0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
39 vues45 pages

Érosion Et Principes de Conservation Des Sols: Chapitre 3

Le chapitre traite de l'érosion des sols, en distinguant l'érosion naturelle et l'érosion accélérée par l'homme, ainsi que les processus mécaniques et chimiques impliqués. L'érosion est identifiée comme la principale forme de dégradation des sols, avec des conséquences significatives sur la qualité des sols et l'environnement, notamment la perte de fertilité et l'envasement des cours d'eau. Les mécanismes d'érosion incluent le détachement, le transport et le dépôt de particules, influencés par divers facteurs environnementaux.

Transféré par

Frederic malunga
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
39 vues45 pages

Érosion Et Principes de Conservation Des Sols: Chapitre 3

Le chapitre traite de l'érosion des sols, en distinguant l'érosion naturelle et l'érosion accélérée par l'homme, ainsi que les processus mécaniques et chimiques impliqués. L'érosion est identifiée comme la principale forme de dégradation des sols, avec des conséquences significatives sur la qualité des sols et l'environnement, notamment la perte de fertilité et l'envasement des cours d'eau. Les mécanismes d'érosion incluent le détachement, le transport et le dépôt de particules, influencés par divers facteurs environnementaux.

Transféré par

Frederic malunga
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Chapitre 3

Érosion et principes
de conservation des sols

3.1. Définitions

Il est fréquent de distinguer deux grands types d'érosion:


- l'érosion naturelle (figure 3.1). Encore appelée dénudation ou érosion
géologique, elle s'est manifestée dès l'exondation des continents sous l'effet de
processus mécaniques et chimiques (voir ci-dessous) et continue à intervenir. Elle
s'étudie sur des temps longs (> 10 000 ans) et s'exprime souvent en mm1l000 ans
(voir les volumes 3 et 4 de la même série Circulation de l'eau et Qualité de l'eau) ;
-l'érosion accélérée par l'action de l'homme. Elle s'exprime souvent en t ha-1
I
an- . Elle s'est manifestée dès les feux - volontaires - de savane mais s'est nettement
amplifiée au Néolithique [FRa 16] et encore plus à l'Anthropocène [FOU 14].

Et deux principaux processus:


-l'érosion mécanique définie par un processus comprenant trois mécanismes:
- la fragmentation ou le détachement sous l'effet d'agents très divers: le
gel/dégel, le frottement (érosion glaciaire), le vent (érosion éolienne), l'impact des
gouttes de pluie et du ruissellement (érosion hydrique), les mouvements de masse,
l'action des vagues et des courants (érosion côtière), le travail du sol (érosion
aratoire), ou l'arrachage des cultures à racines ou tubercules;
- le transport des particules détachées;
-leur sédimentation ou dépôt (voir paragraphe 3.3) ;

Chapitre rédigé par Christian V ALENTlN et Jean Louis RAJOT.


54 Les sols au cœur de la zone critique 5

- l'érosion chimique qui désigne le transpol1 des solutés issus de la dissolution


des roches par altération, et plus largement de tout soluté transporté par le
ruissellement ou les nappes.

Figure 3.1. Exemple d'érosion essentiellement naturelle dans le haut


bassin peu peuplé du Yangzi Jiang, Shigu, montagnes Hailuo, Yunnan,
Chine. À noter: la turbidité de l'eau (photo: C. Valentin)

Ce chapitre porte essentiellement sur l'érosion accélérée et mécanique des sols


continentaux, et sur les principaux principes de conservation des sols.

3.2. Importance de l'érosion

3.2.1 A l'echelle mondIale


Comme l'avait déjà indiqué la première évaluation mondiale de l'état de
dégradation des sols par l'homme (GLASOD) [OLD 91] et comme le confirme le
rapport de la FAO sur l'état mondial des ressources en sols publié à l'occasion de
l'année internationale des sols [FAO 15], l'érosion constitue la principale forme de
dégradation des sols, à la fois au niveau mondial et dans chacune des huit grandes
régions géographiques. Ce rapport évalue l'érosion mondiale due à l'eau à 20-30 Gt
an" et celle liée au travail du sol, appelée érosion aratoire, à 5 Gt an- I . Ceci
représente des pertes moyennes de 12-15 t ha-! an" [DEN 03], ou encore d'environ
un millimètre par an, ce qui est un ou deux ordres de grandeur supérieurs à
l'épaississement des sols par pédogenèse [MON 07, STO 14]. En d'autres termes, le
sol se renouvelle moins vite qu'il ne s'érode sous l'effet de l'homme. Ainsi,
l'Anthropocène se caractérise, entre autres, par le fait que le sol ne peut plus être
considéré comme une rcs ource renouvelable, du fait de son exploitation de type
minier par l'Homme [HOF 15]. La zone critique s'amenuise donc plus rapidement
Érosion et pnnclpes de conserva bon des sols 55

par l'érosion mécanique en surface qu'elle ne se forme à sa base par des processus
biogéochimiques [ANDE 07]. Par ailleurs, la non prise en compte de l'érosion peut
conduire à une forte surestimation (17 %) du potentiel de séquestration du carbone
atmosphérique par les sols [CHA 15]. Ces considérations générales masquent
toutefois de grandes disparités liées à de nombreuses composantes de la zone
critique: type de couvert végétal, de roche, d'usage des terres, de pente, de climat, et
d'échelle spatio-temporelle de mesures.

3.2.2. Effets de l'érosion

Nous aborderons brièvement trois conséquences de l'érosion en distinguant les


effets actuels in situ, et hors site, et les conséquences historiques.

Les effets in situ concernent surtout la qualité des sols. L'érosion de l'horizon
superficiel (horizon A) se manifeste par une perte sélective des éléments les plus
fins (argile puis limon) et de la matière organique sous l'effet du ruissellement ou du
vent. Or, c'est l'argile et la matière organique qui permettent de stocker les éléments
fertilisants. L'érosion de l'horizon superficiel a donc un effet immédiat sur la
fertilité chimique du sol. Les pertes en éléments nutritifs par érosion et par
exportation des récoltes sont compensées au niveau mondial par l'apport des engrais
azotés. En revanche, l'utilisation des engrais phosphatés est très loin de compenser
les pertes par érosion, particulièrement en Afrique et en Asie du Sud-Est [QUI 10].
De plus, en appauvrissant le sol en matière organique, l'érosion augmente son
instabilité structurale, la formation de croûtes superficielles (voir chapitre 2) et le
ruissellement, induisant ainsi une auto-accélération des processus de détachement.
Une fois l'horizon superficiel décapé par l'érosion, l'horizon B affleure, souvent
plus riche en argile. Se posent alors des problèmes de travail du sol. Un sol riche en
argile n'offre, en effet, qu'une plage optimale d'humidité réduite pour être travaillé:
trop sec, il est trop dur et requiert beaucoup d'énergie; trop humide, il est trop
collant, voire fluide, et se compacte facilement. Si l'érosion atteint les horizons BIC
puis C, alors de grandes quantités d'éléments grossiers rendent le sol difficilement
cultivable. Enfin, lorsque le sol meuble a entièrement disparu, il est bien difficile
d'envisager une culture ou même une plantation d'arbres. En outre, en réduisant
l'épaisseur du sol, l'érosion provoque une diminution du volume d'enracinement et
des réserves en eau du sol. Dès lors, l'érosion entraîne une forte réduction des
principales fonctions des sols et de leur valeur foncière.

Ce rôle de l'érosion sur la qualité et les fonctions des sols est généralement bien
connu des paysans. Ainsi, une enquête auprès de paysans du nord du Laos [LES 12]
(figure 3.2) a révélé que le premier indice de dégradation des sols liée à la mise en
culture était son changement de couleur (qui traduit la réduction des teneurs en C
56 Les Bols au cœur de la zone critique 5

organique), puis l'apparition d'éléments grossiers en surface (et donc celle


d'horizons B/C ou C), de griffes d'érosion et de ravines (qui entaillent les sols en
profondeur), et de glissements de terrain (qui décapent souvent l'ensemble des
horizons meubles jusqu'à la roche mère). Parallèlement, la densité de la végétation
des jachères se réduit, et sa couleur tend à changer en devenant plus jaune (indice
d'une carence en azote). La multiplication des cycles de cultures/jachères et la
réduction de la période de j chère entrainent également l'invasion d'adventices de
plus en plus rebelles qui elles-mêmes entraînent un nombre de plus en plus élevé de
sarclages et donc d'érosion aratoire [DUP 09].

Figure 3.2. Stades définis et perçus de la dégradation des terres par les paysans du
bassin versant de Houay Pana, nord du Laos, depuis l'état initial il y a quarante ans
(Stage 1) jusqu'au stade 5 (Stage 5) prévu selon les parcelles entre 10 et 40 ans.
Les principaux critères utilisès par les paysans sont la couleur du sol, la densité et la
couleur de la végétation, l'abondance et la taille des éléments grossiers en surface,
les espèces de plus en plus rebelles d'adventices et leur densité, la densité des
griffes d'érosion, de ravines et de glissements de terrain (adapté de [LES 12]).

Les effets hors sites concement les impacts en aval des zones de détachement, et
donc celles de transport et de dépôt: envasement et ensablement des retenues et des
cours d'eau, qualité des eaux, pollutions, mais aussi les transferts de fertilité.

Les sédiments en suspension, encore appelés matières en suspension ou MES,


généralement transportés sur de grandes distances, rendent les eaux turbides
(figure 3.3). Lorsque les vitesses de transport ne sont plus suffisantes, notamment
Érosion el pnnclpes de conservation des sols 57

dans les plaines et deltas, les sables et les limons peuvent se déposer et surélever peu
à peu les lits, provoquant des inondations. Le fleuve jaune (Huang He) qui tire son
nom de sa forte turbidité acquise lors de sa traversée du grand plateau lœssique
chinois, ou plateau Huangtu, a ainsi changé de lit de nombreuses fois au cours des
derniers millénaires, son delta se déplaçant de 480 km [XUE 93].

Figura 3.3. Estuaire du fleuve Betsiboka à Mahanjanga, au nord-ouest de


Madagascar, qui draine le plus grand bassin versant de 17/e (49 000 km') et exporte
2
en sédiments l'équivalent de 3 600 t km- an! [CHA 93J (photo.' C. Valentin)

Outre des inondations plus fréquentes, l'envasement et l'ensablement des cours


d'eau induisent des modifications d'habitat pour la faune aquatique et comblent les
frayères. Ils exigent le rehaussement des digues et des ponts et le dragage des cours
d'eau et des chenaux d'irrigation. L'envasement des lacs de barrage en diminue
considérablement la durée de vie. Ce phénomène est particulièrement marqué pour
les retenues collinaires en milieu semi-aride. Par exemple, les 34 380 m3 de la
retenue de Sadine en Tunisie centrale ont été complètement remplis de sédiments en
une seule pluie lN AS 04]. Pour les grands barrages, la réduction de la durée de vie
des réservoirs destinés à l'irrigation ou la production hydro-électrique due à leur
envasement représente un coût considérable, d'où l'importance de limiter l'érosion
en provenance de leurs bassins versants [ANN 16]. La qualité des eaux continentales
se tTouve par ailleurs directement influencée, non seulement par l'érosion chimique
par ruissellement et écoulement des nappes, mais aussi, voire surtout, par le
ruissellement et les particules détachées par ['érosion (sédiments). Comme les sédiments
58 Les sols au cœur de la zone critique 5

transportés par l'érosion en nappe proviennent des horizons superficiels, ils sont
enrichis par rapport aux sols en place, en argile et en limon fin (érosion sélective des
particules fines), en carbone organique [RUM 06] ou en phosphore entraînant des
risques d'eutrophisation en aval [KLE 11]. Il en est de même pour les métaux
lourds, les pesticides [SAB 14] et les bactéries pathogènes comme Escherichia coli
[ROC 16].

Les transports et les dépôts de sédiments n'ont toutefois pas que des aspects
négatifs puisqu'ils permettent un transfert de fertilité depuis les versants jusqu'aux
bas-fonds (figure 3.4) et depuis les montagnes jusqu'aux deltas et aux océans, depuis
des déserts vers des zones tropicales humides (pour les poussières éoliennes - voir
paragraphe 3.4.5).

Figure 3.4. Exemple de transfert de fertilité depuis des collines naguère cultivées et
des montagnes très érodées jusqu'aux fonds de vallées aménagés en terrasses qui
retiennent une partie des sédiments, du carbone organique et des éléments nutritifs.
Province de Jiangxi, Chine (photo: C. Valentin).

Sans l'érosion naturelle des montagnes éthiopiennes et les cmes chargées de


limons du Nil, la civilisation égyptienne aurait-elle vu le jour? La mise en eau du
barrage d'Assouan a entraîné, au cours des 15 premières années, un effondrement
des pêches dans la partie sud-orientale de la Méditerranée du fait du moindre apport
au phytoplancton marin d'éléments nutritifs contenus dans les sédiments. C'est
l'usage intensif des engrais notamment phosphatés sur les cultures qui a permis aux
ressources halieutiques de se reconstituer [NIX 04]. De même, de nombreuses
régions dans le monde (nord de l'Europe, grandes plaines des États-Unis, plateau
Ërosion et principes de conservation des sols 59

lœssique de Chine) tirent encore leur richesse de la fertilité de leurs sols formés sur
des sédiments limoneux provenant de l'érosion éolienne périglaciaire, les lœss.

A contrario, l'érosion est souvent pointée du doigt [DIA 05] comme ayant
contribué, avec d'autres facteurs tels que les changements climatiques, au déclin de
civilisations (empire Maya... ), voire à des effondrements démographiques (île de
Pâques). Le scénario le plus fréquent [MON 07] débute par la saturation
démographique des vallées les plus fertiles qui conduit au défrichement des sols en
pente. Un tel phénomène est encore observable dans plusieurs pays d'Asie du Sud-
Est, où la culture sur des sols en forte pente, notamment de maïs et de manioc,
entraîne des pertes en terre considérables [VAL 08].

