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Mappemonde 6852

L'article présente une étude sur la cartographie des pertes en terre dans le bassin versant de l'oued El Mssine en Tunisie, utilisant la méthode isotopique du Césium 137. Cette recherche met en lumière l'impact de l'érosion hydrique exacerbée par des facteurs climatiques et anthropiques, et propose une évaluation des pertes de sol à l'aide de traceurs isotopiques. Les résultats soulignent la nécessité d'approches méthodologiques pour mieux comprendre et gérer la dégradation des terres dans cette région.

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L'article présente une étude sur la cartographie des pertes en terre dans le bassin versant de l'oued El Mssine en Tunisie, utilisant la méthode isotopique du Césium 137. Cette recherche met en lumière l'impact de l'érosion hydrique exacerbée par des facteurs climatiques et anthropiques, et propose une évaluation des pertes de sol à l'aide de traceurs isotopiques. Les résultats soulignent la nécessité d'approches méthodologiques pour mieux comprendre et gérer la dégradation des terres dans cette région.

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du


Césium 137 dans le bassin versant de l’oued El Mssine (Tunisie nord-est)

Article · December 2021

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Naima Azaiez
King Khalid University
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Mappemonde
Revue trimestrielle sur l’image géographique et les
formes du territoire
132 | 2021
Varia

Cartographie spatialisée des pertes en terre selon


la méthode isotopique du Césium 137 dans le bassin
versant de l’oued El Mssine (Tunisie nord-est)
Spatialized mapping of soil losses using the Caesium-137 isotope method
in the Wadi El Mssine watershed (Northeast Tunisia)
Espacialización cartográfica de las pérdidas de suelo mediante el análisis
de los isótopos de cesio 137 en la cuenca hidrográfica de El Mssine
(noreste de Túnez)

Naima Azaiez et Ali Hamza

Édition électronique
URL : [Link]
ISSN : 1769-7298

Éditeur
UMR ESPACE

Référence électronique
Naima Azaiez et Ali Hamza, « Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique
du Césium 137 dans le bassin versant de l’oued El Mssine (Tunisie nord-est) », Mappemonde [En ligne],
132 | 2021, mis en ligne le 10 décembre 2021, consulté le 13 décembre 2021. URL : http://
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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 1

Cartographie spatialisée des pertes


en terre selon la méthode
isotopique du Césium 137 dans le
bassin versant de l’oued El Mssine
(Tunisie nord-est)
Spatialized mapping of soil losses using the Caesium-137 isotope method
in the Wadi El Mssine watershed (Northeast Tunisia)
Espacialización cartográfica de las pérdidas de suelo mediante el análisis
de los isótopos de cesio 137 en la cuenca hidrográfica de El Mssine
(noreste de Túnez)

Naima Azaiez et Ali Hamza

Financement du projet de recherche : Les auteurs sont financés par le programme des petits
groupes de recherche sous la direction du Décanat de la Recherche Scientifique de l’Université du
Roi Khalid (King Khalid University) sous le numéro de subvention de recherche (RGP. 1/235/42)
Remerciements : Les auteurs souhaitent exprimer leur gratitude et leur appréciation au Décanat
de la Recherche Scientifique de l'Université du Roi Khalid (King Khalid University) pour le
financement de ce travail.

Introduction
1 Les pays maghrébins sont considérés parmi les pays considérablement touchés par
différentes formes d’érosion hydrique, qui sont à l’origine des pertes énormes en terre
et de l’envasement rapide des retenues collinaires. Cette vulnérabilité, exacerbée sous
un forçage climatique et anthropique, a mobilisé une collaboration entre différents
spécialistes pour lutter contre le problème de l’érosion hydrique, avec ses multiples
facettes, à travers des approches qualitatives et quantitatives. Il existe une panoplie de

Mappemonde, 132 | 2021


Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 2

modèles de quantification des pertes en terre répondant à des spécificités locales


différentes.
2 L’évaluation des pertes en terre à travers le suivi des traceurs isotopiques constitue une
méthode prometteuse pour apporter des éléments de réponse supplémentaires en
matière de dégradation en terre. À l’échelle des pays maghrébins, la quantification des
pertes en terre par la technique du Césium 137, a pris un certain élan au Maroc avec
Moukhchane et al., 1998, Sadiki, 2005 ; Bouhlassa et al., 2000 ; Nouira et al., 2003 et 2007 ;
Al Katmour, 2004 ; Felah, 2010 ; Damnati et al., 2010 et 2012 et Ben Mansour, 2012. Ces
études sont moins nombreuses dans les autres pays, y compris la Tunisie (DGACTA,
2001 ; Ben Slimane, 2013 ; Azaiez, 2016 et 2020).
3 Les statistiques du Fonds International de Développement agricole (FIDA) de 2008
montrent que l’érosion hydrique touche environ 3 millions d’hectares de terres
agricoles en Tunisie (Souadi, 2011). Une simple comparaison entre deux compagnes de
photographies aériennes (1952-2000) fait apparaitre la libération d’un grand potentiel
érosif qui ne cesse de s’aggraver avec les pressions humaines.
4 Sans nier les acquis et la pertinence des approches hydrologiques et climatiques dans
l’étude de l’érosion, la géomorphologie, de son côté, peut contribuer à l’explication de
la dégradation des terres (Hamza, 1988 ; Faleh, 2010 ; Azaiez 2016 et 2020). Ce travail
prend place dans ce cheminement en vue d’établir une réflexion méthodologique visant
à une meilleure stabilisation des versants. L’éclairage géomorphologique prend son
appui sur les résultats d’analyse du Césium 137. Cette approche, très récente, renforce
les méthodes d’évaluation des pertes en terre dont, entre autres les modèles USLE,
RUSLE, MUSLE et la méthode de PAP CAR.
5 Elle a été largement testée dans plusieurs pays et elle a fait l’objet de publications
(McHenry et Bubenzer, 1985 ; Ritchie et al. 1990 ; Wicherek et al., 1993 ; Mabit et al.,
1998 ; Faleh, 2010 ; Ben Mansour et al., 2012). Son efficacité consiste dans la
détermination du taux moyen des pertes en terre, de celui de déposition et de leur
répartition spatiale en établissant une comparaison entre les secteurs stables d’une
part, et les secteurs érodés et les secteurs d’accumulation d’autre part.
6 Une relation de proportionnalité existe entre les secteurs érodés et la diminution de
l’activité en Césium 137. Selon cette règle de proportionnalité, un diagnostic
sédimentaire et une quantification des pertes en terre ont été effectués dans le bassin
versant de l’oued El Mssine. L’avantage de cette approche est qu’elle permet de
déterminer la part de chaque processus dans le bilan global du fait érosif, d’estimer la
part respective de l’érosion en nappe, de ravinement et d’établir une comparaison avec
les pays voisins.
7 Ce fut une occasion pour réfléchir davantage sur le contexte et la tendance générale de
la manifestation érosive dans le domaine méditerranéen, marqué par une perte
spécifique variant de 11,8 t/ha/an à 49,19 t/ha/an dans les pays maghrébins (Azaiez,
2016 et 2020).

