légale d’une infraction (actus reus : acte criminel) n’est punissable que s’il a été
réalisé par son auteur avec la volonté ou la conscience de violer la loi pénale (mens rea :
mentalité criminelle). Il serait, en effet, contraire aux principes les plus fondamentaux du droit
d’imputer à un individu un acte sans vérifier préalablement qu’il est sous-tendu par une volonté
et une conscience criminelle ou délictuelle.
Toutefois, la mise en évidence de cette culpabilité est difficile car elle provient du for intérieur,
d’où l’importance de savoir déceler les différentes formes d’extériorisation de la faute et de
connaître les règles qui en gouvernent l’appréciation.
I. Formes de la faute
En droit pénal, la faute ou culpabilité consiste à agir au mépris de l’interdit pénal. Or cette
culpabilité est susceptible d’une gradation suivant l’intensité de la volonté ou de la conscience
qui la sous-tendent. La culpabilité peut tout d’abord reposer sur une volonté orientée vers le but
illicite : l’agent a la volonté et la conscience du résultat illicite, on est en présence d’une
intention (dolus) ou, par extension de langage, d’une faute intentionnelle (A). La faute peut
ensuite résider dans le fait de ne pas avoir fait preuve d’une volonté suffisante, ni d’une prise
de conscience suffisante, pour éviter le résultat illicite : cette volonté non maîtrisée constitue
une faute au sens strict (culpa) que l’on qualifiera de non intentionnelle (B). Enfin, la culpabilité
morale peut être à mi-chemin entre l’intention et la non-intention : l’agent n’a pas eu la volonté
du résultat mais il avait ou aurait dû avoir la conscience du résultat ; sa faute est « de nature
intermédiaire » entre l’intention et la non-intention (C)
le dol général se rencontre dans toutes les infractions intentionnelles , il s’agit de l’élément
moral minimal. Il est caractérisé, quel que soit le mobile qui inspire l’agent : il n’est donc pas
nécessaire pour le prouver de démontrer un esprit particulièrement malveillant ou une «
intention de nuire ». Il s’agit simplement de l’intention de violer « la » loi pénale ou
d’enfreindre l’interdit pénal. En principe, cette intention doit être prouvée y compris lorsque le
texte d’incrimination ne contient pas les adverbes « volontairement », « intentionnellement »
ou « sciemment », cette exigence découle du principe de culpabilité. Plus précisément, le dol
général suppose à la fois la volonté et la conscience du résultat : l’auteur veut accomplir l’acte
qu’il sait défendu. La plupart du temps cette intention se déduit des faits ou est établie par
présomption à partir des circonstances de l’infraction ou de la qualité de son auteur.
b. Le dol spécial
À cette exigence de dol général, le législateur peut ajouter une intention plus affinée, dénommée
dol spécial, qui est propre à chaque infraction. Néanmoins, la notion de dol spécial n’est pas
comprise de la même façon par tous : pour certains auteurs, le dol spécial serait « un élément
intellectuel plus caractérisé » qui consisterait dans « l’intention d’atteindre un certain résultat
prohibé par la loi pénale » . Seraient ainsi des dols spéciaux : l’intention de tuer requise pour
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le meurtre, l’intention de blesser requise pour les atteintes volontaires à l’intégrité corporelle,
ou encore l’intention de se comporter même momentanément en propriétaire pour le vol. Mais
cette présentation ne convainc guère parce que ce dol spécial est nécessairement intégré dans
le texte de qualification donc soit il est absorbé par le dol général , soit il absorbe le dol général
. Ainsi dans le meurtre l’animus necandi (dol spécial) est inhérent à l’intention de ne pas
respecter l’interdit du meurtre (dol général) : les deux notions se confondent donc. Aussi,
lorsque le texte ne fait pas référence à un mobile particulier mais n’évoque qu’une volonté
orientée vers un résultat ou ne fait aucune allusion à une quelconque inclination de la volonté,
le respect de la légalité criminelle implique de s’en tenir au seul dol général.
c. Le mobile
Le mobile est en principe inopérant. Il relève du for intérieur, il est la raison qui pousse
l’agent à commettre une infraction . À la différence de l’intention, dol général, qui consiste dans
une volonté abstraite, le mobile varie suivant les auteurs : la jalousie, la haine, la colère, le dépit,
la cupidité, la plaisanterie, etc. Dans une perspective policière ou criminologique, les mobiles
sont importants car, , ils constituent « l’anse par laquelle on tient le criminel ». Néanmoins, en
droit pénal, la loi étant par nature générale et abstraite, les mobiles sont en principe indifférents.
Ils ne jouent aucun rôle dans l’opération de qualification, ni comme élément constitutif, ni
comme fait justificatif. Ainsi, peut-on commettre un meurtre par jalousie, par cupidité ou par
compassion, peu importe : on est meurtrier parce que l’on a eu l’intention de tuer. De même,
on peut commettre un vol pour lutter contre le capitalisme ou pour payer ses dettes, peu importe
: dès lors qu’il y a soustraction frauduleuse de la chose d’autrui, il y a infraction punissable. En
principe, sauf texte contraire, les mobiles « légitimes » ou « honorables » n’exonèrent pas
l’auteur . De même, l’infraction jocandi causa (« pour rire ») n’en est pas moins une infraction
punissable , y compris lorsqu’elle est commise entre « amis » qui ont l’habitude de se faire des
« blagues » .
Cette indifférence des mobiles doit cependant être nuancée : si l’on excepte pour l’instant le cas
du mobile érigé en fait justificatif, le mobile est aussi pris en considération par le législateur
soit pour préciser l’élément intentionnel (dol spécial), soit pour aggraver la répression (dol
aggravé).
En effet, le mobile est pris en compte par le législateur, lorsqu’un dessein déterminé est érigé
en élément intentionnel. Tel est le sens qu’il faut donner au dol spécial ou plus exactement le
dol plus spécial.
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Enfin, le mobile peut être pris en compte dans la détermination de la sanction. Certains mobiles
sont ainsi des facteurs légaux d’aggravation de la peine (dol aggravé) . Tel est le cas lorsque
l’infraction a été planifiée à l’avance et se réalise avec préméditation ou en bande organisée.
