Concurrence
Concurrence
Lionel Zevounou
Lionel Zevounou
Docteur en droit public,
Membre du Centre de Théorie et d’Analyse du droit
(UMR CNRS 7074)
Préface de
Pierre Brunet
Professeur, Directeur du Centre de Théorie et d’Analyse
du droit (UMR CNRS 7074), Membre de l’Institut universitaire de France
Pierre Brunet
Professeur, Directeur du Centre de Théorie et d’Analyse du droit
(UMR CNRS 7074),
Membre de l’Institut universitaire de France
aff. : affaire
AJDA : Actualité juridique Droit administratif
al. : Alinea
Am. Écon. Rev : American Economic Review
AN : Assemblée nationale
Anti. L. J. : Antitrust Law Journal
Antitrust Bull : Antitrust Bulletin
APD : Archives de philosophie du droit
Art. : Article
ass. : Assemblée
Avis : Avis de l’Autorité de la concurrence
BOCCRF : Bulletin officiel de la concurrence de la consommation
et de la répression des Fraudes
Bull. : Bulletin des arrêts de la Cour de cassation
(L) ou (C) : Législation ou Communications
CAA : Cour administrative d’appel
Cah. d’éco. polt : Cahiers d’économie politique
Cal. L. Rev : California Law Review
Cass. civ : Chambre civile de la Cour de cassation
Cass. com : Chambre commerciale, financière et économique
de la Cour de cassation
Cass. crim : Chambre criminelle de la Cour de cassation
CCass. : Cour de cassation
Ccom : Code de commerce
CE : Conseil d’État
CEDH : Cour européenne des droits de l’homme
CEE : Communauté économique européenne
CDE : Cahiers de droit européen
CJCE : Cour de justice des Communauté européennes
CJEG : Cahiers juridiques de l’électricité et du gaz. Revue
juridique de l’entreprise publique
CJUE : Cour de justice de l’Union européenne
CMLR : Common Market Law Review
CMP : Contrats et Marchés publics
coll. : Collection
comm. : Commentaire
concl. : Conclusions
Concurrences : Concurrences. Revue des droits de la concurrence
Conv. EDH : Convention européenne de sauvegarde des droits
de l’homme et des libertés fondamentales
D. : Recueil Dalloz
D. aff : Dalloz affaires
DA : Droit administratif
Déc. Commission : Décision de la Commission de l’Union européenne
Déc. Conseil : Décision du Conseil de l’Union européenne
Déc. : Décision de l’Autorité nationale de la concurrence
(dir.) : sous la direction de
Droit et Société : Droit et Société. Revue internationale de théorie du droit
et de sociologie juridique
Droits : Droits. Revue française de théorie, de philosophie
et de culture juridique
ECLR : European Competition Law Review
éd. : Édition
EDCE : Études et documents du Conseil d’État
EDF : Électricité de France
E&H : Revue Entreprises et Histoire
Europe : Revue Europe
GAJA : Les grands arrêts de la jurisprudence administrative
Gaz. Pal : La Gazette du Palais
GDF : Gaz de France
Genèses : Genèses. Sciences sociales et histoire
Harv. L. Rev : Harvard Law Review
HES : Histoire, économie & société
Hof. L. Rev : Hofstra Law Review
Innovations : Innovations. Cahiers d’économie de l’innovation
JCP A : Juris-classeur périodique, édition administrative
JCP. CC : Juris-classeur périodique, édition concurrence
et consommation
JCP E : Juris-classeur périodique, édition entreprise
JCP G : Juris-classeur périodique, édition générale
JDI : Journal de droit international
JEL : Journal of Economic Literature
JLE : Journal of Law and Economic
JO : Journal officiel de la République française
JOCE : Journal officiel des Communautés européennes
JOUE : Journal officiel de l’Union européenne
Justices : Justices. Revue générale de droit processuel
LGDJ : Librairie générale de droit et de jurisprudence
LPA : Les Petites affiches
Mel. : Mélanges
N.Y.U. L. Rev : New York University Law Review
n° : numéro
op. cit : opere citato (ouvrage cité)
Pouvoirs : Pouvoirs. Revue française d’études constitutionnelles
et politiques
OCDE : Organisation de coopération et de développement
économiques
p. : Page
préc. : Précité
INTRODUCTION
PREMIÈRE PARTIE
LA CONCURRENCE COMME ARGUMENT IDÉOLOGIQUE
SECONDE PARTIE
LA CONCURRENCE COMME ARGUMENT RHÉTORIQUE
CONCLUSION GÉNÉRALE
1. L’intitulé de cette thèse peut laisser croire qu’il traite d’une notion1 - la
concurrence - dont on peut penser qu’elle reste étrangère aux catégories tradition-
nelles du juriste. Rassurons dès à présent notre lecteur : il ne s’agit ni de transpo-
ser ni d’acclimater une théorie économique au discours du droit. Le sujet proposé
s’appuie sur un ensemble de faits juridiques pour y apporter des hypothèses de
démonstration2. Quels sont ces faits ? La réponse paraît presque banale : en droit
de la concurrence, les juristes - juges, autorités administratives ou doctrine - font
un emploi fréquent du terme concurrence dans leur discours. Il est facile de
vérifier cette affirmation. L’argumentation des juges par exemple ne manque pas
de se référer à des expressions telles que : « fausser le jeu de la concurrence »,
« restriction à la concurrence », « concurrence non faussée », « concurrence
potentielle », « jeu de la concurrence », « affecter la concurrence », « distorsion
de concurrence », etc.3 De là, la question : que dénotent la signification et l’usage4
du terme « concurrence » pour les juristes en droit de la concurrence ? Quelles
représentations mobilise cet usage ? L’examen de ces questions ne se situe pas
en dehors du droit. Il lui est consubstantiel, voire capital, du point de vue de la
réflexion doctrinale.
5. V. par ex, H. DUMEZ, A. JEUNEMAITRE, Diriger l’économie. L’État et les prix en France,
1936-1986, L’Harmattan, 1989 ; H. DUMEZ, A. JEUNEMAITRE, La concurrence en Europe. De
nouvelles règles du jeu, Seuil, 1991, p. 19-40 ; J-M. RAINAUD, R. CRISTINI (dir.), Droit public de
la concurrence, Economica, 1987 ; N. CHARBIT, Secteur public et droit de la concurrence, Joly, 1999 ;
S. DESTOURS, La soumission des personnes publiques au droit interne de la concurrence, Litec, 2000 ;
J-B. AUBY, B. FAURE, Les collectivités locales et le droit. Les mutations actuelles, Dalloz, 2001 ;
D. KATZ, Juge administratif et droit de la concurrence, PUAM, 2004 ; J-P. KOVAR, L’État et les modes
d’organisation du marché, Thèse, Strasbourg, 2005 ; G. CLAMOUR, Intérêt général et concurrence :
essai sur la pérennité du droit public en économie de marché, Dalloz, 2006 ; G. GODIVEAU, Droit de
la libre concurrence : la nouvelle approche de l’Union européenne, Thèse, Université Bordeaux IV, 2006 ;
C. Le BERRE, Le juge et le raisonnement économique en droit de la concurrence, Thèse, Paris X, 2006 ;
I. LIANOS, La transformation du droit de la concurrence par le recours à l’analyse économique, Bruylant,
2007 ; A-L. SIBONY, Le juge et le raisonnement économique en droit de la concurrence, LGDJ, 2008 ;
A. ANTOINE, Prérogatives de puissance publique et droit de la concurrence, L.G.D.J, 2009.
6. Pour l’illustration d’un tel point de vue : P. NIHOUL, La concurrence et le droit, éd. EMS,
2001 ; M. GLAIS, Concentration des entreprises et droit de la concurrence, Economica, 2010.
7. Pour un aperçu de cet éclectisme : B. DUPRET, Droit et sciences sociales, Armand Colin,
2006 ; B. FRYDMAN, Le sens des lois, Bruxelles, Bruylant/LGDJ, 2005.
ici s’inspire d’une démarche compréhensive. En prenant pour objet le discours des
juristes, elle formule des propositions explicatives sur l’évolution et la complexité
de ce discours. Explicitons plus avant cette idée.
6. Le droit de la concurrence s’entend des règles de droit positif qui s’ap-
pliquent à la « concurrence ». On admet généralement que ces règles définissent
un régime de police du marché. Dans ce régime, le législateur énonce différentes
infractions susceptibles de nuire à « l’efficience » ou « l’efficacité » du fonction-
nement de la concurrence. Cette présentation est celle qui justifie communément
l’utilité sociale des règles de concurrence. Nous proposons toutefois d’aller plus
en amont de la réflexion et d’exposer les différentes justifications qui président
à l’application des règles de concurrence. Ici encore on risque d’être en bute à
plusieurs objections. La plus classique consiste à se retrancher derrière l’autorité
de la loi ou des traités : si le législateur a estimé bon, au nom de l’efficience ou
de la protection du marché, de doter l’Union européenne et ses États membres
d’un corps de règles qui s’appliquent au fonctionnement de la concurrence, cette
interrogation quant aux justifications de la règle ne relèverait pas du droit positif,
mais plutôt de la science politique ou de l’analyse économique.
7. Pourtant, c’est oublier que les juges ne se contentent pas d’une applica-
tion simplement « mécanique » de la règle de droit ; c’est aussi oublier que les
règles en question sont souvent peu claires et sujettes à interprétation. Enfin, c’est
oublier que ceux qui ont la charge d’interpréter ces règles ne sont pas insensibles
aux idéologies politiques ou aux modèles économiques susceptibles d’asseoir
l’autorité de leurs décisions. De ce point de vue, le problème paraît plus compli-
qué, dans la mesure où les impuretés de nature politique ou économique que l’on
croyait avoir évacuées par la porte de la neutralité supposée du juge resurgissent
de façon implicite à travers son discours. En effet, lorsqu’un juge se prononce
sur des allégations de pratiques anticoncurrentielles, il adopte préalablement un
« modèle »8 de fonctionnement de la concurrence qui lui permet de justifier l’illé-
galité d’une pratique par rapport à une autre. La formulation d’une telle repré-
sentation ne figure quasiment jamais dans les textes législatifs. Elle est « déduite »
de cette volonté et par conséquent, fonction d’appréciations implicites.
C’est précisément le dévoilement de cet « implicite » que l’on se propose
d’examiner plus avant. Les juristes spécialistes du droit de la concurrence ne
peuvent, à notre sens, se dédouaner aussi facilement d’une telle réflexion. S’y
résoudre serait faire passer les représentations au fondement de l’application des
règles de la concurrence au mieux pour naturelles, au pire à en ignorer l’influence
sur le fonctionnement du processus concurrentiel. Aussi, faut-il dès à présent
renoncer à toute séparation entre droit et politique de la concurrence. En effet,
l’application des règles de concurrence nécessite au préalable l’adhésion à des
croyances ou systèmes d’idées qui en permettent le maintien. On l’a dit, ces
croyances ne se trouvent pas dans les textes ; elles sont puisées par les juges ou
les autorités administratives dans différents discours de philosophie politique ou
d’économie ; elles apportent une légitimité à l’application du droit de la concur-
rence et méritent, en tant que telles, d’être clarifiées.
8. Et il faut ici entendre la signification de ce terme de façon large comme standard d’évaluation
d’un jugement fondée sur une « représentation simplifiée d’un objet ou d’un processus qui existe ou
doit exister ». A-J. ARNAUD, Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologie du droit, op. cit,
p. 378.
9. CJCE, 25 oct. 1977, Metro c/ Commission, aff. 26/76, Rec. 1976, p. 425, pt. 20.
10. Sur cette question : M. GLAIS, P. LAURENT, Traité d’économie et de droit de la concur-
rence, PUF, 1983, p. 10-11.
28. Pour un tel point de vue : G. GAVALDA, G. PARLEANI, Droit des affaires de l’Union
européenne, Litec, 2e éd. 1998, p. 216-217 ; M-C. BOUTARD-LABARDE, G. CANIVET, et. al,
L’application en France du droit des pratiques anticoncurrentielles, LGDJ, 2008.
29. Le terme « fondement » est ici entendu au sens d’un discours qui discute de façon expli-
cite la justification de la libre concurrence. Pour une illustration de cette approche : Y. AGUET,
« L’équilibre, finalité du droit de la concurrence », in Mélanges en l’honneur de Y. Serra, Dalloz,
2006, p. 29-58.
30. Par ex, s’agissant de la protection de l’emploi et du consommateur : Commission euro-
péenne, XXIIIe rapport sur la politique de concurrence, Bruxelles, 1994, p. 24-25 ; M. MONTI, Une
nouvelle stratégie pour le marché unique au service de l’économie et de la société européenne, 9 mai
2010, p. 1-122, http://ec.europa.eu/bepa/pdf/monti_report_final ; Commission européenne, La poli-
tique de concurrence de l’Union européenne et le consommateur, Luxembourg, Office des publications
officielles de l’Union européenne, 2005, 27 p.
31. Le terme de fondement s’entend ici des deux sens évoqués de façon indistincte.
35. Le courant austro-américain désigne les penseurs autrichiens qui se sont exilés aux États-
Unis et qui ont développé une forme de radicalisme en faveur du marché par préférence à l’interven-
tion de l’État (Hayek, Mises, puis par la suite Rothbard ou Nozic). Sur la figure de l’entrepreneur
dans la pensée de Schumpeter : F. DANNEQUIN, « L’organisation contre le capitalisme. Le déclin de
l’entreprise chez Schumpeter », Innovations, 2008, n° 27, p. 46-68. Dans le même sens : F. A HAYEK,
« The Meaning of Competition », in Individualism and Economic Order, London, Routledge & Kea-
gan Paul, 1976, p. 92-106; F. A. HAYEK, « The theory of complex phenomena », in Bunge (ed),
The critical approach to Science and Philosophy, 1964; F. A. HAYEK, « Notes on the evolution of
systems of conduct », in Studies in Philosophy, Politics and Economics, Chicago, The Univ Chicago
Press, 1976, p. 68-81; P. SALIN, La concurrence, PUF, coll. « Que sais-je », 1995; R. EBERLING,
The Austrian theory of the trade cycle, Ludwig Von Mises Institute, 2009.
36. Ici, entendu comme ensemble de discours explicites sur la justification de la libre concurrence.
37. M. GLAIS, P. LAURENT, Traité d’économie et de droit de la concurrence, PUF, 1983,
p. 5-15.
38. J-P. HIRSCH, « La concurrence : décisions et pratiques, hier et aujourd’hui », L’économie
politique, 1/2008, n° 37, p. 66-76. Pour un aperçu non exhaustif de ce point de vue : W. SAMUELS,
« The economy as a system of power and its legal bases : the legal economics of Robert Lee Hale »,
Univ. Miami. L. Rev, vol. 27, 1973, p. 262-369 ; J. GERSEN, « When Businesses sue each other :
an empirical study of state court litigation », Law & Social Inquiry, vol. 25, n° 3, 2000, p. 789-816 ;
M. GRANOVETTER, « Les institutions économiques comme constructions sociales : un cadre
d’analyse », in A. ORLEAN (dir.), Analyse économique des conventions, Paris, PUF, 2004, p. 79-94 ;
H. DUMEZ, A. JEUNEMAITRE, « Concurrence et coopération entre firmes : les séquences straté-
giques multidimensionnelles comme programme de recherche », Finance, Contrôle et Stratégie, vol. 8,
2005, p. 27-48.
39. A. BIENAYME, Principes de concurrence, Paris, Economica, 1998, p. 2.
40. F. Le ROY, « La concurrence, entre affrontement et connivence », Revue française de gestion,
1/2007, n° 158, p. 149-152 ; S. LIARTE, L. CAILLUEL, « mais où s’affrontent les entreprises ? De
l’étude de la concurrence aux lieux de cette concurrence », E&H, n° 4/2008, n° 53, p. 7-11.
qui l’idéologie désigne une : « doctrine reposant sur une argumentation scientifique
et dotée d’une crédibilité excessive ou non fondée »45.
35. Cette définition implique plusieurs conséquences. En premier lieu, elle
admet que l’idéologie repose bien sur une idée fausse ou fallacieuse ; en second
lieu que le concept d’idéologie proposé n’a pas pour ambition - à la différence
de l’approche marxiste - de démontrer que le discours des juristes en droit de la
concurrence serait le produit d’une fausse conscience. Au contraire, le fait que
les juges ou les autorités administratives adhèrent à différentes idéologies dans
l’application du droit de la concurrence ne doit pas être mis sur le compte d’une
quelconque irrationalité ou de structures sociales immanentes. Différemment,
nous cherchons à identifier les raisons46 qui poussent ces acteurs à se tourner vers
ces idées fausses. Ce qui signifie que nous prenons au sérieux les motivations des
acteurs lorsqu’ils adhèrent à tel ou tel système d’idées. Autrement dit, montrer
ce que, de leur point de vue, l’adhésion à une ou plusieurs idéologies permet de
faire. Ou, comme l’indique encore Boudon : « comment expliquer cet excès de
crédibilité » des idéologies dans le discours des juges.
36. Il est de plus en plus fréquent en effet de s’intéresser au droit de la concur-
rence en s’attachant à ses « effets », lorsqu’il ne s’agit pas de rendre compte du
lien entretenu avec « l’analyse économique ». Pourtant, cette démarche d’écono-
mie du droit aujourd’hui en pleine expansion - du moins en France - ne per-
met pas de rendre compte de la façon dont ceux qui interprètent le droit de la
concurrence construisent sa légitimité, ou encore de la façon dont les acteurs
économiques se servent des normes juridiques lorsqu’ils élaborent leurs stratégies
concurrentielles.
37. Au contraire, l’analyse économique du droit dans sa version dominante
se contente d’évaluer les pratiques d’entreprises au regard de standards écono-
miques tels que l’efficience, la rationalité ou le marché par exemple. Cette pos-
ture prétend généralement rapprocher le droit de la « réalité » économique dans
laquelle il s’inscrit. Elle présuppose, tout comme les théories marxistes avant elle,
que le droit est - ou ne doit être - qu’un simple reflet du système économique47.
Aussi l’économie du droit ne prend-elle pas à proprement parler le droit pour
objet d’étude, mais l’intègre dans une problématique plus générale d’analyse éco-
nomique. Une telle démarche a pour inconvénient de masquer l’importance que
revêt le discours juridique pour le fonctionnement du système économique48.
Différemment, mais souvent de façon connexe, la dialectique droit/économie est
45. R. BOUDON, L’idéologie ou l’origine des idées reçues, Fayard, 1986, p. 52.
46. Pour une explicitation du concept de raison dans la pensée de Raymond Boudon : R. BOU-
DON, Essais sur la théorie générale de la rationalité, PUF, 2007.
47. Pour une critique de la position marxiste : H. KELSEN, The Communist Theory of Law,
London, Stevens, 1955, p. 2.
48. Pour un aperçu de ce point de vue : O. WILLIAMSON, Markets and Hierarchies. Analysis
and Antitrust implications, New York, The Free Press, 1975; R. POSNER, « The decline of Law as
an autonomous discipline : 1962-1987, 1987 », Harv. L. Rev, 1987, vol. 100, p. 761-780; S. BISHOP,
M. WALKER, The Economics of EC Competition Law : concepts, application and measurement, 3e éd.
Sweet & Maxwell, 2010 ; E. MACKAAY, L’analyse économique du droit, T. 1 : Les fondements, 2000,
coll. « Thémis », Montréal ; D. FRIEDMAN, Law’s order : what economics has to do with law and
why it matters, Princeton Univ Press, 2001 ; R. POSNER, « Cost benefit analysis : definition, justi-
fication and comment on conference papers », in M. Alder, E. Posner (dir.), Cost Benefit Analysis,
Legal, Economic and Philosophical Perspectives, 2001, Univ Chicago Press, p. 317-341 ; S. FEREY,
Une Histoire de l’Analyse économique du droit : calcul rationnel et interprétation du droit, Bruxelles,
Bruylant, 2009 ; R. LANNEAU, Les fondements épistémologiques du mouvement Law and Economics,
Fondation Varenne/LGDJ, 2011.
49. F. A. HAYEK, « The Meaning of Competition », in Individualism and Economic Order,
Routeledge & Keagan Paul, 1949, p. 96.
50. O. FAVEREAU, « La représentation de l’échange marchand pour l’économiste », in A. Hat-
chuel, O. Favereau, F. Aggeri (dir.), L’activité marchande sans marché ? Colloque de Cerisy, Presses
des Mines, 2010, p. 115.
51. M. WEBER, Économie et Société, T. 1 : Les catégories de la sociologie, Plon, 1995, p. 74-78,
sur le concept de « lutte ».
52. M. WEBER, Économie et Société, T. 2 : L’organisation et les puissances de la société dans
leur rapport avec l’économie, Plon, 1995, p. 416.
58. Pour une position similaire : HATCHUEL A., « Activité marchande et prescription : à
quoi sert la notion de marché ? », in A. Hatchuel, O. Favereau, F. Aggeri (dir.), L’activité marchande
sans marché ? Colloque de Cerisy, Presses des Mines, 2010, p. 159-179 ; C. DEPEYRE, H. DUMEZ,
« Qu’est-ce qu’un marché ? Un exercice Wittgensteinien », in A. Hatchuel, O. Favereau, F. Aggeri
(dir.), L’activité marchande sans marché ? Colloque de Cerisy, p. 211-228.
59. Les procédures de mise en concurrence désignent en matière de commande publique, les
formalités auxquelles sont astreintes les personnes publiques lesquelles passent par le respect du
droit des pratiques anticoncurrentielles. Sur cette question : M. BAZEX, « Existe-t-il un droit de
la concurrence en dehors de l’ordonnance du 1er décembre 1986 ? », Gaz. Pal, 1997, n° 144, p. 47.
Plus précisément, nous prendrons pour objet les normes entendues au sens
de « signification objective d’actes de volonté »60, ce qui amène à s’intéresser autant
à la jurisprudence qu’aux décisions des autorités administratives. À côté des
normes, notre étude s’attardera aussi sur le discours doctrinal en ce qu’il tend
à prescrire nombre de concepts à destination des interprètes et qu’il exerce une
influence non négligeable sur la manière d’appréhender la notion de concurrence
en droit61. Enfin, de façon conventionnelle, nous utiliserons pour parler du droit
de l’Union européenne, le qualificatif « européen » par préférence à celui « com-
munautaire » au regard de la nouvelle terminologie utilisée par le TFUE.
3. Méthodologie et problématique
48. La science du droit dans sa version réaliste entreprend de connaître le
droit tel qu’il est et non tel qu’il doit être62. Par conséquent, elle n’admet d’un
point de vue épistémologique aucun amalgame entre l’être et le devoir-être. Si
l’on part du principe qu’il existe différentes manières d’aborder le concept de
droit qui constituent autant de niveaux de langage, notre posture s’inscrit dans
une approche doctrinale. Elle n’est pas une théorie du droit, ce qui impliquerait
de proposer un concept utile à la science du droit. Le réalisme dans sa ver-
sion empiriste oriente la recherche de la science du droit dans trois directions :
1) décrire les normes ; 2) décrire les jugements de valeur - encore qualifiés d’idéo-
logies63 - qui s’y rapportent ; 3) tenter d’expliquer à partir de ces idéologies, le
choix d’une interprétation au détriment d’autres possibles. En ce qu’elle permet
de comprendre la relation que le droit entretient avec le contexte social dans lequel
il s’inscrit, la méthodologie réaliste sera celle appliquée à notre objet d’étude.
49. La théorie réaliste64 a largement été débattue dans le milieu universitaire65.
Nul ne conteste toutefois que le modèle d’interprétation qu’elle propose s’inspire
d’une synthèse des courants pragmatique et analytique66. En mettant l’accent sur
le fait qu’un même énoncé est susceptible de comporter plusieurs significations,
60. H. KELSEN, Théorie générale des normes, trad. O. Beaud, F. Malkani, PUF, 1996, p. 33,
39-42.
61. Comme le montre Wróblewski, un point de vue théorique peut autant s’attacher à prendre
pour objet le discours de la doctrine que celui de la jurisprudence ou de la loi : J. WRÓBLEWSKI,
« Les langages juridiques : une typologie », Droit et Société, n° 8/1988, p. 15-30.
62. Le point de vue descriptif de la science du droit auquel on se réfère ici s’assimile à celui dont
parle Reichenbach sur la tâche descriptive de l’épistémologie, H. REICHENBACH, « Les trois tâches
de l’épistémologie », in S. LAUGIER, P. WAGNER, Philosophie des sciences. Théories, expériences
et méthodes, T. 1, Vrin, 2004, p. 303-316.
63. H. KELSEN, Théorie pure du droit, trad. C. Eisenmann, Bruylant/LGDJ, 1999, p. 115-116.
64. V. entre autres : M. TROPER, « Les théories volontaristes du droit : ontologie et théorie
de la science du droit », in Pour une théorie juridique de l’État, PUF, 1994, p. 57-67 ; E. MILLARD,
Théorie générale du droit, Dalloz, 2006 ; K. OLIVECRONA, De la loi et de l’État : une contribution
de l’école scandinave à la théorie réaliste du droit, trad. P. Jonason, Dalloz, 2011 ; M. TROPER, La
Philosophie du droit, PUF, « Que sais-je », 2011. Pour une analyse de ce courant : S. STRÖMHOLM,
H. H. VOGEL, Le « réalisme scandinave » dans la philosophie du droit, Paris, LGDJ, coll. « Biblio-
thèque de philosophie du droit » T. XIX, 1975; A. PINTORE, « Sur la philosophie italienne à
tendance analytique », Droit et Société, n° 23/24, 1993, p. 199-212.
65. Par ex : M. TROPER, « Réplique à Otto Pfersmann », RFDC, 2/2002, n° 50, p. 335-353 ;
O. PFERSMANN, « Une théorie sans objet, une dogmatique sans théorie », RFDC, 4/2002, n° 52,
p. 759-788 ; O. PFERSMANN, « Contre le néo-réalisme juridique. Pour un débat sur l’interpréta-
tion », RFDC, 4/2002, n° 52, p. 789-836 ; G. JUST, Interpréter les théories de l’interprétation, L’har-
mattan, 2005.
66. B. FRYDMAN, Le sens des lois, Bruxelles, Bruylant/LGDJ, 2005, p. 576-663.
67. Pour un aperçu de cette littérature : A-M. SLAUGTHER, A. STONE SWEET, J. H. WEI-
LER, The European Court and National Courts-Doctrine and Jurisprudence : Legal change in its
Social Context, Hart Publishing, 1998; J. H. WEILER, The Constitution of Europe. “Do the New
Clothes have an Emperor ?” and Other Essays on European Integration, Cambridge, Cambrdige Univ
Press, 1999; A. STONE SWEET, Governing with Judges. Constitutional Politics in Europe, Oxford,
Oxford Univ Press, 2000; K. ALTER, Establishing the Supremacy of European Law. The Making
of an International Rule of Law in Europe, Oxford, Oxford Univ Press, 2001; L. CONANT, Justice
Contained. Law and Politics in the European Union, Ithaca, Cornell Univ Press, 2002; O. WIKLUND
(dir.), Judicial Discretion in European Perspective, Stockholm, Norstedts Juridik Kluwer Internatio-
nal, 2003; A. STONE SWEET, The Judicial Construction of Europe, Oxford, Oxford Univ Press, 2004;
K. ALTER, The European Court’s Political power : selected essays, Oxford, Oxford Univ. Press, 2009.
68. Le terme rhétorique s’entend de façon générale comme l’analyse des formes d’argumenta-
tion. L’argumentation référant ici à une forme de raisonnement pratique c’est-à-dire destiné à per-
suader un interlocuteur. Sur cette question : C. PERELMAN, Logique juridique, Nouvelle rhétorique,
2e éd., Dalloz, 1979 ; C. PERELMAN, L. OLBRECHTS-TYTECA, Traité de l’argumentation, éd.
de l’Université de Bruxelles, 2008 ; A. AARNIO, Le rationnel comme raisonnable, LGDJ, Story-
Scientia, 1992.
LA CONCURRENCE
COMME ARGUMENT IDÉOLOGIQUE
« experts », que sont les autorités de la concurrence, détiennent les clés d’une véri-
table interprétation fondée sur « l’analyse économique » conforme au nouveau
discours politique prôné par la Commission. Le discours de « réforme » du droit
de la concurrence devient du même coup l’alibi qui permet à la Commission de
renforcer l’extension de nouvelles prérogatives au détriment des juges nationaux.
Loin d’être passifs, ces derniers développent des stratégies de contournement, soit
dans le but de maintenir des positions idéologiques différentes, soit afin d’éviter
de se contraindre par l’utilisation de catégories tributaires de dires d’experts. Les
développements qui suivent interrogent la cohésion de la politique de la concur-
rence sous ce double rapport - national et européen - (Titre I).
58. Les interprètes européens ne sont toutefois pas les seuls à jouer sur les
différentes facettes politiques de la concurrence. D’autres interprètes concurrents
de ceux de l’Union usent eux aussi des virtualités qu’elle présente dans le but
de mieux s’émanciper de la contrainte du droit européen. La réception du droit
de la concurrence par le Conseil d’État en est l’illustration parfaite. Afin de se
redonner une nouvelle légitimité dans un contexte concurrentiel de plus en plus
prégnant, la Haute juridiction s’est appropriée de façon prétorienne le monopole
d’un droit de la concurrence opposable aux personnes publiques. D’antagonistes
qu’ils étaient, droit administratif et droit européen renouent par là des relations
pacifiées. Mais cette lecture reste trompeuse à plusieurs égards. En se posant en
réconciliateur de la concurrence et de « l’intérêt général », le juge administratif
s’est en grande partie affranchi du droit européen. Bien plus, il s’en approprie les
catégories dans un sens totalement différent (Titre II).
L. DUMOULIN, L’expert dans la justice : de la genèse d’une figure à ses usages, Economica, 2007 ;
L. DUMOULIN, S. LA BRANCHE, et. al, Le recours aux experts (raisons et usages politiques),
PUG, coll. « Symposium », 2005.
LA COHÉSION DE LA POLITIQUE
DE CONCURRENCE À L’ÉCHELLE
DE L’UNION ET DES ÉTATS MEMBRES
60. À l’échelle des États membres, la Commission doit aussi compter sur
les interprètes nationaux. Si le règlement 1/2003 décentralise l’application des
articles 101 et 102 TFUE à ces mêmes interprètes, il élabore dans le même temps,
des mécanismes de contraintes nécessaires à la pérennisation d’une politique
de la concurrence homogène. Mais comment rendre homogène ce qui, au sein
même de l’ordre européen, ne l’est pas ? À défaut d’un tel idéal de cohérence4,
la Commission l’utilise comme moyen de persuasion auprès des juges nationaux.
Clé de voûte du nouveau système de décentralisation des articles 101 et 102
TFUE, elle tente au nom de la conformité à « l’analyse économique » et par
le biais des mécanismes du règlement 1/2003, de contraindre les juridictions
nationales à une certaine interprétation du droit européen de la concurrence. Les
contraintes qu’elle impose toutefois ne sont pas sans conséquence : elles influent
sur les juges nationaux qui ne sont pas toujours, loin de là, enclins à coopérer
ou dialoguer. La technicisation grandissante du droit de la concurrence a pour
effet paradoxal de conduire à des stratégies de contournement d’application des
articles 101 et 102 (Chapitre 2).
L’ÉVOLUTION DE LA CONCURRENCE
ENTRE LES INTERPRÈTES EUROPÉENS
SECTION 1
LA PROTECTION DU MARCHÉ
COMME MOYEN DE JUSTIFIER ET D’ACCROÎTRE
LA COMPÉTENCE DES INTERPRÈTES
10. L’ordolibéralisme est un courant intellectuel qui naît durant la Seconde Guerre mondiale et
qui prône, à la différence des courants néolibéraux classiques, une intervention forte de l’État contre
les entreprises privées dans le but de lutter à la fois contre les monopoles publics et privés. Sur ce
courant, v. 2nd partie. On peut toutefois se reporter pour plus de précisions à F. BILGER, La pensée
économique libérale dans l’Allemagne contemporaine, LGDJ, 1964.
11. L’école structuraliste, encore appelée école de Harvard, prescrit, en matière de politique de
concurrence, un ensemble de propositions qui visent à maintenir autant que faire se peu, une forme
de pluralisme concurrentiel. Sur ce courant v. aussi 2nd partie.
12. Il s’agit en France, de l’article 419 du Code Pénal, v. sur ce point, C. CHAMPAUD,
« Les sources du droit de la concurrence au regard du droit commercial et des autres branches du
droit applicable en France », in Mélanges en l’honneur de R. Houin, Dalloz/Sirey, 1985, p. 61-107.
M-A. FRISON-ROCHE, « Les principes originels de la concurrence déloyale et du parasitisme »,
RJDA, 1994, n° 6, p. 483. Par ailleurs, la Belgique et l’Italie, demandent, sur requête des milieux
d’affaires, qu’un temps de transition soit accordé avant la mise en œuvre du droit de la concurrence
surtout s’agissant de l’article 86. Les pays du Benelux ainsi que l’Allemagne soutiennent une posi-
tion contraire, v., M. MONTALBAN, S. RAMIREZ-PEREZ, « EU Competition Policy Revisited :
Economic doctrines within European Political Work », Biannual conference of society for Advanced
Economics, Paris, 16-18 juil. 2009, p. 17.
13. Il sera par la suite adjoint à l’article 419 du Code Pénal, l’ordonnance du 30 juin 1945,
n° 45.1483 pour qui seule l’entente et l’abus de position dominante qui ne contribuent pas au progrès
économique demeurent répréhensibles.
14. C. Champaud, op. cit, p. 71.
15. C. Champaud, op. cit, p. 97-98, l’auteur affirme : « C’est très exactement ce que traduit la
formule de la Cour d’appel de Lyon inspirée de Paul Roubier qui définit l’acte de concurrence déloyale
comme celui qui est contraire à la loyauté commerciale telle que la déterminent et la conçoivent « les
usages établis » et les milieux honnêtes du commerce ».
16. Le doyen Ripert entrevoyait déjà ce problème lié à la définition de l’entente lorsqu’il était
question d’en systématiser la catégorie. Pour lui comme pour d’autres auteurs, on ne pouvait légiférer
sur les ententes parce qu’il était impossible de classer ces dernières dans une définition juridiquement
rigoureuse, in A. CHATRIOT, « Les ententes : débats juridiques et dispositifs législatifs (1923-1953),
HES, n° 1, mars 2008, p. 12.
17. J-B. BLAISE, « Une construction inachevée : le droit français des ententes et des positions
dominantes », in Mel. R. Roblot, Aspects actuels du droit commercial français, LGDJ, 1984, p. 159-180.
18. D. SWANN, Competition and Industrial Policy in European Community, London, 1983.
19. Les ordolibéraux représentent alors pour le gouvernement américain un allié sûr dans l’idée
de doter l’Allemagne et à terme, les autres pays de l’Europe de l’Ouest, d’une législation anticoncur-
rentielle dans le cadre de l’OECE, ancêtre de l’OCDE. Pour les Américains, cette nécessité résulte de
ce qu’ils attribuent l’origine du Nazisme à la capacité industrielle des Konzerns, vastes cartels ayant
pour but d’organiser la production dans différents secteurs économiques. V. sur cette question :
T. WITSCHKE, « The first antitrust law in Europe, success or failure ? Origins and application of
Merger control Policy of the High Authority of Coal and Steel Community, 1950-1963 », EBHA
Conference, Business and Knowledge, July, 2001, p. 2-31.
20. Règlement CEE, n° 17, JO, n° 13 du 21 févr. 1962 p. 204 -211.
21. Règlement 17/62, op. cit, article 24.
22. L. WARLOUZET, « Europe de la concurrence et politique industrielle communautaire :
la naissance d’une opposition au sein de la CEE dans les années soixante », HES, n° 1, mars 2008,
p. 47-61 ; L. WARLOUZET, Quelle Europe économique pour la France ? La France et le Marché
Commun industriel (1956-1969), Thèse, Paris IV, 2007.
23. L. WARLOUZET, op. cit.
bénéficiait d’un « sursis » pour réhabiliter l’ensemble de son tissu industriel dévasté de même que la
France et l’ensemble des autres pays européens signataires v. T. WITSCHKE., « The First antitrust
Law in Europe : Success or failure ? Origins and application of merger control Policy of the High
Authority of Coal and Steel Community, 1950-1963 », EBHA op. cit, 2001, p. 2-31.
33. Sur cette question : K. SEIDEL, « DG IVand the origins of a supranational competition
policy », in W. KAISER, B. LEUCHT, et. al, The History of European Union : Origins of Trans and
Supranational polity, 1950-1972, London, Routledge, 2009, 129-147.
34. L. WARLOUZET, « At the core of European power : the origins of competition policy
(1957-1964)», in The making and unmaking of the European Union : Fifty-five years of crabwalk ?
Second History of European integration Research Society (HEIRS) conference, Portsmouth,
4-5 november. 2005, p. 65-74.
35. W. Hallstein garde par exemple avec les autorités américaines, des liens très forts sur le plan
de la politique de concurrence dominée alors par les théories structuralistes. Tel est aussi le cas du
chef de cabinet de H. Von der Groeben alors responsable du groupe « concurrence », E. Albrecht ou
de P. Verloren van Themaat, directeur général de la concurrence. Par ailleurs, Hallstein maintient le
contact avec de nombreux professeurs allemands résidant aux États-Unis spécialistes des questions
de politique de concurrence, Sur cette question : B. LEUCHT, K. SEIDEL, « Du traité de Paris
au règlement 17/62 : ruptures et continuités dans la politique européenne de la concurrence, 1950-
1962, HES, n° 1, 2008, p. 35-46 ; B. LEUCHT, « Transatlantic Policy networks in the creation of
first anti-Trust law : between american anti-trust and German ordo-Liberalism », in W. KAISER,
B. LEUCHT, et. al, The History of European Union : Origins of Trans and Supranational polity, 1950-
1972, London, Routledge, 2009, p. 56-73.
reste nuancée. D’abord parce que dans un premier temps, seul l’article 101 est
reconnu d’effet direct46. Ensuite parce que les concentrations, en ce qu’elles
échappent encore à la Commission, permettent aux entreprises de contourner
aisément la rigueur de la politique européenne de concurrence. Enfin, nombre
d’infractions passent inaperçues en raison des difficultés engendrées par le
mécanisme de centralisation du règlement 17/6247.
85. Comme l’indiquent les différents rapports et mémorandums initiés par
la Commission, l’idéologie de protection du marché est influencée autant par
la théorie structuraliste, l’ordolibéralisme, l’institutionnalisme que le droit des
sociétés et de la propriété48. Le mémorandum, qui porte sur le problème de la
concentration dans le marché commun, indique en ce sens : « Une concurrence
efficace permettra aux consommateurs, dont elle relèvera le niveau de vie, de par-
ticiper équitablement aux profits résultant du progrès économique. Le progrès éco-
nomique ne doit toutefois pas devenir une fin en soi et il doit s’accompagner du
progrès social »49.
86. Le paradigme de la concurrence pure et parfaite permet à cet égard,
d’« ériger en norme de politique économique », la rivalité active entre concur-
rents50. Il convient, pour réaliser cet objectif politique, de mettre en œuvre :
« (…) des critères simples et utilisables, même si cela implique une certaine géné-
ralité ne tenant pas suffisamment compte d’un certain cas ou d’un certain aspect
de la question »51. Conformément donc aux idéologies ordolibérales et structu-
ralistes52, la politique de concurrence doit s’attacher à restaurer la différence
d’égalité concurrentielle entre grandes et petites entreprises.
87. Sous ce rapport, « l’entente » se définit comme « (…) un accord entre
entreprises restant autonomes en vue d’un comportement déterminé sur le mar-
ché ». La « concentration » implique quant à elle de considérer la perte d’auto-
nomie économique. Entre les deux catégories, la différence tient dans le régime
de la propriété : si l’entente contraint d’adopter un certain comportement, la
46. Ce qui ne permet pas à la Commission de disposer pleinement des instruments nécessaires
pour mener à bien sa politique. Plus encore, la Commission se focalise pendant longtemps sur les
ententes verticales. Les cartels horizontaux peuvent quant à eux, fonctionner en toute impunité :
D. G. GOYDER, EC Competition Law, 3e éd. Oxford, 1998.
47. La centralisation du §3 de l’article 101 est aussi un moyen pour les entreprises de faire
obstacle aux actions engagées devant les juridictions et les autorités nationales de la concurrence.
Administrativement engorgée, la Commission ne peut valablement détecter nombre d’infractions aux
règles de concurrence. In Livre blanc sur la modernisation des règles d’application des articles 85 et 86
du traité CE, 1999/C 132/01, JO du 15 mai 1999, pt. 6
48. Mémorandum de la Commission de la Communauté européenne : Le problème de la
concentration dans le marché commun, Bruxelles 1966, CEE, Etudes, Série concurrence, n° 3, 1966,
RTDE, 1966, p. 651-677. Cette position de la Commission sera reprise dans le Neuvième Rapport géné-
ral sur l’activité de la Communauté 1er avril 1965-31 mars 1966, publié en juin 1966, p. 90-92 ; J. ZIJLS-
TRA, Politique économique et problèmes de la concurrence dans la CEE et dans les pays membres de
la CEE, Etudes, série concurrence, n° 2, Bruxelles 1966, p. 51 ; J. ZIJLSTRA, Politique économique
et problèmes de la concurrence dans la CEE et dans les pays membres de la CEE, op. cit, p. 52-53. Il
s’agit principalement de la théorie des pouvoirs compensateurs ou « countervailling power » déve-
loppée par Galbraith dans son ouvrage, American Capitalism. The Concept of Countervailling Power,
London, Hamish/Hamilton, 1952.
49. Mémorandum, op. cit, p. 632.
50. J. ZIJLSTRA, op. cit, p. 53.
51. J. ZIJLSTRA, op. cit, p. 53.
52. Mémorandum, op. cit, p. 633.
53. Mémorandum, op. cit, p. 669. Le mémorandum ajoute cependant : « (…) les limites sont
fuyantes, de sorte qu’il n’est pas possible de dire avec précision, dans l’abstrait, où est la frontière entre
l’entente et la concentration ». Pour un point de vue similaire, R. RODIERE, Le droit des sociétés
dans ses rapports avec la concentration, Etudes, Série Concurrence, n° 5, Commission des Commu-
nautés Européennes, 1967, p. 9-99. De son côté le rapport Zijlstra précise que : « (…) La notion de
concentration d’entreprise, au regard de l’applicabilité des articles 85 et 86, est entendue au même sens
que dans les remarques liminaires de la partie II. D’après celle-ci, les formes les plus importantes de
concentration d’entreprises sont : la participation de société dans d’autres sociétés, l’acquisition totale
ou partielle de l’actif d’autres entreprises et la fusion de deux ou plusieurs sociétés juridiquement indé-
pendantes en une société nouvelle. En règle générale, le processus de concentration se présente sous
la forme d’une acquisition de propriété ou, en cas de fusion par exemple, d’une modification dans les
rapports de propriété des entreprises. »
54. CJCE, 14 févr. 1978, United Brands c/Commission, aff. 27/76, Rec. 1978, p. 207, pt. 65. Le
rapport ajoute : Les causes de l’existence d’une position dominante peuvent tenir à la production, à la
distribution ou à la puissance financière. C’est pourquoi il faut toujours tenir compte de l’évolution du
marché et considérer l’entreprise dans le contexte de ses relations économiques. C’est ainsi qu’en règle
générale l’entreprise qui est le « priceleader » dans un oligopole devrait être en position dominante sur
le marché », Mémorandum, op. cit, p. 675.
55. Mémorandum, op. cit, p. 670.
56. Au plan interne national cependant, l’application du droit allemand de la concurrence
a exclu dès le départ certains secteurs économiques (marché des facteurs de production, mar-
chés agricoles, charbon, acier, énergie, transports, construction de logements, marché de service
du secteur tertiaire et de l’artisanat), in J. ZIJLSTRA, Politique économique et problèmes de la
concurrence dans la CEE et dans les pays membres de la CEE, Etudes, Série concurrence, n° 2,
Bruxelles 1966, p. 11.
57. M. SCHÖNWAL, « Walter Hallstein et les institutions des communautés européennes », in
Le couple France-Allemagne et les institutions européennes, M-T. BITSCH (dir.), Bruxelles, Bruylant,
2001, p. 151-168.
58. La délégation française obtient, contrairement aux souhaits des Allemands, que toute posi-
tion dominante ne soit pas systématiquement jugée illégale, raison pour laquelle un certain nombre
de pratiques illégales sont explicitement mentionnées à l’article 86 a), b), c), d). Il en est de même de
l’article 101 qui précise la qualification d’entente de même que les dérogations qui lui sont admissibles
du §3 : M. MONTALBAN, S. RAMIREZ-PEREZ, « EU Competition Policy Revisited : Economic
doctrines within European Political Work », op. cit, p. 19.
59. V. en ce sens, les travaux de E. STEIN, « Lawyers, Judges and the Making of Transnational
Constitution », The American Journal of International Law, vol. 75, n° 1,1981, p. 1-27, spéc. p. 24-27.
60. M. CINI, L. Mc GOWAN, Competition Policy in the European Union, 2nd ed. 2009, p. 19-20.
61. CJCE, 6 avr. 1962, Bosch c/ Commission, aff. 13/61, Rec. p. 89, note A. Françon, JDI, 1963,
p. 390-401 ; note F-C. Jeantet, JCP G, 1962, II-12726 ; note A. Le Tarnec, Gaz. Pal, 1962, III, Doct.
P. 44-48 ; note M. Waelbroeck, « Le problème de la validité des ententes économiques dans le droit
privé du marché commun », Rev. Critique de drt. Int. Privé, 1962, p. 415-443.
s’applique à tout accord ayant pour objet une interdiction d’exportation. La juris-
prudence Bosch vient pallier de ce fait, nombre d’attentes des milieux d’affaires.
Elle confirme le monopole de la Commission sur l’article 101§3 sans que cette
dernière ait à crouler sous le poids des tâches administratives au regard du règle-
ment 17/6262. Mais plusieurs interrogations supplémentaires demeurent : selon les
mots de l’avocat général Roemer « Que faut-il comprendre sous le terme d’accords
entre entreprises ? Quand peut-on dire que des conventions ont pour objet ou pour
effet de porter atteinte à la concurrence ? Comment faut-il comprendre l’expression
« susceptible d’affecter le commerce entre les États membres ? »63.
