1.
Quelles étaient les conditions réunies en France pour permettre
à Alassane de devenir propriétaire ?
Pour que Alassane devienne propriétaire en France, plusieurs conditions
juridiques doivent être réunies :
✓Titre de propriété valable : Alassane doit avoir acquis un bien selon
les formes légales (vente, donation, succession, etc.) avec un acte
notarié enregistré.
✓Publicité foncière : L’acte de propriété doit être publié au service de
la publicité foncière pour être opposable aux tiers.
✓Possession paisible et continue : Si la propriété repose sur la
possession (usucapion), il faut qu’elle soit publique, paisible, continue et
non équivoque pendant un certain nombre d’années (30 ans en
principe).
Ces conditions montrent que le droit français repose sur le respect des
règles formelles et sur une possession durable et non contestée.
2. Alpha peut-il invoquer les mêmes arguments devant le juge
sénégalais pour faire reconnaître son droit de propriété ?
Non, pas exactement. Le Sénégal reconnaît certes les principes
similaires (titre, possession, etc.), mais il y a des différences
fondamentales :
1
Le système foncier sénégalais repose partiellement sur la domanialité
des terres, surtout en milieu rural, avec un contrôle de l’État sur
l’attribution des terres.
Le titre foncier (comme celui obtenu par Mamadou Fall) est une preuve
forte, mais la possession prolongée sans opposition peut aussi être un
mode d’acquisition (prescription acquisitive).
Le juge sénégalais peut donc être sensible à des arguments comme
l’usage prolongé, la mise en valeur du terrain, mais moins réceptif aux
simples formalités si la procédure n’a pas été respectée.
Ainsi, Alpha devra adapter ses arguments au contexte juridique
sénégalais, en mettant en avant non seulement un titre, mais aussi une
occupation paisible, utile et durable du bien.
Cas pratique n°3 – Analyse juridique
Faits pertinents :
Monsieur Mamadou FALL a un titre foncier régulier sur un terrain à
Thiès.
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Il a fait borner sa parcelle par un géomètre agréé.
Il a construit une maison, mais elle déborde de 70 cm sur le terrain de
son voisin, monsieur Baye Diop.
M. Fall reconnaît le débordement, propose une indemnisation, mais M.
Diop exige la démolition.
Problème juridique :
Le débordement de la maison constitue-t-il un empiètement illicite
justifiant la démolition exigée par le voisin, ou peut-il être toléré contre
indemnisation ?
Discussion juridique :
Selon le principe d'inviolabilité de la propriété (article 544 du Code civil) :
"Nul ne peut être contraint de céder sa propriété, si ce n'est pour cause
d'utilité publique et moyennant une juste et préalable indemnité."
→ Donc, toute emprise non autorisée constitue une atteinte au droit de
propriété.
La jurisprudence (française et parfois reprise au Sénégal) est très stricte
sur les empiètements : même minime, un empiètement doit en principe
être supprimé.
3
Exception possible : s’il existe une impossibilité manifeste de démolition,
ou si l’empiètement est infime, certains juges peuvent accepter une
indemnisation équitable, mais cela reste rare.
Solution :
Le juge pourrait considérer que :
Le droit de propriété de M. Diop a été violé.
Le débordement est reconnu, mais même 70 cm constitue une emprise
illégale.
L’indemnisation symbolique ne suffit pas, le propriétaire est en droit
d’exiger la démolition, sauf s’il y a disproportion manifeste entre la gêne
causée et le coût de démolition.