3.3. Processus et facteurs

Tout processus d'érosion comprend trois mécanismes: le détachement de


particules de sol, leur transport et leur dépôt. Nous différencions ici les plus grands
processus d'érosion selon les mécanismes de détachement et les facteurs qui les
déterminent.

3.3.1. Le détachement par rejaillissement

Le premier processus de détachement est celui dû à l'impact des gouttes de pluie.


Celles-ci peuvent atteindre, pour les plus grosses (figure 3.5), un diamètre de
5,5 mm et une vitesse terminale légèrement inférieure à 10 m S-I, ce qui représente
une énergie cinétique considérable, de l'ordre de 810-6 J (joules) pour une seule
grosse goutte et de 35 J m- 2 mm- 1 pour les plus fortes intensités de pluie. La
distribution de la taille des gouttes est désormais mesurée automatiquement à l'aide
de disdromètres. Les impacts des gouttes criblent la surface de microcratères qui
témoignent de l'arrachement de particules et de leur tassement. Les particules
détachées par la couronne de rejaillissement sont transportées par les gouttelettes
(figure 3.5) à une hauteur pouvant atteindre 40 cm et des distances décimétriques
voire métriques, les sables fins étant projetés le plus loin. Sur pente, les distances
sont toujours plus fortes vers l'aval que vers l'amont, en sorte que même en
l'absence de ruissellement, le détachement par rejaillissement provoque une perte en
sol à l'amont et un enrichissement en aval. En retombant au sol, les particules se
réorganisent pour former des croûtes structurales soit par micro-illuviation soit par
tassement (voir chapitre précédent). Ces croûtes réduisent la porosité superficielle,
favorisent le ruissellement, et l'exportation des particules détachées par
rejaillissement (voir paragraphe suivant).
60 les sols au cœur de la zone critique 5

Les pertes en terres correspondant à ces processus - détachement et transport par


rejaillissement et par ruissellement - sont le plus souvent mesurées à des échelles
fines, sur des parcelles d' 1 m 2 [POO 08], voire plus petites, d'autres processus
intervenant sur des versants plus longs (voir paragraphes suivants). En vue de
contrôler les conditions d'humidité du sol, d'intensité et de durée des pluies, des
simulateurs de pluie de terrain (figure 3.5) ou de laboratoires sont souvent utilisés.
Un des objectifs-clés de ces simulateurs est de reproduire des conditions les plus
proches possible des pluies naturelles, notamment en termes de taille de goutte, de
vitesse d'impact au sol et d'énergie cinétique.

ST

Figure 3.5. A gauche: impact d'une goutte d'eau sur le sol favorisant le
détachement (DT) et le transport de particules de sol dans des gouttelettes de
rejaillissement, la réorganisation de ces particules et la formation d'une croûte
structurale (ST), sol argilo-limoneux, Agadez, Niger. A droite: simulateur de pluie de
type ORSrOM-IRD arrosant une surface d'environ 8 m 2 dans laquelle se trouve une
parcelle d't m2 (P) où sont effectuées les mesures de ruissellement et de pertes en
sol, l'ensemble est protégé par une bâche (C) pour éviter les fluctuations d'intensité
de pluie liées au vent, bassin versant de Houay Pano, Laos (photos: C. Valentin).

Les principaux facteurs qui influencent l'intensité du rejaillissement sont:

- la texture du sol: les sables fins sont les plus sensibles;


-l'énergie cinétique reçue. Or celle-ci dépend de l'intensité des pluies, de la
protection du sol de l'impact direct des gouttes (couvert végétal proche de la surface,
résidus organiques, litière, mulch, etc.), mais aussi de l'angle de pente. Ainsi, pour
de faibles longueurs de pente, les pertes en terres seront plus faibles pour des pentes
fortes (faible énergie cinétique du fait d'un cosinus d'angle d'impact réduit) que
pour des fentes faibles (voir chapitre précédent).

En d'autres termes, le rejaillissement sera maximal pour des sols nus, riches en
sables fins, sur pentes nulles ou faibles, soumis à des pluies intenses, comme c'est
Erosion et principes de conserva lion des sols 61

typiquement le cas dans de nombreuses zones semi-arides et notamment au Sahel.


Le sol protégé du choc des gouttes de pluie n'est pas affecté par cette érosion par
rejaillissement. Il en résulte des figures en piédestal (figure 3.6).

Figure 3.6. Effet de l'érosion par rejaillissement sur la surface du sol avec
formation de figures en piédestal (P) ; les racines et éléments grossiers protègent
le sol de l'impact des gouttes, plantation de teck où la litière est consommée par
les termites, et le sous-bois, considéré comme concurrentiel de la croissance
des arbres, est détruit par les paysans, bassin versant de Houay Pano, nord
du Laos (photo: C. Valentin).

3.3.2. L'érosion en nappe

omme indiqué au chapitre précédent, le ruissellement apparaît le plus souvent


lorsque l'intensit de pluie excède l'infiltrabilité du sol (écoulement hortonien),
celle-ci étant d'autant plus réduite que des croûtes superficielles se sont formées à la
surface du sol, sous l'impact des gouttes (voir paragraphe précédent). Cette
différence d'intensité de pluie et d'infiltration se traduit par la fonnation de
microflaques dans les petites dépressions superficielles. Si la pluie dure
62 Les sols au cœur de la zone critique 5

suffisamment longtemps, ces microflaques débordent et alimentent un ruissellement


relativement uniforme, d'où le terme de ruissellement «en nappe », même sur
faibles pentes (figure 3.7). Ce type de ruissellement se manifeste souvent par la
formation de micromarches, particulièrement sur fortes pentes (figure 3.7,
[RIB 11]).

Figure 3.7. À gauche: sédiments (S) déposés lors d'un ruissellement en nappe
sur sol sableux encroûté à faible pente, entre deux microdunes (0), bassin versant
de Banizoumbou, Niger. À droite: ruissellement et érosion en nappe, sur forte pente,
avec formation de micromarches (M), bassin versant de Houay Pano, Laos (photos:
C. Valentin, O. Ribolzi).

Contrairement à ce qu'estimaient les chercheurs avant les années 1950, le


détachement des particules reste faible lors du ruissellement en nappe. fi transporte
et dépose des particules le plus souvent préalablement détachées par le
rejaillissement. En revanche, dès que la vitesse de ruissellement atteint un seuil (voir
paragraphe suivant), il incise le sol et devient concentré. Les premières marques de
cette concentration apparaissent sous la forme de microgriffes, souvent inférieures à
1 cm de profondeur.

L'ensemble des pertes en sols dues au rejaillissement, au ruissellement en nappe


et au tout début du ruissellement concentré est mesuré sur des parcelles dont la
longueur est généralement comprise entre 10 et 20 m, le plus souvent sous pluies
naturelles, mais aussi sous pluie simulée sur le terrain (figure 3.8) ou au laboratoire.
Ë-rosion el principes de conservation des sols 63

Figure 3.8. Simulateur de pluie rotatif de type Swanson, arrosant 200 m 2 dans
lesquels sont implantées deux parcelles de mesure du ruissellement et de l'érosion
de 10 m de long et 5 m de large permettant de comparer deux traitements, ici:
un sol nu travaillé dans le sens de la pente (traitement standard, S) et un champ
destiné au riz pluvial après abattis-brûlis (G). Deux pluviomètres linéaires (R), jaunes
sur la photo, permettent de s'assurer de l'homogénéité de la pluie sur les parcelles
[GOL 84J, forêt de Tai; Gôte d'Ivoire (photo: G. Valentin).

Les nombreu es donnée: récoltées sur les parcelles de ce type mises en place à
partir des années 1930 aux États-Unis pour mesurer l'érosion hydrique dans des
conditions très variées a permis un traitement statistique des principaux facteurs
(voir paragraphe sur les modèles). L'analyse de cette base de données (plus de
10000 parcelle -années) [WI 78] a pennis de comparer l'importance relative de
facteurs indépendants [es uns des autres et de prévoir statistiquement l'érosion
hydrique à cette échelle et dans la gamme de variation des facteurs ayant servi à
cette analyse. Ainsi l'érosion hydrique annuelle (A : érodabilité exprimée en tonnes
ha-! an- I ) peut être prévue comme le produit de cinq facteurs indépendants (ou la
somme si cette équation est sous forme logarithmique) dans « l'équation universelle
des pertes en terre» (USLE) [WIS 78] :

A = R x K x SL x exp

R, l'indice d'érosivité, (M] mm ha- I h- I an- I) est égal à EI 30 cumulé sur un an


avec E : énergie cinétique des pluies pendant les 30 minutes les plus intenses et 130'
l'intensité des pluies au cours de la même période. Dès lors que cet indice peut être
acquis pendant de longues périodes sur de nombreuses stations météorologiq ues, il
64 Les sols au cœur de la zone critique 5

est possible de dresser des cartes d'érosivité, encore appelée agressivité climatique.
Ainsi pour l'Europe, cette carte [PAN l5]! montre que l'érosivité annuelle est
maximale (R> 1 300 MI mm ha'i h- I an") dans la façade occidentale de l'Italie
(fortes intensités), la Slovénie et de l'Écosse (hauteurs des précipitations), minimale
dans la façade orientale de l'Écosse, de l'Angleterre, de la Suède et en Finlande
(faibles intensités).

K, l'érodibilité du sol (Mg ha h ha- I Mr 1 mm-!) se calcule à partir des pertes en


terres (A) mesurées sur des parcelles nues (C = 1, figure 3.8), travaillées dans le sens
de la pente (P = 1) dont on peut calculer la valeur de SL (voir paragraphe suivant).
Comme pour l'érosivité, de nombreuses cartes d'érodibilité ont été dressées. Les sols
les plus sensibles à l'érosion hydrique mesurée à l'échelle de la parcelle sont riches en
limons, pauvres en carbone organique, sujets à l'encroûtement superficiel et peu
perméables [WAN 13]. Ainsi, en Europe [PAN 14] K varie entre 0,004-0,076 Mg ha h
ha- 1 Mr l mm-l, avec une moyenne de 0,032 avec les valeurs les plus fortes pour les
sols limoneux développés sur les lœss dont les teneurs en carbone organique ont
fortement décru depuis le déclin des associations agriculture-élevage. (esdac.
jrc.ec.europa.eu/content/soil-erodibility-k-factor-high-resolution-dataset-europe).

SL, le facteur topographique, est le produit d'un facteur d'inclinaison de la pente


(S) et d'un facteur de longueur de la parcelle. Par convention, il est égal à 1 lorsque
S = 9 % et L = 22,1 m, avec :

S = 65,4 sin 2 e + 4,56 sin e + 0,0654

L = (Â. / 22,12)ffi

e, l'inclinaison de pente est exprimée en % et non en degré. Â. (en m) est la


projection horizontale de la longueur de pente; m un coefficient qui varie de 0,2
pour les pentes < 1 % à 0,5 pour les pentes> 5 %.

C, le facteur correspondant à la gestion du couvert, est égal à 1 (sans unité)


°
lorsque le sol est nu et tend vers lorsque le sol est totalement couvert près de la
surface. 11 exprime ainsi le rapport de réduction de l'érosion assurée par le couvert
sur celui mesuré sur le même sol nu. 11 dépend donc du pourcentage de couvert qui
intercepte les gouttes de pluie et dissipe une partie de son énergie cinétique, mais
aussi du pourcentage de couvert directement à la surface du sol (végétation
rampante, litière, résidus de récolte, éléments grossiers). D'une certaine manière, en

1. Disponible à l'adresse: esdac.jrc.ec.europa.eu/public---'path/presentations_attachmentslR-


factor-developments_Final.pdf.
Ërosion el principes de conservation des sols 65

prenant en compte la réduction de l'énergie cinétique des pluies, le facteur C est


antagoniste du facteur R. La valeur de C, et donc la gestion du couvert, détermine
pour une bonne part les pertes en terres. Par exemple en Europe, les systèmes de
culture fondés sur des rotations à maïs grain (C = 0,47) favorisent deux fois plus
l'érosion hydrique que le blé et l'orge d'hiver, (C = 0,24 et 0,27 [GAB 03]). Parmi
les plantes pérennes, les forêts de Finlande et de Suède offrent une protection quasi
totale du sol ( = 9 10-4 ). Les prairies (C = 0,09) limitent bien davantage l'érosion
que les vergers (C = 0,22), et les oliveraies (C = 0,23), et que la vigne (C = 0,35)
[PANA 15]. Ce facteur C permet de bien souligner l'importance des résidus de
culture sur la réduction de 1 érosion. Comme le montre l'exemple pour la canne à
sucre [PAU 16J (figure 3.9), il suffit d'environ 40-50 % de couverture au niveau du
sol (47 % dans cet exemple) pour diviser par dix l'érosion mesurée sur sol nu .

••
Il.
U 1

j15 •u" Y. y,,·u.:,.. R J o:"O.90


'-' v-t
'J'
u.
U1
U
II, 10 111 ~,n c,a 10 \1 "0 ~O(l

Snlll.'t 1 hy alfU.. Cl III 1"'.Illdu..... ( )

Figure 3.9. À gauche: résidus d'ananas couvrant l'interrang pour protéger le sol de
l'érosion, Adiopodoumé, Côte d'Ivoire. À droite: coefficient de réduction des pertes
en terres par rapport au sol nu (facteur C) en fonction du pourcentage de couvert par
des résidus de canne à sucre au Brésil (adapté de (PAU 16J, photo: C. Valentin).