Caractéristiques physiques et occupation humaine du


bassin versant El Mssine
8 Le bassin versant El Mssine, affluent de l’oued Nebhana, se situe dans le Nord-Est de la
Tunisie (figure 1). Il draine 4 km2 et occupe une profonde combe monoclinale évidée

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 3

dans les argiles oligocènes sous l’effet de l’enfoncement progressif des cours d’eau. Il
est marqué par la prédominance d’un matorral mixte et dégradé à cause d’un
surpâturage qui s’est exercé aux dépens des anciens écosystèmes forestiers.

Figure 1. Localisation du bassin versant El Mssine

Conditions topographique et lithologique

9 Le bassin versant montre une hypsométrie modeste (481 m), considérée moins
importante que prévu pour amplifier une déstabilisation des versants. Les versants les
plus exposés à l’apparition des signes de dégradation sont ceux ayant des pentes
moyennes, longues et convexes (figure 2).

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 4

Figure 2. La carte des pentes du bassin versant El Mssine

Source : d’après la carte topographique de Zaghouan au 1/50000

10 La géologie est en grande partie formée par des roches dures. Les affleurements tendres
sont moins étendus (32 %), formés par des argiles grises, légèrement gypseuses et à
caractère siliceux et carbonaté, et des marnes gris-verdâtre. L’analyse minéralogique
fait apparaître deux types d’argiles (smectite 79 % et kaolinite 21 %). Les sols limono-
sableux et limono-argileux ayant un spectre argileux de type smectite sont souvent
aptes au gonflement-rétraction et à la suffosion. Le reste du bassin versant est formé de
grès grossier et de grès argileux, avec un sol à texture sablo-argileuse (figure 3).

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 5

Figure 3. Carte géologique du bassin versant de l’oued El Mssine

Source : Carte géologique de jebel Fkirine au 1/50000, Office National des Mines. H. Besbes et al.,
1974

Contexte hydroclimatique

11 Le bassin versant subit les influences climatiques caractéristiques de l’Atlas oriental,


marqué par un climat méditerranéen typique très contrasté, avec une saison chaude
assez longue et une aridité estivale très accentuée. Les flux de retour d’est,
généralement orageux, sont responsables des crues les plus graves enregistrées. La
forte variabilité des précipitations menace la quasi-totalité du bassin versant, compte
tenu de la variation des pluies annuelles qui dépasse 42 %. Les pluies sont non
seulement irrégulières, mais également intenses. Les averses de plus de 20 mm/jour
représentent une proportion importante du total annuel et s’abattent au cours des mois
de septembre et octobre. La dynamique paysagère est déterminée par d’autres facteurs
climatiques, d’importance capitale, notamment l’effet conjugué de la température et du
vent. (Abdelkhalek, 2009 ; El Melki, 2014).
12 Le bassin versant est considéré comme générateur de l’écoulement, compte tenu de sa
forme ramassée et de ses conditions hypsométriques très rigoureuses, malgré la
modestie de ses altitudes (tableau 1). Les calculs obtenus confirment la compétence des
cours d’eau en termes d’arrachement des sédiments, palliant l’incapacité de la méthode
du 137Cs à estimer le taux des sédiments mobilisés par l’écoulement concentré. Sur les
revers gréseux s’installent des cours d’eau en baïonnette, et sur les substratums de
résistance uniforme, le réseau hydrographique est de type dendritique. Le temps de
concentration et le coefficient de torrentialité reflètent la réponse hydrologique rapide
du bassin versant, déterminés par sa forme, sa topographie, sa lithologie et son
occupation du sol (Musy et Higy, 1998 ; Laborde, 2009).

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Tableau 1. Les conditions morphométrique et hydrologique du bassin versant El Mssine

Pente m/ Dénivelée
Rectangle équivalent Tc Ct
km spécifique

S P Longueur Largeur
Kc
(Km2) (Km) (Km) (Km)

4 8,25 1,15 2,56 1,56 189,4 152,3 115 min 163,8

13 S : superficie du bassin versant ; P : périmètre ; Kc indice de compacité ; Tc temps de


concentration (en heures et en minutes) obtenu par la moyenne de deux formules de
Turazza et celle de Giandotti ; Ct ; coefficient de torrentialité selon la formule de
Giandotti Ct = DdXF1, où Dd= densité de drainage et F1 : Fréquence des incisions
élémentaires (nombre des cours d’eau d’ordre 1/superficie du bassin versant).

Un couvert végétal en régression face à une forte charge pastorale

14 « La Tunisie Centrale était dans le passé une zone focale à vocation strictement
pastorale » (Hamza, 1988 ; Le Houérou, 1997). Le bassin versant de l’oued El Mssine n’a
pas connu une grande mise en valeur agricole, faute de son relief peu aéré, de ses
plaines étroites et de ses sols squelettiques très peu évolués. Sur les hauts-versants
prédominent les forêts de thuya de Berbérie, de genévrier oxycèdre et de pin d’Alep,
sur les versants les plus humides. Les moyens-versants sont formés d’un matorral de
faible taux de recouvrement. Les clairières intraforestières et l’élevage extensif, dans
un matorral ouvert, ont causé une difficulté au niveau de la protection du sol (figures 4
et 5). Malgré la régression des parcours sous l’effet du défrichement, le cheptel reste
aussi important, et même plus, que par le passé, aboutissant à un surpâturage et un
affaiblissement du couvert végétal, protecteur des terres et déjà maigre à cause de la
variabilité des pluies. Quant à la charge pastorale, elle varie de 13 têtes/ha pour les
bovins à 36 têtes/ha pour les ovins et les caprins. (OEP, 2012)

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Figure 4. Carte d’occupation du sol

Source : Carte agricole de Zaghouan, 2003

Figure 5. Coupe dans les principales associations végétales dans le bassin versant El Mssine

Source : Carte agricole, 2003 et observation du terrain, 2014

Un bassin versant peu aménagé

15 Seuls 32,5 % des impluviums sont aménagés en cordons de pierres sèches, en


banquettes mécaniques et en rideaux de figuiers de Barbarie. Dans quelques secteurs,
ces ouvrages ont permis d’assurer une stabilisation de certains versants. Mais la
persistance de quelques formes de dégradation, même sur les versants aménagés, exige

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de donner quelques précisions sur le comportement de ces ouvrages, selon un éclairage


géomorphologique, afin de remettre en question les causes de leur échec.