95. Au terme d’une décision DRU-Blondel64, la Commission apprécie à ce
titre les effets d’un accord sur la liberté contractuelle des parties au regard de
l’article 101. L’accord stipule que l’entreprise D.R.U concède de façon exclu-
sive aux Établissements Blondel la distribution de ses articles en France : à
l’exclusion d’autres concurrents, seuls les Établissements Blondel ont la pos-
sibilité de s’approvisionner chez D.R.U. La Commission estime cet accord
contraire à l’article 101. Outre qu’il limite le commerce entre États membres,
il a pour effet de restreindre les exportations. La Commission confronte en
ce sens, par un classique contrôle de proportionnalité, la finalité de l’accord
à l’objectif de réalisation du marché commun. À la suite de quoi, l’accord
litigieux est déclaré contraire à l’article 10165. Encore fallait-il que cette der-
nière interprétation de la Commission puisse être validée par la Cour, ce que
confirme l’arrêt fondateur Grundig.
96. La société allemande Grundig a conclu avec la société française Consten,
un contrat au terme duquel la seconde obtient l’exclusivité de l’importation sur le
territoire français, des produits de la première. En contrepartie, Consten s’engage
à ne pas vendre d’appareils Grundig hors de la zone géographique d’exclusivité qui
lui est concédée par Grundig. À partir de 1960, nombre d’entreprises françaises
dont l’U.N.E.F, décident d’acheter à des revendeurs allemands, des appareils
Grundig pour lesquels Consten bénéficie pourtant, au regard du contrat, d’une
exclusivité géographique. S’estimant lésée, Consten intente alors contre l’U.N.E.F
une action en concurrence déloyale pour violation de la clause d’exclusivité signée
avec Grundig. En réponse, la défenderesse saisit la Commission dans le but de
faire constater la nullité de l’accord entre Grundig et Consten. Conformément
au raisonnement formulé dans la décision DRU-Blondel, la Cour annule pour
66. Un arrêt du même jour confirme la jurisprudence Consten, CJCE 13 juil. 1966, Rép. Ita-
lienne c/ Conseil et Commission de la CEE, aff. 32/65, Rec. 1966, p. 563, v. conclusions K. Roemer
qui détaillent le champ d’application de l’article 101, Rec. op. cit, p. 563.
67. Sur cette question : L. FOCSANEANU, La Jurisprudence de la Cour de Justice des Commu-
nautés Européennes en matière de Concurrence, éd. Techniques et Economiques, Paris, 1977, p. 13-25.
68. CJCE 13 juil. 1966, Consten c/ Grundig, aff. 56 et 58/64, Rec. 1966 p. 429, note L. Focsa-
neanu, RMC, 1966, p. 862-870 ; note F-C. Jeantet, JCP G, 1966, I, 2029 ; note, G. Le Tallec, RTDE,
1966, p. 611-622.
69. Le principe est aussi repris dans une Décision de la Commission du 17 juil. 1968, ACEC-
Berliet, JO, n° L 201 du 12 août 1968, p. 7. La Commission emploie parfois aussi l’expression « liberté
d’exportation », Déc. Commission, 6 nov. 1968, Cobelaz-usine de synthèse, 68/374/CEE, JO, n° L 276
du 14 nov. 1968, p. 13 ; Déc. Commission, 6 nov. 1968, Cobelaz-Cokeries, 68/375/ CEE, JO, n° L 276
du 14 nov. 1968, p. 19 ; Déc. Commission, 6 nov. 1968, C.F.A., 68/377/CEE, JO, n° L 276 du 14 nov.
1968, p. 29 ; Déc. Commission, 30 juin 1969, SEIFA, 69/216/CEE, JO, n° L 173 du 15 juil. 1969, p. 8.
parfois en évidence une analyse minutieuse d’un contexte présenté comme « éco-
nomique », mais sans plus70.
101. Il n’en demeure pas moins que la jurisprudence Consten suscite de nou-
velles interrogations. Notamment celles de savoir si l’ensemble des accords d’ex-
clusivité doivent systématiquement être jugés illégaux au regard de l’article 101§1
du Traité. En même temps qu’il précise le critère d’applicabilité du droit euro-
péen71, l’arrêt L.T.M c/ M.B.U apporte une réponse : tout accord d’exclusivité
n’est pas nécessairement contraire à l’article 101§1 ; seuls ceux qui restreignent de
façon « substantielle » la réalisation du marché commun sont susceptibles d’être
appréhendés par cette disposition72.
102. Ce nouvel arrêt vient apporter des tempéraments à la jurisprudence
Consten : une application rigoureuse de l’article 101 aux accords d’exclusivité
reviendrait à pénaliser non seulement les grandes firmes, mais aussi les entreprises
plus modestes, qui ne disposent parfois que de cette seule possibilité pour péné-
trer le marché d’un État membre. Afin de faciliter l’accès des petites et moyennes
entreprises au marché commun73, un règlement rend inapplicable l’article 101§1
aux accords d’exclusivité de vente, d’achat ou de vente et d’achat auxquels ne
participent que deux entreprises74. Une communication du 27 mai 1970 précise
en ce sens que les « accords d’importance mineure » entre entreprises de produc-
tion et de distribution de produits, remplissant certaines conditions échappent à
l’article 10175. En définitive, force est de constater que la Cour affirme très tôt
son soutien à la politique de la Commission.
70. V. conclusions K. Roemer sous l’arrêt L.T.M c/M.B.U, op. cit et conclusions présentées le
27 avr. 1966 sous l’arrêt Consten c/ Grundig, Rec. 1966, p. 429. Remarquons que l’expression « analyse
des effets » s’entend d’une analyse « concrète » donc factuelle très poussée qui nécessite parfois le
recours aux parts de marchés, mais sans plus. Aucun modèle n’est invoqué à l’appui de ce qu’il est
convenu d’appeler « l’analyse des effets ». Et ce, en dépit de ce que pourraient laisser penser certaines
conclusions « En réalité, l’article 85, paragraphe 1, exige une comparaison entre deux situations de mar-
ché : celle qui se présente après la conclusion d’un accord, et celle qui se serait développée en l’absence
de l’accord. Cet examen concret peut faire ressortir qu’il n’est pas possible à un producteur de trouver
des débouchés sur une partie déterminée du marché, s’il ne concentre pas l’offre dans les mains d’un
concessionnaire unique. Cela signifierait que, dans une situation déterminée, un accord de distribution
exclusive n’a que des effets de nature à promouvoir la concurrence. » Sur cette question : J.J. A. ELLIS,
« L’interprétation du mot « affecter » dans l’article 85§1er du traité de la Communauté économique
européenne par rapport aux mots « empêcher », « restreindre », ou « fausser le jeu de la concur-
rence », D., 1963, chron. p. 221.
71. Dans le même sens : CJCE, 9 juil. 1969, Franz Völk c/ Ets J. Vervaecke, aff. 5/69, Rec. 1969,
p. 295, note J. Van Damme, CDE, 1970, p. 63-87.
72. Conclusions K. Roemer arrêt L.T.M c/ M.B.U, op. cit.
73. V. sur ce point, Déc. Commission, 27 juin 1967, Transocean Marine Paint Association,
67/545/CEE, JO n° 163 du 20 juil. 1967, p. 10 ; Déc. Commission, 13 mars 1969, E.E.M.O, 69/90/
CEE, JO n° L 69 du 20 mars 1969, p. 13.
74. Règlement n° 67/67/CEE du 22 mars 1967, JOCE n° 57 du 25 mars 1967. On peut se
référer en outre, à la chronique de C. Champaud sur ce point, à la RTDE, 1968, n° 4, p. 795-798 et
RTDE 1967, n° 3, p. 372-383.
75. Communication du 27 mai 1970, JOCE, n° C64 du 2 juin 1970, p. 1. Pour une application de
ce texte : Déc. Commission, 68/317/CEE du 17 juil. 1968, A.F.C.M.O, JO, n° L-201 du 12 août 1968,
p. 1-3 ; Déc. Commission, 68/318/CEE du 17 juil. 1968 S.O.C.E.M.A.S., JO, n° L-201 du 12 août
1968, p. 4 ; Déc. Commission, 17 juil. 1968, ACEC-Berliet, 68/319/CEE, JO, n° L 201 du 12 août
1968, p. 7. Par une communication du 2 juin 1970, la Commission va aussi préciser ce qu’elle entend
par « effet sensible » s’agissant de l’atteinte à la concurrence : Communication concernant les accords
d’importance mineure qui ne sont pas visés par les dispositions de l’article 85 §1 du traité instituant
la CEE, JO n° C 64, du 2 juin 1970, p. 1 ; JO, n° C313 du 29 déc. 1977, p. 3.
76. CJCE 12 déc. 1967, SA Brasserie de Haecht c/ Wilkin Janseen, aff. 23/67, Rec. 1967, p. 525,
note B. Goldman, JDI ; note R. Joliet, Rev. critique de jdce belge, p. 146-165 ; CJCE 15 mars 1967,
S.A Cimenteries, aff. 8 à 11/66, Rec. 1967, p. 93 ; CJCE 9 juil. 1969, Franz Völk c/ Ets J. Vervaecke,
aff. 5/69, Rec. 1969, p. 295, note J. Van Damme, CDE, 1970, p. 63-87 ; CJCE 9 juil. 1969, Portelange,
aff. 10/69, Rec. 1969, p. 309 ; CJCE 18 mars 1970, Bilger Söhne c/ M. Jehle, aff. 43/69, Rec. 1970,
p. 127 ; CJCE, 30 juin 1970, Parfums Marcel Rochas, aff. 1/70, Rec. 1970, p. 515 ; CJCE 6 mai 1971,
Société anonyme Cadillon c/ Maschinenbau, aff. 1/71, Rec. 1971, p. 351, note R. Joliet, « Faut-il qu’une
concession de vente exclusive soit ouverte ou fermée ? Réflexions à propos de l’arrêt Cadillon de la
Cour de justice des communautés européennes », RTDE, 1971, p. 814-818.
77. CJCE, 29. févr. 1968, Parke Davis, aff. 24/67, Rec. 1968, p. 81 ; CJCE 18 févr. 1971, Sierna
S.r.l c/ Eda S.r.l et autres, aff. 40/70, Rec. 1971, p. 69, note, J. Hartmut, RTDE, 1973 ; note R. Joliet,
P. Delsaux, CDE, 1985, p. 381-401 ; CJCE 8 juin 1971, Deutsche Grammophon c/ MetroGmbH,
aff. 78/70, Rec, 1971, p. 487.
78. CJCE, 15 juil. 1970, Quinine, aff. 41, 44 et 45/69, Rec. 1970, p. 661 ; conclusions de l’avocat
général J. Gand, Rec. op. cit, p. 661 ; Déc. Commission, 16 juil. 1969, Entente internationale de la
Quinine, 69/240/CEE, JO, n° L 192 du 5 août 1969, p. 5. Plus récemment : TPICE, 11 déc. 2003,
Minoan Lines, Rec. 2003, p. II-5515, pt. 207.
79. CJCE, 25 nov. 1971, Beguelin, aff. 27/71, Rec. 1971, p. 949 ; CJCE, 8 juin 1971, Deutsche
Grammophon, aff. 78/70, Rec. 1971, p. 487 ; Déc. Commission, 18 juin 1969, Christiani & Nielsen,
69/195/CEE, JO, n° L 165 du 5 juil. 1969, p. 12.
80. CJCE, 13 févr. 1969, Walt Wilhem c/ Budenskartellamt, aff. 14/68, Rec. 1969, p. 1, note
F-C. Jeantet, JDI, 1970, p. 447-455.
81. CJCE 18 févr. 1971, Sierna S.r.l c/ Eda S.r.l et autres ; CJCE 8 juin 1971, Deutsche Gram-
mophon c/ Metro GmbH, aff. 78/70, Rec., 1971, p. 487 ; CJCE 13 juil. 1966, Consten c/ Grundig, aff. 56
et 58/64, Rec. 1966 p. 429, op. cit.
82. CJCE 18 févr. 1971, Sierna S.r.l c/ Eda S.r.l et autres ; CJCE 8 juin 1971, Deutsche Gram-
mophon c/ Metro GmbH, aff. 78/70, Rec., 1971, p. 487, note R. Kovar, JDI, 1972, p. 715-718 ; conclu-
sions de l’avocat général K. Roemer, in Le droit de la concurrence dans la CEE, T. II, (dir.) J.A. Van
DAMME, Bruges, De Tempel, Tempelhof, 1975, p. 809-827.
83. Déc. Commission, 2 juin 1971, relative à une procédure d’application de l’article 86 du
traité CEE, IV/26760 GEMA, RTDE n° 1, 1971, p. 526. La Commission mentionne expressément
le terme d’« abus de dépendance économique », texte reproduit à la RTDE, op. cit, 1971, p. 538.
84. Rapport Commission CEE sur la politique de la concurrence, 1972, p. 75-76.
85. CJCE, 30 juin 1966, L.T.M c/M.B.U, aff. 56/65, Rec. 1966, p. 337, op. cit.
86. N. CATALANO, « Rapports entre les règles de concurrence établies par le traité et les
législations des États membres », RIDC, 1963, p. 269 ; J.J.A. ELLIS, « Les règles de concurrence du
traité de Rome applicable aux entreprises », RTDE, 1963, p. 299-328 ; O. LOY, « L’application en
France du droit communautaire de la concurrence », RTDE, 1980, p. 438.
87. J. H. WEILER, « Une révolution tranquille. La CJCE et ses interlocuteurs », Politix,
1995, vol. 8.n° 32, p. 119-138. Sur le rôle des juges nationaux dans l’élaboration du droit européen :
O. DUBOS, Les juridictions nationales, juge communautaire : contribution à l’étude des transforma-
tions de la fonction juridictionnelle dans les États membres de l’Union européenne, Paris, Dalloz, 2001.
88. Par ex : Cass. com, 8 mai 1972, Gaz. Pal, 1973, p. 659 ; L. FOCSANEANU, La jurisprudence
de la Cour de Justice des Communautés Européennes en matière de Concurrence, op. cit, p. 13-25 ;
J.J.A. ELLIS, « Les règles de concurrence du traité de Rome applicables aux entreprises », RTDE,
1963, p. 299-328 ; J-B. BLAISE, Le statut juridique des ententes économiques en France et dans les
États de la CEE, Librairies Techniques, Paris, 1964, p. 67-99 ; I. TORLEY-DUVEL, « Signification
du mot « entreprise » au sens de l’article 85 du traité CEE à propos de l’accord entre sociétés-mères
et filiales et filiales entre elles », RTDE, 1966, p. 400-409 ; J. SCHAPIRA, « L’art. 85 du traité de
Rome devant la Cour de Justice des Communautés Européennes », JDI, 1967, n° 2, p. 323-356 ;
R. RODIERE, Le droit des sociétés dans ses rapports avec la concentration, Etudes, Série concurrence,
n° 5, 1967, p. 9-99 ; M. CABRILLAC, « Le juge en présence de problèmes économiques en droit com-
mercial français », in Travaux Association Capitant, Le rôle du juge en présence de problèmes écono-
miques, T. XXII, 1970, p. 152-166 ; A. BIENAYME, « L’application de l’article 86 du traité de Rome
dans la décision « Continental Can Company », RTDE, 1971, p. 65-75 ; J-Y. GUYENOT, Le régime
juridique des ententes économiques et des concentrations d’entreprises dans le marché commun, LGDJ,
1971, p. 67-120 ; P. PADIS, « Evolution de la politique de la concurrence et du droit des contrats
en Europe », Gaz. Pal. 1971, p. 189 ; R. LECOURT, « La concurrence devant le juge », Gaz. Pal,
1973, p. 741-748 ; M. GUERIN, J. VANDAMME, La réglementation de la concurrence dans la CEE,
Paris, PUF, 1974 ; B. GOLDMAN, Droit commercial européen, 3e éd. Paris, Dalloz, « Précis », 1975.
89. On le remarque dans la plupart des revues de cette période. Les décisions de la Cour sont
généralement commentées soit dans des revues à dominante privatistes (Revue Trimestrielle de Droit
Commercial, Revue de droit Rural, Gazette du Palais) soit encore dans des revues de droit interna-
tional ou européen (RTDE, RMC, RDI). Les mélanges en l’honneur du professeur Roblot sont une
illustration topique de cette affirmation : il est consacré au droit de la concurrence des études que
l’on range dans la rubrique « commerce ». V. en ce sens : Aspects actuels du droit commercial français.
Mélanges en l’honneur de R. Roblot, LGDJ, 1984 ; J-B. BLAISE fait d’ailleurs remarquer que : « (…)
le droit de la concurrence, sans racines profondes dans le système juridique français, a pu longtemps
passer pour une branche quelque peu obscure du droit. Faisant appel à des concepts économiques mal
connus, il semblait être condamné à rester un droit des spécialistes. », in Mélanges. R. Roblot, Aspects
actuels du droit commercial français, LGDJ, 1984, p. 159-180.
90. Par ex, en ce qui concerne l’article 101§3, Déc. Commission, CEMATEX, 24 sept. 1971,
IV/181, JOCE n° L 27/26 du 18 oct. 1971 ; Déc. Commission, Entente internationale de la quinine,
16 juil. 1969, IV/26-263, JO, n° L 192/5 du 5 août 1969 ; Déc. Commission, Rabais de la Communauté
d’intérêts des fabricants allemands de carreaux de céramiques de revêtement et de pavement, IV/25107,
JO, n° L 110/13 du 17 janv. 1971 ; Déc. Commission, 11 mars 1964, Grosfillex-Fillistorf, 64/233/CEE,
JO, n° 58, du 9 avr. 1964, p. 915 ; Déc. Commission 1er juin 1964, Bendix-Mertens & Straet, IV-64/344/
CEE, JO, n° 92 du 10 juin 1964 ; Déc. Commission, 30 juil. 1964, Nicholas-Vitapro, 64/502/CEE, JO,
n° 136 du 26 août 1964, p. 2287 ; Déc. Commission, 23 sept. 1964, Consten c/ Grundig, 64/566/CEE,
JO, n° 161 du 20 oct. 1964, p. 2545 ; Déc. Commission, 22 oct. 1964, D.E.C.A, 64/599/CEE, JO n° 173
du 31 oct. 1964, p. 2761 ; Déc. Commission, 26 févr. 1968, Eurogypsum, 68/128/CEE, JO, n° L 57
du 5 mars 1968, p. 9 ; Déc. Commission, 17 juil. 1968, ACFMO, JO n° L 201 du 12 août 1968, p. 1 ;
Déc. Commission, 6 nov. 1968, Rieckerman- AEG-Elotherm, JO, n° L 276 du 14 nov. 1968, p. 25.
Sur la question de l’interprétation du droit de la concurrence durant cette période : D. GERBER,
« The transformation of European Community Competition Law ? », Harv. Int L. Journ, vol. 35,
1994, p. 97-147.
91. TGI Castres, Castres Limouzy c/ Groupement lainier mazamétain, Gaz. Pal, 18 oct. 1969,
note Champaud, RTDE, 1970, p. 488 ; Cass. com 28 janv. 1975, SEB, n° 73-10.601 ; Cass. com,
8 mai 1973, Les Établissements Garoche, n° 72-11.349 ; Cass. com, 25 mai 1974, Grands Moulins
Prod’homme, n° 73.11.785 ; Cass. com, 16 févr. 1977, Europe Décor, n° 74.10.494.
97. L’intermède qui s’achève avec la signature de l’Acte unique est, sans
conteste, marqué par un activisme sans précédent de la Cour dans l’orientation
de la politique de concurrence. L’importance des normes dans la politique de
concurrence n’en est que mieux renforcée. Les chocs pétroliers successifs jettent
en effet le doute sur l’idée du marché commun97. Face à la conjoncture, les
États membres ont un réflexe protectionniste : chacun cherche à protéger son
secteur industriel, quitte pour cela à sacrifier la réalisation du marché commun.
Le contentieux du prix de carburant débattu devant la Cour en est l’exemple
frappant de même que celui ayant trait au prix du livre98. La tendance à en
revenir aux prix réglementés heurte de front le libre jeu de la concurrence et
l’objectif de décloisonnement des échanges qu’entend garantir la Cour. Cette
dernière s’implique très largement afin de faire respecter les dispositions du traité.
L’activisme des juges du Luxembourg renforce par la même occasion les préro-
gatives de la Commission.
98. Alors qu’a priori rien ne pouvait l’orienter dans ce sens, le droit de la
concurrence devient, entre les mains de la Cour, un instrument contre les légis-
lations nationales99. C’est là le sens profond de la jurisprudence Inno. L’arrêt
Continental Can de son côté donne à la Commission les moyens d’amorcer avec
les États membres des négociations en matière de contrôle des concentrations.
Autant de signes par lesquels la Cour s’attache à préserver la réalisation du mar-
ché commun par la protection de la concurrence100. Les propos du commissaire
Andriessen ne laissent aucun doute à ce sujet : la politique de la concurrence a
pour objectif la réalisation du marché commun par la recherche de l’efficacité et
le respect de la loyauté des échanges101. Avec l’aide de la DG IV, son successeur,
P. Sutherland met en œuvre une stratégie qui s’appuie sur les arrêts de la Cour
dans le but de renforcer les prérogatives de la Commission102.
103. V. §1 supra.
104. CJCE, 14 févr. 1978, United Brands c/ Commission, aff. 27/76, Rec. 1978, p. 207, note
C. W. Baden Fuller, « Article 86 EEC : Economic Analysis of existence of a dominant position »,
Eur. L. Rev, 1979, p. 423-441 ; note P. Delannay, RTDE, 1978, p. 294-302.
105. Déc. Commission, 12 déc. 1978, Céruse, JOCE, n° L 21 du 30 janv. 1979, p. 16 ; Déc. Com-
mission, 23 juil. 1984, Verre Plat Benelux, JOCE, n° L 212 du 8 août 1984, p. 13 ; Déc. Commission,
6 août 1984, Zinc Producer Group, JOCE, n° L 220, du 17 août 1984.
106. CJCE, 25 oct. 1977, Metro c/ Commission, aff. 26/76, Rec. 1977, p. 1875, pt. 21.
107. CJCE, 10 juil. 1980, Guerlain SA et autres, aff. jtes, 253/78 et 3/79, Rec. 1980, p. 2327.
108. Par ex : CJCE, 17 sept. 1985, Ford Werke AG et Ford Europe Inc. c/ Commission, aff. jtes,
25 et 26/84, Rec. 1985, p. 2725 ; CJCE, 25 mars 1981, Coöperatieve Stremsel c/ Commission, aff. 61/80,
Rec. 1981, p. 851 ; CJCE, 29 oct. 1980, Heintz van Landewycke SARL et autres c/ Commission,
l’article 85, paragraphe 1, du traité CEE, qu’un accord se présente sous la forme
d’une convention de droit privé, mais il suffit que l’une des parties s’engage volon-
tairement à limiter sa liberté d’action à l’égard de l’autre »109.
102. Sur l’ensemble de ces points, la Cour s’inscrit dans la lignée de la juris-
prudence Consten. L’affaire Matières colorantes110 donne, pour la première fois
à la Cour et la Commission, l’occasion de puiser dans le discours économique
afin de justifier la qualification de « pratique concertée »111. S’il est fait appel au
discours économique112, c’est par référence préalable à un mode de raisonnement
pénaliste. Ainsi que le rappelle ce considérant de la jurisprudence Suiker Unie :
« La notion de « pratique concertée » vise une forme de coordination entre entre-
prises qui, sans avoir été poussée jusqu’à la réalisation d’une convention proprement
dite, substitue sciemment une coopération pratiquée entre elles aux risques de la
concurrence, coopération aboutissant à des conditions de concurrence qui ne corres-
pondent pas aux conditions normales du marché (…) »113. Un tel parti pris est très
nettement confirmé dans plusieurs affaires ultérieures114. Le point d’orgue étant
atteint avec la décision pâte de bois I115. Le contentieux des pratiques concertées
demeure, cela étant très peu représentatif de la jurisprudence de la Cour.
aff. jtes, 209 à 215 et 218/78, Rec. 1980, p. 3125 ; Déc. Commission, 29 déc. 1970, Fabricants allemands
de carreaux céramiques, 71/23/CEE, JO, n° L 10 du 13 janv. 1971, p. 15 ; Déc. Commission, 1er févr.
1971, C.I.C.G.-ZVEI-ZPÜ, 71/85/CEE, JO, n° L 34 du 11 févr. 1971, p. 13 ; Déc. Commission,
24 sept. 1971, C.E.M.A.T.E.X, 71/337/CEE, JO, n° L227 du 8 oct. 1971, p. 26 ; Déc. Commission,
20 oct. 1972, Chauffage Central, 72/390/CEE, JO, n° L 264 du 23 nov. 1972, p. 22 ; Déc. Commission,
22 déc. 1972, CIMBEL, 72/474/CEE, JO, n° L 303 du 31 déc. 1972, p. 24 ; CJCE, 29 oct. 1980, Heintz
v Landwyck SARL c/ Commission, aff. jtes, 209 à 215 et 218/78, Rec. 1980, p. 3125 ; CJCE, 11 janv.
1990, Sandoz c/ Commission, aff. 277/87, Rec. p. I-45 ; CJCE, 25 oct. 1983, Allgemeine Elektrizitäts
c/ Commission, aff. 107/82, Rec. 1983, p. 3151.
109. Déc. Commission, 29 nov. 1974, Entente Franco-japonaise concernant le roulement à billes,
74/634/CEE, JO, n° L 343 du 21 déc. 1974, p. 19.
110. CJCE, 14 juil. 1972, Matières colorantes, aff. 48, 49, 51à 57/69, Rec. 1972, p. 619 ; conclu-
sions H. Mayras présentées le 2 mai 1972, Rec. 1972, p. 619.
111. CJCE, 17 oct. 1972, Ver Gementhandelaren, aff. 8/72, Rec. 1972, p. 977; CJCE, 15 mai
1975, Nederlandse Vereniging c/ Commission, aff. 71/74, Rec. 1975, p. 563; Déc. Commission, 29 juin
1970, ASBL pour la promotion de tube en acier soudé électriquement, 70/346/CEE, JO, n° L 153 du
14 juil. 1970, p. 14 ; Déc. Commission, 30 juin 1970, A.S.P.A, 70/333/CEE, JO, n° L 148 du 8 juil.
1970, p. 9 ; CJCE, 15 juil. 1970, Quinine, aff. 41,44 et 45/69, Rec. 1970, p. 661 ; Déc. Commission,
16 juil. 1969, Entente internationale de la Quinine, 69/240/CEE, JO, n° L 192 du 5 août 1969, p. 5.
112. Par ex, D. TURNER, « The Definition of agreement under the Sherman Act : Conscious
Parallelism and refusal to Deal », Harv. L. Rev, vol. 75, n° 4, 1962, p. 655-706.
113. CJCE, 16 déc. 1975, Suiker Unie UA et autres/Commission, aff. jtes, 40 à 48, 50, 54 à 56, 111,
113 et 114-73, Rec. 1975, p. 1963 pt. 26, note R. Kovar, JDI, 1977, p. 216-230 ; confirmé par l’arrêt
CJCE, Züchner, 14 juil. 1981, aff. 172/80, Rec. 1981, p. 2021. L’arrêt Kali & Salz va mettre un frein
au zèle de la Commission dans la qualification de la pratique concertée : v. CJCE 14 mai 1975, Kali
und Salz c/ Commission, aff. jtes, 19 et 20/74, Rec. 1975, p. 499, note. Sur cette question : V. Korah,
CMLR, 1975, p. 749-751 ; note R. Kovar, JDI, 1977, p. 182-186. V. plus particulièrement à ce sujet, les
conclusions de l’avocat général Warner présentées le 11 mars 1975, Rec. 1975, p. 522. Ce contrôle plus
poussé de la qualification de pratique concertée par la Cour sera confirmé par un arrêt CJCE, 28 mars
1984, Compagnie Royale Asturienne des mines c/ Commission, aff. jtes, 29 et 30/83, Rec. 1984, p. 1679.
114. CJCE, 14 juil. 1981, Züchner, aff. 172/80, Rec. 1981, p. 2021, note C. Gavalda, RTDE,
1982, p. 745-750 ; CJCE, 21 févr. 1984, Hasselbad (G.B) limited c/ Commission, aff. 86/82, Rec. 1984,
p. 883 ; CJCE, 10 déc. 1985, Stichting et autres c/ Commission, aff. jtes, 240, 241, 242, 261, 262, 268
et 269/82, Rec. 1985, p. 3831 ; CJCE, 11 juil. 1989, Belasco c/ Commission, aff. 246/86, Rec. 1989,
p. 2117 ; Déc. Commission, 7 déc. 1988, Verre Plat, 89/93/CEE, JO, n° L 140 du 26 mai 1973, p. 17.
115. Déc. Commission, 19 déc. 1984, Pâte de bois, 85/202/CEE, JOCE, n° L 85, du 26 mars
1985, p. 1-52. La Commission n’a cependant pas été suivie par la Cour de Justice : CJCE, 27 sept.
1988, Ahlström c/ Commission, aff. jtes, 89, 104, 114, 116,117 et 125 à 129/85, Rec. 1988, p. 5193.
242, 261, 262, 268 et 269/82, Rec. 1985, p. 3831 ; CJCE, 25 févr. 1986, Windsurfing International
Inc c/ Commission, aff. 193/83, Rec. 1986, p. 611 ; CJCE, 22 oct. 1986, Metro c/ Commission,
aff. 75/84, Rec. 1986, p. 3021, note J. Calvo, Gaz. Pal, 1987, Doct, p. 365-369; note M-A. Hermitte,
chron, JDI, 1987, p. 443-465.
121. CJCE, 12 févr. 1973, Europemballage Corp et Continental Can Company c/ Commission,
aff. 6/72, Rec. 1973, p. 25, note W. Alexander, CMLR, 1973, p. 316-318 ; note L. Focsaneanu, « L’abus
de position dominante après l’arrêt Continental can », RMC, 1973, p. 145-159 ; note J. Guyénot,
LPA, 1973, n° 31, p. 3-4 ; note A. Jacquemin, RTDE, 1973, p. 420-423 ; note F-C. Jeantet, JCP E,
1973, II-11086.
122. Déc. Commission, 9 déc. 1971, Continental Can Company, 72/27/CEE, JO n° L 7 du 8 janv.
1972, p. 25.
123. 3g) du traité CE aujourd’hui abrogé.
124. Conclusions de l’avocat général K. Roemer, présentées le 21 nov. 1972, Rec. 1973, p. 215.
125. R. RODIERE, Le droit des sociétés dans ses rapports avec la concentration, Etudes, Série
concurrence, n° 5, Bruxelles, 1967, p. 9-98.
126. H. HÖLZER, « Merger Control », in European Competion Policy, P. MONTAGNON (ed),
London, Chatham House/RIIA, 1990.
109. En définitive, c’est moins sur des justifications inspirées de modèles écono-
miques que sur des principes tirés de la loyauté des échanges commerciaux que s’in-
terprète l’article 102136. L’affaire Akzo aurait pu laisser croire que l’expression « prix
anormalement bas » utilisée par la Cour renverrait à la théorie des prix prédateurs137.
Ce n’est pourtant pas ce qui ressort à la lecture de l’arrêt. La qualification de « prix
prédateur » n’apparaît pas expressément. Au contraire, c’est à la qualification de prix
« anormalement bas » qu’il est fait référence138. Il faudra attendre cinq ans, pour que
la Commission, puis la Cour consacrent la catégorie de « prix prédateurs »139. Cela
dit, toute discrimination n’est pas systématiquement jugée illégale. La Cour tient
compte aussi du contexte économique plus général. Dans l’affaire Benzine Petroleum,
elle fait par exemple une application mesurée de l’article 102140.
110. De ces différentes interprétations, un constat s’impose : il n’est fait appel
à « l’analyse économique » que dans le but de justifier de façon exceptionnelle,
un abus de position dominante ou une pratique concertée. Quelques arrêts très
isolés utilisent certes la part de marché comme indice fondamental de la qualifi-
cation d’abus de position dominante141. Et là encore, il faut nuancer puisque la
jurisprudence et la pratique décisionnelle se tournent aussi vers les principes de
la concurrence déloyale142. Comme l’indique l’avocat général Mayras, la qualifica-
tion d’abus consiste à « appliquer à l’égard de partenaires commerciaux des condi-
tions inégales à des prestations équivalentes, en leur infligeant de ce fait un désa-
vantage dans la concurrence »143. Le juge Lecourt souligne encore que « Le faible
devant le fort, ce n’est pas seulement le consommateur devant l’entreprise. Ce peut
être aussi l’entreprise face à une autre entreprise »144. En substance, l’article 102 est
interprété en ce qu’il permet de rétablir la loyauté du jeu concurrentiel. Autrement
dit, une égalité d’échange entre partenaires économiques.
136. CJCE, 11 nov. 1986, British Leyland c/ Commission, aff. 226/84, Rec. 1986, p. 3263.
137. CJCE, 23 sept. 1986, AKZO Chemie c/ Commission, aff. 5/85, Rec. 1986, p. 2585. La
pratique décisionnelle de la Commission va dans le même sens : 15e rapport de la Commission CEE
sur la politique de la concurrence, Bruxelles, 1985, p. 90-91 ; Déc. Commission, 14 déc. 1985, AKZO
c/ ECS, 85/609/CEE, JO, n° L 374 du 31 déc. 1985.
138. Déc. Commission, British Sugar c/ Napier Brown, in 16e rapport de la Commission CEE sur
la politique de la concurrence, Bruxelles, 1986, p. 90.
139. CJCE, 3 juil. 1991, AKZO c/ Commission, aff. 62/86, Rec. 1991, p. I-3359, note C. Bolze,
RTDCom, 1992, p. 310-313 ; note L. Vogel, CCC, 1991, n° 11, p. 11-12.
140. CJCE, 29 juin 1978, Benzine en Petroleum c/ Commission, aff. 77/77, Rec. 1978, p. 1513.
141. Par ex : CJCE, 25 oct. 1977, Metro c/ Commission, aff. 26/76, Rec. 1977, p. 1875.
142. G. AMATO, Antitrust and the Bounds of Power, the Dilemma of liberal Democracy in the
History of the Market, Hart Publishing, 1997, p. 66-67.
143. Comme l’illusrtent encore ces propos de l’avocat général Mayras sous l’arrêt United
Brands : « (…) l’infraction apparaît lorsque l’entreprise ou le groupe en position dominante met à
profit sa position, notamment, pour imposer à ses clients des prix non équitables, c’est-à-dire excessifs
et sans rapport raisonnable avec la prestation fournie », in conclusions de l’avocat général H. Mayras,
présentées le 8 nov. 1977, Rec. 1978, p. 318-351 sous l’arrêt United Brands, op. cit. Dans le même sens :
Déc. Commission, 19 déc. 1974, GMC, 75/75/CEE, JO, n° L 29 du 3 févr. 1975 p. 14.
144. R. LECOURT, L’Europe des juges, Bruxelles, Bruylant, 2008, p. 99-101.
145. On retrouve cette idée dans le premier rapport publié par la Commission européenne
de 1972 sur la politique de la concurrence, in Communauté Économique Européenne, Rapport sur
la politique de la Concurrence, 1972, Bruxelles, p. 13-14. Pour une application jurisprudentielle :
CJCE, 30 avr. 1974, Sacchi, Rec. 1974, p. 409 ; CJCE, 16 nov. 1977, INNO-BM c/ ATAB, aff. 13/77,
Rec. 1977, p. 2115 ; CJCE, 9 juin 1977, UCI, aff. 90/76, Rec. 1977, p. 1091.
146. CJCE, 30 avr. 1986, Ministère Public c/ Asjes, aff. 209 à 213/84, Rec. 1986, p. 1425, note
J. Dutheil De La Rochère, RTDE, 1986, p. 519-532 ; note L. Focsaneanu, JCP E, 1987, II, p. 341-
344 ; CJCE, 1er oct. 1987, VVR c/Sociale Dienst Van de Plaatselijke, Rec. 1987, p. 3801 ; CJCE, 3 déc.
1987, BNIC c/ Aubert, aff. 136/86, Rec. 1987, p. 4789 ; CJCE, 21 sept. 1988, P. Van Eycke c/ ASPA,
aff. 267/86, Rec. 1988, p. 4769 ; CJCE, 14 juil. 1988, Syndicat des librairies de Normandie c/ l’Ai-
glon distribution, Rec. 1988, p. 4457 ; CJCE, 11 avr. 1989, Ahmeed Saeed Flugreisen e.a, aff. 66/86,
Rec. 1989, p. 803, note M-C. Boutard-Labarde, L. Vogel, JCP G, 1990, II-21435; note M-A. Hermitte,
chron, JDI, 1990, p. 485-487; CJCE, 4 mai 1988, Bodson c/ Pompes funèbres, aff. 30/87, Rec. 1988,
p. 2479; CJCE, 5 oct. 1988, AB Volvo c/ E. Veng Ltd, aff. 238/87, Rec. 1988, p. 6211.
147. CJCE, 13 nov. 1975, GMC c/ Commission, aff. 26/75, Rec. 1975, op. cit ; CJCE, 3 oct.
1985, CBEM c/ CLT, aff. 311/84, Rec. 1985, p. 3261; CJCE, 5 oct. 1988, AB Volvo c/ E. Veng Ltd,
aff. 238/87, Rec. 1988, p. 6211; CJCE, 5 oct. 1988, CICRA e.a c/ Renault, aff. 53/87, Rec. 1988, p. 6039.
De cette jurisprudence naîtra bientôt la qualification « d’abus automatique » de position dominante :
CJCE, 13 nov. 1975, GMC c/ Commission, aff. 26/75, Rec. 1975, p. 1367; CJCE 10 déc. 1991, Merci
Convenzionali c/ Commission, aff. C-179/90, Rec. p. I-4022, note G. Mattei-Dawance, R. Rezenthel,
RFDA, 1993, p. 356-365; note C. Bolze, RTDCom, 1993, p. 436-439.
148. Commission CEE, Troisième rapport, sur la politique de la concurrence, Bruxelles, 1974,
p. 24-27.
149. CJCE, 10 janv. 1985, Association Centre Édouard Leclerc et autres c/ SARL au Blé Vert,
aff. 229/83, Rec. 1985, op. cit ; CJCE, 29 janv. 1985, Henri Cullet c/ Leclerc, aff. 231/83, Rec. 1985,
p. 305 ; CJCE, 25 sept. 1985, Centre Édouard Leclerc, aff. jtes, 114 et 115/84, Rec. 1985, p. 2961 ; CJCE,
25 sept. 1985, Procureur de la République c/ Chabaud, aff. jtes, 79 et 80/84, Rec. 1985, p. 2953 ; CJCE,
25 sept. 1985, Procureur de la République c/ Gratiot, aff. 11/84, Rec. 1985, p. 2907 ; CJCE, 11 juil. 1985,
SA Saint-Herbain, Centre distributeur Leclerc c/ Syndicat des librairies de Loire Océan, Rec. 1985,
p. 2515 ; CJCE, 25 sept. 1985, Procureur de la République c/ Héricotte, aff. 215/84, Rec. 1985, p. 2993 ;
CJCE, 25 sept. 1985, Procureur de la République c/ Gontier, aff. 201/84, Rec. 1985, p. 2977 ; CJCE,
25 sept. 1985, Procureur de la République c/ Binet, aff. 149/84, Rec. 1985, p. 2969 ; CJCE, 6 févr. 1986,
Procureur de la République c/ Chinon, aff. jtes, 271 à 274/84, 6 et 7/85, Rec. 1986, p. 529.
150. Déc. Commission, 18 déc. 1972, Cementregeling, 72/468/CEE, JO, n° L 303 du 31 déc. 1972,
p. 7 ; Déc. Commission, 22 déc. 1972, CIMBEL, 72/474/CEE, JO, n° L 303 du 31 déc. 1972, p. 24 ;
Déc. Commission, 2 janv. 1973, Industrie Européenne du Sucre, 73/109/CEE, JO, n° L 140 du 26 mai
1973, p. 17 ; Déc. Commission, 21 déc. 1973, 74/17/CEE, JO, n° L 19 du 23 janv. 1974, p. 22 ; Déc. Com-
mission, 15 mai 1974, Accords entre fabricants de verre d’emballage, JO, n° L 160 du 17 juin 1974.
151. Rapport de la Commission de la Communauté Économique sur la politique de concur-
rence, 1972, Bruxelles ; Quinzième rapport de la Commission CEE, sur la politique de la concurrence,
Bruxelles, 1985, p. 31-34 ; CJCE, 26 nov. 1975, Groupement des fabricants de papier peints de Belgique
et autres c/ Commission, aff. 73/74, Rec. 1975, p. 1491 ; CJCE, 15 mai 1975, Nederlandse Vereni-
ging c/ Commission, aff. 71/74, Rec. 1975, p. 563 ; CJCE, 20 juin 1978, Tepea BV c/ Commission,
aff. 28/77, Rec. 1978, p. 1391 ; CJCE, 1er févr. 1978, Miller International c/ Commission, aff. 19/77,
Rec. 1978, p. 131 ; CJCE, 12 juil. 1979, BMW Belgium SA et autres c/ Commission, aff. 32, 36 à
82/78, Rec. 1979, p. 2435 ; CJCE, 31 mai 1979, Hughin Lipton c/ Commission, aff. 22/78, Rec. 1979,
p. 1869 ; Déc. Commission, 3 juil. 1973, Chauffe-eau et chauffe-bains au gaz, 73/232/CEE, JO,
n° L 217 du 6 août 1973, p. 34 ; Déc. Commission, 5 oct. 1973, Deutsche Philips Gmbh, 73/322/CEE,
JO, n° L 293 du 20 oct. 1973, p. 40.
152. CJCE, 23 oct. 1974, Transocean Marine Paint c/ Commission, aff. 17/74, Rec. 1974, p. 1063;
CJCE, 25 oct. 1977, Metro c/ Commission, aff. 26/76, Rec. 1977, p. 1875; CJCE, 11 juil. 1985, Remia
BV c/ Commission, aff. 42/84, Rec. 1985, p. 2545.
153. Par ex, A. MARCHINI-CAMIA, « La concentration industrielle, les positions dominantes
sur le marché et le droit antitrust : l’expérience américaine et les problèmes européens », RTDE, 1971,
p. 353-422 ; G. PIRIOU, « Refus de vente et abus de position dominante : l’arrêt ICI et CSC du 6 mars
1974 », CDE, 1975, p. 93 ; B. DHAEYERH, J. THILMANY, « La protection du consommateur en
droit antitrust européen », RTDE, 1978, p. 223-249 ; C. BADEN FULLER, « Article 86 EEC :
Economic Analysis of a Dominant Position », Eur. L. Rev, 1979, p. 423 ; H. LEPAGE, « L’école de
Chicago et la concurrence », RCC, n° 14, 1981, p. 3-8 ; R. SHMALENSEE, « Another Look at the
Market Power », Harv. L. Rev. 1982, p. 1792 ; M. GLAIS, Les fondements micro-économiques de la
jurisprudence concurrentielle, Rev. éco, 1987, n° 1, janv. 1987, p. 75-115 ; D. GLYNN, J. LIESNER,
« Does antitrust make economic sense », ECLR, vol. 8, 1987, p. 344-370 ; B. HAWKS, « The Ame-
rican (Antitrust) Revolution : Lessons for the EEC », ECLR, 1988, vol. 9, p. 53-87 ; R. RAPP, « The
application of economic argument in anti-trust cases : recent American trends », ECLR, vol. 9, 1988,
p. 207-226 ; P HOET, « Domination du marché ou théorie du partenaire obligatoire », RMC, 1989,
p. 135 ; B. BOCK, « An economist considers some basic issues of antitrust law in United-States »,
ECLR, vol. 11, 1990, p. 52-64.
154. V. développements supra §1.
155. A. HEINEMANN, « La nécessité d’un droit mondial de la concurrence », RIDE, 2004,
p. 293-324.
la réforme antitrust initiée depuis la fin des années soixante-dix est prise
comme un argument de réforme du système européen156. Plus libéral, et fondé,
par référence aux théories de Chicago, sur l’analyse économique, le modèle
antitrust fédère en Europe une nouvelle coalition de milieux d’affaires ainsi
que d’États membres.
115. L’émergence de nouvelles idéologies en est la conséquence manifeste157.
La Commission commande à cet effet une série d’études sur les prix prédateurs,
ainsi que sur le concept de position dominante collective158. Jusqu’ici, la politique
de concurrence avait été un instrument de réalisation du marché commun. Sous
l’influence des Commissaires Andriessen, Sutherland et Brittan159, elle devient une
priorité inhérente à l’Acte unique. Dans le même temps, les critiques à l’encontre
de la centralisation et la bureaucratisation des mécanismes du règlement 17/62
ainsi que des fondements ordolibéraux et structuralistes qui l’animent depuis lors,
se font grandissantes160.
SECTION 2
LA RÉORIENTATION DE LA POLITIQUE
DE LA CONCURRENCE
156. Sur les justifications économiques d’une telle réorientation : O. E. WILLIAMSON, « Pre-
datory Pricing : A Strategic Welfare Analysis », Yale. L. Jour, 1977, p. 284; F. EASTERBROOK,
« Predatory pricing Strategies and Counterstrategy », Univ. Chicago. L. Rev, 1981, p. 263.
157. Sur l’analyse de ce changement idéologique aux États-Unis : M-A. EISNER, Antitrust
and the Triumph of Economics, Institutions, expertise, and Policy change, Univ North Carolina Press,
1991, p. 90-227.
158. L. PHLIPS, « Predatory Pricing », Office des Publications des Communautés Européennes,
Luxembourg, 1987 ; XVIe Rapport sur la politique de la concurrence, 1987, p. 251-253.
159. M. CINI, L. McGOWAN, Competition policy in the European Union, op. cit, p. 29-39;
R. SMELLIE, « Competion Policy in the EC : a conference Report », Governement and Opposition,
1985, vol. 18, p. 267-290; C-D. EHLERMANN, « The Contribution to EC competition policy to the
single market », CMLR, 1992, p. 257-282.
160. F. GRAUPENER, « Commission decision making on competition questions », CMLR,
1973, vol. 10, p. 599-633; J. TEMPLE-LANG, « The Procedure of the Commission in Competition
cases », CMLR, 1977; vol. 14, p. 155-173; S. KON, « Article 85, para. 3: a case for application by
national Courts », CMLR, 1982, vol. 19, p. 541-561.
161. J-P. JACQUE, « L’Acte Unique européen », RTDE, 1986, p. 575 ; G. BOSCO, « Commen-
taire de l’Acte unique européen », CDE, 1987, p. 355 ; J. De RUYT, L’Acte unique européen, Bruxelles,
ULB, 2e éd. 1989 ; Livre blanc de la Commission des communautés européennes, L’achèvement du
marché intérieur, COM (85) 310, 28-29 juin 1985. Sur cette question d’un point de vue général :
G. ROSS, Jacques Delors and European Integration, Cambridge, 1995.
162. C-D. EHLERMANN, « The Contribution to EC competition policy to the single market »,
CMLR, 1992, p. 257-282; N. JABKO, L’Europe par le marché. Histoire d’une stratégie improbable,
Presses Sciences Po, 2009, p. 69-88.
