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Le document présente l'application des données tribologiques des matériaux, soulignant l'importance d'une base de données organisée pour optimiser la conception des tribosystèmes. Il aborde les défis d'accès et de comparaison des données tribologiques, ainsi que la nécessité d'une terminologie et de procédures standardisées. Enfin, il propose des exemples pratiques pour illustrer l'utilisation de ces données dans des applications spécifiques.

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Le document présente l'application des données tribologiques des matériaux, soulignant l'importance d'une base de données organisée pour optimiser la conception des tribosystèmes. Il aborde les défis d'accès et de comparaison des données tribologiques, ainsi que la nécessité d'une terminologie et de procédures standardisées. Enfin, il propose des exemples pratiques pour illustrer l'utilisation de ces données dans des applications spécifiques.

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Application des données

tribologiques des matériaux

par Mathias WOYDT


Diplômé en Métallurgie et Science des matériaux, Université technique de Berlin,
Docteur en Sciences des matériaux
Directeur du laboratoire « Méthodes d’essais tribologiques : Tribologie des composants » à
l’Institut fédéral pour la Recherche et l’essai des matériaux (BAM), Berlin

1. État de l’art ................................................................................................ BM 7 006 - 2


1.1 Paramètres et conventions tribologiques.................................................. — 3
1.2 Archivage des données tribologiques ....................................................... — 3
2. Données et paramètres tribologiques................................................ — 4
2.1 Taux d’usure................................................................................................. — 4
2.2 Valeur du produit p × v................................................................................ — 5
2.3 Densité d’énergie de frottement................................................................. — 5
2.4 Humidité relative ......................................................................................... — 6
2.5 Rugosité........................................................................................................ — 6
3. Le taux d’usure dans les applications................................................ — 8
3.1 Taux d’usure et durée de vie....................................................................... — 8
3.2 Plage de variation du taux d’usure ............................................................ — 9
4. Exemples .................................................................................................... — 10
4.1 Palier sec ...................................................................................................... — 10
4.2 Joint homocinétique fixe à billes (véhicule).............................................. — 10
4.3 Segments de chemise de moteurs à explosion ........................................ — 11
4.4 Guide de tige de soupape ........................................................................... — 11
4.5 Fourreau de chaînes .................................................................................... — 11
Références bibliographiques ......................................................................... — 12

ans le monde actuel, des produits de plus en plus performants et fiables


D doivent être développés dans un délai de plus en plus court pour garantir
la compétitivité de l’entreprise. De plus l’allègement des pièces pour des rai-
sons économiques et/ou écologiques est un enjeu de plus en plus important.
Dans ce contexte, l’ingénieur qui réussira le mieux sera celui qui aura la plus
grande expérience dans le domaine des matériaux, revêtements et lubrifiants.
Cette expérience d’un spécialiste à la fois en matériaux et en tribologie est le
plus souvent virtuelle. En effet, une grande partie des défaillances techniques
s’amorce à la surface de contact des matériaux en mouvement relatif ; de ce
fait, le comportement tribologique des matériaux et les performances des lubri-
fiants ou des revêtements dans un contact glissant déterminent à terme la qua-
lité de la conception initiale. Les ingénieurs ont donc besoin d’un accès rapide
aux connaissances expérimentales en tribologie les plus récentes.
Chaque année, plusieurs dizaines de milliers de résultats tribologiques sont
obtenus et publiés, mais deux problèmes importants se posent :
— leur accès reste encore difficile, onéreux et nécessite beaucoup de temps ;
— comment tirer le meilleur parti de ces données pendant la conception d’un
produit, d’une machine ou l’utilisation d’un matériau ?

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En effet, le plus souvent ce grand capital tribologique reste éparpillé dans


une multitude de laboratoires industriels ou universitaires. Par ailleurs, la
diversité des procédures expérimentales utilisées et des modes d’interprétation
rend difficile, voire impossible, une comparaison des résultats obtenus par les
équipes de tribologues. En outre, les élaborateurs de matériaux, les pétroliers
et les utilisateurs parlent des langages différents et ont des intérêts et des
objectifs différents. En conséquence, le lecteur n’est souvent pas à même
d’apprécier si les résultats et propriétés tribologiques annoncés pour un couple
de matériaux frottants à sec ou un lubrifiant dans un contact donné peuvent
l’aider à résoudre son problème spécifique.
L’objectif de ce texte est double :
— décrire comment doit être organisée une base de données tribologiques ;
— illustrer à l’aide d’exemples l’utilisation d’une telle base pour concevoir un
tribosystème.
La conception d’un tribosystème présuppose l’organisation d’une base de
données tribologiques, puis son utilisation pour prévoir le comportement du
tribosystème étudié. Il faut noter que cette utilisation, comme la conception
d’une base de données, repose sur une analyse théorique préalable de ce
qu’est un tribosystème :
— pour identifier les paramètres clefs du système ;
— pour fixer des procédures d’essais ;
— pour créer des « thésaurus » aptes à stocker les résultats de tous les essais
ou produits.
Notons que les situations de contact frottant sont très variées :
— sur le plan cinématique : glissement continu, alternatif avec des amplitudes
très variables, roulement avec glissement ;
— sur le plan des régimes de lubrification : lubrification mixte/limite, à sec.
Les informations que doit fournir une banque de données ou la littérature
sont principalement de deux types :
— coefficient de frottement ;
— vitesses d’usure estimées des pièces.
Ces informations peuvent seulement servir à l’ingénieur et à l’utilisateur pour
évaluer a priori le fonctionnement en service du tribosystème et des matériaux
identifiés, mais elles ne suppriment pas les essais sur organes mécaniques
avant la mise en œuvre d’une solution tribologique.
Cinq exemples présentent la procédure pour estimer le taux d’usure.

1. État de l’art domaine : la base de données tribologiques « tribocollect » [3]


représente la première approche accessible au public suivie par le
système d’acquisition de données tribologiques « TRIDAS » (Tribo-
logical Data Archive System [4]).
Dans le passé, le transfert de connaissances scientifiques et tech-
niques accumulées s’est effectué à partir de fiches ou de feuilles de Dans la pratique actuelle, les ingénieurs et les scientifiques se
contrôle, de manuels et de divers supports matériels. Dans les der- servent le plus souvent de systèmes basés sur des algorithmes
nières années, on utilise de plus en plus des ordinateurs pour pilo- (connaissance heuristique et/ou algorithmique), des cartes d’usure
ter les essais tribologiques, pour évaluer et modéliser le et des propositions logiques reliant plusieurs estimateurs chiffra-
comportement des pièces. Alors qu’existe actuellement une CAO bles (voir tableau 1) ou effectuent une recherche bibliographique
tenant compte de la connaissance des propriétés mécaniques, dans « Tribology Index » ([Link]
thermophysiques et chimiques des matériaux, il est regrettable que basis/), via les sites « FIZ-T » (Fachinformationszentrum
cette approche n’ait pas plus intégré la tribologie [1]. Une explica- [Link] ou « STN » (Scientific and Technical
tion réside peut-être dans le fait, que, selon le point de vue courant Network [Link] Dans ces recherches bibliographi-
et « puriste » de la plupart des tribologues, les données tribologi- ques il faut 12 à 15 semaines pour recevoir toutes les références en
ques représentent la réponse d’un système et en conséquence ne copie papier ou sous forme électronique et certaines ne sont pas
sont pas des propriétés intrinsèques d’un matériau ou même d’un accessibles. En outre, on constate à la lecture, que les résultats ne
couple de matériaux. De plus, il aurait fallu que le monde tribolo- sont pas comparables entre eux, les données tant en ce qui
gique développe [2] une méthode pour exploiter les données concerne les matériaux que les lubrifiants sont incomplètes,
d’usure en lubrification mixte/limite et en frottement à sec. Néan- insuffisantes ou totalement absentes (lubrifiants et matériaux
moins sont apparus récemment des outils intéressants en ce anonymes). (0)

