Memoire-Injonction de Payer
Memoire-Injonction de Payer
fondamentale des relations commerciales. On peut solliciter un crédit pour financer une
activité, octroyer un délai de paiement à son client, donc faire du crédit fournisseur 1. Or le
crédit est non seulement un moyen de financement mais présente aussi un risque financier
pour le créancier. Pour diverses raisons, un client peut se retrouver dans l’incapacité de régler
ses créances.
Le défaut de paiement d’un client peut avoir des conséquences sur la situation financière du
créancier. Car la défaillance d’un débiteur risque de se communiquer, par un effet de
contagion, aux autres entreprises qui vont à leur tour cesser leurs paiements, chaque créancier
étant lui-même débiteur de ses propres fournisseurs2.
Ainsi, dès le constat des retards de paiement d’un client, il est impératif de chercher des
moyens pour se faire régler. De nos jours, beaucoup d’entreprises sont confrontées aux
impayés, c’est pourquoi la procédure de recouvrement des créances est essentielle pour aider
les entreprises à faire face à ce type de comportement3.
Toutefois, lorsque les méthodes de règlement amiable se sont révélées inefficaces, il est
possible d’envisager des mesures plus contraignantes à l’encontre d’un débiteur récalcitrant
en saisissant directement les tribunaux.
Cela passe essentiellement par les mesures de recouvrement et les voies d’exécution et les
voies d’exécution en droit OHADA notamment la procédure d’injonction de payer, objet du
présent mémoire.
Le recouvrement de créance est un ensemble des opérations judiciaires ou extrajudiciaires
tendant à obtenir le paiement d’une dette d’argent1 . Il permet à une personne dont la créance
n’a pas été payée à la date d’échéance de pouvoir recouvrer le paiement de celle-ci auprès de
la personne débitrice4.
L'injonction de payer (IP) apparaît comme un moyen très simple pour recouvrer sa créance.
Elle présente l'avantage d'être une procédure judiciaire rapide et peu onéreuse. En France, le
régime de l’Injonction de payer est définie aux articles 1405 et suivants du Code de procédure
civile.
1
Xavier KITSIMBOU, INJONCTION DE PAYER : APPROCHE COMPAREE DES SYSTEMES OHADA / FRANÇAIS, HAL,
2020, p.3.
2
Jean Claude James, liquidation des biens dans le droit OHADA des procédures collectives, Encyclopédie du
Droit OHADA (Sous la direction de Paul Gérard POUGOUE), Ed. Lamy 2011, p.1104.
3
Xavier KITSIMBOU, op cit, p.3.
4
Cheick LUPETU SIDIBE, LE RECOUVREMENT DE CRÉANCE PAR LA PROCÉDURE D’INJONCTION DE PAYER DANS
L’ESPACE OHADA, Ohadata D-22-15, p.2.
L’Injonction de payer n’est pas d’apparition récente. En effet, cette procédure a été instituée
par le décret-loi du 25 aout 1937, modifié par le décret-loi du 14 juin 1938 sous le nom de «
procédure simplifiée pour le recouvrement des petites créances commerciales », à la demande
des chambres de commerce qui dénonçaient comme préjudiciable au crédit l’absence d’une
procédure de recouvrement simplifiée et qui réclamaient l’introduction en France d’une
procédure simple et rapide5.
A l’origine, le domaine d’application de cette procédure était limité. Seules pouvaient être
recouvrées au moyen de cette procédure les créances commerciales, dont le montant modique
pouvait faire craindre que les frais d’un procès ordinaire ne fussent hors de proportion avec la
somme à recouvrer.
Fixé à la somme de 1500 anciens francs par le décret-loi du 25 aout 1937, le montant des
créances commerciales susceptibles de recouvrement au moyen de la procédure d’injonction
de payer fut successivement porté à la somme de 6000 anciens francs par la loi du 6 aout
1941, puis à la somme de 60000 anciens francs par la loi n°51-686 du 24 mai 1951, enfin à la
somme de 250000 anciens francs par le décret n°53-965 du 30 septembre 1953, lequel
supprima toute limitation de somme lorsque l’engagement résultait d’un effet de commerce
accepté ou d’un billet à ordre6.
A l’origine, la procédure d’injonction de payer a été mise en place pour permettre au créancier
de recouvrer les petites créances commerciales. Son champ d’application s’est étendue par la
suite pour le recouvrement des créances civiles. En France, la procédure d’injonction de payer
ne nécessite pas l’intervention d’un avocat.
Celui-ci n’est obligatoire que par devant le tribunal de grande instance. Toutefois, un courrier
de mise en demeure par Lettre Recommandée avec Accusé de Réception est une formalité
préalable et indispensable7. Dans l’espace OHADA4, la matière d’injonction de payer est
organisée par l’Acte Uniforme des Procédures Simplifiées de recouvrement et Voies
d’exécution (AUPSVE)5 en ses articles 1 à 18.
Avant l'adoption de l'Acte Uniforme, l'injonction de payer connut de fortunes diverses. Les
législations antérieures des Etats membres avaient des dispositions différentes quant au
montant de la créance. Chaque Etat avait ses règles spécifiques qui se démarquaient des autres
Etats6. Cette différenciation des législations a eu un impact sur les activités des opérateurs
5
Ibid.
6
TWENGEMBO, Injonction de payer, de délivrer ou de restituer, Encyclopédie du Droit OHADA (Sous la direction
de Paul Gérard POUGOUE), Ed. Lamy 2011, p.1.
7
Ibid.
économiques. D’où la nécessité d’une harmonisation des règles applicables et à appliquer
dans l’ensemble des Etats.
C’est dans cet esprit que l'Acte Uniforme fait son apparition en créant un cadre juridique
commun et applicable à tous les Etats membres. L’OHADA a été créée pour faciliter la
normalisation juridique et favoriser la sécurité juridique et judiciaire des affaires au sein des
Etats parties8.
À l’instar d’autres pays du monde qui ont entrepris des regroupements politiques et/ou
économiques pour faire face à la mondialisation des réalités économiques, les États de la Zone
Franc CFA, rejoints par les Comores et la Guinée, ont décidé d’harmoniser leur droit des
affaires pour offrir aux opérateurs économiques, étrangers et locaux, une législation moderne,
adaptée aux nouveaux défis de l’économie9.
Le non-paiement des créances est une peste des temps modernes. Aucun continent n’en est
épargné. Les effets systémiques provoqués par les défauts de paiement enregistrés sur le
marché immobilier américain en sont les preuves évidentes. En Europe, les études qui ont
justifié l’adoption du Règlement sur la procédure d’injonction de payer révèlent qu’une
insolvabilité sur quatre est imputable aux retards de paiement et provoque la perte de 450.000
emplois chaque année10.
Les dettes en souffrance liées à ce phénomène s’élèvent annuellement à 23, 6 milliards
d’euros. Dans le seul secteur commercial, les retards de paiement se chiffrent à 90 milliards
d’euros par an et représentent 10, 8 milliards d’euros d’intérêts perdus.
Il existe deux procédures simplifiées de recouvrement de créances, à savoir, d’une
part l’injonction de payer règlementée par les articles 1 à 18 de l’Acte uniforme, et d’autre
part, l’injonction de délivrer ou de restituer prévue par les articles 19 à 27 de l’Acte
uniforme.
Tandis que la procédure d’injonction de payer vise à permettre à un créancier d’obtenir
rapidement et en évitant les frais, une décision judiciaire lui octroyant la possibilité de
pratiquer une saisie à l’encontre de son débiteur11.
8
Ibid.
9
Xavier KITSIMBOU, op cit, p.4.
10
Point 5 de l’exposé des motifs de la Proposition de Règlement instituant une procédure européenne
d’injonction de payer, 7 fév. 2006, Commission européenne, 2006-57 final. Lire aussi, Rapport de la Commission
au Parlement Européen, au Conseil et au Comité économique et social européen sur l'application du Règlement
(CE) n° 1896/2006 du Parlement européen et du Conseil instituant une procédure d'injonction de payer,
COM/2015/0495 final, Bruxelles, le 13/10/2015, p. 2 s.
11
ASSOAH Jean Serge, L’injonction de payer en droit OHADA,
[Link]/2021/08/17/linjonction-de-payer-en-droit-ohada/, consulté le 10 Mai
2025 à 23H46.
La procédure d’injonction de délivrer ou de restituer, est quant à elle, une procédure visant
à obtenir la délivrance ou la restitution d’un bien meuble.
Outre les procédures de recouvrement de créance, l’Acte uniforme réglemente également les
voies d’exécutions. Ces dernières sont de véritables procédures par lesquelles le créancier
impayé va saisir les biens de son débiteur en vue de se faire payer12.
L’objectif du législateur OHADA était de proposer aux créanciers des procédures simples et
peu coûteuses, qui lui permettraient d’obtenir rapidement ce qui lui est dû. Cela devrait être le
cas mais seulement à condition qu’il n’existe aucune contestation sérieuse quant à la réalité de
la créance ou de l’obligation, et que le débiteur s’abstienne d’opposer des objections
artificielles13.
Le droit OHADA couvrent les seize pays actuellement membres de cet espace juridique et
judiciaire. En effet, les différents Actes uniformes, forment, en vertu des dispositions de
l’article 2 du Traité OHADA, le substratum du Droit des Affaires OHADA. D’abord droit
conventionnel, le droit des affaires OHADA est aussi droit positif, car il fait partie du corpus
juridique de chacun des Etats. Dès lors, cette étude peut être menée sur un seul pays membre,
puis être étendue à tous les autres Etats par déduction.
L’effet recherché est de susciter, chez le débiteur fautif, la peur à la seule vue de l’ordonnance
judiciaire de payer et de déclencher ainsi des offres de paiement ou l’opposition. A ses yeux,
la situation deviendrait tout à coup grave avec la menace à peine voilée de faire l’objet d’une
exécution forcée14. Cette réaction espérée du débiteur est contenue dans le mot « injonction »,
dérivant du latin « injungere » qui signifie infliger, imposer et dont la racine est commune
avec le mot « jugum », le joug 15. Sous cet angle, l’injonction de paiement a donc une fonction
comminatoire et provocatoire.
Animés d’une volonté de regroupement quelques années après les indépendances27, certains
Etats africains, essentiellement des pays d’Afrique francophone, se sont regroupés autour
d’une idée de création d’une organisation internationale : l’Organisation pour l’Harmonisation
en Afrique du Droit des Affaires (OHADA). Créée le 17 octobre 1993 par un traité signé à
Port-Louis (Ile Maurice) par seize (16) Etats et révisée quinze ans plus tard par le traité du
Québec (Canada) signé le 17 octobre 2008, l’OHADA est actuellement composée de dix-sept
12
Ibid.
13
Boris Martor, Nanette Pilkington, David Sellers, Sébastien Thouvenot – « Le droit uniforme africain des affaires
issu de l’OHADA », 2ème édition, Litec 2009, p. 251n°1109.
14
Amevi De Saba, La protection du créancier dans le droit uniforme de recouvrement des créances de
l’OHADA, thèse de doctorat en Droit privé, Université Panthéon-Sorbonne- Paris I, 2016, p.10.
15
TWENGEMBO, « Injonctions de payer, de délivrer ou de restituer » in P-G. POUGOUE (Dir.), Encyclopédie du
droit OHADA, éd. Lamy, Paris 2011, p. 1012.
(17) Etats membres à savoir : le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Centrafrique, les
Comores, le Congo, la Côte d'Ivoire, le Gabon, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Guinée
Equatoriale, le Mali, le Niger, la République démocratique du Congo, le Sénégal, le Tchad et
le Togo.
L’essentiel du droit de l’OHADA est regroupé dans un traité composé de plusieurs Actes
uniformes. Chacun d’eux reprend l’ensemble des textes régissant un domaine spécifique du
droit. Le traité OHADA comprend actuellement neuf Actes uniformes relatifs au droit
commercial général, au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt
économique, au droit des sûretés, au droit des sociétés coopératives, à l’arbitrage, aux
procédures simplifiées de recouvrement des créances et des voies d’exécution, aux procédures
collectives d’apurement du passif, à l’organisation et à l’harmonisation de la comptabilité des
entreprises, ainsi qu’aux contrats de transport des marchandises par route16.