Photo 1. Versants à pente convexe aménagés en banquettes

Prise de vue juin 2015

Méthodologie et outils
16 L’étude s’est appuyée sur une approche cartographique spatialisée basée sur la photo-
interprétation des orthophotos 2000 et sur le suivi du traceur radioactif du Césium 137
présent dans le sol, afin d’envisager une estimation quantitative précise des particules
arrachées des impluviums et déposées dans les zones d’accumulation. Cette méthode, à
la fois descriptive, cartographique, analytique et expérimentale, est basée sur
l’exploitation de données multisources intégrées dans un SIG et sur une approche
géomorphologique visant à l’identification des différentes formes d’érosion et
d’accumulation, des processus morphologiques et de leur évolution spatio-temporelle.
La méthode isotopique a consisté à comparer l’activité du Césium 137 des différentes
carottes prélevées à celles d’un site stable. Les secteurs enrichis en Césium 137 sont les
zones d’accumulation et ceux qui ont connu une diminution de l’activité du Césium 137
sont considérés comme des secteurs érodés.

Partition du bassin versant en secteurs homogènes

17 Il a été nécessaire de faire une homogénéisation des différents secteurs, parfois


considérablement contrastés. Le croisement de couches propres aux facteurs
intrinsèques de la dynamique érosive a permis de faire un prélèvement sélectif des
échantillons, dans la mesure où un échantillonnage exhaustif a été difficile à cause du
coût très élevé des analyses. Il s’agit de faire entrer dans un SIG quatre couches : la
pente, la lithologie, le type d’occupation et l’exposition. Un croisement pondéré de ces
facteurs a été effectué. La pondération est obtenue sur la base de notre connaissance de
ces facteurs sur le terrain, et en s’inspirant des résultats des recherches récentes, mais

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 9

avec suffisamment de souplesse pour mieux s’adapter aux conditions locales du bassin
versant. Le résultat obtenu dans chaque carotte sédimentaire est extrapolé sur
l’ensemble de l’unité homogène. Pour établir une modélisation de bilan sédimentaire, il
a été nécessaire de préciser, sur le terrain, les poches de piégeage de sédiments sur les
lobes des méandres convexes, les ruptures de pente, contre les rideaux de figuier de
Barbarie, les ados des banquettes mécaniques et ceux des cordons en pierres sèches.
Leur repérage s’est effectué en se basant sur des orthophotos (2000) et des images
extraites de Google Earth Pro, qui ont permis d’obtenir un échantillonnage plus
rationnel, loin d’une extrapolation hasardeuse (figure 6).

Figure 6. Les unités homogènes du bassin versant El Mssine

Source : Carte topographique, carte agricole, 2003 et observation de terrain, 2014

18 Deux volets sont traités : un volet diachronique, pour suivre l’évolution historique de la
dynamique géomorphologique, et un volet quantitatif, basé sur la technique du traceur
isotopique Césium 137 afin d’envisager une estimation quantitative plus précise des
sédiments arrachés et de ceux déposés dans les zones d’accumulation.
L’homogénéisation des différents compartiments du bassin versant a produit 17 unités.

Outils et mode de prélèvement

19 17 échantillons ont été retenus en réalisant un carottage au moyen d’un tube de PVC
gradué de 5 cm de diamètre sur une profondeur de 35 cm. Une carotte est prélevée dans
un secteur stable, considéré comme site de référence, et qui présente une surface
presque plane, couverte par un matorral dense, avec un sol évolué, protégé par un
pavage caillouteux ancien associé à des touffes de lentisque très denses, non fréquenté
par les troupeaux du bétail et très peu soumis à l’action de l’homme.

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 10

20 Cette carotte a été analysée d’une manière séquentielle, avec un pas de 7 cm jusqu’à
35 cm, afin d’apprécier la distribution du Césium 137 avec la profondeur. Les autres
carottes ont fait l’objet d’une analyse portant sur l’ensemble de l’échantillon, avec un
prélèvement minutieux représentatif de chaque unité, afin de pouvoir extrapoler les
résultats sur l’ensemble de l’unité. En ce qui concerne les zones d’accumulation, elles
sont minutieusement choisies à cause de leur signification. Elles renseignent sur la
redistribution ultérieure du Césium 137 sous l’effet du ruissellement, après les essais
nucléaires au Sahara, notamment en 1963, et, plus récemment, après les émissions de
l’accident de Tchernobyl. Le choix de la date de 1963 n’est pas arbitraire, dans la
mesure où les deux dates (1963 et 1986) ont donné des retombées nucléaires très
disparates. L’activité en Césium 137 fut considérablement plus importante au cours de
l’année 1963 et, à l’opposé, les apports additionnels de l’accident de Tchernobyl, fin
avril 1986, ont été très infimes, en raison de l’absence de précipitations sur le bassin
versant entre le 11 avril et le 6 mai 1986.

L’activité du Césium 137 et les modèles appliqués dans l’estimation


de la perte en terre

21 Le poids humide initial des échantillons a été relevé, puis le poids sec, après séchage à
l’air puis dans une étuve à 80 °C pendant 48 heures afin d’éliminer l’eau et le reste des
éléments volatils. Chaque échantillon a ensuite été broyé, homogénéisé, puis tamisé
pour séparer la fraction fine inférieure à 0,2 mm et, enfin, conditionné dans une
géométrie pour l’analyse par spectrométrie gamma. La mesure de l’activité massique
(Am) du Césium 137 en (Bq/kg) est exprimée par l’équation suivante :

22 où N net : est le nombre de coups nets sous le pic, Tc le temps de comptage (secondes),
23 Iγ : l’intensité du rayonnement γ (85,5 %), m la masse de l’échantillon (kg) et
24 ε : l’efficacité de la détection. Une fois le comptage des coups effectué, le calcul du taux
d’enrichissement ou de perte en Césium 137 peut être réalisé par comparaison avec un
échantillon de référence, prélevé aléatoirement dans une zone stable non cultivée.
Trois faits sont à l’origine de la faible activité du Césium 137.
• La lithologie est à prédominance de sols de texture grossière. Seulement 32 % de sa
superficie totale est formée par des argiles. Les formations superficielles sont de textures
limono-sableuses, en premier lieu, et limono-argileuses, en second lieu. Compte tenu de la
forte liaison du Césium 137 avec la fraction fine, on risque d’avoir des valeurs de l’activité du
Césium 137 sous-estimées, à cause des infiltrations et du départ du Césium 137 avec les eaux
de ruissellement.
• Également, la trajectoire de la masse d’air contaminée suite à l’accident de Tchernobyl, lors
de laquelle le Césium 137 est resté à l’état de traces dans le nuage radioactif, surtout sur
l’Europe de l’Ouest et l’Afrique du Nord (29 au 30 avril 1986). La bonne prise en compte de ce
facteur exige une détermination de la trajectoire de la masse d’air contaminée et de la
répartition des régions les plus touchées par les retombées radioactives suite à l’accident. La
circulation atmosphérique était de sud-ouest/nord-est, mettant à l’écart l’Afrique du Nord
de toute émission radioactive.