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Tableau 1 – Aperçu sur les activités mondiales de banques de données et systèmes experts tribologiques
Acronyme Titre/Nom Pays Type

ACTIS A numerical Tribology Information System USA Système expert avec banques de données

PRECEPT Tribological principles in an expert system NL Système expert

Système expert pour choix de matériaux résistants


ARMES Abrasion Resistant Materials Expert System AUS à l’abrasion

TRIBEX Wear expert system for unlubricated tribosystems D Système expert avec banques de données pour
frottement sec

TRIBOLOG Numerical data base (6 000 fichiers) F Banques de données

Tribodata Tribological behaviour of polymers (7 000 fichiers) D Banques de données sur le frottement
des polymères

TRIBSEL Coating selection expert system GB Système expert de choix de revêtements

ISIS Surface coating selection system GB Système expert de choix de revêtements

Tribocollect Numerical, tribological database (17 700 fichiers) D Banques de données

NN Numerical, tribological database (CSM) CH Banques de données

Le tableau 1 compile les activités mondiales des bases de don- convention précisant les paramètres d’essais et définissant une ter-
nées et des systèmes experts tribologiques. On constate que tous minologie commune ; l’objectif est double : répondre au mieux à
les projets concernant une base de données tribologiques sont tous les besoins techniques et électroniques ; intégrer dans cette
achevés ou ont été abandonnés, ce qui montre la complexité du convention plus de vingt machines d’essais normalisées au niveau
sujet « tribologie » (tableau 1). Seuls les systèmes experts à base international ainsi que plusieurs procédures différentes.
d’algorithmes, développés par des organismes professionnels ou
Aujourd’hui, les formats et conventions tribologiques s’appuient
des entreprises, dans un but avant tout appliqué, sont devenus opé-
sur les normes DIN EN 50320, 50323, 50324, 51834 parties 1 à 3, les
rationnels. Ces systèmes compilent des déductions, algorithmes,
normes ISO 7148, ASTM G163, ASTM G118 et ASTM G40 (5) ainsi
lois et règles à respecter en vue de diminuer la probabilité d’appa-
que sur les résultats ou les recommandations des projets européens,
rition d’avaries ou pour réduire le taux d’usure dans un domaine
tels que Eufretting (BRE2-CT92-0224) ou FASTE (SMT4-CT 95-2029).
tribologique bien spécifique.
En principe, une base de données tribologiques doit réaliser les La base de données « Tribocollect » utilise par exemple jusqu’à
tâches suivantes : 143 paramètres primaires pour caractériser d’une façon complète
et compréhensible un essai tribologique. La procédure DIN 51834-2
• Analyser de manière comparative les comportements tribolo- (ASTM D6425) de la machine d’essais « SRV » inclut 87 paramètres.
giques des différents matériaux ; Ces données sont nécessaires pour ensuite valider le résultat, pré-
• Assurer une assistance pour la sélection de matériaux poten- ciser un dessin de pièces ou une procédure industrielle. La liste
tiellement intéressants pour des conditions imposées ; générale des groupes de paramètres tribologiques est la suivante :
• Préciser l’influence des paramètres opérationnels sur les pro- — description des paramètres opératoires (force normale,
priétés tribologiques ; vitesse...) ;
• Assurer le stockage, la gestion, la mise à jour des fichiers et — numéro clef d’un fichier ;
l’édition des résultats tribologiques. — paramètres structuraux et dimensions des échantillons ;
Les tribologues sont passés de la tribologie des corps massifs, — description complète de l’état des surfaces ;
où l’usure pouvait apparaître comme une propriété intrinsèque du — définition précise des matériaux, lubrifiants, revêtements
matériau, à la tribologie des interfaces, où l’usure dépend de tous avec leurs dénominations, composition, normalisation et nom des
les matériaux du contact, y compris ceux formés à l’interface fournisseurs et sous-traitants (traitements thermiques, de surface,
(3e corps : particules d’usure, films de transfert, films réaction- de dépôt de revêtement...) ;
nels...). Les théories et les tâches précédentes conduisent à plu- — résultats d’essais ;
sieurs questions relatives à la signification physique et à — différentes caractéristiques tribologiques des corps/échan-
l’utilisation pratique de données et de résultats tribologiques : tillons.
— Que fait-on avec ?
— Comment utilise-t-on les données tribologiques ?
— Peut-on prévoir la durée de vie d’un tribosystème non lubrifié 1.2 Archivage des données tribologiques
à partir de données judicieusement choisies ?
Une base de données tribologiques, quelle qu’elle soit, repré-
sente seulement un instrument de tri des résultats d’essais, elle
1.1 Paramètres et conventions retient un résultat à partir d’une comparaison entre une intérroga-
tribologiques tion concernant un ou plusieurs paramètres et le contenu des
fichiers. Le résultat dépend alors de la qualité de la question ou du
Dans les dernières années, des discussions approfondies entre choix des critères formulés par l’utilisateur. Aussi, le résultat doit
les réalisateurs d’essais, les fournisseurs de données et les scien- être validé très soigneusement par l’utilisateur, ce qui nécessite le
tifiques ont été nécessaires pour se mettre d’accord sur une recours à un expert tribologue. (0)

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Tableau 2 – Bref questionnaire sur la configuration, les paramètres structuraux


et opérationnels du tribosystème (1)
Nom du tribosystème (2) 01
Couple de matériaux (3) Premier corps Deuxième corps (antagoniste)
Structure du tribosystème

Nom de la pièce 02 03
Dimension 04 05
Matériau 06 07
Rugosité 08 R a =............ µm R z =............ µm 09 R a = ............µm R z = ............ µm
Ambiance à l’interface (milieu du contact) Ambiance (atmosphère)
Dénomination 10 11
État 12 ❏ solide ❏ liquide ❏ gazeux 13 ❏ liquide ❏ gazeux ❏ solide
Régime de lubrification 14 ❏ à sec ❏ hydrodynamique ❏ gazeux ❏ mixte ❏ limite
❏ glissement ❏ roulement ❏ forage
Mode du mouvement 15 ❏ impact ❏ Oscillation 17a : Fréquence : ........ Hz
opérationnels

Nature du mouvement 16 ❏ continu ❏ alterné ❏ répété 17b : Amplitude du débattement :


Paramètres

Charge normale ............................. (N) 18a (typique, cas 80 %) 18b (là où l’usure se manifeste)
Pressions (contrainte) ......... (N/mm2) 19a (géométrique) 19 (hertzienne)
Vitesse de glissement ............... (m/s) 20a min 20b moyenne 20c max
Température (cœur) .................... (oC) 21a min 21b moyenne 21c max
Durée de vie ................................... (h) 22
tribologiques

Coefficient de frottement 23a min 23b max


Données

Usure linéique acceptée............. (µm) 24a (premier corps) 24b (deuxième corps)

Usure volumétrique acceptée (mm3) 25a (premier corps) 25b (deuxième corps)
(1) Remplir les cases 01 à 25 et cocher les cases pertinentes. Personne à contacter
(2) Les notions utilisées ici correspondent aux DIN 50320 et DIN 50323. Un tribo- Nom :
système consiste en un premier corps (coussinet, segment), un deuxième corps
Entreprise :
(cylindre, arbre), et l’interface de contact avec le milieu environnant.
(3) Si possible, joindre un dessin ou une photo de préférence des zones de frotte- Département :
ment/usure. Adresse :
Téléphone :