Depuis quelques années, les Etats membres ont entrepris de procéder à une révision des Actes
uniformes. Ainsi, l’Acte uniforme relatif au droit commercial général et celui portant sur le
droit des sûretés ont été révisés en 2010. L’Acte ayant trait au droit des sociétés commerciales
et du groupement d’intérêt économique a été modifié en 2014. Et, lors de la toute dernière
réforme intervenue en septembre 2015, la révision a concerné l’Acte uniforme relatif aux
procédures collectives d’apurement du passif. Par ailleurs, il existe des avant-projets d’Actes
uniformes en étude relatifs à l’harmonisation du droit du travail, aux contrats spéciaux, aux
conflits des lois, à la circulation des actes publics, à la coentreprise ou encore à la médiation
commerciale. 16. Quoi qu’il en soit, les Actes uniformes sont préparés par le Secrétariat
permanent en concertation avec les gouvernements des Etats membres. Ils sont ensuite
adoptés par le Conseil des ministres après avis de la Cour commune de justice et d’arbitrage
(CCJA). L’adoption des Actes uniformes requiert l’unanimité des représentants des Etats
membres présents et votants. L’adoption n’est valable que si les deux tiers au moins des Etats
membres sont représentés. Ainsi, les Actes uniformes sont directement applicables et
obligatoires dans les Etats membres, nonobstant toute disposition contraire de droit interne
antérieure ou postérieure. Enfin, les Actes uniformes peuvent êtres modifiés à la demande de
tout Etat membre ou du Secrétariat permanent après autorisation du Conseil des ministres. 17.
Il en résulte que, contrairement à ce qu’indique son intitulé, l’OHADA ne met pas en place un
droit harmonisé mais plutôt un droit uniforme28.
16
Marlène Oyono, La protection des sûretés réelles exclusives dans les procédures collectives en droit comparé
franco-OHADA, thèse de doctorat en Droit privé, Université Montpellier, 2016, p.15.
L’étude de ce sujet présente un double intérêt théorique et pratique. Sur le plan théorique, il
s’agira de s’intéresser à l’effectivité du mécanisme de recouvrement des créances notamment
de l’injonction de payer en droit OHADA ainsi, qu’à son apport quant à la protection des
différentes parties impliquées. De plus, l’analyse de l’injonction de payer en droit OHADA
donne aussi l’occasion de s’interroger sur la manière dont les objectifs de célérité, de
simplification et de d’efficacité sont mis en œuvre. Par ailleurs, cette étude soulève des
questions de droit comparé, en confrontant le mécanisme OHADA aux procédures similaires
dans d'autres systèmes juridiques.
Il s’agira aussi sur le plan pratique, d’analyser la portée des mesures mises en place par le
législateur communautaire dans la régulation et la gestion du recouvrement par l’injonction de
payer. Cette étude permettra de mettre en évidence les obstacles rencontrés dans la mise en
œuvre de la procédure, qu’ils soient d’ordre institutionnel, procédural ou pratique et
d’identifier les leviers d’amélioration susceptibles d’en renforcer l’efficacité.
Le problème ressortant de l’analyse de ce sujet pourrait se formuler comme suit : L’injonction
de payer permet-elle un recouvrement efficace des créances dans l’espace OHADA ?
Pour mieux comprendre et analyser la problématique soulevée, nous avons choisi une
approche méthodologique rigoureuse mais aussi accessible, en combinant plusieurs méthodes
de recherche. Nous avons notamment privilégié une analyse critique et comparative du cadre
juridique ivoirien, en nous appuyant sur une large base documentaire.
Ainsi, notre réflexion scindée en deux parties consistera à montrer d’une part l’injonction de
payer, un mécanisme juridique simplifié de recouvrement des créances (Première partie) et
d’autres parts, la nécessité d’amélioration de l’efficacité de la procédure d’injonction de payer
(Deuxième partie).
Première partie : L’injonction de payer, un mécanisme juridique simplifié de recouvrement
des créances
Le cadre juridique de l’injonction de payer dans l’espace OHADA repose sur une
structuration rigoureuse visant à garantir l’équilibre entre l’efficacité du recouvrement et la
protection des droits du débiteur. Afin de bien appréhender cette procédure, il est essentiel
d’en cerner d’abord les fondements conceptuels et les principes directeurs.
Il s’agit notamment de comprendre ce qu’est une injonction de payer, dans quel contexte elle
s’applique, et quelles en sont les conditions d’usage au regard du droit OHADA. Cette
première étape permettra de dégager les grandes lignes de l’objectif poursuivi par le
législateur communautaire en mettant en place ce mécanisme (Section 1).
Dans un second temps, l’analyse portera sur le déroulement concret de la procédure
d’injonction de payer telle qu’encadrée par l’Acte uniforme portant organisation des
procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution (AUPSRVE). Il s’agira de
détailler les différentes phases de cette procédure : de la saisine du juge compétent par le
créancier jusqu’à l’émission de l’ordonnance d’injonction de payer, en passant par les voies
de recours offertes au débiteur. Cette étude de la mise en œuvre procédurale permettra de
mieux comprendre les enjeux pratiques du recours à l’injonction de payer dans l’espace
OHADA (Section 2).
L’injonction de payer est une procédure de recouvrement des créances assez sollicitée dans les
États de l’espace OHADA. Outre l’avantage de célérité qu’elle offre aux parties, c’est une
procédure efficace pour le recouvrement de certaines créances remplissant un certain nombre
de conditions17.
Prévue par l’Acte portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des
voies d’exécution (AUVE) de 1998, son régime juridique présentait des inconvénients décriés
tant par la doctrine que par la pratique. Il revenait alors au législateur communautaire de le
toiletter afin de mettre à la disposition des acteurs un droit de l’injonction de payer plus
attractif. C’est justement ce qui a été fait lors de la réforme dudit Acte uniforme en 2023. 18
A l’issue de la réforme, la procédure d’injonction de payer présente un nouveau visage que
nous allons exposer dans ce qui va suivre.
Ainsi, dans le cadre des objectifs que l’OHADA (organisation pour l’harmonisation en
Afrique du droit des affaires) s’est assigné notamment celui d’assurer la sécurité juridique et
judiciaire des transactions économiques pour stimuler l’investissement, le législateur du droit
harmonisé a aménagé une procédure spéciale, simple, rapide et efficace pour le recouvrement
de certaines créances remplissant un certain nombre de conditions19.
Il s’agit de la procédure d’injonction de payer qui est prévue et régie par les dispositions des
18 premiers articles de l’acte uniforme portant procédures simplifiées de recouvrement et des
voies d’exécution (AUVE).
17
CT, LE NOUVEAU VISAGE DE L’INJONCTION DE PAYER EN DROIT OHADA, [Link]
nouveau-visage-de-linjonction-de-payer-en-droit-ohada/#:~:text=L'injonction%20de%20payer%20est,un
%20certain%20nombre%20de%20conditions., consulté le 03 Mai 2025 à 16H24.
18
Ibid.
19
Karamoko Diamion Kaba, La procédure d’injonction de payer en droit OHADA en bref, www.
[Link] consulté le
03 Mai 2025 à 16H27.
Le recouvrement de créance est un ensemble des opérations judiciaires ou extrajudiciaires
tendant à obtenir le paiement d’une dette d’argent20. Il permet à une personne dont la créance
n’a pas été payée à la date d’échéance de pouvoir recouvrer le paiement de celle-ci auprès de
la personne débitrice.
D’une manière générale, l’injonction de payer peut-être définie comme une « procédure qui
permet à un créancier dont la créance porte sur une somme d’argent, d’obtenir la délivrance
d’un titre exécutoire, rapidement, de façon non contradictoire et avec un minimum de frais ».
Cette procédure repose sur des principes fondamentaux.
Parlant de rapidité, la procédure d'injonction de payer, tout comme Usain BOLT, à toujours
pulvérisé les records du sprint pour la médaille d'or du recouvrement efficace de créance,
laissant loin derrière elle les procédures alourdies de droit commun21. Ce qui lui vaut une
reconnaissance internationale de la part des créanciers quelles que soient leurs nationalités.
Cependant, en dépit de l'évolution textuelle ou des tentatives de modernisation du
recouvrement « simplifié » de créances dans nos législations, il suffit que les débiteurs
exercent leurs recours contre l'ordonnance pour que l'on retombe dans la lente procédure de
droit commun tant critiquée22.
Aussi, cette phase contentieuse, qui nait de la réaction de la partie condamnée, rencontre t-
elle toujours les mêmes limites voire entraves, dépenses, lenteurs, lourdeurs... dans le
déroulement de la procédure. L'institution des Tribunaux de commerce par l'Exécutif ivoirien
de par l'Ordonnance N°001/PR du 11 Janvier 2012 portant création, organisation et
fonctionnement des Tribunaux de Commerce n'est en réalité qu'un prolongement de la
recherche de célérité du législateur OHADA en ce qui concerne les procédures de
recouvrement de créances dans les états membres.
La procédure d'injonction de payer a l'avantage pour les créanciers de faciliter la procédure de
recouvrement d'une créance certaine, liquide et exigible. Procédure rapide et peu coûteuse qui,
à l'origine, a permis le recouvrement des petites créances commerciales, elle a été étendue au
recouvrement des créances civiles.
Cette procédure se met en œuvre suivant certaines conditions.
20
Gerard Cornu, Vocabulaire juridique, Association Henri Capitant page 857, année 2011,
édition Quadrige.
21
Ursul Mombauhi GNOOUIMBA, LE DILATOIRE À L'ÈRE DE L'INJONCTION DE PAYER OHADA ET DES
TRIBUNAUX DE COMMERCE EN CÔTE D'IVOIRE, Ohadata D-15-15, p.2.
22
Ibid.
Paragraphe 2 : Les conditions de mise en œuvre
Plusieurs conditions existent en matière de mise en œuvre de la procédure d’injonction de
payer notamment au niveau du caractère certain, liquide et exigible (A), ainsi que les parties
concernées (B).
La créance est le droit du créancier d'être payé par son débiteur. Elle devient un impayé dès
lors qu'elle n'a pas été payée à l'échéance, encore faut – il établir sa réalité. Pour être réelle,
une créance doit être à la fois certaine, liquide et exigible. C’est donc dire que pour recourir à
la procédure d’injonction de payer, une créance doit présenter ces trois caractéristiques 23.
Aux termes de l’article 1er de l’AUPSRVE : « Le recouvrement d’une créance certaine,
liquide et exigible peut être demandé suivant la procédure d’injonction de payer ». La mise
en œuvre du recouvrement de créance par la procédure d’injonction de payer en droit
OHADA nécessite au préalable la vérification de trois conditions précitées à l’article premier
de l’AUPSRVE24.
La créance est considérée comme certaine lorsqu’elle n’est pas contestée, est fondée et
justifiée dans son principe. Autrement dit, la créance ne doit pas être discutable.
La créance doit être liquide c'est-à-dire qu'elle doit être estimée dans son montant, ou le titre
qui la constate doit contenir tous les éléments permettant de l'évaluer25. Le caractère liquide
d’une créance s’entend par le fait que le montant de la créance est déterminable en argent.
Elle doit être déterminée quant à son montant.
La créance doit être exigible. Une créance n'est pas exigible si elle est soumise à une
condition suspensive non encore réalisée. Une créance est exigible lorsqu’elle est arrivée à
échéance donc elle est due. Pour être recouvrée, la créance doit être échue26. Si le paiement est
soumis à une condition, et que cette condition n'est pas encore réalisée, la créance n'est pas
23
Xavier Bienvenu Kitsimbou. INJONCTION DE PAYER : APPROCHE COMPAREE DES SYSTEMES OHADA /
FRANÇAIS, HAL Open Science, 2018, p.5.
24
LUPETU SIDIBE Cheick, Le recouvrement de créance par la procédure d’injonction de payer dans l’espace
Ohada, [Link]/2022/04/11/le-recouvrement-de-creance-par-la-procedure-dinjonction-de-payer-dans-
lespace-ohada/, consulté le 03 Mai 2025 à 16H54.
25
Xavier Bienvenu Kitsimbou, op cit, p.5.
26
Ibid.
exigible. Le créancier ne peut donc pas procéder à son recouvrement27. Il faut donc que le
délai de paiement soit écoulé.
De tout ce qui précède, il ressort que toute créance susceptible de se heurter à une contestation
sérieuse ou toute créance dont il peut être établi qu'elle est privée de l'un au moins de ces trois
critères est exclue de la procédure d’injonction de payer28.
Les caractéristiques de la créance indispensables pour la mise en œuvre de la procédure
d’injonction de payer sont communes aux deux systèmes OHADA/Français. Il en va aussi de
leur nature.
A cet effet, la Cour commune de justice et d’arbitrage a dans sa jurisprudence de l’arrêt n°
189/2015 du 23 décembre 2015, dégagée la position selon laquelle la mise en œuvre de la
procédure d’injonction de payer telle que prévu en droit OHADA ne peut avoir lieu lorsque
les caractères de certitude et de liquidité de la créance à recouvrer font défaut. Comme dans la
législation antérieure, cette exigence textuelle emporte plusieurs conséquences : le
recouvrement par cette procédure est exclu pour toutes créances futures, éventuelles,
hypothétiques, non déterminables dans leur montant ou dont le terme n’est pas échu ; il
appartient au créancier initiateur de prouver ces caractéristiques ; enfin, l’AURVE n’a pas
limité le montant de la créance.