P, un facteur qui exprime la réduction de l'érosion hydrique liée à des pratiques


de conservation des sols qui limitent la vitesse de ruissellement et tend dès lors à
s'opposer au facteur SL. Il est égal à 1 (sans unité) en absence de pratique anti-
érosive. À l'échelle de la parcelle, les cultures en couloir avec des haies (P = 0,025-
0,05 [PAN 95]) et les terrasses (P = 0,05-0,18) s'avèrent plus efficaces que les
bandes enherbées (P = 0,25-0,65), les cultures en bandes alternées (P = 0,30-0,68),
ou les cultures en courbes de niveau (P = 0,60-0,90) [ARA 08, GUM Il].

3.3.3. L'érosion concentree (= érosion Iineaire)

3.3.3.1 En surface . érosion en rigoles et ravines


Alors que la plupart des études se sont focalisées sur la parcelle, il est rare qu'au-
delà le ruissellement reste uniforme. Il a tendance en effet à se concentrer dans les
66 Les sols au cœur de la zone critique 5

dépressions du versant. Si la vitesse du ruissellement atteint un certain seuil, il


détache des particules en incisant le sol. Cette vitesse est fréquemment évaluée en
hydrologie selon la formule empirique de Manning, utilisée pour les écoulements à
surface libre (par exemple [CHA OSa]) :

v = (lin) S 1/2 R2/3


où V est la vitesse de ruissellement (m çl), n est le coefficient de rugosité de
Manning (par exemple 0,075 pour un chenal très enherbé, par opposition à 0,010
pour du ciment lissé), S le gradient de pente (m m,l) et R le rayon hydraulique, c'est-
2
à-dire la surface de la section transversale de l'écoulement (m ) divisée par le
périmètre mouillé (m).

Comme cette vitesse dépend du volume de ruissellement, l'apparition de ces


incisions est directement liée à la superficie et aux états de surface plus ou moins
perméables du bassin versant et donc en grande partie de l'usage des sols
([CHA OSb, GRE 12, POE 03, VAL 05]). Dès lors, elles ne se forment pas que sur
de fortes pentes (figure 3.10), mais aussi sur tous les sols qui tendent à s'encroûter:
sols limoneux (figure 2.2), sols sableux pauvres en C organique (figures 2.4, 2.7).

Ces incisions correspondent à des rigoles, appelées également griffes d'érosion,


et à des ravines. Il n'existe pas de différence de processus entre rigoles et ravines, la
distinction entre les deux étant d'ordre agronomique: une rigole peut être effacée
par le travail du sol, or la profondeur et l'efficacité de celui-ci dépend bien sûr des
moyens utilisés, et donc des conditions économiques.

Figure 3.10. A gauche: érosion en rigole (R) dans un champ de riz pluvial en début
de saison des pluies après la formation des croûtes superficielles (C), bassin versant
de Houay Pana, nord du Laos. A droite: rigoles (R) et ravines (G) sur un versant long à
forte pente, cultivé en monoculture de maïs en début de saison des pluies, bassin
versant de Huay Ma Nai, nord de la Thailande (photos: O. Ribolzi, C. Valentin).
Érosion el pnnclpes de conservallon des sols 67

Pour les agriculteurs, le développement des ravines entraîne une perte de


rendement des cultures et des terres disponibles. De plus, les ravines peuvent aussi
amener à changer la distribution des champs: d'un damier permettant une alternance
de couverts favorisant le piégeage des sédiments, à des champs plus longs dans le
sens de la pente, ce qui ne fait qu'accélérer l'érosion linéaire [VAL 05]. Par ailleurs,
les ravines favorisent la connectivité des versants avec les cours d'eau, ce qui
entraîne:
- des pics de crues plus hauts atteints plus rapidement puisque le ruissellement
en nappe des versants est rapidement concentré et évacué vers l'exutoire ;
- des pertes en terres plus élevées du fait de l'entraînement rapide par les ravines
des particules détachées par le rejaillissement et par l'incision, sans possibilité de
piégeage des sédiments par la mosaïque de couverts sur les versants et la végétation
rivulaire. En termes de quantité, c'est l'érosion linéaire qui est souvent la principale
source de sédiments mesurés à l'exutoire des bassins versants, ou dans les lacs ou
retenues à l'aval [POE 03].

3 3 3 2 Dans le sol: suffUSIOn (ou suffoslOn, ou érosion en tunnel)


Les mouvements d'eau dans le sol favorisent des tris entre particules fines et
grossières. Les particules fines peuvent ainsi migrer verticalement (lessivage) ou/et
latéralement (appauvrissement). À la faveur d'hétérogénéités du sol, les flux
latéraux peuvent se concentrer sous forme de drains naturels qui, comme en surface,
en fonction de la vitesse des flux, tendent à arracher des particules et les exporter. Il
s'agit du processus de suffusion (ou suffosion, ou érosion en tunnel). Dans les
digues et barrages en terre, ces renards hydrauliques peuvent provoquer la rupture
des ouvrages [FRY 12]. Dans les sols, ces tunnels favorisent souvent l'affaissement
de la surface, la concentration du ruissellement de surface et sa concentration en
rigoles. Le toit de ces tunnels peut aussi s'écrouler, provoquant des effondrements
alignés (figure 3.11). Dès lors, les sols sujets à la suffusion sont souvent le siège de
ravines (figure 3.11, [GRE 12, VAL 05]).

3.3.4. Mouvements de masse

Le sol peut s'éroder par la surface (érosion en nappe) ou par incision (érosion
linéaire), mais aussi en tout ou partie de l'ensemble de la masse, surtout lorsqu'il est
humide ou saturé. Les géomorphologues distinguent de nombreux types de
mouvements de masse, selon notamment leur vitesse [BLA 00]. Nous ne
mentionnons ici que deux processus qui peuvent considérablement augmenter les
pertes en terres à l'exutoire d'un bassin versant: les glissements de terrain et les
effondrements de berge.
68 Les sols au cœur de la zone critique 5

Figure 3.11 A gauche: érosion par suffosion (= érosion en tunnel) qui se manifeste
ici par des effondrements discontinus (C) au-dessus d'un drain nature (P). A droite:
ces tunnels (P) favorisent la formation de mégaravines (G), liées aussi à une forte
hétérogénéité des roches mères sédimentaires [GRE 12]. Bassin versant de
Potshini, Kwazulu Natal, Afrique du Sud (photos: C. Valentin).

Lors d'un glissement de terrain, tout ou partie du sol et de ce qui le recouvre, et


donc une bonne part de la zone critique, s'effondrent subitement le long du versant
(figure 3.12). Les conséquences peuvent être catastrophiques, particulièrement
lorsque les villes se sont construites sur de fortes pentes et que ces glissements de
terrain donnent lieu à l'aval à des coulées de débris (qui contiennent un tiers de
liquide, deux tiers de solide) très destructrices. Le déclenchement du glissement
correspond à un seuil combinant plusieurs facteurs: une augmentation de la masse
(du fait de fortes pluies, par exemple), sur une forte pente où existe une surface de
glissement saturée d'eau, souvent entre deux horizons (BIC ou C/R), voire entre
deux roches. Ils peuvent ainsi survenir sur fortes pentes tout aussi bien que sous
forêt ou plantation d'arbres [IUM 17] - si la fixation par les racines est insuffisante
pour ancrer solidement la végétation au sein de la roche mère. Ils peuvent être aussi
favorisés par des séismes plus ou moins marqués [COX 10] et canaliser les
écoulements superficiels, donnant ainsi lieu à des ravines, voire des mégaravines,
comme le lavakas de Madagascar. Comme pour les séismes, les lieux et dates des
prochains glissements ne sont guère prévisibles. En revanche, de nombreuses
approches géophysiques, géodésiques, de télédétection spatiale et de modélisation
permettent de dresser des cartes de risques [ALT 12] qui devraient être davantage
prises en compte, notamment pour les permis de construire.
Ërosion et principes de conservation des sols 69

Figure 3.12. Glissements de terrain, surface de rupture (F) entre le sol et la roche
mère, escarpement principal (S), escarpements secondaires (0), langue de
glissement (T). À gauche: maïs, bassin versant de Huay Ma Nai, nord de la
Thailande. À droite: jeunes tecks, bassin versant de Houay Pano, nord du Laos
(photos: J.-L. Janeau, H. Robain).

Les effondrements de berge constituent également une source importante de


sédiments. Ils résultent de l'érosion du pied des berges par les flux turbulents du
COI'S d'eau, ou d'une saturation locale des berges qui s'écroulent après une
inoncation, ou du fait d'une zone de suintement liée à une exfiltration d'eau du sol
(nappe perchée ou suffusion) [FOX 07]. Le piétinement du bétail qui vient
s'abreuver au cours d'eau contribue également à cette forme d'érosion (et au risque
de pollution fécale des eaux [ROC 16]), d'où la nécessité de protéger les berges, et
de les consolid r cn évitant de défricher la végétation rivuJaire. Dans les cas les plus
problématiques, notamment en ville, il est souvent nécessaire d'avoir recours à une
stabilisation des berges (enrochement. gabions, béton, géotextile mais aussi
végétation), tout en laissant les sources s'écouler.

3.3.5. L'érosion aratoire

Sur pente, le travail du sol et, dans une moindre mesure, le piétinement par le
bétail détachent et mobilisent des mottes et des agrégats qui, sous l'effet de la
pesanteur, tendent à se déplacer vers l'aval plutôt que vers l'amont. Ces agrégats
sont stoppés par des obstacles: plantes et bordures d'aval du champ. Il s'agit donc
bien d'un processus d'érosion puisque les trois mécanismes sont présents:
détachement, transport et dépôt. Pour la distinguer de l'érosion hydrique, cette forme
d'érosion est parfois appelée érosion sèche, mais le plus souvent érosion aratoire (du
latin arGl"e, cultiver). Cette érosion qui augmente exponentiellement avec
l'inclinaison de la pente peut atteindre, pour une pente de 60 %, 7 Mg ha- I an-l,
même en travail manuel (figure 3.13) [DUP 09], ce qui dans les mêmes conditions
70 Les sols llU cœur de la zone critique 5

est du même ordre que les pertes en terre par érosion hydrique. En plus de la pente,
cette forme d'érosion dépend aussi de la fréquence et de la profondeur de travail du
sol [LOG 13]. À long terme, ses effets réduisent les reliefs, en arasant les zones
convexes et en comblant les creux, ce qui est l'inverse de l'érosion hydrique qui les
accentue du fait des incisions.

Figure 3.13. À gauche: érosion aratoire lors d'un sarclage manuel sur fortes pentes,
bassin versant de Houay Pano, nord du Laos {OUP 09]. A droite: surface du sol plus
claire dans les zones convexes - d'érosion (E) qu'à l'aval - zone de dépôt (0),
reflétant l'effet de l'érosion aratoire (E) sur un sol travaillé depuis plus de deux
millénaires, Mateur, nord de la Tunisie (photos: B. Dupin, C. Valentin).

3.3.6. L'érosion éolienne

L'érosion éolienne affecte aussi bien le climat (via l'extinction des rayonnements
solaires et telluriques et la modification des propriétés des nuages par les
poussières), les cycles géochimiques, que la qualité de l'air et la santé humaine (via
l'irritation des voies respiratoires ... ). Comme l'érosion hydrique, elle assure des
transferts de fertilité, souvent sur de très grandes distances depuis des zones sources
généralement désertiques vers les océans et les sols.

Les processus d'érosion éolienne [MAR 14, SHA 08] impliquent des vents
suffisamment érosifs pour mettre en mouvement les particules à la surface du sol et
un sol érodible. Ce terme recouvre deux notions différentes:

- l'énergie du vent peut se transmettre à la surface du sol, donc que cette énergie
ne soit pas totalement absorbée par des obstacles non érodibles, tels que des cai lloux
ou de la végétation;

- il existe des particules libres, disponibles à la surface du sol pour être érodées.

Cette érodibilité du sol conduit à définir une vitesse-seuil d'érosion qui est la
vitesse minimale du vent permettant de déplacer les particules de sol les plus mobiles.
Érosion et pnnclpes de conservation des sols 71

Paradoxalement, ce ne sont pas les particules les plus petites qui sont les premières
mises en mouvement. En effet, elles sont maintenues au sol par des forces de cohésion
électrostatiques d'autant plus fortes que ces particules sont petites. De même, les plus
grosses particules sont difficiles à déplacer en raison de leur poids. Schématiquement,
seuls les grains de la taille intermédiaire des sables fins, entre environ 50 et 200 /lm de
diamètre, sont directement mis en mouvement à la surface des sols par le vent
[SHA 08]. L'émission des particules fines comme le déplacement des plus gros grains
nécessitent une énergie supérieure à celle directement transmise à la surface par le vent
(figure 3.14). Celle-ci est fournie par l'énergie cinétique des grains de sable fins
lorsqu'ils retombent à la surface du sol. Ces grains trop lourds pour être mis en
suspension dans l'atmosphère se déplacent en effet à la surface du sol par bonds
successifs selon des trajectoires balistiques. C'est ce qu'on appelle la saltation (du latin
saltare, sauter). L'énergie cinétique fournie par la saltation contribue d'abord à auto-
entretenir la saltation. Mais elle provoque aussi, comme l'énergie cinétique des gouttes
de pluie, l'éclatement des agrégats et libère ainsi les plus fines particules du sol qui
sont alors disponibles pour être transportées en suspension dans l'atmosphère. Ces
poussières ainsi arrachées constituent ce que l'on appelle les aérosols terrigènes
(diamètre < 20/lm). Ce processus de libération des plus fines particules est appelé
sandblasting [OIL 77], terme qui n'a pas vraiment d'équivalent en français. Enfin,
l'énergie fournie par les grains en saltation peut aussi entraîner le déplacement au sol
par roulement ou reptation des particules les plus grossières (sable grossier et éléments
grossiers). C'est ainsi que des graviers peuvent recouvrir des minidunes par simple
translation à la surface du sol.