Une banque de données ne préconise ni ne sélectionne de maté-


riaux. L’approche principale vise à identifier des solutions ou des 2. Données et paramètres
matériaux potentiellement intéressants sur la base d’une analyse
du système tribologique en vue et à estimer un taux d’usure pour
tribologiques
chaque tribosystème sous lubrification mixte/limite ou en frotte-
ment à sec. Sans faits ni données précis et complets, aucun calcul
ou évaluation ne peut débuter, et l’avis d’une communauté techni- 2.1 Taux d’usure
que et scientifique est hautement souhaitable.
Pour aider l’ingénieur à réaliser que le taux d’usure est l’un des
Selon la norme DIN EN 50321, l’usure peut être caractérisée par
critères clefs et qu’il dépend des autres paramètres tribologiques
n’importe quel changement de longueur, volume ou masse et être
(voir paragraphes 2.1 à 2.5 ainsi que 3), un bref questionnaire a été
normalisée selon les conditions de sollicitation, de vie ou de débit.
développé (voir tableau 2). Dans ce questionnaire sont demandées
Dans cet esprit l’ASTM [6] définit le taux d’usure (specific wear
les informations essentielles qui permettent de formuler la ques-
rate [7], wear rate ou wear factor ) comme le « rate of material
tion (et de trier les données de la base) et de valider ensuite les
removal or dimensional change due to wear per unit..., for example
résultats obtenus. Une enquête auprès des utilisateurs de la base
in unit distance of sliding » et la norme DIN EN 50324 (ASTM G99)
« Tribocollect » a révélé que, pour la plupart des ingénieurs utilisa-
définit le taux d’usure comme « le volume perdu divisé par la
teurs, ce bref questionnaire avait constitué leur « première » for-
charge normale et la distance » [8].
mation dans le domaine de la tribologie, leur avait dévoilé leur
manque de connaissance de leurs propres « tribosystèmes » et y Le taux d’usure k V (ou rapport de proportionnalité, voir
répondre leur avait posé de réelles difficultés. Ils ont vite appris DIN EN 50321) est dérivé de la loi d’Archard [9], en éliminant la
que les paramètres demandés sont importants, qu’il faut soit les dureté comme paramètre, et suppose que la perte de volume V est
expliciter, soit les déterminer par des essais, qu’ils influencent le proportionnelle à la charge normale F N et à la distance de glisse-
comportement fonctionnel du tribosystème et sont à surveiller de ment d parcourue.
très près. En tribologie, un problème apparemment aussi simple
que le choix d’un matériau n’est en fait pas simple du tout ! V = kV FN d (1)

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Cette formule caractérise bien la phase stationnaire de perte de produit de la pression de contact par la vitesse de glissement et
matière après le rodage initial (running-in ) et avant l’apparition caractérise la sollicitation énergétique du tribosystème/contact.
d’un mécanisme secondaire comme par exemple la fatigue, qui Selon les configurations, la pression est la pression hertzienne de
dépend fortement de la topographie des pièces usinées. contact (contact non conforme, bille/plan par exemple) ou la pres-
Les différentes écoles tribologiques soulignent toujours que la sion apparente (contact conforme, plan/plan par exemple).
notion de taux d’usure pose divers problèmes et doit être précisée • La valeur pv multipliée par le coefficient de frottement :
pour chaque mécanisme d’usure. Toutefois le taux d’usure est p v µ (W/mm2), détermine la puissance dissipée sous forme de
aujourd’hui utilisé couramment dans le monde entier et décrit chaleur (énergie de frottement ) sur l’aire apparente de contact A
l’évolution du niveau d’usure d’un couple de matériaux avec la sol- (Friction Power Intensity ) ; cette énergie est évacuée principalement
licitation. Il faut toutefois noter que le taux d’usure ne traduit pas par conduction thermique, uniformément dans les deux corps, une
directement une propriété intrinsèque des matériaux en contact ou faible partie étant véhiculée par le lubrifiant. Elle correspond à la
du tribosystème. puissance thermique générée par frottement et la température de
volume des pièces en est une fonction croissante.
En ce qui concerne la quantification de l’usure, il faut bien
admettre que l’application de lois ou de modèles d’usure à l’usage L’effet de la pression et de la vitesse ne dépend pas que de la
général est très limité, en général par manque de connaissance des valeur de leur produit : quand l’une de ces grandeurs dépasse une
propriétés des matériaux et de leur évolution avec la température ; valeur limite, il peut y avoir transition d’un mode d’usure douce (k V
mais la modélisation de l’usure ou la prévision d’un taux d’usure faible) à un mode d’usure sévère (k V élevé) (figure 1), car les maté-
sont des sciences qui débutent [10]. riaux ou le lubrifiant ne peuvent plus supporter les sollicitations
thermiques ou mécaniques et « répondent » par un changement de
Quoi qu’il en soit, pour une application industrielle [11], l’usure et,
mécanisme d’usure qui peut aller jusqu’au grippage :
juste après, le frottement restent les deux grandeurs les plus déter-
minantes de par leurs implications économiques, et la connaissance • La pression de contact détermine directement la sollicitation
de la nature exacte des différents mécanismes d’usure contribuant mécanique de la pièce (effet de plastification locale, fatigue...) et de
à un taux d’usure est un problème moins important. Demeurent ses couches superficielles (rupture des films superficiels...) : avec le
deux questions : coefficient de frottement, elle détermine les contraintes de traction
arrière qui peuvent provoquer la fissuration des couches super-
• Comment peut-on alors intégrer le taux d’usure dans une ficielles fragiles.
approche industrielle ou technique et écarter les réserves des
scientifiques ? • La vitesse de glissement est le facteur le plus influent sur les
températures éclair, (flash temperature ) c’est-à-dire les tempéra-
• Comment valoriser par leur utilisation les dizaines de milliers tures transitoires, mais très élevées sur les aires réelles de contact,
de résultats tribologiques obtenus chaque année ? où les deux corps ne sont séparés que par des films très minces,
comme en frottement sec ou en régime mixte [12]. L’élévation
locale de la température de contact est susceptible de modifier la
Il n’y a aucun doute, que tous les tribosystèmes, que ce soit
nature et les propriétés des surfaces (transitions de phase, ramol-
dans une application industrielle ou une machine d’essai,
lissement excessif, fusion... !) ainsi que la rhéologie de l’interface
possèdent un taux d’usure, qui est défini par le couple de maté-
et surtout du lubrifiant liquide, et la réactivité chimique des pièces
riaux, la configuration du système et la sollicitation et qu’on
et du lubrifiant (oxydation...).
peut le déterminer en fin de vie. Le taux d’usure est la
« réponse » du tribosystème à une sollicitation. Les températures éclair des surfaces sont peu prises en compte,
car difficiles à calculer par manque de données sur les grandeurs
thermophysiques, et leur évolution avec la température T, et sur la
Le taux d’usure volumétrique k V s’exprime le plus souvent en microgéométrie des aspérités des pièces. Elles ont toutefois une
mm3/(N · m) et se calcule à partir du volume d’usure ou de la perte forte influence en frottement sec où l’augmentation de la vitesse
de volume (ou de masse), de la charge normale et de la distance amène la température de surface des pièces à des valeurs proches
de glissement parcourue (voir paragraphes 3.1 et 4). Ces trois de la température de fusion ou de transition vitreuse du matériau
valeurs sont parfois difficiles à déterminer ou simplement à (polymère).
connaître. Notons que certains auteurs l’expriment en mm2/kgf ou
en mm2/N. Les domaines d’usure (douce ou sévère) des matériaux sont
donc définis par des graphes dans le plan (p, v ) (voir figure 1) : on
D’autres utilisateurs raisonnent un peu différemment. Par exemple, note que la nature du matériau modifie largement la valeur limite
dans l’industrie des systèmes de freinage, on définit le taux d’usure du produit pv à prendre en considération :
comme la perte de matière en masse ou en volume par mégajoule
— les matériaux présentés dans la figure 1 possèdent tous un
(MJ) d’énergie dissipée par le couple de matériaux, ce qui revient
domaine de faible taux d’usure, mais pour des valeurs de p et v
à supposer que le volume perdu est proportionnel à la densité
sensiblement différentes ;
d’énergie de frottement apparente e*f (voir paragraphe 2.3), — en dehors de ce domaine, le taux d’usure dépend fortement
c’est-à-dire en première approximation que le taux d’usure k V est de la valeur du produit pv et il importe de le déterminer si on sou-
proportionnel au coefficient de frottement µ, soit k V = e*f µ (voir haite travailler dans ce domaine.
équation (3)).
2.3 Densité d’énergie de frottement
2.2 Valeur du produit p × v Le modèle initialement développé par Fleischer [13] utilise des
formules simples. La perte énergétique E f due au frottement
La pression de contact et la vitesse de glissement sont les deux s’écrit :
paramètres clefs de la sollicitation des matériaux dans un tribo- E f = µF Nd (2)
système. Elles interviennent de diverses manières, et d’abord de
manière globale. avec µ coefficient de frottement de Coulomb.
• En effet, les valeurs du produit pv sont fréquemment utilisées Le produit µ F N représente la force de frottement. La grande
dans les fiches des producteurs de matériaux pour préciser les similitude entre la formule (1) (expression de l’usure) et la
limites d’utilisation des matériaux et couples de matériaux. La formule (2) (expression de l’énergie de frottement) est évidente ;
valeur pv en MPa · m/s (pour les anglo-saxons en [Link]/min) est le elle a conduit Fleischer à introduire le paramètre e*f de densité

