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Abderrahim SAIDANE

La thèse d'Abderrahim SAIDANE examine l'impact des transferts de fonds des migrants sur la croissance économique et la réduction de la pauvreté dans les pays d'origine. Elle souligne que ces transferts constituent une source financière cruciale, augmentant les revenus des familles et jouant un rôle stabilisateur en période de crise économique. Les données montrent une tendance à la hausse des transferts, qui dépassent désormais les investissements directs étrangers et l'aide publique au développement dans de nombreux pays en développement.

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Abderrahim SAIDANE

La thèse d'Abderrahim SAIDANE examine l'impact des transferts de fonds des migrants sur la croissance économique et la réduction de la pauvreté dans les pays d'origine. Elle souligne que ces transferts constituent une source financière cruciale, augmentant les revenus des familles et jouant un rôle stabilisateur en période de crise économique. Les données montrent une tendance à la hausse des transferts, qui dépassent désormais les investissements directs étrangers et l'aide publique au développement dans de nombreux pays en développement.

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Délivré par

UNIVERSITE DE PERPIGNAN VIA DOMITIA

Préparée au sein de l’école doctorale


544 INTER-MED
Et de l’unité de recherche CRESEM

Spécialité :

Sciences économiques

Présentée par

Abderrahim SAIDANE

Impact des transferts de fonds des migrants sur la


croissance économique et la réduction de la
pauvreté dans les pays d’origine

Soutenue le 08 Mars 2021 devant le jury composé de

M. Jean-Louis CACCOMO, Maître de conférence, Directeur de thèse


Université de Perpignan
M. Pierre GARELLO, Professeur, Université de Marseille Rapporteur
M. Bruno SALGUES, Directeur d’études, Institut des Mines Rapporteur
Telecom
M. Walter BRIEC, Professeur, Université de Perpignan Président du jury
L’Université n’entend donner aucune approbation ou improbation aux opinions émises dans la
thèse. Ces opinions doivent être considérées comme propres à l’auteur
Remerciements

Je tiens à exprimer mes profonds remerciements à Monsieur Jean-Louis CACCOMO,


Maître de conférence à l’Université de Perpignan Via Domitia, pour avoir cru à mon projet et
accepté de diriger cette thèse. Sa disponibilité, ses encouragements, ses connaissances et ses
conseils, ainsi que les discussions que nous avons eues, m’ont permis de mener à bien mon
projet.

J’adresse tous mes remerciements à Monsieur Pierre GARELLO, Professeur à l’université


d’Aix-Marseille, ainsi que Monsieur Bruno SALGUES, Professeur à l’institut Mines Télécom
d’avoir accepté de rapporter cette thèse. Je tiens à remercier également Monsieur Walter
BRIEC, Professeur à l’université de Perpignan Via Domitia pour l’honneur qu’il m’a fait
d’être membre du jury.

Je tiens à remercier Mme Suzanne GILARDOT, gestionnaire de l’école doctorale pour son
aide et sa disponibilité. Je remercie également Mme Brigitte PATURZO, qui n’a cessé de me
soutenir et me rassurer en période de doute, et qui a pris le temps de relire cette thèse.

Bien évidemment, j’adresse un immense merci à mes chers parents, ainsi qu’à mes frères
et sœurs, pour leurs conseils, leurs encouragements indéfectibles et leur soutien tout au long
de ma recherche. J’exprime également mes profonds remerciements à mes proches et à mes
amis pour leur aide, scientifique ou non, tout au long de ce travail m’a été précieuse et
importante.

Enfin, en dépit de la solitude et des difficultés qui ont traversé mon parcours migratoire,
j’ai réussi à mener cette aventure à terme.

3
Sommaire

Introduction génération 6

Partie I Revue de la littérature sur l’impact des transferts de fonds 15

Introduction.............................................................................................................................. 15

Chapitre 1 Transferts de fonds et croissance économique..................................................... 16

Section 1 Analyse théorique des transferts fonds.................................................................. 16

Section 2 Utilisations et effets des transferts de fonds.......................................................... 50

Chapitre 2 Transferts de fonds et pauvreté............................................................................ 75

Section 1 Analyse théorique de la migration et des transferts de fonds................................ 75

Section 2 Migration et transferts de fonds : Conséquences et répercussions en termes


d’inégalité et de pauvreté......................................................................................................... 92

Conclusion............................................................................................................................. 102

Partie II Impact des transferts de fonds 104

Introduction............................................................................................................................ 104

Chapitre 1 Résultats des travaux empiriques étudiant l’impact des transferts de fonds...... 105

Section 1 Impact des transferts de fonds sur la croissance économique.............................. 105

Section 2 Impact des transferts de fonds sur la réduction de la pauvreté et de l’inégalité de


revenus................................................................................................................................... 108

Chapitre 2 Étude empirique................................................................................................. 135

4
SOMMAIRE

Section 1 Données de l’étude............................................................................................... 135

Section 2 Résultats et commentaires.................................................................................... 162

Conclusion............................................................................................................................. 171

Conclusion générale 173

Table des matières 178

Annexes 187

Bibliographie 212

5
Introduction générale

Les transferts de fonds des migrants ne cessent de s’accroître depuis des décennies et
attirent l’attention des chercheurs et institutions financières internationales comme le Fonds
Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale. Ces fonds sont transférés des pays à
revenus élevés considérés comme des bassins d’immigration vers les pays à moindres revenus
représentant les bassins d’émigration. Ils désignent l’argent envoyé par les migrants vers leurs
pays d’origine, soit à leurs familles restées au pays, soit à la création d’activité lucrative pour
le compte des migrants, ou à des caisses d’épargne avec l’ensemble de la diaspora dans le but
de réaliser des projets d’infrastructure et de développement durable. « Les transferts privés
sont une bénédiction pour ceux qui les reçoivent » (Chami et Fullenkamp, 2013). Ils
accroissent le revenu des familles bénéficiaires en leur permettant de couvrir leurs besoins de
base (nourriture, vêtements, santé et éducation). Et aussi, ils contribuent à baisser le taux de
pauvreté. Ils permettent à certaines familles de sortir de la pauvreté en leur permettant de
dépenser plus que ce qu’ils perçoivent comme salaire. La moyenne de chaque transfert est
équivalente à quelques centaines de dollars. En outre, les transferts des migrants pourraient
rendre les ménages bénéficiaires moins actifs, leur permettre de travailler moins, ou de se
lancer dans des projets à haut risque qu’ils n’entreprendraient pas s’ils ne recevaient pas de
transferts.

Les transferts de fonds effectués par les migrants vers leur pays d’origine constituent une
manne financière considérable et un soutien financier crucial qui contribue à augmenter les
revenus des familles récipiendaires. Ainsi, ils représentent l’élément le plus tangible de la
relation entre la migration et le développement. Ces transferts ne sont pas considérés
uniquement comme des transferts financiers, mais aussi comme des transferts sociaux. De
plus, ils représentent une source importante de flux financiers pour les pays bénéficiaires.

6
INTRODUCTION GÉNÉRALE

À titre indicatif, en 2011, ils représentaient 10 % du PIB de 22 pays en développement. De


plus, ils sont stables, anticycliques et résistent face à de mauvaises passes économiques.

D’après les calculs de la Banque mondiale, en 2006 les transferts de fonds des migrants
vers les pays en développement ont atteint 228 milliards USD. Ils représentaient la deuxième
source de financement de ces pays après les investissements directs étrangers (IDE) et devant
l’aide publique au développement (APD). En 2007, 2008 et 2009 les montants de ces
transferts ont atteint 278 milliards USD, 323 milliards USD et 307 milliards USD
respectivement. Ces chiffres montrent que les transferts des migrants résistent même en
période de récession et de crise économique. Ils ont connu une légère baisse en 2009, mais ils
ont augmenté de nouveau à partir de 2010. Ces dernières années, les transferts d’argent ont
connu une hausse remarquable. Ils ont atteint 453 milliards USD en 2015, sont désormais plus
élevés que les IDE et l’APD (à l’exclusion de la Chine) et représentent la première source de
financement extérieur des pays à revenus faibles et intermédiaires.

Selon les estimations et les prévisions révisées et publiées par la Banque mondiale en
2020, les transferts d’argent envoyés vers les pays en développement ont connu une
croissance de 4,3 % en 2019, et ont atteint 554 milliards USD. Ainsi, ils devraient dépasser la
barre de 580 milliards USD en 2020. Ces chiffres traduisent la hausse des migrants dans le
monde où leur nombre a augmenté de 26 % les dix dernières années, et comme il y a plus de
migrations, les transferts de fonds devraient rester importants. Toutefois, la Banque mondiale
a publié une note après la propagation du Covid19, elle prévoit que les transferts de fonds des
migrants vont chuter de 20 % en 2020 et devraient atteindre 445 milliards USD. Les mesures
de confinement, la chute brutale de l’activité économique et l’augmentation du taux de
chômage ont provoqué des répercussions négatives sur l’emploi et les revenus des migrants.
En effet, toutes les estimations de la Banque mondiale et du FMI indiquent que les transferts
de fonds ont une grande importance. A titre illustratif, ils représentaient la moitié du PIB du
Tadjikistan en 2013, et au Bangladesh, ils constituent une source de financement importante
pour lutter contre la pauvreté. Ainsi, en volume, l’Inde était le premier pays bénéficiaire des
transferts de fonds avec 78,6 milliards USD en 2018, suivi par la Chine (67,4 milliards USD)
et le Mexique (35,7 milliards USD). En 2014, les États-Unis étaient le premier pays d’origine
pour les envois de fonds, où les flux sortants étaient estimés à 56 milliards USD. En deuxième
place venait l’Arabie Saoudite avec un montant estimé à 37 milliards USD, et en troisième
place, la Russie avec 33 milliards USD.

7
INTRODUCTION GÉNÉRALE

En plus de leur croissance progressive dans les quatre coins du monde, les transferts de
fonds ont bien résisté à la crise économique et financière devant la première source de
financement externe représentée par les flux de capitaux privés IDE. D’après la Banque
mondiale (2009), les transferts d’argent des migrants sont la source de devises la plus stable
pour les pays bénéficiaires. Contrairement aux flux de capitaux privés qui sont procycliques,
les transferts des migrants réduisent les cycles économiques des pays bénéficiaires. Ils
résistent aussi en période de récession dans les pays d’accueil des migrants. De plus, les
capitaux privés et les investissements étrangers s’orientent habituellement vers les pays
émergents, alors que les transferts de fonds sont destinés aux pays en développement. De ce
fait, les envois de fonds des migrants constituent une bouée de sauvetage pour des millions de
ménages pauvres dans les pays en développement. Ainsi les transferts de fonds réagissent
comme un mécanisme informel de stabilisation financière dans les pays qui connaissent des
fluctuations du prix des matières premières sur le marché international.

La Banque mondiale avait estimé que les transferts des migrants représentaient 2 % du PIB
des pays récipiendaires en 2007. Ce taux avait baissé à 1,6 % en 2009 durant la crise
économique. Toutefois, les autres flux comme l’investissement étranger et l’aide extérieure
ont beaucoup diminué par rapport aux flux de transferts, ce qui montre que ces transferts ont
tendance à résister en période de crise. L’Organisation de coopération et de développement
(OCDE) (2009) a expliqué pourquoi les transferts de fonds résistent en période de récession.
D’abord, les réseaux des migrants et les diasporas se construisent au fil du temps et ne
peuvent se disparaissent dès qu’il y a une récession. Ensuite, dans le cas où les migrants
souhaitent renter chez eux, ils emportent avec eux leurs économies qui sont considérées
comme des transferts de fonds. Enfin, les transferts de fonds ne représentent qu’une partie des
revenus des migrants, car si leurs revenus baissent, l’aspect de l’altruisme fait que les
migrants font des sacrifices pour ne pas toucher à la partie consacrée aux transferts.

En effet, les transferts d’argent des migrants sont perçus comme une bouffée d’oxygène
pour les pays bénéficiaires en période de crise économique, ils ont tendance à résister, voire à
augmenter au moment où les flux de capitaux IDE baissent. Les transferts des migrants
s’orientent vers les pays a revenus moyens et les pays pauvres dont ils représentent jusqu’à
50 % du PIB dans certains pays, tandis que les flux de capitaux privés s’orientent vers les
pays émergents. En 2000, l’APD représentait 20 % des financements extérieurs des pays en
développement et a baissé jusqu’à 14 % en 2012. La proportion des transferts de fonds est
passée de 29 % à 37 % pendant la même période. Ceci montre que les transferts de fonds sont

8
INTRODUCTION GÉNÉRALE

stables et contracycliques. Ils sont aussi une assurance pour les pays d’origine et surtout pour
les familles des migrants, contrairement aux flux de capitaux qui sont fluctuants. En effet, les
transferts de fonds représentent une source de financement importante pour les pays d’origine
des migrants et surtout pour leurs familles restées au pays en leur permettant d’améliorer leurs
conditions de vie et d’échapper à la pauvreté extrême.

Selon le Recueil des statistiques de 2011 de la Banque mondiale sur les transferts de fonds
et la migration, les transferts de fonds ont joué un rôle très important pendant la crise en
constituant un filet de sécurité pour les pays pauvres face à l’effondrement des flux de
capitaux privés. Selon le Factbook (2011), les 10 premiers pays de destination des migrants
étaient les États-Unis, l’Arabie Saoudite, l’Allemagne, la Russie, les Émirats arabes unis, le
Royaume-Uni, la France, le Canada, l’Espagne et l’Australie. Par ailleurs, 10 premiers pays
d’origine des migrants étaient l'Inde, le Mexique, la Russie, la Chine, le Bangladesh, le
Pakistan, les Philippines, l'Afghanistan, l'Ukraine et le Royaume-Uni. En outre, les frontières
entre le Mexique et les États-Unis ont été le plus important couloir migratoire au monde en
2013 (13 millions de migrants) suivi des couloirs Russie–Ukraine, Bangladesh–Inde et
Ukraine–Russie. Les Nations unies considèrent les trois derniers couloirs Sud-Sud.

Selon le rapport Factbook (2016) produit par le Partenariat mondial pour la connaissance
sur les migrations et le développement (KNOMAD), la migration Sud-Sud (migration des pays
en développement vers d’autres pays en développement) est plus importante que la migration
Sud-Nord (migration des pays en développement vers des pays développés). La migration
Sud-Sud représente 38 % de la migration internationale, tandis que la migration Sud-Nord
représente 34 %. Les couloirs migratoires diffèrent d’un pays bénéficiaire à l’autre en matière
de montants des fonds transférés et de la provenance de ces fonds. À titre d’exemple, le
Sénégal est réputé avoir adopté des couloirs migratoires multiples, puisque les familles des
migrants sénégalais reçoivent des fonds de France, d’Italie, d’Espagne, etc., tandis que les
Comores bénéficient d’un seul couloir, car la quasi-totalité de leurs fonds proviennent de la
France. Cela pourrait s’expliquer par l’ancienneté de la migration vers la France et la majeure
partie des migrants comoriens ayant choisi la France comme pays d’accueil. Quant à la
migration Sud-Nord, les pays d’accueil concernent les pays industriels du Nord, les pays de
l’OCDE et les pays pétroliers du Golfe. Concernant la migration de ces dernières décennies,
les migrants hautement qualifiés ont eu plus de chance d’émigrer par rapport aux migrants
peu qualifiés, ayant eu plus de facilités dans la procédure d’obtention de visa et pour trouver
un travail dans le pays d’accueil. Comme la migration est devenue de plus en plus limitée et

9
INTRODUCTION GÉNÉRALE

règlementée par les pays d’accueil, les migrants peu qualifiés recourent souvent à la migration
clandestine. La migration ne se limite donc plus aux hommes comme auparavant, puisque ces
dernières années les femmes représentent presque la moitié des migrants.

En outre, d’après les statistiques des Nations unies, le nombre de migrants internationaux a
atteint 272 millions de personnes en 2019, ce qui représente plus de 3 % de la population
mondiale. Et le nombre de migrants internes est d’environ 740 millions de personnes. Les
principales causes de la migration internationale sont de nature économique comme les écarts
de revenus et la pression démographique, il s’agit de déplacement volontaire. Les causes à
caractère politique ou de guerre comme les réfugiés, les demandeurs d’asile, etc., ne
représentent que 7 % du nombre des migrants internationaux.

Toutefois, les montants des transferts en volume entre les pays mentionnés ci-dessus
concernent uniquement les transferts financiers formels effectués par les migrants. Ainsi, les
institutions internationales estiment que les flux des transferts pourraient être plus élevés, dans
une mesure pouvant aller jusqu’à 50 %, si les montants envoyés par des canaux informels
étaient comptabilisés. En plus de ces difficultés de comptabilisation des transferts, il y a
certains pays qui ne déclarent même pas les transferts formels dans leur balance des
paiements, ce qui a rendu essentiel de réaliser des enquêtes auprès des ménages expéditeurs et
récipiendaires afin d’obtenir des chiffres fiables sur les transferts formels (Banque mondiale,
2010). Le FMI (2007) a confirmé que les transferts de fonds internationaux sont sous-évalués,
et que les transferts informels ne sont pas pris en compte. Ils représentent jusqu’à 50 % des
transferts officiels. En Afrique subsaharienne, les transferts qui passent par des canaux
informels représentent entre 45 % et 65 % des transferts formels, ce taux est plus élevé dans
les autres régions d’Afrique. De plus, les transferts intrarégionaux sont sous-estimés en
Afrique subsaharienne par les gouvernements. Ce type de migration est très courant dans cette
région, et les transferts effectués par les migrants internes servent à satisfaire les besoins de
base de leurs familles. L’utilisation de ces transferts dans le développement dépend des
sommes restantes après la satisfaction des besoins de consommation.

Par ailleurs, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) (2009) révèle que les
chiffres annoncés par les institutions bancaires internationales concernant les flux des
transferts de fonds sont sous-comptabilisés et ne reflètent pas leur ampleur, car une partie
considérable de ces fonds passe par des circuits informels, ces transferts non comptabilisés
représentent jusqu’à la moitié des transferts officiels. Ceci rend difficile l’obtention de

10
INTRODUCTION GÉNÉRALE

chiffres fiables et exacts. De plus, l’OCDE (2009) reconnaît la complexité d’obtenir les
chiffres réels des montants transférés vers l’Afrique. Elle trouve que les transferts informels
vers cette région sont de la même importance que les transferts formels et peuvent les
dépasser. Dans d’autres recherches, l’OCDE a conclu qu’ils représentaient entre 35 % et 75 %
des transferts officiels selon les régions.

Compte tenu de ces deux formes de transferts, de leur croissance progressive et de leur rôle
important dans l’accroissement des revenus, la réduction de la pauvreté et la contribution dans
le développement, les transferts de fonds méritent une attention particulière. Une question
mérite d’être posée dans le cadre de notre recherche :

Quel est l’impact des transferts de fonds des migrants sur la croissance économique
et sur la réduction de la pauvreté ?

Nombreuses sont les interrogations concernant leur impact sur les pays bénéficiaires. Le
fait que les transferts sont dépensés davantage sur la consommation implique que
l’investissement n’en bénéficie que si les dépenses sur la consommation courante sont
satisfaites. Peut-être y a-t-il un risque d’effet rentier ou de syndrome hollandais. Le recours
aux circuits informels par les migrants pour transférer l’argent n’encourage-t-il pas les
familles bénéficiaires à utiliser cet argent pour la consommation de biens ? Peut-on parler de
développement et de croissance économique sans avoir investi une part importante de ces
fonds ? Que peut-on faire pour inciter les migrants à emprunter des canaux officiels pour
transférer leur argent et les encourager à l’investir ? Les déterminants et les motifs des
migrants pour envoyer des fonds ont-ils une influence sur leur utilisation ? Les ménages
pauvres bénéficient-ils davantage de ces transferts par rapport aux ménages de la classe
moyenne ? Y a-t-il un risque d’accroître les inégalités de revenus après avoir reçu les
transferts de fonds ?

Afin d’aborder ces questions, nous proposons d’organiser notre travail en deux parties.

La première partie traitera l’aspect théorique de l’impact des transferts de fonds des
migrants. Cette partie se compose de deux chapitres. Le premier mettra la lumière sur
l’impact des transferts sur la croissance économique. Il s’agira de présenter, dans un premier
temps, les flux de transferts d’un point de vue macroéconomique, leurs caractéristiques, la
différence entre les flux de transferts et les autres flux internationaux comme les IDE et
l’APD, mais aussi leur reclassement dans la balance des paiements, les différentes méthodes

11
INTRODUCTION GÉNÉRALE

de leur comptabilisation, ainsi que les difficultés de leurs mesures par les gouvernements des
pays bénéficiaires. Ensuite, présenter les déterminants des transferts de fonds et les
motivations des migrants de transférer l’argent vers leur pays d’origine. Enfin, il serait
important de savoir comment ses transferts sont utilisés par les ménages bénéficiaires, puis
d’analyser leurs effets sur les économies des pays d’origine des migrants.

Le second chapitre examinera de manière plus directe l’impact des transferts d’argent sur
la réduction de la pauvreté. Dans cette perspective, nous mettrons en perspective à partir de la
littérature existante les questionnements que soulèvent l’étude de l’impact des transferts sur la
pauvreté et le lien entre la pauvreté et l’inégalité des revenus au sein des ménages. Pour cela,
nous présenterons tout d’abord le phénomène de la migration, ses motifs, ses coûts et le rôle
de la diaspora et des réseaux des migrants, et comment ils interviennent dans le processus de
la migration des personnes souhaitant émigrer en leur facilitant les démarches. Nous
présenterons ensuite le phénomène de la pauvreté, sa définition, ses mesures et sa relation
avec l’inégalité des revenus. Puis nous nous intéresserons aux différents types de transferts,
formels et informels, ainsi que les avantages et inconvénients de chaque type de transferts.
Ensuite, nous exposerons les initiatives et les efforts fournis par les institutions internationales
et par la communauté de la migration internationale dans le but de réduire les coûts de la
migration, ceci afin de la rendre plus accessible aux individus pauvres, et afin d’abaisser les
frais et commissions des transferts d’argent dans le but d’inciter les migrants à emprunter les
circuits officiels pour envoyer l’argent au pays. Enfin, nous présenterons les différentes
visions analysant la question de l’impact des transferts de fonds des migrants sur les pays
d’origine et d’accueil, et le lien entre la pauvreté et l’inégalité.

La deuxième partie sera consacrée à l’aspect empirique de l’impact des transferts de fonds.
Elle est divisée en deux chapitres. Le premier énoncera les différentes démarches et résultats
des travaux empiriques analysant la question des transferts de fonds sur la croissance
économique, notamment sur la croissance et la volatilité du PIB, sur l’épargne et sur le capital
humain, mais aussi, leur impact sur la pauvreté, sur l’inégalité des revenus et sur la pauvreté-
inégalité. Le deuxième chapitre explorera une base de données publiée par la Banque
mondiale en 2010, elle concerne une enquête sur les migrants burkinabè, leurs transferts de
fonds et leurs familles restées au pays. Le Burkina-Faso est très connu pour l’exportation de
migrants dans l’Afrique subsaharienne depuis l’époque coloniale. Dans cette perspective,
nous présenterons non seulement leurs caractéristiques démographiques, leurs conditions de
logement, leurs actifs et dépenses, l’utilisation des services financiers par les ménages, des

12
INTRODUCTION GÉNÉRALE

informations sur les migrants actuels et les anciens migrants (migrants de retour), mais aussi
des transferts de fonds, des transferts de biens et l’utilisation de ces transferts par les ménages
bénéficiaires. Nous analyserons aussi la nouvelle vie des migrants de retour et leurs
investissements dans leur ville natale. Ensuite, nous analyserons l’effet des transferts des
migrants burkinabè sur le bien-être en comparant les ménages bénéficiaires de ces transferts
avec les non bénéficiaires. Ainsi, nous estimerons les dépenses des ménages bénéficiaires des
transferts, avec et sans transferts, afin d’examiner l’impact de ces transferts sur les ménages
récipiendaires. Enfin, nous calculerons les indicateurs de pauvreté sur les ménages avec
transferts (incidence de la pauvreté, profondeur de la pauvreté et sévérité de la pauvreté), et
nous verrons l’impact des transferts sur ces trois indices de pauvreté et inégalité des revenus.

Nous terminerons par une conclusion générale expliquant les principaux résultats de notre
travail, ainsi que ses limites, et nous proposerons quelques recommandations pour optimiser
l’impact des transferts de fonds sur le développement des pays bénéficiaires.

13
PARTIE I REVUE DE LA
LITTÉRATURE SUR
L’IMPACT DES
TRANSFERTS DE FONDS

7
Introduction

Les transferts de fonds des migrants sont qualifiés d’avoir des impacts macroéconomiques
importants sur les économies des pays récipiendaires, vu leur proportion du PIB et les
caractéristiques qu’ils ont, comme la régularité et la stabilité. Ils devront certainement jouer
un rôle très important pour le développement et la stimulation de la croissance économique.
En plus de ces impacts, les transferts de fonds peuvent également contribuer à l’atténuation de
la pauvreté de manière directe et indirecte et réduire les inégalités de revenus.

Cette partie est divisée en deux chapitres. Le premier met l’accent sur l’impact des
transferts de fonds sur la croissance économique. Pour ce faire, il est divisé en deux sections.
La première section énonce les différents aspects qui caractérisent les transferts de fonds et les
autres flux internationaux, ainsi leur reclassement dans la balance des paiements afin de
déterminer les difficultés qui peuvent découler de leurs mesures. Ainsi, leurs déterminants et
leurs motivations. La deuxième section se concentre sur les différents paradoxes des effets
macroéconomiques des transferts de fonds, qui peuvent provenir de multiples canaux. Pour
comprendre ces différences, il faudra d’abord connaître les utilisations de ces transferts, puis
leurs implications sur les différents pays bénéficiaires.

Le second chapitre aborde l’impact des transferts de fonds sur la réduction de la pauvreté.
Il est divisé en deux sections. La première section présente une analyse théorique sur la
migration, la pauvreté et les transferts de fonds. Ainsi, les efforts fournis par les organisations
internationales pour répondre aux problèmes et difficultés rencontrées par les migrants. La
deuxième section présente les différentes théories qui étudient l’impact de la migration sur les
pays d’origine et d’accueil des travailleurs migrants, ainsi que l’impact des transferts de fonds
sur la réduction de la pauvreté et l’inégalité de revenus au sein des ménages après la
distribution des transferts. Parmi ces théories, il y a celles qui disent que les transferts de
fonds ont des répercussions positives sur la réduction de la pauvreté et l’inégalité, celles qui
disent qu’ils ont des effets néfastes et aggravent les inégalités, et d’autres qui suggèrent qu’il
y a des conditions qui doivent être remplies pour que cet impact soit positif.

15
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Chapitre 1 : Transferts de fonds et croissance économique

Ce chapitre met l’accent sur les caractéristiques des transferts de fonds d’un point de vue
macroéconomique, sur leurs déterminants, leurs motivations, et leurs impacts sur la croissance
économique selon leurs utilisations.

Section 1 : Analyse théorique des transferts de fonds

Cette section est divisée en deux sous-sections. La première expose les transferts de fonds
d’un point de vue macroéconomique. La seconde présente les déterminants et les motivations
qui poussent les travailleurs migrants à effectuer des transferts vers leur pays d’origine.
1.1 - Les transferts de fonds d’un point de vue macroéconomique

Cette sous-section a pour objectif de préciser la nature des transferts de fonds au regard des
autres transferts ou flux financiers internationaux. Il s’agira également de rendre compte de
leur comptabilisation et mesure.

1.1.1- Les caractéristiques des transferts de fonds1

Les caractéristiques des transferts de fonds et l’étude de leurs impacts économiques ont
mobilisé l'attention des décideurs et des chercheurs au cours des dernières années.
Trois raisons expliquent l’intérêt croissant porté à l’analyse des transferts de fonds des
travailleurs migrants :
- La proportion de ces fonds transférés par rapport au PIB des économies récipiendaires.
- Les perspectives de la Banque Mondiale indiquent que ces flux vont s’accroître chaque
année, cette augmentation est due aux principes de la libéralisation et globalisation.
- Les flux des transferts de fonds diffèrent de ceux de l'aide publique et de capitaux privés,
notamment des IDE.

Ces trois raisons indiquent que ces fonds transférés qui peuvent également influencer les
décisions des politiciens et des économistes dans les pays récipiendaires, ont des effets
macroéconomiques qui doivent être examinés. Comment sont-ils traités ? Existe-il des
difficultés de calculs d’un point de vue empirique ?

1
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, International Monetary Fund, Washington DC,
2008, p. 3.

16
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

1.1.2- La différence entre les flux des transferts de fonds et les autres flux
financiers internationaux

Le montant des transferts de fonds reçus par les pays bénéficiaires (en développement) est
supérieur (ou égal) au montant des investissements directs étrangers, des flux de portefeuille
sur les marchés financiers, et de l'aide publique au développement (ils varient selon la balance
des paiements de chaque pays). Ces transferts privés versés par des migrants représentent
également une manne financière pour les familles de leur pays d’origine. Ils affectent les prix
du marché, mais ils ont également un impact sur les interactions entre les individus, les
entreprises, les intermédiaires financiers et l’Etat.2

Les transferts privés représentent des caractéristiques différentes. Contrairement aux autres
flux financiers internationaux, les transferts privés ont des comportements différents en
termes d’évolution et de stabilité dans le temps, ce qui rend leurs effets économiques
différents. En effet, de manière générale, « les transferts privés sont des transferts personnels
non marchands sans contrepartie entre les ménages selon les pays », tandis que les transferts
de capitaux privés ont un but lucratif. Les transferts de fonds diffèrent complètement des flux
de l'aide publique au développement, dans la mesure où les transferts privés correspondent à
plusieurs transferts de taille « modeste » entre particuliers, alors que les transferts de l’aide
publique sont des transferts à partir d’un Etat à un autre Etat. La particularité des transferts de
fonds au regard des autres types de transferts est qu’ils reposent sur l’existence des relations
familiales et leurs transactions financières entre eux. Du fait de cette particularité, l’impact
macroéconomique des transferts de fonds passe nécessairement par des canaux de
transmission microéconomiques.3

1.1.3- La comptabilisation des transferts de fonds

La particularité des transferts de fonds conduit naturellement à s’interroger sur la manière


dont ils sont comptabilisés d’un point de vue macroéconomique. Les institutions en charge de
comptabiliser ces flux au sein de la balance des paiements segmentent ces flux en trois
composantes ou piliers selon la classification établie par le Fonds monétaire international
(FMI), mais cette comptabilisation ne prend pas en compte les transferts informels en vue
d’impossibilité d’obtenir des chiffres corrects.

2
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. p. 3.
3
Ibid., p. 4.

17
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

- Le premier pilier, « les transferts de fonds des travailleurs », enregistre les opérations des
transferts courants des migrants à destination de leur pays d’origine. Les travailleurs migrants
sont considérés comme des résidents par les pays qui les accueillent, à condition d’y être
installé depuis au moins un an. Ces transferts de fonds versés par les travailleurs migrants sont
enregistrés dans le compte des transferts courants, selon la cinquième édition du Manuel de la
balance des paiements (FMI, 1993 ; ci-après MBP5)4

- Le deuxième pilier, « la rémunération des employés », enregistre les salaires, les


traitements et les prestations des travailleurs migrants qui sont versés par les pays qui les
accueillent. Ces opérations sont enregistrées dans le compte des rémunérations des employés,
(FMI, 1993 ; ci-après MBP5)

- Le troisième pilier, « les transferts de capital des migrants ». Il s’agit d’un transfert de
patrimoine d’un migrant à la suite de son changement de résidence d'un pays à l'autre. Ce
transfert des éléments financiers est enregistré dans le compte des transferts des migrants sous
forme de transferts de capitaux non étatiques, (FMI, 1993 ; ci-après MBP5)

A partir de ces différentes catégories des transferts de fonds des migrants, les chercheurs et
les décideurs les ont définis comme : périodiques, non partageables et non marchands entre
des individus qui ont un lieu de résidence différent. Parmi la littérature récente qui a classé et
organisé ces trois catégories ou piliers des transferts privés, il y a : les perspectives
économiques mondiales de la Banque mondiale (Banque mondiale, 2005), les perspectives de
l'économie mondiale du Fonds monétaire international (FMI, 2005). Il y a aussi des
documents de travail récents d’Aggarwal, Demirgüç - Kunt et Martinez Peria (2006) et de
Giuliano et Ruiz Arranz (2005).5

Cependant, la classification établie par le FMI pour comptabiliser les transferts de fonds
n’est pas appliquée intégralement par plusieurs pays, ce qui rend difficile de faire une
comparaison internationale des flux transférés entre les pays bénéficiaires. A titre d’exemple,
la banque centrale des Philippines regroupe les transferts de fonds des travailleurs et la
rémunération des employés en un seul compte. En outre, la banque centrale de la République
tchèque regroupe les transferts de fonds des travailleurs avec d’autres virements privés dans la
rubrique « les transferts de capital des migrants ». En revanche, du côté des chercheurs, les
méthodes utilisées pour déterminer le montant des transferts de fonds ne sont pas unanimes.

4
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. p. 4.
5
Ibid., p. 5.

18
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Certains chercheurs regroupent les transferts des travailleurs avec la rémunération des
employés, et d’autres font la somme des trois segments (transferts des travailleurs,
rémunérations des employés et transferts de capital des migrants) Ratha (2003) et Daianu
(2001). En effet, les résultats obtenus par ces méthodes doivent être interprétés avec réserve,
du fait que les sommes utilisées par les chercheurs dépassent beaucoup les montants réels des
fonds transférés. À titre explicatif, le compte de « la rémunération des employés » enregistre
les salaires, traitements et prestations des travailleurs migrants dont une partie est dépensée
dans leur pays d’accueil et le reste transféré vers leur pays d’origine. Ce compte enregistre
également les salaires des travailleurs expatriés à l’étranger qui ne sont pas considérés comme
des migrants. Ainsi, le compte « les transferts de capital des migrants » comprend plusieurs
opérations qui rendent difficile l’identification des transferts, tels que les bijoux, voitures,
meubles, vêtements, médicaments et pensions de retraite.6

En effet, certaines banques centrales ont du mal à séparer les transferts de fonds des
travailleurs migrants des autres opérations de transferts (rémunération des employés et
transferts de capital des migrants) selon la classification établie par le FMI, ce qui implique
que ces banques enregistrent une partie importante des transferts des employés dans les deux
autres comptes. En conséquence les transferts de fonds sont sous-estimés et représentent
moins que leur valeur réelle, ce qui rend nécessaire l’addition des montants des trois segments
de la balance des paiements.7

1.1.4- Les types de transferts de fonds8

Selon Chami et al, les transferts de fonds se divisent en deux types qui sont :

A- Transferts des actifs accumulés

Durant son séjour dans un pays d’accueil, le travailleur migrant transfère généralement des
fonds dans son pays d’origine. Cependant, s’il décide de retourner définitivement dans son
pays, il pourra alors être amené à transférer des actifs accumulés. Ce transfert est considéré
comme un transfert de capital et non pas comme un versement. Selon le MBP5, ce transfert
est enregistré en tant que transfert de capital.

6
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, Perspectives des
migrations internationales, OCDE, 2006, p. 151.
7
Ibid., pp. 151 et 152.
8
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. p. 5.

19
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

B- Reclassement des actifs

Ce type de transfert comprend les opérations des individus qui changent de pays de
résidence, mais ce changement n’implique pas des transferts de flux financiers réels. A titre
d’exemple, Bill Gates, le président de Microsoft Corporation, résidant aux États-Unis, a fait
une demande de changement de résidence pour la Barbade (sa demande a été acceptée). Le
magazine Forbes a diffusé le reclassement de sa richesse qui était estimée à 56 milliards de
dollars US. Une fois les flux de transferts de fonds effectués, les transferts reçus par la
Barbade auraient dû s’élever de façon spectaculaire. Pourtant, il n’y a eu aucun transfert. Le
PIB de la Barbade était moins de 3 milliards de dollars US avant le reclassement des actifs de
Bill Gates, et après le reclassement, le niveau de vie des ménages est resté le même sans
aucune augmentation du revenu par habitant.

La différence entre les transferts de fonds et ces deux types d’opérations (transfert des
actifs accumulés et reclassement des actifs), est que ces deux derniers peuvent ne pas inclure
des flux réels.

1.1.5- L’importance des transferts de fonds

Il s’agit d’analyser la place qu’occupent les transferts de fonds dans la balance des
paiements par rapport aux autres flux, et de mettre en perspective leur relation avec les autres
types de flux financiers.

A- Comparaison entre les transferts de fonds et les autres flux (évolution-stabilité)

Les transferts de fonds viennent en deuxième place après les flux de capitaux privés FDI,
ils sont plus grands que les flux de capitaux privés non-IDE et les flux de l’aide publique
respectivement depuis 1998 (voir figure 1), et sont plus constants que les autres flux de la
balance des paiements.9

9
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. P. 14.

20
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 1 : Transferts de fonds et autres flux des pays en développement

Les transferts de fonds des migrants ont connu une augmentation spectaculaire, ils ont
grimpé de 58 milliards US en 1995 à 160 milliards US en 2004 et se positionnent en
deuxième place derrière les IDE (Banque mondiale 2006). Ils ont dépassé la dette privée et les
capitaux propres, ainsi que l’aide publique au développement (voir tableau 1).10

Tableau 1 : Transferts de fonds et autres flux des pays en développement


(En milliards de dollars)

La figure 2 représente l’évaluation des flux en matière de volatilité dans le temps de 1980
jusqu’à 2003 à partir des proportions qu’ils représentent dans le PIB. Selon la base de données
de Chami et al, et du FMI, les flux des transferts de fonds représentent la source de recettes la

10
Faini R., Migrations et transferts de fonds. Impact sur les pays d’origine, Revue d’économie du
développement, Vol. 15, 2007, p. 168.

21
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

plus stable pour les pays en développement, tandis que les flux de l’aide publique sont trois
fois plus volatiles que les transferts de fonds pendant la période étudiée.11

Figure 2 : Volatilité des flux des pays en développement

L’étude de Chami et al, (2003) montre que :

- Les flux de capitaux privés IDE sont 17 fois plus volatiles que les transferts privés.
- Les flux de capitaux privés non-IDE sont 22 fois plus volatiles que les transferts privés.
- Et les exportations sont 74 fois plus volatiles que les transferts privés.12

Ainsi, les transferts de fonds ne cessent de croître et représentent actuellement le second


poste des flux de la balance des paiements des pays récipiendaires. De plus, leur stabilité
relative par rapport aux autres flux peut fournir des avantages macroéconomiques
supplémentaires, en matière de diminution de la volatilité de la production et de la
consommation.

En 2008, les transferts de fonds des migrants ont atteint 305 milliards de dollars, soit une
augmentation de 9 % par rapport à 2007. Ces transferts proviennent en grande partie des
États-Unis, d’Arabie Saoudite et de Suisse. La figure 3 indique que ces flux financiers
représentent des sommes importantes pour les pays bénéficiaires. L’Inde est le premier pays
bénéficiaire des flux de transferts en volume avec plus de 45 milliards de dollars.13

11
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. pp. 11 et 12.
12
Ibid., p. 13.
13
Burki O. et Mordasini M., Envois de fonds par les émigrants : quel impact pour les pays pauvres ? Revue de
politique économique, Vol. 55, 6-2009, p. 56.

22
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 3 : Les dix plus grands bénéficiaires de transferts de fonds en valeur absolue,
2008

En pourcentage de PIB, le Tadjikistan représente le premier pays bénéficiaire de transferts


de fonds, avec une proportion de 45 % du PIB. La Moldavie et le Tonga viennent en
deuxième et troisième place avec 38 % et 36 % respectivement (Voir figure 4).14

En 2012, les transferts de fonds des travailleurs migrants ont atteint un peu plus de 401
milliards US par les voies formelles, sans compter les circuits informels. Ces fonds transférés
représentent des sommes considérables et une proportion importante du PIB des pays
récipiendaires. À titre illustratif, en 2011 ces flux ont représenté plus de 10 % du PIB de 22
pays bénéficiaires des transferts de fonds.15

14
Burki O. et Mordasini M., Envois de fonds par les émigrants : quel impact pour les pays pauvres ? op. cit. p.
57.
15
Chami R. et Fullenkamp C., Au-delà de la famille, Finances et Développement, Fond Monétaire International,
Washington DC, 2013, p. 48.

23
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 4 : Les dix plus grands bénéficiaires de transferts de fonds en pourcentage de


PIB, 2007

En 2002, les transferts de fonds des migrants représentaient 2,4 % des PIB cumulés des
pays bénéficiaires, 8,2 % de leurs exportations cumulés et 10,4 % de leurs investissements
cumulés. En outre, les transferts de fonds sont plus élevés dans les pays les plus démunis
(revenu faible ou moyen) que les autres pays en développement. D’après le tableau 2, les
transferts des migrants ont atteint presque 42 % du PIB de la Tonga, plus de 36 % du PIB de
la Cisjordanie et de Gaza, et plus de 25 % de celui du Lesotho.16

16
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. p. 152.

24
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Tableau 2 : Trente premiers pays bénéficiaires des transferts de fonds les plus élevés en
pourcentage du PIB, 2002

Cependant, les transferts de fonds ne sont pas distribués entre les différentes régions de
pays bénéficiaires de façon équitable. En volume, il y a sept pays d’Asie figurant dans la liste
des dix premiers bénéficiaires des transferts de fonds (Inde, Chine, Philippines, Corée du sud,
Pakistan, Israël et Bengladesh, (voir tableau 3).17

17
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. p. 153.

25
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Tableau 3 : Trente premiers pays bénéficiaires des transferts de fonds les plus élevés en
valeur absolue, 2002 (En millions de dollars)

En outre, les pays d’Asie reçoivent la moitié (50%) des flux de transferts de fonds vers les
pays en développement devant les pays de l’Amérique latine (30 %). Cependant, ces montants
considérables dont les pays d’Asie bénéficient ne représentent que près de 2 % de leur PIB.
Par ailleurs, les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient accueillent près de 15 % des flux
de transferts de fonds vers les pays en développement, des sommes modestes par rapport à
celles des pays d’Asie et d’Amérique latine, mais ces flux de transferts représentent 3,7 % de
leur PIB. En outre, les pays d’Afrique subsaharienne ne reçoivent que 5 % du montant total
des transferts de fonds, ces montants représentent environ 1,3 % de leur PIB.18

18
Rocher E. et Pelletier A., Les transferts de revenus des migrants : quel impact sur le développement
économique et financier des pays d’Afrique subsaharienne ? Bulletin de la Banque de France N° 173, 2008, pp.
2 et 3.

26
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 5 : Principaux modes de financement extérieur des pays bénéficiaires de


transferts de fonds par régions 2001-2006 (en % du PIB)

En ce qui concerne les pays de l’Afrique du Nord et plus précisément ceux du Maghreb,
les transferts des migrants vers ces pays ont connu une augmentation spectaculaire ces
dernières années (surtout le Maroc). En 2008 le Maroc a reçu 7 milliards US (8 % du PIB), la
Tunisie 2 milliards US (5 % du PIB) et l’Algérie 2 milliards US (1 % du PIB). En effet, le
Maroc est le premier pays bénéficiaire des flux de transferts dans la région, et cela, se justifie
par les politiques établies par le Maroc, qui servent à développer le tissu des intermédiaires
financiers et inciter les migrants de passer par le circuit formel afin de maximiser les flux de
transferts et garantir leur stabilité. Les figures 6, 7 et 8 montrent l’évolution des transferts de
fonds vers les pays du Maghreb et les autres flux de la balance des paiements.19

19
Bourenane N. et al, Réduire les coûts des transferts d’argent des migrants et optimiser leur impact sur le
développement, Banque de France et Banque Africaine de Développement, Paris, 2015, p. 25.

27
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 6 : L’évolution des transferts de fonds et les autres flux de la balance des
paiements – Maroc 2003 - 2008

Figure 7 : L’évolution des transferts de fonds et les autres flux de la balance des
paiements – Algérie 2003 - 2008

28
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 8 : L’évolution des transferts de fonds et les autres flux de la balance des
paiements – Tunisie 2003 - 2008

La figure 9 montre l’évolution des transferts de fonds de 2000 à 2008 vers les pays du
Maghreb, et l’impact de la stratégie menée par le Maroc pour accroître les flux de transferts et
garantir leur stabilité semble avoir des résultats positifs.20

Par ailleurs, les transferts de fonds représentent en volume trois fois les flux de l'aide
publique, et dépassent le montant de la dette privée et les flux de portefeuille d'actions des
pays récipiendaires (voir figure 10). Ainsi, ils dépassent les réserves de change dans 14 pays
bénéficiaires (en développement), et représentent également la moitié du niveau des réserves
de change dans d’autres pays bénéficiaires (voir figure 11).21

20
Bourenane N. et al, Réduire les coûts des transferts d’argent des migrants et optimiser leur impact sur le
développement, op. cit. p. 27.
21
The World Bank, Migration and Remittances Flows, Migration and Development Brief 21, Washington DC,
2013, p. 1.

29
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 9 : L’évolution des transferts de fonds des pays du Maghreb central 2000 - 2008

Figure 10 : L’accroissement des flux des transferts de fonds ; tendances et perspectives

30
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 11 : Les transferts de fonds dépassent les réserves de change dans plusieurs pays
(%)

Ainsi, les transferts des migrants représentent en volume plus de deux fois les exportations
de Cisjordanie et de Gaza, égalent celles du Cap-Vert et représentent plus de la moitié des
exportations de d’Albanie, Ouganda, Bosnie-Herzégovine, Soudan et Jordanie.22

À la suite d’un affaiblissement de paiements de plusieurs marchés émergents, les transferts


de fonds sont devenus une source de recettes en devises étrangères importante, surtout aux
pays de l’Asie du Sud, comme l’Inde.23

En effet, la baisse des coûts de transferts d’argent effectués par les migrants depuis leur
pays d’accueil vers leur pays d’origine par les intermédiaires financiers a incité beaucoup de
migrants à utiliser ce moyen de transfert (canal formel) au détriment du canal informel,
entrainant ainsi une augmentation des flux de transferts enregistrés, ce qui signifie que les
montants des transferts de fonds réels n’ont pas augmenté ces dernières années et que cette
augmentation se traduit par le passage des montants de transferts d’argents considérables du
secteur informel vers le secteur formel. Cependant, la vague de migration ne cesse de
s’accroître chaque année dans les pays du nord et provoque une augmentation des transferts
de fonds réels. Par conséquent, les flux de transferts s’amplifient à la suite d’une conversion

22
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. p. 152.
23
The World Bank, Migration and Remittances, op. cit. p. 2.

31
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

de sommes importantes du circuit informel au circuit formel, et à l’intensification du


phénomène migratoire.24

Ainsi, la hausse des fonds transférés s’explique par les crises ou les récessions
économiques qui caractérisent les pays d’origine des migrants. Rather (2005) et Giuliano et
Ruiz-Arranz (2009) ont conclu que les fonds transférés sont contra-cycliques et qu’ils sont
fortement et négativement corrélés avec les mauvaises performances économiques qui
caractérisent les pays bénéficiaires des transferts de fonds.25

B- Existe-t-il une corrélation entre les transferts de fonds et les autres flux ?