Mais d’une manière plus générale, le mobile est surtout pris en compte par le juge au titre de
son pouvoir d’individualisation de la peine : la qualification n’est alors pas affectée.
La faute non intentionnelle est caractérisée par l’absence de volonté et de conscience du résultat.
La faute non intentionnelle est celle qui correspond à une volonté mal maîtrisée : l’auteur a bien
voulu son geste mais il n’a eu ni la volonté ni la conscience de ses conséquences
(imprévoyance). On dira que l’auteur a été imprudent, maladroit, inattentif ou négligent, bref
qu’il n’a pas « fait exprès » ou pas fait attention. La non intention c’est, en quelque sorte, la non
attention. Cette faute dite aussi « d’imprudence » se rencontre, en principe, en présence d’un
résultat dommageable.
Ainsi par exemple, l’homicide involontaire est une infraction non intentionnelle. Pour l’établir,
il faudra établir le comportement fautif de l’auteur, le dommage ou le résultat, soit la mort et le
lien de causalité entre les deux premiers éléments. Le même raisonnement sera suivi pour les
autres infractions du même genre. Ici, la faute pénale peut se confondre avec la faute civile.
- Le dol direct et le dol indirect : le dol est direct lorsque l’agent recherche le
résultat prohibé. Le dol indirect est susceptible de prendre deux formes ; le dol
nécessaire et le dol éventuel. Il y a dol nécessaire lorsque l’agent accepte ou se
résigne au résultat comme lié nécessairement au but réel qu’il poursuit. Il y a dol
éventuel lorsque l’agent accepte ou se résigne à la réalisation éventuelle du résultat
prohibé.
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- Le délit preterintentionnel : il s’agit d’une infraction comportant plusieurs
conséquences dommageables dont les unes ont été voulues, et dont les autres ont
dépassé l’intention de l’auteur ( ex. art. 48 du CPLII).
- Le dol indéterminé : l’auteur n’a pas en vue un résultat aussi précis. Il ne vise
personne, ni aucun objet particulier. Il veut simplement tuer, quelle que soit la
victime, ou voler, quel que soit ce qui tombera sous sa main.
- Le dol réfléchi ou dol aggravé : le dol réfléchi ou préméditation existe lorsque
l’agent réfléchit à son action à l’avance.
- L’aberratio ictus : on parle d’aberratio ictus en matière d’infractions qui peuvent
se commettre au moyen des projectiles ( c’est le cas d’un tireur qui rate sa cible
mais atteint une autre personne non visée).
La responsabilité pénale est l’obligation de répondre de ses actes délictueux en subissant une
sanction pénale dans les conditions et selon les formes prescrites par la loi31. La responsabilité
pénale a toujours suscité plusieurs questions de droit :
- Qui peut commettre une infraction ? une personne morale peut-elle déclinquer ?
- Peut on répondre des faits infractionnels lorsque l’on agi contre son gré ou sans
avoir le contrôle de ses facultés mentales ?
- Peut-on être déchargé de sa responsabilité pénale lorsqu’on agi avec des mobiles
assez nobles ?
- Comment mesurer le degré de culpabilité lorsqu’une infraction est l’œuvre des
plusieurs personnes ?
Avant d’aller plus loin, il faut mentionner que le droit congolais exclut la responsabilité pénale
des personnes morales pour les crimes relevant de la Cour pénale internationale en vertu de
l’article 20 bis du CP LI. La responsabilité pénale d’une personne morale a toujours fait l’objet
31
S. GUINCHARD et T. DEBARD ( dir.) , Lexique des termes juridiques, Paris, Dalloz, 2018, p.1810.
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de controverse car celle-ci tient son existence juridique à une fiction juridique et, au demeurant,
elle agit toujours par le truchement des personnes physiques douées de raison et donc capables
de délinquer . Mais, il est parfois admis qu’une personne morale peut commettre certaines
incriminations punissables notamment d’une amende.
Sans pouvoir aborder les querelles doctrinales sur ce sujet, il sera ici question d’examiner la
responsabilité pénale ici sous l’angle de la responsabilité de l’auteur, personne physique d’une
infraction. Dans ce sens, cet auteur, qui est le sujet actif du crime, par opposition au sujet passif,
la victime du crime peut réaliser son forfait seul ou avec le concours d’une ou de plusieurs
personnes.
Lorsque l’auteur a agi seul, il est soit l’auteur matériel de l’infraction soit l’auteur intellectuel.
Ce dernier est celui qui a fait commettre une infraction matériellement par une autre personne
(qui peut être l’auteur matériel) sans poser lui-même un acte matériel constitutif de cette
infraction. Par exemple, celui qui fait de fausse déclaration pour obtenir un titre foncier est
l’auteur intellectuel du faux commis en écriture portant sur ce titre.
Après cette mise au point, il importe de présenter les modes de participation criminelles avant
d’aborder les causes exonératoires de responsabilité.
Le participant à une infraction sera considéré comme coauteur ou comme complice selon qu’il
apportera une aide indispensable ou accessoire à la commission de l’infraction. Dans tous les
cas, son action doit résulter de la volonté délibérée d’apporter son concours à la commission ou
à la facilitation d’un projet criminel déterminé ou à tous le moins déterminable.
La participation criminelle est régi par les articles ci-après du code pénal Livre 1, qui prévoient
la corréité, la complicité et la responsabilité du supérieur hiérarchique pour faits commis par
ses subordonnés.
Article 21 : Sont considérés comme auteurs d'une infraction : 1°. ceux qui l'auront exécutée ou
qui auront coopéré directement à son exécution; 2°. ceux qui, par un fait quelconque, auront
prêté pour l'exécution une aide telle que, sans leur assistance, l'infraction n'eût pu être commise;
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3°. ceux qui, par offres, dons, promesses, menaces, abus d'autorité ou de pouvoir, machinations
ou artifices coupables, auront directement provoqué cette infraction; 4°. ceux qui, soit par des
discours tenus dans des réunions ou dans des lieux publics, soit par des placards affichés, soit
par des écrits, imprimés ou non et vendus ou distribués, soit par des dessins ou des emblèmes,
auront provoqué directement à la commettre, sans préjudice des peines qui pourraient être
portées par décrets ou arrêtés contre les auteurs de provocations à des infractions, même dans
le cas où ces provocations ne seraient pas suivies d'effets.