En outre, la créance doit revêtir une certaine nature.
B- La nature de la créance
27
Xavier Bienvenu Kitsimbou, op cit, p.5.
28
Ibid.
29
Article 2 AUPSRVE indique que « La procédure d’injonction de payer peut être introduite lorsque : 1° la
créance a une cause contractuelle ; 2° l’engagement résulte de l’émission ou de l’acceptation de tout effet de
commerce, ou d’un chèque dont la provision s’est révélée inexistante ou insuffisante ».
30
LUPETU SIDIBE Cheick, op cit.
Mais, conformément à l’article 78 de l’acte uniforme portant organisation des procédures
collectives d’apurement du passif, le créancier a l’obligation de produire (déclarer) sa créance
auprès du syndic de la procédure dans le délai légal31.
La mise en œuvre de la procédure d’IP suppose la réunion des conditions qui, sans être
cumulatives, restent déterminantes sur la validité de l’action judiciaire. Pour recourir à la
procédure d’IP il faut encore que la créance, objet de la procédure, résulte d’une obligation
contractuelle, que la créance, objet de la procédure, résulte d’une obligation statutaire et que
la créance, objet de la procédure, résulte de la souscription d’un instrument de crédit 32.
Par créance contractuelle, il faut entendre toutes celles qui sont nées de la conclusion d’un
contrat conformément à l’article 1101 du Code civil qui stipule que « le contrat est une
convention par laquelle une ou plusieurs personnes s'obligent, envers une ou plusieurs autres,
à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose ». On peut citer le cas d’un contrat de vente,
de bail, d’entreprise, de dépôt, de prêt, d’assurance, de caution etc33.
Lorsque la créance est d'origine contractuelle, la détermination de son montant est faite par
application des stipulations contractuelles, y compris, le cas échéant, d'une clause pénale 34.
C’est dire que pour qu’une créance ait une cause contractuelle, il faut qu’elle tire son origine
d’un contrat civil ou d’un contrat commercial. Ainsi donc, la procédure d’injonction de payer
n’est pas possible pour des créances qui sont nées d’un délit, d’un quasi-délit ou d’un quasi-
contrat35.
Les créances nées d’un quasi contrat sont exclues de la procédure. Le quasi contrat est une
expression désignant les engagements qui se forment sans convention et qui résultent de la
seule autorité de la loi36. C’est le cas de l'enrichissement sans cause, donnant lieu à une action
en répétition de l'indu. Sont également exclus de la procédure, les créances nées d’un délit ou
quasi-délit. Le quasi-délit est un acte dommageable non intentionnel résultant d'une simple
faute d'imprudence ou de négligence, si légère soit elle37.
Relativement aux créances résultant d’obligation statutaire, il s’agit des créances dues au titre
d’un statut légal dont l’adhésion est le plus souvent exigée dans le cadre de l’exercice d’une
activité professionnelle38. On peut citer à titre d’illustration, une obligation de type statutaire
31
LUPETU SIDIBE Cheick, op cit.
32
Xavier Bienvenu Kitsimbou, op cit, p.5.
33
Ibid.
34
Ibid.
35
Ibid.
36
Ibid.
37
Ibid.
38
Aurelien Bamdé, Comment obtenir le règlement d’une facture impayée : la procédure d’injonction de payer,
[Link]
des cotisations dues à une caisse de retraite, la sécurité sociale, une créance en matière de
copropriété.
Pour les créances résultant de la souscription d’un instrument de crédit qui résultent de la
souscription de trois instruments de crédit différents et de certains actes y afférents : les
engagements résultant de l'acceptation ou du tirage d'une lettre de change ; de la souscription
d'un billet à ordre ou de l'endossement ou de l'aval de l'un ou de l'autre de ces titres39.
En Droit français comme en droit OHADA, pour introduire une procédure d’injonction de
payer, il faut que, soit la créance ait une cause contractuelle, soit que l’engagement résulte de
l’émission ou de l’acceptation de tout effet de commerce40.
Il ressort de cette présentation que les considérations formulées dans les dispositifs Français et
OHADA sont sensiblement identiques41. Le législateur OHADA s’est contenté de reproduire
l’économie générale du régime mis en place par son homologue français.
L’injonction de payer se fait suivant une procédure.
La procédure d’injonction de payer, telle que prévue par le droit OHADA, se décompose en
plusieurs étapes clés qui en assurent la cohérence et l’efficacité. Dans un premier temps, il
importe de s’intéresser à l’initiation de la procédure (Paragraphe 1), laquelle débute par le
dépôt d’une requête unilatérale du créancier auprès du juge compétent. Cette phase inclut
également différentes autres étapes. Le déroulement de cette procédure repose sur un
formalisme précis qui vise à garantir un équilibre entre célérité du recouvrement et respect des
principes du de l’IP.
Dans un second temps, l’analyse portera sur les mécanismes permettant au débiteur de
contester l’ordonnance rendue (Paragraphe 2), notamment par le biais de l’opposition.
En principe, la juridiction compétente devant laquelle la demande doit être formulée, est
laissée à l’organisation judiciaire de chaque pays. En France, la compétence de la juridiction à
laquelle il convient de s'adresser dépend de la nature et du montant de la créance.
Le système OHADA ne distingue pas selon la nature et le montant de la créance, objet de la
procédure. Au sens de l’article 3, « la demande est formée par requête auprès de la juridiction
compétente du domicile ou du lieu où demeure effectivement le débiteur ou l'un d'entre eux en
cas de pluralité de débiteurs ».
De cet article, il ressort que le domicile du débiteur est le critère de détermination de la
compétence du tribunal42. Une latitude est également donnée au créancier de choisir la
juridiction qui lui convient en fonction du lieu où se trouve un des débiteurs en cas de
pluralité43. Ainsi un créancier ne saurait donc porter une demande devant le tribunal du lieu de
livraison effective de la chose ou de l’exécution de la prestation. Toutefois, les parties peuvent
déroger à ces règles de compétence au moyen d'une élection de domicile prévue au contrat 44.
L'incompétence territoriale ne peut être soulevée que par la juridiction saisie de la requête ou
par le débiteur lors de l'instance introduite pour opposition.
Ainsi, sur la compétence territoriale de la juridiction, la procédure d’injonction de payer ne
fait pas exception à la maxime actor sequitur forem rei qui signifie que le tribunal
territorialement compétent est celui du défendeur45. Comme cela résulte de l’article 3 de
l’AUVE, la juridiction compétente est celle du domicile ou du lieu où réside effectivement le
débiteur ou l’un d’entre eux en cas de pluralité de débiteurs46.
S’agissant de la compétence matérielle, c’est la juridiction compétente en matière civile selon
l’organisation judiciaire de chaque Etat-parti qui doit connaitre de cette procédure. Il faut tout
de même préciser que ce n’est pas la juridiction elle-même qui est compétente pour statuer sur
42
Xavier Bienvenu Kitsimbou, op cit, p.7.
43
Ibid.
44
Xavier Bienvenu Kitsimbou, op cit, p.7.
45
Karamoko Diamion Kaba, La procédure d’injonction de payer en droit OHADA en bref, [Link]-
[Link]/articles/procedure-injonction-payer-droit-ohada-bref,[Link], consulté le 03 Mai 2025 à 19H06.
46
Ibid.
une requête aux fins d’injonction de payer, mais plutôt son président qui constitue la
juridiction présidentielle47.
De plus, l’ordonnance doit faire l’objet d’une signification.
Aux termes de l’article 1406 du code de procédure civile français, « si, au vu des documents
produits, la demande lui paraît fondée en tout ou partie, le juge rend une ordonnance portant
injonction de payer pour la somme qu'il retient. Si le juge rejette la requête, sa décision est
sans recours pour le créancier, sauf à celui-ci à procéder selon les voies de droit commun. Si
le juge ne retient la requête que pour partie, sa décision est également sans recours pour le
créancier, sauf à celui-ci à ne pas signifier l'ordonnance et à procéder selon les voies de droit
commun ».
Le législateur OHADA a sensiblement reproduit la même démarche à l’article 5 de
l’AUPRSVE. Aux termes de cet article, « si, au vu des documents produits, la demande lui
paraît fondée en tout ou partie, le président de la juridiction compétente rend une décision
portant injonction de payer pour la somme qu'il fixe. Si le président de la juridiction
compétente rejette en tout ou en partie la requête, sa décision est sans recours pour le
créancier sauf à celui-ci à procéder selon les voies de droit commun ».
Lorsqu’il estime, au vu des pièces, que la demande est fondée en tout ou en partie, le
président de la juridiction compétente rend une ordonnance d’injonction de payer pour le
montant qu’il fixe dans sa décision48.
Il faut préciser que cette ordonnance peut accueillir partiellement les prétentions du requérant
en ordonnant le paiement d’une partie du montant réclamé et en rejetant l’autre partie en
fonction des pièces justificatives produites par le créancier49.
Le créancier qui a bénéficié d’une ordonnance d’injonction de payer doit la signifier au
débiteur dans un délai de trois mois à compter de la date à laquelle l’ordonnance a été
rendue50.
Cette signification qui doit se faire par acte extrajudiciaire, doit contenir les mentions
indiquées à l’article 8 de l’AUVE, qui sont : la sommation d’avoir à payer le montant indiqué
dans l’ordonnance ou lorsque le débiteur entend faire valoir des moyens de défense, à former
47
Karamoko Diamion Kaba, op cit.
48
Ibid.
49
Ibid.
50
Karamoko Diamion Kaba, op cit.
opposition en indiquant le délai dans lequel elle doit être faite ; la juridiction devant laquelle
elle doit être portée et les formes selon lesquelles elle doit être faites.
Elle doit indiquer également au débiteur qu’il peut prendre connaissance des documents
produits par le créancier au greffe de la juridiction dont le président a rendu l’ordonnance
d’injonction de payer et qu’à défaut de faire opposition dans le délai indiqué il peut être
contraint par toutes voies de droit au paiement de la somme indiquée dans l’ordonnance51.
La sanction de l’inobservation de l’obligation de signification dans le délai de trois mois est
que l’ordonnance d’injonction de payer sera non avenue. Donc elle sera privée de tout effet
comme si elle n’avait jamais existé.
Quant aux mentions obligatoires de l’exploit de signification, leur inobservation est
sanctionnée par la nullité de l’exploit. A titre d’illustration, la Cour d’appel de Ouagadougou a
jugé dans l’arrêt n°043 du 20 juin 2008 qu’il y a lieu d’annuler l’exploit qui porte à la
connaissance du débiteur l’existence d’une ordonnance d’injonction de payer sans indiquer le
montant des intérêts et frais de greffe, dès lors qu’il ne permet pas au débiteur de connaitre
l’étendue de son obligation.
Il est également prévu des voies de recours faisant l’objet d’une certaine exécution.
Les voies de recours sont notamment l’opposition (A). En cas d’échec de ces voies de recours,
l’ordonnance peut faire l’objet d’une exécution forcée (B).
A- L’opposition
51
Ibid.
52
Xavier Bienvenu Kitsimbou, op cit, p.9.
récépissé, ou d'une lettre recommandée adressée au greffe du tribunal ayant rendu la
décision53. Elle doit être formée dans le mois qui suit la signification de l'ordonnance si celle-
ci a été faite à personne c’est-à-dire que l’ordonnance a été remise en mains propres ou bien
dans le mois qui suit le premier acte signifié à personne ou à défaut, suivant la première
mesure d'exécution ayant pour effet de rendre indisponibles en tout ou partie les biens du
débiteur54.
Lorsqu’une ordonnance d’injonction de payer est rendue contre un débiteur, si celui-ci entend
contester cette décision, il doit former opposition dans les quinze jours suivant la signification
à personne de l’ordonnance d’injonction de payer55. Si la signification n’a pas été faite à
personne, ce délai commence à courir à partir de la première mesure d’exécution rendant
indisponible tout ou partie des biens du débiteur56.
Ainsi, le législateur communautaire, pour se rassurer que le débiteur est effectivement informé
de l’existence de l’ordonnance, exige qu’il soit personnellement touché par l’exploit de
signification ou qu’une partie de ses biens soit rendue indisponible, pour que le délai
d’exercice de l’opposition commence à courir à son égard57.
La juridiction compétente pour statuer sur l’opposition est celle dont le président a rendu
l’ordonnance d’injonction de payer. Cette juridiction une fois saisie de l’opposition, procède à
une tentative de conciliation.