R. Chami et al, (2008) ont constaté que les flux des transferts de fonds apparaissent comme
non corrélés avec les différents flux de la balance des paiements. A partir du tableau 1, le
coefficient de corrélation (R) montre que les transferts de fonds sont :

- Faiblement et positivement corrélés avec les transferts officiels (+0.13) de 1970 à 2005 et
(+0.06) de 1995 à 2005.

- Faiblement et négativement corrélés avec les flux de capitaux (-0,07 pour les flux de
capitaux privés, -0,11 pour les flux de capitaux officiels), et ces résultats sont valables pour
plus de la moitié des pays bénéficiaires des transferts de fonds pour la période d’étude de
1970 à 2005 et de 1995 à 2005.

Tableau 4 : Corrélations entre les transferts de fonds et les autres flux

24
Faini R., Migrations et transferts de fonds. Impact sur les pays d’origine, op. cit. pp. 168 et 169.
25
Katibou A., Les migrations comoriennes en France, Recherches internationales, N° 90, 2011, p. 147.

32
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

De ce fait, les transferts de fonds ne sont pas corrélés avec les autres flux internationaux.
Cependant, certaines études comme « Giuliano et Ruiz-Arranz (2005), Lueth et Ruiz-Arranz
(2006) » ont conclu que les transferts de fonds ont tendance de se comporter de la même
façon que les flux de capitaux d'investissement, et inversement avec les flux de capitaux
privés.26

En outre, les flux d’investissement ont tendance à croître à travers le phénomène de


migration. En effet, les migrants peuvent renseigner les natifs des opportunités
d’investissement et les secteurs rentables dans leur pays d’origine. Ainsi, ils peuvent leur
fournir des informations sur le climat des affaires, les lois et la manière de faire le business.
Les pays d’origine peuvent redorer leur blason grâce à la main d’œuvre qualifiée qu’ils
possèdent et aux compétences des migrants au travail dans les pays d’accueil. Cependant,
Docquier et Lodigiani (2006) ont conclu que les émigrés qualifiés sont seuls capables de
mener et concrétiser ces initiatives.27

Ainsi, les migrants contribuent au développement du commerce entre leur pays d’origine
et leur pays d’accueil dans le cas de la migration internationale, et aussi, entre différentes
villes de leur pays d’origine dans le cas de la migration interne. Gould (1994) a conclu que les
migrants aux États-Unis accroissent le commerce avec leur pays d’origine. Ainsi, Javorcik,
Özden et Spatareanu (2004) ont trouvé qu’il y a une corrélation positive entre la migration
d’un pays d’origine vers les États-Unis et les IDE des États-Unis vers ce pays. Cependant,
Kugler et Rapoport (2005) ont démontré que les émigrés non qualifiés ne peuvent pas diriger
les réseaux de commerce et d’investissement, donc ils ne peuvent pas avoir des effets positifs
sur les IDE et le commerce. De ce fait, les émigrants qualifiés ont un impact positif sur
l’accroissement du commerce et des IDE vers leur pays d’origine.28

1.2- Déterminants et motivations des transferts de fonds

Cette sous-section a pour objectif de définir les facteurs qui déterminent les transferts de
fonds des travailleurs migrants et le montant des transferts. Ainsi, les motifs qui poussent les
migrants à effectuer ces transferts.

26
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. p. 17.
27
Faini R., Migrations et transferts de fonds. Impact sur les pays d’origine, op. cit. p. 164.
28
Schiff M., Migration, investissement et commerce : substituts ou compléments ? Revue d'économie du
développement, Vol. 15, 2-2007, p. 25.

33
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

1.2.1- Les déterminants des transferts de fonds

Les études portant sur les facteurs influençant les transferts de fonds se divisent en deux
types d’études. Les études macroéconomiques s’intéressent aux effets de l’évolution du
nombre de migrants et des emplois qu’ils occupent dans leur pays d’accueil, de la situation
économique et politique qui prévaut le pays d’origine et les circuits par lesquels les transferts
de fonds sont effectués. Les travaux microéconomiques analysent les effets des transferts de
fonds au niveau régional ou local. Cependant, il y a peu d’études qui s’intéressent à identifier
les ménages dépendants des transferts de fonds, parmi ces études il y a celle de Germenji et
al. (2001) qui ont travaillé sur les zones rurales albanaises. 29 Par ailleurs, ses études
s’intéressent à trois facteurs pour expliquer les transferts de fonds :

A- Caractéristiques des migrants30

L’âge du migrant joue un rôle très important dans la prise de décision d’envoyer des fonds,
plus le migrant est âgé plus il envoie des fonds en raison de sa responsabilité envers la famille
restée au pays. Si le migrant a une femme et des enfants restés dans leur pays d’origine, la
probabilité d’envoyer de l’argent est plus grande que s’il est célibataire ou âgé. Toutefois, la
relation entre l’âge du migrant et la décision de transférer des fonds prend la forme d’un U
inversé. Les transferts de fonds sont moins importants et réguliers lorsque le migrant est
célibataire ou à la retraite, et l’inverse lorsque le migrant est marié avec femme et enfants
restés au pays.

En plus de l’âge du migrant, il y a la localisation de sa famille qui influence la décision de


transférer de l’argent. En effet, dans leur pays d’accueil, les migrants commencent à
s’intégrer, apprennent la langue, et acquièrent de l’expérience et des compétences dans leur
travail, qui leur permet de décrocher un meilleur poste et d’améliorer leurs salaires,
augmentant ainsi la probabilité d’envoyer des fonds. Cependant, si le migrant compte
s’installer définitivement dans son pays d’accueil et rapatrie sa famille en procédant au
regroupement familial, la probabilité de transférer de l’argent vers son pays d’origine sera
moindre, et même s’il continue de le faire, le montant sera modeste et moins régulier. À titre
illustratif, Gedeshi (2002) a trouvé que 77 % des migrants albanais qui ont rapatrié leurs
familles ne transfèrent pas de fonds.

29
Lerch M. et Wanner P., Les transferts de fonds des migrants albanais, Swiss forum for migration and
population studies, Université de Neuchatel, 2006, p. 30.
30
Ibid., pp. 30-32.

34
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Ainsi, le capital humain des migrants a un effet sur la probabilité d’envoyer de l’argent
dans le pays d’origine. Les migrants bien instruits et formés ont plus de chance d’occuper des
postes bien rémunérés, ce qui augmente la probabilité d’envoyer des fonds avec des montants
plus importants. En outre, il se peut que le migrant envoie de l’argent non pas par obligation
mais par reconnaissance envers ses parents qui ont déboursé de grosses sommes pour sa
formation afin qu’il réussisse, ainsi les transferts opérés par le migrant sont comme une dette
qu’il rembourse à ses parents.

Il y a aussi la situation du migrant et ses conditions de vie qui influencent sur la probabilité
de transférer des fonds. Balderas (2003) a trouvé que les migrants mexicains en situation
irrégulière aux États-Unis envoient plus d’argent que les migrants légaux. Gedeshi (2002) a
trouvé les mêmes résultats démontrant que les migrants illégaux saisonniers envoient
davantage d’argent que les migrants permanents qui investissent une partie de leur revenu
dans leur l’intégration et améliorent leurs conditions de vie.

Une autre caractéristique influe sur la probabilité de transférer de l’argent, les femmes
migrantes. Leur sentiment de responsabilité et sensibilité influe davantage sur la probabilité
d’envoyer de l’argent que les hommes migrants qui veulent souvent réaliser leurs propres
intérêts au détriment de leurs familles. En effet, si une famille espère bénéficier des fonds
envoyés par ses membres vivant à l’étranger, et si parmi ces migrants il y a des femmes, alors
la probabilité d’envoyer des fonds serait plus importante chez les femmes que chez les
hommes. Cependant, Sana et Massey (2005) ont étudié un échantillon de quatre pays de
l’Amérique Centrale et ont conclu que les hommes envoient plus d’argent que les femmes.
Ainsi, Gedeshi et al. (2003) ont abouti aux mêmes résultats en Albanie.

B- Caractéristiques des ménages bénéficiaires31

Selon la « Nouvelle Economie des Migrations », le projet migratoire est supposé s’inscrire
dans une stratégie familiale plus large. La structure familiale ainsi que les caractéristiques
socio-économiques du ménage bénéficiaire conditionnent donc fortement le flux des transferts
de fonds (Wahba 1991).

- Caractéristiques démographiques du ménage


Les liens familiaux entre le migrant et le ménage (ascendance ou descendance directe)
représente un facteur important qui augmente la probabilité de transférer de l’argent. Tandis

31
Lerch M. et Wanner P., Les transferts de fonds des migrants albanais, op. cit. pp. 32–36.

35
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

que plus le nombre de générations s’accroît, plus les liens entre le migrant et sa famille se
distendent entraînant un impact négatif sur la probabilité d’envoyer des fonds. Itzigsogn
(1995) a conclu que la structure de la famille, le nombre de personnes qui constitue un
ménage et l’âge du chef de ménage ont un impact sur la décision des migrants de transférer
des fonds. Ainsi, il a constaté que les familles dirigées par des personnes âgées ont plus de
chance de bénéficier des transferts de fonds que les familles récemment constituées, avec ou
sans enfants en bas âge qui bénéficient de sommes modestes. Germenji et al. (2001) ont aussi
conclu qu’en Albanie, les ménages dirigés par une personne âgée ont plus de chance de
recevoir de l’argent que ceux dirigés par des jeunes en âge de travailler. En effet, les ménages
dirigés par les parents et personnes âgées sont les plus bénéficiaires des transferts de fonds
dans le cas où les migrants ont rapatrié leurs femmes et enfants dans leur pays d’accueil.
Tandis que si les migrants laissent les femmes et les enfants dans leur pays d’origine, ces
derniers bénéficient de montants plus importants que ceux destinés aux parents des migrants.

- Caractéristiques économiques du ménage


Les transferts de fonds effectués par les travailleurs migrants vers leur famille d’origine
ont le plus souvent pour but de répondre à des insuffisances socioéconomiques. De ce fait, le
revenu du ménage et sa situation financière jouent un rôle déterminant pour la réception de
fonds. Ainsi, le niveau de formation et le nombre d’actifs au sein du ménage influent sur la
probabilité d’envoyer de l’argent. En effet, les transferts de fonds sont négativement corrélés
avec le nombre d’actifs et le revenu par tête au sein du ménage. Itzigsohn (1995) a constaté
que si le chef de ménage ne travaille pas ou perçoit un salaire modeste, il a une forte
probabilité de recevoir des fonds, ces fonds transférés représentent une proportion importante
du revenu familial. Cependant, ces sommes importantes représentent un filet de sécurité pour
les membres de ménage bénéficiaires et les incitent parfois à ne pas travailler. Par ailleurs, en
Albanie, les transferts de fonds sont destinés à des ménages qui se situent au-dessus du seuil
de pauvreté, ce qui laisse dire que les transferts de fonds ont permis aux ménages
bénéficiaires d’améliorer leurs conditions financières et de sortir de la pauvreté. En outre,
Germenji et al. (2001) ont conclu que les ménages bénéficiaires des transferts de fonds
vivaient en dessous du seuil de pauvreté avant la réception de fonds. De ce fait, les transferts
de fonds sont davantage destinés à des ménages pauvres.

Par ailleurs, Lerch et Wanner (2006) ont constaté que les aides sociales versées pour les
personnes les plus démunies et les allocations aux chômages sont négativement corrélées avec

36
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

la probabilité de bénéficier des transferts de fonds, donc, les transferts sociaux ont un impact
négatif sur la probabilité de recevoir de l’argent.

- Propriété terrienne du ménage


En effet, il existe une relation positive entre l’acquisition de terrains agricoles et la
probabilité de transférer des fonds. La possession ou l’héritage des terres agricoles représente
un facteur important qui influe positivement sur la décision d’envoyer de l’argent par les
travailleurs migrants. Lerch et Wanner (2006) ont abouti aux mêmes résultats et ont conclu
qu’après la privatisation des terres agricoles en Albanie, les transferts de fonds ont été
davantage envoyés aux ménages propriétaires de terrains agricoles pour l’acquisition de
matériels agricoles. Ainsi, Germenji et al. (2001) ont constaté que les propriétaires exploitants
de terrains agricoles en Albanie bénéficient davantage des transferts de fonds. Cependant, les
ménages propriétaires de terrains inexploitables ou restreints ont peu de chance d’investir
dans l’agriculture, par conséquent, ils bénéficient moins de transferts de fonds.

C- Caractéristiques des communautés et positionnement des ménages par rapport à


celles-ci32

Lerch et Wanner (2006) suggèrent que l’inégalité des revenus entre les ménages et la
situation économique qui prévaut dans le pays d’origine sont aussi des facteurs qui peuvent
influencer la décision des migrants d’envoyer des fonds. En effet, compte tenu de la variable
spatiale, les transferts de fonds ont tendance à réduire l’inégalité des revenus de plusieurs pays
d’origine. Grâce à la migration, plusieurs régions pauvres peuvent améliorer leur niveau de
vie à travers les transferts de fonds et s’alignent au même niveau que celui des régions ou
familles aisées à l’échelle régionale ou nationale. Les migrants issus de familles pauvres ont le
sentiment et la responsabilité d’aider leurs familles restées au pays, ce qui augmente la
probabilité d’envoyer de l’argent. En outre, le dynamisme de l’activité économique et les
infrastructures qui caractérisent le pays d’origine influencent la probabilité de transférer de
l’argent. A titre illustratif, Sana et Massey (2005) ont étudié un échantillon de pays de
l’Amérique centrale et ont trouvé que dans les régions où les infrastructures publiques sont
développées et l’activité économique est dynamique et diversifiée avec la présence de
plusieurs entreprises, la probabilité d’envoyer des fonds par les migrants augmente
considérablement. Ce résultat a été confirmé en Albanie par Lerch et Wanner (2006).

32
Lerch M. et Wanner P., Les transferts de fonds des migrants albanais, op. cit. pp. 36 et 37.

37
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Par ailleurs, dans leur étude, Lerch et Wanner (2006) supposent qu’il existe cinq facteurs
qui influencent considérablement non seulement la probabilité de bénéficier des transferts de
fonds, mais aussi, le montant de ces transferts. Les facteurs géographique, démographique,
socioéconomique, intégration du comportement migratoire ainsi que les caractéristiques des
migrants internationaux, tous dépendants les uns des autres, influencent la décision de
transférer de l‘argent.

Quant au facteur géographique, une région dynamique qui possède une activité
économique concentrée a un double effet, d’une part elle attire les migrants à travers les
emplois qu’elle offre et devient une destination privilégiée pour la migration, d’autre part elle
influence positivement la probabilité de recevoir des fonds. En ce qui concerne les facteurs
démographiques et socioéconomiques, les ménages de la classe moyenne ont une forte
probabilité de recevoir des fonds, alors que les ménages les plus démunis n’ont pas d’aide
externe et les ménages de la classe supérieure n’ont pas besoin d’un soutien financier ou sont
rapatriées par leurs membres qui résident à l’étranger. Ainsi, l’acquisition de terres agricoles
ou d’entreprises familiales accroissent la probabilité de bénéficier des transferts de fonds.
Pour l’intégration des comportements migratoires du ménage, les ménages qui ont déménagé
vers une région dynamique (migration interne) ont une probabilité plus importante de recevoir
des fonds que les ménages qui n’ont pas migré. Ainsi, les familles qui ont des migrants
internationaux temporaires ont davantage de chance de bénéficier des transferts de fonds que
ceux qui ont des migrants internationaux permanents. Quant aux caractéristiques des anciens
membres établis à l'étranger, les ménages qui comptent des migrants moyennement et
hautement qualifiés ont davantage de chance de recevoir des fonds que les ménages qui
comptent des migrants peu qualifiés.33

En effet, l’étude de Lerch et Wanner (2006) se base sur une enquête menée en Albanie en
2002, l’échantillon regroupe près de 3600 ménages albanais qui ont été interrogés sur leur
situation socioéconomique et démographique, logement, santé, activités commerciales et
agriculture. L’objectif de cette étude est de trouver les facteurs déterminant la réception des
transferts de fonds. Ainsi, les facteurs influençant le montant des transferts de fonds.

- Facteurs déterminant la réception des transferts de fonds


Ils ont conclu que les régions de la côte, qui connaissent une forte croissance économique
caractérisées par l’implantation d’un nombre important d’entreprises nationales et étrangères,

33
Lerch M. et Wanner P., Les transferts de fonds des migrants albanais, op. cit. pp. 37–39.

38
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

et qui possèdent les infrastructures nécessaires ont une forte probabilité de bénéficier des
transferts de fonds. Tandis que les régions rurales éloignées où les infrastructures sont presque
inexistantes et les terres non exploitables pour l’agriculture ne bénéficient pas des transferts
de fonds, malgré un nombre important de migrants issus de ces régions (INSTAT 2004a). De
ce fait, les transferts de fonds sont davantage envoyés aux ménages résidant dans des régions
dynamiques et à forte concentration contrairement aux régions pauvres et défavorisées.34

En effet, les ménages qui ont un membre qui vit à l’étranger ont une probabilité de
bénéficier des transferts de fonds. Cependant, la probabilité est différente d’un ménage à
l’autre selon la stratégie choisie par ce dernier et l’histoire de la migration au sein du ménage.
Lerch et Wanner (2006) ont constaté que l’histoire migratoire influence considérablement la
probabilité de recevoir de l’argent, plus la migration est ancienne au sein d’un ménage où
dans une région particulière, plus la probabilité de bénéficier des transferts de fonds est
élevée. En outre, les ménages qui ont procédé à des stratégies migratoires multiples ont plus
de chance de bénéficier des transferts de fonds que les ménages ayant procédé à une seule
stratégie migratoire (migration interne ou internationale). Ainsi, la probabilité de bénéficier
des transferts lorsque la migration internationale est renforcée par une migration interne est
plus élevée que celle de la migration temporaire interne ou internationale. King et al. (2003)
ont constaté que les ménages comptant un migrant international ont plus de chance de mener
une migration interne. Cette migration intervient à la suite du départ d’un membre de ménage
à l’étranger, ce fait traduit la réussite de la migration internationale qui permet aux ménages
bénéficiaires d’avoir les moyens financiers nécessaires pour procéder à une migration interne
où l’activité économique est dynamique. En effet, les ménages qui ont procédé à une
migration internationale multiple, temporaire et permanente ont la probabilité la plus élevée
de bénéficier des transferts de fonds. De plus, lors de leur séjour à l’étranger, les migrants
temporaires internationaux mettent une pression sociale sur les migrants permanents
internationaux en les incitants à transférer de l’argent régulièrement, ce qui augmente leur
probabilité de rapatrier de l’argent. Ainsi, les ménages qui comptent des migrants permanents
internationaux ont une probabilité plus importante de bénéficier des transferts de fonds que les
ménages qui comptent des migrants temporaires internationaux.35

Lerch et Wanner (2006) ont aussi trouvé que le type de ménage et le niveau d’études de
ses membres influencent considérablement la probabilité d’envoyer de l’argent par les

34
Lerch M. et Wanner P., Les transferts de fonds des migrants albanais, op. cit. pp. 70 et 71.
35
Ibid., pp. 73 et 74.

39
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

travailleurs migrants. En effet, les ménages élargis et individuels ont une faible probabilité de
bénéficier des transferts de fonds, mais ils sont plus avantageux que les ménages
monoparentaux dirigés par une femme. Quant au niveau de formation des membres du
ménage, les résultats montrent que ceux qui ont un faible niveau de formation (secondaire ou
tertiaire) ont une probabilité élevée de bénéficier des transferts, contrairement aux ménages
qui ont un niveau de formation supérieur mais à condition qu’ils occupent des postes bien
rémunérés, car les résultats du modèle montrent que les ménages dont les membres sont
inactifs ont davantage de chance de bénéficier des transferts de fonds, tandis que les ménages
dont les membres sont actifs ont une faible probabilité de recevoir de l’argent. Lerch et
Wanner (2006) justifient ce résultat en se référant aux résultats de l’étude de Stark (1991),
selon laquelle les transferts de fonds se substituent aux revenus des migrants perçus dans leur
pays d’origine. Ainsi, la migration représente une exportation de main-d’œuvre vers l’étranger
et les transferts de fonds effectués par les migrants vers leur pays d’origine sont leur
rémunération.36

Par ailleurs, les ménages qui s’investissent dans des activités commerciales ou créent une
entreprise familiale hors du secteur agricole ont moins de chance de bénéficier des transferts
de fonds bien qu’un nombre important de migrants souhaite investir en Albanie. En ce qui
concerne les caractéristiques migratoires spécifiques aux ménages, selon Lerch et Wanner
(2006), elle représente un facteur influant et décisif dans la réception des transferts de fonds.
Le résultat du modèle révèle que la migration interne du ménage accroît la probabilité de
recevoir de l’argent dans les régions rurales, tandis que si cette migration interne du ménage
est accompagnée par une migration internationale de l’un de ses membres, la probabilité de
bénéficier des transferts dans ces régions diminue.37

- Facteurs influençant le montant des transferts de fonds


Les résultats de l’étude indiquent que les ménages dont le chef est un homme âgé de moins
de 60 ans bénéficient de montants plus importants que ceux dont le chef est une femme, cela
est certainement dû à l’autorité et/ou à la pression que les hommes exercent sur leurs membres
établis à l’étranger. Contrairement aux ménages dont le chef est âgé de plus de 60 ans, ils
bénéficient de montants moins importants, car les migrants doivent aussi couvrir les besoins
financiers de leurs petites familles. Ainsi, le pays d’accueil du migrant joue un rôle primordial
dans l’importance des fonds transférés. Plus la distance entre le pays d’accueil et l’Albanie

36
Lerch M. et Wanner P., Les transferts de fonds des migrants albanais, op. cit. p. 74.
37
Ibid., pp. 74 et 75.

40
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

s’éloigne, plus les montants des fonds transférés aux ménages bénéficiaires s’accroissent. À
titre indicatif, les migrants établis en Italie envoient des montants modestes par rapport à ceux
établis aux USA et au Canada qui transfèrent des montants conséquents. De plus, ces migrants
de l’outre-Atlantique sont hautement qualifiés et perçoivent des salaires importants ce qui leur
permet de transférer des sommes considérables. En effet, Lerch et Wanner (2006) ont constaté
que la sélectivité de la migration a un effet significatif sur le montant des fonds transférés aux
pays d’origine. En outre, l’impact de la durée de migration sur le montant des transferts de
fonds était non significatif dans le résultat du modèle. Cependant, les émigrants qui résident
en Grèce ont tendance à envoyer des sommes moins conséquentes par rapport à ceux établis
en Italie, pourtant plus proche de l’Albanie que de la Grèce, sans doute en raison des
difficultés rencontrées par les émigrants établis en Grèce pour trouver un emploi, et en raison
de leur salaire minimum. De plus, la majorité de ces émigrants résidant en Grèce de façon
temporaire préfère rapatrier des fonds à son retour.38

Keeley (2009) a indiqué que le lieu de résidence de la famille nucléaire du migrant


représente un facteur important qui influe considérablement sur l’importance du montant
envoyé par le migrant vers son pays d’origine. Les migrants ayant procédé au regroupement
familial envoient en général des montants moins importants que ceux qui ont émigré en
laissant leur conjoint et enfants dans leur pays d’origine. Ainsi, les émigrés peu qualifiés qui
sont issus en majorité de familles pauvres ont tendance à envoyer des montants conséquents
par rapport aux émigrés moyennant ou hautement qualifiés soit parce qu’ils ont les moyens
financiers nécessaires qui leur permettent de rapatrier leur famille, soit parce que leur famille
n’a pas besoin d’aide financière.39

En outre, la durée de séjour du migrant dans le pays d’accueil représente un deuxième


facteur qui influe sur le montant des transferts de fonds. Plus le séjour du migrant dure
longtemps, plus la part de son revenu consacrée à sa famille diminue. De ce fait, le montant
des transferts de fonds ne diminue pas en chiffres absolus, mais en proportion de son revenu
qui a tendance à augmenter au fil du temps avec l’expérience et le savoir-faire que le migrant
acquiert dans le pays d’accueil. Cependant, ce phénomène ne peut être observé qu’après un
long séjour du migrant à l’étranger. Par ailleurs, Keeley (2009) a mentionné qu’il existe
d’autres facteurs qui peuvent influer sur les montants des transferts de fonds effectués par les
migrants. À titre d’exemple, la stabilité politique et économique dans le pays d’origine et les

38
Lerch M. et Wanner P., Les transferts de fonds des migrants albanais, op. cit. pp. 83 et 84.
39
Keeley B., Les migrations internationales : le visage humain de la mondialisation, OCDE, 2009, p. 137.

41
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

indicateurs macroéconomiques encouragent les migrants à transférer des montants


conséquents (taux de change, taux d’épargne, le climat d’investissement, etc.). En effet, les
transferts de fonds peuvent être modifiés en même temps par plusieurs facteurs dont les
degrés peuvent baisser ou s’accroître au fil du temps.40

Du côté du pays d’accueil, les indicateurs macroéconomiques comme la taille de la


diaspora africaine, le niveau de vie du pays d’accueil et le revenu perçu par les migrants, la
durée de séjour des migrants à l’étranger ont une influence sur le niveau des flux opérés par
les travailleurs migrants vers l’Afrique. Quant au pays d’origine, si les facteurs
macroéconomiques comme le taux d’intérêt, le taux de change, l’inflation et le taux de
rendement des actifs financiers sont favorables et attractifs, les migrants accroissent les
montants des transferts de fonds et leur épargne dans leur pays d’origine.41

Stark (1991) « Il n’existe pas de théorie générale des transferts de fonds. Les travaux qui
analysent ce phénomène apportent de précieuses données descriptives ainsi que des résultats
de recherche empirique mais ils ne l’expliquent que partiellement et présentent un certain
nombre de limites sur les plans géographique, socioculturel et temporel ».

En effet, le montant des flux de transferts de fonds effectués vers le pays d’origine se
détermine par le type de migration (temporaire ou permanente), l’état civil du migrant
(célibataire, marié avec ou sans enfants, personnes à charge), le rapatriement ou non de sa
famille, et les liens qu’il garde avec elle. Ainsi, le montant des transferts se détermine
également par le revenu que le migrant perçoit, ses dépenses dans le pays d’accueil et sa
volonté de transférer ses économies à sa famille restée au pays. 42 De ce fait, il serait
nécessaire de connaître les motivations qui incitent les émigrants à rapatrier une partie de
leurs revenus dans leur pays d’origine.

40
Keeley B., Les migrations internationales : le visage humain de la mondialisation, op. cit. pp. 139–141.
41
Site : www.performancesconsulting.com, consulté le 10.05.2016.
42
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. pp. 154 et
155.

42
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

1.2.2- Les motivations des transferts de fonds

Les ouvrages sur la question font la distinction entre l’altruisme pur, le simple intérêt
personnel, les arrangements tacites avec la famille restée dans le pays natal, et les décisions de
gestion de portefeuille.

A- Altruisme pur

Les ouvrages qui ont analysé les motivations des transferts de fonds qualifient d’altruisme,
le fait que les migrants se soucient du bien-être de leurs familles restées dans le pays
d’origine. En effet, le modèle altruiste considère que la satisfaction du migrant est liée au
bien-être de sa famille laissé derrière lui. Ainsi, le modèle suppose que les montants des
transferts sont positivement corrélés avec le revenu du migrant et négativement corrélés avec
le revenu de la famille du migrant, c’est-à-dire que les transferts ont tendance à croître avec
l’augmentation de revenu du migrant. Une fois que le revenu de sa famille s’améliore, le
migrant envoie moins d’argent. Le modèle suppose également que les montants des transferts
de fonds diminuent à long terme, car la durée de séjour du migrant dans le pays d’accueil dure
longtemps et les liens entre sa famille et lui se distendent au fil du temps, surtout si le migrant
compte s’installer définitivement dans le pays hôte et rapatrie sa famille nucléaire. Les
résultats des travaux empiriques sur les émigrants résidant aux États-Unis montrent que les
fonds transférés par les migrants sont motivés par l’altruisme. De plus, la probabilité
d’envoyer de l’argent par des migrants avec enfants est moins importante que celle des
migrants sans enfants, ce résultat est justifié par des motifs altruistes. Par ailleurs, Lucas et
Stark (1985) ont mené une étude sur le Botswana et ont constaté qu’une augmentation de 1 %
des revenus de leurs émigrés établis à l’étranger entraîne une augmentation entre 0.25 % et
0.73 % des montants des transferts de fonds. Cependant, quant à la relation entre les montants
des transferts et le revenu des familles dans le pays d’origine, le résultat est non significatif.
Ils ont conclu que l’altruisme n’était pas le seul facteur qui motive les émigrants à transférer
de l’argent.43

43
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. p. 156.

43
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

B- Simple intérêt personnel

Le simple intérêt personnel est représenté par trois types de motifs différents, selon les
motivations des migrants au moment de transférer des fonds à leurs familles. D’abord, il se
peut qu’un migrant effectue des transferts afin de bénéficier de l’héritage familial. Ensuite, un
migrant qui possède des biens dans son pays natal a intérêt à envoyer de l’argent à sa famille
pour qu’elle s’en occupe à sa place. À titre d’exemple, Lucas et Stark (1985) ont confirmé ces
résultats sur un échantillon de données du Kenya et du Botswana, sans savoir cependant si les
migrants transfèrent de l’argent à leurs proches pour bénéficier de l’héritage plus tard, ou bien
pour veiller sur leurs biens laissés dans le pays d’origine. Par ailleurs, à partir d’une enquête
sur les migrants provenant des Iles Tonga et Samoa établis à Sydney, Brown (1997) a conclu
que les migrants envoient de l’argent à leurs familles pour qu’elles prennent soin de leurs
investissements et de leurs biens. Enfin, la migration temporaire du migrant l’incite à
transférer de l’argent vers son pays d’origine pour l’achat ou la construction d’une maison,
et/ou s’investir dans des actifs financiers et biens publics, ce qui lui permet d’avoir de
l’influence politique et économique au sein de sa famille et communauté locale lors de son
retour définitif dans son pays. Les travaux empiriques sur cette question ont confirmé ce
résultat, tels ceux de Glytsos (1988; 1997) qui a observé que les migrants grecs qui résidant en
Allemagne ont l’intention de retourner au pays tandis que les migrants établis aux États-Unis
et en Australie sont installés de manière définitive. Il a trouvé que les migrants établis en
Allemagne envoient davantage de fonds. Ainsi, aux États-Unis, une augmentation de 1 % de
la durée de migration implique une baisse de 2 % de la probabilité de transférer des fonds. De
plus, les émigrés établis au Canada ne consacrent que 2 à 6 % de leurs revenus pour les
transferts de fonds, une part très modeste par rapport à celle des transferts effectués par des
migrants qui résident dans d’autres pays, qui s’explique par la nature de la migration
permanente qui caractérise le Canada.44

C- Arrangements familiaux tacites : co-assurance et prêts45

Les arrangements familiaux conclus entre les membres de mêmes ménages s’avèrent plus
complexes mais plus équilibrés que les deux motifs cités ci-dessus considérés comme des
motifs extrêmes. C’est dans cette logique que Lukas et Stark (1985) ont mis en place un
modèle qui explique les motivations des transferts de fonds dénommé « altruisme tempéré »

44
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. pp. 156 et
157.
45
Ibid., pp. 157 et 158.

44
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

ou « intérêt personnel bien compris ». Contrairement aux deux motifs précédents où la


décision de transférer des fonds est unilatérale et uniquement prise par le migrant, dans ce
modèle la décision est prise au sein de la famille. Ainsi, les transferts de fonds sont considérés
comme un facteur endogène de la migration. Au sein de la famille, le choix des membres pour
devenir un migrant fait partie d’une stratégie migratoire, et les transferts de fonds seraient le
fruit de cette stratégie. En outre, l’arrangement entre les migrants et les membres de leur
famille restés au pays est considéré comme une « convention de co-assurance implicite » ou
un « accord de prêt familial implicite ». Dans les deux cas, l’accord conclu au sein du ménage
protège les transferts de fonds de la rupture, soit par le biais du remboursement de la dette
envers la famille, soit par les objectifs personnels que le migrant voudrait atteindre tels que
l’intention d’hériter, l’investissement dans son pays d’origine, l’accumulation de capitaux
nécessaires avant de rentrer définitivement dans son pays, ou pour s’assurer que sa famille
prendra soin de ses biens.

En ce qui concerne le modèle de co-assurance implicite, il est réparti en deux phases. Dans
la première phase, le modèle suppose que le migrant est l’assuré et sa famille prend le rôle de
l’assureur dans la mesure où elle garantit le financement des coûts de la migration, sans elle le
migrant ne pourrait pas couvrir la totalité des frais dû à la migration qui représentent une
somme importante. Grace à l’aide financière de la famille, le projet migratoire pourrait se
réaliser et le risque dû à l’incertitude de ce projet serait atténué. Dans la deuxième phase, à
partir du moment où le migrant s’installe dans le pays hôte et trouve un travail permanent
avec un revenu élevé, les rôles s’inversent et il devient lui-même l’assureur. Sa famille
bénéficiera des transferts de fonds, elle pourra donc améliorer sa consommation et/ou investir
dans des projets risqués et rentables.

Par ailleurs, le modèle de prêt familial se compose de trois phases. Dans un premier temps,
dès que le migrant trouve un travail stable dans le pays d’accueil, il commence à rembourser
le crédit qui lui a été accordé pour financer les frais de son émigration, mais aussi le crédit
obtenu par d’autres migrants pour payer ses études avant son émigration. Dans un second
temps, les migrants financent les études des membres de leur famille restés au pays sous
forme de crédit pour qu’ils finissent leurs études et soient prêts à émigrer. Cependant, durant
cette phase, les transferts des travailleurs migrants pourraient baisser car ils ne sont pas tous
obligés d’accorder des crédits à leurs membres de familles pour financer leurs études. Dans un
troisième temps, avant leur retour définitif, les migrants transfèrent vers leurs pays d’origine
le capital accumulé afin de se lancer dans des activités commerciales et couvrir les dépenses

45
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

courantes. Ainsi, dans cette phase le montant des transferts augmente. Ensuite, la nouvelle
génération de migrants qui succède à celle qui retourne au pays natal rembourse ses crédits
contractés par l’ancienne génération de migrants. Ce circuit permet de maintenir les montants
des transferts de fonds à un niveau élevé et garantir leur continuité, et aussi les utiliser dans
l’investissement de capital humain, contrairement au modèle de co-assurance ou celui de
l’altruisme pur dont les transferts de fonds risquent de diminuer au fil du temps et sont
consacrés à la consommation. À titre illustratif, une étude empirique portant sur l’exode rural
au Botswana révèle que le niveau d’étude des migrants et celui de leurs membres restés au
pays est positivement corrélé avec le montant des transferts de fonds, ce résultat renforce
l’hypothèse des accords de prêt. Quant à la stabilité et la régularité des transferts de fonds, les
résultats d’une étude sur le Royaume de Tonga et du Samoa occidental en confirment
l’hypothèse. Cependant, il existe d’autres études qui rejettent cette hypothèse. Dans une
enquête portant sur les migrants établis à Sydney, les résultats révèlent que les migrants n’ont
pas l’intention de rembourser l’argent qui leur a été attribué par leurs familles afin de payer
leurs études. Les résultats d’une enquête menée aux États-Unis sur les migrants de
l’Amérique latine révèlent que le niveau d’étude du migrant influe négativement sur les
transferts de fonds, et que chaque année d’étude supplémentaire réduit la probabilité de
bénéficier des transferts de fonds de 7 %. Les résultats d’une étude sur des données de panel
de plus de 30 pays en développement affirment ce comportement des migrants instruits vis-à-
vis des transferts de fonds.

D- Objectif d’épargne du migrant

Les études théoriques qui ont abordé ce type de motivation ont défini un modèle à partir
des hypothèses suivantes. Le migrant devrait accumuler un capital « objectif d’épargne » lors
de son séjour dans son pays d’accueil avant de retourner définitivement au pays d’origine.
Ainsi, il devrait transférer de l’argent à sa famille restée dans son pays. Le montant des
transferts de fonds est fixé après négociation entre le migrant et sa famille. Dans cette
perspective, les montants des transferts issus du revenu du migrants dont la famille souhaite
bénéficier sont considérés comme « demande », et la capacité du migrant à transférer une
partie de son revenu est considérée comme « offre ». Du côté du migrant, il doit minimiser au
maximum ses dépenses quotidiennes dans son pays d’accueil pour pouvoir satisfaire la
demande de sa famille (transferts de fonds réguliers) et faire des économies mensuelles afin
d’atteindre son « objectif d’épargne ». Pour cela, il lui faudra un travail avec un revenu élevé
et/ou augmenter le nombre d’heures de travail, et prolonger la durée de migration nécessaire

46
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

pour accomplir ses objectifs. Du côté de sa famille, le modèle suppose qu’elle souhaite
percevoir un revenu (y compris les transferts de fonds) supérieur à celui de ses voisins pour
justifier sa stratégie migratoire. À partir de ces hypothèses, le montant des transferts de fonds
se détermine en fonction du revenu du migrant, du niveau de vie dans le pays d’accueil
comme dans le pays d’origine et de la négociation du montant des transferts entre le migrant
et sa famille. À ce sujet, les résultats des travaux empiriques sur les migrants grecs en
Allemagne et les migrants de sept pays méditerranéens du sud de l’Europe ont confirmé cette
l’hypothèse.46

En effet, les transferts de fonds sont positivement et significativement corrélés avec le


niveau de vie dans le pays d’accueil et d’origine. Par ailleurs, d’autres travaux empiriques
s’intéressent à la durée de migration qui permet d’atteindre les objectifs fixés. À titre
d’exemple, Galor et Stark (1990) ont constaté que les migrants temporaires envoyaient
davantage de fonds que les migrants permanents. Merkle et Zimmermann (1992) ont abouti au
même résultat, plus la migration se prolonge, plus les liens entre les migrants et leurs familles
se distendent et moins les migrants sont incités à envoyer de l’argent. Cependant, plus la
durée de migration se prolonge, plus les migrants sont mieux rémunérés et peuvent transférer
des sommes conséquentes à condition de le vouloir. En outre, Lucas (2004) a conclu que le
montant des fonds transférés ne dépend pas de la nature de migration (temporaire ou
permanente), qu’il existe une durée optimale de migration dans laquelle les transferts de fonds
pourraient augmenter, mais qu’au-delà de cette période, au moment où les liens familiaux se
distendent et le salaire du migrant augmente, les transferts ont tendance à diminuer.47

E- Décisions de gestion de portefeuille

Les motivations des transferts de fonds présentés précédemment se caractérisent par


l’endogénéité des transferts à la migration. Ainsi, ces motivations s’intéressent aux facteurs
qui incitent les migrants à transférer de l’argent, ces transferts dépendant en grande partie des
variables microéconomiques. Dans le motif « décisions de gestion de portefeuille », les
transferts de fonds sont considérés comme un phénomène exogène à la migration et sont
influencés par les facteurs macroéconomiques du pays d’accueil comme du pays d’origine,
tels que le taux d’intérêt, le taux de change, l’inflation et le taux de rendement relatifs des

46
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. pp. 158 et
159.
47
Ibid., p. 159.

47
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

différents actifs financiers et matériels.48 En effet, si les facteurs macroéconomiques relatifs


aux pays de départs sont favorables, le migrant pourrait transférer son capital qu’il a accumulé
dans son pays d’accueil.49. De ce fait, les transferts de fonds s’inscrivent dans une stratégie de
gestion de portefeuille. Par ailleurs, contrairement aux facteurs microéconomiques qui
affectent la décision de transférer des fonds sur le long terme, les incitations de gestion de
portefeuille n’influent sur les transferts qu’à court terme. Cependant, les facteurs
macroéconomiques dans les pays d’origine des migrants influent sur le canal par lequel les
migrants envoient leur argent (canal formel ou informel).

En outre, l’épargne que le migrant peut générer, issue de son revenu, peut être investie
dans son pays d’origine si le projet est rentable. Afin d’inciter les migrants à transférer leurs
épargnes vers leurs pays d’origine, les responsables des pays de départ des migrants ont mis
en place des facilités et des mesures d’incitation telles que les taux de change préférentiels,
comptes de dépôt en devise avec des taux d’intérêts élevés. Ainsi, Glytsos (2001) a constaté
que l’inflation dans le pays d’origine affecte négativement les transferts de fonds. À titre
d’exemple, les transferts des migrants vers les Philippines ont baissé de façon spectaculaire
après la crise financière qui secouait le pays à la fin des années 90, dû à l’incertitude et aux
fluctuations économiques que connaissait le pays. Les résultats d’une étude empirique sur la
Turquie montrent que les incitations faites par l’État n’ont pas eu de résultats significatifs sur
l’accroissement des transferts de fonds. Le gouvernement de la Turquie a mis en œuvre
pendant la période 1963-1982 des plans d’incitation afin d’attirer les transferts de fonds de
travailleurs migrants, comme l’application de taux de change préférentiels et faciliter
l’ouverture de comptes de dépôts en devise avec des taux d’intérêts intéressants, mais il s’est
avéré que les transferts de fonds vers la Turquie dépendent de la stabilité politique et la
sécurité plus que leur rendement économique et la situation économique du pays.50

Sarr (2009) a fait une étude empirique basée sur une enquête réalisée en France en 2007
sur les migrants sénégalais vivant dans des foyers des 11e et 13e arrondissements de Paris, puis
au Sénégal oriental avec des familles de migrants pour confirmer les résultats de l’enquête
obtenus à Paris. L’objectif de cette étude est de connaître les raisons qui poussent les migrants
sénégalais à transférer des fonds. Les résultats révèlent que les motivations de transferts sont
multiples et variées. Les transferts peuvent être motivés par l’altruisme, la solidarité, la

48
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. p. 159.
49
Site : www.Performancesconsulting.com, consulté le 10.05.2016.
50
Ibid., P.160.

48
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

volonté d’investir dans son pays après le retour du migrant, et les arrangements familiaux
implicites.51

En France, les motifs qui incitent les travailleurs migrants africains à transférer des fonds
vers l’Afrique diffèrent selon la région. Mouloud et al, (2010) ont constaté que les migrants en
provenance d’Afrique Subsaharienne transfèrent plus de fonds que les migrants originaires du
Maghreb. L’aspect « obligation de transférer » prend le pas sur les autres motifs au moment
d’exécuter l’opération de transfert pour les migrants subsahariens. Ces transferts sont utilisés
dans la consommation courante comme la santé, l’éducation et la nourriture. En outre,
l’ancienne génération des migrants d’Afrique du Nord arrivée en France dans les années
1960-70 est celle qui transfère le plus, l’aspect « attachement au pays d’origine » prend le pas
sur les autres motifs. Contrairement aux migrants de la nouvelle génération arrivés dans les
années 1990 et 2000 qui envoient moins d’argent car ils sont mus par des sentiments répulsifs
et peu attachés à leurs pays d’origine. Ce comportement pourrait provoquer un déclin des
transferts de fonds futurs.52

À partir d’une enquête menée en Grande Bretagne sur les raisons qui poussent les
émigrants à envoyer de l’argent, de nombreux migrants ont répondu : « Aider ma famille est
pour moi un devoir social, culturel et moral », ce qui montre la pluralité des motivations au
moment du transfert.53 Il se peut que les transferts de fonds soient motivés par l’altruisme et la
pression sociale. Ainsi, ils peuvent être motivés par l’intérêt personnel du migrant et les
accords familiaux implicites. Cependant, l’un ou plusieurs de ces motifs peuvent être
favorisés selon les circonstances.54

En conclusion, un transfert de fonds peut être motivé par un ou plusieurs motifs (altruisme
pur, simple intérêt personnel, arrangements familiaux tacites, objectif d’épargne du migrant et
décisions de gestion de portefeuille) au moment de son exécution. Chaque motif correspond à
une part du montant de transfert de fonds et à la période d’exécution de ce transfert. Il se peut
qu’un motif prenne le pas sur les autres pendant un certain temps ou pour une certaine

51
Sarr P.A., Transferts de fonds des migrants et développement en Afrique : une étude de cas sur le Sénégal,
Migrations et développement, Paris, 2009, p. 22.
52
Mouhoud E.M., Les effets des transferts des migrants sur la pauvreté et les inégalités : une revue de la
littérature économique récente sur données microéconomiques, Impact des transferts de fonds sur la pauvreté
et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie, Research
N° FEM33-22, Paris, 2013, p. 10.
53
Keeley B., Les migrations internationales : le visage humain de la mondialisation, op. cit. p. 140.
54
Site : www.performancesconsulting.com, consulté le 10.05.2016.

49
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

catégorie de migrants, ce qui complique l’analyse des motivations des transferts de fonds et
l’élaboration d’une théorie universelle.55

Section 2 : Utilisations et effets des transferts de fonds

Cette section a pour objet, de présenter dans un premier temps, les utilisations des
transferts de fonds. Dans un second temps, l’impact macroéconomique des transferts de fonds
selon leurs utilisations.

2.1- Utilisations des transferts de fonds

Les utilisations des transferts de fonds peuvent se traduire soit comme consommation
courante ou comme accumulation d’actifs. Ces deux utilisations des transferts privés ont des
impacts économiques différents, et ils prennent aussi une place importante dans la littérature
des transferts de fonds.

Plusieurs travaux ont abordé la question de l’utilisation finale des transferts de fonds.
Ainsi, dans leurs études, Oberai et Singh (1980), Durand (1996). Gilani, Khan et Iqbal (1981)
montrent que la majorité des fonds versés par les migrants vers les familles de leur pays
d’origine sont dépensés sur la consommation, et le reste est dépensé sur l'investissement.56 En
2004, le Fonds d'investissement multilatéral de la Banque interaméricaine de développement
a réalisé une enquête sur cinq pays d’Amérique Latine. Selon les résultats de cette enquête, 60
à 80 pour cent des fonds transférés à ces pays sont consacrés à la consommation. En 2006, la
Banque Mondiale a refait la même enquête, en élargissant l’échantillon de pays, et a abouti
aux mêmes conclusions. Sofranko et Idris en 1999, ont fait une enquête sur des familles
Pakistanaises, ils ont trouvé que ces familles dépensent la majorité des transferts privés versés
par leurs membres de familles qui résident au Moyen-Orient, sur la consommation et très peu
de ces transferts sont alloués aux investissements d’entreprises. Lopez et Seligson en 1991 ont
fait une enquête au Salvador, selon leur échantillon, ils ont constaté que 40 pour cent des
entrepreneurs qui reçoivent des fonds ne les emploient pas dans leurs activités et ils les
dépensent sur la consommation. 57 D’autres chercheurs ont conclu que la proportion des
transferts de fonds consacrée à la consommation est plus petite que la proportion du revenu

55
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. p. 171.
56
Site : http://worldwidescience.org/wws/result-list/fullRecord:oberai/preferredLanguage:en/, consulté le
15.01.2014
57
Chami R., Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. p. 28.