Article 22 : Seront considérés comme complices : 1°. ceux qui auront donné des instructions
pour la commettre; 2°. ceux qui auront procuré des armes, des instruments ou tout autre moyen
qui a servi à l'infraction sachant qu'ils devaient y servir; 3°. ceux qui, hors le cas prévu par
l'alinéa 3 de l'article 22, auront avec connaissance aidé ou assisté l'auteur ou les auteurs de
l'infraction dans les faits qui l'ont préparée ou facilitée ou dans ceux qui l'ont consommée; 4°.
ceux qui, connaissant la conduite criminelle des malfaiteurs exerçant des brigandages ou des
violences contre la sûreté de l'Etat, la paix publique, les personnes ou les propriétés, leur auront
fourni habituellement logement, lieu de retraite ou de réunion. Article 23 : Sauf disposition
particulière établissant d'autres peines, les coauteurs et complices seront punis comme suit :
1°. les coauteurs, de la peine établie par la loi à l'égard des auteurs;
2°. les complices, d'une peine qui ne dépassera pas la moitié de la peine qu'ils auraient encourue
s'ils avaient été eux-mêmes auteurs;
3°lorsque la peine prévue par la loi est la mort ou la servitude pénale à perpétuité, la peine
applicable au complice sera la servitude pénale de dix à vingt ans.
Article 21 bis
Lorsqu'il s'agit des crimes prévus au titre IX relatif aux crimes contre la paix et la sécurité de
l'humanité, une personne est pénalement responsable si
1. elle commet un tel crime, que ce soit individuellement, conjointement avec une autre
personne ou par l'intermédiaire d'une autre personne, que cette autre personne soit ou non
pénalement responsable
2. elle ordonne, sollicite ou encourage la commission d'un tel crime, dès lors qu'il y a
commission ou tentative de commission de ce crime •
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3. en vue de faciliter la commission d'un tel crime, elle apporte son aide, son concours ou
toute autre forme d'assistance à la commission ou à la tentative de commission de ce crime,
y compris en fournissant les moyens de cette commission
6. elle tente de commettre un tel came par des actes qui, par leur caractère substantiel,
constituent un commencement d'exécution mais sans que le crime soit accompli en raison
de circonstances indépendantes de sa volonté. Toutefois, la personne qui abandonne l'effort
tendant à commettre le crime ou en empêche de quelque autre façon l'achèvement ne peut
être punie en venu du présent article pour tentative si elle a complètement et volontairement
renoncé au dessein criminel.
Article 21 ter
Sont considérés comme complices .
2. ceux qui auront procuré des armes, des instruments ou tout autre moyen qui a servi à
l'infraction sachant qu'ils devraient y servir ;
3. ceux qui auront avec connaissance aidé ou assisté l'auteur ou les auteurs de l'infraction dans
les faits qui l'ont préparée ou facilitée ou dans ceux qui l'ont consommée ;
4. ceux qui, connaissant la conduite criminelle des malfaiteurs exerçant des brigandages ou
des violences contre la sûreté de l'Etat, la paix publique, les personnes ou les propriétés,
leur auront fourni habituellement logement, lieu de retraite ou de réunion.
Article 21 quater
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Sans préjudice des dispositions particulières établissant d'autres peines, les coauteurs et
complices seront punis comme suit :
1. les coauteurs, de la peine établie par la loi à l'égard des auteurs •
2. les complices, d'une peine qui ne dépassera pas la moitié de la peine qu'ils auraient encourue
s'ils avaient été eux-mêmes auteurs
3. lorsque la peine prévue par la loi est la mort ou la peine d'emprisonnement à perpétuité, la
peine applicable au complice sera la servitude pénale de dix à vingt ans.
Par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, les complices des crimes visés au titre IX
relatif aux crimes
contre la paix et la sécurité de l'humanité seront punis de la peine prévue par la loi à l'égard
des auteurs de ces crimes.
Article 22 bis, consacre la théorie de la responsabilité du supérieur hiérarchique pour les actes
commis par ses subordonnés.
A. l’exécution et la coopération directe : par ce mode, le participant prend part aux actes
matériels de la perpétration de l’infraction ou y coopèrent. Par exemple, celui qui
immobilise la victime pendant que l’autre lui administre des coups. Tous les deux sont
des coauteurs de l’infraction commise.
B. L’aide indispensable : Dans ce cas, le participant fournit à celui qui exécute
matériellement une aide nécessaire , une aide sans laquelle l’auteur matériel n’aurait eu
le succès avec lequel il a réalisé son forfait. On peut donner ici l’exemple d’une
sentinelle qui fournit au voleurs le mot de passe pour ouvrir le coffre où se trouve le
biens à subtiliser.
C. La provocation ou la coopération intellectuelle : on est ici dans le cas de l’auteur
moral ou intellectuel, soit celui qui commande la commission de l’infraction. Il peut
s’agir de la provocation privée lorsque l’auteur intellectuel fait des offres, dons,
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menaces, abus d’autorité et de pouvoir, machination et artifices coupables. On parle ici
de mandat criminel ( résultant des dons, promesses, offres). Dans le cas où l’exécutant
ou le mandataire exécute une infraction différente de celle pour laquelle il a reçu
mandat, l’auteur moral ne sera tenu responsable que si la commission de cette autre
infraction était nécessaire à l’accomplissement du mandat criminel. La provocation
privée peut se faire par abus d’autorité ou de pouvoir. Il doit y avoir un rapport, de fait
ou de droit, de commandement à obéissance entre le provocateur et celui qui exécute
l’infraction. La provocation privée peut aussi se faire par menace lorsque celle-ci
détermine l’agent à agir par crainte que lui inspire le mal promis. Elle peut aussi se faire
par machinations ou artifices lorsque le provocateur fait recours aux mensonges, la
fraude, la ruse, destinés à conduire l’agent à commettre une infraction. Tel est le cas de
celui qui amène un époux à battre son épouse après avoir fait croire à cet époux que
celle-ci l’a trahi en consommant des rapports sexuels extraconjugaux.
