Thèse Sur La Transplantation Renale
Thèse Sur La Transplantation Renale
NANTES UNIVERSITE
Par
Rokhaya BA
Intégration de données génétiques à grande échelle pour l'amélioration
de la prise en charge du transplanté rénal
Composition du Jury :
Président : Magali Giral Professeur des Universités – Praticien Hospitalier, Nantes Université
Examinateurs : Magali Giral Professeur des Universités – Praticien Hospitalier, Nantes Université
Jean-François Zagury Professeur des Universités, CNAM Paris
Gwendaline Guidicelli Praticien Hospitalier, CHU de Bordeaux
Dir. de thèse : Pierre-Antoine Gourraud Professeur des Universités – Praticien Hospitalier, Nantes Université
Co-dir. de thèse : Sophie Limou Maître de conférence, Centrale Nantes
«C’est de la force des convictions que dépend la réussite, pas du nombre de partisans»
Remus Lupin
3
R EMERCIEMENTS
J’aimerais remercier toutes les personnes qui de près ou de loin ont contribué à la réussite
de ce projet de thèse.
Mes remerciements vont tout d’abord à mes directeurs de thèse, le Dr Sophie Limou et le Pr
Pierre-Antoine Gourraud pour m’avoir offert cette opportunité et m’avoir amené jusqu’au bout
de ce projet de thèse. Merci de m’avoir ouvert les portes de la recherche scientifique d’abord par
le biais de mon stage et ensuite à travers ces années de thèse.
Je remercie tous les membres du CR2TI qui de près ou de loin, ont contribué à ce travail.
Merci aux cliniciens, techniciens, ingénieurs, chercheurs, gestionnaires, doctorants, stagiaires etc.
avec lesquels j’ai pu travailler ou échanger durant ma thèse. Je remercie très chaleureusement
tous les membres de l’équipe 5 nouvellement équipe 3 (anciens comme nouveaux) que j’ai pu
côtoyer avec un immense plaisir. Nico, merci pour ton encadrement, ton sang froid devant les
questions parfois naïves sur le HLA et la génétique des populations et ton sens du second degré
à toute épreuve qui a souvent égayé ma journée. Je n’oublie pas Axelle, la maman des chats,
Abel, Hélène, Léo, Ayan, Chadia, Claire et Raphaël avec qui j’ai partagé une moitié de bureau
pendant 8 mois, Clémence, Morgane, Irène, Martin, Sonia. C’était un réel plaisir de travailler
et d’échanger avec vous tous, j’en garderais un très bon souvenir. Particulièrement j’aimerais
remercier Vincent, j’ai énormément aimé travailler avec toi et je te remercie sincèrement pour
toute ton aide et ta contribution dans le projet KiT-GENIE. Tu hérites d’un bon gros bébé, soit
en digne ;). J’espère que ta thèse sera à l’image de ce que tu es, brillant et prometteur.
Bien sûr je n’oublie pas les membres qui sont devenus plus que des collèges de travail mais de
très bons amis et qui ont été d’un très grand soutien moral durant cette thèse. Estelle, ma vie
n’a plus jamais été la même depuis que tu es partie. Ven (Vency :P), je n’oublierai jamais toutes
les soirées bouffes/YouTube (je veux dire guitare) qu’on s’est faites chez moi. Éléa, Anaïs, les
5
journées au labo n’auraient jamais été les mêmes sans nos longues pauses gourmandes. Olivia,
coach de vie, chargée de motivation ! Je me marre encore de nos rendez vous matinaux à l’arrêt
de tram et de mes sprints pour ne pas le rater (ce qui était souvent le cas d’ailleurs). Sirine,
on devrait se chercher une ligne d’urgence car le téléphone simple tous les jours ne suffit plus.
Enfin, Magalie merci pour ta bonne humeur et ta gentillesse en toute occasion.
Je tiens à remercier ces amis qui ne sont peut être pas liés au travail mais qui ont toujours
été là. D’abord mon support system au delà de toutes frontières : Cas d’urgence, Sophie mon
amour, Pa Demba my very best friend, Loucar, Tabara, Falilou (tu es devenu expert en Ferret
à force). Je ne saurais jamais vous remercier assez pour ce que vous êtes. Frézza et Maïra aka
la Team B, je ne vous oublie pas. Adri je ne sais pas exactement où te placer mais saches que
tu es mon coloc belge préféré et le plus beau des pandas.
Je ne saurais terminer sans remercier ma famille. Merci à mes frères et sœurs pour leur
soutien, leur bonne humeur, leurs appels ambigüs, leurs quotidiens qui me donnent souvent
une bonne distraction, les fous rires etc. Ramata, tu remportes le prix de la meilleure sœur
pour m’avoir donné une si belle nièce pendant ma thèse. Merci à mes chers parents qui m’ont
accompagné et m’ont porté avec fierté tout le long de ma vie. Merci pour votre soutien et votre
amour inconditionnels. Papa, je me suis battue pour toi. Cette thèse, c’est pour toi. Enfin,
j’aimerais remercier mon mari pour l’immense soutien qu’il m’a témoigné durant cette thèse
et ceci dans tous les domaines. Je ne saurais jamais te remercier assez pour ta patience, tes
encouragements, tes efforts quotidiens pour me supporter et surtout ta foi en moi lorsque moi
même je n’y croyais plus. Merci pour tout. Je t’aime.
6
TABLE DES MATIÈRES
I Introduction 15
7
TABLE DES MATIÈRES
8
TABLE DES MATIÈRES
3 Objectifs de la thèse 89
3.1 Axe 1 : Consolidation d’une biobanque de paires donneur/receveur pour la trans-
plantation rénale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
3.2 Axe 2 : Explorations statistiques et analyse de données génétiques à grande échelle
pour une meilleure prise en charge du greffon rénal . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
II Protocoles 91
2 Méthodes statistiques 97
2.1 Contrôle qualité des données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
2.2 Analyses en composantes principales (ACP) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
2.3 Imputation SNP et HLA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
2.3.1 Imputation SNP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
2.3.2 Imputation HLA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
2.4 Analyses GWAS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
9
TABLE DES MATIÈRES
2.1.2 Association entre variants génétiques et retour en dialyse pour les rece-
veurs et les donneurs après imputation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
2.1.3 Discussion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
IV Discussion 153
1 Conclusion 166
2 Perspectives 168
10
TABLE DES MATIÈRES
11
L ISTE DES ACRONYMES ET
ABRÉVIATIONS
13
TABLE DES MATIÈRES
LB Lymphocyte B
LRS Long Read Sequencing
LT Lymphocyte T
MAF Minor Allelic Frequency
MDRD Modification of Diet in Renal Disease
MRC Maladie Rénale Chronique
MS Mass Spectrometry
NGS Next Generation Sequencing
NK Natural Killer
PCR Polymerase Chain Reaction
QC Quality Control
RMN Résonance Magnétique Nucléaire
SMRT Single Molecule Real Time
SNP Single Nucleotide Polymorphism
TCMR T-Cell Mediated Rejection
WES Whole Exome Sequencing
WGS Whole Genome Sequencing
14
Première partie
Introduction
15
Chapitre 1
I NTRODUCTION À LA TRANSPLANTATION
RÉNALE
Les premiers succès d’autogreffes humaines remontent au 19e siècle avec les avancées de
Jacques Louis Reverdin qui effectue, en 1869, des greffes épidermiques en couvrant les surfaces
sans peau de petites pièces d’épiderme humain [1]. Au début du XXe siècle, Mathieu Jaboulay
et Alexis Carrel mettent au point plusieurs techniques de suture vasculaire, qui seront immédia-
tement appliquées à la transplantation d’organe [2, 3]. En 1908, Alexis Carrel réussit la première
auto-transplantation rénale (transfert du rein sur une autre partie du corps) chez le chien avec
une survie prolongée de l’animal et du greffon [2]. La réalité chirurgicale de la transplantation
est alors reconnue mais les hétéro-transplantations rénales (transplantations entre deux espèces)
chez l’homme échouent systématiquement. En 1933, Voronoy pratique la première transplanta-
tion rénale chez l’homme en greffant un rein de cadavre sur une jeune femme atteinte d’insuf-
fisance rénale [4, 5] qui se solde par un échec. En 1952, la transplantation d’un rein maternel
(donneur vivant) à un patient âgé de 16 ans par le groupe de Jean Hamburger à Necker ne par-
vient pas non plus à obtenir un fonctionnement prolongé du greffon [6] (décès du patient au 21e
jour). Au début du siècle, les travaux de James Murphy puis de Williamson avaient déjà iden-
tifiés un facteur biologique innomé à l’époque, responsable des réactions de rejet d’homogreffe,
et atténué par les rayons X et le benzol [7, 8]. Mais de nombreuses années de recherche seront
encore nécessaires avant la découverte de l’immunité humorale par Woglom, en 1933 [9], puis du
système HLA par Jean Dausset, en 1952 [10]. Le premier succès en transplantation rénale à long
terme est celui d’une transplantation entre deux jumeaux monozygotes en 1954, à Boston [11].
En 1959, deux transplantations rénales entre jumeaux dizygotes sont réussies, la première à
Boston, la seconde à Paris, à l’Hôpital Necker. En 1960, l’équipe de l’hôpital Foch, de Suresnes,
va plus loin, en tentant les premières transplantations entre frère et sœur non jumeaux, puis en
dehors de toute parenté entre le donneur et le receveur. À chaque fois, l’immunosuppression est
induite [1, 12]. En 1956 les greffes de moelle osseuse débutent [13] suivies par les premières trans-
plantations hépatiques (1963-1969) [14], de cœur (1967) [15, 16] et de poumon (1963) [17, 18].
17
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
En 1994, l’établissement français des greffes est créé et une convention de collaboration entre
France Greffe de Moelle et les Etablissements Français du Sang sera signée en 2000. En 2020,
4 417 transplantations d’organes ont été réalisées dont 400 (9%) à partir de donneurs vivants
(rein, foie). Par comparaison avec 2019, il y eu une baisse de 25 % du nombre total de greffes
en France en raisons du Covid-19. Cet écart a été en grande partie comblé en 2021 avec une
hausse de 19,5% par rapport à 2020. Les transplantations courantes concernent aujourd’hui le
rein (3251, 62%), le foie (1 224, 23%), le coeur (408, 8%), le poumon (316, 6%), le pancréas (67,
1%), la double transplantation coeur/poumon (6, 0.1%). Le rein reste à ce jour l’organe le plus
transplanté dans l’histoire [19] (Table 1.1).
1.2 Le rein
1.2.1 Structure du rein
Les reins sont localisés dans l’espace rétropéritonéal, de part et d’autre de la colonne ver-
tébrale sous les dernières côtes. Ils ont la forme typique d’un haricot et mesurent environ 12
cm pour 160 g. Les reins sont reliés d’une part à l’artère aorte et à la veine cave inférieure par
l’artère et la veine rénale et d’autre part à la vessie par deux longs canaux, les uretères ; ils font
partie de l’appareil urinaire [20] (Figure 1.1). Les reins sont entourés d’une couche de graisse
18
1.2. Le rein
périrénale, puis d’une enveloppe de tissu conjonctif appelée fascia de Gerota. Ils sont chacun
surmontés d’une glande surrénale. Chaque rein est protégé par une enveloppe dure externe ; la
capsule. A l’intérieur de celle-ci se trouve le parenchyme rénal qui renferme une partie péri-
phérique appelée le cortex et une partie centrale appelée la médulla [21, 22]. Entre les deux se
trouvent environ 400 à 800 000 petites structures composées essentiellement de tubules et de
glomérules, les néphrons [23] (Figure 1.1). Le néphron est l’unité fonctionnelle du rein. Il a pour
rôle de filtrer les différentes substances contenues dans le sang pour ensuite réabsorber les nutri-
ments et éliminer les déchets par l’urine. La formation de l’urine commence dans les glomérules
qui filtrent les substances sanguines et l’eau pour former l’urine primaire. Ensuite, par des phé-
nomènes de sécrétion et de réabsorption entre le fluide tubulaire et les capillaires, la composition
de l’urine est modifiée dans les tubules pour aboutir à la formation de l’urine définitive. Cette
urine passe ensuite dans les calices, s’écoule dans le bassinet puis transite dans les uretères pour
atteindre la vessie où elle est stockée puis éliminée lors d’une miction via l’urètre [24] (Figure
1.1). Chacun d’entre nous possède normalement deux reins. Mais dans certains cas (Anomalie
congénitale ou retrait d’un rein), un seul rein suffit pour vivre (5% des individus). Les reins
sont des organes vitaux qui assurent les fonctions essentielles d’épurateur et de régulateur de
l’organisme [22, 23, 24]
19
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
20
1.2. Le rein
Les reins possèdent la capacité de filtrer le sang. Ils sont parcourus par de nombreux vaisseaux
sanguins qui assurent la circulation du sang dans l’organe. Le sang arrive dans chaque rein via une
artère rénale qui provient d’une ramification de l’aorte. Le débit sanguin rénal représente environ
600 mL/min, soit 20 à 25 % du débit cardiaque et est transmis en quasi-totalité aux glomérules.
Le sang est ensuite épuré par le rein qui trie et régule ses composants. Trois classes de substances
sont filtrées au niveau du glomérule : les électrolytes (sels minéraux en circulation dans le
sang, tels que le sodium, calcium, potassium, etc.), les non-électrolytes (issus du catabolisme
des protéines, peptides et acides aminés, tels que le glucose ou l’urée) et l’eau. Lors de cette
étape, il n’y a pas de passage des protéines qui sont trop grosses pour passer à travers les
pores et sont retenues dans le sang. La réabsorption est réalisée au niveau des tubules à la
suite de l’étape de filtration. Ainsi, les reins régulent la conservation ou la perte de certains
constituants comme l’eau, l’urée, l’acide urique ou la créatinine. Ils éliminent également les
substances étrangères comme les résidus des médicaments, dont l’accumulation serait toxique
pour l’organisme. Chaque jour, les glomérules produisent environ 180 litres d’ultrafiltrat (Débit
de Filtration Glomérulaire), pour un débit urinaire d’environ 1 à 2 litres/j, la différence étant
réabsorbée par le tubule (diurèse). Une fois épuré, le sang repart par la veine rénale qui rejoint la
veine cave inférieure et les substances non réabsorbées sont éliminées via l’urine qui sera stockée
dans la vessie avant d’être évacuée [23, 24].
Les reins ont une fonction de régulation du milieu intérieur afin de maintenir l’homéostasie.
Ils équilibrent de façon constante les sorties rénales de certains constituants principalement l’eau
et les sels minéraux (le sodium contenu dans le sel, le potassium, le calcium, le bicarbonate qui
règle l’acidité du sang, le magnésium) en fonction des besoins de l’organisme et des entrées
digestives. L’ajustement de chaque soluté (condition de l’homéostasie) se fait finement grâce
aux phénomènes tubulaires de sécrétion et de réabsorption, sous contrôle hormonal spécifique
(aldostérone pour le Na, ADH pour l’eau par exemple). Ceci permet une régulation de l’équilibre
acido-basique et de la pression artérielle. Lorsque les reins fonctionnent mal, ils n’éliminent
pas suffisamment les électrolytes tels que le sodium ou le potassium ce qui peut induire de
l’hypertension artérielle, des œdèmes ou des complications cardiaques [23, 25].
De nombreuses substances à activité biologique sont synthétisées dans le rein tels que des
hormones, des enzymes et des vitamines :
21
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
— L’érythropoïétine (EPO) L’erythropoïétine est une hormone produite par le rein plus
spécifiquement par des cellules interstitielles péritubulaires fibroblastiques. Elle permet à
l’organisme de s’adapter à différentes situations physiologiques (baisse du taux d’oxygène
circulant dans les artères rénales, hémorragie, hémolyse etc.) en régulant la quantité des
globules rouges pour véhiculer l’oxygène dans l’organisme. Un manque d’EPO est fréquent
lorsqu’il existe une insuffisance rénale, responsable d’une anémie [23, 24].
— Le système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA) Le rein sécrète une enzyme
appelée la rénine. Elle est produite au niveau de l’appareil juxta-glomérulaire et s’active
par protéolyse de l’angiotensinogène circulant d’origine hépatique. Par des mécanismes
de fragmentations, l’angiotensinogène est transformée en angiotensineI puis en angio-
tensineII grâce à la rénine et une enzyme de conversion. On parle de SRAA qui joue
un rôle très important dans la régulation de la pression artérielle notamment avec des
mécanismes de vasoconstrictions ou de vasodilatations [23, 24].
— La vitamine D Le rein participe à la production de vitamine D active appelée calcitriol
et sécrétée à partir de son précurseur hépatique ( 25 (OH) vitamine D3). La forme active
de la vitamine D augmente l’absorption digestive et rénale de calcium, et l’absorption
intestinale de phosphate. Un manque de vitamine D est fréquent lorsqu’il existe une
insuffisance rénale [23, 24].
Les mesures de la fonction rénale permettent d’évaluer la capacité des reins à filtrer les déchets
azotés du sang (urée, créatinine, acide urique) [26]. Ces tests contribuent à calibrer la posologie
de plusieurs médicaments qui sont excrétés ou métabolisés par les reins, d’indiquer le moment
approprié pour le début de la dialyse et d’évaluer le statut rénal des donneurs et des receveurs
pour une transplantation de reins. Plus important encore, ces mesures sont primordiales pour
la détection précoce de l’insuffisance rénale qui bien souvent évolue silencieusement (pas de
symptômes visible chez le patient) jusqu’au stade de non réversibilité. Il est également important
de suivre la fonction rénale chez les individus qui sont dits « à risques » (antécédents de diabète
mellitus, hypertension artérielle, maladie cardiaque, cholestérol élevé, âge supérieur à 50 ans,
antécédents familiaux d’insuffisance rénale etc.) [27]. Toutefois, la fonction rénale considérée
comme « normale » diffère en fonction de plusieurs facteurs tels que l’âge, le sexe, le poids,
l’ethnie, le régime alimentaire etc. Par exemple, un sujet avec une masse musculaire importante
n’aura pas les mêmes mesures de la fonction rénale qu’un individu avec un poids normal. Cela
ne signifie pas toutefois qu’il a une mauvaise fonction rénale [26]. L’évaluation de cette fonction
rénale doit donc prendre en compte tous ces facteurs pour être la plus précise possible. Pour
se faire, on se base sur la mesure du taux de filtration glomérulaire rénale ; l’idée étant de
mesurer s’il y’a une augmentation du taux de molécules présentes normalement dans le sang
22
1.2. Le rein
et éliminées par le rein (créatinine, urée, acide urique etc.) pouvant résulter d’une mauvaise
filtration rénale [28].
La créatinine, est un produit de dégradation des muscles naturellement présent dans l’or-
ganisme et éliminé uniquement par les reins. Un dosage sanguin de la créatinine (exprimé en
µmol/L) est souvent réalisé pour évaluer la fonction rénale. Lorsque celle-ci est dysfonctionnelle,
le taux de créatinine augmente dans le sang. Toutefois cette mesure est insuffisante pour conclure
sur une insuffisance rénale car le taux de créatinine sanguin est intrinsèquement lié à la masse
musculaire. Les individus ayant un poids important ont tendance à avoir une créatinine plus
élevé que les individus avec un poids moins élevé. Par exemple, les valeurs considérées comme «
normales » chez la femme sont entre 50 et 90 µmol/L chez la femme et entre 80 et 115 µmol/L
chez l’homme. Le taux de créatinine peut également varier en fonction de l’âge ou de l’ethnie. De
ce fait, la créatininémie seule est donc un marqueur imparfait de la fonction rénale. Pour avoir
une mesure plus précise, on évalue plutôt la clairance de la créatinine ou le débit de filtration
glomérulaire (DFG) [26, 29].
La créatinine est librement filtrée par les glomérules, sécrétée par les tubules rénaux et éli-
minée dans les urines. Par une collecte de l’urine sur une période définie (habituellement sur 24
heures), il est possible d’évaluer la clairance de la créatinine basée sur une formule classique :
Cette mesure est indépendante de la masse musculaire et la valeur obtenue est proche du
DFG. Elle reste la manière la plus simple de déterminer la clairance de la créatinine afin d’évaluer
la fonction rénale surtout lorsqu’elle est combinée avec une mesure des taux sériques de créatinine
aux mêmes moments. Néanmoins, le taux de créatinine mesuré est surestimé car la créatinine
est également sécrétée par le tubule. De plus, elle peut être imprécise car sa fiabilité dépend
grandement de la précision du recueil des urines de 24 heures souvent pris en défaut (vidange
vésicale incomplète, miction jetée etc.). Ces facteurs rendent cette mesure imparfaite. Elle est
surtout recommandée en cas de grossesse [26].
23
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
Ces mesures basées sur des méthodes radio-isotopiques ou non isotopiques sont les plus
précises pour la mesure du DFG et représentent le Gold standard pour évaluer de façon exacte
la filtration rénale. Elles reposent sur l’utilisation de produits injectés dans le sang et dont
on mesure l’élimination urinaire. Ces techniques sont longues et coûteuses et nécessitent une
certaine expertise (structures spécialisées). Plusieurs traceurs peuvent être utilisés dont l’Inuline,
l’EDTA marqué au Chrome, l’Iothalamate radioactif marqué à l’iode-125, et l’Iohexol (produit
de contraste iodé). Ces substances sont librement filtrées, non fixées aux protéines, non sécrétées
et non réabsorbées. Leur dosage est sensible ce qui permet une mesure précise. Après injection
du produit, on peut estimer la clairance dans le plasma (non filtré), dans les urines (filtré) ou
bien dans le rein par scintigraphie (capter par le rein) [30].
Il existe d’autres méthodes pour mesurer la fonction rénale basée sur le dosage de substances
endogènes mais aucune de ces substances ne représente un marqueur parfait. Néanmoins ces
mesures peuvent être effectuées en complément ou lorsque les autres mesures sont insuffisantes
pour évaluer la fonction rénale.
— L’azote uréique
L’urée est un déchet du métabolisme des protéines. Elle est moins cohérente que la créati-
nine sérique dans l’évaluation de la fonction rénale, car elle est également affectée par de
nombreux autres facteurs, tels qu’un apport élevé en protéines, un traitement par cortico-
stéroïdes, des fluctuations de poids etc. De plus, l’urée est réabsorbée dans le néphron (à
hauteur de 50%), surtout en cas d’atteinte rénale dans les premiers stades de la maladie
rénale. La concentration de l’azote uréique sanguin peut néanmoins constituer un indice
de la fonction rénale [26, 31].
— La moyenne des clairances de l’urée et de la créatinine
Cette mesure est utilisée chez les patients sous dialyse, afin d’évaluer le pourcentage
restant de la fonction rénale. La moyenne des clairances de l’urée et de la créatinine est
plus précise que l’une ou l’autre de ces valeurs prises individuellement, car les variations
individuelles entre la quantité d’urée réabsorbée et la quantité de créatinine activement
sécrétée se compensent. Bien qu’ils soient évocateurs, ces mesures ne sont toutefois pas
fiables pour l’évaluation des troubles rénaux [31].
— L’albumine
L’albumine est une protéine présente dans le sang et qui n’est normalement pas filtrée
dans l’urine. Cependant, si le rein est endommagé, il permet à une certaine quantité
d’albumine de s’échapper dans l’urine. On peut donc évaluer le taux d’albumine urinaire
excrété ou le rapport albumine/créatinine dans l’urine. Une albuminurie modérément
24
1.2. Le rein
Cette estimation est basée sur des formules mathématiques qui en plus du taux de créatinine
dans le sang prennent en compte des facteurs comme le poids, l’âge, l’ethnie le sexe afin d’avoir
une mesure plus précise. La valeur de créatinine dans le plasma est inversement liée au DFG,
donc à la fonction rénale. Trois formules sont principalement utilisées pour estimer la clairance
de la créatinine qui est elle-même une estimation du DFG (formule de Cockcroft) ou le DFG
(formules MDRD (Modification of Diet in Renal Disease) et CKD-EPI (Chronic kidney disease
epidemiology collaboration)) [26, 31].
— La formule de cockcroft
La formule de Cockcroft et Gault a été établie en 1976 par D.W. Cockcroft et H.
Gault [33]. Elle estime la clairance de la créatinine en prenant en compte l’âge, le sexe,
le poids et la créatininémie. Le résultat obtenu est en ml/min. Cette formule est simple
d’utilisation, mais de moins en moins utilisée en pratique clinique pour l’estimation du
DFG, car la méthode de dosage de la créatininémie sur laquelle elle se base est obsolète
avec de mauvaises performances surtout chez les patients âgés ou en surpoids. Toutefois
la formule conserve un intérêt clinique pour l’adaptation posologique des médicaments
ayant été développés avec la formule de Cockcroft [26, 31].
25
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
−0,203
186 × créatinine (µmol/L) × 0, 0113−1,154 × âge (années) ×k (1.2)
Il est important de noter qu’il existe d’autres formules de CKD-EPI qui ne sont pas
basées sur la créatinine. Il s’agit de l’estimation du DFG basée sur la cystatine C (CKD-
EPI CYST) [35], ou encore la combinaison de la créatinine et de la cystatine (CKD-EPI
CYST-CREAT) [36]. L’évaluation du DFG avec la cystanine permet une mesure moins
dépendante de la masse musculaire que la créatinine [37].
Les équations MDRD et CKD-EPI sont plus précises que celle de Cockcroft qui n’estime pas
directement le DFG mais la clairance de la créatinine. La formule CKD-EPI est plus précise
surtout pour les valeurs basses de créatininémie (taux de filtration glomérulaire inférieur à 60
mL/min pour 1,73 m2). La Haute Autorité de Santé recommande d’utiliser la formule CKD-
EPI à partir d’une créatininémie dosée par méthode enzymatique, à défaut la formule MDRD
26
1.3. L’insuffisance rénale
si la créatininémie est dosée par méthode colorimétrique (méthode dite de Jaffé) [27]. Toutefois,
ces formules restent des estimateurs du DFG et sont donc sensibles aux facteurs pouvant faire
fluctuer le DFG (dénutrition majeure, variation aiguë de la fonction rénale, surpoids, grossesse
etc.). De plus, ces équations n’ont pas été validée dans certaines populations à savoir les enfants
(utiliser la formule de Schwartz, spécifique de l’enfant), les populations non afro-américaines, les
patients âgés de plus de 75 ans etc [26].
L’IRA se définit comme une altération soudaine et rapide du fonctionnement rénale qui se
traduit par une accumulation des déchets organiques et des troubles de la régulation hydromi-
nérale et acido-basique dans l’organisme [39]. L’IRA se manifeste par une augmentation de la
créatininémie en quelques jours ou quelques semaines associée à une diurèse faible, inférieure à
500ml/24h (soit inférieure à 20ml/h). Du fait de cette augmentation soudaine, aucune formule
d’estimation du DFG n’est utilisable en cas d’IRA. Toutefois, selon une définition universelle
de l’insuffisance rénale aiguë établie par KDIGO (Kidney Disease/Improving Global Outcome
2012) [40], il est possible de poser un diagnostic et de déterminer l’évolution de l’IRA en se
basant sur les taux de créatininémie et le volume de la diurèse. On distingue 3 stades :
— Le stade 1 correspond à une augmentation de la créatininémie > 26 µmol/L (3 mg/L)
en 48 h avec une diurèse < 0,5 ml/kg/h pendant 6 à 12h.
— Le stade 2 est atteint lorsque le taux de créatininémie double en l’espace d’une semaine
avec une diurèse < 0,5 ml/kg/h pendant plus de 12h.
— Le stade 3 correspond à une créatininémie qui triple en une semaine avec une diurèse
< 0,3 ml/kg/h pendant plus de 24 h. Ce stade est le plus avancé et peut nécessiter une
dialyse d’urgence.
Les causes de l’IRA sont nombreuses. Elle peut survenir sur des reins sains suite à un traumatisme
grave, une intervention médicale etc. ou être la conséquence d’une poussée aiguë dans le cadre
d’une insuffisance rénale chronique. Dans la majorité des cas l’atteinte de la fonction rénale est
réversible. Selon le mécanisme étiologique, les IRA se classent en trois catégories d’IRA : les
IRA pré-rénales ou fonctionnelles, les IRA post-rénales ou obstructives et les IRA rénales ou
organiques [41].