50
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

consacrée à la consommation. Ainsi en 2005, Adams a abouti à ce résultat en exploitant les


données d’une enquête réalisée au Guatemala.58

Selon Burki et Mordasini (2009), les transferts de fonds des migrants sont utilisés dans la
consommation courante afin de satisfaire les besoins nécessaires (nourriture, santé et
éducation des enfants). Une fois arrivés à un niveau de consommation stable, les transferts
sont utilisés dans des domaines divers (immobilier, épargne, investissement ou
développement de petite entreprise familiale). De nombreux travaux empiriques corroborent
ces résultats, à titre d’exemple, à partir d’un panel de données macroéconomiques des pays
bénéficiaires des transferts de fonds, les ménages ayant un membre établi à l’étranger vivent
dans des conditions meilleures que les familles sans migrants, aussi, ils ont des indicateurs de
santé meilleurs, le taux de naissance est plus important, ainsi, le taux de réussite de leurs
enfants à l’école est plus élevé. De plus, la proportion des transferts de migrants mexicains
établis aux États-Unis consacrée à l’investissement et à la création de petites entreprises
représente 20 % du montant total du capital investis dans les régions urbaines du Mexique.59

Chami et Fullenkamp (2013) décrivent les transferts de fonds comme une bénédiction pour
les familles qui les reçoivent. Ainsi, ils sont une manne financière et un revenu
supplémentaire par lequel les ménages bénéficiaires peuvent régler leurs dépenses
quotidiennes (nourriture, vêtements, santé, logement et équipement électronique). De plus, ces
fonds qui sont souvent transférés par montants de quelques centaines de dollars permettent à
un nombre important de ménages bénéficiaires de sortir de la pauvreté et garantir un niveau
de consommation élevé et stable surtout dans les périodes de récession économiques (Chami,
Hakura et Montiel, 2012). En revanche, les résultats de plusieurs travaux montrent que les
familles bénéficiaires de transferts ont tendance à travailler moins et à faire peu d’efforts,
aussi, ils ont une probabilité plus élevée d’investir dans des projets à hauts risques qu’ils
n’auraient pas entrepris s’ils n’avaient pas ce supplément de revenu.60

En effet, les transferts de fonds des travailleurs migrants ont un impact positif sur le lissage
de la consommation et représentent un filet de sécurité pour les ménages bénéficiaires surtout
en périodes de crises et de chocs adverses (Lucas et Stark, 1985). Cependant, ces transferts
sont en grande majorité dépensés en bien de consommation tandis que les sommes allouées à

58
Adams R., The impact of international Migration and Remittances on Poverty, Washington DC, 2005, p. 291.
59
Burki O. et Mordasini M., Envois de fonds par les émigrants : quel impact pour les pays pauvres ? op. cit. p.
56.
60
Chami R. et Fullenkamp C., Au-delà de la famille, op. cit. p. 48.

51
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

l’investissement et à l’épargne sont très modestes. À titre indicatif, en Afrique subsaharienne,


80 % des fonds transférés sont alloués à la consommation (Maimbo et Ratha, 2005). De plus,
les résultats d’une étude de cas sur les Comores révèlent qu’il existe une relation positive
entre les transferts de fonds et la consommation des ménages bénéficiaires. Aux Comores,
même si les transferts de fonds ont permis de maintenir un niveau de consommation stable en
période de récession de 1985-2005, ils n’avaient aucun effet sur l’investissement et l’épargne
qui ont baissé énormément. Les résultats des travaux empiriques étudiant la relation entre les
transferts de fonds des migrants comoriens et les principales variables macroéconomiques
montrent que les transferts des migrants et la consommation des ménages bénéficiaires sont
fortement et positivement corrélés (R= 0,94). Ainsi, les transferts des migrants comoriens sont
négativement corrélés avec la balance commerciale (R=0,80), la hausse des montants
transférés par les migrants aggrave le déficit de la balance commerciale par l’augmentation de
la demande de biens de consommation importés.61

Par ailleurs, les associations de migrants comoriens établies en France financent


d’avantage des projets d’infrastructure dans leur pays d’origine (écoles, hôpitaux,
assainissement de la ville, etc.,), or les fonds destinés à l’investissement productif restent
modestes. Ainsi, d’autres résultats de travaux empiriques sur le Mali et les Comores révèlent
que la part des fonds transférés allouée à l’investissement ne dépasse pas les 10 % du montant
total des transferts qui représente une très faible proportion (Martin et al., 2002). Au Ghana, la
part des transferts consacrée aux investissements non productifs (achat de terrains,
construction de maison) représente 30 % (Schoorl et al., 2000).62

À partir des données recueillies de la Banque mondiale (2004), 95 % des transferts de


fonds des migrants comoriens vers leur famille restée au pays sont utilisés dans la
consommation courante (nourriture, santé et scolarité des enfants). Ainsi, ils sont utilisés à des
fins ostentatoires (célébration de mariages prestigieux et funérailles). Cependant, la part des
transferts alloués à la production ne représente que 5 % du montant total des transferts. En
outre, d’après les statistiques de la poste comorienne de 2009, les flux de transferts
s’intensifient durant la période des mariages (de juin à septembre), ce qui confirme que les
transferts sont dépensés en grande partie pour les mariages traditionnels qui sont coûteux. En
plus de leurs utilisations à des fins non productives, les transferts des migrants comoriens

61
Rocher E. et Pelletier A., Les transferts de revenus des migrants : quel impact sur le développement
économique et financier des pays d’Afrique subsaharienne ? op. cit. p. 30.
62
Ibid., p. 31.

52
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

provoquent un « effet boomerang » sur l’économie du pays. Par conséquent, le déficit


commercial ne cesse de se creuser, il a atteint 33,5 millions d’euros. Ainsi, les ménages
bénéficiaires des transferts deviennent dépendants de leurs enfants établis à l’étranger, ces
apports financiers rendent les ménages rentiers et ils consomment plus qu’ils ne produisent. À
titre illustratif, en 2005 la demande intérieure des comoriens s’élevait à 125 % du PIB
(Imanie, 2008). De plus, en 2007, les importations des Comores ont atteint 78 millions
d’euros contre seulement 10 millions d’euros pour les exportations (Banque centrale des
Comores, 2007).63

En Albanie, contrairement aux ménages bénéficiaires des transferts qui ne se lancent pas
dans des activités productives, les anciens migrants ayant accumulé un capital durant leur
séjour à l’étranger l’utilisent pour créer une entreprise après leur retour au pays natal. En effet,
Kule et al. (2002) ont constaté l’absence d’un dynamisme entrepreneurial au sein des familles
bénéficiaires des transferts de fonds. Ainsi, Labrianidis et Hatziprokopiou (2005) ont abouti
aux mêmes résultats, ils ont trouvé que les ménages bénéficiaires utilisent les transferts de
fonds dans les dépenses quotidiennes (maison, santé et bien-être), tandis que les anciens
migrants retournés au pays utilisent d’avantage leur capital accumulé dans la création
d’entreprise.64

Sander et Barro (2004) ont mené une enquête au Sénégal sur les ménages bénéficiaires des
transferts, ils ont trouvé que la consommation courante occupe une proportion importante de
l’ensemble des utilisations des transferts de fonds (75%), l’épargne et l’investissement
représentent 10% et 8% respectivement. Ndione et Lalou (2005) ont analysé les transferts de
fonds dans trois villes sénégalaises (Dakar, Touba et Kaolack). 30% des ménages enquêtés
reçoivent régulièrement les transferts de fonds. Ils ont conclu que les transferts sont utilisés
dans une grande partie pour couvrir les dépenses quotidiennes du ménage (nourriture, santé,
maison, vêtements, cérémonies et fêtes et scolarité des enfants).65

Bahani et Hanchane (2013) Plusieurs études empiriques ont été réalisées sur l’utilisation
des transferts de fonds des migrants. Keely et Saket (1984) ont fait une étude sur la Jordanie et
ils ont constaté que les transferts vers ce pays ont un effet remarquable sur les dépenses des
ménages bénéficiaires en matière de nourriture, logement, santé, vêtements et scolarisation

63
Katibou A., Les migrations comoriennes en France, op. cit. pp. 149 et 150.
64
Lerch M. et Wanner P., Les transferts de fonds des migrants albanais, op. cit. pp. 74 et 75.
65
Ndione B., Migration au Sénégal, Transferts de fonds et de compétences des émigrés : enjeux
socioéconomiques et stratégies politiques au Sénégal, Organisation internationale pour les migrations (OIM),
Genève, 2009, pp. 17 et 18.

53
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

des enfants. Ainsi, ils ont conclu que les ménages avec migrants dépensent plus que les
ménages avec migrants de retour, ces derniers dépensent aussi, plus que les ménages sans
migrants. Cependant le montant alloué à l’investissement est très modeste. En revanche,
certains chercheurs pensent que les montants alloués à l’investissement sont sous-déclarés. En
outre, Taylor et al. (1996b) ont constaté dans leur étude sur l’utilisation des transferts des
migrants que la plus grande partie des transferts est allouée à la consommation quotidienne, or
que l’investissement n’en bénéficie qu’une petite partie.66

Par ailleurs, d’autres études empiriques portant sur de nombreux pays révèlent des résultats
différents sur la manière d’utiliser les transferts. À titre d’exemple, en Europe, Glytsos (1993)
a trouvé que les ménages grecs bénéficiaires de transferts dépensent la majorité de ces
transferts pour la consommation courante, puis pour le logement, et le reste est investis.
Castaldo et Reilly (2007) ont trouvé que les fonds transférés par les migrants albanais sont
majoritairement utilisés dans la consommation durable (logement et électroménager) et que
peu sont alloués à la consommation courante (nourriture et santé). En Serbie, Seco (2007), les
montants alloués à la scolarisation et soin de santé des ménages recevant des transferts sont
très modérés, de plus, les montants investis sont quasiment nuls. Cependant, les dépenses
récurrentes et de première nécessité bénéficient le plus de ces transferts. En effet, ces auteurs
ajoutent que les transferts influent sur les comportements de consommation des familles
recevant des transferts de fonds, qui se différencient de ceux des familles sans migrants.67

En outre, en Asie l’utilisation des transferts se différencie de celle en Europe. De Bruyn et


Kuddus (2005) à partir d’une enquête menée au Bangladesh, les ménages avec migrants
partagent les fonds transférés entre les dépenses quotidiennes telles que la nourriture,
l’éducation, les soins de bases, mais aussi l’investissement et l’épargne qui substitue la
sécurité sociale pour les personnes âgées. Paris et al. (2009) ont réalisé une étude sur les pays
de l’Asie du sud, ils ont abouti aux mêmes résultats. Ils ont conclu que les transferts de fonds
améliorent la consommation courante des ménages bénéficiaires, mais aussi, accroissent
l’investissement dans l’agriculture et la culture du riz.68

En Afrique, la majorité des ménages avec migrants affecte près de 70% des transferts reçus
en biens de consommation quotidienne, ces transferts permettent d’améliorer leurs conditions

66
Bahani A. et Hanchane H., Impact des transferts de fonds sur les inégalités au Maroc, Impact des transferts
de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc
et en Algérie, op. cit. p. 70.
67
Ibid., pp. 70 et 71.
68
Ibid., pp. 70 et 71.

54
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

de vie. Ainsi, une autre part est consacrée à la santé, la scolarité des enfants et en biens de
consommations durables (télévisions, voitures, achats de logements et terrains). Le reste est
alloué à l’épargne. De Haas (2006) a étudié le comportement de consommation des ménages
marocains ayant des membres établis à l’étranger. Il a trouvé que les ménages bénéficiaires
affectent fonds transférés en biens de consommation durable (logement). Ainsi, ces ménages
investissent dans l’agriculture et la création de petites entreprises plus que les ménages sans
migrants.69

En Amérique latine, Amuedo-Dorantes et al. (2005) ont exploité une enquête réalisée au
Mexique auprès des migrants de retour entre la période 1982 – 2002, ils ont constaté que les
familles bénéficiaires affectent les transferts de fonds sur la nourriture, les dépenses de soins
et le logement. Ainsi, Airola (2007) a conclu que les ménages mexicains recevant des
transferts de fonds utilisent une grande part de ces transferts dans l’achat de maison, soins de
santé et en biens de consommation durable, et une petite part pour la nourriture. Cerrutti et
Parrado (2007) ont étudié le couloir migratoire entre le Paraguay et l’Argentine et les fonds
transférés entre ces deux pays, ils ont constaté que les transferts sont utilisés dans les dépenses
de consommation courante, santé et scolarisation des enfants, et peu investis dans des activités
productives.70

Bouoiyour et Miftah (2009) ont étudié les transferts de fonds des migrants sur un village
marocain (Souss-Massa-Draa), 598 ménages ont été interrogés lors de l’enquête. Les auteurs
ont trouvé que les dépenses de consommation quotidienne prennent une part considérable du
montant total des fonds transférés. Ainsi, l’éducation des enfants bénéficie de montants
conséquents et plus importants que ceux consacrés à l’achat de terres agricoles. Ce résultat
était surprenant pour les auteurs qui s’attendaient à ce que l’exploitation des terres agricoles
soit plus importante que la scolarisation des enfants pour les migrants. Selon eux, l’altruisme
joue un rôle important qui fait que les transferts sont davantage dépensés pour l’éducation des
enfants, sachant que les ménages bénéficiaires des transferts vivent dans des zones rurales où
l’agriculture est le métier le plus rentable.71

69
Bahani A. et Hanchane H., Impact des transferts de fonds sur les inégalités au Maroc, Impact des transferts
de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc
et en Algérie, op. cit. p. 71.
70
Ibid., p. 71.
71
Bouoiyour J. et Miftah A., Education, Genre et Transferts de fonds des migrants : quelles interactions dans le
Maroc rural ? Les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie, op. cit. pp. 182
et 183.

55
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Par ailleurs, au Sénégal la quasi-totalité des transferts de migrants est consacrée à


l’éducation et la santé, le reste est alloué au financement des projets d’infrastructure
(hôpitaux, écoles, éclairage de la ville etc.,). En effet, les transferts servent à couvrir les
besoins primaires de la famille restée au pays, aider les parents, payer les frais liés aux études
des enfants, couvrir les dépenses de soins. De plus, les transferts de fonds représentent une
garantie pour les ménages les plus démunis, notamment dans les périodes de sécheresse où
ces ménages ne pourraient pas nourrir leurs membres s’ils ne bénéficiaient pas des transferts
de fonds (Sar, 2009). En outre, Guilmoto et Sandron trouvent qu’au sein des pays pauvres, les
transferts de fonds substituent le régime de sécurité sociale qui est faible ou parfois inexistant,
et peuvent aussi servir à financer des infrastructures médicales et à améliorer l’état sanitaire
des ménages. Ces auteurs constatent que les transferts ont également un effet positif sur
l’éducation des enfants, ils servent à couvrir les frais divers liés aux études (scolarité,
transport, manuels etc.,) surtout pour les familles qui n’ont pas les moyens financiers
nécessaires pour régler ces dépenses.72

Sar (2009) dans son enquête il interroge un migrant sénégalais qui déclare : « J’envoie
régulièrement de l’argent à ma mère pour qu’elle paye l’école de mes sœurs, mais aussi pour
qu’elle porte de beaux habits, mange bien avec toute la famille. J’envoie aussi chaque moi
environ 100€ à ma mère pour qu’elle les épargne dans le but de préparer mon mariage l’année
prochaine. Il faut environ 5 000 € pour payer la dot et organiser la fête ». À partir de l’enquête
réalisée par Sar en 2009, il trouve que les transferts de fonds effectués par les migrants
sénégalais représentent des sommes considérables pour les ménages bénéficiaires, sans ses
transferts, les ménages auraient du mal à s’en sortir.73

Toujours d’après l’enquête de Sar (2009), les migrants sénégalais résidants à Paris
déclarent avoir deux motifs principaux pour lesquels ils envoient de l’argent. Le premier est
l’éducation de leurs enfants. Le système éducatif sénégalais est parmi les meilleurs en Afrique
de l’Ouest, pourtant les migrants préfèrent inscrire leurs enfants dans des écoles privées qui
coûtent chères pour avoir un bon niveau d’étude, pensant que les écoles publiques souffrent
de nombreux problèmes (qualité d’étude, surnombre des élèves, grève etc.,). Le deuxième
motif concerne les dépenses pour les soins courants qui occupent une proportion importante

72
Sarr P.A., Transferts de fonds des migrants et développement en Afrique : une étude de cas sur le Sénégal,
Migrations et développement, op. cit. p. 24.
73
Ibid., p. 24.

56
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

du montant des transferts de fonds. L’éducation et la santé des familles restées aux pays sont
une priorité pour les migrants sénégalais.74

Cependant, la nouvelle génération des migrants sénégalais s’intéresse plus à


l’investissement dans des activités génératrices de revenus à travers la création de petites et
moyennes entreprises productives et commerciales. Ces nouveaux migrants se lancent dans
l’entreprenariat en créant des PME dans leurs pays d’origine, une partie des revenus résultants
de leur activité sert à couvrir les besoins de leurs familles, ce qui permet aux migrants
d’employer les fonds transférés, en plus de leur épargne, dans des investissements productifs
et d’abandonner la méthode classique des envois de fonds qui, à la base, étaient destinés aux
familles de migrants pour améliorer leur bien-être et leurs conditions de vie. En effet, cette
nouvelle stratégie entreprise par les migrants sénégalais a permis à la fois l’accroissement de
revenus des migrants par le biais de la création de nombreuses entreprises, et aussi, l’entretien
de la famille restée au pays. Ainsi, cette stratégie permet aux migrants de préparer leur retour
au pays après avoir développé leur business. La majorité des migrants de retour interrogés
dans l’enquête déclarent avoir un commerce au pays (commerce de détail ou de gros).75

Keekey (2009) les utilisations des transferts de fonds sont multiples, et diffèrent d’une
famille à l’autre, et d’un pays à l’autre selon les besoins. Toutefois, quels que soient ces
besoins, une partie importante du montant des transferts est généralement allouée aux
dépenses quotidiennes (nourriture, santé, vêtements et éducations). Ainsi, ils sont alloués aux
dépenses de consommation durable (achat ou construction de maison, terres, électroménager,
mais aussi, pour couvrir les dépenses de fêtes religieuses, obsèques et mariages. D’autres
familles les dépensent à des fins ostentatoires et importent des produits de luxe de l’étranger.
Cette manne en devises qui vient de l’étranger peut ressortir du pays.76

En effet, la partie des fonds transférés consacrée à l’investissement reste modeste.


Cependant, il y a des régions où les migrants s’intéressent plus à l’investissement collectif et
au développement durable. À titre d’exemple, la diaspora de l’Etat mexicain du Zacatecas
installée aux États-Unis a créé dans les années 60 des associations qui s’appellent
« Hometown associations » dans le but d’aider les migrants issus de leur ville natale quand ils
sont dans le besoin, et couvrir les dépenses pour les soins d’un membre quand il tombe

74
Sarr P.A., Transferts de fonds des migrants et développement en Afrique : une étude de cas sur le Sénégal,
Migrations et développement, op. cit. p. 25.
75
Ibid., p. 25.
76
Keeley B., Les migrations internationales : le visage humain de la mondialisation, op. cit. pp. 145 et 146.

57
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

malade. Ainsi, ils s’occupent du transfert des dépouilles des migrants, qui meurent aux États-
Unis, vers leur ville d’origine. Cette solidarité des migrants mexicains a grandi, ils ont
commencé à financer des projets au Mexique comme la réhabilitation des anciennes
infrastructures et places publiques, ce qui a attiré l’attention de leur gouvernement. Ce dernier
annonce par la suite un programme qui s’appelle « deux pour un » où, pour chaque dollar
envoyé par les associations de la diaspora, l’Etat fédéral du Zacatecas rajoute un dollar pour
financer des projets publics. Ensuite, l’Etat mexicain a mis en place un programme qui
s’appelle « trois pour un » sur tout le territoire du Mexique où, pour chaque dollar envoyé par
les associations, l’Etat rajoute deux dollars. Cet argent sert à financer les infrastructures,
l’approvisionnement en eau potable, l’électricité, la construction d’hôpitaux et d’écoles, et
également les bourses d’études. De ce fait, l’utilisation des transferts de fonds ne se limite pas
uniquement à aider financièrement les familles ayant des migrants. En effet, ces programmes
initiés par l’Etat en partenariat avec les diasporas ont permis la réalisation de plusieurs projets
pour l’intérêt et le développement du pays.77

D’après l’étude menée par Sarr au Sénégal en 2009, les migrants sénégalais peuvent
transférer leur argent par l’intermédiaire des associations de migrants sénégalais vivant à
l’étranger, ces derniers s’occupent de toutes les transactions financières vers leur pays
d’origine et garantissent l’envoi des fonds transférés jusqu’aux familles récipiendaires, plus
précisément aux zones rurales où les institutions financières n’existent pas et où les réseaux
de migrants sont le seul moyen pour le faire. Ces associations s’occupent également des
transferts de migrants collectifs qui servent à financer des projets de construction d’écoles,
hôpitaux et l’approvisionnement en eau potable dans les régions rurales et éloignées. Ces
transferts de fonds collectifs sont utilisés pour financer des projets au bénéfice de toute la
communauté, contrairement aux transferts de fonds individuels considérés comme une aide
financière destinée uniquement aux ménages ayant des migrants. Ainsi, les transferts des
migrants sont majoritairement dépensés pour la consommation. Toutefois, la nouvelle
génération de migrants investit plus dans des activités productives et commerciales.
Cependant, ce sont les migrants aisés issus des zones urbaines du Sénégal (Dakar, Louga,
Touba, etc.) qui investissent plus que les migrants les plus démunis issus des zones
éloignées.78

77
Keeley B., Les migrations internationales : le visage humain de la mondialisation, op. cit. p. 146.
78
Sarr P.A., Transferts de fonds des migrants et développement en Afrique : une étude de cas sur le Sénégal,
Migrations et développement, op. cit. p. 18.

58
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Deux études ont marqué la littérature sur cette question. La première étude est celle de
Taylor, sur la base d’une enquête au Mexique en 1992, sur 55 familles qui occupent le secteur
agricole (élevage du bovin). L’auteur montre que la part des transferts de fonds employée par
les familles bénéficiaires dans cette activité a contribué énormément à l’augmentation des
exploitations de bovin. Cependant, Taylor a mentionné que l’élevage du bovin dans ce village
est le métier le plus bénéfique car il est la source de leur richesse. L’autre élément figurant
dans la spécificité économétrique de Taylor est le capital humain représenté par l'éducation
qui n’a pas bénéficié des transferts privés. Il explique ce résultat en mentionnant les
caractéristiques de la région qui n’accordent aucune importance à l’éducation. La seconde
étude est celle réalisée par Woodruff et Zenteno en 2001, sur la base de données d’une enquête
réalisée au Mexique afin d’explorer la relation entre la migration et l’investissement. Ces
auteurs ont mis en évidence l’existante d’une corrélation positive entre la migration et
l’investissement. Ainsi, selon leurs résultats, plus le taux de migration augmente, plus les
ménages investissent les fonds reçus dans la création de petites entreprises. Cependant,
Woodruff et Zenteno ont inclus le montant des « actifs accumulés » dans les transferts privés.
Ainsi, ils n’ont pas expliqué comment ces fonds reçus contribuent au financement des
entreprises.79

Ould Aoudia (2007) considère que les transferts effectués par les migrants sont des
pratiques sociales, et que leurs utilisations par les familles ou communautés bénéficiaires
dépendent des besoins de ces derniers. De ce fait, la diversité des pratiques sociales se traduit
par différents types de transfert. D’une part les transferts de fonds individuels destinés aux
familles de migrants restés dans le pays d’origine dans le but d’améliorer leurs conditions de
vie, et qui sont considéré comme une couverture sociale pour les ménages récipiendaires dans
des pays où le régime de sécurité sociale est faible. Ainsi, les transferts des migrants
individuels consacrés à leurs projets et investissements personnels dans le pays d’origine
(commerce, services, entreprises ou activités productives). D’autre part, les transferts de fonds
collectifs effectués par la diaspora dans le but de réaliser des projets collectifs dans leur ville
d’origine, comme la mise en œuvre ou la modernisation des infrastructures telles que
l’assainissement de la ville, construction d’hôpitaux ou écoles, mais aussi la réalisation de
projets économiques.80

79
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. p. 29.
80
Ould Aoudia J., « Immigration, développement et arbitrages entre politiques. Commentaires », Revue
d’économie et du développement, Vol. 15, 2-2007, pp. 147 et 148.

59
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Les transferts de fonds des migrants ont pour objet l’amélioration du bien-être de la famille
du migrant, C'est-à-dire soutenir la consommation et/ou augmenter la richesse de la famille.
En effet, les utilisations finales des transferts de fonds sont considérées comme des transferts
compensatoires, c'est-à-dire leur but est de compenser les mauvaises conditions associées à
des niveaux de consommation déprimée, et/ou de compenser les mauvaises conditions
économiques par l’investissement en capital productif, car l'allocation des transferts de fonds
dépend de l'ensemble des besoins et des opportunités disponibles de chaque famille. Les
études théoriques et empiriques des déterminants des transferts de fonds décrivent une
interaction complexe entre les migrants et les membres de familles qui ne s’inscrivent pas
dans une théorie unique. 81

En conclusion, le rôle important de l'altruisme joue dans la littérature théorique, la preuve


empirique de la nature compensatoire des transferts, et la prédominance de la consommation
dans les utilisations finales des fonds reçus, tous indiquent que les transferts de fonds tentent
de compenser l'économie récipiendaire de la mauvaise performance économique.

2.2- Effets et répercutions des transferts de fonds sur la croissance


économique des pays d’origine

L’impact des transferts de fonds sur la croissance économique des pays d’origine des
migrants fait l’objet de très nombreux ouvrages et débats scientifiques entre les chercheurs.
Les résultats des études théoriques portant sur cette question sont divers voire mitigés et ne
permettent pas de faire une généralisation. Dans ce qui suit, une présentation des résultats des
études analyse l’impact des transferts sur les variables motrices de la croissance
(investissement, IDE, capital physique et humain, etc.). En effet, il existe trois visions
différentes sur cette question. La première vision comprend les chercheurs qui défendent
l’idée de l’impact positif des transferts sur la croissance économique, la deuxième vision est
celle de l’impact négatif des transferts, la troisième est celle des défenseurs de l’impact positif
conditionnel.

2.2.1- Effets positifs

Dayton-Johnson et Xenogiani (2007) constatent que les impacts des transferts de fonds sur
les économies des pays bénéficiaires sont hétérogènes. Ainsi, les différents modes de

81
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. pp. 29 et 30.

60
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

transferts effectués par les migrants pourraient certainement consolider cette hétérogénéité. À
titre explicatif, les transferts individuels motivés par l’altruisme servant à garantir les besoins
nécessaires des familles bénéficiaires n’auront pas les mêmes impacts des transferts
individuels destinés à financer des investissements comme la création de petites entreprises,
commerce ou logement, et dont les impacts sur l’économie du pays est plus visible. Les
transferts individuels n’auront pas les mêmes impacts que ceux destinés à financer des projets
d’investissements collectifs, bien plus visible et efficace, mais moins courants que les autres
modes de transferts.82

En effet, dans le pays d’origine, la situation économique qui prévaut le pays et les
politiques publiques entreprises par ses dirigeants influent sur les transferts de fonds. Ces
transferts étant des flux privés entre les ménages, les politiques publiques ne peuvent pas
déterminer leur utilisation comme les autres flux de la balance des paiements, mais elles
peuvent les encourager à travers la réduction des coûts des transferts et la création, ou
l’amélioration des institutions financières dans les zones isolées. Ainsi, co-financer les
investissements collectifs entrepris par les migrants afin d’attirer plus de transferts vers le
pays.83

Par ailleurs, en plus des transferts alloués à l’investissement productif, les transferts
alloués à l’éducation, santé et construction de maisons ont eux aussi des effets sur la
croissance des économies bénéficiaires à long terme (Banque mondiale, 2006). Cependant,
Chami, Fullenkamp, Jahjah, (2005) et Giuliano, Ruiz Arranz (2003) dans leurs travaux n’ont
pas trouvé une relation stable et claire entre les transferts de travailleurs migrants et le
développement à long terme. En revanche, ils ont abouti aux mêmes résultats quant à l’effet
stabilisateur des transferts sur la croissance des économies bénéficiaires et leur effet sur la
réduction des chocs et de la volatilité. Ainsi, les transferts de fonds s’accroissent lorsque le
pays d’origine passe par une mauvaise situation économique, surtout quand cette situation
engendre des pertes de revenus. De ce fait, les flux de transferts tentent de compenser les
faibles performances économiques du pays d’origine. Chami et al. (2008) confirment ces

82
Dayton-Johnson J. et Xenogiani T., « Immigration, développement et arbitrages entre politiques. », Revue
d’économie du développement, Vol. 15, 2-2007, p. 111.
83
Ibid., p. 112.

61
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

résultats. Ils ont conclu que les fonds transférés réduisent la volatilité du PIB des pays
bénéficiaires des transferts.84

Faini (2007), dans la littérature traditionnelle sur les transferts de fonds, l’utilisation des
transferts prend un rôle important pour déterminer leur impact sur la croissance économique.
Les chercheurs s’intéressent à l’allocation des fonds transférés, qui sont majoritairement
dépensés sur la consommation et à des fins ostentatoires et qu’une fraction plus réduite est
épargnée ou investie. Malgré cela, les sommes importantes consacrées à la consommation
permettent aux ménages bénéficiaires d’améliorer leur condition de vie et leur bien-être qui
est après tout l’objectif de toutes politiques de développement. En outre, la nouvelle littérature
sur les migrations et transferts de fonds s’intéresse plus à l’importance du rôle que les
transferts pourraient jouer au sein des marchés de crédit et de l’assurance. Les transferts
peuvent alléger les contraintes d’accès aux marchés de crédit. Ainsi, dans le cas où un ménage
souhaite entreprendre un projet et qu’il n’a pas accès au marché de crédit pour le financer, il
peut compter sur les membres de sa famille établis à l’étranger. Ces derniers lui garantiront
des transferts réguliers de sorte qu’il pourra financer son projet d’investissement. De plus,
dans le cas où les marchés d’assurance sont inefficaces, un ménage ne peut pas se lancer dans
un projet dont la prise de risque est importante malgré sa rentabilité. Or, si ce ménage a un
membre de sa famille à l’étranger, il peut espérer recevoir des transferts réguliers et
entreprendre un projet. De ce fait, si les transferts des migrants sont destinés à financer des
projets d’investissements, ils influent positivement sur la croissance économique.85

Mvogo (2013) dans son étude sur l’impact des transferts de fonds des migrants sur le taux
de chômage a observé deux variables économiques (consommation et investissement) qui sont
considérés comme des canaux de transmission à travers lesquels les transferts de fonds
influent sur le chômage. La migration des personnes actives conduit à l’augmentation des flux
de transferts qui vont accroître le revenu des familles restées au pays, ce qui entraîne une
augmentation de la consommation. En effet, la hausse de consommation pourrait avoir des
effets positifs sur la croissance à condition que les dépenses soient davantage axées sur les
produits locaux. Selon la Banque Mondiale (2006) les transferts de fonds améliorent la
consommation des ménages et permettent de stabiliser les économies des pays bénéficiaires.
Ainsi, Adams (2003) trouve que la hausse de la consommation des ménages due aux transferts

84
Rocher E. et Pelletier A., Les transferts de revenus des migrants : quel impact sur le développement
économique et financier des pays d’Afrique subsaharienne ?, op. cit. p. 31.
85
Faini R., Migrations et transferts de fonds. Impact sur les pays d’origine, op. cit. p. 175.

62
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

de fonds implique un accroissement de l’investissement afin de satisfaire la demande du


marché local.86

Les transferts de fonds accroissent l’investissement et la production locale des pays


récipiendaires. De plus, ils contribuent au financement des projets d’investissements - qui
pourraient être abandonnés dans le cas où ils ne bénéficieraient pas des transferts réguliers –
dans un environnement économique qui comporte des distorsions et imperfections des
marchés de crédit. Drinkwater et al. (2006) ont abouti aux mêmes résultats en analysant
l’impact des flux de transferts sur l’investissement dans 20 pays bénéficiaires des transferts de
fonds. Ils ont conclu que les transferts effectués par les migrants permettent d’assouplir les
contraintes de crédit et stimuler l’investissement. Ainsi, Woodruff (2007) confirme le rôle que
peuvent jouer, au sein des pays d’origine, les transferts dans l’investissement, le financement
des PME et l’atténuation du chômage. Dans la même optique, Glytsos (1993) montre que les
transferts des migrants grecs contribuent énormément à la création et le financement des
entreprises, à dynamiser le secteur privé et réduire le taux de chômage. En outre,
l’investissement des fonds transférés comprend aussi le financement du secteur agricole dans
les zones rurales. Rwelamid et Kirsten (2003) ont conclu que les transferts financiers ont des
effets considérables et positifs, en particulier dans les zones rurales sur le taux de chômage, et
aussi dans l’investissement agricole.87

En effet, plusieurs chercheurs révèlent que les transferts de fonds contribuent au


développement des économies de pays récipiendaires, et ce, quelle que soit leur utilisation
(consommation, épargne ou investissement). Pour les partisans de cette vision, les flux de
transferts de fonds influent positivement sur la croissance économique, car ils font partie du
capital physique. Ce groupe de chercheurs se divise en deux parties quant à la manière
d’influer sur la croissance économique qui pourrait se produire par l’effet multiplicateur des
transferts ou bien le canal indirect de l’investissement. Les transferts impactent positivent la
croissance par le biais d’effet multiplicateur. À titre explicatif, chaque migradollar dépensé en
bien de consommation influe sur le commerce de détail à travers l’accroissement de la
demande nationale qui, à son tour, accroît la production nationale. Dans son étude, Ratha
(2003) a mesuré l’effet des transferts de migrants mexicains sur la production de leur pays
d’origine, il a trouvé que chaque migradollar dépensé dans des zones urbaines accroît le PNB

86
Mvogo G.P., Effet des transferts des fonds des migrants sur le taux de chômage dans la zone CEMAC,
Colloque international de Paris-Est Créteil, Paris, 2013, p. 4.
87
Ibid., p. 5.

63
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

de 2,69 dollars, et dépensé dans des zones rurales, il l’augmente de 3,17 dollars. Ces résultats
montrent que les flux de transferts provenant de l’étranger exercent des effets positifs sur la
production nationale, en particulier dans les régions qui manquent de ressources où l’effet
serait plus important. Par ailleurs, les transferts de fonds peuvent influer sur la croissance par
le canal indirect de l’investissement, ce qui veut dire que les fonds transférés augmenteraient
l’investissement national, ce qui aurait des effets positifs sur la croissance. Sur la base des
données de panel de 11 pays, Léon-Ledesma et Piracha (2001) ont analysé l’effet des fonds
transférés par les migrants sur l’investissement dans les pays d’origine. Ils ont constaté que les
transferts accroissent le niveau d’investissement dans les pays bénéficiaires. Diaz (2007) a
abouti au même résultat en exploitant une base de données des pays bénéficiaires de
transferts. Il a conclu que les transferts de fonds influent positivement sur la croissance des
économies bénéficiaires par le biais de l’investissement, cependant l’effet reste très modeste.88

Keeley (2009) illustre comment les transferts de fonds effectués par les migrants vers leurs
pays d’origine pourraient contribuer au développement économique à travers leur effet
multiplicateur : Un ménage bénéficiaire des transferts de fonds souhaitant construire une
maison fait appel à un entrepreneur qui va embaucher des personnes pour réaliser les travaux.
Le fournisseur de matériaux de construction voyant son activité en hausse, doit lui aussi
embaucher de nouvelles personnes et acquérir des ordinateurs pour gérer son activité, comme
le vendeur d’informatique qui voit à son tour son business en hausse et doit commander plus
d’ordinateurs, et ainsi de suite. L’effet multiplicateur des transferts de migrants a attiré
l’attention de plusieurs chercheurs qu’ils se sont intéressés à le calculer. À titre d’exemple,
l’étude de Ratha (2003) au Mexique. Ainsi, Keeley (2009) rajoute que les transferts de fonds
représentent une source de devises importantes et ont des répercussions positives sur la
balance des paiements en réduisant son déficit dans les pays pauvres bénéficiaires des
transferts.89

Lerch et Wanner (2006) constatent que les transferts financiers ont des effets positifs
importants sur le court terme, ils servent à réduire le déficit de la balance des paiements et le
financement des importations. Ainsi, les prêts bancaires accordés pour financer les
investissements sont positivement corrélés avec l’épargne des transferts. Ainsi, cette manne
financière qui entre dans le pays permet d’améliorer les conditions de vie des ménages. Tout

88
Nicole A.A., Analyse des canaux de transmission des transferts de fonds sur l’économie béninoise,
« Ministère de la prospective, du développement, de l’évaluation des politiques publiques et de la coordination
de l’action gouvernementale », Bénin, 2010, pp. 14 et 15.
89
Keeley B., Les migrations internationales : le visage humain de la mondialisation, op. cit. p. 147.

64
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

cela permet aux pays d’origine des migrants d’accélérer leur développement économique.
Cependant, d’autres chercheurs révèlent que deux tiers des transferts reçus sont dépensés en
biens non productifs (achat et construction de maisons, santé, nourriture et éducation). En
effet, ces dépenses ne sont pas considérées comme productives, mais elles améliorent les
conditions de vie des ménages et contribuent à la formation du capital humain, ce qui pourrait
être un catalyseur du développement à long terme. En outre, les dépenses considérées non
productives peuvent avoir des effets positifs sur le développement par l’effet multiplicateur
des transferts comme le montrent plusieurs études sur le Mexique (chaque Dollars dépensé au
pays accroît l’activité économique de 1,85 Dollars). Mais, plusieurs études révèlent que l’effet
multiplicateur des transferts sur le développement diffère selon les régions et le nombre
d’habitants. L’effet sera plus important dans un environnement économique possédant les
infrastructures nécessaires. Ainsi, plus une région est peuplée, plus l’effet multiplicateur est
important.90

Plusieurs chercheurs (OCDE, 2006) ont constaté que l’utilisation des transferts de fonds
détermine l’impact de ces fonds sur la croissance économique des pays bénéficiaires. C’est
pour cette raison que de nombreux travaux étudient les utilisations des transferts qui peuvent
aller de la consommation courante jusqu’à l’investissement productif. Quant aux
investissements productifs des transferts, leurs effets positifs influent de manière directe sur la
croissance et l’emploi. Ainsi, plusieurs chercheurs ont également conclu que même
l’utilisation des transferts dans la consommation et la construction de maisons influe
positivement sur le développement de manière indirecte par le biais de l’effet multiplicateur.
À titre illustratif, dans les années 70, les fonds transférés vers la Grèce ont produit un effet
multiplicateur estimé à 1.77 sur la production brute, ce qui représente une proportion
conséquente du taux de croissance du PIB. De plus, les transferts des migrants contribuaient à
l’accroissement du taux d’emploi dans le secteur du BTP et de l’industrie. Ainsi, la part des
transferts injectée dans l’investissement représente 8 % du capital investi dans le pays. Dans
la même optique, les transferts affectés à la consommation, l’investissement et le logement
produisent un effet multiplicateur de 1.8, 1.9 et 2 respectivement.91

Par ailleurs, les transferts de fonds des travailleurs migrants se distinguent des
investissements directs étrangers dans la mesure où ces derniers sont destinés exclusivement à
l’investissement, contrairement aux transferts de fonds qui sont souvent dépensés davantage

90
Lerch M. et Wanner P., Les transferts de fonds des migrants albanais, op. cit. pp. 16-18.
91
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. pp. 166-168.

65
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

dans la consommation. Dans cette optique, Bouklia-Hassane (2010) tire trois remarques.
Premièrement, les transferts de fonds améliorent le revenu national et permettent aux ménages
restés au pays de couvrir leurs besoins de base essentiels, ce qui rentre dans l’objectif de toute
politique de développement. Deuxièmement, les transferts destinés à la consommation
exercent des effets importants sur le développement économique par leur effet multiplicateur.
En Algérie, d’après les données du CNES, chaque euro provenant d’un transfert dépensé par
le ménage bénéficiaire accroît le revenu national de plus d’un euro à travers l’effet
multiplicateur généré par ce transfert. Toutefois, dans d’autres pays exportateurs de main
d’œuvre, le coefficient de l’effet multiplicateur est important, comme dans le cas du Mexique
où ce coefficient est égal à trois. Le CNES explique ce résultat par la hausse de la facture
d’importation en Algérie qui fait qu’une partie des transferts ressort rapidement du pays.
Troisièmement, les transferts destinés à la consommation influent sur le marché du travail. Ils
accroissent le revenu des ménages, ce qui leur permet de financer les études de leurs enfants
au lieu de les faire travailleur pour se nourrir, ce qui laisse la place aux jeunes en âge de
travailler.92

Dans la même optique, El Mouhoub (2009) trouve que les ménages bénéficiaires des
transferts financiers ont les moyens nécessaires pour payer les études de leurs enfants qui ont
une forte probabilité de poursuivre leurs études supérieures, et n’ont plus besoin d’aller
travailler, ce qui pourrait avoir des effets positifs à long terme sur la croissance économique
via le capital humain. Au Pakistan par exemple, les enfants de ménages ayant un membre
établi à l’étranger ont plus de chance d’aller à l’école. De plus, les transferts représentent une
source de devises importantes et un soutien au financement des investissements. Toutefois, El
Mouhoub (2009) suggère que dans le cas où les transferts permettent d’atténuer la volatilité et
les chocs macroéconomiques dans les pays bénéficiaires et de compenser les pertes, leur
impact serait comme un mécanisme de stabilisateur de la croissance et ne pourrait déclencher
une croissance nette.93

En outre, une des caractéristiques des transferts de fonds, est qu’ils sont contracycliques,
ils augmentent en cas de récession économique en empêchant la demande intérieure de
baisser. Ainsi, d’un point de vue macroéconomique, les transferts représentent des sommes

92
Bouklia-Hassane R., « Migration pour le travail décent, la croissance économique et le développement : le cas
de l’Algérie », Cahiers des migrations internationales n°102, Bureau international du travail, Genève, pp. 27 et
28.
93
El mouhoub M., Migrations internationales et mondialisation : paradoxes et impasses politiques,
Discriminations et technicisation des rapports sociaux, Revue plurielle N°251, 2009, p. 50.

66
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

importantes de devises qui contribuent à l’atténuation du déficit de la balance des paiements,


l’amélioration du revenu national, mais aussi à financer l’importation des facteurs de
productions rares qui affectent le développement des économies bénéficiaires des flux de
transferts. Sarr (2009) souligne l’importance des transferts dans la réduction du déficit de la
balance des paiements, leur contribution au financement des projets d’infrastructures, certains
secteurs ont également bénéficié des transferts comme les TIC, tourisme et transports en
commun. Toutefois, leur effet sur l’activité économique dépend de la manière dont ces fonds
sont utilisés, car les effets sont différents sur la production, l’inflation et les importations. Par
ailleurs, Sarr (2009) suggère que l’impact des transferts sur le développement en général ne se
limite pas uniquement sur le canal direct qui est l’aspect économique, car il existe d’autres
facteurs qui touchent indirectement le développement des pays bénéficiaires tels que la
transmission du savoir-faire par les migrants vivants dans les pays développés, le rôle que
jouent les migrants qualifiés en fournissant les natifs qui veulent investir dans les pays
d’origine des migrants par des informations utiles sur le climat d’affaires et les secteurs
rentables, ce qui leur permet de surmonter les obstacles d’informations, et les IDE devraient
augmenter vers ces pays.94

Dans la même optique, Ben Mim et Mabrouk (2011) corroborent les résultats de Sarr
(2009) on se basant sur des résultats de modèles théoriques travaillant sur cette question.
L’étude de Dos Santos (2003) montre que les anciens migrants transmettent leurs savoir-faire
et compétences acquis à l’étranger aux ménages restés aux pays. Ainsi, en Inde, Kapur et
McHale (2003) ont trouvé que les migrants indiens qualifiés jouent un rôle important dans le
développement du secteur des TIC et l’accroissement des IDE vers leur pays. Quant aux
migrants de retour, ils se lancent dans le commerce et les investissements en se servant de
leurs expériences acquises à l’étranger. En Egypte, les migrants qualifiés de retour possèdent
plus de connaissances technologiques que les ménages qui n’ont pas migré, ces anciens
migrants se lancent généralement dans l’entreprenariat. De ce fait, les migrants contribuent à
l’amélioration du capital humain dans leurs pays d’origine, et aussi à l’accumulation du
capital physique via les transferts de fonds. Ces transferts permettent de débloquer plusieurs
projets d’investissements qui manquaient de financement suffisant. En effet, le couple
migration-transferts de fonds accroît le ratio d’accumulation de capital physique et humain,
réduit la volatilité macroéconomique et la prime de risque, ce qui attire les IDE et favorise la

94
Sarr P.A., Transferts de fonds des migrants et développement en Afrique : une étude de cas sur le Sénégal,
Migrations et développement, op. cit. pp. 23 et 24.

67
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

croissance économique. Ces résultats laissent penser que la migration et les IDE sont
complémentaires contrairement aux modèles du commerce qui suggèrent qu’ils se
substituent.95

2.2.2- Effets négatifs

L’impact des transferts de travailleurs migrants dépend de la manière dont ces transferts
sont utilisés. Contrairement aux IDE qui sont destinés à l’investissement, les transferts de
fonds sont majoritairement dépensés en biens de consommation et achat ou construction de
maisons. Dans ce cas, les transferts n’exercent aucun effet positif sur la croissance
économique des pays d’origine des migrants.96 Chami et Fullenkamp (2013) estiment que les
résultats des études portant sur l’impact des transferts de fonds sur la croissance économique
ne sont pas clairs et nets, car les résultats dépendent de la manière d’utiliser ces fonds par les
bénéficiaires. Toutefois, l’Etat lui aussi bénéficie de cette manne financière et pourrait s’en
servir davantage pour la croissance du pays. L’étude d’Abdih, Chami et al. (2012) a montré
que l’Etat bénéficie des transferts de fonds qui sont destinés à la consommation de biens
locaux ou importés, et qui contribuent à l’accroissement de l’assiette fiscale à travers la TVA
et les droits d’importation, ce qui permet à l’Etat de réduire les impôts et/ou d’augmenter les
dépenses publiques. De ce fait, l’impact des transferts dépend de leurs utilisations par les
ménages bénéficiaires, et aussi par l’Etat qui bénéficie d’un niveau d’endettement plus élevé
afin de financer ses investissements. En effet, le FMI et la Banque Mondiale (2009) ont
constaté que les transferts des migrants peuvent assurer un niveau d’endettement plus
important aux pays bénéficiaires que si ces pays n’avaient pas bénéficié des transferts, et
favorisent le financement des investissements et le développement économique.97

Cependant, d’autres études estiment que les transferts de fonds n’exercent aucun effet
positif sur la croissance économique et pourraient aggraver la situation. À titre illustratif,
l’étude menée par Abdih, Barajas et al. (2012) révèle que les transferts de fonds permettent à
l’Etat d’avoir plus de ressource à travers l’assiette fiscale, et de redistribuer ces ressources aux
gens qui sont au pouvoir et favorisent la corruption au sein des institutions étatiques. Ainsi,
les transferts de fonds peuvent provoquer un problème d’aléa moral et un manque

95
Ben Mim S. et Mabrouk F., Transferts des migrants et croissance économique : quels canaux de
transmission ? Cahiers du GRETHA N°28, Université de Montesquieu Bordeaux, 2011, pp. 5-7.
96
Bouklia-Hassane R., « Migration pour le travail décent, la croissance économique et le développement : le cas
de l’Algérie », op. cit. p. 28.
97
Chami R. et Fullenkamp C., Au-delà de la famille, op. cit. pp. 48 et 49.