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• Enfin, la spécificité de l’isotope Césium 137, qui présente une durée de demi-vie estimée à 30
ans (Felah, 2010). L’activité du Césium 137 diminue de moitié tous les 30 ans. À partir de
2014, il s’est écoulé plus de 50 ans et le Césium 137 déposé en 1963 a perdu plus de 75 % de sa
valeur initiale.
25 De plus, la période fin avril-début mai 1986 n’a pas été suffisamment pluvieuse, ce qui
laisse prévoir un dépôt faible du Césium 137, et même s’il a eu lieu, son activité est
réduite de 47 % après 28 ans.
26 Tous ces facteurs réunis expliquent la faible activité massique du Césium 137 dans tous
les échantillons, sans exception. Pour des raisons méthodologiques, deux modèles de
quantification ont été sélectionnés :
• le modèle proportionnel :
27 Il est utilisé pour les bassins versants agricoles (Zapata, 2002), exprimé comme suit :

28 Y : est la perte en terre (t/ha/an), B la densité du sol de la fraction fine <0,2 mm (kg/
m3),
d : l’épaisseur de la couche de labour (m),
X : le pourcentage d’enrichissement ou de réduction de l’activité du Césium 137
exprimée par rapport à la référence :

29 T : le nombre d’années écoulées depuis 1963 (date de référence pour le début des
émissions massives en Césium 137.
Aref = activité spécifique en Césium 137 (Bq/m2) du site de référence ;
A = activité spécifique en Césium 137 de l’échantillon d’un site dégradé.
• le modèle de Masse-balance II :
30 Il est proposé par Walling, en 1990, pour surmonter les limites du modèle proportionnel
qui ne tient pas compte des déplacements sélectifs de la fraction fine. Il s’adapte aux
secteurs à prédominance de couvert végétal naturel non cultivés (Zapata, 2002). Ce
modèle de Masse-balance II propose que les retombées en Césium 137 aient eu lieu en
1963.

31 Où P : est un indice correctif lié au départ sélectif de la fraction fine (de l’ordre de 0,93).
(t : nombre d’années entre la date de départ et la date du prélèvement).
32 Le modèle proportionnel a été appliqué pour les terres cultivées et pour les terres nues.
Le modèle de Masse-balance II a été réservé aux matorrals. La perte est mesurée entre
l’activité du Césium 137 dans le site stable et dans les sites dégradés.
33 Quant à l’accumulation, elle est calculée par comparaison entre le site stable et le site
de déposition (retenue collinaire, ados des banquettes et des cordons en pierres et lobes
de méandres convexes).

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 12

L’activité du Césium 137 dans le contexte méditerranéen

34 La comparaison de l’activité du Césium 137 entre les sites de référence des pays proches
a montré qu’elle est étroitement liée au total pluviométrique. Elle est considérable dans
les régions les plus arrosées et de plus en plus faible dans les zones semi-arides
(tableau 2).

Tableau 2. L’activité spécifique du Césium 137 : une comparaison avec les pays voisins

Pluies annuelles Activité du 137C


Chercheurs Pays
moyennes (mm) (MBq/cm2)

Bouhlassa et al.,
Maroc (subhumide) 800-600 385-167
2000

Navas, 1992 Espagne (tempéré) 1000 400

Sogon, 1999 France (tempéré) 678 317

Felah, 2010 B.V Aknoul (Rif Central) 700-200 370,2

Zouagui et al., B.V Moulay Bouchta


605-1770 2704-3554
2012 Rif occidental (humide)

Damnati et al., B.V Nakhla (région Tanger-


601-667 574-3422
2012 Tétouan) (sub-humide)

Al Katmour,
Maroc (humide) 850 138-416
2004

Azaiez, 2016 B.V El Mssine (semi-aride) 380 174

B.V Sidi Salah (semi-aride


Azaiez, 2020 335 135
inférieur)

2.3.4. Répartition de l’activité du Césium 137 entre les secteurs cultivés et non
cultivés

35 Malgré le manque de mesures de l’activité du Césium 137 sur toute la Tunisie, on a pu


clairement constater que l’activité de Césium 137 est nettement différente entre les
échantillons prélevés dans des parcelles cultivées et ceux prélevés dans des parcelles
non cultivées. Dans les parcelles non cultivées, on a remarqué soit une diminution, soit
un enrichissement en Césium 137 selon la position topographique et le type du couvert
végétal. Certains secteurs à pente nulle, non fréquentés par les troupeaux de bétail ou
par l’homme, ont montré une activité massique constante du Césium 137 (figure 7).
36 En contrepartie, tous les échantillons prélevés dans des secteurs cultivés ont montré
une réduction nette du taux du Césium 137, étroitement liée à la pente, à la lithologie et
à l’occupation du sol. Les secteurs marqués par une activité faible, inférieure à 173 Bq/

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 13

m2, sont les zones d’érosion et ceux ayant une activité supérieure à 173 Bq/m 2 sont les
zones d’accumulation (figure 8).

Figure 7. Distribution géographique de l’activité du Césium 137 dans les secteurs non cultivés

Source : résultats des analyses isotopiques du Césium 137, CNSTN, Tunis, 2015

Figure 8. Distribution géographique de l’activité du Césium 137 dans les secteurs cultivés

Source : résultats des analyses isotopiques du Césium 137, CNSTN, Tunis, 2015

37 L’introduction des ouvrages antiérosifs était potentiellement bénéfique en termes de


stabilisation des versants. Ils ont largement contribué à la modification du bilan
sédimentaire. Un engraissement progressif des versants aménagés en limon de
débordement se fait suite à sa décantation dans les secteurs inter-banquettes. Le
modèle de répartition de l’activité en Césium 137, obtenu par l’interpolation, met en
valeur les secteurs d’enrichissement qui sont localisés dans les ruptures de pente, en
bas des versants, sur les lobes convexes des méandres et sur les ados des cordons en
pierres sèches et des banquettes. Les petits replats et les interfluves, très peu soumis à

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 14

l’action de l’homme, forment les secteurs qui ont gardé une légère stabilité du
Césium 137. La comparaison entre les figures 9 et 10 montre que le bassin versant est
soumis à une forte dégradation, dans la mesure où les zones d’enrichissement et de
stabilité sont moins représentées. Les lits des cours d’eau constituent les axes
préférentiels pour les déplacements latéraux des sédiments. Les zones
d’enrichissement en Césium 137 coïncident avec les secteurs d’accumulation et les
espaces de faible activité du Césium 137 sont localisés dans les zones intensément
affectées par l’érosion.