163. N. JABKO, L’Europe par le marché, op. cit, p. 75-88.
164. D. J. GERBER, « The transformation of European Community Competition Law ? »,
Harv. Int. L. Journal, op. cit, p. 125.
165. G. CANIVET, L. IDOT, et. al, Vingtième anniversaire de l’ordonnance du 1er décembre 1986,
évolution et perspectives, Litec, 2008.
166. Communication de la Commission du 15 oct. 1997, relative à la coopération entre la Com-
mission et les autorités de concurrence des États membres pour le traitement d’affaires relevant des
articles 81 et 82 du traité CE, 97/C 313/03, JO, C 313 du 15 oct. 1997.
167. Communication relative à la coopération entre la Commission et les juridictions nationales
pour l’application des articles 85 et 86 du traité CEE, JO, n° C 039 du 13 févr. 1993, p. 6-11.
168. XXe Rapport de la Commission européenne sur la politique de la concurrence, Bruxelles, 1991, 11-19.
169. H. DEMSETZ, « Why regulate utilities ? », JLE, vol. 11, 1968, p. 55-65; R. POSNER,
« The social cost of Monopoly and regulation », Journ. Polt. Écon, 1975, vol. 83, p. 807-828 ; W. BAU-
MOL, J. G. SIDAK, « The Pricing of outputs sold to competitors » Yale. J. Regulation, 1994, vol. 11,
176. Par ex : TPI, 19 mai 1994, Air France c/ Commission, aff. T-2/93, Rec. IIp. 323.
177. Déc. Commission, 9 nov. 1994, MSG Media Service, 94/922/CE, JO, n° L 324 du 31 déc.
1994, p. 1-20 ; Déc. Commission, 28 juin 1991, Dräger/IBM/HMP, IV/M.101, JO, n° C 236, du
11 sept. 1991 ; Déc. Commission, 19 juil. 1995, Nordic Satellite Distribution, 96/177/CE, JO, n° L 53
du 2 mars 1996, p. 20-40 ; Déc. Commission, 20 sept. 1995, RTV/Veronica/Endemol, 96/346/CE, JO,
n° L 134 du 5 juin 1996 ; Déc. Commission, 18 janv. 1991, ATT/NCR, JOCE, n° C 16, du 24 janv.
1991, p. 20 ; Déc. Commission 14 déc. 1993, Kali+Salz/Mdk/Treuhand, JO, n° L 186 du 21 juil. 1994,
p. 38-56. La théorie de l’entreprise défaillante a elle aussi été réceptionnée par le Conseil d’État : CE,
6 févr. 2004, Sté Royal Philips Electronics et autres, n° 249262, 252297, 252350, 252809.
178. Y. BROZEN, « Concentration and Profits : does concentration Matter ? », Antitrust.
Bull, vol. 19, 1974, p. 381-392 ; H. LEPAGE, « L’école de Chicago et la concurrence », RCC, n° 14,
1981, op. cit ; Y. BROZEN, Concentration, Merger and Public policy, New York, Mac Millan, 1982 ;
F. BRODLEY, « Economic Goals of Antitrust : Efficiency, consumer welfare and Technical Pro-
gress », N. Y. L. Rev, 1987, p. 1020-1053 ; J. FLYNN, J. PONSOLDT, « Legal reasoning and the
jurisprudence of vertical restraints : the limitations of neoclassical economic analysis in the resolution
of antitrust disputes », N.Y.L. Rev, 1987, vol. 62, n° 5, p. 1125-1152 ; B. HAWKS, « The american
(Antitrust) revolution : lessons for the EEC », ECLR, 1988, vol. 9, op. cit ; R. RAPP, « The applica-
tion of economic argument in anti-trust cases : recent american trends », ECLR, vol. 9,1988, p. 207-
226 ; M. GLAIS, « Introduction » au n° spécial sur la politique de la concurrence, REI, 1993, vol. 63,
n° 1, p. 5-9 ; F. JENNY, « Droit européen de la concurrence et efficience économique », REI, 1993,
vol. 63, n° 1, op. cit ; B. HAUDEVILLE, « La finalité politique de la concurrence : promouvoir
l’égalité ou promouvoir l’équité ? », RCC, 1995, n° 85, p. 46-53 ; A. BIENAYME, « L’intérêt du
consommateur dans l’application du droit de la concurrence », RIDE, 1998, p. 361-391.
179. L’institutionnalisme et les théories structuralistes, qui s’étaient imposées comme idéologie
dominante du droit antitrust, avec la nomination dès 1938 de T. ARNOLD à la tête du Départe-
ment antitrust de la justice (DOJ) est progressivement supplanté dans les années soixante-dix, par
l’école de Chicago. Pour une analyse de cette question : H. DUMEZ, « La révolution antitrust »,
Analyses de la SEDEIS, 74, mars 1990 ; I. LIANOS, La Transformation du droit de la concurrence
par le recours à l’analyse économique, l’exemple du traitement des restrictions verticales par le droit
communautaire et européen de la concurrence, Thèse, Université Robert Schuman, Strasbourg, 2004,
p. 17-50 ; J. J. FLYNN, « The Reagan administration’s antitrust policy, “original intent” and the
legislative history of the Sherman Act », Antitrust. Bull, 1988, p. 259.
180. V. par ex le communiqué de Mario Monti sur l’affaire Microsoft refusant, à l’inverse
des autorités antitrust, tout compromis avec Microsoft : in Communiqué de presse de Mario Monti,
18 mars 2004, IP/04/365. La position fut confirmée par le Tribunal : TPICE, 17 sept. 2007, Micro-
soft Corp. c/ Commission des Communautés européennes, aff. T-201/04, Rec. 2007, p. II-3601, notes,
M. Debroux, JCP E, 2007, n° 2304, p. 23-25 ; J. Gstalter « L’arrêt Microsoft et la mise en œuvre de
l’article 82. Quels enseignements pour l’analyse économique fondée sur les effets ? », RTDE, 2007,
p. 742-762 ; L. Idot, Europe, déc. 2007, Etudes, n° 22, p. 5-11 ; note F. Levêque, « La décision du
TPICE contre Microsoft : où est passée l’économie ? », RLC, 2008, n° 14, p. 22-26 ; note C. Prieto,
« La condamnation de Microsoft ou l’alternative européenne à l’antitrust américain », D, 2007,
p. 2884-2889. Sur cette question : E. MORGAN, S. McGUIRE, « Transatlantic divergence : GE-
Honeywell and the EU’s merger policy », Jour. Eur. Public. Policy, vol. 11, 2004, p. 39-56.
181. A. HEINEMANN, « La nécessité d’un droit mondial de la concurrence », RIDE, 2004,
p. 293-324, op. cit.
182. De même que pour une partie des démocrates qui, depuis, l’administration Carter initient
le démantèlement des industries en réseaux : F. ROWE, « The decline of antitrust and the desilusions
of models : the Faustian pact of Law and Economics », Geor. Law. Journ, 1983, p. 1511-1559.
183. X. BELLON, « Cent ans de politique antitrust aux États-Unis », REI, 1993, vol. 63,
p. 10-24.
184. M. A. EISNER, Antitrust and the Triumph of Economics : Institutions, Expertise and Policy
Change, North Carolina Press, 1991, p. 184-227.
185. M. LAGUEUX, « Le néo-libéralisme comme programme de recherche et comme idéo-
logie », Cah. d’éco. polt, n° 16-17, 1989, p. 129-152 ; K. DIXON, Les évangélistes du marché : les
intellectuels britanniques et le néo-libéralisme, coll. « Liber », 2008.
186. Continental TV, inc V GTE Sylvania, inc, 433 (U.S), 23 juin 1977.
187. Ce que reflète l’interprétation du Règlement 4064/89 du 21 déc. 1989, JO, n° L 395, du
30 déc. 1989, cons. 7. J. COURATIER, « Fusions et acquisitions dans les industries en crise : une
étude comparée de la législation sur la concurrence aux États-Unis et dans la CEE », RMC, 1988,
n° 319, p. 396-406.
qui jugent la politique de l’Union trop « zélée », en ce qu’elle ne tient pas compte
des intérêts stratégiques d’une politique industrielle à l’échelle européenne194 ; par
une doctrine économique qui reproche l’orientation essentiellement structuraliste
de la politique de concurrence195.
129. Du point de vue du commissaire Brittan « ce qui était important n’était
pas que la fusion ait été compromise, mais plutôt que la Commission se soit
montrée capable de résister aux pressions politiques d’où qu’elles viennent »196.
Pourtant, cet épisode sert d’argument aux détracteurs d’une politique de
concurrence fondée sur la protection du marché197. À la suite de l’épisode De
Havilland, Van Miert, successeur de Léon Brittan, annonce une modernisation
des instruments de la politique de concurrence, notamment en matière de res-
trictions verticales198.
130. Ce choix n’est, on l’a vu, pas exclusivement déterminé par la prédo-
minance des idées néolibérales. Nombre d’antagonismes sur l’orientation de la
politique de la concurrence existent entre les DG concurrence, industrie et com-
merce international199. C’est aussi pour y remédier que Van Miert choisit de réexa-
miner les orientations de la Commission en la matière200. La volonté de réforme
est à nouveau affirmée dans une allocution du commissaire à la concurrence à
194. Déc. Commission, 2 oct. 1991, Aerospatiale-Alenia c/ De Havilland, 91/619/CEE, JO, L 334,
du 5 déc. 1991, p. 42-61 ; H. DUMEZ, A. JEUNEMAÎTRE, « La France, l’Europe et la concurrence.
Enseignements de l’affaire ATRc/Havilland », Commentaires, n° 57, 1992 ; L. BRITTAN, European
Competition Policy. Keeping the Playing Field Level, Londres, Brasseys, 1992.
195. F. JENNY, « Droit européen de la concurrence et efficience », REI, op. cit.
196. J. JOANA, A. SMITH, Les commissaires européens. Technocrates, diplomates ou politiques ?
Presses de Sciences Po, 2002, p. 129. Les auteurs soulignent que dans d’autres affaires, le collège s’est
opposé aux décisions de Brittan.
197. Bien que cette politique structuraliste n’aboutisse pas systématiquement à sanctionner
toute opération de concentration : Déc. Commission, Aérospatiale/MBB, 25 févr. 1991, IV/M.0017,
JO, n° C 59 du 8 mars 1991 ; Déc. Commission, 8 févr. 1991, Fiat Geotech/ Ford New Holland,
IV/M.9, JO, n° C 118 du 3 mai 1991 ; Déc. Commission, 2 sept. 1991, Digital/Philips, IV/M.129, JO,
n° C 235 du 10 sept. 1991.
198. Karel VAN MIERT, « The Competition Policy of the New Commission », Bruxelles, Dis-
cours, 11 mai 1995, http://ec.europa.eu/comm/competition/speeches ; A. JACQUEMIN, « Concen-
tration industrielle et politique de concurrrence européenne », in Mélanges en l’honneur de C. Cham-
paud, Dalloz, 1997, p. 383-396 ; I. LIANOS, La transformation du droit de la concurrence par le recours
à l’analyse économique, l’exemple du traitement des restrictions verticales par le droit communautaire
et américain de la concurrence, Thèse, Strasbourg, 2004, p. 24.
199. H. DUMEZ, A. JENEMAÎTRE, La concurrence en Europe. De nouvelles règles du jeu
pour les entreprises, Seuil, 1991, p. 264-267 ; J. De BANDT, « Politiques industrielles et de la concur-
rence : quelles priorités quelles combinaisons ? », REI, 1993, vol. 63, p. 207-221 ; A. JACQUEMIN,
« La dimension externe de la politique européenne de concurrence », REI, 1993, vol. 63, p. 272-
281 ; O. SAIN-MARTIN, « L’anti-politique industrielle de l’Union européenne », in L. CARTE-
LIER, J. FOURNIER, et. al, Critique de la raison communautaire, Paris, Economica-Ciriec, 1996,
p. 181-202 ; P. GEOFFRON, La politique de la concurrence européenne : du libre-échange à la libre
concurrence, in E. COHEN, J-J. LORENZI (dir.), Politiques industrielles pour l’Europe, Paris, La
documentation française, 2000, p. 371-382.
200. Au sein même du collège de la Commission, ne règne pas toujours une unanimité abso-
lue. Les décisions les plus sensibles ne sont pas adoptées unilatéralement par la DG concurrence ;
elles sont discutées au sein du collège, d’où ressortent nombre de clivages nationaux et idéologiques
sur la politique de la concurrence. Pour une telle analyse : M. CINI, L. McGOWAN, Competition
Policy in the European Union, op. cit, p. 44-54 ; C. LEQUESNES, « La Commission européenne
entre autonomie et dépendance », RFSP, vol. 46, 1996, p. 389-408 ; S. MAZEY, J. RICHARD-
SON, « La Commission européenne : une bourse pour les idées et les intérêts », RFSP, vol. 46,
1996, p. 409-430.
201. K. VAN MIERT, « The Competition Policy of the New Commission », Bruxelles, 11 mai
1995, op. cit.
202. Un réseau informel d’experts américains, japonais et européens se met en place dans ce
cadre, in Xe Rapport de la CEE sur la politique de la concurrence, Bruxelles, 1981, p. 51-56 ; IXe Rap-
port de la Commission CEE sur la politique de la concurrence, Bruxelles, 1980, p. 39-40 ; XVe Rapport
de la Commission CEE sur la politique de concurrence, Bruxelles, 1985, p. 27-29 ; XVIe Rapport de
la Commission CEE sur la politique de la concurrence, Bruxelles, 1987, p. 31-35 ; XVIIe Rapport de
la CEE sur la politique de la concurrence, Bruxelles, 1988, p. 29-30 ; XXe Rapport de la Commission
CEE sur la politique de la concurrence, Bruxelles, 1992, p. 75-77.
203. J-F. PONS, discours prononcé à Rome le 21 nov. 1995, « Règles, Institutions et relations
internationales : politique de la concurrence et développement des échanges : pour un renforcement
significatif de la coopération », http://ec.europa.eu/comm/competition/speeches. Le comité d’experts
est composé entre autres par, F. JENNY, U. IMMENGA et E-U PETERSMANN.
204. K. VAN MIERT, « Europe in 2000: the Challenge of market and competition policy », Uni-
versity Institute Florence, 1997, http://ec.europa.eu/comm/competition/speeches. Pour une analyse de
cette question : C-T. BARREAU, « Le rôle du droit de la concurrence en droit communautaire », in
P. HASSENTEUFEL, S. HENNION-MORAU (dir.), Concurrence et protection sociale en Europe,
PUR, 2003, p. 15-40.
205. Rapport de la Commission CEE sur la politique de la concurrence, Bruxelles, 1992, p. 75-77.
Sur l’ancien système : Règlement n° 67/67 du 22 mars 1967, concernant l’application de l’article 85
§ 3 du traité à des catégories d’accord d’exclusivité, JO, n° 057 du 25 mars 1967, p. 849 ; règle-
ment n° 1983/83 du 22 juin 1983 concernant l’application de l’article 85§3 du traité à des catégories
d’accords de distribution exclusive, JO, n° L 281 du 13 janv. 1983, p. 24 ; règlement n° 1984/83 du
22 juin 1983 concernant l’application de l’article 85§3 du traité à des catégories d’accords d’achats
exclusifs, JO, n° L 281 du 13 oct. 1983 ; règlement n° 4087/88 du 30 nov. 1988 concernant l’applica-
tion de l’article 85§3 du traité à des catégories d’accords de franchise, JO, n° L 359 du 28 déc. 1988 ;
règlement n° 123/85 du 12 déc. 1984, concernant l’application de l’article 85§3 du traité CEE à des
catégories d’accords de distribution et service de vente et d’après-vente de véhicules automobiles, JO,
n° L 145 du 29 juin 1995, p. 25 ; règlement n° 1475/95 du 28 juin 1995, concernant l’application de
l’article 85§3 du traité à des catégories d’accords de distribution et de service de vente de véhicules
automobiles, JO, n° L 145 du 29 juin 1995, p. 25.
Pour un point de vue sur la question : L. VOGEL, « Les règlements d’exemptions « nouvelle
génération », RCC, janv. 2005, p. 2-7.
d’État. » Un livre vert sur les restrictions verticales, dénonce « l’effet de corset »
des règlements antérieurs206.
132. La Commission propose sur ce constat de rompre avec le carcan admi-
nistratif de la notification préalable du règlement 17/62207 ; à la place, la Commis-
sion envisage un système d’exemption légale : n’est désormais répréhensible qu’un
certain nombre de clauses expresses - clauses noires ou rouges par exemple –. A
contrario, le nouveau système envisagé octroie une marge de liberté accrue aux
entreprises. Dans un souci de simplification administrative, l’instauration d’un
guichet unique est proposée dans le domaine des concentrations208.
133. À vrai dire, ces différentes réformes, si elles prétendent se rapprocher
de « l’analyse économique », sont essentiellement de nature administrative. Les
fondements idéologiques censés animer sur le fond la réforme de la politique
de concurrence ne sont toutefois pas précisés. Vers quelle nouvelle idéologie se
tourner ? Convient-il d’en diffuser le contenu à l’ensemble des pratiques anti-
concurrentielles ? De quelle manière dissocier l’interprétation fondée sur « l’ana-
lyse économique » d’un autre type de justification ? Autant de questions qui ne
sont pas encore véritablement tranchées au sein même du collège bruxellois. Ce
contexte de mutation reflète l’état de la jurisprudence.
206. Livre vert sur la politique de concurrence communautaire et les restrictions verticales,
Bruxelles, CE (2000) ; L. VOGEL, « Les règlements d’exemptions « nouvelle génération », RCC,
janv. 2005, op. cit.
207. Communication de la Commission sur l’application des règles de concurrence aux restric-
tions verticales, COM/98/0544, JO, n° C 365 du 26 nov. 1998, p. 3.
208. Règlement CE, n° 1310/97 du Conseil du 30 juin 1997, JOCE, L 180 du 9 juil. 1997, p. 1.
209. Déc. Commission, 7 déc. 1988, Verre plat, 89/93/CEE, JO, L 33 du 4 févr. 1989, p. 44-73.
210. Sur la question des argumentaires économiques et de leur usage, v. Chapitre 2, Seconde
partie infra.
211. CJCE, 14 juil. 1981, Züchner, aff. 172/80, Rec. 1981, p. 2021 ; Déc. Commission, 19 déc.
1990, ICI/ Solvay, 91/297/CEE, JO, n° L 152 du 15 juin 1991, p. 1-15 ; Déc. Commission, PVC-LDPE
du 21 déc. 1988, 89/190/CEE, JO, L 74 du 17 mars 1989, p. 1-20 ; Déc. Commission, 28 oct. 1988,
Hudson’s Bay, 88/587/CEE, JO, n° L 316 du 23 nov. 1988, p. 43-49 ; Déc. Commission, 2. août 1989,
Treillis Soudés, 89/515/CEE, JO, n° L 260 du 6 sept. 1989, p. 1-44 ; Déc. Commission, 19 déc. 1989,
Betteraves à sucre, 90/45/CEE, JO, n° L 31 du 2 févr. 1990, p. 32-45 ; Déc. Commission, Carton,
13 juil. 1994, 94/601/CEE, JO, n° L 243 du 19 sept. 1994, p. 31 ; Déc. Commission, PVC, 27 juil.
1994, 94/599/CEE, JO, n° L 239, du 14 sept. 1994, p. 14. Cette évolution de la jurisprudence va vers
la caractérisation d’une infraction unique : CJCE, 8 juil. 1999, aff. C-49/92, Commission c/ Anic,
Rec. 1999, p. I-4125, pts. 132-133.
TPI, 24 oct. 1991, Rhône-Poulenc c/ Commission, aff. T-4/89, Rec. II, p. 1034 ; Petrofina
c/ Commission, aff. T-2/89, Rec. II, p. 1091 ; TPI, Atochem c/ Commission, aff. T-3/89, Rec. II,
p. 1180 ; TPI, 17 déc. 1991, BASF c/Commission, aff. T- 4/89, Rec. II, p. 1523 ; Enichem Anic
c/ Commission, aff. T-6/89, Rec. II, p. 1623 ; Hercules Chemicals c/ Commission, aff. T-7/89, Rec. II,
p. 1711 ; DSM c/ Commission, aff. T-8/89, Rec. II, p. 1833 ; TPI, 10 mars 1992, Hüls c/ Com-
mission, aff. T-9/89, Rec. II, p. 499 ; Hoechst c/ Commission, aff. T-10/89, Rec. II, p. 629 ; Shell
c/ Commission, aff. T-11/9, Rec. II, p. 757 ; Solvay c/ Commission, aff. T-12/89, Rec. II, p. 907 ;
ICI c/ Commission, aff. T-13/89, Rec. II, p. 1021 ; Montedipe c/ Commission, aff. T-14/89, Rec. II,
p. 1155 ; Chemie Linz c/ Commission, aff. T-15/89, Rec. II, p. 1275 ; TPI, 6 avr. 1995, Gustave
Boel c/ Commission, aff. T-142/89, Rec. II, p. 867 ; Sté Métallurgique de Normandie c/ Commission,
aff. T-147/89, Rec. II, p. 1057 ; Tréfilunion c/Commission aff. T-148/89, Rec. II, p. 1063, Sté des
Treillis et Panneaux Soudés c/ Commission, aff. T-151/89, Rec. II, p. 1191, note, L. Idot, « Une
nouvelle évolution de la notion d’entente en droit communautaire », Europe, déc. 1991. Bien que
certaines divergences existent entre la Cour et la Commission s’agissant de la catégorie de « pra-
tique concertée ». Sur cette question : G. STIGLER, « A theory of Oligoply », Journ. Pol. Eco,
vol. 72, n° 1, 1964, p. 44-61 ; P. LAURENT, « Qualification et prevue de la pratique concertée »,
CCC, mars 1992, p. 1-2 ; C. Le BERRE, Le raisonnement économique en droit de la concurrence,
Thèse Paris X, 2006, p. 254-333.
212. Pour un point de vue exhaustif sur la question : S. CRISTIN-BELMONT, Essai sur la
position dominante collective en droit communautaire, Presses Universitaires du Septentrion, 1999.
213. La catégorie sera à nouveau consacrée dans une affaire mettant aux prises des armateurs
français et africains : Déc. Commission, Comités armatoriaux franco-ouest-africains, 92/262/CEE,
JO, n° L 134 du 18 mai 1992, p. 1-35 ; Déc. Commission, 23 déc. 1992, CEWAL, 93/82/CEE, JO,
n° L 34 du 10 févr. 1993, p. 20-43.
214. Par ex, D. TURNER, K. KAYSEN, Antitrust Policy, An economic and legal analysis, Harv
univ Press, Cambridge, 1959, p. 142-188.
215. O. WILLIAMSON, Markets and Hierachies : Analysis and antitrust implications, New
York, Free Press, 1983. Pour une discussion des critères jurisprudentiels d’un point de vue écono-
mique : M. SCHÖDERMEIER, « Collective dominance revisited : an Analysis of the EC Com-
mission’s New Concepts of Oligopoly control », ECLR, vol. 11, n° 1, 1990, p. 28-34; B. RODGER,
« Oligopolistic market failure : collective dominance versus Complex monopoly », ECLR, vol. 16,
n° 1, 1995, p. 21-29; T. SOAMES, « An analysis of principle of concerted practice and collective
dominance : a distinction without difference ? », ECLR, vol. 17, 1996, p. 24-39.
216. TPI, 10 mars 1992, Verre Plat, aff. jtes. T-68/89, T-77/89, T-79/89, Rec. 1992, p. II-1403 ;
TPI, 17 déc. 1991, DSM c/ Commission, aff. T-89/89, Rec. 1991, p. II-1833 ; Déc. Commission, 17 févr.
1992, UK Agricultural Tractor Registration Exchange, 92/157/CEE, JOCE, n° L 68 du 13 mars 1992,
p. 19 ; TPI, 24 oct. 1994, John Deere/ Commission, aff. T-34/92, Rec. p. II-905 ; CJCE, 28 mai 1998,
John Deere/Commission, aff. 7/95 P, Rec. 1998, p. I-03175 ; Déc. Commission, 19 déc. 1990, ICI/
Solvay, 91/297/CEE, JO, n° L 152 du 15 juin 1991 ; TPICE, 15 mars 2000, Cimenteries CBR e.a,
aff. jtes, T-25/95, Rec. 2000, p. II-491, pt. 1852 ; CJCE, 8 juil. 1999, Anic Partecipazioni, aff. C42/92 P,
Rec. 1999, p. I-4125, pt. 118. S’agissant des pratiques concertées la Commision tente de contourner les
difficultés d’une démonstration économique par le recours à « l’infraction complexe » : I. LIANOS,
« La confusion des infractions de l’article 81§1 : quelques interrogations sur l’utilité de la notion
d’infraction unique », RTDE, 2000, p. 239.
217. TPI, 24 oct. 1991, Rhône-Poulenc c/ Commission, aff. T-4/89, Rec. II, p. 1034 ; Petrofina
c/ Commission, aff. T-2/89, Rec. II, p. 1091 ; TPI, 17 déc. 1991, BASF c/Commission, aff. T- 4/89,
Rec. II, p. 1523 ; Enichem Anic c/ Commission, aff. T-6/89, Rec. II, p. 1623 ; Hercules Chemicals
c/ Commission, aff. T-7/89, Rec. II, p. 1711, op. cit.
218. TPI, 24 oct. 1991, Petrofina c/ Commission, op. cit ; Rhône Poulenc, op. cit.
219. CJCE, 8 juil. 1999, Commission c/ Anic Partecipazioni, aff. C-49/92 P, Rec. I, p. 4125, note
M-C. Boutard-Labarde, JCP G, 1999, I-187 ; note L. Idot, Europe, oct. 1999, comm. n° 345, p. 18-30 ;
note C. Prieto, JDI, chron, 2000, p. 500-503.
142. La loyauté des échanges constitue toujours pour les interprètes une réfé-
rence idéologique de choix. L’arrêt Akzo illustre l’affirmation : « (…) l’article 86
du traité interdit à une entreprise dominante d’éliminer un concurrent et de renfor-
cer ainsi sa position en recourant à des moyens autres que ceux qui relèvent d’une
concurrence par les mérites. Dans cette perspective, toute concurrence par les prix
ne peut, toutefois, être considérée comme légitime »226. Le terme de « concurrence
par les mérites » s’entend d’un mode de rivalité résultant des efforts engagés par
chaque concurrent. L’illégalité de refus de vente, de rabais, de ristournes, de prix
excessifs, voire d’autres formes de restrictions possibles tire sa justification de
ces principes généraux définis par référence à des comportements « loyaux »227.
La prise en considération du discours économique ne doit donc pas occulter un
versant, pour le coup, plus représentatif de la pratique du droit de la concur-
rence228. C’est ce que montre toujours l’affaire Saeed, dans laquelle la Cour juge,
prédateur est avérée lorsque le prix considéré est inférieur à la moyenne des coûts variables. On peut
se reporter sur cette question à A-L. SIBONY, Le raisonnement économique en droit de la concurrence,
LGDJ, 2008, p. 481-492.
226. CJCE, 23 sept. 1986, AKZO Chemie c/ Commission, op. cit, pt. 70 ; TPICE, 30 janv. 2007,
France Télécom, aff. T-340/03, Rec. 2007, p. II-107 ; CA Paris, 20 nov. 2001, Française des jeux,
BOCCRF, n° 2, du 31 janv. 2002.
227. Déc. Commission, 18 juil. 1988, Napier Brown c/ British Sugar, 88/518/CEE, JO,
n° L 284 du 19 oct. 1988, p. 41-59 ; Déc. Commission, 5 déc. 1988, BPB Industries PLC, 89/221/
CEE, JO, n° L 10 du 13 janv. 1989, p. 50-72 ; Déc. Commission, 21 déc. 1988, Magill TV guide
c/ ITP, BBC, RTE, 89/205/CEE, JO, n° L 78 du 21 mars 1989, p. 43-51 ; Déc. Commission, Lon-
don European c/SABENA, 88/589/CEE, JO, n° L 317 du 24 nov. 1988, p. 47-54 ; Déc. Commission,
10 févr. 1999, Ilmailulaitos c/ Furtsverker, 1999/198/CE, JO, n° L 069 du 16 mars 1999, p. 24-30 ;
Déc. Commission, Comités armatoriaux franco-ouest-africains, 92/262/CEE, JO, n° L 134 du 18 mai
1992, p. 1-35 ; Déc. Commission, 23 déc. 1992, CEWAL, 93/82/CEE, JO, n° L 34 du 10 févr. 1993,
p. 20-43 ; Déc. n° 09-D-24, du 28 juil. 2009, relative à des pratiques mises en œuvre par France Télécom
sur différents marchés de services de communications électroniques fixes dans les DOM ; CJCE, 11 avr.
1989, Ahmed Saeed Flugreisen, aff. 66/86, Rec. 1989, p. 803 ; TPICE, 12 déc. 1991, Hilti, aff. T-30/89,
Rec. p. II-1439 ; CA Paris, sect. H, 6 juil. 1997, BOCCRF, n° 11/97 ; Cass. com, 15 juin 1999, Bull. civ.
IV, n° 128, p. 106 ; CA Paris, sect. H, 19 mai 1998 ; CA Paris, sect. H, 8 févr. 2000, pratiques mises
en œuvre par ADP, confirmé par : Cass. com, 7 janv. 2004, Bull. civ. IV, n° 5 ; CA Paris, sect. H,
21 mai 2002 ; CA Paris, sect. H, 15 nov. 2005 ; TPI, 10 juil. 1991, Independant Television Publications
c/ Commission, aff. T-76/89, Rec. p. II-485 ; TPICE, 12 déc. 2000, Aéroports de Paris, c/ Commission,
aff. T-128/98, Rec. p. II-3929 ; TPI, 8 oct. 1996, Compagnie Maritime Belge Transports e.a c/ Com-
mission, aff. T-24/93, T-25/93, T-26/93, T-28/93, Rec. p. II-1201 ; CJCE, 16 mars 2000, Compagnie
Maritime Belge Transport e.a c/ Commission, aff. 265/96, Rec. p. I-1442, note L. Idot, Europe, 2000,
comm. n° 143.
228. Déc. Commission, 26 juil. 1988, Bloemenveilingen Aalsmeer, 88/491/CEE, JO, n° L 262
du 22 sept. 1988, p. 27-44 ; Déc. Commission, 12 déc. 1988, NBA, JO, n° L 22 du 26 janv. 1989,
p. 12-35 ; Déc. Commission, 11 juil. 1988, British Dental Trade Association, 88/471/CEE, JO,
n° L 233, du 23 août 1988, p. 15-24 ; Déc. Commission, 13 déc. 1989, Bayer AG, 90/38/ CEE, JO,
n° L 21 du 26 janv. 1990, p. 71-79 ; CJCE, 8 févr. 1990, Tipp-Ex Gmbh c/ Commission, aff. C-279/87,
Rec. 1990, p. I-261 ; Déc. Commission, 19 déc. 1989, Betteraves à sucre, 90/45/CEE, JO, n° L 31 du
2 févr. 1990, p. 32-45 ; Déc. Commission, Viho c/ Toshiba, 91/532/CEE, JO, n° L 287 du 17 oct. 1991,
p. 39-43 ; Déc. Commission, 15 mai 1991, Gosme c/ Martell-DMP, 91/335/CEE, JO, n° L 185 du
11 juil. 1991, p. 23-30 ; Déc Commission, 25 mars 1992, Eurochèque, IV/30.717-A, JO, n° L 95 du
9 mars 1992, p. 50 ; Déc. Commission, 18 mars 1992, Newitt Dunlop Slazenger Int, IV/ 32.290, JO,
n° L 131, du 16 mai 1992, p. 32 ; Déc. Commission, 22 déc. 1992, Jahrundert-Vertrag, 92/126/CEE,
JO, n° L 50 du 2 mars 1993, p. 14-26 ; Déc. Commission, 23 déc. 1992, Lagnese-Iglo Gmbh, 93/406/
CEE, JO, n° L 183 du 26 juil. 1993, p. 19-37 ; Déc. Commission, 5 févr. 1992, Industrie de la Construc-
tion aux Pays-Bas, JO, n° L 92 du 7 avr. 1992, p. 1-30 ; TPI, 11 déc. 1996, Van Megen Sports Group
BV c/ Commission, aff. T-49/95, Rec. II, p. 1799 ; TPI, 19 mai 1999, BASF Coating c/ Commission,
aff. T-175/95, Rec. II, p. 1584 ; TPI, 19 mai 1999, Accinauto c/ Commission, aff. T-176/95, Rec. II,
p. 1584 ; TPI, 14 juil. 1994, Herlitz c/ Commission, aff. T-66/92, Rec. II, p. 533 ; TPI, 14 juil. 1994,
Parker Pen c/ Commission, Rec. II, p. 549 ; CJCE, 19 avr. 1988, SPRL Louis Eraw-Jacquery c/ Sté
Cooperative La Hesbigonne, Rec. 1988, p. 1919. Pour une illustration récente : Déc. n° 07-D-33, du
15 oct. 2007, relative à des pratiques mises en ouvre par France Télécom dans le secteur de l’accès à
internet haut débit, note P. Arhel, RLC 2008/1, n° 965 ; Déc. n° 07-MC-06, relative à une demande de
mesures conservatoires présentée par la société Arrow génériques ; Déc. n° 09-D-06 du 5 févr. 2009,
relative à des pratiques mises en œuvre par la SNCF et expédia Inc dans le secteur de voyages en ligne,
CA Paris, 23 févr. 2010, Sté Expédia.
229. CJCE, 11 avr. 1989, Ahmed Saeed Flugreisen, aff. 66/86, op. cit ; CJCE, 13 juil. 1989, Tour-
nier, aff. jtes, 110/88, 241/88, 242/88, et 395/87, Rec. 1988, p. 2521 ; CJCE, 14 nov. 1996, Tetra Pak II,
aff. C-333/94 P, Rec. 1996, p. I-5951 ; TPI, 12 déc. 1991, Hilti/Commission, T-30/89, Rec. p. II-1439,
pt 92, et TPI, 6 oct. 1994, Tetra Pak/Commission, T-83/91, Rec. p. II-755.
230. TPI, 11 mars 1999, Thyssen Stahl A.G c/ Commission, aff. T-141/94, Rec. p. 769 ; TPI,
15 mars 2000, SA Cimenteries CBR e.a c/ Commission, aff. T-25/95 ; T-26/95 ; T-30/95 ; T-31/95 ;
T-32/95 ; T-34 à 39/95 ; T-42 à 46/95 ; T-48/95 ; T-50 à 65/95 ; T-68 à 71/95 ; T-87 et 88/95 ; T-103
et 104/95, Rec. II, p. 508 ; TPI 14 mai 1998, Europa Carton c/ Commission, aff. T-304/94, Rec. II,
p. 873 ; CJCE, 11 déc. 1980, L’Oréal et SA L’Oréal c/ PVBA, aff. 31/80, Rec. p. 3775 ; CJCE,
25 oct. 1983, Telefunken c/ Commission, aff. 107/82 ; TPI, 27 févr. 1992, Vichy c/ Commission,
aff. T-19/91, Rec. II, p. 415 ; TPI, 12 déc. 1996, Groupement d’achat Édouard Leclerc c/ Commis-
sion, aff. T-19/92, Rec. II, p. 1851 ; TPI 12 déc. 1996, Groupement d’achat E. Leclerc c/ Commis-
sion, aff. T-88/92, Rec. II, p. 1967 ; TPI, 12 déc. 1996, BVBA Kruidvat c/ Commission, aff. T-87/92,
Rec. II, p. 1931; CJCE, 11 janv. 1990, Sandoz c/ Commission, aff. 277/87, Rec. 1990 p. I-45, note
J. Shaw, « The concept of an Agreement in the article 85 EEC », Eur.L. Rev, 1991, p. 258-262. La
notion « d’accord » se prête toujours elle aussi à une interprétation extensive : CJCE, 11 janv. 1990,
Sandoz c/ Commission, op. cit ; TPI, 6 avr. 1995, Tréfileurope c/ Commission, aff. T-141/89, Rec. II,
p. 791; TPI, 6 avr. 1995, Gustave Boël c/ Commission, aff. 142/89, Rec. II, p. 867; TPI, 6 avr. 1995,
Ferriere Nord c/ Commission, aff. T-143/89, Rec. II, p. 917 ; TPI, 6 avr. 1995, Cockerill c/ Commis-
sion, aff. T-144/89, Rec. II, p. 947 ; Déc. Commission, 7 juin 2000, Acides aminés, JOCE, n° L 152
du 7 juin 2001, p. 24 ; Déc. Commission, 16 févr. 1994, Poutrelles d’acier, 94/215/CECA, JOCE,
n° L 116, du 6 mai 1994, p. 1 ; TPICE, 11 déc. 2003, Minoan Lines, aff. T-66/99, Rec. 2003,
p. II-5515 ; CJCE, 18 sept. 2003, Volkwagen, aff. C-338/00, Rec. 2003, p. I-9198, pt. 60. Sur les
limites d’une telle interprétation extensive : TPICE, 26 oct. 2000, Bayer c/Commission, aff. T-41/96,
Rec. 2000, p. II-3383, pt. 69 ; CJCE, 6 janv. 2004, Bayer, aff. jtes, C-2/01 et 3 janvier, Rec. 2004,
p. I-23, obs. L. Idot, Europe 2004, comm. n° 84 ; obs. E. Claudel, D., 2004, p. 1970 ; CJCE, 13 juil.
2006, Volkwagen, aff. c-74/04, Rec. 2006, p. I-6585.
231. MCI Communication Corps and MCI Telecommunications corps. V. AT&T Co., 708 F 2
d 1081, (1983) ; CJCE, 6 avr. 1995, RTE et ITP c/ Commission, aff. jtes. C-241/91 P et C-242/91
P, Rec. 1995, p. I-743 ; CJCE, 26 nov. 1998, Oscar Bronner, aff. C-7/97, Rec. 1998, p. I-7791,
note P. Treacy, « Essential facilities. Is the Tide turning ? », ECLR, 1998, p. 501-505; note L. Idot
Europe janv. 1999 comm. n° 30, p. 18-19; note S. Poillot-Peruzzetto, CCC, 1999, n° 43, p. 16-17; CJCE,
29 avr. 2004, IMS Health GmbH, aff. C-418/01, Rec. p. I-5039, note L. Idot Europe, 2004, comm.
n° 214, p. 27 ; Concurrences, n° 2/2005, C. Priéto ; Déc. n° 96-D-51, Sté Héli-Inter Assistance du
3 sept. 1996, BOCCRF, 8 janv. 1997, p. 3 ; CA Paris, 9 sept. 1996, Sté Héli-Inter assistance, BOCCRF,
7 oct. 1997, p. 692 ; Cass. com, 25 janv. 2000, Sté Héli-Inter, obs. M. Malaurie-Vignal, CCC, 2000,
n° 4, p. 14 ; CA Paris, 27 janv. 1998, EDF, BOCCRF, 17 févr. 1998, p. 54. Pour une analyse de cette
catégorie : G. DEZOBRY, La théorie des facilités essentielles : essentialité et droit communautaire de
la concurrence, Paris, LGDJ, 2009.
232. Déc. Commission, 21 déc. 1988, Décca Navigator System, 89/113/CEE, JO, n° L 43 du
15 févr. 1989, p. 27-48 ; Déc. Commission, London European c/ SABENA, op. cit ; Déc. Commission,
26 juil. 1988, Tetra Pak Ic/ Commission, 88/501/CEE, JO, n° L 272 du 4 oct. 1988, p. 27-46 confirmée
par l’arrêt du TPI, 10 juil. 1990, Tetra Pak c/ Commission, aff. T-51/89, Rec. 1990, p. II-309 ; CJCE,
3 mars 1988, Allen and Hanburys Ldt, aff. 434/85, Rec. 1988, p. 1245 ; Déc. Commission, 21 déc.
1993, Sea Containers c/ Stena Sealink, 94/19/CE, JO, n° L 105 du 18 janv. 1994, p. 8-19. À côté de la
théorie des infrastructures essentielles, la jurisprudence ainsi que la pratique décisionnelle renforcent
l’opposabilité des règles de concurrence aux personnes publiques : CJCE, 21 sept. 1988, Van Eycke
c/ ASPA, aff. 267/86, Rec. 1988, p. 4769 ; CJCE, 5 oct. 1988, Alstel c/ Novasam, aff. 247/86, Rec. 1988,
p. 5987 ; CJCE, 13 déc. 1991, RTT c/ GB-Inno-BM-SA, aff. C-18/88, Rec. 1991, p. I-5941 ; CJCE,
17 nov. 1993, Reiff, C-185/91, Rec. p. I-5801 ; CJCE, 9 juin 1994, Delta Schiffahrts- und Speditionsge-
sellschaft, C-153/93, Rec. p. I-2517, pt. 14 ; CJCE 10 déc. 1991, Merci Convenzionali c/ Commission,
aff. C-179/90, Rec. p. I-4022 ; CJCE, 13 déc. 1991, RTT c/ GB-Inno-BM-SA, aff. C-18/88, Rec. 1991,
op. cit ; CJCE, 19 mai 1993, Paul Corbeau, aff. C-320/91, Rec. 1993, p. I-2533 ; CJCE, 27 avr. 1994,
Commune d’Almelo, aff. C-393/92, Rec. 1994, p. I-1477 ; CJCE, 1 oct. 1998, Librandi, aff. C-28/97,
Rec. 1998, p. I-5955; CJCE, 5 oct. 1995, Centro Servizi Spediporto, aff. C-96/94, Rec. p. I-2883;
Déc. Commission, 21 déc. 1993, RØDBY, 94/119/CE, JO, n° L 55 du 26 févr. 1994, p. 52-57 ;
Déc. Commission, 14 janv. 1998, Flughafen Düsseldorf Gmbh, 98/388/CE, JO, n° L 173 du 18 juin
1998, p. 45-53 ; Déc. Commission, 10 févr. 1999, Aéroports portugais, 1999/199/CE, JO, n° L 69 du
16 mars 1999, p. 31-39 ; Déc. Commission, 10 févr. 1999, Ilmailulaitos c/ Furtsverker, 1999/198/CE,
op. cit ; CJCE, 18 juin 1991, ERT/ DEP, aff. C-260/89, Rec. 1991, p. I-2925.
233. A. KOMMINOS, I. FORRESTER, « Agenda de Lisbonne et le droit de la concurrence »,
Concurrences, n° 3/2006, p. 1-2. Le récent rapport de Mario Monti sur le marché unique met plutôt
l’accent sur la protection du consommateur : M. MONTI, Une nouvelle stratégie pour le marché
unique au service de l’économie et de la société européenne, 9 mai 2010, p. 1-122, http://ec.europa.eu/
bepa/pdf/monti_report_final.
234. Pour une analyse de cette question : S. SMISMANS, « From Harmonization to co-
ordination ? EU law in th Lisbon governance architecture », Journ. of European Public Policy, 2011,
vol. 8, p. 504-524.
235. N. KROES, « Industrial Policy and competition Law and policy », Speech to the Fordham
University School of Law, 14 sept. 2005, http://europa.eu.press release. Sur la position de la France :
J. OUDIN, « Europe et mondialisation : l’espoir industriel », Délégation du Sénat pour l’Union euro-
péenne, Rapport d’information, 1998, n° 462.
236. G. BALDI, « Europeanising antitrust : British competition policy reform and Member
State Convergence », B. Jour. Po. Int. Rel, 2006, vol. 8, p. 503-518.
237. V. par ex, la différence de traitement entre la concentration de Bœing/ MDD, in F. ROMANO,
« La fusion Bœing/ MDD et l’accord conclu entre l’UE et les USA sur l’application des lois anti-
trust », RDAI, n° 45, 1998, p. 509-520 ; E. MORGAN, S. Mc GUIRE, « Transatlanic divergence :
GE Honeywell and the EU’s Merger Policy », Journ. Eur. Public. Policy, 2004, vol. 11, n° 1, p. 39-56.
238. Sur la question de la domination des experts en droit de la concurrence : F. VAN WAAR-
DEN, M. DRAHOS, « Courts and (epistemic) communities » in the convergence of competition
policies », Joun. Eur. Public. Policy, 2002, vol. 9, n° 6, p. 913-934; A. WIGGER, « Towards a markets-
based approach. The privatisation and micro-economization of EU antitrust law enforcement », in
H. OVERBEEK, H. Van APELDOORN, et. al, The Transnational Politics of Corporate Governance
Regulation, London, Routledge, 2007, p. 98-118.
239. M. MONTI, Policy Competition and the consumer : what are the aims of competition
policy ? Speech/02/79, 6 févr. 2002; M. MONTI, « Competition for Consumer’s benefit », Discours,
22 oct. 2004, in http://europa.eu/comm/competition/speeches.
240. Pour une illustration de ce discours : Commission européenne, La politique de concurrence
de l’Union européenne et le consommateur, Luxembourg, Office des publications officielles de l’union
européenne, 2005, 27.p. Pour une discussion sur la réforme de la politique de concurrence : L. ARCE-
LIN, Droit de la concurrence : les pratiques anticoncurrentielles en droit interne et communautaire,
PUR, 2009 ; F. BRUNET, G. CANIVET, Le nouveau droit de la concurrence, Paris, LGDJ, 2008.
241. A. NÖLKE, A. WIGGER, « Enhanced Roles of Private Actors in EU Business Regulation
and Erosian of Rhenish Capitalism : the case of antitrust Enforcement », Journ. Common. Market.
Studies, 2007, vol. 42, n° 2, p. 487-513.
242. V. supra.
243. Règlement (CE) n° 2790/99 du 22 déc. 1999, JOCE, L 336 du 29 déc. 1999 ; règlement (CE)
n° 1215 du 10 juin 1999 modifiant le règlement n° 19/65/CEE concernant l’application de l’article 81§3
du traité à des catégories d’accords et pratiques concertées, JO, L 148 du 15 juin 1999, p. 1-4 ;
L. IDOT, « Une facette de la modernisation du droit de la concurrence : les nouveaux règlements
d’exemption », LPA, 1er févr. 2005, p. 5 ; L. IDOT, « La réforme du droit antitrust en Europe : un
an de pratique. À propos du colloque de Bruxelles des 10-11 mars 2005 », Europe, 2005, n° 4, p. 6-9.