68
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

d’implication par le gouvernement. De ce fait, les flux des transferts dont l’Etat bénéficie ne
pourraient déclencher une véritable croissance économique, ni financer des investissements
productifs. Toutefois, ces résultats ne peuvent être généralisables, et les impacts des transferts
varient selon la nature du pays et la manière dont cet argent est dépensé.98

Nwajiaku, Profos et al. (2014) supposent que les transferts sont dépensés davantage dans
la consommation, et rendent les ménages bénéficiaires toujours dépendants. D’autres études
ont constaté que les transferts sont dépensés davantage dans la scolarisation des enfants, ou
que le secteur de la santé en bénéficie le plus, ou encore qu’ils accroissent le niveau
d’investissement. Toutefois, le FMI a révélé qu’il existe deux phénomènes qui pourraient
compromettre le processus des transferts dans l’accroissement de la croissance économique.
Le syndrome hollandais : exprimant la hausse des flux d’argent suivie par la baisse des
activités productives et agricoles. Dans le cas des envois d’argent, les flux des transferts
conséquents entrant dans le pays entraînent une appréciation de sa monnaie par rapport aux
monnaies étrangères, et, dans cette situation, les exportations coûtent plus chères et perdent
leur compétitivité. Ainsi, pour les producteurs et agriculteurs, se lancer dans l’importation
serait plus bénéfique que de rester dans le secteur manufacturier et agricole qui perd sa place
face aux produits importés qui coûtent moins chers. Pour la balance commerciale, les
répercussions seraient négatives voire néfastes avec l’accroissement des importations et la
baisse des exportations. Le deuxième phénomène est l’aléa moral : les transferts permanents
permettent aux ménages bénéficiaires de combler le manque en ressources financières, ce qui
leur permet de vivre avec le moindre effort. De ce fait, l’offre de main d’œuvre baisse dans le
marché du travail. Cette situation corrobore l’hypothèse que les fonds transférés ne sont pas
investis dans des activités productives.99

Faini (2007) corrobore les résultats de la littérature traditionnelle des transferts de fonds
qui suggère que les transferts sont dépensés en grande partie dans la consommation
ostentatoire. Ainsi, selon lui, l’idée que les transferts aient des effets positifs sur la croissance
quelles que soient leurs utilisations n’est que très rarement développée par les études
microéconomiques les plus approfondies. En effet, dans son analyse théorique, Faini (2007)
s’inspire de l’étude de Chami et al. (2003) qui, dans leur modèle, trouvent que les flux massifs
des transferts entraînent une baisse du secteur manufacturier, mais aussi que le phénomène de

98
Chami R. et Fullenkamp C., Au-delà de la famille, op. cit. p. 49.
99
Nwajiaku K. et al, Quel rôle pour les envois de fonds de l’étranger dans le cadre de l’après 2015 ? Mobiliser
les ressources au service du développement durable, Coopération pour le développement, OCDE, 2015, pp.
139 et 140.

69
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

l’aléa moral prend place au sein des familles des migrants et serait plus important dans un
environnement qui comporte des distorsions. Les résultats de leur modèle viennent contredire
ceux de la nouvelle théorie des migrations qui suggère que les transferts de fonds stimulent la
croissance des pays récipiendaires, et que les effets sont plus importants avec l’existence de
distorsions économiques.100

En effet, Burki et Mordasini (2009) constatent que si les transferts de fonds avaient de tels
impacts bénéfiques pour les économies des pays d’origine des migrants, le phénomène de la
migration n’aurait pas à se propager et cesserait au sein des pays pauvres. De plus, dans les
pays où les transferts occupent une proportion importante de leur PNB, leur secteur
manufacturier risque de perdre sa compétitivité internationale résultant de l’évolution du taux
de change de leurs monnaies comme c’était le cas en Moldavie, Salvador et Kenya.101

Nicole et Medenou (2010) : « les effets des transferts sur la croissance seraient plutôt
négatifs à cause des effets pervers qu’ils engendrent et dont les coûts sont plus importants que
les bénéfices qu’ils peuvent engendrer ». Ces auteurs abordent ces effets négatifs qui sont :

- Dans le cas où les transferts entraînent une demande supérieure à l’offre de biens
locaux, et plus particulièrement des biens non marchands, le taux d’inflation augmente
de façon drastique. A titre d’exemple, Adams (1991) dans son étude sur l’Egypte a
trouvé que les transferts de fonds ont conduit à une augmentation de 600 % des prix
des terrains agricoles dans les années 1980.
- La demande de produits importés et de luxe augmente, conduit à la cherté de la vie et à
la baisse du pouvoir d’achat.
- L’effet du syndrome hollandais qui pourrait émerger par l’appréciation du taux de
change réel de monnaies nationales des pays bénéficiaires pourrait donner des
répercussions négatives sur la production nationale et la croissance.
- Les familles des migrants deviennent dépendantes des transferts de fonds au lieu de
travailler, incitant les jeunes actifs à migrer et conduisant à une baisse de l’offre de
travail. Cette dépendance vis-à-vis des transferts traduit le phénomène de l’aléa moral
qui caractérise les familles des migrants qui veulent gagner leur vie sans effort.102

100
Faini R., Migrations et transferts de fonds. Impact sur les pays d’origine, op. cit. p. 175.
101
Burki O. et Mordasini M., Envois de fonds par les émigrants : quel impact pour les pays pauvres ? op. cit. p.
57.
102
Nicole A.A., Analyse des canaux de transmission des transferts de fonds sur l’économie béninoise, op. cit.
pp. 15 et 16.

70
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Keeley (2009) constate également que les transferts rendent les ménages dépendants des
fonds, sans qu’ils cherchent à trouver un emploi stable, ni prennent des risques à entreprendre
des projets, créant un aléa moral au sein des familles des migrants. De plus, les transferts
peuvent avoir d’autres effets défavorables pour les économies des pays bénéficiaires par
l’évolution du taux de change de la monnaie. Dans cette optique, les produits exportés
deviennent chers et perdent leur compétitivité sur les marchés internationaux, mais aussi la
détérioration du secteur manufacturier, conduisant à une crise d’emploi dans ces pays. Cette
situation économique est connue par l’effet du syndrome hollandais. Toutefois, ce constat ne
peut être généralisable et diffère selon les pays et les politiques économiques entreprises.103

Par ailleurs, les transferts des migrants conduisent à l’augmentation de la demande face à
l’offre entraînant un effet inflationniste. Ainsi, la demande accrue de biens de luxe et de
prestige importés aggrave le déficit des paiements. Ainsi, de tels flux importants qui rentrent
dans le pays pourraient retarder le gouvernement à restructurer et appliquer de saines
politiques afin de relancer la croissance du pays.104 L’OCDE (2006) a également constaté que
si les transferts de fonds entraînent une demande nationale supérieure à la capacité de l’offre
d’une économie, et que cette demande concerne des biens non marchands, il pourrait y avoir
des effets néfastes sur l’inflation. Toutefois, si cette demande concerne des biens marchands,
les transferts peuvent provoquer une appréciation du taux de change réel, et, par la suite, les
entreprises nationales perdront leur compétitivité sur les marchés étrangers et locaux, car les
importations deviennent moins chères que les exportations. Ceci mène les producteurs à
abandonner le secteur manufacturier et agricole (secteur des biens marchands) et à aller vers
le secteur des biens non marchands, ce qui entraîne une détérioration du secteur productif et
de la balance des paiements, et donc une hausse du taux de chômage. Ces résultats
corroborent ceux des travaux empiriques étudiant cette question comme le cas de l’Egypte, du
Portugal et de la Turquie. Toutefois, l’effet des transferts reste marginal, ceci peut être justifié
par le fait que les importations induites par les transferts servent à acquérir des biens
d’équipement peu coûteux, améliorent la productivité nationale et la rendent plus
compétitive.105

El Mouhoub (2009) a conclu que les transferts de fonds sont une source de vulnérabilité,
ils ont des répercussions négatives sur la composition de la production et les prix de biens

103
Keeley B., Les migrations internationales : le visage humain de la mondialisation, op. cit. pp. 147 et 148.
104
Lerch M. et Wanner P., Les transferts de fonds des migrants albanais, op. cit. p. 16.
105
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. pp. 168-170.

71
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

échangeables et non échangeables. Ainsi, d’un point de vue microéconomique, les transferts
sont considérés comme une source de dépendance, et créent parfois des tensions entre les
familles sans migrants et les familles avec migrants. Ces dernières sont connues pour leurs
consommations ostentatoires et leurs efforts limités dans leur travail.106 Ainsi, Sarr (2009) au
Sénégal a conclu que les transferts entraînent un comportement rentier chez les familles
bénéficiaires, les membres de familles des migrants restés aux pays ne veulent plus travailler,
ils attendent les fonds transférés pour les dépenser dans des consommations ostentatoires et
acheter des produits de luxe importés de l’étranger, et les jeunes sénégalais actifs veulent
quitter le pays et rejoindre les migrants, car, disent-ils, « le salut viendra de l’autre côté de
l’Atlantique ».107

Par ailleurs, dans le cas où les transferts de fonds sont dépensés pour la consommation au
détriment de l’investissement, l’effet serait positif sur le bien-être des ménages, mais non sur
la croissance économique. Ainsi, dans une économie disposant d’un système financier
développé, les transferts ne peuvent assouplir les contraintes d’accès aux marchés de crédits
qui, à la base, n’existent pas. Toutefois, ils peuvent avoir des effets positifs sur le capital
humain et permettre aux enfants d’étudier au lieu d’aller travailler. Cependant, si ces étudiants
décident à leur tour de migrer après être diplômés (migration de personnes qualifiés), le pays
fera face à une pénurie de main d’œuvre qualifiée, sans laquelle la croissance du pays ne
pourra être stimulée. De plus, la main d’œuvre qualifiée est un facteur important pour attirer
les IDE et les investissements domestiques, dans ce cas la migration et les IDE sont
substituables, et la perte de main d’œuvre qualifiée sera suivie par une baisse des IDE.108

2.2.3- Effets positifs conditionnels

(Page 2.6) Ould Aoudia (2007) révèle que les transferts de fonds effectués par les migrants
vers leur pays d’origine est une pratique sociale d’ordre privé, l’effet des transferts dépend
donc de leurs utilisations, et que l’Etat ne peut avoir la main mise sur ces fonds. Toutefois, il
peut les encourager à travers l’amélioration du système bancaire et financier, et aussi le
cofinancement des projets collectifs entrepris par la diaspora. Ainsi, la France soutient les
initiatives des diasporas qui financent des projets de développement dans leur pays d’origine

106
El mouhoub M., Migrations internationales et mondialisation : paradoxes et impasses politiques, op. cit. p.
50.
107
Sarr P.A., Transferts de fonds des migrants et développement en Afrique : une étude de cas sur le Sénégal,
Migrations et développement, op. cit. p. 23.
108
Ben Mim S. et Mabrouk F., Transferts des migrants et croissance économique : quels canaux de
transmission ? op. cit. pp. 7 et 8.

72
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

dans le cadre du FORIM qui organise leurs activités. En revanche, l’élaboration des projets
collectifs des diasporas dépendent des rapports de confiance entre ces derniers et les
gouvernements de leurs pays d’origine. Ainsi, l’orientation de l’APD vers les régions qui
connaissent une forte émigration pourrait attirer plus de transferts et notamment cofinancer
des projets de développement économique avec la diaspora. En effet, dans ces régions
d’émigration, les transferts peuvent améliorer le niveau du capital humain et accroitre les
projets productifs, comme ils peuvent tout aussi bien réduire l’effort de travail (aléa moral).109

De ce fait, l’impact des transferts sur la croissance dépend de plusieurs paramètres, comme
l’intention du migrant et ses motivations d’envoyer des fonds, l’âge du migrant, son niveau
d’étude, sa situation familiale dans le pays d’accueil et son degré d’intégration dans celui-ci.
De plus, les motivations du migrant dépendent de sa trajectoire individuelle qui change dans
le temps. Tous ces facteurs et leurs changements dans le temps rendent difficile l’élaboration
d’une loi générale pour l’analyse des effets des transferts sur un pays donné à un instant T. les
résultats des études empiriques confirment l’hétérogénéité des résultats qui peuvent être
positifs comme négatifs.110

Ahoure (2008) a trouvé que l’impact positif des transferts de fonds sur le PIB et sur le taux
de chômage est conditionné par la bonne gouvernance de l’Etat à travers ses institutions
publiques. Par ailleurs, Nicole et Medenou (2010) suggèrent que les transferts de fonds
réagissent en fonction de l’environnement économique des pays d’origine des migrants. De ce
fait, pour un pays qui possède un système financier développé avec un bon climat
d’investissement, l’effet des transferts sur la croissance sera positif. En effet, les chercheurs
qui défendent cette vision concluent qu’un système financier développé permet d’accroître
l’impact positif des transferts de fonds par le biais de l’épargne. Les banques collectent les
flux de transferts auprès des bénéficiaires sous forme d’épargne, ensuite ils les accordent aux
investisseurs sous forme de crédit pour financer des projets productifs. Cependant, Giuliano et
Ruiz-Arranz (2005) ont analysé l’impact des transferts financiers sur des données de panel de
73 pays bénéficiaires des transferts. Ils ont trouvé un impact négatif sur la croissance
économique. Ainsi, ils ont conclu que les transferts exercent des effets positifs sur la
croissance dans les pays où le système financier est peu développé. Or, pour les pays ayant un
système financier bien développé, les transferts auront des répercussions néfastes sur la

109
Ould Aoudia J., « Immigration, développement et arbitrages entre politiques. Commentaires », op. cit. pp.
147 et 150.
110
Ibid., p. 150.

73
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

croissance. Toutefois, ils n’ont pas déterminé à partir de quel stade de développement
financier les transferts ont des effets négatifs.111

En effet, même si les transferts ont un impact positif sur les variables macroéconomiques,
tels que la réduction de la volatilité du PIB, l’accroissement de l’épargne et des réserves de
change en devise, la réduction du déficit de la balance des paiements, etc., ils ne pourront être
un catalyseur pour la croissance économique sans qu’il ait de saines politiques économiques.
Ainsi, si la cause principale de la migration est due aux difficultés économiques que
connaissent certaines régions des pays d’origines des migrants, l’impact des transferts de
fonds sera faible, car il dépend de l’environnement économique et financier. De ce fait, la
mise en œuvre de saines politiques économiques serait nécessaire pour accroître l’effet des
transferts sur le développement.112

De plus, Mata (2010) suggère que l’impact positif des transferts sur la croissance par le
biais de l’investissement pourrait être plus important si les fonds transférés passent par le
canal formel (système financier) qui joue le rôle d’intermédiaire entre les récepteurs des
transferts (épargne) et les entrepreneurs portants des projets rentables (demandeurs de
crédits). Néanmoins, des sommes conséquentes sont transférées par le canal informel (pour
plusieurs raisons qui seront présentées dans la prochaine section). En effet, ce mode de
transfert - tels que Western Union et Money Gram - ne permet pas de canaliser les flux de
transferts dans le système financier et ne propose pas l’ouverture des comptes d’épargne pour
les ménages bénéficiaires. L’auteur décrit cette situation par « l’épargne perdue » qui aurait
pu être utilisée pour financer des projets productifs et contribuer au développement de
l’économie. De ce fait, il serait important d’améliorer le système financier des pays d’origine
des migrants et le rendre plus compétitifs par rapports aux autres institutions financières qui
sont spécialisées dans les transferts d’argent, ceci afin de récupérer une part importante des
transferts sous forme d’épargne au lieu de s’interroger sur la manière d’utiliser cet argent par
les ménages bénéficiaires.113

111
Nicole A.A., Analyse des canaux de transmission des transferts de fonds sur l’économie béninoise, op. cit. p.
16.
112
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. pp. 171-172.
113
Transferts d’argent des migrants : outil de développement économique ? Commission Justice et Paix,
Belgique, 2010, pp. 2 et 3.

74
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Chapitre 2 : Transferts de fonds et pauvreté

Ce chapitre présente en premier lieu une revue de la littérature sur la migration, la pauvreté
et les transferts de fonds. En second lieu, les répercussions des transferts de fonds et de la
migration sur les économies d’origine et d’accueil aux regards des chercheurs qui sont parfois
opposés.
Section 1 : Analyse théorique de la migration et des transferts de fonds

Cette section a pour objet de présenter les difficultés rencontrées par les immigrants pour
réaliser les transferts de fonds vers leurs familles d’origine, mais également les obstacles qui
découragent les ménages les plus démunis à émigrer. Dans le même temps, nous exposerons
les efforts fournis par les organisations internationales pour faire face à ces problèmes.

1.1- Généralités

Cette sous-section aborde dans un premier temps la question de la migration en termes de


motifs, coûts, mais également les réseaux de migrants et leur rôle. En second temps, la
pauvreté, sa définition et ses mesures, aussi la relation entre pauvreté et inégalité. Dans un
troisième temps, les canaux de transmission des transferts de fonds, ainsi que les avantages et
inconvénients de chaque type de transferts.

1.1.1- Migration

Avec la remontée de vagues migratoires ces dernières décennies motivées par les
incitations économiques, les pays d’accueil ont procédé à une politique restrictive et sélective
vis-à-vis des immigrants afin de freiner leur hausse spectaculaire. En outre, plusieurs pays du
nord ont changé leur politique d’immigration. Ils s’intéressent uniquement aux travailleurs
immigrants hautement qualifiés pour répondre à leurs besoins et favorisent le retour des
travailleurs non qualifiés. Cette nouvelle politique inquiète les dirigeants des pays
exportateurs de main d’œuvre qui risquent de perdre leurs meilleurs travailleurs qualifiés114.

114
Faini R., Migrations et transferts de fonds. Impact sur les pays d’origine, op. cit. pp. 157 et 158.

75
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Par ailleurs, la migration peut être expliquée par deux théories. Premièrement, la théorie
néoclassique de la migration du travail qui suggère que la décision de migrer revient au
migrant seul après avoir anticipé les revenus futurs qu’il pourrait percevoir dans le pays
d’accueil. Donc, la décision de migrer dépend des revenus espérés qui sont souvent plus
importants dans les pays du nord. Deuxièmement, la nouvelle théorie de migration suggère
que la décision de migrer d’une personne se décide après un accord implicite conclu avec sa
famille. Ainsi, cet accord lui permet de couvrir les frais de migration qui sont élevés. De
Vanzo (1978) trouve que les familles qui se trouvent en difficulté financière financent la
migration de l’un ou plusieurs de leurs membres pour qu’ils puissent faire face aux dépenses
quotidiennes et frais divers115.

Mvogo (2013) trouve que la migration en Afrique Centrale est fondée sur les deux théories.
Le migrant décide seul de migrer, mais l’attachement à sa famille l’incite à prendre soins
d’eux une fois arrivé à destination. Quant aux causes de la migration dans la zone CEMAC,
elles sont dues au chômage, à la pauvreté et à la détérioration des conditions de vie, surtout la
crise économique des années 1980 qui a secoué le pays et aggravé la situation économique et
sociale. De ce fait, plusieurs jeunes actifs étaient contraints de quitter leur pays dans l’espoir
de trouver une vie meilleure. De plus, le marché formel du travail ne pouvait pas satisfaire
tous les demandeurs d’emploi, ce qui fait qu’une grande partie des jeunes actifs se dirige vers
le secteur informel où les salaires très faibles ne permettent pas de couvrir les besoins
nécessaires. Ces conditions de vie détériorées ont poussé de nombreuses personnes à
immigrer vers des destinations prometteuses, ils acceptent même d’occuper des postes moins
meilleurs qu’ils avaient dans leur pays d’origine mais avec des salaires plus élevés. Donc, les
causes de la migration dans la zone CEMAC sont principalement dues aux bas salaires et aux
sous emplois, à l’accroissement du taux de chômage et aux mauvaises passes économiques
dans leur pays116.

En outre, les diasporas ou les réseaux d’immigrés regroupent des personnes qui partagent
la même ethnie ou sont issues du même pays ou religion, sous forme de réseaux formels ou
informels. Ces réseaux sont généralement actifs dans leur pays d’origine et d’accueil, afin
d’assouplir les contraintes d’immigration des personnes qui veulent venir travailler à
l’étranger, d’aider les nouveaux migrants pour leur intégration dans le pays d’accueil, et aussi

115
Mvogo G.P., Effet des transferts des fonds des migrants sur le taux de chômage dans la zone CEMAC, op. cit.
p. 3.
116
Ibid., pp. 3 et 4.

76
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

d’entreprendre et de financer des projets d’infrastructures dans leur pays d’origine. De plus,
les membres des réseaux d’immigrés fournissent des informations à leurs concitoyens,
intéressés par la migration, sur le marché du travail dans les pays d’accueil et les opportunités
d’emploi. Borodak (2005) a constaté que 60 % des migrants moldaves trouvent un emploi
avant leur migration grâce aux réseaux d’immigrés. Ainsi, les membres des diasporas
montrent aux nouveaux arrivants les démarches pour l’accès aux services sociaux, la sécurité
sociale et les prestations gratuites des soins, etc.,117

Ainsi, un autre avantage dont peuvent bénéficier les membres de réseaux d’immigrés est
l’octroi d’un crédit pour le financement d’un projet dans le pays d’accueil ou d’origine.
L’importance de cet avantage est qu’il permet aux migrants clandestins d’avoir un crédit, car
leur statut illégal dans le pays d’accueil ne leur permet pas d’obtenir un crédit auprès d’une
banque. Ces réseaux peuvent également accorder des aides financières aux migrants adhérant
dans leurs groupes afin de les sortir de l’embarras. Tous ces atouts montrent le rôle primordial
que jouent les réseaux d’immigrés au sein de leur pays d’accueil et d’origine et leur sens de la
solidarité118.

En effet, les frais liés à la migration sont parfois exorbitants et représentent une contrainte
majeure pour les individus souhaitant immigrer. Parmi ces frais, il y a ceux de passeport, de
visa, de voyage, et les dépenses quotidiennes dans le pays hôte en attendant de trouver un
travail. McKenzie (2005) dans son étude sur un panel de données a conclu que les frais de
passeport dépassent les 10 % du revenu moyen par habitant dans plusieurs pays exportateurs
de main d’œuvre. Toutefois, ces frais varient selon la distance entre le pays d’origine et le
pays de destination, le niveau d’étude des migrants et l’existence des réseaux d’immigrés qui
contribuent énormément à abaisser ces coûts en aidant les nouveaux arrivants à payer tout ou
partie de leurs frais de voyage, à trouver du travail, et à les loger et les nourrir durant cette
période. À titre d’exemple, la proximité du Mexique des États-Unis et l’existence d’un
nombre important de réseaux de migrants mexicains font que les coûts de migration sont
abordables même pour les individus les moins qualifiés. Cet exemple est valable pour les pays
d’Europe centrale et de l’Est immigrant dans l’Europe de l’Ouest. Cependant, les frais de
migration sont élevés pour les ressortissants d’Afrique subsaharienne et d’Asie centrale à
cause de leur localisation éloignée des pays du nord (d’accueil) et du manque de réseaux de

117
Dayton-Johnson J. et Xenogiani T., « Immigration, développement et arbitrages entre politiques. », op. cit.
pp. 30-32.
118
Ibid., p. 32.

77
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

migrants. Ainsi, les premiers migrants vers les États-Unis provenaient des pays riches du nord
de l’Europe ayant des salaires plus élevés que ceux des pays du sud de l’Europe qui n’avaient
pas les moyens de financer les coûts de la migration. La Banque mondiale (1994) a également
trouvé que les migrants marocains qui vivaient au-dessus du seuil de pauvreté sont ceux qui
immigrent le plus119.

Schiff (2007) dans son étude sur la relation entre les coûts de la migration et la distance
entre le pays d’origine et le pays de destination a utilisé le modèle de Heckscher-Ohlin pour
deux facteurs (travail qualifié et non qualifié) et pour deux pays (pays d’origine et d’accueil).
Dans le cas où le pays d’accueil est éloigné, la libéralisation du commerce dans le pays
d’origine et d’accueil conduit à l’augmentation des salaires des travailleurs non qualifiés dans
le pays d’origine, leur permettant de payer les frais de migration, tandis que les salaires des
travailleurs qualifiés baissent, les incitant eux aussi à émigrer. Dans le modèle, et dans le cas
où le pays est éloigné, Schiff (2007) constate que la migration des travailleurs (qualifiés et non
qualifiés) et le commerce sont des compléments. Dans la même optique, Reed (1994),
Andrienko et Guriev (2004) ont analysé la relation entre la migration interne et la distance
entre la ville de départ et d’arrivée sur le Brésil et la Russie. Ils ont conclu que l’augmentation
du revenu d’une région pauvre conduit à la hausse de la migration interrégionale. Par ailleurs,
dans le cas où le pays d’accueil est proche, la libéralisation commerciale augmente la
migration des travailleurs qualifiés et non qualifiés. De ce fait, Schiff (2007) a constaté que la
contrainte financière existe seulement pour les travailleurs non qualifiés des pays éloignés,
tandis que ceux des pays proches n’ont pas de problème d’argent pour la migration. Pour les
travailleurs qualifiés, la contrainte de liquidité n’existe pas non plus pour les pays proches ou
éloignés120.

En outre, Schiff (2007) a également analysé la relation entre migration et revenu. Il a


trouvé que la migration augmente pour atteindre un niveau M* avec un revenu Y<Y* puis
elle baisse avec le revenu, d’autres chercheurs ont corroboré ce résultat et ont trouvé une
relation en U inversé121.

119
Schiff M., Migration, investissement et commerce : substituts ou compléments ? op. cit. pp. 14 et 15.
120
Ibid., pp. 15-17.
121
Ibid., pp. 17 et 18.

78
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 12 : Revenu et migration

1.1.2- Pauvreté

La pauvreté peut être définie par l’approche monétaire selon laquelle un ménage est
considéré comme pauvre si son revenu est inférieur au seuil de pauvreté, ou bien, par
l’approche non monétaire qui prend en compte plusieurs facteurs comme la nourriture, l’état
de santé, l’accès à l’école. La pauvreté peut également être objective quand le revenu d’un
ménage pauvre ne lui permet pas d’avoir les mêmes conditions de vie que les autres, elle peut
être subjective quand le ménage compare son niveau de vie avec celui des autres. Ainsi,
l’OCDE (2008) suggère que la pauvreté ne peut pas être mesurée que par le seul indicateur de
revenu, car il en existe plusieurs tels que les indicateurs politique, humain et social. La figure
13 montre les différents indicateurs de pauvreté établis par l’OCDE. Bouoiyour et Miftah
(2013) suggèrent qu’un individu est considéré comme pauvre s’il est privé d’un ou de
plusieurs de ces indicateurs mentionnés dans la figure 13122.

122
Bouoiyour J. et Miftah A., Les transferts de fonds réduisent-ils la pauvreté et les inégalités de revenus ? Une
vérification empirique à travers une enquête dans le milieu rural marocain, Impact des transferts de fonds sur
la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie,
op. cit. p. 148.

79
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure13 : Les différents indicateurs de la pauvreté

En outre, ces chercheurs trouvent que la pauvreté est due à l’inégalité du partage des
ressources entre les ménages. Ces inégalités sont mesurées par le classement de la population
en tranche (décile, quartile) selon leur revenu, ceci permet de calculer l’écart de revenu entre
les ménages pauvres et riches. Ainsi, à l’aide de l’indice de Gini, il est possible de mesurer le
degré d’inégalité qui existe entre les plus pauvres et les plus riches. Toutefois, les inégalités
entre les ménages ne se limitent pas au revenu, elles touchent d’autres secteurs comme la
santé, l’école, l’accès à l’eau potable, etc.123

De plus, la nature de la pauvreté varie d’un pays à l’autre et dépend du revenu moyen
national. Afin d’atténuer la pauvreté il est nécessaire de redistribuer les revenus en faveur des
pauvres ou bien par le biais de la croissance économique qui permettrait l’augmentation du
revenu moyen national. Les chercheurs de la Banque Mondiale se sont penchés sur la question
de la croissance économique en faveur des ménages les plus démunis en affirmant que seul le
capital humain permet d’avoir une croissance à long terme et de réduire la pauvreté. Ainsi,
pour que la croissance permette d’atténuer la pauvreté il faut qu’elle touche les secteurs où
travaille la majorité des pauvres. Bouoiyour et Miftah (2013) confirment qu’il existe une
relation entre la « croissance pro-pauvres » et la réduction de la pauvreté. D’après l’OCDE
(2008) une croissance pro-pauvre entraîne une réduction de la pauvreté humaine et monétaire.
Pour se faire, l’OCDE suggère de recruter davantage les pauvres, de leur faciliter l’obtention
123
Bouoiyour J. et Miftah A., Les transferts de fonds réduisent-ils la pauvreté et les inégalités de revenus ? Une
vérification empirique à travers une enquête dans le milieu rural marocain, Impact des transferts de fonds sur
la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie,
op. cit. p. 150.

80
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

de crédits bancaires, et aussi, d’améliorer leurs conditions de vie et restructurer le système de


la sécurité sociale en leur faveur124.

En ce qui concerne la mesure de la pauvreté, la Banque Mondiale se base sur trois


indicateurs qui sont : L’indice de pauvreté qui désigne les personnes vivant sous le seuil de
pauvreté (avec moins d’un dollar par jour et par personne). L’indice de la profondeur de la
pauvreté qui mesure l’écart entre le seuil de pauvreté et les dépenses des personnes se situant
au-dessous de ce seuil. Et enfin l’indice de la profondeur de la pauvreté au carré qui mesure le
degré d’inégalité des revenus.

Par ailleurs, pour déterminer le seuil de pauvreté, il faut d’abord cerner les dépenses totales
moyennes (alimentaires et non alimentaires) en dessous desquelles une personne est
considérée comme pauvre. En effet, dans les travaux empiriques, la détermination de la ligne
de pauvreté se fait en deux étapes. La première concerne l’estimation du seuil alimentaire sur
la base des normes établies par l’OMS et l’ONU, c’est-à-dire déterminer le coût d’un panier
journalier le moins coûteux qui contient les besoins alimentaires nécessaires pour un individu
de taille et poids moyens. La seconde concerne l’estimation du seuil non alimentaire à partir
des dépenses minimums qu’un individu non pauvre peut couvrir. Puis on additionne les deux
seuils pour avoir le seuil de pauvreté total. Toutefois, à ce stade il n’est pas encore possible
d’identifier les personnes pauvres au sein de la population, car avec un revenu et des dépenses
identiques, un ménage sans enfants aura un niveau de bien-être meilleur qu’un ménage avec
enfants ou des personnes à charge, ceci est dû aux différences des unités d’analyse (une
personne célibataire ou mariée, avec ou sans enfants, vivant dans une zone urbaine ou
rurale)125.

De ce fait, il est impossible de comparer les ménages à un même seuil de pauvreté. Une
transformation des unités d’analyse paraît logique. Dans les travaux empiriques, les
chercheurs utilisent l’échelle d’équivalence pour surmonter ce problème et pouvoir faire des
comparaisons. L’OCDE a établi une échelle d’équivalence standard facile à utiliser sous
forme d’équation :

124
Bouoiyour J. et Miftah A., Les transferts de fonds réduisent-ils la pauvreté et les inégalités de revenus ? Une
vérification empirique à travers une enquête dans le milieu rural marocain, Impact des transferts de fonds sur
la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie,
op. cit. pp. 150 et 151.
125
Bahani A. et Hanchane H., Impact des transferts de fonds sur les inégalités au Maroc, Impact des transferts
de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc
et en Algérie, op. cit. pp. 122 et 123.

81
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

E (a, c) = 1 + 0.7 (a – 1) + 0.5c (Avec « a » le nombre d’adultes et « c » le nombre d’enfants)

Une fois les dépenses des ménages sont transformées par l’échelle d’équivalence, elles ne
deviennent plus un montant monétaire, elles sont présentées sous forme d’indicateur de bien-
être.126

1.1.3- Les types de transferts de fonds

Les migrants empruntent deux catégories de canaux de transferts pour envoyer l’argent à
leurs familles restées au pays qui sont : les transferts formels (officiels) et les transferts
informels (non officiels). A l’intérieur de ces deux catégories, il existe une diversité d’acteurs.
Les migrants cherchent la méthode la plus sûre, la plus rapide et la moins coûteuse, mais
aussi, en fonction des avantages et inconvénients de chaque méthode, ainsi que des
contraintes qui limitent leurs choix, l’éventail des moyens de transferts est large.

Avant que les migrants effectuent des transferts d’argent à leurs familles restées au pays,
chacun des deux parties a des contraintes et des priorités pour envoyer et recevoir l’argent. Du
côté des bénéficiaires, la rapidité de la transaction et le temps de recevoir l’argent est assez
important pour les familles récipiendaires qui sont souvent dans le besoin et ne peuvent
patienter longtemps. Ainsi, avoir un centre de collecte d’argent près du lieu de résidence des
familles donne plus de choix pour effectuer un transfert, cependant, en Afrique par exemple
40% des fonds sont transférés vers des zones rurales dont les centres de collecte d’argent sont
très peu ou presque inexistants. Le taux de change est également pris en compte par les
bénéficiaires lors de la conversion des fonds reçus en monnaie locale, par le secteur formel
s’il est plus attractif, sinon par le secteur informel. Les migrants utilisent souvent le moyen de
transferts le plus sécurisé pour s’assurer que l’argent arrive à leurs familles. En ce qui
concerne les commissions et frais de transferts, une grande majorité des migrants n’accorde
pas trop d’importance au mode de transfert le moins coûteux, le facteur d’urgence lors de
transfert paraît plus décisif. Enfin, le statut légal du migrant dans le pays hôte joue un rôle
important dans le choix du canal de transferts (formel ou informel)127.

Par ailleurs, il existe deux canaux de transmission des transferts de fond. Le premier est le
canal formel représenté par les banques et les postes (transferts classiques), les STA (sociétés

126
Bahani A. et Hanchane H., Impact des transferts de fonds sur les inégalités au Maroc, Impact des transferts
de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc
et en Algérie, op. cit. p. 123.
127
Site : www.performancesconsulting.com, consulté le 10.05.2016.

82
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

de transferts d’argent) et les institutions de microfinance (transferts électroniques ou rapides).


Le second, le canal informel représenté par différentes méthodes de transferts selon les pays,
sera exposé plus en détail ci-après. En Afrique, le canal informel des transferts de fonds est le
plus dominant, et les montants transférés par ce circuit restent importants, parfois ils peuvent
atteindre jusqu’à 80 % du montant total selon les pays, cela est dû aux frais exorbitants
appliqués par les institutions financières128.

En effet, les migrants peuvent transférer l’argent par le canal formel ou informel. Ces deux
canaux de transmission contiennent plusieurs types. Le canal informel peut se faire par le
transport de l’argent sur soi ou par des tierces personnes (amis ou familles), ce type de
transferts très utilisé par les migrants africains représente 10 % des transferts effectués vers
l’Amérique latine. L’avantage de ce moyen de transfert est qu’il n’est assujetti à aucun coût,
mais il dépend de la fréquence des voyageurs en partance vers le pays d’origine. Ainsi, une
autre méthode qui n’est pas coûteuse mais très risquée est l’envoi d’argent par courrier
ordinaire, ce type de transfert représente 7 % des fonds transférés vers l’Amérique latine. Les
migrants asiatiques utilisent une autre méthode de transferts sous le nom de « hawala » ou
« hundi » ou bien « fei ch’ien » selon les pays de destination qui signifie « l’argent volant ».
Pour réaliser un transfert, il faut deux intermédiaires (hawaladars), un dans le pays d’accueil
et l’autre dans le pays d’origine. Ainsi, le migrant donne l’argent qu’il souhaite transférer au
hawaladar du pays d’accueil, et ce dernier lui donne un code d’authentification qu’il doit
communiquer à la personne bénéficiaire. Puis le hawaladar du pays d’accueil communique le
code à son correspondant du pays d’origine et versera l’argent en monnaie locale au
bénéficiaire qui détient le code. La transaction se fait au moment de la demande du migrant et
le bénéficiaire pourra récupérer son argent au même moment, sans qu’il y ait un transfert
d’argent matériel ou électronique. Les migrants asiatiques établis aux États-Unis utilisent un
autre mode de transferts « ethnic stores » (magasins ethniques), qui est le premier concurrent
des STA comme Western Union, Money Gram, etc.129

A côté de ces systèmes de transferts informels subsistent d’autres canaux d’envoi de fonds
connus sous le nom de transferts formels. En effet, ce type de transferts développé ces
dernières années peut se faire par le biais de mandats postaux internationaux et existent dans
plus de 30 pays. Ce même type de transfert existe aux États-Unis, les migrants mexicains
peuvent transférer jusqu’à 2000 dollars US à n’importe quelle poste au Mexique. En effet,

128
Site : www.performancesconsulting.com, consulté le 10.05.2016.
129
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. p. 161.

83
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Ndione (2009) trouve que l’avantage des mandats postaux est leur coût peu onéreux, mais le
délai de réception est souvent long à cause d’une indisponibilité de liquidités et ne répond pas
au caractère d’urgence des transferts. Un autre dispositif de transfert, représenté par des
sociétés financières non bancaires spécialisées dans les transferts de fonds comme Western
Union, permet de transférer l’argent un peu partout à travers ses agences installées aux quatre
coins du monde, mais ne permet pas de créditer un compte bancaire comme un virement
bancaire. Ce genre de transfert est réservé aux banques dont l‘émetteur et le bénéficiaire
doivent posséder des comptes bancaires pour effectuer le virement. Cependant, ce type de
transfert représente un obstacle pour les migrants en situation irrégulière ne possédant pas de
carte de séjour, et qui ne peuvent donc pas ouvrir un compte dans leur pays d’accueil, mais
aussi pour les bénéficiaires qui vivent dans des régions dont les institutions financières ne sont
pas développées ou sont inexistantes, ne leur permettant pas d’avoir accès à leurs services130.

Les frais liés aux transferts de fonds sont variables, selon le mode de transfert utilisé et les
pays où l’émetteur et le destinataire se trouvent. Cependant, ces frais ne sont pas le seul
problème qui préoccupe les migrants, il existe un autre facteur qui influence le choix de la
méthode de transfert, c’est le risque de perte ou de vol de l’argent. Dans le circuit informel,
les méthodes les moins coûteuses sont les plus risquées, comme dans le cas du transport de
l’argent par les migrants eux-mêmes ou de son expédition dans un courrier ordinaire.
Toutefois, la méthode du hawala est très utilisée car elle ne présente pas de risques, rapide et
son coût ne représente que 2 % du montant transféré. En outre, dans le circuit formel, les
transferts ne sont pas exposés au risque mais les coûts sont relativement chers. Orozco (2003)
a fait une comparaison des coûts de différents modes de transferts formels de plusieurs pays
émetteurs et bénéficiaires des transferts de fonds. Il a trouvé que le coût moyen d’un transfert
de 200 dollars US est de 6.0 % dans un « ethnic store », 7.0 % dans une banque et de 12.0 %
dans une STA (voir le tableau 5). Les frais de transferts par le circuit formel restent chers
malgré la concurrence de plusieurs acteurs économiques, cela s’explique par le manque de
développement du système bancaire et financier dans les pays d’origine, et l’insuffisance ou
parfois l’inexistence des agences bancaires ou des sociétés de transfert d’argent dans les
villages et les zones éloignées des pays d’origines des migrants. Ainsi, les migrants issus des
pays pauvres sous-développés ne font pas confiance à ce dispositif de transfert car ils n’y sont

130
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. p. 162.

84
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

pas habitués. Ainsi, les migrants clandestins ne peuvent utiliser ce mode de transfert à cause
de leur situation illégale dans leur pays d’accueil131.

Tableau 5 : Frais des transferts de fonds

Par ailleurs, la majorité des migrants latinos des États-Unis empruntant le canal formel
transfèrent leur argent par l’intermédiaire des sociétés de transfert de fonds qui représentent le
moyen de transfert le plus cher. En effet, ces migrants souhaitent bien transférer leur argent
par la banque, mais leur statut juridique ne le leur permet pas. Le Mexique a commencé à
délivrer des pièces d’identité « matricula » aux migrants résidant aux États-Unis de façon
illégale à travers ses consulats, afin de leur faciliter l’envoie de leur argent par le circuit
formel et surtout par les banques qui proposent des frais moins chers, l’ouverture d’un compte
d’épargne avec des taux d’intérêts intéressants et de compte d’épargne-retraite assortis
d’avantages fiscaux, mais aussi afin de leur permettre d’effectuer des virements à des coûts
faibles et de bénéficier d’un crédit. Pour attirer plus de clients, les banques américaines aident
les migrants souhaitant ouvrir un compte bancaire dans la démarche d’obtention de leur
matricula auprès des consulats et leur proposent des services bancaires et financiers
intéressants et adaptés132.

Par ailleurs, l’efficacité et la sécurité des institutions financières chargées de transfert de


fonds expliquent leur coût élevé qui avoisine 13 % du montant transféré. En Afrique, et dans
les pays de la zone CEMAC, le système bancaire et le secteur de télécommunication sont peu
développés ce qui empêche d’avoir une diversité des institutions et services financiers pour
que les migrants puissent en bénéficier. Dans ces conditions, aucune concurrence n’est
131
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. pp. 162 et
163.
132
Ibid., pp. 163 et 164.

85
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

possible entre les différents acteurs économiques pour réduire les frais liés aux transferts de
fonds. En fait, deux sociétés de transferts d’argent dominent le marché, Western Union et
Money Gram, ce qui justifie que les migrants empruntent le canal informel qui est beaucoup
moins cher (entre 1 et 5 % du montant transféré)133. Ainsi, les coûts de transferts d’argent par
le circuit formel vers l’Afrique subsaharienne sont relativement chers, ils représentent 20 % et
peuvent atteindre jusqu’à 25 % avec les frais supplémentaires. D’après les données de la
Banque mondiale (2006) les frais de transferts effectués de l’Europe vers l’Afrique
subsaharienne sont dix fois plus chers que ceux effectués depuis les États-Unis vers les
Philippines134.

En Algérie, la majeure partie des transferts passe par le canal informel car il n’existe pas
d’institutions spécialisées dans la collecte des fonds. Khelfaoui (2006) constate que les
migrants algériens établis au Canada envoient leur argent avec les personnes qui rentrent au
pays ou avec les vacanciers. Ils font également recours aux « changeurs informel », même
méthode que le « hawala » également utilisée par les migrants vivant en France. Les réseaux
de migrants se sont bien développés ces dernières années, ils peuvent réaliser des transferts
dans n’importe quelle ville en Algérie, et le bénéficiaire pourra retirer son argent le jour de la
transaction, alors que les transferts formels par virements bancaires prennent plusieurs
semaines pour parvenir à leurs bénéficiaires. De ce fait, le ministère chargé de la communauté
algérienne à l’étranger a instauré l’établissement de guichets de banques algériennes dans les
principales villes des migrants afin de canaliser ces sommes importantes dans le circuit
formel135.

Dans les pays voisins de l’Algérie comme le Maroc et la Tunisie, la majeure partie des
transferts de fonds passent par les banques et les postes, mais aussi, par Western Union qui
prend le monopole des STA et constitue le premier partenaire des banques. Cette situation a
permis aux autorités de ces deux pays de développer le service de la bi-bancarisation qui
faciliterait les transferts des migrants et inciterait plus de clients à emprunter ce moyen de
transfert136.

133
Mvogo G.P., Effet des transferts des fonds des migrants sur le taux de chômage dans la zone CEMAC, op. cit.
p. 4.
134
Sarr P.A., Transferts de fonds des migrants et développement en Afrique : une étude de cas sur le Sénégal,
Migrations et développement, op. cit. p. 20.
135
Bouklia-Hassane R., « Migration pour le travail décent, la croissance économique et le développement : le
cas de l’Algérie », op. cit. p. 27.
136
Bourenane N. et al, Réduire les coûts des transferts d’argent des migrants et optimiser leur impact sur le
développement, op. cit. p. 36.

86
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

1.2- Nouvelles procédures associées aux transferts de fonds et à la migration

Ces dernières années, le G20 a mis des règles qui devraient inciter les émigrants de passer
par les canaux formels (système bancaire) pour réaliser les transferts de fonds vers leurs
familles d’origine, afin d’éviter les canaux informels qui rendent le calcul des fonds transférés
impossible, et de pouvoir contrôler les transferts de blanchiment d’argent et le financement du
terrorisme. Ainsi, la communauté de la migration internationale a élaboré un plan de
développement, afin de faciliter la migration des ménages pauvres qui n’ont pas les moyens
financiers nécessaires pour payer les coûts de la migration souvent chers.

1.2.1- Réduction des coûts des transferts de fonds

Le G20 a fixé un objectif dans la décennie précédente, qui consiste à abaisser les coûts des
transferts de fonds de 5 % en 5 ans. Selon la Banque Mondiale (2013), le coût moyen d’un
transfert de 200 $ qui était de 8,9% entre 2008 et 2010 a légèrement diminué après 2010 pour
atteindre 8,7 %. Mais depuis 2011, le coût moyen des transferts a augmenté jusqu’à 9 % et
s’est stabilisé autour de cette moyenne jusqu’au troisième trimestre de 2013 (voir figure 14.
Remarque : weighted average représente le coût moyen pondéré par la taille des transferts de
fonds bilatéraux).

Figure 14 : Le coût moyen d’un transfert de 200 $

L’existence de plusieurs acteurs économiques actifs au sein du marché des transferts de


fonds a créé une concurrence entre eux, entraînant une baisse remarquable des frais de
transferts. À titre d’exemple, les coûts des transferts entre les États-Unis et le Mexique ont
baissé de 60 % depuis 1999. De ce fait, le canal formel des transferts devient plus attractif et
pourra canaliser des sommes importantes au détriment du canal informel. Ainsi, il serait une

87
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

opportunité pour les migrants altruistes désirant augmenter leur niveau de transfert, et aussi,
pour ceux désirant investir dans leur pays d’origine137.

