UNIVERSITE FELIX HOUPHOUET BOIGNY DE COCODY- ABIDJAN
UFR SCIENCES DE L’HOMME ET DE LA SOCIETE
DEPARTEMENT DE SOCIOLOGIE
SYLLABUS DU COURS MAGISTRAL
Année Universitaire 2023-2024
Semestre 1… Niveau Licence2…
Intitulé UE SOCIETE, FAMILLE ET EDUCATION
Intitulé ECUE INITIATION A LA SOCIOLOGIE DE LA FAMILLE ET DE L’EDUCATION
Enseignant KARAMOKO Vasséko, Maître-Conférences
[email protected]/
[email protected] Cel : 00225 0777830211/ 00225 0505016279
Descriptif du Le cours est un élément constitutif (E.C) de l’Unité d’Enseignement (U.E)
cours Société, famille et éducation du niveau licence2. Pour cet enseignement, il
s’agit d’amener les étudiants à définir et à appréhender l’éducation, l’école, la
famille, la réussite scolaire, les rapports à l’école et à la famille comme des faits
sociaux interdépendants dont l’organisation et le fonctionnement dépendent de
cadres institutionnels, normatifs et idéologiques ainsi que d’enjeux multiples.
Objectifs du L’objectif du cours vise à faire comprendre aux apprenants comment la
cours et sociologie fournit des outils conceptuels et théoriques pour l’analyse du
compétences système éducatif ainsi que celle de la famille qui lui sont liés. Au terme du
cours, les étudiants devront être capables de : i de définir d’un point vue
à acquérir
sociologique l’éducation, l’école et la famille. ii) d’identifier les propriétés
sociologiques du champ de l’école et de la famille. iii) analyser les influences
réciproques entre les deux champs.
Méthode Cours magistral dominé par des échanges, des approches participatives suivies
pédagogique d’une évaluation formative à la fin de chaque chapitre.
Mode Le mode d’évaluation se fera sur la base des éléments constitutifs du cours
d’évaluation
Lectures
recommandé Anne QUENIART, ROCH HURTUBISE. 1998. Nouvelles familles, nouveaux
es défis pour la sociologie de la famille
Anthony Giddens : Note introductive 1ère Partie. La constitution de la société :
théorie de la structuration
1
Chantal Collard Francoise Zonabend. 2015. Puf, 127 P.Chicoutimi, Québec,
ISBN 2-920883-24-0
CLAUDE TROTTIER (1987) ‘’La nouvelle sociologie de l’éducation en
grande Bretagne’’
De SINGLY François, 2017. Sociologie de la famille contemporaine. Armand
Colin, 126 p.
DECHAUX Hugues Jean. 2007. Sociologie de la Famille. La Découverte. 126
P.
DURU-BELLA Marie ; ZANTAN VAN Agnès. Sociologie de l’école. Armand
Colin, 2012, 313 P
DURU-BELLA Marie ; ZANTAN VAN Agnès. Sociologie du système
éducatif. Les inégalités scolaires. PUF, 2009, 237 P
EMILE DURKHEIM, (1922), éducation et sociologie
F. DEDY séri et TAPE Gozé, Education et Famille
DUBET François, Marie DURU-BELLAT et Antoine VERETOUT (2010). Les
sociétés et leur école. Emprise du diplôme et cohésion sociale. Editions du
seuil, 255P.
FREDERIC LEBARON (2014) 35 grandes notions de la sociologie
Fréderic Lebaron (2014).35 grandes notions de la sociologie. Dunod, 172p.
GENEVIEVE Dlaisi de Parseval. 2016. La famille expliquée à mes petits-
enfants. Seuil, 129 P.
Jean-Marie Tremblay. 2001. La famille, une approche sociologique.
LEON BERNIER ET FRANÇOIS DE SINGLY. 2003. “Présentation. Familles
et école”. La revue Lien social et politiques – RIAC 7 P.
LES CONSEQUENCES DE LA MODERNITE PAR ANTHONY GIDDENS,
33 p.
Marta Domínguez-Folgueras, Laurent Lesnard (2018), Famille et
changement social, Presses Universitaires de France | « L'Année
sociologique »
MÉLANIE BÉDARD. 2003. LA FAMILLE ET L’ÉCOLE : ENTRE LE
PARTICULIER ET L’UNIVERSEL. Les conceptions de Condorcet, Hegel,
Durkheim, Parsons, et Bourdieu et Passeron, FACULTÉ DES SCIENCES
SOCIALES UNIVERSITÉ LAVAL SAINTE-FOY, 130 P
Nicolas Duvoux (2017). Les inégalités sociales.que sais-je ? PUF, 126 P.
PAUGAM Serge (2008), La pratique de la sociologie
PAUGAM Serge (2015). Les 100 mots de la sociologie, PUF, 127 P.