27
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
Le rythme de progression de l’IRC est très variable en fonction de la MRC. Aux premiers
stades l’IRC est inexistante ou légère et s’intensifie aux stades 3 et 4. Les modifications biochi-
28
1.4. L’insuffisance rénale chronique (IRC)
miques apparaissent très tardivement. En effet, les néphrons sains s’hypertrophient et continuent
à assurer leur rôle en augmentant leur capacité de travail afin de compenser le déficit fonction-
nel. Le parenchyme rénal se réduit et le rein devient progressivement fibreux. Lorsque 50 %
ou plus des néphrons ne sont plus fonctionnels, les troubles cliniques commencent à apparaître
(hypertension artérielle, troubles cardio-vasculaires, anémie, hyperkaliémie, dénutrition etc.).
L’adaptation excessive des néphrons entraîne leur dégradation et conduit à une évolution vers
les stades 4 et 5 de la maladie qui nécessitent souvent un traitement de suppléance pour les
reins (dialyse ou transplantation rénale) [43]. Il est donc primordial de pouvoir diagnostiquer
précocement les dysfonctionnements rénaux afin de pouvoir mettre en œuvre un traitement et
un suivi dans le but de ralentir la progression de l’insuffisance rénale chronique. Le diagnos-
tic de l’IRC repose sur la mesure du DFG. De préférence, il est préconisé d’utiliser l’équation
CKD-EPI. La mesure de l’albuminurie contribue aussi à l’interprétation clinique de l’évolution
de la maladie puisque ce facteur est significativement associé au risque de progression des MRC
vers une insuffisance rénale terminale [46]. Chez certains individus, le risque de développer une
IRC est plus élevé (hypertendus, diabétiques, individus de plus de 60 ans, individus en surpoids,
individus ayant des antécédents d’uropathies, de néphropathies ou cardiovasculaires etc.). Les
néphropathies diabétiques et hypertensives représentent près de la moitié des causes d’IRC. Ces
atteintes rénales touchent encore plus les sujets âgés de plus de 65 ans qui représentent 17 %
de la population générale et 60 % des patients commençant une dialyse de suppléance. Ces
populations « à risques » doivent passer par un dépistage annuel afin d’anticiper l’apparition
d’une MRC [43]. En terme de traitements, la prise en charge dépend du degré de l’IRC. Lorsque
la MRC est détectée précocement (stade 1 et 2), il est possible de ralentir la progression de la
maladie par la détection des facteurs de risques et la prescription de traitements en fonction du
type de MRC tels que des immunosuppresseurs, les stéroïdes etc. Associé à cela, il est important
de prendre en charge les facteurs de progression : contrôle strict de la pression artérielle, dimi-
nution de la protéinurie, utilisation d’inhibiteurs de l’enzyme de conversion et des récepteurs
de type 1 de l’angiotensine II, prévention des épisodes d’insuffisance rénale aiguë, restriction
protidique modérée et adaptée au patient, contrôle d’un diabète s’il existe et l’arrêt du tabac.
Lorsque l’IRC atteint la phase terminale, les derniers recours sont la filtration externe du sang
dans un rein artificiel (dialyse), ou la trnasplantation rénale [43, 47].
L’insuffisance rénale chronique terminale en France a une incidence de 157 par million d’ha-
bitants (pmh) et par an (10 697 cas en 2020) et une prévalence de 749 pmh et 605pmh pour la
dialyse et la transplantation respectivement. Elle est 2 à 3 fois plus fréquente chez l’homme que
chez la femme et est plus prévalente avec l’âge. Chez la plupart des patients en France, l’IRCT
peut être traitée par la transplantation rénale ou la dialyse. En 2020, 92 199 personnes sont ainsi
29
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
traitées dont 55% par dialyse et 45% par transplantation rénale [48].
[Link] La dialyse
La dialyse est une méthode de suppléance qui correspond à l’ensemble des techniques d’épura-
tion extrarénales permettant d’assurer artificiellement les fonctions de filtration et de régulateur
des reins. Cette méthode nécessite un échange entre le sang du patient et une solution de com-
position électrolytique proche de celle du plasma, à travers une membrane semi-perméable. Le
but est de pouvoir épurer le sang des déchets azotés et de corriger, au moins partiellement, les
troubles hydro-électrolytiques, phosphocalciques et acido-basiques qui résultent de la défaillance
de la fonction rénale. La dialyse est généralement indiquée lorsque le DFG est inférieure à 10
ml/min/1.73 m2 ou inférieure à 15 ml/min chez les sujets diabétiques, âgés et/ou dénutris.
D’un point de vue clinique, il est préconisé de débuter le traitement avant l’apparition des com-
plications graves de l’IRCT tels qu’une péricardite, une surcharge hydrosodée ou une atteinte
neurologique. Il existe deux types de dialyse : l’hémodialyse basée sur une circulation sanguine
extracorporelle et la dialyse péritonéale qui utilise des méthodes intracorporelles. Le choix de
l’une des deux techniques de dialyse repose sur des critères médicaux (contre-indication d’une
des techniques) mais également sur la situation personnelle, le mode de vie et l’autonomie du
patient [47].
[Link].1 L’hémodialyse
L’hémodialyse est la technique de dialyse la plus utilisée en France (> 90%) [49]. Elle consiste
à l’épuration extracorporelle du sang au travers d’une membrane artificielle intégrée dans une
machine appelée le dialyseur (Figure 1.2.A). Pour cette technique, un abord vasculaire particulier
est nécessaire : la fistule artério-veineuse qui doit être installée des semaines avant le début de
la dialyse. L’appareillage d’hémodialyse comprend [50] :
— Une pompe qui permet d’aspirer, à travers la fistule artério-veineuse, le sang chargé de
déchets et de le renvoyer dans le corps une fois épuré.
— Un générateur qui produit un liquide stérile appelé dialysat dont la composition est proche
du plasma humain.
— Un dialyseur composé de fibres capillaires (poils) qui jouent le rôle de surface d’échange
entre le sang circulant dans les poils et le dialysat qui circule tout autour de ces poils. Le
sang est donc séparé du liquide de dialyse par une très fine membrane perméable qui va
permettre le passage de molécules dans les deux sens. Ainsi, les déchets passent du sang
vers le dialysat. Une fois épuré, le sang retourne à nouveau dans la circulation sanguine
via la fistule artério-veineuse et le dialysat chargé de déchets est jeté [50].
30
1.4. L’insuffisance rénale chronique (IRC)
La dialyse péritonéale est la méthode de suppléance la moins utilisée en France (< 10%).
C’est une technique intracorporelle basée sur l’utilisation d’un filtre interne particulièrement
riche en vaisseaux : le péritoine (Figure 1.2.B). Ce dernier est une membrane fine qui tapisse
toute la cavité abdominale ainsi que les organes qui s’y trouvent. La dialyse péritonéale consiste
à mettre en contact un liquide sain (le dialysat) avec le sang en utilisant la membrane péritonéale
comme paroi filtrante (dialyseur) ; l’idée étant de faire migrer les toxines depuis le sang vers le
dialysat en traversant le péritoine [43]. Pour se faire, un cathéter est introduit dans la cavité pé-
ritonéale, sous anesthésie générale ou locale. Ceci permettra de pouvoir injecter le dialysat et le
retirer une fois rempli de déchets. L’extrémité du cathéter dépasse d’une dizaine de centimètres
à l’extérieur de l’abdomen et est fixée sur une tubulure adaptée pour chaque séance de dialyse.
La dialyse péritonéale est généralement pratiquée à domicile soit par le patient lui-même soit
par un infirmier.
En termes de performances d’épuration, la dialyse péritonéale est moins efficace que l’hémo-
dialyse (difficultés techniques chez les patients de fort gabarit) et son utilisation est limitée à
quelques années du fait de l’altération progressive des propriétés du péritoine. Néanmoins, les
techniques de dialyse péritonéale permettent une plus grande autonomie du patient et s’avèrent
moins contraignantes sur le plan de la vie quotidienne en comparaison avec l’hémodialyse qui
est en plus du manque d’autonomie est bien plus coûteuse (25 000 à 50 000 euros/an ) et génère
plus d’effets secondaires dont complications infectieuses, bactériennes ou virales (hépatites B et
C par exemple). Dans tous les cas, quelle que soit la technique, la dialyse reste un traitement
lourd qui impacte grandement la qualité de la vie du patient et dont le taux de mortalité reste
toutefois plus importante que pour les personnes transplantées [43, 51]. Le taux de mortalité
en dialyse est de 16 pour 100 patients-années alors que celui de la greffe est de 3 pour 100
patients-années depuis 2008 [48].
31
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
32
1.5. La transplantation
1.5 La transplantation
1.5.1 Pré-transplantation
Une transplantation rénale est une intervention chirurgicale qui consiste à placer un rein sain
provenant d’un donneur vivant ou décédé avec rétablissement de la continuité vasculaire chez
un receveur dont les fonctions rénales sont irréversiblement altérées. Le rein transplanté appelé
greffon est généralement placé plus bas que la position anatomiquement normale (dans la fosse
iliaque) sans nécessité de retirer les reins malades. Lorsqu’elle est possible, la transplantation
est la meilleure méthode de suppléance de la fonction rénale. Elle permet une meilleure qualité
de vie par rapport à la dialyse, une morbidité cardio-vasculaire moindre et une espérance de vie
supérieure [52, 53]. Selon les chiffres de l’ABM [44], 91.8% des greffons sont encore fonctionnels
après 1 an, 77.9% après 5 ans et 58.3% après 10 ans. Depuis 1959, année de la première greffe
rénale enregistrée dans Cristal* , un total de 94 160 greffes rénales a été enregistré : il s’agit de
la greffe la plus courante en France [54]. Le nombre estimé de malades porteurs d’un greffon
rénal fonctionnel est de 42 068 au 31 décembre 2020 soit une prévalence de 620 pmh [54].
En 2021, 3 251 transplantations ont été effectuées dont 502 greffons provenant de donneurs
vivants [19]. Néanmoins, malgré le nombre croissant de transplantations rénales chaque année,
la liste des patients en attente de greffe continue de s’allonger. En 2021, la liste de d’attente
de l’ABM comptabilise 17 148 patients inscrits [44] soit plus de 4 candidats à la transplanta-
tion pour 1 greffon. 57% des malades sont greffés 3 ans après leur inscription sur le registre de
greffe [44]. Il y a un manque évident de greffons rénales qui rend difficile l’accès à la transplan-
tation pour beaucoup bien qu’elle soit la meilleure méthode de suppléance. Les patients pour
qui une transplantation rénale est envisagée doivent respecter certains critères d’éligibilité. Le
greffon peut provenir d’un donneur vivant ou décédé compatible (ABO et HLA) et son attribu-
tion est réglementée par l’Agence de la Biomédecine sur la base de critères d’équité et d’égalité
entre les patients [44].
*Logiciel développé par l’ABM pour l’attribution efficace des greffons et qui recense toutes les informations
relatives aux transplantations et greffes effectuées en France
33
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
Initialement, la sélection d’un donneur potentiel était basée sur des critères très stricts afin
de réduire au maximum le risque d’altération du greffon après transplantation et d’assurer une
meilleure survie du patient. Le donneur devait être un sujet jeune (moins de 50 ans), en bonne
santé, sans antécédents ou facteurs de risques de comorbidités (maladies cardio-vasculaire par
exemple) et sans lésions sur l’organe prélevé [57]. Dans ces conditions, la majorité des donneurs
étaient des victimes d’accident de la voie publique (AVP) avec un traumatisme crânien grave
évoluant vers un état de mort encéphalique. Avec la baisse très importante des décès liés aux
AVP et l’augmentation progressive du nombre d’inscrits dans les listes d’attente de greffe, la
pénurie d’organes est très vite devenue un problème majeur. Pour pallier à cette carence, certains
critères de sélection ont été élargis et des programmes de recherche d’autres sources de greffons
ont été mis en place. Ceci concerne : le prélèvement sur donneur décédé à critères élargis, le
prélèvement sur donneur décédé après arrêt cardiaque, et le prélèvement à partir de donneurs
vivants [57].
Il s’agit du type de donneurs le plus courant (84% des dons de rein en 2021) [19]. Les greffons
provenant de ce type de donneurs assurent une survie de 91% à 1an, 76% à 5 ans et 56% à 10ans
post-greffe [58, 59].
Les donneurs décédés peuvent être divisés en 2 catégories :
— Les donneurs décédés en mort encéphaliques (DDME) :
La mort encéphalique est définie comme la destruction définitive et irréversible de l’encé-
phale avec absence totale de conscience, d’activité motrice ou de de ventilation spontanée
et abolition de tous les réflexes du tronc cérébral [56]. Elle représente moins de 1 % de
tous les décès (0,58 %) mais constitue la principale source de donneurs de greffe rénale
(89% en 2019). On différencie les donneurs à critères standard (âgé > 50, sans facteurs
de comorbidité associé) et les donneurs à critères élargis [57, 60]. Il s’agit des donneurs
âgés de plus de 60 ans ou les donneurs entre 50 et 59 ans présentant des comorbidités tels
34
1.5. La transplantation
qu’une hypertension, un fonctionnement rénale réduit (créatinine ≥133 µmol/L) etc. Ces
donneurs « marginaux » ont des organes de qualité inférieure et présentent un risque po-
tentiel de retard à la reprise de fonction, un taux de non fonction primaire plus important,
une durée de fonctionnement moindre et une sensibilité plus importante à l’ischémie. Les
donneurs à critères élargis représentaient 2,2% en 1996 et sont plus de 30% en 2021 [59].
Le recours à ces dons de moins bonne qualité était pour pallier au manque de greffon.
Pour augmenter les chances de fonctionnement du greffon et de survie du patient, le
patient peut recevoir les 2 reins du même donneur (bigreffe) lorsque le DFG estimé du
donneur est < 60 mL/min/1,73 m2.58
— Les donneurs décédés après arrêt cardiaque (DDAC) :
Il s’agit des donneurs décédés présentant un arrêt cardiaque et respiratoire persistant.
Ils ont généralement âgés de moins de 50 ans et leur décès a une origine cardiaque, sans
antécédents [56]. Les DDAC sont classés en 4 catégories dites de Maastricht. On distingue :
I) Les personnes qui font un arrêt cardiaque en dehors de tout contexte de prise en charge
médicalisée et pour lesquelles le prélèvement d’organes ne pourra être envisagé que si la
mise en œuvre de gestes de réanimation de qualité a été réalisée moins de 30 min après
l’arrêt cardiaque. (II) Les personnes qui font un arrêt cardiaque en présence de secours
qualifiés, aptes à réaliser un massage cardiaque et une ventilation mécanique efficaces,
mais dont la réanimation ne permettra pas une récupération hémodynamique. (III) Les
personnes hospitalisées pour lesquelles une décision d’un arrêt des traitements est prise
en raison de leur pronostic. (IV) Les personnes décédées en mort encéphalique qui font un
arrêt cardiaque irréversible au cours de la prise en charge de réanimation. Les classes I et
II de Maastricht sont catégorisés comme des arrêts non contrôlés et étaient plus fréquents
au début des années 2000. Les classes 3 et 4 sont des arrêts contrôlés et concernent les
dons plus récents [56]. Néanmoins, ces dons présentent plus de risques que ceux issus des
DDME. En effet, ces reins peuvent avoir été lésés par une ischémie chaude avant le décès
et leur fonction est souvent altérée par une nécrose tubulaire aiguë. Les receveurs de
greffons prélevés sur des DDAC présentent un retard de reprise de la fonction rénale plus
important (80 à 90% des cas [61]). Cependant, le pronostic à 1 an est très comparable à
ceux provenant des DDME (95% de survie) surtout pour la catégorie III de Maastricht
(94% de survie) [56, 60].
Les transplantations rénales à partir de donneurs vivants sont celles qui offrent les meilleures
performances en terme de survie du patient et du greffon. Elle est de 96 % à 1 an, 89% à 5
ans et 74 % à 10 ans post-greffe [58]. Les greffons issus des donneurs vivants sont de très bonne
qualité en raison du bon état général du donneur, de l’absence de problèmes liés à la conservation
35
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
du greffon et des procédures de transplantation bien codifiées (durée d’ischémie froide courte,
chirurgies programmées et contrôlées etc.) [56, 59].
Toutefois, les donneurs vivants sont relativement rares surtout en France. Seulement 16 % des
transplantations rénales sont réalisées à partir d’un donneur vivant en 2021 contre 40 à 50 % aux
États-Unis ou dans les pays scandinaves [19]. La pénurie d’organes a conduit progressivement à
élargir le cercle des donneurs vivants en France. Initialement, les donneurs vivants éligibles ne
concernaient que les personnes ayant un lien familial ou affectif avec le receveur (parents, enfants,
fratie, conjoints). Depuis 2011, le don du vivant est élargi à toute personne pouvant apporter la
preuve d’un lien affectif étroit et stable depuis au moins deux ans avec le receveur [57].
En amont de la transplantation, un bilan est nécessaire pour s’assurer qu’il n’y a pas de contre-
indication à la transplantation et pour établir la compatibilité entre le donneur et le receveur. Ce
bilan comporte une évaluation de la fonction rénale, une recherche de potentielles comorbidités
(hypertension, diabète etc.), une recherche d’anomalie du sédiment urinaire (protéinurie ou
hématurie) etc [56, 55]. Dans le cas où il y’a une incompatibilité entre le donneur vivant et le
receveur, il est possible de procéder à un don croisé : le donneur d’un couple A donne son rein
au receveur du couple B et vice-versa. Les deux opérations chirurgicales sont alors engagées
simultanément, tout en respectant l’anonymat entre les deux paires [56, 55]. La protection des
futurs donneurs est assurée par un comité qui encadre la décision du donneur en s’assurant
qu’elle est libre, éclairée consentie et ne présente pas de dangers majeurs pour la santé du
candidat [56, 55].
La réussite d’une transplantation rénale est en grande partie régie par la compatibilité im-
munologique entre le patient et son donneur qui implique une compatibilité en groupe sanguin
(système ABO) et en HLA (Human Leukocyte Antigen). Cette compatibilité immunologique
permet de limiter le risque de développer des réactions immunitaires contre le greffons (rejets
ou perte du greffon post-transplantation) [60].
Le système ABO, découvert par Karl Landsteiner en 1901 [62], est défini par la présence
ou non de deux antigènes A et B, à la surface des globules rouges. Lorsque les globules rouges
n’expriment pas les antigènes A ou B, des anticorps (anti A et anti B) sont produits par l’individu.
En fonction de cette définition, les individus sont classés entre les groupes A, B, AB et O :
— Une personne du groupe A possède l’antigène A et produit des anticorps contre l’antigène
B. Elle ne peut pas être transfusée avec du sang de groupe B ou AB.
— Une personne du groupe B possède l’antigène B et des anticorps anti-A. Elle est incom-
patible avec les groupe A ou AB.
36
1.5. La transplantation
37
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
— Les gènes de classe II codent pour des molécules de surface de classe II du HLA. Les
plus importantes sont les gènes HLA-DPA1, HLA-DPB1, HLA-DQB1 et HLA-DRB1.
Les molécules du HLA de classe II sont présentes à la surface des cellules présentatrices
d’antigènes (CPA) qui incluent les monocytes, les macrophages, les cellules dendritiques,
les lymphocytes B (LB) et les cellules épithéliales du thymus. Les molécules de classe II
vont présenter les peptides antigéniques aux LT CD4 qui activent la réponse immunitaire
dite humorale traduite par la production massive par les LB, d’anticorps dirigés contre
le corps étranger [73, 74] (Figure 1.4).
38
1.5. La transplantation
Figure 1.4 – Présentation d’allo-antigène par les molécules HLA de classe I et II.
A) Caractéristiques des molécules du CMH de classe I, les molécules du HLA de classe
I sont présentes sur toutes les cellules nucléées, elles ont pour fonction de présenter des peptides
d’antigènes endogènes à des LT, les LT CD8 qui deviendront des LT cytotoxiques. Les molécules
de classe I sont composées de deux chaînes polypeptidiques α et β. B) Caractéristiques des
molécules du CMH de classe II Les molécules du HLA de classe II sont présentes uni-
quement sur les CPA (cellules présentatrices d’antigènes), elles ont pour fonction de présenter
des peptides d’antigènes exogènes à des LT, les LT CD4 qui deviendront des LT helpers. Les
molécules de classe II sont également composées de deux chaînes polypeptidiques α et β. ∗
La région du HLA est extrêmement polymorphique [75], elle est dite hypervariable. Chaque
individu porte deux allèles HLA, un du père et un de la mère [76]. Chaque gène HLA présente un
très grand nombre d’allèles (20 076 allèles pour les gènes de classe I et 8244 allèles pour les gènes
de classe II) [75]. De plus, ces allèles sont liés entre eux génétiquement, ils ne se transmettent
pas de manière aléatoire à travers les générations, on parle de déséquilibre de liaison [77].
Afin d’identifier les allèles HLA portés par un individu, un typage est effectué grâce à plu-
sieurs approches qui ont évolué au fur et à mesure des avancées technologiques. Les premières
approches de typage étaient basées sur la sérologie correspondant à la caractérisation des anti-
39
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
gènes exprimés à la surface des cellules grâce à des tests systématiques d’anti-sera ou d’anticorps
monoclonaux connus sur des lymphocytes T et B de patients (pour le HLA de classe I) ou de
lymphocytes B (pour le HLA de classe II) [78]. Ces méthodes ont été succédées par des tech-
niques de biologies moléculaires plus précises (la PCR-SSO et la PCR-SSP) qui contrairement
à la sérologie, permettent une reconnaissance de séquences connus d’allèle ou de groupe d’al-
lèles HLA permettant ainsi de différencier les allèles HLA qui étaient reconnus par les mêmes
anticorps mais qui disposaient de séquences différentes [79]. Aujourd’hui, avec l’avénement des
nouvelles technologies, la technique standard de typage HLA est le séquençage basé sur deux
méthodes : le PCR-SBT, pour Sequence Based Typing ou séquençage de Sanger et les techniques
de NGS (Next Generation Sequencing) [80, 81].
Cette évolution des techniques de typage au cours des dernières décennies a amélioré le niveau
de précision impactant parallèlement la nomenclature des allèles HLA. Avec la limitation des
techniques sérologiques à la détection de l’expression antigénique en surface cellulaire, la nomen-
clature sérologique se limitait au locus suivi d’un numéro identifiant l’antigène (ex : HLA-A2,
HLA-DR4). Cela correspond à un typage dit de basse résolution [82]. Les techniques de bio-
logie moléculaire ont permis un typage de résolution dite intermediaire (ex : HLA-A*02 :CNV
= HLA-A*02 :01/05/10, HLA-DRB1*04 :AF = HLA-DRB1*04 :01/09) qui ne permet pas de
définir un allèle HLA unique mais un groupe d’allèles dont la séquence est proche, et parmi
lesquels on retrouve un allèle majoritairement fréquent. Ce groupe d’allèles correspond à une
liste d’ambiguïtés et sont regroupées sous une combinaison de lettres appelée code NMDP (Na-
tional Marrow Donor Program) [82, 83]. Enfin, grâce au séquençage, la nomenclature allélique
permet de regrouper l’ensemble des informations nécessaires permettant de caractériser chacun
des allèles au niveau de la protéine synthétisée. On parle de typage à haute résolution (exemple :
HLA-A*14 :01), qui est le plus utilisé aujourd’hui en routine. Cette nomenclature identifie le
gène, suivi d’un astérisque et d’un numéro à 1 champ (2 chiffres, information sur le groupe
allélique) ou 2 à 4 champs (4 à 8 chiffres, information sur la protéine) [83, 84].
Le système HLA représente l’un des déterminants du rejet de greffe [77, 85, 86, 87]. Il est donc
essentiel lors d’une transplantation rénale de rechercher la meilleure compatibilité possible entre
un receveur et son donneur afin de limiter au maximum le risque de rejet du greffon [55, 56, 60].
En amont de la transplantation, une recherche des anticorps anti-HLA permet de mettre en
évidence la présence d’éventuels anticorps dans le sérum du receveur qui seraient dirigés contre
les antigènes HLA du donneur (Donor Specific Antibody ; DSA) [56, 88]. Ces anticorps sont
la conséquence d’immunisations induites, entre autres, par des grossesses, des transfusions ou
des transplantations antérieures [89]. Ce test appelé cross-match permet de prévenir les rejets
hyperaigus qui surviennent dans les heures suivants l’acte chirurgical et qui sont délétères pour
le greffon [56, 90]. La réaction de rejet contre le rein greffé est de mieux en mieux maîtrisée grâce
aux traitements immunosuppresseurs [55] et le rejet aigu a drastiquement diminué ces dernières
40
1.5. La transplantation
années même en cas d’incompatibilité HLA (moins de 10% des patients ont subi un rejet aigu
de greffe rénale en France en 2020) [44]. Il est important de noter que malgré la prise en compte
de la compatibilité HLA entre donneurs et receveurs, les résultats de la transplantation peuvent
différer d’un couple à un autre et ceci même avec un nombre d’incompatibilités HLA identiques
pour les couples de donneur/receveur [91]. Classiquement, la compatibilité HLA est mesurée
au niveau allélique c’est à dire en évaluant le nombre d’antigènes communs entre receveurs et
donneurs au niveau des allèles. Cependant, ce système d’attribution basé sur les allèles HLA
présente plusieurs limites. Parmi celles-ci, les individus présentant des génotypes HLA rares ou
déjà immunisés contre un ou plusieurs allèles HLA ont des chances très réduites de bénéficier
d’un donneur sur la base de la compatibilité allélique. De plus, seuls les anticorps anti-HLA
pré-existants sont pris en compte pour l’attribution du greffon c’est à dire qu’il y’aura toujours
un risque de développer des anticorps post-transplantation (DSA de novo). Des progrès récents
ont été réalisés pour explorer la reconnaissance anticorps-antigène en étudiant les épitopes [92].
Un épitope fait référence aux acides aminés cibles spécifiques auxquels un paratope se lie (site de
reconnaissance). Un épitope se compose d’une ou plusieurs entité fonctionnelle nommée éplet qui
se composent d’un ou plusieurs acides aminés polymorphes que l’on retrouve à la surface de la
molécule [93]. La compatibilité entre donneur et receveur au niveau épitopique devient un sujet
d’actualité dans le domaine de la transplantation, car les anticorps anti-HLA sont spécifiques
des épitopes plutôt que des allèles. Entre 2 molécules HLA, les épitopes peuvent être totale-
ment identiques (épitopes publiques), partiellement identiques (partageant certains éplets) ou
totalement différents (épitopes privés) [94]. Certains de ces épitopes sont plus immunogènes que
les autres et n’auront pas le même impact sur la reconnaissance immunitaire. Il existe des épi-
topes cryptiques qui ne sont pas détectés par le système immunitaire et peu immunogènes. Ainsi,
l’apparition d’une immunisation est due à une sensibilisation face à ces épitopes HLA. La compa-
tibilité épitopique pourrait donc être plus précise pour évaluer la compatibilité donneur receveur
et ainsi améliorer l’allocation des greffons [94]. En transplantation rénale, des études ont montré
que l’anticipation de la charge épitopique permet d’identifier les patients à risque d’allosensi-
bilisation et d’ajuster les niveaux cibles des médicaments immunosuppresseurs [95]. Plusieurs
outils permettent aujourdhui d’évaluer la compatibilité épitopique dont les plus utilisés sont
HLAMatchmaker [96], HLA-EMMA [97], PIRCHE [98] etc. Plus récemment, un outil nommé
HLA-EPI a été développé au sein de notre équipe et se base sur la reconnaissance directe des
éplets pour l’étude de la compatibilité HLA [99]. Toutefois l’identification des facteurs immunolo-
giques ne suffit pas à comprendre toute la complexité des interactions donneur/receveur après la
transplantation surtout dans le cas des rejets chroniques dont les mécanismes restent encore flous.
Bien que les les DSA soient reconnus comme la principale cause de la perte tardive de la greffe,
il existerait d’autres facteurs impliqués. Des études ont montré l’implication de certains facteurs
tels que les cellules NK ("Natural Killer"), mais aussi d’auto-anticorps et d’allo-anticorps non-
41
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
HLA dans le rejet chronique (cf. [Link].1 Les rejets : Le rejet chronique p. 46) [100, 101, 102].
Ceci est bien illustré par le fait qu’il n’existe que 15% de différence de survie entre les transplanta-
tions 100% compatibles et celles incompatibles à 10 ans post-transplantation [91]. Ces avancées
lèvent le voile sur la compléxité des mécanismes régissant le rejet chronique et suggèrent la
necéssité d’études avec des données intégratives (cliniques, biologiques, immunologiques et mo-
léculaires) et multi-couches (génomiques, transcriptomiques, cliniques, proteomiques etc.) pour
pouvoir améliorer le diagnostic et la prédiction de rejet ou perte de greffon chronique. C’est le
défi que s’est lancé le projet KTD-innov (https ://[Link]) qui intègre à grande échelle
l’évaluation systématique des données cliniques, biologiques, immunologiques et moléculaires des
patients afin d’établir un système de prédiction du rejet fournissant une probabilité des risques
individuels de rejet d’allogreffe ainsi qu’un système diagnostic de précision adressant l’activité
et le stade du rejet de greffon [103, 102, 104].