En 2012 lors d’une conférence coopérée par la Banque africaine de développement et


l’Agence française de développement, le ministre Henri Raincourt a soutenu les efforts
entrepris pour réduire les coûts des transferts de fonds et améliorer leur impact sur le
développement des pays bénéficiaires. Ainsi, en 2011 dans le G20, la France a proposé des
mesures pour réduire les coûts associés aux transferts en passant de 9 % jusqu’à 5 %. Ceci
nécessite l’engagement des pays à respecter les consignes et les mesures adoptées138. Selon la
Banque mondiale, les coûts des transferts de fonds ont tendance à diminuer (jusqu’à 6,6 % en
Europe et Asie centrale) lorsque le montant des transferts est important. En revanche les coûts
connaissent une augmentation spectaculaire (jusqu’à 12 % en Afrique subsaharienne) lorsque
le montant des transferts est modeste (voir figure 15).139

Figure 15 : Les coûts des transferts de fonds semblent être élevés dans plusieurs régions

Dans la même optique, les coûts des transferts vers l’Afrique sont excessivement chers par
rapport aux autres continents, une enquête menée au Royaume-Uni montre que les coûts des
transferts entre le Royaume-Uni et l’Afrique sont plus élevés que ceux entre le Royaume-Uni
et l’Inde (voir figure 16). Ceci est dû à la détérioration des infrastructures financières en

137
Schiff M., Migration, investissement et commerce : substituts ou compléments ? op. cit. p. 21.
138
Site : http://www.envoidargent.fr/content/etude-reduire-les-couts-des-transferts-dargent-des-migrants-et-
optimiser-leur-impact-sur-dvpt, consulté le 05.06.2016.
139
The World Bank, Migration and Remittances Flows, Migration and Development Brief 21, 2013, pp. 6 et 7.

88
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Afrique et l’absence de concurrence entre les institutions financières, ce qui décourage les
migrants à emprunter le circuit formel et de favoriser le circuit informel140.

Figure 16 : Comparaison des coûts de transferts entre l’Afrique et l’Inde

1.2.2- Réduction des coûts de migration

Selon les statistiques de la Banque Mondiale (2013), il y a plus de 230 millions de


migrants internationaux et plus de 700 millions de migrants internes. En 2015, la communauté
de la migration internationale a élaboré un programme de développement. Ce programme a
pour but de diminuer les divers coûts de la migration : coûts de passeport, de visa, de la carte
de résidence et de recrutement, etc., afin de rendre la migration accessible aux ménages
pauvres.141

A- Les frais de visa

Pour les ménages pauvres désirant émigrer pour trouver un travail, les coûts liés à la
demande d’un visa sont vraiment importants dans plusieurs pays pauvres. En raison de

140
Gupta S. et al, L’impact bénéfique des envois de fonds sur l’Afrique, Revue Finances et développement, Vol.
44, 6-2007, p. 42.
141
The World Bank, Migration and Remittances Flows, op. cit. p. 9.

89
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

l’absence de données précises sur les frais de visa des migrants, La Banque mondiale (2013) a
procédé à une comparaison entre les frais de visa d’affaires pour expliquer les disproportions
entre les pays. Les comparaisons révèlent de très fortes disparités selon les pays. Tandis que le
coût moyen pour l’obtention d’un visa de travail aux États-Unis est de 215 €, il atteint 690 $
pour la Tanzanie (qui représente 113% du PIB par habitant). Sur la base du (Tableau 6) qui
présente les frais de visa réciproque, pour les citoyens de différents pays énumérés voyageant
aux États-Unis et inversement, nous pouvons observer à titre illustratif que le coût d’un visa
d’affaires pour les ressortissants du Turkménistan aux États-Unis est de 560 $, tandis que le
coût d’un visa d’affaires pour les ressortissants des Etats-Unis au Turkménistan est de 75 $.142

Tableau 6 : Frais de visa d’affaires

Une fois que les migrants issus des pays pauvres ont payé les frais de visa, ils leur restent à
payer, à leur arrivée dans le pays d’accueil, d’autres frais comme les frais de recrutement pour
travailler.

B- Les frais de recrutement des travailleurs temporaires peu qualifiés

Les divers coûts liés aux frais de recrutement sont : les coûts versés aux agents de
recrutement (intermédiaire), l’assurance maladie, les examens médicaux, le traitement du
dossier, etc. Selon le Tableau 7, un travailleur bengalais désirant émigrer doit débourser entre

142
The World Bank, Migration and Remittances Flows, op. cit. pp. 10 et 11.

90
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

1935 $ et 3870 $ pour trouver un emploi peu qualifié au Moyen-Orient rémunéré à 200 $ par
mois (qui représente jusqu’à 5 fois le PIB par habitant ou 14 mois de salaire au Bangladesh).
De même, le coût moyen de recrutement est équivalent à 5 mois de salaire pour les
travailleurs indonésiens à Hong Kong, et de 6 mois de salaire pour les travailleurs népalais au
Moyen-Orient.143

Tableau 7 : Exemples des coûts de recrutement

Les différences de salaires entre le pays d’origine et le pays d’accueil peuvent justifier les
coûts de recrutement payés par les émigrants. Ce sont des agents de recrutement
intermédiaires qui collectent ces frais et organisent la répartition des migrants afin de les
diriger directement aux employeurs. Contrairement aux travailleurs migrants peu qualifiés, les
employeurs sont prêts à payer la totalité des coûts de recrutement des travailleurs hautement
qualifiés. En effet, les conventions relatives aux migrations internationales obligent les
employeurs internationaux à payer tous les frais de recrutement des travailleurs étrangers (peu
et hautement qualifiés), mais ces conventions ne sont pas respectées par les employeurs.144

Par ailleurs, l’ancienneté de la diaspora algérienne établie en France a permis de tisser un


réseau de migrants important qui a contribué à réduire les différents coûts associés à la
migration. Ainsi, la proximité géographique et linguistique fait que les migrants algériens
favorisent la France plus que d’autres destinations. Ainsi, la baisse des coûts de la migration a
permis aux ménages pauvres de migrer145.

143
The World Bank, Migration and Remittances Flows, op. cit. p. 9.
144
Ibid., p. 10.
145
Hammouda N.E. et al, Les deux enquêtes menées en Algérie : analyse descriptive, Impact des transferts de
fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et
en Algérie, op. cit. p.13.

91
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Section 2 : Migration et transferts de fonds : Conséquences et


répercussions en termes d’inégalité et de pauvreté

Cette section contient deux sous-sections. La première expose l’impact de la migration sur
les pays d’origine et d’accueil des migrants. La seconde présente l’impact des transferts de
fonds dans les pays d’origine en matière de pauvreté et d’inégalités de revenus.

2.1- Impact de la migration sur les pays d’origine et d’accueil

Selon Taylor (2001), les interactions entre migration et pauvreté, et leurs impacts sur les
économies bénéficiaires constituent l’un des domaines les moins étudiés et les plus incompris
de l’économie. Si on considère que la majorité des migrants provient des régions rurales où
vivent la majorité des pauvres, l’impact de leur migration sur ceux qui restent est assez
important du point de vue du bien-être social. Ainsi, dans les villes où l’activité économique
se concentre, la migration peut avoir des incidences sur la croissance économique en matière
de production alimentaire et d’exportations agricoles. Du point de vue du bien-être
économique des non-migrants, cela peut fournir une indication des tendances futures en
termes de migration. Les travailleurs migrants s’intègrent aux activités locales de leur lieu de
destination, en complétant d’autres facteurs ou en concurrençant les travailleurs d’origine des
économies d’accueil.146

Cependant, l’arrivée des travailleurs migrants a des incidences sur la répartition du revenu
dans les économies d’accueil. En effet, les incidences de la migration sur la pauvreté dégagent
deux visions différentes ou opposées, qualifiées respectivement de vision «optimiste » et
vision « pessimiste ».

2.1.1- Une vision optimiste

À partir de cette perspective optimiste, la migration est considérée comme un mécanisme


de réduction de la pauvreté dans les pays d’origine des migrants, à la suite d’un déplacement
d’une population qui vivait dans des régions rurales à faibles revenus vers des villes urbaines
(situées dans le pays même ou à l’étranger) à revenu relativement élevé. En effet, pour les non
migrants, si la migration ne se traduit pas par une chute brutale du revenu ou une légère baisse
de celui-ci - par exemple la main d’œuvre et le capital que les migrants emportent avec eux ne

146
Edward Taylor J., Causes, Conséquences et répercussions en termes de Pauvreté, Problèmes actuels et
émergents pour l’analyse économique, 2001, p. 2.

92
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

sont que peu importants - alors le départ des migrants se traduit par une baisse de la
population de leurs pays d’origine qui bénéficiera d’une augmentation du niveau de revenu.
Pour les migrants, au moment de leur arrivée dans le pays d’accueil, leur niveau de revenu
peut être inférieur à celui des non migrants, mais s’améliorent rapidement lorsqu’ils
acquièrent des compétences particulières, la baisse des taux de salaires disparaît au fil du
temps.147

Les transferts de fonds effectués par les émigrants vers leurs familles d’origine contribuent
directement aux revenus de ces derniers. La migration internationale ne représente qu’une
partie modeste de la migration mondiale totale (migration interne et externe). Selon Taylor
(2001), des enquêtes menées par plusieurs chercheurs, indiquent que les transferts de fonds
représentent une partie importante du revenu global dans les régions rurales des pays pauvres
(moins avancés). Cependant, le manque d’information sur la part que les transferts de fonds
représentent, dans le revenu global des migrants, permet de penser qu’ils constituent
également une part importante du revenu des émigrants. Ainsi, si ces derniers sont issus de
familles pauvres, alors les transferts qu’ils effectuent auront des effets directs sur l’atténuation
de la pauvreté dans leurs régions d’origine.148

Les transferts de fonds des travailleurs migrants peuvent également avoir des incidences
indirectes et multiples dans leurs pays d’origine et d’accueil. Dans les pays d’origine, et en
matière de marchés imparfaits qui caractérisent ces économies, les transferts peuvent
diminuer le risque d’illiquidité et de production dans les zones d’origine des émigrants. Ainsi,
les dépenses de ces fonds par les ménages qui les reçoivent, peuvent avoir des effets indirects
positifs pour les pauvres grâce à l’effet de l’entraînement des dépenses. Dans les pays
d’accueil, l’arrivée des immigrants peut maintenir l’activité économique locale et créer des
emplois de qualité pour les résidents. À partir des données de recensement sur les clusters
métropolitains aux Etats-Unis, plusieurs études réalisées dans les années 80 (Schultz 1982,
Lucas 1987, Rosenzweig 1988...) ont conclu que le marché du travail et le taux de chômage
sont peu influencés par l’arrivée d’immigrants. Dans d’autres cas, il se peut que l’arrivée des
immigrants ait des incidences positives sur l’offre de travail et sur les salaires dans les
économies d’accueil.149

147
Edward Taylor J., Causes, Conséquences et Répercussions en termes de Pauvreté, op. cit. pp. 2 et 3.
148
Ibid., p. 3.
149
Ibid., p. 4.

93
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

L’économiste américain David Card défend l’idée que l’immigration n’a eu qu’un faible
impact, et que les immigrants ne font pas accroître le taux de chômage ni baisser les salaires
dans les pays d’accueil. Plusieurs études empiriques corroborent ce résultat. D’après ces
études, les migrants occupent des postes où il y a une pénurie d’employés et aussi des postes
saisonniers ou bien des emplois qui sont souvent refusés par les natifs à cause de leurs
inconvénients (difficiles, à haut risque, salaire modeste). De ce fait, dans le marché du travail,
les nationaux et les immigrés sont complémentaires. En ce qui concerne les salaires,
l’immigration en Italie a eu un effet positif sur les salaires des natifs au nord du pays, les
migrants ont comblé des postes rejetés par les natifs, ainsi, l’existence de syndicats forts leur
ont permis de maintenir le même niveau de salaire. Même chose pour l’Espagne et le
Royaume-Uni où il y a eu un impact légèrement positif sur les salaires. Quant à l’emploi, les
études menées sur l’Espagne ont démontré que l’immigration a un effet positif sur l’emploi.
Toutefois, en Allemagne, la rigidité des salaires et du marché du travail a fait que
l’immigration a eu un effet négatif sur l’emploi. Par ailleurs, le niveau de qualification des
migrants n’a aucun effet sur l’emploi. Au sein des pays de l’OCDE, l’offre de travail est
supérieure à la demande sur le marché du travail peu qualifié, contrairement au marché du
travail hautement qualifié où la demande dépasse l’offre dans certains secteurs. Cependant, le
pays d’accueil peut accueillir des migrants là où il manque des travailleurs pour qu’ils soient
complémentaires avec les travailleurs nationaux et non pas substituables150.

Pour le pays d’origine, les migrants peu qualifiés envoient de l’argent à leurs familles plus
que les migrants hautement qualifiés. De plus, ils sont majoritairement issus des familles
pauvres, et les transferts qu’ils effectuent ont des effets positifs directs sur le revenu de leurs
familles. Ainsi, leur départ se traduit soit par une augmentation des salaires des travailleurs
restés au pays d’origine (si le taux de chômage est faible) ou bien par la création de nouvelles
opportunités d’emploi (si le taux de chômage est élevé) ce qui est le cas en réalité pour les
pays en développement. L’immigration des travailleurs hautement qualifiés « l’exode des
cerveaux » (brain drain) est considéré comme une perte pour les pays d’origine. Toutefois, si
les migrants un jour décident d’y retourner un jour, ils peuvent apporter avec eux de nouvelles
compétences et du savoir-faire acquis à l’étranger, c’est le cas de la migration temporaire et

150
Dayton-Johnson J. et Xenogiani T., « Immigration, développement et arbitrages entre politiques. », op. cit.
pp. 116-118.

94
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

circulaire, mais il se peut que le pays d’origine ne puisse bénéficier de ces compétences s’ils
ne sont pas utiles dans un pays en développement151.

2.1.2- Une vision pessimiste

Selon Taylor (2001) : « Toute vision optimiste a sa contrepartie pessimiste. Les études les
plus pessimistes en matière d’interaction entre la migration et le développement dans les
zones d’origine ont, pour la plupart, été publiées dans les années 70 et 80. En revanche, durant
la décennie 1990, les recherches dans ce domaine se sont montrées plus optimistes.
Cependant, les études sur les effets de l’immigration dans les économies d’accueil,
généralement optimistes dans les années 70 et 80, sont devenues plus pessimistes au cours de
ces dernières années ».152

Pour que la migration permette d’accroître le revenu moyen par habitant dans les
économies d’origine, il faut que le départ des migrants n’entraîne pas une chute brutale du
revenu ou une légère baisse de celui-ci. Cependant, Taylor a mentionné que la majorité des
études pessimistes ont conclu que la migration provoque une chute du revenu dans les
économies d’origine des migrants. Ainsi, le produit marginal de la main d’œuvre migrante
avant la migration était plus important qu’après la migration, car les émigrants emportent avec
eux leur capital de production et humain. De ce fait, les transferts effectués par les émigrants
ne couvrent qu’une partie de la perte de la main d’œuvre et de capital. Il en résulte une perte
qui contribuerait à l’aggravation de la pauvreté et à la réduction de la productivité. Dans le
cadre de cette vision pessimiste, pour les économies d’origine, la migration est considérée
comme une « exportation de main d’œuvre » et les fonds envoyés par les émigrants sont
perçus comme leur « rémunération ». Dans les économies d’accueil, les émigrants entrent en
concurrence pour s’intégrer dans les activités productives locales qui ont des besoins limités
en termes de main d’œuvre. Les familles des migrants participent au processus de migration,
afin d’en percevoir des avantages (les transferts de fonds), ce qui justifie leur participation. De
ce fait, ce processus est coûteux et risqué, et les familles pauvres courent le risque de rester en
marge de ces bénéfices. Il en résulte que généralement ce sont les membres de familles issus
de la classe moyenne ou plus élevée, et non pas des segments les plus pauvres de la
population qui émigrent. Cependant, si la migration a des répercussions dommageables sur la

151
Keeley B., Les migrations internationales : le visage humain de la mondialisation, op. cit. pp. 131-134.
152
Edward Taylor J., Causes, Conséquences et Répercussions en termes de Pauvreté, op. cit. p. 4.

95
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

production locale, le revenu des pauvres risques de baisser (que ce soit en terme relatif ou
absolu).153

Selon cette vision, les transferts de fonds des travailleurs migrants contribuent à
l’amélioration du revenu de leurs familles d’origine, tandis que la dégradation de la
production et du revenu à la suite de leur départ provoque une récession de l’activité
économique locale, et des incidences négatives pour les plus pauvres. Ainsi, l’arrivée des
émigrants aux pays d’accueil engendre une concurrence entre ces derniers et les travailleurs
locaux, ce qui amène les travailleurs locaux à partir à la recherche d’un secteur de travail
moins touché par les émigrants, à cause de l’exode de ces derniers. Ceci tend à disséminer
l’impact de l’immigration sur tout le territoire du pays d’accueil, ce qui rend l’analyse des
effets de la migration sur le marché de travail moins précise et plus complexe.154

Faini (2007) soutient l’idée que les migrations internationales ont des effets négatifs sur
les pays d’origine des migrants. Premièrement, les pays d’accueil adoptent des mesures
restrictives pour limiter les flux migratoires, et aussi des politiques sélectives en faveur des
migrants hautement qualifiés. Deuxièmement, la perte de main d’œuvre qualifiée et de capital
humain n’est pas récompensée par des flux de transferts conséquents, car les migrants
qualifiés dans le pays d’accueil ont tendance à rapatrier leur famille au lieu d’envoyer des
fonds, aussi la perte de main d’œuvre qualifiée a des effets indirects négatifs sur les IDE et le
commerce. Enfin, les transferts effectués vers le pays d’origine devraient contribuer à la
croissance par le biais de l’investissement, mais la perte des travailleurs qualifiés ne permet
pas sa réalisation, et que seule l’ouverture de migration pour les travailleurs peu qualifiés
pourrait déclencher une croissance et amélioration des conditions de vie dans les pays
d’origine155.

Ainsi, la migration massive de la main d’œuvre hautement qualifiée (l’exode des cerveaux)
des pays pauvres vers les pays développés est un phénomène qui engendre des pertes énormes
dans le pays d’origine des migrants. Ces pays perdent l’argent investi pour l’éducation et
l’enseignement de leurs travailleurs qui devaient être un jour leur source d’innovation et de
développement. Ainsi, le manque de personnel qualifié dans le secteur de la santé ne permet
pas d’offrir des services médicaux décents et de lutter contre les virus comme VIH. En effet,

153
Edward Taylor J., Causes, Conséquences et Répercussions en termes de Pauvreté, op. cit. p. 5.
154
Ibid., p. 6.
155
Dumont J.C., Migrations et transferts de fonds. Impact sur les pays d’origine. Commentaires, Revue
d’économie du développement, Vol. 15, 2007, p. 189.

96
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

le phénomène de l’exode des travailleurs du secteur de la santé est le plus débattu à cause de
son importance. À titre indicatif, les médecins migrants représentent presque un quart des
médecins aux États-Unis et dans la zone OCDE, le tiers au Royaume-Uni. En fait, l’exode des
médecins peut engendrer des répercussions néfastes pour certains pays d’origine et dégrade
les services de santé à la suite du départ des migrants. Pour d’autres pays, les dessous de la
détérioration du secteur de la santé sont plus profonds et dépassent la fuite des cerveaux. À
titre explicatif, dans plusieurs pays le secteur de la santé ne peut pas recruter tous les
médecins stagiaires, ceux-ci sont obligés d’immigrer pour trouver un travail156.

De ce fait, la migration peut être positive pour les pays d’origine (transferts de fonds) et
pour les pays d’accueil (trouver des travailleurs acceptant des postes refusés par les
nationaux) comme le cas des migrants non qualifiés, comme elle peut être négative pour les
pays d’origine (fuite des cerveaux) et pour les pays d’accueil (concurrencer les travailleurs
nationaux et accroître le chômage). Bouklia-Hassane (2010) trouve que l’effet de la migration
sur les pays d’origine est ambigu et dépend du type de migration (migration retour, migration
circulaire ou bien migration permanente) et aussi de la trajectoire du migrant et sa stratégie.
Ainsi, l’effet dépend des politiques établies par les pays d’origine en faveur des migrants afin
d’attirer le plus de migrants et participer dans le développement du pays157.

2.2- Impact des transferts de fonds sur les pays d’origine

Les études qui abordent le sujet de la migration, de la pauvreté et des transferts de fonds
effectués par les émigrants, s’intéressent aux causes qui amènent les ménages à émigrer.
Cependant, le trait le plus marquant de ces travaux est la mise en perspective des
conséquences et des répercussions des transferts de fonds sur l’inégalité des revenus et
l’atténuation de la pauvreté des ménages non migrants dans les pays d’origine des migrants.
En effet, il existe un lien indirect entre la pauvreté et l’inégalité, Taylor (2001) : « les envois
de fonds peuvent contribuer à atténuer la pauvreté (lorsqu’ils sont destinés à des ménages
pauvres), mais aussi à aggraver les inégalités (si la majeure partie de ces envois est destinée à
des ménages riches). Ils peuvent également atténuer les inégalités sans réduire la pauvreté (à
condition d’être destinés à des ménages à revenu moyen) ».

156
Keeley B., Les migrations internationales : le visage humain de la mondialisation, op. cit. pp. 134 et 135.
157
Bouklia-Hassane R., « Migration pour le travail décent, la croissance économique et le développement : le
cas de l’Algérie », op. cit. p. 25.

97
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Dans le passé et à l’époque où la nouvelle économie de la migration du travail (NEMT)


n’existait pas, les études menées par les chercheurs sur les effets migratoires dans les pays
exportateurs de main d’œuvre, se focalisaient sur l’ajustement du marché du travail dans les
régions rurales, à la suite du départ des migrants qui emportent avec eux le capital productif et
humain. Ainsi les premières études ne s’intéressaient pas directement aux effets de la
migration sur la pauvreté. Parmi ces recherches, l’étude de Lewis en 1954 qui est la première
étude à aborder l’impact de la migration sur les économies d’origine. Il a conclu que la
migration provoque des répercussions négatives sur la production agricole, et il n’a pas
analysé ces répercussions sur la pauvreté.158

Cependant, la migration peut avoir plusieurs incidences sur la pauvreté. Du point de vue
positif, la production agricole dans les régions rurales s’améliore, à condition qu’elle ne
subisse pas de choc après le départ des émigrants. Ainsi, la migration des ménages des régions
rurales vers des villes industrielles permet d’atténuer la pauvreté rurale, si un grand nombre
d’émigrants provient de familles pauvres, et les établissements gouvernementaux redistribuent
l’accroissement de la production par habitant en faveur des pauvres. Ainsi, si les salaires
augmentent pour les travailleurs non-migrants à la suite de la perte de main d’œuvre résultant
de la migration, la pauvreté rurale diminue si la majorité de ces travailleurs non-migrants sont
des pauvres. Du point de vue négatif, si la perte de main d’œuvre et du capital entrainée par la
migration conduit à une chute de production dans les pays d’origine, la pauvreté dans les
régions rurales s’approfondit.

En effet, les transferts de fonds des travailleurs migrants vers leurs familles d’origine et
dans les zones rurales pauvres contribuent à abaisser le degré de pauvreté de façon directe (car
ils représentent un revenu additionnel), et de façon indirecte dans la mesure où ils représentent
une source de revenu local pour les membres de familles bénéficiaires, en allégeant les
contraintes de liquidité et de risque liées aux activités productives des pauvres.159 Au Sénégal
les transferts de fonds jouent un rôle important dans la réduction de la pauvreté, que ce soit
dans les zones urbaines ou rurales. De plus, les transferts collectifs envoyés par des
associations de migrants fondées sur la religion, l’ethnie ou l’appartenance communautaire
ont des effets positifs importants sur la pauvreté. Ces associations investissent l’argent
collecté dans leurs villes d’origine dans plusieurs projets tels que les constructions d’écoles et

158
Dubey A. and Palmer-Jones R., Surplus Labor, Social Structure and Rural to Urban Migration, Conference on
the 50 th anniversary of the Lewis Model, July 6-7, 2004.
159
Edward Taylor J., Causes, Conséquences et Répercussions en termes de Pauvreté, op. cit. pp. 30 et 31.

98
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

d’hôpitaux, les forages de puits pour l’eau potable, les barrages, la culture du riz, l’éclairage
dans les rues, la construction des routes, etc. Tous ces investissements à caractère tant humain
et social que solidaire améliorent le bien-être des ménages et réduisent la pauvreté absolue160.
Bouklia-Hassane (2010), les transferts de fonds sont utilisés dans la majeure partie dans la
consommation finale, ils augmentent le revenu national. Ainsi, s’ils sont destinés à des
ménages pauvres, ils réduisent la pauvreté. Ben Mim et Mabrouk (2012), d’après le Fonds
International de Développement Agricole (FIDA, 2007) les transferts de fonds et la migration
internationale réduisent énormément la pauvreté dans les pays de départ. Il ajoute que les
transferts sont envoyés pour répondre à des besoins immédiats comme la nourriture, la santé
et l’éducation, et ils permettent non seulement la réduction de la pauvreté, mais aussi la
stimulation de la croissance économique. Cependant, la migration des qualifiés surtout pour
les pays pauvres freine la croissance et aggrave les inégalités161. Mouhoud (2013) suggère que
les transferts de fonds sont perçus comme un revenu additionnel qui augmente le revenu du
ménage, et qui a des répercussions sur la réduction de la pauvreté et des inégalités de revenus.
En Afrique subsaharienne et en période de crise, les familles restées au pays bénéficient de
plus d’argent qu’en temps normal pour surmonter la crise. Les transferts servent comme une
assurance ou un filet de sécurité face aux chocs adverses. Bahani et Hanchane (2013)
trouvent que l’impact des transferts sur la pauvreté est positif. Toute personne qui vit avec
moins de 1 USD par jour est considérée comme pauvre. Toutefois, la pauvreté relative diffère
d’un pays à l’autre. Les fonds transférés aux ménages pauvres contribuent à l’amélioration de
leur revenu qui leur permet de dépasser la ligne de pauvreté.

Toutefois, Taylor et coll. (1995), ont observé que la majorité des émigrants ruraux
proviennent de la classe moyenne et les familles pauvres ne représentent qu’une minorité.
Lerch et Wanner (2006) ont trouvé qu’en Albanie la majorité des transferts sont destinés à des
ménages de la classe moyenne et supérieure, ces montants sont souvent importants, cependant
les ménages pauvres ont de faibles chances de recevoir des montants élevés. Les familles
pauvres peuvent sacrifier leur production provisoirement pour financer les coûts de
l’émigration de leurs membres, afin de bénéficier des fonds et les investir dans des activités

160
Ndione B., Migration au Sénégal, Transferts de fonds et de compétences des émigrés : enjeux
socioéconomiques et stratégies politiques au Sénégal, Organisation internationale pour les migrations (OIM),
op. cit. pp. 17-19.
161
Ben Mim S. et Mabrouk F., « Transferts de fonds des migrants, capital humain et croissance économique »,
Conférence sur XXVIIIèmes Journées du développement ATM 2012 « Mobilités internationales, déséquilibres et
développement : vers un développement durable et une mondialisation décarbonée ? », University d’Orleans,
France, 06-2012, p. 2.

99
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

productives, en espérant que les fonds reçus seront supérieurs aux revenus que les familles
pourraient apporter par leur travail dans le secteur agricole. Les résultats des recherches qui
s’intéressent à étudier l’impact des transferts de fonds sur la pauvreté et sur l’inégalité de la
distribution des revenus sont contradictoires 162 . Les transferts des migrants contribuent de
manière significative à la réduction de la pauvreté dans les pays d’origine. Toutefois, leurs
effets sur les inégalités sont ambigus. Ils réduisent les inégalités dans certains pays comme ils
les aggravent dans d’autres. D’après plusieurs chercheurs l’effet des transferts dépend des
inégalités déjà existantes avant le départ des migrants. Les transferts réduisent les inégalités si
elles sont faibles au départ, et ils les augmentent si elles sont déjà importantes163.

Il se peut que les transferts de fonds aient un effet direct sur la diminution de l’inégalité du
revenu, comme ils peuvent les approfondir et les aggraver. Taylor a donné une explication
théorique à ces contradictions. En décrivant l’émigration par l’adoption d’une nouvelle
technologie productive, cette technologie est caractérisée par des coûts élevés, des risques
associés au manque d’information et à l’incertitude. Ces coûts constituent un facteur dissuasif
pour les familles pauvres dans les zones rurales et leur rendent la migration inaccessible.
Ainsi, seuls les ménages issus de la classe supérieure en matière de revenu peuvent émigrer.
Par la suite, les fonds qui vont être transférés par ces ménages vers leurs familles d’origine
auront de fait tendance à aggraver les inégalités qui existaient au sein des familles rurales.
Mais ces incidences néfastes des transferts de fonds sur l’inégalité diminuent ou s’inversent
au fil du temps, avec le développement des réseaux des émigrants, qui servent à alléger les
coûts de migration et rendent les marchés du travail des émigrants dans les pays de destination
plus accessibles aux ménages pauvres. Taylor a justifié cet argument par l’étude menée par
Stark, Taylor et Yitzhaki en 1986 (elle sera détaillée dans la prochaine partie). Ces auteurs ont
démontré que les transferts de fonds vers les régions rurales qui sont exportatrices
traditionnelles de main d’œuvre favorisent l’égalité des revenus.164

En outre, l’impact des transferts de fonds en Afrique subsaharienne sur la réduction de la


pauvreté est positif. Cependant leur impact sur les inégalités est contradictoire. En effet, à
court terme, les coûts de l’émigration sont élevés, les ménages pauvres ne peuvent pas
émigrer contrairement aux ménages de la classe supérieure qui émigrent le plus, donc les
inégalités s’accroissent. Cependant, à long terme, avec le développement des réseaux des

162
Edward Taylor J., Causes, Conséquences et Répercussions en termes de Pauvreté, op. cit. p. 32.
163
Keeley B., Les migrations internationales : le visage humain de la mondialisation, op. cit. pp. 144 et 145.
164
Edward Taylor J., Causes, Conséquences et Répercussions en termes de Pauvreté, op. cit. p. 32.

100
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

migrants, les coûts de l’émigration deviennent moins élevés, les ménages pauvres peuvent
envoyer leurs membres à l’étranger et les inégalités diminuent. Au Pakistan, les transferts de
fonds réduisent non seulement les inégalités et permettent aux ménages pauvres d’aller à
l’école, mais aussi réduisent les inégalités du genre et favorisent l’éducation des filles
(Mansuri, 2008) 165 . De plus, selon Mvogo et al, (2013), l’expérience dans la migration
représente aussi un facteur déterminant dans la migration des ménages et plus précisément des
ménages pauvres, ceux-ci ont pu bénéficier des transferts de leurs enfants et constituer une
fortune.

Par ailleurs, même si la majorité des migrants sont des ménages de la classe supérieure, les
ménages les plus démunis non-migrants peuvent bénéficier des transferts de fonds, par le jeu
des multiplicateurs de revenus (par exemple, l’effet d’entraînement des dépenses favorise la
transmission des transferts de fonds des familles bénéficiaires aux non-bénéficiaires). Coll. et
Taylor en 1995 ont confirmé ces résultats. Ils ont conclu que malgré le faible accès des
ménages pauvres à la migration, les transferts de fonds engendrent des effets multiplicateurs
indirects en faveur de ces ménages urbains et ruraux dont le revenu est inférieur au revenu
national par habitant.166

En conclusion, Taylor (2001), dans son article « Causes, Conséquences et répercussions en


termes de pauvreté rurale », affirme que quatre conditions doivent se réunir pour que la
migration ait des répercussions positives sur l’atténuation de la pauvreté dans les pays
d’origine :

- La perte de la main d’œuvre dans les activités productives résultant de la migration,


n’implique qu’une légère baisse de la production.

- Les familles pauvres sont les plus bénéficiaires des transferts de fonds.

- Les transferts de fonds allègent les contraintes d’accès aux activités productives jusqu’à ce
que les familles pauvres puissent en bénéficier.

- Les activités productives résultant des transferts de fonds créent d’importants multiplicateurs
locaux de revenus en faveur des ménages pauvres.167

165
El mouhoub M., Migrations internationales et mondialisation : paradoxes et impasses politiques, op. cit. p.
50.
166
Edward Taylor J., Causes, Conséquences et Répercussions en termes de Pauvreté, op.cit. p. 33.
167
Ibid., pp. 33 et 34.

101
PARTIE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR L’IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Conclusion

Le but de cette partie a été d’une part d’illustrer l’importance des transferts privés au sein
des économies bénéficiaires et leur contribution à l’amélioration du bien-être, et d’autre part
d’expliquer comment les transferts privés affectent les économies bénéficiaires et améliorent
les conditions de vie des ménages.

En effet, les transferts privés contribueraient à la croissance de la productivité des pays


récipiendaires et consolideraient la consommation des ménages et de l’Etat. Ils garantissent
une stabilité pour le PIB mieux que les autres flux qui ont été évalués comme des flux assez
volatiles. Ainsi, ils influencent la politique économique de l’Etat en modifiant les décisions et
stratégies d’investissement, d’épargne, de dépenses et de crédits, car les transferts privés
peuvent également soutenir la dette de l’Etat en rassurant le remboursement de ces dettes, ou
bien en étant la source pour se financer, réduisant ainsi le risque de défaut du pays.

En outre, de plus en plus, les autorités locales des pays d’origine des migrants et les
diasporas établies à l’étranger emploient les transferts collectifs dans des investissements
socioéconomiques et productifs. Toutefois, il ne faut pas que les autorités comptent beaucoup
sur cette manne financière car la majorité de ces fonds sont dépensés en biens de
consommation finale (nourriture, école, santé et construction de maison). Cependant, d’autres
familles de migrants investissent une part des transferts dans des activités productives et
agricoles.

Par ailleurs, les transferts de fonds ont un impact positif sur la réduction de la pauvreté. De
plus, pour que la réduction de la pauvreté s’accompagne d’une diminution des inégalités au
sein des ménages, il faut que les migrants soient en grande partie issus des ménages pauvres.
Ainsi, les transferts de fonds reviennent en grande partie à ces ménages. Cependant, pour
parvenir à ce résultat, il faut que la migration soit accessible aux ménages les plus démunis.

102
PARTIE II IMPACT DES
TRANSFERTS DE FONDS

103
Introduction

Après avoir présenté dans la première partie, une revue de la littérature sur les transferts de
fonds, leurs caractéristiques, leur importance, leurs motivations et utilisations, ainsi que leur
impact sur la croissance économique et la réduction de la pauvreté, cette seconde partie met
l’accent sur l’aspect empirique. Elle est divisée en deux chapitres. Le chapitre 1 énonce les
résultats des travaux empiriques étudiant la question des transferts de fonds des migrants, leur
impact sur la croissance économique (section 1), la réduction de la pauvreté et l’inégalités des
revenus au sein des pays d’origine des migrants (section2).

Le chapitre 2 présente une étude empirique portant sur l’impact des transferts de fonds des
migrants en matière de bien-être, de pauvreté et d’inégalité, sur la base d’une enquête menée
et diffusée par la Banque mondiale sur le cas du Burkina-Faso qui représente l’un des pays les
plus connus pour l’exportation de main d’œuvre en Afrique subsaharienne. Dans cette
perspective, ce chapitre sera organisé en deux sections. La section 1 présente les données de
l’enquête sur les caractéristiques démographiques, les conditions de logement, les dépenses
des ménages, ainsi que des informations sur les membres de ménages ayant émigré et les
transferts de fonds effectués par ces migrants vers leur famille d’origine. La section 2 expose
une comparaison entre les ménages bénéficiaires et non bénéficiaires des transferts de fonds
en matière de bien-être, ainsi qu’une analyse de l’impact des transferts de fonds sur les
dépenses, et sur la pauvreté et les inégalités des ménages bénéficiaires de ces transferts.

104
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Chapitre 1 : Résultats des travaux empiriques étudiant l’impact des


transferts de fonds
Ce chapitre est divisé en deux sections. La première présente les résultats des travaux
empiriques analysant l’impact des transferts de fonds sur la croissance économique dans les
pays d’origine des migrants. La seconde expose les résultats des études qui s’intéressent à
l’impact des transferts sur la pauvreté et les inégalités de revenus.

Section 1 : Impact des transferts de fonds sur la croissance


économique

Cette section présente les effets des transferts de fonds sur différentes variables
macroéconomiques des économies bénéficiaires, parmi ces variables : la croissance du PIB, la
volatilité du PIB. King et Levine (1993) ont montré que pour favoriser la croissance il faut
favoriser le développement du système bancaire qui passe par l’épargne. Ce qui rend
également l’analyse des effets des transferts de fonds sur l’épargne nécessaire.168 Par ailleurs,
plusieurs recherches ont été menées sur le rôle que pourrait jouer le capital humain dans la
stimulation de la croissance économique. Parmi les recherches les plus marquantes, il y a :
Schultz (1961), Mincer (1958, 1974) et Becker (1964, 1975). Ces auteurs ont conclu que le
capital humain est un catalyseur de la croissance, et pour l’améliorer il faudrait investir dans
l’éducation des enfants, la santé des individus et aussi, la migration (Ben Mim et Mabrouk,
2006). De ce fait, il serait important d’analyser l’impact de la migration et des transferts de
fonds sur le développement du capital humain dans les pays d’origine des migrants et voir si
les transferts pourraient aussi affecter la croissance par le canal du capital humain.

1.1- Les transferts de fonds et la croissance du PIB

Les travaux théoriques ont abouti à des résultats où les transferts de fonds peuvent avoir
une incidence sur la croissance, ce qui a motivé le travail empirique à examiner la relation
entre les transferts de fonds et la croissance.

Du côté positif, les transferts de fonds permettent d’alléger les contraintes d’accès au
marché de crédit, d’augmenter l’investissement dans le capital physique et le taux
d’investissement intérieur, de bénéficier de la formation du capital humain. L’augmentation
de la demande de monnaie du pays bénéficiaire et les transferts de fonds sont susceptibles

168
King R.G. and Levine R., Finance and Growth, World Bank, Washington DC, 1993, p. 18.

105
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

d'accroître l'offre de fonds dans le système bancaire, qui peut conduire à un développement
financier amélioré par une réduction de la prime de financement externe. Cependant, plus les
fonds transférés sont mobiles, plus le taux d’investissement diminue. Si les transferts privés
sont permanents et ne sont pas transférés régulièrement, ils auront tendance à être dépensés
sur la consommation et n’affecteront pas l’investissement intérieur. Ainsi, si les membres de
familles de migrants ne sont pas qualifiés ou n’ont pas une expertise dans l’investissement, les
transferts auront peu de chance d’être investis. Lorsque le niveau de vie d’une famille est
élevé avant la réception des transferts privés, l’effet de la productivité du travail des transferts
privés disparaît. Parfois les transferts privés sont utilisés pour financer le coût de la migration
d’autres membres de la famille.169

Chami, Fullenkamp, et Jahjah ont fait une étude en 2003 sur un échantillon de 83 pays
pour voir l’impact des transferts de fonds sur la croissance du PIB/tête. Sur la base d’une
régression en données de panel de la croissance du PIB réel par habitant, sur le ratio de fonds
transférés par rapport au PIB et la variation de ce ratio, en introduisant le taux
d'investissement, le taux d'inflation et le rapport de flux de capitaux privés au PIB. Ils ont
conclu que l'investissement intérieur et les flux de capitaux privés étaient liés positivement à
la croissance, mais que le ratio des transferts privés/PIB n'était pas significatif, et que les
transferts de fonds n’affectent pas la croissance. Ainsi, s’inspirant de l’étude de Chami,
Fullenkamp, et Jahjah en 2003, le FMI réalise la même régression sur un échantillon de 101
pays, mais en considérant la totalité des transferts de fonds des migrants plutôt que le ratio. En
outre, deux facteurs supplémentaires sont pris en compte comme la distance entre le pays de
résidence des migrants et leurs pays d’origine, et si les deux pays parlent la même langue. Le
FMI n’a pas trouvé un impact statistiquement significatif des transferts privés sur la
croissance économique.170

Toutefois, la Banque mondiale a calculé des régressions de croissance sur un échantillon


de 67 pays en 2006. Elle a inclus plusieurs variables (PIB par habitant, niveau de
scolarisation, le ratio du crédit privé/PIB, le ratio des importations et des exportations/PIB, le
taux d'inflation, le taux de change réel, etc.). Les estimations des équations de croissance
montrent une relation positive entre le ratio des transferts de fonds/PIB et la croissance du

169
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. pp. 58-59.
170
Chami R., Fullenkamp C. and Jahjah S., Are Immigrant Remittance Flows a Source of Capital for
Development, International Monetary Fund, Washington DC, 2003, pp. 5-22.

106
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

PIB. La Banque mondiale a également calculé la contribution des transferts de fonds dans
l’augmentation du taux de change, mais elle a trouvé qu’il était petit.171

S’inspirant de l’étude de Chami et al. en 2007, Faini réalise une régression sur un
échantillon de 64 pays couvrant la période de 1980 à 2004, mais n’incluant pas
l’investissement dans la liste des régresseurs. L’impact des transferts sur la croissance passe
essentiellement par le canal de l’investissement, donc le considérer comme donnée amoindrit
son importance. Dans un premier temps, Faini a fait une régression du taux de croissance par
tête sur des indicateurs du capital humain, du capital physique et de la qualité institutionnelle.
Les résultats indiquent que le capital humain et physique et la qualité institutionnelle sont
positivement corrélés avec la croissance. En plus, les pays pauvres ont un taux de croissance
relativement plus rapide. En introduisant les transferts comme donnée dans l’estimation de
l’équation, le coefficient reste positif. Cependant, en incluant les taux de l’aide publique et les
transferts de fonds en pourcentage du PIB, les résultats montrent que les transferts ont un
impact positif sur la croissance, contrairement à l’aide publique qui exerce un effet négatif.172

Faini (2007) a fait des tests supplémentaires afin de vérifier ses résultats. Il a utilisé des
taux de croissance décennaux sur un panel de 89 pays et 136 observations. En introduisant le
taux d’inflation, la prime du marché noir et l’environnement politique comme données, il a
conclu que les deux derniers facteurs sont un déterminant de la croissance plus important que
les déterminants traditionnels (capital humain et physique). De plus, les transferts de fonds
sont un déterminant significatif et important de la croissance. Ainsi, une hausse de 1 % des
transferts conduit à accroître le taux de croissance de 0,08 %. Par ailleurs, en introduisant les
transferts de fonds dans le PIB et la prime du marché noir et l’inflation comme variables
multiplicatives, l’effet des transferts est atténué lorsque l’environnement politique est
incertain.173

Faini (2007) trouve que ses résultats sont identiques avec celles de la nouvelle littérature
sur les migrations dans la mesure où les transferts influent positivement sur la croissance en
réduisant les contraintes de crédit et en permettant la réalisation des projets d’investissement,
mais aussi avec celles de la littérature traditionnelle dans la mesure où les transferts de fonds

171
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. pp. 60-61.
172
Faini R., Migrations et transferts de fonds. Impact sur les pays d’origine, op. cit. p. 176.
173
Ibid. p. 177.

107
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

sont moins investis dans des activités productives si l’environnement politique et


macroéconomique est incertain.

En outre, Mvogo et Ouedraogo (2013) ont fait une étude sur les effets des transferts de
fonds des migrants sur le taux de chômage dans les pays de la zone CEMAC à partir d’une
base de données de la banque mondiale de 1991 à 2010. Ces auteurs ont utilisé la méthode des
moments généralisés dans leur analyse. Ils ont constaté que les fonds transférés par les
migrants accroissent la consommation de leurs familles. Ainsi, ils leurs facilitent
l’investissement productif en surmontant le problème de financement de leurs projets. De
plus, ces auteurs ont trouvé que les transferts de fonds contribuent à réduire le taux de
chômage dans la zone CEMAC à la suite de l’augmentation des investissements soutenus par
les transferts et qui nécessite le recrutement de travailleurs. Ces chercheurs concluent leur
travail en confirmant que les transferts impactent positivement et significativement l’activité
économique des pays d’origine des migrants en permettant d’augmenter les investissements
productifs, de réduire le taux de chômage et aussi d’accroître les réserves de change.

En Albanie, les transferts représentaient un déterminent majeur de l’économie. Les


chercheurs qui travaillent sur le cas de l’Albanie trouvent que les transferts ont joué un rôle
important dans la relance de l’économie dans les années 1990. Lerch et Wanner (2006)
indiquent que les transferts des migrants albanais exercent trois effets. Ils ont stabilisé
l’économie en améliorant la balance des paiements. Ainsi, ils ont permis l’acquisition et
l’importation des biens et de produits nécessaires pour la relance économique. Ainsi, ils
représentaient la moitié du PIB et ont rempli les caisses des banques à travers l’épargne qui à
leur tour peuvent accorder des crédits aux investisseurs. Par ailleurs, d’après la banque
centrale albanaise, les migrants impactent positivement le secteur du tourisme car la majorité
des migrants passe leurs vacances dans le pays. Plusieurs pays tablent sur ce secteur pour
soutenir leur croissance économique. En outre, Kule et al. (2002) ont étudié l’impact des
transferts en exploitant une base de données regroupant 200 entreprises albanaises. Ils ont
trouvé que les transferts des migrants représentent 17 % de leur capital. Les transferts sont
également utilisés dans le secteur de l’immobilier et la construction de maisons, et
l’investissement dans l’agriculture.174

174
Lerch M. et Wanner P., Les transferts de fonds des migrants albanais, op. cit. pp. 26 et 27.

108
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Cupta et al. (2007) suggèrent que l’impact direct des transferts de fonds dépend de leurs
utilisations par les familles récipiendaires, de l’offre de travail et la capacité de production du
pays d’origine et de l’incidence des transferts sur le développement financier. Ces chercheurs
ont fait une étude sur un échantillon de 44 pays africains couvrant la période de 1975 à 2004
pour analyser les effets des transferts de fonds sur la financiarisation de l’économie des pays
bénéficiaires. Les résultats de l’étude révèlent que les transferts exercent un effet positif sur le
développement financier. Toutefois, les variables macroéconomiques et institutionnelles qui
expliquent le développement financier sont exclues de leur modèle. En effet, l’impact des
transferts sur la financiarisation de l’économie dans ces pays reste modeste car les sommes
reçues sont relativement faibles par rapport aux autres continents où leurs effets sont plus
importants. D’après ces chercheurs, les résultats de leur travail sont identiques à d’autres
travaux examinant un panel de données plus large de pays en développement.175

Dans la même optique, Nicole (2010) a réalisé une étude sur l’impact des transferts de
fonds des migrants béninois sur la croissance économique dans leur pays d’origine, et les
canaux par lesquels les transferts influent sur l’économie du Bénin. Pour se faire, il a utilisé
un modèle vectoriel à correction d’erreur (VECM) qui permet de connaître le délai et
l’ampleur de la réaction des variables macroéconomiques analysées à la suite du changement
du niveau des transferts. Les modèles autorégressifs permettent de tester les différentes
hypothèses, ainsi que les relations entre les variables du modèle. Ces variables sont la
production (la variable objectif), la consommation, l’investissement et les importations
(variables de transmission) et les transferts de fonds (la variable instrument). Elles ont été
sélectionnées en se référant aux résultats de la littérature. La période étudiée se situe entre
1975 et 2005. Les données de l’étude sont trimestrielles et ne prennent en compte que les
transferts formels.176

Les résultats du modèle indiquent qu’à court terme, le PIB dépend de ses valeurs
antérieures, des importations et des investissements. Ainsi, les transferts n’influencent pas
l’investissement et la consommation. En effet, les transferts n’ont aucun effet sur la croissance
à court terme et le modèle n’affiche aucune relation entre eux. D’après les données officielles,
les transferts de fonds sont davantage utilisés dans la consommation et la construction de
maisons, mais leur effet multiplicateur sur la croissance économique reste faible, car leur

175
Gupta S. et al, L’impact bénéfique des envois de fonds sur l’Afrique, op. cit. p. 42.
176
Nicole A.A., Analyse des canaux de transmission des transferts de fonds sur l’économie béninoise, op. cit.
pp. 5-10 et 18-22.