Tout comme la signification, la requête portant opposition de l’ordonnance obéit à un certain
formalisme formulé par l’article 11 de l’Acte uniforme « L'opposant est tenu, à peine de
déchéance, et dans le même acte que celui de l'opposition :
- de signifier son recours à toutes les parties et au greffe de la juridiction ayant rendu la
décision d'injonction de payer ;
- de servir assignation à comparaître devant la juridiction compétente à une date fixe qui ne
saurait excéder le délai de trente jours à compter de l'opposition. La demande tendant à
l'apposition de la formule exécutoire est formée au greffe par simple déclaration écrite ou
verbale. La décision est non avenue si la demande du créancier n'a pas été présentée dans les
deux mois suivant l'expiration du délai d'opposition ou le désistement du débiteur ».
En l’absence de cette opposition ou en cas d’échec, l’exécution forcée peut être prononcée.
53
Karamoko Diamion Kaba, op cit.
54
Ibid.
55
Ibid.
56
Ibid.
57
Xavier Bienvenu Kitsimbou, op cit, p.9.
B- L’exécution forcée
L’opposition est la procédure par laquelle un débiteur peut contester une décision d’injonction
de payer devant le juge qui a rendu la décision. Malgré le caractère non contradictoire de la
procédure, la partie débitrice dispose des voies de recours qui lui permettent de faire valoir
éventuellement ses arguments58.
Mais en cas d’absence d’opposition dans les quinze jours dans l’espace OHADA et dans le
mois qui suit la signification en Droit français, ou encore en cas de désistement du débiteur
qui a formé opposition, le créancier peut demander l’apposition de la formule exécutoire sur
cette décision59.
Celle-ci produit alors tous les effets d'une décision contradictoire et n'est pas susceptible
d'appel. Revêtue de la formule exécutoire donc de la force exécutoire, la décision portant
injonction de payer s’impose au débiteur et permet de recourir à la force publique si celui-ci
n’exécute pas la décision de façon spontanée ou volontaire60.
La demande tendant à l'apposition de la formule exécutoire est formée au greffe par simple
déclaration écrite ou verbale. Il est à noter que cette décision est non avenue si la demande du
créancier n'a pas été présentée dans les deux mois (OHADA) suivant l'expiration du délai
d'opposition ou le désistement du débiteur61.
Pour surmonter la carence sinon la défaillance de son débiteur, le créancier a besoin d’un titre
exécutoire qui lui permette d’engager la procédure d’exécution forcée. Or, sauf si le débiteur
consent à s’engager à régulariser sa créance, le créancier devra obtenir une grosse du
jugement de condamnation qui constitue un titre exécutoire62.
58
Xavier Bienvenu Kitsimbou, op cit, p.9.
59
Cette décision revêtue de la formule exécutoire permet de recourir à une exécution forcée en constatant
l’existence de la créance objet de la procédure. Elle permet aussi de justifier les voies d’exécution susceptibles
d’être menées contre le débiteur.
60
La force exécutoire a un effet légal attaché à une décision de justice, qu'elle soit juridictionnelle ou gracieuse,
à un acte notarié ou à certains actes de l'Administration, qui permet de faire procéder à une saisie contre un
débiteur ou d'expulser l'occupant d'un local, en recourant au besoin à la force publique.
61
Xavier Bienvenu Kitsimbou, op cit, p.11.
62
Xavier Bienvenu Kitsimbou, op cit, p.11.
par les créanciers. D’une part, cette procédure présente l’avantage d’être à la fois rapide et peu
coûteuse (Section 1), ce qui la rend accessible à un large éventail d’usagers du système
judiciaire, qu’il s’agisse de particuliers, de petites entreprises ou de grandes structures
commerciales.
D’autre part, l’injonction de payer constitue un mécanisme spécialement conçu pour répondre
aux attentes et aux intérêts des créanciers (Section 2), en leur offrant une voie efficace et
simplifiée pour faire valoir leurs droits sans passer par les lourdeurs d’un procès classique.
68
Ibid.
69
Ibid.
70
Ibid.
71
Ursul Mombauhi GNOOUIMBA, op cit, p.21.
72
Ibid.
73
Ibid.
74
Ursul Mombauhi GNOOUIMBA, op cit, p.21.
De toutes les façons, le président permettra de parer au mieux, au dilatoire dans le
recouvrement s'il déclare, à l'analyse de la requête et des pièces, sa juridiction incompétente
ou s'il ordonne le paiement en vertu du support conventionnel.
On note aussi une réduction des coûts de recouvrement.
La réduction des couts de la procédure d’OP est observable en comparaison avec les
procédures classiques (A) et une accessibilité pour les créanciers (B).
75
LUPETU SIDIBE Cheick, op cit.
76
LegalCity, Les avantages de l’injonction de payer,
[Link]/les-avantages-de-linjonction-de-payer/#:~:text=Réduction%20des%20coûts%3A%20Comparée
%20à,audiences%20judiciaires%20longues%20et%20coûteuses, consulté le 03 Mai 2025 à 21H46.
77
Xavier Bienvenu Kitsimbou, op cit, p.4.
De façon générale, l’obtention d’un jugement de condamnation implique la mise en œuvre de
procédures judiciaires, souvent complexes, la plupart du temps incompréhensibles pour le non
initié, et génératrices, par conséquent, de coûts très importants78.
Cette procédure permet au requérant d’obtenir le titre exécutoire sans la lourdeur et le coût
d’une comparution devant une juridiction.
On note aussi une accessibilité de la procédure pour les créanciers.
La procédure d’injonction de payer peut-être introduite par tout créancier (qu’il soit personne
physique ou morale) lorsque sa créance a une origine contractuelle ; ou son engagement
résulte de l’émission ou de l’acceptation de tout effet de commerce, ou d’un chèque dont la
provision s’est révélée inexistante ou insuffisante.
La simplicité et l’accessibilité des procédures d’injonction de payer et cèdent aux lourdeurs
visent à pallier les lourdeurs des procédures ordinaires de recouvrement de créance. Le
législateur OHADA, s’il a mis à la disposition des Etats signataires du traité OHADA des
procédures particulières d’injonction de payer, de restituer ou de délivrer, c’est parce, en
dehors du soucis de mettre fin à l’insécurité juridique qui l’animait, il voulait procurer à ces
Etats un droit accessible pour recouvrer leurs créances, en plus de la procédure ordinaire
d’assignation qui était à leur portée79.
Ainsi, "en droit OHADA, la procédure d’injonction de payer se veut accessible aux
créanciers, dans la mesure où elle leur permet d’obtenir rapidement un titre exécutoire sans
passer par une procédure contentieuse classique. Toutefois, cette accessibilité reste encadrée
par des conditions strictes, notamment l’exigence que la créance soit certaine, liquide et
exigible, ce qui exclut les créances futures, éventuelles ou hypothétiques.
C’est au créancier qu’il revient de démontrer que sa demande remplit ces critères, même si
l’Acte uniforme relatif à l’organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des
voies d’exécution (AURVE) ne prévoit aucune limitation quant au montant de la créance.
L’injonction apparait aussi comme un mécanisme adapté aux besoins des créanciers.
78
Ibid, p.11.
79
LEBON KALERA Marcellin, La simplicité et la rapidité du recouvrement des créances sous OHADA : échec en
République Démocratique du Congo, [Link]/la-simplicite-et-la-rapidite-du-recouvrement-des-
creances-sous-ohada-echec-en-republique-democratique-du-congo/, consulté le 03 Mai 2025 à 22H15.
Le mécanisme de l’injonction de payer apparaît comme une réponse juridiquement adaptée
aux besoins spécifiques des créanciers, en leur offrant un outil efficace, rapide et peu
formaliste pour recouvrer les sommes qui leur sont dues. Ce dispositif présente un intérêt
particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME), souvent confrontées à des
difficultés de trésorerie dues aux impayés, mais aussi pour les grandes entreprises qui, du fait
du volume de leurs transactions commerciales, ont besoin de solutions standardisées et peu
coûteuses pour gérer les contentieux liés aux créances (Paragraphe 1).
En outre, l’instauration d’un régime harmonisé de l’injonction de payer dans l’espace
OHADA constitue un atout majeur pour la sécurité juridique et la cohérence des pratiques
dans les États membres. Cette harmonisation permet non seulement d’assurer une meilleure
lisibilité des règles applicables au recouvrement des créances civiles et commerciales, mais
aussi de favoriser la confiance des investisseurs et des opérateurs économiques, qui
bénéficient désormais d’un cadre normatif commun et prévisible (Paragraphe 2).
Elle contribue ainsi à renforcer l’attractivité du droit OHADA et à promouvoir une justice
commerciale plus efficiente, au service du développement économique régional.
L’injonction de payer apparait comme une solution pour les entreprises notamment au niveau
de l’impact sur leur trésorerie (A) et de la prévention des impayés (B).
Lorsque les méthodes de règlement amiable de l’impayé se sont révélées inefficaces, le chef
d’entreprise doit envisager des mesures plus contraignantes à l’encontre de son débiteur en
agissant directement devant les tribunaux80. À ce titre, l'injonction de payer est un moyen très
simple pour une entreprise de recouvrer sa créance et présente l'avantage d'être une procédure
judiciaire rapide et peu coûteuse81.
Pour les entreprises, cette procédure constitue un outil rapide et peu coûteux pour le
recouvrement de créances certaines, liquides et exigibles. Par la facilitation de l’obtention
80
Inforeg, L'injonction de payer, [Link]/web/reglementation/developpement-
entreprise/droit-affaires/l-injonction-de-payer, consulté le 03 Mai 2025 à 22H24.
81
Ibid.
d'un titre exécutoire sans passer par une procédure contentieuse ordinaire, elle permet une
amélioration de la liquidité et la capacité des entreprises à faire face à leurs engagements
financiers. Cette efficacité contribue à renforcer la stabilité financière des entreprises
créancières.
Par ailleurs, pour les entreprises débitrices, l'injonction de payer peut engendrer une pression
financière accrue. La rapidité de la procédure peut surprendre des entreprises non préparées,
les contraignant à mobiliser rapidement des ressources pour éviter des mesures d'exécution
forcée. Cela peut fragiliser leur équilibre de trésorerie, surtout si elles ne disposent pas
immédiatement des fonds nécessaires pour honorer la dette.
De plus, bien que le débiteur ait la possibilité de former opposition, cette démarche nécessite
une réactivité et une mobilisation de ressources juridiques, ce qui peut être difficile pour
certaines entreprises.
Elle permet en outre, une prévention des impayés.
L’harmonisation de la procédure d’injonction de payer passe par une uniformisation des règles
dans les États membres (A) et une sécurité juridique pour les opérateurs économiques (B).
Avant l'adoption de l'Acte Uniforme, l'injonction de payer connut de fortunes diverses. Les
législations antérieures des Etats membres avaient des dispositions différentes quant au
montant de la créance88.
Chaque Etat avait ses règles spécifiques qui se démarquaient des autres Etats. Cette
différenciation des législations a eu un impact sur les activités des opérateurs économiques.
D'où la nécessité d'une harmonisation des règles applicables et à appliquer dans l'ensemble
des Etats.
C'est dans cet esprit que l'Acte Uniforme fait son apparition en créant un cadre juridique
commun et applicable l tous les Etats membres. L'OHADA a été créée pour faciliter la
normalisation juridique et favoriser la sécurité juridique et judiciaire des affaires au sein des
Etats parties89.
À l'instar d'autres pays du monde qui ont entrepris des regroupements politiques et/ou
économiques pour faire face à la mondialisation des réalités économiques, les États de la Zone
Franc CFA, rejoints par les Comores et la Guinée, ont décidé d'harmoniser leur droit des
86
Lefebvre Dalloz, Recouvrement des impayés, [Link]/dossier/procedures-en-
contentieux/recouvrement-des-impayes, consulté le 03 Mai 2025 à 22H47.
87
Ibid.
88
Xavier Bienvenu Kitsimbou, op cit, p.4.
89
Ibid.
affaires pour offrir aux opérateurs économiques, étrangers et locaux, une législation moderne,
adaptée aux nouveaux défis de l'économie90.
La réforme sur les voies d’exécution et le recouvrement est notable également par le défi
d’harmonisation qu’elle a su relever, dans une matière pour laquelle on sait que les États sont
souvent peu enclins à abandonner leur souveraineté.
C’est cette difficulté de rechercher, et de trouver, un accord entre les dix-sept États-membres
qui explique en grande partie que l’ancien AUPSRVE n’avait pas fait jusqu’ici l’objet d’une
révision, contrairement à la plupart des autres actes uniformes91.
Cela explique également que le processus de réforme ait été particulièrement long, alors qu’il
avait été entamé il y a longtemps en raison des critiques de la pratique et du développement de
jurisprudences contra legem92.
Les objectifs affichés par cette réforme sont de faciliter davantage les procédures de
recouvrement des créances commerciales dans les États-membres de l'OHADA, en offrant
une réglementation plus claire, des procédures plus rapides et plus efficaces93.