Le don d’organe est régi par des règles et des principes établis selon les lois de la bioéthique
et gérée par l’agence de la biomédecine. Le don doit être consenti, gratuit et garantir l’anonymat
entre le donneur et le receveur. Suivant ces principes, l’attribution d’organes se base sur deux
notions fondamentale : l’utilité et l’équité du don. Cela veut dire qu’il faut tenir compte d’une
part de l’urgence de la greffe ainsi que du temps d’attente pour les patients et d’autre part de
l’utilisation optimale des greffons et des chances de survie du patient.
Des échelons de priorités ont été définies pour pouvoir attribuer le plus justement les greffons
aux patients préalablement inscrits en liste d’attente [56].
— Un premier échelon de priorités nationales s’applique à tous les greffons et pour tous
les patients. Il priorise les patients en urgence vitale dont la survie est menacée à court
terme (hépatite sévère, patient sous cœur artificiel etc.), les patients ayant une difficulté
d’accès particulière à la greffe (les hyperimmunisés par exemple), les patients mineurs si
le donneur a moins de 18 ans et les patients 100% compatibles en HLA avec le donneur.
— Un deuxième échelon de priorités interrégionales est défini afin de favoriser les échanges
de greffons entre les équipes dans l’inter région. L’attribution régionale à un patient est
définie selon le score régional.
— Un dernier échelon de priorités s’applique au niveau local c’est-à-dire à l’échelle d’une
équipe qui va définir les critères de sélection du receveur [56]. Lorsque deux reins sont
prélevés, l’équipe de prélèvement bénéficie d’une priorité sur un des reins pour un de ses
patients, et le second est proposé à l’échelon national. Dans les deux cas, l’attribution
va être basée sur un score calculé pour chaque patient qui prend en compte l’ensemble
des critères liés au donneur, au receveur et à l’appariement donneur/receveur. Ce score
permet de classer les malades par ordre de priorité pour la greffe selon les règlementations
42
1.5. La transplantation
L’opération de greffe rénale, qu’il s’agisse d’une greffe à partir d’un donneur décédé ou d’un
donneur vivant, dure environ deux à trois heures. Lorsqu’il s’agit d’une transplantation avec un
donneur décédé, l’opération ne concerne que le receveur. Le greffon est préalablement disponible
et conservé à 4°C (ischémie froide) tout au long de la procédure. Cette ischémie froide qui
correspond au temps pendant lequel le rein n’a plus de circulation sanguine est primordial à la
réussite de la transplantation et doit être la plus courte possible. Dans le cas du donneur vivant,
le rein est prélevé immédiatement avant la transplantation, ainsi il ne subit pas d’ischémie
froide mais uniquement une ischémie tiède (température >4°C). D’une manière générale, la
transplantation rénale va se subdiviser en 2 étapes [55, 60] :
— Prélèvement de l’organe chez le donneur :
L’opération est généralement effectuée en utilisant une technique minimale invasive ap-
pelée laparoscopie. Cette technique permet, surtout pour les donneurs vivants, un ré-
tablissement plus rapide après l’intervention et une diminution des morbidités post-
transplantation. Le prélèvement rénal se fait en « déconnectant » le rein de toutes les
structures anatomiques qui y sont liés. Le chirurgien identifie l’ensemble des vaisseaux
afférants et efférents de l’organe dont l’artère rénale, la veine rénale qui débouche dans la
veine cave inférieure et l’uretère qui s’anastomose avec la vessie pour y acheminer l’urine.
Ils sont ensuite clampés afin d’empêcher la perte sanguine lors de leur dissection. Le rein
est ensuite retiré et placé dans une glacière contenant une solution de préservation froide
(liquide physiologique). Dans le cas d’un donneur vivant, le greffon est transporté directe-
ment dans la salle d’opération du receveur. A l’issue de l’intervention, le donneur vivant
est hospitalisé entre 3 à 7 jours en fonction de son évolution. Un suivi post-transplantation
est réalisé au bout d’un mois puis une fois par an pour contrôler au mieux la fonction
rénale du donneur [55, 56, 105].
— Insertion de l’organe
Le rein est inséré au niveau de l’abdomen dans la fosse iliaque sans nécessité d’une
néphrectomie du/des reins malades (sauf pour les cancers et autres cas particuliers (ex.
PKD sévère et douloureuse). L’insertion rénale implique une mise en communication des
vaisseaux du pédicule rénal du donneur avec ceux du receveur (Figure 1.5). A la fin
de l’opération, le patient est hospitalisé entre 7 à 14 jours avec un contrôle strict de
la diurèse, de la fonction du greffon et de l’évolution de la cicatrice jusqu’à la reprise
normale de la fonction rénale. Il est possible qu’une ou deux séances de dialyse soient
nécessaires avant le retour d’un fonctionnement optimal du nouveau rein. Le patient
43
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
Figure 1.5 – Implantation d’un nouveau greffon chez le receveur [106]. Le rein est
placé dans la fosse iliaque sans forcément la nécessité d’une néphrectomie du/des reins malades.
Le chirurgien connecte d’abord l’artère et la veine du rein greffé à la veine et à l’artère iliaques
externes du receveur. Ensuite l’uretère du greffon est connecté à la vessie du receveur.
1.5.3 Post-transplantation
Après la transplantation, un suivi médical régulier est mis en place entre l’équipe de trans-
plantation et le néphrologue afin de surveiller la fonction rénale du patient et d’anticiper toutes
complications potentielles qui pourraient altérer la survie du greffon et du patient à court, moyen
et long termes [107]. Au cours des trois premiers mois post-transplantation, le suivi est étroit.
Les visites médicales et les examens sont très fréquents : deux fois par semaine le premier mois,
puis une fois par semaine, puis deux fois par mois. Ensuite, une consultation est recommandée
une fois toutes les 2 semaines de 4 à 6 mois, une fois par mois de 7 à 12 mois puis tous les 3 à 4
mois après la première année post-transplantation. Le suivi habituel comporte des analyses de
sang et d’urine, un examen clinique, la prise de la tension artérielle [107]. Ces consultations ont
pour objectifs de surveiller :
44
1.5. La transplantation
45
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
46
1.5. La transplantation
47
PartI, Chapitre 1 – Introduction à la transplantation rénale
avait déjà mis en évidence l’implication des cellules NK dans le rejet chronique. L’absence
d’activation des cellules NK auto-induites favorise le développement d’une inflammation
vasculaire du greffon qui a exactement le même impact négatif sur la survie de l’organe
que l’absence d’activation de l’anti-DSA [100]. Plus récemment, d’autres études ont mon-
tré la grande diversité des mécanismes qui sous-tendent le rejet chronique notamment
avec l’implication d’auto-anticorps et d’allo-anticorps non-HLA [101]. Les allo-anticorps
sont dirigés contre des antigènes polymorphes qui diffèrent entre le donneur et le rece-
veur tandis que les auto-anticorps sont des anticorps qui reconnaissent des auto-antigènes.
Plusieurs gènes ont déjà été identifiés tels que AT1R qui code pour un recepteur de l’an-
giotensine II, ICAM4 qui code pour une molécule d’adhesion intracellulaire, la protéine
kinase Cz etc. Ces avancées lèvent le voile sur la compléxité des mécanismes régissant le
rejet chronique et suggèrent que des études avec des données multi-couches (génomiques,
transcriptomiques, cliniques, proteomiques etc.) sont nécessaires pour mieux comprendre
l’évolution du greffon [118].
En France, les glomérulopathies primitives sont la 3ieme cause d’IRCT (11%) après les né-
phropathies diabétiques (22%) et celles vasculaires et hypertensives (25%) [43, 44]. Certaines de
ces maladies ayant entraîné l’insuffisance rénale chronique peuvent récidiver sur le rein greffé. Il
s’agit essentiellement de glomérulonéphrites [56]. La récidive de la maladie initiale est respon-
sable de moins de 4 % de l’ensemble des échecs de transplantation. Le risque de récidive est
majeur en cas de récidive sur une première greffe et lorsque la maladie initiale a rapidement
évolué vers l’insuffisance rénale [119, 120]. Le diagnostic peut être difficile à faire car la plupart
des récidives n’ont pas de signes cliniques ou biologiques visibles. La biopsie est la meilleure
option même si la différentiation entre glomérulopathies de novo, glomérulopathies transmises
par le greffon, et récidives de glomérulopathies n’est pas toujours évidente [56]. Il est possible
de prescrire des traitements dans certains cas de récidives, mais la marge de manœuvre est très
limitée conduisant surtout à poser des indications très prudentes dans le choix du donneur quand
une transplantation de donneur vivant est proposée. [56].
— Le syndrome néphrotique idiopathique (SNI) avec lésions de hyalinose seg-
mentaires et focales (HSF)
La HSF est décrite comme un ensemble de dépôts hyalins et de lésions de scléroses seg-
mentaires (touchant une partie du glomérule) et focales (n’atteignant que certains glo-
mérules). Ces lésions altèrent la barrière de filtration glomérulaire, qui devient perméable
aux éléments de haut poids moléculaire tels que l’albumine [121]. La HSF se décline gé-
néralement en 2 formes : la forme idiopathique (80% des cas) et la forme secondaire (20%
des cas). Un des problèmes majeurs du SNI avec HSF est la récidive sur le greffon, de 30
48
1.5. La transplantation
à 50% des cas lors d’une première greffe, à plus de 90% lors de la deuxième [122]. Cette
récidive est généralement précoce et peut intervenir dans les 6 à 12 premiers mois post-
transplantation. Elle se caractérise par une protéinurie abondante (3g/24h) et une hyper-
tension artérielle avant que n’apparaissent les lésions histologiques de hyalinose [56, 122].
Des facteurs de risque tels que l’âge du donneur ont déjà été identifiés mais l’origine de
ces lésions reste indéterminée [123]. La présence d’un facteur de perméabilité circulant
est l’hypothèse privilégiée. En effet, une étude a identifié le récepteur soluble de l’acti-
vateur du plasminogène de l’urokinase (suPAR) dans le sérum comme pouvant être le
facteur circulant responsable de la récidive HSF [124]. Plus récemment, Gallon et al. ont
montré que la retransplantation chez un receveur n’ayant pas la HSF comme maladie ini-
tiale permettait la récupération rapide de la fonction d’ un greffon qui était initialement
dysfonctionnel chez un receveur avec la HSF comme maladie initiale [125]. Ces résultats
appuient la théorie selon laquelle un facteur circulant est à l’origine de la HSF. Toutefois,
l’étude sur suPAR n’a jamais été validée et une compréhension complète de la cascade
cellulaire impliquée est encore nécessaire [126].
49
Chapitre 2
[Link] La génomique
51
PartI, Chapitre 2 – La transplantation rénale à l’ère des «omiques»
Américains, Est et Sud Asiatiques, Européens) [132]. Cette cartographie a permis d’identifier
des polymorphismes tels que les SNP (Single Nucleotide Polymorphism) qui sont au cœur des
études d’associations pangénomiques (Genome-Wide Association Studies - GWAS) [133]. Ces
approches permettent d’établir, par des méthodes statistiques, une association entre un SNP
et un trait (ou une maladie) à l’échelle du génome. Ces études sont basées sur les technologies
de génotypage qui permettent de déterminer la présence ou l’absence de SNP dans la séquence
d’ADN d’un individu. Le génotypage s’effectue majoritairement à l’aide de puces à ADNs (ou
« microarray ») qui consistent en de fines couches de verre dans lesquels sont disposés des oli-
gonucléotides. Ces derniers également appelés "sondes" correspondent à des séquences d’ADN
connus et permettent de détecter les variants d’intérêt pour chaque individu. Toutefois, il est
également possible de génotyper des individus grâce à des approches de séquençages nouvelles
générations (« Next Generation Sequencing » - NGS) qui permettent de déterminer la séquence
exacte de l’ADN par opposition au génotypage qui ne cible que des séquences pré-définies. Ces
techniques sont néanmoins plus coûteuses mais permettent une exploration plus complète du
génome. De plus, si les puces à ADNs ne se concentrent généralement que sur les variants com-
muns (MAF > 5%) du génome. Le séquençage permet d’explorer les variations rares (MAF <
0.5%) et communes sur l’ensemble du génome (séquençage du génome entier ou « Whole Genome
Sequencing » - WGS) ou spécifiquement sur les régions codantes contenant les gènes (séquen-
çage de l’exome entier ou « Whole Exome Sequencing » - WES). La génomique permet de lever
le voile sur les relations entre génotype et phénotype. Dans le domaine de la transplantation,
les études génomiques permettent de mettre en évidence la variabilité génétique inter et intra
individuelle et interpopulationnelle entre donneurs et receveurs qui peuvent impacter le devenir
du greffon (cf. 2.2.3 Les études d’association génétiques p. 84) [134].
[Link] La transcriptomique
52
2.1. Les «omiques» en transplantation
du RNA-seq permet d’étudier la transcription à l’échelle d’une seule cellule (ou « single-cell
transcriptomics »). Le séquençage de l’ARN d’une cellule unique (scRNA-seq) permet en plus
de l’étude d’une cellule individuelle, d’analyser des sous-populations de types de cellules pour un
tissus d’intérêt. Les études RNA-seq permettent d’évaluer à la fois quantitativement et qualita-
tivement le taux d’ARN différentiel pour mieux comprendre certains mécanismes phénotypiques
tels que les maladies et favoriser la découverte de nouveaux transcrits. Elles permettent égale-
ment d’approfondir l’étude des ARN non codants qui jusque-là étaient peu connus mais ont été
prouvés comme essentiels dans de nombreux processus biologiques et maladies. De plus, grâce
au développement des techniques scRNA-seq, il est possible de caractériser des populations cel-
lulaires rares telles que les cellules tumorales circulantes, les cellules souches cancéreuses, et les
cellules souches embryonnaires dans les blastocystes de mammifères [134].
[Link] La protéomique
La protéomique est l’étude à grande échelle des protéines, de leur structure, de leur interac-
tion et de leur potentiel rôle au sein d’un organisme. Elle s’intéresse au protéome qui représente
l’ensemble des protéines produites par une cellule, un tissu ou un organisme donné. Ce nombre de
protéines varie en fonction du temps ou des conditions spécifiques (stress, maladies, variations
environnementales etc.). Plusieurs techniques ont été développées pour analyser le protéome.
Les plus couramment appliquées sont les techniques basées sur la spectrométrie de masse ou «
Mass Spectromy » - MS) qui comprennent deux méthodes : la MS en tandem (ou « Tandem-
MS ») basée sur l’utilisation de marqueurs à isotopes stables pour le marquage différentiel des
protéines et les techniques basées sur la migration sur gel telle que l’électrophorèse différentielle
en gel (ou « DIGE »). Cette dernière est la méthode la plus établie et la plus répandue. Elle
utilise l’électrophorèse bidimensionnelle à haute résolution pour séparer les protéines de diffé-
rents échantillons en parallèle. Ces protéines sont ensuite sélectionnées puis colorées de manière
distincte lors de l’identification par spectrométrie de masse. Les méthodes MS étudient l’interac-
tion des protéines et la quantification des modifications post-traductionnelles. Cependant, elles
ne sont pas adaptées pour l’analyse de centaines ou de milliers d’échantillons dans un délai court
(quelques jours ou quelques semaines). A cette échelle d’échantillons, les méthodes de purifica-
tion par affinité sont plus adéquates. Elles utilisent des anticorps ou d’autres réactifs d’affinité
(tels que les aptamères à base d’oligonucléotides) comme sondes pour la détection spécifique des
protéines. Une troisième approche basée sur les puces à protéines (protein chips ou microarrays)
est également utilisée pour l’identification des protéines spécialement pour la détection de la
présence ou non de certaines protéines au sein d’un échantillon biologique (détection de l’affinité
antigène-anticorps dans le sang par exemple) ou pour l’identification de complexes moléculaires
(protéine-ADN, protéine-protéine et protéine-ligand). Les approches protéomiques permettent
une analyse comparative et quantitative du répertoire de protéines au sein des tissus ou des
53
PartI, Chapitre 2 – La transplantation rénale à l’ère des «omiques»
fluides biologiques dont le taux différentiel peut refléter une maladie sous-jacente. Ces études
favorisent l’identification de nouveaux biomarqueurs potentiels pour le traitement des maladies.
Par exemple, si une certaine protéine est impliquée dans une maladie, sa structure 3D fournit
les informations nécessaires pour concevoir des médicaments pouvant interferer avec l’action de
la protéine. En transplantation, cette approche permet, par exemple, de détecter la présence
de protéines dans l’urine associée au rejet ou d’adapter un traitement immunosuppresseur en
fonction des protéines produites [134].
[Link] La métabolomique
La métabolomique est l’étude à grande échelle des métabolites synthétisés dans les cellules,
les biofluides, les tissus ou les organismes. Un métabolite est un composé organique de faible
poids moléculaire (50 à 1500 daltons), généralement impliqué dans un processus biologique en
tant que substrat ou produit (acides aminés, lipides, sucres, nucléotides, alcaloïdes, etc.). L’en-
semble de ces petites molécules et leurs interactions au sein d’un système biologique constituent
le métabolome et sont influencées par des facteurs génétiques et environnementaux. Le métabo-
lome est par nature très dynamique : les molécules sont continuellement absorbées, synthétisées,
dégradées et interagissent avec d’autres molécules, tant au sein des systèmes biologiques qu’entre
eux, et avec l’environnement. Par conséquent, le métabolome reflète directement l’activité bio-
chimique sous-jacente et l’état des cellules/tissus. Les technologies utilisées dans le domaine de
la métabolomique sont la MS et la Résonance Magnétique Nucléaire (RMN). Ces techniques
quantifient l’abondance et la structure des métabolites en se basant respectivement sur leur
masse et sur les propriétés magnétiques des noyaux atomiques. Les métabolites sont d’abord sé-
parés par chromatographie. Il existe deux méthodes : la chromatographie en phase gazeuse (GC)
utilisée pour les petites molécules volatiles et la chromatographie liquide à haute performance
(HPLC) qui sépare les molécules en phase liquide. Ces méthodes sont couplées avec la MS et/ou
la RMN pour la détection et l’identification des métabolites. La métabolomique a pour objectif
de donner l’image la plus complète de l’état cellulaire en identifiant et quantifiant son emprunte
moléculaire. Des niveaux différentiels peuvent refléter une fonction métabolique anormale et être
le signe d’une maladie. En raison de son lien étroit avec le phénotype, la métabolomique est un
outil idéal pour la découverte de biomarqueurs [134].
[Link] L’épigénomique
54
2.1. Les «omiques» en transplantation
Tant dans le domaine de la recherche que dans celui des soins, les patients, les soignants
et les chercheurs sont confrontés à une augmentation considérable de la quantité de données
disponibles pour l’analyse et l’interprétation, marquant ainsi « l’ère du big data ». Dans le do-
maine biomédical, ce changement quantitatif fait surtout référence à la -omique qui permet de
mesurer et d’analyser les caractéristiques d’une entité biologique spécifique dans son ensemble.
Les études omiques ont eu un impact considérable sur la recherche en transplantation. Certaines
études ont souligné l’apport des omiques dans le développement de thérapies personnalisées pour
éviter la perte de greffons. Cependant, l’intégration des données omiques reste un défi en termes
de processus analytiques. Ces données proviennent de sources multiples. Par conséquent, elles
peuvent contenir des biais et des erreurs systématiques qui peuvent être confondus avec des
55
PartI, Chapitre 2 – La transplantation rénale à l’ère des «omiques»
56
2.1. Les «omiques» en transplantation
Revue
57
Review
Abstract. In both research and care, patients, caregivers, and researchers are facing a leap forward in the quantity of
Downloaded from [Link] by BhDMf5ePHKav1zEoum1tQfN4a+kJLhEZgbsIHo4XMi0hCywCX1AWnYQp/IlQrHD3i3D0OdRyi7TvSFl4Cf3VC1y0abggQZXdgGj2MwlZLeI= on 03/24/2022
data that are available for analysis and interpretation, marking the daunting “big data era.” In the biomedical field, this quan-
titative shift refers mostly to the -omics that permit measuring and analyzing biological features of the same type as a whole.
Omics studies have greatly impacted transplantation research and highlighted their potential to better understand transplant
outcomes. Some studies have emphasized the contribution of omics in developing personalized therapies to avoid graft
loss. However, integrating omics data remains challenging in terms of analytical processes. These data come from multiple
sources. Consequently, they may contain biases and systematic errors that can be mistaken for relevant biological informa-
tion. Normalization methods and batch effects have been developed to tackle issues related to data quality and homoge-
neity. In addition, imputation methods handle data missingness. Importantly, the transplantation field represents a unique
analytical context as the biological statistical unit is the donor–recipient pair, which brings additional complexity to the omics
analyses. Strategies such as combined risk scores between 2 genomes taking into account genetic ancestry are emerging
to better understand graft mechanisms and refine biological interpretations. The future omics will be based on integrative
biology, considering the analysis of the system as a whole and no longer the study of a single characteristic.
In this review, we summarize omics studies advances in transplantation and address the most challenging analytical issues
regarding these approaches.
(Transplantation 2022;106: e114–e125).
Copyright © 2021 Wolters Kluwer Health, Inc. Unauthorized reproduction of this article is prohibited.
<zdoi;10.1097/TP.0000000000003992>
© 2021 Wolters Kluwer Ba et al e115
TABLE 1.
Approaches used in omics
Genomics Genomics studies whole genomes of organisms that includes the complete set of DNA and genes. It is a multidisciplinary branch
that focuses on the identification of genetic variants associated with disease, differential drugs effect, transplant outcome, etc.
An approach called the GWAS9 allows the characterization of genetic variations related to complex diseases in human popula-
tions. In the realm of transplantation, GWAS permits to highlight interethnic and interindividual genetic variability of donors and
recipients (SNPs, CNVs, etc) that may impact graft function.10 Associated technologies are mainly based on genotype arrays
techniques and also on NGS for whole-genome sequencing and exome sequencing. Genomics studies enable a better under-
standing of complex phenotypes.
Transcriptomics Transcriptomics represents the study of all transcripts (mRNA and ncRNA) produced during the process of transcription by a
genome under specific circumstances or in a specific cell. It evaluates both quantitatively and qualitatively differential RNA rate
to have better insight into disease mechanisms.
There are several techniques used in transcriptomics field, such as quantitative PCR, DNA microarrays that estimate predeter-
mined sequences, and RNA-Seq using high-throughput sequencing to capture all transcripts. RNA-Seq studies not only lead
to the discovery of many novel isoforms of the protein-coding transcriptome, but also more importantly, these techniques
empower the study of noncoding RNA that play essential roles in many biological processes, diseases, and potentially may be
used as biomarkers or as therapeutic targets.10 Transcriptomics analysis has enabled us to grasp the impact of gene expression
depending on the organism and its consequences on human disease outcomes.
Proteomics Proteomics attempts to identify in a global wayproteins quantification, location, modification, interaction, and functions in genome
scale. It is an important component of functional genomics and provides comparative and quantitative analyeis of protein
repertoire in tissue and bio fluids that reflect an underlying disease.10 In transplantation, this approach allows, for example, to
detect the presence of protein in the urine associated with rejection. Several techniques have been developed to analyze the
proteome including MS methods that investigate protein interaction and quantification of posttranslational modifications and
affinity purification methods used in the detection of protein interaction with other molecules.11 Those approaches improved
considerably in the proteomics field, especially with the development of NGS technologies.
Metabolomics Metabolomics aims to provide a comprehensive quantification of all metabolites and small molecules in the metabolome under
a given condition. The metabolic profile of a cell/tissue may result from both genetic and environmental factors. Differential
levels reflect abnormal metabolic function and are often indicative of disease. Metabolomics has for objective to give the
most complete picture of the cell state by identifying and quantifying metabolic imprints. Technologies used in metabolomics
field are MS-based approaches, namely MS and NMR spectroscopy. Those techniques quantify small molecule abundances
and structure based respectively on their mass and on the magnetic properties of atomic nuclei.12
Epigenomics Epigenomics studies reversible changes of DNA or DNA-associated proteins on genome scale that impact gene expression without
inducing mutational changes in the actual DNA sequence. These modifications including DNA methylation or histone acetyla-
tion can be influenced both by genetic and environmental factors and influence the gene expression pattern, which results
in differential disease outcomes. Recently, EWAS permits to assess DNA modifications on a global level using NGS technolo-
gies. This approach highlights the key role of epigenetic signatures on biological processes, disease development, and other
pathophysiologic states.11 In transplantation field, a better understanding of these epigenetic modifications in both donors and
recipients may lead to the identification of biomarkers, improvement in transplant recipient selection, and progress in overall
prediction outcome.13
Phenomics Phenomics is an emerging field that studies the full range of physical and biochemical traits belonging to a given organism: the
phenome. Phenomics focuses on quantitative and qualitative measurements of traits and also concerns the characterization of
genotype–phenotype associations. The development of phenomics capabilities requires expertise from multiple fields (biology,
data sciences, engineering, etc). It is a necessary complement to genomics, offers useful insights into important outcomes such
as disease and allows a better understanding of the genotype–phenotype map.14
CNV, copy number variation; EWAS, epigenome-wide association study; GWAS, genome-wide association study; MS, mass spectrometry; ncRNA, noncoding RNA; NGS, next-generation sequencing;
NMR, nuclear magnetic resonance; PCR, polymerase chain reaction; RNA-Seq, RNA sequencing; SNP, single-nucleotide polymorphism.
1. Omics data come from multiple sources, require an inter- may include a single genome (recipient or donor) or 2
disciplinary team of specialists (clinicians, specialized biol- genomes (the donor–recipient pair). Therefore, statistical
ogists, bioinformaticians, etc), and need in certain cases, a methods for analysis will be different/more complex. In
long period of time to be collected. This implies being very transplantation, strategies such as combined risk scores
careful about the preanalytical processes because multi- between 2 genomes are emerging to better understand
source data sets contain even more systematic (biological graft mechanisms and refine biological interpretations.
or nonbiological) errors than a classic data set. In addi-
tion, omics data tend to have missing data, partly because In this review, we provide a nonexhaustive summary
of how they are collected (eg, hand-filled form) and how of omics studies in transplantation and address the most
they are stored (multicentric databases with variables challenging analytical issues regarding these approaches.
and technologies that may vary depending on the center).
Procedures such as normalization, correction of batch
effects, and imputation are highly needed to achieve the OMICS STUDIES IN TRANSPLANTATION
most reliable, complete, and responsive data set. High-throughput analyses in transplanted patients have
2. The data analysis in transplantation brings additional revealed key biomarkers18 for transplantation outcomes.
complexity because of the statistical unit of interest, which Monitoring biomarkers in transplantation aims to predict
Copyright © 2021 Wolters Kluwer Health, Inc. Unauthorized reproduction of this article is prohibited.
e116 Transplantation ■ February 2022 ■ Volume 106 ■ Number 2 [Link]
rejection, treatment outcomes, and immunosuppressive of studies do not exceed 500 samples, which is low for
therapy adaptation.19,20 omics studies and power for statistical discovery. Sample
Table 2 is a summary of omics studies published in the size needs special attention in omics studies, as often, the
transplantation field with >70 reported articles. These statistical methods only reveal significant results when the
studies focused on acute rejection (AR) with very little pro- cohort size is large.98 In addition, it has been proven in
gress on chronic rejection/loss. This reflects the fact that genomics and metabolomics that an increasing sample size
chronic rejection/loss is more difficult to study because it can improve the robustness and diagnostic accuracy of the
involves more complex and heterogenous mechanisms. It markers.99
occurs months or years after organ or tissue transplanta- The issue that often arises is how to anticipate these
tion and may involve changes on different levels: chronic questions? What cohort size could be sufficient to rule out
inflammation, humoral, cellular immune reactions, etc. In a possible lack of statistical power and validate the pres-
addition, data related to chronic rejection/loss can be more ence or absence of biologically relevant results? How to
difficult to obtain because it requires follow-up informa- balance an undersized study that may lead to missing an
tion from patients and may involve access to biopsy tissues interesting feature because of a lack of sensitivity versus
to better capture the mechanisms underlying the progress an oversized study that involves too many subjects with
of the graft. Usually, the appropriate sample type depends potentially harmful or invasive experiments that can raise
on the study (what are we trying to quantify, where? etc). ethical questions? In both cases, there will be a waste of
In transplantation, the sources are various but what comes time and money. The studies cited above suggest that sam-
up most often according to Table 2 is that there are usually ple size determination should be based on the specific pur-
blood draws and also biopsy tissues. However, biopsies are pose of the study. But that conclusion is really problematic.
more difficult to obtain, especially in large quantities. As a There are indeed ways to determine the number of subjects
result, few improvements have been observed in the long- that may be needed for a study.100-102 But it implies that we
term survival of the graft97 and the mechanisms of this have a strong a priori about the outcome. For omics stud-
dysfunction are still poorly understood. Overall, the stud- ies, analyses may assess millions of features and therefore
ied cohorts remain modest regarding sample size and 80% require several simultaneous statistical tests (multitesting).