109
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

impact n’est pas immédiat. Toutefois, à long terme, les résultats du modèle révèlent que les
transferts et la croissance sont positivement et significativement corrélés. De plus, tous les
coefficients du modèle sont significatifs, et indiquent qu’à long terme les transferts et le PIB
évoluent au même rythme. Ainsi, les transferts ont un impact important sur la croissance par
le biais de la consommation. Ce résultat corrobore ceux de plusieurs travaux tels que Chami et
al. (2007) et Ratha (2003) qui constatent que les transferts ont un effet multiplicateur
important sur la croissance à long terme par le canal de la consommation.177

De plus, les transferts affectent les trois variables du modèle, et un choc positif sur les
transferts conduit à un effet positif permanant sur la consommation, les importations et
l’investissement. Cependant, l’ampleur de la réaction de l’investissement est la plus faible,
alors que celle des importations est la plus importante. Ainsi, l’ampleur de la réaction du PIB
et de la consommation sont identiques et ont le même rythme. En effet, un choc positif sur les
transferts conduit à un effet multiplicateur permanent sur toutes les variables du modèle,
tandis qu’un choc positif sur le PIB a un effet transitoire sur les transferts. Durant les cinq
premières années l’effet sur les transferts de fonds est positif, puis nul et puis il devient
négatif. Ce résultat corrobore ce qui a déjà été obtenu par d’autres travaux confirmant que
l’amélioration du niveau de vie a des répercussions négatives sur les transferts de fonds qui
ont tendance à baisser.178

Les conclusions de cette étude indiquent que les envois de fonds affectent toutes les
variables du modèle. Ils représentent également un catalyseur de la croissance économique à
long terme à travers la consommation. L’investissement et les importations sont aussi des
canaux par lesquels les transferts influencent la croissance.

Ainsi, Ben Mim et Mabrouk (2011) ont analysé l’impact des transferts de fonds sur la
croissance économique et le rôle que pourrait jouer le système financier (à l’aide de trois
indicateurs du développement financiers). Ainsi, les canaux par lesquels les transferts
influencent la croissance comme l’investissement et le capital humain, ces deux facteurs sont
souvent présentés comme des canaux de transmission importants des transferts dans l’analyse
théorique. Ces chercheurs ont exploité une base de données diffusée par la Banque mondiale
en 2010 de 27 pays bénéficiaires des transferts des migrants de 1999 à 2009 et ont estimé

177
Nicole A.A., Analyse des canaux de transmission des transferts de fonds sur l’économie béninoise, op. cit.
pp. 24-26.
178
Ibid. pp. 26-28.

110
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

plusieurs modèles par la méthode des Moindres Carrées Ordinaires (MCO). La matrice des
variables de contrôle contient : le taux d’investissement, le taux de croissance de la
population, le capital humain, le degré d’ouverture de l’économie, le développement
financier, le taux d’inflation et enfin les dépenses publiques.179

En estimant leur modèle, les chercheurs ont trouvé que les transferts de fonds influencent
positivement la croissance du PIB par tête, mais l’effet reste modeste. Toutefois, il se peut que
les transferts aient des effets importants indirects à travers les canaux de transmission
(investissement et capital humain). Ainsi, les transferts impactent positivement la croissance
quel que soit l’indicateur du développement financier utilisé dans le modèle. Ainsi, les
résultats confirment l’idée que la croissance de la population a un effet négatif sur la
croissance du PIB par tête, contrairement à l’investissement qui stimule la croissance, ces
deux résultats sont largement débattus dans la littérature économique. Par ailleurs, les
résultats révèlent que le degré du développement financier est très important, car l’effet des
transferts de fonds sur l’investissement est faible lorsque les pays bénéficiaires se dotent d’un
système financier développé, tandis que l’effet est important lorsque les pays bénéficiaires ont
un système financier peu développé. En effet, ce résultat corrobore celui de Giuliano et Ruiz-
Arranz (2005) qui constatent que les transferts se substituent au système financier en
permettant aux investisseurs de financer leurs projets. Par ailleurs, les résultats des
estimations indiquent que les transferts des migrants influencent positivement et
significativement sur le capital humain et qu’une fraction conséquente des transferts est
consacrée au financement de scolarisation. Ainsi, le capital humain exerce des effets positifs
sur l’investissement qui à son tour stimule la croissance, ce qui permet de déduire que les
transferts influencent également l’investissement de façon indirecte en augmentant le stock en
capital humain.180

Chami et Fullenkamp (2013) pour répondre à la question de l’impact des transferts de


fonds sur la croissance économique, ainsi que leurs canaux de transmission, ont mené une
approche comptable afin de mesurer l’effet des transferts sur l’accumulation de capital
(physique et humain), l’accroissement de la population active, et la productivité totale des
facteurs (PTF). Premièrement, les transferts de fonds influencent l’accumulation du capital
physique de plusieurs façons. Ils servent à financer des projets d’investissement, ou bien de

179
Ben Mim S. et Mabrouk F., « Transferts de fonds des migrants, capital humain et croissance économique »,
op. cit. pp. 2-4 et 9-10.
180
Ibid. pp. 12-17.

111
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

garantie pour emprunter auprès des banques, ainsi à réduire la prime de risque. Cependant, il
se peut que les ménages bénéficiaires des envois d’argent les utilisent dans la consommation
courante et l’achat de foncier, c’est le cas des pays d’Afrique du Nord et du Moyen Orient,
tandis que l’investissement ne bénéficie que d’une part modeste de ces transferts. Dans ce cas,
le capital physique ne bénéficie pas davantage de cette manne financière. Par ailleurs, le
capital humain, lui aussi pourrait bénéficier des transferts d’argent en permettant aux enfants
des ménages bénéficiaires d’étudier au lieu de travailler pour aider leur famille. Et en effet,
l’augmentation du stock de capital humain favorise la croissance économique. Toutefois, si
ces enfants continuent leurs études afin d’émigrer dans le futur, leur effet sur la croissance
disparaît.181

Deuxièmement, les transferts des migrants ont des incidences sur la population active. Il se
peut que les transferts conduisent à l’accroissement du taux de l’offre de travail par les
personnes en âge de travailler ce qui influence positivement la croissance. Comme ils peuvent
influencer négativement la croissance économique. L’offre de main d’œuvre baisse, les
membres des ménages bénéficiaires des transferts travaillent moins en gardant le même
niveau de vie grâce aux transferts effectués par leurs migrants. Ce phénomène, « l’aléa
moral », a été confirmé par de nombreuses études empiriques travaillant sur cette question.182

Enfin, la productivité totale des facteurs. Il existe deux canaux par lesquels les transferts
peuvent influencer la croissance de la PTF (investissement et taux de change). Ils permettent
d’accroître les investissements en fournissant les fonds nécessaires en passant par des
institutions financières, qui collectent les transferts auprès des ménages bénéficiaires sous
forme d’épargne et les accordent aux investisseurs sous forme de crédits. De plus, dans le cas
où le système financier des pays bénéficiaires est défaillant, l’effet positif des transferts sur la
croissance du PIB est important. En effet, Chami et Fullenkamp (2013) concluent que les
transferts de fonds influent positivement sur la croissance économique, et ce quel que soit le
niveau de développement du système financier du pays d’origine, car ils augmentent le
volume d’argent dans les banques en permettant de financer plus de projets. Par ailleurs,
l’autre canal de transmission des transferts est le taux de change. Il a été démontré par
diverses études empiriques telles que Barajas et al. (2011). Les transferts de fonds entrant
dans le pays conduisent à une appréciation du taux de change réel. Dans cette situation, les

181
Chami R. et Fullenkamp C., Au-delà de la famille, op. cit. p. 50.
182
Ibid. p. 50.

112
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

produits nationaux perdent la compétitivité face aux produits étrangers dans le marché local et
international et incitent les industriels à abandonner leurs activités et voir ailleurs.183

Les résultats des travaux empiriques sont multiples, il y a ceux qui trouvent que les
transferts ont un impact positif sur la croissance, d’autres études trouvent un effet positif mais
sans pouvoir en identifier le mécanisme, d’autres constatent qu’ils ont des répercussions
négatives sur les économies bénéficiaires, et d’autres concluent qu’ils ont des incidences
positives à condition que d’autres facteurs soient réunis.

1.2- Les transferts de fonds et la volatilité du PIB

Les transferts privés permettent aux ménages bénéficiaires d’améliorer leur consommation
(éducation, santé, nourriture), et s’ils sont assez importants ils réduisent les fluctuations
économiques pour les pays récipiendaires. Les transferts réduisent la volatilité de
l'investissement dans le cas où les entreprises se basent sur le financement intérieur pour
financer leurs investissements, lorsque les fonds versés sont alloués aux banques nationales,
lesquelles peuvent accorder des facilités aux entreprises d’emprunter pour financer leurs
investissements. Cependant, les transferts privés peuvent avoir des effets négatifs sur la
volatilité économique, lorsque les bénéficiaires des transferts de fonds vont dépenser moins
d’effort sur les projets d’investissement existants, ou choisir des projets plus risqués
conduisant à une augmentation de dispersion des rendements, et donc une augmentation de la
volatilité de production. Ainsi, les transferts privés provoquent une instabilité économique si
leur présence crée une distorsion sur les comportements d’offre de travail des ménages.184

183
Chami R. et Fullenkamp C., Au-delà de la famille, op. cit. p. 50.
184
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. pp. 65-69.

113
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 17 : Volatilité de la production - ratio des transferts de fonds

En conclusion, les rapports réalisés par plusieurs institutions, comme le FMI en 2005 et la
Banque mondiale en 2006 montrent que les transferts de fonds jouent un rôle très important
dans la réduction de la volatilité macroéconomique. Bien que l’ensemble des études ne
permette pas d’identifier de manière robuste le mécanisme par lequel les transferts de fonds
réduisent la volatilité, ces études suggèrent que la réduction de la volatilité de la production
tiendrait un rôle joué par les transferts sur le lissage de la consommation des ménages, car la
consommation affecte la volatilité macroéconomique puisqu’elle représente une proportion
importante du PIB.

1.3- Les transferts de fonds et l’épargne

Des flux de transferts privés rentrent régulièrement dans le pays bénéficiaire et diffèrent
totalement des ressources normales, comme les flux de l’aide publique que le gouvernement
possède et pour lesquels il a l’autorité d’agir comme il veut, ce qui n’est pas le cas avec les
transferts privés dont les familles récipiendaires sont les propriétaires et ils ont le droit de les
dépenser où ils veulent. Ces flux affectent les recettes publiques à travers l’augmentation de
consommation de produits nationaux ou importés et aussi à travers les taxes sur le commerce
déduit par ces fonds reçus. Par ailleurs, les transferts de fonds peuvent aussi affecter la
politique budgétaire en augmentant les dépôts dans les banques par l’accroissement de
l’épargne privée.185

L’augmentation future des transferts privés sera suivie par l’augmentation de l’emprunt à
travers les émissions d’obligations de l’Etat qui a pour objet d’absorber la masse monétaire
185
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. pp. 71-73.

114
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

qui résulte de l’augmentation des flux des transferts. L’Etat peut également laisser le système
financier gérer ces fonds en encourageant les ménages à accroître leurs dépôts. Cela conduit
alors à un accroissement de leur passif, qui permettra à l’Etat et aux ménages d’obtenir des
emprunts à partir du système financier. La figure 18 suggère qu’il existe une relation positive
entre les transferts privés/PIB et le ratio du crédit. Le système bancaire collecte les flux des
transferts de fonds auprès des ménages bénéficiaires afin de les transformer en crédit en
accordant une partie importante à l’Etat.186

Figure 18 : Les économies dépendantes des transferts de fonds et la politique budgétaire

En conclusion, l’accroissement de la production étrangère/PIB conduit à l’augmentation


des transferts de fonds des migrants, qui permettent à leur tour l’élargissement de la taille du
système bancaire dans leur pays d’origine en passant par l’épargne. Cela favorise la
croissance économique.

1.4 – Les transferts de fonds et le capital humain

Schiff (2007) suggère que la réduction des barrières migratoires mène à l’augmentation de
la migration internationale, celle-ci entraîne un accroissement des flux des transferts de fonds
vers les pays d’origine des migrants, et affecte positivement l’investissement dans l’éducation.
Dans ce cas, la migration et l’investissement dans l’éducation sont des compléments. Ce
constat corrobore les résultats des travaux empiriques étudiant cette question comme Adams
(2005) et McKenzie (2005). De plus Schiff (2007) conclue que l’impact de la migration sur
l’éducation des filles est plus important que sur celle des garçons. Par ailleurs, quant à la

186
Chami R. et al, Macroeconomic Consequences of Remittances, op. cit. p. 26.

115
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

migration des travailleurs mexicains issus des zones rurales vers les États-Unis, l’auteur
constate qu’avant leur migration, les migrants ont tendance à investir moins dans l’éducation.
De ce fait, la migration affecte négativement l’investissement dans l’éduction, et dans ce cas
la migration et l’investissement sont perçus comme des substituts.187

Ben Mim et Mabrouk (2011) ont réalisé une étude macroéconomique sur l’impact des
transferts de fonds des travailleurs migrants sur le capital humain et l’éducation des enfants
dans leurs pays d’origine, et aussi, de voir si cet impact résulté par les transferts influe sur la
croissance économique. Pour ce faire, ils ont utilisé un panel de données diffusé par la Banque
mondiale (2010) de 19 pays bénéficiaires des transferts de 1999 à 2009. Afin d’avoir des
résultats fiables et d’éviter le problème d’endogénéité, les auteurs ont opté pour la méthode
des Moments Généralisés en Système (SGMM). Les variables choisies sont : Le PIB par tête,
les dépenses publiques d’éducation par rapport au PIB, les dépenses publiques de santé par
rapport au PIB, le taux de croissance de la population, le capital humain mesuré par le taux
d’inscription à l’enseignement secondaire, le taux d’investissement, le taux d’inflation, les
dépenses publiques, le degré d’ouverture de l’économie et enfin le développement du système
financier. Les auteurs ont estimé deux modèles économétriques. Le premier permet d’analyser
l’impact des flux des transferts sur l’amélioration du capital humain. Le deuxième met en
perspective l’impact des transferts des migrants sur la croissance économique par le canal du
capital humain.188

Les résultats du travail empirique révèlent que, dans le modèle (1) les transferts exercent
des effets positifs sur le capital humain en agissant sur le taux d’inscrits à l’enseignement
secondaire. Toutefois, le taux de croissance de la population exerce des effets négatifs. En
outre, dans le modèle (2), le coefficient du capital humain est positif et significatif, ce qui
confirme l’impact positif du capital humain sur la croissance économique en tant que canal de
transmission des transferts de fonds. Ainsi, les autres variables sont conformes à la littérature,
et l’investissement influence positivement la croissance, tandis que le taux de croissance de la
population et l’inflation l’influencent négativement. De plus, les répercussions des transferts
de fonds sur l’accumulation du capital humain et la stimulation de la croissance sont plus
importantes dans les pays ayant des dépenses publiques d’éducation conséquents. Ce constat
montre que les transferts de fonds et les dépenses publiques d’éducation sont

187
Schiff M., Migration, investissement et commerce : substituts ou compléments ? op. cit. pp. 26 et 27.
188
Ben Mim S. et Mabrouk F., « Transferts de fonds des migrants, capital humain et croissance économique »,
op. cit. pp. 3 et 7-8.

116
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

complémentaires pour accroître le stock en capital humain. Ainsi, l’effet des transferts est plus
remarquable au sein des pays à faible revenu. Dans ce cas, les transferts couvrent les frais
d’éducation des ménages à faible revenu.189

Par ailleurs, Hanson et Woodruff (2003) ont étudié l’impact des transferts des travailleurs
migrants sur l’accumulation du capital humain en exploitant une base de données de 2000
personnes mexicaines. Ils ont conclu que les transferts accroissent le nombre d’années d’étude
entre 0,7 et 1,6 année des enfants scolarisés. Ils augmentent également les chances des enfants
à poursuivre leurs études après l’âge de 13 ans (c’est l’âge à partir duquel les enfants
commencent à quitter l’école). Cependant, dans le cas où le migrant du ménage est le parent,
l’effet est négatif sur la scolarisation de leurs enfants. Ainsi, les auteurs ont constaté que
l’effet des transferts sur la scolarisation dépend du sexe des enfants. Ils ont trouvé un effet
positif et significatif au sein des garçons. Quant aux filles, l’effet est nul. En conclusion, les
résultats de leur étude sont ambigus.190

En outre, Painduri et Thangavelu (2011) ont analysé l’impact des transferts de fonds sur la
scolarisation des enfants indonésiens en distinguant le migrant membre de ménage et du
migrant chef de ménage. Afin d’éviter le problème d’endogénéité, les auteurs ont choisi la
méthode des variables instrumentales. Les résultats de leur modèle sont contradictoires avec
celles de Hanson et Woodruff (2003). Les auteurs ont trouvé que dans le cas où le migrant est
le chef de ménage, les enfants sont tous scolarisés et les chances de poursuivre leurs études
augmentent de 23 %. Dans la même optique, Bansak et Chezum (2009) ont réalisé une étude
sur l’effet des transferts sur la scolarisation des enfants au Népal à partir d’une enquête
regroupant 3373 ménages népalais. Les résultats de leur étude révèlent que les transferts de
fonds ont un impact positif et augmentent les chances des enfants de continuer leurs études,
mais l’effet est plus important chez les garçons que chez les filles. Par ailleurs, Cox et Ureta
(2003) ont examiné les transferts de fonds des migrants salvadoriens en comparant leur effet
sur la scolarisation des enfants dans les zones urbaines et rurales. Ils ont conclu que l’impact
des transferts est positif et significatif dans les deux zones. Ce résultat contredit l’hypothèse
selon laquelle les transferts ont un effet négatif ou moins important sur l’investissement
éducatif dans les zones rurales.191

189
Ben Mim S. et Mabrouk F., « Transferts de fonds des migrants, capital humain et croissance économique »,
op. cit. p. 12.
190
Ibid., p. 6.
191
Ibid., pp. 6 et 7.

117
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Miftah et Bouoiyour (2013) ont examiné l’impact des transferts de fonds sur la réussite
scolaire des enfants marocains dans les zones rurales, et notamment sur la décision des
parents d’encourager leurs enfants à continuer leurs études. Ils ont analysé l’impact des
transferts sur la scolarisation des enfants pour les deux sexes (échantillon garçons et filles),
puis uniquement sur les garçons et enfin sur les filles seules. Les résultats de leurs régressions
indiquent l’existence de discrimination vis-à-vis des filles souhaitant poursuivre leurs études.
En effet, l’impact des transferts de fonds sur la scolarisation des garçons est positif et
statiquement significatif. Toutefois, celui sur la scolarisation des filles n’est pas significatif.
De ce fait, la probabilité de continuer les études pour les enfants marocains issus des zones
rurales dépend essentiellement de leur sexe, et les garçons profitent davantage de cette
situation. Les auteurs ont également examiné l’influence des flux de transferts sur la
probabilité des enfants à poursuivre les études secondaires et supérieures. Concernant les
études secondaires, les résultats sont positifs pour les deux sexes, malgré qu’ils ne soient
significatifs que de 10 % pour les filles. Pour les études supérieures, les transferts influent
positivement sur la probabilité des garçons à continuer leurs études. Miftah et Bouoiyour
(2013) justifient ces résultats par les coutumes et les traditions qui règnent dans les pays en
développement et en particulier dans les milieux ruraux qui font que les filles ont moins de
chances d’accès à l’école et/ou de réussir dans les études supérieures, et que cela dépend du
sexe de l’enfant qui est le seul déterminant.192

Section 2 : Impact des transferts de fonds sur la réduction de la


pauvreté et de l’inégalité de revenus

Plusieurs chercheurs ont étudié l’impact du phénomène de la migration-transferts de fonds


sur la pauvreté et l’inégalité. Certains d’entre eux ont analysé l’impact de ce phénomène
uniquement sur la pauvreté, et d’autres sur l’inégalité. Chaque chercheur se base sur des tests
et des hypothèses spécifiques différentes, et sur un échantillon d’une région donnée qui se
caractérise par des préférences des ménages et une structure économique spécifique. Tous ces
éléments peuvent expliquer les différences des résultats obtenus par ces nombreux travaux.
Plusieurs études ont marqué ce domaine. Dans ce qui suit, nous proposons de rappeler la
démarche et les résultats de ces études qui ont analysé l’impact des transferts de fonds

192
Bouoiyour J. et Miftah A., « Education, Genre et Transferts de fonds des migrants. Quelles interactions dans
le Maroc rural ? », Impact des transferts de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux
nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie, op. cit. p. 188.

118
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

uniquement sur la pauvreté. Puis d’autres sur l’inégalité. Et enfin, sur la pauvreté et
l’inégalité.

2.1- Impact des transferts sur la pauvreté

En 2014, López-Videla et Emilio ont étudié l’impact des transferts de fonds sur les niveaux
de pauvreté des ménages boliviens, à partir des micro-données d’une enquête réalisée en 2008
par l'Institut National de la Statistique (INS). Cette enquête contient des informations sur les
conditions de logement, santé, éducation, revenu et dépenses de 15030 ménages dont 59,14 %
vivent dans les zones urbaines et 40,86 % dans les zones rurales. Ces auteurs ont utilisé
l’approche du score de proportion, et ils ont également défini un seuil de pauvreté comme la
valeur des biens et les services nécessaires pour satisfaire les besoins de base. Si le revenu par
habitant est en dessous de ce seuil, le ménage est considéré comme pauvre. Ils ont conclu que
les ménages qui ne bénéficient pas des transferts de fonds ont tendance à être plus pauvres
que les ménages bénéficiaires. Ainsi, les chefs de ménages qui ont un niveau d’éducation
élevé ont une probabilité de recevoir des fonds de 1,8 % de plus que ceux qui ont un faible
niveau d’éducation.193

Sur la base d’une étude macro, Adams et Page (2003) ont examiné l'impact de la migration
internationale et les transferts de fonds sur la pauvreté à partir d’un large éventail de pays en
développement (74 pays) à revenu faible ou moyen. Pour ce faire, ils ont utilisé trois mesures
de la pauvreté qui correspondent aux trois indices de la classe ou famille de mesures de Foster
Greer-Thorbecke ; l’indice de pauvreté ou taux de pauvreté (fixé à 1 € par personne et par
jour) mesure la proportion de la population vivant sous ce seuil, l’indice d’écart de pauvreté
mesure la profondeur de la pauvreté (ou l’écart relatif moyen des dépenses des pauvres à la
ligne de pauvreté/ poverty gap ratio) à partir du seuil de pauvreté, l’indice d’écart de pauvreté
au carré mesure la gravité de pauvreté ou sévérité de pauvreté. Ils ont conclu que la migration
a un impact statistiquement significatif sur la réduction de la pauvreté. Ainsi, une
augmentation de 10 % de la part de la migration réduit la part de personnes vivant avec moins
de 1 €/jour de 1,9 %, et également la profondeur et la gravité de la pauvreté dans les pays en
développement de 2 %. La distance entre le pays exportateur de main d’œuvre et le pays
d’accueil (États-Unis, Europe, Golfe arabe) aurait un effet important sur la tendance de la
migration, car une augmentation de 10 % de la distance entre ces deux pays entrainerait une

193
López-Videla. B et Emilio Machuca. C, The Effects of Remittances on Poverty at the Household Level in
Bolivia : A Propensity Score Matching Approach, Munich Personal RePEc Archive (MPRA), 2014.

119
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

baisse entre 9,5 et 15,3 % de la part de la migration. Ces auteurs ont également identifié
l’existence d’une courbe en forme de U inversé, entre le revenu par habitant du pays
exportateur de main d’œuvre et la migration. Ce résultat indiquerait que les pays en
développement à faible revenu produiraient moins de migrants en raison des frais élevés liés à
la migration internationale, et que la majorité des migrants proviendrait des pays à revenu
moyen.194

Toutefois, Germenji et al. (2001) ont constaté que, dans les zones rurales de l’Albanie, les
ménages ayant un faible revenu (avant de recevoir des transferts) ont une forte probabilité de
bénéficier des transferts. Les résultats de leur travail indiquent que les fonds transférés par les
migrants atténuent la pauvreté au sein des ménages et plus précisément dans les zones les plus
pauvres du pays. D’après ces auteurs, les transferts permettent à de nombreux ménages
pauvres de survivre, ce qui rend peu probable la mise en œuvre de politiques sociales et
économiques efficaces par le gouvernement. Dans cette situation, les transferts représentent
une stratégie de survie et non pas une stratégie de sortir de la pauvreté et soutenir la
croissance économique.195

Gupta et al. (2007) ont analysé l’impact des transferts de fonds sur l’ensemble de l’Afrique
en exploitant un panel de données de 76 pays en développement dont 24 pays d’Afrique. Les
résultats de leur travail empirique confirment que les transferts réduisent la pauvreté en
améliorant le revenu des ménages bénéficiaires, accroissant leur consommation, celle-ci crée
aussi des effets multiplicateurs. D’après leurs données, les fonds transférés vers le Ghana ont
un effet anticyclique. Ainsi, ils lissent la consommation des ménages et améliorent leur bien-
être (nourriture, santé, éducation et agriculture). Les résultats empiriques indiquent également
qu’une augmentation de 10 % du ratio transferts/PIB réduit de 1 point la proportion des
personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, et aussi, l’écart de pauvreté (entre les
dépenses des pauvres et le seuil de pauvreté limité à 1 dollar par jour et par personne).196

Par ailleurs, Bahani et Hanchane (2013) constatent que les transferts de fonds ne réduisent
pas le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté mais, améliorent leur situation.
De nombreux chercheurs ont abouti à ce résultat en confirmant que les transferts n’affectent
que faiblement l’incidence de la pauvreté, et réduisent significativement l’intensité et la

194
Richard H. Adams, Jr. and John Page, International Migration Remittances and Poverty in Developing
Countries, the World Bank, Washington DC, 2013.
195
Lerch M. et Wanner P., Les transferts de fonds des migrants albanais, op. cit. pp. 10 et 46.
196
Gupta S. et al, L’impact bénéfique des envois de fonds sur l’Afrique, op. cit. pp.41 et 42.

120
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

gravité de la pauvreté. En outre, une étude faite sur le Lesotho révèle que dans le cas où le
pays ne bénéficierait pas des transferts de ses migrants, la pauvreté aurait été plus élevée, et
ce, pour toutes les catégories socio-économiques. Au Zimbabwe, Bracking et al. (2009) ont
analysé l’effet des transferts sur la pauvreté. Leurs données regroupent les transferts formels
et informels. Ils constatent que la majorité des pauvres ne reçoivent pas de transfert. Malgré
cela, les résultats de leur étude indiquent que les transferts entraînent une baisse significative
de la pauvreté.197

Dans la même optique, Adams (2004 et 2005) sur le cas du Guatemala et du Ghana
respectivement, a étudié l’impact des transferts de fonds sur la pauvreté en utilisant la
méthode contrefactuelle, c’est à dire mesurer la pauvreté dans un scénario où il n’y aurait ni
migration ni transferts et la comparer avec la situation actuelle afin de déduire le rôle des
transferts. Il trouve que les transferts affectent positivement l’incidence de la pauvreté, mais
aussi que leur impact sur l’intensité et la gravité de la pauvreté est plus important. Ceci
s’explique par la place qu’occupent les transferts dans le revenu des ménages les plus
démunis, et qui représentent une proportion importante. Par ailleurs, Taylor et al. ont mené
une étude en 2005 sur la question des transferts et pauvreté. Ils ont trouvé que les transferts de
fonds internationaux ont un impact plus important sur l’atténuation de la pauvreté que les
transferts internes. Osaki (2003) dans son étude sur la Thaïlande a abouti aux mêmes résultats.
De plus, il trouve que les ménages pauvres ont plus de chance de recevoir des transferts que
les ménages de la classe moyenne et supérieure.198

En effet, Page (2007) a étudié le phénomène des transferts de fonds sur un panel de
données des pays en développement. Il a classé et décomposé les ménages en quintiles selon
leur revenu. Les résultats du travail empirique montrent que les ménages les plus pauvres ont
augmenté significativement leur revenu, et que ceci est dû en grande partie aux transferts de
leurs migrants. De plus, l’effet des transferts est important sur l’intensité plus que sur
l’incidence de la pauvreté, ce qui veut dire que les transferts améliorent la situation des plus
pauvres sans en atténuer le nombre. Ainsi, d’autres chercheurs aboutissent aux mêmes
résultats. À titre illustratif, Acosta et al. (2008) et Canales (2008) dans leurs études sur les
pays d’Amérique latine confirment que l’impact des transferts de fonds sur la réduction de la
pauvreté est très faible ou inexistant (cela diffère selon les pays), car les ménages

197
Bahani A. et Hanchane H., Impact des transferts de fonds sur les inégalités au Maroc, Impact des transferts
de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc
et en Algérie, op. cit. p. 75.
198
Ibid., p. 75.

121
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

bénéficiaires sont très pauvres. Dans ce cas, les transferts servent à abaisser la sévérité de la
pauvreté sans permettre aux ménages de sortir de la pauvreté.199

Toutefois, en 2009, Gupta et al. ont réalisé une étude sur un panel de données des pays
d’Afrique subsaharienne et ont trouvé que les transferts réduisent significativement la
pauvreté au sein des ménages. De ce fait, les transferts effectués par les migrants vers leurs
familles d’origine permettent à certaines familles d’accroître leur revenu et d’améliorer leur
situation mais en restant pauvres, et permettent à d’autres de sortir de la pauvreté. Cependant,
l’impact des transferts sur la pauvreté est de court terme, et seules des politiques
développementalistes mises en œuvre par les gouvernements des pays bénéficiaires pourront
avoir un effet durable sur l’atténuation de la pauvreté.200

Sur la base d’une étude microéconomique, Adams et Page (2005) ont exploité un panel de
données de 71 pays en développement afin d’évaluer l’impact des transferts de fonds sur la
pauvreté. Ils ont trouvé qu’une hausse de 10 % de la migration réduit l’incidence de la
pauvreté (pour les personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté) entre 2,1 % et 3,5 %. De
plus, les transferts entraînent une baisse de la gravité de la pauvreté dans les pays étudiés. Ces
résultats corroborent ceux d’une étude menée par Anyanwu et Erhijakpor en 2007 regroupant
33 pays africains. Les résultats indiquent qu’une augmentation de 10 % des transferts de fonds
réduit la pauvreté de 2,9 %. Ainsi, les transferts internationaux entraînent une baisse de
l’intensité et de la gravité de la pauvreté dans les pays africains.201

En effet, pour que les transferts d’argent atténuent la pauvreté, il faut que ces transferts
soient importants, et que la majeure partie des bénéficiaires soient issus de la classe la plus
défavorisée. Cependant, plusieurs études empiriques indiquent que les pays à revenu
intermédiaire bénéficient davantage des transferts des migrants que les pays à faible revenu. À
titre illustratif, la Banque mondiale a réalisé une étude sur les pays d’Europe de l’Est et a
conclu que les ménages de la classe moyenne et supérieure ont tendance à recevoir plus de
transferts que les ménages pauvres. En outre, Cordovas (2006) constate que les coûts élevés
de la migration ne permettent pas aux personnes pauvres d’en profiter davantage

199
Bahani A. et Hanchane H., Impact des transferts de fonds sur les inégalités au Maroc, Impact des transferts
de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc
et en Algérie, op. cit. pp. 75 et 76.
200
Ibid., p. 76.
201
Bouoiyour J. et Miftah A., Les transferts de fonds réduisent-ils la pauvreté et les inégalités de revenus ? Une
vérification empirique à travers une enquête dans le milieu rural marocain, Impact des transferts de fonds sur
la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie,
op. cit. pp. 145 et 146.

122
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

contrairement aux personnes à revenu moyen ou riche, ce qui fait que son impact sur la
pauvreté est nul.202 Dans la même optique, Lerch et Wanner (2006) suggèrent que l’impact
positif des transferts sur la réduction de la pauvreté nécessite la participation des membres de
ménages provenant de la couche sociale la plus défavorisée de la société, sinon il n’y aura pas
d’effet positif pour les pauvres et les inégalités de revenu entre ces derniers et ceux de la
classe supérieure s’aggraveront. Ainsi, dans ces conditions où les coûts de la migration sont
élevés, seuls les ménages aisés peuvent envoyer un des leurs à l’étranger et profiter en retour
des transferts de fonds.203

Par ailleurs, d’autres résultats des travaux empiriques confirment que les ménages pauvres
représentent une part importante des bénéficiaires des envois d’argent, et ont pu améliorer
leur niveau de vie grâce à ces transferts. D’après une étude réalisée en 2007 par la Banque
africaine de développement (BAD) sur la base d’une enquête menée dans quatre pays
africains, les résultats montrent que la majeure partie des bénéficiaires des transferts des
migrants provient des ménages à revenu faible. D’autres études se sont intéressées à la
question des fluctuations macroéconomiques et leurs répercussions sur le phénomène des
transferts-pauvreté. À titre illustratif, Yang et Martinez ont analysé l’impact de la variation du
taux de change sur les transferts de fonds et la réduction de la pauvreté aux Philippines en
2006. Les résultats révèlent que lorsque la monnaie du pays d’accueil des migrants connaît
une appréciation par rapport à celle du pays d’origine, cela conduit à une hausse des transferts
de fonds et une baisse du taux de pauvreté (Bouoiyour et Miftah, 2013).

2.2- Impact des transferts sur l’inégalité de revenus

Une étude marquante est celle de Richard C. Jones. Le but de cette étude est d’analyser
l’impact des transferts de fonds sur l’inégalité. Il a comparé les inégalités entre quatre villages
mexicains en se basant sur leur capacité et leur tendance à exporter de la main d’œuvre. Il a
aussi pris en considération l’ancienneté de la migration qui est devenue une tradition dans
certains villages. Il a conclu que l’impact des transferts de fonds sur l’inégalité peut être
positif ou négatif par rapport à quatre dimensions : la croissance locale et le développement,
le changement social, l’incidence de la migration ultérieure, et la réduction des inégalités

202
Bouoiyour J. et Miftah A., Les transferts de fonds réduisent-ils la pauvreté et les inégalités de revenus ? Une
vérification empirique à travers une enquête dans le milieu rural marocain, Impact des transferts de fonds sur
la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie,
op. cit. p. 146.
203
Lerch M. et Wanner P., Les transferts de fonds des migrants albanais, op. cit. p. 16.

123
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

locales. Il a également exploré l’utilisation des transferts par les ménages récipiendaires. Il
identifie deux facteurs qui expliqueraient la divergence de l’impact de la migration sur
l’inégalité, qui sont : l’étape de la migration (les inégalités interfamiliales diminuent avec
l’expérience de la migration) et l’échelle géographique (les zones urbaines et rurales dont les
inégalités sont mesurées). Il a conclu que les transferts de fonds peuvent jouer un rôle unique
dans le revenu régional et familial, et que les régions les plus dynamiques peuvent être
touchées par les activités productives telles que l’agriculture, l’exploitation minière et
l’industrialisation orientée vers l’exportation. Ainsi, les transferts de fonds des migrants
peuvent être la seule source d’exportation susceptible d’atteindre les régions les plus pauvres.
Les ménages bénéficiaires deviennent donc moins dépendants des transferts de fonds en les
investissant dans l’agriculture, l’éducation et la santé qui assurent la productivité future.204

Ainsi, sur la base d’une approche micro, Stark, Taylor et Yitzhaki ont étudié l’impact des
transferts de fonds sur l’inégalité des revenus entre les ménages à partir d’un échantillon de
deux villages mexicains différents. Dans le premier village, la migration vers les États-Unis
est la plus dominante et ses migrants sont les plus expérimentés dans cette destination. Dans
le second village, la migration vers d’autres villes mexicaines est la plus dominante et ses
migrants sont les plus expérimentés dans cette destination. L’inégalité dans cette étude est
mesurée par l'indice de Gini qui dépend de trois termes : l'ampleur des transferts de fonds par
rapport au revenu total du village, l'inégalité des transferts de fonds, et le « Gini » corrélation
entre les transferts de fonds et le revenu total. Ils ont conclu que l'impact des transferts des
migrants sur la répartition du revenu rural semble dépendre en grande partie de l'histoire de la
migration d'un village. Ainsi, dans le village dont la migration interne est la plus dominante,
les transferts de fonds des migrants internes ont un effet égalitaire sur la répartition du revenu
des ménages, tandis que les transferts de fonds des migrants internationaux représentent une
part importante de l’inégalité. Cependant, dans le village dont la migration internationale est
la plus dominante, les transferts de fonds internationaux représentent une part importante de
l’égalité dans ce village, mais les transferts de fonds internes ont un effet inégalitaire sur la
répartition du revenu. Ils ont également conclu que l’accroissement de la migration se fait par
le développement des réseaux des migrants, ces réseaux servent à abaisser les coûts de la
migration et à fournir des informations plus précises.205

204
Richard C. Jones, Remittances and Inequality, Journal of Economic Geography, Vol.74, No.1, 19 88, pp. 8-25.
205
Stark O. et al, Remittances and Inequality, The Economic Journal, Vol. 96, No.383, 1986, pp. 722-740.

124
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

En outre, une partie importante des études qui s’intéressent à l’impact des transferts de
fonds sur la répartition de revenu utilise l’indice de Gini afin de conclure si les transferts
accroissent ou diminuent l’inégalité de revenu entre les ménages par rapport à l’inégalité
initiale. Les résultats des recherches sont mitigés. En effet, il y a des chercheurs qui ont
conclu que les transferts ont des effets positifs sur la réduction de l’inégalité de revenu. Taylor
(1999) a analysé l’impact des transferts sur l’inégalité sur des ménages tongans. Il a trouvé
que les transferts ont un effet égalitaire sur le revenu, et que l’indice de Gini a baissé de
0,03 % après la réception des transferts. D’autres chercheurs ont trouvé que les fonds
transférés aggravent les inégalités et provoquent une divergence de revenu. Ils constatent que
les familles de la classe moyenne et supérieure peuvent se permettre de payer les coûts de la
migration internationale, contrairement aux familles pauvres, ce qui fait augmenter l’inégalité
de revenu. Adams (1991) a étudié l’impact des transferts des migrants sur des ménages
égyptiens. D’après les résultats de son étude, un nombre important des ménages pauvres
reçoit des fonds de l’étranger, mais malgré cela, les transferts ont aggravé les inégalités.
Ainsi, Rodriguez (1998) a examiné les effets des transferts sur la répartition de revenu. Il a
exploité une base de données des ménages philippins provenant des zones rurales et a conclu
que les envois d’argent ont accentué l’inégalité de revenu qui a augmenté de 7.5 %.206

De ce fait, les résultats des travaux empiriques de l’impact des transferts de fonds sur la
répartition de revenu sont mitigés. Certains travaux révèlent qu’ils ont un effet égalitaire, et
d’autres trouvent le contraire. Cela s’explique par l’état de l’inégalité initiale qui diffère d’un
pays à l’autre, et d’une région à l’autre. Ainsi, par la diversité des méthodes utilisées dans le
travail empirique, et la nature des modèles économétriques (statiques ou dynamiques).

En effet, Bahani et Hanchane (2013) indiquent que les transferts de fonds des migrants
n’ont pas que seulement des effets directs sur les inégalités. Ils ont également des effets
indirects de court et de long terme. L’effet direct dépend de la catégorie socioéconomique
dont sont issus les migrants, c’est-à-dire que les transferts atténueraient les inégalités si les
migrants provenaient en grande partie de ménages pauvres, comme ils pourraient les aggraver
s’ils provenaient des familles riches. L’accès à la migration pour les ménages pauvres dépend
de leur capacité à payer les frais liés à la migration par leur richesse initiale à l’instant t. Cela
veut dire que les coûts de la migration déterminent le seuil de richesse permettant la
migration. Taylor et al. (2005) ont examiné l’impact des transferts de fonds sur l’inégalité de

206
Les transferts de fonds internationaux des émigrés et leur rôle dans le développement, op. cit. p. 165.

125
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

revenu des ménages mexicains par la méthode de décomposition des coefficients de Gini. Ils
constatent que les transferts internationaux augmentent les inégalités, contrairement aux
transferts internes qui les réduisent. Les auteurs concluent que l’effet positif des transferts
dépend de la capacité des pays ou régions d’origine à exporter de la main d’œuvre. Ceci
dépend du degré de développement des réseaux des migrants à l’étranger et de leur
implication dans la baisse du coût migratoire afin de permettre à de nombreux individus
pauvres d’émigrer. McKenzie (2006) a abouti aux mêmes résultats. Il trouve une relation en U
inversé entre la migration et l’inégalité. Toutefois, Milanovic (1987), s’inspirant de l’étude de
Stark, Taylor et Yitzhaki, trouve que les transferts aggravent les inégalités de revenu entre les
ménages yougoslaves.207

Quant à l’impact indirect des transferts de fonds sur l’inégalité de revenus, il peut être
positif ou négatif. Les transferts influent positivement sur l’investissement productif, ce qui
entraîne une hausse des revenus (effet positif), ou bien les transferts provoquent une baisse de
l’offre de travail (effet négatif). Par ailleurs, Carlos (2002) a réalisé une étude sur les
transferts de fonds aux Philippines en adoptant la méthode de décomposition intertemporelle
des coefficients de Gini. D’après les données, les ménages philippins riches sont ceux qui
envoient davantage leurs membres à l’étranger. Les résultats du travail montrent que les
transferts accroissent les inégalités. Ceci contredit le résultat obtenu par Taylor (1992) sur un
village mexicain dont il suggère que les transferts ont un effet égalisateur à long terme avec le
développement des réseaux de migrants à l’étranger.208

En outre, Bahani et Hanchane (2013) suggèrent que les transferts de fonds n’ont pas
seulement des effets directs et indirects sur l’inégalité de revenu des ménages, ils ont
également des effets de spillover sur le revenu de la communauté à travers les effets
multiplicateurs des transferts. Il existe des études empiriques qui s’intéressent à cette
question. McKenzie et Rapoport (2007) ont analysé l’impact des transferts sur l’inégalité sur
une base de données mexicaine en considérant migration et inégalités comme variables
endogènes. Ils ont construit un modèle qui comporte les effets directs et indirects des
transferts de fonds, ainsi les effets multiplicateurs des transferts sur la communauté, et aussi
leur effet sur l’offre de travail et les réseaux de migrants. Les résultats de leur travail

207
Bahani A. et Hanchane H., Impact des transferts de fonds sur les inégalités au Maroc, Impact des transferts
de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc
et en Algérie, op. cit. pp. 72 et 73.
208
Ibid., p. 73.

126
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

confirment qu’il existe une relation en U inversé entre migration et inégalités et que les coûts
de la migration ont tendance à baisser avec la constitution de réseau de migrants. Dans la
même optique, Docquier, Rapoport et Shen (2007) ont établi un modèle dynamique qui prend
en considération l’accumulation intergénérationnelle de richesse. Ce modèle regroupe les
effets directs des transferts et les effets indirects de la migration sur le marché de travail. Ils
ont conclu que l’impact des transferts de fonds et de la migration sur l’inégalité des revenus
dépend du degré d’inégalité initiale qui précède la migration.209

Ces dernières années, les chercheurs ont commencé à utiliser une nouvelle méthode
empirique dans leurs études microéconomiques analysant l’impact de la migration et des
transferts de fonds. Il s’agit de faire un scénario comme si la migration n’existait pas, puis
d’estimer le revenu contrefactuel que des migrants auraient pu obtenir dans leur pays
d’origine, et aussi, d’estimer le revenu de l’ensemble du ménage, puis de comparer les
revenus contrefactuels estimés avec celui que le migrant obtient en réalité dans son pays
d’accueil, et enfin celui de l’ensemble du ménage après la réception de transferts.

Parmi les études qui ont opté pour cette méthode en analysant les effets des transferts sur
les inégalités, il y a celle d’Adams en 1991 sur les transferts des migrants égyptiens. Il a
réalisé un scénario contrefactuel et estimé le revenu des migrants dans le cas de non-
migration. Il a constaté que les transferts ont augmenté l’inégalité des revenus, car la majorité
des migrants sont issus de ménages riches, donc les transferts sont davantage destinés aux
familles riches qu’aux familles pauvres. Cependant, Adams a refait la même étude avec la
même méthode sur le cas du Pakistan en 1998. Il a conclu que les transferts ont un effet nul
sur les inégalités. Bahani et Hanchane (2013) suggèrent que l’impact des transferts de fonds
sur l’inégalité de revenu dans les pays d’origine des migrants dépend de l’ancienneté de la
migration, du degré d’inégalité initial, et aussi de la proportion des transferts dans le revenu.
De plus, l’effet des transferts dépend des caractéristiques du pays ou de la région étudiée et de
la méthode choisie dans l’analyse.210

En effet, les études empiriques portant sur l’impact des transferts de fonds sur les
inégalités aboutissent à des résultats contradictoires. Il existe des chercheurs qui confirment
que les transferts atténuent l’inégalité de revenu, tandis que d’autres montrent qu’ils sont

209
Bahani A. et Hanchane H., Impact des transferts de fonds sur les inégalités au Maroc, Impact des transferts
de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc
et en Algérie, op. cit. pp. 73.
210
Ibid. pp. 73 et 74.