À ces processus correspondent différents dispositifs de mesure [ZOB 03]. La


reptation est difficile à estimer car elle implique d'enterrer une partie des dispositifs,
et surtout de maintenir la captation des particules exactement à la surface du sol
alors que celle-ci est très souvent instable. Par ailleurs, il existe toujours un risque de
confusion avec des particules apportées par ruissellement. Les sables en saltation
peuvent être piégés et pesés par des dispositifs passifs simples dont les plus utilisés
sont les BSNE [FRY 86] et les MWAC [WIL 80]. Les flux verticaux de dépôts
d'aérosols peuvent aussi être mesurés avec des capteurs très simples consistant
essentiellement en des récipients dont l'ouverture est dirigée vers le haut et dont la
surface de collecte est connue. Cependant, il n'existe pas encore de capteurs
standards normalisés. De fait, l'efficacité de ces capteurs semble varier
considérablement selon leur design et les vitesses de vent [GOS 08], si bien que
l'estimation absolue des dépôts secs de poussières reste une question non
entièrement résolue. Les mesures des flux verticaux d'émission de poussières
exigent en revanche des dispositifs sophistiqués que seuls maîtrisent quelques
laboratoires au monde. Ces dispositifs sont fondés sur la méthode des gradients
[OIL 72] et font appel à des mâts permettant la mesure des paramètres dynamiques à
72 les sols au cœur de la zone cribque 5

l'aide de profils de vitesse de vent et de température associés à la collecte des


poussières et/ou à la mesure de leur concentration à au moins deux niveaux
(figure 3.15).

• Tr nsporT

Threstlold w nd hy

Wi~d


......, S \1 Tlon

Figure 3,14, Processus d'érosion éolienne: la saltation des sables fins n'est
déclenchée qu'au-delà d'une certaine vitesse-seuil de vent. En retombant au sol,
ces sables provoquent: (i) l'émission des particules plus fines (sandblasting)
qui sont ensuite transportées par suspension sur de grandes distances avant
de retomber dans les océans ou sur d'autres continents.. (ii) la reptation ou le
roulement de particules plus grossiéres à la surface du sol.

Une grande djversité de capteurs indirects placés au sol ou embarqués (avions,


satellites) permettent de localiser les aérosols terrigènes. En fonction de leur fréquence
d'acquisition et/ou de la swface que ces capteurs docwnentent, ils donnent de précieuses
indications sur les sow'ces et les trajets des poussières [MUH 14]. Les lidars aérosols
[MON 12] ont l'avantage de fournir également la localisation des poussières en altitude
dans la couche atmosphérique, ce qui constitue une contrainte extrêmement forte pour
les modèles de transport. Si la plupart de ces instruments donnent des informations
spectaculaires sur la répartition spatiale des aérosols, ils restent pour l'instant peu fiables
d'un point de vue quantitatif. Il est donc particulièrement important de disposer de
mesures directes et quantitatives, si possible sur le long terme, des concentrations et des
flux de poussières dans les régions concernées par l'érosion éolienne. À ce titre, le
système d'observation INDAAF (International Network to study Deposition and
Atmospheric composition in AFrica) est exceptionnel: initialement composé de trois
stations (Niger, Mali, Sénégal) mises en place depuis 2006 en zone sahélienne associées
Ërosion el principes de conservation des sais 73

2
au réseau de photomètres AERüNET qui fournit, entre autres, le contenu intégré en
aérosols de la colonne atmosphérique, il permet de mesurer, en plus des paramètres
météorologiques, la concentration massique en aérosols terrigènes au pas de temps de
5 min et le flux de dépôt total au pas de temps de la semaine 3 [MAR 10].

Figure 3.15. Dispositif de mesure des flux verticaux d'aérosols terrigènes par la méthode
des gradients au cours d'une campagne de terrain au sud de la Tunisie en mars-avril
2017 (projet ANR WIND-O-II). Noter le mât èquipé de profils d'anémomètres à
coupelles, d'anémomètres soniques 30 et de thermocouples pour mesurer les
paramètres dynamiques et les échafaudages permettant de collecter les aérosols en
fonction de leur taille à deux niveaux (photo de gauche) et permettant de mesurer en
continu leur concentration par classe de taille et leur concentration massique, également
à deux niveaux (photo de droite) (photos: IRD, J.L. Rajot).

Pour étudier finement les processus de l'érosion éolienne, il faut enfin citer les
sOllffleries qui constituent pour l'érosion éolienne l'équivalent des simulateurs de
pluie. Elles permettent de quantifier l'effet de certains facteurs en conditions
contrôlées (en laboratoire) ou semi-contrôlées (sur le terrain).

3.4. L'érosion: une questIon d'échelle

3.4.1. Échelles d'espace

Une des plus grandes difficultés d'étude de l'érosion hydrique et éolienne réside
dans la diversité des processus mis en jeu, chacun d'entre eux dépendant de l'échelle
considérée. Pour cette raison, il est impératif de mentionner l'échelle à laquelle les
mesures sont effectuées:

2 Disponible à "adresse: https://aeroneLgsfc.nasa.gov/.


3 Di~ponible à l'adresse: www.li.a.u-pec.fr/SDT/.
4. Disponible à l'adresse: www6.inra.fr/anr-windovl.
74 Les sols au cœur de la zone cntique 5

- microparcelles (surface inférieure ou égale à 1 m2 ) ;

- parcelles « classiques» d'érosion (de longueur généralement supérieure à


10 m), microbassins versants (de l'ordre de l'hectare) ;
- petits (de l'ordre du km2 ) et grands bassins (plusieurs dizaines de milliers de
km2 ).

Comme l'a montré une méta-analyse de 3236 données [GAR 15], les deux
échelles de mesure les plus fréquentes sont celles de 60 m2 , représentant les parcelles
d'érosion (de 10 à 20 m de long) où l'ensemble des sédiments sont collectés, et celles
des bassins d'environ 1 000 km2 (où ne sont généralement prises en compte que les
matières en suspension). Les différences de processus (voir paragraphes suivants) et de
matériaux détachés (charriage de fond, matières en suspension (souvent désignées
« MES ») font que si l'on exprimait les pertes en terres en une seule unité (Mg km,2,
soit 10 kg ha- l ), elles augmenteraient légèrement en moyenne depuis la parcelle d'l m2
(500 Mg km- 2) jusqu'à la parcelle d'érosion (600 Mg km'2) pour diminuer ensuite
régulièrement à 300 Mg km'2 à l'échelle de l'hectare, 200 Mg km'2 pour 1 km2 ,
110 Mg km'2 pour 1000 km2 , 55 Mg km'2 pour 10 000 km2 , 20 Mg km'2 pour
100000 km2 [GAR 15]. Ces données ne constituent bien entendu que des moyennes
qui ne reflètent pas la très grande dispersion des données. Il reste qu'elles illustrent
bien qu'il n'est pas correct d'extrapoler les données acquises à une échelle à une autre,
comme ont tendance encore à le faire trop d'études. Celles-ci se fondent sur :
- des modèles d'érosion hydrique qui ne prennent pas en compte l'érosion
linéaire et les mouvements de masse;
- des paramètres issus de l'imagerie satellitaire qui tendent à confondre couvert
du sol et usage des sols.

Or, selon les pratiques culturales ou forestières, une même classe de couvert peut
correspondre à des productions de sédiments très différentes. À cet égard, les
plantations monospécifiques d'arbres qui peuvent générer une érosion importante
[RIB 17] ne doivent pas être confondues avec des forêts multispécifiques et
multistrates dans les cartes dressées à partir de télédétection spatiale.

3.4.2. Échelles de temps

3.4.2 1 Durée de mesures


Les processus d'érosion hydrique et éolienne obéissent à des effets de seuils, et ne
sont donc pas linéaires, en grande partie du fait de l'importance des événements
climatiques extrêmes (par exemple [BER 17]). Ainsi, la probabilité de mesurer les
Ëroslon et pnnclpes de conservation des sols 75

effets de ces événements augmente avec le temps. La même méta-analyse [GAR 15],
portant cette fois sur 3 053 données, illustre bien cette importance de la durée des
mesures: les pertes par érosion hydrique augmentent en moyenne assez régulièrement
de 120 Mg km- 2 après une année de mesures, à 600 Mg km- 2 pour une moyenne
annuelle mesurée sur 25 ans, soit cinq fois plus. L'erreur standard de cette moyenne
diminue régulièrement jusqu'à 20 ans. En d'autres termes, les moyennes de pertes en
terre calculées pour des périodes plus courtes présentent de fortes incertitudes. Or, les
travaux qui ont une durée supérieure à 20 ans restent exceptionnels.

3.4.2.2. Éros/on cumulée - les marqueurs isotopiques


Les mesures de l'érosion nécessitent un équipement permanent et du personnel sur
le terrain, ce qui est fort coûteux. Dès lors, à ces mesures directes se substituent de plus
en plus souvent des méthodes indirectes qui ne demandent que prélèvements
d'échantillons de sol et de sédiments. Il s'agit alors d'évaluer l'érosion et la
sédimentation cumulées sur plusieurs années en différents points des bassins versants.
Ces méthodes reposent sur la quantification de radio-éléments dans les sols et les
sédiments. Les deux marqueurs les plus fréquemment utilisés sont le césium 137 et le
plomb 210 en excès. Le 137 Cs résulte des essais thermonucléaires, démarrés en 1952 et
arrêtés en 1964, et plus récemment des accidents des centrales nucléaires de
Tchernobyl (1986) et de Fukushima (2011). Émis dans la stratosphère, le l37 Cs se
dépose au sol avec les précipitations et se fixe fermement aux argiles. La principale
difficulté est alors de trouver dans la zone d'étude un profil de sol de référence n'ayant
subi ni érosion ni apport de sédiments pour quantifier les teneurs locales en l37 Cs.
Avec une demi-vie de 30,17 ans, ce radio-isotope reste largement utilisé dans la
mesure où ses teneurs demeurent détectables. Son utilisation reste toutefois sujette à
caution pour les sols sableux qui, comme au Sahel, sont affectés à la fois par les
soulèvements et par les dépôts de poussières. Il est toutefois de plus en plus couplé à
des mesures de 2lO p b, isotope naturel (demi-vie 22,2 ans) [HUa 13]. Le béryllium 7
CBe) est utilisé pour des études à plus court terme puisque sa demi-vie n'est que de
53,22 jours [EVR 16]. Pour l'évaluation des taux d'érosion sur les temps longs
(> 10000 ans), les nucléides de la chaîne de l'uranium 238U_234U_230Th-226Ra, souvent
associés au l~e [ACK 16], sont utilisés, plus rarement les isotopes du lithium
[DEL 15]. Si ces mesures ne demandent que des travaux de terrain ponctuels, elles
exigent en revanche des équipements de laboratoire coûteux et une grande expertise.

3.4.3. Échelles d'espace

34 3 1. Ongine des sédiments - les signatures de natures diverses


Du fait notamment de l'importance croissante de la pollution des eaux de surface
par les sédiments, de nombreuses études portent sur leur origine. Il s'agit de
76 Les sols au cœur de la zone cntlque 5

détenniner les zones d'érosion pour mieux la combattre. Les sédiments proviennent-
ils surtout de l'érosion en nappe, de l'érosion linéaire, des mouvements de masse, de
leur remobilisation dans les cours d'eau, des zones rurales, industriel1es, urbaines ?
À cet effet, de très nombreuses approches ont été employées pour détenniner les
« signatures» (les Anglo-Saxons parlent plutôt d'empreintes) de ces sédiments de
différentes natures. L'accent est généralement mis davantage sur les matières en
suspension que sur les sédiments de fond (appelés aussi de charriage) : couleur,
minéralogie des argiles, éléments majeurs et traces, terres rares, propriétés
magnétiques, géochimiques, isotopiques ( l37 Cs, 210 pb , 7 Be, 8 l3 C, 81~), enzymat-
iques, biologiques (pol1ens), spectroscopiques infrarouges à transfonnées de
Fourier. .. Un certain nombre de règles doivent être respectées [HAD 13]. Ces
traceurs doivent être conservatifs, ne doivent pas se modifier au cours du temps, ou
de manière prévisible, et doivent pouvoir être utilisés dans des équations de mélange
[WAL 13]. Pour améliorer la discrimination entre un nombre élevé de sources,
plusieurs traceurs doivent être utilisés simultanément.

3.4.3.2. Les distances de transfert et les temps de résidence


Une fois détachés par l'eau ou par le vent, les sédiments peuvent être transportés plus
ou moins loin selon leur taille: les particules les plus grossières se déposent rapidement,
souvent dans la parcelle même, alors que les particules les plus fines (argiles) et/ou les
plus légères (fragments de litière, charbons de bois, etc.) peuvent être transportées en
suspension et par flottaison sur de très longues distances [RUM 16]. Il reste toutefois
difficile de prévoir le temps de résidence des sédiments au sein des bassins versants. Ici
encore, les marqueurs isotopiques (I37 Cs, 21Opb, 7Be) constituent un outil important; ils
pennettent de distinguer les sédiments qui résultent d'une remobilisation de ceux qui
sont liés à une érosion récente [HUO 17]. Ainsi, l'utilisation de modèles fondés sur des
mesures isotopiques pennet d'évaluer les temps de résidence qui peuvent varier selon la
taille des sédiments, et bien sÛT la taille du bassin considéré, de quelques dizaines de
jours à quelques dizaines de mil1iers d'années [VOE 13].