Figure 9. Répartition de l’activité du Césium 137 dans le bassin versant El Mssine

Source : Géotraitement des résultats des analyses isotopiques du Césium 137, CNSTN, Tunis, 2015

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 15

Figure 10. Répartition de la perte en terre dans le bassin versant El Mssine

Source : Géotraitement des résultats des analyses isotopiques du Césium 137, CNSTN, Tunis, 2015

Répartition du Césium 137 en fonction de la profondeur

38 L’analyse séquentielle de la carotte prélevée dans la zone stable montre que l’activité
du Césium 137 diffère avec la profondeur (figure 11). Dans ce site forestier stable, à
couvert végétal dense, 96,3 % de l’activité du Césium 137 se concentre dans les 21
premiers centimètres du sol. Tandis que, dans une parcelle cultivée, 80 % de l’activité
du Césium 137 se concentrent entre 15 et 25 cm de profondeur. Ainsi, se voit l’effet de
l’érosion mécanique en profondeur (effet de labour sur 20 cm).
39 Quoi qu’il en soit de ces résultats quantitatifs, il parait nécessaire d’accorder une
priorité aux aspects qualitatifs de l’érosion hydrique, généralement servi d’indicateurs
dans le suivi de l’érosion. Cette étape, d’importance capitale, permettra de s’engager
dans une phase de vérification, d’évaluation et de classification des différentes mesures
obtenues, en fonction des formes et des agents de la morphogenèse responsables.

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 16

Figure 11. Activité du Césium 137 selon la profondeur dans un site stable

Source : résultats des analyses isotopiques du Césium 137, CNSTN, Tunis, 2015

La dynamique érosive dans le bassin versant El


Mssine : Résultats et discussion
Sensibilité du bassin El Mssine à l’érosion hydrique

40 La carte de la sensibilité obtenue est le résultat de la superposition de quatre couches :


la carte des processus érosifs (figure 12), issue de la photo-interprétation, celle de
l’occupation du sol, des pentes et des affleurements lithologiques. Cette méthode
permet de distinguer trois secteurs ayant différents degrés de sensibilité à l’érosion.
41 Les secteurs fortement soumis au ravinement et à la suffosion sont essentiellement
localisés dans la partie sud et sud-est du bassin versant. La forte dégradation affecte la
quasi-totalité des argiles et touche presque 35 % de la superficie totale. Cette situation
est expliquée par l’effet conjugué de la lithologie, de la pente, des pratiques culturales,
du surpâturage et de l’agressivité des pluies sur une courte période.

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 17

Figure 12. Répartition des processus érosifs dans le bassin versant El Mssine

Source : Observations de terrain, orthophotos 2000 et Image Google Earth Pro, 2015

42 Les secteurs moyennement sensibles à l’érosion se caractérisent par des formes de


ravinement à évolution spatio-temporelle lente. Il s’agit essentiellement des versants
incisés en rigoles et en griffures parallèles, évoluant lentement en ravins élémentaires.
43 Ce modelé concerne les versants à pente modérée aménagés en banquettes au nord du
jebel Edghafla. Les secteurs les moins affectés sont généralement les versants les moins
pentus, les revers gréseux et les interfluves à pente faible, où la dynamique est
commandée essentiellement par un décapage indiqué par des sols à texture grossière et
un pavage caillouteux, après départ et lessivage des éléments fins. Dans ces secteurs, les
cailloux et le matorral dense empêchent toute concentration de l’écoulement. Les
versants nord et nord-est sont parmi les moins marqués par les signes d’une érosion
sévère.

L’apport de la technique du Césium 137 dans la quantification des


pertes en terre

44 L’effet de la manifestation érosive a largement dépassé la simple pellicule du sol pour


atteindre profondément les affleurements plastiques sous-jacents et a même touché les
versants dominés par un couvert végétal forestier. C’est dans ce cadre qu’on propose de
faire une estimation de la perte en terre et un diagnostic du cycle érosion-
sédimentation.

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 18

Cartographie des pertes en terre

45 Les recherches effectuées sur le domaine semi-aride ont insisté sur l’érosivité des pluies
et l’érodibilité des sols (Nasri, 1995 ; Felah, 2010). C’est le contexte général de l’érosion
dans la Tunisie centrale, marquée par une perte spécifique moyenne de 29 t/ha/an
(Azaiez, 2016). Ce résultat a été obtenu au sein d’un réseau pilote de lacs collinaires et
par l’application des modèles empiriques améliorés et adaptés aux conditions locales
(figure 12).
46 L’essai sur le bassin versant El Mssine vise à dégager une nouvelle piste en vue de
résoudre le problème de l’érosion. Les secteurs qui enregistrent la moindre perte (de 2
à 9 t/ha/an) sont les interfluves plats, les matorrals denses et les revers gréseux
aménagés (figure 13).
47 Inversement, les zones d’ensellement, les terres nues, les champs céréaliers, les
parcours dégradés et les banquettes mises en œuvre dans des terres limono-argileuses
ont enregistré des taux de perte plus élevés.

Figure 13. Cartographie des pertes en terre et des dépositions par la technique du Césium 137 dans
le bassin versant El Mssine

48 L’érosion touche principalement les versants très pentus dégagés dans les argiles et les
marnes. Les zones d’accumulation sont localisées en contrebas des pentes, à la
confluence des cours d’eau et sur les petites banquettes formées au niveau des
méandres convexes.
49 Les secteurs ayant une faible activité du Césium 137 coïncident avec des parcours
dégradés, des terres cultivées, des clairières et notamment des versants soumis à une
suffosion accrue. L’avantage de cette approche est qu’elle permet la quantification des
pertes en terres et la part de chaque processus érosif dans le bilan morpho-

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 19

sédimentaire, plus précisément, une estimation de la part de l’érosion en nappe et de


celle de l’érosion concentrée.
50 L’élaboration de la carte des pertes en terre prévoit d’abord une superposition des
pertes mesurées dans les 17 sites, sur les deux cartes des processus érosifs et de celle de
la sensibilité à l’érosion hydrique. Après avoir choisi plusieurs coupes, dans la même
unité homogène, ayant presque les mêmes caractéristiques, il a été possible de
généraliser la même valeur de la perte. À travers une quarantaine de points, il a été
possible d’obtenir la répartition spatiale des pertes en terre par interpolation.