La sécurité juridique est un des objectifs fondamentaux des droits de tradition continentale,
qui y répondent notamment par la technique de la codification. Cela se traduit par des
dispositions écrites, au sein d’un plan organisé, avec le cas échéant des définitions, et l’énoncé
de règles de principe qui permettront de résoudre des questions issues de dispositions
particulières94.
Le nouvel AUPSRVE se conforme à cette technique législative, par la consécration d’un
chapitre préliminaire, intitulé « dispositions communes ».
Ce chapitre, en son article 1er, détermine textuellement le champ d’application de l’acte, ce qui
n’avait pas été fait dans le précédent. Positivement, l’acte « s’applique aux procédures
d’injonction de payer et d’injonction de délivrer ou de restituer, aux saisies conservatoires et
aux voies d’exécution » ; négativement, il ne s’applique pas « aux saisies de navires ou
90
Ibid.
91
Claire Séjean-Chazal, La réforme du droit OHADA du recouvrement,
[Link]/article-juridique/105969228-le-point-sur-la-reforme-du-droit-ohada-du-recouvrement,
consulté le 03 Mai 2025 à 23H28.
92
Claire Séjean-Chazal, op cit.
93
Ibid.
94
Ibid.
d’aéronefs [… au] recouvrement des créances publiques ; [aux] mesures conservatoires
prévues par d’autres actes uniformes ». L’article 1-1, quant à lui, donne une liste de
définitions des termes utiles à l’application de l’acte, tel que « cahier des charges », « jour
ouvrable », « signification », ou encore « tiers saisi ». Des « Dispositions générales » se
retrouvent également en tête du Livre II sur les voies d’exécution.
Au sein de ces dispositions communes, il faut souligner que certaines posent de nouvelles
règles uniformes, là où il était jusqu’à présent renvoyé aux droits nationaux. Un tel renvoi
était nécessairement cause d’insécurité en raison du risque de divergences dans l’application
des procédures communes95.
Ainsi, les nouveaux articles 1-9, 1-10 et 1-11 déterminent désormais de manière unifiée les
modalités de la signification à personne. De la même manière, le nouvel article 51 donne une
liste de biens uniformément considérés comme insaisissables dans tous les États-membres. Le
recul du renvoi aux lois nationales ne peut être qu’un facteur de sécurité juridique 96.
Quant au nouvel article 30, il a vocation à réduire la forte insécurité liée au contentieux
nombreux et changeant relatif aux immunités d’exécution. Cette disposition consacre
textuellement la faculté de renonciation au bénéfice de l’immunité, qui n’était que
jurisprudentielle97. Mais surtout, elle s’efforce de donner une définition des personnes
bénéficiant de l’immunité, comme étant « les personnes morales de droit public », consacrant
ainsi la jurisprudence « Togo Telecom »98.
Elle accompagne cette définition d’une liste non exhaustive de personnes morales considérées
comme publiques (État, collectivités territoriales, établissements publics). Pourtant, derrière
ces progrès, des insécurités demeurent. En effet, l’absence de la notion d’« entreprise
publique » inquiète. La liste n’étant pas exhaustive, cet « oubli » signifie-t-il que les
entreprises, constituées sous une forme de droit privé, mais au capital desquelles prend part
une personne morale de droit public, pourront désormais bénéficier de l’immunité
d’exécution ?99
La stabilité récente de la jurisprudence de la CCJA laisse espérer que ce ne sera pas le cas,
sous peine de voir renaître une insécurité liée à la volonté discrétionnaire des États.
Pour finir, évoquons le nouvel article 1-16. Il consacre, à titre de principe directeur encadrant
les vices de forme, les règles « pas de nullité sans texte » et « pas de nullité sans grief », cette
95
Ibid.
96
Claire Séjean-Chazal, op cit.
97
L. Pongo-Wonya, Les immunités d’exécution à la lumière de la jurisprudence de la jurisprudence de la CCJA,
[Link], Ohadata D-23-06.
98
V. CCJA, 1ère ch., n° 43-2005, 7 juillet 2005.
99
Claire Séjean-Chazal, op cit.
dernière n’existant jusqu’alors que dans le cadre de la saisie immobilière100. Ainsi, le juge ne
sera plus un « distributeur automatique de nullité », et devra vérifier l’existence réelle d’un
préjudice avant d’anéantir un acte de procédure101.
La procédure d’injonction de payer occupe une place essentielle dans le dispositif juridique de
recouvrement des créances civiles et commerciales, en particulier dans l’espace OHADA où
la promotion de la sécurité juridique et judiciaire constitue un levier fondamental de
l’intégration économique. Conçue comme une voie rapide, peu coûteuse et simplifiée
permettant au créancier d’obtenir un titre exécutoire sans avoir à engager une procédure
contentieuse classique, l’injonction de payer est censée répondre aux exigences d’efficacité et
de célérité de la justice. Cependant, dans la pratique, cette procédure ne produit pas toujours
les effets escomptés. De nombreux obstacles, à la fois d’ordre juridique, institutionnel et
pratique, viennent entraver son bon fonctionnement. Ces entraves concernent notamment la
lourdeur administrative, la méconnaissance du mécanisme par certains acteurs judiciaires, les
délais parfois excessifs dans le traitement des dossiers, ainsi que l’absence de garanties
suffisantes pour le débiteur, ce qui soulève des questions d’équilibre entre les parties.
Dans ce contexte, il devient impératif d’engager une réflexion approfondie sur les causes de
cette inefficacité et sur les moyens d’y remédier. L’amélioration de la procédure d’injonction
100
Ibid.
101
Ibid.
de payer apparaît non seulement comme une exigence de justice, mais aussi comme une
nécessité économique dans un espace où le dynamisme des échanges commerciaux et la
confiance des investisseurs dépendent largement de la fiabilité du système judiciaire. Il s’agit
donc, dans un premier temps, de mettre en lumière les principaux obstacles à l’efficacité de
l’injonction de payer (Chapitre 1).
Ensuite, à la lumière de ces constats, il convient d’envisager des perspectives d’amélioration
(Chapitre 2), à travers des propositions de réforme, une meilleure formation des acteurs, et
une modernisation des outils procéduraux, afin de rendre cette procédure véritablement
efficace dans l’espace OHADA.
La lourdeur de certaines démarches s’observe à travers les délais de traitement dans certaines
juridictions (A) et l’insuffisance de la dématérialisation (B).
117
Ibid, p.160.
118
Art. 7 al. 1 de l’AUVE.
119
Amevi De Saba, op cit, p.160.
120
Ibid.
En principe, l’injonction de paiement est conçue pour que le débiteur intervienne le moins
possible dans la procédure. C’est la condition même de son efficacité. Cet objectif est assuré
par le mécanisme de l’inversion du contentieux qui conduit le juge à délivrer un ordre de
paiement à la seule requête du créancier et à subordonner le débat contradictoire à la réaction
du débiteur121. Cette technique permet d’éviter les lenteurs que l’on observe dans la procédure
ordinaire d’assignation122.
L’injonction de payer, mécanisme introduit par l’Acte uniforme OHADA portant organisation
des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution, vise à offrir un recours
rapide au créancier pour l’obtention d’un titre exécutoire sans recourir à une procédure
contentieuse classique. Toutefois, dans certaines juridictions des États membres de l’OHADA,
les délais d’obtention de cette ordonnance sont largement détournés de l’esprit de célérité
voulu par le législateur OHADA. En effet, la lourdeur procédure et la lenteur administrative,
le manque de personnel judiciaire et l’engorgement des juridictions entraînent très souvent
des retards injustifiés. L’ordonnance d’injonction de payer, censée être rendue dans un délai
très court peut souvent prendre parfois prendre plusieurs mois pour être rendues, vidant ainsi
le dispositif de son efficacité.
Cette situation soulève une critique fondamentale quant à la mise en œuvre effective de l’Acte
uniforme dans les États parties. Le non-respect des délais remet en cause la sécurité juridique
des créanciers et fragilise la confiance dans l’appareil judiciaire.
Par ailleurs, l’absence de moyens de coercition à l’encontre des juridictions retardataires ou
de mécanismes contraignants pour garantir le respect des délais contribue à l’impunité
institutionnelle. Si l’OHADA a su harmoniser les textes, l’effectivité de ces normes dans les
pratiques judiciaires nationales reste un défi majeur.
En outre, malgré le caractère sommaire de l’analyse des requêtes, sa mise en œuvre prend un
certain temps qui conduit, en pratique, les créanciers à attendre des semaines, voire des mois
avant de connaître le sort réservé à leurs demandes123. Le président de la chambre nationale
des huissiers du Togo regrette cette lenteur lorsqu’il affirme que « il faut (…) 1367 jours pour
obtenir une injonction de payer et vider le contentieux qui lui est lié »124. Ce constat est
contraire au but de célérité visé par la procédure d’injonction de paiement.
On note aussi une insuffisance de la dématérialisation.
121
CORREA DELCASSO (J.P.), « Le tire exécutoire européen et l’inversion du contentieux », RIDC 2001-1, p. 68.
122
Amevi De Saba, op cit, p.169.
123
SAMA BOTCHO (A.T.), « Les entraves à l’exécution par l’huissier des décisions de justice », Rev. togolaise des
sciences juridiques (RTSJ), n° 0000, janv.-juin 2011, p. 99.
124
Amevi De Saba, op cit, p.96.
B- L’insuffisance de la dématérialisation de l’injonction de payer
L’examen institué par les pays de l’OHADA et certains pays européens a bien des utilités. Il
permet tout d’abord d’écarter les demandes abusives ou fantaisistes dans la mesure où
l’organe compétent opère un tri et ne retient que les demandes justifiées125. Ensuite, le
deuxième avantage, qui n’est que la conséquence du premier, est l’évitement des oppositions
qui encombreraient les tribunaux en l’absence d’un contrôle initial126.
Enfin, l’intervention du juge permet d’instruire contradictoirement les requêtes dans une
procédure dans laquelle le débiteur n’est pas appelé127. Ces avantages non négligeables
n’empêchent pas de s’interroger sur l’opportunité de l’intervention judiciaire dans une
procédure fondée sur l’inversion du contentieux128.
L’exigence de l’examen des preuves fournies à l’appui de la demande empêche la
dématérialisation de la procédure et le traitement électronique des données.
En droit français, la dématérialisation est plus poussée, ce qui n’est pas le cas en droit
OHADA. En effet, très souvent, outre les registres sur forme papier dans lesquels sont inscrits
les noms, prénoms, professions et domiciles des créanciers et débiteurs, la date de l’injonction
de payer ou celle du refus de l’accorder, le montant et la cause de la dette, la date de la
délivrance de l’expédition, la date de l’opposition si elle est formée, celle de la convocation
des parties et de la décision rendue sur opposition, la réforme a prévu la possibilité de prévoir
des registres électroniques dans lesquels seront portées les mêmes informations.
On peut relever que la réforme consacre l’équivalence des formes papier et électronique des
actes, ainsi que la possibilité, aux côtés de la traditionnelle signification papier, d’une
signification par voie électronique129.
Au-delà de la modernisation, cette faculté de dématérialisation des procédures vise
vraisemblablement à les simplifier et les accélérer, afin d’éviter notamment la lenteur d’une
125
S. GUINCHARD, L’ambition raisonnée d’une justice apaisée : Rapport de la commission sur la répartition des
contentieux, éd. La documentation française, Paris 2008, p. 81.
126
Ibid.
127
S. GUINCHARD (Dir.), op. cit. p. 81; HERON (J.), LE BARS (T.), Droit judiciaire privé, Paris, LGDJ, 6ème éd.
2015, p. 463.
128
CORREA DELCASSO (J.P), « Le titre exécutoire européen et l’inversion du contentieux », RIDC 2001-1, p. 63 s.
129
V. AUPSRVE, art. 1-8.
signification papier à personne130. Cependant, cette innovation paraît unanimement utopique à
l’heure actuelle, compte tenu de la réalité de terrain de la zone OHADA.
Il existe également des limites liées à la protection des débiteurs.
L’équilibre entre le créancier et le débiteur dans l’injonction de payer est souvent mise à mal.
On note un risque d’abus par certains créanciers (A) et la nécessité d’un meilleur encadrement
(B).
Une mesure d’exécution peut être jugée inutile, auquel cas, elle n’a pas sa raison d’être.
L’inutilité s’explique, le plus souvent, par le fait que la créance a déjà été recouvrée. La
mesure d’exécution peut aussi être jugée exagérée. Dans cette hypothèse, il existe une
disproportion entre celle-ci et la créance en elle-même131.
130
Claire Séjean-Chazal, La réforme du droit OHADA du recouvrement,
[Link]/article-juridique/105969228-le-point-sur-la-reforme-du-droit-ohada-du-recouvrement,
consulté le 07 Mai 2025 à 18H26.
131
Ndiaye, N. C. M, L’intérêt des parties dans l’abus d’exercice des voies de droit, Revue générale de droit, 2015,
p.38.