3.4.4. Transports particulaires et dissous

Par ail1eurs, une grande partie des travaux sur l'érosion accélérée porte sur les
transports particulaires et non dissous. Or, ceux-ci peuvent représenter une part non
négligeable des transferts. Par exemple, la phase réactive dissoute du phosphore
représente 38 % des exportations de phosphore total (19,4 kg km-2) mesurées à
l'exutoire d'un petit bassin versant agricole en Bretagne, le Kervidy-Naizin (5 km2 )
[DUP 15].

Inversement, de nombreux travaux sur l'érosion géologique à partir des grands


fleuves se concentrent sur les flux dissous, plus faciles à mesurer, négligeant les flux
Érosion et principes de conservation des sols 77

particulaires. Une méta-analyse portant sur 175 fleuves tropicaux, dont 95 en Asie et
Asie du Sud-Est [TIN 12], a évalué les exportations aux estuaires sous forme de carbone
particulaire organique et inorganique à 34 % du carbone total exporté. Cette évaluation
est cohérente avec la gamme de C organique dissous (<< DOC - Dissolved Organic
Carbon» : 73 ± 21 % du C organique total exporté (<< TOC - Total Organic Carbon »),
obtenue à partir des données de 550 bassins répartis sur l'ensemble du globe [ALV 12].

3.4.5. Les poussières éoliennes

Selon les modèles globaux, les quantités de poussières émises par érosion
éolienne des sols dépassent largement 1 000 Tg an' 1 et leur temps de résidence
moyen en suspension dans l'atmosphère est inférieur à la semaine [TEG 14]. Ces
poussières sont l'équivalent des sédiments fins produits par l'érosion hydrique et
transportés en suspension dans les fleuves jusqu'à l'océan. Elles parcourent aussi
des milliers de kilomètres. Selon l'ampleur de leur flux de dépôt, d'autant plus élevé
que les sources sont proches [MAR 17], elles peuvent constituer des roches mères
telles que les lœss mis en place pendant les périodes glaciaires, qui supportent les
sols parmi les plus fertiles de la planète [PYE 95], ou seulement influencer plus ou
moins fortement les propriétés des sols ou des écosystèmes [SIM 95]. L'un des
exemples actuels les plus spectaculaires est l'influence du panache de poussières
émises à partir du Sahara/Sahel qui contribue à fertiliser sur son trajet à la fois les
sols sahéliens (figure 3.16), l'océan Atlantique et la forêt amazonienne, notamment
par un apport de phosphore (7 à 39 g ha,l a") du même ordre de grandeur que la
quantité exportée du bassin dans les rivières [YU 15].

Les principales zones sources de poussières sont donc les zones désertiques pour
lesquelles on ne peut pas à proprement parler de dégradation des sols. L'importance
relative des émissions anthropiques, principalement à partir des sols cultivés ou
pâturés en zones arides et semi-arides, est difficile à estimer et repose
essentiellement sur la modélisation ou la télédétection [GIN 12]. C'est pourtant dans
ces zones que se trouvent les principaux enjeux, en particulier de perte de fertilité,
en liaison avec les pratiques culturales [ABD II] et l'extension des surfaces
cultivées. L'un des points particulièrement mal connus, faute de mesures, est la
quantité de matière organique émise, nettement enrichie dans les sédiments éoliens
du fait de sa faible densité, qui pourrait constituer une source d'incertitude majeure
dans le cycle du carbone [WEB 12].

Pour juger de l'effet souvent positif des dépôts de poussières sur les sols distants
des sources, il importe d'identifier les zones sources et de connaître la composition des
poussières émises [MUH 14]. C'est d'autant plus complexe que les sources principales
sont difficiles à échantillonner, car situées en zones désertiques peu accessibles.
78 Les sols au cœur de la zone cntique 5

Figure 3.16 La dépression Bodélé au nord du lac Tchad est l'une des principales
sources de poussiéres au monde {TüO 07]. A : image Terra Modis d'un panache de
poussiéres issu de la dépression Bodélé (18/03/2010) - P panache de poussiére,
point rouge localisation des photos B et C. B : détail d'un dépôt de poussière blanche
sur des crottes de chèvre dans la région de Gouré, située au sud-est du Niger, à plus
de 800 km au sud-ouest de la zone source (22/03/2010). C: même région, dépôt
homogéne de poussiére blanchâtre au sol dans une zone protégée par la végétation.
Les traces de voiture, en perturbant la surface, permettent de découvrir la couleur
normale de l'horizon superficiel du sol sableux (23/03/2010) (photo: J. L. Rajot).

3.5. Modélisation

La grande difficulté de la modélisation découle de la multiplicité des échelles et


des processus qui doivent être à chaque fois bien précisés. À cela s'ajoute une
vari té ct 'approches: statistiques, à bases physiques, ou hybrides.

3.5.1. Approches statistiques

Pour l'érosion hydrique, le modèle le plus utilisé à l'échelle de la parcelle est


l'équation universelle des pertes en terre (USLE) [WIS 78J, qui a été présentée au
paragraphe sur l'érosion en nappe. Malgré les mises en garde de W ischmeier
[WlS 76J, son principal auteur, et de nombreux autres chercheurs à sa suite, cette
équation est souvent utilisée à des échelles plus larges que celles de l'échantillon
Érosion et pnnclpes de conservation des sols 79

statistique originel (voir paragraphe 3.4.1). Cette équation a depuis été améliorée en
prenant en compte l'évolution dans le temps de l'érodibilité du sol et proposant une
nouvelle formulation du facteur topographique. Il s'agit de l'équation universelle
révisée des pertes en terres (RUSLE). Dans sa deuxième version, l'échelle de temps
est journalière. Ses paramètres aisément accessibles permettent ainsi une évaluation
de l'érosion hydrique 5.

La modélisation de l'érosion éolienne a suivi la même évolution, depuis une


équation assez analogue à l'USLE [WOO 65]. Ces approches permettent de dresser
des cartes de risques d'érosion éolienne (par exemple pour l'Europe [BOR 16]).
L'équation statistique d'origine [WOO 65] a été révisée par la suite pour pouvoir
être appliquée à l'échelle de l'événement [FRY 01].

3.5.2. Modèles à bases physiques

Pour mieux tenir compte des processus à l'échelle du versant ou du bassin


versant, de très nombreux modèles à bases physiques ont été proposés: EUROSEM
en Europe [MOR 98], GUEST en Australie et dans le sud-est asiatique [YU 99],
KINEROS 6 [SMI 95] et WEPP aux États-Unis? [FLA 07]. Toutefois, leur usage se
trouve souvent entravé par un grand nombre de paramètres difficiles à acquérir, et
donc souvent mal évalués, voire utilisés comme variables d'ajustement pour obtenir
une calibration correcte du modèle. La comparaison des modèles sur différents
bassins versants montre que, hors calibration qui exige une phase souvent longue de
mesures, il reste hasardeux d'utiliser ces modèles pour prédire les pertes en terres à
l'échelle d'un bassin versant non équipé [JET 99].

Comme pour l'érosion hydrique, plusieurs modèles d'érosion éolienne à bases


physiques ont été développés, par exemple WEPS, qui comprend de très nombreux
paramètres 8 [WAG 13], et présente les mêmes travers que les modèles d'érosion
hydrique du même type. Depuis plus de 20 ans, des efforts de modélisation ont
toutefois été faits qui permettent, d'une part de proposer une description de plus en
plus détaillée des processus [SHA 08] et, d'autre part, de proposer des versions
simples prenant en compte un nombre restreint de paramètres d'entrée, si possible

5. Disponible à l'adresse: fargo.nserl.purdue.edulrusle2_dataweb/About_RUSLE2_Techno


logy. htm.
6. Disponible à l'adresse: www.tucson.ars.ag.gov/kineros/.
7. Disponible à l'adresse: www.ars.usda.gov/midwest-area/west-Iafayette-inlnational-soiI-ero-
sion-research/docs/wepp/research.
8. Disponible à l'adresse: www.nrcs.usda.gov/wps/portal/nrcs/maininational/technicaVtools/
weps.
80 Les sols au cœur de la zone critique 5

dérivables des observations satellites, utilisables de l'échelle locale à l'échelle


globale et qui peuvent donc être intégrés, par exemple, dans les modèles climatiques
globaux [MAR 14).

3.5.3. Modèles hybrides

Des modèles hydrides associent la connaissance des processus et des approches


statistiques. Ainsi, des systèmes experts permettent de prévoir le ruissellement à
partir des états de surface (voir chapitre précédent) et l'érosion en se fondant sur
l'état d'encroûtement de la surface, la rugosité et d'autres classes de paramètres
simples à obtenir sur le terrain [CER 02) ou par télédétection [KIN 05), permettant
ainsi une évaluation des risques d'érosion hydrique à l'échelle d'un pays comme la
France [LEB 02].

3.6. Principes de conservation des sols

De la connaissance des processus et des facteurs d'érosion découlent les


principes de conservation des sols. Ceux-ci se déclinent selon deux grandes
échelles : le champ et le bassin versant.

3.6.1. À l'échelle du champ: limiter le détachement

3 6 1 1 AccroÎtre la stabilité structurale: amender le sol


L'objectif est de réduire l'érodibilité du sol (K) en augmentant sa résistance à la
désagrégation, et donc en augmentant sa stabilité structurale (voir chapitre
précédent). Cela passe généralement par l'augmentation de sa teneur en carbone
organique: apport de fumier, de boues d'épuration (avec des risques de pollutions,
voir chapitres 6 et 7), de compost, et d'une manière générale de produits résiduaires
organiques (voir chapitre 9). Le chaulage, c'est-à-dire l'apport d'amendements
calciques ou calco-magnésiens, tend également à améliorer la résistance des sols à
l'encroûtement, et donc au ruissellement et à l'érosion [AND 07b).

3.6.1.2. Réduire l'énergie cinétique reçue: mamtenir un couvert en surface


Comme déjà indiqué dans le chapitre précédent (paragraphe 2.3.4), c'est la
végétation la plus proche du sol qui le protège le mieux de l'impact des gouttes. À
cet égard, les résidus de culture peuvent s'avérer très efficaces (figure 3.9; voir
paragraphe plus haut sur le facteur C). Si un couvert arboré est dépourvu de sous-
bois, il n'aura pas d'effet protecteur et pourra même augmenter les risques d'érosion
Erosion et pnnclpes de conservation des sols 81

[RIB 17] en favorisant l'augmentation de la taille médiane des gouttes qui auront
traversé son couvert.

Des sols moins sensibles à l'encroûtement superficiel, plus motteux, offriront


également une meilleure résistance à ['érosion éolienne.

3 6 1 3. Réduire la vitesse de ruissellement diminuer la pente et la longueur


des parcelles
Il importe de contrôler la vitesse de ruissellement pour limiter les risques
d'apparition de rigoles et de ravines. Depuis au moins l'âge du bronze, les paysans
ont cherché à réduire l'inclinaison de pente (facteur S) par la construction de
terrasses [WEI 16] ou de banquettes (si elles sont dotées d'un bourrelet de terre).
C'est surtout dans des conditions de densité importante de populations - et donc de
main-d 'œuvre abondante - que les terrasses ont été construites pour lutter contre
l'érosion: Asie, pays méditerranéens, Andes (figure 3.17). Elles requièrent en effet
non seulement un effort considérable de construction, qu'elle soit manuelle ou
mécanique, mais aussi un entretien constant. Leur abandon, consécutif à l'exode
rural dans le sud de l'Europe, entraîne ainsi une érosion en ravines très marquée. La
vitesse de ruissellement peut aussi être réduite par des cordons pierreux installés
perpendiculairement à la pente [ZOU 14].

En s'accompagnant d'un accroissement de la taille des parcelles, la mécanisation


du travail du sol a augmenté les risques d'érosion. En effet, plus un champ sera
grand, plus seront élevées les itesses du vent au sol et du ruissellement, et donc les
risques d'érosion éolienne [GIL 96] et par ravines [VAL 05]. Des parcelles de taille
limitée tendent, de plus, à réduire l'érosion aratoire [VAN 00].

Figure 3.17. Exemple de plusieurs pratiques simultanées de conservation des sols:


terrasses, petites parcelles, cultures alternées dans l'espace et dans le temps
(rotations), agroforesterie et arbres brise-vent, Isla dei Sol, lac Titicaca, Bolivie
(photo: C. Valentin).
82 Les sols au cœur de la zone cntique 5

3.6.1 4. Réduire la vitesse du vent· accroÎtre la rugosité superficielle


Comme l'a montré plus haut l'étude des processus d'érosion éolienne, ce n'est
qu'à partir d'un seuil de vitesse de vent que les grains de l'ordre de 100 !lm de
diamètre conunencent à être érodés. La réduction de la vitesse du vent au sol permet
ainsi de limiter les risques d'érosion éolienne. L'une des pratiques les plus courantes
consiste à planter des haies brise-vent ou toute autre forme d'obstacles comme de
petites palissades en paille tressée (figure 3.18) [WAN 15].

Toutefois, comme pour l'érosion hydrique, c'est encore plus la présence d'un
couvert à la surface du sol qui s'avère Je plus efficace [ABD 11]. Ainsi, les
pâturages du Sahel présentent une bien plus faible érosion éolienne que le Sahara ou
même que les champs cultivés du sud du Sahel [PIE 15]. L'effet positif des résidus
de récolte sur la protection du sol est encore plus marqué que pour l'érosion
hydrique (voir figure 3.9) puisque 2 % de couvert de tiges de mil au sol, soit environ
100 kg ha-l, diminuent significativement l'érosion éolienne par rapport à un sol nu
[ABD Il].