L’on parlera de provocation publique lorsque la provocation ne revêt pas un caractère
privé. Tel est le cas de celui qui, au cours d’un meeting incite la population à commettre
le génocide contre une partie ethnique ciblée. Elle se réalise par discours, placards, écrits
, dessins, emblèmes. L’élément de publicité peut découler de la nature du lieu où la
provocation est faite. L’on peut ainsi parler de la publicité d’un lieu par nature ou par
destination. La provocation doit être directe, donc, donc, le provocateur doit révéler son
intention claire de pousser les gens à commettre une infraction déterminée.
Paragraphe 2. La complicité
N.B. il y a des infractions dites plurales comme la corruption, l’adultère, l’association des
malfaiteurs,…qui ne peuvent se réaliser qu’en plusieurs. Par ailleurs, la loi elle-même
déterminent d’autres formes particulières de participation criminelles (Cf. art. 59, 68 du
CPLII).
De l’analyse de ce qui précède, il y a lieu de noter que pour qu’une infraction commise en
participation criminelle soit établie, il faut la réunion des éléments suivants : l’existence d’une
infraction principale déterminée, l’acte de participation selon l’un des modes prévus par l’article
21 ou l’article 22 précité ; l’élément moral qui est caractérisé lorsque le participant a su qu’il
favorisait l’exécution d’une infraction déterminée (2. M.Nyabirungu, Droit pénal général
zaïrois, DES, Kinshasa, 1989, p.217). Il a été jugé que pour qu’il y ait participation criminelle,
il faut qu’il y ait l’intention de s’associer à la perpétration d’une infraction, la participation
suppose un concert, une entente entre les délinquants (3. 11 nov. 1913, jur.congo, 1922, p.353,
G. Mineur, supra n°1, p.81). Force est de noter qu’en vertu de l’article 23 du code pénal livre
Ier les coauteurs sont punis de la même peine que l’auteur d’une infraction.
Article 22 bis
En ce qui concerne les relations entre supérieur hiérarchique et subordonnés non militaires,
le supérieur hiérarchique est pénalement responsable de crimes visés par les articles 221 à
223 du présent Code pénal commis par des subordonnés placés sous son autorité et son
contrôle effectifs, lorsqu'il n'a pas exercé le contrôle qui convenait sur ces subordonnés dans
les cas où :
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le supérieur hiérarchique savait que ces subordonnés commettaient ou allaient commettre
ces crimes ou a délibérément négligé de tenir compte d'informations qui l'indiquaient
clairement ,
2. ces crimes étaient liés à des activités relevant de sa responsabilité et de son contrôle effectif
;
3. le supérieur hiérarchique n'a pas pris toutes les mesures nécessaires et raisonnables en son
pouvoir pour en empêcher ou en réprimer l'exécution ou pour en référer aux autorités
compétentes aux fins d'enquêtes et de poursuites.
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Section 2 Les causes exonératoires de responsabilité
Article 23 bis
Nul n'est responsable pénalement si, au moment du comportement en cause si :
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pour le conformer aux exigences de la loi, à moins qu'il se soit volontairement intoxiqué
dans des circonstances telles qu'il savait que, du fait de son intoxication, il risquait
d'adopter un comportement constituant une infraction, ou qu'il n'ait tenu aucun compte
de ce risque ;
3. le comportement dont il est allégué qu'il constitue une infraction a été adopté sous la
contrainte résultant d'une menace de mort imminente ou d'une atteinte grave, continue
ou imminente dirigée contre sa propre intégrité physique ou celle d'autrui, et s'il a agi
par nécessité et de façon raisonnable pour écarter cette menace, à condition qu'il n'ait
pas eu l'intention de causer un dommage plus grave que celui qu'il cherchait à éviter.
Article 23 ter
L'erreur est dite invincible lorsqu'elle aurait pu être également commise par une personne
d'une diligence moyenne, compte tenu des intérêts en présence et des circonstances
concrètes de l'espèce.
Eu égard à ce qui précède, l’on peut distinguer les causes objectives de non responsabilité
ou faits justificatifs et les causes subjectives de non responsabilité ou mieux les causes de
non imputabilité.
D’une manière générale, une infraction est justifiée lorsqu’elle est, soit socialement utile, soit
socialement indifférente . Plus techniquement, il en est ainsi, lorsque la commission de
l’infraction représente un plus grand bien ou un moindre mal que celui que l’incrimination
entend conjurer. Mais cette pesée des intérêts en présence s’effectue sous trois conditions
cumulatives d’inégale importance : les faits justificatifs doivent d’abord être sinon prévus du
moins conformes à la loi ; ils doivent ensuite être évidemment nécessaires et enfin, ils doivent
être proportionnés . Dans le cas de ce cours, il s’agira de retenir les faits justificatifs ci-après :
l’état de nécessité, de la légitime défense, de l’ordre de la loi et le commandement de l’autorité
légitime.
L’état de nécessité est la situation de crise dans laquelle se trouve une personne qui, pour
échapper à un danger qui la menace, ou pour sauver un tiers d’un péril imminent, n’a d’autre
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choix que de commettre une infraction. Tel est le cas de celui qui détruit une maison en feu
pour sauver ses habitants.
Par contre, la légitime défense est l’emploi direct et nécessaire de la violence pour repousser
une agression injuste qui se commet ou qui va se commettre contre sa propre personne ou la
personne ou contre la propriété.
La différence entre l’état de nécessité et la légitime défense est que dans le second cas o, riposte
contre une agression humaine alors que dans l’autre le danger à repousser peut provenir des
circonstances accidentelles.
Il faut noter que le consentement de la victime n’est pas à proprement parler comme une cause
de justification.
Un magistrat qui procède de bonne foi à l’arrestation d’un innocent qu’il croyait coupable ne
sera pas inculpé d’arrestation arbitraire car ayant agi en vertu de ses pouvoirs légaux( ordre de
la loi) ; de même, l’agent qui exécuté son ordre de procéder à cette arrestation ne sera pas
poursuivi pour infraction d’arrestation arbitraire( commandement de l’autorité légitime).
L’imputabilité est la capacité de répondre des conséquences d’un acte. Elle suppose le
discernement ou la lucidité, la liberté d’agir et la connaissance de la réalité factuelle ou
juridique. Parmi les causes de non imputabilité, il y a lieu de citer :
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C. L’erreur : elle est prévue à l’article 23 ter . Elle consiste à se tromper à propos d’un
fait ou sur ce que la loi commande. Dans tous les deux cas, elle doit être invincible.