PIERPAOLO DONATI, 2004.La relation comme objet spécifique de la
sociologie. La Découverte | « Revue du MAUSS »,2004/2 no 24 | pages 233 à
254, ISSN 1247-4819 ISBN 2707144630
PIERRE DANDURANT ET EMILE OLIVIER (1987) ‘’les paradigmes perdus.
Essai sur la sociologie de l’éducation et son objet’’
RAYOU Patrick. Sociologie de l’Education. PUF, 2015, 126 p.
2
Roger Benjamin, (2015), Famille et Société, L’Harmattan, 2015
SEGALEN Martine, 2016. Sociologie de la Famille. Armand Colin, 343P.
Sociologie et sociétés, vol. 30, n° 1, 1998, pp. 133-143.
ALPES Yves ‘’les apports de la sociologie de l’éducation à l’analyse des
situations scolaires’’
Jean-Hugues Déchaux & Marie-Clémence Le Pape,2023, Trente ans de
sociologie de la famille en France : évolutions et inflexions (1990-2000).
Dans Recherches familiales 2023/1(n° 20), pages 189 à 201, Éditions
Union nationale des associations familiales, ISSN 1763-718X
Vincent Rubio, 2006.La famille et la sociologie de la famille selon Georg
Simmel. Dans Recherches familiales 2006/1 (N°3)
3
,
PLAN DU COURS
INTRODUCTION
I-SOCIOLOGIE DE LA FAMILLE
1) Naissance de la sociologie de la famille et définitions
2-Objets sociologiques
3-Fonctions sociales de la famille (socialiser, éduquer et scolariser)
4-Quelques théories explicatives
II- LA SOCIOLOGIE DE L’EDUCATION
1- Genèse de la sociologie de l’Education
2- Objets sociologiques
3- Fonctions sociales de l’éducation scolaire
4- Quelques théories d’analyse
III-Famille et Ecole : Deux instances de socialisation à orientation différenciée
CONCLUSION
4
INTRODUCTION
Ce cours est une initiation à la sociologie de la famille et à la sociologie de
l’éducation. L’enjeu consiste à définir la sociologie de la famille et la sociologie
de l’éducation à partir de leurs objets respectifs. L’étudiant doit être capable de
saisir les problématiques liées à ces deux champs sociaux et de relever les objets
identiques à chaque champ.
La famille et l’école d’un point de vue social se présentent comme des lieux
d’exercices et de pratiques de l’éducation. Elles ont pour point commun ici le
transfert de l’éducation c’est à dire un espace de construction sociale
de compétence, de socialisation et d’intégration sociale. Mais qu’est-ce que
l’éducation ? Comment peut-on la définir ?
Les travaux d’Emile Durkheim dans « Education et Sociologie » ont permis de
retenir cette définition : « L’Education est l’action exercée par les générations
adultes sur celle qui ne sont pas encore mure pour la vie sociale » (Durkheim,
1999). Sur la base de cette définition, on peut dire que l’éducation pris comme
un phénomène social est un ensemble de pratiques, de manière de faire, d’agir,
de penser et des coutumes ancrées dans les habitus. Selon, Gaston Mialaret
(2006) « parler d’éducation, c’est tout d’abord évoquer une institution sociale,
un système éducatif. On oppose ainsi, l’éducation chinoise à l’éducation à
Américaine ou l’éducation moderne à l’éducation antique ». Nous pouvons
déduire pour dire que la notion d’éducation est liée à la notion de société. Or
selon Emile Durkheim, celle-ci est un « ensemble de groupes qui, poursuivant
chacun des objectifs propres et entretenant les uns avec les autres des rapports
consolidés en institutions, se trouvent engagés en permanence dans des
processus d’opposition et de fusion partielles ». Ce qui veut dire que la société
n’est pas une institution stable, elle est plutôt dynamique. Selon Benjamin
(2015), la constitution de la société doit refléter les concepts suivants :
– Division sociale du travail
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– Lutte de classes (il y a classes parce qu’il y a lutte de classes, il y a lutte de
classes parce qu’il y a division sociale du travail)
– Les concepts marxiens d’aliénation et d’exploitation –
-Le concept durkheimien d’anomie (anomie sociale, anomie économique).
Dans ce cours, nous allons centrer notre analyse sur le concept de classe sociale,
parce que les fonctions exercées par les familles et les écoles se diversifient
selon leur appartenance à telle ou telle classe. Précisons que, pour nous, la classe
sociale se définit comme le groupement social, qui, ayant pris conscience de lui-
même, s’organise en vue de la transformation des rapports de production.