Figure 3.18. Méthodes de lutte contre l'érosion éolienne pour protéger la route qui
traverse les 446 km de dunes vives du désert du Taklamakan, Xinjiang, Chine: une
bande de quadrillages de paille de roseau (C), large d'environ 50 m, précède au
moins 6 lignes des haies vives (H) irriguèes à partir de la nappe et composées de
plusieurs espèces adaptées aux conditions désertiques et à l'eau salée [CHE 15]
(photos .- C. Valentin).

3.61.5. Eviter l'émiettement du sol' réduire le travail du sol et le piétinement


par le bétail
Toute forme de fractionnement du sol favorise son érosion. Il est ainsi préférable
d'éviter tout travail du sol sur fortes pentes pour éviter J'érosion aratoire. De plus,
la préparation des cultures s'accompagne souvent de la production d'agrégats de
petite taille, plus sujets à l'encroûtement superficiel que des mottes plus grosses
(voir chapitre précédent). Sur les sols sableux, les croûtes superficielles qui se
Érosion et principes de conserva lion des sols 83

développent après le travail du sol ne permettent pas de diminuer l'érosion éolienne


[RAJ 03]. Le travail du sol, qu'il soit manuel ou mécanique, ainsi que le piétinement
par le bétail tendent, en conditions sèches, à fractionner le sol [HIE 99] et à favoriser
dès lors le soulèvement de poussières en périodes venteuses.

C'est ainsi que se sont développées, notamment après la grande crise d'érosion
éolienne aux États-Unis au milieu des années 1930 (dust bowf), des pratiques
agricoles moins fondées sur le travail du sol. En particulier l'agriculture de
conservation qui, malgré de très nombreuses variantes, repose sur trois grands
principes [FR! 12] :
- un semis direct et un travail du sol très réduit ;
- une couverture permanente du sol, notamment par les résidus de culture;
- des rotations dans l'espace et le temps incluant des légumineuses.

Ces principes combinent ainsi ceux évoqués plus haut et permettent une
réduction significative des pertes en terres. Toutefois, un système de culture ne peut
pas être évalué uniquement selon le seul critère de la conservation des sols. Plusieurs
critiques ont ainsi été émises, notamment sur la difficulté d'adoption de ce type de
pratique par l'agriculture familiale en Afrique [GIL 09]. Il est en effet nécessaire de
disposer d'outils spécialisés pour semer à travers un muIch, et d'avoir recours à des
herbicides de synthèse dont la non-nocivité pour l'homme et l'environnement est
mise en cause. De plus, le meilleur stockage du carbone dans les sols est davantage
dû à l'apport de matière organique qu'au non-travail du sol [DER 10, VIR 12].

3.6.2. À l'échelle des bassins versants: ralentir le ruissellement et


favoriser les dépôts

À l'échelle des bassins versants, il est nécessaire de prendre en compte


l'ensemble des processus érosifs. Les mesures de conservation des sols doivent
porter en priorité sur la protection des zones amont, susceptibles de générer du
ruissellement en appliquant les principes précédents (voir paragraphe 3.6.1). Une
mosaïque paysagère comprenant des parcelles forestières ou enherbées permet de
réduire la vitesse du ruissellement (voir paragraphe 3.6.1.3) et de piéger des
sédiments sur les versants [GUM Il , VAL 99]. Une fois les rigoles ou les ravines
installées, il importe d'installer des obstacles susceptibles de retenir les sédiments:
fascines, rondins (figure 3.19), gabions, voire des murettes plus ou moins
importantes, en commençant par l'aval, à partir d'un seuil (affleurement rocheux)
puisque cette forme d'érosion est régressive, c'est-à-dire qu'elle progresse de l'aval
vers l'amont.
84 Les sols au cœur de la zone critique 5

Figure 3.19. Méthodes de lutte contre l'érosion concentrée. À gauche: une


succession de fascines (F) retient des sédiments d'une rigole (R), parc Zamok, Lviv,
Ukraine. À droite: des rondins (L) ont été installés en travers d'une petite ravine (G)
formée à partir d'un sentier dans la hêtraie, Chojnik, Pologne (photos: C. Valentin).

La connectivité hydrologique doit être contrariée en multipliant les obstacles à


l'écoulement le long des courbes de niveau: talus, haies, fossés d'infiltration.

Pour les mouvements de masse (voir paragraphe 3.3.4), la priorité doit être
accordée à la cartographie des zones à risques et à sa prévention, en évitant
notamment d'y construire. Dans les zones de fortes pentes où des glissements de
terrain ne se sont pas encore produits, certains indices peuvent signaler ces risques:
petit décrochement de terrain, lézardes dans les murs. La plantation d'arbres à racine
pivotante profonde permet en principe de mieux stabiliser les versants. La
construction de terrasses peut aussi constituer une méthode efficace, tout comme le
rabattement de la nappe, qui réduit l'humidité des sols et donc leur masse. Les
interventions peuvent donc concerner plusieurs éléments de la zone critique depuis
la végétation jusqu'aux nappes.

37. Densité de population, contextes économiques et politiques


publiques

Il existe une assez bonne correspondance au niveau mondial entre faible densité
de population, développement économique et conservation des sols [ALM 15]. L'île
d'Hispaniola, divisée en deux États: Haïti et République dominicaine, illustre cette
relation, en manifestant de part et d'autre de la frontière un très fort contraste
d'érosion [WIL 01]. En Haïti, avec une densité très forte en zone rurale (885 hab. km'2
de terres arables) associée à un produit national brut (PNB) par habitant de
730 US $, les sols sont très sévèrement érodés. En République dominicaine, une
2
densité quatre fois plus faible (221 hab. km- de terres arables), un PNB par habitant
Érosion et pnnclpes de conservation des sols 85

près de dix fois supérieur (6910 US $), ainsi qu'une politique de conservation de
l'environnement et de développement de parcs nationaux, ont permis le
développement d'aires protégées sur près du tiers du territoire [WIL 01].

Cette règle souffre toutefois de très nombreuses exceptions. Par exemple, dans
les monts Mandara, au nord du Cameroun, malgré une densité de population de
200 hab. km- 2 , les communautés ont acquis une forte maîtrise de la construction et
de l'entretien de terrasses et de gestion des fumures organiques. Il en est de même
sur l'île de Java en Indonésie où les populations rurales peuvent dépasser 600 hab.
km-2 • Elles ont adopté des mesures anti-érosives fondées notamment sur l'utilisation
des déchets organiques (fumiers, composts, etc.). Ce ne sont donc pas toujours les
communautés les plus pauvres qui dégradent le plus les sols. Parmi cinq bassins
versants agricoles d'Asie du Sud-Est, c'est celui de Thaïlande qui présente les pertes
en terres les plus fortes, avec le moins de pluies et où les paysans disposent des
revenus les plus élevés [VAL 08].

En l'absence de réglementation sur la protection des sols en Europe, c'est la


directive-cadre sur l'eau qui favorise indirectement des pratiques de conservation
des sols. En vue de réduire les teneurs en nitrates dans les nappes, certaines des
règles qui doivent être respectées dans les zones définies comme vulnérables
contribuent, en effet, à la lutte anti-érosive. À l'échelle des parcelles, il est ainsi
désormais obligatoire dans ces zones d'installer une couverture des sols pour limiter
les fuites d'azote pendant les périodes pluvieuses. Il s'agit le plus souvent de
cultures intermédiaires, pièges à nitrates, souvent désignées en France par leur
acronyme CIPAN, comme la moutarde blanche ou la luzerne, à croissance rapide
qui peuvent ensuite servir d'engrais verts. À l'échelle des bassins versants, des
bandes végétalisées, d'au moins 5 ou 10 m de large selon les régions, doivent
désormais être implantées le long des cours d'eau, ce qui permet de retenir une
partie des sédiments.

Certaines politiques publiques de conservation des sols peuvent toutefois avoir


l'effet inverse de celui escompté. Ainsi, la volonté de préserver la forêt au Laos et de
réduire, dans chaque village, les surfaces accessibles à la mise en culture a entraîné
une très forte augmentation locale de la densité de population, entraînant une
réduction, voire une disparition de la période de jachère, et une forte augmentation
de l'érosion [LES 12, VAL 08]. De même, une politique publique d'incitation à la
plantation de tecks, non accompagnée de la formation des agriculteurs aux pratiques
forestières (maintien du sous-bois, maîtrise du feu, densité adaptée, éclaircissement
raisonné) a provoqué une forte augmentation de l'érosion en comparaison de la
culture du riz pluvial [RIB 17].
86 Les sols au cœur de la zone critique 5

Le volume de la même série Les sols au cœur de la zone critique: enjeux de


société développe les questions de politiques publiques concernant les sols et leur
protection.

3.8. Conclusions

L'érosion des sols résulte de nombreux facteurs et processus qu'il importe de


prendre en compte à différentes échelles d'espace et de temps. Seule l'identification
de ces facteurs et processus multiples permet de concevoir des stratégies de
conservation des sols. Dès lors, celles-ci ne peuvent que très rarement se fonder sur
une approche unique.

Bien que les différents processus érosifs présentent de très nombreux points
communs (détachement, transport, dépôt) et des questions analogues (origine des
sédiments, distance des transferts, temps de résidence, etc.), ils exigent des méthodes
d'étude, des compétences et des approches de modélisation diversifiées.

L'érosion accélérée constitue une des causes majeures de dégradation des sols,
mais aussi la conséquence d'autres formes de dégradation de l'environnement:
déforestation, réduction des teneurs en matières organiques des sols, tassement par
les engins agricoles et forestiers sous l'effet de changement d'usage des sols,
augmentation de la fréquence des événements extrêmes sous l'effet du dérèglement
climatique.

Elle constitue également un symptôme de dysfonctionnement des pratiques


culturales, pastorales, forestières, minières et de travaux publics. Ce symptôme doit
alerter les différents acteurs en vue de poser un diagnostic plus général sur la
durabilité de leurs systèmes de gestion de l'environnement. Ces acteurs doivent être
partie prenante de la définition des stratégies de conservation des sols. De nombreux
échecs résultent en effet de la non prise en compte de leurs objectifs et contraintes.
De même, ces stratégies doivent être incluses dans des politiques plus larges. Au
demeurant, ce sont souvent des politiques ayant trait à la protection d'autres
composantes de la zone critique: eau, couvert forestier, qui ont des conséquences
positives sur la conservation des sols. L'initiative internationale 4 pour mille qui
vise à accroître le stockage du carbone atmosphérique dans les sols pour lutter
contre les dérèglements climatiques devrait favoriser la conservation des sols
puisque les pratiques préconisées (couvert du sol, haies, prairies, rotations, etc.) sont
identiques à celles exposées plus haut.

Comme le montrent de nombreux succès tels que la forte réduction des teneurs
en sédiments dans le Mississippi suite aux changements des pratiques culturales,
Érosion et pnncipes de conservation des sols 87

l'érosion accélérée n'est pas une fatalité dès lors qu'il existe une volonté et des
moyens de la réduire.

<)111" 1IU\!" III 1</ ( III /« III .

1. Quelles sont les origines et les causes (facteurs et processus) de la production


des sédiments à l'exutoire des bassins versants et des poussières?
2. Comment mieux contraindre les modèles d'érosion à l'aide d'indicateurs ou
de marqueurs relativement simples?

3. Quelles sont les conséquences de l'érosion sur la qualité des sols, de l'eau et
de l'air, et sur la santé humaine et animale?

I{ 1 ( ( )\ 1\ 1 \ '\ 1) \ 1Il )'i"

1. Toujours préciser l'échelle de mesure lors de l'utilisation de données sur


l'érosion ainsi que la nature de l'érosion considérée (particulaire, dissoute).

2. Combiner plusieurs principes de conservation des sols fondés sur


l'identification des processus et des facteurs dominants dans un contexte donné
plutôt qu'appliquer une recette « universelle ».
3. Associer les différents acteurs (gestionnaires des sols, pouvoirs publics, etc.)
dans la définition de stratégies anti-érosives qui doivent être raisonnées à plusieurs
échelles (au moins parcelles et bassin versant) dans le contexte de politiques
publiques.