D. La minorité d’âge , suivant l’article 95 de la loi portant protection de l’enfant, les
enfants âgés de moins quatorze ans sont sans discernement.
La peine donne tout son sens à l’infraction : elle en est la sanction nécessaire. Sans peine il
n’y aurait pas d’infraction et sans infraction aucune peine ne pourrait être infligée. Mais il est
difficile de sortir de ce « raisonnement circulaire » en cherchant à définir la peine de manière
substantielle en droit. Le concept juridique de peine n’est pas défini par la loi . Elle tend à
assurer la protection de la société, à prévenir la commission de nouvelles infractions et à
restaurer l’équilibre social, dans le respect des intérêts de la victime. Elle a pour fonctions : de
sanctionner l’auteur de l’infraction, de favoriser son amendement, son insertion ou sa
réinsertion sociale (elle assure la fonction d’intimidation collective ou individuelle, la fonction
d’élimination en mettant l’auteur hors d’état de nuire, la fonction de rétribution en exigeant
que l’auteur paie sa dette envers la société offensée par l’infraction, la fonction de réadaptation,
en recharchant à obtenir l’amendement de l’agent pour ne plus récidiver ).
Eu égard à ce qui précède, la peine ne se confond plus avec la condamnation, qui suppose une
exclusion, une mise à l’écart plus ou moins durable. Les peines d’aujourd’hui ne sont pas
forcément de cet ordre : elles visent aussi à inclure, à insérer, à réinsérer.
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Force est donc d’essayer de circonscrire la notion de la peine avant de lister les peines prévues
par la loi, car il n’y a pas de peines sans loi.
Paragraphe 1 Notion
Le concept de peine indique, en son acception vulgaire, une douleur, une affliction ; c’est le
sens conservé de son origine latine poena ; et comme le remords, comme les reproches de la
conscience occasionnant un regret, une douleur d’avoir mal fait, les mots qui expriment le
repentir, poenitentia, poenitere, se rattachent à la même racine.
Varron, que saint Augustin appelait le plus docte des Romains faisait dériver le mot de poena
d’une autre source, celle de poids (ponere, pondus) ; et quoi que Quintilien l’en raille, cette
dérivation philologique n’est pas sans porter en soi son enseignement. Les idées de douleurs,
de remords et des poids sont liées entre elles étroitement. Les effets physiques de la douleur
morale, comme du remords, sont ceux d’une oppression, d’une lourdeur, d’un poids sur
quelques-uns de nos organes, particulièrement sur ceux de la respiration et de la digestion : c’est
ainsi qu’on dira fréquemment : « Cette douleur, ce remords, ce crime lui pèsent, l’étouffent ;
cette mauvaise action charge sa conscience, est un poids sur sa conscience. Il y a de plus dans
la dérivation présentée par Varron tout l’historique d’un procès criminel, avec l’explication des
termes principaux qui y sont employés. Qui ne connaît cette vieille figure : le juge criminel
tenant d’une main la balance et de l’autre le glaive ; les témoignages entendus, les faits établis
sont à charge ou à décharge, placés en cette qualité dans l’un ou dans l’autre plateau ; le juge
délibère, c'est-à-dire qu’il soulève l’instrument et balance les deux plateaux(de librare,
deliberare) ; l’un de ces plateaux tombe( decidit), le juge fait connaître la décision ; et si c’est
du côté de l’accusation, il place de l’autre le poids ou la peine nécessaire pour rétablir
l’équilibre. L’enseignement à tirer de cette origine philologique serait qu’un jugement criminel
est une exacte pesée à faire ; la peine est le poids destiné à rétablir l’équilibre. L’enseignement
à ne tirer de l’origine vulgaire, c’est que la peine doit être une douleur, une affliction imposée
au coupable ; et cela est conforme aux données de la science rationnelle. Repoussant donc les
dénominations nouvelles proposées dans divers systèmes de théories fondamentales (réparation
sociale, défense sociale, mesures, ou autres), nous nous en tenons, comme parfaitement exacte,
à celle de peine, et nous définirons la peine comme : « un mal infligé par le pouvoir social à
l’auteur d’un délit, à raison de ce délit. » Nous savons que le but des peines peut être multiple,
et comment l’analyse arrive à en signaler deux principaux : l’exemple et la correction morale.
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Quand ces ceux-là sont atteints, les autres le sont aussi. S’il y a nécessité d’opter entre les deux,
l’exemple est le plus important pour la société.32
Pour likulia Bolongo, le but et la justification des peines et mesures privatives de liberté sont
en définitive de protéger la société contre le crime. Il poursuit qu’un tel but ne sera atteint que
si la période de privation de liberté est mise à profit pour obtenir dans toute la mesure du
possible que le délinquant une fois libéré soit non seulement désireux, mais aussi capable de
vivre en respectant la loi et de subvenir à ses besoins(résolution du premier congrès des N-U,
Genève, 1955).
Mariant la théorie à la réalité sur terrain en RDC, il conclut que s’il est vrai que cette
préoccupation éducative doit désormais poursuivre la peine privative de liberté est à l’heure
actuelle universellement admise, il n’en demeure pas moins vrai que dans quelques pays et plus
particulièrement en RDC , cette pensée ne constitue pas encore l’objet principal et fondamental
de l’administration pénitentiaire pour les délinquants adultes33.
Il ne faut pas confondre la peine et les mesures de sûretés et les sanctions administratives
punitives ou disciplinaires.
En effet, en droit pénal, les peines et les mesures de sûretés ont en commun de répondre au
principe de légalité. Mais elles se distinguent à la fois dans leurs fondements et dans leurs
finalités respectives. La peine postule le libre arbitre et vise à châtier un coupable en l’invitant,
dans le meilleur des cas, à se prendre en main. La mesure de sûreté postule au contraire le
déterminisme et vise à traiter, à surveiller ou à neutraliser un individu dangereux : elle n’est
donc pas nécessairement d’ordre pénal ; elle est une prise en main judiciaire ou sanitaire de
l’individu .