127
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

inégalitaires. Le coût migratoire élevé ces dernières années fait qu’un nombre important de
migrants provient des familles de la classe moyenne et supérieure. Les familles pauvres ont
peur de financer la migration d’un des leurs qui risque d’échouer son expérience migratoire.
Dans une telle situation, la migration est en faveur des riches, et les inégalités risquent de
s’aggraver dans le pays d’origine. Toutefois, de nombreux chercheurs ont souligné que la
hausse du taux d’émigration entraîne une réduction dans la répartition des revenus. Taylor et
al. dans leur étude portant sur les transferts de fonds au Mexique en 2005 ont constaté que la
hausse du taux d’émigration a des répercussions positives dans les zones rurales, de sorte que
les transferts de fonds ont un effet égalisateur. Ainsi, l’étude menée par Taylor en 1999 sur le
Mexique révèle que les familles pauvres issues des régions rurales, et qui ne reçoivent pas de
transferts, bénéficient de cette manne financière via l’effet d’entraînement des dépenses. Ceci
transmet les transferts aux ménages sans migrants de façon indirecte. De ce fait, les transferts
des migrants ont des effets positifs sur les inégalités de revenus, malgré qu’une partie des
ménages n’en reçoive pas. Ainsi, Docquier et Rapoport (2003) ont confirmé dans leur étude
que si les inégalités initiales en matière de distribution de richesse et de revenu sont faibles
dans le pays d’origine des migrants, les transferts de fonds et les ajustements du marché de
travail local contribuent à baisser ces inégalités, tandis que lorsque les inégalités initiales sont
importantes, les transferts de fonds viennent aggraver la situation.211

2.3- Impact des transferts sur la pauvreté et l’inégalité de revenus

Sur la base d’une approche micro, Taylor, Mora et al. ont étudié l’impact des transferts de
fonds sur l’inégalité et la pauvreté rurale, sur la base d’un échantillon de 1782 ménages dans
cinq régions rurales au Mexique. Dans leur étude, ils ont distingué les régions selon leur
expérience en termes de migration interne et internationale, et également selon leur capacité
d’exporter la main d’œuvre. Ils se sont intéressés aux incidences de la migration et des
transferts sur les inégalités interfamiliales et interrégionales mesurées par l’indice de Gini.
Afin d’apprécier l’incidence des transferts sur la pauvreté, ils ont utilisé des techniques de
décomposition de la pauvreté par habitant à partir de l’écart entre le revenu par habitant et le
seuil de pauvreté (à partir duquel les ménages sont considérés comme pauvres), afin de
comparer la pauvreté des ménages avant et après la réception des transferts. Ils ont montré

211
Bouoiyour J. et Miftah A., Les transferts de fonds réduisent-ils la pauvreté et les inégalités de revenus ? Une
vérification empirique à travers une enquête dans le milieu rural marocain, Impact des transferts de fonds sur
la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie,
op. cit. pp. 146 et 147.

128
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

que dans les régions où la migration internationale est plus importante que la migration
interne, les transferts de fonds internationaux contribuent à l’atténuation de la pauvreté plus
que les transferts de fonds internes, ainsi ils sont plus égalitaires sur les revenus ruraux. En
revanche, dans les régions où la migration interne est plus importante que la migration
internationale, les transferts de fonds internes entraînent une plus forte baisse de la pauvreté
que les transferts de fonds internationaux. De plus, ils sont plus égalitaires sur les revenus. En
effet, cette étude nous montre que ce n’est pas en soi la migration interne (ou internationale)
qui peut entraîner un effet égalitaire sur le revenu entre les ménages et un effet de réduction
de la pauvreté, mais c’est la place qu’occupe la migration au sein de la société qu’elle soit
interne ou internationale et la capacité d’exporter la main d’œuvre.212

De même, Miotti et al. (2013) ont mené une enquête microéconomique sur 1125 ménages
algériens dans deux communes différentes en 2011. La première, Nedroma située dans l’ouest
du pays, se caractérise par un taux d’émigration élevé. Dans la seconde commune, Idjeur,
située à l’est dans la grande Kabylie, le phénomène de la migration est ancien. Le
questionnaire de l’enquête comprend trois types de ménages. Les ménages ayant un membre à
l’étranger et bénéficiaires de transferts, les ménages ayant un membre à l’étranger mais ne
recevant pas de transferts et les ménages sans migrants et sans transferts.213

Afin d’analyser l’impact des transferts des migrants sur la pauvreté et les inégalités, Miotti
et al. ont choisi la méthode contrefactuelle. Ils ont fait un scénario contrefactuel, comme si les
migrants étaient restés dans leur pays d’origine et y travaillaient. Ensuite, ils ont estimé le
revenu des ménages, puis l’ont comparé avec la situation actuelle « avec migration et
transferts de fonds » afin de voir si les transferts améliorent ou aggravent la pauvreté et les
inégalités. L’enquête contient plusieurs informations concernant les ménages et leurs
membres établis à l’étranger tels que (sexe, niveau d’éducation, profession, nombre de
migrants et transferts). Ces informations permettent aux chercheurs de mieux connaître les

212
Edward Taylor J. et al, Remittances Inequality and Poverty, University of California; Department of
Agricultural and Resource Economics, 2005.
213
Hammouda N.E. et al, Les deux enquêtes menées en Algérie : analyse descriptive, Impact des transferts de
fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et
en Algérie, op. cit. p.14.

129
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

migrants pour s’en servir dans le scénario contrefactuel et les comparer à des individus ayant
les mêmes caractéristiques mais qui n’ont pas migré.214

L’analyse de l’impact des transferts sur la pauvreté consiste à comparer dans un premier
temps le taux de pauvreté observé (avec migration et transferts) avec le scénario contrefactuel
(sans migration et sans emploi formel), ceci concerne le niveau de pauvreté maximum, puis
avec un scénario (sans migration et avec un emploi formel), ceci représente le niveau de
pauvreté minimum. Mais en réalité, tous les migrants n’auraient pas pu obtenir un emploi
formel s’ils étaient restés en Algérie, car le taux de chômage avait atteint plus de 50 % dans
ces deux communes et c’était l’une des raisons de la migration des jeunes. Dans le modèle, les
chercheurs ont défini un revenu de 60 000 DZD/an (2 Dollars US/jour) comme seuil de
pauvreté, au-dessous de ce montant le ménage est considéré comme pauvre. Les résultats du
modèle étaient positifs et corroborent les travaux qui ont été faits sur le même sujet. En effet,
le taux de pauvreté observé est de 19,5 % contre 21,1 % dans le scénario contrefactuel (sans
migration et sans emploi formel), ce qui montre que les transferts de fonds ont fait baisser le
taux de pauvreté de 1,6 %. De plus, les chercheurs ont également examiné cet effet sur la base
d’un revenu annuel de 74 000 DZD/an (2,5 Dollars US/jour). Le résultat était plus important,
les transferts réduisaient le taux de pauvreté de 8,5 %, ce taux s’élevait à 39,4 % dans le
scénario contrefactuel contre 30,9% (taux observé). D’après les résultats du modèle, les
transferts de fonds exercent des effets positifs et jouent un rôle important dans la réduction de
la pauvreté.215

Quant à l’impact des transferts des migrants sur les inégalités de revenu, les chercheurs
utilisent l’indice de Gini en comparant l’indice Gini observé avec celui estimé dans le
scénario contrefactuel (sans migration et sans transferts). Les résultats du modèle indiquent
que les pensions étrangères provenant de la France et les transferts des migrants sont les deux
variables qui augmentent le plus l’indice de Gini, contrairement aux revenus locaux qui ont un
effet égalisateur. Ainsi, une augmentation de 10 % du revenu dû à des pensions étrangères et
des transferts de fonds contribuent à accroître les inégalités de 1,1 % et 7 % respectivement.
Les résultats du modèle révèlent que les ménages les plus démunis ne bénéficient pas des
pensions étrangères et des transferts de fonds, et l’écart de revenus entre les ménages

214
Miotti L. et al, “Remittances, Poverty and Inequality in Algeria”, Impact des transferts de fonds sur la
pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie,
op. cit.pp. 30 et 31.
215
Ibid. p. 44.

130
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

bénéficiaires et non bénéficiaires s’accroît, ce qui contribue à la hausse des inégalités dans les
deux communes étudiées.216

À partir d’une approche microéconomique, Bahani et Hanchane (2013) ont exploité des
données d’une enquête microéconomique sur des ménages marocains dans la Province de
Zagora située dans le sud-est du pays. Leur travail vise à étudier les effets des transferts des
migrants sur les inégalités et la pauvreté. L’échantillon du modèle comprend près de
600 ménages classés en trois catégories. Des ménages avec migrant et avec transferts, des
ménages avec migrant mais sans transferts et des ménages sans migrant et sans transferts. La
zone étudiée se caractérise par le manque de ressources naturelles, l’accroissement
démographique et le chômage, ce qui fait que cette région connaît depuis longtemps une forte
migration. Ainsi, les ménages de cette région participent dans le processus migratoire afin de
tirer des bénéfices en retour. Les migrations à partir de cette région peuvent être internes ou
internationales, saisonnières, de courte ou de longue durée, etc. tout dépend de la stratégie
migratoire adoptée par la famille du migrant. En effet, la zone étudiée est classée parmi les
régions les plus pauvres du Maroc, et la migration dans cette zone est considérée comme un
moyen potentiel pour couvrir les besoins de bases des ménages.217

Par ailleurs, d’après les données de l’enquête, il s’avère que les ménages sans migration et
sans transferts ne possèdent pas plus de deux logements par ménage, cependant, il a été
constaté que 4 % des ménages avec migrant et transferts possèdent trois logements et 0,17 %
parmi eux en possèdent quatre. Concernant le financement des logements, les chercheurs ont
constaté que la participation de la migration internationale dans ce processus s’élève à 39 %
pour les ménages avec transferts et 15,54 % pour les ménages sans transfert. Ainsi, les
transferts internes représentent le plus important moyen de financement des maisons pour les
ménages sans migrations. En outre, concernant le moyen d’éclairage utilisé dans les maisons,
les ménages avec transferts sont plus avantageux que les ménages sans transferts et ceux sans
migrants qui utilisent encore des outils traditionnels comme les bougies. De plus, d’après
l’enquête, la majorité des ménages avec migrant et transferts disposent des biens
d’équipement dans leurs maisons contrairement aux autres types de ménages. Les données
révèlent que 88 % des ménages avec migrant et transferts ont un réfrigérateur dans leurs
216
Miotti L. et al, “Remittances, Poverty and Inequality in Algeria”, Impact des transferts de fonds sur la
pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie,
op. cit.pp. 47-49.
217
Bahani A. et Hanchane H., Impact des transferts de fonds sur les inégalités au Maroc, Impact des transferts
de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc
et en Algérie, op. cit. pp. 69 et 70.

131
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

maisons, 11,57 % d’entre eux ont un téléphone fixe et 75 % ont une machine à laver.
Toutefois, pour les deux autres types de ménages, 51,4 % de leurs maisons sont équipées d’un
réfrigérateur et 3,35 % ont un téléphone fixe et une machine à laver.218

Afin d’évaluer l’impact des transferts de fonds sur l’inégalité de revenus, les chercheurs
ont utilisé la méthode de décomposition des mesures d’inégalité proposée par Stark et al.
(1986). Cette méthode permet d’analyser les sources de revenu, leur corrélation et leur part
dans le revenu moyen. Elle permet également de décomposer les sources de revenu et
d’observer les effets d’un changement marginal de ces sources sur l’inégalité. Après l’examen
des sources de rémunération, et en particulier les transferts de fonds, il se trouve que l’indice
de Gini a connu une baisse remarquable passant de 0.57 à 0.45, ce qui signifie la baisse des
inégalités de revenu. Ainsi, la hausse marginale des ventes d’animaux, des activités
artisanales et des transferts de fonds entraîne une baisse significative de l’inégalité de revenu.
En effet, les transferts de fonds représentent la variable qui influe le plus positivement sur la
réduction de l’inégalité de revenu par rapport aux autres variables ou composants de revenu.
Les résultats de l’analyse indiquent qu’une hausse de 1 % des transferts de fonds
internationaux et internes réduit l’inégalité de revenu de -0.0278 et -0.0715 respectivement.
Ces résultats confirment l’importance de la migration et des transferts de fonds des migrants
dans la réduction des inégalités de revenu entre les ménages de l’échantillon, et que les
transferts internes ont un effet plus important que les transferts provenant de l’étranger.219

Par ailleurs, afin d’analyser l’impact des transferts de fonds sur la pauvreté, les chercheurs
se sont intéressés à une analyse sur les profils de pauvreté monétaire dans chaque quintile de
ménages, soit avec transferts, soit sans migration et sans transferts. Cette méthode permet
d’obtenir des informations importantes sur les différentes catégories socio-économiques et
l’impact des transferts sur le bien-être monétaire des ménages bénéficiaires par rapport aux
autres types de ménages. D’après les résultats de l’analyse, les chercheurs ont trouvé que les
transferts ont un faible impact sur l’incidence de la pauvreté. Toutefois, ils ont un impact
important sur la réduction de la profondeur de la pauvreté. En effet, dans le premier quintile
qui regroupe les ménages les plus pauvres de la province de Zagora, la majorité de ces
ménages ne bénéficient pas des transferts, tandis que dans le dernier quintile qui regroupe les
ménages les plus riches de la région, les ménages bénéficiaires des transferts occupent une

218
Bahani A. et Hanchane H., Impact des transferts de fonds sur les inégalités au Maroc, Impact des transferts
de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc
et en Algérie, op. cit. pp. 106-112.
219
Ibid. pp. 118-121.

132
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

proportion importante, contrairement aux ménages sans migration qui occupent une
proportion modeste. De plus, les ménages avec transferts représentent presque la moitié des
deux derniers quintiles des ménages les plus riches. Quant aux ménages sans transferts, la
moitié de ceux-ci sont dans le premier quintile. Cette méthode d’analyse a montré l’écart en
matière de bien-être monétaire qui existe entre les ménages bénéficiaires et non-bénéficiaires
des transferts de fonds.220

À partir des résultats obtenus par Bahani et Hanchane (2013), les transferts de fonds
entraînent une baisse significative des inégalités, qu’il s’agisse de transferts internationaux ou
internes. L’inégalité de revenu est deux fois plus importante au sein des ménages sans
migration et sans transferts que chez les ménages avec transferts, ce qui confirme l’effet
égalisateur des transferts. Ainsi, les salaires et les revenus agricoles exercent des effets
négatifs sur les inégalités. Les transferts entraînent également une baisse de la pauvreté. Du
point de vue de bien-être monétaire, les ménages bénéficiaires des transferts sont plus aisés
et/ou moins pauvres que les ménages ne recevant pas des transferts. Les transferts réduisent
l’incidence et la profondeur de la pauvreté.221

Bouoiyour et Miftah (2013) ont réalisé une étude microéconomique qui traite le sujet de la
migration et des transferts de fonds. L’objectif de leur travail est d’évaluer l’impact des
transferts de fonds des migrants sur la pauvreté et les inégalités de revenus. Les chercheurs
ont exploité une enquête menée au Maroc dans la région de Souss-Massa-Draa qui a été
réalisée en 2009. Ainsi, ils ont choisi de faire un scénario contrefactuel dans lequel ils
estiment le revenu des ménages dans le cas de non-migration et transferts, puis le comparer
avec la situation observée en présence de migration et transferts. De plus, le revenu estimé de
chaque membre d’un ménage dans le scénario contrefactuel mesure sa productivité. Les
dépenses contrefactuelles de chaque membre (avant la migration) ont été estimées et
comparées avec les dépenses observées (après la migration). Ceci permet de calculer les
indices de pauvreté et la répartition des revenus, afin d’arriver à évaluer l’impact des
transferts de fonds. Pour se faire, les chercheurs ont eu recours aux statistiques nationales
pour déterminer le seuil de pauvreté afin de calculer les indices de pauvreté. Selon les
données officielles, le seuil de pauvreté dans les zones rurales s’élevait à 3569 MAD. Quant

220
Bahani A. et Hanchane H., Impact des transferts de fonds sur les inégalités au Maroc, Impact des transferts
de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc
et en Algérie, op. cit. pp. 124 et 125.
221
Ibid., p. 126.

133
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

au calcul des inégalités, les chercheurs ont eu recours à l’indice de Gini et à la répartition des
ménages par quintile selon leur revenu du plus bas au plus haut.222

Parmi les données qui figurent dans l’étude, il y a l’âge du chef de ménage. Vu l’effet
positif qui se joue sur la décision de migrer, cette variable a été prise en compte dans les
équations estimées. Il y a également le capital physique représenté par l’acquisition de
maison, de terre et de bétail. Ainsi, il y a l’indice communal de développement humain
(ICDH). Cette variable sert à fournir des informations sur le marché du travail dans la région
étudiée, les revenus des ménages et la probabilité de migrer.

D’après les résultats du travail empirique, lorsqu’un ménage a des connaissances et des
liens à l’étranger, la probabilité de migrer vers cette destination augmente. En outre, l’âge et
le sexe du chef de ménage n’exercent aucun effet sur la probabilité de migrer. Par ailleurs,
l’indice de développement de la commune influence positivement la probabilité de migrer. En
fait, le développement socioéconomique d’une région ou d’un pays a des incidences positives
sur la décision de migrer et sur les transferts. Une autre variable qui influence positivement la
décision de migrer est la taille du ménage. Dans le milieu rural, les grandes familles
encouragent un ou plusieurs de leurs membres à émigrer, car plus la famille est grande, moins
la migration devient coûteuse. Ceci est confirmé par l’étude de Gubert et al. (2010).223

En ce qui concerne l’impact des transferts de fonds sur la pauvreté, les résultats sont
positifs et indiquent que les transferts améliorent le bien-être monétaire des ménages
bénéficiaires. Ainsi, les transferts atténuent le taux de pauvreté et les personnes vulnérables
qui risquent de tomber dans la pauvreté. Ainsi, le taux de pauvreté est plus élevé chez les
ménages non bénéficiaires de transferts que chez les ménages recevant des transferts. Les
résultats montrent également que les transferts internationaux entraînent une baisse de la
pauvreté chez les ménages bénéficiaires et jouent un rôle important dans la réduction du taux
des ménages vulnérables. Quant à l’impact des transferts sur l’inégalité de revenu, et après le
classement de chaque ménage dans le quintile qui le correspond, il s’avère qu’il existe des
inégalités de dépenses courantes entre les ménages. En fait, les derniers quintiles qui
regroupent les ménages les plus riches (20% de la population) possèdent plus que l’écart des
revenus de toute la région, et ce, dans les deux cas de figures (scénario contrefactuel et

222
Bouoiyour J. et Miftah A., Les transferts de fonds réduisent-ils la pauvreté et les inégalités de revenus ? Une
vérification empirique à travers une enquête dans le milieu rural marocain, Impact des transferts de fonds sur
la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie,
op. cit. pp. 142-157.
223
Ibid. pp. 160 et 161.

134
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

situation observée). De ce fait, les transferts de fonds n’ont aucun effet sur la réduction des
inégalités inter-quintiles. En outre, après le calcul du coefficient de Gini, les chercheurs ont
trouvé que lorsque les transferts sont considérés comme une variable exogène, le coefficient
de Gini baisse, tandis que lorsqu’ils sont considérés comme une variable endogène, le
coefficient de Gini augmente. Ainsi, les revenus de salaires des ménages ont un effet
égalisateur sur la répartition de revenus, alors que les revenus des transferts de fonds
aggravent les inégalités. Les chercheurs constatent que les résultats de leur travail empirique
corroborent ceux de l’étude de Barham et Boucher (1998) qui ont fait les mêmes
démarches.224

Les conclusions qui peuvent être tirées de l’étude de Bouoiyour et Miftah (2013) est que la
taille du ménage, le niveau de développement de la commune et l’existence d’un réseau à
l’étranger sont des facteurs qui influencent la décision de migrer dans la région étudiée. Ainsi,
les transferts de fonds des travailleurs migrants jouent un rôle important dans l’amélioration
du bien-être économique des ménages, mais aussi, ils atténuent le nombre de ménages
pauvres et celui des ménages qui ont un risque de tomber dans la pauvreté même si un nombre
important de ménages bénéficiaires des transferts ne sont pas issus de familles pauvres. Cela
n’empêche pas les familles les plus démunies d’en bénéficier via l’effet d’entraînement des
dépenses, cependant les chercheurs n’ont pas donné d’explications sur ce point-là. Toutefois,
les résultats indiquent que les transferts de fonds ont permis d’aggraver les inégalités de
revenus plus que dans le scénario contrefactuel (sans migration et transferts).225

Chapitre 2 : Étude empirique

Ce chapitre présente dans un premier lieu, les données d’une enquête menée et initiée par
la Banque mondiale en 2010 sur les transferts de fonds des migrants burkinabè qui sera
exploitée dans ce chapitre, et dans un second lieu, les résultats du travail empirique.

Section 1 : Données de l’étude

Le Burkina-Faso a été de tout temps et continue d’être un intense foyer de mouvements


migratoires depuis la période coloniale où des milliers de Burkinabè se sont installés en Côte

224
Bouoiyour J. et Miftah A., Les transferts de fonds réduisent-ils la pauvreté et les inégalités de revenus ? Une
vérification empirique à travers une enquête dans le milieu rural marocain, Impact des transferts de fonds sur
la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie,
op. cit. pp. 162-164.
225
Ibid. p. 164.

135
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

d’Ivoire et au Ghana, ce qui justifie de nos jours la destination privilégiée vers ces deux
pays 226 . La pauvreté, la dégradation des terres agricoles, les sécheresses récurrentes et le
faible développement économique poussent les Burkinabè à émigrer pour trouver les moyens
financiers nécessaires leur permettant de vivre mieux, et de faire vivre leur famille restée au
pays. En 2003, les transferts de fonds vers le Burkina-Faso ont atteint 50 millions de dollars.
Le secteur privé qui est financé dans une grande mesure par les transferts de fonds devrait
contribuer fortement à l’augmentation de ce taux227. En 2015, les transferts de fonds vers le
Burkina-Faso étaient estimés à 396 millions USD. Ce montant représente 3,6 % du PIB
(Banque mondiale, 2017e). La même année, le montant des transferts a dépassé celui de l’aide
publique au développement qui a atteint 360 millions USD (OCDE, 2017).228

En raison de la croissance des flux migratoires et des transferts de fonds vers le Burkina-
Faso, le gouvernement prévoit d’intégrer la migration dans ses plans stratégiques nationaux et
régionaux. D’après la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), 31 % des
transferts vers le Burkina-Faso proviennent de la Côte d’Ivoire. Mais d’importants flux de ces
transferts passent également par des canaux informels. Ceci est dû à l’emplacement des deux
pays qui sont frontaliers, ainsi qu’aux limites des services officiels de transferts d’argent dans
ces pays.229

Cette section explore la base de données d’une enquête menée par la Banque mondiale au
Burkina-Faso en 2010 auprès de 2102 ménages. Néanmoins, les informations issues de cette
enquête comportent une limite importante. Elles ne sont pas en mesure d’indiquer les gains et
les revenus des ménages avec et sans transferts de fonds. La comparaison entre les ménages
comprend plusieurs critères et caractéristiques : caractéristiques démographiques, conditions
de logement, actifs et dépenses, utilisation de services financiers, transferts de fonds reçus
d’anciens membres du ménage, nouvelle vie des migrants de retour.

226
Kabore Bakary, Rapport oral du CERMID sur l’état de la protection des droits des travailleurs migrants au
Burkina Faso, Centre d’Etudes et de Recherches sur les Migrations Internationales et Développement, Genève,
2013, p.3.
227
Département des opérations pays-Région Afrique de l’Ouest 1, Document de stratégie pays 2012-2016,
Burkina Faso, 2012, P.6.
228
Institut supérieur des sciences de la population, Paysage de la migration au Burkina Faso, « Interactions
entre politiques publiques, migrations et développement au Burkina Faso », OCDE, Paris, 2017, pp. 42 et 49.
229
Ibid., pp. 49-50.

136
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

1.1– Caractéristiques démographiques, conditions de vie et dépenses des


ménages de l’échantillon

Cette sous-section présente des informations sur les ménages et leurs membres en matière
de caractéristiques démographiques, conditions de logement, actifs et consommation
moyenne, ainsi que sur l’utilisation des services financiers.

1.1.1- Caractéristiques démographiques

Tous les membres de ménages qui vivaient dans leur ménage à l’époque de l’enquête ont
été interrogés. Au total ils sont 18827 membres dont 62 % sont célibataires et 33 % sont
mariés. 1967 ménages (18058 membres) vivent dans des milieux ruraux, et 135 ménages (769
membres) dans des milieux urbains. Ainsi, la moyenne d’un ménage est de 9,14 membres
dans les zones rurales contre 5,63 membres dans les zones urbaines.

Figure 19 : Répartition géographique des ménages

Source : Calculs de l’auteur

L’enquête révèle également que 7,5 % des membres interrogés sont analphabètes contre
92 % qui savent lire et écrire. Toutefois, il s’avère que leur niveau d’étude reste faible. 82 %
d’entre eux ont un niveau primaire et seulement 17 % ont atteint un niveau secondaire, et
moins de 1 % ont un niveau universitaire.

137
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 20 : Niveau d’instruction des membres du ménage

Source : Calculs de l’auteur

Ainsi, 22 % des membres de ménages ont un travail à temps plein, et 65 % sont auto-
entrepreneurs. Cependant, les femmes au foyer représentent une proportion importante égale à
87 % des membres inactifs et 11 % des membres de ménages. Presque 95 % des employés
travaillent dans le secteur de l’agriculture et l’élevage, et le reste occupe des postes dans des
secteurs différents tels qu’administrateur, cadre ou technicien de qualité, commerçant,
couturier, mécanicien, services et professions libérales, etc.

Figure 21 : Situation d’emploi des membres du ménage

Source : Calculs de l’auteur

138
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

1.1.2- Conditions de logement

À travers 78 régions rurales et urbaines qui cernent le champ de l’étude et regroupent 2102
ménages, l’enquête révèle que 94 % de ces ménages sont propriétaires de leurs maisons et
6 % sont locataires. En fait, presque trois quarts des ménages habitent dans les maisons d’une
concession, 18 % dans des maisons individuelles, la part des appartements occupe la dernière
place et représente 0,67 %. La figure 22 montre que les ménages urbains sont plus aisés que
les ménages ruraux. La proportion des ménages qui résident dans une villa ou dans un
appartement est plus élevée chez les ménages urbains. En revanche, la proportion des
ménages qui résident dans une maison de concession, dans une case ou une baraque, est plus
élevée chez les ménages ruraux.

Figure 22 : Type de logement du ménage

Source : Calculs de l’auteur

De plus, sur le territoire étudié, la majeure partie des maisons sont bâties en banco. Ce
matériau à base de terre crue paraît le plus répandu dans les constructions de maisons (plus de
91 %). D’autres habitants utilisent le ciment, parfois la paille ou le bois. Cependant, le ciment
est plus utilisé dans les régions urbaines, le banco est plus demandé dans les régions rurales.
En outre, 56 % des ménages urbains ont une pièce réservée pour la cuisine, tandis que chez
les ménages ruraux la proportion ne dépasse pas les 43 %. Ainsi, la moyenne des pièces dans
chaque maison est égale à 3.

139
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 23 : Principal matériau utilisé dans la construction de maisons

Source : Calculs de l’auteur

Par ailleurs, concernant l’alimentation des maisons en électricité, les chiffres sont très
mauvais. Le taux de couverture en électricité est de 3,20 % chez les ménages ruraux et de
58,52 % chez les ménages urbains. Quant à l’eau potable, la majorité des ménages issus des
régions rurales n’a pas d’eau de potable dans les maisons et utilisent des forages publics, des
puits extérieurs et des robinets extérieurs, tandis que la moitié des ménages issus des régions
urbaines possède l’eau potable à travers un robinet intérieur ou la construction de puits dans
leurs maisons.

Figure 24 : Principale source d’eau potable du ménage

Source : Calculs de l’auteur

140
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

1.1.3- Actifs, dépenses et utilisation des services financiers

En ce qui concerne les actifs immobiliers des ménages, les ménages ruraux sont ceux qui
possèdent le plus de terres, agricoles ou non agricoles, et de maisons d’habitation. Pour les
autres constructions, ce sont les ménages urbains qui en possèdent le plus (tableau 8). Quant
aux actifs mobiliers tels que télévision, réfrigérateur, ordinateur, voiture/camion/moto,
téléphone mobile, etc., les ménages urbains sont ceux qui en possèdent davantage.

Tableau 8 : Type d’actifs du ménage

Urbain Rural
Terres agricoles 41,35 % 97,18 %
Terres non agricoles 9,78 % 30,48 %
Maison d’habitation 53,33 % 67,56 %
Autres constructions 11,11 % 5,08 %
Source : Calculs de l’auteur

D’après les résultats du tableau 9, le montant alloué à la consommation hebdomadaire,


mensuelle et semestrielle pour chaque ménage est beaucoup plus élevé au sein des ménages
urbains que chez les ménages ruraux. Ce constat est le même, voire plus important, lorsque la
comparaison est faite entre chaque membre de ménages.

- Consommation hebdomadaire et mensuelle : Biens alimentaires (fruits, légumes, viande,


volaille, poisson), combustible de cuisine (gaz, bois, charbon), frais de transport (taxi, bus,
carburant), autres (recharges téléphoniques, cigarettes, alcool, produits de beauté, coiffure).

- Consommation semestrielle : Biens ménagers (cuisinière, réfrigérateur, climatiseur, lits),


biens électroniques (téléphone, ordinateur, coût d’internet), santé, éducation, habillement,
voitures, équipement agricole, biens de luxe, loyer pour logement, factures
d’eau/électricité/gaz, création d’une activité/ouverture de boutique, mariage/funérailles, etc.

141
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Tableau 9 : Dépenses en Francs CFA

Ménage Membre

Urbain Rural Urbain Rural

Hebdomadaires 20027 10584 3557 1158


Mensuelles 79277 42981 14081 4702
Semestrielles 408674 107106 72588 11718

Source : Calculs de l’auteur

Il s’avère que la majorité des ménages n’a pas de compte dans une banque ni dans une
mutuelle d’épargne. Seulement 1,52 % des ménages déclarent avoir un compte bancaire. La
proportion des ménages ayant un compte bancaire est supérieure au sein des ménages urbains
(8,97 %) par rapport aux ménages ruraux (1,21 %). Ainsi, le motif de ces ménages d’ouvrir un
compte est pour l’épargne, l’emprunt et le dépôt d’argent. La possibilité d’ouvrir un compte
parce qu’un membre du ménage est allé travailler en dehors du ménage est presque nulle.

1.2- Migration et transferts de fonds

Cette sous-section a pour objectif de présenter des informations précises sur les migrants
avant et après leur migration, les transferts de fonds qu’ils effectuent vers leurs familles
restées au pays, l’utilisation de ces fonds par les familles bénéficiaires, ainsi que l’expérience
des anciens migrants de retour et leur nouvelle vie dans leur ville natale.

1.2.1- Informations sur les migrants

L’enquête a recensé que le nombre total des membres vivant hors de leur ménage est égal à
2229. 2106 membres (94 %) sont issus de régions rurales et 123 de milieux urbains. Leur âge
moyen lors de leur première migration est de 24,5 ans. Les femmes représentent une part de
14 % des migrants. D’après la figure 25, le lien de parenté apparaît comme étant le plus
important entre le migrant et le chef de ménage. Ainsi, 61 % de ces migrants sont mariés
contre 35 % qui sont célibataires (voir figure 26).

142
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 25 : Lien entre le migrant et le chef de ménage

Source : Calculs de l’auteur

Figure 26 : L’état matrimonial actuel des migrants

Source : Calculs de l’auteur

Parmi les différentes raisons de migration de ces membres, la recherche d’emploi occupe
la principale raison avec plus de 78 %. Ceci montre l’aspect purement financier de la
migration au sein des régions étudiées.

143
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Tableau 10 : Principale raison de migration

Raison de migration %
Recherche d'emploi 71,70 %
Education 8,42 %
Mariage 6,87 %
Opportunité d’emploi 6,61 %
Rejoindre d’autres membres 1,95 %
Autres 5,05 %
Total 100 %

Les destinations privilégiées par les migrants sont la Côte d’Ivoire en première place.
Presque la moitié des migrants choisissent cette destination. Il y a aussi d’autres régions
urbaines et rurales du Burkina-Faso, le Mali, le Ghana, et d’autres pays, mais avec des
proportions très modestes, tels que Niger, Togo, Bénin, Nigéria, Gabon, Libye, France,
Allemagne, Italie, USA, etc. Comme plus de 60 % des migrants sont mariés, la majorité
d’entre eux vivent avec leurs familles (époux (se), enfants et parents) contre seulement
13,66 % qui vivent seuls.

Figure 27 : Lieu de résidence actuel des migrants

Source : Calculs de l’auteur

D’après la figure 28, 63 % des migrants n’ont obtenu aucun diplôme avant leur migration
et n’ont aucun niveau d’instruction. Cependant, les migrants ayant un niveau secondaire et

144
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

supérieur représentent respectivement 9,04 % et 1,39 % de l’ensemble des migrants. Ces


chiffres montrent que les migrants issus des régions concernées par l’enquête ne sont pas
qualifiés ou très peu. Pour ceux qui ont continué des études supérieures avant leur migration,
36 % d’entre eux ont obtenu un Master et seulement 8 % ont eu un diplôme de Doctorat.
Même proportion pour le diplôme de License et BTS/DUT. Le niveau d’instruction des
migrants semble ne pas avoir d’effet sur leur décision d’envoyer de l’argent à leurs familles
restées au pays. Presque la moitié des migrants, peu qualifiés et hautement qualifiés,
transfèrent des fonds vers leur pays d’origine.

Figure 28 : Niveau d’instruction des migrants avant de quitter le ménage

Source : Calculs de l’auteur

Par ailleurs, les migrants issus des régions urbaines sont plus instruits que ceux issus des
régions rurales. Les migrants sans aucune éducation, alphabètes ou ayant un niveau primaire
et secondaire général sont plus importants au sein des migrants issus des zones rurales. En
revanche, ceux ayant un niveau secondaire technique et universitaire sont plus importants au
sein des migrants issus des zones urbaines, mais leur proportion reste très modeste et les
migrants hautement qualifiés représentent une minorité (figure 29).

145
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 29 : Niveau d’instruction des migrants par milieu de résidence

Source : Calculs de l’auteur

En ce qui concerne la situation d’emploi des migrants et le poste qu’ils occupent avant et
après leur migration, le tableau 11 montre que leur statut d’auto-employé a baisé après leur
migration. Il s’avère également qu’ils changent de métier et s’adaptent aux besoins du marché
du travail du lieu de leur destination. Quant au métier d’éleveur, il a énormément baissé, et, à
l’opposé, le métier de commerçant a grimpé. Sinon, la représentativité des autres métiers n’a
que légèrement changé.

Quant au financement de la migration, plus de la moitié des migrants (54,18 %) compte sur
ses propres moyens financiers pour payer les divers frais liés à leur migration. L’aide
familiale vient en deuxième place avec 39,60 %. Ces deux modes de financement de la
migration sont les plus utilisés au sein des migrants. Dans la même optique, plus de 80 % des
migrants ont bénéficié de l’aide (hébergement, nourriture, habillement) d’un parent ou d’un
ami lors de leur premier séjour sur le lieu de leur destination.

146
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Tableau 11 : Situation d’emploi et occupation des migrants avant et après leur


migration

Avant migration Après migration


Situation d’emploi % Occupation % Situation d’emploi % Occupation %

Auto-employé 80,28 Eleveur 88,26 Auto-employé 64,13 Eleveur 50,74


Salarié à plein 10,16 Commerçant 2,61 Salarié à temps 20,95 Commerçant 12,40
temps partiel
Salarié à temps 3,96 Agent de bureau 2,34 Salarié à plein 5,43 Agriculteur 11,19
partiel temps
Femme au foyer 2,94 Emploi précaire 1,67 Femme au foyer 5,05 Emploi précaire 7,62
Chômeur 1,91 Administrateur 1,17 Ne sait pas 1,51 Cadre moyen 3,19
Autres 0,75 Autres 3,95 Autres 2,93 Autres 14,86

Total 100 Total 100 Total 100 Total 100


Source : Calculs de l’auteur

Figure 30 : Financement de la migration des anciens membres du ménage

Source : Calculs de l’auteur

En outre, 60 % des migrants qui ont financé leur migration par leurs propres moyens
transfèrent des fonds à leurs familles. Et pour ceux qui ont financé leur migration avec l’aide
de leurs familles, seule la moitié envoie de l’argent. Toutefois, 46 % des migrants ayant
obtenu un financement pour leur migration par une bourse d’Etat envoient de l’argent, contre
35 % pour ceux qui ont contracté un prêt. Ces résultats révèlent le motif d’altruisme chez les

147
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

migrants qui comptent sur leurs propres moyens pour migrer. Cette catégorie de migrant est
celle qui envoie le plus de transferts vers leurs familles restées au pays.

1.2.2- Transferts de fonds et leur utilisation par les familles bénéficiaires

En effet, un peu plus de la moitié des migrants (54,84 %) transfère de l’argent aux familles
restées aux pays. Le reste n’a jamais transféré de l’argent. Ainsi, les migrants transfèrent
l’argent en moyenne 1,33 fois par an. Ils utilisent différents moyens pour transférer l’argent.
D’après la figure 31, 10,62 % des migrants utilisent des canaux formels (Western Union et
mandat postal), et 89,38 % ont recours à des canaux informels.

Figure 31 : Comment les migrants transfèrent l’argent à leur ménage ?

Source : Calculs de l’auteur

Les migrants utilisent différentes méthodes pour transférer des fonds à leurs familles
restées au pays. Le choix du moyen de transfert dépend du statut juridique du migrant dans
son pays d’accueil et de la situation des services financiers dans son pays d’origine. D’après
la figure 32, les migrants issus des milieux ruraux ont recours à leurs amis ou leurs parents
revenant au pays pour envoyer de l’argent à leurs familles. C’est le moyen le plus utilisé avec
plus de 60 % des migrants. En deuxième place, plus de 20 % des migrants emportent eux-
mêmes l’argent lorsqu’ils reviennent au pays pour des vacances. Ensuite, en troisième place,
les migrants utilisent les opérateurs de transferts d’argent (Western Union, Money Gram).
Quant aux migrants issus des milieux urbains, 30 % d’entre eux utilisent les opérateurs de
transferts d’argent. Ainsi, 25 % d’entre eux envoient leur argent avec leurs amis ou leurs
parents. Ils envoient également l’argent par courrier ou par des agences de transport. Sinon,

148
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

les autres modes de transferts tels que les mandats postaux, les banques et internet ne sont que
très rarement utilisés et représentent des proportions très modestes.

Figure 32 : Comment les migrants transfèrent l’argent par milieu de résidence

Source : Calculs de l’auteur

Ainsi, durant les 12 mois précédent l’enquête, la moyenne des sommes transférées par
chaque migrant est équivalente à 40431 FCFA. De plus, 21,16 % des migrants envoient
également des biens (alimentaires et non alimentaires) à leurs ménages. La moyenne de la
valeur monétaire de ces biens est équivalente à 14516 FCFA pour chaque ménage. Par
ailleurs, la moyenne des transferts de fonds + transferts de biens est égale à 44859,76
FCFA/ménage. En effet, la moyenne des fonds + biens reçus par chaque ménage est plus
importante chez les familles résidentes dans le milieu urbain. Elle est égale à 92578,95 FCFA
contre 43727,84 FCFA pour les familles résidant dans le milieu rural. De même, la somme
reçue par chaque individu est plus importante dans le milieu urbain avec 17940,95 FCFA
contre 6245,48 FCFA dans le milieu rural (Figure 33).

149
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 33 : Moyenne des transferts financiers et non financiers

Source : Calculs de l’auteur

Dans la même optique, les premiers bénéficiaires des transferts d’argent sont les parents
des migrants. Ils bénéficient de la moitié de ces transferts envoyés au pays. Puis viennent les
frères et les sœurs avec une proportion de 26 % et l’ensemble du ménage avec 18 %. En
dernière place viennent les époux avec une proportion modeste de 2,77 % ainsi que les
enfants avec 2,68 %.

Figure 34 : Principal bénéficiaire des transferts financiers et non financiers

Source : Calculs de l’auteur

150
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Le tableau 12 présente les probabilités de recevoir de l’argent selon le lien qui existe entre
le migrant et le chef de ménage. D’après les résultats, il s’avère que lorsque le chef de ménage
est l’époux (se) du migrant, la probabilité de recevoir de l’argent dépasse les 72 %. C’est la
probabilité la plus élevée. Ceci montre qu’une famille nucléaire a plus de chance de bénéficier
des transferts qu’une famille élargie. Les parents du migrant viennent en deuxième place avec
une probabilité de 61,31 % suivi par les frères et sœurs avec 58,90 %. Les enfants ont la
probabilité la moins élevée de recevoir des transferts de fonds lorsqu’ils représentent le chef
de ménage.

Tableau 12 : Probabilité de recevoir des fonds

Lien entre le migrant et Probabilité de recevoir


le chef de ménage des transferts

Epoux (se) 72,73 %

Père/Mère 61,31 %

Frère/Sœur 58,90 %

Fils/Fille 51,73 %

Autres liens 48,62 %

Domestique/Employé 40 %

Autres 27,27 %
Source : Calculs de l’auteur

Du côté du migrant, son état matrimonial joue un rôle important dans la probabilité de
transférer des fonds. Lorsque le migrant est marié, vit en concubinage ou est fiancé, sa
probabilité d’envoyer de l’argent est plus élevée que lorsqu’il est séparé, divorcé ou
célibataire. Les migrants en couple ont plus de responsabilités et plus de personnes à leurs
charges que les migrants célibataires (jamais mariés ou séparés), ce qui explique leur
probabilité de transférer de l’argent à leurs familles.

151
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Tableau 13 : Probabilité de transférer des fonds par les migrants

Etat matrimonial du migrant Probabilité d’envoyer des fonds


Veuf/Veuve 72,73 %
Marié 65,80 %
Concubinage 60 %
Fiancé 53,57 %
Séparé 41,67 %
Célibataire 36,36 %
Divorcé 23,08 %
Source : Calculs de l’auteur

En outre, les migrants burkinabè ont transféré, au cours des 12 mois précédent l’enquête, la
somme de 48324800 FCFA à leurs familles restées au pays. Ces fonds sont davantage
dépensés pour la consommation. La somme consacrée à la consommation est de 31090000
FCFA (voir tableau 14). Cette somme représente 64 % des fonds transférés. La somme
allouée à l’investissement est de 11088450 FCFA ce qui représente 23 % des transferts (voir
tableau 15). L’épargne vient en troisième place avec 6146350 FCFA (13 %).

Figure 35 : Utilisation des transferts de fonds

Source : Calculs de l’auteur

152
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Tableau 14 : Utilisation des transferts – Consommation

Consommation Somme en FCFA %

Biens alimentaires 19794000 63,66 %

Santé 4887100 15,72 %

Location de maison 33000 0,10 %

Mariage funérailles 1802900 5,80 %

Réfection d'une maison 565000 1,82 %

Construction d'une maison 4008000 12,90 %

Total 31090000 100 %

Source : Calculs de l’auteur

Tableau 15 : Utilisation des transferts – Investissement

Investissement Somme en FCFA %

Education 3822600 34,47 %

Voitures/camions 31000 0,28 %

Commerce/affaires 2157500 19,46 %

Achat de terre 512500 4,62 %

Autres 4564850 41,17 %

Total 11088450 100 %


Source : Calculs de l’auteur

Par ailleurs, la valeur des biens envoyés ou apportés par les migrants à leurs ménages au
cours des 12 derniers mois est égale à 13020700 FCFA. Seulement 4 % des biens transférés
sont destinés aux besoins de la maison (réfrigérateur, téléviseur, système Hifi, machine à
laver, meubles, cuisinière, micro-ondes, climatiseur, ordinateur, DVD/VCD, mobylette/vélo et
téléphone mobile). En revanche, 96 % des biens envoyés concernent des matériaux pour des

153
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

activités agricoles et commerciales (voiture, car, camion, moulin à grains, matériel de


coiffure, machine à coudre, tracteur et autres équipements agricoles).

Ainsi, l’investissement dans des activités commerciales ou productives par les membres de
ménage après que d’autres membres ont émigré reste modeste. La proportion des membres
qui se sont lancés dans l’investissement représente 10,90 % dans le milieu rural et seulement
6,16 % dans le milieu urbain.

Tableau 16 : Les membres de ménage qui ont investi après l’émigration d’un membre de
leur ménage

Milieu
Rural Urbain
Développement d’une 5,55 % 1,54 %
activité
Un petit commerce 3,60 % 4,62 %
Les deux 1,75 % 0%
Aucun investissement 89,10 % 93,84 %

Total 100 % 100 %


Source : Calculs de l’auteur

Tableau 17 : Les ménages qui ont construit une habitation à des fins commerciales après
l’émigration d’un de leurs membres

Milieu
Rural Urbain
Pour la location 1,95 % 3,08 %
Pour d’autres fins 0,78 % 0%
commerciales
Les deux 0,49 % 1,54 %
Aucune construction 96,78 % 95,38 %

Total 100 % 100 %


Source : Calculs de l’auteur

154
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Les ménages ayant un ou plusieurs de leurs membres à l’étranger n’investissent pas les
transferts reçus dans l’immobilier, comme la construction d’habitation en vue d’en tirer des
bénéfices à travers la location ou d’autres fins commerciales. La part des ménages qui a opté
pour ce choix est de 3,22 % dans le milieu rural et 4,62 % dans le milieu urbain.

1.2.3- Migrants de retour, nouvelle vie des migrants

Les migrants de retour (au Burkina-Faso) recensés par l’enquête de la Banque mondiale en
2010 sont 744 membres. Ils ont décidé de rentrer au pays de façon permanente. D’après
l’enquête, pour presque 80% de ces membres, le motif principal de leur migration était la
recherche d’emploi. Les autres motifs comme le regroupement familial et l’éducation ne
représentent qu’une partie modeste (figure 36).

Figure 36 : Les raisons de la migration des anciens migrants de retour

Source : Calculs de l’auteur

Les migrants de retour avaient trois principales raisons de choisir la localité de leur
migration. La première « j’avais des informations sur cette localité », la seconde « je
connaissais des gens là-bas », et la troisième « plus d’opportunité d’emploi ». Le choix de la
localité dépend essentiellement des réseaux des migrants et de leurs connaissances à
l’étranger. Ceci leur permet d’obtenir des informations précieuses sur cette destination en
matière d’opportunité d’emploi, possibilité d’embauche, et sur le salaire.

155
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 37 : Motifs du choix du pays de destination pour les migrants de retour

Source : Calculs de l’auteur

En outre, il s’avère que les anciens migrants n’étaient pas qualifiés et n’ont eu aucun
diplôme académique au moment de leur migration. La figure 38 présente le niveau
d’instruction des anciens migrants de retour. 84 % de ces migrants n’avaient eu aucune
éducation. Après leur migration, seulement 1,24 % d’entre eux ont fait des études dans leur
pays d’accueil et ont obtenu le diplôme de licence, et d’autres ont atteint le Master.