3.9. Bibliographie

1A.BD 111 ABDOURHAMANE TOURE A., RAJOT J.L., GARBA Z., et al., «Impact of
very low crop residues cover on wind erosion in the Sahel », Catena, n° 85,
p. 205-214, 20 Il.
1ACK 161 ACKERER J., CHABAUX F., VAN DER WOERD J., et al., «Regolith
evolution on the millennial timescale from combined U-Th-Ra isotopes and in
situ cosmogenic lOBe analysis in a weathering profile (Strengbach catchment,
France) », Earth and Planetary Science Letters, n° 453, p. 33-43,2016.
IAL\!! 151 AL-MuLALI U., WENG-WAI c., SHEAU-TING, L., et al., «Investigating
the environmental Kuznets curve (EKC) hypothesis by utilizing the ecological
footprint as an indicator of environmental degradation », Ecological
Indicators, n° 48, p. 315-323, 2015.
88 Les sols au cœur de la zone critique 5

1 ALT 121 ALTHUWAYNEE O.F., PRADHAN B., LEE S., « Application of an evidential
belief function model in landslide susceptibility mapping», Computers &
Geosciences, n° 44, p. 120-135,2012.
1 AL V 121 ALVAREZ-COBELAS M., ANGELER D.G., SANCHEZ-CARRILLO S., et al.,
«A worldwide view of organic carbon export from catchments»,
Biogeochemistry, vol. 107, n° 1-3, p. 275-293,2012.
1 Al\D 07] ANDRY H., YAMAMOTO T., INOUE M., «Effectiveness of hydrated lime
and artificial zeolite amendments and sedum (Sedum sediforme) plant cover in
controlling soil erosion from an acid soil », Soil Research, vol. 45, n° 4, p. 266-
279,2007.
1Al\'DE 071 ANDERSON S.P., VON BLANCKENBURG F., WHITE AF., «Physical and
chemical controls on the critical zone», Elements, vol. 3, n° 5, p. 315-319, 2007.
1 Al\l\i 161 ANNANDALE G.W., GREGORY L.M., KARKI P., Extending the Life of
Reservoirs, World Bank Publications, Washington, D.C., 2016.
1 ARA O~ ARABI M., FRANKENBERGER J.R., ENGEL B.A, et al., «Representation of
1

agricultural conservation practices with SWAT», Hydrological Processes,


vol. 22, n° 16, p. 3 042-3 055, 2008.
1 BER 171 BERGAMETTI G., MARTICORENA B., RAJOT J.L., et al., «Dust uplift
potential in Central Sahel: an analysis based on 10 years of meteorological
measurements at high temporal resolution », Journal of Geophysical Research,
n° 122,2017.
1BLA 001 BLASCHKE P.M., TRUSTRUM NA., HICKS D.L., «Impacts of mass
movement erosion on land productivity: a review », Progress in Physical
Geography, vol. 24, nO l, p. 21-52, 2000.
1 BO R 1() BORRELLl P., PANAGOS P., BALLABIO c., et al., «Towards a Pan-
1

European Assessment of Land Susceptibility to Wind Erosion», Land


Degradation & Development, vol. 27, n° 4, p. 1 093-1 105,2016.
1 l'ER 021 CERDAN O., SOUCHÈRE v., LECOMTE V., et al., «Incorporating soil surface
crusting processes in an expert-based runoffmodel : Sealing and Transfer by Runoff
and Erosion related to Agricultural Management», Catena, vol. 46, nO 2, p. 189-205,
2002.
1 CH A 05a 1 CHAPLOT V., GœOIRE G., MARCHAND P., et al., «Dynamic modelling
for linear erosion initiation and development under c1imate and land-use changes
in northem Laos », Catena, vol. 63, nO 2, p. 318-328, 2005.
1 CH A 05b CHAPLOT V., LE BROZEC E.C., SILVERA N., et al., «Spatial and
1

temporal assessment of linear erosion in catchments under sloping lands of


northem Laos », Catena, vol. 63, n° 2, p. 167-184,2005.
Ëroslon et pnnclpes de conservation des sols 89

'CH A 151 CHAPPELL A, BALDOCK J., SANDERMAN 1., « The global significance of
omitting soil erosion from soil organic carbon cycling schemes », Nature
Climate Change, nO 6, p. 187-191,2015.
[CHA 93 j CHAPERON P., DANLOUX 1., FERRY L., Fleuves et rivières de Madagascar,
ORSTOM, Paris, disponible à l'adresse: http://horizon.documentation.ird.fr/exl-
doc/pleins_textes/pleins_textes_7 lb_ fdi_03_03/37307. pdf, 1993.
1 CHE 151 CHENG H., HE 1., Xu x., et al., « Blown sand motion within the sand-
control system in the southern section of the Taklimakan Desert Highway »,
Journal ofArid Land, vol. 7, nO 5, p. 599-611, 2015.
'COL X4' COLLINET 1., VALENTIN C., « Evaluation of factors influencing water
erosion in West Africa using rainfal1 simulation », dans Challenges in African
Hydrology and Water Resources, p. 451-461, IAHS Press, Wal1ingford, 1984.
Il'OX 101 Cox R., ZENTNER D.B., RAKOTONDRAZAFY AF.M., et al., « Shakedown
in Madagascar: Occurrence of lavakas (erosional gullies) associated with
seismic activity », Geology, vol. 38, nO 2, p. 179-182, 2010.
IDEL 151 DELLINGER M., BOUCHEZ 1., GAILLARDET J., et al., « Testing the steady
state assumption for the Earth's surface denudation using Li Isotopes in the Arnazon
Basin », Procedia Earth and Planetary Science, nO 13, p. 162-168,2015.
IDEJ\ 031 DEN BIGGELAAR C, LAL R., WIEBE K., et al., « The global impact of soil
erosion on productivity: I: Absolute and relative erosion-induced yield
losses », Advances in Agronomy, nO 81, p. 1-48,2003.
'DER 101 DE Rouw A, HUON S., SOULILEUTH B., et al., « Possibilities of carbon
and nitrogen sequestration under conventional tillage and no-till cover crop
fanning (Mekong valley, Laos) », Agriculture, ecosystems & environment,
vol. 136, nO 1, p. 148-161,2010.
[DIA 051 DIAMOND 1., Collapse : How societies choose to fail or succeed, Viking
Penguin, Londres, 2005.
1 DUP 09 [ DUPIN B., DE Rouw A, PHANTAHVONG K.B., et al., « Assessment of
tillage erosion rates on steep slopes in northern Laos », Soil and Tillage
Research, vol. 103, nO 1, p. 119-126,2009.
1 r)tip 151 DUPAS R., GASCUEL-ODOUX C, GILLlET N., et al., « Distinct export
dynamics for dissolved and particulate phosphorus reveal independent transport
mechanisms in an arable headwater catchment », Hydrological Processes,
n029,p.3162-3178,2015.
1 EVR 16[ EVRARD O., LACEBY J.P., HUON S., et al., « Combining multiple fallout
radionuclides ( 137 Cs, 7 Be, 2lOp bxs) to investigate temporal sediment source
dynamics in tropical, ephemeral riverine systems », Journal of soils and
sediments, vol. 16, nO 3, p. 1 130-1 144,2016.
90 Les sols au cœur de la zone cntique 5

1FAU ! 51 FAO, Status of the World's Soil Resources, rapport principal, Rome,
disponible à l'adresse: http://www.fao.org/3/a-i5199e.pdf, 2015.
1FLA 071 FLANAGAN D.C., GILLEY J.E., FRANTI T.G., « Water Erosion Prediction
Project (WEPP): Development history, model capabilities, and future
enhancements », Transactions ofthe ASABE, vol. 50, n° 5, p. 1603-1612,2007.

1 FOU 141 FOUCHER A., SALVADOR-BLANES S., EVRARD O., et al., « Increase in soil
erosion after agricultural intensification: evidence from a lowland basin in
France », Anthropocene, nO 7, p. 30-41, 2014.
1FOX 071 Fox G.A., WILSON G.V., SIMON A., et al., « Measuring streambank erosion
due to ground water seepage : correlation to bank pore water pressure, precipitation
and stream stage », Earth Swface Processes and Landforms, vol. 32, n° 10,
p. 1 558-1573,2007.
1 FRI 121 FRIEDRICH T., DERPSCH R., KASSAM A., « Overview of the global spread
of conservation agriculture », Field Actions Science Reports, n° special 6,
disponible à l'adresse: http://factsreports.revues.org/1941, 2012.
1 FRU 161 FROEHLlCHER L., SCHWARTZ D., ERTLEN D., et al., « Hedges, col1uvium
and Iynchets along a reference toposequence (Habsheim, Alsace, France):
history of erosion in a lœss area », Quaternaire. Revue de l'Association française
pour l'étude du Quaternaire, vol. 27, n° 2, p. 173-185,2016.
1FR Y (J Il FRYREAR D.W., CHEN W.N., LESTER c., « Revised wind erosion
equation », Annals ofArid Zone, vol. 40, nO 3, p. 265-279, 2001.

1 FRY 121 FRY ].J., VOGEL A., ROYET P., et al., « Dam failures by erosion : lessons
from ERlNOH data bases », fCSE6 Paris, p. 273-280,27-31 août 2012.
IFRY l'ôl FRYREAR D.W., «A field dust sampler»,Journai ofSoil and Water
Conservation, vol. 41, n° 2, p. 117-120, 1986.
IGAB 031 GABRIELS D., GHEKIERE G., SCHlETTECATTE W., et al., « Assessment of
USLE cover-management C-factors for 40 crop rotation systems on arable farms
in the Kemmelbeek watershed, Belgium », Soil and Tillage Research, vol. 74,
n° l, p. 47-53, 2003.
1GAR 151 GARCiA-RuIZ lM., BEGUERIA S., NADAL-ROMERO E., et al., « Meta-
analysis of soil erosion rates across the world », Geomorphology, n° 239, p. 160-
173,2015.
IGIL (NI GILLER K.E., WlTTER E., CORBEELS M., et al., « Conservation agriculture and
smalIholder farming in Africa : the heretics' view », Field crops research, vol. 114,
n° l, p. 23-34, 2009.

1Ci IL 721 GILLETTE D.A., BLlFFORD JR J.H., FENSTER C.R., « Measurements of


aerosol size distributions and vertical fluxes of aerosols on land subject to wind
erosion », Journal ofApplied Meteorology, vol. II, n° 6, p. 977-987, 1972.
Ëroslon et principes de conservation des sols 91

ICiIL 771 GlLLETIE D.A, « Fine particulate enusslOns due to wind erosion »,
Transactions ofthe ASAE, vol. 20, n° 5, p. 890-897, 1977.
l(ilL l}()1 GILLETTE D.A, HERBERT G., STOCKTON P.H., et al., « Causes of the fetch
effect in wind erosion », Earth Surface Processes and Landforms, vol. 21, n° 7,
p. 641-659,1996.
1Ci 11\ 121 GINOUX P., PROSPERO lM., GILL T.E., et al., « Global-scale attribution of
anthropogenic and natural dust sources and their emission rates based on
MODIS Deep Blue aerosol products », Reviews of Geophysics, vol. 50, n° 3,
2012.
1 CiOS ox 1 GOOSSENS D., RAJOT lL., « Techniques to measure the dry aeolian
deposition of dust in arid and semi-arid landscapes : a comparative study in West
Niger », Earth SUlface Processes and Landforms, vol. 33, nO 2, p.178-195,
2008.
ICiRE 121 GRELLIER S., KEMP l, JANEAU lL., et al., « The indirect impact of
encroaching trees on gul1y extension: a 64 year study in a sub-humid grassland
of South Afiica », Catena, nO 98, p. 110-119,2012.
1 CiLT\,! III GUMIERE SJ., LE BISSONNAIS Y., RACLOT D., et al., « Vegetated filter
effects on sedimentological connectivity of agricultural catchments in erosion
modeling: a review», Earth Surface Processes and Landforms, vol. 36, n° 1,
p.3-19,2011.
1 HAD 131 HADDADCHI A, RYDER D.S., EVRARD O., et al., « Sediment
fingerprinting in fluvial systems: review oftracers, sediment sources and mixing
models », International Journal of Sediment Research, vol. 28, nO 4, p. 560-578,
2013.
[H 1E 991 HIERNAUX P., BIELDERS c.L., VALENTIN c., et al., « Effects oflivestock
grazing on physical and chemical properties of sandy soils in Sahelian
rangelands », Journal ofArid Environments, vol. 41, nO 3, p. 231-245, 1999.
1HOf 151 HOFFMANN T., PENNY D., STINCHCOMB G., et al., « Global Soil and
Sediment transfers in the Anthropocene », PAGES Magazine, nO 23, p.37,
janvier 2015.
1 HUO 131 HUON S., DE Rouw A., BONTÉ P., et al., « Long-term soil carbon loss and
accumulation in a catchment fol1owing the conversion of forest to arable land in
northem Laos », Agriculture, Ecosystems & Environment, nO 169, p.43-57,
2013.
1HUO 171 HUON S., EVRARD O., GOURDIN E., et al., « Suspended sediment source
and propagation during monsoon events across nested sub-catchments with
contrasted land uses in Laos », Journal of Hydrology: Regional Studies, n° 9,
p. 69-84,2017.
92 Les sols au cœur de la zone critique 5

1JET 991 JETIEN V., DE Roo A.D., FAvis-MoRTLOCK D., «Evaluation offield-scale
and catchment-scale soil erosion models », Catena, vol. 37, n° 3, p.521-541,
1999.
1KI\1 171 KIM J.H., FOURCAUD T., JOURDAN c., et al., «Vegetation drives slope
stability and its variability through hydrological impacts », Geophysical
Research Letters, n° 44, p. 4 897-4 907, 2017.
1KIl\ 05j KING c., BAGHDADI N., LECOMTE V., et al., «The application of remote-
sensing data to monitoring and modelling of soil erosion », Catena, vol. 62, n° 2,
p. 79-93,2005.
1KLE III KLEINMAN P., SHARPLEY A., BUDA A., et al., «Soil controls of
phosphorus in runoff: Management barriers and opportunities », Canadian
Journal ofSail Science, vol. 91, n° 3, p. 329-338,2011.
1LEB 021 LE BISSONNAIS Y., MONTIER c., JAMAGNE M., et al., «Mapping erosion
risk for cultivated soil in France », Catena, vol. 46, n° 2, p. 207-220, 2002.
1LES 121 LESTRELIN G., VIGIAK O., PELLETREAU A., et al., «Challenging
established narratives on soil erosion and shifting cultivation in Laos », Natural
Resources Forum, vol. 36, n° 2, p. 63-75, 2012.
[LOG 131 LOGSDON S.D. «Depth dependence of chisel plow tillage erosion », Soil
and Tillage Research, n° 128, p. 119-124,2013.
IVlAR JOJ MARTICORENAB., CHATENET B., RAJOT J.L., et al., «Temporal
variability of minerai dust concentrations over West Afiica: analyses of a
pluriannual monitoring from the AMMA Sahelian Dust Transect », Atmospheric
Chemistry and Physics, n° 10, p. 8899-8915,2010.
1\1A R 14] MARTICORENA B., « Dust production mechanisms », dans P. KNIPPERTZ,
l-B.W. SruUT (DIR.), Mineral Dust: A Key Player in the Earth System, p. 93-
120, Springer, Dordrecht, 2014.
1\1AR 171 MARTICORENA B., CHATENET B., RAJOT lL.. et al.. «Mineral dust over
west and central Sahel : Seasonal patterns of dry and wet deposition fluxes from
a pluriannual sampling (2006-2012)), Journal of Geophysical Research:
Atmospheres, vol. 122, n° 2, p. 1 338-1 364,2017.
1 \101\ 071 MONTGOMERY D.R., Dirt: The Erosion of Civilizations, University of
California Press, Berkeley, CA, 2007.
1\101\ 071 MONTGOMERY D.R., «Soil erosion and agricultural sustainability»,
Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 104, n° 33, p. 13268-
13272,2007.
1 MOl\ 121 MONA L., LIU Z., MÜLLER D., et al., «Lidar measurements for desert
dust characterization : an overview», Advances in Meteorology, disponible à
l'adresse: http://dx.doi.org/lO.l155/2012/356265, 2012.
Ëroslon et prinCipes de conservatIOn des sols 93