Les peines ne doivent pas non plus être confondues avec les mesures punitives ou « sanction
ayant le caractère d’une punition » émanant d’autorités administratives, fiscales ou
disciplinaires en marge d’un éventuel procès pénal, même si elles peuvent être ressenties
comme telles par ceux qui les subissent. Ces sanctions parfois lourdes (surtout des amendes)
émanent soit de l’administration (fiscale ou douanière), soit d’autorités administratives
indépendantes telle que le Conseil supérieur de l’audiovisuel, mais elles ne sont pas la
32
Ortolan M., Droit pénal , pénalité, juridictions et procédures, Librairie M. PLON , Paris, 1856 , p.593
33
B. Likulia, supra, n°3, pp. 15 -16
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conséquence juridique d’une infraction et ne supposent pas une condamnation judiciaire. Elles
ne relèvent donc pas du droit pénal.
En droit congolais, les peines suivantes sont applicables aux infractions au regard de l’article
5 du CP LI:
Il convient de noter que le paiement des frais de justice peut être remplacée par la contrainte
par corps qui sans être une peine s’exécute comme la peine de servitude pénale. De même pour
garantir le paiement des dommages intérêts, le juge répressif peut prononcer la contrainte par
corps ( cf. art. 16 et 17 du CPLI). L’exécution de la contrainte par corps n’efface pas les
34
Nous sommes de ceux qui sont pour la nécessité de l’abolition de la peine de mort en droit congolais étant
donné le caractère sacré de la vie et surtout la possibilité de condamner un innocent à la peine capitale à la suite
d’une erreur judiciaire.
35
Le juge peut la prononcer avec sursis dans les limites fixées par l’article 42 du code pénal livre I.
36
Ortolan, supra, n°16, p.620
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dommages- intérêts. Dans ce même optique, le paiement des amendes peut être remplacé par la
servitude pénale subsidiaire( cf. art. 12 et 13 du CPLI).
Il convient de noter que les peines peuvent être dites principales, complémentaires ou
accessoires selon le cas. Ainsi, mise en part la peine capitale, il y a lieu de regrouper les peines
de la manière ci-après :
Par extension, les peines restrictives de liberté sont celles qui restreignent la liberté
d’un condamné et qui visent à prévenir la récidive ou la répétition des infractions en
constituant des obstacles ou des entraves aux activités criminelles et en écartant leur
auteur des milieux considérés comme criminogènes. Elles comprennent l’obligation de
s’éloigner de certains lieux ou d’une certaines région, l’imposition de la résidence dans
un lieu déterminé, la mise à la disposition du gouvernement, l’expulsion définitive du
territoire de la république (étranger). Ces mesures de sûretés sont utilisées par la
pénologie pour le traitement de la délinquance en milieu ouvert.37
Les peines privatives de droit : Les peines privatives de droits produisent un effet
afflictif à l’égard du condamné car elles sont infamantes et gênantes pour la vie
familiale, sociale, civique et même patrimoniale. Il s’agit notamment de l’interdiction
du droit de vote ou d’éligibilité ; l’interdiction d’accès aux fonctions publiques; la
privation de grade ou la rétrogradation ;38
les peines pécuniaires : il s’agit de la peine d’ amende, de la confiscation qui peut être
spéciale ou générale. La confiscation spéciale porte uniquement sur les choses ayant un
rapport avec une infraction( Cf art. 14 du code pénal. ), le corps du délit, les instruments
et le produit de l’infraction. La confiscation générale s’applique à l’intégralité des biens
appartenant au criminel.39 Force est de noter que la confiscation générale n’est plus
envisageable à ce jour. Dans tous les cas, toutes les peines, principales,
complémentaires, ou accessoires doivent obéir au principe de la légalité des peines.
37
B. Likulia, supra, n°3, p 31-32
38
Idem,p.36
39
B. Likulia, supra, n°3, pp37-38
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Les interdictions professionnelles : l’interdiction professionnelle qui est une peine accessoire
qui frappe le condamné de l’incapacité de l’exercice de sa profession : médicale, d’avocat. Il
peut s’agir de la fermeture d’un établissement.40
L’exécution de cette série des peines soulèvent certaines difficultés dont il convient d’en citer
quelques uns.
La pénologie utilise la privation de liberté pour favoriser l’amendement des délinquants et pour
leur resocialisation. Leur exécution pose dans la pratique certaines difficultés :
la peine de mort : à l’heure actuelle la peine de mort est contraire au droit sacré, le droit
à la vie. Nul ne peut se donner le droit d’ôter la vie aux autres si l’on sait que d’ailleurs
les juges qui prononcent la peine de morts peuvent se tromper sur la culpabilité de
l’accusé et condamner ainsi à mort un innocent. Une telle peine devrait être abolie dans
le droit congolais. Cette peine aussi ne laisse pas au pénologue la chance de redresser le
délinquant y condamné.
La servitude pénale à perpétuité : il s’agit d’une peine éliminatrice qui a été instituée
pour réprimer les faits graves énumérés par la loi surtout si leurs auteurs se révèlent
incorrigibles. Cette peine se justifie dans la mesure où elle permet d’éliminer de la
société de grands criminels, des multirécidivistes chevronnés, des délinquants
dangereux qui affirment leur caractère asocial par la gravité et la fréquence de leurs
activités criminelles. Si cette peine trouve son fondement dans la protection de la
société, elle paraît cependant incompatible avec l’objet de la pénologie fondé sur l’idée
de la rééducation du délinquant en vue de sa réinsertion sociale. Mais cette antinomie
n’est qu’apparente. En effet, l’institution de la libération conditionnelle permet
d’atténuer cette contradiction ou cette opposition car les condamnés à perpétuité
peuvent être mis en liberté conditionnellement lorsque la durée de l’incarcération déjà
subie par eux dépasse 5 ans (art. 35 du code pénal.).41
des longues peines : Les peines de longue durée comme celles dont la durée restant à
subir est supérieur à un an, qui sont inévitables eu égard à la gravité des crimes
perpétrés, soulèvent, elles aussi, des problèmes au regard des ambitions de la pénologie.