TABLE 2.
Summary of omics studies in transplantation
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© 2021 Wolters Kluwer Ba et al e117
It is then really challenging to predict the sample size in of European ancestry, which suggests that their conclu-
advance. The least we can do to ensure a good sensitivity sions may not be transferable to other populations.
for a current data set is to make sure that regardless of the AR risk is now well managed, thanks to the continuous
size of the data, we have a homogeneous data set (patient development of new immunosuppressive agents, as shown by
cohorts, technological platforms, etc) and that we did the fact that <10% of patient’s experienced AR in France in
anticipate the identification of variables and covariates. 2020.108 However, chronic graft loss remains a challenge as
Regardless of the transplantation type, most omics stud- there is 56% of graft survival within 10 y posttransplant even
ies (>75%) focused on genome, transcriptome, and pro- with a fully HLA compatible donor.97 In 2013, O’Brien et
teome with very few investigations of the metabolome. al21 performed a GWAS that included 326 renal transplants
Epigenomics and multiomics strategies have been barely from Irish recipients with long-term follow-up. They identi-
investigated. Kidney omics studies are predominant (at fied 2 SNPs (rs3811321 and rs6565887) that were associ-
least 1 study in each omic type and >35% of reported stud- ated with serum creatinine levels at 5 y. However, a validation
ies) with slightly more advances in genomics, proteomics, study by Pihlstrøm et al26 in 2016 on 1600 kidney grafts from
and transcriptomics (>20 studies). In the next section, we Caucasian recipients failed to replicate these results.
will further detail genomics in kidney transplantation to Given the lack of strong SNP associations with chronic
exemplify how omics can contribute to moving the under- rejection and long-term outcomes, some studies have turned
standing of transplantation outcomes forward. to a “combined donor–recipient” GWAS analytical strategy.
They simultaneously looked at the genetic variants in both
Genomics Studies in Kidney Transplantation individuals to summarize the incompatibilities between
The genomics era was marked by the apogee of genome- recipients and donors into a genetic score. Classically in
wide association studies (GWASs)9 that have identified GWAS, polygenic risk scores are used to evaluate the com-
hundreds of thousands of genetic variants (mainly single- bined effect of SNP alleles with an individual phenotype
nucleotide polymorphisms [SNPs]) associated with a trait (such as the risk factor to develop a disease). Here, instead
or disease. These approaches assess the allelic frequency of looking at 1 single genome and on combining effect size
difference between 2 different conditions (eg, healthy of each significant SNP, the score is calculated for a donor–
versus diseased) using statistical testing. More than 5273 recipient pair as the sum of mismatch (ie, allelic difference)
studies and 276 696 associated traits have been reported contributions over a set of genomic polymorphisms across
in the GWAS catalog to date.9 In transplantation, GWASs the genome.25 These methods add a layer of complexity as
have enabled a deeper understanding of the mechanisms we have to deal with 4 different sets of chromosomes.
underlying the interaction between donor and recipient.103 This approach was used in 2 studies published in 2019
The implication of genetic factors in transplant toler- respectively by Reindl-Schwaighofer et al28 and Steers et
ance and rejection was proven in the early 1950s, much al.27 The first study looked at nonsynonymous mismatches
before the first successful solid-organ transplantation in for transmembrane and secreted proteins and determined
humans.104,105 Recently, GWASs9 have enabled an inves- an a non-HLA score, based on a median value above which
tigation of molecular mechanisms underlying kidney graft the risk of kidney graft loss is increased. The second study
loss, including some innovative strategies considering the screened 50 deletions-tagging SNPs from 704 kidney allo-
donor and recipient genomes at once. graft recipients and defined a genomic collision (risk geno-
First, several studies have focused on the understanding type for graft rejection) as a specific donor–recipient genotype
of AR. In 2016, Ghisdal et al22 performed the very first combination in which a recipient who was homozygous for
GWAS of AR in kidney transplantation and identified 2 a deletion-tagging allele received a transplant from a non-
significant loci (discovery cohort: 275 cases and 503 con- homozygous donor. Both recent studies confirmed that
trols and replication cohort: 313 cases and 531 controls). non-HLA factors are involved in chronic renal transplanta-
The first locus encompasses PTPRO, coding for a receptor‐ tion outcomes. Extending the use of polygenic risk scores
type tyrosine kinase essential for B cell–receptor signaling in kidney transplantation, these 2 studies echoed the one by
(rs10846175 and rs7976329 SNPs), and the second locus Mesnard et al,25 who introduced for the first time a sum-
involves the ciliary CCDC67 gene (rs10765602 SNP). ming scoring system to evaluate non-HLA factors in renal
Both genes were thought to be interesting candidate genes graft function from genomic data (next-generation exome
as PTPRO might modulate alloreactivity106 (regulation of sequencing).
T cell–receptor and B cell–receptor signaling and cytokine This type of strategy may benefit from integrating addi-
production) and CCDC67 might play a role at the immune tional data layers (gene expression, proteins, metabolites) to
synapse; recent evidence indicate tight similarities between better understand transplantation outcomes. Researchers
the primary cilium and the immune synapse.107 Two years have recently combined multiple omics data sets from the
later, Hernandez-Fuentes et al23 published a study based same set of samples to capture complexity and reconstruct
on several cohorts that investigated the association and the molecular networks that cannot be reached with single
interaction effects of either donor SNPs, recipient SNPs, omics resolution.53,109,110 In kidney transplantation, the
donor–recipient SNPs on graft survival (graft failure or pursuit of biomarkers through a comprehensive approach
patient death with median follow-up time of 1886 d [~5 is ongoing. A study applied unsupervised and supervised
y]), and AR (AR event recorded within 12 mo posttrans- methods to explore and integrate genomics and proteom-
plant). Despite large sample size (discovery = 441 cases ics data from kidney transplant patients (AR events within
versus 941 controls, replication = 575 cases versus 2573 30 d posttransplant [n = 20] versus nonrejecting controls
controls), they did not replicate Ghisdal et al’s results and [n = 20]) and to determine which genes and proteins play
failed to identify any significant associations. It is impor- important roles in acute renal allograft rejection. A better
tant to note that these findings are only based on cohorts separation between the 2 groups of samples was observed
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e118 Transplantation ■ February 2022 ■ Volume 106 ■ Number 2 [Link]
in the integrative analysis (genomics and proteomics com- data contain systematic errors that are difficult to differ-
bined) than single omics analysis.53 entiate from true variants.113 Therefore, estimating data
trustworthiness becomes an essential first step to assess
ANALYTICAL METHODS TO TACKLE OMICS DATA their relevance and limit analytical errors. Especially in
CHALLENGES the omics era, QC has encompassed various statistical
Integrating large amount of data entails specific attention methods to check for proper data generation and experi-
to analytical processes. Figure 1 represents the workflow of mental procedures and for potential contamination before
a big data analysis in health. (1) Scientific questions remain running the main analysis.114-116 In transplantation, some
the starting point. Researchers should not jump into analyz- papers have shown the importance of QC procedures in
ing complex big data while neglecting the critical first step large clinical databases.117,118 Generally, the standard QC
of putting data into context. (2) Preanalytical steps include analysis includes calculating quality-related measures,
recruitment, collection, and storage as well as quality con- checking consistency among samples, detecting any exper-
trol (QC) methods that ensure data integrity. However, the iment batch effect (technical heterogeneity), or outlying
right data may not be available or there might be infor- observations. Below, we focus on 2 standard pre–preproc-
mation gaps. (3) The third point is the analytical process essing methods: normalization methods and batch effect
that involves downstream analyses and their interpreta- corrections.
tion. Although statistical analyses are pretty standardized
in omics (eg, multivariate regression models), preanalytical Normalization
data treatment dealing with confounding factors such as The normalization method calibrates systematic errors
batch effects and incomplete data remains one of the first that may be introduced by imperfect instrument calibra-
obstacles and a key step to obtain a reliable data set. tion. This data analysis technique adjusts global proper-
ties of measurements for individual samples so they can
Preanalytical Steps be appropriately comparable. Optimally, a normaliza-
tion method for a given data set should be selected both
Quality Control of Data on quantitative and qualitative evaluation measures.119
Data QC is crucial to achieve the most reliable, com- This has been successfully applied in several transplant
plete, and responsive data set.111 As an example, it has omic studies including transcriptomics,120,121 genomics,28
been stipulated that at least 8% of SNPs from single nucle- metabolomics,122 proteomics,123 etc. In transcriptom-
otide polymorphism database would be because of arti- ics, Wang et al120 used 9 various normalization methods
facts from paralogues,112 and next-generation sequencing to define housekeeping (HKG) genes suitable for RNA
FIGURE 1. Workflow of big data analysis. The workflow is a process that follows a certain direction (the orientation of arrow is important).
1—Scientific questions are the starting point to process big data analysis. 2—Preanalytical processes that include the recruitment, the
collect, and the storage of data. The large amount of data potentially available warrants QC methods that ensure data integrity. 3—
Downstream analysis processes and the right interpretation of the results, that is, which question can be answered with our results and
possibly which application can be made. QC, quality control.
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sequencing analysis of kidney biopsy tissue. They show clustering,135 and spatial methods136 to detect and quan-
that including normalization methods in objectively tify the impact of batch effects, as well as the effect of other
derived HKG data sets will avoid errors resulting from technical artifacts in the data; (2) downstream statistical
focusing on genes with unstable expression. In genomics, analyses to remove or adjust for the undesirable effects.
studies are mainly based on GWAS methods that include In genomics, principal component analysis134 is mostly
a robust QC procedure.124 The normalization methods used, especially in GWASs, to detect biases (Figure 2) and
are mainly based on log transformations.125 Most studies capture variability related to ancestry or phenotypic out-
related to transplantation include those steps as a standard comes.130,137 In transcriptomics, empirical Bayes138 is best
protocol before the main downstream analysis.27,28 Several recommended,139 but it is also largely used in other omics
normalization methods have been compared in all these studies such as metabolomics. In proteomics, the combi-
studies with 2 main observations: (1) the suitability of a nation of different methods (principal component analy-
normalization method depends on intrinsic characteristics sis, clustering, linear regression, etc) seems to produce the
of the data set including variations in sample processing best results.140 All these methods have been successfully
conditions, experimental and technical protocols, com- applied in transplantation studies.94,141,142 Therefore, the
plexity of biological features, etc. (2) The best technique best method depends on the type of omics and also on the
often depends on the type of omics. However, quantile size of the data set, the origin of the batch errors, and the
normalization126 as well as log transformation125 has been batch effect that is hardly detectable if it is not the main
largely used. Some studies offer to evaluate several nor- source of the variation in the data set.130 In any case, one
malization methods in parallel to guide the selection of the should keep in mind that whatever method chosen, it can
optimal method for a data set.119,127 only limit the batch error and no solution can replace a
good experimental design and analysis techniques.131
Correction of Batch Effects
Batch effects are experimental artifacts, that is, sys- Imputation
tematic nonbiological variations between groups of sam- The imputation principle is to fill in missing data with a
ples (batches) introduced during experiments.128,129 For probable value representative of the data set, with the goal
example, batch effects may occur if experiments are per- to reduce the modeling bias or improve accuracy of the
formed at different times, by different persons and/or in model. The “missing data” term refers to partially availa-
different conditions.130 The presence of batch effects has ble information for some variables, features, and individu-
been reported among most, if not all, high-throughput als.143 Imputation by definition tends to make the imputed
technologies.128 In practice, batch effects are almost inev- data sets similar to the reference database including cases
itable.131 At best, batch effects may lead to an increase imputed by controls.144 This requires a careful approach,
in data variability, characterized by a reduction in true- as they can lead to significant bias and loss of precision
positive biological signals and an inflation of false-nega- in downstream analyses.145 Three-category typology for
tive signals. More critical consequences may occur when missing data is defined143: (1) missing at random; (2) miss-
batch effects are mistaken for an outcome of interest ing completely at random; (3) missing not at random (see
(false positive).132 For example, in 2018, Leigh et al133 Table 3). Different imputation solutions exist for filling
presented a case study where small read misalignments in the missing values depending on their proportion and
created false SNP detection because of a batch effect in a type.146 One solution is to use simple imputations meth-
multiyear study. ods that replace information with values from the global
To limit the risk of batch effects, experiments should characteristics of the data set (mean or median, linear
be designed to randomly distribute each potential source regression, k-nearest ,147 random forest,148 local regres-
of experimental variation across biological groups. In sion Locally Estimated Scatterplot Smoothing,149 etc).
addition, computational solutions have been developed: However, simple imputation usually causes standard errors
(1) exploratory analyses using distance measures,134 to be too small, because it fails to consider uncertainty.150
FIGURE 2. PCA before and after batch effect correction. A, Before the correction, individuals from the same batch are grouped
together. B, After the correction, individuals are grouped depending on the disease. PC, principal component; PCA, PC analysis.
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e120 Transplantation ■ February 2022 ■ Volume 106 ■ Number 2 [Link]
TABLE 3.
The different categories of missing data
MAR There might be systematic differences between the missing and observed values, but these can be entirely explained by other observed
variables. It happens when the data are not missing completely random (conditionally to other variables). There are appropriate
statistical methods to avoid biased analysis.
MCAR A special case of MAR. Data are MCAR when the missing values are randomly distributed across all observations. In this case, the
probability of absence is the same for all observations and the missing observations are a random subset of all observations. This
probability does not depend on any external parameters independent of this variable. If the amount of MCAR data is not too important,
it is reasonable to ignore cases with missing data as it will not bias the analysis. However, a loss of precision in the results is predicted.
MNAR These data depend directly on the variable in question. These are the most problematic type of missing values as they are not randomly
distributed across the observations. Furthermore, there is no information in the data that would help to choose an imputation model
(the probability cannot be predicted from the variables in the model). MNAR data lead to loss of precision (inherent to all missing data)
and also bias that requires the use of a sensitivity analysis.
MAR, missing at random; MCAR, missing completely at random; MNAR, missing not at random.
Multiple imputation has been arguably the most popular context. Actually, sample sources such as biopsy tissues
method for handling missing data in practice.151 It consists are barely available for certain organs. Recruitment and
of imputing the missing values several times and combin- data collection require a huge investment of both time and
ing the results to take into account the observed variability money that is generally not manageable by most individual
and reduce inference errors.152 laboratories.167 Collective efforts have been made to give
Examples of missing data imputation in an omics trans- access to large cohorts159,160 with substantial genetic and
plantation context are found in mass spectrometry based clinical information. However, an inherent issue related
on metabolomics or proteomics data.153-155 Comparing the to large multicenter in transplantation is the variability
performance of imputation methods for metabolomics data in donor selection and clinical protocols (immunosup-
sets in kidney transplanted patients, several studies reported pressive treatments) among centers that may impact the
that random forest and the k-nearest neighbor method outcome.168 Plus, the criteria used to define phenotypes
were usually outperforming other methods.153,156,157 In such as AR and chronic allograft dysfunction might vary
genomics, missing data imputation is crucial. Using a refer- depending on transplant centers. This represents a critical
ence panel, SNPs with missing data or SNPs that were not issue in transplantation where the gold standard is the his-
directly covered by the genotyping arrays can be predicted tology that can be subjective, as shown by the continual
from the neighboring genotyped SNPs by comparing the updating of the Banff classifications for AR over time.169
haplotypes and linkage disequilibrium patterns between All of these introduce further heterogeneity between
the data set of interest and the reference panel. The size and studies and have made genetic association studies difficult
diversity of the reference panel are therefore the key for to determine and validate.170 This may explain, alongside
high accuracy.158 International collaborative efforts, such the lack of power in statistical analysis, the lack of repro-
as the HapMap159 or the 1000 Genomes project,160 pro- ducibility among transplantation studies.
vide a valuable data source in human diversity representa- The International Genetics and Translational Research
tive populations. Some tools such as Haplotype Reference in Transplantation Network171 consortium integrates
Consortium161 or Beagle162 offer to predict missing SNPs multiple cohorts of different types of allograft recipients
from a given data set and are widely used in genomics stud- to overcome the problem of the small impact of SNPs.
ies related to transplantation.21,22 The consortium homogenized genotyping methods and
Finally, the current challenge for missing data imputa- used common definitions of AR to perform robust meta-
tion is the integration of multiomics.163 An imputation analyses of several types of transplantation. In addi-
method has recently been proposed to integrate network tion, International Genetics and Translational Research
dimensions and multiple correlated omics data sets.164 in Transplantation Network accounted for population
stratification and appropriate inclusion of covariates that
DISCUSSION lead to better identification of SNPs.172-175 This last point
Omics approaches, including GWAS, are characterized raises a real issue that is not always properly controlled
by the simultaneous testing of thousands to millions of in transplantation studies. Covariates such as age, sex,
features (eg, gene expression, SNP) in parallel for asso- and ancestry are included to avoid confounding effects
ciation with the phenotype of interest137; it is necessary from demographic factors and to account for stratifica-
to adopt a stringent significance threshold to account for tion.124 Genetic associations may differ across ancestries,
multiple testing and limit false-positive discoveries. In complicating direct comparisons between groups of indi-
GWASs, Bonferroni corrections are typically applied165 viduals.167 In transplantation, the impact of ancestry is
with a P value threshold of 5×10−8 for SNPs to maintain even more important as it implies compatibility between
the genome-wide false-positive rate at 5%.137 donor and recipient. Many studies have identified vari-
However, a high expectation of statistical significance ants such as CYP3A5 and APOL1 that are associated
considerably reduces the power to detect associated SNPs, with concentration of tacrolimus and greater risks of graft
as most association signals do not reach the required failure in African Americans, respectively.176,177 These
threshold.166 studies illustrate the differences between populations and
One way to address this issue is to increase sample size, emphasize the urge to better characterize such genomic
which is not always achievable especially in transplantation diversity, including in the transplantation field. For
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example, recipient–donor genomic interactions may play a example, to study design or power limitations.24,26 Hence,
critical role in graft survival. Most transplantation studies challenges such as a lack of adequate sample sizes and lack
have focused on recipient SNPs, but there have been a few of replication are yet to be managed. Importantly, the sci-
studies that have turned to a “combined donor–recipient” entific community needs to proactively work to ensure that
GWAS strategy.25,27,28 They investigate genetic interactions studies that are to date very euro-centered are representa-
between donor and recipient to summarize their incompat- tive of the global human population and its diversity. This
ibilities into a genetic score (cf. section Genomics studies underlines the need for validation studies and large col-
in kidney transplantation). These approaches are highly laborative research initiatives to gain power and discover
promising and may finally give insights into chronic graft novel biomarkers in transplantation. Alternative solutions
rejection/loss. Multifactorial nature of genetics including for multitesting are explored including gene-based or path-
transplantation (tetraploid 4n) genetics is often intended to way-based association to reduce the number of tests per-
be reduced into a monogenic “signature.” Similar remarks formed and also to have a functional perspective of the data
are valid for reduction of expression signature to 1 or 2 and facilitate their interpretation.166 Finally, this calls for
genes. This is fundamentally wrong and approaches such innovative analytical strategies such as the computation of
as “combined donor–recipient” incompatibilities scores donor–recipient genetic incompatibility scores25,28 specific
permit to partially address this multifactorial level. to the transplantation context and the growing interest for
However, very few studies have sufficient numbers to multiomics approaches.109,179 Plus, more specific guidelines
be statistically powered to validate polygenic scores. This are needed for the discovery and validation of clinically
requires rigorous data collection and appropriately phe- relevant biomarkers180 and the reporting of GWASs (like
notyped recipients and donors. Importantly, these studies Strengthening the Reporting of Genetic Association Studies
made arbitrary choices on the outcomes and used different for genetic associations181 and Strengthening the Reporting
phenotypes to define rejection or graft loss. Hence, there is of Immunogenomic Studies for immunogenetics182 guide-
a need of collaborative and homogeneous large cohorts to lines). Interestingly, addressing data organization, compu-
achieve robust and replicable studies. Moreover, beyond tational challenges, and the translational gap of -omics as
genomic appreciations, functional studies are necessary to a source of data for both research and clinics is insightful
substantiate clinical decision making with -omic research for enriching the use of large registries and epidemiologi-
including donor-specific and anti-HLA immunization. cal cohorts as well as electronic health records (EHR/EMR)
and the emergence of biomedical data warehouses. These
developments offer the promise to further increase in the
CONCLUSION
near future our understanding of complex molecular mech-
Big data exploration offers new analytical opportunities, anisms underlying transplantation outcomes.
especially with the emergence of omics data both in trans-
plantation research and care15-17 to move toward personal-
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PartI, Chapitre 2 – La transplantation rénale à l’ère des «omiques»
L’ADN est un polymère composé de petites molécules répétées appelées nucléotides qui,
grâce à une liaison phosphodiester, forment le brin d’ADN. Chaque nucléotide est composé d’un
sucre (désoxyribose), d’un groupement phosphate et d’une des quatre nucléo-bases azotées (cy-
tosine [C], guanine [G], adénine [A] ou thymine [T]). Un brin d’ADN est toujours lié à un autre
brin selon les règles d’appariement des bases (A avec T et C avec G), formant une structure
connue sous le nom de double hélice [136]. L’ADN a été isolé pour la première fois par Friedrich
Miescher en 1869 [137], qui le décrit à l’époque comme une «nouvelle substance chimique» au
sein des noyaux cellulaires dont la composition diffère de celle des protéines ou de toute autre
molécule connue. Toutefois, ce n’est que près d’un siècle après que sa fonction et sa structure ont
été entièrement déterminés, respectivement en 1944 grâce aux travaux de Avery et al. [138] et
en 1953 avec les découvertes combinées de Rosalind Franklin [139, 140], Watson et Crick [141].
L’ADN cellulaire est réparti dans le noyau et dans les mitochondries. L’ADN mitochondriale
est une molécule circulaire à double brin et représente une faible proportion. En effet, il se
compose de 16 569 paires de bases et de 37 gènes dont 13 gènes codant pour des protéines, 22
gènes d’ARN de transfert et deux gènes d’ARN ribosomique [142, 143]. L’ADN humain est donc
majoritairement nucléaire. Celui-ci est condensé sous la forme de 23 chromosomes hérités des
deux parents [144] et contient environ 20.000 à 25.000 gènes [129, 130]. Toutefois, une étude
très récente a réévalué et reprécisé ces chiffres sur le génome humain qui compte 3 055 milliards
de paires de bases, et 19 969 gènes [145]. Les molécules d’ADN contiennent tout le matériel
génétique d’un organisme. Cette information, lorqu’elle est transcrite et traduite, produit les
protéines qui sont vitales pour le fonctionnement, le développement et la reproduction d’un or-
ganisme.
70
2.2. Génomique de la transplantation rénale
Une grande partie de l’ADN (plus de 98 % chez l’homme) est non codante, ce qui signifie que
ces sections ne sont pas impliquées dans la synthèse des protéines même si leurs rôles sont encore
mal connus. La partie restante appelée partie codante représente les gènes qui sont à la base de
la formation des protéines [144]. En effet, Les gènes contiennent un cadre de lecture ouvert qui
peut être transcrit, en ARNm puis synthétisée en protéine. Ce processus représente le dogme
central de la biologie moléculaire théorisée en 1958 par Francis Crick [146] qui décrit le flux de
l’information génétique unidirectionnel comprenant 3 étapes : la réplication, la transcription et
la traduction.
— La réplication de l’ADN
C’est le processus par lequel une molécule d’ADN double brin est copiée pour produire
deux molécules d’ADN identiques lors de la division cellulaire. On parle de synthèse
de l’ADN qui permet de copier exactement la même information génétique d’une cel-
lule parent à ses cellules filles. La réplication de l’ADN est dîte semi-conservative et
bi-directionnelle. En effet, lorsque l’ADN parental double brin se sépare en deux, chaque
brin sert de modèle pour un nouveau brin d’ADN complémentaire qui sera synthétisé
* Figure créée avec [Link].
71
PartI, Chapitre 2 – La transplantation rénale à l’ère des «omiques»
dans les deux sens pour former deux nouvelles molécules d’ADN double brin constituées
chacune d’un brin parental et d’un brin néoformé. La réplication est contrôlée par l’ap-
pariement des bases tel que décrit par Watson et Crick [141] et fait intervenir plusieurs
enzymes dont les ADN polymérases. Elle comprend 3 étapes principales : l’initiation de la
réplication, l’élongation ou la synthèse de l’ADN et la terminaison. Tout d’abord, l’initia-
tion de la réplication a lieu à l’origine de réplication où se fixe une protéine dite initiatrice
qui provoque une dénaturation locale des deux brins et déroule ainsi une courte portion
de la double hélice d’ADN. Ensuite, une protéine appelée hélicase se fixe et rompt les
liaisons hydrogène entre les bases des brins d’ADN, séparant ainsi les deux brins. Paral-
lèlement, une autre enzyme appelée primase se fixe brièvement à chaque brin et crée une
amorce qui marque le début de la zone de synthèse. Une fois l’amorce en place, l’ADN
polymérase s’enroule autour de ce brin, et fixe de nouveaux nucléotides pour construire le
nouveau brin complémentaire. Les nucléotides qui composent le nouveau brin sont appa-
riés avec les nucléotides du brin matrice en respectant la correspondance A-T/G-C. On
aboutit à la production de deux brins d’ADN complémentaires néoformés qui vont être
liés aux brins matrices grâce à une ligase. La réplication s’arrête lorsque deux fourches
de réplication se rencontrent ou lorsqu’une fourche rencontre un signal de terminaison
(Figure 2.2).
— La transcription
Elle correspond à la synthèse de l’ARNm à partir de l’ADN. Elle se produit dans le noyau
en utilisant l’ADN comme matrice pour produire l’ARN pré-messager (pré-ARNm) qui
subira ensuite des modifications post-transcriptionnelles aboutissant à l’ARNm mature.
La transcription débute par la séparation de l’ADN double brin grâce à l’hélicase qui
72
2.2. Génomique de la transplantation rénale
rompt les liaisons hydrogène, ce qui entraîne le déroulement d’une région de l’ADN (cor-
respondant à un gène) exposant ainsi une série de bases. Bien que l’ADN soit une molécule
à double brin, seul l’un des brins sert de modèle pour la synthèse du pré-ARNm ; ce brin
est appelé le brin matrice et son brin complémentaire est appelé le brin codant. L’ARN
polymérase se lie au brin matrice et transcrit la séquence dans le sens 3’-5’. La synthèse du
pré-ARNm quant à elle, s’effectue dans le sens 5’-3’. Les bases de l’ADN sont échangées
contre leurs bases correspondantes, sauf dans le cas de la thymine (T), à laquelle l’ARN
substitue l’uracile (U) (Figure 2.3). L’ARN simple brin qui en résulte est le complément
inverse de la séquence d’ADN d’origine et contient à ce stade des séquences non codantes
(introns) et des séquences codantes (exons).
Afin d’arriver à maturation, la molécule de pré-ARNm subit des modifications post-
transcriptionnelles telles que l’ajout d’une coiffe en 5’ et d’une queue poly(A) en 3’ ainsi
que l’épisssage des introns. Ces derniers, ne codant pas pour des protéines, sont retirés de
la molécule de pré-ARNm par un complexe multiprotéique appelé spliceosome. L’ARNm
mature ainsi formé est transporté hors du noyau pour être traduit en protéines [148].
— La traduction
Une fois dans le cytoplasme, l’ARNm va être traduit en protéines grâce à l’action des
ribosomes qui sont des complexes de protéines et d’ARN dits ARN ribosomiques orga-
nisés en 2 sous unités (40S et 60S). Les ribosomes lisent la molécule d’ARNm dans le
sens 5’-3’ afin de synthétiser des chaînes polypeptidiques d’acides aminés pour former
les protéines (Figure 2.3). Pour cela, le ribosome utilise de petites molécules, connues
sous le nom d’ARN de transfert (ARNt). Il existe environ 60 types différents d’ARNt.