Figure 38 : Niveau d’instruction avant de quitter le ménage pour les migrants de retour

Source : Calculs de l’auteur

156
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Le tableau 18 indique qu’avant leur migration, les anciens migrants de retour travaillaient
en majorité pour leur propre compte. 92 % étaient auto-employés, et presque 92 % d’entre eux
occupaient le secteur d’élevage du bovin.

Tableau 18 : Situation d’emploi et occupation des migrants de retour avant leur


migration

Situation d’emploi des migrants Occupation des migrants


Auto-employé 92 % Eleveur 91,62 %
Chômeur 3,25 % Gestionnaire 2,02 %
Salarié à temps partiel 2,57 % Commerçant 1,16 %
Salarié à plein-temps 1,22 % Emploi précaire 1,16 %
Retraité 0,55 % Agriculteur 0,87 %
Autres 0,41 % Autres 3,17 %

Total 100 % Total 100 %


Source : Calculs de l’auteur

Par ailleurs, il existe de multiples raisons qui ont poussé les migrants à mettre fin à leur
parcours migratoire en revenant dans leur pays d’origine. Presque la moitié d’entre eux
reviennent pour des raisons familiales.

Figure 39 : Les raisons de retour au pays des anciens migrants

Source : Calculs de l’auteur

157
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Durant leur séjour dans le pays d’accueil, 60 % des migrants de retour transféraient des
fonds à leurs familles restées au Burkina-Faso. Plus de 90 % de ces transferts passaient par
des canaux informels (par eux-mêmes, par des amis ou par un agent individuel informel)
(figure 40).

Figure 40 : Les modes de transferts les plus fréquents chez les migrants de retour

Source : Calculs de l’auteur

En effet, les conditions climatiques ont une influence sur la probabilité d’envoyer de
l’argent. 45 % des migrants de retour avaient envoyé des fonds à leurs familles qui subissaient
la sécheresse. En plus des fonds transférés, 31,34 % d’entre eux avaient envoyé des biens en
nature à leurs ménages.

Concernant l’utilisation des transferts de fonds, les familles bénéficiaires consacraient


82 % des transferts pour la consommation (santé, location, mariage/funérailles, reconstruction
de maison et construction d’une nouvelle maison). 14 % des transferts reçus étaient investis
(éducation, camion, commerce/affaires et achat de terre).

158
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 41 : Utilisation des transferts de fonds des migrants de retour par les ménages
bénéficiaires

Source : Calculs de l’auteur

En ce qui concerne les biens envoyés ou rapportés lors de la dernière migration des
migrants de retour, la moitié est destinée aux besoins de la maison (réfrigérateur, téléviseur,
système Hifi, machine à laver, meubles, cuisinière, micro-ondes, climatiseur, ordinateur,
DVD/VCD/vidéo, vélo et téléphone mobile). Seulement 8 % de ces biens sont destinés aux
activités commerciales, agricoles et affaires (voiture, car, camion, moulin à grains, matériel de
coiffure, machine à coudre, tracteur et autres équipements agricoles).

Figure 42 : Biens envoyés ou rapportés par les migrants de retour lors de leur dernière
migration

Source : Calculs de l’auteur

La proportion des migrants de retour ayant séjournés à l’étranger est très modeste. En effet,
la migration internationale représente 9,48 %. La majeure partie avait choisi de changer de

159
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

ville tout en restant au Burkina-Faso. La migration nationale représente 90,52 % du total des
migrants de retour. En matière de financement de la migration, les deux tiers de ces migrants
avaient financé leur migration par leurs propres moyens. En outre, 80 % des migrants de
retour déclarent qu’ils ont bénéficié de l’aide (hébergement, nourriture, habillement) d’un
parent ou d’un ami lors de leur premier séjour dans leur lieu de destination.

Figure 43 : Financement de la migration des migrants de retour

Source : Calculs de l’auteur

Ainsi, 23 % des migrants de retour ont aidé des membres de leur ménage à émigrer. Leurs
frères et sœurs, pour 42 %, sont les premiers bénéficiaires. Leurs enfants viennent en
deuxième place avec 24 %. Et leurs neveux et nièces occupent la troisième place avec un taux
de 8 %.

160
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 44 : Les membres du ménage ayant bénéficié de l’aide des migrants de retour
pour émigrer

Source : Calculs de l’auteur

En ce qui concerne la nouvelle vie des migrants de retour, 32,17 % ont investi au Burkina
avec leurs revenus tirés de la migration. 72 % d’entre eux ont investi après être rentré
définitivement au pays. 20 % pendant leur migration et seulement 8 % durant les deux
périodes. La moyenne de la somme investie par chaque migrant est égale à 220663 FCFA.
Ces migrants n’ont bénéficié d’aucune aide financière de l’Etat, ou d’ONG, ni de prêts
bancaires pour financer leurs projets d’investissement. Une très modeste partie des migrants
de retour a bénéficié des aides de leurs parents ou amis. Sinon, une grande majorité des
migrants de retour a financé ses projets avec ses propres moyens.

Concernant le secteur d’activité dans lequel les migrants de retour ont investi, celui de
l’agriculture en est le premier bénéficiaire. 71 % des migrants de retour ont investi dans
l’agriculture et l’élevage. Le secteur de l’immobilier est le deuxième secteur bénéficiaire avec
12 %. Les secteurs du commerce et des services viennent en troisième et quatrième place avec
10 % et 5 % respectivement.

161
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 45 : Les secteurs d’activités dans lesquels les migrants de retour ont investi

Source : Calculs de l’auteur

En effet, selon l’enquête, 13,50 % des migrants de retour envisagent d’émigrer de nouveau
dans les 12 prochains mois à cause des activités non rentables au Burkina ou parce que leurs
ressources financières sont insuffisantes.

Section 2 : Résultats et commentaires

Cette section analyse, dans un premier temps, l’impact des transferts de fonds des migrants
burkinabè sur le bien-être et les conditions de vie des ménages bénéficiaires et les compare
aux ménages sans migrants et sans transferts. Dans un second temps, elle analyse l’effet des
transferts de ces migrants sur les dépenses et la pauvreté de leurs familles.

2.1- Comparaison entre les ménages avec et sans transferts en terme de


bien-être

Il s’avère que les ménages sans transferts de fonds ont une vie meilleure et plus
confortable que les ménages avec transferts. D’après le tableau 19, la proportion des ménages
habitant dans un immeuble ou dans une villa est plus élevée au sein des ménages sans
transferts. Cette proportion représente 0,55 % et 17,63 % pour les ménages avec transferts
contre respectivement 0,85 % et 18,88 % pour les ménages sans transferts. Ainsi, la
proportion des ménages habitant dans une case est plus élevée chez les ménages avec
transferts, puisqu’elle représente 9,10 % contre seulement 5,80 % chez les ménages sans
transferts.

162
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Tableau 19 : Types de logement des ménages

Sans transferts Avec transferts


Appartement dans un 0,85 0,55
immeuble
Maison individuelle/villa 18,88 17,63
Case 5,80 9,10
Maison dans une 73,17 71,82
concession
Baraque/pièce sans 1,30 0,90
dépendance

Total 100 100


Note : toutes les valeurs sont en %. L’échantillon comporte 2102 ménages.

La figure 46 indique que le taux de couverture en électricité au sein des ménages de


l’échantillon est très faible, mais relativement élevé chez les ménages sans transferts avec un
taux de 7,08 % contre 6,64 % chez les ménages avec transferts. Quant à l’origine de l’eau
potable (Figure 47), les ménages sans transferts sont relativement mieux fournis que les
ménages avec transferts. La proportion de l’utilisation des robinets intérieurs/extérieurs et des
puits intérieurs/extérieurs est plus élevée chez les ménages sans transferts. Tandis que la
proportion de l’utilisation des rivières et forages publiques est plus élevée chez les ménages
avec transferts.

163
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 46 : Taux de couverture en électricité

Source : Calculs de l’auteur

Figure 47 : Principales origines de l’eau potable

Source : Calculs de l’auteur

La figure 48 montre que les ménages avec transferts dépassent de très peu les ménages
sans transferts dans l’acquisition des terres (agricoles et non agricoles) et des maisons. Ceci
pourrait être dû à l’intérêt porté par les ménages et les migrants d’investir dans le secteur de
l’agriculture et de l’élevage qui représente l’activité la plus répandue surtout dans les zones
rurales, mais aussi dans l’immobilier et le commerce.

164
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Figure 48 : Possession des actifs immobiliers

Source : Calculs de l’auteur

2.2- Analyse de l’impact des transferts des migrants burkinabè sur les
dépenses et la pauvreté des ménages bénéficiaires

Cette sous-section présente l’effet des transferts de fonds des migrants burkinabè sur les
dépenses des individus ayant bénéficiés de ces transferts (2.2-1), ainsi, sur les indicateurs de
pauvreté des personnes récipiendaires (2.2-2).

2.2.1- Analyse des dépenses

Cette étape exclut les ménages ne comptant aucun migrant afin d’évaluer l’impact des
transferts sur les ménages bénéficiaires avant et après la réception de ces transferts. Ce sous-
échantillon se compose de 871 ménages, 49 urbains et 822 ruraux. Le tableau suivant présente
la moyenne des dépenses par tête avec et sans transferts de fonds.

165
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Tableau 20 : Calcul des dépenses par tête

Sans transferts Avec transferts Ecart en pourcentage

Moyenne annuelle des


90562,76 99092,88 +9,42
dépenses par tête

Note : toutes les valeurs sont en FCFA.

D’après le tableau 20, les transferts de fonds accroissent la consommation par tête des
ménages bénéficiaires d’environ 9,42% que s’ils ne recevraient pas ces transferts.

En effet, il serait important de prendre en compte le milieu de résidence comme un critère


d’analyse, du fait que la pauvreté dans le milieu urbain diffère de celle du milieu rural où les
conditions de vie et les revenus ne sont pas les mêmes. La notion de pauvreté varie entre les
deux milieux. Ceci rend nécessaire l’analyse de l’impact des transferts selon le milieu de
résidence.

Tableau 21 : Calcul des dépenses par tête selon le milieu de résidence

Sans transferts Avec transferts Ecart en pourcentage

Moyenne annuelle des 331102,43 342065,34 +3,31


dépenses par tête
(urbain)

Moyenne annuelle des 76224,02 84609,12 +11


dépenses par tête
(rural)

Note : toutes les valeurs sont en FCFA.

Le tableau 21 présente les résultats de calcul des dépenses par tête selon le milieu de
résidence. Les résultats indiquent que l’effet des transferts de fonds est plus important dans le
milieu rural. Les transferts impliquent en moyenne une augmentation de 11 % des dépenses
par tête dans le milieu rural et de 3,31 % dans le milieu urbain. L’impact important des
transferts dans le milieu rural peut être expliqué par le nombre de migrants qui est plus
important que dans le milieu urbain. Bien que le niveau de vie et le bien-être soit moins bon
dans les zones rurales, et sachant que les frais de migration représentent un obstacle pour une

166
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

personne souhaitant émigrer, le nombre de migrants y est plus important. Cela pourrait être dû
aux réseaux des migrants qui contribuent à abaisser les frais de migration et à aider les
nouveaux migrants à trouver un travail dans leur lieu de destination afin de permettre aux
individus pauvres d’émigrer.

Tableau 22 : Calcul des dépenses par tête par niveau de revenu

Sans transferts Avec des transferts Ecart en pourcentage

Moyenne annuelle des 90562,76 99092,88 +9,42


dépenses par tête

Moyenne annuelle des 33799 44200 +20,11


dépenses par tête (1er
quartile)

Moyenne annuelle des 61471 68326 +11,15


dépenses par tête
(2ème quartile)

Moyenne annuelle des 97250 103382 +6,31


dépenses par tête
(3ème quartile)

Moyenne annuelle des 2602500 2603333 +0,03


dépenses par tête
(4ème quartile)

Note : toutes les valeurs sont en FCFA.

D’après le tableau 22, l’impact des transferts de migrants baisse avec le niveau de revenu.
Ce qui renforce l’hypothèse que l’ancienneté de la migration a contribué à réduire les coûts de
la migration, et a donc permis aux ménages pauvres de bénéficier davantage de cette situation
et d’envoyer un de leurs membres à l’étranger. Le premier quartile affiche un impact
important des transferts de fonds sur la consommation par tête des ménages les plus pauvres
avec un effet de 20,11 % suivi du deuxième quartile avec un effet de 11,15 %. Ces transferts
permettent aux ménages de ces deux premières classes d’améliorer leur consommation et de
garantir les besoins de base. En outre, le quatrième quartile regroupant les ménages les plus
riches affiche un effet presque nul de 0,03 %. Cela pourrait être dû au nombre de migrants
issus de cette classe qui reste faible par rapport aux autres quartiles.

167
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

2.2.2- Analyse des indicateurs de pauvreté

L’incidence de la pauvreté représente la mesure la plus basique de la pauvreté. Elle


correspond au pourcentage de la population dont le niveau de vie est en dessous du seuil de
pauvreté. L’indice (H) utilisé pour calculer l’incidence de la pauvreté est égal au rapport du
nombre de personnes pauvres (q) à la taille de la population (n).

H=

La limite de cet indicateur est qu’il ne dit rien sur la profondeur de la pauvreté. En effet, il
ne permet pas de savoir si les personnes pauvres ont des revenus très faibles ou juste
inférieurs au seuil, ce qui rend l’analyse de la profondeur de la pauvreté nécessaire. L’indice
de la profondeur de la pauvreté qui mesure l’écart entre le seuil de pauvreté et les dépenses
des personnes se situant au-dessous de ce seuil est représenté par l’indice (P). Cet indice est
celui proposé par Foster, Greer et Thorbecke (1984). Il s’écrit comme suit :

P= =H×

Le n est le nombre d’individus dans la population, le q est le nombre de pauvres, Yp est le


revenu médian des pauvres, le z est le seuil de pauvreté. Le seuil de pauvreté correspond à
60 % du revenu médian de la population. La limite de cet indice est qu’il ne prend pas en
compte la distribution des revenus à la suite d’un transfert d’argent d’une personne située
juste en dessous du seuil de pauvreté à une personne très pauvre. Toutefois, l’indice de la
sévérité de la pauvreté prend en compte la distribution des revenus parmi les pauvres et donne
plus de poids aux personnes très pauvres. Il mesure le degré d’inégalité des revenus. L’indice
de la sévérité de la pauvreté est celui de la profondeur de la pauvreté au carré. Il s’écrit
comme suit :

= =H×

L’étape suivante consiste à appliquer ces indices aux données du sous-échantillon


regroupant les ménages bénéficiaires des transferts de fonds.

168
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Tableau 23 : Effets des transferts de fonds sur les indicateurs de pauvreté

Sans transferts Avec transferts Ecart en pourcentage

Incidence de la pauvreté 24,45 22,38 -8,67

Profondeur de la pauvreté 8,80 6,66 -24,31

Sévérité de la pauvreté 3,15 1,98 -37,14

Note : toutes les valeurs sont en pourcentage.

À la lecture du tableau 23, l’incidence de la pauvreté a baissé de 8,67 % après la réception


des transferts de fonds, ce qui veut dire que la population pauvre a baissé de 8,67 %. Quant à
la profondeur de la pauvreté, elle a baissé de 24,31 %. Cela veut dire que les transferts des
migrants ont contribué à réduire l’écart entre le seuil de pauvreté et les personnes vivant en
dessous de ce seuil de 24,31 %. Concernant la sévérité de la pauvreté, l’effet est plus
important. Les transferts ont entraîné une baisse de cet indicateur de 37,14 %, ce qui explique
que les transferts ont réduit l’écart entre les personnes pauvres et les non pauvres. Par ailleurs,
comme le nombre de migrants est considérable dans le milieu rural, il serait important
d’analyser l’impact des transferts sur la pauvreté par milieu de résidence afin de voir si les
résultats sont différents.

Tableau 24 : Effets des transferts de fonds sur les indicateurs de pauvreté par milieu de
résidence

Incidence Profondeur Sévérité

Sans Avec Ecart Sans Avec Ecart Sans Avec Ecart


transferts transferts transferts transferts transferts transferts

National 24,56 22,38 -8,67 8,80 6,66 -24,31 3,15 1,98 -37,14

Urbain 32,65 30,61 -6,25 10,55 9,52 -9,76 3,41 2,96 -13,20

Rural 25,30 22,38 -11,54 9,48 6,37 -32,80 3,55 1,81 -49,01

Note : toutes les valeurs sont en pourcentage.

En effet, l’impact des transferts de fonds sur les indicateurs de pauvreté paraît positif dans
le milieu urbain et rural. Toutefois, cet impact est plus important dans le milieu rural où
l’incidence de la pauvreté affiche un effet positif impact de 11,54 %. La profondeur de la
pauvreté a connu une baisse remarquable avec un effet de 32,80 %. Enfin, l’indicateur de la

169
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

sévérité de la pauvreté a énormément baissé après la réception des transferts de fonds. Il


affiche un effet de 49,01 %. De ce fait, les transferts de fonds des migrants burkinabè
contribuent à réduire l’écart entre les individus pauvres et les individus très pauvres en
permettant à ces derniers d’améliorer leurs conditions de vie tout en restant pauvres, plus qu’à
réduire le taux de pauvreté en permettant aux ménages pauvres de sortir de la pauvreté. Cela
pourrait être expliqué par le niveau de pauvreté élevé chez les familles avant de recevoir les
transferts de fonds.

170
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

Conclusion

Le but de cette partie a été d’une part d’exposer les travaux empiriques les plus marqués
examinant la question des transferts de fonds des migrants, leur impact sur la croissance
économique et la réduction de la pauvreté dans les pays d’origine des migrants, d’autre part
de réaliser une étude empirique analysant la question des transferts de fonds, leurs utilisations
et leurs répercussions sur le bien-être et la consommation des ménages bénéficiaires, et aussi,
sur la pauvreté et l’inégalité des revenus.

En effet, les résultats des études empiriques analysant l’impact des transferts de migrants
sur la croissance des économies d’origine sont multiples. Il y a des études qui concluent que
les transferts ont un impact positif sur la croissance, notamment sur la croissance et la stabilité
du PIB, l’accroissement de l’épargne et l’investissement dans le capital humain. D’autres
études trouvent un effet positif, mais sans pouvoir en identifier le mécanisme, d’autres
constatent qu’ils ont des conséquences négatives, et d’autres révèlent qu’ils ont des incidences
positives à condition que d’autres facteurs soient réunis.

Par ailleurs, les travaux analysant l’effet des transferts de fonds sur la pauvreté montrent
que les transferts réduisent la pauvreté mais que l’effet est plus important sur l’intensité que
sur l’incidence. De ce fait, les transferts de fonds améliorent la situation des plus pauvres sans
en atténuer le nombre, ou bien atténuent la sévérité de la pauvreté sans permettre aux ménages
de sortir de la pauvreté. Quant à l’impact des transferts sur l’inégalité de revenu, l’effet est
mitigé. Certains travaux révèlent qu’ils ont un effet égalitaire, et d’autres trouvent le contraire.
Cela pourrait s’expliquer par l’état de l’inégalité initiale qui diffère d’un pays à l’autre, et
d’une région à l’autre, et également par la nature des modèles économétriques utilisées dans le
travail empirique (statiques ou dynamiques). Lorsque les inégalités initiales de revenu dans le
pays d’origine des migrants sont faibles, les transferts de fonds contribuent à réduire ces
inégalités, tandis que lorsque les inégalités initiales sont importantes, les transferts de fonds
accroissent ces inégalités.
171
PARTIE II : IMPACT DES TRANSFERTS DE FONDS

En ce qui concerne les résultats de l’étude empirique sur les migrants burkinabè, les
ménages sans transferts ont des conditions de vie meilleures que les ménages avec transferts
en matière de conditions de logement, d’équipement en l’électricité et eau potable dans les
maisons. Cela montre que les ménages les plus démunis profitent davantage du processus de
la migration et des transferts envoyés par leurs migrants. En outre, les transferts de fonds
contribuent à accroître les dépenses par tête des ménages bénéficiaires. L’effet est plus
important chez les ménages issus des régions rurales, et aussi chez les ménages pauvres qui
font partie du premier et du deuxième quartiles. Quant à l’impact des transferts sur la pauvreté
et les inégalités, les résultats du travail révèlent qu’ils ont des effets positifs sur l’incidence, la
profondeur et la sévérité de la pauvreté. Cependant, les transferts réduisent la sévérité plus
que l’incidence de la pauvreté, ils permettent aux ménages bénéficiaires d’améliorer leurs
conditions de vie et de devenir moins pauvres qu’auparavant, tout en restant en dessous du
seuil de pauvreté.

De ce fait, la migration joue un rôle important dans l’atténuation de la pauvreté, surtout


dans les milieux ruraux dont les activités économiques et les programmes de développement
durable sont presque inexistants. Les transferts effectués par les migrants vers leurs familles
d’origine constituent un revenu additionnel qui leur permet de satisfaire leurs besoins
nécessaires comme l’éducation, santé, nourriture, maison, etc. mais aussi d’investir une part
de ces fonds dans l’agriculture, business, activités économiques, etc. et de ne pas dépendre
des transferts des migrants. Ainsi, les activités productives créées par les transferts de fonds
pourraient contribuer à la croissance économique comme cela a été expliqué dans le
chapitre 1.

Enfin, cette approche ne tient pas compte des démarches méthodologiques - comme
présenté dans le chapitre 1 - qui recourent à l’estimation de revenu contrefactuel du ménage
avec migrant, dans le cas où ce ménage n’aurait pas de migrants, afin d’évaluer la pauvreté de
ce ménage s’il ne recevait pas des fonds. Ou bien les approches qui se basent sur le calcul des
probabilités d’être dans la pauvreté pour les ménages avec migrants et les ménages sans
migrants, afin de déterminer la probabilité d’être dans la pauvreté que le ménage aurait eu
sans transferts.

172
Conclusion générale

La particularité des transferts de fonds au regard des autres types de transferts est qu’ils
reposent sur l’existence des relations familiales et leurs transactions financières entre eux. Du
fait de cette particularité, l’impact macroéconomique des transferts de fonds passe
nécessairement par des canaux de transmission microéconomiques.

Dans un premier temps (partie 1), nous avons examiné l’incidence des transferts sur la
croissance dans le chapitre 1. Cette question ou relation emprunte une démarche
macroéconomique. Elle permet ainsi de manière indirecte de traiter aussi de l’incidence des
transferts sur la pauvreté. Cela nous a conduits à une revue de la littérature qui aboutit à
mettre en lumière des conclusions tranchées : les transferts de fonds effectués par les migrants
vers leurs familles d’origine sont des transferts privés que les ménages bénéficiaires peuvent
affecter à différentes catégories de dépenses. Ainsi, les flux des transferts privés ne se
substituent pas aux flux de l’aide publique au développement (APD) ou de l’investissement
direct étranger (IDE), mais ils peuvent les accomplir (Ralph Chami, 2008). Selon (Taylor,
2001) les transferts privés sont considérés comme un apport considérable de devises
étrangères. Concernant les pays bénéficiaires, ils peuvent devenir solvables et accéder aux
marchés des capitaux internationaux, et ils peuvent également alléger ou assouplir leurs
crédits.

Quant à leur impact sur la croissance économique, il y a des chercheurs qui trouvent que
les transferts de fonds ont un effet positif. Ils réduisent le taux de chômage, la volatilité des
revenus, les chocs macroéconomiques, le déficit de la balance des paiements, et contribuent à
l’accroissement de l’investissement et à la demande de produits locaux. Ils améliorent
également les conditions de vie et de l’éducation (Chami, Fullenkamp, Jahjah, 2005, Giuliano
et Ruiz Arranz 2003, Adams 2003, Mvogo 2013). D’autres chercheurs défendent l’idée que les
transferts ont un effet négatif. Ils affaiblissent notamment la compétitivité des pays d’origine

173
aggravent le déficit extérieur. Ils réduisent également l’offre de travail et le phénomène de
l’aléa moral prend place (Abdih, Barajas et al. 2012, Faini 2007, Nicole et Medenou 2010,
Burki et Mordasini 2009). Ainsi, il y a d’autres chercheurs qui soutiennent l’idée de l’impact
positif conditionnel des transferts, et que leur impact dépend de leur utilisation, du
développement du secteur financier, de la bonne gouvernance de l’Etat et de l’environnement
économique des pays d’origine des migrants (Ould Aoudia (2007, Ahoure (2008, Mata 2010).

Ensuite, nous avons examiné l’incidence des transferts de fonds sur la réduction de la
pauvreté dans le chapitre 2. Cette question peut être traitée de manière plus directe d’un point
de vue microéconomique. Cela nous a également conduits à une revue de la littérature qui
aboutit à mettre en lumière que les transferts de fonds ont un impact positif sur la réduction de
la pauvreté et l’amélioration du bien-être (Bouklia-Hassane 2010, Ben Mim et Mabrouk 2012,
Taylor 2001, Bahani et Hanchane 2013). Cependant, l’impact des transferts sur l’inégalité des
revenus est mitigé. Les transferts peuvent diminuer l’inégalité comme ils peuvent les aggraver
(Taylor 2001). Pour que la réduction de la pauvreté s’accompagne d’une diminution de
l’inégalité des revenus, il faut que la migration soit accessible aux ménages pauvres, et qu’une
partie importante des migrants soit issue des ménages pauvres. Ainsi, les transferts de fonds
reviennent en grande partie à ces ménages.

Dans un second temps (partie 2), nous avons présenté des travaux empiriques, leurs
méthodologies et leurs résultats étudiant la question de l’impact des transferts de fonds sur la
croissance économique et sur la réduction de la pauvreté dans le chapitre 1. En effet, les
résultats des travaux sur la croissance économique indiquent que les transferts des migrants
contribuent à la croissance du PIB par plusieurs canaux comme l’investissement, la
consommation le capital physique et humain et le secteur du tourisme (Banque Mondiale
2006, Faini 2007, Mvogo et Ouedraogo 2013, Lerch et Wanner 2006, Nicole 2010, Ben Mim
et Mabrouk 2011) et à la réduction de sa volatilité (Banque Mondiale 2006 et FMI 2005). Ils
contribuent également au développement du secteur bancaire et financier qui favorise la
croissance économique, ils accroissent l’épargne dans les banques et influencent positivement
le ratio de crédit (Ralph Chami, 2008). De plus, ils influencent positivement la croissance par
le canal du capital humain (Schiff 2007, Ben Mim et Mabrouk 2011, Miftah et Bouoiyour
2013).

Quant aux résultats des travaux sur la réduction de la pauvreté, la majorité des chercheurs
qui ont étudié cette question ont conclu que les transferts sont considérés comme une source

174
CONCLUSION GÉNÉRALE

de revenu supplémentaire, et ils contribuent à l’atténuation de la pauvreté à travers


l’amélioration du bien-être social, des conditions de vie et l’accès à l’éducation. Ils donnent
également la possibilité de se soigner et de consolider les besoins alimentaires. Mais l’effet
est plus important sur l’intensité que sur l’incidence, c’est-à-dire que les transferts de fonds
améliorent la situation des plus pauvres sans en atténuer le nombre, ou bien atténuent la
sévérité de la pauvreté sans permettre aux ménages de sortir de la pauvreté (Taylor 2001,
López-Videla et Emilio 2014, Adams et John Page 2013, Richard C. Jones 1988, Gupta et al.
2007, Bahani et Hanchane 2013). Cependant, il y a des chercheurs qui ont conclu que les
transferts réduisent la pauvreté mais en même temps aggravent les inégalités des revenus au
sein des ménages, car les coûts liés à la migration sont élevés et les ménages issus des
familles pauvres ne peuvent pas se permettre de payer ces coûts. En revanche, les ménages
issus de la classe moyenne sont les plus bénéficiaires de la migration (Bouoiyour et Miftah
2013, Adams 1991, Rodriguez 1998, Miotti et al. 2013). D’autres chercheurs ont conclu que
les transferts ont des répercussions positives sur la pauvreté et l’inégalité (J. Edward Taylor,
J. Mora, Richard Adams et A. Lopez-Feldman 2005, Bahani et Hanchane 2013). En effet,
certains (Oded Stark, J. Edward Taylor et Shlomo Yitzhaki 1986) ont démontré que les
transferts de fonds favorisent l’égalité des revenus à travers l’accroissement du nombre de
migrants qui se fait par le développement des réseaux des migrants, ces réseaux servent à
abaisser les coûts de la migration et de la rendre accessible aux ménages les plus démunis. De
plus, l’impact des transferts dépend du degré d’inégalité initial, des caractéristiques du pays
étudié et de la méthode d’analyse choisie (Bahani et Hanchane 2013).

Les conclusions issues de ce chapitre nous ont conduits à proposer un travail empirique
dans le cadre du chapitre 2. Ainsi, exploitant l’accès aux données d’enquêtes « Improving our
understanding of migration and remittances in Sub-Saharan Africa » issues d’un projet initié
par la Banque Mondiale, nous nous sommes intéressés plus précisément au cas du Burkina
Faso. L’exploitation des données individuelles issue de l’enquête (Enquête Ménage sur la
Migration et les Transferts de Fonds) pour l’année 2010 a permis notamment d’obtenir un
certain nombre de résultats. Dans un premier lieu, les transferts effectués par les migrants vers
leurs familles d’origine constituent un revenu additionnel qui leur permet de satisfaire leurs
besoins nécessaires. De plus la monnaie en devise résultant de la migration internationale
permet aux ménages bénéficiaires d’investir une part de ces fonds dans l’agriculture, business
et activités productives. Dans un second lieu, la migration joue un rôle très important dans
l’atténuation de la pauvreté et l’inégalité des revenus. Toutefois, l’effet sur l’incidence de la

175
CONCLUSION GÉNÉRALE

pauvreté est moins important que celui de la profondeur et de la sévérité de la pauvreté. Ce


qui veut dire que l’impact des transferts de fonds des migrants burkinabè tend beaucoup
moins à réduire le taux de pauvreté qu’à améliorer les conditions de vie des ménages les plus
démunis. Cependant, ces derniers deviennent moins pauvres tout en restant en-dessous du
seuil de pauvreté.

Enfin, nous suggérons quelques recommandations afin d’encourager les migrants à


emprunter les circuits officiels pour transférer de l’argent à leur pays d’origine, et d’optimiser
leur impact sur le développement.

- Développer le secteur financier, ouvrir des agences de banques dans les villes
d’origine des migrants et dans les zones rurales, proposer aux migrants la possibilité
d’épargne ou prêt immobilier ou l’accompagnement dans le lancement d’un business.
- Améliorer la concurrence des institutions financières et favoriser les banques
plus que les sociétés de transferts d’argent qui ne proposent aucun service financier à
part le retrait d’argent liquide.
- Adopter une politique saine par les gouvernements des pays d’origine des
migrants et maintenir un environnement macroéconomique stable.
- Encourager le financement collectif des diasporas en mettant en place des
subventions aux transferts de fonds par les gouvernements des pays d’origine des
migrants, mettre de l’argent en commun pour des investissements sociaux comme le
programme établi au Mexique « Tres por Uno » (« Trois pour Un ») dans l’État de
Zacatecas dont le gouvernement rajoute trois pesos pour chaque peso envoyé par un
immigré, à condition qu’ils soient engagés dans des investissements sociaux et
d’infrastructure (la construction d’écoles et de dispensaires, l’adduction d’eau,
l’assainissement et la fourniture en électricité, etc.).
- Développer le secteur des télécommunications, ainsi que le secteur bancaire
mobile « m-banking » afin de permettre aux familles résidentes dans des régions
rurales ou éloignées de bénéficier de ce service, les coûts des transferts sont moins
coûteux, ne nécessitant pas de points physiques. Et ainsi, canaliser cette épargne vers
des utilisations productives.
- Encourager la bi-bancarisation par les gouvernements des pays d’origine et
d’accueil : ouverture d’un « compte miroir » ou à distance à partir du pays de
résidence des migrants dans le pays d’origine et proposer des crédits, des prêts
immobiliers et d’épargne.
176
CONCLUSION GÉNÉRALE

En effet, les résultats obtenus dans ce travail de recherche ne sont pas une fin en soi. La
comparaison que nous avons réalisée entre les ménages bénéficiaires des transferts de fonds et
les ménages qui n’en reçoivent pas peut souffrir d’un biais de sélection. Afin d’évaluer la
pauvreté de ces ménages, cette comparaison ne tient pas compte de l’estimation du revenu
contrefactuel des ménages avec migrants, si ces derniers n’ont ni émigrer ni transférer de
l’argent. Nos futures recherches pourront se porter sur cette dernière analyse.

177
Table des matières

Introduction générale 6

Partie I Revue de la littérature sur l’impact des transferts de fonds 15

Introduction………………………………………………………………………………….. 15

Chapitre 1 Transferts de fonds et croissance économique…………………………………. 16

Section 1 Analyse théorique des transferts fonds………………………………………….. 16

1.1- Les transferts de fonds d’un point de vue macroéconomique………………………… 16


1.1.1- Les caractéristiques des transferts de fonds…………………………………… 16
1.1.2- La différence entre les flux des transferts de fonds et les autres flux financiers
internationaux………………………………………………………………….. 17
1.1.3- La comptabilisation des transferts de fonds…………………………………… 17
1.1.4- Les types de transferts de fonds……………………………………………….. 19
A- Transferts des actif accumulés………………………………………………. 19
B- Reclassement des actifs……………………………………………………… 20
1.1.5- L’importance des transferts de fonds………………………………………….. 20
A- Comparaison entre les transferts de fonds et les autres flux (évolution-
stabilité)……………………………………………………………………… 20
B- Existe-t-il une corrélation entre les transferts de fonds et les autres flux ?...... 32
1.2- Déterminants et motivations des transferts de fonds………………………………….. 33
1.2.1- Les déterminants des transferts de fonds………………………………………. 34
A- Caractéristiques des migrants………………………………………………... 34
B- Caractéristiques des ménages bénéficiaires………………………………….. 35
- Caractéristiques démographiques du ménage……………………………….. 35
- Caractéristiques économiques du ménage…………………………………... 36

178
TABLE DES MATIÈRES

- Propriété terrienne du ménage………………………………………………. 37

C- Caractéristiques des communautés et positionnement des ménages par rapport


à celles-ci…………………………………………………………………….. 37
- Facteurs déterminant la réception des transferts de fonds…………………... 38
- Facteurs influençant le montant des transferts de fonds…………………….. 40
1.2.2- Les motivations des transferts de fonds……………………………………….. 43
A- Altruisme pur……………………………………………………………….... 43
B- Simple intérêt personnel……………………………………………………... 44
C- Arrangements familiaux tacites : co-assurance et prêts…………………….... 44
D- Objectif d’épargne du migrant……………………………………………….. 46
E- Décisions de gestion de portefeuille…………………………………………. 47
Section 2 Utilisations et effets des transferts de fonds……………………………………... 50

2.1- Utilisations des transferts de fonds……………………………………………………. 50


2.2- Effets et répercussions des transferts de fonds sur la croissance économique des pays
d’origine……………………………………………………………………………….. 60
2.2.1- Effets positifs…………………………………………………………………... 60
2.2.2- Effets Négatifs…………………………………………………………………. 68
2.2.3- Effets positifs conditionnels…………………………………………………… 72
Chapitre 2 Transferts de fonds et pauvreté………………………………………………… 75

Section 1 Analyse théorique de la migration et des transferts de fonds…………………… 75

1.1- Généralités…………………………………………………………………………….. 75
1.1.1- Migration………………………………………………………………………. 75
1.1.2- Pauvreté………………………………………………………………………... 79
1.1.3- Les types de transferts de fonds……………………………………………….. 82
1.2- Nouvelles procédures associées aux transferts de fonds et à la migration……………. 87
1.2.1- Réduction des coûts des transferts de fonds…………………………………… 87
1.2.2- Réduction des coûts de la migration…………………………………………... 89
A- Les frais de visa……………………………………………………………… 89
B- Les frais de recrutement des travailleurs temporaires peu qualifiés…………. 90
Section 2 Migration et transferts de fonds : Conséquences et répercussions en termes
d’inégalité et de pauvreté……………………………………………………………………. 92

179
TABLE DES MATIÈRES

2.1- Impact de la migration sur les pays d’origine et d’accueil……………………………. 92


2.1.1- Une vision optimiste…………………………………………………………… 92
2.1.2- Une vision pessimiste………………………………………………………….. 95
2.2- Impact des transferts de fonds sur les pays d’origine…………………………………. 97
Conclusion…………………………………………………………………………………..
102

Partie II Impact des transferts de fonds 104

Introduction………………………………………………………………………………… 104

Chapitre 1 Résultats des travaux empiriques étudiant l’impact des transferts de fonds….. 105

Section 1 Impact des transferts de fonds sur la croissance économique………………….. 105

1.1- Les transferts de fonds et la croissance du PIB……………………………...………. 105


1.2- Les transferts de fonds et la volatilité du PIB………………………………………... 113
1.3- Les transferts de fonds et l’épargne………………………………………………….. 114
1.4- Les transferts de fonds et le capital humain…………………………………....…… 115

Section 2 Impact des transferts de fonds sur la réduction de la pauvreté et de l’inégalité de


revenus…………………………………………………………...…………………............ 118

2.1- Impact des transferts sur la pauvreté............................................................................ 119


2.2- Impact des transferts sur l’inégalité de revenus............................................................ 123
2.3- Impact des transferts sur la pauvreté et l’inégalité de revenus..................................... 128
Chapitre 2 Étude empirique................................................................................................. 135

Section 1 Données de l’étude............................................................................................... 135

1.1- Caractéristiques démographiques, conditions de vie et dépenses des ménages de


l’échantillon.................................................................................................................. 137
1.1.1- Caractéristiques démographiques...................................................................... 137
1.1.2- Conditions de logement..................................................................................... 139
1.1.3- Actifs, dépenses et utilisation des services financiers....................................... 141
1.2- Migration et transferts de fonds.................................................................................... 142
1.2.1- Informations sur les migrants............................................................................ 142
1.2.2- Transferts de fonds et leur utilisation par les familles bénéficiaires................. 148
1.2.3- Migrants de retour, nouvelle vie des migrants.................................................. 155

180
TABLE DES MATIÈRES

Section 2 Résultats et commentaires.................................................................................... 162

2.1- Comparaison entre les ménages avec et sans transferts en terme de bien-être............. 162
2.2- Analyse de l’impact des transferts des migrants burkinabè sur les dépenses et la
pauvreté des ménages bénéficiaires.............................................................................. 165
2.2.1- Analyse des dépenses........................................................................................ 165
2.2.2- Analyse des indicateurs de pauvreté................................................................. 168
Conclusion............................................................................................................................. 171

Conclusion générale 173

Tables des matières 178

Annexe 187

Bibliographie 212

181
Table des figures

1- Transferts de fonds et autres flux des pays en développement.................................... 21


2- Volatilité des flux des pays en développement............................................................ 22
3- Les dix plus grands bénéficiaires de transferts de fonds en valeur absolue, 2008....... 23
4- Les dix plus grands bénéficiaires de transferts de fonds en pourcentage de PIB,
2007.............................................................................................................................. 24
5- Principaux modes de financement extérieur des pays bénéficiaires de transferts de
fonds par régions 2001-2006 (en % du PIB)................................................................ 27
6- L’évolution des transferts de fonds et les autres flux de la balance des paiements –
Maroc 2003 – 2008...................................................................................................... 28
7- L’évolution des transferts de fonds et les autres flux de la balance des paiements –
Algérie 2003 – 2008..................................................................................................... 28
8- L’évolution des transferts de fonds et les autres flux de la balance des paiements –
Tunisie 2003 – 2008..................................................................................................... 29
9- L’évolution des transferts de fonds des pays du Maghreb central 2000 – 2008.......... 30
10- L’accroissement des flux des transferts de fonds ; tendances et perspectives............. 30
11- Les transferts de fonds dépassent les réserves de change dans plusieurs pays (%)..... 31
12- Revenu et migration..................................................................................................... 79
13- Les différents indicateurs de la pauvreté...................................................................... 80
14- Le coût moyen d’un transfert de 200 $........................................................................ 87
15- Les coûts des transferts de fonds semblent être élevés dans plusieurs régions............ 88
16- Comparaison des coûts de transferts entre l’Afrique et l’Inde..................................... 89
17- Volatilité de la production - ratio des transferts de fonds.......................................... 114
18- Les économies dépendantes des transferts de fonds et la politique budgétaire......... 115
19- Répartition géographique des ménages...................................................................... 137
20- Niveau d’instruction des membres du ménage.......................................................... 138
21- Situation d’emploi des membres du ménage .............................................................138

182
TABLE DES FIGURES

22- Type de logement du ménage.................................................................................... 139


23- Principal matériau utilisé dans la construction de maisons........................................ 140
24- Principale source d’eau potable du ménage............................................................... 140
25- Lien entre le migrant et le chef de ménage................................................................ 143
26- L’état matrimonial actuel des migrants...................................................................... 143
27- Lieu de résidence actuel des migrants........................................................................ 144
28- Niveau d’instruction des migrants avant de quitter le ménage.................................. 145
29- Niveau d’instruction des migrants par milieu de résidence....................................... 146
30- Financement de la migration des anciens membres du ménage................................ 147
31- Comment les migrants transfèrent l’argent à leur ménage ?...................................... 148
32- Comment les migrants transfèrent l’argent par milieu de résidence.......................... 149
33- Moyenne des transferts financiers et non financiers.................................................. 150
34- Principal bénéficiaire des transferts financiers et non financiers............................... 150
35- Utilisation des transferts de fonds.............................................................................. 152
36- Les raisons de la migration des anciens migrants de retour....................................... 155
37- Motifs du choix du pays de destination pour les migrants de retour......................... 156
38- Niveau d’instruction avant de quitter le ménage pour les migrants de retour........... 156
39- Les raisons de retour au pays des anciens migrants................................................... 157
40- Les modes de transferts les plus fréquents chez les migrants de retour..................... 158
41- Utilisation des transferts de fonds des migrants de retour par les ménages
bénéficiaires............................................................................................................... 159
42- Biens envoyés ou rapportés par les migrants de retour lors de leur dernière
migration.................................................................................................................... 159
43- Financement de la migration des migrants de retour................................................. 160
44- Les membres du ménage ayant bénéficié de l’aide des migrants de retour pour
émigrer....................................................................................................................... 161
45- Les secteurs d’activités dans lesquels les migrants de retour ont investi................... 162
46- Taux de couverture en électricité............................................................................... 164
47- Principales origines de l’eau potable......................................................................... 164
48- Possession des actifs immobiliers.............................................................................. 165

183
Liste des tableaux

1- Transferts de fonds et autres flux des pays en développement (En milliards de


dollars)......................................................................................................................... 21
2- Trente premiers pays bénéficiaires des transferts de fonds les plus élevés en
pourcentage du PIB, 2002............................................................................................ 25
3- Trente premiers pays bénéficiaires des transferts de fonds les plus élevés en valeur
absolue, 2002 (En millions de dollars)......................................................................... 26
4- Corrélations entre les transferts de fonds et les autres flux.......................................... 32
5- Frais des transferts de fonds......................................................................................... 85
6- Frais de visa d’affaires................................................................................................. 90
7- Exemples des coûts de recrutement............................................................................. 91
8- Type d’actifs du ménage............................................................................................ 141
9- Dépenses en Francs CFA........................................................................................... 142
10- Principale raison de migration................................................................................... 144
11- Situation d’emploi et occupation des migrants avant et après leur migration........... 147
12- Probabilité de recevoir des fonds............................................................................... 151
13- Probabilité de transférer des fonds par les migrants.................................................. 152
14- Utilisation des transferts – Consommation................................................................ 153
15- Utilisation des transferts – Investissement................................................................. 153
16- Les membres de ménage qui ont investi après l’émigration d’un membre de leur
ménage....................................................................................................................... 154
17- Les ménages qui ont construit une habitation à des fins commerciales après
l’émigration d’un de leurs membres.......................................................................... 154
18- Situation d’emploi et occupation des migrants de retour avant leur migration......... 157
19- Types de logement des ménages................................................................................ 163
20- Calcul des dépenses par tête....................................................................................... 166

184
LISTE DES TABLEAUX

21- Calcul des dépenses par tête selon le milieu de résidence......................................... 166
22- Calcul des dépenses par tête par niveau de revenu.................................................... 167
23- Effets des transferts de fonds sur les indicateurs de pauvreté.................................... 169
24- Effets des transferts de fonds sur les indicateurs de pauvreté par milieu de
résidence..................................................................................................................... 169

185
ANNEXES

186
ANNEXES

Annexe 1 : Questionnaire d’enquête auprès des ménages burkinabè

187
ANNEXES

188
ANNEXES

189
ANNEXES

190
ANNEXES

191
ANNEXES

192
ANNEXES

193
ANNEXES

194
ANNEXES

195
ANNEXES

196
ANNEXES

197
ANNEXES

198
ANNEXES

199
ANNEXES

200
ANNEXES

201
ANNEXES

202
ANNEXES

203
ANNEXES

204
ANNEXES

205
ANNEXES

206
ANNEXES

207
ANNEXES

208
ANNEXES

209
ANNEXES

210
ANNEXES

Annexe 2 : Enquête Ménage sur la Migration et les Transferts de


Fonds au Burkina Faso

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https://microdata.worldbank.org/index.php/catalog/95/related-materials

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[71] Working for a World Free Poverty, The World Bank


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218
Résumé :

Ce travail de recherche contribue à la compréhension du phénomène de la migration et des


transferts de fonds des migrants, et de leur impact sur les pays d’origine en termes de
croissance économique et réduction de la pauvreté. En premier lieu, cette thèse présente une
revue de la littérature sur les transferts de fonds, leur importance, leur utilisation, et leur
répercussion sur la croissance des économies d’origine. Ensuite, elle s’intéresse à la
migration, les différents modes de transferts de fonds et leurs coûts, mais aussi à l’impact de
ces transferts sur la pauvreté et l’inégalité de revenus au sein des ménages. Analysant cette
question, en second lieu, cette thèse met en lumière les résultats des travaux les plus
marquants, puis elle présente une étude empirique examinant les transferts des migrants
burkinabè, leur utilisation et leur impact sur la consommation des ménages bénéficiaires, sur
la pauvreté et sur l’inégalité des revenus.

Mots clés : Transferts de fonds ; Croissance économique ; Pauvreté ; Inégalité

Abstract:

This research work contributes to understand the migration phenomenon and the remittances
of the migrants, of their impact on the countries of origin in terms of economic growth and
poverty decrease. First at all, this thesis shows a literature review about remittances, their
importance, their use, and their repercussion on the growth of the economics of origin. Then,
it shows the migration, the different methods of remittances and their costs, but also the
impact of these remittances on poverty and inequality of the incomes within the households.
Analysing this question, in the second place, this thesis shows the results of memorable
works, and then, it shows an empirical study that examines the remittances of the Burkinabian
migrants, their use, and their impact on the consumption of the households who stand to
benefit, on poverty and on inequality of incomes.

Keywords: Remittances; Economic growth; Poverty; Inequality

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