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1 000
Pression géométrique (MPa)

T = 22 °C Usure
sévère
Graphite charbonneux imprégné
imprégn
impr gné avec résine
r sine
100
Bronze fritté Al2O3/(Ti,Mo)(C, N) + 29Co
Al2O3/60Ti4O740Ti5O9
Fer fritté
10
MgO-ZrO2/SSCiC
Co
Graphite po mpo MgO-ZrO2/MgO-ZrO2
lyi sit
Thermoplastique mi es
de
s
1

Usure
douce Polyimide pur
Figure 1 – Graphe « pression/vitesse de
0,1 glissement » limite pour différents matériaux
0,01 0,1 1 10 100 en frottement sec à température ambiante
Vitesse de glissement (m/s) (contact conforme ; antagoniste acier pour fer
et bronze frittés [13])

d’énergie de frottement apparente et à supposer que le volume


d’usure est proportionnel à l’énergie de frottement par : Tableau 3 – Changement des propriétés tribologiques
à température ambiante de divers matériaux avec
E µ une augmentation de l’humidité relative
e*f = ------f- = ------ (3)
V kV
Classe Coefficient
Usure
de matériau de frottement
La densité d’énergie de frottement apparente e*f correspond au
potentiel d’énergie total contenu dans un tribosystème. ZrO2 Invariant Forte réduction
AIN Invariant Augmentation
Si3N4 Invariant Augmentation
2.4 Humidité relative
100Cr6 Réduction Forte réduction
L’humidité est caractérisée par le taux d’humidité relative HR, UHMWPE (PE de très haute
masse moléculaire) Indifférent Réduction
c’est-à-dire 100 fois le rapport de la pression partielle d’eau dans
l’atmosphère à la pression de vapeur d’eau saturante, à la tempé- PA66 Indifférent Augmentation
rature de l’atmosphère. C’est un facteur qui influe fortement sur le
frottement et l’usure ; elle peut assurer une protection contre l’adhé- PTFE Augmentation Indifférent
sion, car la plupart des matériaux forment des oxydes ou hydro- DLC (diamond like carbon ) Réduction Réduction
xydes faciles à cisailler, tels que : Al(OH)3 , α-Al(OH)3 , [γ-AlO(OH),
Al2O3 Réduction Réduction
AlOxNy , α-, β-, γ-FeOOH, Fe(OH)2 , Fe2O3 et Fe3O4 , NiCr2O4 ,
NiFe2O4 , SiO2 amorphe, Si-OxCy , Si4C4O4 , etc. La formation en sur- SiC Réduction Forte réduction
face de ces composés affecte le frottement et/ou l’usure. L’humidité
est donc alors un paramètre chimique, notamment de tribo-oxyda-
tion, qui change la composition et la nature chimiques de la surface. 2.5 Rugosité
Le tableau 3 précise pour divers matériaux l’effet de l’humidité rela-
tive sur leur frottement et leur usure. (0)
L’état de surface réel des pièces est un paramètre, qui, en régime
L’humidité doit donc être prise en considération, surtout en frot- de lubrification hydrodynamique ou hydrostatique par un fluide
tement sec. Noter qu’elle est soumise à des variations saisonnières (liquide le plus souvent, parfois gaz), caractérise l’épaisseur mini-
et géographiques : les performances tribologiques d’un système male du film permettant d’assurer la formation d’un film continu et
peuvent ainsi varier selon l’époque de l’année et le pays d’utilisa- de séparer totalement les solides. On définit l’épaisseur réduite
tion. (cf. figure 5) h * :
h * = h /(Ra1 + R a2) (4)
• La figure 2 illustre l’influence de l’humidité relative sur le taux
d’usure et le coefficient de frottement de deux couples d’aciers. avec R a1 et R a2 rugosités moyennes des deux pièces antago-
Pour ces deux couples d’aciers, frottement et usure diminuent nistes,
quand l’humidité relative augmente, mais l’influence de l’humidité h épaisseur du film que l’on peut estimer par des
relative sur le comportement tribologique d’un acier inoxydable calculs d’écoulement de films minces visqueux.
(18 % de chrome) est moins prononcée que pour l’acier au carbone En conséquence, l’épaisseur réduite permet d’appréhender si
non inoxydable 100Cr6, comme on pouvait le prévoir a priori. l’on risque d’avoir des zones de contact réel d’étendue significative
• Le tableau 3 montre qu’une variation d’humidité a des effets et soumises à un régime de frottement et d’usure significatif ; deux
éminemment variables, l’augmentation d’humidité pouvant aug- cas se présentent pour un film non continu (h * < 3) :
menter ou diminuer l’usure et/ou le frottement, l’effet sur l’usure — soit un contact réel quasi sec, avec les taux d’usure corres-
étant toutefois le plus souvent plus marqué que sur le frottement. pondants des matériaux frottants ;

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1 000
Taux d’usure kV (10–6mm3/Nm) 1

Coefficient de frottement f
FN Bille: 100Cr6
Bille : 100Cr6
Disque: 100Cr6
Disque : 100Cr6
∆x=:0,2
∆x 0,2mmmm 0,8
∆x, ν νn==2020HzHz
FFn
N==1010NN
0,6
100
0,4
Bille : 100Cr
Bille : 100Cr6
6 FN
Disque
Disque : 100Cr
: 100Cr6
6
T = 18 °C 0,2 T = 18 °C x = 0,2 mm∆x = = 10mm
0,2 N
T = 23 °C T = 23 °C ν = 20 Hz
T = 28 °C T = 28 °C FN = 10 N
∆x, ν
10 0
0 20 40 60 80 100 0 20 40 60 80 100
Humidité relative HR (%) Humidité relative HR (%)