Chaque ARNt se lie à une séquence spécifique de trois nucléotides (appelée codon) dans
la molécule d’ARNm et délivre un acide aminé spécifique. Ce processus est basé sur le
code génétique qui permet la correspondance entre les codons et les acides aminés. Le
ribosome se fixe initialement à l’ARNm au niveau du codon dit « start » (AUG) corres-
pondant à la méthionine afin de commencer la biosynthèse de la chaîne polypeptidique.
Ensuite, il traduit la séquence d’ARNm codon par codon (translocation) et progresse le
long de l’ARNm sous l’action de facteurs d’élongation. La synthèse de la protéine s’achève
lorsque le ribosome atteint un codon dit « stop » (UAA, UGA ou UAG).Le ribosome se
détache de la protéine et du brin d’ARN messager. La nouvelle protéine est libérée dans
la cellule.
A l’issue de la traduction, ces nouvelles protéines subissent des modifications de struc-
ture pour avoir une conformation en 3D. Ils peuvent également subir des modifications
post-traductionnelles (liaisons covalentes de groupements phosphates, acétate ou méthyle
par exemple). Il existe plus de 200 types connus de modifications post-traductionnelles.
Ces modifications peuvent altérer l’activité des protéines, leur capacité à interagir avec
73
PartI, Chapitre 2 – La transplantation rénale à l’ère des «omiques»
Figure 2.3 – Les étapes de la synthèse des protéines.∗ Lors de la transcription, l’ADN
est copié en ARNm. Les bases de l’ADN sont échangées contre leurs bases correspondantes, sauf
dans le cas de la thymine (T), à laquelle l’ARN substitue l’uracile (U). L’ARNm simple brin qui
en résulte est le complément inverse de la séquence d’ADN d’origine. L’ARNm est transporté
hors du noyau pour être traduite en protéines grâce aux ribosomes. La traduction est basée sur
le code génétique qui permet la correspondance entre les codons (séquence de trois nucléotides
d’ARN) et les protéines.
74
2.2. Génomique de la transplantation rénale
2015, le projet présentait la cartographie génétique de 2504 individus issues de diverses origines
ethniques [132]. Avec l’évolution des technologies, le 1KGP compte maintenant 3 202 génomes
dont 602 trios familiales (parents-enfants) séquencées avec une couverture de 30X [155]. Plus
récemment, les projets sont encore plus ambitieux et se donnent le défi de séquencer jusqu’à
100.000 génomes [156]. Il est important de noter que la séquence génomique établie par le projet
génome humain en 2003 n’était pas tout à fait complète avec 8% de l’ADN manquant. Il s’agis-
sait principalement de l’ADN condensé au niveau des centromères et des télomères caractérisé
par une quantité importante de séquences répétées. En 2022, grâce à l’effort combiné d’une cen-
taine de chercheurs, le premier génome complet d’un même individu a été publié après 3 ans de
travaux. Cette étude a réévalué la composition du génome et mis en evidence 3604 nouveaux
gènes précedemment méconnus [145].
Les méthodes initiales de séquençage sont principalement basée sur les travaux de Sanger
et Gilbert qui permettaient de lire des séquences d’ADN respectivement par polymérisation de
l’ADN grâce à une amorce et par dégradation chimique de l’ADN basée sur les affinités des 4
bases (A,T,C,G). Ces méthodes étaient très efficaces pour lire des petites séquences mais étaient
inadaptées pour le séquençage d’un génome entier qui compte des milliards de bases [150, 151].
Des méthodes qui couplent les approches de biologies moléculaires et les technologies infor-
matiques ont été dévelopées : la méthode de séquençage par ordonnancement hiérarchique qui
consiste à fragmenter l’ADN génomique puis à classer ces fragments avant de les séquencer et la
méthode globale (ou « whole-genome shotgun ») qui consiste à séquencer les fragments d’ADN
génomiques aléatoirement et de les réordonner par chevauchement de séquences communes [151].
La principale différence entre ces deux principes est que l’ordonnancement hiérarchique essaie
d’aligner un jeu de clones de grande taille (100 kb environ) alors que la méthode globale se
base sur des fragments aléatoires de petite taille qui sont séquencés puis alignés. D’autres mé-
thodes, notamment les techniques de génotyppage ont été par la suite développées. Elles reposent
principalementt sur l’utilisation de puces à ADN contenant plusieurs centaines (pour les puces
de première génération) à plusieurs milliers d’oligonucléotides. Le type de séquençage le plus
couramment utilisé aujourd’hui est toutefois le séquençage par synthèse qui se base sur des mé-
thodes de fluorescence [151]. Ce type de séquençage, utilise une ADN polymérase pour générer
un nouveau brin d’ADN à partir d’un brin d’intérêt en incorporant des nucléotides individuels
qui ont été marqués chimiquement avec un marqueur fluorescent. Le nucléotide est alors excité
par une source lumineuse, et un signal fluorescent est émis et détecté. Le signal est différent
selon celui des quatre nucléotides qui a été incorporé.
Le projet génome humain [152, 153], sur la base de la méthode globale de séquençage, a été
réalisé grâce à l’utilisation de séquenceurs dits de première génération ou Sanger répartis dans
75
PartI, Chapitre 2 – La transplantation rénale à l’ère des «omiques»
plusieurs laboratoires [129, 130]. Le projet a duré 13 ans (1990-2003) et a coûté 3 milliards de
dollars [157]. Avec l’avènement de la biotechnologie et l’amélioration continue des méthodes de
séquençages, on parle aujourd’hui de séquençage nouvelle génération (NGS) qui permettent de
séquencer en quelques jours un génome humain à moins de 1000 dollars selon la technologie [157].
La différence avec les méthodes de première génération repose sur la capacité de lire en parallèle
des millions de molécules d’ADN. Il existe plusieurs technologies de séquençage NGS dépen-
dantes du fabriquant : technologie 454 ou pyroséquençage chez Roche, séquençage par ligation
chez Applied Biosystem, séquençage par synthèse chez Illumina etc [158, 157]. De façon général,
ces technologies génèrent des séquences courtes de nucléotides (150-300 pb) appelées lectures
courtes « ou short reads » qui sont par la suite assemblées pour former des séquences d’ADN
plus longues comme un gène par exemple. Dans ce processus, chaque base doit être lue non
pas une seule fois, mais au moins plusieurs fois dans les segments qui se chevauchent afin de
garantir la précision. Il a été démontré que, malgré l’utilisation d’algorithmes bioinformatiques
sophistiqués, il est souvent impossible de cartographier avec précision, ou même d’assembler,
des lectures courtes provenant de régions présentant une variation, des séquences répétitives,
un contenu dense en guanine-cytosine (GC) ou des séquences comportant de multiples éléments
homologues au sein du génome [159]. Des nouvelles technologies basées sur des lectures longues
(>10 kb) « ou long reads » sont développées et ont démontré de meilleures performances dans
l’identification de séquences d’ADN auparavant difficiles à identifier [159] (Figure 2.4). Ces mé-
thodes sont notamment développées par Pacific Biosciences (PacBio) qui a lancé le séquençage
SMRT (« Single Molecule Real-Time ») basé sur l’utilisation d’une polymérase attachée au fond
d’un micro-puit et qui synthétise un brin complémentaire à partir de molécules d’ADN simple
brin circulaires. Cette technologie utilise la fluorescence pour le marquage des nucléotides comme
dans la technologie Illumina, mais avec pour différence importante que la synthèse ne s’arrête
pas après l’incorporation de chaque nucléotide, elle continue jusqu’au moment où la polymérase
s’arrête spontanément créant ainsi des lectures plus longues [159].
76
2.2. Génomique de la transplantation rénale
Figure 2.4 – Avantage des approches de séquençage à lectures longues (LRS). [159]
La principale différence entre le LRS et les approches NGS conventionnelles est l’augmenta-
tion significative de la longueur des lectures. Contrairement aux lectures courtes (150-300 pb),
le LRS a la capacité de séquencer en moyenne plus de 10 kb en une seule lecture, nécessitant
ainsi moins de lectures pour couvrir le même gène (illustré dans le panneau supérieur). Par
conséquent, outre la réduction des erreurs d’alignement et de cartographie, la technologie LRS
présente divers avantages par rapport aux approches à lecture courte qui peuvent avoir un impact
considérable sur la génétique médicale (panneau inférieur). (1) Amélioration de la détection et
de la caractérisation des grandes variations structurelles (SV), dues, par exemple, à de grandes
inversions ou translocations. (2) Capacité de séquencer directement, et donc avec plus de préci-
sion, de longues expansions de répétitions en tandem et des régions extrêmement riches en GC.
(3) Amélioration de l’attribution des variantes génétiques aux chromosomes paternels ou mater-
nels homologues, afin de déterminer les schémas d’hérédité, l’origine parentale des événements
de novo, le mosaïcisme, l’expression spécifique des allèles et les haplotypes de risque de maladie.
(4) Meilleure discrimination des gènes cliniquement pertinents de leurs pseudogènes.
Les gènes sont présents en deux copies dans les chromosomes et peuvent influencer une ca-
ractéristique particulière dans un organisme (phénotype). Les différentes formes d’un même gène
sont appelées allèles. Ces allèles peuvent être différents ou identiques et proviennent des deux
parents. Les gènes représentent donc l’unité de l’hérédité qui se définit comme la transmission,
77
PartI, Chapitre 2 – La transplantation rénale à l’ère des «omiques»
au sein d’une espèce vivante ou d’une lignée de cellules, de caractéristiques d’une génération à la
suivante [160]. Cette théorie de la transmission des gènes a été popularisée grâce aux travaux de
Gregor Mendel sur la génétique des populations. Les mécanismes de l’hérédité comme démontré
par Mendel comportent principalement un volet génétique (transmission de l’ADN nucléique à
travers les générations) [161]. Toutefois, la transmission des caractères peut se faire à travers
d’autres mécanismes qui impliquent de l’ADN non nucléiques (ex : ADN mitochondriale) ou
l’épigénétique qui englobe les mécanismes de modifications reversibles mais transmissibles de
l’expression d’un gène [160, 161].
Les travaux de Mendel sur les lois de l’hérédité constituent la base de la génétique moderne.
Ils sont basés sur le principe selon lequel les traits individuels sont définis par les gènes et sont
hérités de générations en générations. Pour illustrer cela, Mendel étudie la transmission de septs
caractéristiques chez les pois tels que la hauteur, la couleur etc. Il selectionne des lignées de pois
présentant deux formes différentes d’un même trait (ex : grande vs petite taille) qu’il cultive sur
plusieurs générations jusqu’à obtenir des lignées pures dont tous les individus possèdent toujours
la même forme alternative c’est à dire un seul type d’allèle pour le caractère étudié. Il croise
ensuite ces lignées pures entre elles et observe leur transmission en notant leurs caractéristiques
et la proportion d’individus présentant chaque caractéristique [160].
Sur la base de ces observations, Mendel définit 3 lois sur la transmission des gènes [162, 160]
1. La loi de dominance (ou loi d’uniformité des hybrides de première généra-
tion). Les traits sont contrôlés par des paires de facteurs héréditaires (les allèles) qui ap-
paraissent sous différentes versions. Par exemple pour les petits pois, le caractère "taille"
va avoir deux formes (grande ou petite) qui vont chacune être determinées par un al-
lèle. L’allèle qui sera phénotypiquement visible est appelé allèle dominant (grande taille)
et l’allèle qui ne sera pas exprimé physiquement est appelé allèle récessif (petite taille).
Lorsque l’on croise deux individus d’une même espèce homozygote ayant un caractère
en commun (petite taille vs grande taille), les descendants obtenus à la première géné-
ration sont identiques relativement à ce caractère tant au niveau du phénotype que du
génotype, on parle de la loi d’uniformité de première génération. Ces individus sont tous
hétérozygotes pour le gène de la taille et présentent physiquement l’allèle dominant pour
le caractère étudié, l’allèle recessif étant "caché". En reprenant notre exemple, tous les
individus de la première génération seront de grandes tailles.
2. La Loi de la ségrégation (ou loi de disjonction des allèles). Lorsque les descen-
dants de la première génération sont recroisés entre eux, les deux phénotypes différents
apparaissent selon un ratio 3 :1. L’allèle recessif est exprimé physiquement chez une mi-
78
2.2. Génomique de la transplantation rénale
norité d’individus. Plus précisément, on obtient 3/4 des individus qui présentent le trait
dominant (2/4 hétérozygotes et 1/4 homozygotes) et 1/4 des individus qui présentent le
trait récessif (homozygotes). Ce phénomène est défini comme la ségrégation des caractères
dans la deuxième génération.
3. La loi sur l’assortiment indépendant (ou loi d’indépendance de la transmis-
sion des caractères). Les études de Mendel ont également montré que lorsque l’on
étudie deux caractères (ex taille et couleur), la transmission des traits est indépendante
c’est à dire que le caractère taille n’influencie pas la transmission du caractère couleur.
Cette règle s’applique lorsque les gènes responsables des caractéristiques se situent sur
différents chromosomes ou s’ils sont éloignés sur le même chromosome. La première loi
s’applique à la première génération dans la transmission de plusieurs caractères : tous
les descendants sont identiques et sont hétérozygotes pour les caractères étudiés. Dans la
deuxième génération, les phénotypes apparaissent selon un ratio 9 :3 :3 :1.
Les caractères ne sont pas tous exclusivement dominants ou récessifs. Dans certains cas, les
allèles n’ont pas une relation de dominance pour un caractère donné. Les individus ayant ce
caractère sont hétérozygotes et présentent un phénotype hybride (mélange des deux formes du
caractère). Ce principe est appelé la dominance incomplète ou co-dominance [162, 160].
Les lois de Mendel ont permis d’établir les bases de la transmission des caractères chez
l’homme. En ce sens, cela a également permis de mieux comprendre les mécanismes de trans-
mission des maladies monogéniques ou mendeliennes. Ces maladies ont pour cause des anomalies
génétiques qui ne concernent qu’un seul gène et sont transmises au sein d’une même famille selon
quatres modes de transmissions : dominant ou recessif lié aux autosomes et dominant ou recessif
lié aux chromosomes sexuels (X ou Y) [163].
La transmission autosomique dominante est la plus fréquente (>50% des maladies mendeliennes).
La présence d’un seul allèle dominant provoque la pathologie qui se transmet de façon directe
ou verticale d’une génération à une autre. Les individus portant ce genre de maladies sont gé-
néralement hétérozygotes pour la maladie, les homozygotes étant très rares [163]. Un exemple
d’une maladie autosomique dominante est la polykystose rénale, une maladie génétique qui se
caractérise par la formation progressive de kystes (poches de liquide) pouvant conduire à une
insuffisance rénale. Elle est la conséquence de mutations génétiques sur le gène PKD1 (80% des
cas) et le gène PKD2 (20% des cas) et touche 1/1000 personne en France. Un individus atteint
de cette pathologie a une chance sur deux de transmettre la maladie à sa descendance [164].
La transmission autosomique récessive nécessite la présence de deux allèles récessifs pour que la
pathologie se manifeste avec une chance sur 4 de transmettre la maladie. Les individus atteints
sont exclusivement homozygotes. Un exemple d’une maladie autosomique récessive est la drépa-
79
PartI, Chapitre 2 – La transplantation rénale à l’ère des «omiques»
nocytose qui est une maladie génétique du sang caractérisée par une anomalie de l’hémoglobine
qui joue un rôle dans le transport de l’oxygène vers les tissus. La drépanocytose est due à une
mutation du gène HBB. Pour des parents atteints de cette pathologie, chacun de leurs enfants
a une chance sur 4 d’avoir la drépanocytose [165].
La transmission liée au chromosomes sexuels concerne principalement le chromosome X, le chro-
mosome Y n’étant présente que chez les hommes en une seule copie comprenant un nombre de
gènes très restreint (71 gènes [166, 167]). La transmission dominante liée au chromosome X est
plus fréquente chez les femmes que chez les hommes qui heritent de l’allèle pathologique exclu-
sivement de leur mère. La maladie se transmet de façon directe de génération en génération. Un
exemple est le rachitisme vitamino résistant hypophosphatémique qui est une forme de rachi-
tisme resistante au traitement de la vitamine D. Cette pathologie est associée à la mutation du
gène PHEX présent sur le chromosome X [168]. Les femmes présentant la pathologie sont plus
fréquentes mais les hommes porteurs de la maladies sont plus gravement atteints car ils n’ont
pas d’allèle sain. La transmission récessive liée au chromosome X est quant à elle plus fréquente
que celle dominante. Elle concerne plus fréquemment les hommes dans la mesure où les femmes
ont deux chromosomes X tandis que les hommes n’en possèdent qu’un seul : ils sont dit hémi-
zygotes. Comme exemple, nous pouvons citer l’hémophilie qui est une pathologie hémorragique
due à l’absence ou au déficit d’un facteur de coagulation [169]. Il existe deux formes d’hémophilie
liées à une mutation du chromosome X : l’hemophilie A et B qui sont dues aux mutations des
gènes F8 et F9 respectivement. Les porteurs de l’allèle recessif sont atteints par la pathologie.
L’hémophilie concerne presque exclusivement les hommes. Les femmes sont souvent conductrices
de la maladie car elles possèdent deux chromosomes X et sont dans la grande majorité des cas
hétérozygotes pour la maladie. Il peut arriver qu’elles héritent de deux chromosomes X portant
chacun un gène muté ce qui est très rare et généralement les individus sont non viables [169].
Certaines maladies, bien que génétiques, font défaut aux lois de Mendel et ne correspondent
à aucun des modes mendéliens classiques de transmission : il s’agit des maladies complexes
ou multifactorielles caractérisées par l’interactions de plusieurs facteurs génétiques mais égale-
ment environnementaux [170]. L’héritabilité des maladies complexes implique plusieurs gènes
(déterminisme polygénique). Ces gènes pris individuellemnt n’influent pas sur la survenue de
la maladie à l’inverse des maladies mendéliennes, mais leur action combinée peut influencer la
susceptibilité à une maladie (effets additifs, effets multiplicatifs d’un grand nombre de gènes).
Elles sont très fréquentes, en augmentation constante et concernent une diversité de maladies
tels que les cancers, les maladies cardiovasculaires, les maladies neuro-dégénératives, les maladies
auto-immunes, les maladies rénales, les diabètes etc. [171, 172].
Au vu de la complexité des maladies polygéniques, l’identification des gènes associés à ces path-
logie nécessite l’adoption de stratégies et de méthodes d’études différentes. La disponibilité
d’outils techniques et de nouvelles méthodologies statistiques ont nettement contribué à l’avan-
80
2.2. Génomique de la transplantation rénale
cée des études des maladies complexes à travers la réalisation d’études d’association basées sur
des approches populationnelles [173]. Classiquement, les études familiales notamment pour les
maladies mendéliennes nécessitent l’inclusion d’un maximun d’individus apparentés atteints et
non atteints pour une maladie donnée. A l’inverse, les études populationnelles s’intéressent aux
individus non apparentés atteints d’une même maladie avec l’inclusion d’un nombre au moins
équivalent ou supérieur de sujets témoins (sains) et la prise en compte de leur origine ethnique et
des principaux facteurs de risque connus de la maladie à l’étude. Ces approches populationnelles,
ont mené à l’identification d’un grand nombre de gènes de susceptibilité pour la plupart des ma-
ladies complexes [173]. Toutefois, seule la composante génétique associée aux variants communs
est étudiée. Les variants génétiques rares, ou les facteurs épigénétiques sont moins connus et
représentent encore une zone d’ombre pour la majorité de ces maladies complexes [174].
La diversité génétique est décrite comme étant la variété des gènes au sein d’une même
espèce. Elle constitue la matière première de l’évolution car essentielle à la survie d’une es-
pèce [175]. Au cours des dernières années, les progrès dans la génétique populationnelle et la
génomique ont permis de mieux appréhender cette diversité des gènes. Des projets comme le
SNP Consortium [176], le HapMap Consortium [177] et plus récemment le 1KGP [132] ont vu le
jour afin de répertorier et cartographier chez l’Homme les polymorphismes génétiques tels que
les insertions/délétions (indels), les variations du nombre de copies d’un segment dans le génome
(CNV), et les SNP. Les polymorphismes génétiques sont définis par l’existence d’au moins deux
allèles dans une population à une fréquence égale ou supérieure à 1%. Ces variations entre indi-
vidus estimées à 0,1% du génome, contribuent grandement à la diversité génétique et peuvent
influencer la prédisposition à certaines maladies ou être à l’origine de certains traits [178].
Un SNP définit la variation d’une seule paire de base dans la séquence nucléotidique. Ils
sont génétiquement stables et majoritairement bi-alléliques. Les SNP représentent le type de
variations génétiques la plus fréquente (plus de 90% de l’ensemble des polymorphismes géné-
tiques chez l’Homme) et la plus uniformément répartie dans le génome [178, 179]. La base de
données dbSNP [180] recense l’ensemble des SNP et indels connus. Du fait de leurs proprié-
tés, les SNP permettent de dresser des cartes génétiques très denses et représentent l’actuel
marqueur génétique de prédilection. L’analyse de ces marqueurs génétiques permet d’expliquer
certains traits mais également de trouver des prédispositions à certaines maladies complexesdes
approches GWAS [133].
81
PartI, Chapitre 2 – La transplantation rénale à l’ère des «omiques»
Les indels sont des polymorphismes caractérisés par des insertions et/ou des délétions de
séquences courtes (<1kbs) dans le génome. Lorsque l’indel se produit à l’intérieur d’une région
codante, il est décrit comme étant « in-frame » si la quantité d’ADN perdue ou gagnée est
divisible par 3 correspondant à un ou plusieurs codons. Si non, il est appelé « frameshift »
car le code de lecture par codons est altéré pour tous les nucléotides suivants. Les indels «
frameshift » conduisent fréquemment à des codons « stop » prématurés et ont généralement
un impact fonctionnel plus important que les indels « in-frame » [181]. Ces polymorphismes
sont, de la même manière que les SNP, impliqués dans l’apparition de traits et de maladies chez
l’Homme [182, 183]. Ils sont d’ailleurs couramment identifiés dans la plupart des cancers, bien
qu’ils soient moins fréquents que les SNP [184]. .
Les CNVs sont décrits comme étant des variations du nombre de copies d’une région géno-
mique selon les individus [185]. Ces variations sont des séquences supérieures à 1kb ayant subi
une délétion, une duplication ou une inversion de fragments d’ADN et sont estimées à environ
9,5% du génome [186]. Les CNVs sont impliqués dans l’évolution et l’adaptation des espèces. En
effet, la variation du nombre de copies d’un gène influence la quantité de protéines produites ce
qui implique des changements phénotypiques. En 2006, une étude s’est penchée sur la question
pour mieux comprendre les conséquences des CNVs sur la régulation de l’expression des gènes
ou l’altération de la séquence codante [187]. Les CNVs sont référencés dans la base de données
dbVar [188].
L’équilibre de Hardy-Weinberg [189] est l’un des principes fondamentaux en génétique des
populations basé sur le comportement des fréquences alléliques et génotypiques pour un poly-
morphisme bi-allélique (les SNP). Il stipule que ces fréquences alléliques restent constantes dans
une population et au fil des générations, sous certaines hypothèses :
1. La population d’étude est conséquente ou infinie.
2. Les générations sont non chevauchantes.
3. Le croisement entre individus est aléatoire (panmixie)
4. L’absence de selection, de mutation ou de migration des populations est avérée.
Selon ces hypothèses, le modèle s’établit de la manière suivante :
82
2.2. Génomique de la transplantation rénale
fa a = fa21
1 1
f
a1 a2 = 2fa1 fa2
= fa22
fa a
2 2
Lorsque chacune des hypothèses est respectée, on dit que le modèle est à l’équilibre. Dans
le cas ou celles-ci sont invalidées, on parde de déviation de l’équilibre d’Hardy-Weinberg qui
peut être due à des biais démographiques (migration de population, réduction importante et
rapide de l’effectif d’une population, consanguinité etc.) ou liée à des événements de sélection
naturelle [190].
fAB = fA fB + D
= fA fb − D
fAb
faB = fa fB − D
= fa fb + D
f
ab
Cependant, lorsque la distance qui sépare deux loci chromosomiques est trop faible, la pro-
babilité pour que les polymorphismes soient transmis de manière indépendante diminue. Ces
83
PartI, Chapitre 2 – La transplantation rénale à l’ère des «omiques»
polymorphismes présentent donc une association non aléatoire et seront transmis ensemble. Les
fréquences des combinaisons d’allèles possibles sont alors différentes du produit des fréquences
alléliques, c’est le déséquilibre de liaison. D’autres facteurs, tels que la pression de sélection
peuvent également contribuer à une interdépendance. On parle donc plus généralement de dés-
équilibre gamétique.
Le déséquilibre de liaison peut se mesurer par la valeur du coefficient D de déviation entre les
fréquences des combinaisons observées et celles attendues sous l’hypothèse d’indépendance entre
les loci. Il s’établit comme suit :
fAB = fA fB
= fA fb
fAb
faB = fa fB
= fa fb
f
ab
Lorsque D = 0, il n’y a pas de déséquilibre gamétique observable. On utilise alors une valeur
de D normalisée : D’ variant entre -1 et 1 :
′
D
min(fAB ,fab ) pourD ≥0
D =
D
min(fAb ,fBa ) pourD ≤0
Il exite une troisième mesure qui est celle la plus largement utilisée et qui se base sur un
coefficient de corrélation r2 , défini comme :
D2
r2 =
fA fB fa fb
r2 varie entre 0 et 1 ; r2 = 1 indique un déséquilibre total entre les polymorphismes.
84
2.2. Génomique de la transplantation rénale
Au début des années 2000, les études d’associations s’intéressaient majoritairement à des
polymorphismes de gènes. Ces études consistaient à caractériser les variants génétiques dans des
gènes dits « candidats » déjà décrits dans la littérature et dont la fonction pourrait jouer un rôle
dans le risque d’apparition d’une pathologie [191]. Le choix des gènes candidats était basé sur une
bonne connaissance de la physiopathologie, de la fonction du gène ainsi que de ses interactions
avec d’autres variants impliqués dans la même voie métabolique et qui pourraient être associés
à la pathologie étudiée. L’identification des variants génétiques se fait par séquençage direct
de l’ADN de sujets atteints et de sujets non atteints pour le/les gènes ciblés. Ensuite, par des
méthodes statistiques, on détermine si le variant génétique est plus fréquent chez les sujets
présentant la maladie que chez les témoins [191]. De façon générale, chaque variant génétique
ne possède qu’un effet minime sur la variation du trait phénotypique et donc sur la survenue
ou non de la maladie. De plus, en l’absence d’informations fonctionnelles objectives (essais
expérimentaux biologiques en laboratoire) sur l’impact précis du variant génétique sur la fonction
du gène et sur la maladie, on ne parlera que d’association significative au sens statistique entre
la présence du variant génétique et la présence de la maladie [192]. Ces approches gène candidat
ont mis en évidence de nombreux variants génétiques impliqués dans des maladies [192].
En transplantation rénale, certaines équipes ont étudiés des gènes candidats chez le receveur
tels que le récepteur de type 1 à l’angiotensine II, impliqué dans les voies de signalisation
de l’hypertension artérielle [193] ou encore MICA (Major-histocompatibility-complex class- I-
related chain A), un gène de la région HLA codant pour des glycoprotéines de surface [194].
Toutefois, cette stratégie est limitée par le fait de ne pouvoir cibler et analyser que les gènes
codants déjà décrits dans la littérature, dont la fonction est connue et qui présente un rapport à
priori évident avec la pathologie. Ce qui exclut tous les gènes ou protéines inconnus ou dont le rôle
est insoupçonné. Des études d’associations plus récentes qui se font à l’échelle du génome et sans
apriori ont permis de mieux caractériser le rapport entre variant génétique et maladie [191, 192].
L’ère de la génomique a été marquée par l’apogée des études GWAS qui ont permis d’iden-
tifier des centaines de milliers de SNP associés à un trait ou à une maladie. Ces approches
évaluent, à l’aide de tests statistiques, la différence de fréquence allélique entre populations par
rapport à un phénotype donné [195].