40
Idem, p.39
41
B. Likulia, supra, n°3, p. 23
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Le délinquant est considéré comme un inadapté social. S’il ne l’est pas à l’origine, il
risque de le devenir après une longue incarcération. En effet la longueur de
l’internement multiplie le risque de désocialisation au moment de l’expiration de la
peine et le risque de dislocation de la famille. Il importe donc de faire en sorte que la
durée de la peine ne soit pas ni trop longue ni trop courte pour permettre l’administration
d’un traitement approprié.42
des courtes peines : Les courtes peines c’est-à-dire celles dont la durée est inférieure à
un an, font l’objet des critiques les plus violentes de la part des pénologues.
Généralement on estime que la courte peine est un remède pire que le mal car elle ne
permet aucun traitement éducatif. elle expose le condamné à la promiscuité et à
l’oisiveté et risque de le corrompre au lieu de l’amender. L’expérience montre que la
détention est injuste et traumatisante pour la personne qui a connu une défaillance
passagère et accidentelle et elle est sans effet à l’égard du criminel invétéré. Sauf peut
être à l’égard de certains délinquants qui devraient alors être soumis à un régime
cellulaire très strict. Aussi préconise-t-on d’en trouver des substituts.43
42
Idem pp. 23-24
43
Ibidem,p.24
44
B. Likulia, supra, n°3, pp.29-30
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En vertu de l’article 42 du CPLI : Les cours et tribunaux, en condamnant à une ou plusieurs
peines de servitude pénale principale ou subsidiaire, pourront ordonner, par décision motivée,
qu'il sera sursis à l'exécution de l'arrêt ou du jugement en ce qui concerne cette ou ces peines
pendant un délai dont ils fixeront la durée à compter de la date du prononcé de l'arrêt ou du
jugement, mais qui ne pourra excéder cinq années. L'octroi du sursis est subordonné aux
conditions ci-après :
1°. qu'il ne soit pas prononcé contre le condamné une peine de servitude pénale principale
supérieure à un an ;
2°. que le condamné n'ait antérieurement encouru aucune condamnation à la servitude pénale
principale, du chef d'une infraction, commise dans la République, punissable, indépendamment
de l'amende, d'une servitude pénale de plus de deux mois. L'arrêt ou le jugement portant
condamnation ne sera pas exécuté, en ce qui regarde la ou les peines de servitude pénale, si,
pendant le délai fixé, le condamné n'encourt pas de condamnation nouvelle du chef d'infractions
punissables, indépendamment de l'amende, d'une servitude pénale de plus de deux mois. Dans
le cas contraire, les peines pour lesquelles le sursis aura été accordé et celles qui auront fait
l'objet de la condamnation nouvelle seront cumulées. En cas de sursis applicable à la servitude
pénale subsidiaire, la suspension de la prescription s'étend à l'amende.
En ce qui concerne la libération conditionnelle, elle est une mesure consistant pour le
ministre de la justice agissant sur proposition de l’administration pénitentiaire à remettre en
liberté un condamné qui a fait preuve d’amendement durant l’exécution d’une partie de sa
peine. Elle est accordée aux conditions légales suivantes prévues à l’article 35 du CP LI : Les
condamnés qui ont à subir une ou plusieurs peines comportant privation de liberté, peuvent être
mis en liberté conditionnellement, lorsqu'ils ont accompli le quart de ces peines pourvu que la
durée de l'incarcération déjà subie dépasse trois mois. Les condamnés à perpétuité pourront être
mis en liberté conditionnellement lorsque la durée de l'incarcération déjà subie par eux
dépassera cinq ans. La durée de l'incarcération prescrite aux deux alinéas précédents pourra être
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réduite lorsqu'il sera justifié qu'une incarcération prolongée pourrait mettre en péril la vie du
condamné.
Force est de noter que la loi sur le régime pénitentiaire vient préciser les conditions et les
limites d’application de la libération conditionnelle qui est une des mesures d’aménagement
de la peine.
Les condamnés qui subissent une ou plusieurs peines comportant privation de liberté, sont
mis en liberté conditionnellement, lorsqu'ils ont accompli le quart de leur peine pourvu que
la durée de l'incarcération déjà subie dépasse trois mois. Les condamnés à perpétuité ne
peuvent bénéficier d'une liberté conditionnelle que lorsqu'ils ont déjà purgé au moins cinq
ans.
La durée de l'incarcération prescrite aux deux alinéas précédents est réduite lorsqu'il est justifié
qu'une incarcération prolongée pourrait mettre en péril la vie du condamné. Dans tous les cas,
la libération conditionnelle n'est accordée qu'aux condamnés qui ont fait preuve d'amendement.
Les alinéas 1, 2 et 3 du présent article ne s'appliquent pas aux condamnés pour les infractions
liées aux violences sexuelles, de crime de guerre, de crime contre l'humanité, de crime de
génocide, de terrorisme, de détournement de fonds publics, de détournent de deniers publics,
d'assassinat et de meurtre.
Le droit pénal connaît une cause d’exemption de peine, anciennement dénommée « excuse
absolutoire », au profit des repentis. En effet, une personne qui a tenté de commettre une
infraction déterminée par la loi sera exempte de peine si, ayant averti l’autorité administrative
ou judiciaire, elle a permis d’éviter la réalisation de l’infraction et, le cas échéant, d’identifier
les autres auteurs ou complices. Les articles 150 i et 218 du CPLII sont des exemples éloquents
à ce sujet. Ce dernier article dispose : Sera exempté de la peine encourue celui qui, avant toute
exécution ou tentative d'une infraction contre la sûreté de l'Etat, en donnera le premier
45
S’agissant d’une loi nouvelle , elle abroge les dispositions antérieures qui lui sont contraires.
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connaissance aux autorités administratives ou judiciaires. L'exemption de la peine sera
seulement facultative si la dénonciation intervient après la consommation ou la tentative de
l'infraction, mais avant l'ouverture des poursuites. L'exemption de la peine sera également
facultative à l'égard du coupable qui, après l'ouverture des poursuites, procurera l'arrestation
des auteurs et complices de la même infraction, ou d'autres infractions de même nature ou de
même gravité.
Les circonstances aggravantes peuvent être : des circonstances de temps, de lieu( voler la nuit
dans une maison habitée) ou celles liées à la qualité du sujet ( un fonctionnaire commettant le
faux en écriture dans l’exercice de ses fonctions), à la qualité de la victime ( le viol d’enfant),
aux conséquences incriminées ou aux effets de l’infraction ( les coups et blessures volontaires
ayant entrainer la mort sans que l’auteur ait eu l’intention de tuer) ou à l’élément moral ( la
préméditation pour l’assassinat).