Pour une position plus récente qui, elle, prend davantage en compte les gains d’efficacité : règlement
U.E, n° 330/2010 du 20 avr. 2010, concernant l’application de l’article 101§3, du traité de l’Union
européenne (TFUE) à des catégories d’accords verticaux et de pratiques concertées, JOUE n° L 102
du 23 avr. 2010 entré en vigeur le 1er juin 2010 ; communication de la Commission, Lignes directrices
sur les restrictions verticales, JOUE, n° C 130 du 19 mai 2010, p. 1, pt. 47 ; L. IDOT, « Apperçu du
nouveau régime des accords verticaux », Europe, 2010, n° 6 et 7, p. 24 et p. 6-11.
244. Règlement (CE) n° 1/2003 du Conseil du 16 déc. 2002, relatif à la mise en œuvre des règles
de concurrence prévues aux articles 81 et 82 du traité, JO L, du 4 janv. 2003, p. 1.
245. Proposition de règlement du Conseil relatif à la mise en œuvre des règles de concur-
rence prévues aux articles 81 et 82 du traité et modifiant les règlements (CEE) no 1017/68, (CEE)
no 2988/74, (CEE) n 4056/86 et (CEE) no 3975/87, Préparation du Conseil « Compétitivité » du
26 novembre 2002 en vue d’un accord politique.
246. Le régime du règlement 17/62 aboutissait, selon certaines estimations, à ce 50 % des accords
tombant dans le champ de l’article 101 ne soient pas notifiés ; pour une analyse de cette question :
J-P. EPITER, J. LUBECK, « Analyse critique de la politique de la concurrence communautaire », in
E. COHEN, J.J. LORENZI (dir.), Politiques industrielles pour l’Europe, op. cit, p. 383-398.
247. J-P. EITER, J. LUBECK, « Analyse critique de la politique de la concurrence commu-
nautaire », op. cit ; L. VOGEL, « Les règlements d’exemptions « nouvelle génération », RCC, janv.
2005, p. 2-7.
255. CJCE, 13 juil. 1966, Consten et Grundig c/ Commission, aff. C-56/64, Rec. 1966, p. 429.
256. CJCE, 14 juil. 1972, ICI c/ Commission, aff. C-48/69, Rec. 1972, p. 619, concl. H. May-
ras, présentées le 2 mai 1972, p. 670 ; CJCE, 31 mars 1993, Ahlström Osakeyhtiö e.a.c/Commission,
aff. C-89/85, Rec. 1993, p. I-1307, concl. M. Darmon, présentées le 7 juil. 1992, p. 1449; CJCE, 17 janv.
1984, Vereniging ter Bevordering van het Vlaamse Boekwezen, VBVB, et Vereniging ter Bevordering van
de Belangen des Boekhandels, VBBB c/ Commission, aff. C43/82 et 63/82, Rec. 1984, p. 19 ; CJCE,
11 juil. 1985, Remia c/ Commission, aff. 42/84, Rec. p. 2545 ; TPI, 15 déc. 1999, Kesko Oy c/ Com-
mission, aff. T-22/97, Rec. p. II-3775 ; CJCE, 31 mars 1998, France e.a c/ Commission, aff. C-68/94 et
C-30/95, Rec. p. I-1375 ; TPI, 25 mars 1999, Gencor, op. cit ; CJCE, 21 févr. 1973, Continental Can
Company c/ Commission, aff. C-6/72, Rec. p. 215 ; CJCE, 21 févr. 1973, Kali& Salz et Kali Chemie,
aff. 19 et 20/74, Rec. p. 499 ; TPICE, 14 déc. 2005, GE, Honeywell c/ Commission, aff. T-210/01,
Rec. 2005, p. II-5575, obs, I. Girgenson, RLC, 2006/01, n° 411.
257. A. De LAUBADERE, « Le contrôle juridictionnel du pouvoir discrétionnaire dans la
jurisprudence récente du Conseil d’État français », Le juge et le droit public. Mélanges en l’honneur
de Marcel Waline, Pichon-Durand-Auzias-LGDJ, 1974, p. 531-549 ; J. DELMAS-MARSALET, « Le
contrôle juridictionnel des interventions économiques de l’État », EDCE, 1969, p. 133-160 ; J-L. De
CORAIL « La notion d’activité dans le domaine de l’administration économique : sa définition
et son utilisation par le juge administratif », in Mélanges en l’honneur de P. Couzinet, Université
de sciences sociales de Toulouse 1974, p. 117-151 ; J-C. VENEZIA, « Sur le degré d’originalité du
contentieux économique », in Problèmes de droit public contemporain. Mélanges en l’honneur de
Michel Stassinopoulos, Paris, LGDJ 1974, p. 147-164 ; D. SIMON, « Une théorie de l’intensité du
contrôle juridictionnel est-elle possible ? », Europe, 2000, chron n° 4, p. 3-5 ; H. LEGAL, « Le conten-
tieux communautaire de la concurrence entre contrôle restreint et pleine juridiction », Concurrences,
n° 2/2005, p. 1-2.
258. CJCE, 7 janv. 2004, Alborg Portland e.a./ Commission, aff. C-204/00 P, C-205/00P, C- 211/00
P, C-213/00 P, C-217/00 P, C-219/00 P, Rec. 2004, p. I-123 ; CJCE, 17 nov. 1987, British-American
Tobacco Company Ltd et R. J. Reynolds Industries Inc. c/ Commission, aff. jtes C-142 et 156/84,
Rec. 1987, p. 4487, pt. 62.
259. TPICE, 24 janv. 1995, Ladbroke Racing GmbH c/ Commission, aff. T-74/92, Rec. p. 115,
note M-C. Boutard-Labarde, « Devoirs de la Commission à l’égard des plaignants », JCP G, 1995,
p. I-3831 ; note L. Idot, Europe, mars 1995, comm. n° 108, p. 15-16 ; TPI, 18 sept. 1992, Asia Motor,
aff. T-28/90, Rec. 1992, p. II-2285.
260. TPICE, 10 juil. 1997, Guérin automobiles c/ Commission, aff. T-38/96, Rec. p. II-1223 ; TPI,
10 juil. 1990, Automec c/ Commission, aff. T-64/89, Rec. p. II-367 ; TPICE, 9 sept. 1999, UPS Europe
SA c/ Commission, aff. T-127/98, Rec. p. II-2633 ; TPICE, 14 févr. 2001, Trabisco c/ Commission,
aff. T-26/99, Rec. p. II-633.
261. CJCE, 8 févr. 1969, Mandelli c/Commission, aff. C-3/67, Rec. p. 36 ; CJCE, 15 sept.
1982, Kind e.a c/ CEE, aff. C-106/81, Rec. p. 2885 ; CJCE, 19 sept. 2000, Allemagne c/ Commission,
aff. C-156/98, Rec. I-p. 6857 ; CJCE, 20 mars 1995, Nold c/ Commission, aff. C-18/57, Rec. p. 91.
262. Conclusions de l’avocat général K. Roemer présentées le 21 nov. 1972, Rec. 1973, p. 254-
268. Pour un raisonnement analogue : CJCE 21 févr. 1973, Continental Can, aff. 6/72 ; CJCE, 21 févr.
1973, Kali& Salz et Kali Chemie, aff. 19 et 20/74, Rec. p. 499.
263. Conclusions G. Tesauro, du 6 févr. 1997, France e.a c/ Commission, Rec. I-1381, pt. 51 ;
v. de même, TPICE, 7 juil. 1998, ITT Promedia c/ Commission, aff. T-111/96, Rec. p. II-2937, pt. 131.
264. CJCE, 31 mars 1998, France et Société commerciale des potasses et de l’azote et Entreprise
minière et chimique c/Commission, aff. C68/94 et C-30/95, Rec. 1998, p. I-1375, note L. Idot, Europe,
mai 1998, comm. n° 168, p. 15-16 ; note O. D’Ormesson, S. Kerjean, « Le développement de la pra-
tique des engagements en matière de contrôle communautaire des concentrations : les apports récents
de la Cour de justice en matière d’engaements », RTDE, 1998, p. 487-488, note V. Korah, « Gencor
v. Commission : collective dominance », ECLR, 1999, p. 337-341.
265. TPICE, 25 mars 1999, Gencor Ltd c/ Commission, Rec. 1999, aff. 102/96, p. II-753.
T-252/01, Rec. 2004, p. II-1181. Sur l’ensemble de ces questions : C. Vilmart, « La remise en cause
par le Tribunal de Première Instance des Communautés Européennes de la position dominante col-
lective », JCP E, 2002, p. 1209-1213 ; J-M. Thouvenin, « L’arrêt Airtours du 6 juin 2002 : l’irruption
du juge dans le contrôle des concentrations entre entreprises », RMCUE, 2002, p. 482-485 ; H. Haupt,
« Collective dominance under article 82 E.C and E.C Meger control in the Light of Airtours Judg-
ment », ECLR, 2002, p. 434-444 ; L. IDOT, « Nouvel épisode dans les affaires Seb/Moulinexet Total/
Fina/Elf ou comment le Tribunal exerce son contrôle sur les décisions de renvoi et les décisions rela-
tives aux engagements », Europe, 2003, juin, n° 7, p. 7-11 ; M. BAZEX, « Les interactions entre le
droit et l’économie : l’exemple du contrôle par le juge administratif des opérations de concentration
entre entreprises », in L’architecture du droit. Mélanges en l’honneur de Michel Troper, Economica,
2006, p. 139-151.
273. TPICE, Airtours, op. cit, pt. 61. Le même constat s’agissant de l’étendue du contrôle peut
être fait en droit français depuis que la Cour de cassation fait référence à une approche par les
« effets » : Cass. com, 29 juin 2007, n° 07-10.303, 07-10.354,07-10.397. La Cour décide dans l’affaire
des ententes en matière de téléphonie mobile : « Attendu qu’en se déterminant ainsi, sans rechercher
de façon concrète, comme elle y était invitée, si l’échange régulier, de 1997 à 2003, d’informations
rétrospectives entre les trois entreprises opérant sur le marché, en ce qu’il portait sur certaines données
non publiées par l’ART ou intervenait antérieurement aux publications de cette autorité, avait eu pour
objet ou pour effet réel ou potentiel, compte tenu des caractéristiques du marché, de son fonctionnement,
de la nature et du niveau d’agrégation des données échangées qui ne distinguaient pas entre forfaits et
cartes pré-payées, et de la périodicité des échanges, de permettre à chacun des opérateurs de s’adapter
au comportement prévisible de ses concurrents et ainsi de fausser ou de restreindre de façon sensible la
concurrence sur le marché concerné, la cour d’appel n’a pas légalement justifié sa décision » ; v. dans
le même sens, Cass. com, 6. déc. 2005, n° Y 04-19.541 ; Cass. com, 16 févr. 2010, France Télécom,
Apple, n° 226 FS-D. Le Conseil n’est pas non plus de reste dans ce mouvement, v., CE, 31 juil. 2009,
Sociétés FIDUCIAL AUDIT et FIDUCIAL EXPERTISE, n° 305903, note M. Bazex, DA, janv.
2010, comm. n° 1.
274. M. GLAIS, « L’application du règlement communautaire relatif au contrôle des concen-
trations : premier bilan », REI, 1992, vol. 60, p. 94-115.
275. TPICE, Tetra Laval c/ Commission, 25 oct. 2002, Rec. 2002, p. II-4381, pt. 162.
276. Conclusions A. Tizzano, présentées le 25 mai 2004, sous, CJCE, 15 févr. 2002, Tetra Laval
c/ Commission, Rec. 2005, p. I-987.
277. TPICE, Tetra Laval c/ Commission, op. cit, pts. 105-114 ; CJCE, 15 févr. 2002, Tetra Laval
c/ Commission, Rec. 2005, p. I-987, pt. 86.
278. Pour une analyse détaillée de la question : J. GREENWOOD, The Challenge of Change in
EU Business Associations, Palgrave, 2003.
279. M. CINI, L. Mc GOWAN, Competition Policy in European Union, op. cit, p. 44-62.
280. La Commission fait aussi régulièrement appel à des expertises extérieures, comme l’indique
V. FAURE, in L’apport du TPICE au droit communautaire de la concurrence op. cit, p. 632-633.
281. M. MONTI, Fordham Annual Conference on International Antitrust Law and Policy, New-
York, 31 oct. 2002, Speech/ 02/533. M. MONTI, « Merger Control in European Union : a radical
reform », European Commission/ IBA conference on EU Merger Control, Discours, Brussels, 7 nov.
2002, Speech/ 02/545. Les autorités nationales de concurrence suivent aussi le même mouvement et
se dotent de services d’économistes ; par ex pour la France : P. CHONE, « La place de l’analyse
économique dans les questions de concurrence. Présentation du service économique du Conseil de
la concurrence », RLC, 2007, n° 13, p. 203-204.
282. Déc. Commission, 14 sept. 2005, Po/Thread, aff. COMP/38.337, JO, C 21 du 26 janv.
2008, p. 10-14 ; Déc. Commission, 13 sept. 2006, Bitume Pays-Bas, aff. COMP/F/38.456, JO,
L 196, du 28 juil. 2007, p. 40-44 ; Déc. Commission, 3 mai 2006, Peroxyde d’hydrogène et perbo-
rate, COMP/F/C. 38.620, JO, L 353 du 13. déc. 2006, p. 54-59 ; Déc. Commission, 21 déc. 2005,
Produits chimiques pour le traitement du caoutchouc, COMP/F/C.38.443, JO, L 353 du 13 déc. 2006,
p. 50-53 ; Déc. Commission, 20 oct. 2005, Tabac Brut, COMP/C.38.281/B.2, JO, L 353 du 13 déc.
2006, p. 45-49 ; Déc. Commission, 17 juil. 2009, Pfizer, Wyeth, n° COMP/M. 5476 ; Déc. Commis-
sion, 5 août 2009, Lyonnaise des Eaux, COMP/M. 5461.
283. Règlement n° 139/2004 (CE) du Conseil, du 20 janv. 2004 relatif au contrôle des concentra-
tions entre entreprises, JO, C 20 du 28 janv. 2003, p. 4. Pour une position critique quant à l’applica-
tion des gains d’efficacité du règlement 139/04 : M. RAINELLI, « À propos du règlement européen
n° 139/2004 relatif au contrôle des concentrations entre entreprises : une vision sceptique de la prise
en compte des gains d’efficacité », RIDE, 2006, p. 65-68 ; D. SPECTOR, « Will efficiencies ever mat-
ter in merger control ? », Concurrences, n° 4, 2007, p. 20-27 ; D. SPECTOR, « Les nouveaux critères
d’appréciation du contrôle communautaire des concentrations », in F. BRUNET, G. CANIVET, Le
nouveau droit communautaire de la concurrence, op. cit, p. 623-698.
284. Livre vert, op. cit, pts. 159-172. Pour une discussion de ce thème : A. PERROT, « Les gains
d’efficacité : une situation contrastée », in Les évolutions récentes de l’analyse des concentrations :
effets unilatéraux et gains d’efficacité, RCC, n° 137, 2004 ; P. REY, « Analyse économique des effets
unilatéraux », RCC, n° 137, 2004, op. cit.
285. Livre vert, op. cit, pt. 163.
286. F. BRUNET, I. GIRGENSON, « La double réforme du contrôle des concentrations »,
RTDE, 2004, p. 1-31 ; Règlement n° 802/2004 CE, du 7 avr. 2004, concernant la mise en œuvre
du règlement 139/2004 relatif au contrôle des concentrations entre entreprises, JO, L du 29 janv.
2004, p. 1, sect. 9 ; lignes directrices relatives aux concentrations horizontales prises dans le cadre
du règlement sur les concentrations, 2004/C 31 mars, du 5 févr. 2004 ; lignes directrices relatives aux
concentrations verticales prises dans le cadre du règlement sur les concentrations, 2008/C 265/07, du
18 oct. 2008, pt. 53 ; DG Competition Best practices on the conduct of EC Merger proceedings :http://
ec.europa.eu/competition/mergers/legislation/merger_compilation.pdf.
287. Par ex, Déc. Commission, 7 mai 2009, Magna/Cadence Innovation, JO, n° C 191 du 14 août
2009 p. 3 ; Déc. Commission, 30 avr. 2009, General Motors/Delphi Steering Business, JO, n° C 186 du
8 août 2009 p. 6; Déc. Commission, 3 août 2009, OAO Lukoil/TRN, JO, n° C 185 du 7 août 2009 p. 4 ;
Déc. Commission, 19 août 2009, UROPORTS HOLDINGS/ BENELUX PORT HOLDINGS, aff. N
COMP/M.5581.
288. Comme l’illustre une jurisprudence récente : TPIUE, 12 mai 2010, EMC Developement
AB, aff. T-432/05.
289. R. POSNER, « The next step in the antitrust treatment of restricted distribution : per se
legality », U. Chicago. L. Rev, 1981, p. 48 ; R. BORK, The antitrust Paradox : a policy at war with
itself, Free Press, 1993, p. 297 ; J-B BLAISE, L. IDOT, « La réforme des restrictions verticales »,
RTDE 2000, p. 749 ; F. BRUNET, « La nouvelle politique de la Commission européenne à l’égard
des ententes horizontales : ententes illicites et coopération licites », in F. BRUNET, G. CANIVET,
Le nouveau droit communautaire de la concurrence, LGDJ/Lextenso, 2008, p. 35-38.
290. L. IDOT, Droit communautaire de la concurrence, le nouveau système communautaire de
mise en œuvre des articles 81 et 82 CE, Bruylant, 2004 ; lignes directrices concernant l’application de
l’article 81§ 3 du traité, JOUE, n° C 101, du 27 avr. 2004, p. 97-118.
291. Règlement (CE), 1/2003, op. cit, article 6.
292. Lignes directrices sur les restrictions verticales, JOUE, n° C 130 du 19 mai 2010, p. 1, pt. 47,
op. cit, note J. Philippe, M. Trabucchi, Gaz. Pal, n° 155-156, p. 11-12.
293. TPICE, 13 juil. 2006, Impala c/ Commission, aff. T-464/04, note T. Graf, RLC, 2008, n° 17 ;
note D. Spector, Concurrences, 1/2007, p. 26 ; note L. Idot, Europe, 2006, comm. n° 287 ; note
G. Decocq, CCC, 2006, comm. n° 190 ; CJCE, 10 juil. 2008, Impala c/ Commission, aff. C-413/06 P,
Rec. 2008, conclusions J. Kokott, présentées le 13 déc. 2007 ; note F. Chaltiel, C. Berr, et. al, chron,
JDI, 2009, p. 703-707 ; note L. Idot, « concentrations et étude du contrôle juridictionnel », Europe,
oct. 2008, comm. n° 331, p. 31-32 ; note J. Philippe, N. Trabucchi, Gaz. Pal, 2009, n° 315-318, p. 23-25.
294. TPICE, 13 juil. 2006, Impala, association internationale c/ Commission, op. cit, CJCE,
10 juil. 2008, Bertelsmann et Sony Corporation of America c/ Impala, Rec. 2008, aff. C-413/06,
p. I-4951, pts. 87-96, 178-181, note L. Idot, Europe, oct. 2008, comm. n° 331, p. 31-32 ; F. Chaltiel,
C. Berr, et. al, Chron. JDI, 2009, p. 703-707. Plus récemment : TPICE, 19 juin 2009, Qualcom BV
c/ Commission, aff. T48/04, JO C 180 du 1er août 2009.
295. R. KOVAR, « Je t’aime moi non plus : sur les rapports difficiles mais néanmoins néces-
saires entre l’économie et le droit de la concurrence », in B. DEFFAINS, L’analyse économique du
droit dans les pays de droit civil, éd. Cujas, 2002, p. 47-58.
308. CJCE, 16 sept. 2008, Sot. Lélos Kai Sia e.a, aff. C-468/06 à 478/06, Rec. 2008, p. I-7139,
note L. Idot, Europe, 2008, n° 10, p. 39-40 ; note A-L. Sibony, LPA, 17 déc. 2009, n° 251, p. 30-32.
309. CJCE, 4 juin 2009, T-Mobile Netherlands e.a, aff. C-8/08, pt. 35, note M. Debroux, Concur-
rences, 2009, n° 2, p. 101-102 ; note L. Idot, Europe, août/sept. 2009, comm. n° 323, p. 33-34 ; P. Whi-
lem, E. Proust : « La Cour de justice précise la notion d’objet contenue dans l’article 81 CE et impose
le niveau de preuve des pratiques concertées requis », Rev. Lamy. aff, 2009, n° 41, p. 45-49. Pour une
postion similaire : TPICE, 9 juin 2009, Peugeot Nederland NV c/ Commission, aff. T-450/05; TPICE,
21 oct. 2003, General Motors Nederland et Opel Nederland c/ Commission, aff. T-367/00, Rec. 2003,
p. II-4491; TPICE, 27 sept. 2006, Glaxosmithkline c/ Commission, Rec. 2006, p. II-1873; CJCE, 20 nov.
2008, Beef Industry Development et Barry Brothers, aff. C-209/07, note J. Vialens, Gaz. Pal, 2009,
n° 81-83, p. 20-22 ; note V. Selinsky, S. Cholet, RLC, 2009, n° 18, p. 28. Pour une illustration récente
en droit national : Décision n° 10-D-28 du 20 sept. 2010, relative aux tarifs et aux conditions liées
appliquées par les banques et les établissements financiers pour le traitement des chèques remis aux fins
d’encaissement.
310. CJCE, 6 oct. 2009, Glaxosmithkline Services c/ Commission e.a, aff. C-501/06 P, C-513/06
P, C-515/06 P et C-519/06 P, concl. V. Trstenjak, présentées le 30 juin 2009, note D. Brault, « L’arrêt
GSK du 6 octobre 2009 : revolution silencieuse ou simple retour aux sources ? », RLC, 2009, n° 21,
p. 29-30 ; CJCE, 12 nov. 2009, Le Carbone-Loraine SA, aff. C-554/08P ; CJCE, 12 nov. 2009, SGL
Carbon AG, aff. C-564/08, note J. Philippe, M. Trabucchi, Gaz. Pal, n° 155-156, p. 28.
311. CJCE, 6 oct. 2009, Glaxomsmithkline, op. cit, pt. 55. Remarquons que la Cour désavoue
le Tribunal dont le raisonnement s’orientait dans le sens de la prise en considération des « effets » :
TPICE, 27 sept. 2006, Glaxosmithkline, aff. T-168/01, Rec. p. II-2969.
312. L. Idot, note sous CJCE, 6 oct. 2009, Glaxosmithkline, op. cit, « Objet anticoncurrentiel et
entrave au commerce parallèle », Europe, déc. 2009, comm. n° 463.
313. CJCE, Glaxosmithkline, op. cit, pt. 63.
C’est sur ce réformisme très polysémique qu’elle joue pour tenter d’harmoniser
à l’ensemble des juridictions nationales, l’application du droit européen de la
concurrence. Comment réagissent les différents interprètes nationaux par rap-
port à ce nouveau discours imprégné « d’analyse économique » et, par là même
singulier des catégories juridiques traditionnelles ? C’est ce qu’entend traiter le
chapitre qui va suivre.
RIDE, 2006, op. cit ; pour une illustration de décision où la Commission exige toujours une sépara-
tion des activités : Déc. Commission, 17 juil. 2009, Pfizer c/ Wyeth, COMP/M.5476 ; Déc. Commis-
sion, 5 août 2009, Lyonnaise des Eaux, COMP/M.5461.
1. Règlement (CE) n° 1/2003 du Conseil du 16 déc. 2002, relatif à la mise en œuvre des règles
de concurrence prévues aux articles 81 et 82 du traité, JO L 1 du 4 janv. 2003, p. 1-25 ; L. IDOT,
« La modernisation du droit communautaire de la concurrence, adoption par le Conseil du nouveau
règlement relatif à la mise en œuvre des articles 81 et 82 CE, apperçu rapide », JCP G, 2003, p. 1.
2. Commission européenne, Rapport sur la politique de la concurrence, 2005, (SEC) 2006 761
final ; N. KROES, « Enhancing actions for damages for breach of competition Rules in Europe »,
New York, 22 sept. 2005, N. KROES, « More private antitrust enforcement through better acces
to damages : an invitation to an open debate », Conference on Private enforcement in EC Com-
petition Law, Discours, Brussels, 9 march. 2006, http://europa.eu.int/comm./competition/speeches ;
M. MONTI, Une nouvelle stratégie pour le marché unique au service de l’économie et de la société
européenne, Rapport, 9 mai 2010, p. 47-48.
3. S’appesentir sur les juridictions nationales, plus nombreuses, au détriment de celles spé-
cialisées (Autorité de la concurrence, Cour d’appel de Paris, Chambre économique et financière de
la Cour de cassation), permet de mieux prendre la mesure des contraintes qui pèsent sur la cohésion
de la politique de concurrence. À la différence des autorités et juridictions spécialisées, qui elles, sont
plus accoutumées au maniement des catégories utilisées par la Commission, l’analyse du discours des
juridictions nationales rend davantage compte des difficultés d’application du droit de la concurrence
devant les juges ordinaires. Pour une discussion sur ce thème : L. IDOT, « Quelques exemples de la
difficulté du juge du contrat à appréhender le droit de la concurrence et le règlement n° 2790/99 »,
RDC, 2005, n° 4, p. 1033-1036 ; A. KOMNINOS, EC Private antitrust enforcement : decentralised
application of EC competition law by national Courts, Hart Publishing, 2008.
4. L’article 101 dispose : « 1-Sont incompatibles avec le marché intérieur et interdits tous accords
entre entreprises, toutes décisions d’associations d’entreprises et toutes pratiques concertées, qui sont
susceptibles d’affecter le commerce entre États membres et qui ont pour objet et pour effet d’empêcher,
de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence à l’intérieur du marché intérieur, et notamment
ceux qui consistent à : a) fixer de façon directe ou indirecte les prix d’achats ou de vente ou d’autres
conditions de transaction, b) limiter ou contrôler la production, les débouchés, le développement tech-
nique ou les investissements, c) répartir les marchés ou les sources d’approvisionnement, d) appliquer,
à l’égard des partenaires commerciaux, des conditions inégales à des prestations équivalentes en leur
dans cette dernière possibilité que dans le pouvoir qu’ont désormais ces acteurs
nationaux d’appliquer le §3 de l’article 101. Les articles 101 et 102 créent en
effet dans le chef des justiciables, un certain nombre de droits subjectifs dont
les juges nationaux ont la charge5. Les sanctions civiles ressortissent dès lors de
la compétence du juge.
180. Le but du présent chapitre est d’examiner les moyens par lesquels la
Commission parvient à harmoniser le droit de la concurrence et réciproquement
les stratégies que développent les juges nationaux par rapport à ces mécanismes
d’harmonisation. Si le règlement 1/2003 délègue aux juges nationaux l’applica-
tion du droit européen de la concurrence, il renforce en contrepartie le contrôle
de la Commission sur ces mêmes juges. L’idée de « décentralisation » a en effet
été présentée comme l’un des principaux attraits du règlement 1/20036. Pourtant,
le terme décentralisation, loin de clarifier la question, l’obscurcit davantage7. Il
traduit l’euphémisme par lequel la Commission a en fait consolidé son contrôle
sur les juges nationaux au nom du principe de coopération loyale.
181. Ce qui pose problème, c’est la dualité des contentieux objectifs et sub-
jectifs8. En admettant, ne serait-ce qu’en théorie, cette distinction, la mission de
police économique du marché ne peut se confondre au prononcé de sanctions
civiles devant le juge à la suite d’une pratique anticoncurrentielle9. Le règlement
1/2003 instaure néanmoins une confusion regrettable dans la mesure où il donne
à la Commission la possibilité de s’immiscer dans le contentieux subjectif. L’une
des grandes ambiguïtés de la réforme actuelle du droit de la concurrence réside
en ce point. Comme l’indique fort justement un auteur : « (…) l’intérêt des plai-
gnants n’est pas le seul visé. C’est en fait l’efficacité de la politique de concurrence
qui est poursuivie. L’action des particuliers est envisagée comme un facteur d’inten-
sification de la concurrence sur le marché intérieur »10.
182. Pour la Commission, il s’agissait soit de maintenir le vieux système de
centralisation dont on a vu qu’il aboutissait à noyer sous un flot de demandes
d’exemption les services de la Commission soit d’opter pour une « décentrali-
sation » susceptible de multiplier les risques de divergences d’interprétation. Le
livre blanc publié en cette matière fait part de ce risque : « (…) La Commission
conservera le monopole de l’élaboration et de la proposition des textes législatifs
sous toutes leurs formes (…) et ne manquera pas d’y recourir pour assurer la cohé-
rence et l’uniformité de l’application des règles de concurrence »11.
183. Le choix de la France en matière de « décentralisation » des articles 101
et 102 a été de désigner un ensemble de juridictions compétentes pour appliquer le
droit européen12. À ce titre, il est intéressant d’examiner la manière dont, à l’ex-
ception des rares juridictions accoutumées au droit de la concurrence13, les juges
nationaux récemment désignés mettent en œuvre l’application des articles 101
et 102 TFUE. Plutôt que de s’intéresser exclusivement au discours des interprètes
authentiques, le propos mettra aussi l’accent sur les juges du fond dans la mesure
où c’est sur eux que repose essentiellement la tâche de dissémination du droit
européen de la concurrence.
184. Au rebours d’une lecture dominante qui préfère se référer au terme plus
neutre de « coopération » pour qualifier les mécanismes du règlement 1/2003, un
SECTION 1
LE RENFORCEMENT DES POUVOIRS
DE LA COMMISSION PAR LE RÈGLEMENT 1/2003
que le contrat se poursuivrait, et qu’il avait engagé des investissements pour faire un certain nombre de
choses. Il va aussi déclarer : « je n’ai pas bénéficié d’un préavis effectif ». Dans ce type de débats, le
règlement d’exemption n’a pas sa place. On est sur le terrain du seul droit contractuel. Compte tenu du
contexte, force est de constater que ces statistiques ne sont apparemment pas bien élevées à la section
A de la 5e chambre. Depuis l’entrée en vigueur du règlement, donc, depuis le 1er mai 2004, une dizaine
d’appels nous sont venus du Tribunal de commerce de Paris (peut-être d’autres) et pas d’avantage, sur
plusieurs centaines d’affaires qui ont été distribuées à la chambre ; ce n’est pas beaucoup. Ce sont très
rarement des affaires graves, et encore moins de cartels, qui sont portées devant le juge. Cela arrive
parfois (…) Depuis quelques années que je me trouve dans cette chambre, je n’ai pas eu connaissance
une seule fois, de demande d’indemnisation stricto sens, qui serait fondé sur une décision préalable du
Conseil de la concurrence, approuvé ou non par la Cour d’appel de Paris. Je crois que l’explication est
simple : ces affaires se transigent, tout simplement, et donc les contentieux, que l’on croit tellement
articulés, ne le sont pas tant que ça. », in J. RIFFAULT-SILK, « La vision d’un juge français », in
C. PRIETO, L. IDOT, Les entreprises face au nouveau droit des pratiques anticoncurrentielles : le
règlement n° 1/2003 modifie-t-il les stratégies contentieuses ? Bruylant, 2006, p. 136-137. Pour une
discussion de ce point : L. VOGEL, « L’articulation entre le droit civil, le droit commercial et le droit
de la concurrence », RCC, 2000, n° 115 ; M. MALAURIE-VIGNAL, « Droit de la concurrence et
droits des contrats », D, 1995, chron, op. cit.
20. On peut utilement se reporter sur cette question à la livraison de la Revue de la concurrence
et de la consommation n° 115, de mai-juin 2005 intitulée : Le juge civil, le juge commercial et le droit
de la concurrence, p. 6-35. Pour des illustrations jurisprudentielles : Cass. com, 4 févr. 1970, GNA,
n° 68-13303, bull. n° 44, p. 44 ; Cass. com, 18 févr. 1970, Sté Leduc c/ EDF, n° 68-11986, bull. n° 66,
p. 63 ; Cass. com, 24 nov. 1970, Cass. com, 27 avr. 1971, Total c/ Fortier, n° 69-12939, bull. IVn° 85,
p. 79 ; Cass. com, 20 mai 1980, Bull. civ, IV, n° 212.
21. Livre Blanc, op. cit, pt. 103.
22. Y. SERRA, « Les divergences de jurisprudence en droit de la concurrence », in P. ANCEL,
M-C. RIVIER, Les divergences de jurisprudence, PUSE, 2003, p. 223-226.
§ 1. LE RENFORCEMENT DE L’AUTORITÉ
DE LA COMMISSION SUR LES JUGES NATIONAUX
188. La « décentralisation » des articles 101 et 102 TFUE est, on l’a dit,
purement factice24. Comme le montre la démonstration qui va suivre, il faut com-
prendre ce terme dans le discours de la Commission, comme l’artifice par lequel la
Commission a renforcé ses prérogatives sur les juges nationaux. L’application des
articles 101 et 102 par ces derniers s’est accompagnée d’un contrôle plus étroit. Le
risque d’une (re) nationalisation du droit de l’Union a été brandi afin de justifier
l’attribution de prérogatives supplémentaires. Nul ne peut manquer de relever la
contradiction entre ce dernier argument et l’objectif apparent de décentralisa-
tion. L’ambivalence de cette approche sous-tend la stratégie mise en œuvre par la
Commission : sous prétexte de pallier les risques de divergences, elle renforce en
réalité ses prérogatives. La vraie signification de la « décentralisation » est qu’il
n’y a pas eu de décentralisation25. Tel est ce qui ressort d’une analyse attentive
de certaines dispositions fondamentales du règlement 1/2003. Il faut bien voir
que les arguments ont varié sur ce point. Une précaution liminaire consiste à ne
pas voir l’adoption du règlement 1/2003 comme un tout monolithique : chaque
disposition a fait l’objet de débats et de négociations entre la Commission et les
États membres. On se focalisera sur celles qui renforcent l’autorité des décisions
de la Commission (A), notamment par l’élargissement du champ d’application
du droit européen de la concurrence (B).
23. On peut se référer sur ces questions de la Commission en tant qu’« entrepeneur politique »
aux travaux de : J. TALLBERG, « Delegation to Supranational Institution : Why, How, and wiht
what Consequences ? », West European Politics, n° 1, vol. 25, 2000, p. 23-46 ; J. TALLBERG, « The
Antomy of Autonomy : An Institutional Account of Variation in Supranational Influence », Jour.
Common Market Studies, n° 5, vol. 38, 2000, p. 843-864 ; N. JABKO, L’Europe par le marché. Histoire
d’une stratégie improbable, Presses Sciences-Po, 2009, p. 69-75.
24. L. IDOT, « Le règlement 1/2003 : vers une fédéralisation, une communautarisation, ou
une renationalisation du droit de la concurrence ? », in Etudes en l’honneur de J-C. Gautron. Les
dynamiques du droit européen en début du siècle, Paris, A. Pedone 2004, p. 117-135.
25. Pour une illustration de cette stratégie par les services de la Commission : G. ROCCA,
C. GAUER, « Livre blanc sur la modernisation des règles d’application des articles 81 et 82 du
traité », Competition newsletter, oct. 1999, p. 1-6.
26. Proposition de règlement du Conseil relatif à la mise en œuvre des règles de concurrence
prévues aux articles 81 et 82 du traité et modifiant les règlements (CEE) n° 1017/68, (CEE) n° 2988/74,
(CEE), n° 4056/86 et (CEE) n° 3975/87, (2000/C 365 E/28), JO, C 365 E, du 19 déc. 2000, p. 284.
27. Conseil de l’Union européenne, Bruxelles, 12 oct. 2000, résultat des travaux en date du
10 oct. 2000, n° 11484/00, RC 13.
28. M. WATHELET, « Le nouveau règlement « concurrence » : révolution copernicienne ? »,
in C. NOURISSAT, R. WTTERWULGHE (dir.), Le nouveau règlement d’application du droit com-
munautaire de la concurrence : un défi pour les juridictions françaises, op. cit, p. 21-31.
29. Rappelons que le principe découle de la jurisprudence : CJCE, 13 févr. 1969, Walt Wil-
hem, aff. 14/68, Rec, p. 1 ; CJCE, 28 févr. 1991, Stergio Delimitis, aff. C-234/89, Rec. p. I-935, obs.
M-A. Hermitte, JDI, 1991, p. 485-487; obs. G. Dalens, RCC, 1991, p. 35-38; CJCE, 12 déc. 1995,
Dijskstra e.a, aff. C-319/93, Rec, p. I-4471.
30. La formulation de la Commission était alors la suivante : « Lorsqu’un accord, une décision
d’association d’entreprises ou une pratique concertée au sens de l’article 81 du traité ou l’exploitation
abusive d’une position dominante au sens de l’article 82, est susceptible d’affecter le commerce entre
les États membres, le droit communautaire de la concurrence est applicable à l’exclusion des droits
nationaux de la concurrence », in Proposition de règlement du Conseil relatif à la mise en œuvre des
règles de concurrence, op. cit.
31. Conseil de l’Union européenne, résultat des travaux en date du 12 oct. 2000, op. cit, p. 4.
32. Règlement (CE) n° 1/2003, op. cit, article 3.
33. Proposition de règlement du Conseil relatif à la mise en œuvre des règles de concur-
rence prévues aux articles 81 et 82 du traité et modifiant les règlements (CEE) no 1017/68, (CEE)
no 2988/74, (CEE) n 4056/86 et (CEE) no 3975/87, Préparation du Conseil « Compétitivité » du
26 novembre 2002 en vue d’un accord politique.
34. L. IDOT, Droit communautaire de la concurrence, le nouveau système communautaire de
mise en œuvre des articles 81 et 82 CE, Bruylant, 2004, p. 41.
plus de liberté s’agissant « des lois nationales plus strictes qui interdisent ou sanc-
tionnent un comportement unilatéral d’une entreprise ». Tel est donc le compromis
qui ressort de cette disposition capitale. La Commission l’a par la suite habile-
ment contourné.
192. Dans une communication ultérieure sur la coopération avec les juridic-
tions nationales, elle souligne qu’ : « (…) En ce qui concerne l’application paral-
lèle du droit national de la concurrence et de l’article 82 CE dans le cas d’un compor-
tement unilatéral, l’article 3 du règlement ne prévoit pas d’obligation de convergence
similaire. Toutefois, dans le cas de dispositions contradictoires, le principe général de
primauté du droit communautaire exige que les juridictions nationales laissent inap-
pliquée toute disposition de loi nationale contraire à la règle communautaire, que
cette disposition soit antérieure ou postérieure à la règle communautaire »35. Cette
nouvelle interprétation revient à la version initiale contestée par les représentants
des États membres. En d’autres termes, elle aboutit, comme pour l’article 101, à
l’uniformisation de l’article 102 TFUE.
193. En complément de l’article 3, l’article 16 renforce l’influence des déci-
sions prises par la Commission36. Sans le dire de façon explicite, l’article 16 ins-
taure un mécanisme par lequel les juges nationaux sont contraints de tenir compte
de la pratique décisionnelle de la Commission. Dès lors que les juridictions natio-
nales statuent sur les articles 101 et 102 TFUE et que la Commission a déjà été
saisie de l’affaire, elles doivent nécessairement « s’efforcer d’éviter toute décision
contradictoire avec les décisions adoptées par la Commission ». À nouveau, une
communication ultérieure vient préciser le sens de cette disposition37. Ainsi les
juges nationaux doivent-ils éviter de rendre des interprétations contraires à une
décision de la Commission rendue même dans un domaine connexe.
194. Dans ce cas, les juridictions nationales sont tenues de suspendre l’ins-
tance dans l’attente de la décision de la Commission. Lorsque la juridiction natio-
nale statue avant la Commission, la communication précise que le juge national
évite d’adopter une décision susceptible d’aller à l’encontre de celle envisagée
par l’autorité administrative. À cette fin, le juge saisit préalablement la Commis-
sion sur l’orientation de sa décision future. Il peut encore, selon les termes de la
communication, « surseoir à statuer » en attendant que la Commission ait statué.
35. Communication de la Commission sur la coopération avec les juridictions nationales pour
l’application de l’article 81 et 82 du traité CE, JO 2004/C 101/04/, du 27 avr. 2004. Pour un com-
mentaire de cette disposition : J-B. BLAISE, L. IDOT, « Concurrence : champ d’application des
articles 81 et 82 CE », RTDCiv, 2004, n° 4, p. 669-689 ; S. HAUTBOURG, S. QUELLA, « Droit
communautaire ou droit national de la concurrence : le critère d’affectation du commerce », Déci-
deurs juridiques et Financiers, n° 58, 2004, p. 112-113 ; J-P. VIENNOIS, « Clarification du champ
d’application communautaire du droit de la concurrence (Brèves observations sur la communication
de la Commission européenne relative à la notion d’affectation du commerce figurant aux articles 81
et 82 du Traité) », LPA, 2004, n° 190, p. 9-12.
36. Signalons au passage que sur un autre front, en l’occurrence celui des actions en dommages
et intérêts, la Commission a publié un livre blanc dans lequel elle suggère, dans le but de faciliter
l’établissement de la preuve d’un préjudice, de reconnaître une force contraignante aux décisions des
autorités nationales de la concurrence. Si cette initiative voyait le jour, elle renforcerait d’autant le
poids des décisions des autorités de la concurrence vis-à-vis des juges nationaux : Livre blanc sur les
actions en dommage et intérêt pour infraction aux règles communautaires sur les ententes et les abus
de position dominante, Bruxelles, 2 avr. 2008, COM (2008), 165 final.
37. Communication de la Commission sur la coopération avec les juridictions nationales pour
l’application des articles 81 et 82 du traité, op. cit, pt. 12.
38. La litispendance s’entend comme un acte de procédure par lequel une juridiction surseoit
à statuer au profit d’une autre. Le problème que pose la transposition de ce terme dans le cadre
du règlement 1/2003 est que la Commission n’est pas, strictement parlant, une juridiction. Si la
Communication ne mentionne d’ailleurs pas expressément ce terme, elle en garde implicitement
le mécanisme.
39. Communication commission sur la coopération avec les juridictions nationales, op. cit,
pt. 13.
40. Indiquons qu’en dehors de ces différentes hypothèses, la Commission dispose de moyens de
contraintes supplémentaires pour garantir une application homogène du droit de la concurrence. Elle
peut certes rappeler, conformément à l’article 16 du règlement 1/2003, que les juridictions nationales
doivent s’efforcer de ne pas prendre des décisions contradictoires de celles de la Commission. Elle
peut aussi, si la juridiction nationale ne se conforme pas aux dispositions précitées du règlement,
utiliser la procédure de recours en manquement en vue de faire constater par la Cour, la non-appli-
cation du droit européen. On retombe alors dans le classique mécanisme d’encadrement procédural
des juges nationaux et son corrollaire : les principes d’équivalence et d’effectivité, in C. BLUMANN,
L. DUBOUIS, Droit institutionnel de l’Union européenne, 3e éd. Litec, 2007, p. 399-412 ; CJCE, 19 juin
1991, Francovitch c/ République italienne, aff. C-6/90, Rec p. I-2357 ; CJCE, 5 mars 1996, Brasserie
du pêcheur SA c/ République Fédérale d’Allemagne, Rec p. I-1029 ; CJCE, 14 déc. 1995, Van Schijndel
et van Veen, aff. C-430/93 et C-431/93, Rec p. I-4705, pt. 17 ; CJCE, 9 déc. 2003, Commission/Italie,
aff. C-129/00, Rec p. I-14637, pt. 25 ; CJCE, 15 avr. 2008, Impact, aff. C-268/06, Rec p. I-2483, pts. 44
à 46. De plus, l’invocation des articles 101 et 102 devant les juridictions nationales est désormais un
moyen « d’ordre public » à l’instance. Ce qui signifie que le juge national a l’obligation de les relever
d’office, quand bien même le moyen n’aurait pas été soulevé par les parties : CJCE, 14 déc. 1995, van
Schijndel, aff. jtes C-430/93 et C-431/93, Rec. 1995, p. I-04705 ; CJCE, 1er juin 1999, Eco Swiss China
Time Ltd c/ Benetton International NV, aff. C-126/97, Rec. p. I-03055 ; CJCE, 20 sept. 2001, Bernard
Crehan et Courage Ltd. e.a, aff. C-453/99, Rec. 2001, p. I-6297 ; CJCE, 13 juil. 2006, Vicenzo Manfredi,
aff. C-295 à 298/04, Rec. 2006, p. I-6619, note M. Chagny, RLC, 2006, n° 9, p. 86-89 ; note P. Iannuc-
celli, « La Cour botte en touche sur la réparation civile des dommages causés par les infractions aux
règles de concurrence », RLC, 2006, n° 9, p. 67-72 ; note L. Idot, Europe, oct. 2006, comm. n° 291,
p. 24-25. Enfin, depuis l’arrêt Köbler, la responsabilité d’un État peut être engagée dans l’hypothèse
où la juridiction nationale n’aurait pas fait application de dispositions européennes dont peuvent se
prévaloir les particuliers : CJCE, 30 sept. 2003, Köbler, Rec. 2003, p. I-7091, concl. P. Leger ; CJCE,
13 juin 2006, Traghetti del Mediterraneo, aff. C-173/03, Rec. 2006, p. I-5177. Pour une discussion de
l’ensemble de ces points : J-C. FOURGOUX, « Quel rôle désormais pour les juridictions nationales
dans le cadre du règlement n° 1/2003 sur les règles de concurrence ? », RLC, n° 4, 2005, p. 123-125 ;
P. OLIVIER, « Le règlement 1/2003 et les principes d’efficacité et d’équivalence », CDE, 2005, p. 531 ;
48. Livre Blanc, relatif à la modernisation des articles 81 et 82 CE, op. cit, pt. 107.
49. CJCE, 28 févr. 1991, Stergio Delimitis, aff. C-234/89, Rec. 1991, p. I-935, pt. 53; TPICE,
18 sept. 1996, Postbank NV, aff. T-353/94, Rec. 1996, p. II-921, pts. 63-76 ; CJCE, 26 nov. 2002, First
NV et Franex NV, aff. C-275/00, Rec. 2002, p. I-10943, pt. 49.
50. Art. R. 470-3 du Code de commerce ; art. L. 462-3 du Code de commerce transposant
l’ordonnance du 4 nov. 2004, n° 2004-1173.
51. Communication de la Commission sur la coopération entre la Commission et les juridic-
tions des États membres, op. cit, §27.