Les études GWAS ont révolutionné le domaine de la génétique des maladies complexes au cours
85
PartI, Chapitre 2 – La transplantation rénale à l’ère des «omiques»
86
2.2. Génomique de la transplantation rénale
avec la survie du greffon (échec de la greffe ou décès du patient avec une durée médiane de
suivi d’environ 5 ans) et le rejet aigu (événement de RA enregistré dans les 12 mois suivant la
transplantation). Malgré la taille importante de leurs cohortes (découverte = 441 cas contre 941
témoins, réplication = 575 cas contre 2573 témoins), ils n’ont pas réussi à répliquer les résultats
de Ghisdal et al. et n’ont identifié aucune association significative. Il est important de noter
que ces résultats ne sont basés que sur des cohortes d’ascendance européenne, ce qui suggère
que leurs conclusions ne sont pas transposables à d’autres populations. Le risque de RA est
désormais bien géré, grâce au développement continu de nouveaux agents immunosuppresseurs
(10 % de RA en France en 2020) [212]. Cependant, la perte chronique du greffon reste un défi,
car le taux de survie du greffon dans les 10 ans suivant la transplantation est de 56 %, même
avec un donneur HLA compatible à 100% [116]. En 2013, O’Brien et al. [213] ont réalisé une
GWAS incluant 326 transplantations rénales de receveurs irlandais avec un suivi à long terme.
Ils ont identifié deux SNP (rs3811321 et rs6565887) qui étaient associés aux taux de créatinine
sérique à 5 ans. Cependant, une étude de validation réalisée par Pihlstrøm et al. [214] en 2016
sur 1 600 greffons rénaux provenant de receveurs caucasiens n’a pas permis de reproduire ces
résultats.
Compte tenu de l’absence d’associations SNP significatifs avec le rejet/perte chronique, cer-
taines études se sont tournées vers une stratégie GWAS « double génome ». Cette stratégie est
basée sur l’étude simultanément des variants génétiques chez les donneurs et les receveurs à
travers un score qui calcule la somme des incompatibilités entre receveurs et donneurs. Clas-
siquement, dans les GWAS, les scores de risque polygénique sont utilisés pour évaluer l’effet
combiné des SNP d’un organisme avec un phénotype individuel (tel que le facteur de risque
de développer une maladie). Ici, au lieu d’examiner un seul génome et de combiner la taille de
l’effet de chaque SNP significatif, le score est calculé pour une paire donneur-receveur comme
la somme des contributions de mismatch (c’est-à-dire la différence allélique) sur un ensemble de
polymorphismes génomiques à travers le génome [215]. Ces méthodes ajoutent une couche de
complexité car on passe de 2n chromosomes à 4n chromosomes différents. Cette approche a été
utilisée dans deux études publiées en 2019 respectivement par Reindl-Schwaighofer et al. [216]
et Steers et al. [217]. La première étude a examiné les variants non synonymes c’est-à-dire qui
impliquent des changements en acide aminés pour les proteines transmembranaires et sécrétées
et a déterminé un score mHLA, basé sur une valeur médiane au-dessus de laquelle le risque de
perte de greffe rénale est accru. La seconde étude a criblé 50 SNP de marquage de délétions
chez 704 receveurs d’allogreffes rénales et a défini une collision génomique (génotype à risque de
rejet de greffe) comme une combinaison génotype spécifique donneur-receveur dans laquelle un
receveur homozygote pour un allèle de marquage de délétions a reçu une greffe d’un donneur
non homozygote. Ces deux études récentes ont confirmé que les facteurs non HLA sont impliqués
dans les résultats chroniques de la transplantation rénale. Elles font écho à celle de Mesnard et
87
PartI, Chapitre 2 – La transplantation rénale à l’ère des «omiques»
al. [215], qui ont introduit pour la première fois un système de score additif pour évaluer les
facteurs non HLA dans la fonction du greffon rénal à partir de données génomiques (séquençage
de l’exome de nouvelle génération).
Ce type de stratégie peut bénéficier de l’intégration de couches de données supplémentaires
(expression génique, protéines, métabolites) pour mieux comprendre les résultats de la trans-
plantation. Des études ont récemment combiné plusieurs types de données omiques provenant
des mêmes échantillons afin de reconstruire les réseaux moléculaires qui sont inaccessibles avec
une seule couche de données omiques [218, 219]. Dans le domaine de la transplantation rénale,
la recherche de biomarqueurs par des méthodes multi-omiques commence à être utilisée. Une
étude a appliqué des méthodes non supervisées et supervisées pour explorer et intégrer les don-
nées génomiques et protéomiques de patients ayant subi une transplantation rénale (événements
de rejet aigu dans les 30 jours suivant la transplantation (n=20) par rapport à des contrôles
(n=20)) et pour déterminer quels gènes et protéines jouent un rôle important dans le rejet aigu
d’allogreffe rénal. Une meilleure séparation entre les deux groupes d’échantillons a été obser-
vée dans l’analyse intégrative (génomique et protéomique combinées) que dans l’analyse omique
simple [220].
88
Chapitre 3
O BJECTIFS DE LA THÈSE
Les études GWAS ont permis de mieux comprendre les mécanismes d’interactions entre don-
neur et receveur. Malgré ces avancées, de nombreuses questions demeurent. En effet ces études
ont été principalement menées sur des receveurs, à l’exception de quelques études menées sur
des paires de donneurs et de receveurs (paires D/R) [221, 216]. La taille des cohortes est encore
très modeste et malgré les progrès significatifs dans la gestion post-transplantation, notamment
grâce au développement des traitements immunosuppresseurs, le rejet et la perte chronique du
greffon restent des défis majeurs. En effet, il y a 56% de survie du greffon dans les 10 ans
post-transplantation et ceci inclut les transplantations HLA compatibles à 100%. De plus, il
n’y a que 15% de différence dans la survie à 10 ans post-transplantation entre les donneurs
HLA compatibles et incompatibles [91]. Ces résultats suggèrent que au-delà du HLA, d’autres
facteurs génétiques pourraient être impliqués dans la transplantation rénale. L’objectif de ma
thèse est de contribuer à l’identification de ces facteurs génétiques afin de (1) mieux appréhen-
der les interactions entre donneur et receveur notamment celles impliqués dans la compatibilité
(2) améliorer la compréhension des mécanismes de rejet/perte chronique (3) affiner la prise en
charge des transplantés rénaux via l’identification de potentiels biomarqueurs non-invasifs et/ou
de nouvelles cibles thérapeutiques. L’originalité de notre approche repose sur le fait qu’on dis-
posera d’une cohorte homogène et conséquente avec des données de suivi à long terme qui vont
nous permettre de pouvoir aller au-delà de ce qui été fait jusqu’à présent. Mes travaux vont se
diviser en deux axes :
89
PartI, Chapitre 3 – Objectifs de la thèse
90
Deuxième partie
Protocoles
91
Chapitre 1
93
PartII, Chapitre 1 – Génération des données
échantillons stockés à l’Etablissement Français du Sang (EFS). Les échantillons ont été aliquotés
dans des tubes adaptés à la conservation à long terme et stockés à -20°C. Un numéro unique
propre à KiT-GENIE a été attribué à chaque échantillon d’ADN afin de garantir la traçabi-
lité des échantillons et la récupération rapide des informations individuelles. Les échantillons
d’ADN ont été quantifiés pour obtenir des informations sur le volume, l’absorbance (230, 260,
280, 260/230, 260/280) et la concentration afin d’avoir des informations biologiques complètes
sur la bio-collection et de faciliter la sélection des échantillons pour le génotypage qui néces-
site une bonne qualité et quantité d’ADN. Nous récupérons l’ADN avec une concentration d’au
moins 10 ng/µL et 20 µL de volume. La qualité des échantillons a été évaluée par migration sur
gel d’agarose. Les échantillons dont la quantité est inférieure aux seuils normaux ou avec une
qualité non conforme sont considérés comme détériorés et sont écartés de la bio-collection.
1.2 Génotypage
Le génotypage est un processus qui permet de déterminer des variants génétiques (SNP)
à des positions spécifiques dans le génome d’un individu [225]. La méthode repose sur des
puces de génotypage qui peuvent mesurer des milliers de variants à la fois. Pour le projet KiT-
GENIE, nous avons suivi les directives d’Axiom® 2.0 de Thermofisher pour tout le processus.
Les individus ont été génotypés à l’aide de la puce Axiom PMRA (Precision Medicine Research
Array) qui contient plus de 900 000 variants y compris des variants rares ainsi que de variants
immunologiques, fonctionnels, des variants communs du cancer, etc.
Les échantillons d’ADN ont été soigneusement randomisés (pour le sexe, le statut D/R, le statut
de donneur décédé ou vivant) dans les plaques afin de limiter l’impact de l’effet de lot ou « batch
effect ». De plus, nous avons introduit des échantillons contrôles et des doublons afin d’évaluer la
qualité et la reproductibilité de l’expérience. Le protocole de génotypage dure 5 jours pour une
plaque de 96 puits (Figure 1.1). Les 3 premiers jours correspondent aux étapes d’amplification,
de fragmentation et de resuspension de l’ADN. Une analyse de contrôle qualité (QC) au troisième
jour est effectuée afin de requantifier l’ADN et de vérifier l’intégrité des échantillons. Enfin, les
plaques sont chargées dans le GeneTitan pour les étapes d’hybridation et de scan qui correspond
à la mesure de l’intensité de fluorescence spécifique à chaque allèle afin d’attribuer correctement
les génotypes. Le GeneTitan fournit des données brutes qui seront soumises à une analyse de
contrôle qualité primaire. Dans le cadre de KiT-GENIE, le génotypage a été réalisé par nos soins
sur la plateforme Geno-BiRD et la plateforme de l’institut Curie. Le génome de référence était
le GRCHg37/Hg19.
94
1.3. Analyse primaire des données brutes
95
PartII, Chapitre 1 – Génération des données
96
Chapitre 2
M ÉTHODES STATISTIQUES
97
PartII, Chapitre 2 – Méthodes statistiques
L’analyse en composantes principales (ACP) [234] est une méthode statistique non super-
visée développée pour l’analyse des données dites multivariées et qui permet de réduire la di-
mensionnalité de ces données tout en conservant leur variabilité. L’ACP synthétise les variables
d’origine en seulement quelques nouvelles variables appelées composantes principales ou dimen-
sions grâce à des combinaisons linéaires. En utilisant quelques composantes, chaque échantillon
98
2.2. Analyses en composantes principales (ACP)
peut être représenté par un nombre réduit de variables plutôt que par les valeurs de milliers
de variables. Chaque composante peut alors être interprétée comme la direction, non corrélée
aux composantes précédentes, qui maximise la variance (l’inertie) des échantillons lorsqu’elle est
projetée sur la composante. L’ACP permet de visualiser les similitudes et les différences entre
les échantillons d’un jeu de données et de déterminer s’ils peuvent être séparés en groupes. Elle
est utilisée dans de nombreux domaines (finances, économie, environnement, infographie etc.)
notamment dans le domaine biomédical [234]. En génomique, l’analyse en composantes princi-
pales est principalement utilisée, notamment dans les études GWAS, pour détecter les potentiels
erreurs systématiques sur les données et saisir la variabilité liée à l’ancestralité [195].
En effet, les mouvements populationnels au cours de l’évolution, ont favorisés l’apparition de
mutations génétiques propre à une population données et qui sont liées à ce qu’on appelle la
stratification géographique. Il a été mis en évidence que l’une des principales causes de la va-
riance des données entre individus dans les études génomiques provient de la répartition des
origines géographiques de ces individus [235]. Ces études s’intéressent aux facteurs causaux in-
dépendemment des effets de population. Pour pouvoir prendre en compte la spécifité génétique
d’une population et contrôler cette variance des données dans les études, nous utilisons l’ACP
qui permet de stratifier.
Dans le cadre de KiT-GENIE, l’analyse en composantes principales a permis d’identifier la di-
versité populationnelle des données en se basant sur les données de 1KGP. Quelques étapes
préliminaires de QC ont été appliquées afin d’éviter des résultats biaisés. D’abord, les SNP qui
sont systématiquement en déséquilibre de liaison [228] donc corrélées ont été éliminées. S’ils ne
sont pas supprimés, ces SNP seront considérés comme des variables indépendantes pour l’ACP
mais auraient tendance à être réassociés à cause de la colinéarité entre les variables, inhérente
à l’analyse. Ceci aura un impact sur le nombre de variables mais également sur l’inertie qui
sera faussement augmentée. Ensuite, les variants des chromosomes X et Y ainsi que les variants
de la région HLA ont été éliminés d’une part pour éviter un regroupement basé sur le genre
(homme/femme) après projection et d’autre part pour éviter une trop grosse variabilité entre
les SNP. Enfin seuls les variants avec une MAF > 10% ont été conservés.
Les analyses préliminaires ont été réalisées grâce à l’outil PLINK [228] qui permet le traite-
ment et l’analyse des données génétiques. L’ACP a été effectuée grâce à EIGENSOFT [236] avec
comme population de référence les individus issus du projet 1KG [132] alignés sur la version
GRCh37 du génôme.
99
PartII, Chapitre 2 – Méthodes statistiques
100
2.3. Imputation SNP et HLA
De la même manière que les SNP, il est possible d’inférer les génotypes HLA à partir de don-
nées SNP. Dans la région du CMH, les allèles HLA sont en déséquilibre de liaison avec certains
SNP c’est-à-dire qu’ils sont systématiquement transmis ensemble, ce qui permet une corrélation
SNP-HLA. Ces SNP, lorsqu’ils sont à disposition, permettent de pouvoir prédire les génotypes
HLA associés [232]. L’imputation SNP-HLA repose sur des panels de référence d’individus dont
les SNP, les génotypes HLA et leurs potentielles associations sont connus. En utilisant ces pa-
nels de référence avec des méthodes appropriées, il est possible de refaire le lien entre les SNP
disponibles et les allèles HLA manquants à l’aide d’algorithmes de machine learning. Suivant ce
principe, l’imputation se subdivise en deux parties : l’apprentissage et la prédiction. L’appren-
tissage est réalisé avec des données d’entraînement (SNP et HLA connus), qui une fois assimilées
par l’algorithme permettent de créer un modèle ou panel de référence. En appliquant ce dernier
à des individus dont les SNP seulement sont connus, il est possible de prédire les allèles HLA
manquants [232, 241, 242]. Des programmes utilisant différentes approches statistiques ont été
développées pour l’imputation. Parmi ceux-là, SNP2HLA [243] et HLA*IMP [244] ont été les
premiers à être publiés et se basent sur des modèles de Markov cachés. Plus récemment, des nou-
velles méthodes tels que HIBAG [233], DEEP-HLA [245], CookHLA [246] et HLA-IMP*03 [247]
ont vu le jour.
Pour les individus KiT-GENIE, les allèles HLA ont été imputés d’une part pour s’affranchir de
toute erreur d’identification pouvant résulter d’une mauvaise manipulation lors du génotypage
et d’autre part pour avoir la possibilité d’explorer ultérieurement les associations au niveau des
101
PartII, Chapitre 2 – Méthodes statistiques
allèles HLA corrélés à des SNP préidentifiés comme intéressants (associations significatives avec
un trait donné). Ce qui qui peut être biologiquement plus informatif qu’une simple association
SNP. L’imputation a été effectuée en utilisant HIBAG [233] qui fournit des prédictions robustes
avec une haute précision et permet de fournir des panels de référence spécifiques à une population
pour des centaines d’individus tout en permettant la construction de panels de référence person-
nalisés. L’algorithme d’HIBAG fonctionne sur la base de l’attribute bagging, une technique de
machine learning reposant sur le rééchantillonnage (bootstrapping) des individus dans plusieurs
sous-espaces appelés bags ou classifiers (Figure 2.2). Ces classifiers sélectionnent aléatoirement
un sous-ensemble de SNP pour prédire le HLA et les fréquences d’haplotype estimées à partir
du panel de référence. La probabilité estimée d’un génotype est donc calculée sur chacun des
classifiers puis moyennée : cette moyenne indique le génotype prédit.
102
2.4. Analyses GWAS
La régression logistique est un modèle de régression binomiale qui vise à expliquer une va-
riable expliquée binaire c’est-à-dire à deux modalités. Considérons une variable cible Y=1 (où
Y ne peut que prendre deux valeurs 0 ou 1) et des variables explicatives X = x1 ,x2 ,...,xn .
La probabilité a posteriori que Y=1 sachant la valeur prise par X est notée p(1|X) :
p(1X)
Logit de p(1|X) = ln( 1−p(1X) ) = β0 + β1 x1 + ... + βn xn
Dans le cadre du projet, notre analyse s’appuie sur une régression logistique définie avec
une variable expliquée à deux modalités : l’échec ou la survie du greffon chez les receveurs et
les donneurs européens séparément. Ces modèles ont été corrigés pour toutes les variables po-
tentiellement confondantes identifiées et pour l’ancestralité (2 premiers axes de l’ACP) selon
l’équation suivante :
Pour chaque SNP, un modèle de régression logistique a été appliqué afin de tester son asso-
ciation avec le phénotype intérêt. Cette association est évaluée à l’aide d’un test statistique,
généralement un t-test (test de student) [251], portant sur le coefficient du SNP dans le modèle
de régression. Le t-test aura pour hypothèse nulle : le coefficient de la régression est égal à zéro
c’est-à-dire qu’il y’a une association. Ceci permet d’obtenir une p-value (entre 0 et 1) permettant
d’évaluer la significativité (classiquement au seuil de 0.05) de l’association entre le SNP et le
phénotype.
Etant donné que des millions de tests indépendants sont réalisés (à l’échelle du nombre de SNP
testés), il est probable d’obtenir des p-values très proches de 0 par hasard plutôt que du fait
d’une réelle association avec un SNP [252]. La correction de Bonferroni [253] qui consiste à mo-
difier le seuil de significativité en le divisant par le nombre de tests indépendants effectués est
appliquée afin de tenir en compte l’effet du multiple testing. Cette correction est établie selon
la formule :
Le seuil de significativité est classiquement fixé à 5.10−8 pour un génome entier afin de
maintenir le taux de faux positif à 5%.
103
Troisième partie
Résultats
105
Chapitre 1
Cette partie concerne les résultats relatifs à la génération des données et aux analyses pré-
GWAS. Elle détaille le montage et la description détaillée des données cliniques, biologiques
et génétiques de la biocollection KiT-GENIE mais également les analyses préliminaires qui ont
été effectuées en amont de l’analyse GWAS telles que l’exploration de l’ancestralité de notre
population d’étude avec une caractérisation des proportions pour chaque groupe d’individus.
Ces résultats ont fait l’objet d’un article soumis à EJHG.
107
PartIII, Chapitre 1 – Résultats pré-GWAS
des greffons à un an (~92%) au cours des 30 dernières années, mais le rejet et l’échec chroniques
restent un défi majeur. En effet, la survie du greffon est de ~60% à 10 ans post-transplantation
et il n’y a qu’une différence de 15 % dans la survie entre les donneurs HLA compatibles et
incompatibles ; ce qui peut suggérer que d’autres facteurs génétiques, au-delà du HLA, pourraient
être impliqués dans les résultats de la transplantation. Dans ce contexte, plusieurs études GWAS
ont ainsi été réalisées pour étudier les variants génétiques (SNP, CNV) ayant un impact sur la
fonction du rein, le rejet ou l’échec de la transplantation. Malgré ces avancées, de nombreux
problèmes subsistent. En effet, les résultats concernent le plus souvent le rejet aigu, la taille
des cohortes est très modeste (300<n<1 400) et ces études ont été principalement menées sur
des receveurs uniquement en raison de la disponibilité limitée de l’ADN du donneur et du
receveur. De nouvelles approches ont été développées pour étudier les marqueurs non-HLA
impliqués dans la transplantation rénale en condidérant à la fois le donneur et le receveur.
Au lieu d’étudier un seul organisme, ces études évaluent un score génétique qui calcule les
incompatibilités entre receveurs et donneurs. Ces études génomiques sont des preuves de concepts
et suggèrent que des efforts internationaux de méta-analyses, ainsi que des cohortes importantes
et homogènes sont nécessaires pour mieux appréhender le rôle des facteurs de risque génétiques
dans la transplantation rénale. C’est dans ce contexte que le projet KiT-GENIE a été mis
en place. Il a pour but de consolider la très riche et homogène cohorte française DIVAT de
donneurs et receveurs de rein (D/R) avec l’ajout d’une couche de données génomiques dans
le but d’explorer les facteurs moléculaires impliqués en transplantation rénale. Pour cela, nous
avons extrait à partir de la base de donnée DIVAT-Nantes, les données cliniques de 5 946
individus (D/R) et avons collecté des échantillons d’ADN auprès de 4 723 individus. A l’issue
du génotypage, 4 217 individus présentant des données génomiques et cliniques précises ont été
inclus dans la biobanque dont 1 945 D, 2 272 R et 1 969 paires D/R. Nous avons obtenu une
reproductibilité du génotypage de 99,9 %, ce qui souligne la robustesse de nos analyses. Cette
robustesse a été évaluée grâce à l’introduction de doublons et d’échantillons de contrôle au cours
du génotypage. Après des contrôles qualité stricts et l’imputation des SNP, le jeu de données final
englobe 4 217 individus, 8M de SNP et plus de 200 variables cliniques. KiT-GENIE fournit une
représentation précise de la pratique clinique de la transplantation rénale à Nantes entre 2002 et
2018, avec un enrichissement en donneurs vivants (17%) et en receveurs souffrant de HSF (4%).
Les receveurs étaient majoritairement des hommes (63%) avec un âge moyen de 51 ans et 86%
ont été transplantés pour la première fois durant la période d’étude. Enfin, nous avons effectué
une analyse exploratoire de l’ancestralité de nos données. La grande majorité des individus ont
une ascendance européenne (93% des receveurs et 98% des donneurs). Néanmoins, les receveurs
sont plus diversifiés que les donneurs, avec notamment 3,4% d’individus d’ascendance africaine
chez les receveurs et 0,6% chez les donneurs. Grâce à l’intégration de données génétiques à
grande échelle, KiT-GENIE est l’une des plus grandes biocollections de paires D/R (N = 1 969
108
1.1. Description des données et analyses préliminaires
paires) avec des informations de suivi des patients pouvant aller jusqu’à 25 ans. Elle offre une
occasion unique d’étudier les facteurs immunogénétiques et génétiques, ainsi que les interactions
donneur-receveur et les mécanismes impliqués dans le rejet, la survie du greffon, la récidive
de la maladie primaire et d’autres comorbidités. Trois études génomiques s’appuyant sur cette
ressource de données riches sont déjà en cours : (1) une première étude qui examine l’interaction
génétique entre D/R (2) une deuxième étude basée sur la récidive de la HSF et (3) une troisième
étude basée sur les donneurs vivants et l’évolution de leur fonction rénale après le don.
5,946 adult individuals with consent for DNA analyses eligible for inclusion in KiT-GENIE (3,247 pairs, 3,040 R, 2,906 D)
4,577 individuals sent for GWAS genotyping (2,304 pairs, 2,435 R, 2,142 D)
4,217 individuals with DNA sample and GWAS genotyping data (1,969 pairs, 2,272 R, 1,945 D)
Figure 1.1 – Les différentes étapes du traitement des données individuelles pour la
biocollection KiT-GENIE
109
PartIII, Chapitre 1 – Résultats pré-GWAS
Article 1
110
1 KiT-GENIE, the French Genetic Biobank of
2 Kidney Transplantation
3 Rokhaya BA, MSc1 ; Axelle Durand, MSc1 ; Vincent Mauduit, MSc1 ; Christine Chauveau,
4 PhD1 ; Stéphanie Le Bas-Bernardet, PhD1 ; Sonia Salle, BSc1 ; Pierrick Guérif, BSc2 ; Martin
5 Morin, PhD1; Clémence Petit, MD1,2 ; Venceslas Douillard, MSc1 ; Olivia Rousseau, MSc1 ;
6 Gilles Blancho, MD, PhD1,2; Clarisse Kerleau, MPH2 ; Nicolas Vince, PhD1 ; Magali Giral,
1
9 Nantes Université, Ecole Centrale Nantes, CHU Nantes, INSERM, Centre for Research in
2
11 CHU Nantes, Nantes Université, Service de Néphrologie-Immunologie Clinique, ITUN, F-44000
12 Nantes, France.
13
14 Correspondence:
17 30 bd Jean Monnet
20 Email: [Link]@[Link]
21
1
1 Abstract
2 KiT-GENIE is a monocentric DNA biobank set up to consolidate the very rich and
3 homogeneous DIVAT French cohort of kidney donors and recipients (D/R) in order to explore
4 the molecular factors involved in kidney transplantation outcomes. We collected DNA samples
5 for kidney transplantations performed in Nantes, and we leveraged GWAS genotyping data for
6 securing high-quality genetic data with deep SNP and HLA annotations through imputations
7 and for inferring D/R genetic ancestry. Overall, the biobank included 4,217 individuals
8 (n=1,945 D + 2,272 R, including 1,969 D/R pairs), 8M SNPs and over 200 clinical variables.
10 Nantes between 2002 and 2018, with an enrichment in living kidney donors (17%) and
11 recipients with focal segmental glomerulosclerosis (4%). Recipients were predominantly male
12 (63%), of European ancestry (93%), with a mean age of 51yo and 86% experienced their first
13 graft over the study period. D/R pairs were 93% from European ancestry, and 95% pairs
14 exhibited at least one HLA allelic mismatch. The mean follow-up time was 6.7yrs with a
15 hindsight up to 25yrs. Recipients experienced biopsy-proven rejection and graft loss for 16.6%
16 and 21.3%, respectively. KiT-GENIE constitutes one of the largest kidney transplantation
17 genetic cohorts worldwide to date. It includes homogeneous high-quality triple data layer
18 (clinical, biological and genetic) for donors and recipients, hence offering a unique opportunity
20 mismatches involved in rejection, graft survival, primary disease recurrence and other
21 comorbidities.
2
1 Introduction
2 Chronic kidney disease is a public health condition affecting 10-15% of the population
3 worldwide1. People with chronic kidney disease gradually lose their kidney filtering function
4 and progress to end-stage kidney disease2. Kidney transplantation is the best renal replacement
5 strategy for end-stage kidney disease patients regarding patient survival and quality of life
6 compared to dialysis3–5. However, organs are a scarce resource and patients on waiting list have
7 been steadily increasing over the last decades. In France, 3,251 kidney transplantations were
8 performed in 20216 for 17,148 patients on the waiting list, i.e. over a 5:1 ratio of transplant
9 candidates per available organ7. In addition, 54.5% of patients were transplanted 3 years after
11 and improved surgical procedures have significantly improved the 1yr graft survival rate
12 (~92%) over the past 30 years, but with no major impact on the long-term graft survival, which
13 still plateaus at ~60% 10 years after kidney transplantation7,8. Chronic kidney allograft rejection
14 and failure therefore remain a major challenge and a critical public health concern considering
15 the scarcity of organs. Interestingly, there is only a 15% difference in survival at 10 years post-
16 transplantation between compatible and incompatible HLA donors 9, which may suggest that
19 next-generation sequencing can respectively assess the role of common and rare genetic
20 variants spread across the genome in disease outcomes11,12. Genomics and other large-scale
21 omics, including transcriptomics, have promoted the development of biobanks such as the UK
22 biobank13, containing well-annotated and characterized biological samples (e.g. cells, tissues,
23 blood, DNA) and their related databases14,15 These biocollections have contributed to a better
24 understanding of human diseases and the discovery of new biomarkers 16–18. In the context of
25 kidney transplantation, several GWASs have thereby been performed to investigate genetic
3
1 variants (single nucleotide polymorphisms [SNP] or copy number variants [CNV]) impacting
2 kidney allograft function, rejection or failure19–26. All genomic studies but three20,24,26 were only
3 conducted on recipients due to the limited availability of both donor and recipient DNAs.
4 Overall, the cohort sizes were modest (300<n<1,400), except for one with close to 2,000 pairs
5 through a multicentric design20, and they failed to identify any significant reproducible donor
6 or recipient SNP association. However, one study underlined the global importance of non-
7 HLA factors for kidney allograft survival by combining donor-recipient (D/R) SNP allelic
9 rejection and graft survival were the most studied endpoints but the outcomes definition can be
10 heterogeneous from one centre to another. There is therefore an important need for validation
11 studies. These genomic studies have paved the way for the future of kidney transplantation
12 genomics and suggest that international meta-analysis efforts27, as well as large and
13 homogeneous cohorts are warranted to better disentangle the role of genetic risk factors in
14 kidney transplantation.