En revenant sur la thématique qui fait l’objet de ce cours, il est question de
savoir, comment la sociologie en tant que discipline singulière questionne et
analyse le fonctionnement de la famille et celui de l’école. Quels liens établit-
elle entre les deux univers sociaux que sont la famille et l’école ? En d’autres
termes, Comment peut-on définir la sociologie de la famille et celle de l’école en
tant que des structures sociales ? Quels sont les objets spécifiques de chaque
champ scientifique ? Qu’est ce qui les différencie d’un point de vue
scientifique ? Quelles sont les formes de complémentarités ? Quels sont les
progrès théoriques qui ont influencé le changement social dans chacun de ces
espaces sociaux ? Quelles sont les ressources mobilisées par chaque champ
scientifique à fin d’expliquer le lien social ?
I-SOCIOLOGIE DE LA FAMILLE
La famille est l’une des institutions sociales qui se caractérise par son
dynamisme. La famille est souvent citée comme l’une des institutions sociales
les plus importantes et fondatrices de la société : elle remplit des besoins
matériels et affectifs essentiels et joue un rôle majeur pour l’intégration des
individus dans la société. Bien que les familles continuent à tenir ces rôles, elles
6
ont subi, en tant qu’institution sociale, des transformations importantes ces
dernières années. « Toutefois, si la famille est la base de la société, il faut
reconnaître que cette société est devenue très complexe car les visages actuels de
la famille y sont très variés…Bref, la famille n'est pas, ou n'est plus, une réalité
simple à définir et à comprendre. À l'image de la société qui a évolué et est
devenue plurielle, la famille s'est transformée, son rôle aussi, de même que les
liens qui l'unissent à l'ensemble social. Plusieurs sciences humaines s'intéressent
à ces questions. Parmi elles, on retrouve la sociologie qui dispose de certains
outils d'analyse permettant d'aborder les problématiques particulières concernant
la famille en les situant dans un contexte plus global ». (Nicole Fleurant, 2000).
Mais du point de vue la démarche scientifique, « les indicateurs démographiques
les plus souvent mobilisés pour décrire leur comportement montrent bien que
nous sommes dans une période de fort changement (Marta Domínguez-
Folgueras, Laurent Lesnard,2018).
Sur la base de ce constat démographique, l’on peut citer entre autres les faits
suivants : l’entrée dans la vie adulte est de plus en plus tardive, le nombre de
mariages par an est en chute, tandis que le nombre de couples qui préfèrent une
union sous le régime du Pacte civil de solidarité (Pacs) augmente et que le
mariage est désormais possible pour les couples homosexuels.
Le développement des études historiques sur la famille a mis en évidence que la
famille est une institution changeante, un ensemble de processus (SEGALENE,
MARTIAL, 2019, p.16). La famille est le produit d’un « travail d’institution »,
continu mais jamais tout à fait stabilisé. On peut dire que la famille se définir
dans son contexte social. Car chaque époque se caractérise par ses formes
diverses de familles.
La famille ne cesse de s’inventer sous nos yeux et sa définition est toujours un
enjeu social et politique. La question familiale est englobée dans la réflexion sur
le lien social au XIXe c'est-à-dire la relation entre l’individu et la société. La
7
sphère familiale apparait comme un lieu où l’on peut trouver une réponse. La
famille est à la fois observée par les médecins, les enquêteurs sociaux, les
historiens, les anthropologues et les administrateurs. Ce qui concerne l’étude du
fait familial par le sociologue, deux volets retiennent notre attention :
Le premier volet porte sur les principaux types de famille
En effet, peu importe le modèle de composition familiale, ce qui caractérise
d'abord le sociologue, ce sont les types de relations entre ses membres, les
valeurs qu'elle préconise, les ressources qu'elle offre. En vertu de ces critères on
peut identifier trois grands types de famille qui peuvent à la fois se succéder et
cohabiter au sein même de la société : la famille traditionnelle, la famille
moderne et la famille post-moderne. Chaque type de famille préconise des
attitudes particulières face à certaines situations (garde des enfants,
hospitalisation de ses membres...), privilégie des modèles éducatifs et entretient
certains types de relations. De plus, chaque type de famille vit dans des
conditions de vie particulière qui influencent aussi les valeurs qu'elle préconise
et transmet. C'est ce que nous étudierons à travers l'observation des réseaux
d'entraide et de soutien dont font partie ces types de famille de même qu'à
travers les modes de socialisation qu'elles favorisent. En effet, ce qui se faisait
autrefois de façon quasi naturelle (se marier et avoir des enfants) est devenu
aujourd'hui pour beaucoup d'entre nous, quelque chose de planifié et de bien
organisé. Nous verrons donc que certaines transformations socio-historiques
importantes comme la participation accrue des femmes au marché de l'emploi, la
libéralisation des mœurs, l'accès à la contraception ainsi que l'égalité croissante
entre les hommes et les femmes ont modifié de façon importante la façon se
choisir un conjoint, de définir et de bâtir une famille.