Le créancier devra donc répondre de cette disproportion, puisqu’il avait la possibilité de
choisir la mesure appropriée. La responsabilité du demandeur pourra alors être facilement
engagée parce que son action risquerait de causer un grave préjudice matériel au défendeur,
voire sa ruine132. Le juge se contente souvent d’une simple imprudence pour fonder la
responsabilité.
Ainsi, la protection de l’intérêt patrimonial du débiteur, en considération de la favor debitoris
est assurée par la sanction de l’exercice d’une mesure d’exécution inutile. L’abus serait alors
caractérisé si le créancier procède à une saisie alors que le recouvrement de son dû était assuré
et ne nécessitait aucune mise en œuvre d’une mesure d’exécution133.
Par ailleurs, la procédure d’injonction de payer, telle que prévue par l’Acte uniforme OHADA
portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution est
généralement perçue comme une voie rapide permettant aux créanciers de recouvrer des
créances certaines, liquides et exigibles, sans pour autant recourir à un procès contradictoire
dès l’origine.
Toutefois, cette efficacité procédurale, fondée sur la célérité comporte toutefois un risque
manifeste d’abus. En effet, la procédure débute par une requête du créancier, sans convocation
préalable du débiteur à la procédure. Ce dernier n’est informé de la procédure qu’au moment
de la signification de l’ordonnance d’injonction de payer. Dans ce contexte, certains
créanciers peuvent être tentés de faire usage de cette procédure dans le seul but d’obtenir une
décision exécutoire sans confrontation effective, en s’appuyant parfois sur des créances
discutables.
Le risque est d’autant plus accentué que si le débiteur ne réagit pas dans le délai de quinze
jours à compter de la signification, par voie d’opposition, l’ordonnance devient exécutoire et
peut donner lieu à des mesures de contrainte telles que la saisie. Ainsi, des créanciers de
mauvaise foi peuvent exploiter la méconnaissance de la procédure par certains débiteurs, ou
leur vulnérabilité juridique, pour obtenir un titre exécutoire injustifié.
Il faut donc un meilleur encadrement pour éviter ces abus.
La protection de l’intérêt économique du débiteur est aussi assurée par la limitation du droit à
l’exécution du créancier. Ainsi, ce dernier est soumis au principe de proportionnalité120 et au
132
TGI Avesnes, 26 février 1964, (1964) JCP II 13904 (annotation R Désiry : menace d’expul sion); Cass soc,
7 juillet 1955, (1955) Bull civ IV no 604.
133
Ndiaye, N. C. M, op cit, p.38.
principe de subsidiarité134. L’abus peut alors être constitué dans le fait de pratiquer une mesure
exécutoire en méconnaissance de ces principes intangibles de la réglementation des voies
d’exécution135.
Le créancier serait ainsi condamné à des dommages et intérêts parce que sa responsabilité
serait engagée du fait du préjudice économique causé au débiteur. Il aurait méconnu les règles
érigées à titre préventif pour préserver l’intérêt du débiteur. Les juges sanctionnent sans
hésitation de tels agissements du créancier.
Concernant l’abus commis pour méconnaissance du principe de proportionnalité, il a été jugé
que « commet l’abus, le créancier qui pratique plusieurs saisies alors qu’une seule aurait suffi
à garantir la créance »136. Dans cette affaire, le créancier avait procédé à plusieurs saisies des
comptes dans quatre banques, alors que le compte du débiteur dans chacune de ces banques
était plusieurs fois supérieur à la créance137.
La sanction était alors fondée sur le fait qu’il y avait une disproportion notable entre les biens
saisis et ce qui était nécessaire pour obtenir le paiement de l’obligation. Ces différents actes
auraient pu être validés s’ils avaient été raisonnablement effectués par rapport à ce qui était
dû138. En effet, il importe alors de préciser que l’abus ne consistait pas du tout au fait que le
créancier ait procédé à plusieurs saisies simultanées ou successives.
Dans de telles circonstances, l’abus n’est caractérisé que si le débiteur démontre l’existence
d’un préjudice dont il est victime, précisément, le caractère excessif des saisies par rapport au
montant de la créance139.
« Celui qui use d’une voie de droit est tenu à une circonspection toute particulière, lorsque cet
exercice est de nature à porter atteinte à l’honneur ou à l’un des “intérêts essentiels” de son
adversaire »140. En effet, la protection des droits de la personne est au cœur de la
réglementation des procédures d’exécution. De nos jours, avec l’intervention des droits
fondamentaux en droit judiciaire privé, la tendance est à l’amélioration de l’humanisation des
mesures d’exécution. En effet, cette préoccupation n’est pas nouvelle141.
Les procédures de saisie ont toujours été réglementées avec une prise en compte de l’intérêt
personnel du débiteur. Considérée comme une personne vulnérable, la personne saisie ou le
débiteur bénéficie d’une protection des droits qui s’attachent à la personne.
134
Art 251 et 28, al 2 AUPSRVE.
135
Ndiaye, N. C. M, op cit, p.40.
136
Cass civ, 2 février 1956, (1956) Bull civ II 65.
137
Ndiaye, N. C. M, op cit, p.40.
138
Ibid.
139
Ibid.
140
Ibid, p.42.
141
Ndiaye, N. C. M, op cit, p.42.
Sur le fondement de la dignité inhérente à l’être humain, les droits fondamentaux de la
personnalité sont sacrés142. Les mesures d’exécution consacrent alors la protection du droit à
l’information, du droit à l’intimité de la vie privée, du droit à l’honneur du débiteur, de
l’intégrité du logement, de l’assurance du minimum vital totalement insaisissable 143.
Il faut donc un meilleur encadrement afin de lutter contre les abus des créanciers dans la
procédure d’injonction de payer.
En outre, il convient de s’interroger aux recours du débiteur.
Différents recours sont reconnus au débiteur mais ces recours ont une efficacité souvent
remise en cause. Il s’agit généralement de l’opposition et la contestation (A) et du rôle du juge
dans la protection des droits du débiteur (B).
La procédure simplifiée de recouvrement des créances, conduite dans les formes régulières,
devrait, selon ses promoteurs, durer six mois. Plus de dix-sept ans de pratique ont néanmoins
révélé que ce délai est largement dépassé. La procédure d’injonction de paiement est tout
aussi longue que la procédure ordinaire de recouvrement144. Cette durée s’explique par la
contestation systématique de l’ordonnance de paiement dans les Etats de l’OHADA.
L’opposition ouvre droit à une conciliation obligatoire, à l’appel du jugement et au recours en
cassation devant la CCJA.
L’enlisement de la procédure injonctive dans les Etats de l’OHADA impose de durcir les
conditions d’exercice des voies de recours tout en garantissant les droits de la défense. Le
législateur de l’OHADA a deux options pour y parvenir. Soit, il procède à un toilettage du
142
Ibid.
143
Ibid.
144
Amevi de SABA, op cit, p.365.
droit actuel, soit, il opte pour une réforme radicale qui rapprocherait le droit de l’OHADA de
la pratique anglaise, plus précisément du summary judgement145.
Dans le premier cas, l’opposition devrait être motivée et fondée sur des preuves. La
conciliation ouverte après l’opposition devrait être, non seulement maintenue, mais aussi
encadrée. La conciliation devrait être facultative et laissée à l’initiative des parties et du juge
car, les facteurs qui permettent sa réussite sont complexes pour qu’elle soit imposée de façon
systématique146.
Un délai devrait être fixé aux parties et au juge pour parvenir à un accord de règlement
amiable et, en cas d’échec, passer rapidement à la phase du jugement. L’appel de cette
décision pourrait être conditionné par le paiement de la créance ou par des garanties de
paiement147.
Par ailleurs, le juge a tendance ralentir la procédure de conciliation après opposition du
débiteur car il espère qu’avec un tel comportement, il trouvera certes un compromis entre
parties. Il est ici regrettable en effet que dans une affaire, le Président d’une juridiction, après
avoir rendu une ordonnance portant injonction de payer et signifiée celle-ci au débiteur, celui-
ci, et non le Tribunal compétent, est allé jusqu’à organiser quatre audiences de conciliation
respectivement en date du 19 juillet 2014, du 26 juillet 2014, du 31 juillet 2014 et du 02 août
2014148.
On s’imagine difficilement une rapidité lorsque, pour une tentative de conciliation à laquelle
le législateur OHADA n’a réservé qu’une audience, un chef de juridiction y consacre deux
semaines réparties en quatre audiences. Aussi, il est rare qu’une juridiction saisie d’un acte
d’assignation-opposition, procède au cours d’une mémé audience comme l’entend le
Législateur OHADA à la conciliation et à l’examen de l’opposition149.
Les tribunaux s’habituent, après échec de la conciliation des parties, à renvoyer la cause à une
audience prochaine destinée à l’examen de l’opposition du débiteur
. Ensuite, dans certaines affaires destinées à la conciliation et à l’examen du fondement de
l’opposition du débiteur, le Tribunal s’est déclaré non saisi sur base de l’assignation-
opposition régulièrement signifiée aux parties et a estimé que le seul le procès-verbal de non
conciliation devait le saisir150.
145
Ibid.
146
Ibid.
147
Ibid.
148
LEBON KALERA Marcellin, La simplicité et la rapidité du recouvrement des créances sous OHADA : échec en
République Démocratique du Congo, [Link]/la-simplicite-et-la-rapidite-du-recouvrement-des-
creances-sous-ohada-echec-en-republique-democratique-du-congo/, consulté le 07 Mai 2025 à 23H10.
149
Ibid.
150
Ibid.
En effet, cette situation, violant manifestement la loi, peut occasionner deux conséquences
néfastes, hormis la mise en néant de la rapidité de la procédure : la première est que le
débiteur risque d’être amené à une forclusion forcée dans l’exercice de son opposition151.
Le débiteur qui a fait opposition dans le délai par une assignation dépourvue d’effet de saisine
du tribunal et sur base de laquelle celui-ci doit se déclarer saisi, risquera certainement d’être
forclos pendant qu’il sera en instance de conciliation ; il est vrai que, peut-il s’apaisé et c’est
le procès-verbal de non conciliation et non son assignation qui saisira le Tribunal, la
juridiction d’appel voire la Cour commune de justice et d’arbitrage n’hésitera pas d’annuler
pour tardiveté toute décision à intervenir ce, au préjudice de l’opposant débiteur.
En outre, le jugement sur opposition, que celle-ci soit fondée ou non, est un jugement
contentieux qui se substitue à l’ordonnance152. Toutefois, les juridictions ne semblent pas avoir
pris la pleine mesure de cette règle ; elles continuent à donner en effet plein et entier effet à
l’ordonnance comme si c’est l’ordonnance qui a à la fois force exécutoire et autorité de la
chose jugée.
Le juge joue aussi un rôle dans la protection des droits des débiteurs.
151
Ibid.
152
article 14 AUPSRVE.
153
CA Ouagadougou, arrêt n° 98, 05 nov. 2004, [Link], Ohadata J-05-230. WAMBO (J.), Les
procédures simplifiées de recouvrement en droit OHADA: les grandes orientations de la jurisprudence, éd.
Jerberas, Abidjan 2016, pp. 110 ss.
154
Ancien art. 1244 du Code civil des Etats parties au Traité de l’OHADA.
155
Amevi de SABA, op cit, p.204.
La question mérite d’être posée dans la mesure où, sous l’ancien régime, l’interdiction
d’attribuer des délais de grâce lorsque la créance résulte d’un effet de commerce ou d’un
chèque protesté, était étendue aux créances civiles ou commerciales vieilles de plus de trois
ans156.
Dans tous ces cas, le juge déclarait irrecevable toute demande de conciliation et apposait la
formule exécutoire sur l’ordonnance d’injonction. Cette sévérité du juge reste fondée sur la
rigueur du droit cambiaire, le caractère alimentaire de la créance ou le caractère lointain de la
dette157. L’impossibilité de compromis sur les créances résultant des effets de commerce ou les
créances alimentaires est maintenue dans le nouveau droit de l’OHADA158.
Mais, l’article 39 alinéa 2 de l’AUVE semble avoir fait l’impasse sur celle qui est fondée sur
l’âge de la créance en autorisant, sans autre précision, la juridiction compétente à reporter ou
échelonner le paiement des sommes dues dans la limite d’une année.
En droit, il est communément admis que « tout ce qui n’est pas expressément défendu est
permis ». Le juge peut donc accorder des délais de grâce à des débiteurs dont la dette est
vieille de plusieurs années et qui, à plusieurs reprises, n’ont pas respecté leurs offres de
paiement, toute chose qui était formellement interdite sous l’ancien régime 159. Il n’est donc
pas surprenant que certains Etats membres de l’OHADA, notamment le Mali, tentent de
contourner les disposions de l’article 39 AUVE en élaborant des projets de loi qui
interdiraient au débiteur de « prétendre à un délai de grâce s’il n’a régulièrement respecté les
échéances pour s’être acquitté d’au moins la moitié de la créance en capital et s’il accuse un
retard de plus de trois échéances à la date de la demande ».