52. Communication (CE) n° 93/C 39/05, JOCE 13 févr. 1993, p. 6.
53. Pour une illustration de ce principe : CJCE, 6 mai 1982, Fomme c/BALM, aff. C-54/81,
Rec, p. 1149 ; CJCE, 2 févr. 1977, Amsterdam Bulb, aff. C-50/76, Rec, p. 137 ; CJCE, 16 nov. 1977,
Inno c/ATB, aff. C-13/77, Rec, p. 2115 ; CJCE, 17 déc. 1970, Scheer, aff. C-30/70, Rec. 1970, p. 1197 ;
CJCE, 19 mai 1992, Commission c/Allemagne, aff. C-195/90, Rec, p. I-3141 ; CJCE, 2 juin 2005, Com-
mission c/ Luxembourg, aff. C-266/03, Rec. p. I-4805 ; CJCE, 14 juil. 2005, Commission c/ Allemagne,
aff. C-433/03, Rec. p. I-6985.
54. Règlement (CE) n° 1/2003 du Conseil du 16 déc. 2002, relatif à la mise en œuvre des règles
de concurrence prévues aux articles 81 et 82 du traité, op. cit.
55. Communication de la Commission sur la coopération entre la Commission et les juridic-
tions des États membres, op. cit, §31.
56. Pour une analyse de la question : S. PETRINI, « Indépendance et interdépendance des
juridictions et autorités de la concurrence », LPA, 27 mars 2009, n° 62, p. 7.
57. Proposition de règlement du Conseil relatif à la mise en œuvre des règles de concurrence
prévues aux articles 81 et 82 du traité, op. cit, article 15.
58. Proposition de règlement du Conseil relatif à la mise en œuvre des règles de concurrence
prévues aux articles 81 et 82 du traité et modifiant les règlements (CEE) n° 1017/68 (CEE) n° 2988/74
n° 4056/86 (CEE) n° 3975/87 (CEE) (« règlement d’application des articles 81 et 82 du traité »), 2000/
C 365 E/28, COM 2000 582 final, JO, 365 E/284, du 19 déc. 2000. Selon cette version, l’article 15§3
est alors rédigé comme suit : « Pour des raisons d’intérêt public communautaire, la Commission peut,
agissant d’office, soumettre des observations écrites ou orales aux juridictions des États membres au
sujet de procédures soulevant des questions d’application des articles 81 ou 82 du traité. Elle peut se
faire représenter par les autorités de concurrence des États membres. Celles-ci peuvent également, de
leur propre initiative, soumettre des observations écrites ou orales aux juridictions nationales de leur
État. À cette fin, la Commission et les autorités de concurrence des États membres peuvent demander
aux juridictions nationales de leur transmettre tout document nécessaire. ».
59. Comme l’illustrent les réserves contenues dans la proposition du Parlement amendant
totalement cette formulation de la Commission, in Proposition de règlement du Conseil relative à
la mise en œuvre des règles de concurrence prévues aux articles 81 et 82 du traité et modifiant les
règlements (CEE) n° 1017/68, (CEE) n° 2988/74, (CEE) n° 4056/86 et (CEE) n° 3975/87 (règlement
d’application des articles 81 et 82 du traité) COM (2000) 582-C5-0527/2000 - 2000/0243 (CNS),
Résolution législative du Parlement européen sur la proposition de règlement du Conseil relatif à
la mise en œuvre des règles de concurrence prévues aux articles 81 et 82 du traité et modifiant les
règlements (CEE) n° 1017/68, (CEE) n° 2988/74, (CEE) n° 4056/86 et (CEE) n° 3975/87 (règlement
d’application des articles 81 et 82 du traité) COM (2000) 582-C5-0527/2000 - 2000/0243 (CNS),
JOCE, 2002, n° C 72 E, p. 205.
60. La position du Parlement n’était toutefois pas la même que celle du Conseil économique
et social : Avis du Comité économique et social sur la « Proposition de règlement du Conseil relatif
à la mise en œuvre des règles de concurrence prévues aux articles 81 et 82 du traité et modifiant les
règlements (CEE) no 1017/68, (CEE) no 2988/74, (CEE) no 4056/86 et (CEE) no 3975/87 (« règlement
d’application des articles 81 et 82 du traité »), JOCE, 2001, n° C 155, p. 73.
61. V. développements infra.
62. Article 234 NCPC : « Les techniciens peuvent être récusés pour les mêmes causes que les
juges. S’il s’agit d’une personne morale, la récusation peut viser tant la personne morale elle-même que
la ou les personnes physiques agréées par le juge. La partie qui entend récuser le technicien doit le faire
devant le juge qui l’a commis ou devant le juge chargé du contrôle avant le début des opérations ou dès
la révélation de la cause de la récusation. Si le technicien s’estime récusable, il doit immédiatement le
déclarer au juge qui l’a commis ou au juge chargé du contrôle ».
propres à l’éclairer sur le litige qui lui est soumis (…) En effet, l’avis de l’amicus
curiae peut porter non seulement sur des questions de fait, mais encore sur des
questions de droit au contraire du constatant, du consultant ou de l’expert »63.
212. Il faut remarquer, à tout le moins, le décalage entre la façon dont les
textes envisagent le statut de « l’ami » de la cour et la façon dont la doctrine rend
compte de cette catégorie. Si les textes cantonnent le rôle de l’ami aux faits, la
doctrine estime pour sa part que sa mission peut autant s’attacher à la détermina-
tion de faits qu’à l’interprétation de la norme64. La Cour d’appel de Paris estime
quant à elle que l’audition de l’amicus curiae peut porter sur « toutes informations
propres à éclairer (le juge) dans sa recherche d’une solution du litige »65. La seule
obligation qui s’attache à la désignation de « l’ami » est le respect du contradic-
toire et celui du droit de la défense66 : le juge a l’obligation de transmettre aux
parties les observations de l’ami67.
213. Pourtant, le règlement 1/2003 confère au terme d’amicus curiae une
signification radicalement différente. Une première divergence vient de ce que
l’initiative d’inviter ou pas l’ami n’appartient pas au juge. L’article 15§3 énonce
que la Commission peut, par écrit, même si les juridictions n’en font pas la
demande expresse, soumettre son avis sur l’interprétation qu’il y a lieu de donner
aux articles 101 et 102 TFUE. Cette initiative est possible à partir du moment
où l’application « cohérente » de ces dispositions l’exige. En ce sens, le choix du
terme amicus curiae n’est pas neutre puisqu’il réfère faussement aux rapports
antérieurs entre les juridictions nationales et de la Commission qui existaient sous
68. Communication de la Commission (CE) n° 93/C 39/05, JOCE 13 févr. 1993, p. 6, pts. 36-39 :
« Si ces indications générales ne suffisent pas, les juridictions nationales ont la possibilité, dans les limites
de leur droit national de procédure, de s’adresser à la Commission, et notamment à sa direction générale
de la concurrence, afin de demander les informations suivantes. Il s’agit en premier lieu de renseignements
d’ordre procédural qui permettent de savoir si une certaine affaire est pendante devant la Commission,
si une affaire a fait l’objet d’une notification, si la Commission a officiellement engagé la procédure ou
si elle s’est déjà prononcée par une décision officielle ou par le biais d’une lettre administrative de ses
services. En cas de besoin, les juridictions nationales peuvent également demander à la Commission un
avis sur les délais probables de l’octroi ou du refus d’une exemption individuelle pour les accords ou les
pratiques notifiés, en vue de déterminer les conditions d’une éventuelle décision de sursis à statuer ou la
nécessité d’adopter des mesures provisoires. La Commission s’efforcera, pour sa part, de traiter de façon
prioritaire les affaires qui font l’objet de procédures nationales ainsi suspendues, notamment lorsque
l’issue d’un litige civil en dépend. Ensuite, les juridictions nationales peuvent consulter la Commission
sur des questions juridiques. Lorsque l’application de l’article 85 paragraphe 1 et de l’article 86 du traité
CEE leur cause des difficultés particulières, elles ont la possibilité de consulter la Commission sur sa
pratique établie concernant le droit communautaire en cause. Pour ce qui concerne les articles 85 et 86,
il s’agit notamment des conditions d’application de ces articles relatives à l’affectation du commerce
entre États membres et au caractère sensible de la restriction de la concurrence résultant des pratiques
énumérées dans ces dispositions. Dans ses réponses, la Commission n’aborde pas le fond de l’affaire. En
outre, lorsqu’elles éprouvent des doutes sur la possibilité qu’une entente litigieuse puisse bénéficier d’une
exemption individuelle, elles peuvent demander à la Commission de leur communiquer un avis provisoire.
Si la Commission répond qu’une exemption est improbable dans le cas d’espèce, les juridictions nationales
pourront renoncer au sursis à statuer et se prononcer sur la validité de l’entente. Les réponses données
par la Commission ne lient pas les juridictions qui les ont demandées. Dans ces réponses, la Commission
précise que sa position n’est pas définitive et que le droit de la juridiction nationale de saisir la Cour de
justice, conformément à l’article 177 du traité CEE, n’est aucunement affecté. Cependant, la Commission
estime que ces réponses peuvent fournir une aide utile pour la résolution des litiges. Enfin, les juridictions
nationales peuvent se renseigner auprès de la Commission pour ce qui concerne les données factuelles :
statistiques, études de marché et analyses économiques. La Commission s’efforcera de communiquer
ces données, dans les limites précisées au paragraphe 41, ou indiquera la source où ces données peuvent
être obtenues ».
69. Rappelons que l’article 15§3 dipose : « Les autorités de concurrence des États membres, agis-
sant d’office, peuvent soumettre des observations écrites aux juridictions de leur État membre respectif
au sujet de l’article 81 ou 82 du traité. Avec l’autorisation de la juridiction en question, elles peuvent
aussi présenter des observations orales. Lorsque l’application cohérente de l’article 81 ou 82 du traité
l’exige, la Commission, agissant d’office, peut soumettre des observations écrites aux juridictions des
États membres. Avec l’autorisation de la juridiction en question, elle peut aussi présenter des observa-
tions orales. ».
lie pas le juge national. En conséquence, il n’y a pas lieu de craindre pour l’indé-
pendance des juridictions. La Cour ajoute au demeurant que la Commission,
lorsqu’elle agit d’office, n’est pas partie au litige. Elle se borne simplement, en
tant que gardienne de la « cohérence » du droit européen, à formuler des obser-
vations nécessaires à cette entreprise. Cette lecture des choses n’est pas exclusive
comme on se propose de le voir. Le contentieux autour de l’article 15§3 n’est,
en effet, pas prêt de s’arrêter : récemment, une Cour d’appel Belge a posé à titre
préjudiciel un certain nombre de questions délicates. Notamment, elle demande
à la Cour si une autorité de concurrence est habilitée à être partie à un litige
mettant en cause la légalité d’une décision de cette même autorité, prise dans le
cadre de l’application des articles 101 et 102 TFUE73.
220. La Cour répond par l’affirmative. L’autorité de concurrence est quali-
fiée de « partie défenderesse à une procédure dirigée contre la décision dont cette
autorité est l’auteur »74. Si elle s’inspire des conclusions de son avocat général,
la Cour n’a pas confirmé l’argumentation selon laquelle les autorités natio-
nales seraient parties à un litige, y compris lorsque l’application cohérente des
articles 101 et 102 l’exigerait. En effet, les difficultés générées par l’interprétation
de l’article 15 sont loin d’être aplanies. Outre celles du paragraphe 3, l’interpré-
tation du paragraphe 1 soulève d’autres difficultés, celles-là relatives à l’accès
aux documents de la Commission et des autorités nationales dans l’introduction
d’actions en réparation concurrentielle devant le juge75.
c) Quelle(s) justification(s) pour le mécanisme d’intervention d’office
221. Un regard d’ensemble des mécanismes du règlement 1/2003 qui ont
été exposés jusqu’ici montrent que l’avis rendu par la Commission dans le cadre
d’une intervention d’office a tout intérêt à être entendu. Ce, d’autant que l’arrêt
précédent renforce la légitimité de la Commission dans son rôle de cohésion.
Des risques d’antinomie entre normes européennes et nationales en découlent
inévitablement. Dans sa décision du 22 juillet 1980, Loi portant validation d’actes
administratifs, le Conseil constitutionnel a érigé l’indépendance des juridictions
en principe fondamental reconnu par les lois de la République76. Si l’on admet
73. Les conclusions Mengozzi s’orientent vers la reconnaissance d’une telle intervention dans
le cadre de litiges. Plus encore, elles reconnaissent aux autorités nationales le droit d’être parties dans
des litiges lorsque la légalité de leurs décisions fait l’objet de litige d’une part, et, d’autre part, lorsque
l’application cohérente des articles 101 et 102 TFUE l’exige. Ce qui confirme que les autorités natio-
nales de la concurrence sont le relai de la Commission dans le contrôle de l’application cohérente du
droit de la concurrence : Conclusions P. Mengozi, du 25 mars 2010, sous aff. VEBIC, aff. C-439/08.
74. CJUE, 7 déc. 2010, VEBIC VZW, aff. C-439/08, pt. 59, note L. Idot, Europe, n° 2, 2011,
p. 35 ; note G. Decoq, CCC, n° 2, 2011, p. 24-25 ; note M. Aubert, E. Broussy, et. al, AJDA, 2011,
n° 5, p. 272-273.
75. V. par ex en droit national : T. com Paris, 15e ch., 24 août 2011, SAS Ma liste de courses,
n° 2011014911 ; T. com Paris, 1ère chbre, 8 nov. 2011, SAS Outremer Telecom c. SA Orange Caraïbe,
n° 2010073867. En droit communautaire : CJUE, 29 juin 2010, Technische Glaswerke Ilmenau GmbH,
aff. C139/07 ; CJUE, 14 juin 2011, Pfleiderer AG c. Bundeskartellamt, aff. C-360/09. L. IDOT, « Le
règlement n° 1049/2001 doit-il s’appliquer aux « procédures de concurrence » ? À propos des affaires
Technische Glaswerke Ilmenau, Odile Jacob et Agrofert », Europe, n° 10, 2010, étude n° 11 ; S. PIE-
TRINI, L’action collective en droit des pratiques anticoncurrentielles. Perspective nationale, européenne
et internationale, Thèse, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, 2010, § 557-585.
76. Décision n° 80-119 DC, 22 juil. 1980, Loi portant validation des actes administratifs, cons 6 :
« Considérant qu’il résulte des dispositions de l’article 64 de la Constitution en ce qui concerne l’autorité
judiciaire et des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République en ce qui concerne, depuis
la loi du 24 mai 1872, la juridiction administrative, que l’indépendance des juridictions est garantie ainsi
que le caractère spécifique de leurs fonctions sur lesquelles ne peuvent empiéter ni le législateur ni le Gou-
vernement ; qu’ainsi, il n’appartient ni au législateur ni au Gouvernement de censurer les décisions des juri-
dictions, d’adresser à celles-ci des injonctions et de se substituer à elles dans le jugement des litiges relevant
de leur compétence ». Cette question de l’indépendance des juges nationaux aurait pu être abordée de
façon incidente lors d’une question prioritaire de constitutionnalité posée sur la conformité du règlement
1/2003 à la constitution : Cass, 18 juin 2010, n° 09-72.9657. En l’espèce, c’est la légalité de l’intervention
de l’Autorité de la concurrence au regard des règles du procès équitable qui était mise en cause.
77. La signification vague du terme « ordre public » impose de prendre un certain nombre
de précautions d’ordre terminologiques. Pour la suite de notre propos, on utilisera le terme par
comparaison aux prérogatives dont dispose en droit pénal le ministère public devant les juridictions
civiles ou commerciales : P. DEUMIER, T. REVET, « L’ordre public », in D. ALLAND, S. RIALS,
Dictionnaire de la culture juridique, PUF/ LAMY, 2003, p. 1119-1122.
78. Pour une illustration de ce que les juges nationaux ont pour tâche de veiller à l’applica-
tion du droit de la concurrence : CJCE, 7 juin 1983, Musique Diffusion française e.a. c/ Commission,
aff. C-100/80 à 103/80, Rec. p. 1825, pt. 105 ; CJCE, 7 juin 2007, Britannia Alloys & Chemicals/
Commission, aff. C-76/06 P, Rec. p. I-4405, pt. 22.
79. Rappelons une nouvelle fois, que le contentieux « objectif » désigne la mission de protec-
tion du marché qu’assure l’autorité administrative. À l’inverse, on parle de contentieux « subjectif »
pour désigner les droits subjectifs dont les requérants peuvent se prévaloir devant le juge notamment
en matière de réparation.
80. Pour un argument similaire : E. CLAUDEL, « Faciliter l’établissement des conditions de
responsabilité », in Concurrences, n° 2/2009, colloque, Livre blanc sur les actions en dommages et
intérêts, p. 28-36 ; M. CHAGNY, « Faut-il prendre en compte les objectifs du droit de la concurrence
dans les actions en dommages-intérêts ?, Rev. Lamy. Dr. aff, janv. 2007, p. 96.
81. Art. 40-1 du Code de procédure pénale : « Lorsqu’il estime que les faits qui ont été portés
à sa connaissance en application des dispositions de l’article 40 constituent une infraction commise par
une personne dont l’identité et le domicile sont connus et pour laquelle aucune disposition légale ne fait
obstacle à la mise en mouvement de l’action publique, le procureur de la République territorialement
compétent décide s’il est opportun : soit d’engager des poursuites ; soit de mettre en œuvre une procédure
alternative aux poursuites en application des dispositions des articles 41-1 ou 41-2 ; soit de classer sans
suite la procédure dès lors que les circonstances particulières liées à la commission des faits le justifient ».
82. Sauf l’hypothèse selon laquelle « le criminel tient le civil en l’état » : articles 3 et 4 du Code
procédure pénale.
83. Articles L 424 à 429 NCPC.
84. Règlement 1/2003, op. cit, cons. 14, 21, 35, art. 10. Cette justification est défendue par
exemple par l’avocat Mengozzi dans ses conclusions sous l’arrêt VEBIC c/ Raad voor de Medeinging,
Minister van Economie, aff. C-439/08, du 25 mars 2010 non encore délibéré.
85. R. CHAPUS, Droit administratif général, 15e éd. Montchrestien, 2001, p. 697-700.
86. CA Paris, 1ère chbre, sect. H, 17 mars, 1998, Syndicat des pharmaciens de l’Aveyron ;
Déc. n° 04-D-21 du 17 juin 2004, relative à des pratiques mises en œuvre sur le marché des pompes
funèbres de la région grenobloise. La chambre criminelle de la Cour de cassation est allée dans le
même sens à propos des observations présentées par le Ministre de l’économie et des finances : Cass.
crim, 22 oct. 2003, n° 02-83.372.
87. CJCE, 31 mai 2005, SYFAIT e.a c/GlaxoSmithKline plc, aff. C-53/03, Rec. 2005, p. I-4609,
obs. E. Barbier De La Serre, « Les autorités nationales de concurrence et le renvoi préjudiciel : les
enseignements ambigus de l’arrêt Syfait », RLC, 2005/4, n° 299 ; note L. Idot, « Coopération entre
les ANC et le juge communautaire », Europe, 2005, comm. n° 256 ; obs. M. Waelbroeck, H. Tagaras,
« Les autorités nationales de concurrence et l’article 234 du traité : un étrange arrêt de la Cour de
justice », CDE, 2005, n° 3-4, p. 465-492.
88. La jurisprudence Master foods vient nuancer ce point : CJCE, 14 déc. 2000, Masterfoods et
HB c/ Commission, aff. C-344/98, Rec. 2000, p. I-11369, note J-C. Fourgoux, D, 2001, p. 1864-1867 ;
note L. Idot, Europe, févr. 2001, comm. n° 63, p. 22-23 ; note J. Vialens, Gaz. Pal, 2002, p. 179-180.
Il faut ajouter à ces observations qu’il semble parfois difficile d’identifier, au sein du contentieux
national de la concurrence, un titulaire unique du pouvoir de police économique V., par ex, CA Paris,
24 mai 2005, SARL Digitechnic, BOCCRF, n° 8, 20 sept. 2005, p. 643 ; CA Paris, 25 févr. 2055, JC
DECAUX, BOCCRF, n °6, 23 juin 2005, p. 481 ; CA Paris, 25 janv. 2005, EFS, n° 2004/13142 ; CA
Paris, 11 janv. 2005, assoc. ACP, BOCCRF, n° 6, du 23 juin 2005, p. 472 ; CA Paris, 11 janv. 2005,
MEF c/ 9 Telecom Réseau, BOCCRF, n° 6, du 23 juin 2005 ; CA Paris, 16 nov. 2004, Sté Tuyau Bonna
Sabla et autres, BOCCRF, n° 1, du 21 janv. 2005, p. 105. L’article L. 470-5 du Code de commerce
octroie ainsi la possibilité au Ministre de l’économie et des finances de déposer devant les juridictions
pénales ou civiles, des conclusions et de les développer oralement à l’audience et ce, même en matière
de pratiques anticoncurrentielles. La même autorité ministérielle peut, à l’occasion, produire devant
le juge des procès-verbaux ou des rapports d’enquête (CA Versailles, 30 sept. 2004, SAS Interbrew
France c/ SA Boissons France, n° 01/07008). Mais le ministre de l’économie ne peut, à titre princi-
pal, intenter aucune action. Son intervention dans le litige reste conditionnée par l’existence d’une
instance déjà ouverte.
89. Conformément à l’article L. 420-7 du Code de commerce, cette désignation s’opère par
décret en Conseil d’État Décret n° 2005-1756 du 30 déc. 2005, art. 4.
90. Articles R 420-3 à R 420-5 du Code de commerce. De façon exhaustive, voici la liste des
juridictions habilitées à appliquer les dispositions relatives aux pratiques anticoncurrentielles : Mar-
seille pour le ressort des cours d’appel d’Aix-en-Provence, Bastia, Montpellier, Nîmes ; Bordeaux
pour le ressort des cours d’appel d’Agen, Bordeaux, Limoges, Pau, Toulouse ; Lille pour le ressort des
cours d’appel d’Amiens, Douai, Reims, Rouen ; Lyon pour le ressort des cours d’appel de Chambéry,
Grenoble, Lyon, Riom ; Nancy pour le ressort des cours d’appel de Besançon, Colmar, Dijon, Metz,
Nancy ; Rennes pour le ressort des cours d’appel d’Angers, Caen, Poitiers et Tribunal de grande
instance et le tribunal mixte de commerce de Fort-de-France pour le ressort des cours d’appel de
Basse-Terre et de Fort-de-France. Pour un point de vue sur cette nouvelle organisation contentieuse,
v., E. CLAUDEL, « Enfin l’avènement de tribunaux spécialisés en droit de la concurrence ! », RTD-
Com, 2006-2, p. 332 ; L. IDOT, « Nouvel épisode de l’adaptation du droit français au règlement
1/2003 : convergence confirmée, mais surtout centralisation surprenante ! », Europe, févr. 2006, p. 2 ;
V. MICHEL-AMSELLEM, « Spécialisation des juridictions en matière de concurrence : un décret
du 30 décembre 2005 limite et spécialise les tribunaux judiciaires et commerciaux pour connaître des
affaires de concurrence », Concurrences, n° 1/2006, p. 185.
91. En plus deconnaître des recours administratifs exercés à l’encontre des décisions de l’Auto-
rité de la concurrence, la Cour d’appel de Paris se voit attribuer l’ensemble des recours en dom-
mages et intérêts devant les juridictions nationales. Nombre d’auteurs ont déjà discuté de la nature
des recours portés devant cette juridiction, v., P. DELVOLVE, « La Cour d’appel de Paris, juridic-
tion administrative », in Mélanges en l’honneur de J-M Auby, Dalloz, 1992, p. 47-70 ; J-J. ISRAËL,
« Contentieux administratif et contentieux de la concurrence », in Mélanges en l’honneur de R. Cha-
pus, Montchrestrien, 1992, p. 315-332 ; D. TRUCHET, « Le mythe de l’unification du contentieux de
la concurrence », in Mélanges en l’honneur de B. Jeanneau, Dalloz 2002, p. 539-553.
92. Avis du 21 sept. 2006 relatif à l’introduction de l’action de groupe en matière de pratiques
anticoncurrentielles, pts. 43-47. Les programmes de formation des juges européens aux règles de
concurrence vont dans le même sens. Tel est le cas du programme de la « Haye » : (Communication
de la Commission européenne au Parlement européen et au Conseil sur la formation judiciaire dans
l’Union européenne, du 29 juin 2006, (COM) 2006, 365 final, p. 1-10. Pour un débat sur ce thème,
v., le n° spécial de la Gazette du Palais, Pour une justice efficiente en Europe, Gaz. Pal, 20 et 21 août
2008, p. 3-63. Dans la même veine, des conventions sont signées, qui instituent des « réseaux » de juges
chargés de mettre en application le droit de la concurrence. Le ministère de la Justice a par exemple
signé le 30 mars 2006, une convention de formation avec le Réseau européen de formation judiciaire
(REFJ) association à but non lucratif dont l’objectif est de renforcer la formation des magistrats
nationaux en droit européen : BOMJ, n° 102, NOR : JUSB0610267C, p. 1-4.
93. Développements Section 2, infra.
94. M. Van der WOUDE, « The modernization paradox : controlled decentralisation », paper
to a seminar on Europeanisation of National Systems, International Bar Association, Brussels, 2003.
95. Ce dont témoigne un recent arrêt de principe dans lequel la Cour consacre le monopole
de la Commission sur l’interprétation négative de l’article 102 au détriment des autorités nationales
de la concurrence : CJUE, 3 mai 2011, Tele2 Polska, aff. C-375/09.
96. S. WILKS, « The european competition network : what has changed ? », Paper presented
at the European Studies Association Conference, Montreal, 17-19 may, 2007, 26 p.
97. Par ex, G. CANIVET, « Les réseaux de juges au sein de l’Union européenne. Raisons,
nécessités et réalisation », in Internormativité et réseaux d’autorités : l’ordre communautaire et les
nouvelles formes de relations entre les ordres juridiques, Colloque Toulouse, 24 oct. 2003, LPA, 5 oct.
2004, n° 119-200, p. 45 ; G. CANIVET, « L’organisation des juridicitions nationales pour l’applica-
tion du droit communautaire de la concurrence », RLC, n° 2, 2005, p. 116.
SECTION 2
LES CONTRAINTES DANS LA MISE EN ŒUVRE
DU RÈGLEMENT 1/2003 : LE CAS FRANÇAIS
102. J. RIFFAULT-SILK, « La vision d’un juge français », op. cit, p. 135-140 ; C. LUCAS De LES-
SAC, « La réparation du dommage à l’économie », RCC, 1995, p. 67 ; F. POLLAUD DULIAN, « De
quelques avatars de l’action en responsabilité civile dans le droit des affaires », RTDCom, 1997, p. 349 ;
J-C. FOURGOUX, « La réparation du préjudice des victimes de pratiques anticoncurrentielles », JCP
E, 1999, p. 2005 ; N. DORANDIEU, Le dommage concurrentiel, PUP, 2000 ; M. CHAGNY, « Vues plu-
rielles sur le contentieux des dommages concurrentiels », RLC, 2005/5, n° 390 ; L. ORITZ BLANCO,
EC Competition Procedure, Oxford univ Press, 2006, p. 40 ; M. CHAGNY, « La place des dommages
et intérêts dans le contentieux des pratiques anticoncurrentielles », RLC, 2005, p. 186.
103. Pour une discussion de la responsabilité en matière de pratiques anticoncurrentielles :
E. CLAUDEL, Ententes anticoncurrentielles et droit des contrats, Thèse, ronéo, Paris X, 1994 ;
C. LUCAS De LESSAC, G. PARLEANI, « L’atteinte à la concurrence, cause de la nullité du
contrat », in Etudes offertes à J. Ghestin, Le contrat au début du XXIe siècle, LGDJ, 2001, p. 601 ;
M. CHAGNY, « La nullité des contrats conclus en violation des règles de concurrence », in C. NOU-
RISSAT, R. WTTERWULGHE (dir.), Le nouveau règlement d’application du droit communautaire de
la concurrence, op. cit, p. 63.
104. D. FASQUELLE, « La réparation des dommages causés par les pratiques anticoncur-
rentielles », RTDCom, 1998, n° 4, p. 763-794 ; D. FASQUELLE, « Des dommages et intérêts en
matière concurrentielle », RCC, 2000, n° 115, p. 14-24 ; M. NUSSENBAUM, « Le rôle de l’expert
économique », RJCom, nov. 2002, p. 112-128 ; M. NUSSENBAUM, « Les difficultés de l’expertise en
matière de pratiques anticoncurrentielles », LPA, n° 14, 20 janv. 2005, p. 37-45 ; S. POILLOT PERU-
ZZETO, « Le juge de droit commun, juge de la concurrence : réalité des obstacles et adéquation des
pouvoirs », in Les entreprises face au nouveau droit des pratiques anticoncurrentielle : le règlement
1/2003 modifie-t-il les stratégies contentieuses ? Bruylant, 2006, p. 103-133. V. en ce sens : CA, Paris,
13 avr. 2005, SA Concurrence c/ SA JVC France, n° 03/05939 ; N. DORANDIEU, Le dommage
anticoncurrentiel, op. cit ; J. RIFFAULT-SILK, « Les actions privées en droit de la concurrence :
obstacles de procédure et de fond », RLC, janv. n° 6, 2006, p. 84.
105. Cass. com 1er mars 1982, Bull. civ IV, n° 76 ; Tcom. Paris, 22 oct. 1996, CCC, 2000, n° 115,
p. 25 ; CA Paris, 28 juin 2002, n° 00-10676, 25e ch. A, SARL Philippe Streiff Motorsport c/ Sté Speedy
France SAS, note, E. Claudel, « Conséquences d’une pratique anticoncurrentielle : ou la difficulté de
chiffrer le préjudice réparable », RTDCom, p. 77. Sur la difficulté d’une telle demonstration v. aussi :
M-C. BOUTARD-LABARDE, G. CANIVET, et. al, L’application en France du droit des pratiques
anticoncurrentielles, LGDJ, 2008, p. 586-606.
106. Cass. com, 12 juil. 2011, Sté Lafarge ciment et Vicat, n° 10-17482 et 10-17791C. Le BERRE,
Le raisonnement économique en droit de la concurrence, Thèse Paris X, 2006, p. 509-521 ; D. BELOT,
« L’évaluation du préjudice économique », RLC, 2007, p. 1681.
107. Cass. com, 12 juil. 2011, Sté Lafarge ciment Vicat, op. cit, note J. Philppe, M. Trabucchi,
Gaz. Pal, n° 259 à 260, sept. 2011, p. 7. Pour une autre illustration de cette difficulté : CA Paris,
30 juin 2011, Sté Orange France, n° 2010/12049.
seule quantification du dommage suppose de modéliser une situation qui lui est
antérieure ; on sait devant quelles difficultés se heurtent parfois de telles modé-
lisations hypothétiques du fonctionnement des marchés108. Dans la mesure où la
charge de la preuve repose sur l’entreprise qui allègue un préjudice, il faut que
cette entreprise en fasse la démonstration.
235. Ces différentes étapes nécessitent un appareil inquisitoire très poussé
dont ne disposent pas, à l’inverse des autorités de la concurrence, les parties. Ces
dernières doivent en effet convaincre le juge d’accéder à tel ou tel documents ou
preuves potentielles109. Et dans l’hypothèse où ce premier écueil serait surmonté,
une seconde étape consiste, pour l’entreprise, à convaincre du lien de causalité
entre la faute et le dommage dont la démonstration se solde généralement par le
recours à un expert110. Ici, c’est la technicité grandissante du droit de la concur-
rence qui se retourne contre sa vulgarisation111 : s’offrir les services d’experts
économiques coûte cher pour un résultat qui est loin d’être certain112.
236. Il ne faut pas oublier non plus devant le juge que ce sont les parties
qui font l’instance : elles apportent les preuves de leurs allégations. Toutes les
entreprises ne peuvent s’offrir les services d’un expert économique113 ; et l’on
peut gager qu’entre les mécanismes classiques de la responsabilité et le droit de
l’Union, la première possibilité fait l’économie de frais de procédure très élevés114.
108. Comme l’illustrent les débats autour de l’évaluation des sanctions infligées par l’Autorité à
un certain nombre de sociétés où la Cour d’appel ignore les argumentaires économiques présentés par
les parties : CA Paris, 19 juin 2007, Sté Philips France, Sté Sony, Sté Panasonic, BOCCRF, n° 6, 2007,
p. 1005-1010, note E. Claudel, Concurrences, n° 3, 2007, p. 83-84 ; Cass. com, 7 avr. 2010, Orange, n° s
09-12.984, 09-13.163 et 09-65.940 ; G. CANIVET, L. VOGEL, « Le dommage à l’économie, critère
d’évaluation de l’amende en droit français de la concurrence », RJDA, n° 8-9, 1993, p. 599-603 ;
M. NUSSENBAUM, « Les difficultés de l’expertise en matière de pratiques anticoncurrentielles »,
LPA, n° 14, 20 janv. 2005, op. cit ; M. COUSIN, « Chère transparence… Réflexions sur le communi-
qué de l’AdlC relatif à la méthode de détermination des sanctions pécunaires », Rev. Lamy. Dr. aff.,
juil- août, 2011, p. 41-51 ; G. De MUIZON, « mais pourquoi l’Autorité de la concurrence refuse-t-elle
de mobiliser les outils de la théorie économique dans la détermination des sanctions pécuniaires ? »,
Rev. Lamy. Dr. aff, op. cit, p. 47-51.
109. D. FASQUELLE, « Des dommages et intérêts en matière concurrentielle », op. cit.
110. Ou, à défaut, en sollicitant les services de l’autorité de la concurrence : par ex, T. Com
Nanterre, ord, 28 avr et 30 juin 2005, BP France/Shell Butagaz.
111. M. MALAURIE-VIGNAL, « L’hyper-technicité et la proximité du droit », CCC, févr.
2006, Repères 2, p. 1. Lignes directrices concernant l’application de l’article 81§3 du traité, JOUE,
n° C 101, 27 avr. 2004, p. 97 ; L. IDOT, « La qualification de la restriction à la concurrence : à propos
des lignes directrices de la Commission concernant l’application de l’article 81, paragraphe 3 », in La
modernisation du droit de la concurrence, LGDJ, 2006, p. 85 ; R. WTTERWULGHE, « Réflexions
à propos de la décentralisation du droit communautaire de la concurrence », op. cit, spéc. p. 17-19 ;
C. BRUNET, « Le statut du plaigant après la réforme du droit communautaire de la concurrence.
Etude à partir des exemples français et communautaire », in C. NOURISSAT, R. WTTERWULGHE
(dir.), Le nouveau règlement d’application du droit communautaire de la concurrence : un défi pour les
juridictions françaises, Dalloz, 2004, p. 117.
112. Ainsi, il a été jugé que la production d’un rapport de synthèse de la DGCCRF signé par
un fonctionnaire de la DDCCRF à l’appui d’une violation de l’article L. 420-1 Ccom, ne constitue
pas un moyen de preuve suffisant d’une pratique anticoncurrentielle : CA Versailles, 29 janv. 2004,
SAS O’DYLIA c/ SAS YVES SAINT-LAURENT PARFUMS, n° 02/02854.
113. L’une des rares affaires illustrant de telles affirmations est celle jugée par la Cour d’appel
de Paris le 30 sept. 1998, SA Mors c/ LABINAl, 1ère chbre, sect. A, n° 374, p. 1-19.
114. En effet, rares sont les décisions qui font application de la responsabilité résultant d’un
dommage anticoncurrentiel. Pour un arrêt récent : T. corr. Rouen, 11 sept. 2008, Travaux Routiers en
Seine-Maritime, Textes officiels du moniteur, n° 5474 du 24 oct. 2008, obs. C. Lemaire, Concurrences,
n° 1, 2009, p. 192-193 ; CA Montpellier, 23 sept. 2003, 2e ch, section A, Sté Montpellier diffuseur
presse ; Cass. com, 4 févr. 1970, GNA, n° 68-13303, bull. n° 44 ; Cass. com, 18 févr. 1970, Sté Leduc
c/ EDF, n° 68-11986, bull. n° 66, p. 63 ; Cass. com, 27 avr. 1971, Total c/ Fortier, n° 69-12939, bull. IV,
n° 85, p. 79. Pour une discussion de ce thème : S. AMARANI MEKKI, « Inciter les actions en
dommages et intérêt en droit de la concurrence : le point de vue d’un processualiste », in Colloque
Actions en dommages et intérêt : le livre blanc, Concurrences, n° 2, 2009, p. 11-22 ; Y. GAUDEMET,
« Au-delà du livre blanc sur les actions en dommages et intérêt pour infraction aux règles commu-
nautaires sur les ententes et les abus de position dominante : spécificités nationales », Concurrences,
n° 2, 2009, p. 45-48 ; H. MATSOPOLOU, « L’exercice de l’action civile devant le juge répressif en
matière d’entente », RLC, 2008, n° 14.
115. J-L. LESQUINS, « L’établissement des pratiques anticoncurrentielles lors du procès
civil », LPA, 20 janv. 2005, p. 17-22.
116. À titre d’exemple récent, un arrêt récent du Tribunal de commerce de Paris enjoint à
l’Autorité de la concurrence de lui fournir les documents nécessaires à l’appréciation d’une action
en responsabilité du fait de pratiques anticoncurrentielles : T. Com Paris, 15e ch., 11 mars 2011, Ma
Liste de Course, n° 2011014911.
117. Livre blanc les actions en dommages et intérêts pour infraction aux règles communautaires
sur les ententes et les abus de position dominante, Bruxelles, 2 avr. 2008, COM (2008) 165 final ; livre
vert du 19 déc. 2005 sur les actions en dommages et intérêts pour infraction aux règles communau-
taires sur les ententes et les abus de position dominante, COM (2005) 672 final, p. 1-13 ; Quantifying
antitrust damages. Toward non-binding guidance for courts, in http://ec.europa.eu/competition/anti-
trust/actionsdamages/quantification_study.pdf.
118. J-L. FOURGOUX, « Le livre blanc : volontariste en théorie, limité en pratique ? » Concur-
rences, n° 2, 2009, p. 37-40.
119. Et pour cause. Il faudrait que les parties convainquent le juge d’user de nombreux moyens
procéduraux (communication forcée de pièces à la défense, mandater des expertises afin d’une part de
qualifier les faits et, d’autre part, d’évaluer les dommages et intérêts). Pour une analyse de la question,
v., L. IDOT, « La plainte en droit de la concurrence. Opposition ou convergence des systèmes français
et communautaires ? », in Mélanges en l’honneur de L. Boyer, PUSST, 1996, p. 255 ; J. SIMON, « Le
point de vue des entreprises », in Colloque Actions en dommages et intérêt : à propos du livre blanc,
Concurrences, n° 2, 2009, p. 23-24.
120. Cass. com, 1er mars 1982, Bull. Civ, IV, n° 76, p. 69 ; Cass. com, 4 févr. 1970, GNA, n° 68-13303,
bull. n° 44 ; Cass. com, 18 févr. 1970, Sté Leduc c/ EDF, n° 68-11986, bull. n° 66, p. 63 ; Cass. com,
27 avr. 1971, Total c/ Fortier, n° 69-12939, bull. IV, n° 85, p. 79. Récemment encore, un jugement
correctionnel du Tribunal de grande instance de Rouen indemnise, sur le fondement de l’article 2 du
Code de procédure pénale, le Conseil général de Seine Maritime, partie civile au litige, du préjudice
résultant d’entente commises par des entreprises dans le secteur des travaux routiers : T. corr. Rouen,
11 sept. 2008, op. cit.
121. CAA, Paris, 22 avr. 2004, CMP, 2004, comm. n° 8-9, note G. Eckert.
122. CE, 19 déc. 2007, Sté Campenon Bernard e.a, req n° 268918, 269280 et 269293 ; J. HAU-
TECLOQUE, N. CHARBIT, « L’action en indemnité des victimes de pratiques anticoncurren-
tielles », D. aff, n° 168, 1999, p. 1064.
123. À titre illustratif, v. sur la difficulté d’apporter la preuve d’une exemption : Cass. com,
10 mai 2006, CAZORLA Sarl Montepellier diffusion presse, n° 0320.175 ; Cass. com, 6 déc. 2005,
Sté Usine Merger, Sté Giat industrie et autres, n° 05-10.929 ; CA Colmar, 1 avr. 2008, SARL JBEG,
n° 05/02931 ; sur la difficulté d’apporter la preuve d’un abus de position dominante : CA, Poitiers,
20 avr. 2008, Chbre civ, SNC Cholet France Enrobes, n° 03/1282. Pour un point de vue similaire :
J-S. SAVOURE, « La solitude des entreprises face aux incertitudes du droit des ententes », in
A. MOURE (dir.), Le nouveau droit communautaire de la concurrence. Les droits de la défense face
aux pouvoirs de la Commission européenne, Bruylant, 2004, p. 147.
124. On rappelle cet article est complété dans son versant réglementaire par l’article R. 420-3
et plus précisément par l’annexe 4-2. Il est rédigé comme suit : « Sans préjudice des articles L 420-6,
L. 462-8, L 463-1 à L 463-4, L 463-6, L 463-7 et L 464-1 à L 420-1 à L 464-8, les litiges relatifs à
l’application des règles contenues dans les articles L 420-1 à L 420-5 ainsi que dans les articles 81 et 82
du traité instituant la Communauté européenne et ceux dans lesquels ces dispositions sont invoquées sont
attribués, selon les cas et sous réserve des règles de partage de compétences entre les ordres de juridiction,
aux tribunaux de grande instance et aux tribunaux de commerce dont le siège et le ressort sont fixés par
décret en Conseil d’État. Ce décret détermine également le siège et le ressort de la ou les cours d’appel
appelées à connaître des décisions rendues par ces juridictions ». Pour une application récente de cette
disposition : T. Com Albi, Ord. 28 oct. 2009, SIAC SA c/ Renault SA, n° 2009-004773.
juges du fond pourtant considérés comme les acteurs principaux de cette vulga-
risation. L’exposé de quelques affaires parfois fort complexes, permet de mieux
s’imprégner de telles difficultés.
241. Voici l’exemple d’une entreprise requérante, CONCURRENCE qui
assigne devant le Tribunal de commerce de Nanterre, son fournisseur SONY125.
CONCURRENCE n’en est pas à son premier litige puisque, par six fois déjà, elle
a saisi l’Autorité de la concurrence entre 1999 et 2005, de plaintes à l’encontre de
SONY pour violation des articles L. 420-2 et L. 464-1 du Code de commerce126.
L’une des décisions avait fait l’objet d’un appel puis d’un pourvoi en cassation.
Respectivement, l’ensemble des griefs de CONCURRENCE a été rejeté par les
juges. Par suite, SONY, grossiste de CONCURRENCE, a rompu les relations
commerciales qu’il entretenait avec cette dernière. En réponse, CONCURRENCE
assigna SONY devant le Tribunal de commerce de Nanterre. Les moyens soulevés
alléguaient de la violation des articles L. 420-2 et L. 442-6 du Code de commerce.
242. Aux différents griefs adressés sur le fond par CONCURRENCE, SONY
oppose l’exception d’incompétence du tribunal de Nanterre à connaître du litige
d’espèce au regard des dispositions du décret du 30 décembre 2005 codifiées à
l’article L. 420-7. Rappelons, pour clarifier le propos, que cette disposition qui
énumère les juridictions habilitées à connaître de l’interprétation du droit des
pratiques anticoncurrentielles ne mentionne pas le Tribunal de commerce de Nan-
terre. Dans l’intermède qui précéda la clôture des débats, CONCURRENCE, par
des conclusions récapitulatives, réitéra sur le fond ses précédentes demandes en
prenant soin toutefois de substituer les moyens invoqués au départ : la violation
de l’article L. 420-2 du Code de commerce est substituée aux articles L. 442-5 et
L. 442-6 du Code de commerce.
243. Par un raisonnement audacieux, le Tribunal de commerce se déclare
néanmoins compétent pour interpréter l’article L. 420-2. Tout en rappelant les
dispositions de l’article L. 420-7, le Tribunal estime que : « (…) l’examen des
conditions de rupture par Sony de ses relations commerciales avec CONCUR-
RENCE comme celui des conditions de livraisons postérieures à la fin du préavis,
n’affectent qu’une relation bilatérale entre deux entreprises et relèvent de sa com-
pétence, les demandes complémentaires, dont certaines seraient éventuellement sus-
ceptibles de relever des articles L.420-1 et suivant du Code de commerce présentant
un caractère accessoire au regard du litige principal dont le Tribunal est saisi dans
le cadre d’une procédure à bref délai, il déboutera Sony de son incompétence et se
déclarera compétent. » Ainsi, c’est en vertu de l’adage selon lequel l’accessoire
125. Tcom. Nanterre, 22 juin 2007, 5e chbre, SA Sony c/ Concurrence, RG n° 2006 F04453,
p. 1-17.
126. Déc. 01-D-49 du 31 août 2001 relative à une demande de mesures conservatoires présentée
par la société Concurrence concernant Sony. Cette décision a fait l’objet d’un recours devant la Cour
d’appel de Paris : CA, 1er chbre, Section H., 9 avr. 2002, BOCCRF, n° 10 du 24 janv. 2002, puis d’un
pourvoi en cassation : Cass. com, 3 mars 2004, n° 02-14529, Bull. 2004, IV, n° 44, p. 43. L’arrêt fut
cassé partiellement et renvoyé devant la même chambre de la Cour d’appel de Paris statuant cette
fois-ci en formation solennelle : CA Paris, 1ère chbre, sect. H, 5 oct. 2004. La juridiction d’appel
rejeta les prétentions de la société CONCURRENCE ; Celle-ci se pourvu alors en cassation : Ccass.
6 déc. 2005, n° G-04-19320. La Haute juridiction se rallie aux juges du fond en rejetant à nouveau
les prétentions de la société requérante. Parallèlement la société CONCURRENCE a aussi saisi un
certain nombre de juridictions, tels que le TGI de Paris en 2005. Elle a par ailleurs, intenté une action
pénale et une procédure devant les juridictions arbitrales, toutes rejetées.
127. C. NOURISSAT, comm. sous T. Com. Nanterre, 5e ch., 22 juin 2007, RG n° 2006 F4453,
op. cit.
128. La justification fondée sur l’invocation de la pratique décisionnelle est loin d’être isolée : v.,
par ex, T Com. Paris, 13 mars 2008, SARL Turbo Europe c/ SA Automobiles Peugeot, SA Automobiles
Citroën et SAS Renault, RG n° 2006008432, note, B. Cheynel, comm. n° 10, RLC, 2008.
129. T. Com Nanterre, 11 mai 2006, ARKHOPHARMA c/ ROCHE, RG n° 2004 F02643.
130. T. Com Nanterre, 1er juin 2007, BIORGA c/ C& RF, RG n° 2005 F00945.
131. T. Com Nanterre, op. cit, p. 9.
132. T. Com. Versailles, 3 mars 2006, IDEXX LABORATOIRESc/ MANO Medical, RG
n° 2004 F06266.