I\!IOR ni MORGAN R.P.C., QUINTON lN., SMITH R.E., et al.,« The European Soil
Erosion Model (EUROSEM): adynamie approach for predicting sediment
transport from fields and small catchments », Earth surface processes and
landforms, vol. 23, n° 6, p. 527-544, 1998.
1 \!IUH 141 MUHS D.R., PROSPERO lM., BADDOCK M.C., et al., «Identifying
sources of aeolian minerai dust : Present and past », dans P. KNIPPERTZ, J.-B.W.
STUUT (Dm..), Mineral Dust: A Key Player in the Earth System, p. 51-74,
Springer, Dordrecht, 2014.
I1\AS 041 NASRI S., CUDENNEC c., ALBERGEL l, et al., « Use of a
geomorphological transfer function to model design floods in small hillside
catchments in semiarid Tunisia », Journal of hydrology, vol. 287, n° 1,
p. 197-213, 2004.
11\IX 041 NIXON S., « The Artificial Nile. The Aswan High Dam blocked and
diverted nutrients and destroyed a Mediterranean fishery, but human activities
may have revived it », American Scientist, vol. 92, nO 2, p. 158-164,2004.
\OLD 911 OLDEMAN L.R., HAKKELING R.T.A., SOMBROCK W.G., Global
Assessment ofSoil Degradation (GLASOD), World map ofthe status ofhuman-
induced soil degradation, ISRIC, Wageningen, Pays-Bas, disponible à l'adresse:
http://www.isric.org/projects/global-assessment-human-induced-soil-degradation
-glasod, 1991.
[ PA 1\ 141 PANAGOS P., MEUSBURGER K., BALLABIO c., et al., « Soil erodibility in
Europe: A high-resolution dataset based on LUCAS », Science of the total
environment, nO 479, p. 189-200,2014.
IPA1\ 15] PANAGOS P., BALLABIO c., BORRELLI P., et al., «Rainfall erosivity in
Europe », Science ofthe Total Environment, nO 511, p. 801-814,2015.
1PA1';A ] 51 PANAGOS P., BORRELLI P., MEUSBURGER K., et al., «Estimating the soil
erosion cover-management factor at the European scale », Land Use Policy, n° 48,
p. 38-50,2015.
1 PA1\ 951 PANINGBATAN E.P., CIESIOLKA c.A., COUGHLAN K.l, et al., «Ailey
cropping for managing soil erosion of hilly lands in the Philippines », Soil
Technology, vol. 8, n° 3, p. 193-204, 1995.
IPAU 161 PAULA D.T.D., MARTINS FILHO M.V., FARIAS V.L., et al., «Clay and
phosphorus losses by erosion in oxisol with sugarcane residues », Engenharia
Agricola, vol. 36, n° 6, p. 1 063-1 072, 2016.
1 PIE 151 PIERRE c., KERGOAT L., BERGAMETTl G., et al., «Modeling vegetation
and wind erosion from a millet field and from a rangeland : Two Sahelian case
studies », Aeolian Research, n° 19, p. 97-111,2015.
94 Les sols au cœur de la zone critique 5

1 PO D OX 1 PODWOJEWSKl P., ORANGE D., JOUQUET P., et al., « Land-use impacts on


surface runoff and soil detachment within agricultural sloping lands in Northem
Vietnam », Catena, vol. 74, n° 2, p. 109-118,2008.
[POE 03[ POESEN l, NACHTERGAELE l, VERSTRAETEN G., et al., « Gully erosion
and environmental change: importance and research needs », Catena, vol. 50,
n° 2, p. 91-133, 2003.
IPYE 951 PYE K., « The nature, origin and accumulation of lœss », Quaternary
Science Reviews, vol. 14, n° 7, p. 653-667, 1995.
[VUI lOI QUINTON lN., GOVERS G., VAN OOST K., et al., «The impact of
agricultural soil erosion on biogeochemical cycling », Nature Geoscience, vol. 3,
n° 5, p. 311-314,2010.
[RA.I (JJ [ RAJOT J.L., ALFARO S.C., GOMES L., et al., « Soil crusting on sandy soils
and its influence on wind erosion », Catena, vol. 53, n° 1, p. 1-16,2003.
1 RIB 111 RIBOLZI O., PATIN l, BRESSON L.M., et al., « Impact ofslope gradient on
soil surface features and infiltration on steep slopes in northem Laos »,
Geomorphology, vol. 127, n° 1, p. 53-63,2011.
1RIB 171 RIBOLZI O., EVRARD O., HUON S., et al., « From shifting cultivation to
teak plantation: effect on overland flow and sediment yield in a montane
tropical catchment », Scientific Reports, Nature, n° 7, p. 3 987, 2017.
[ROC 161 ROCHELLE-NEWALL EJ., RIBOLZI O., VIGUIER M., et al., « Effect of land
use and hydrologica1 processes on Escherichia coli concentrations in streams of
tropical, humid headwater catchments », Scientific Reports, Nature, n° 6, 2016.
1 RU\1 061 RUMPEL C, CHAPLOT V., PLANCHON O., et al., « Preferential erosion of
black carbon on steep slopes with slash and bum agriculture », Catena, vol. 65,
n° l, p. 30-40, 2006.
1 SAB 14[ SABATIER P., POULENARD l, FANGET B., et al., « Long-term re1ationships
among pesticide applications, mobility, and soil erosion in a vineyard
watershed », Praceedings of the National Academy of Sciences, vol. 111, n° 44,
p. 15647-15652,2014.
[SHA OX 1 SHAO Y., Physics and modelling of wind erosion, Springer Science &
Business Media, New York, 2008.
1 SJ\1 951 SIMONSON R.W., « Airbome dust and its significance to soils »,
Geoderma, vol. 65, n° 1-2, p. 1-43, 1995.
1 S\r11 951 SMITH R.E., GOODRICH D.C., WOOLHISER D.A., et al., « KINEROS-a
kinematic runoff and erosion mode1 », Computer models of watershed
hydralogy, n° 20, p. 627-668, 1995.
1 sro 141 STOCKMANN V., MINASNY B., McBRATNEY A.B., « How fast does soil
grow? », Geoderma, n° 216, p. 48-61, 2014.
Érosion et principes de conservation des sols 95

1TEG ] 41 TEGEN L, SCHULZ M., « Numerical dust models », dans P. KNIPPERT,


1.-8.W. STUUT (DIR.), Mineral Dust: A Key Player in the Earth System, p. 201-
222, Springer, Dordrecht, 2014.
[TIl\' 121 TING-HsUAN HUANG, YU-HAN Fu, PEI-YI PAN, et al., «Fluvial carbon
fluxes in tropical rivers », Current Opinion in Environmental Sustainability,
vol. 4, n° 2, p. 162-169,2012.

[TOD 071 TODD M.C., WASHINGTON R., MARTINS 1.V., et al., « Mineral dust
ernission from the Bodélé Depression, northern Chad, during BoDEx 2005 »,
Journal ofGeophysical Research : Atmospheres, vol. 112, n° D6, 2007.
1VAL 05j VALENTIN c., POESEN 1., LI Y., « Guily erosion: impacts, factors and
control », Catena, vol. 63, n° 2, p. 132-153,2005.

1VA L 991 VALENTIN C, D'HERBÈS J .M., POESEN 1., « Soil and water components of
banded vegetation patterns », Catena, n° 37, p. 1-24, 1999.
IVAL ORI VALENTIN c., AGUS F., ALAMBAN R., et al., « Runoff and sediment
losses from 27 upland catchments in Southeast Asia : Impact of rapid land use
changes and conservation practices », Agriculture, Ecosystems & Environment,
vol. 128, n° 4, p. 225-238,2008.

1V AN 00 1 VAN OOST K., GOVERS G., DESMET P., « Evaluating the effects of changes
in landscape structure on soil erosion by water and tillage », Landscape
ecology, vol. 15, n° 6, p. 577-589, 2000.
1VIR ] 21 VIRTO L, BARRÉ P., BURLOT A., et al., « Carbon input differences as the
main factor explaining the variability in soil organic C storage in no-tilled
compared to inversion tilled agrosystems », Biogeochemistry, vol. 108, n° 1,
p. 17-26,2012.
1 VOE 131 VOEPEL H., SCHUMER R., HASSAN M.A., « Sediment residence time
distributions: Theory and application from bed elevation measurements »,
Journal of Geophysical Research : Earth Surface, n° 118, p. 2557-2567, 2013.
1 WAG 1.' 1 WAGNER L.E., « A history of wind erosion prediction models in the
United States Department of Agriculture: The Wind Erosion Prediction System
(WEPS) », Aeolian Research, nO 10, p. 9-24, 2013.
1 WAL 131 WALLING D.E., « The evolution of sediment source fingerprinting
investigations in fluvial systems », Journal ofsoifs and sediments, vol. 13, n° 10,
p. 1658-1675,2013.
1 W Al\' 131 WANG 8., ZHENG F., Rë>MKENS M.J., et al., « Soil erodibility for water
erosion: A perspective and Chinese experiences », Geomorphology, vol. 187,
p. 1-10,2013.
96 Les sols au cœur de la zone cntique 5

1WA 1\ 151 WANG T., XUE X., ZHOU L., et al., « Combating aeolian desertification
in northern China », Land Degradation & Development, vol. 26, n° 2, p. 118-
132,2015.
1 WE B 121 WEBB N.P., CHAPPELL A, STRONG c.L., et al., « The significance of
carbon-enriched dust for global carbon accounting », Global Change Biology,
vol. 18, n° II, p. 3275-3278, 2012.
IV/El Hli WEI W., CHEN D., WANG L., et al., «Global synthesis of the
classifications, distributions, benefits and issues of terracing », Earth-Science
Reviews, n° 159, p. 388-403, 2016.
1 WIL (JII WILSON J.S., BROTHERS T.S., MARCANO E.J., « Remote sensing of spatial
and temporal vegetation dynamics in Hispaniola: A comparison of Haiti and the
Dominican Republic », Geocarto International, vol. 16, n° 2, p. 7-18, 2001.
I\VIL XOI WILSON S.J., COOIŒ R.U., « Wind erosion », dans M.J. KIRKBY, R.P.C.
MORGAN (DlR.), Soil Erosion, p. 217-251, John Wiley, New York, 1980.
1 WIS 761 WISCHMElER W.H., « Use and misuse of the universal soi110ss equation »,
Journal ofSoii and Water Conservation, n° 31, p. 5-9, 1976.
1 WIS 7X WISCHMEIER W.H., SMITH D.D., « Predicting rainfall erosion losses - a guide
1

to conservation planning », Agricultural Handbook n° 537, USDA, WA, disponible à


l'adresse: https://naldc.na1.usda.gov/download/CAT79706928/pdf, 1978.

IWOU Cl51 WOOORUFF N.P., SIDOOWAY F.H., « A wind erosion equation », Soil
Science Society ofAmerica Journal, vol. 29, n° 5, p. 602-608, 1965.
1 XUE 931 XUE c., « Historical changes in the Yellow River delta, China », Marine
Geology, vol. 113, n° 3, p. 321-330, 1993.
1 l'li 151 Yu H., CHIN M., YUAN T., et al., « The fertilizing role of African dust in
the Amazon rainforest : A first multiyear assessment based on data from Cloud-
Aerosol Lidar and Infrared Pathfinder Satellite Observations », Geophysical
Research Letters, vol. 42, n° 6, p. 1984-1991,2015.
1 l'Il 991 Yu B., ROSE C.W., « Application of a physically based soil erosion mode1,
GUEST, in the absence of data on runoff rates: 1. Theory and methodology »,
Soil Research. vol. 37, n° 1, p. 1-12, 1999.
IlOB 031 ZOBECK T.M., STERK G., FUNK R., et al., « Measurement and data
analysis methods for field-scale wind erosion studies and model validation »,
Earth Surface Processes and Landforms, vol. 28, n° Il, p. 1163-1188,2003.
1 l()u 1~ ZOUGMORÉ R., JALLOH A, TlORO A, « C1imate-smart soil water and
1

nutrient management options in semiarid West Africa : a review of evidence and


analysis of stone bunds and zaï techniques », Agriculture & Food Security,
vol. 3, n° 1, p. 16,2014.
Valentin Christian, Rajot Jean-Louis (2018)
Erosion et principes de conservation des sols
In : Valentin Christian (ed.). Les sols au coeur de la zone
critique 5 : dégradation et réhabilitation. Londres : ISTE,
p. 53-96. (Système Terre - Environnement : Série Les
Sols ; 5)
ISBN 978-1-78405-383-3

Vous aimerez peut-être aussi