Estimations de l’effet des facteurs intervenants


• L’effet de la pente
51 Les versants pentus de 0-10° sont les moins sensibles à l’érosion (57 % de la surface
totale) et perdent chaque année 18,7 t/ha/an. Ceux pentus de 10-31° enregistrent les
pertes les plus fortes (32,3 t/ha/an). Cela confirme le rôle déterminant de la pente, qui
augmente l’énergie de ruissellement et son pouvoir érosif. À partir de 10° d’inclinaison,
les versants deviennent très sensibles et les pertes sont très proches de la perte
spécifique moyenne du bassin versant (34 t/ha/an) (tableau 3).

Tableau 3. Perte en terre par classes de pente dans le bassin versant El Mssine

Classes des pentes Nombre de Surface Surface Perte moyenne (t/ha/


(%) points km2 (%) an)

0-5 4 0,46 11,5 15

6-10 2 1,82 45,2 22,5

11-19 8 1,02 25,5 30

20-31 4 0,70 17,5 34,6

L’effet de l’occupation du sol

52 Les terres nues et les parcelles à vocation céréalière ont montré une grande sensibilité
à l’érosion hydrique et enregistrent des pertes très élevées. En second lieu viennent les
parcours dégradés et les secteurs qui ont connu un défrichement (tableau 4). La forêt
jeune et les matorrals situés à l’amont du bassin versant ont montré une meilleure
conservation du sol. Cette efficacité est particulière aux revers des crêts gréseux, mais
elle diminue sur les affleurements tendres des moyens-versants. Sur un site de
référence, on a enregistré une teneur en Césium 137 de 188 ml Bq/m 2 à une altitude de
388 m. Ce site de référence est légèrement exposé au nord-est et il subit l’influence
directe des flux de retours d’est, responsables des précipitations automnales et
printanières dans le bassin versant de l’oued El Mssine.

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 20

Tableau 4. Perte en terre selon le type d’occupation du sol dans le bassin versant El Mssine

Nombre de Taux de perte Perte


Occupation Surface Surface % de la
points de maximale (t/ha/ moyenne (t/
du sol (ha) (%) surface
mesure an) ha/an)

Céréales 3 98 24,5 55-5,69 0,0368 32

Parcours 3 25 6,25 54 0,0526 30,04

Eucalyptus 2 3 0,75 35 0,011 16,33

Pin d’Alep 3 13,3 3,7 48,6-50 0,066 17,62

Matorral 4 250 65 32 0,304 12,3

Terres
3 6,3 1,6 55-63 0,0320 44
dénudées

Effet de l’exposition

53 La fixation de l’isotope du Césium 137 n’est pas uniforme sur l’ensemble du bassin
versant. Cela s’explique par l’exposition différente des versants aux vents humides
dominants (tableau 5)

Tableau 5. Perte en terre selon l’exposition

Exposition Nb de points de mesure Surface (km2) Surface (%) Perte moyenne (t/ha/an)

Nord-est 3 1,35 33,75 30,4

Nord-ouest 5 1,1 28,5 28,4

Sud-est 6 0,5 12,5 28,1

Sud-ouest 4 1 25,25 22

L’effet de la lithologie

54 Les pertes les plus fortes en terres touchent les argiles vertes. La partie sud-est du
bassin versant se caractérise par une alternance des grés et des argiles et, par endroits,
par des alternances argilo-sableuses. Les sols limono-argileux et les affleurements
argilo-sableux contribuent, en grande partie, à la manifestation érosive. Les sols
limono-argileux situés sur le moyen versant du front de crêt sont les plus érodables
(tableau 6).

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 21

Tableau 6. Perte en terre en fonction de la texture

Perte maximale de 58,7 t/ Perte moyenne (t/ha/


ha an)
Texture
Surface Surface
Superficie (ha) %
(km2) (%)

Limono-
2,86 71,5 0,074 2,58 40,5
sableuse

Argileuse 1,14 28,5 0,255 22,36 26,5

Limono-
3 75 0,56 km2 18,6 30
argileuse

La corrélation entre les différents facteurs intervenant dans la dynamique érosive

55 Le tableau 7 montre les facteurs qui agissent d’une manière conjuguée dans la
dynamique érosive, à travers l’application d’une analyse en composantes principales
(figure 14).

Figure 14. Procédure schématique de la corrélation

56 Les facteurs de la pente, la pluviométrie et la fraction grossière du sol sont


positivement corrélés et semblent avoir un poids important dans la dynamique érosive
(tableau 7). Les deux facteurs de la pluies et de la pente, agissent d’une manière
conjuguée sur le taux de perte en terre dans les secteurs les plus sensibles, avec un
indice de corrélation de 0,946. En second lieu, le sable grossier en fonction de la pente
et des pluies annuelles, avec des valeurs respectives de corrélation de 0,785, et 0,759.
Les terres nues sont aussi positivement corrélées avec les fortes pentes, avec un indice
de 0,779. Le reste de facteurs semblent avoir un impact plus restreint dans la
manifestation des processus érosifs.

Tableau 7. Corrélation entre les différents facteurs intervenants

Limon
Terre Recouvrement Pluies Sable
Pente et Aménagement
nue végétal annuelles grossier
argile