133. T. Com. Versailles, 7 janv. 2004, IDEXX LABORATOIRES et autres c/ MANO Medical,
RG n° 2003R00795.
134. CA. Versailles, 16 juin 2004, IDEXX LABORATOIRES et autres c/ MANO Medical,
n° 04/02872.
135. T. Com. Versailles, 25 janv. 2006, IDEXX LABORATOIRES et autres c/ MANO Medical,
n° 2004 F06266 et 2005 F05555.
136. Voici de quelle manière la prétention fut formulée : « A supposer la preuve rapportée des
droits invoqués sur le logiciel VETTEST, il y aurait lieu de constater que la société IDEXX en a fait une
utilisation tout à fait anormale et abusive, puisque la production du logiciel a pour seul objectif d’assurer
le verrouillage du marché de la vente des plaquettes, sur laquelle IDEXX ne détient aucun droit exclusif.
La société IDEXX, au moins en France, est incontestablement en situation de position dominante sur le
marché de la fourniture des appareils de biochimie. Il s’agit d’une pratique considérée, par la Commission
de la concurrence, comme abusive ».
137. T. Com. Versailles, 22 sept. 2006, IDEXX LABORATOIRES c/ MANO Medical,
n° 2005 F05555.
138. CA Versailles, 24 mai 2007, IDEXX LABORATOIRES c/ MANO Medical, n° 07/01287.
139. CA Versailles, 6 févr. 2007, IDEXX LABORATOIRES c/ MANO Medical, n° 06/03390.
140. L’ordonnance indique : « (…) Qu’il y a donc lieu de déclarer irrecevable l’exception d’incom-
pétence soulevée par la société MANO Medical pour la première fois en cause d’appel, les premiers juges
n’ayant été saisis que d’une défense au fond (…) Considérant dès lors, que la demande formée par la
société MANO Medical au titre de l’article 15.2 du règlement 1/2003 et tendant à la transmission « du
ou des arrêts à intervenir est dépourvue de toute pertinence ».
141. De son côté, le litige transféré au Tribunal de commerce de Paris portant sur la violation
des articles 101 et 102 par les sociétés IDEXX, IDEXX-L et ORTHO CLINICAL a fait l’objet d’une
décision en date du 29 mai 2007. Le Tribunal n’a pas fait droit aux demandes des requérantes :
T. Com. Paris, 29 mai 2007, IDEXX LABORATOIRES c/ MANO Medical, n° 2006072651.
142. Cass. com, 9 nov. 2010, n° 10-10.937, P+B, note E. Barbier De La Serre : « Compétence
des juridictions spéciales : quand le principal suit l’accessoire », RLC, n° 27, 2011, p. 75-76.
143. V. http://ec.europa.eu/competition/elojade/antitrust/nationalcourts (consulté le 23 mars
2009).
greffe144. Ce qui veut dire que ce sont les parties qui ont pris l’initiative de notifier
l’affaire aux services de la Commission145.
262. D’autres espèces accréditent l’hypothèse d’une résistance des juges
nationaux quant aux mécanismes institués par le règlement 1/2003. S’agissant
de la conformité aux décisions de la Commission au regard de l’article 16 du
règlement 1/2003, on dénombre au moins un arrêt dans lequel la Cour d’appel
de Paris, juridiction par excellence du contentieux concurrentiel, s’est pronon-
cée dans un sens différent du règlement146. Qu’il soit rappelé à nouveau que cet
article fait obligation aux juridictions nationales de surseoir à statuer lorsque la
Commission européenne procède de façon parallèle, à une enquête portant sur
des faits similaires. En substance, le juge national ne doit pas prendre de décision
dans un sens différent de celles prises par la Commission147.
263. Un litige opposant le syndicat des professionnels européens de l’auto-
mobile (ci-après SPEA) au groupement des concessionnaires automobiles Peu-
geot (ci-après GCAP) avait été porté devant la Cour d’appel de Paris. Il était
reproché à l’intimée, en l’espèce le GCAP, d’avoir enfreint les articles L.420-1
et 101 TFUE. Saisie, l’Autorité de la concurrence avait rejeté la plainte par une
décision du 23 décembre 2003148. Un recours en réformation avait été introduit
devant la Cour d’appel de Paris à l’initiative du GCAP.
264. Informé d’une communication de grief à l’encontre de la société auto-
mobile Peugeot, le SPEA demande, conformément à l’article 16 du règlement
1/2003, qu’il soit sursis à statuer dans l’attente de la décision de la Commission
européenne. La Cour d’appel ne va pas faire droit aux prétentions de la requé-
rante. Elle admet certes que l’ouverture d’une procédure parallèle matérialisée
dans la communication des griefs est un acte dont peuvent se prévaloir les parties
et qui affecte la procédure suivie au plan national ; pour autant, la Cour estime
que la nature du litige dont elle est saisie diffère de l’enquête initiée en parallèle
par la Commission : tandis que la requête du SPEA vise à incriminer le réseau
de concessionnaires français de la société Peugeot, l’instruction de la Commis-
sion s’attache à examiner les relations de la société Peugeot avec son réseau de
concessionnaires allemands et néerlandais.
265. À l’argument de la différence d’objets, s’ajoute celui de la différence
de périodicités entre les deux litiges. Les faits introduits devant la Cour datent
de 1995, tandis que ceux examinés par la Commission datent des années 1999
et 2000. La juridiction d’appel en déduit que ces deux éléments justifient le refus de
surseoir à statuer en vertu de l’article 16 du règlement 1/2003. Cette interprétation
par la nature des biens ou des services contractuels, établis uniformément pour tous les distributeurs ou
réparateurs souhaitant adhérer au système de distribution, et appliqués d’une manière non discriminatoire
et ne limitant pas directement le nombre de distributeurs ou de réparateurs ».
162. Une question à titre préjudiciel vient d’être récemment posée sur le sujet par la Cour de
cassation à la Cour de Justice : Cass. com, 29 mars 2011, n° 10-12734.
163. J. VOGEL, « Vers un retour de la distribution automobile au droit commun des restrictions
verticales ? », Concurrences, n° 4, 2008, p. 64-69 ; L. IDOT, « Apperçu du nouveau régime des accords
verticaux », Europe, n° 7, 2010, p. 6-11.
164. Règlement (UE), n° 330/2010 du 20 avr. 2010 concernant l’application de l’article 101
paragraphe 3 TFUE à des catégories d’accords verticaux et des pratiques concertées, JOUE, n° L 102
du 23 avr. 2010 ; lignes directrices supplémentaires sur les restrictions verticales dans les accords de
vente et de réparation de véhicules automobiles et de distribution de pièces de rechange de véhicules
automobiles, 2010/C/138/05, JO, C 138/16 du 28 mai 2010, § 44. Pour une analyse de cette disposi-
tion : L. IDOT, « Aperçu du nouveau régime des accords verticaux », Europe, juil. 2010, étude n° 8.
165. L’article 4 du Code de Procédure Pénale est désormais libellé comme suit : « L’action civile
en réparation du dommage causé par l’infraction prévue par l’article 2 peut être exercée devant une juri-
diction civile, séparément de l’action publique. Toutefois, il est sursis au jugement de cette action tant
qu’il n’a pas été prononcé définitivement sur l’action publique lorsque celle-ci a été mise en mouvement.
La mise en mouvement de l’action publique n’impose pas la suspension du jugement des autres actions
exercées devant la juridiction civile, de quelque nature qu’elles soient, même si la décision à intervenir
au pénal est susceptible d’exercer, directement ou indirectement, une influence sur la solution du procès
en civil. ».
166. T. Com. Lyon, 15 sept. 2006, VALENCE Automobiles SA c/ TOYOTA France SAS, n° 2006
J812.
167. T. Com Lyon, op. cit.
168. CA Paris, 29 oct. 2009, Pierre Fabre Dermo Cosmétique, n° 2008/23812. Il est question dans
cette affaire de savoir si l’interdiction faite à certains distributeurs en matière de vente par internet
constituait une restriction de concurrence par l’objet ou si cette restriction pouvait être exemptée au
titre du §3 de l’article 101 TFUE ; d’autre part la Cour demande si cette restriction, bien que non
prévue par le règlement d’exemption 2790/1999, pouvait bénéficier de cette disposition.
§ 2. RÉSISTANCES IDÉOLOGIQUES
175. L’invocation à des fins dilatoires des articles 101 et 102 TFUE est susceptible de consti-
tuer une stratégie contentieuse efficace dans des litiges apparentés à la violation des règles de
concurrence. Les manœuvres de la société MANO Medical illustrent amplement cette hypothèse.
En introduisant un moyen de procédure par lequel elle demandait au Tribunal de commerce de
Versailles de joindre au sein d’un même litige la violation de pratiques déloyales à la violation de
pratiques anticoncurrentielles, l’intention de la requérante est manifestement de dessaisir tota-
lement la juridiction versaillaise de l’ensemble des actions qu’il lui était donné de connaître. Si,
comme ambitionnait de le faire MANO Medical, l’ensemble du litige avait été transféré à une
juridiction spécialisée, on peut supposer que l’établissement de la responsabilité de cette entreprise
aurait sans doute été plus difficile. Cela, pour une raison simple : l’examen simultané de pratiques
restrictives et de pratiques concurrentielles aurait sans doute conduit à une solution différente de
celle qui pouvait être dégagée sur le seul fondement de la violation de pratiques restrictives. De
fait, les chances de condamnation de MANO Medical n’en auraient été probablement que plus
réduites voire sensiblement diminuées. En cas d’infraction, l’amende infligée aux sociétés IDEXX
et IDEXX-L aurait certainement pu compenser la condamnation dont elle avait été victime en
matière de pratiques restrictives. La même stratégie s’observe dans d’autres arrêts : CA Paris,
8 juin 2005, n° 03/11305 ; CA Paris, 21 sept. 2005, SOCOVI Sté de Coiffure VICHYSSOISE
c/ J-L DAVID France, n° 03/13694 ; TGI Béthune, 4 avr. 2007, Sté Quaron c/ Sté Roquette Frères ;
CA Paris, 1er févr. 2008, 4e ch. G1 FAM c/Google, n° 06/13884; CA Nancy, 22 oct. 2008, S.A
SONEDIS, n° 2451/08.
176. Pour une analyse de cette question : C. LEMAIRE, D. BLANC, « Un nouvel essor des
relations entre le Conseil de la concurrence et les juridictions en droit de la concurrence », JCP E,
n° 45, 2006, p. 1879-1982.
177. B. MONTELS, « La violence économique, illustration du conflit entre droit commun des
contrats et droit de la concurrence », RTDCom, 2002, p. 417.
178. Par ex, CA Paris, 27 sept. 1977, D, 1978, p. 690, note H. Soleau ; CA Aix, 19 févr. 1988,
RTDCiv, 1989, obs. J. Mestre ; Cass. com, 30 mai 2000, D, 2001, obs. D. Mazeau, D, 200, p. 879 ;
obs. P-Y. Gautier, RTDCiv, 2000, p. 863 ; Cass. com, 15 janv. 2002 ; note P. Stroffel-Nunck, D, 2002,
p. 1974. Pour un apperçu des débats autour de la violence économique : F. PEROCHON, « Res-
ponsabilité et dépendance économique : tendances récentes en faveur des distributeurs », Cah. drt.
Ent, 1989, n° 4, p. 25 ; F. DREIFFUS-NETTER, « Droit de la concurrence et droit commun des
obligations », RTDCiv, 1990, p. 369 ; M. MALAURIE VIGNAL, « Droit de la concurrence et droit
des contrats », D, 1995, chron, p. 51 ; M. BEHAR-TOUCHAIS, G. VIRASSAMY, Les contrats de
distribution, LGDJ, 1999 ; J-P. CHAZAL, « Le déséquilibre de puissance économique entre contrac-
tants : les contrats de distribution du prix », note sous Cass. com, 20 janv. 1998 et CA Paris, 6 févr.
1998, JCP E, 1999, p. 323 ; E. CLAUDEL, « Le consentement en droit de la concurrence : consé-
cration ou sacrifice ? », RTDCom, 1999, p. 291 ; C. NOURISSAT, « La violence économique, vice
du consentement : beaucoup de bruit pour rien ? », D, 2000, p. 369 ; B. MONTELS, « La violence
économique, illustration du conflit entre droit commun des contrats et droit de la concurrence »,
op. cit ; R. POESY, « La Cour de cassation et les pratiques anticoncurrentielles », RJDA, 2002, p. 391.
179. Cette césure ne doit toutefois pas être interprétée de façon stricte. On dénombre en effet
des cas dans lesquels l’Autorité de la concurrence ou la Cour d’appel de Paris font application du
droit de la concurrence déloyale : Déc. n° 07-D-33, du 15 oct. 2007, relative à des pratiques mises en
ouvre par France Télécom dans le secteur de l’accès à internet haut débit, note P. Arhel, RLC 2008/1,
n° 965 ; Déc. n° 07-MC-06, relative à une demande de mesures conservatoires présentée par la société
Arrow génériques ; Déc. n° 09-D-06 du 5 févr. 2009, relative à des pratiques mises en œuvre par la
SNCF et expédia Inc dans le secteur de voyages en ligne, CA Paris, 23 févr. 2010, Sté Expédia, obs.
P. Arhel, LPA, n° 160-161, août 2010, p. 9-12.
180. On entendra ce terme par référence à « L’ensemble des techniques d’exposition et d’inter-
prétation employées par les opérateurs du droit (au niveau tant technique que théorique), et l’ensemble
des idéologies correspondant à la fonction du droit que ces techniques expriment », in A-J. ARNAUD
(dir.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologie du droit, LGDJ, Story-Scientia, 1988,
p. 89-91. Pour une discussion de ce thème relatif au droit de l’Union européenne : M. KJELL-ÄKE,
The Historical Roots of European Legal Culture, JFT, (Tidskrift utgiven av Juridiska Föreningen i
Finland) 2010.
181. Par ex, CJCE, 12 juil. 1989, BMW Belgium c/ Commission, aff. 32/78, 36/78, 82/78,
Rec. 1979, p. 2435 ; pour une illustration de cette interprétation en droit national par préférence
au droit des pratiques anticoncurrentielles : TGI Nanterre, 6e ch, 30 oct. 2009, UFC Que Choisir,
n° RG 06/15333.
182. TGI Strasbourg, 3 févr. 2005, Kronenbourg c/ Café le Victor Hugo Sarl, n° 03/01568 ; TGI
Strasbourg, 4 févr. 2005, Konenbourg c/ SARL JEBG, n° 02/01205.
183. V. SELINSKY, « Quand les juges du commerce appliquent le droit de la concurrence... »,
RLC, 2005/3, p. 16-21.
184. Cass. com, 8 févr. 2005, n° 03-10.749 ; T. Com Paris, 3 févr. 1997, 11e ch, Sté Elf France
c/ NOWACZYK, n° 95111692 ; T. Com Paris, 21 janv. 1998, SARL LOTES c/ Sté Pierre BLANC-
MAIN, n° 97001040.
185. TGI Strasbourg, 3 mai 2004, Kronenbourg c/ SA J-C Chiriaux, n° 02/00030. La Cour
d’appel de Colmar a « rectifié » le problème dans un arrêt : CA Colmar, 1 avr. 2008, SARL JBEG,
n° 05/02931 ; cependant, la Cour de cassation vient de censurer partiellement l’interprétation de la
Cour d’appel de Colmar : Cass. com, 14 nov. 2009, Sté JBEG, n° 08-16.259.
186. Cass. com, 8 févr. 2005, Sté Brasserie de Saint Omer, n° 03-10.749.
187. CA Paris, 2 oct. 2008, Sté SCAPEST c/ Sté TOMBLAINE Distribution, n° 06/15290. Dans
le même sens, CA, Lyon, 29 mai 2008, Carrosserie Europe, n° 07/04657 ; CA, Lyon, Sté CMJP
SARL, 22 mars 2007, n° 05/03333 ; CA Toulouse, 2 sept. 2003, SARL KRAKADA c/ P. FALIERE,
n° 2002/01052.
188. Cass. com, 4 juil. 2006, Sté SCAPEST et autres c/ Sté Pontadis, n° 03-16.443. Certaines
juridictions jugent même inopérant le moyen tiré de la violation de l’article L. 420-1 du Code de
commerce dans la mesure où l’appelant ne justifierait pas du bien-fondé de ses prétentions : CA
Riom, 14 sept. 2005, SAS GREEN c/ SAS FOM’ACTION, n° 04/02611 : « Attendu qu’en conséquence,
l’appelante ne justifiant pas du bien-fondé de ses prétentions, la confirmation du jugement s’impose sans
même avoir à répondre au moyen tiré du caractère critiquable de l’accord cadre invoqué par la SAS
VH GREEN au regard du principe d’interdiction des pratiques anticoncurrentielles posé par l’article
L. 420-1 du Code de commerce ».
189. Cass. com, 7 avr. 1998, Sté Rallye, BOCCRF, 2 mai 1998.
190. Rappelons que le droit européen conçoit de façon beaucoup large la catégorie « d’accord ».
Sur cette question : E. CLAUDEL, « Le consentement en droit de la concurrence, consécration ou
sacrifice ? », op. cit.
191. CA Paris, 24 nov. 2004, ACIP c/ M. ALLOUN, n° 03/13452.
192. CA Paris, 28 juin 2002, SARL Philippe STREIFF MOTOSPORT et autres, n° 2000/10676
et 2000/10761.
193. CA Paris, op. cit, p. 8-10.
TOTAL FINA ELF France ; que c’est par de justes motifs que la Cour adopte,
que les premiers juges ont considéré que la société ELF AQUITAINE et la société
TOTAL FINA ELF France avaient fait pression sur les sociétés organisatrices de
cette manifestation en abusant de la position dominante qu’elles détenaient sur le
marché des emplacements publicitaires de la compétition dite Elf Masters (…) »194.
La qualification d’abus est démontrée eu égard à la modification du rapport
contractuel et non par rapport à une argumentation inspirée d’une grille de lec-
ture économique195.
300. Récemment encore, la Cour d’appel de Paris, juridiction spécialisée dans
l’application du droit de la concurrence, a semblé se fonder sur un raisonnement
similaire. À la suite de la condamnation par l’Autorité de la concurrence de Gaz
et Électricité de Grenoble (ci-après GEG) pour dénigrement, la Cour confirme le
raisonnement de l’Autorité en rappelant que l’abus doit être établi au regard du
lien entre le dénigrement et la domination de l’entreprise. Mais la Cour ajoute par
la suite une formulation qui prête à équivoque : « en matière d’abus de position
dominante, les comportements fautifs de l’entreprise au regard des dispositions géné-
rales de l’article 1382 du Code civil constituent des abus de position dominante »196.
L’affirmation laisse penser que la qualification d’abus reposerait sur l’existence
d’une « faute » entraînant un dommage. Le raisonnement reprend ainsi les prin-
cipes classiques de la concurrence déloyale.
200. Sur les raisons de la faible invocation de l’article L. 420-6 : M-C. BOUTARD-LABARDE,
G. CANIVET, et. al, L’application en France du droit des pratiques anticoncurrentielles, op. cit,
p. 609-610.
201. M-C. BOUTARD LABARDE, G. CANIVET, et. al, L’application en France du droit des
pratiques anticoncurrentielles, LGDJ, 2008, p. 317-319.
202. Cass. crim., 19 mars 2008, Sté SNF SAS, n° 1692 ; Cass. crim, 6 avr. 2005, n° 2200 ; Cass.
crim, 23 févr. 2005, n° 1300 ; Cass. crim, 14 nov. 2007, Sté CANAL PLUS, SPORT PLUS et autres,
n° 5621.
203. Cass. crim, 20 févr. 2008, n° 02.82.676 et n° 07-82.110, Bull. civ, n° 44, note B. Bouloc,
RLC, 2008, n° 17, p. 91-92.
204. Cass. crim, 22 oct. 2003, n° 5198.
d’autre part, qu’ils ne sont pas cessibles. Pour prendre la mesure du décalage avec
l’Autorité de la concurrence, il faut mettre cette qualification en parallèle avec
deux décisions, l’une du 20 janvier, l’autre du 27 janvier 2009 dans lesquelles,
l’autorité administrative soutient l’existence d’un marché pertinent constitué par
l’activité de dépositaires de presses205. Force est d’admettre en définitive, que
l’élément intentionnel de l’infraction occupe une place de premier plan dans le
raisonnement du juge pénal206.
205. Déc. n° 09-D-02, du 23 janv. 2009, relative à une demande de mesures conservatoires présen-
tée par le Syndicat National des Dépositaires de Presse ; Déc. n° 09-D-04, du 27 janv. 2009, relative à
des saisines de la société les Messageries Lyonnaises de Presse à l’encontre de pratiques mises en œuvre
par le groupe des Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne dans le secteur de la distribution de
la presse.
206. Cass. crim, 17 juin 2009, n° 08-84.482 ; Cass. crim, 12 déc. 2007, n° 07-81.434
306. L’image du colosse aux pieds d’argile résume on ne peut mieux l’idée
centrale de ce second chapitre : le système du règlement 1/2003 ne contraint que
très faiblement en pratique les juges nationaux. Il illustre la limite de la cohé-
sion de la politique de concurrence à l’échelle européenne. Certes, les énoncés
qui y figurent laissent penser que la Commission a gagné, en accroissant ses
compétences, une première bataille au sein de l’Union européenne. Dans l’arène
nationale cependant, nombre de problèmes demeurent. Précisément parce que
la mise en œuvre effective du règlement 1/2003 reste tributaire de la volonté des
juges nationaux. La difficulté pour la Commission de s’assurer du moins poli-
tiquement sinon juridiquement, de la cohésion de l’application des articles 101
et 102 TFUE est manifeste.
307. Outre les obstacles procéduraux, la Commission doit faire face dans
l’interprétation du droit de la concurrence à un décalage terminologique et
conceptuel sensible. L’hypothèse explicative d’un tel décalage a été de dire que
la technicisation grandissante du droit de l’Union a eu pour effet paradoxal de
l’éloigner des droits nationaux. Pendant que la Commission recherchait au niveau
européen les arguments nécessaires à une mise en œuvre consensuelle du droit de
la concurrence, elle s’éloignait de plus en plus des préoccupations nationales. Les
articles 101 et 102 sont rarement invoqués parce que leur signification impose
de se référer à un jargon spécifique que seules les autorités de concurrence pré-
tendent pouvoir manier de façon adéquate.
308. Par ailleurs, les développements ont montré qu’il était possible pour les
juges nationaux d’arriver par des voies moins contraignantes au même résultat
que celui espéré sur le terrain des pratiques anticoncurrentielles. Sous l’angle de la
cohérence, c’est-à-dire de l’absence d’antinomie, on a vu aussi que le mécanisme
d’intervention d’office était susceptible de heurter le contenu d’autres normes
constitutionnelles. Ainsi, le discours de réforme et de cohésion prôné depuis la
fin des années quatre-vingt-dix par la Commission comporte-t-il des limites évi-
dentes au niveau national. Ces limites sont à la fois procédurales et idéologiques.
LA CONCURRENCE AU SERVICE
DE L’INTÉRÊT GÉNÉRAL
1. V. Introduction supra.
2. Comme l’illustre cet arrêt : TPICE, 3 juil. 2007, Au Lys France c/Commission, aff. T-458/04,
Rec. 2007, p. II-71
3. J. CAILLOSSE, « Le droit administratif saisi par la concurrence ? », AJDA, févr. 2000,
p. 99-103.
4. M-A. FRISON-ROCHE, « Le Conseil de la concurrence et ses concurrents », Gaz. Pal,
1997, p. 282-283.
1. Comme en témoigne l’arrêt Casnova : CE, 29 mars 1901, Casanova, Rec. 333, GAJA, n° 8,
p. 52-57 ; CE, 4 janv. 1935, De Lara, Rec. p. 1-8, note R. Capitant, concl. Rivet, D, 1936, p. 1-8 ;
CE, 2 févr. 1906, Chambre Syndicale des propriétaires de bains, Rec. p. 371 ; CE, 3 déc. 1875, Clai-
rouin, Rec. CE 1875, p. 951 ; CE, 6.mars 1914, Synd. Boucherie de la ville de Châteauroux, Rec. CE
1914, p. 308 ; CE, 1er févr. 1901, Descroix et autres boulangers de Poitiers, Sirey, 1901, p. III.44, in
M. HAURIOU, Notes d’arrêts sur décisions du Conseil d’État et du Tribunal des conflits publiées au
recueil Sirey de 1892 à 1928, La Mémoire du Droit, 2000, p. 144-168 ; R. MOULIN, P. BRUNET,
Droit public des interventions économiques, LGDJ, 2007, p. 126-150.
2. M. BALLUTEAU, F. De BAECQUE, D. LOCHAK, et. al, « Débat sur la politisation
du Conseil d’État », Pouvoirs, 1987, n° 40, p. 95-121 ; J. CHEVALLIER, « L’élite politico-adminis-
trative : une interpénétration discutée », Pouvoirs, 1997, n° 80, p. 89-100 ; D. LOCHAK, La justice
administrative, 3e éd, Paris, Montchrestien, coll. « Clefs », 1998.
3. Pour un apperçu succint de différents points de vue sur lesquels nous reviendrons :
L. COHEN-TANUGI, Le droit sans l’État, sur la démocratie en France et en Amérique, PUF, 1985 ;
J. CHEVALLIER, « Les enjeux de la déréglementation », RDP, 1987, p. 281 ; Dossier, Droit des
télécommunications : entre déréglementation et régulation, AJDA, 20 mars 1997, p. 211.
SECTION 1
COMMENT LE CONSEIL D’ÉTAT EST-IL
DEVENU UN INTERPRÈTE INCONTOURNABLE
DU DROIT PUBLIC DE LA CONCURRENCE ?
4. A. VAN LANG, Juge judiciaire et droit administratif, LGDJ, 1998 ; S. NICINSKI, L’usager
du service public industriel et commercial, Paris, L’Harmattan, 2001 ; B. PLESSIX, L’utilisation du
droit civil dans l’élaboration du droit administratif, éd. Panthéon- Assas, 2003.
5. V. les critiques de C. Eisenmann : « Droit public, droit privé (En mage d’un livre sur l’évolu-
tion du droit civil français du XIXe au XXe siècle) », RDP, 1952, p. 903-979 ; C. EISENMANN, « Un
dogme faux : l’autonomie du droit administratif », in hommage à Sayagues-Laso, 1969, p. 419-438 ;
G. BIGOT, « L’exorbitance dans la formation historique du droit administratif », in F. MELLERAY,
L’exorbitance du droit administratif en question(s), Paris, LGDJ, 2004, p. 25-43 ; G. GUGLIELMI,
« Les juristes, le service public et les entreprises publiques aux XIXe-XXe siècles », RHMC, n° 52,
2005, p. 98-118.
§ 1. L’EXORBITANCE ET SA REDÉFINITION
6. P. LEGENDRE, L’amour du censeur. Essai sur l’ordre dogmatique, Seuil, 1974, p. 226-227.
7. Ce propos de M. COMBARNOUS en donne un apperçu significatif : « Aujourd’hui, est
service public une activité qui est considérée par la puissance publique comme présentant un intérêt
général suffisant pour que cette activité soit assumée, directement ou indirectement, par une collectivité
publique et soustraite à l’initiative privée et aux lois du marché », in M. COMBARNOUS, « L’approche
juridique, le service public industriel et commercial dans la société française d’aujourd’hui », Actes du
colloque de Rouen, supplément aux dossiers et documents du Monde, octobre 1980 ; G. BIGOT, « Les
mythes fondateurs du droit administratif », RFDA, 2000, p. 527-536.
8. M. TROPER, « La distinction droit public, droit privé dans la structure de l’ordre juri-
dique », in Pour une théorie juridique de l’État, PUF, coll. « Léviathan », 1994, p. 183-197 ; Y. GAU-
DEMET, « L’exorbitance du droit administratif en question(s) », in F. MELLERAY (dir.), L’exor-
bitance du droit administratif en question(s), LGDJ, 2004, p. 3-8.
9. D. MARGAIRAZ, « L’invention du « service public » : entre « changement matériel » et
« contraintes de nommer », RHMC, n° 52, 2005, p. 5-9.
10. F.X. TESTU, « La distinction droit public et droit privée est-elle idéologique ? » D, 1998,
chron. p. 345 ; G. CHEVRIER, « Remarques sur l’introduction et les vicissitudes de la distinction du
« jus privatum » et du « jus publicum » dans les œuvres dans anciens juristes français », APD, 1952,
p. 5-77 ; F. BURDEAU, Histoire du droit administratif, PUF, Thémis, 1995, p. 34.
11. G. BIGOT, « L’exorbitance dans la formation historique du droit administratif », in
F. MELLERAY (dir.), L’exorbitance du droit administratif en question (s), op. cit, p. 25-43.
330. De son côté, Hauriou soutient plutôt que c’est la « puissance publique »35
qui rend compte de la soumission volontaire de l’État au droit36. En tant que
telle, elle constitue la manifestation de l’« imperium » du pouvoir politique. Ces
deux thèses ont pour intérêt de montrer que l’administration n’est pas soumise
à son libre arbitre : elle est soumise au droit. Outre la doctrine universitaire, les
membres du Conseil d’État se livrent également à cet exercice intellectuel de
transformation de l’image du droit administratif37.
331. La juridiction administrative n’hésite pas à se servir de cette caution
pour jeter les bases d’une jurisprudence originale qui cherche à s’autonomiser
du droit commun38. Dès lors, la catégorie de service public ne souffre d’aucune
contestation à partir du moment où les cas dans lesquels la compétence suit le
fond demeurent majoritaires. Dans cette hypothèse simple, la catégorie « service
public » constitue un critère d’identification valable d’un régime dérogatoire au
droit commun.
332. À mesure cependant que l’action administrative sort des hypothèses
dans lesquelles la compétence suit le fond, la clause générale de compétence
qu’est le service public perd en cohérence39. Si l’on recentre le propos sur le
droit public économique, il va sans dire que l’intervention des pouvoirs publics
prend, dans l’économie d’après-guerre, une part non négligeable. L’exorbitance
acquiert dès lors une ampleur plus importante dans ce contexte naissant d’État
providence. J. Delmas Marsalet suggère par exemple d’étendre le contrôle du
juge administratif aux interventions de l’État prises dans le cadre d’un ser-
vice public d’intervention économique40. Afin de donner plus de souplesse
à cet interventionnisme, le Conseil d’État se limite à un contrôle restreint41.
35. Mais il serait plus juste de parler de « personnalité juridique », in G. GUGLIELMI, « Les
juristes, le service public et les entreprises publiques aux XIXe-XXe siècle », RHMC, n° 52, vol. 3,
p. 103.
36. J. CHEVALLIER, l’État de droit, La documentation française, coll. « Problèmes politiques
et sociaux », n° 898, mars 2004, p. 5-13.
37. F. BURDEAU, « Du sacre au massacre d’un juge. La doctrine et le Conseil d’État statuant
au contentieux », in La terre, la famille, le juge. Mélanges en l’honneur de H-D. Cosnard, Economica,
1990, p. 309-317.
38. TC. 8 févr. 1873, Blanco ; TC 30 juil. 1873, Pelletier ; CE, 19 févr. 1875, Prince Napoléon ;
CE, 13 déc. 1889, Cadot, GAJA, 16e éd. 2007 ; G. BIGOT, « Les mythes fondateurs du droit admi-
nistratif », RFDA, 2000, p. 527.
39. J. CHEVALLIER, « Le droit administratif, droit de privilège ? », Pouvoirs, 1988, n° 46,
p. 57 ; C. GOYARD, « La crise de la science administrative », Rev. adm, 1988, p. 117 ; F. BURDEAU,
Histoire du droit administratif, PUF, 1995, p. 415-485 ; G. BIGOT, « Les faillites conceptuelles de la
notion de service public en droit administratif », RFDA, 2008, p. 1.
40. B. CHENOT, « La notion de service public dans la jurisprudence économique du Conseil
d’État », Etudes et documents, 1950, p. 77 ; J. De SOTO, « Recours pour excès de pouvoir et interven-
tionnisme économique », Etudes et documents, 1951, p. 64 ; J. DELMAS-MARSALET, « Le contrôle
juridictionnel des interventions économiques de l’État », in Etudes et documents, 1969, p. 133-160 ;
P-L. JOSSE, « Le Conseil d’État devant les réalités économiques ; ses méthodes de travail et son
rôle », in Etudes et documents, 1960, p. 39-59 ; P-M. GAUDEMET, « La planification économique et
les transformations du droit public français », in Mélanges en l’honneur de Ganshof Van der Meersch,
T. III, 1972, p. 493-508. ; J-L. De CORAIL, « La notion d’activité dans le domaine de l’administra-
tion économique. Sa définition et son utilisation par le juge administratif », in Mélanges en l’honneur
de P. Couzinet, 1974, p. 117-151.
41. CE, 22 juin 1949, Sucreries d’Abscon, Rec. p. 297 ; CE, 13 janv. 1961, Syndicat des industriels
beurriers et grossistes en produits laitiers et avicoles de la région parisienne, Rec. p. 37 ; CE, 22 mars
1961, Société Coopérative agricole de Verneuil sur Avre, Rec. p. 206 ; CE ass., 19 juin 1964, Société
des pétroles Shell-Berre, AJDA, 1964, p. 438, note A. De Laubadère ; sur les restrictions apportées en
matière de liberté du commerce et de l’industrie : CE, 12 déc. 1953, Syndicat national des transporteurs
aériens, Rec. p. 547 ; CE, 10 févr. 1967, Sté des Ets Petitjean et autres, Rec. p. 63 ; CE, 26 janv. 1968,
Sté maison Genestal, Rec. p. 62, concl. Bertand.
42. CE, 4 janv. 1935, De Lara, D, 1936, note R. Capitant, p. 1-5 ; concl. Rivet, p. 5-8 ; TC,
22 janv. 1921, Sté Commerciale de l’Ouest Africain, GAJA, n° 37, Rec. p. 91, D, 1921, p. 1 concl.
Matter ; CE, 23 déc. 1921, Sté Générale d’armement, Rec. 1109 ; TC, 16 juin 1923, Septfonds, GAJA,
n° 40 ; TC 5 juil. 1951, Avranches et Desmarets, Rec. 638, note J-B. Auby. Pour une discussion de
l’État providence : F. EWALD, L’État providence, Grasset, 1986 ; P. ROSANVALLON, La crise de
l’État providence, Seuil, 1992 ; F-X. MERRIEN, R. PARCHET, et. al, L’État social. Une perspective
internationale, Armand Colin, 2005 ; G. ESPING-ANDERSEN, Les trois mondes de l’État provi-
dence : Essai sur le capitalisme moderne, PUF, 2007.
43. M. TROPER, « La distinction droit public, droit privé et la structure de l’ordre juridique »,
in Pour une théorie juridique de l’État, PUF, Léviathan, 1994, p. 183-197.
44. R. SAVATIER, « Droit public, droit privé », D, chron, 1946, p. 25-28 ; pour une discus-
sion plus générale de cet argument : Travaux de l’association Henri Capitant pour la culture juridique
française, T. II, 1946, Paris, Dalloz, 1948.
45. C. EISENMANN, « Droit public, droit privé (En mage d’un livre sur l’évolution du droit
civil français du XIXe au XXe siècle) », RDP, 1952, p. 903-979. Dans le même sens : J. RIVERO,
« Droit public et droit privé : conquête ou statu quo ? » D, chron, 1947, p. 69-72. Pour une analyse
de la pensée de C. Eisenmann sur cette question du rapport entre le droit et l’État : N. CHIFFLOT,
Le droit administratif de Charles Eisenmann, Dalloz, 2009, p. 69-109.
46. G. MORANGE, « Le déclin de la notion de service public », D, 1947, chron, p. 45-48 ;
J. L’HUILLIER, « À propos de la « crise » de la notion de service public », D, 1955, chron, p. 119-
123 ; D. LOCHAK, « Les problèmes posés par la concurrence des services publics et des activités
privées », AJDA, 1971, p. 261 ; A-S. MESHERIAKOFF, « L’arrêt du bac d’Eloka, légende et réalité
d’une gestion privée de la puissance publique », RDP, 1988, p. 1059.
47. Bien qu’elle ne fasse pas nécessairement consensus : R. LATOURNERIE, « Sur un
Lazare juridique ; bulletin de santé de la notion de service public, agonie, convalescence ou
jouvence », in Etudes et documents, n° 14, 1960, p. 61-119 ; A. De LAUBADERE, « Revalori-
sations récentes de la notion de service public en droit administratif français », AJDA, 1961,
p. 591-599.
administrative dans sa globalité48 si tant est que ces deux catégories aient
jamais pu y parvenir49.
335. La catégorie de service public servirait en réalité de prétexte pour étendre
opportunément le champ de compétence du juge50 ; elle manque en lisibilité dans
la mesure où elle se confond au secteur public. Quant à l’unilatéralisme, propre
à la catégorie de puissance publique, il peine, en comparaison du droit privé, à
rendre compte d’une singularité quelconque du régime de droit public51. Can-
tonnée dans un premier temps à la crise d’une « cohérence » de son régime, la
critique de l’exorbitance du droit administratif se déporte sur le terrain des liber-
tés fondamentales, du droit de l’Union ou celui de la convention européenne des
48. Pour un apperçu des réflexions à ce sujet : J. RIVERO, « Apologie pour les faiseurs de
systèmes », D, 1951, p. 99-102 ; C. EISENMANN, « Le rapport entre la compétence juridiction-
nelle et le droit applicable en droit administratif français », in Mélanges en l’honneur de J. Maury,
Dalloz/Sirey, T. 2, 1960, p. 379-403 ; M. WALINE, « À propos du rapport entre la règle de droit
applicable au jugement d’un procès et l’ordre de juridiction compétent », RDP, 1961, p. 8-20 ;
R. DRAGO, « La réforme du Conseil d’État (décrets du 30 juillet 1963) », AJDA, 1963, p. 524-
536 ; C. EISENMANN, « Un dogme faux : l’autonomie du droit administratif », in hommage à
Sayagues-Laso, 1969, op. cit ; J. RIVERO, « Le juge administratif : gardien de la légalité adminis-
trative ou gardien administratif de la légalité ? », in Mélanges en l’honneur de Marcel Waline, T. II,
LGDJ, 1974, p. 701 ; C. DEBBASCH, « Le droit administratif face à l’évolution de l’administra-
tion française », in Mel en l’honneur de Marcel Waline, LGDJ, 1974, p. 333-354 ; J. LAMARQUE,
« Le déclin de la clause exorbitante », in Mel en l’honneur de Marcel Waline, T. II, 1974, p. 497 ;
J-C. VENEZIA, « Puissance publique, puissance privée », in Recueil d’études en l’honneur de
C. Eisenmann, éd. Cujas, 1977, p. 363-378 ; P. WEIL, « À propos de l’application par les tribu-
naux judiciaires des règles de droit public, où : les surprises de la jurisprudence Giry », in Recueil
d’étude en l’honneur de C. Eisenmann, éd. Cujas, 1977, p. 379-395 ; D. TRUCHET, « Réflexions
sur le droit économique public en droit français », RDP, 1977, T. XCXI, p. 1009-1042 ; Y. GAU-
DEMET, « L’avenir de la juridiction administrative », Gaz. Pal, 1979, p. 511 ; D. LINOTTE,
« Faut-il encore croire en la notion d’intérêt général ? », RRJ, 1979, p. 49 ; J. RIVERO, « Nou-
veaux propos naïfs d’un huron sur le contentieux administratif », EDCE, 1979-1980, p. 27-30 ;
J. RIVERO, « La fin d’un absolutisme », Pouvoirs, 1980, n° 13, p. 5-15 ; J-L. MESTRE, « Des
précédents de la jurisprudence Giry, les juridictions judiciaires et le contentieux des collectivités
locales au XIXe siècle », RDP, 1980, p. 5-33 ; L. FAVOREAU, « L’apport du Conseil constitu-
tionnel au droit public », Pouvoirs n° 13, 1980, p. 17-26 ; J-M. WOEHRLING, « Réflexions sur
une crise : la juridiction administrative à la croisée des chemins », in Mélanges en l’honneur de
R-E. Charlier, éd. de l’Enseignement et de l’Université moderne, 1981, p. 341-368 ; D. LOCHAK,
« Le principe de légalité : mythes et mystifications », AJDA, 1981, p. 387-392 ; D. TRUCHET,
« Nouvelles récentes d’un illustre vieillard-Label de service public et statut de service public »,
AJDA, 1982, p. 427 ; J. GHESTIN, « Droit public, droit privé, institutions publiques, institutions
privées, le point de vue d’un privatiste », in La pensée de C. Eisenmann, P. AMSELEK (dir.),
PUAM/ Economica 1986, p. 157-165 ; J. NORMAND, « Les difficultés d’exécution des décisions
de justice », in Mélanges en l’honneur de H-D. Cosnard, Paris, Economica, 1990, p. 393-408 ;
C. DEBBASH, « Le droit administratif, droit dérogatoire au droit commun ? », in Mélanges en
l’honneur de R. Chapus, Paris, Montchrestien 1992, p. 127-133 ; R. ENCINAS De MUNAGORRI,
L’acte unilatéral dans les rapports contractuels, Paris, LGDJ, 1996 ; J. CHEVALLIER, « La fin
des écoles ? », RDP, 1997, p. 679-700.
49. J. RIVERO, « Apologie pour les « faiseurs de systèmes », D, 1951, chron, p. 99-102 ;
J. RIVERO, « Existe-t-il un critère du droit administratif ? » RDP, 1953, p. 290 ; R. CHAPUS, « Le
service public et la puissance publique », RDP, 1968, p. 235-282 ; J-L. De CORAIL, La crise de la
notion juridique de service public, LGDJ, 1954 ; P. AMSELEK, « Le service public et la puissance
publique, réflexions sur une étude récente », AJDA, 1968, p. 492-507 ; J-L. De CORAIL, La crise de
la notion juridique de service public en droit administratif français, LGDJ, 1954.
50. L. NIZARD, « À propos de la notion de service public : un juge qui veut gouverner », D,
1964, chron, p. 147-154.
51. R. ENCINAS De MUNAGORRI, L’acte unilatéral dans les rapports contractuels, LGDJ,
1995.
B. LE DÉPASSEMENT DE L’EXORBITANCE :
LA LUTTE POUR LE MONOPOLE
DU DROIT PUBLIC DE LA CONCURRENCE
336. À mesure que le droit de la concurrence prend une nouvelle ampleur
politique, l’intérêt du juge administratif pour son interprétation va grandissant55.
Le problème de fond est celui de la compétence. Pour prendre la mesure des luttes
qui s’opèrent sur cette question, il faut retourner à la fin des années quatre-vingt,
là où il était porté à la connaissance du Conseil constitutionnel, le contentieux
des décisions de l’ex-Conseil de la concurrence56. Dans un premier temps, la
décision Conseil de la concurrence consacre la compétence exclusive de la juri-
diction administrative pour tout ce qui a trait à la réformation et l’annulation
de décisions administratives prises dans le cadre de prérogatives de puissance
publique. Les sages de la rue Montpensier avancent comme justification la loi
des 16-24 août 1790 qui érige la séparation des autorités administratives et judi-
ciaires en principe fondamental reconnu par les lois de la république. Mais, dans
un second temps, le Conseil juge que le transfert des décisions du Conseil de
la concurrence à la Cour d’appel de Paris s’inscrit dans l’intérêt « d’une bonne
administration de la justice ».
337. Le raisonnement, loin d’éclaircir la répartition de compétence paraît
l’obscurcir davantage. La décision Conseil de la concurrence se prête en effet
à plusieurs lectures57. Une certitude est qu’elle érige le critère de « puissance
publique » en clause générale de répartition contentieuse entre les deux ordres
de juridictions. Partant, seul un noyau restreint de compétence ferait l’objet de
consécration constitutionnelle. Au-delà, le législateur disposerait, de la possibi-
lité de modifier la répartition contentieuse entre les deux ordres. Mais ce que
ne résout pas la décision du Conseil, c’est le problème de savoir si le nouveau
droit spécial de l’ordonnance de 1986 s’applique ou pas aux personnes publiques
d’une part ; et, d’autre part, quel ordre de juridiction serait habilité à connaître
des contentieux qui en résultent. Sur ces deux aspects, les opinions n’ont pas été
unanimes58.
338. La difficulté se pose à nouveau devant la Cour d’appel de Paris lors
de l’affaire Ville de Pamiers59. En l’espèce, dans quelle mesure l’attribution d’une
concession d’affermage est-elle constitutive d’une pratique anticoncurrentielle ?
55. Ord. n° 86-1243 du 1er déc. 1986, art. 1 ; G. CANIVET, L. IDOT, Vingtième anniversaire
de l’ordonnance du 1er décembre 1986, Évolutions et perspectives, Litec, 2007 ; G. CLAMOUR, Intérêt
général et concurrence. Essai sur la pérennité du droit public en économie de marché, Dalloz, 2006,
p. 67-84 ; R. KOVAR, « La peau de chagrin, ou comment le droit communautaire de la concurrence
opère la réduction monopoles publics », Europe, 1992, p. 7.
56. Déc. 23 janv. 1987, 86-224 DC, Loi transférant à la juridiction judiciaire le contentieux des
décisions du conseil de la concurrence, Rec. 8, note Y. Gaudemet, RDFA, 1987, p. 287, note F. Luchaire,
Gaz. Pal, 18 mars 1987, p. 5, note V. Selinsky, RDP, 1987, note J. Chevallier, D, 1988, p. 117.
57. M-A. FRISON-ROCHE, « Le juge administratif face au droit de la concurrence : un sujet
de dispute », RCC, 1995, n° 88, p. 13.
58. V. notes sous la décision Conseil de la concurrence précitée.
59. Notes M. Bazex, AJDA, 1988, p. 754 ; M-C. Boutard-Labarde, Gaz. Pal, 7 déc. 1988, p. 4 ;
J-P. Marchi, Gaz. Pal, 2 oct. 1988, p. 6 ; R. Chapus, RFDA, 1988, p. 80.