15 Here, we describe the genetic characterisation and the clinical annotations of the KiT-GENIE
17 biobank. KiT-GENIE gathers DNA samples, GWAS genotyping data and clinical data for both
18 donors and recipients from the Nantes kidney transplantation clinical centre. KiT-GENIE was
20 clinical database, which contains the monitoring of medical records for kidney transplantations,
21 by collecting DNA samples and generating GWAS genotyping for 1,969 D/R pairs. KiT-
22 GENIE is thus one of the largest and most homogeneous biobanks with D/R pairs worldwide
23 to date. This major resource for kidney transplantation research offers a unique opportunity to
24 explore the genetic architecture of different post-transplant outcomes in order to improve their
4
1 Subjects and Methods
3 We established the KiT-GENIE DNA biobank to consolidate the existing DIVAT clinical
4 database and biocollection of kidney recipients from Nantes (France). DIVAT is a French
5 multicentric observational and prospective cohort providing a unique resource for kidney
7 strategies and public health issues28–30. It gathers data from eight clinical centres in order to
8 increase statistical power and better represent the French population and diversity of clinical
9 practice: Nantes, Nancy, Montpellier, Toulouse, Necker (Paris), Lyon, Saint-Louis (Paris) and
10 Nice. Data from each participating centre are centralized in a database located and managed in
12 one third of kidney transplantations performed today in France are included in DIVAT, with a
13 total of 30,000 patients’ data collected since 1990. The collected data are based on medical
14 records and include more than 200 variables related to the recipient, the donor, the
15 transplantation and the patient follow-up. Routine follow-up visits are performed at 3 months
16 and 6 months post-transplantation and at each transplant anniversary. Additional visits may
17 occur in case of complications. Data are collected from patient’s inclusion until loss of graft or
19 characteristics (e.g. age, sex, body mass index [BMI]), the initial disease leading to
21 HLA typing ; (2) donor-related variables, including individual characteristics, the donor type
22 (living or deceased), cause of death, viral serology, HLA typing, or blood assays (urea,
23 creatinine) ; and (3) transplantation-related variables, including date, location, ischemia time,
24 renal recovery time, or number of HLA-A, -B, and -DR allelic incompatibilities. Follow-up
25 variables include recipient characteristics, serum creatinine, estimated glomerular filtration rate
5
1 (eGFR), 24-hour proteinuria, immunosuppressive treatments, acute rejection episodes,
5 Nantes between 2000 and 2018. It was built onto the DIVAT Nantes clinical database and
6 consists of three layers: (1) DNA samples of donors and recipients, (2) GWAS genomic data,
7 and (3) the aforementioned clinical data related to transplantation and patient follow-up.
8 First, we requested an extraction from the DIVAT Nantes database for all adult kidney
9 transplantations performed in Nantes between 2000 and 2018 for whom we could collect
10 consent and authorisation for DNA analyses. All paediatric patients (age<18yo at the time of
11 transplantation) were excluded. We then extended our recruitment time period (1984-2020) to
12 specifically enrich our cohort in living kidney donors and in recipients suffering from focal
13 segmental glomerulosclerosis (FSGS) as primary kidney disease. Overall, a total of 5,946 adult
14 individuals were eligible for DNA investigations (n=2,906 D + 3,040 R, including 3,247 D/R
17 Based on these graft medical records, we collected DNA samples for donors and recipients
18 from the DIVAT biocollection (DNA extraction from PBMC samples) and from the stored
19 samples located in the local French blood bank/HLA typing lab. We collected DNA samples
20 for 4,724 out of 5,946 individuals (79%), as DNA was missing or of low quality/quantity for
21 1,222 individuals (Figure 1A). In particular, we could not retrieve most transplanted patients
22 from 2000 and 2001 due to a progressive transition from paper-based to electronic biological
23 records in the local blood bank. Each DNA was assessed for volume, concentration, purity
24 (260/230 and 260/280 optical density absorbance ratios) and degradation by migration on an
25 agarose gel (see Table S1). Indeed, GWAS genotyping requires good quality and quantity of
6
1 DNA, as defined by an absence of smear on the agarose gel, 260/230 and 260/280 ratios
2 between 1.5 and 2, a volume greater than 20µL and a concentration greater than 10ng/µL.
3 Overall, we were able to retrieve more recipients than donors (n=2,455 vs 2,269). Multiple
4 samples were in some cases available for recipients from follow-up visits or multiple
5 transplantation events. However, samples were most often unique for donors and sometimes
6 depleted, especially for deceased donors coming from a different clinical centre. Each DNA
7 sample from the KiT-GENIE biocollection has been assigned a unique and specific
8 identification number to ensure sample traceability and retrieval of individual information, and
9 has been aliquoted into tubes suitable for long-term conservation and stored at -20°C.
10 For the genotyping analysis, 147 deceased donors for whom we could not retrieve a DNA
11 sample for the recipient were excluded from the study. However, we decided to include all
12 recipients whether in a pair or not, as clinical information is still available in the DIVAT
13 database. A total of 4,577 individuals were hence submitted to GWAS genotyping including
16 All DNA samples were genotyped using the Axiom PMRA (Precision Medicine Research
17 Array) chip (ThermoFisher, Waltham MA, USA), which covers more than 900K genetic
18 variants and is enriched for functional coding variants, including in the HLA and KIR genes, for
19 clinically pathogenic variants and additional relevant genes for cancer and immunology
20 research31. We followed the Axiom® 2.0 ThermoFisher guidelines for the genotyping protocol
21 that encompasses 5 days for each 96-well plate. DNA samples were carefully randomly
22 distributed (for sex, D/R status, deceased/living donor status) in plates to limit the impact of
23 batch effect. In addition, we genotyped control samples and duplicates to assess experimental
24 quality and replicability. DNA were first amplified and fragmented before hybridisation on the
25 genotyping array. Allelic-specific fluorescence intensity ratio was then measured by the
7
1 GeneTitan scanner to correctly assign genotypes. Finally, the primary technological quality
2 control (QC) steps were performed with AxAs (Axiom Analysis Suite) to only retain high-
3 quality individuals (dishQC >0.82 and call rate >97%), plates (mean call rate >98.5%) and
4 genetic variants (n=831,213 SNPs after QC, see Figure 1B). The SNP QC metrics evaluate the
5 correct genotype assignation and ensure a proper separation of homozygous and heterozygous
6 clusters (call rate >95%, Fisher’s linear discrimination >3.6 and heterozygosity >95%).
7 Further QC steps were performed with Plink32 to exclude low confidence variants and
8 individuals (e.g. missingness >2%, allelic frequency >1%, deviation from the Hardy-Weinberg
9 equilibrium >10-6, see Figure 1B). From this dataset (n=374,743 SNPs), we imputed missing
10 SNPs and HLA alleles with Beagle33,34 and HIBAG35, respectively. Using the 1,000 Genomes
11 Project (1KGP) reference panel36, SNPs with missing data or SNPs not directly covered by the
12 genotyping arrays can be statistically inferred from the neighbouring genotyped SNPs by
13 comparing the haplotypes and linkage disequilibrium patterns between the reference panel with
14 the dataset of interest. Similarly, we can predict HLA alleles from SNPs data using a reference
15 panel containing HLA alleles and SNP data37. Finally, we also determined the genetic sex of
17 To ensure the quality of KiT-GENIE genotyping data, we performed some preliminary analyses
18 to (1) assess the genotyping error rate from duplicate samples, and (2) assess proper sample
19 management process by comparing imputed sex and HLA alleles with sex and HLA types from
20 clinical records. Finally, we performed a principal component analysis (PCA) from independent
21 SNPs (Figure 1B) to detect potential biases and capture ancestry-related variability. To
22 characterize the genetic ancestry of our KiT-GENIE individuals, we overlapped our data with
23 data from the 1KGP36 that catalogues common variants in 2,504 individuals from 5 large
24 reference genetic populations (African, American, East Asian, European and South Asian).
8
1 Results
2 The KiT-GENIE biobank encompasses DNA samples with accurate GWAS genomic (8 million
3 SNPs) and clinical (>200 variables) data for 4,217 individuals (n=2,272 R + 1,945 D, including
6 The KiT-GENIE biobank incorporates clinical data related to the donor and recipient baseline
7 demographics, to the transplantation and to the patient follow-up. Table S2 lists all these
8 variables along with their respective level of missingness. Table 1 presents summary statistics
9 for major clinical variables for the 4,217 genotyped individuals. Donors and recipients are
10 predominantly male with 57.9% and 63.2%, respectively. The mean age is 51yo for both donors
11 and recipients and their mean BMI is 25.4 and 24.4, respectively. During our study period, a
12 large majority of recipients enrolled in KiT-GENIE (85.7%) received their first transplant,
13 while some experienced their 2nd to 5th graft. 88.4% recipients underwent a kidney-only organ
14 transplantation, while 11.3% got combined kidney-pancreas grafts. Only 4.4% grafts presented
15 full HLA match (HLA-A, -B and -DR genes) between donor and recipient, while half the grafts
16 exhibited 4 to 6 mismatches. Indeed, significantly more D/R pairs exhibited at least 3 HLA
17 allelic mismatches (p=4.81x10-10, Figure S1). Overall, the distribution of HLA mismatches
18 remained stable over the study period with no correlation observed between mismatch number
19 and graft year (p>0.05, Figure S1). The mean follow-up time was 80months (i.e. 6.7yrs) post-
20 transplantation. Due to inclusion criteria, most patients were transplanted between 2000 and
21 2018 (Figure 2), but we also included 8 patients transplanted between 1984 and 1999, whose
22 primary disease was FSGS and who underwent a subsequent transplant after the 2000s, and 23
23 patients transplanted after 2018 who received a graft from a living kidney donor. Indeed, our
24 biobank has been enriched in living kidney donors (17.5%) and FSGS patients (4.1%, Table 1).
25 As previously mentioned, the lower number of grafts reported in 2000-2001 (Figure 2) does not
9
1 reflect a lower clinical activity but rather a difficulty to retrieve DNA samples for that time
2 period with a progressive transition from paper-based to electronic biological records. Overall,
3 the KiT-GENIE biobank thus provides an accurate snapshot of the transplantation activity in
4 the Nantes clinical hospital between 2002 and 2018 (Figure 2).
5 Biopsy-proven rejections occurred in 16.6% KiT-GENIE recipients (Table 1), including 8.1%
7 graft) happened for 21.3%. We observed some variability in the occurrence of rejection and
8 graft failure events over the study period spanning over 15yrs (Figure S2). For example, we
9 observed rejection rates up to 24% and 22% in 2003 and 2007 and as low as 10% and 12% in
10 2002 and 2014, respectively. Similarly, we can note a graft failure rate as high as 44% and 33%
11 in 2004 and 2008 and as low as 18% and 9% in 2010 and 2014, respectively.
13 First, we assessed the genotyping robustness and quality of our genetic data. The introduction
14 of duplicates (n=58) and control samples (n=17) in the genotyping experiments has
16 PMRA performance. In addition, we evaluated the error rate along the whole process of KiT-
18 comparing genetically-inferred sex and HLA alleles with medical records. We reported sex and
19 HLA discrepancies for 119 individuals, corresponding to an error rate of 2.6%. To avoid pairing
20 genotypes with incorrect phenotypes, we excluded these individuals from the final dataset
22 In a second step, we ran a careful standard QC protocol for SNPs and imputed over 8 million
23 SNPs with accurate genotypes (r2>0.8) from 374K genotyped SNPs (Figure 1B). Before
24 imputation, we observed an enrichment in rare variants in the dataset (Figure 1C dark grey) in
25 accordance with the PMRA design. After imputation, the number of SNPs with a minor allele
10
1 frequency (MAF) >1% has significantly increased across the whole MAF spectrum (Figure 1C,
2 light grey). All these high-quality genetic variants are available for subsequent association
3 testing.
4 Finally, we compared HLA allele information available before and after imputation (Figure S3).
5 We observed a considerable gain of annotation for the HLA-C gene (from 18% before
6 imputation to 100% after imputation). Importantly, HLA imputation preserved the distribution
7 of allelic diversity while increasing the available HLA information. As expected38–40, the HLA-
8 B locus exhibits a higher level of polymorphism compared to other HLA genes such as HLA-
12 in our genetic dataset. We first overlapped KiT-GENIE samples with the 1KGP reference
14 population using clusterisation methods41 (Figure 3). The PCA showed a good separation of the
15 1KGP individuals into 5 clusters representing the 5 reference ancestral populations (African,
16 American, East Asian, European, and South Asian). The KiT-GENIE individuals spread across
17 all reference populations, with a more compact distribution of donors centred on Europeans
18 compared to recipients (Figures 3A and 3B). Indeed, a very large majority of individuals are of
19 European ancestry with 93.4% of recipients and 98.2% of donors (Figures 3C and 3D), and
20 recipients are genetically more diverse than donors with up to 3.4% recipients of African
22 When focusing on the genetic matching within D/R pairs (Figures 4A and 4B), 92.5% pairs
23 (n=1,822) are composed of donor and recipient of European ancestry (zoom in on Figure 4C).
24 Consequently, 147 pairs involve at least one non-European individual (Figure 4D) including
25 135 pairs (6.8%) composed of one individual of European ancestry paired with a non-European
11
1 individual, and only 12 pairs (<1%) are composed of donor and recipient of non-European
2 ancestry.
3 Discussion
4 The KiT-GENIE biobank is unique in France and a valuable resource for investigating genetic
6 layer design: DNA samples, large-scale genetic data and clinical data. It was built onto the
7 DIVAT cohort, which represents a large and rich clinical data resource on kidney
10 cohort that accurately captures a snapshot of kidney transplantation clinical practice and
11 medical records in Nantes over a 15yr period. In addition, DIVAT follow-up data are
12 prospective and already provide us a hindsight up to 20-25 years for some patients, which is
13 longer than most previous studies23,24,42 and which offers an opportunity for revisiting the
15 KiT-GENIE is one of the few cohorts to contain both deceased and living (up to 17.5%) kidney
16 donors thus offering a unique opportunity to study donor-recipient genetic interactions and
18 comparing living and deceased donors could help better understanding the D/R interactions in
19 the context of non-HLA mismatches. Indeed, living kidney donors represented 15% (n= 390)
20 of kidney donations in 2020 in France7 and 63% (n= 247) were genetically related to the
21 recipient (e.g. parent, sibling, child, cousin)7. In addition, it provides an opportunity to further
22 investigate the long-term kidney function decline and risk for chronic kidney disease after
25 FSGS lesions is a glomerular nephropathy that recurs shortly after a first transplant in 30-50%
12
1 of cases, and in >90% after a subsequent transplant. A circulating factor has been suspected for
2 numerous years without any definitive conclusions and there is an urgent need for alternative
3 strategies to better understand the complex molecular mechanisms at stake and to define non-
4 invasive predictive biomarkers for recurrence risk stratification48. KiT-GENIE therefore offers
6 The KiT-GENIE genomic data were generated with the same experimental pipeline
7 (genotyping chip, technological protocols, analytical pipeline) to ensure data homogeneity, and
8 underwent robust quality controls to guarantee the highest data quality. In particular, our
9 genotyping pipeline was highly reproducible (>99.9%). Additional checks on sex and HLA
11 Indeed, the establishment of KiT-GENIE involved the search for samples that were stored more
12 than 20 years ago along with paper-based biological records, which increased the risk of human
13 errors and underlines the importance of digitisation in biomedicine, along with robust QC.
14 Beyond ensuring successful data conformity and sample traceability, SNP to HLA allele
16 KiT-GENIE. Indeed, the HLA information reported within DIVAT clinical records over 20
17 years suffers from incomplete data especially for HLA-C (84.2% and 78.6% missingness in
18 recipients and donors, respectively - Table S2) as D/R matching has long been based on HLA-
19 A, -B, and -DR loci only. SNP to HLA imputation retrospectively filled the missing gaps and
20 provided homogenized HLA annotations for immunogenetic association testing and for
21 evaluating HLA mismatches on 5 HLA genes instead of 3 genes. Finally, projecting SNP genetic
22 data from KiT-GENIE and 1KGP individuals empowered us to describe the genetic ancestry of
23 donors and recipients and to prevent population stratification, as collecting ancestry background
13
1 The monocentric nature of KiT-GENIE represents its main limitation. Although it ensures
2 homogeneous clinical practice and collection of medical records, there is a risk that results
3 identified in our study might not be fully generalizable outside of Nantes. To limit this risk, we
4 have established collaborations to replicate and validate our findings into independent cohorts.
5 We also plan on opening the recruitment to other DIVAT or external collaborative centres. In
6 early 2022, KiT-GENIE has joined the iGeneTRAiN international collaborative effort
9 transplant rejections and complications to date49,50. We have been contributing to the ongoing
10 global meta-analysis effort to define genetic factors associated with kidney and other solid
11 organ rejection and graft failure. Meta-analyses and patient recruitment will increase the
12 statistical power for discoveries, while potentially increasing the genetic diversity of the study
14 (>90%), which might restrict the generalisation of our genetic associations in non-European
15 populations.
16 To conclude, KiT-GENIE is one of the largest DNA biocollections with kidney donors and
17 recipients (n=4,217, including 1,969 pairs) worldwide to date. Our cohort holds both clinical
18 and genetic information of D/R pairs, which represents a valuable resource for studying the
19 pathogenesis of kidney transplantation outcomes and complications. Several GWAS studies are
20 currently underway in our team, but the rich DIVAT clinical database and the KiT-GENIE
21 DNA biocollection will provide additional key opportunities for future research. The HLA and
23 understanding major kidney transplantation clinical issues, (2) to revealing potential novel
24 therapeutic targets to further characterize through functional studies, and (3) to identifying
14
1 predictive biomarkers that can stratify individual risk early before symptoms appearance and
5 The KiT-GENIE data are available from our CR2TI team. Data and summary statistics are
6 available upon reasonable request following approval from the KiT-GENIE steering committee
7 and ethics committee to ensure data protection and privacy in compliance with French and
8 European laws. Collaborations are encouraged through specific research projects using the KiT-
9 GENIE data or through enriching the existing cohort with new patients. Potential collaborators
11
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30
18
1 Acknowledgements. We thank everyone who helped in the design, collection, genotyping
2 experiments, data cleaning and analyses. We are especially indebted to all donors and recipients
3 who participated in this study, to the clinical staff and physicians who care and manage the
4 patients on a daily basis and helped recruiting the patients, and to research associates who
5 participated in the data collection. Clinical data were collected from the French DIVAT
8 NCT02900040). The analysis and interpretation of these data are the responsibility of the
9 authors. We would like to acknowledge the local blood bank and HLA typing lab
10 (Etablissement Français du Sang [EFS] Nantes) for facilitating the access to DNA samples.
11 Finally, we thank the GenoBiRD and Curie genomic platforms for technical support and GWAS
12 genotyping.
14 implementation and data collection of KiT-GENIE. RB, AD, CC, SLBB, SS, PG, and CP were
15 involved in DNA collection and normalisation. RB, AD, VM, MM, VD, OR and SL were
16 involved in quality controls, statistical description, imputation of missing data, PCA analysis
17 and ancestry analysis. CK realized clinical data extraction from the DIVAT database. MG and
18 GB provided clinical guidance and ensured access to the DIVAT clinical data. RB and SL wrote
19 the article. SL, PAG and NV supervised the building of KiT-GENIE, revised and formalized
20 the scientific content of the article and mentored RB. All authors have read and approved the
22 Ethical approval. Written consent was obtained from each participant for access to clinical
23 data and participation to DNA analyses (DIVAT n° CNIL 914184). Patients and/or the public
24 were not involved in the design, or conduct, or reporting, or dissemination plans of this research.
25
19
1 Fundings. The KiT-GENIE cohort has been funded by several entities: (1) The Etoiles
2 Montantes funding by the Pays de la Loire region (n°2018-09998), (2) The IRCT Dialyse
4 (SFNDT), (3) The Greffe research project by French Agence de la Biomédecine (ABM,
5 n°18GREFFE014). In addition, this work has benefited from government support through the
6 National Research Agency (ANR) under the future investment program (n°ANR-17-RHUS-
7 0010) and from the European Union’s Horizon 2020 Research and Innovation Programme
8 (n°754995). Finally, we thank the Roche Pharma, Novartis, Astellas, Chiesi, Sandoz and Sanofi
20
1 Figure legends
2 Figure 1: Building the KiT-GENIE DNA biocollection and GWAS SNP data
4 extracted from DIVAT Nantes for investigation of DNA samples. 1,222 people were excluded
5 due to missing or deteriorated DNA samples, and DNA was collected for 4,723 individuals.
6 Single deceased D for whom R DNA could not be retrieved (n=147) were excluded from
7 GWAS genotyping. As a result, 4,577 individuals were genotyped, but 360 individuals were
8 then excluded due to failed experiments or GWAS QC procedures. Finally, 4,217 individuals
9 with accurate genomic and clinical data were included in the KiT-GENIE biocollection. It is
10 important to note that some recipients received multiple grafts and that some deceased donors
11 have provided an organ to two different recipients, therefore impacting the number of pairs. B
12 Analytical steps of GWAS genotyping data processing. The Axiom PMRA GWAS
13 genotyping chip covers 902,506 SNPs. 831,213 SNPs passed the primary technological QC
14 steps. Following the standard GWAS guidelines, 161,185 independent variants were used to run
15 the PCA excluding SNPs on sexual chromosomes, from the highly polymorphic HLA region,
16 or in high LD level. 374,743 frequent high-quality SNPs were included in the imputation
17 pipeline to generate a total of 8 million SNPs with high accuracy. C Common SNP enrichment
19 genetic variants (MAF<1%) in accordance with the Axiom PMRA GWAS genotyping chip
20 design. After imputation, we significantly increased the number of SNPs with a MAF >1%
22 QC, Quality control; PCA, Principal component analysis; LD, linkage disequilibrium; MAF, Minor allele
24
21
1 KiT-GENIE patients were mostly transplanted between 2002 and 2018. Due to the enrichment
2 in FSGS recipients (circles) and LKD (triangles), we have 8 patients transplanted between 1984
3 and 1999, whose primary disease was FSGS and who underwent a subsequent transplant after
4 the 2000s, and 23 patients transplanted after 2018 who received a graft from a LKD. In addition,
5 the progressive transition from paper-based to electronic medical records in the early 2000s led
9 Figure 3: PCA projection of KiT-GENIE individuals with the 1,000 Genomes Project
10 reference individuals
11 A PCA projection of KiT-GENIE recipients (black stars) with 1KGP individuals from 5 large
13 stars) with 1KGP individuals from 5 large reference populations (color-coded circles). C
17 PCA, principal component analysis; 1KGP, 1,000 Genomes Project; AFR, African; AMR, American; EAS, East
19
21 A Distribution of genetic ancestry within the D/R pairs. The EUR/EUR pairs are predominant
22 (92.53%). B Genetic ancestry matching for all D/R pairs projected in the 3D space composed
23 of the first three principal components. C Genetic ancestry matching for the EUR/EUR D/R
24 pairs (n=1,822). D Genetic ancestry matching for D/R pairs composed of at least one non-EUR
25 individuals (n=147).
26 AFR, African; AMR, American; EAS, East Asian; SAS, South Asian; EUR, European
22
1 Table 1 Individuals and graft clinical characteristics
Recipients (n = 2,272)
Primary disease
Unknown aetiology 211 (9.3%)
Chronic glomerulonephritis 583 (25.7%)
Chronic interstitial nephritis and malformative uropathy 909 (40.0%)
Renal vascular disease 191 (8.4%)
Diabetes 378 (16.6%)
Donors (n = 1,945)
Donor type
Living 340 (17.5%)
Deceased 1,605 (82.5%)
23
Inclusion criteria
Standard criteria donors 954 (49.4%)
Extended criteria donors 647 (33.5%)
Missing values 344 (17.1%)
Kidney function
Serum creatinine (μmol/l) 20-813 (mean 85.6)
Urea (mmol/l) 0-38 (mean 3.6)
Proteinuria
absence 1400 (71.9%)
presence 365 (18.7%)
missing values 180 (9.2%)
Rank
1 1,947 (85.7%)
2-5 325 (14.3%)
Type
Kidney 2,009 (88.4%)
Kidney-Pancreas 257 (11.3%)
Double kidneys, Kidney-Liver, Kidney-Heart 6 (< 1%)
24
1-3 1,007 (45.0%)
4-6 1,153 (50.2%)
Missing values 7 (0.4%)
7 Figure S1: Evolution of mismatch number for typed HLA-A, -B and -DR genes over the study
8 period.
9 Figure S2: Proportions of rejection and graft loss events over the study period.
10 Figure S3: Distribution of HLA alleles in KiT-GENIE individuals according to imputed vs.
12
25
A
5,946 adult individuals with consent for DNA analyses eligible for inclusion in KiT-GENIE (3,247 pairs, 3,040 R, 2,906 D)
4,577 individuals sent for GWAS genotyping (2,304 pairs, 2,435 R, 2,142 D)
4,217 individuals with DNA sample and GWAS genotyping data (1,969 pairs, 2,272 R, 1,945 D)
B C
902,560 SNPs
831,213 SNPs
MAF threshold
SNPs w/ >2% Before imputation
missingness excluded After imputation
703,536 SNPs
8 millions SNPs
Recipients Donors
AFRICANS
EUROPEANS
AMERICANS
SOUTH ASIANS
* KiT-GENIE individuals
• 1KGP individuals EAST ASIANS
EUR
AFR
EAS
SAS
D
100
R
AFR
AMR
EAS
SAS
EUR
F value P(>F)
HLA mismatches 48.15 4.81e-10
Year of graft 1.21 0.27
HLA mismatches:Year of graft 0.47 0.97
Figure S1: Evolution of mismatch number for typed HLA-A, -B and -DR genes over the
study period.
A The proportion of HLA mismatches between 2000 and 2018 varies between 0 (full match for the 6
HLA alleles) to 6 (full mismatch for the 6 HLA alleles), and transplants with 4 HLA mismatches were
according to the number of HLA mismatches and the year of graft revealed that HLA mismatches are
constantly distributed over the years between 2000 and 2018 (p=0.27). Overall, there were less
individuals with 0-2 HLA incompatibilities than with 3-6 HLA incompatibilities (p=4.81e-10). Finally,
there was no correlation between the number of mismatches and the graft year (p=0.97).
Figure S2: Proportions of rejection and graft loss events over the study period.
A Proportion of individual who experienced biopsy-proven rejection for each year between 2002 and
2018. This time period represents an accurate snapshot of the DIVAT-Nantes center transplantation
activity. B Proportion of individual who experienced graft loss (defined as return to dialysis or pre-
We compared the HLA alleles distribution in KiT-GENIE before (typed or non-imputed) and
after HLA imputation. The imputation preserved the allelic diversity and distribution while
increasing the available information. Importantly, considerable HLA-C information was gained
with up to 80% added knowledge. As expected, HLA-B alleles are more diverse compared to
R ÉSULTATS GWAS
Cette partie présente les GWAS préliminaires qui ont été menées sur les receveurs et les
donneurs séparément afin de déterminer s’il existe des associations entre variant génétique et
survie du greffon. Ces résultats ont été générés dans le cadre du projet de stage d’un étudiant
avec qui j’ai collaboré au cours de ma dernière année de thèse et qui prends la suite du projet
KiT-GENIE pour son doctorat. Ces résultats n’ont pas encore été publiés dans un journal
scientifique mais ont fait l’objet d’un poster lors du congrès annuel de la Société Francophone
de Transplantation 2021 à Genève.
2.1.1 Association entre variants génétiques et retour en dialyse pour les re-
ceveurs et les donneurs avant imputation
La figure 2.1 montre les résultats de GWAS avant l’imputation des données SNP (358 101
SNP). Lorsque l’on s’intéresse aux QQplots, nous observons une corrélation normale entre les
p-values théoriques et celles mesurées (pas de SNP qui se démarque) avec toutefois une légère
déflation chez les receveurs. Aucun des points ne dépasse le seuil de significativité pour les rece-
147
PartIII, Chapitre 2 – Résultats GWAS
veurs comme pour les donneurs. Chez les receveurs, nous pouvons observer un point qui dépasse
le seuil de suggestivité au niveau du chromosome 11. Ceci suggère qu’il y a potentiellement
un signal dans cette région du génome. Pour les donneurs, des signaux dépassant le seuil de
suggestivité sont détectés dans les chromosomes 1 et 10.
148
2.1. Association entre variant génétique et retour en dialyse chez les receveurs et chez les donneurs
KiT-GENIE
2.1.2 Association entre variants génétiques et retour en dialyse pour les re-
ceveurs et les donneurs après imputation
La figure 2.2 montre les résultats post-imputation avec Beagle qui a généré un total de 7 434
516 SNP. Les QQplots obtenus sont assez similaires à ceux avant imputation avec des coefficients
qui sont comparables. Aucun des points ne dépasse le seuil de significativité pour les receveurs
comme pour les donneurs. Toutefois, nous retrouvons les signaux préalablement observés avec
une présence plus marquée illustrée par l’apparition de trainées. Les trainées représentent des
SNP en déséquilibre de liaison, et donc corrélés, qui peuvent être associés au phénotype d’intérêt.