Pour expliquer le passage d’un type de famille à l’autre, c’est-à-dire de la
famille large de type patriarcal, fondée sur le patrimoine et qui a pour principe
l’autorité, à la famille étroite, conjugale, fondée sur l’affectivité et qui a pour
8
principe l’égalité, il faut, croyons-nous, accepter l’idée que la famille est plutôt
conséquence que cause, que l’évolution de la famille, en d’autres termes, est
subordonnée à l’évolution de la société et principalement aux développements
économiques qui affectent celle-ci.
Le deuxième volet se penchera aussi sur certains changements importants
survenus dans notre société et qui touchent directement tant la famille
(dans sa constitution, son organisation, ses valeurs), que l'identité de
chacun de ses membres
Ces changements touchent l'ensemble social lui-même puisque souvent ils
remettent en question les valeurs et les rôles habituels. Les changements abordés
dans ce volet sont, en majeure partie, plus récents et certains sont plus radicaux.
Il s'agit ici de phénomènes comme celui de l'immigration qui met de plus en plus
en contact divers types de relations familiales dont certains nous semblent
parfois étonnants, déroutants, voire incompréhensibles. On parle aussi de
l'apparition de familles recomposées, du recours à l'adoption internationale, ou
encore de l'existence de familles dont les parents sont du même sexe. Sur la base
de toutes ces influences, il devient difficile de définir la famille. Selon, François
De Singly (2017), aucun consensus n’existe autour de la définition de la famille.
Car la sociologie de la famille est souvent empreinte de normativité. Elle répond
pour partie des demandes sociale. Elle est une discipline active qui produit de la
connaissance et de la compréhension sur les évolutions du fait familial. Elle se
caractérise par une discipline aux frontières ambigüe. Dans ce contexte flou,
comment peut-on définir la famille ?
Pour Jean Hugues Déchaux, « on définira la famille comme étant l’ensemble
des personnes apparentées par la consanguinité et/ou l’alliance » (Barry et Al,
2000). La famille est un espace social au sein duquel le groupe aide chacun à
poursuivre son propre développement personnel, au sein duquel le fait de vivre
ensemble se concilie avec le respect de la singularité de chaque membre. La
9
famille, aujourd’hui, ne peut plus être considérée comme étant fondée sur le
mariage au regard des configurations qu’elle présente . « Elle peut être définie
comme étant le groupe social qui vise à assurer principalement à ses membres
une certaine sécurité affective et la meilleure insertion possible dans la
société » (Benjamin, 2015). Cette définition est clarifiée et précisée par Emile
Durkheim qui dit que « Pour qu’il y ait famille, il n’est pas nécessaire qu’il y
ait cohabitation et il n’est pas suffisant qu’il y ait consanguinité. Mais il faut de
plus… qu’il y ait des droits et des devoirs, sanctionnés par la société, et qui
unissent les membres dont la famille est composée. En d’autres termes, la
famille n’existe qu’autant qu’elle est une institution sociale, à la fois juridique
et morale, placée sous la sauvegarde de la collectivité ambiante ».
On peut déduire de cette définition que, le mot « famille » signale des relations
sociales : il est une relation, non un lieu, un ensemble d’interaction. La famille
est un espace social.
En explicitant sa pensée, Durkheim montre que « c’est de la famille comme
institution sociale qu’on entend s’occuper ». Les droits et obligations
domestiques se structurent autour de quatre points :
1. Le devoir de venger les offenses faites à un parent (vendetta) ;
2. Le droit de chaque parent sur le patrimoine familial ;
3. Le droit de porter un certain nom ;
4. Le devoir de participer à un certain culte.
Sur la base de cette définition, peut-on retracer la genèse de la sociologie de la
famille ?
1) NAISSANCE DE LA SOCIOLOGIE DE LA FAMILLE
La famille a toujours été définie comme une institution fondamentale de la
société parce qu’elle assure une fonction de reproduction, de cohésion, de
stabilité et de socialisation. Des formes démographiques plurielles (Cyprien
Avenel,2003). Il faut faire une distinction entre la naissance de la famille et celle
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de la sociologie de la famille. Jusqu’au XVII siècle, la famille conjugale
n’existait guère, elle était sous le contrôle de la communauté locale et du réseau
de parenté qui sanctionnaient les déviances (MARTINE SEGALEN, AGNES
MARTIAL,2013). L’étymologie du mot famille, comme l’indique Lewis Henry
Morgan, renvoie à la réalité patrimoniale . « Dans son sens originel, le mot
famille ne se rapportait pas au couple marié ou à ses enfants, mais à l’ensemble
des esclaves et des serviteurs qui travaillaient pour assurer la subsistance de la
famille et qui étaient placés sous l’autorité du pater familias ».