60. Déc. 88-D-24, du 17 mai 1988, sur mesures conservatoires demandées par la SAEDE.
61. Conclusions B. Stirn, RFDA, 1989, p. 457-465.
62. La Cour d’appel affirme en effet : « Considérant que la ville de Pamiers qui avait le libre
choix d’assurer elle-même le service public de distribution d’eau potable ou de le déléguer à un cocon-
tractant, ne pouvait pas manquer, dès lors qu’elle optait pour la seconde voie, de respecter les règles
de l’ordre public économique institué par l’ordonnance précitée, en laissant s’exercer le libre jeu de la
concurrence entre les entreprises qu’elle avait mises à même de conclure avec elle un contrat d’affermage ;
Considérant en effet qu’en faisant appel à plusieurs entreprises spécialisées afin de choisir celle à qui
serait confiée la distribution d’eau la ville de Pamiers a exercé une action sur le marché ; que, dès lors,
elle ne pouvait, de son fait, porter atteinte aux règles de la libre concurrence qui s’imposent à tous et dont
le contrôle a été confié par la loi au Conseil de la concurrence et, par voie de recours, à la cour d’appel
de Paris, afin d’unifier les règles de compétence juridictionnelle, dans l’intérêt d’une bonne administration
de la justice ; (…) Considérant, en effet, qu’il résulte des éléments produits aux débats (notamment des
attestations de plusieurs membres du conseil municipal de Pamiers ainsi que d’un entrefilet paru, au cours
de l’hiver 1987-1988, dans la revue de la Société lyonnaise des Eaux vives) l’existence de « contacts » entre
la S.L.E. et la ville de Pamiers, préalablement à la consultation des entreprises mises en compétition, sus-
ceptibles de constituer une concertation ayant pour objet de mettre la S.L.E. seule en mesure de répondre
aux souhaits de la commune, différents de ceux officiellement exprimés et donc d’évincer les concurrents ;
Considérant que la collation de l’activité de distribution d’eau de la commune de Pamiers n’apparaît pas
avoir été effectuée dans le respect de la libre concurrence. ».
63. R. CHAPUS, op. cit, p. 86.
64. Pour un apperçu des points de vue : D. LINOTTE, « Le droit public de la concurrence »,
AJDA, 1984, p. 60 ; J-J. BIENVENU, « Le droit administratif, une crise sans catastrophe », Droits,
1986, n° 4, p. 93 ; M. BAZEX, « L’implosion du dualisme de juridiction », Pouvoirs, 1988, n° 46,
p. 36-42 ; J. BOULOUIS, « Supprimer le droit administratif ? », Pouvoirs, op. cit, p. 6-12 ; J. CHE-
VALLIER, « Le droit administratif, droit de privilège ? », Pouvoirs, 1988, n° 46, p. 57-70 ; L. COHEN-
TANUGI, « L’avenir de la justice administrative », Pouvoirs, op. cit, p. 13-20 ; C. BOLZE, « Le
transfert du contentieux des décisions du Conseil de la concurrence à la Cour d’appel de Paris »,
D, 1988, chron, p. 169 ; F. LLORENS, P. SOLER-COUTEAUX, « La soumission des personnes
publiques au droit de la concurrence », D, 1989, p. 67 ; J-Y. CHEROT, « La soumission d’acte de
droit public au droit de la concurrence n’est pas contraire à la constitution », D, 1991, chron, n° 33,
p. 163 ; J-J. ISRAEL, « L’activité commerciale sur le domaine public », in Domaine public et activités
économiques, CJEG, 1991, p. 83 ; J-L. AUTIN, « Du juge administratif aux autorités administratives
indépendantes », RDP, 1998, p. 1213 ; Y. GAUDEMET, « Monde économique et justice administra-
tive : la mesure d’une critique », Justices, n° 1, 1995, p. 45-52.
65. TC, 6 juin 1989, Préfet de la région Ile-de-France, Préfet de Paris c/ Cour d’appel de Paris,
Rec. p. 293 ; note M. Bazex, AJDA, 1989, p. 431 ; note Y. Gaudemet, RDP, 1989, p. 1780 ; note
P. Terneyre, JCP G, 1990, II- 21395 ; note C. Gavalda et L. De Lessac, D, 1990, p. 101.
66. Selon le rapporteur public, il s’agit de : « décisions unilatérales relatives à l’organisation d’un
service [des] contrats de nature administrative passés pour l’exécution d’un tel service », in conclusions
B. Stirn, op. cit, p. 465.
67. Conclusions B. Stirn, op. cit, p. 464-465. Sur l’abondant débat qu’a suscité cette question
de compétence : R. CHAPUS, « Dualité de juridiction et unité de l’ordre juridique », RFDA, 1990,
n° 5, p. 53-58 ; L. FOUGERE, « 1790-1990, Deux siècles de dualisme juridictionnel », AJDA, 1990,
p. 579-580 ; M. LONG, « L’état actuel de la dualité de juridiction », RFDA, 1990, n° 5, p. 689-693 ;
P. SARGOS, « Points communs et divergences des deux ordres de juridictions », AJDA, 1990, p. 585-
590 ; B. STIRN, « Ordres de juridiction et nouveaux modes de régulation », AJDA, 1990, p. 591-
594 ; B. STIRN, « La conception française du service public », CJEG, 1993, p. 299-305 ; B. STIRN,
« Quelques réflexions sur le dualisme juridictionnel », Justices, n° 1, 1995, p. 41-51.
68. M-C. BOUTARD-LABARDE, L. VOGEL, « Droit de la concurrence et personnes
publiques », Gaz. Pal., 1989, p. 747 ; J-L. AUTIN, « Personnes publiques et droit de la concurrence »,
JCP E, 1994, p. 4 ; M. BAZEX, « Droit de la concurrence et personnes publiques », Gaz. Pal, 1994,
p. 1198 ; M. LOMBARD, « À propos de la liberté de concurrence entre opérateurs publics et opé-
rateurs privés », D, 1994, chron, p. 163 ; G. MATHIEU, « L’application du droit de la concurrence
aux personnes publiques », D, chron, 1995, p. 27 ; Y. GAUDEMET, « Conflits de compétence et
droit de la concurrence, sur une équivoque », Mel. Perrot, Nouveaux juges, nouveaux pouvoirs, Dalloz,
1996, p. 121-129.
69. V. les articles publiés dans les deux livraisons de l’AJDA et la RFDA précités de 1990 sur
le dualisme juridictionnel ; v., aussi, J-B. AUBY, M. FREEDLAND, La distinction du droit public et
du droit privé, regard français et britanniques, éd. Panthéon-Assas, 2004 ; A. VAN LANG, « Débat
sur l’avenir du dualisme juridictionnel », AJDA, 2005, p. 1760-1766 ; A. VAN LANG, Le dualisme
juridictionnel : limites et mérites, Dalloz, coll. « Thèmes et commentaires », 2007.
70. CE, 23 juil. 1993, Compagnie générale des eaux, Rec. 226, note P. Terneyre, RFDA, 1994,
p. 252 ; CE, 29 juil. 1994, Coopérative d’achat mutualiste des instituteurs de France (CAMIF),
Rec. 365 ; CE, 23 juil. 1993, Fédération nationale autonome de la fonction publique et des services
de santé et autres, n° 126018 ; CE, 22 janv. 1997, Sté BC, n° 116416 ; CE, 13 juin 1997, Sté des
transports routiers par pipe-line, n° 167907 ; CE, 19 mars 1997, Sté Autocars Blanc, n° 146619. Pour
une position radicalement opposée à celle de la jurisprudence CAMIF du Conseil d’État : CA Paris,
31 oct. 1994, UGAP c/ CAMIF, n° 93/9481 ; avis n° 96-A-13 du 17 déc. 1996 relatif à une demande
d’avis de la Cour d’appel de Paris au sujet de la l’activité des Groupements d’Achat Publics (UGAP).
71. Les conflits de compétence perdurent cependant. Par ex : CA Paris du 31 oct. 1991,
Mme PAROUTY, D, 1992, p. 312, note V. Selinsky, v. aussi, Déc. 97-D-71 du 21 oct. 1997, relative à
une saisine présentée par les sociétés Asics France, Uhlsport France, LJO International, Le Roc Sport,
VIP France, Puma France, Mizuno France, ABM Sport France, W. Pabisch, Lotto France, Nike France
et Noël France, d’une part, et par la société Reebok France, d’autre part, BOCCRF, n° 24, 31 déc.
1997 ; Déc. 98-D-77, 15 déc. 1998, relative à des pratiques mises en œuvre par Aéroports de Paris dans
le secteur de l’hôtellerie à la périphérie de l’aéroport de Paris Roissy Charles de Gaulle ; Déc. 98-MC-03,
19 mai 1998 relative à une demande de mesures conservatoires présentée par l’Association française des
opérateurs privés de télécommunications ; Déc. 98-D-52, 7 juil. 1998 relative à des pratiques relevées
dans le secteur du mobilier urbain ; Cass. com, 2 déc. 1997, Sté Nike c/ Ligue Nationale de football,
RJDA, 1998, n° 2.
72. Cass. com, 14 déc. 1993, Guy Couach Plascoa, BOCCRF, n° 6/1994.
73. CA Paris, 26 avr. 1989, Pompes funèbres Générales, BOCCRF, n° 11/1990 ; CA Paris, 1er mars
1993, SARL Intermarbres et SA Pompes Funèbres Générales, inédit.
74. TC, 4 nov. 1991, CAMIF c/ UGAP, n° 2676.
75. V. aussi, CA, Paris, 23 août 1995, DMN, BOCCRF, 29 sept. 1995, p. 403 ; Cass. com,
12 déc. 1995, DMN, n° 93-13.880, Bull. civ, n° 301, p. 276.
76. Comme en témoigne l’interprétation extensive de la compétence de l’autorité judiciaire :
CA Paris, 23 déc. 1991, La Cinq SA, BOSP, n° 3 du 24 janv. 1992, p. 42 ; Déc. 90-MC-12 du 12 déc.
1990, École de ski Snow Fun, BOCCRF, 1990, n° 26, p. 452 ; Déc. 91-D-07 du 19 févr. 1991, relative
à la situation de la concurrence dans le secteur de l’enseignement du ski, BOCCRF, 1991, n° 6, p. 94 ;
CA Paris, 26 sept. 1991, Syndicat local des moniteurs de l’école de ski français de la vallée de Méribel,
rapport public de 199277, dont l’étude porte sur le droit européen, est un signe
avant-coureur : il aborde la question de la transposition des directives ainsi que
des moyens de parvenir à une collaboration plus harmonieuse avec la Commis-
sion européenne. Les thèmes ont trait aux rapports entre droit européen, collec-
tivités territoriales, régime des marchés publics, aides d’État, fonction publique,
protection de l’environnement ; de droit de la concurrence, point de trace cepen-
dant, ce qui contraste fortement avec le futur rapport Collectivités publiques et
droit de la concurrence.
346. C’est qu’entre temps, la Commission, dans son rapport annuel de 1992
sur la politique de la concurrence, entreprend un bouleversement de taille : en
vue d’atteindre les objectifs du marché commun, elle annonce son intention de
lutter contre les monopoles nationaux78. Dans son activisme, elle est d’ailleurs
soutenue par la Cour de justice79. Au modèle de service public à la française,
s’oppose bientôt celui de service universel80. Le service universel traduit en effet
l’idée que le fonctionnement du marché n’est pas nécessairement antinomique de
la qualité du service public81.
347. La nouvelle orientation du droit européen, ajoutée aux velléités de
l’ordre judiciaire sur le contentieux de la concurrence, participe de l’évolution de
la jurisprudence Compagnie générale des eaux82. Au sein même de la juridiction
n° 91/007646 ; CA Paris, 6 juil. 1994, Sté Total Réunion Comores, Elf Antar France et Esso, BOCCRF,
1994, n° 12, p. 229, note L. Vogel, CCC, 1994, n° 195 et 197 ; CA Paris, 27 janv. 1998, EDF, BOSP,
n° 2, 17 févr. 1998, p. 54.
77. Conseil d’État, Rapport public n° 44, 1992, Sur le droit communautaire, Paris, La docu-
mentation Française, 1993.
78. XXIIe Rapport sur la politique de la concurrence, Bruxelles, 1992.
79. V. par ex, CJCE 16 juin 1987, Commission/Italie, aff. 118/85 ; CJCE 20 mars 1985, Com-
mission/Italie, aff. 41/83 ; CJCE, 23 avr. 1991, Höfner Elser, aff. 41/90 ; CJCE 13 déc. 1991, GB-Inno
BM, aff. 18/88 ; CJCE 12 févr. 1992, Pays-Bas et Konninklijke PTT Nederland/Commission, aff. jtes
C-48/90 et 66/90.
80. Pour une justification de cette position : H. DEMSETZ, « Why regulate Utilites ? », JEL,
vol. XI, 1968, p. 55-65 ; H. LEPAGE, La nouvelle économie industrielle, Pluriel, 1989, p. 201-202 ;
G. BECKER, « Competition and democracy », JLE, vol. 1, oct. 1958, p. 105-109 ; pour un point
de vue plus nuancé : L. CARTELIER, « Les services publics européens entre théorie économique
et droit communautaire », in L. CARTELIER, J. FOURNIER, et. al, Critique de la raison commu-
nautaire, Economica-Ciriec, 1996, p. 71-91 ; M. DEBENE, O. RAYMUNDIE, « Sur le service uni-
versel : renouveau ou nouvelle mystification ? », in L. CARTELIER, J. FOURNIER, et. al, op. cit,
p. 109-126.
81. Comme l’illustrent par exemple, les arrêts de la Cour de Justice : Corbeau et Commune
d’Almelo, CJCE, 19 mai 1993, Procédure pénale c/ Corbeau, aff. C-320/91, Rec. 1993, p. I-2533 ;
CJCE, 27 avr. 1994, Gemeente Almelo e.a./ Energiebedrijf IJsselmij, aff. C-393/92, Rec. 1994, p. I-1477,
note F. Hamon, AJDA, 1993, p. 865 ; CJCE, 24 juil. 2003, Altmark Trans Gmbh, aff. C-280/00,
Rec. p. I-7747. Pour une illustration récente de réinterprétation du concept de service public par le juge
européen : CJCE, 23 avr. 2009, TNT Post UK Ltd, aff. C-357/07, obs. G. GUGLIELMI, G. KOUBI,
« La notion de service public en droit européen », AJDA, 2009, p. 1783. Pour une discussion sur
le service universel, v. entre autres : L. CARTELIER, J. FOURNIER, et. al, Critique de la raison
communautaire, Paris, Economica-Ciriec, 1996 ; D. ENCAOUA, L. FLOCHEL, « La tarification :
du monopole à la concurrence régulée », AJDA, n° spécial, Droit de la télécommunication, entre déré-
glementation et régulation, 1997, p. 254-266 ; M. LOMBARD, « Service public et service universel ou
la double inconstance », in Mél. B. Jeanneau, Dalloz, 2002, p. 507.
82. CE, 23 juil. 1993, Compagnie générale des eaux, Rec. 226, note Terneyre, RFDA, op. cit ;
M. BAZEX, « La réforme de la concurrence », AJDA, 1985, p. 583 ; M. BAZEX, « La concurrence
réglée : secteur public et privé », in J-M. RAINAUD, R. CRISTINI, Droit public de la concurrence,
Paris, Economica, 1987, p. 231 ; M. BAZEX, « Problématique générale de l’intervention des opéra-
teurs publics dans une économie de concurrence », in Secteur public et concurrence, Colloque, Paris X
Nanterre, LPA, 19 août 1988, n° 100, p. 5 ; M. BAZEX, « Vers de nouveaux modèles normatifs pour
le secteur public ? », AJDA, 1990, p. 662 ; M. BAZEX, « La privatisation, stade suprême de l’inter-
ventionnisme ? », RFDA, 1994, p. 103 ; M. BAZEX, « Existe-t-il des règles de concurrence en dehors
de l’ordonnance de 1986 ? », Gaz. Pal, févr. 1997, p. 47 ; M. BAZEX, « L’analyse économique, nouvel
instrument du contentieux juridictionnel des interventions économiques des personnes publiques »,
LPA, 4 avr. 1997, n° 41, p. 10 ; M. BAZEX, « La concurrence peut-elle être un instrument de pilotage
de l’économie par les pouvoirs publics ? », Annales de l’Université des sciences sociales de Toulouse,
1997, T XLV, p. 207 ; J-M. THOUVENIN, « Personnes publiques, personnes privées investies d’une
mission de service public, et droit de la concurrence », D. aff, n° 11/1997, p. 331.
83. V. par ex le point de vue de l’ancien Vice-président du Conseil d’État, R. Denoix- de Saint-
Marc, in La constitution imaginaire du droit administratif, op. cit, p. 35-36.
84. Pour un apperçu des points de vue sur la question : M. BAZEX, « La réforme de la
concurrence », AJDA, 1985, p. 583 ; M. BAZEX, « La concurrence réglée : secteur public et privé »,
in J-M. RAINAUD, R. CRISTINI, Droit public de la concurrence, Paris, Economica, 1987, p. 231 ;
M. BAZEX, « Problématique générale de l’intervention des opérateurs publics dans une économie
de concurrence », in Secteur public et concurrence, Colloque, Paris X Nanterre, LPA, 19 août 1988,
n° 100, p. 5 ; M. BAZEX, « Vers de nouveaux modèles normatifs pour le secteur public ? », AJDA,
1990, p. 662 ; J. CHEVALLIER, Le service public, « Que sais-je », PUF, 1991 ; L. RICHER, « L’inter-
prétation de l’article 53 de l’ordonnance du 1er décembre 1986 depuis 1989 », CJEG, 1991, p. 175 ;
M. BAZEX, « La privatisation, stade suprême de l’interventionnisme ? », RFDA, 1994, p. 103 ;
B. LASSERRE, « L’entreprise publique, du monopole à la concurrence », CJEG, juin, 1994, p. 335-
338 ; D. BERLIN, « Les actes de la puissance publique et le droit de la concurrence », AJDA, 1995,
p. 259 ; M-A. FRISON-ROCHE, « Le poids des idées dans la répartition des compétences entre
juges judiciaires et administratif en matière de concurrence au regard de la loi du 8 février 1995 »,
Gaz. Pal, 1er juil. 1995, n° 78, p. 755 ; J-L. LESQUINS, « Le droit de la concurrence et les personnes
publiques », RCC, 1995, n° 87, p. 39 ; M. LOMBARD, « Délégation de service public et droit de
la concurrence », LPA, 4 sept. 1995, n° 106, p. 4 ; G. VEDEL, « Service public à la française. Oui
mais lequel ? », Le Monde, 22 déc. 1995, p. 13 ; D. BERLIN, « Droit communautaire et régimes
exorbitants de droit commun », AJDA, 1996, p. 39 in n° spécial, Droit administratif et droit commu-
nautaire ; J-M. BELORGEY, « Service public et droit communautaire », AJDA, 1996, n° spécial,
op. cit, p. 35 ; J. CHEVALLIER, « La réforme de l’État et la conception française du service public »,
RFAP, 1996, n° 77, p. 189-205 ; F. MODERNE, « Le concept du service public à l’épreuve du marché
unique européen », Mel. J. Mas, Economica, 1996, p. 239-252 ; L. CARTELIER, J. FOURNIER,
et. al, Critique de la raison communautaire. Utilité publique et concurrence dans l’Union européenne,
Economica-Ciriec, 1996 ; M. BAZEX, « L’analyse économique, nouvel instrument du contentieux
juridictionnel des interventions économiques des personnes publiques », LPA, 4 avr. 1997, n° 41,
p. 10 ; M. BAZEX, « La concurrence peut-elle être un instrument de pilotage de l’économie par les
pouvoirs publics ? », Annales de l’Université des sciences sociales de Toulouse, 1997, T XLV, p. 207 ;
J-M. THOUVENIN, « Personnes publiques, personnes privées investies d’une mission de service
public, et droit de la concurrence », D. aff, n° 11/1997, p. 331 ; G. ECKERT, « Les modes de finan-
cement du service public dans un environnement concurrentiel », in Service public et Communauté
européenne : entre l’intérêt général et le marché, La documentation Française, 1998, T. II, p. 429 ;
P. ESPUGLAS, Le Service public, Dalloz, coll. « Connaissance du droit », 2002 ; P. ESPUGLAS,
« Le service universel », DA, 2002, chron. n° 21, p. 7 ; L. DRIGUEZ, S. RODRIGUES, « Services
sociaux d’intérêt général et droit communautaire », AJDA, 2008, p. 191 ; M. KARPENSCHIF, « Vers
une définition communautaire du service public ? », RFDA, 2008, p. 58.
85. M. LOMBARD, L’État Schizo, J-C. Lattès, 2007, p. 70.
86. Rapport d’information fait par M. Jacques OUDIN, le 6 octobre 1993, au nom de la Délégation
pour les Communautés européennes : « L’Europe et les services publics » n° 6, session ordinaire 1993-1994.
87. Conseil d’État, rapport public, n° 46, Service public, services publics, déclin ou renouveau ?
1994, Paris, La documentation Française, 1995, p. 15-134.
88. Pour un état de la discussion sur ce point : B. STIRN, « La conception française du ser-
vice public », CJEG, 1993, p. 299 ; M. BAZEX, « L’appréhension des services publics par le droit
communautaire », RFDA, 1995, p. 296 ; L. RAPP, « La politique de libéralisation des services publics
en Europe, entre service public et service universel », RMCUE, n° 389, 1995, p. 352 ; R. KOVAR,
« Droit communautaire et service public : esprit d’orthodoxie ou pensée laïcisée ? », op. cit, RTDE,
1996, p. 215 ; J-P. VALETTE, Le service public à la française, Ellipses, 2000 ; P. ESPUGLAS, Le
Service public, 2e éd. 2002 ; M. LOMBARD, L’État Schizo, J-C. Lattès, 2007.
89. Loi 8 févr. 1995, art. 6, JORF, 9 févr. 1995 n° 95-127, relative aux marchés et délégations
de service public ; L. RICHER, « Chroniques de législation, réformes de février 1995 relatives aux
conventions de délégation de service public et aux marchés publics », AJDA, 1995, p. 295.
90. « Mme V. Neiertz, d’accord avec le rapporteur pour regretter que les textes organisant le
contrôle des marchés publics ne soient pas toujours appliqués, a pris l’exemple de la direction générale de
la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) dont les agents, trop peu
nombreux, ne sont pas en mesure de surveiller efficacement les appels d’offres pour les marchés publics
locaux. Mais, même lorsque ces agents parviennent à relever des pratiques irrégulières, le Conseil de la
concurrence ne peut y donner suite, depuis qu’il s’est vu retirer, il y a quelques années, ses prérogatives
en matière de contrôle des marchés publics locaux ; il est alors nécessaire de lui rendre compétence en
la matière afin, non seulement de remobiliser les fonctionnaires de la DGCCRF quelque peu découragés
par le manque de suites données à leurs travaux, mais aussi d’amener le Conseil à prendre des décisions
qui serviront de référence aux élus pour la passation de leurs marchés », in Rapport, AN, n° 1782, p. 13.
91. Rapport AN, op. cit.
98. CA Paris, 16 avr. 1996, Ligue Nationale de Football, BOCCRF, 1996, n° 7, p. 171 ; TC,
4 nov. 1996, Préfet de la région d’Ile-de-France, Préfet de Paris c/ Sté Datasport, Rec. p. 552, AJDA,
1997, chron. Chauvaux et Girardot, p. 142. La même année, la Cour de cassation publiait son rapport
annuel consacré à la question de l’application du droit de la concurrence aux personnes publiques :
Cour de Cassation, Rapport. Annuel. 1996, p. 157.
99. CE, 28 juin 1963, Sieur Narcy, Rec. p. 401 ; CE, 13 mai 1938, Caisse primaire, « Aide
et protection », Rec. p. 417. Remarquons qu’une application stricte de la qualification de « service
public » imposait que l’activité de la LNF fasse l’objet d’un contrôle étroit de la part de la personne
publique. Cette condition n’a pas été examinée en l’espèce.
100. Si le Conseil d’État reconnaît, dans un arrêt ultérieur, que l’activité de la LNF ne s’exerce
pas dans « l’intérêt général », il n’applique pas pour autant les règles de concurrence : CE, 19 nov.
1997, 2e et 6e ss. sect, Sté Nike France et autres, n° 170660.
101. Cass. com, 2 déc. 1997, n° 95-19.753, Sté Nike France c/ LNF, BOSP, n° 24 du 31 déc.
1997, p. 882.
102. Cass. com, 6 mai 1996, France Télécom c/ Sté CMS, note, M. Bazex, « Incompatibilité avec
le droit communautaire du règlement de France Télécom refusant la communication à des éditeurs
d’annuaires concurrents le nom des abonnés figurant sur la liste orange », AJDA, 1996, p. 1033-
1036 ; cette solution de la Cour de cassation fut critiquée par certains commentateurs notamment,
B. SEILLER : « Le droit communautaire et le principe de séparation des autorités », RFDA, 1996,
p. 1161. Pour un exposé du problème : R. BLAISOT, Droit communautaire et dualité de juridiction
en droit français, Mémoire, DEA Contentieux du commerce international et européen, Université
Paris X Nanterre.
103. CE, 12 juin 1996, Sté Christ et Fils, Rec. p. 223 ; CE, 30 avr. 1997, Syndicat des médecins
d’Aix et sa région, Rec, p. 171.
104. CE, 19 juin 1997, Sté de transport Pipe Line ; CE, 6 déc. 1996, Sté Lambda, CE, 13 juin
1997, Sté Ambulance de la Vallée ; TA Réunion, 9 juil. 1997, Sté La ferme Alizé c/ département de la
Réunion, in J-Y. CHEROT, Droit public économique, Economica, 2007, p. 17.
du droit européen105. Cette stratégie est la réponse aux sceptiques qui opposent
l’inaptitude à la fois technique et idéologique du juge administratif au conten-
tieux de la concurrence.
357. L’arrêt Million et Marais constitue le point culminant de ce revirement
tant attendu106. Au travers des conclusions du rapporteur Stahl, le Conseil d’État
met en scène sa propre redéfinition idéologique dans un contexte concurrentiel.
L’arrêt Million et Marais n’est que le prétexte d’une telle justification. Comme
on l’a vu, il fait suite à des questions en appréciation de validité, posées par les
Cours d’appel de Paris et d’Orléans depuis l’année 1989107.
358. Une relecture opportune de la jurisprudence Ville de Pamiers dans le
sens de celle présentée par le Sénat quelques années plus tôt, permet au rapporteur
public d’inviter le Conseil d’État à intégrer dans le bloc de légalité administrative,
les dispositions de l’ordonnance de 1986. Par la même occasion, l’amendement
ajouté par la loi du 2 février 1995 est interprété en ce qu’il étend l’application du
droit de la concurrence aux contrats de concessions108. Deux arguments plaident,
selon le rapporteur, dans le sens d’un revirement. Le premier tient à des raisons
de cohérence : l’intégration du droit de la concurrence dans le bloc de légalité
administrative apaisera les critiques selon lesquelles le juge administratif crée des
zones d’immunités au profit des personnes publiques.
359. En second lieu, la prégnance de l’économie de marché impose une
jurisprudence désormais centrée sur l’usager. Cette justification nouvelle répond
aux contestations d’une jurisprudence perçue comme plus protectrice de la puis-
sance publique109. De toute évidence, ces deux arguments font corps au nouveau
contexte idéologique et, par la même occasion, viennent contrer les critiques de
tous ordres qui ont été avancées à l’encontre de la jurisprudence administrative
en matière de droit de la concurrence. Une lecture convenue de la jurisprudence
Million et Marais pourrait s’en tenir à ce niveau.
360. Les virtualités de cet arrêt vont cependant beaucoup plus loin. En plus des
arguments sus évoqués, le rapporteur public pose déjà les bases d’une émancipation
future. Il distingue à cet égard, un contrôle « abstrait » censé être exercé par le juge
administratif, du contrôle dit « concret » du Conseil de la concurrence et de la Cour
d’appel de Paris. Cette césure opère, dans l’interprétation de règles censées être uni-
formes, une dichotomie singulière. Cette dichotomie peut se lire de deux manières.
361. Elle peut soit acter que le droit des pratiques anticoncurrentielles diffère
du droit opposable aux personnes publiques par conformité avec celui de la Cour
de justice, soit signifier que le contenu de cette opposabilité doit, de façon préto-
rienne, être défini par le juge administratif110. Le rapporteur suggère que le juge
105. CE, 8 nov. 1996, FFSA, Rec. p. 441, note M. Bazex, LPA, 4 avr. 1997, p. 10 ; CJEG 1997,
concl. J-C. Bonichot.
106. CE, 3 nov. 1997, Sté Million et Marais, Rec. p. 406 ; CE, 3 nov. 1997, Sté Yonne Funéraire,
n° 148698 et Sté Intermarbres, n° 165260, Rec. p. 393, note Y. Gaudemet, RDP, 1998, p. 256 ; note
O. Guezou, AJDA, 1998, p. 247 ; note maigre, CCC, 1997, n° 100, p. 46.
107. V. développements infra §1.
108. Conclusions J-H. Stahl, RFDA, 1997, p. 1233.
109. C. BRECHON-MOULENES, « La place du juge administratif dans le contentieux éco-
nomique public », AJDA, 2000, p. 679-686.
110. M. BAZEX, « Le juge administratif et l’application du droit national et communautaire
de la concurrence : contenu et spécificité », RCC, 2000, n° 16, p. 11.
111. De même que le Conseil d’État n’examine pas sous l’angle de la qualification de prix
prédateur, les tarifs pratiqués par le concessionnaire de pompes funèbres, concl. Stahl, op. cit,
p. 1237-1238.
112. N. CHARBIT, Secteur public et concurrence, Paris, Joly, 1999 ; D. KATZ, Juge adminis-
tratif et droit de la concurrence, PUAM, 2004 ; S. NICINSKI, Droit public de la concurrence, LGDJ,
2005 ; G. CLAMOUR, Intérêt général et concurrence. Essai sur la pérennité du droit public en économie
de marché, Dalloz, 2006.
113. CE, 17 décembre 1997, Ordre des avocats à la cour de Paris, concl. J-D. Combrexelle,
AJDA, 1998, p. 362.
114. Concl. J-D. Combrexelle, AJDA, 1998, p. 362, op. cit.
115. Pour une analyse de critique de cette position : J-Y. CHEROT, « Les méthodes du juge
administratif dans le contentieux de la concurrence », AJDA, 2000, p. 687-696.
365. Au regard de cet arrêt, deux lectures du revirement opéré par le Conseil
d’État se dégagent. La première fait en apparence le jeu du droit européen ; la
seconde s’en émancipe. La Haute juridiction joue à la fois sur l’une et l’autre
des possibilités dans l’élaboration de sa jurisprudence116. Ainsi, les arrêts Sté
Interbrew France, Sté the Coca-Cola Company117, jouxtent-ils les jurisprudences
Union hospitalière privée et autres118 et Cie Nationale Air France c/ ADP119. Les
conclusions sous l’arrêt EDA rappellent par exemple : « Nous croyons qu’il vous
faut prendre garde à ne pas développer en jurisprudence administrative une concep-
tion par trop autonome du droit de la concurrence. S’il faut concilier la prise en
considération du droit de la concurrence avec les autres intérêts publics dont l’admi-
nistration a la charge, nous pensons que cette conciliation doit avoir lieu en aval et
ne doit pas emprunter la voie d’une traduction administrative des concepts du droit
de la concurrence ».
366. D’autres rapporteurs ne partagent pas ce point de vue. Dans ses conclu-
sions sous l’arrêt Cie Air France c/ ADP, J. Arrighi de Casanova se démarque
du raisonnement de M. Stahl. Il affirme, s’agissant du droit de la concurrence :
« (…) Quoi qu’il en soit, il reste que, en tout état de cause, l’invocation de ces textes
ne peut, à notre sens, qu’être subsidiaire, comme le soulignent bien les conclusions
de notre collègue Jacques-Henri Stahl sur l’arrêt Sté Hertz France (…) »120. Au
sein de la juridiction administrative certains sont donc partisans d’une stratégie
qui joue le jeu de l’orthodoxie européenne en faisant appel au besoin, à l’exper-
tise du Conseil de la concurrence. D’autres, en revanche, prennent parti pour
une stratégie d’affranchissement par le biais du mécanisme de conciliation des
principes. Ces deux approches participent à la construction prétorienne d’un
116. Par ex, CE, 26 juin 1998, Sté AXS Télécom et Sté Esprit Télécom France, Rec. p. 248 ;
CE, 2 juil. 1999, SA Bouygues et autres, Rec. p. 226 ; CE, 13 oct. 1999, Cie nationale Air France
c/ ADP, op. cit ; CE, 28 juil. 1999, E.M.A.P, n° 196859 ; CE, 29 sept. 1999, Syndicat de la
presse périodique culturelle et scientifique, n° 186227 et 186356 ; CE, 29 sept. 1999, Documentation
organique, n° 194317 ; CE, 28 févr. 2000, NATAF, n° 193122 ; CE, avis, 22 nov. 2000, Sté L&P
Publicité SARL, Rec. p. 525, note M-C. Rouault, AJDA, 2001, p. 198 ; note N. Charbit, RDP,
2001 ; CE, avis, 8 nov. 2000, Sté Jean-Louis Bernard Consultants, Rec. p. 492 ; CE 6 juin 2001,
Commune de VANNES, n° 199674 ; CE, 10 avr. 2002, SARL Somatour, n° 223100 ; CE, 29 juil.
2002, Sté CEGEDIM, note S. Nicinski, AJDA, 2003, p. 1072 ; note M. Bazex, S. Blazy, DA, 2002,
comm. n° 173 ; CAA, BORDEAUX, 18 févr. 2003, Cne de Bayonne, note P. Quilichini, AJDA,
2003, p. 1232 ; CE, 30 juil. 2003, Sté Caen distribution, n° 227838 ; CE, 29 sept. 2003, Fédération
nationale des géomètres experts, AJDA, 2004, p. 167 ; CE, 30 oct. 2003, Syndicat professionnel
des exploitants indépendants des réseaux d’eau et d’assainissement, Rec. p. 189 ; CE. Ord, 20 oct.
2003, Sté LD Com, n° 260477 ; CE. Ord, 19 janv. 2004, Sté T-Online France, note S. Nicinski,
AJDA, 2004, p. 1476 ; CE, 15 oct. 2003, Association de défense, d’éducation et d’information du
consommateur ; CE, 30 juin 2004 Département de la Vendée, RJEP/CJEG, n° 614 nov. 2004, p. 487,
concl. P. Collin ; note S. Nicinski, AJDA, 2004 p. 2210 ; CE, 20 oct. 2004, Sté BAYER PHARMA,
note M. Bazex, S. Blazy, DA, comm. n° 26, 2005 ; CE, 26 janv. 2007, Syndicat professionnel de la
géomatique, n° 276928.
117. CE, 9 avr. 1999, Sté The Coca-Cola company, n° 201853, note M. Bazex, B. Thiry, AJDA,
1999, p. 611 ; CE, 28 juil. 1999, Mlle Rosato et Sté des pompes funèbres libres, n° 199081.
118. RFDA, 1998, p. 665 ; pour une position similaire : CE, 26 juin 1998, Sté AXS Télécom et
Sté Esprit Télécom France, Rec. p. 248 ; CE, 5 oct. 1998, Fédération française des pompes funèbres et
autres, n° 193261 et 193359.
119. CE du 13 oct. 1999, Compagnie nationale Air France/ADP, concl. J. Arrighi De Casanova,
AJDA, janv. 2000, p. 86 ; dans le même sens : CE, 6 juin 2001, Commune de Vannes, Rec. p. 256.
120. Concl, J. Arrighi De Casanova, op. cit ; pour un raisonnement analogue : concl. S. Austry,
CE, avis, 20 nov. 2000, Sté L et P, Rec. CE, 2000, p. 526, RFDA 2001, p. 872.
droit public de la concurrence121. Les rapports publics sur l’Intérêt général d’une
part, et Collectivités publiques et droit de la concurrence d’autre part, tentent de
redonner une cohésion idéologique à cette nouvelle jurisprudence.
121. Pour une appréciation sur cette construction prétorienne : M. BAZEX, « Le droit public
de la concurrence », RFDA, 1998, p. 781 ; M. BAZEX, « Le juge administratif et l’application du
droit national et communautaire de la concurrence : contenu et spécificité », RCC, n° 116, 2000,
p. 11-13 ; J. CAILLOSSE, « Le droit administratif saisi par la concurrence ? », AJDA, 2000, p. 99 ;
S. NCINSKI, Droit public de la concurrence op. cit ; G. CLAMOUR, Intérêt général et concurrence.
Essai sur la pérennité du droit public en économie de marché, Dalloz, 2006.
122. Conseil d’État, rapport public 1999, L’intérêt général, Paris, La documentation française,
2000, p. 245-442.
123. Ce qui se traduit par une approche exclusivement « économique », Rapport, op. cit, p. 268.
124. Sur l’utilitarisme on peut utilement se référer aux travaux suivant : H. L. A HART, Essays
on Bentham, Oxford Univ Press, 1982 ; C. LAVAL, Jeremy Bentham, le pouvoir des fictions, PUF,
1994 ; J-P CLERO, « La réflexion benthamienne sur les mathématiques », Rev. Synthèse, n° 4, 1998,
p. 447-484 ; G. TUSSEAU, Jeremy Bentham et le droit constitutionnel, une approche de l’utilitarisme
juridique, Paris, L’Harmattan, 2001.
125. Rapport op. cit, p. 245-246. De façon plus nette, on peut lire plus loin : « (…) Le libéralisme
contemporain confère une nouvelle formulation à la vision utilitariste, développée au XVIIIe siècle, selon
laquelle l’intérêt général peut trouver son compte dans la liberté qui est laissée à chacun de mobiliser
ses initiatives et de donner libre cours à ses capacités créatrices. En conférant une place centrale à
l’ouverture des marchés et au principe de libre concurrence, la construction européenne a fait sienne, pour
l’essentiel, cette démarche libérale, selon laquelle le marché, loin d’être antagoniste de l’intérêt général,
peut activement y contribuer, notamment en permettant d’obtenir le prix compétitif pour une meilleure
qualité de service. Le Traité de Rome impose, dès lors, l’application stricte des règles communautaire
de concurrence à tous les acteurs économiques, y compris aux services d’intérêt général (…) Plutôt
que d’opposer intérêt général et marché, libéralisation et service public, il s’agit de rechercher, dans un
contexte de libre concurrence, la prise en compte d’objectifs d’intérêt général, expression des valeurs de
solidarité, de cohésion sociale, d’équilibre régional ou de protection de l’environnement. On retrouverait
ainsi, dans un contexte renouvelé, l’objectif d’interdépendance sociale dans lequel Duguit voyait la raison
d’être du service public. », in Rapport, op. cit, p. 354-355.
126. E. HONORAT, « La notion d’intérêt général dans la jurisprudence de la Cour de justice
des communautés européennes », in Rapport, op. cit, p. 387-396.
127. Rapport, op. cit, p. 346-352. La même position est soutenue par B. STIRN, « L’idée de
concurrence dans le contentieux administratif : la pluralité des sources », RCC, n° 116, 2000, p. 8.
128. CE, 1er avr. 1998, Union hospitalière privée, RFDA, 1998, p. 665, op. cit ; CE, 28 mars 2001,
Fédération Nationale des Syndicats d’Agents Généraux d’Assurance, n° 155896.
129. Conseil d’État, rapport public 2002, Collectivités publiques et droit de la concurrence, Paris,
La documentation Française, 2003.
130. Rapport, op. cit, p. 219 ; G. CLAMOUR, Intérêt général et concurrence. Essai sur la péren-
nité du droit public en économie de marché, Dalloz, 2006.
131. Rapport, op. cit, p. 223-279.
132. M. GLAIS, « Facilités essentielles : de l’analyse économique au droit de la concurrence »,
in Rapport, op. cit, p. 403-423 ; K. LENAERTS, « Les services d’intérêt économique général et le
droit de la concurrence », in Rapport, op. cit, p. 425-438 ; J-M. THOUVENIN, « Droit international
et droit de la concurrence », Rapport op. cit, p. 445-457.
Pour autant, lorsqu’une pratique est le fait d’un acte administratif, le rapport
rappelle l’« application du droit de la concurrence au même titre que les autres
règles de droit »133.
372. Cette première section a tenté, en mettant en exergue les différentes
oppositions idéologiques, de retracer le récit de la stratégie du Conseil d’État
dans la sauvegarde de sa compétence en matière d’interprétation du droit de la
concurrence. Face aux rivalités qu’a suscitées le contentieux de la concurrence, la
juridiction administrative a résisté pour conserver le monopole d’interprétation
en matière d’opposabilité des règles de concurrence aux personnes publiques134.
373. Devant les contraintes nationales et européennes, elle a soigneusement
préparé et mis en scène la réception du droit de la concurrence dans le bloc de
légalité administrative. Enfin, elle a entrepris une nouvelle mise en récit de ce
revirement. Les approches devant cette métamorphose restent contrastées. Les
uns entérinent la nouvelle façon de voir135 ; d’autres restent plus réservés136. Cer-
tains ne manquent pas de critiquer la solution de la décision ville de Pamiers
qui est à l’origine des rivalités actuelles autour de l’interprétation du droit public
de la concurrence. Alors que la loi attribuait au Conseil de la concurrence la
connaissance entière du droit de la concurrence, le conflit positif a été admis par
le Tribunal des conflits137.
374. Or ce cas d’ouverture n’est possible qu’à la condition qu’il n’existe pas
de dispositions législatives expresses prévoyant une répartition contentieuse138.
Les débats sur le droit public de la concurrence seraient donc fondés à la base
sur un malentendu originel en ce qu’on a confondu le rôle du juge avec celui
d’une autorité administrative. En dépit des nombreux arbitrages, le problème de
répartition contentieuse en matière de droit de la concurrence rejaillit de manière
cyclique. Il est la preuve que le monopole du Conseil d’État dans l’interprétation
du droit public de la concurrence demeure un acquis fragile.
SECTION 2
LA PERSISTANCE DU CONFLIT DE COMPÉTENCE
375. Par delà les débats idéologiques et les prises de position doctrinales,
on peut se demander si les arbitrages répétés du Tribunal des conflits ont contri-
bué à réduire les conflits de compétence en matière de droit de la concurrence.
Nous formulerons l’hypothèse négative : loin de régler le conflit potentiel entre
les deux ordres de juridictions, le Tribunal des conflits est, au mieux parvenu à le
stabiliser, non le résoudre. La raison est simple : « service public », « prérogative
de puissance publique » d’une part, « activité économique » d’autre part, sont
antinomiques (§1). En conséquence, il paraît impossible de trouver une ligne de
démarcation claire dans la répartition des compétences. C’est sans doute ce que
rappelle encore l’état du droit positif en la matière : la persistance du conflit de
compétence traduit le fait que la compétence du Conseil d’État reste contestée
dans de nombreux domaines (§2).
A. LE CONSTAT DE LA RÉMANENCE
DES CONFLITS DE COMPÉTENCE
377. Dès octobre 1999, le Tribunal des conflits est de nouveau amené à
trancher la répartition de compétence entre les deux ordres de juridictions139.
Le litige naît de pratiques mises en œuvre conjointement par ADP et le groupe
Air France, suite à la décision de réorganisation des aérogares d’Orly Ouest et
d’Orly Sud. Il a été décidé de regrouper les activités du groupe Air France à Orly
Ouest et celle de sociétés concurrentes à Orly Sud. Cette décision entraîne, pour
ces dernières, des pertes financières notables dans la mesure où leur précédente
situation géographique détermine les profits qu’elles peuvent raisonnablement
espérer en matière de fréquentation de clientèle et peut-être de réputation. Aussi,
la société TAT s’estime-t-elle victime de pratiques discriminatoires, eu égard à la
position dominante dont jouit ADP sur les dépendances dont il est affectataire.
En ce sens, TAT saisit dès février 1996, le Conseil de la concurrence d’une plainte
à l’encontre d’ADP pour pratique anticoncurrentielle140.
378. Aux termes de sa décision, l’Autorité condamne respectivement ADP
et Air France : les services d’assistance en escale et la fourniture d’installations
aéroportuaires sont des activités « d’entreprise » soumises, en tant que telles, au
droit de la concurrence. À la suite de quoi un déclinatoire de compétence est
adressé devant la Cour d’appel de Paris. Sur le rejet de la Cour d’appel de Paris,
le conflit est alors élevé. Le Tribunal se range derrière les arguments du rappor-
teur public. Le raisonnement s’inscrit dans le sillage de la jurisprudence Ville de
Pamiers : « (…) Ce n’est pas parce qu’un acte peut avoir un effet sur le marché
qu’il peut, pour cette raison, relever du contrôle du Conseil de la concurrence à
moins de décider « tout simplement de supprimer le droit administratif » comme
l’avait relevé avant votre décision le professeur Chapus dans une note sous l’arrêt
de la Cour d’appel de Paris du 30 juin 1988 »141.
379. Le rapporteur rappelle de jurisprudence constante, que le pouvoir de
gestion domaniale relève de la compétence du juge administratif142. Les conclu-
sions rejettent en ce sens la distinction entre les effets amont et aval opérée par le
Conseil de la concurrence. Sur la base des conclusions du rapporteur, le Tribunal
décide qu’il convient de dissocier l’acte de réorganisation pris dans le cadre de
prérogatives de puissance publique de la décision qui impose à TAT l’utilisation
des services d’escales d’ADP et qui lui est détachable143. Peu claire, cette décision a
fait l’objet d’une demande ultérieure de clarification, ce à quoi le juge des conflits
s’est par la suite refusé144.
380. L’impossibilité à trouver un critère tranché de répartition contentieuse
transparaît encore mieux dans la jurisprudence Sté EDA145. Aéroports de Paris (ci-
après, ADP) obligeait, sur le domaine public dont il était affectataire, les sociétés
de location de véhicules à présenter une offre conjointe sur les aéroports d’Orly et
de Roissy Charles-De-Gaulle. L’une de ces sociétés de location, EDA, introduit un
recours en vue d’annuler l’acte d’ADP. Au soutien de sa requête, EDA fait grief
140. Par ex : Déc. 98-D-77, du 15 déc. 1998, relative à des pratiques mises en œuvre par Aéroports
de Paris dans le secteur de l’hôtellerie à la périphérie de l’aéroport de Paris Roissy Charles de Gaulle,
BOCC, 20 mars 1999, p. 101-106.
141. Concl. R. Schwartz, op. cit.
142. CE, 29 janv. 1932, Sté des Autobus Antibois, S., 1932, III, p. 65 ; CE, 16 nov. 1956, Sté Désa-
veines et Sté grandes Tuileries Perrusson et Desfontaines, Rec. p. 440 et 441, note Waline, RDP, 1956,
p. 529 ; CE, 9 oct. 1981, Chambre de Commerce et d’Industrie de Toulon et du Var, AJDA, 1981, p. 579.