La phase de jugement est gouvernée par l'article 12 alinéa 2 qui énonce : « Si la tentative de
conciliation échoue, la juridiction statue immédiatement sur la demande en recouvrement,
même en l'absence du débiteur ayant formé l'opposition, par une décision qui aura les effets
d'une décision contradictoire »160.
Ce texte, appliqué « stricto sensu », devrait amener le juge qui constate l'échec de la
conciliation à "statuer immédiatement et séance tenante" sur le fond de la demande en
156
Ancien art. 1244 des Codes civils des Etats parties au Traité de l’OHADA.
157
KODO (M.J.V), L’application des Actes uniformes de l’OHADA, éd. Bruylant Académie, Louvain-La-Neuve 2010,
p. 153.
158
CA Abidjan, arrêt n° 36, 10 janv. 2003, SIGS c/ CFAO-CI, [Link], Ohadata J-03-277; TGI Moungo,
jugement n° 14/civ., 19 déc. 2002, [Link], Ohadata J-05-216; N’Djamena, n° 441/99, 7 oct. 1999.
159
Amevi de SABA, op cit, p.205.
160
TGI Ouagadougou, jugement n° 333, 02 juil. 2003, aff. Perfectum Afrique c/ Bank of Africa, [Link],
Ohadata J-04-252; TGI Ouagadougou, jugement n° 117, 12 mars 2003, Auxiliaire d’entreprise c/ Nikiema K.
Pascal, [Link], Ohadata J-04-331.
recouvrement. Le terme « immédiatement » exclut tout renvoi161. Le juge doit donc rendre
sur-le-champ une décision qui aura les effets d'un jugement contradictoire.
Ce rôle de protection du juge peut être remise à mal durant la phase de conciliation. En effet, à
la sortie de la conciliation infructueuse, le juge n’a pas souvent tous les éléments pour
trancher le litige162. Bien évidemment, il subsiste le délicat problème de l’articulation de cette
audience de conciliation et de l’audience publique. Il y a une difficulté réelle à transformer
immédiatement une entrevue de conciliation en une audience publique sans violer les règles
de procédure et les droits de la défense163.
Il ne faut surtout pas perdre de vue que l’instance sur opposition avec assignation à
comparaître est une instance au fond et les règles classiques qui gouvernent le procès civil
s'imposent au juge164.
On note aussi des perspectives d’amélioration de l’injonction de payer dans l’espace
OHADA.
Face aux limites identifiées tant sur le plan procédural que sur celui de la protection des droits
des débiteurs, des perspectives d’amélioration s’imposent avec force, dans le souci d’assurer
une plus grande efficacité de la procédure d’injonction de payer, tout en garantissant un
traitement équitable des parties impliquées. Il est en effet essentiel de repenser ce mécanisme
dans une logique d’équilibre entre célérité de la justice, sécurité juridique et respect des droits
fondamentaux. À cet égard, plusieurs pistes de réforme peuvent être envisagées. D’une part, il
est nécessaire de procéder à un renforcement du cadre juridique et procédural encadrant
l’injonction de payer, notamment par une clarification des règles applicables (Section 1).
Par ailleurs, une amélioration sensible de l’exécution des décisions rendues dans le cadre de
cette procédure apparaît indispensable. Cela suppose non seulement une réorganisation des
moyens d’exécution forcée pour assurer l’effectivité des décisions de justice (Section 2).
161
Amevi de SABA, op cit, p.207.
162
Ibid.
163
Ibid.
164
Amevi de SABA, op cit, p.207.
Le renforcement du cadre juridique et procédural constitue une étape fondamentale pour
remédier aux insuffisances relevées dans l’application de la procédure d’injonction de payer
au sein de l’espace OHADA. Ce renforcement doit s’appuyer sur deux axes complémentaires
et stratégiques. D’une part, il convient de promouvoir une meilleure harmonisation régionale
(Paragraphe 1). Cela suppose une convergence des pratiques, une interprétation uniforme des
normes et un encadrement plus cohérent à l’échelle de l’espace communautaire.
D’autre part, la digitalisation et la modernisation de la procédure apparaissent comme des
leviers incontournables pour améliorer l’efficacité, la transparence et la rapidité du traitement
des demandes d’injonction de payer (Paragraphe 2). L’introduction des outils numériques, la
dématérialisation des actes, ainsi que l’automatisation de certaines étapes procédurales
peuvent contribuer à rendre la justice plus accessible, tout en allégeant la charge pesant sur les
juridictions.
La procédure d'injonction de payer est un outil essentiel pour les créanciers dans la
récupération de leurs créances. Prévue par les l’acte uniforme sir les recouvrements et les
voies d’exécution, elle permet au créancier d’obtenir rapidement un titre exécutoire sans avoir
à passer par une procédure contentieuse classique165. Cette procédure, souvent utilisée dans le
cadre des litiges liés au paiement de factures, a récemment fait l’objet d’une réforme visant à
améliorer son efficacité et son accessibilité166.
Le recours à la procédure d’injonction de payer a connu une augmentation significative au
cours des dernières années, en raison de sa simplicité et de son efficacité pour les petites
créances. Cependant, la procédure actuelle présente plusieurs limites l'encombrement des
juridictions. En effet, la multiplication des demandes d’injonction de payer a conduit à une
165
Albertin Joseph Font, La réforme de la procédure d'injonction de payer, [Link]/details-
la+reforme+de+la+procedure+d+injonction+de+[Link], consulté le 08 Mai 2025 à 17H06.
166
Ibid.
saturation des tribunaux, ce qui entraîne des délais de traitement de plus en plus longs167.
On note aussi une fragmentation des compétences. En fonction de la nature de la créance
(civile, commerciale), la juridiction compétente peut varier, rendant parfois le système
complexe pour les créanciers.
Par ailleurs, l’absence de dématérialisation complète freine le traitement rapide des dossiers,
dans un contexte où de plus en plus de services publics se numérisent.
Face à ces enjeux, la réforme de la procédure d’injonction de payer vise à rendre cette voie
d’exécution plus rapide, plus accessible, et plus adaptée aux besoins des créanciers comme
des juridictions168.
La réforme de la procédure d’injonction de payer marque une étape importante dans la
modernisation du système judiciaire français. En renforçant et en simplifiant les règles de
compétence juridictionnelle et en introduisant l’automatisation partielle des décisions, le
législateur entend répondre aux enjeux d’efficacité et d’accessibilité de cette procédure. Si les
créanciers devraient bénéficier d’un outil plus rapide et plus simple pour récupérer leurs
créances, la réforme prend également en compte les droits des débiteurs en renforçant les
obligations d’information et de transparence.
De leçons peuvent être tirées d’autres systèmes juridiques.
La diversité des acteurs économiques et des pratiques commerciales observées dans les Etats
de l’OHADA imposent l’adaptation du champ d’application de la procédure d’injonction de
paiement à cette réalité en ouvrant son accès aux porteurs de créances certaines, liquides et
exigibles résultant des contrats écrits ou oraux, de la reconnaissance de dettes, des chèques et
des effets de commerce169.
Pour éviter les problèmes d’interprétations discordantes, le législateur de l’OHADA devrait, à
l’image du législateur français, ouvrir la procédure injonctive aux créances résultant de
l'acceptation de la cession de créances. Cette mesure faciliterait le recouvrement rapide des
crédits consentis par les banques dans les opérations de cession de créances
professionnelles170.
Les personnes ainsi éligibles introduiront leurs demandes par la voie d’un formulaire-type
167
Ibid.
168
Albertin Joseph Font, op cit.
169
Amevi de SABA, op cit, p.364.
170
Ibid.
devant un greffier. Le contenu de ce formulaire devrait être fortement simplifié et réduit pour
faciliter son usage par les micro-entreprises et les commerçants personnes physiques qui
constituent l’essentiel du tissu économique des Etats de l’OHADA171.
L’organe saisi se contentera de vérifier que le formulaire est correctement rempli pour rendre
sa décision de rejet, d’acceptation partielle ou totale de la demande. La décision de rejet est
sans recours mais le demandeur devrait, préalablement, se voir offrir l’opportunité de corriger
les demandes incomplètes ou imparfaites172.
En cas d’ordonnance partiel de paiement, le débiteur devrait être informé des conséquences de
l’acceptation du paiement partiel.
Ainsi, dans la perspective d’une réforme du droit OHADA, les droits étrangers constituent un
marché dans lequel le législateur communautaire peut faire ses recettes de bonnes pratiques
notamment sur le regime de l’injonction pour les débiteurs publics.
La pratique de l’immunité d’exécution au bénéfice des personnes morales de droit public a
connu une évolution en deux étapes aux Etats Unis173. Avant 1976, au niveau fédéral, les
personnes morales de droit public bénéficiaient de l’immunité d’exécution. Cette immunité ne
pouvait être levée qu’avec l’autorisation du Congrès. La situation des Etats fédérés était
également le reflet du régime au niveau fédéral.
Par exemple, l’article 12 de la constitution de la Louisiane dispose que les biens de l’Etat et
les fonds publics sont insaisissables. Mais, l’Immunity Act de 1976 a réformé le droit positif
américain. Certes, l’immunité reste la règle, mais la section 1610 de l’Immunity Act de 1976
autorise le recouvrement forcé contre les personnes publiques en distinguant le régime des
Etats de celui applicable à leurs émanations174.
Le droit français attribue l’immunité d’exécution aux personnes morales de droit public sans
distinction aucune du caractère commercial ou non de l’objet social175. A côté de ce régime, le
législateur a conçu un régime spécifique d’exécution et autorise la pratique de l’astreinte
contre les personnes morales de droit public .
L’exécution des jugements par les personnes morales de droit public est organisée par la loi du
16 juillet 1980, modifiée par la loi n° 2000-231 du 12 avril 20001236. Cette loi institue un
régime d’exécution spécifique en faveur des débiteurs publics. Il serait hors de propos
171
Amevi de SABA, op cit, p.364.
172
Ibid.
173
KENFACK DOUAJNI (G.), « Suggestions en vue d’accroître l’efficacité de l’OHADA », [Link], Ohadata
D-04-01, p. 10
174
Amevi de SABA, op cit, p.264.
175
Cass. 1ère civ., 21 déc. 1987, [Link]. 1988, p. 145 s.
d’examiner en détail ce régime qui est aujourd’hui reproduit dans le code de justice
administrative176.
Il faut aussi une digitalisation et une modernisation de la procédure.
182
Amevi de SABA, op cit, p.112.
183
Ibid.
créanciers, tout en assurant le respect des garanties fondamentales des débiteurs. En effet, une
procédure bien conçue mais mal exécutée perd tout son sens et risque d’affaiblir la confiance
des justiciables dans le système judiciaire. Cette amélioration requiert, d’une part, un
renforcement du rôle des huissiers de justice et des juridictions dans le suivi et la mise en
œuvre des décisions. Il s’agit notamment de doter ces acteurs des moyens juridiques,
matériels et organisationnels nécessaires à l’exécution rapide et efficiente des injonctions de
payer, tout en assurant une meilleure coordination entre les différentes autorités impliquées
(Paragraphe 1). D’autre part, il importe de veiller à l’instauration de garanties effectives pour
les débiteurs lors de la phase d’exécution. Cela implique de renforcer les mécanismes de
contrôle, de prévoir des voies de recours appropriées en cas d’abus, et de promouvoir une
exécution respectueuse des droits fondamentaux de la personne, notamment en matière de
saisie ou d’expulsion (Paragraphe 2).
Le renforcement du rôle des huissiers et des tribunaux passe par une facilitation de
l’exécution forcée (A) et un meilleur encadrement des délais de mise en œuvre (B).
Le titre exécutoire est souvent le couronnement d’une longue et âpre bataille judiciaire dans
lequel le créancier engloutit son temps et ses économies184. A la fin du procès, le créancier
entend légitimement entrer rapidement dans ses droits. Ainsi, si le débiteur ne s’exécute pas
volontairement après notification du titre exécutoire, le créancier n’a d’autre choix que de
recourir aux mesures d’exécution forcée185.
Dans ce contexte, les créanciers n’ont pas tort de considérer le titre exécutoire comme un
moyen royal vers la réalisation de la créance. Cependant, en pratique, l’obtention du titre
exécutoire ne garantit pas toujours le recouvrement de la créance dans les Etats de l’OHADA.
L’exécution forcée est la suite normale de la procédure simplifiée de recouvrement si le
débiteur ne s’exécute pas volontairement. Dans ce domaine, trois réformes sont
indispensables pour garantir au porteur du titre exécutoire la réalisation effective de ses droits.