Quant à la sociologie de la famille, elle est née au tournant du XXè siècle. Elle
s’est constituée comme un champ autonome à partir de 1970 pour comprendre
les mutations à l’intérieur de la famille. Portant un regard réflexif et critique sur
son histoire, elle s’interroge sur les diverses formes de modernité. Pour y
parvenir, elle va réfléchir sur des thématiques qui ont agitées les penseurs du
XIX siècle à savoir : la restauration de l’autorité des pères, compréhension
de la famille dans un état démocratique, combattre les méfaits de
l’industrialisation, les conséquences du code civil et du développement du
capitalisme. Dans ce cours trois types de famille feront l’objet d’analyse : la
famille traditionnelle, la famille moderne et la famille moderne2.
Au regard de la littérature scientifique, Emile Durkheim se positionne comme le
pionnier de la sociologie de la famille à travers son ouvrage « introduction à la
sociologie de la famille ». Pour le fondateur de la sociologie française, la famille
contemporaine est « la famille conjugale », succédant à « la famille paternelle »
de l’ancien régime. La famille conjugale caractéristique de l’époque de
Durkheim est typiquement moderne. La famille moderne voit le jour en milieu
urbain avec le développement de l’industrialisation. Par modernité, il faut
attendre par-là, le passage de l’empirisme à la rationalité.
La famille ne disparait pas sous la modernité, mais elle change de sens et de
forme du fait de l’individualisation sociale avancée.
11
On aurait d’abord assisté jusqu’aux années 1950-1960 à l’émergence
progressive d’une « famille conjugale » fondée sur le primat accordé aux
personnes et aux relations par opposition à une vision de la famille centrée sur
les biens et les statuts, une mutation qu’avait entrevue Émile Durkheim dès la
fin du XIXe siècle. À partir des années 1960, les traits de la famille moderne se
seraient accusés marquant la fin de l’étape antérieure. La « famille moderne 2 »
serait désormais « relationnelle » puisque fondée sur la qualité des relations
entre ses membres, « individualiste » en raison de l’affirmation du « je » au
détriment du « nous familial », et « privée/publique » car, si les deux traits
précédents expriment la valorisation croissante de la sphère privée, l’État
intervient davantage dans la vie familiale qu’il cherche à contrôler.
L’émancipation des femme et l’affirmation de l’individu seraient à l’origine de
cette évolution. Trois traits distinctifs la décrivent :
La famille moderne est relationnelle
La famille moderne est individualiste
La famille moderne est privé/publique
La famille relationnelle porte ce nom c’est parce que sa focale recouvre les
relations qui se nouent entre les personnes. Leur analyse permettrait d’établir
que l’individu, en quête de son « moi profond », tend à s’autonomiser vis-à-vis
de la famille.
2-OBJETS SOCIOLOGIQUES
Le sociologue ne s’intéresse à la famille que dans la mesure où elle constitue un
espace social, c’est-à-dire un champ d’interaction sociale, elle est un système
d’interaction. La sociologie de la famille est importante pour comprendre les
transformations des relations sociales économiques, politiques et culturelles.
L’objet d’étude concerne aussi bien les composantes que les évolutions de
l’institution qu’est la famille. D’un point de vue social, elle étudie les
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dimensions communes des liens parents-enfants dans les familles
monoparentales, homoparentales, biparentales et recomposées. Elle travaille sur
les problématiques spécifiques : la baisse de la fécondité, le recul du mariage,
la modification des calendriers familiaux, le déclin des mères au foyer, la
diffusion de la cohabitation hors mariage, banalisation du divorce et des
unions libres. Selon (Anne QUENIART, ROCH HURTUBISE, 1998) « Les
nombreuses spécialisations que l'on observe dans la littérature tant d'expression
française qu'anglaise le confirment : études sur l'entrée en conjugalité, le
divorce, la maternité, la parentalité, les recompositions familiales,
l'adoption, le couple, » etc
3-Fonctions sociales de la famille (socialiser, éduquer et scolariser)
Des auteurs classiques jusqu'aux sociologues des années 1990, on remarque une
préoccupation constante pour les fonctions de la famille. Elle socialise, éduque
et scolarise. La famille a un rôle de maintien et de reproduction des valeurs et
des traditions. La famille contemporaine exerce, comme la famille traditionnelle,
de très nombreuses fonctions de tous ordres :fonction de reproduction, fonction
de protection matérielle (logement, santé), (la famille est une unité de
production de biens et/ou de services, une fonction économique unité de
consommation, un groupement d’assurance et le lieu où se constitue, se
conserve et se transmet un capital), fonction juridique, fonction socio-affective,
fonction d’instruction et d’éducation, fonction récréative, fonction religieuse…
A l’inverse, ces fonctions de socialisation, d’éducation et de scolarisation, d’un
point de vue sociologique voire relationnel, peuvent aussi change de forme. On
peut passer de la socialisation à la désocialisation, de l’éducation à la déviance
(mauvaise éducation) et de la scolarisation à la déscolarisation.