Terre nue 1 0,779 -0,488 0,690 -0,200 0,270 -0,194

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 22

Pente 0,779 1 -0,267 0,946 -0,665 0,785 -0,290

Recouvrement
-0,488 -0,267 1 -0,211 0,172 -0,116 -0,257
végétal

Pluies
0,690 0,946 -0,211 1 -0,648 0,759 -0,529
annuelles

Limon et argile -0,200 -0,665 0,172 -0,648 1 -0.954 0,056

Sable grossier 0,270 0,785 -0,116 0,759 -0,954 1 -0,138

Aménagement -0,194 -0,290 -0,257 -0,529 0,056 -0,138 1

L’estimation de l’accumulation

57 Une carotte a été prélevée sur une profondeur de plus 45 cm au centre de la retenue
collinaire. Seuls les 35 premiers centimètres ont été pris en considération, étant donné
que l’activité du Césium 137 devient nulle entre 35 et 40 cm. Ceci prouve que les
sédiments au-delà d’une profondeur de 37 cm ont été déposés antérieurement à l’année
de base. L’accumulation réelle a commencé à partir de 1998, date de la mise en eau du
lac collinaire. Néanmoins, il faut signaler que le taux d’accumulation obtenu ne vaut
que pour le profil étudié dans la retenue et n’est donc pas extrapolable à tout le bassin
versant.
58 Le taux d’accumulation calculé au niveau de la retenue collinaire est relativement
surestimé par rapport aux sédiments tranchés sur les impluviums. La sédimentation
dans la retenue doit être égale à la perte spécifique du bassin versant. La différence
observée signifie la provenance d’un surplus sédimentaire causé par d’autres processus.
59 Ainsi, les alluvions déposées dans la retenue ne sont pas uniquement issues de l’érosion
diffuse, mais aussi de la suffosion, des glissements localisés, ou en coups de cuillère, sur
les berges concaves des cours d’eau, du ruissellement de surface et surtout par le
sapement des berges et l’approfondissement des cours d’eau. En effet, 75,5 % de la
couche érodée est causée par l’érosion diffuse (rigoles et griffures). Les autres
processus, liés à la dynamique fluviale et à l’écoulement hypodermique, sont
responsables de 24,5 % des pertes. L’apparition de multiples ravins développés ex nihilo
en témoigne.
60 La technique du Césium 137 s’ajoute à la panoplie de méthodes qui étudient l’érosion de
façon quantitative. La mise en place d’une première base de données sur l’activité du
Césium 137 pour la Tunisie nord-est suscitera l’intérêt de jeunes chercheurs pour
développer les potentiels de cette technique.
61 À l’échelle du bassin versant étudié, les estimations des pertes en terre constituent un
premier pas vers la connaissance de sa dynamique. Même si les résultats sont
potentiellement considérables, ils ne sont pas définitifs en raison du petit nombre
d’échantillons prélevés. Le bilan sédimentaire obtenu par comparaison entre le site
stable d’une part, et les sites d’accumulation et les secteurs érodés d’autre part, a
permis d’estimer la part de certains processus érosifs dans cette dynamique pendant
ces quarante dernières années. Cette méthode de diagnostic global permet de

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 23

comprendre la tendance générale de la dégradation des terres, ainsi que les différents
processus morphogéniques mis en jeu dans les pays méditerranéens, marqués par des
contextes climatique, topographique et lithologique très variables.
62 Globalement, l’activité du Césium 137 est très faible, comparée aux études similaires
réalisées en pays méditerranéens. Les différents chercheurs ont insisté sur le rôle
primordial du couvert végétal dans la réduction du taux des pertes en terre. Les
matorrals procurent une protection importante au sol (Ben Mansour, 2012 ; Azaiez,
2020). De ce fait, le taux d’érosion reste inférieur à 6 t/ha/an dans les matorrals et dans
les forêts denses, mais il dépasse 40 t/ha/an dans les terrains cultivés et les terres nues.
63 Dans le domaine subhumide du Rif occidental, 64 % des sédiments arrachés et déposés
proviennent de l’érosion concentrée et de la dynamique des berges des cours d’eau, et
seulement 36 % de ces sédiments sont accordés à l’érosion diffuse et aux griffures, bien
que les parcelles cultivées constituent des zones préférentielles pour le départ des
particules du sol (Ben Mansour, 2012). Dans le domaine semi-aride, en Tunisie (El
Mssine), les sédiments arrachés proviennent à 75 % de l’érosion en nappe, des griffures
et des rigoles, alors que le sapement et la suffosion sont responsables de la mobilisation
de 25 % seulement des sédiments déposés, d’où l’on voit l’importance du décapage
comme premier processus producteur de la matière.

Limites de l’approche et recommandations pour une gestion


efficiente des terres

64 La technique du Césium 137 est très pratique et précise, mais elle n’est pas sans
reproches. Elle prend en considération l’année 1963 comme année de base, ce qui
néglige forcément les apports additionnels en Césium 137 au cours de l’année 1986. Le
coût très élevé des analyses rend l’homogénéisation des différents secteurs difficile,
dans la mesure où l’échantillonnage sélectif ne représente que partiellement la
situation réelle de la dynamique érosive dans chaque compartiment.
65 Un autre inconvénient de la méthode isotopique, c’est qu’elle ne tient pas compte de la
morphométrie du bassin versant et de la compétence des cours d’eau. Elle est
uniquement capable de quantifier les pertes liées à l’érosion diffuse, bien que les autres
processus semblent capables de mobiliser des quantités impressionnantes en
sédiments, notamment lors des crues exceptionnelles.
66 Néanmoins, en dépit des limites de la méthode isotopique, les avantages en termes de
lutte anti-érosive sont encourageants. La présente étude pourra donner des
éclaircissements supplémentaires pour une meilleure compréhension du problème de
l’érosion hydrique, notamment dans les secteurs caractérisés par un potentiel érosif
assez important, surtout devant les hésitations de la société paysanne et le risque de
perdre un ancien savoir-faire dans le contexte des changements climatiques (Hamza,
1988 ; Nasri, 2002 ; Azaiez, 2016 et 2020).
67 L’entretien des banquettes et des cordons en pierres sèches et l’application des façons
culturales adéquates donnent aussi la possibilité de contrarier le développement des
rigoles et empêchent les glissements locaux qui se déclenchent fréquemment sur les
versants sud du bassin versant de l’oued El Mssine.

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Cartographie spatialisée des pertes en terre selon la méthode isotopique du C... 24

Conclusion
68 Au terme de ce travail, le bassin versant El Mssine forme le siège d’une forte dynamique
érosive d’ordre physique et humaine. La carte des pertes en terre fait apparaitre la
libération d’un potentiel érosif fort et accéléré, notamment dans les secteurs sud-est où
les pertes excèdent 45 t/ha/an, soit, selon le ministère de l’Agriculture, une valeur seuil
pour délimiter les zones d’intervention prioritaire (Nasri, 1995). La dynamique érosive
est commandée, en grande partie, par les processus de l’érosion diffuse sur les versants
à pente modérée. Au contraire, sur les versants pentus et à prédominance des
affleurements limono-sableux et limono-argileux, le ravinement est préparé par les
trous et les tunnels de la suffosion.
69 Ce processus traumatise les formations superficielles et déstabilise les versants. En
matière de lutte anti-érosive, il faut commencer par des traitements sur les impluviums
à texture limono-argileuse et limono-sableuse. L’évaluation des effets des techniques
douces de versant (banquettes, cordons en pierres sèches et rideaux de figuier de
Barbarie) confirme l’apparition des signes d’une pédogenèse, amorcée dans l’espace
inter-banquettes, soulignant l’efficacité des banquettes et des cordons en pierres sèches
faisant partie d’un ancien savoir-faire de la société paysanne de ce bassin versant et ses
environs.