184
PEKASSA NDAM (G.M.), « La gratuité du service de la justice en Afrique: le cas du Cameroun » in F.
HOURQUEBIE (Dir.), Quel service public pour la justice en Afrique francophone, éd. Larcier, Bruxelles 2013, p.
133 ss
185
Art. 28 de l’AUVE.
D’abord, pour éviter la paralysie du titre exécutoire dans le contexte du recouvrement de la
dette publique intérieure, le droit de l’OHADA doit soumettre les entreprises publiques aux
voies d’exécution tout en réaffirmant le principe de l’immunité des Etats, des collectivités
publiques et des établissements publics administratifs186.
Cette réforme doit néanmoins s’accompagner de mesures d’exécution spécifiques pour
contraindre les personnes protégées à respecter leurs engagements financiers. Dans une
économie moderne, tous les acteurs économiques, quels qu’ils soient, doivent être assujettis à
l’obligation de payer leurs dettes187.
Ensuite, le législateur de l’OHADA serait bien inspiré d’éviter que les irrégularités
secondaires affectant la rédaction et la signification des actes de procédure ne conduisent
systématiquement à la nullité des actes d’exécution. La nullité des actes de procédure devrait
donc être assise sur la règle, bien connue et appliquée avec succès dans de nombreux pays
européens et africains, « pas de nullité sans grief » même lorsqu’il s’agit d’une formalité
substantielle ou d’ordre public188.
La nullité de plein droit des actes de procédure instituée par le droit de l’OHADA est
contreproductive en termes de sécurité juridique et judiciaire.
Enfin, la promotion du commerce transfrontalier ou regional est à l’origine de l’adoption du
Traité de l’OHADA189. Mais, cet objectif ne peut être atteint sans la garantie de l’exécution
effective des décisions rendues dans le contentieux des affaires transfrontalières.
Pour mettre fin aux incertitudes liées au sort susceptible d’être réservé au titre exécutoire
obtenu dans le contentieux du recouvrement des créances transfrontalières, le législateur de
l’OHADA pourrait insérer dans la procédure injonctive une disposition comparable à l’article
19 du Règlement européen relatif à la procédure d’injonction de paiement prescrivant que «
l’injonction de paiement européenne devenue exécutoire dans un Etat membre d’origine sera
reconnue et exécutée dans les autres Etats membres, sans qu’aucune déclaration constatant sa
force exécutoire ne soit nécessaire et sans qu’il soit possible de contester sa reconnaissance ».
De façon plus générale, une harmonisation des législations nationales en matière d’efficacité
des jugements étrangers devient nécessaire pour faciliter la circulation des titres exécutoires
dans l’espace OHADA190.
En outre, il faut un meilleur encadrement des délais de mise en œuvre.
186
Amevi de SABA, op cit, p.366.
187
Ibid.
188
Ibid.
189
Amevi de SABA, op cit, p.366.
190
Ibid, p.367.
B- Le meilleur encadrement des délais de mise en œuvre
Il est important de déjudiciariser la procédure en confiant à des organes non judiciaires le soin
d’analyser la demande dorénavant introduite par un formulaire-type que les créanciers se
contenteraient de remplir et, d’autre part, de décharger les créanciers de la rédaction d’un acte
de signification dont le contenu serait plutôt inséré dans l’ordonnance de paiement ? 191
Cette réforme permettrait d’élargir l’assiette des utilisateurs de la procédure, d’optimiser
notamment les délais de délivrance et de notification des ordonnances de paiement. Les titres
injonctifs seront plus vite délivrés dès lors que l’organe compétent sera seulement tenu de
vérifier que le formulaire-type a été correctement rempli192.
Le créancier dispensé de l’établissement d’un acte de signification se contentera, pour sa part,
de notifier l’ordonnance de paiement au débiteur. En contrepartie de cette dispense, le délai de
notification serait considérablement réduit.
Par ailleurs, le besoin de réduire la durée de l’examen des requêtes est également exprimé par
les autorités européennes dans le Règlement instituant une procédure européenne d’injonction
de paiement. L’article 12 § 1 de ce Règlement indique que « (…) la juridiction émet dans les
meilleures délais et en principe dans les trente jours suivant le dépôt de la demande, une
injonction de payer européenne (…) ».
Les Etats de l’OHADA peuvent prendre exemple sur ces pratiques nettement mieux inspirées
que les trois mois supputés par la doctrine193. Mais, il n’est pas certain que les magistrats
respectent un délai dont l’irrespect n’est assorti d’aucune sanction.
Les enseignements tirés des Etats africains ayant fixé à l’organe saisi un délai pour rendre sa
décision conforte cette thèse. A titre d’exemple, les magistrats togolais n’ont jamais respecté
le délai qui leur était imparti pour se déterminer sur la requête du créancier au motif que le
flux des dossiers traités doublé du manque de moyens humains et matériels rendait la
violation du délai inéluctable194.
L’encadrement de l’office du juge n’est donc pas une panacée. Certains Etats semblent avoir
trouvé meilleur remède qu’il n’est pas inintéressant d’explorer en vue d’en tirer quelques
enseignements pour le législateur de l’OHADA.
191
Ibid, p.20.
192
Amevi de SABA, op cit, p.20.
193
Ibid, p.96.
194
Ibid.
L’Allemagne, l’Autriche, la Finlande, la Suède et la Suisse sont ainsi parvenus à réduire le
délai entre l’introduction de la demande et la décision de l’organe saisi en optant pour une
procédure d’injonction de paiement sans preuve privilégiant un examen administratif des
requêtes195.
Dans ce système, le créancier n’est pas obligé de joindre à sa demande les preuves de sa
prétention et l’analyse de sa requête est confiée à un greffier qui procède, non pas à une
analyse du bien-fondé de la créance, mais à un examen formel qui se résume à vérifier que le
créancier a bien rempli le formulaire-type par lequel la demande est généralement
introduite196. Concrètement, dès que la demande est recevable et satisfaite aux conditions
formelles de base, la juridiction délivre le certificat d’injonction de paiement sans se soucier
de l’existence de la créance197.
La Suisse et la Suède vont plus loin en confiant le pouvoir de délivrer un ordre de paiement
aux fonctionnaires d’un organe administratif n’appartenant pas au corps judiciaire198. Cette
déjudiciarisation de la procédure a pour objectif d’optimiser la procédure en réduisant les
délais, d’augmenter le taux de rendement de la procédure et, au final, de désengorger les
tribunaux.
Il faut aussi un renforcement des garanties pour les débiteurs.
Il est important egalement de renforcer les garanties pour les débiteurs. Cela permettrait de
contrôler les abus de procédure (A) et de promouvoir les solutions alternatives (B).
La promotion des solutions alternatives telles que la médiation et la conciliation dans le cadre
de la procédure d’injonction de payer s’inscrit dans une logique de désengorgement des
juridictions et de valorisation d’un règlement amiable des litiges. En effet, l’injonction de
payer, procédure simplifiée et non contradictoire, peut parfois entraîner des tensions ou des
contestations de la part du débiteur, qui n’a pas été entendu lors de la demande initiale. En
encourageant les parties à recourir à la médiation ou à la conciliation, le législateur favorise
une résolution plus apaisée des conflits, tout en maintenant la rapidité et l’efficacité propres à
cette procédure.
Par ailleurs, ces modes alternatifs présentent de nombreux avantages, notamment en matière
de coût, de confidentialité et de préservation des relations entre les parties. Dans les litiges de
nature civile ou commerciale, où les enjeux financiers ne sont pas toujours majeurs mais les
relations contractuelles souvent durables, la médiation permet de trouver des solutions sur
mesure, acceptées d’un commun accord. L’introduction, dans certaines législations, d’une
200
P. DELMAS-GOYON (Dir.), Le juge du 21ème siècle. Un citoyen acteur, une équipe de justice, Rapport final au
ministère de la justice française, déc. 2013, p, 109,
201
Amevi de SABA, op cit, p.99.
202
Amevi de SABA, op cit, p.99.
obligation ou d’une incitation à envisager un recours amiable avant ou pendant la procédure
d’injonction de payer, participe à cette dynamique de pacification des rapports juridiques.
Enfin, la reconnaissance croissante de la médiation et de la conciliation comme instruments
complémentaires de justice reflète une évolution des mentalités juridiques et institutionnelles.
De plus en plus, les systèmes judiciaires cherchent à intégrer ces pratiques dans les procédures
classiques, en les encadrant juridiquement et en sensibilisant les justiciables à leur efficacité.
Dans le contexte de l’injonction de payer, cette orientation pourrait aboutir à une hybridation
des voies de recours, où le juge encourage ou oriente les parties vers une résolution négociée,
sans pour autant renoncer à sa fonction d’arbitre en cas d’échec du dialogue.
CONCLUSION
Dans un contexte où l’accès rapide à la justice et la sécurité juridique constituent des
impératifs fondamentaux pour la croissance économique et la stabilité des relations
commerciales, la procédure d’injonction de payer, telle qu’organisée dans l’espace OHADA,
représente un instrument clé de rationalisation du recouvrement des créances. Élaborée pour
être une alternative simple, rapide et économique aux voies contentieuses traditionnelles, cette
procédure s’est progressivement imposée comme un outil juridique indispensable pour les
créanciers désireux de faire valoir leurs droits en évitant les lenteurs et les coûts inhérents aux
procès ordinaires.
L’étude approfondie de cette procédure, à travers une double approche théorique et pratique, a
permis de mettre en évidence les avantages notables que l’injonction de payer présente, tant
pour les justiciables que pour les systèmes judiciaires des États membres de l’OHADA. Sur le
plan normatif, elle consacre l’idée d’une justice économique à la portée des opérateurs
commerciaux, grâce à une procédure expéditive et peu formaliste. En pratique, elle constitue
une réponse efficace à l’impératif de trésorerie des entreprises, notamment les PME, pour
lesquelles les retards de paiement ou les impayés peuvent rapidement compromettre la survie.
Cependant, cette procédure, malgré sa simplicité apparente, n’échappe pas à certaines limites
qui en entravent l’efficacité et justifient une réforme en profondeur. D’un point de vue
procédural, l’efficacité attendue est régulièrement affaiblie par la lourdeur administrative, la
faible spécialisation de certains acteurs, les délais excessifs d’exécution ou encore les
incertitudes liées à la compétence des juridictions.
L’analyse a révélé que le caractère simplifié de la procédure ne suffit pas, à lui seul, à garantir
un recouvrement rapide. Il suppose l’existence d’un environnement juridico-institutionnel
favorable, dans lequel les acteurs judiciaires sont bien formés, les délais respectés, les
huissiers accessibles et les moyens techniques suffisants.
À cela s’ajoutent des faiblesses substantielles quant à la protection du débiteur. Si le non-
respect du contradictoire peut, dans certains cas, s’expliquer par la nécessité d’agir
promptement, il n’en demeure pas moins que les garanties offertes au débiteur doivent être
équilibrées, effectives et respectueuses des principes fondamentaux du procès équitable. La
procédure d’opposition, bien que prévue, reste parfois insuffisamment encadrée ou mal
comprise, ce qui nuit à la légitimité de l’injonction de payer et alimente des contentieux
parfois artificiels ou dilatoires.
Ces constats soulignent l’importance d’une réforme technique et fonctionnelle de l’injonction
de payer dans l’espace OHADA. L’harmonisation des règles par l’Acte uniforme constitue un
progrès incontestable, mais elle doit être accompagnée d’un effort réel de modernisation et de
digitalisation des procédures, de renforcement des capacités des juridictions commerciales,
ainsi que d’une meilleure vulgarisation de ce mécanisme auprès des praticiens et des
justiciables. Il est essentiel que le droit OHADA ne soit pas seulement un corpus normatif
unifié, mais aussi un droit vivant, adapté aux réalités économiques et administratives des États
membres.
En somme, la procédure d’injonction de payer apparaît, dans l’architecture juridique de
l’espace OHADA, comme un dispositif pertinent et prometteur pour le recouvrement des
créances. Elle répond à une logique de simplification de la justice et de sécurisation des
transactions, tout en s’inscrivant dans les standards internationaux de célérité et d’efficacité.
Toutefois, son efficacité réelle dépend étroitement des conditions de sa mise en œuvre, de la
discipline procédurale des acteurs concernés, et de la capacité des institutions judiciaires à
faire respecter les règles dans un esprit d’équité.
L’injonction de payer constitue donc un outil pertinent mais perfectible. Son avenir passe par
une consolidation institutionnelle, une modernisation technique et une appropriation plus forte
par les acteurs économiques. La mission du législateur OHADA ne s’arrête pas à
l’uniformisation des textes ; elle doit désormais s’étendre à l’amélioration des conditions
concrètes d’application, pour que cette procédure devienne réellement un vecteur d’efficacité,
de justice et de développement dans l’espace communautaire.
BIBLIOGRAPHIE
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