1 000 1
Taux d’usure kV (10–6mm3/Nm)

Coefficient de frottement f
FN Bille: X10CrNiMoNb18-10
Bille : 100Cr6
Disque
Disque : 100Cr6
: X5CrNi18-9
∆x= :=0,2
∆x 0,2
0,2 mm mm
mm 0,8
∆x, ν νn= =
2020Hz Hz
FFNn==1010NN
0,6
100
0,4
FN Bille : 100Cr6
Bille : X10CrNiMoNb18-10
Disque : 100Cr6
Disque : X5CrNi18-9
T = 18 °C 0,2 T = 18 °C ∆
∆xx==0,20,2mmm
T = 23 °C T = 23 °C ∆x, ν ν ==2020
n HzH
T = 28 °C T = 28 °C FN=
Fn =1010NN
10 0
0 20 40 60 80 100 0 20 40 60 80 100
Humidité relative HR (%) Humidité relative HR (%)

Figure 2 – Influence de l’humidité relative HR sur le taux d’usure et le coefficient de frottement sec en glissement alternatif (amplitude x,
fréquence  ) de deux couples métalliques : alliages 100Cr6/100Cr6 et X10CrNiMoNb18-10(1.4583)/X5 CrNi 18-09 (aciers inoxydables)

10–4 10–4 10–4 10–4


Taux d’usure kV (mm3/N · m)

Taux d’usure kV (mm3/N · m)

Taux d’usure kV (mm3/N · m)

Taux d’usure kV (mm3/N · m)

10–5 10–5 10–5 10–5

10–6 10–6 10–6 10–6

10–7 10–7 10–7 10–7

10–8 10–8 10–8 10–8

10–9 10–9 10–9 10–9


0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 0 0,5 1 1,5 0 0,5 1 1,5
Rugosité du disque Rz (µm) Rugosité du disque Rz (µm) Rugosité du disque Rz (µm) Rugosité du disque Rz (µm)
PI + graphite PA + fibre de carbone PA + PTFE PEEK

Figure 3 – Influence de la rugosité initiale du disque en 100Cr6 sur le taux d’usure à sec de différents matériaux
(F N = 10 N, p = 3,2 MPa, v = 1 m/s, T = 22 oC, HR ≈ 35 %)

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Puisque la distance de glissement parcourue ∆d est reliée à la


vitesse de glissement v et au temps ∆t par ∆d = v ∆t, on obtient
10–5
Taux d’usure carbone k V (mm3/N · m)

l’expression de l’usure linéique ∆h par unité de temps :

∆h F
--------- = k V ------N- v (6)
∆t A
10–6
Poliert
Poli Pierrage
Geläppt
Gel ppt
On retrouve dans cette formule les aspects énergétiques (de sol-
licitations) associés à l’effet de certains paramètres sur la durée de
vie, le volume ou le taux d’usure (cf. paragraphes précédents).
La pertinence, pour une application, de résultats d’essais issus de
10–7
deux sources différentes est à peu près assurée, quand, pour des
conditions de contact comparables (en pression, vitesse...), on a :
— la vitesse d’usure
et
10–8 — la densité énergétique de sollicitation
0,007 0,01 0,011 0,021 0,033 0,035 0,029 0,046 0,183
identiques ou du même ordre de grandeur ; on peut alors effectuer
Rugosité initiale Rpk (µm) de l’antagoniste MgO-ZrO2
des estimations de durée de vie ou alimenter les bases de données
ø 32 FN = 10 N
tribologiques. Pour certains couples de matériaux, notamment en
frottement sec, il faut en outre estimer la sensibilité des propriétés
v = 3 m/s tribologiques à l’humidité et à la rugosité initiale. Pour déterminer
T = 400 °C le taux d’usure dans une application où les conditions de contact
d = 20 000 m présentent une certaine variabilité, une étude plus approfondie est
R6
H2O vapeur nécessaire.
Disque : MgO-ZrO2 L’approche générale est alors la suivante :
FN Bille : carbone EK3245 • Le volume d’usure admissible se calcule à partir du jeu ou de
la tolérance maximale admissibles dans la zone de contact pendant
la vie du tribosystème, grandeurs, qui sont déterminées lors de la
conception des pièces et spécifiées sur leur dessin.
Figure 4 – Influence de la rugosité initiale (R pk selon la norme
EN ISO 13565-2) de l’antagoniste en MgO-ZrO2 sur le taux d’usure • La distance de glissement maximale (pas celle du roulement)
du premier corps en carbone (EK3245) est déterminée par la durée de vie escomptée, les dimensions des
pièces, le régime de vitesse moyen ou représentatif.
• En ce qui concerne les autres paramètres de contact, il faut
— soit un contact où se forment soit un film de transfert, comme souligner que, dans les applications, ils sont rarement constants.
pour le frottement des polymères, du carbone ou avec des lubri- Ainsi, selon les cas, quatre forces normales peuvent être retenues
fiants solides (graphite, MoS2 ...) soit des films réactionnels par comme caractéristiques du fonctionnement du tribocontact pour le
adsorption ou/et réaction chimique des additifs du lubrifiant avec problème industriel :
les pièces, les débris d’usure... — la force normale moyenne agissant dans un tribosystème
pendant un cycle ;
En outre, en frottement sec, le processus d’usure par transfert, — la force maximale (approche plus sévère) agissant dans le
abrasion ou adhésion entre le premier corps, le plus mou (poly- tribosystème) ;
mère, carbone), et l’antagoniste, le plus dur, dépend de la rugosité — la force normale agissant en moyenne dans 80 % des cas de
initiale de l’antagoniste. Autrement dit, de tels couples possèdent la gamme pendant une opération typique ;
une usure initiale optimale correspondant à une certaine rugosité — la force normale produisant l’avarie (conditions très sévères).
de l’antagoniste et déterminant un taux d’usure et/ou un coefficient
de frottement minimal(aux). Les figures 3 et 4 montrent que le Ces mêmes approches peuvent être appliquées pour intégrer
niveau de la rugosité optimale entre les matériaux (premier corps) l’effet de la vitesse et de la distance de glissement. Là, il faut néan-
peut différer d’un ordre de grandeur (facteur 10 ou même plus), moins garder en mémoire que, le plus souvent, les données tribolo-
phénomène qui s’aggrave en mouvement de roulement [14]. giques sont déterminées dans les machines d’essais en maintenant
constants les paramètres de sollicitation, bien que des procédures
d’essais en conditions variables (dynamiques) commencent à
apparaître.
3. Le taux d’usure En régime lubrifié, une corrélation (cf. formule (4)) entre les
modes de lubrification et le taux d’usure pour des contacts glis-
dans les applications sants entre matériaux métalliques (aciers !) a été établie par l’Inter-
national Research Group on Wear of Engineering Materials
(IRG-OECD, voir figure 5).
3.1 Taux d’usure et durée de vie On voit sur la figure 5 que des valeurs de k V comprises entre
10–7 mm3/(N · m) et 10–10 mm3/(N · m) correspondent à des couples
de matériaux fonctionnant en lubrification mixte/limite. Normale-
La perte d’épaisseur d’une couche superficielle ou usure linéique ment, en dessous de 10–10 mm3(N · m), correspondant à la lubrifi-
∆h durant le temps ∆t (∆h /∆t ) est constante dans le régime d’usure cation hydrodynamique, le contact peut être considéré comme
stationnaire. On peut l’exprimer autrement : la perte d’épaisseur fonctionnant « sans usure » ou avec une usure négligeable.
d’une couche superficielle ∆h est le quotient du volume d’usure ∆V
par la surface de contact A. On obtient alors, avec la formule (1) : En frottement sec (glissement continu, sans vibrations) à tempé-
rature ambiante (cf. figure 1), les taux d’usure « doux » de la plupart
des métaux et matériaux polymères sont ≈ 10–6 mm3/(N · m), à
F N ∆d
∆h = k V ------------------ (5) condition toutefois pour les thermoplastiques que pv < 1 MPa · m/s.
A Par contre, certains composites polymères ont des taux d’usure