143. On renverra à la critique de M. Bazex dans la note sous : TC, ADP, Cie nationale Air France
c/ TAT, AJDA, 1999, p. 1029 ; v. aussi : P. SARGOS, « Le droit de la concurrence gravement mal-
mené », Le Monde, 15 déc. 1999, p. 17. Pour une discussion sur le critère de détachabilité : A. COL-
LIN-GOGUEL, « La compétence du Conseil de la concurrence face aux services publics : quelle
place pour le critère de détachabilité ? », RCC, n° 126, 2002, p. 35 ; G. CLAMOUR, Intérêt général
et concurrence. Essai sur la pérennité du droit public en économie de marché, Dalloz, 2006, p. 264-284.
144. TC. 23 juin 2003, ADP, n° 3358.
145. CE, 26 mars 1999, Sté EDA, Rec. p. 96, concl. J-H Stahl, AJDA, 1999, p. 427, note M. Bazex.
146. Déc. 98-MC-14 du 11 déc. 1998, Mesure conservatoire du 11 décembre 1998 relative à la
situation de la concurrence sur le marché des locaux et espaces nécessaires aux activités des sociétés de
location de véhicules sans chauffeur mis à leur disposition par la Chambre de commerce et d’industrie
de Nice-Côte d’Azur, BOCCRF, n° 9 du 12 mai 1999 ; Déc. 98-D-77, du 15 déc. 1998, relative à des
pratiques mises en œuvre par Aéroports de Paris dans le secteur de l’hôtellerie à la périphérie de l’aéro-
port de Paris Roissy Charles de Gaulle, op. cit ; CA Paris, sect. H, 8 févr. 2000, ADP c/ APHAR ;
Cass. com, 7 janv. 2004, ADP c/ APHAR, n° 00-12.451, BOCCRF, du 14 avr. 2004, p. 299.
147. Déc. Commission, 11 juin 1998, Alpha Flight Services c/ Aéroports de Paris, JOCE, n° L 230
du 18 août 1998 ; Déc. Commission, 14 janv. 1998, Flughafen Frankfurt/ main AG, JOCE, n° L 72 du
11 mars 1998 ; Déc. Commission, 21 mai 2003, Deutsche Telekom, JOUE, 14 oct. 2003. Sans doute,
est-ce pour cette raison que le rapporteur public se croit tenu de rappeller : « Quoi qu’en dise parfois le
Conseil de la concurrence ou la Cour d’appel de Paris, par des formulations ambiguës qui méconnaissent
en réalité l’autorité de ce qu’a jugé le Tribunal des Conflits, agir par voie d’actes administratifs, dans le
cadre de prérogative de puissance publique aussi éminente, ne constitue pas une activité de production, de
distribution ou de services au sens de l’article 53 de l’ordonnance du 1er décembre 1986. L’appréciation de
la légalité d’un tel acte, et l’appréciation de tous les aspects de sa légalité qui n’en sont pas séparables les
uns des autres, relève exclusivement de la compétence de la juridiction administrative (…) », in concl.
R. Schwartz, op. cit.
148. Par ex, CJCE, 20 mars 1985, République Italienne c/ Commission, aff. 41/83, Rec. 1985,
p. 873 ; TPICE, 12 déc. 2000, ADP c/ Commission, aff. T-128/98, Rec. 2000, p. II-3929 ; CJCE, 24 déc.
2002, ADP c/ Commission, aff. C-82/01, Rec. 2002, p. I-9297, note N. Falcone, RDUE, 2002, n° 4,
p. 857-859 ; note J-Y. Chérot, « L’identification par la Cour de justice des communautés européennes
de l’activité économique au sens du droit de la concurrence », AJDA, 2003, p. 437-442.
149. Concl. R. Schwartz, op. cit.
150. CE 2 juin 1972, Fédération française des syndicats professionnels des pilotes maritimes,
Rec. p. 407 ; CE, 16 nov. 1956, Sté Desaveine et Sté des Grands tuileries Perrusson et Desfontaines,
Rec. p. 440-441. Pour une discussion sur ce thème : H. LEGAL, « L’impact du droit de la concurrence
sur la gestion du patrimoine des personnes publiques », AJDA, 2007, p. 949.
151. Sur la question : S. NICINSKI, « Les évolutions du droit public de la concurrence »,
AJDA, 2004, p. 751 ; S. NICINSKI, Droit public de la concurrence, LGDJ, 2005 ; C. DENIZEAU,
L’idée de puissance publique à l’épreuve de l’Union européenne, Paris, LGDJ, 2004.
du juge administratif n’en est pas moins contestable dans la mesure où l’existence
d’une activité économique est reconnue sans que le juge décline pour autant sa
compétence.
384. Ce considérant de la jurisprudence Sté EDA en atteste : « (…) s’il
appartient à l’autorité affectataire de dépendance du domaine public de gérer celles-
ci tant dans l’intérêt du domaine et de son affectation que dans l’intérêt général, il lui
incombe en outre lorsque, conformément à l’affectation de ces dépendances, celles-ci
sont le siège d’activités de production, de distribution ou de services, de prendre en
considération les diverses règles, telles que le principe de la liberté du commerce et
de l’industrie ou de l’ordonnance du 1er décembre 1986 (…) qu’il appartient alors
au juge de l’excès de pouvoir (…) de s’assurer (…) de l’ensemble de ces principes
et de ces règles et qu’ils en ont fait, en les combinant, une exacte application ».
385. De la même manière qu’en 1995, ces difficultés de répartition conten-
tieuse sont prises comme autant d’arguments de réforme législative. Un projet
de loi Nouvelles régulations économiques, transmis en première lecture au Sénat,
comprend un article 40 bis formulé de la manière suivante : « Le Conseil de la
concurrence est compétent pour appliquer les règles définies au titre III à toutes
les pratiques mises en œuvre par des collectivités ou des entreprises, publiques ou
privées, ou des associations de collectivités ou d’entreprises, y compris les pratiques
revêtant la forme d’un acte ou d’un contrat administratif dont la juridiction adminis-
trative est seule compétente pour apprécier la légalité, dès lors que de telles pratiques
ont pour objet ou peuvent avoir pour effet de fausser ou restreindre, directement ou
indirectement, le jeu de la concurrence dans une activité de production, de distri-
bution ou de service »152.
386. Dans la version définitive adoptée par le Sénat, un amendement est
déposé contre cette disposition. Ceux qui, mobilisant une certaine doctrine, plai-
dent pour une simplification contentieuse s’opposent à ceux qui s’appuient sur
cette même doctrine dans le but de défendre l’indépendance du juge administratif
dans l’application du droit de la concurrence.
387. Les premiers estiment toujours malgré la jurisprudence Million et
Marais que le droit administratif maintient des zones d’immunités au profit d’un
certain nombre de personnes publiques. Ajouté à la nécessité d’harmonisation
avec le droit européen, cet argument plaide pour une unification contentieuse153.
(en estimant par exemple que la dévolution d’un marché ne constitue pas une activité de production, de
distribution ou de service -voir l’arrêt ville de Pamiers- et que par voie de conséquence le Conseil de la
concurrence ne pouvait examiner sous l’angle du droit de la concurrence un problème d’attribution de
marché public). Dans d’autres cas il s’est appuyé sur une conception particulièrement large de la notion
d’acte indétachable (par exemple en estimant que l’entente entre Aéroport de Paris et Air France était
indétachable de la décision administrative d’affectation du domaine public, laquelle échappait à la com-
pétence du Conseil de la concurrence) in http://www.assemblee-nationale.fr/11/rapports/.
154. Quant aux arguments contraires développés par le rapporteur P. Marini, ils sont les
suivants : « mais si le juge administratif, reconnaissant que l’ordonnance de 1986 fait partie de la
légalité administrative, a accueilli le droit de la concurrence parmi ses sources de droit, il se considé-
rait, jusqu’à présent, comme seul compétent pour l’appliquer aux actes administratifs (arrêt Million
et Marais du Conseil d’État du 3 novembre 1997). Ce droit n’est du reste qu’un élément parmi
d’autres principes de valeur égale ou supérieure (nécessités du service public, liberté de commerce
et de l’industrie) qu’il appartient au juge administratif d’appliquer. Dans son interprétation d’un
arrêt récent du Conseil d’État (société EDA - 26 mars 1999), rendu après consultation du Conseil
de la concurrence en vertu de l’article 26 de l’ordonnance précitée, la doctrine considère que la haute
juridiction administrative se heurte à une tendance à la « judiciarisation » du contentieux des actes
administratifs à contenu économique (…) On voit mal l’utilité de cet ajout aux dispositions, qui
semblent suffisamment explicites, de l’actuel unique alinéa de l’article 53 de l’ordonnance. Par ail-
leurs, la jurisprudence « Million et Marais » paraît, de son côté, suffisamment claire et satisfaisante,
tandis que l’arrêt « Société EDA » a montré que le Conseil d’État ne négligeait pas la possibilité
que lui offre ainsi qu’aux autres juridictions, l’article 26 de l’ordonnance, de consulter le Conseil de
la concurrence. Cette jurisprudence a été, en outre, été confirmée par une décision du Tribunal des
Conflits (TC. 18 octobre 1999 - Préfecture région Ile-de-France) rendue à l’unanimité, avec l’accord,
donc des magistrats de l’ordre judiciaire, membres de cette juridiction mixte. L’argument selon lequel
il serait plus facile, pour le justiciable, d’en référer pour l’ensemble d’un dossier au Conseil de la
concurrence ne tient pas. En effet, rien n’empêcherait une personne de déférer au juge administratif
un contrat ou un acte dont les conséquences pourraient être par ailleurs appréciées par le Conseil de
la concurrence, puis la Cour d’appel de Paris, avec la complexité et les risques de contradiction de
jurisprudence qui en résulteraient. Au demeurant, cet article, s’il peut être interprété comme accrois-
sant les compétences du Conseil de la concurrence dans le domaine du contrôle de la conformité au
droit de la concurrence des actes et contrats administratifs, comporte le risque d’augmenter de façon
inopportune sa charge de travail qui semble déjà très lourde par rapport aux moyens dont il dispose. »
in http://www.senat.fr/rap/.
155. TPICE, 3 juil. 2007, Au Lys France, aff. T-458/04, pt. 89, Rec. 2007, p. II-71, note L. Idot,
Europe, août/sept. 2007, comm. n° 220, p. 27. Rappelons qu’en application du droit européen, l’ordre
judiciaire s’est reconnu compétent pour opposer les règles de concurrence à un acte réglementaire :
CA Paris, 7 févr. 1994, Sté C.M.S c/ France Télécom, note L. Idot, Europe, avr. 1994, comm. n° 157 ;
Cass. com, 6 mai 1996, France Télécom c/ Sté C.M.S, note M. Bazex, AJDA, 1996, p. 1033. Cette
position a par la suite été critiquée par le Tribunal des conflits : TC, 19 janv. 1998, Union française
de l’express et autres c/ La Poste et autres, n° 3084.
156. Déc. 97-D-71, du 7 oct. 1997, relative à une saisine présentée par les sociétés Asics France,
Uhlsport France, LJO International, Le Roc Sport, VIP France, Puma France, Mizuno France, ABM
Sport France, W. Pabisch, Lotto France, Nike France et Noël France, d’une part, et par la société Reebok
France, d’autre part ; à noter que l’arrêt de la Cour d’appel qui entérine la compétence de l’Autorité
de la concurrence a été contesté trop tardivement par le Préfet, faute de quoi le conflit aurait une
nouvelle fois été élévé : TC.15 nov. 1999, LNF et Adidas France, n° 3184 ; Déc. 97-D-92, du 16 déc.
1997, relative à des pratiques mises en œuvre par la règie municipale des pompes funèbres de Marseille ;
Déc. 98-MC-01, du 4 févr. 1998, Mesure conservatoire du 4 février 1998 relative à une saisine et à une
demande de mesures conservatoires présentées par Mme Salamon-Evrard.
157. CA Paris du 31 oct. 1991, Mme PAROUTY, note V. Selinsky, D, 1992, p. 312 ; Déc. 90-MC-
12, du 12 déc. 1990, École de ski Snow Fun, BOCCRF, 1990, n° 26, p. 452 ; Déc. 91-D-07, du 19 févr.
1991, relative à la situation de la concurrence dans le secteur de l’enseignement du ski, BOCCRF, 1991,
n° 6, p. 94 ; CA Paris, 26 sept. 1991, Syndicat local des moniteurs de l’école de ski français de la vallée
de Méribel, n° 91/007646 ; CA Paris, 6 juil. 1994, Sté Total Réunion Comores, Elf Antar France et
393. Les arbitrages successifs du Tribunal des conflits sont, dans ces condi-
tions, amenés à perdurer. Si la décision rendue s’impose aux deux ordres juri-
dictionnels, rien n’empêche par la suite chaque ordre de jouer sur les différentes
significations des décisions du même Tribunal de façon opportune. Apprécier la
détachabilité par « l’effet » de l’acte permet aisément de contourner la compé-
tence de l’ordre administratif158. Si, au contraire, on raisonne par sa « nature »,
une interprétation restrictive du critère de détachabilité peut servir à maintenir
hors du giron de l’ordre judiciaire l’acte examiné.
394. En résumé, il faut considérer que la persistance du conflit de compé-
tence prend sa source dans au moins deux explications possibles. L’une vient
de l’interprétation téléologique à laquelle se prêtent les catégories utilisées pour
identifier la compétence de chaque ordre. L’autre vient du fait que rien n’empêche
chacun des deux ordres d’instrumentaliser à son profit les arbitrages du Tribunal
des conflits. Au mieux, ces derniers parviennent-ils à stabiliser pour un temps de
nouveaux conflits potentiels. Ce qui revient à dire que les solutions du Tribunal
des conflits ne peuvent qu’être ponctuelles ; elles ne peuvent jamais empêcher
l’absence totale de conflits dans des domaines où existent des oppositions de
valeurs sur ce qui relève du contrôle du juge administratif ou de l’ordre judiciaire.
C’est à partir de ces hypothèses qu’il faut lire l’évolution de la délimitation de
compétence entre les deux ordres juridictionnels.
§ 2. LA DÉLIMITATION PRÉTORIENNE
DES COMPÉTENCES D’ATTRIBUTION
Esso, BOCCRF, 1994, n° 12, p. 229, note L. Vogel, CCC, 1994, comm. n° 195 et 197 ; CA Paris,
27 janv. 1998, EDF, BOSP, n° 2, 17 févr. 1998, p. 54 ; CA Paris, 23 déc. 1991, Sté la Cinq SA, BOSP,
n° 3 du 24 janv. 1992, p. 42.
158. Déc. 98-D-77, du 15 déc. 1998, BOCC 20 mars 1999, p. 101-106, op. cit ; CA Paris, 8 févr.
2000, BOCCRF, n° 3, 7 mars 2000 ; Cass. com. 7 janv. 2004 ; Déc. 01-MC-02, Mesure conservatoire
du 1er juin 2001 relative à une saisine et demande de mesures conservatoires présentées par la Société
Vedettes inter-îles vendéennes ; Cass. civ, 2 févr. 1999, Bull. civ. In° 39 p. 26 ; Cass. civ, 16 mai 2000,
SEMMARIS, BOSP, n° 7, 22 juin 2000 ; Cass. com, 6 févr. 2007, n° 179, BOCCRF, n° 4, 7 juin 2007,
p. 762 ; Cass. civ, 29 sept. 2004, Syndicat National des producteurs d’électricité, n° 1305 ; Déc. 03-D-
33, du 3 juil. 2003, relative aux pratiques mises en œuvre par la régie municipale des pompes funèbres
de Toulouse. Pour une discussion sur ce point : S. NICINSKI, Droit public de la concurrence, LGDJ,
2005, p. 150.
159. Pour une analyse de la question : F. LINDITCH, « Le Conseil de la concurrence et les
contrats publics : rapport d’activité 2006 », CMP, 2007, comm. n° 11 ; F. LINDITCH, « Détachabi-
lité et abus de position dominante dans le cadre de délégations de service public, retour sur l’affaire
Corsica Ferries », JCP A, 29 oct. 2007, comm. n° 144, p. 43-47 ; Cass. com, 6 mai 2000, SEMMA-
RIS. S’agissant du respect de la jurisprudence du TC, on peut se référer à titre illustratif aux décisions
suivantes : Déc. 02-D-73, du 10 déc. 2002, relative à des pratiques relevées dans le secteur de la location
d’autres, en revanche, s’en écartent. Il convient ici de distinguer les cas dans les-
quels la juridiction des conflits est amenée à intervenir (A), de ceux où l’Autorité
de la concurrence s’immisce subrepticement dans la sphère de compétence du
juge administratif et réciproquement (B).
de véhicules sans chauffeur à l’aéroport St-Denis-Gillot (Réunion) ; CA Paris, 6 juin 2000, 3CME/
Mc Donald ; Déc. 01-D-78, du 26 déc. 2001, relative à des pratiques de l’INSEE concernant les condi-
tions de commercialisation des informations issues du répertoire SIRENE ; Déc. 01-D-48, du 26 juil.
2001, relative à une saisine de l’Union fédérale des consommateurs de Cergy-Pontoise ; Déc. 01-MC-
02, du 1er juin 2001, Mesure conservatoire du 1er juin 2001 relative à une saisine et demande de mesures
conservatoires présentées par la Société Vedettes inter-îles vendéennes ; Déc. 00-D-74, du 23 janv.
2001, relative à la situation de concurrence dans le secteur du matériel d’irrigation dans le périmètre
concédé à la Compagnie Nationale d’Aménagement du Bas-Rhône et du Languedoc (CNARBRL) ;
Déc. 05-D-60, du 8 nov. 2005, relative à des pratiques mises en œuvres par la congrégation cistercienne
de l’Immaculée conception, la société Planaria, l’État et la commune de Cannes, note G. Clamour
RLC, 2007/10, n° 34 ; Déc 03-D-72, du 30 déc. 2003, relative à une saisine de la société Cyclopharma
Laboratoires à l’encontre de pratiques mises en œuvre par la société Cis Bio international sur le marché
des produits radio pharmaceutiques ; Déc. 05-D-23, du 18 mai 2005, relative à la saisine de la société
France Incendie ; Déc. 03-D-13, du 11 mars 2003, relative à une saisine de la SARL Produits Indus-
triels Lorrains ; Déc. 02-D-18, du 13 mars 2002, relative à des pratiques de l’État et de l’Association
pour les fouilles Archéologiques Nationales lors de la passation de marché des fouilles archéologiques
préventives du chantier de modification de la route départementale Le Canet Perpignan ; Déc. 04-D-02,
du 10 févr. 2004, relative à une demande de mesures conservatoires présentées par la société Germain
environnement à l’encontre de l’ONF ; Déc. 03-D-27, du 4 juin 2003, relative à des pratiques de la mai-
son de justice et du droit du quartier Saint Christophe de Cergy-Pontoise (Val d’Oise) ; Déc. 03-D-56,
du 9 déc. 2003, relative à une saisine de la société Sotradex ; Déc. 07-D-27, du 31 juil. 2007, relative
à des pratiques mises en œuvre dans le secteur de la formation professionnelle continue à destination des
demandeurs d’emploi en région Picardie ; Déc. 05-D-20, du 13 mai 2005 relative à une saisine de la
société le Casino du lac de la Magdeleine ; Déc. 01-D-34, du 26 juin 2001, relative à une saisine de la
société JSS ; Déc. 05-D-75, du 22 déc. 2005, relative à des pratiques mise en œuvre par la Monnaie de
Paris ; Déc. 00-D-42, du 20 sept. 2000, relative à une saisine de la société d’activités et de réalisation
d’aménagements d’entrepôts et de locaux divers (SERAEL) ; Déc. 08-D-18, du 30 juil. 2008, rela-
tive aux activités de remorquage par le port autonome du Havre et la société nouvelle de remorquage
du Havre (SNRH) ; Cass. com, 6 févr. 2007, Sté Les Oliviers, n° 05.21948. CE, 20 avr. 2005, Régie
départementale des transports de l’Ain et autres, n° 255417 ; CE, 21 oct. 1998, Union des Coopératives
agricoles- Union laitière normande, n° 174803.
160. TC, 15 janv. 2007, Sté Alpha Flight Services c/ Aéroports de Paris, Préfet de la Région Île
de France, n° 3568, concl. I. Da Silva.
161. Déc 08-D-08, du 29 avr. 2008, relative à des pratiques mises en œuvre dans le secteur de
l’édition et de la vente de monographies touristiques.
162. CA Paris, 29 oct. 2008, n° 2008/09840 et 2008/12414, note S. Destours, RLC, 2009, n° 18.
163. TC 4 mai 2009, Préfet de la région Île de France, préfet de Paris c/ éditions Jean-Paul Gis-
serot, n° 3714, note M. Bazex, DA, n° 11 nov. 2009, comm. n° 145 ; obs. G. Eckert, « Le droit de la
concurrence à la recherche de ses juges », AJDA, 2009, p. 1490.
164. Ainsi que l’indique le commentaire du professeur G. Eckert : « Le droit de la concurrence
à la recherche de ses juges », AJDA, op. cit.
contrôle de la cour d’appel de Paris, pour statuer sur les litiges fondés sur l’invoca-
tion des pratiques anticoncurrentielles »165.
402. Comme l’illustrent les arrêts précédents, l’hypothèse de conflit positif est
loin d’être théorique. Une seconde hypothèse, plus fréquente, existe dans laquelle
chaque ordre de juridiction définit sa compétence sans que le Tribunal des conflits
intervienne. Dans ce cas, les critères de répartition sont utilisés comme prétexte
par l’un ou l’autre des ordres dans le but d’étendre ou de consolider leurs champs
de compétence respectifs.
B. L’EXTENSION DÉTOURNÉE
DE COMPÉTENCES D’ATTRIBUTION
403. Le cas le plus fréquent est celui où, en vertu de la répartition des compé-
tences définie par le Tribunal des conflits, l’Autorité de la concurrence et à sa suite
la Cour d’appel de Paris ou la Cour de cassation, se déclarent compétentes pour
connaître d’un acte mettant en œuvre des prérogatives de puissance publique.
Interprètes de la jurisprudence du Tribunal des conflits, ces autorités posent une
signification extensive du critère de détachabilité qui leur permet de se déclarer
compétentes tout en maintenant de façon artificielle la séparation entre les deux
ordres de juridictions166.
404. Si de nombreuses décisions s’en tiennent à l’autorité de la jurisprudence
TAT167, d’autres se livrent à une interprétation plus extensive de la jurisprudence
du Tribunal des conflits. À la suite de la décision TAT, la Cour de cassation
jugeait par exemple, qu’un acte de gestion qui fait obligation aux entreprises de
payer une redevance au gestionnaire du domaine, échappe à la compétence du
Conseil de la concurrence. Le fait d’imposer sur le domaine public le paiement
de redevances aux entreprises qui louent des distributeurs de boissons à des gros-
sistes n’est pas détachable de l’exercice d’une prérogative puissance publique168.
165. Loi n° 2001-1168, 11 déc. 2001 MURCEF. Remarquons encore que, contrairement à la
décision du Conseil constitutionnel du 23 janvier 1987, le Tribunal des conflits élargit la compétence
de la juridiction administrative : « (…) dans la mesure où elles s’exercent et sauf en ce qui concerne
les décisions ou actes portant sur les services publics ou mettant en œuvre des prérogatives de puissance
publique, ces personnes publiques peuvent être sanctionnées par le Conseil de la concurrence agissant
sous le contrôle de l’autorité judiciaire ».
166. Pour un point de vue sur cette question : J-J. MENURET, Le contentieux de la concurrence,
Université d’Auvergne/LGDJ, 2002, p. 83-96.
167. Cass. civ, 2 févr. 1999, n° 186, Bull. civ, In° 39, p. 26 ; Cass. com, 16 mai 2000, SEMMARIS,
BOSP, n° 7, 22 juin 2000, p. 331 ; Déc. 02-D-72, du 10 déc. 2002, relative à des pratiques mises en
œuvre par l’établissement public Port autonome de Paris ; Cass. civ, 29 sept. 2004, Syndicat National
des producteurs d’électricité, op. cit ; Déc. n° 05-D-60, du 8 nov. 2005, Sté Trans Côte d’Azur, note
M. Malaurie-Vignal, CCC, 2005, com. n° 204. C’est ainsi qu’il a été décidé que les pratiques mises
en œuvre par la collectivité territoriale de Corse et l’office des transports de la Corse échappent à
la compétence de l’Autorité en ce qu’elles ne sont pas « détachables » de prérogatives de puissance
publique : Déc. 09-D-10, du 27 févr. 2009, relative à des pratiques mises en œuvre dans le secteur du
transport maritime entre la Corse et le continent ; v. dans le même sens : Déc. n° 09-D-35, du 25 nov.
2009, relative à des pratiques mises en œuvre dans le secteur du transport médical d’urgence. Pour une
illustration récente, Déc. 10-D-23, du 23 juil. 2010, relative à des pratiques mises en œuvre par la caisse
de la mutualité sociale agricole de la Gironde ; Déc. 10-D-24, du 28 juil. 2010, relative à des pratiques
mises en œuvre par la Caisse Nationale des Allocations Familiales. En comparaison : CE, 28 mai
2010, Sté Enfenconfiance, n° 328731, note G. Eckert, « Notion d’activité économique », CMP, n° 8,
août 2010, comm. n° 268.
168. Cass. com, 2 févr. 1999, op. cit.
405. Une position différente fut soutenue deux années plus tard par la même
juridiction : « (…) des actes de gestion du domaine public qui, parce qu’ils ne
traduisent pas l’usage de telles prérogatives de puissance publique pour l’exercice
d’une mission de service public ou la gestion du domaine public (…) ne bénéficient
pas de cette immunité »169. La pratique décisionnelle du Conseil de la concurrence
n’est pas de reste. Dans un litige où étaient en cause les actes de gestion pris
dans le cadre d’une convention d’occupation domaniale qui lie le port autonome
du Havre à une société manutentionnaire, le Conseil se déclare compétent.
406. Il distingue pour ce faire, les redevances fixées de manière unilatérale
et celles négociées170 pour décider « que ces redevances, par ailleurs, ne sont pas
relatives à l’occupation du domaine public mais à l’utilisation d’outillages dans des
conditions qui ne diffèrent en rien de celles qui peuvent se rencontrer lorsque deux
opérateurs privés nouent des relations contractuelles pour l’utilisation temporaire
d’une machine ou d’une installation ; que, dans ces conditions, le Conseil de la
concurrence est compétent pour connaître des pratiques tarifaires du port autonome
du Havre alléguées dans la saisine »171.
407. Prenant prétexte de la jurisprudence des conflits, ces raisonnements par
prétérition aboutissent parfois à des distinctions fort complexes. C’est ce dont
témoigne l’affaire de la régie des passages d’eau de la Vendée (ci-après RDPEV).
Un concurrent de cette régie, la société Vedette Inter-Îles Vendéennes (ci-après
VIIV) l’accusait de se livrer à des pratiques anticoncurrentielles dans la liaison
maritime effectuée entre le continent et l’Île d’Yeu. Plus exactement, de mettre
en œuvre des prix inférieurs à ses coûts de revient, selon une stratégie prédatrice.
Bien que le tarif pratiqué par la RDPEV soit fixé dans le cadre des missions de
service public qui lui sont déléguées par le Conseil général de Vendée, l’Autorité
s’estime compétente pour connaître du litige172.
408. Afin de justifier sa compétence, elle rend une interprétation pour le
moins restrictive du critère de détachabilité : « (…) qu’il n’apparaît pas que ces
décisions et comportements soient liés directement ou indirectement à la mission de
service public assignée à la Régie, qui est d’assurer la continuité territoriale entre le
169. Déc. 00-D-41, du 20 sept. 2000, relative à une saisine de la société Au Lys de France ;
Cass. com, 19 nov. 2002, Sté Au Lys France, BOCCRF, 29 sept. 2003, p. 531.
170. Alors même qu’une telle distinction ne semblait pas être faite dans les décisions Au Lys
France ou concernant le fichier « Sirene » : Déc. 01-D-78 du 6 déc. 2001, relative à des pratiques de
l’INSEE concernant les conditions de commercialisation du fichier SIRENE ; Déc. 00-D-41 du 20 sept.
2000, relative à une saisine de la société Au Lys de France op. cit.
171. Déc. 02-D-15, 1er mars 2002, relative à des pratiques relevées dans le secteur de la manutention
des vracs solides au port autonome du Havre. Dans le même sens : Déc 07-D-28, du 13 sept. 2007,
relative à des pratiques mises en œuvre par le port autonome du Havre, la Compagnie industrielle des
pondéreux du Havre, la Société havraise de gestion et de transport et la société Havre Manutention.
Dans le même ordre d’idées, l’Autorité n’hésite pas à sanctionner des entreprises qui se coordonnent
pour l’obtention de marchés sur le domaine public : Déc. 10-D-13, du 15 avr. 2010, relative à des
pratiques mises en œuvre dans le secteur de la manutention pour le transport de conteneurs au Port
du Havre, note M. Bazex, DA, n° 8, août 2010, comm. n° 114.
172. Comme l’indique M. Bazex : « On avouera n’être pas parfaitement sûr de la compétence
du Conseil de la concurrence pour connaître du problème, dans la mesure où les prix litigieux résultent
d’un acte réglementaire de l’autorité publique, tout comme les dispositions réglementant les conditions
d’accès aux installations portuaires dont le contentieux a été dévolu au juge administratif (V. CE, 30 juin
2004, ci-dessus cité). Il est d’ailleurs arrivé au juge administratif de connaître dans les mêmes conditions
des prix fixés par un opérateur public (V. notamment CE, juil. 2002, Sté CEGEDIM : Dr. adm. 2002,
comm. 173, avec notre note) », DA, n° 3, mars 2005, comm. n° 33.
173. Déc. 04-D-79, du 23 déc. 2004, relative à des pratiques mises en œuvre par la régie départe-
mentale des passages d’eau de la Vendée note M. Bazex, op. cit.
174. CA, Paris, 28 juin 2005, RG, n° 2005/01605 ; Cass. com, 17 juin 2008, n° X 05-17566 :
« mais attendu que l’arrêt retient que la régie est chargée d’une mission de service public consistant à
transporter les marchandises et les passagers entre le continent et l’île d’Yeu, durant la totalité de l’année,
que pendant la période d’avril à septembre, sa vedette rapide participe à cette mission de service public,
que le fait que la régie assure des obligations de service public confiées par le Conseil général de la
Vendée n’implique pas que toutes ses activités relèvent par nature de ce service public, et que s’agissant
des transports en vedette rapide assurés pour la période pendant laquelle existe une offre concurrente
la régie n’exerce aucune prérogative de puissance publique en déterminant librement ses prix ; qu’en
l’état de ces constatations, la cour d’appel qui n’a pas énoncé que la liaison maritime ne relevait pas du
service public pendant les mois d’été, a exactement déduit que les activités concurrentielles que la régie
assure d’avril à septembre ne relevaient pas de ce service public et que le litige ne ressortissait pas à la
compétence du tribunal administratif ; que le moyen n’est pas fondé (…) ».
175. CA Paris, 9 juin 2009, n° 2008/20337.
176. CA Paris, 9 juin 2009, op. cit.
177. La Cour de cassation vient récemment de censurer, à l’exception du grief d’incompétence,
le raisonnement de la Cour d’appel de Paris : Cass. com, 13 juil. 2010, Sté Vedettes Inter-îles ven-
déennes, n° Q. 09-67.439.
178. Déc. 06-MC-02, du 27 juin 2007, relative à une demande de mesures conservatoires présen-
tées par la commune de Bouc-Bel-Air ; un point de vue similaire apprécie l’examen de la légalité d’un
arrêté de police au regard de pratiques déloyales : Cass. com, 13 nov. 2003, n° 1496, n° 01-11.453.
179. La décision de l’Autorité de la concurrence se réfère expressément à l’arrêt : CE, 30 avr.
2003, Syndicat professionnel des exploitants indépendants des réseaux d’eau et d’assainissement pour
invoquer le principe de « libre concurrence ». Hormis la qualification de marché pertinent, il est
simplement affirmé, à l’instar de certains arrêts de la jurisprudence administrative, que l’avenant signé
est « susceptible d’être qualifié de pratique anticoncurrentielle au titre de l’article L. 420-2 du code de
commerce : Déc. 06-MC-02 op. cit, pt. 54.
180. Déc. 08-D-06, du 2 avr. 2008 relative à des consignes syndicales de dépassement des tarifs
conventionnels par les médecins spécialistes de secteur I ; Déc. 91-D-43, du 22 oct. 1991 relative à des
honoraires de chirurgiens exerçant dans les cliniques privées du Lot-et-Garonne ; Déc. 05-D-43, du
20 juil. 2005 relative à des pratiques mises en œuvre par le Conseil départemental de l’ordre national des
chirurgiens-dentistes du Puy-de-Dôme et le Conseil National des Chirurgiens dentistes ; Déc. 06-D-36
du 6 déc. 2006 relative à des pratiques mises en œuvre par la société civile de moyens Imagerie Médi-
cale du Nivolet ; Cass. com, 20 févr. 2007, n° 352-F-D ; Déc. 10-D-25 du 28 juil. 2010 relative à des
pratiques concernant l’accès au scanner et à l’IRM situés au centre hospitalier d’Arcachon.
181. Déc. 06-D-21, du 21 juil. 2006, relative à des pratiques mises en œuvre dans le secteur des
eaux-de-vie de Cognac par le BNIC ; Déc. 08-D-11, du 19 mai 2008, relative à une saisine de la société
Executive Relocations. Sur cette question : J-B. AUBY, « L’interdiction de déléguer des pouvoirs
d’intervention économique à des opérateurs privés », DA, 2003, comm n° 2 ; L. IDOT, « Quelques
réflexions sur l’application du droit commuanutaire de la concurrence aux ordres professionnels »,
JTDE, 1997, n° 38, p. 73.
182. Déc. 06-D-21, du 21 juil. 2006, relative à des pratiques mises en œuvre dans le secteur des
eaux-de-vie de Cognac par le BNIC ; Déc. 07-D-10, relative à une plainte à l’encontre du Comité Inter-
professionnel du Gruyère de Comté ; Déc. 08-D-11, du 19 mai 2008, relative à une saisine de la société
Executive Relocations. Ce cas de figure correspond encore à ce que le professeur Nicinski systématise
comme étant un « acte administratif entérinant une pratique anticoncurrentielle », in Droit public des
affaires, Montchrestien, 2009, p. 246.
183. Déc. 07-D-10 op. cit, pt. 78-80 ; Déc 08-D-11, du 11 mai 2008, op. cit.
184. Déc. 08-D-06 du 2 avr. 2008, relative à des consignes syndicales de dépassement des tarifs
conventionnels par les médecins spécialistes de secteur I, op. cit.
185. CA Paris, 18 mars 2009, n° 2008/08385.
186. M. Bazex, A. Beaux, « Les interventions des fédérations sportives dans un but économique
sont-elles nécessairement contraires à l’intérêt général ? », CCC, mai 2006, comm. n° 85, sous CE,
3 avr. 2006, Sté Nike european operations Netherlands BV.
187. Cass. com, Ligue Nationale de football, 2 déc. 1997, n° 95-19.753, n 95-19.814, n° 95-19.820.
1. J-M. SAUVE, Les entretiens du Palais Royal, « Quels contrôles pour les concentrations
d’entreprises ? Bilan, actualité et perspective », Exposé introductif, 20 juin 2008, p. 1-6 ; loi 2008-776
du 4 août 2008 de modernisation de l’économie, art. 96.
2. On peut se référer utilement sur ce point au commentaire du professeur Bazex sous l’arrêt
Fiducial Expertise, DA, n° 1, janv. 2010, comm. n° 1. Pour une illustration récente du maintien de
la compétence du juge administratif : CE, 30 déc. 2010, Sté Métropole Télévision, n° 338197 ; CE,
23 déc. 2010, Sté M. Bricolage, n° 337533, 338594.
du droit de la concurrence à des nécessités qui lui sont étrangères, serait propre
à la jurisprudence du Conseil d’État.
427. Sans doute, est-ce finalement la manière dont se construit de façon
prétorienne cette « opposabilité », de même que le sens que l’on attribue aux
principes qui en résultent, qui diffèrent entre interprètes nationaux et européens.
Il est fait référence à la « libre concurrence » ou « la liberté du commerce et de
l’industrie » par d’autres interprètes que le juge administratif. Seulement, l’usage
de ces principes par chacun de ces discours fait naître des divergences entre inter-
prètes : le terrain de la technique juridique ne permet pas d’expliquer la singu-
larité de la jurisprudence du Conseil d’État5. Cette proposition n’est valable
qu’à la condition de comparer ce qui reste comparable : c’est-à-dire les cas dans
lesquels tous les différents interprètes évoqués se prononcent sur l’application du
droit de la concurrence aux personnes publiques.
428. Une telle comparaison permet de comprendre, derrière l’usage d’un
vocabulaire commun, la différence des valeurs qu’il recèle. Le juge administratif
ne partage pas le réductionnisme du droit européen en matière d’intervention
concurrentielle des personnes publiques. Là se situe l’essentiel du problème :
l’opposabilité permet de réintroduire une certaine idée d’exorbitance6. La juri-
diction administrative ne refuse pas systématiquement de se conformer au droit
européen7 : elle le fait généralement par le biais de « l’expertise » de l’Autorité
de la concurrence ou, plus indirectement, en s’inspirant des décisions ou avis de
cette dernière. Différentes stratégies sont mobilisées selon les cas.
429. Il faut donc plus précisément situer le cadre de notre propos : il n’a pas
pour ambition de produire des développements sur la question de l’articulation
hiérarchique entre différents principes généraux de droit public économique ou
même d’interroger leur valeur, question qui a déjà fait l’objet d’études fructueuses
par ailleurs8. Il interroge plutôt dans un premier temps le champ de l’opposabi-
lité : est-il propre à la jurisprudence administrative ? (Section 1) Sinon, il convient
d’en tirer les conséquences en montrant que la spécificité du droit administratif
en matière de droit public de la concurrence réside avant tout dans une vision
politique concurrente de celle d’autres interprètes. Le juge légitime le point de
vue qui est le sien. Autrement dit, si originalité il y a, ce n’est pas sur le terrain
de la technique juridique qu’il faut la rechercher, mais sur des prises de positions
politiques différentes que ne font finalement que traduire les différents discours
des interprètes (Section 2).
SECTION 1
LE RECOURS AUX PRINCIPES GÉNÉRAUX :
RAISONS ET USAGES POLITIQUES
431. On pourrait croire que le droit européen est étranger à l’usage de prin-
cipes généraux en droit de la concurrence. Cette proposition est fausse comme
l’illustre l’usage d’un principe de libre concurrence (A). Mais plus encore, comme
en droit administratif, c’est parce que les personnes publiques posent des actes
qui, par nature, diffèrent des pratiques d’entreprises, que la Cour crée de façon
prétorienne une norme d’effet utile qui leur est opposable (B).
A. LA « LIBRE CONCURRENCE »
COMME MOYEN DE PROTÉGER LE MARCHÉ
432. Quelques préalables terminologiques s’avèrent nécessaires pour aborder
cette première étape. Nous définirons d’abord le « principe » comme une norme,
9. Sur les principes : B. JEANNEAU, Les principes généraux du droit dans la jurisprudence
administrative, Paris, LGDJ, 1954 ; R. CHAPUS, « De la soumission au droit des règlements auto-
nomes », D, 1960, chron, p. 119 ; R. CHAPUS, « De la valeur juridique des principes généraux du
droit et autres règles jurisprudentielles », D, 1966, chron, p. 99 ; A-S. MESCHERIAKOFF, « La
notion de principes généraux du droit dans la jurisprudence récente », AJDA, 1976, p. 596 ; S. CAU-
DAL, Les principes en droit, Paris, Economica, 2008 ; E. UNTERMAIER, Les règles générales en
droit public français, Thèse, Univ. Lyon III, 2009.
c’est-à-dire comme l’acte de volonté d’une autorité habilitée à faire œuvre d’inter-
prète. Cet acte de volonté n’émane pas, comme souvent, de l’entremise d’un texte
de loi, mais résulte d’une construction prétorienne du juge lui-même10. La norme
ainsi créée lui permet d’opérer un contrôle sur une norme hiérarchiquement infé-
rieure. Le juge européen use d’un principe de « libre concurrence » dans le but de
protéger l’exercice de la concurrence11. Il fait aussi usage de principes tels que
la « liberté économique » afin de réaffirmer la prégnance d’un certain modèle de
concurrence12.
433. La liberté économique13 exprime l’idée qu’une entreprise en position
dominante ne peut, de quelque façon que ce soit, entraver la liberté d’action
ou le consentement d’une entreprise plus modeste14. Elle a été la marque d’une
idéologie d’inspiration ordolibérale du fonctionnement de la concurrence dont
l’objectif était de maintenir une certaine égalité et loyauté dans les transactions
commerciales15.
434. Plus fréquemment, la Cour de justice se réfère à la libre concurrence.
Ce principe est invoqué par exemple lorsqu’une entreprise se prévaut de la règle
non bis in idem dans le but d’en écarter l’application, au motif qu’elle aurait déjà
été infligée dans un ordre juridique étranger. L’invocation de la libre concurrence
sert ici de justification aux sanctions infligées par la Commission sur le territoire
de la Communauté, nonobstant celles infligées dans un État tiers16. Par là, la
Cour rappelle l’indépendance politique de l’ordre juridique européen. Il est aussi
fait usage du principe dans le contentieux des infrastructures essentielles, lorsque
la Cour met en balance la « protection de la libre concurrence », l’exercice du droit
de propriété intellectuelle avec « la liberté d’initiative économique »17.
435. Il en est de même dans le cas où le principe de « libre concurrence »
prime une disposition nationale contraire s’agissant de l’utilisation abusive d’un
10. P. BRUNET, « Les principes généraux du droit et la hiérarchie des normes », in Mélanges
en l’honneur de Michel Troper, Economica 2006, p. 207-221.
11. CJCE, 21 mai 1987, Albako, aff. C-249/85, Rec. 1987, p. 2345, note M-C. Boutard-Labarde,
JCP G, 1988, II-20935.
12. V. sur le principe de « libre exercice des activités professionnelles », l’interprétation sug-
gérée par par P. Pescatore rapprochant cette liberté de celle du « commerce », in F. PICOD, « Les
libertés économiques et la pluralité des juges : juge communautaire, juge administratif et juge judi-
ciaire », in G. DRAGO, M. LOMBARD, Les libertés économiques, op. cit, p. 153-161.
13. CJCE, 8 juin 1971, Deutsche Grammophon, aff. 78/70, Rec. 1971, p. 487 ; Déc. Commission,
18 juin 1969, Christiani & Nielsen, 69/195/CEE, JO, n° L 165 du 5 juil. 1969, p. 12.
14. CJCE, 21 févr. 1984, Hasselbad (G.B) limited c/ Commission, aff. 86/82, Rec. 1984, p. 883 ;
Déc. Commission, 6 févr. 1982, AEG Telefunken, 86/267/CEE, JO, n° L 117 du 30 avr. 1982, p. 15-18 ;
Déc. Commission, 6 août 1984, Zinc Producer Group, 84/405/CEE, JO, n° L 220 du 17 août 1984,
p. 27-45 ; Déc. Commission, du 11 juil. 1983, Windsurfing International, JO, n° L 229 du 20 août
1983, p. 1-21 ; Déc. Commission, 20 juil. 1988, Iveco-Ford, 88/469/CEE, JO, n° L 230 du 19 août
1988, p. 39-46 ; Déc. Commission, 13 déc. 1985, Droit d’obtention : roses, 85/561/CEE, JO, n° L 369
du 31 déc. 1985, p. 9-18.
15. V. Chap. 1 p. 1 infra.
16. CJCE, 10 mai 2007, SGL Carbon AG c/ Commission, aff. C-328/05 P, concl J. Mazàk pré-
sentées le 18 janv. 2007, Rec. 2007, p. I-03921 ; CJCE, 29 juin 2006, Showa Denko c/ Commission,
aff. C-289/04 P, Rec. 2006, p. I-5859 ; CJCE, 18 mai 2006, Archer Daniels Midlands c/ Commission,
aff. C-397/03 P, Rec. 2006, p. I-4429 ; concl. A. Tizzano, présentées le 7 juin 2005, note L. Idot,
Europe, juil. 2006, comm. n° 217, p. 24.
17. CJCE, 29 avr. 2004, IMS Health GmbH & Co. OHG c/ NDC Health GmbH & Co. KG,
aff. C-418/01, Rec. 2004 p. I-05039, concl. A. Tizzano, 2 oct. 2003, pt. 62.
18. CJCE, 6 avr. 1995, RTE, ITP c/ Commission, aff. jtes, C-241/91 P et C-242/91 P,
Rec. 1995 p. I-00743.
19. CJCE, 7 janv. 2004, Aalborg Portland c/ Commission, aff. jtes C-204/00 P, C-205/00 P,
C-211/00 P, C-213/00 P, C-217/00 P et C-219/00 P, Rec, 2004 p. I-00123 ; CJCE, 4 juin 2009, T- Mobile
Netherlands BV, aff. C-8/08, Rec. 2009, p. I-4529, concl. J. Kokott, présentées le 19 févr. 2009.
20. CJCE, 11 juil. 1989, SC Belasco et autres c/ Commission européenne, aff. 246/86,
Rec. 1989 p. 2117 ; CJCE, 9 nov. 1983, Michelin c/ Commission, aff. C-322/81, Rec. 1983, p. 3461.
21. CE, 10 avr. 2002, SARL Somatour, n° 223100. Bien que le Conseil d’État ait aussi
recours à la norme « d’effet utile ». En ce sens : CE, 12 juin 1996, Sté Christ et Fils, n° 115937,
Rec. p. 223 ; CE, 30 avr. 2003, Syndicat professionnel des exploitants indépendants des réseaux
d’eau et d’assainissement, n° 230804, Rec. p. 189, note P. Subra de Bieusses, AJDA, 2003, p. 1849 ;
CE, 25 nov. 2002, Syndicat des industries de matériels audiovisuels électroniques, n° 229447,
Rec. p. 719 ; CE, 16 juin 2004, Mutuelle générale des services publics et autres, AJDA, 2004 ;
note N. Charbit, RLC, nov. 2004, p. 63 ; note S. Destours, DA, oct. 2004, comm n° 140 ; concl.
Stahl, BJDCP, 2004, p. 367.
22. V. développements infra.
23. CE, 16 janv. 2002, Syndicat national des entreprises de coiffure et d’esthétique à domicile,
n° 223859 ; CE, 29 sept. 1999, Syndicat de la presse périodique culturelle et scientifique, n° 186227 et
n° 186346 ; CE, 7 juil. 2000, FFSA, n° 198564, Rec. p. 873.
24. TPI, 27 avr. 1995, Comité central d’entreprise de la société générale des g