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RÉSUMÉS
Le traceur isotopique du Césium 137 pour étudier le cycle de l’érosion-accumulation a été utilisé
à l’échelle du bassin versant El Mssine. L’application de la méthode isotopique du Césium 137
permet de suivre l’entraînement des particules fines du sol, de repérer les secteurs prioritaires et
de choisir la politique d’aménagement adéquate. En suivant la répartition spatiotemporelle de
l’activité de ce traceur, il est possible de comprendre les causes et les différents facteurs
déterminants du déplacement des particules du sol. Cette technique de Césium 137 constitue une
alternative très intéressante capable de surmonter certaines limites qui ont accompagné les
méthodes empiriques et expérimentales exigeantes d’un travail colossal et d’un suivi continu sur
le terrain (Moukhchane et al., 1998, Sadiki, 2005 ; Bouhlassa et al., 2000 ; Nouira et al., 2003 et 2007 ;
Al Katmour, 2004 ; Felah, 2010 ; Damnati et al., 2010 ; Ben Mansour, 2012). Elle a montré une
efficacité dans la quantification des pertes en terre et dans la datation des sédiments (Sogon,
1999) et la datation de dépôts des crues (Philippe et al., 2001). Certes, les résultats présentés dans
cette étude sont encourageants, cependant, les moyennes prises pour une période de 40 ans sont
loin de refléter la dynamique érosive à l’échelle interannuelle. Cette approche est précédée par
une étude qualitative afin de mettre en exergue les conditions physico-humaines qui ont fait de
ce bassin versant le siège d’une dégradation intense enregistrant une perte spécifique en terre de
l’ordre de 34 t/ha/an et pouvant atteindre 63 t/ha/an sur les versants les plus disposés à
l’érosion. Une base de données locale de l’activité du Césium 137 a été établie puis comparée avec
celle des pays voisins. Les inventaires du Césium 137 à l’échelle du bassin versant sont compris
entre 739 Bq/m2 et 13 Bq/m 2. Cet écart en termes d’activité implique un déplacement
considérable de sédiments.

Isotopic tracer Cesium 137 to study the erosion-accumulation cycle was used in El Mssine basin.
Following the spatiotemporal distribution of this tracer one comes to understand the causes of

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the soil particles displacement as well as those due to the different determining factors. The
Cesium 137 becomes an efficient quantification tracer of the movement of soil particles. These
Cesium 137 isotopic tracers constitute a very interesting alternative method capable of
overcoming certain difficulties which accompanied the previous empirical and experimental
methods requiring colossal work and continuous monitoring in the field terrain (Moukhchane et
al., 1998, Sadiki, 2005; Bouhlassa et al., 2000; Nouira et al., 2003 et 2007; Al Katmour, 2004; Felah,
2010; Damnati et al., 2010 et 2012; Ben Mansour, 2012). It has shown an efficiency in the
quantification of soil losses and in the dating of sediments (Sogon, 1999) and dating of flood
deposits (Philippe et al., 2001). Taking this fact into consideration, our study aims to examine the
soil movement in light of this approach by measuring Cesium 137. These results are averages 40-
year periods and are far away to represented the dynamics of erosion at the interannual scale.
This technique may allow a better situation of priority sectors intensely eroded as well as choose
the appropriate management policy. This approach was preceded by a qualitative study in order
to highlight the physico-human conditions that made of this basin a zone strongly eroded, with a
specific loss around 34 t/ha/year and can reach 63 t/ha/year on the slopes most susceptible to
erosion. A local database of Cesium 137 activity was established and compared with neighboring
countries. About the cesium 137 activity obtained in the study basin are consisted between 739
Bq/m2 and 13 Bq/m2, which implies a considerable displacement of sediments.

Para estudiar el ciclo de erosión-acumulación en la cuenca de El Mssine se valoraron los niveles


de Cesio 137. Este método de análisis permite controlar el arrastre de partículas finas del suelo,
identificar zonas críticas y elegir la política de ordenación territorial más adecuada. Siguiendo la
distribución espacial y temporal de la actividad de este isótopo es posible comprender las causas
y los diferentes factores determinantes del movimiento de las partículas del suelo. Esta técnica
del Cesio-137 es una alternativa para superar algunas de las limitaciones de los métodos
empíricos y experimentales clásicos, que requieren de un intenso trabajo y un seguimiento
continuo en campo (Moukhchane et al, 1998, Sadiki, 2005; Bouhlassa et al, 2000; Nouira et al, 2003
y 2007; Al Katmour, 2004; Felah, 2010; Damnati et al, 2010; Ben Mansour, 2012). Este isótopo ha
demostrado su eficacia para cuantificar las pérdidas de suelo y datar los sedimentos (Sogon, 1999)
y los depósitos de inundación (Philippe et al., 2001). Aunque los resultados presentados en este
estudio son alentadores, los promedios tomados para un período de 40 años están lejos de reflejar
la dinámica erosiva a escala interanual. Esta investigación va precedida de un estudio cualitativo
que presenta las condiciones físicas y humanas que han hecho de esta cuenca un lugar de intensa
degradación, con una pérdida específica de suelo de unas 34 tn/ha/año y de hasta 63 tn/ha/año
en las laderas más propensas a la erosión. Previamente se estableció una base de datos local de la
actividad del Cesio 137 y se comparó con la de los países vecinos. Los inventarios del isótopo de
cesio 137 en esta cuenca oscilan entre 739 Bq/m2 y 13 Bq/m2. Estas diferencias de actividad
indican el considerable desplazamiento de los sedimentos.

INDEX
Palabras claves : cesio 137, erosión hídrica, modelización, pérdida de tierras
Mots-clés : césium 137, érosion hydrique, modélisation, perte en terre
Keywords : cesium 137, soil degradation, modelling, water erosion, soil loss

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AUTEURS
NAIMA AZAIEZ
King Khalid University, Faculty of Human Sciences, Geography Department, Abha, Saudi Arabia/
Institut préparatoire aux études littéraires et de sciences humaines de Tunis, Tunisie/Laboratoire
de recherche Biogéographie, Climatologie appliquée et Dynamiques environnementales

ALI HAMZA
Laboratoire de recherche Biogéographie, Climatologie appliquée et Dynamiques
environnementales /Institut National Agronomique de Tunisie – INAT

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