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10–4
Taux d’usure k V (mm3/N · m)

105

Taux d’usure des deux corps kV total


(10–6 mm3/N · m)
10–6 104
103
10–8 102
10
10–10
1

10–1
10–12
10–2
0,4 Lubrification hydrodynamique
Coefficient de frottement µ

10–3

0,3 10–4
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2
Film EHL Film EHL continu
continue Coefficient de frottement µmoyen
0,2 discontinu
Lubrification
mixte/limite
Lubrication

0,1 Figure 6 – Corrélation générale entre « taux d’usure »


et « coefficient de frottement » fournie par une base de données
0 tribologique (10 281 données)
0 1 2 3 4 5 6 7 8
EHL : lubrification Épaisseur/rugosité du film h*
élastohydrodynamique
Tableau 4 – Taux d’usure typiques
Figure 5 – Influence de l’épaisseur de film lubrifiant réduite h * pour application industrielle
(formule (4)) sur les modes de lubrification de contacts métalliques,
le frottement et le taux d’usure [15] Taux d’usure
Triboélément
[mm3/(N · m)]

raisonnables : ≈ 10–7 mm3/(N · m), pour des valeurs de pv allant Plaquettes/sabots de freinage 10–5 à 10– 4
jusqu’à 10 MPa · m/s ; certains composites céramiques ont un taux Segments (piston/chemise) < 5 · 10–8
d’usure ≈ 10–8 mm3/(N · m), pour des valeurs de pv allant jusqu’à
100 MPa · m/s. Fourreau de chaînes pour 5 · 10–6 à 5 · 10–3
chargeurs et buteurs (avec abrasifs minéraux)
On voit bien que le niveau du taux d’usure dépend du mode de
lubrification ou d’interaction des matériaux et que la frontière entre Joint homocinétique fixe 5 · 10–10 à 5 · 10–8
ces régimes dépend aussi des matériaux et des valeurs de pv. à billes (Rzeppa)
Cette situation a fortement évolué dans les dernières années avec 10–5 à 10–6 (métallique, non revêtu)
l’introduction de revêtements spéciaux comme les diamants amor- Outil coupant
10–5 à 10–7 (revêtu)
phes hydrogénés (DLC), le bisulfure de molybdène MoS 2 ou le
nitrure de carbone CNx dans les conditions d’utilisation particulière Came < 5 · 10–9
ou sur certains couples de matériaux massifs : ainsi, en frottement Guide de tige de soupapes < 10–8
sec à 400 oC, les couples carbone (EK3245)/MgO-ZrO2 et carbone
Abradable (outer air seals ) 10–3 à 10–2
(EK3245)/ Al2O3 , présentent des taux d’usure compris entre 10–7 et
10–8 mm3/(N · m) et des coefficients de frottement compris entre Pale de turbine 10–3 à 10–2
0,001 et 0,01 [16]. Les couples (EK3245)/MgO-ZrO2 et (EK3245)/Al2O3 Curseur multibrosse ≈ 10–6
ont une usure douce pour des valeurs de pv allant jusqu’à 90 et
24 MPa · m/s (voir figure 4).
du taux d’usure sur 8 décades dans les applications (voir tableau 4)
ou dans les essais sur éprouvettes (voir figure 6) ; ce fait montre
3.2 Plage de variation du taux d’usure qu’en principe, il n’y a pas dans l’absolu de matériaux au taux
d’usure élevé ou bas. Il n’y a que des matériaux adaptés ou non.
La figure 6 présente l’ensemble des valeurs du taux d’usure de Le dessin de la pièce et la mission (mode de fonctionnement)
deux corps/échantillons en fonction du coefficient de frottement à déterminent le taux d’usure maximal admissible, que doivent satis-
la fin d’un essai ; ce résultat est établi à partir de 10 281 résultats faire les matériaux sous une sollicitation spécifique. La consulta-
obtenus sur 14 700 fichiers. Il met en évidence que la formulation tion de la banque de données, de la littérature ou des fiches de
de la question posée est mauvaise : corrélation entre frottement et fournisseurs peut montrer que le nombre de matériaux satisfai-
usure, pour toutes conditions de contact explorées. On ne voit pas sants est élevé ou faible. Dans les paragraphes 2.1 à 2.5, 3 et 4,
de corrélation nette entre l’usure et le frottement, puisque le nuage quelques paramètres clefs de l’application doivent être comparés à
de points de la figure 6 est composé de résultats relatifs à diffé- ceux relatifs aux essais choisis dans la base de données pour
rents modes de lubrification, modes de mouvement relatif et valider complètement le choix. Ensuite, d’autres propriétés impor-
divers matériaux. (0) tantes, telles que les coûts d’achat et de mise en œuvre, la qualité,
Les exemples présentés correspondent à des cas de frottement les possibilités effectives d’utilisation pour l’application et la dispo-
sec ou en lubrification mixte/limite et les taux d’usure sont carac- nibilité à grandes échelles/cadences, réduisent en général le nom-
téristiques de ces modes de lubrification. On observe une variation bre de matériaux possibles.

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En mode de lubrification hydrodynamique, les taux d’usure sont L’usure linéique (déplacement de l’axe) après 1 000 h de fonc-
beaucoup plus bas, puisqu’il ne devrait pas y avoir de contact entre tionnement doit rester inférieure à 0,01 mm.
les pièces frottantes ; se pose seulement le problème de la résis-
tance contre la corrosion et la fatigue ainsi que celui du compor- DP – DA
ψ = -----------------------
- (9)
tement en périodes de démarrages et arrêts non hydrodynamiques, DA
phénomènes qui vont induire les principales pertes de masse irré-
versibles. avec DP diamètre du palier.
À partir des paramètres opérationnels, on estime que les maté-
riaux candidats doivent avoir un taux d’usure k V inférieur à
4 · 10–6 mm3/(N · m) dans les conditions de fonctionnement spéci-
4. Exemples fiques du palier, donc invariants à l’humidité.