4-QUELQUES THEORIES EXPLICATIVES
13
Sur un plan théorique, on a observé un éclatement du champ de la sociologie de
la famille en de multiples objets (la maternité, la paternité, le divorce, le
mariage, etc.) et un isolement des chercheurs : ceux travaillant sur le divorce,
par exemple, échangent peu avec ceux qui s'intéressent au désengagement
paternel ou aux mères monoparentales.
On peut citer entre autres les théories :
-Déterministes (Durkheim, Talcott Parsons,)
-Actionnistes (Weber, Boudon, Tourraine)
-Constructivistes (Bourdieu, Giddens, Nobert Elias)
- Interactionniste (Peter et Berger, Howard Becker, GEORG SIMMEL)
La théorie de la famille relationnelle (François de Singly,1990) s’adosse à une
vision sociohistorique qui fait de l’émancipation individuelle la dynamique de
fond des mutations de la société au cours du dernier siècle. Cette théorie s’inscrit
clairement au sein d’un domaine établi, celui de la sociologie de la famille.
II- LA SOCIOLOGIE DE L’EDUCATION
L’expression « sociologie de l’éducation », usuellement employée par les
sociologues de la langue française, n’est rien d’autres que la traduction littérale
de sociology of education. Or les travaux menés dans ce champ en majorité
concernent les institutions d’enseignement, plus précisément les formations
initiales. Donc, la formation permanente, plus largement les formes non
scolaires de construction sociale de compétence sont exclues. « Ne sont donc
pas pris en compte des champs comme ceux de l’éducation familiale ou de
l’éducation à la santé, qui suscitent pourtant des recherches riches et
pertinentes » (RAYOU Patrick, 2015, P.1). Le choix opéré ici, consiste à se
consacrer essentiellement à la sociologie de l’éducation scolaire c’est à dire à la
scolarisation ou de l’école. Le cadre tracé pour la sociologie de l’éducation est
14
celui de l’école dans la société et celui l’école en tant que société (Gaston
Miliaret (2006).
1- Genèse de la sociologie de l’Education
Le principal développement de la sociologie de l’éducation a eu lieu dans les
pays occidentaux dans les années 60 et 70, au XXe siècle. Des auteurs comme
Emile Durkheim, Max Weber et Karl Marx sont considérés comme les auteurs
les plus représentatifs de la théorie classique de la sociologie de l’éducation.
Dans la constitution de la sociologie de l’éducation, trois pays (les États-Unis, la
Grande-Bretagne et la France) ont dominé le débat et ont favorisé le
développement de la discipline, à travers des contributions importantes d’auteurs
différents. Ainsi, « Dès le début du 20è siècle, la sociologie française naissante
portait son regard sur le système éducatif, à travers l'intérêt que manifestait E.
Durkheim pour les questions pédagogiques, mais aussi pour le rôle de l'école
dans le processus de socialisation » (Yves Alpes, 2005). L’intérêt et l’analyse
des situations scolaires ont favorisé l’éclatement de son objet :
b-) TROIS GRANDS DOMAINES DE RECHERCHE
Selon Yves Alpes (2005), On peut distinguer trois grands domaines de
recherche, en fonction de ce qui constitue le sujet principal de préoccupation des
chercheurs :
1) Le premier courant (par ordre chronologique), est celui de la sociologie de
l’institution scolaire. Il est principalement constitué d’approches « macro-
sociologiques », qui s’intéressent aux déterminants sociaux des situations
scolaires.
2) Le deuxième est celui de la sociologie des contenus de l’éducation :
autour des concepts fondamentaux de « curriculum » et de « rapports aux
savoirs », il analyse l’organisation des savoirs scolaires comme une
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conséquence de rapports de pouvoir dans la société, et s’interroge sur la
façon dont les acteurs s’approprient (ou pas !) ces savoirs.
3) Le troisième, dont le développement est plus récent, regroupe de
nombreux travaux d’orientation parfois très différente autour de la
question des « acteurs scolaires », de leurs expériences, de leurs stratégies.
Mettant le « sujet » au centre de l’analyse, il se situe dans une perspective
plus micro-sociologique.