Selon que les circonstances aggravantes produisent des effets à tous les participants à
l’infraction ou non, elles seront dites réelles ou personnelles ou subjectives( liées à l’agent).
Les premières se communiquent à tous les participants ( théorie de la criminalité d’emprunt)
alors que les secondes ne s’appliquent qu’à la personne chez qui elles sont rencontrées.
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Paragraphe 2 : Les circonstances atténuantes
Aux termes de l’article 18 du CPLI : S'il existe des circonstances atténuantes, la peine de mort
pourra être remplacée par la servitude pénale à perpétuité ou par une servitude pénale dont le
juge déterminera la durée. Les peines de servitude pénale et d'amende pourront être réduite dans
la mesure déterminée par le juge. Il ne sera pas prononcé, toutefois, de peine de servitude pénale
de moins d'un jour, ni de peine d'amende de moins d'un franc congolais. L’article 19 renchérit
: Tout jugement admettant des circonstances atténuantes les indiquera et les énumérera.
La loi ne détermine pas les circonstances atténuantes. C’est au juge de les inventer ou de les
déterminer. Généralement, les aveux de l’accusé, son âge, ses charges familiales, ses
antécédents judiciaires, sa situation familiale ( orphelin, veuf, …), le niveau d’instruction, le
niveau d’ études de l’accusé, … peuvent être exploités par le juge pour y puiser de circonstances
atténuantes.
En dehors de circonstances atténuantes que le juge peut appliquer en application des articles 18
et 19 précité, la loi elle-même peut prévoir une réduction des peines aux quels cas on parlera
des excuses légales atténuantes.
En effet, l’atténuation de peine peut être prévue par un texte soit comme une prime au repentir,
soit comme une prime au désistement soit comme une prime à l’aveu, …. A titre illustratif,
l’article 193 du CPLII dispose : L'attentat contre la vie ou contre la personne du Chef de l'Etat
sera puni de mort. S'il n'a pas eu pour résultat de porter atteinte à la liberté du Chef de l'Etat, et
s'il ne lui a causé ni effusion de sang, ni blessure, ni maladie, l'attentat contre sa personne sera
puni de la servitude pénale à perpétuité.
Force est de noter que les circonstances atténuantes sont personnelles et visent à individualiser
la peine.
Paragraphe 3 : La récidive
La récidive est la situation d’un délinquant qui rechute dans l’infraction dans les conditions
déterminées, et après une ou plusieurs condamnations coulées en force de chose jugée. A titre
illustratif l’article 14 b du CP I prévoit outre la peine de servitude pénale, l'obligation de
s'éloigner de certains lieux ou d'une certaine région ou d'habiter dans un lieu déterminé, à charge
de quiconque a commis, depuis dix ans au moins deux infractions qui ont entraîné chacune une
servitude pénale d'au moins six mois. Il s’agit ici du cas de la récidive proprement dite à laquelle
on peut ajouter la délinquance d’habitude prévue à l’article 14 d du CPLI qui dispose :
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Quiconque ayant commis depuis dix ans, au moins trois infractions qui ont entraîné chacune
une servitude pénale d'au moins dix mois, présente en outre une tendance persistante à la
délinquance peut, par l'arrêt ou le jugement de condamnation, être mis à la disposition du
Gouvernement, pour un terme de cinq à dix ans après l'expiration de la peine de servitude
pénale.
Dans le deux cas, le juge pourra donc prononcer une peine complémentaire ou mieux une
mesure de sûreté facultative ci-haut visées pour combattre la récidive.
La peine peut être éteinte de plusieurs manières. On peut citer, l’exécution de la peine, la mort
du condamné, la prescription , la grâce.
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prescription de la peine sera interrompue par l'arrestation du condamné. Article 34 : Les
condamnations civiles prononcées par la juridiction répressive se prescrivent selon les règles
du code civil.
En ce qui concerne la prescription de l’action publique, il faut noter qu’elle est interrompue par
les actes d’instruction ou par les actes de poursuites. Ces premiers visent à recueillir les preuves
de l’existence de l’infraction, de l’identité et de la culpabilité de l’auteur ; le second vise à
s’assurer de la personne du prévenu et à le traduire en justice. L’interruption ne peut pas avoir
pour effet de porter la durée du délai de prescription au-delà du double de cette durée légale.
L’interruption a pour effet, de réduire en néant le temps de prescription déjà écoulé au moment
où l’acte interruptif est posé et la durée de prescription reprend à compter de la date de l’acte
interruptif et non plus à compter de la date de la cristallisation de l’infraction.
Force est de noter que les infractions prévus au statut de Rome sont imprescriptibles et ne sont
ni amnistiables ni graciables ( cf. art. 34 bis du CPLI).
En ce qui concerne la grâce, il s’agit d’une mesure de clémence que le chef de l’Etat prend en
faveur d’un délinquant définitivement condamné, et qui a pour effet de le soustraire à
l’application de tout ou partie de la peine. Elle peut se faire suivant le mécanisme de la remise
de la peine ou de la commutation de celle-ci en une peine d’une autre nature. Donc la peine sera
soit dispensée, commuée ou réduite par l’effet de la grâce. Mais la condamnation reste couchée
au casier judiciaire.
Généralement, une condamnation peut être effacée par l’amnistie ou par la réhabilitation.
L’amnistie est une mesure de clémence ayant pour effet d’enlever rétroactivement à certains
faits leur caractère délictueux. Elle est décidée par le parlement. L’auteur sera considéré comme
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n’ayant jamais commis une infraction. Sa condamnation sera donc effacée de son casier
judiciaire.
La réhabilitation est une mesure prise par l’autorité judiciaire à la demande du condamné, en
vue de remettre celui-ci dans la situation légale, et si, possible, sociale qu’il a perdue suite à une
juste condamnation. Elle efface les effets de la condamnation pour l’avenir. Elle est un
encouragement à la bonne conduite du délinquant et vise sa réinsertion sociale. Elle conduit à
l’effacement de la condamnation au casier judiciaire.
Bibliographie sélective
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