4.1 Palier sec


4.2 Joint homocinétique fixe à billes
Les critères fonctionnels d’un palier radial utilisé en mécanique (véhicule)
fine (figure 7) sont par exemple :
— pas de maintenance, et fonctionnement de préférence en frot- Les billes (six au total) forment dans les joints homocinétiques
tement sec ; six tribosystèmes en contact conforme avec la cloche et non
— tolérance à une forte humidité relative ; conforme avec l’arbre, et glissent sur la cage. Les conditions de
— pertes par frottement minimales. contact sont en fait assez difficiles à évaluer et dépendent des
conditions de conduite du véhicule. Nous allons considérer le cas
Les paramètres opérationnels clefs sont les suivants :
de la conduite sur route rectiligne.
— glissement continu ;
— charge normale : F N = 5 N, soit p 0 ≈ 0,15 MPa ; • Ce mode de conduite induit sur les joints des couples de l’ordre
— vitesse de rotation : n = 10 tr · min–1, soit v ≈ 0,2 m/min ; de 1 250 N · m en première vitesse et 350 N · m en quatrième (cas
— température : T = 20 à 30 oC ; de sollicitation avec 80 % de roulement). Si on suppose que le
— distance de glissement : d = 11,2 km. couple s’exerce seulement sur une des six billes, ce couple induit,
pour un rayon de la piste de la cloche où circule la bille de 27 mm,
Un coefficient de frottement µ  0,2 induit une puissance dissi- une charge normale de 46,3 kN en première et de 12,9 kN en qua-
pée par frottement inférieure à 3 mW, laquelle ne produit pas trième. Les 46,3 kN de la cloche montent vers l’arbre où le diamètre
d’échauffement significatif du palier. est plus petit à 49,4 kN. Les pressions hertziennes selon le couple
Dans un palier radial, l’usure n’est pas distribuée de manière sont donc comprises, pour des pièces en acier, entre 1,5 GPa et
homogène [17] sur la surface de contact. Les formules suivantes 4,2 GPa ! Une précontrainte augmente encore les pressions hert-
[(7) et (8)] décrivent le volume d’usure : ziennes, mais d’une manière mal connue. Cette précontrainte
« guide » les billes jusqu’à environ 17o d’angle de pli et supprime
ψ
b a3

V = -------------- ---------------
6 DA 1 + ψ  (7)
le craquement. Elle permet aussi de « rattraper » l’usure linéique et
les dispersions de profils des surfaces rectifiées.
• Les vitesses des billes et de leurs supports sont inférieures à
avec b largeur du palier, 0,3 m/s et ne permettent, compte tenu des fortes pressions hert-
a largeur de l’empreinte d’usure dans le palier (relation (8)), ziennes, qu’une lubrification mixte/limite, de sorte que seules des
DA diamètre de l’arbre, graisses d’extrême pression sont utilisables (souvent du type
NLGI 2) avec des additions de 3 % en masse environ de MoS2 et ou
ψ jeu radial normalisé du palier (relation (9)). de dithiocarbamate de Mo.
1+ψ • Les deux axes liés par le joint sont inclinés de 6 à 8o. La rota-
a = 4 D P ∆h --------------- (8) tion conduit alors à un mouvement d’oscillation de la bille dans la
ψ
voie de guidage. Avec les dimensions citées précédemment et une
avec ∆h usure linéique (perte de hauteur). vitesse de rotation de 1 700 tr/min (fréquence 28 Hz), on peut esti-
mer que la vitesse de roulement de la bille dans la cloche est de
l’ordre de 0,21 m/s ; multipliée par le taux de glissement, cela
induit une faible vitesse de glissement. Toutefois, le glissement ou
patinage apparaît de manière aléatoire dans le joint et peut se
FN
situer entre 0 et 100 %. En supposant un taux de glissement moyen
de 3 % (hypothèse courante), la distance de glissement parcourue
Q
est le 1/33e de la distance de roulement de la bille. Un parcours de
150 000 km, avec une roue de rayon 0,28 m environ, correspond à
∆h 85 · 106 cycles. Une inclinaison de 6o induit, pour un rayon de
DA débattement de la piste dans la cloche de 27 mm, une déplacement
n
de la bille de 3,71 mm par cycle. La distance totale de glissement
est alors égale à 315 km, valeur qui tombe à 164 km pour un dépla-
cement de la bille sur l’arbre de 1,93 mm.
Les usures linéiques maximales sur la cloche et l’arbre sont éga-
les à 30 µm. Des dispersions du profil des pistes inférieures ou éga-
b
les à 20 µm sont à prendre en considération. À partir du dessin et
des usures linéiques, on détermine que les volumes d’usure doivent
b = 6 mm n = 10 tr/min
être inférieurs à 1,5 à 2,5 mm3 sur la cloche et 3 à 5 mm3 sur l’arbre.
DA = 6 mm a = longueur de la zone d’usure (0)

FN = 1 … 5 N ∆h = usure linéique Les taux d’usure dans le tableau 5 représentent des exigences
maximales, puisqu’ils sont estimés à partir d’hypothèses très
pessimistes : taux de glissement de 100 % ; charge agissant seule-
Figure 7 – Exemple du palier ment sur une des six billes. En se limitant à un taux de glissement

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Les vitesses de glissement sont de l’ordre de 0,4 m/s (moyenne