2- Objets sociologiques
La sociologie de l’éducation est une approche de la sociologie qui a pour but
d’étudier et de comprendre l’éducation dans sa dimension sociale. En
s’appuyant sur des concepts et des méthodologies propres à la discipline
sociologique. Elle est une branche de la sociologie qui s’occupe de l’étude de la
relation éducation-société. C’est-à-dire qu’elle étudie la fonction sociale de
l’éducation et l’influence de l’environnement et du contexte social dans les
systèmes éducatifs. Pour ce faire, elle s’appuie sur des théories et des méthodes
propres à la discipline sociologique. Du point de vue de la démarche scientifique
et singulière de la discipline, les principales caractéristiques et objectifs de
l’approche sociologique de l’éducation sont :
Comprendre les processus de socialisation et la relation entre société et
éducation.
Étudier la fonction sociale de l’éducation, en plus d’analyser le système
éducationnel et les sous-systèmes et éléments qui le composent.
Mettre en évidence les déterminations existantes entre les différentes forces
sociales (économiques, politiques et culturelles) et les agents éducatifs,
éducateurs, élèves, parents…
Étudier des institutions et des processus formels et informels d’éducation et
différents niveaux éducatifs (maternelle, primaire, secondaire, universités).
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Développer des études descriptives et explicatives. Contrairement à d’autres
disciplines, comme la psychologie de l’éducation ou les didactiques
spécifiques, qui ont pour principal but d’intervenir dans le processus éducatif.
Analyser les problèmes liés à la socialisation et à l’éducation ; le lien
éducation-pouvoir social ; égalité-équité sociale ; mobilité-structure sociale,
et structure de l’école, la salle de classe en tant que groupe…
Apporter aux agents éducatifs, professeurs, maîtres/maîtresses et élèves une
connaissance sur la méthode ou la méthodologie propre à la recherche
sociologique, en tant que façon de comprendre en profondeur des faits
sociaux du domaine éducatif.
Ainsi, selon Fréderic Lebaron (2014), « la sociologie de l’éducation se consacre
à l’étude des processus de socialisation scolaire, aux déterminants sociaux des
résultats et des destins scolaires, au rapport pédagogique, aux caractéristiques
des institutions et du personnel éducatif, aux relations entre titres et postes ».
La problématique de base sur les recherches en milieu scolaire se structure
autour de la production des inégalités d’éducation, des différenciations entre
acteurs, entre classes sociales.
Mais, on peut ajouter d’autres objets de recherche qui sont : la réussite scolaire,
l’insertion des jeunes, la définition des programmes, l’évolution du métier
d’enseignant, le rôle des parents ou encore la vie dans les établissements. Il
existe aussi les formes non scolaires de construction de compétences.
3- Fonctions sociales de l’éducation scolaire
Le système scolaire se voit donc doter d’une double fonction :
-d’une part, assurer la transmission des savoirs, la continuité des valeurs
sociales, la valorisation de la vie collective : rayonnement et autorité du maître,
importance de la vie collective dans la classe pour le développement de
l’attachement au groupe…
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-d’autre part, être le vecteur des valeurs de la modernité (laïcité, positivisme) et
favoriser le changement.
François Dubet (2017) le système scolaire peut être défini comme la
combinaison de trois fonctions : La première fonction est celle de l’intégration
dans une culture commune. La deuxième est une fonction de sélection et de
hiérarchisation ; toute école distribue des valeurs et des compétences, des
diplômes qui sont autant des ressources que des biens du salut. Il est important
de savoir si cette distribution est juste. C’est la fonction d’intégration ou
d’exclusion qui conduit à s’interroger sur la nature des liens entre les systèmes
scolaires et les emplois. La troisième fonction est une fonction de subjectivation
pour laquelle la culture a une valeur en soi et une vertu libérale. La connaissance
et le savoir sont censés forger la personnalité et la liberté des élèves.
4- Quelques théories d’analyse
-Les theories déterministes ( (Durkheim, Passeron, Merthon, P. Bourdieu et J.C.
Passeron ;Christian Baudelot et Roger Establet). La fonction de reproduction de
l'école s'exerce par la violence symbolique. A cela s’ajoute B. Bernstein propose
la théorie des « codes sociolinguistiques » : il existe dans la société un « code
élaboré », qui est celui des milieux favorisés et « cultivés », et qui constitue le
code de référence de l‘école, et un « code restreint », qui est celui de la pratique
quotidienne des milieux défavorisés
-Les théories actionnistes (L’individualisme méthodologique et la théorie du «
Capital humain » Raymond Boudon).
- les théories interactionnistes (du rapport au savoir (B. Charlot, Yves Rochex ;
François Dubet)
III-Famille et Ecole : Deux instances de socialisation à orientation
différenciée
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La question de la socialisation de l’enfant est devenue plus complexe dès
l’apparition de l’institution scolaire. Le développement de la famille moderne a
engendré l’avènement d’un nouvel acteur (école) dans le rapport famille-enfant.