Tableau 5 – Taux d’usure des triboéléments d’un joint d’une distribution semi-sinusoïdale de maximum ≈ 1 m/s) et
homocinétique fixe à billes lubrifié avec des graisses l’amplitude de la course de la tige est comprise entre 8 et 11 mm.
(hypothèses pessimistes)
D’autres facteurs importants sont à prendre en considération :
Taux d’usure • Dans le guide de tige de soupape se forme un gradient de
Triboélément Taux d’usure avec 12,9 kN Taux d’usure température entre la came et le côté du cylindre avec une tempé-
avec 42 kN (F max en 4e vitesse) avec 7 kN rature T ≈ 150 oC en haut du guide, T ≈ 350 oC en bas sur le côté
d’admission et T ≈ 550 oC en bas sur le côté d’échappement.
[mm3/(N · m)] [mm3/(N · m)] [mm3/(N · m)]
• Un fait marquant concerne la pression de contact. Des pressions
Arbre < 3,7 · 10–10 < 7,2 · 10–10 < 1,3 · 10–9 comprises entre 10 et 24 MPa dans un contact conforme correspon-
Cloche < 1,2 · 10–10 < 3,7 · 10–10 < 6,8 · 10–10 dent en général à une sollicitation tribologique douce. Mais en frot-
tement sec, même à température ambiante, une pression de contact
comprise entre 10 et 25 MPa multipliée par une vitesse de 1 m/s et
un coefficient de frottement µ ≈ 0,2 donne une puissance surfacique
de 3 %, les taux d’usure doivent être compris entre de frottement Q f = pv µ ≈ 8 MW/m2, ce qui est une valeur très
4  k V  24 · 10–9 mm3/(N · m), que doivent satisfaire sous haute élevée, par exemple, les matériaux polymères ne tolèrent en géné-
pression hertzienne les combinaisons matériaux/graisse. ral que des puissances Q f < 0,1 MW/m2 et pour quelques exceptions
Q f < 1 MW/m2.
Une usure radiale linéique des guides des tiges ≈ 40 µm peut
4.3 Segments de chemise de moteurs être tolérée, ce qui donne un volume d’usure (avec la géométrie
à explosion spécifique, par exemple diamètre compris entre 5 et 8 mm) sensi-
blement égal à 2,5 mm3 pour le guide de soupape.
Ce système, élément d’un moteur à combustion quatre temps,
Le taux d’usure admissible pour le matériau du guide, en utili-
fonctionne en régime de lubrification mixte/limite et hydrodyna-
sant F N = 70 N, est de l’ordre de k V = 5 à 20 · 10–9 mm3/(N · m).
mique, selon la position du piston dans la chemise du cylindre.
Même pour le mode de lubrification mixte/limite, une valeur de
Noter que, dans certaines conditions limites, ce système fonctionne
k V = 5 · 10–9 mm3/(N · m) représente un niveau d’usure très bas et
quasiment à sec. Puisque l’usure sur la chemise est la plus pronon-
difficile à obtenir. Ces chiffres sont toutefois très pessimistes, car la
cée au niveau supérieur (top dead center ) qui est en lubrification
charge normale sur les guides est sans doute plus basse, de sorte
mixte/limite, l’approche par le taux d’usure [18] peut quand même
que des taux d’usure k V ≈ 10– 8 à 10–7 mm3/(N · m) pourront aussi
être appliquée en se limitant à ce régime et à cette zone d’usure qui
être retenus. Toutefois ces taux d’usure doivent être constants sous
se détermine par calcul de l’épaisseur du film formé ou par examen
une sollicitation thermique pv µ ≈ 8 MW/m2 et un µ < 0,2 pour le
d’une chemise usée. La distance de glissement et le volume d’usure
guide de tige de soupape.
doivent bien sûr être limités à cette zone et calculés sur sa longueur
(environ 10 % de la course du piston). Pour assurer un bon refroidissement de la soupape, le matériau
• Pour l’estimation du taux d’usure (voir paragraphe 3.1), la du guide de soupape doit présenter aussi une conductivité ther-
charge normale est choisie soit comme la pression de combustion mique élevée : on utilise à cet effet des alliages du type :
moyennée sur les 720o d’angle de rotation du vilebrequin (4 tours) CuZn36Mn3Al2SiPb, CuZn37Mn3Al2PbSi ou CuZn40Al2. Enfin,
soit comme la pression de combustion (maximale ≈ 25 MPa). comme la tige doit avoir une bonne résistance à la fatigue à chaud,
son matériau doit présenter une usure linéique négligeable pour
• Les charges normales agissant sur le segment sont plutôt que la contrainte à laquelle elle est soumise n’augmente pas.
faibles, mais la distance de glissement est élevée.
Selon son diamètre et sa hauteur, un segment peut tolérer une
usure linéique radiale comprise entre 100 µm et 3 mm, soit un 4.5 Fourreau de chaînes
volume d’usure compris entre 40 mm3 et 10 000 mm3, voire plus.
Cette approche montre que le segment d’un moteur à quatre Le problème de la résistance à l’usure des chenilles de tracteurs
temps doit présenter un taux d’usure en lubrification mixte/limite est un problème très important et difficile, puisqu’elles subissent
inférieur à 10–8 mm3/(N · m), valeur qui est aussi valable pour un une usure abrasive. Pendant le fonctionnement du tracteur, le four-
moteur à vapeur en cycle Rankine. reau est en contact non conforme avec le barbotin. Ce contact est
Un couple de matériaux doit alors présenter dans un essai de alors :
laboratoire pour la même puissance de frottement dissipée et le — à sec ;
même mode de lubrification un taux d’usure de cet ordre de — en présence de particules d’abrasivité variable en fonction de
grandeur pour se qualifier comme candidat. la nature du sol et de son état (sec et/ou mouillé).
Chiffrons en premier lieu le volume d’usure admissible pour bien
apprécier le problème. La chaîne d’un dozer de taille moyenne D6
4.4 Guide de tige de soupape (20 à 28 tonnes) est composée de chaque côté de 42 à 48 « maillons »
avec une distance entre eux d’environ 200 mm. Un fourreau du type
La tige de soupape et son guide forment un tribosystème d’un « D6D » a 66,6 mm de diamètre extérieur, 147 mm de longueur, 11
moteur à explosion, qui fonctionne en régime de lubrification à 13 mm d’épaisseur. L’épaisseur définit l’usure linéique maximale
mixte/limite, mais le cas d’un frottement à sec reste à envisager. qui produit la chute sur l’axe du maillon ; la largeur du contact avec
• La tige est actionnée par une force de l’ordre de 700 N. La force la dent du barbotin est de l’ordre de 89 mm. Le volume d’usure est
normale s’exerçant sur le guide dépend du jeu et du frottement sur compris entre le 1/4 et le 1/5 du volume du fourreau en contact (voir
la came ; elle est généralement supposée inférieure au 1/10 de la figure 8), soit environ 43 700 mm3. Pour augmenter la durée de vie,
force d’action sur la tige. certaines pièces du type « D6 » ont un diamètre supérieur dans la
zone de contact (≈ 69 mm), soit un volume d’usure maximal de
• La norme DIN EN 50320 considère que le triboélément I (pre-
l’ordre de 50 000 mm3.
mier corps, guide) est en contact permanent (100 % du temps) et
que le triboélément II (antagoniste, tige) a au contraire une période L’usure linéique dans cette application ne se chiffre pas en µm,
de temps de contact inférieure à 100 % (voir tableau 2). mais en mm !

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DOCUMENTATION
06/10/2008
APPLICATION DES DONNÉES TRIBOLOGIQUES DES MATÉRIAUX ________________________________________________________________________________

d’adhésion pour une pression allant jusqu’à 500 MPa et une valeur
Marche arrière pv ≈ 55 MPa · m/s. Un des faits spécifiques de ce problème est que
le contact entre une dent et le fourreau démarre par un impact qui
produit le bruit caractéristique des chenilles.
• Au cours d’environ 2 000 h de travail, un dozer fait
« travailler » un maillon environ 2,5 millions de fois ; par contre un
excavateur ou une pelle hydraulique, qui pour 90 % de son temps
Marche avant est sans mouvement, ne le sollicite que 0,4 million de fois en
6 000 h. Les distances de glissement effectives sont de l’ordre de
125 km pour le dozer et pour la pelle hydraulique de 20 km.
Le taux d’usure admissible pour le fourreau en utilisant la charge
Figure 8 – Régions d’usure de chenilles pour tracteurs, excavateurs, maximale devient k V ~ 3 10–6 mm3/(N · m). Il s’agit de chiffres à
chargeurs et buteurs selon le sens de la marche atteindre en frottement sec, avec et sans abrasifs !
L’influence de l’abrasivité du sol est difficile à prendre en compte,
car la nature des sols et des minéraux varie très fortement. Une
• La machine la plus rapide est le dozer avec une vitesse maxi- hydratation (présence d’eau ou pluie) abaisse l’abrasivité de
male de 20 km/h (normalement < 15 km/h), soit une vitesse linéaire certains minéraux et sols. Le minéral naturel qui possède la dureté
de 5,55 m/s pour la chenille ou 2,2 m/s pour la roue motrice type la plus élevé est le quartz (800  HV  1 100). Dans des essais sur
« D6 », ce qui produit une vitesse de glissement dans le contact banc, la présence de sable de quartz séché sur feu (cas le plus défa-
fourreau/dent de la roue motrice inférieure à 0,11 m/s. vorable) augmente le taux d’usure des alliages métalliques d’un
facteur ≈ 100 [19].
• L’effort de contact maximal qu’exercent les roues motrices sur
les deux chenilles correspond à la masse de la machine, soit deux Remarque : dans la plupart des exemples précédents, les condi-
fois 120 000 N. La largeur d’une dent est de 89 mm. Le rapport des tions de contact sont mal définies et il importe de les évaluer, ce
diamètres des fourreaux et des dents est 42/27, soit ≈ 3/2. Les qui est souvent un problème difficile. Néanmoins, on arrive à esti-
pressions hertziennes entre la dent de la roue motrice et le fourreau mer un taux d’usure qui fixe le niveau de résistance à l’usure
atteignent 500 MPa. Des alliages [19] très spécifiques [SAE 15B15Cr, nécessaire des matériaux, ces performances étant tributaires du
30MnB4 (1.5526), 30MnCrB4, 40MnB4, 35MnCr5, 42CrMo4 (1.7225)] choix judicieux d’un lubrifiant dans le cas où la lubrification est
sont qualifiés pour supporter un frottement sec sans mécanisme possible.

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