La relation qui se joue entre la famille et l’école autour de l’éducation de
l’enfant ou de l’élève est fondamentale pour l’équilibre de celui-ci.
Les manières d’agir et de faire différents selon les contextes et les acteurs. Mais,
la littérature nous indique que la différence se situe dans l’orientation dans la
relation à l’enfant.
Selon (MÉLANIE BÉDARD,2003) « C’est plutôt l’orientation à l’égard de l’enfant
qui distingue la famille et l’école. La première étant plus affective et moraliste
et tournée vers les particularités de l’enfant en tant que personne chère. La
deuxième étant plus universaliste et tournée vers les performances de l’enfant en
tant qu’individu soumis aux mêmes exigences et jugements que ses pairs ».
Selon De Singly, « la famille d’aujourd’hui transmet un bagage relationnel à
l’enfant puisqu’elle repose essentiellement sur des liens affectifs, l’école assume
la contrainte de l’autorité et la transmission du savoir ».
CONCLUSION
La sociologie de la famille et la sociologie de l’éducation sont deux champs
scientifiques distincts de par leurs objets et de leurs pratiques. Même, si les deux
champs se rapprochent par leur caractère socialisant, les ressources
(idéologiques, relationnelles et symboliques) mobilisées sont différentes.
Parlant de sociologie de la famille, elle a pour objet les composantes et les
évolutions relatives à l’institution qu’est la famille. Une famille est constituée
d’individus liés par alliance, par adoption ou par filiation. Elle renvoie aux
formes de relations qui unissent les individus. La famille apparait comme un lieu
privilégié du changement social.
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La famille est à la fois un groupement et une institution sociale (au sens de ce
qui fonde le lien et des représentations sociales préexistantes). Elle n’est pas un
groupe naturel, mais le produit d’une construction sociale continue, jamais tout à
fait stabilisée (Jean Hugues Déchaux, Marie Clémence Le Pape, 2021). La
famille dans son rapport à l’individu met l’accent sur les ressources affectives et
idéologiques (la formation à la morale et aux respects des principes familiaux).
La famille est la pièce maîtresse du dispositif de moralisation. La sociologie de
la famille analyse et dénonce les inégalités sociales, le chômage et les
phénomènes migratoires mettant profondément en cause les bases stables de la
famille.
Par contre la sociologie de l’éducation s’intéresse aux processus de socialisation
scolaire, les trajectoires scolaires et leurs déterminants, les rapports
pédagogiques, les caractéristiques des institutions scolaires et du personnel. En
d’autres termes, elle a pour objet, les mécanismes scolaires, la socialisation de
l’individu en l’intégrant par le biais de l’éducation dans son milieu social.
L’école enseigne les valeurs universelles voire républicaines en vue de la
qualification de l’élève en tant qu’un acteur compétent qui répond aux besoins
de la société. Du point de vue de l’importance, la sociologie de l’éducation tire
sa force, du fait qu’elle analyse la place et la fonction éducative dans le système
social. Elle étudie les relations entre l’école et les autres institutions sociales à
l’instar de l’école, la politique, etc.
ORIENTATION POUR LES TD
A l’issue de ce cours, les étudiants doivent être capables de définir d’un point de
vue sociologique les concepts d’éducation, de la famille et de l’école. Ils doivent
pouvoir également définir la sociologie de famille et la sociologie de l’école et
de décrire leur genèse. Ensuite, ils doivent être capables d’identifier quelques
objets empiriques liés aux deux disciplines. Enfin de compte, ils doivent être
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capables de déterminer la différence entre les orientations faites entre les deux
disciplines en matière de socialisation
1) Expliquer les facteurs qui ont engendré l’évolution de la famille et celle
de l’école
2) Citez quelques formes de la famille conjugale2
3) Quelles différences faites-vous entre la famille moderne1 (conjugale) et
la famille moderne2
4) Décrire les trois types de famille et les systèmes de relations qui en
découlent
5) Citez quelques objets empiriques de chaque discipline
6) Fais comprendre que le terme « éducation » est transversale à
plusieurs champs sociaux (famille, école, la santé,)
7) Quel est champ de la sociologie de l’éducation. Les références sont
dans le cours (Voir la définition de Fréderic Lebanon)
8) Expliquer pourquoi malgré les reformes du système scolaire, les
inégalités scolaires se maintiennent ?
9) Quelles sont les contributions des auteurs suivants dans le
développement de la sociologie de l’éducation ? DURKHEIN ?
BOURDIEU, Bernard Charlot ?
10)Quelles différences faites-vous entre la sociologie de la famille et la
sociologie de l’éducation ? Décrivez les caractéristiques de chaque
discipline.
11)Que peut-on retenir du cours sur la sociologie de la famille et la
Sociologie de l’éducation ?
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