De plus, de nouveaux signaux sont apparus avec l’imputation dans les chromosomes 1, 3 et 11
pour les receveurs et dans les chromosomes 1, 8 et 10 pour les donneurs. Ces derniers se situent
néanmoins plus loin du seuil de significativité que pour les receveurs.
149
PartIII, Chapitre 2 – Résultats GWAS
150
2.1. Association entre variant génétique et retour en dialyse chez les receveurs et chez les donneurs
KiT-GENIE
2.1.3 Discussion
Les résultats présentés ci-dessus ne montre aucune association significative entre variants
génétiques et le retour en dialyse à un an post-transplantation. Toutefois, un des signaux iden-
tifiés chez les receveurs à savoir le locus 11p14.1 (p=4,27x10-7, OR 1,79) a déjà été associé avec
une pathologie rénale dans la littérature [254]. En effet, Pattaro et al. ont identifié en 2012
une association entre une diminution de l’eGFR et le SNP rs3925584 présent sur le locus que
nous avons identifié. Ce SNP se trouve dans une région intergénique, entre les gènes MPPED2
et DCDC1. L’étude montre qu’un knockdown (réduction de l’expression du gène) de MPPED2
était associé à un développement défectueux du rein chez le zebrafish [254]. Ces résultats peuvent
suggérer la possibilité d’une assiociation entre cette région du génome et la survie du greffon
rénal. Même si nos résultats ne sont pas significatifs, ils restent quand même très cohérents
avec les études GWAS précédemment menées en transplantation rénale. En effet, elles restent
sur la même lignée que les conclusions de Hernandez-Fuentes et al. [211] qui avec une cohorte
conséquente (2094 paires D/R) ont tenté sans succès de répliquer les résultas de Ghisdal et
al. [208] (cf. [Link] Etudes d’association à l’échelle du génome (Genome Wide Association Stu-
dies, GWAS) p. 85). L’étude, comme la nôtre, n’a identifié aucune association significative ni
chez les receveurs ni chez les donneurs pour l’echec de greffe. Il est tout de même important
de noter que les études de Hernandez-Fuentes et al. et de Ghisdal et al. ne se sont pas basées
sur les mêmes critères pour définir leurs phénotypes d’intérêt (rejet chronique, échec chronique,
fonction rénale).
Ce manque de signaux statistiquement significatifs dans les résultats précédents et particuliè-
rement dans nos analyses GWAS pourrait d’abord s’expliquer par un manque de puissance
statistique. En effet, les approches GWAS, nécessitent une certaine taille de cohorte pour la
détection statistique des signaux. Notre étude s’est concentrée sur les individus d’ancestralité
européenne avec une dichotomisation entre receveurs et donneurs ce qui a réduit le nombre
d’individus par rapport à la taille globale de KiT-GENIE (N = 4 217 individus). Par ailleurs,
l’approche GWAS pourrait être inadaptée pour la taille de notre cohorte. Une augmentation de
la population pourrait permettre d’améliorer la puissance statistique et par conséquent, de ren-
forcer le signal que nous avons identifié. Mais cette hypothèse semble être réfutée par l’étude de
Hernandez-Fuentez qui malgré la taille conséquente de leur cohorte n’ont pas trouvé d’associa-
tions significatifs. Ensuite, un manque de spécificité en ce qui concerne le choix des phénotypes
d’intérêt pourrait expliquer ces résultats. Dans le cas de notre étude, nous nous sommes inté-
réssés au retour en dialyse à un an post-transplantation. Ce phénotype gagnerait à être affiné.
Par exemple, la prise en compte du type de rejet (cellulaire ou humoral) et du nombre de rejet
pourrait révéler des associations. La limite qu’on pourrait néanmoins rencontrer, surtout dans
le cas de notre cohorte, serait un nombre restreint d’individus. En effet, les transplantations
effectuées à Nantes présentent un taux de rejet assez faible (16.6% de rejets dans la cohorte
151
PartIII, Chapitre 2 – Résultats GWAS
globale incluant 8.1% de rejets aigus). Une dichotomisation entre rejet chronique cellulaire et
humoral affecterait la puissance de l’étude.
Finalement, peut être que ces résultats négatifs suggèrent simplement un besoin d’explorer de
nouvelles approches qui impliquent la prise en compte des génomes du receveurs et du donneur
en simultanée [215, 216, 217] (cf. [Link] Etudes d’association à l’échelle du génome (Genome
Wide Association Studies, GWAS) p. 85). Etant donné que la transplantation crée un contexte
génétique particulier avec la coexistence de deux génomes au sein d’un même individu, analyser
les receveurs et les donneurs séparément ne permet pas de tenir compte de toute la complexité
des mécanismes impliqués dans la diminution de la fonction rénale. Il serait donc intéréssant de
développer des approches qui prennent en compte les génomes des receveurs et des donneurs
simultanément. Enfin, ces résultats préliminaires ne sont, à l’heure actuelle, applicables que chez
les européens, une analyse avec le reste des individus de KiT-GENIE est nécessaire.
152
Quatrième partie
Discussion
153
Chapitre 1
En 2021, 5 patients sont en attente d’une transplantation rénale pour 1 greffon disponible [44].
L’un des enjeux majeurs de la transplantation rénale est de faire face à cette pénurie d’organes.
Les moyens mis en place impliquent de trouver un équilibre entre une meilleure attribution des
organes et une limitation de la perte du greffon une fois transplanté. Ce dernier point requiert
entre autres choses une bonne compréhension des interactions entre donneurs et receveurs. Les
études omiques ont permis de lever le voile sur certaines de ces questions comme illustré dans
la partie 2 de l’introduction (cf. 2 La transplantation rénale à l’ère des «omiques» p. 51).
En effet, la première étape durant ma thèse était, d’effectuer une revue non exhaustive de
l’état de l’art actuelle des études omiques en transplantation notamment sur la génomique
en transplantation rénale. Cette revue montre que dans le cas spécifique de la transplantation
rénale, les études menées sont pour la majeure partie focalisées sur la protéomique, la génomique
et la transcriptomique avec surtout des progrès sur la compréhension du rejet aigu [128]. Les
cohortes étudiées restent très modestes et le rejet/perte chronique du greffon reste un défi.
Notre problématique de base repose sur l’identification de facteurs non-HLA potentiellement
impliqués dans les mécanismes de rejet/perte chronique du greffon. Cette identification passe
par l’exploration simultanée des génomes du receveur et du donneur grâce à des approches
GWAS. Des précédentes approches notamment celle de l’équipe de Mesnard et al. [215] avaient
déjà mis en évidence l’existence de ces facteurs non HLA impliqués dans la fonction rénale.
Mais cette étude n’était focalisée que sur les variants codants du génome. Plus important, le
nombre de paires étudiées était très restreint (53 paires) ce qui constituait une limitation à
la puissance statistique de l’étude. Il a été prouvé en génomique et en métabolomique que
l’augmentation croissante du nombre d’échantillon dans une étude peut améliorer la robustesse
et la précision du diagnostic des marqueurs [255]. Ces études requièrent donc une collection
de données importante. Particulièrement dans ce travail, la biobanque KiT-GENIE constitue
154
1.1. Intérêt d’une ressource de données conséquente en transplantation rénale
une source de données conséquente de donneur-receveur, consolidée par une base de données
cliniques, biologiques et génomiques.
La mise en place de KiT-GENIE avait pour ambition de constituer l’une des plus grandes
biobanques homogène de paires donneur-receveur en lien avec la transplantation rénale. L’inté-
rêt d’avoir une grande cohorte permettait d’abord de limiter les problèmes liés à la puissance
statistique. En effet, les études d’associations notamment les GWAS, se caractérisent par le test
simultané de millions de variants (par exemple les SNP) pour identifier des associations poten-
tielles avec un phénotype d’intérêt [256]. Pour mieux contrôler ces tests multiples et limiter les
faux positifs, on applique la correction de Bonferroni [253] qui établit un seuil de significati-
vité P = 5×10-8 pour les SNP. Cette correction permet de maintenir un taux de faux positifs
égal à 5% à l’échelle du génome [256] mais réduit considérablement la puissance de détection
des SNP associés, car la plupart des signaux d’association n’atteignent pas le seuil requis [195].
Une façon de résoudre ce problème est d’augmenter la taille de la cohorte d’étude. KiT-GENIE
donne accès à une vaste collection de données contenant des informations génétiques et cliniques
substantielles pour les donneurs et les receveurs. Parallèlement, KiT-GENIE contribue à l’effort
mondial de méta-analyse pour définir les facteurs génétiques associés au rejet et à l’échec de la
greffe en rejoignant le consortium international iGeneTRAiN (International Genetics and Trans-
lational Research in Transplantation Network, http ://[Link]/) [257] en début 2022. Le
consortium iGeneTRAiN intègre plusieurs cohortes de différents types de receveurs d’allogreffes
afin d’identifier les facteurs génétiques associés au succès des transplantations rénales. Il s’agit
de la plus grande initiative génétique visant à mieux comprendre les rejets et les complications
des greffes à ce jour [257, 258]. Ce type d’effort facilite la mise à disposition, pour le monde
scientifique, de ressources indispensables à une meilleure compréhension des mecanismes de la
transplantation. Cela permet de mener des études plus robustes avec une puissance statistique
conséquente et des données diverses mais également d’avoir l’opportunité de valider ces études
avec d’autres cohortes.
KiT-GENIE s’appuie sur les données de DIVAT contenant des données biologiques, cliniques
et épidémiologiques relatives à plus de 30 000 transplantations à ce jour. Ces données sont soi-
gneusement collectées tout au long du suivi médical de chaque patient transplanté. La base de
données compte plus de 200 variables phénotypiques. Pour DIVAT-Nantes, KiT-GENIE enrichit
155
PartIV, Chapitre 1 – L’intégration des données biomédicales en transplantation
cette base, en rajoutant une troisième couche de données génomiques qui va permettre d’aug-
menter la diversité des données et par la même occasion accroître leur potentiel. Ces dernières
années, des ressources qui combinent les données issues des dossiers médicaux électroniques
(EMR) aux données génotypiques sont développées. A titre d’exemple, nous pouvons citer la
UK Biobank qui contient des informations génétiques et cliniques détaillées sur un demi-million
de patients [259]. Une étude menée sur 423 604 participants de la UK-biobank a permis la mise
au point d’un modèle d’apprentissage statistique automatique qui prédit le risque de maladie
cardiovasculaire [260]. L’intégration de données cliniques et génomiques au sein d’une même co-
horte permet d’approfondir l’exploration des associations génotype–phénotype notamment dans
l’étude de maladies complexes. Ces dernières résultent souvent de l’intéraction entre la génétique
et l’environnement [261]. Par exemple dans le cas du VIH ou encore de l’obésité, des facteurs
environnementaux peuvent altérer la méthylation de l’ADN et affecter des gènes potentiellement
impliqués dans ces maladies [262, 263]. Les études GWAS peuvent bénéficier de l’information
clinique afin d’explorer plus amplement certains phénotypes notamment ceux ayant trait aux
facteurs environnementaux. Par exemple, dans le cas du VIH, l’intégration les facteurs tels que
le mode d’infection, l’évolution du virus, le tabagisme etc. en plus de l’information génétique a
été révélateur pour les études et a conduit à l’identification de facteurs de risques associés au
VIH [264, 265]. En tranplantation rénale, l’accès à des données sur les traitements immunolo-
giques, les biopsies et les informations sur le devenir du greffon en simultanée permet d’avoir
une vision plus globale des méchanismes ayant conduit à un échec ou un rejet de greffe [266].
Dans le cas de notre étude, la richesse des données permet d’une part une prise en compte des
covariables pouvant introduire un biais dans l’analyse tels que l’âge, le sexe, le BMI qui sont des
facteurs de risques connus du rejet de greffe [267, 268, 269]. D’autre part, la disponibilité des
informations telles que la durée de la greffe, le nombre de rejets, les antécédents de maladies, les
informations sur le donneur, les traitements immunosuppresseurs etc. contribuent certes à enri-
chir les résultats GWAS mais surtout à pouvoir explorer plusieurs autres phénotypes d’intérêt
liés à a transplantation rénale dans la même cohorte d’étude (récidive de la maladie, fonction
rénale du donneur).
L’intégration des données cliniques notamment l’inclusion des registres patients donne éga-
lement accès à des données de suivi. En transplantation rénale, Prezelin-Reydit et al. [270] ont
montré, grâce à l’intégration de données temporelles de suivi, que la greffe préemptive rénale
était associée à un risque plus faible d’échec de la transplantion (défini comme le décès, le retour
en dialyse ou la retransplantation.) qu’importe la durée de la dialyse.
KiT-GENIE, grâce à l’intégration des données cliniques de DIVAT, comporte pour chaque pa-
tient des données de suivi pouvant aller jusqu’à 25 ans (moyenne de suivi = 6,7 ans). En 2010,
156
1.1. Intérêt d’une ressource de données conséquente en transplantation rénale
une étude faite sur la base des données de DIVAT, a montré l’intérêt d’avoir des données de suivi
en développant un score de prédiction de la survie du greffon à long terme [271]. Ce score nommé
KTFS (Kidney Transplantation Failure Score) prends en compte 8 facteurs de risque d’échec de
greffe connus et précédemment décrits dans la littérature (âge, sexe, nombre de transplantations,
créatininemie (3mois et 12 mois), protéinurie (12 mois), créatininemie du donneur, rejet aigu)
et évalue, chez les patients gréffés dans les 1 an, un score de prédiction de la survie du greffon
à 8 ans post-transplantation [271]. Plus récemment, cette même équipe a développé un modèle
dynamique de prédiction du risque d’échec du greffon pour un patient. Ce modèle inclut en plus
des caractéristiques de base précédemment citées, des mesures répétées de la créatinine sérique
(SCr) qui pourraient être mises à jour en continu pendant le suivi du patient. La disponibilité
des données longitudinales ouvre donc les portes à une médecine prédictive et personnalisée pour
chaque patient. Dans le cadre de KiT-GENIE, l’enrichissement en données génomiques, en plus
des données de suivi permettrait de pousser encore plus loin ces analyses et de développer un
score qui prendra en compte les facteurs de risques cliniques connus mais également des facteurs
génétiques pour la prédiction de la survie ou du rejet de greffe.
La diversité des données issues de ressources massives implique également une diversité po-
pulationnelle dans certains cas. Bien que des projets nationaux tels que UK biobank [259] ou
OPTN (Organ Procurement and Transplantation Network) [272] concentrent principalement
des individus d’ascendance européenne, ces ressources permettent néanmoins d’avoir accès à des
données populationnelles issues d’individus de différentes ethnies. Par exemple, l’OPTN compte
346 908 (38%) [273] de greffes sur des patients qui n’ont pas une ancestralité européenne. De
plus, le projet 1KG [274] fournit un catalogue des variations génétiques communes humaines
dans 5 populations de référence (Africains, Americains, Sud et Est Asiatiques, Européens). La
disponibilité de ces données permet de pouvoir explorer la diversité génétique des populations
de différentes ancestralités, leur l’évolution et d’évaluer les différentes susceptibilités à certaines
maladies ou traits. Par exemple, plusieurs études ont déterminé une plus grande susceptibilité à
la maladie rénale chez les populations d’ancestralité africaine. En effet, des variants décrits dans
le géne APOL1 sont associés à un risque accru de maladies rénales [275, 276, 277, 278, 279]. Ce
risque est considérablement accentué pour les suds africains [280] et les afro-américains ayant
des néphropathies associées au VIH [281] (Odd ratio de 89 et 29 respectivement). Ces variants
sont exclusifs des personnes d’ascendance africaine et ont été naturellement sélectionné chez ces
populations car ils confèrent une résistance à la trypanosomiase humaine africaine ("maladie du
sommeil africaine"), en plus d’autres maladies infectieuses [282]. La découverte de ce facteur
de risque génétique illustre parfaitement l’importance de l’ancestralité génétique dans le risque
de maladie. Cela a notamment permis des avancées significatives dans la compréhension de la
157
PartIV, Chapitre 1 – L’intégration des données biomédicales en transplantation
158
1.2. Les défis de l’intégration des données
159
Chapitre 2
L’intégration d’une grande quantité de données implique d’être très prudent lorsqu’il s’agit
de processus analytique. Ce dernier suit généralement un schéma qui s’articule sur trois axes :
la problématique, la préanalyse et l’analyse des données. Le point de départ est la question
biologique. Avant même de considérer les données, il est primordial de s’interroger sur ce que l’on
cherche à savoir. Bien souvent, on se lance dans l’analyse des données dans toute leur complexité
en négligeant l’étape critique de la mise en contexte des données. Cette étape n’est toutefois pas
simple lorsque l’on met en place une cohorte telle que KiT-GENIE qui a été établie de sorte à ne
pas être spécifique à une seule question biologique. Néanmoins, l’axe de réflexion restait le même
et portait sur les facteurs moléculaires qui régissent les mécanismes de la transplantation rénale.
Cette question bien que plus large, représentait un point de départ solide pour nos analyses et
nous a permis d’être plus exhaustifs dans le choix des critères d’inclusions afin d’anticiper l’étude
de plusieurs phénotypes d’intêret. Ensuite viennent les étapes de préanalyses et d’analyses des
données qui représentent des phases critiques en traitement de données génomiques.
160
2.2. Les études GWAS dans la compréhension des mécanismes de rejet/perte chronique du greffon
donc biaiser l’analyse GWAS. Les données KiT-GENIE ont également été génotypées avec la
même technologie à savoir la puce PMRA en respectant le protocole préconisé par Affymetrix.
Les données brutes générées ont subi un contrôle qualité rigoureux à trois échelles : un QC des
individus, un QC des plaques et un QC des variants. La conformité des données a été verifiée en
faisant une comparaison du sexe et du HLA des individus génotypés versus les individus présents
dans la base de données.
Toutes ces étapes nous ont permis d’assurer des données robustes et qualitatifs pour les analyses
GWAS. Toutefois, nous avons eu recours à deux plateformes de génotypage pour l’ensemble
des données de KiT-GENIE. Malgré une technologie et des protocoles similaires, les techniciens
n’étaient pas les mêmes et surtout les analyses n’ont pas été faites sur un intervalle de temps
continu. Ce délai est en partie dû au Covid 2019. Cette disparité pourrait avoir introduit du bruit
dans nos données. L’analyse en composante principale permettait de s’assurer que les données
n’avaient pas d’effets de lots ni de valeurs aberrantes et sinon pouvoir les corriger.
161
PartIV, Chapitre 2 – Analyse de données génomiques à grande échelle
À ce jour, il n’y a eu qu’une seule étude GWAS combinant l’analyse de donneurs et de rece-
veurs de rein réalisée par Hernandez-Fuentes et al. [211]. Aucun signal statistiquement significatif
en dehors du HLA n’a été trouvé dans aucun des modèles testés. Cette étude était limitée par
le manque d’homogénéité dans la définition des phénotypes testés. Ces derniers ont été évalués
rétrospectivement à partir des données des registres provenant de différents centres [292]. Plus
récemmment, les études de Reindl-Schwaighofer et al. en 2018 [216] et de Steers et al. en 2019
[217] explorent des nouvelles méthodes basées respectivement sur le rôle des mésappariements à
l’échelle du génome dans les variants faux-sens (substitutions non synonymes) et l’hypothèse de
la "collision génomique" selon laquelle le risque de rejet peut être accru chez les receveurs, ho-
mozygotes pour des variants de perte de fonction, ayant reçu un greffon provenant de donneurs
non homozygotes [292]. Ces deux études récentes ont confirmé que les facteurs non-HLA sont
impliqués dans les résultats chroniques de la transplantation rénale. En élargissant l’utilisation
des scores de risque polygénique en transplantation rénale, elles font écho à celle de Mesnard
et al. [215] qui ont introduit pour la première fois un système de score de sommation pour
évaluer les facteurs non-HLA dans la fonction du greffon rénal à partir de données génomiques
(séquençage de l’exome de nouvelle génération). Les études GWAS de paires donneur-receveur
représentent une approche non biaisée qui pourrait être utilisée pour identifier des associations
en testant formellement divers types d’interactions donneur-receveur à l’échelle du génome. Ces
études peuvent bénéficier de l’intégration de couches de données supplémentaires (expression
génétique, protéines, métabolites) pour mieux comprendre les résultats de la transplantation.
Étant donné la complexité et l’hétérogénéité des résultats du rejet, de grandes cohortes avec des
données cliniques complètes, l’ADN du donneur et du receveur, et du sérum prélevé de préférence
au moment du rejet sont nécessaires pour le succès de telles études. C’est l’effort que nous avons
mis en place avec KiT-GENIE afin d’avoir une ressource de données complète, homogène avec
des informations cliniques exhaustives et une couche de données génomiques qui vient enrichir la
base de données. Nos résultats actuels sont limités à l’exploration des donneurs et des receveurs
seuls. Nous comptons aller plus loin avec la réalisation d’une analyse simultanée des génomes
162
2.2. Les études GWAS dans la compréhension des mécanismes de rejet/perte chronique du greffon
du donneur et du receveur qui pourrait identifier de potentiels facteurs de risque pour la perte
du greffon.
163
PartIV, Chapitre 2 – Analyse de données génomiques à grande échelle
rapport de Philstrøm et al. [214] où deux SNP associés à la créatinine à 5 ans et à la survie du
greffon chez les receveurs de rein n’ont pas pu être validés dans une cohorte indépendante. De
la même manière, l’étude de Ghisdal et al. en 2016 [208] sur le rejet aigu n’a pas pu être validée
même avec une cohorte conséquente et en utilisant plusieurs modèles statistiques. Néanmoins,
Ghisdal et al. ont attribués ces résultats négatifs à une disparité de méthodes entre les deux
études ce qui les rend donc incomparables selon eux. Dans tous les cas, aucune autre étude n’a
pu confirmer et valider les associations précédemment trouvés en GWAS autant sur les rejets
aigus que sur la survie du greffon à long terme. Ceci inclut nos GWAS sur les donneurs et les
receveurs séparés. Un autre point important à souligner est le côté très eurocentré des cohortes
pour toutes ces études. Par conséquent, les résultats nécessitent également une validation sur
d’autres populations pour que les résultats puissent être appliqués à la population générale.
164
Cinquième partie
Conclusion et perspectives
165
Chapitre 1
C ONCLUSION
L’objectif scientifique qui a motivé mon projet de thèse était l’identification de facteurs
génétiques au delà du HLA, pouvant potentiellement jouer un rôle dans les mécanismes qui
régissent le rejet ou la perte de greffon à long terme. Dans le but de répondre à ce questionnement,
nous avons préconisé une approche GWAS sur des données de paires donneurs-receveurs (D/R)
afin de :
— valider/répliquer les études GWAS qui ont déjà été menées sur les receveurs et les don-
neurs séparémment
— établir un alloscore polygénique de risque qui estime le nombre d’incompatibilités allogé-
niques entre donneurs et receveurs dans le sillage de l’étude menée par Mesnard et al. en
exome [215].
Etant donné la taille modeste des cohortes D/R précédemment étudiées, l’originalité de notre
approche repose sur l’accès aux données de la cohorte française DIVAT de transplantés rénaux
(>30000 patients transplantés rénaux depuis 1990), le but étant d’établir une ressource de don-
nées homogènes et conséquentes de D/R.
A partir d’une extraction de DIVAT-Nantes, nous avons selectionné, collecté, génotypé, nettoyé
et analysé les données de près de 2000 paires D/R pour consolider la biobanque KiT-GENIE
qui compte à ce jour une triple couche de données cliniques, biologiques et génétiques pour
chaque paire donneur-receveur. Ce travail s’enrichit d’une part de la qualité et l’homogéneité
des données et d’autre part d’une description fine des individus et des informations cliniques. En
effet, j’ai établi un contrôle qualité des données rigoureux tout au long des analyses. Ce contrôle
qualité implique, les bonnes pratiques de laboratoires lors des phases de génotypage, une analyse
primaire des données brutes rigoureuse selon les recommandations d’Affymetrix, le contrôle des
erreurs systématiques tels que les effets de lots et une comparaison des données de la base avec
les données génétiques pour le sexe et le HLA pour assurer une conformité parfaite des données.
KiT-GENIE dispose de données robustes et fiables pour l’analyse. J’ai également établi la "carte
d’identité" de la cohorte KiT-GENIE en fournissant une description démographique claire de la
population d’étude et en mettant en exergue la richesse des phénotypes présents dans la base
de données. Au delà des aspects déscriptifs, mes travaux ont portés sur l’analyse des données
génomiques de la cohorte. J’ai d’abord mené une exploration de l’ancestralité des individus
KiT-GENIE qui a soulevé des questionnements intéréssantes sur l’intérêt de la prise en compte
166
de l’ethnicité en transplantation. Enfin, sur la base des travaux de stage d’un de nos étudiants
de Master, nous avons réalisé une analyse génomique sur 7,4M de polymorphismes (SNP) pour
rechercher les associations avec le retour en dialyse au-delà d’un an post-transplantation chez
les receveurs et les donneurs d’origine européenne pour des transplantations rénales réalisées
à Nantes après 2000. L’analyse a été réalisée séparemment pour les donneurs (201 cas vs. 982
contrôles) et pour les receveurs (238 cas vs. 1053 contrôles). Aucune association statistiquement
significative n’a été détectée chez les receveurs comme chez les donneurs. Cependant, l’analyse
des receveurs détecte un signal approchant le seuil de significativité au niveau du locus 11p14.1
(p=4,27x10-7, OR 1,79), qui a précédemment été associé avec la fonction rénale.
Les objectifs du projet KiT-GENIE n’ont pas été entièrement atteints à l’issue de ma thèse.
Néanmoins, mes travaux ont apporté plusieurs réponses. D’abord, la conception et la mise en
place de la biocollection a représenté un travail colossal mais extrêmement important pour le
futur de ce projet. En effet, le montage de KiT-GENIE a nécessité un investissement important
en temps mais également en ressources financières. Ceci est assez représentatif des projets gé-
nomiques de cette envergure surtout lorsque la conception de la biobanque n’a pas été pensé
pour un seul projet mais pour répondre à plusieurs problèmatiques relatives à un domaine. Par
ailleurs, la mise en place de la ressource doit alors être le plus qualitatif possible. J’ai débuté
ma thèse lorsque le projet KiT-GENIE était en phase de conception. J’ai participé à toute la
procédure de montage : de l’extraction des données informatiques à la collecte des échantillons
d’ADN en passant par le processus de génotypage. KiT-GENIE représente aujourd’hui une res-
source majeure en transplantation de par sa richesse et la qualité des données disponibles. La
biobanque a été façonnée de sorte de pouvoir tacler des questionnements primordiaux en trans-
plantation ; sa triple couche de données permet aujourd’hui de pouvoir étudier les intéractions
entre donneurs et receveurs, d’explorer plus amplement certains phénotypes relatifs aux rece-
veurs (maladies récidivantes, réponses aux immunosuppresseurs, analyses longitudinales etc.)
et d’améliorer la compréhension sur le devenir de la fonction rénale des donneurs particulière-
ment pour les dons du vivant. Mon travail a permis de préparer le terrain et de permettre la
genèse de nouveaux projets détaillés dans la partie perspectives. En deuxième lieu, les analyses
préliminaires des données ont permis d’ouvrir des questionnements sur la diversité génétique
réelle des patients de DIVAT-Nantes et l’utilité d’impliquer l’éthnie dans les transplantations.
Par rapport à notre analyse, cela permet un meilleur contrôle des biais qui peuvent être liés à
l’ancestralité des individus. Enfin, les résultats GWAS préliminaires éclairent sur deux choses.
D’abord, elles valident le manque de signaux significatifs dans les études menées sur les receveurs
ou les donneurs séparémment ce qui n’est pas contradictoire avec la littérature actuelle. Ensuite
elles confirment la nécessité de l’analyse simultanée des génomes du donneur et du receveur qui
pourrait être déterminant dans l’identification de potentiels facteurs de risque pour la perte du
greffon.
167
Chapitre 2
P ERSPECTIVES
La cohorte KiT-GENIE représente une ressource précieuse pour l’étude des complications des
transplantations rénales, ainsi que les conséquences chez les donneurs vivants de rein. Plusieurs
études GWAS liées aux résultats des transplantations rénales sont actuellement en cours au sein
de l’équipe. Ces projets seront enrichis par la biobanque KiT-GENIE.
1. Dans la suite directe de mon projet de thèse, une étude est actuellement en cours
dans l’équipe pour explorer plus amplement les interactions-donneurs receveurs et tenter
d’identifier des facteurs génétiques non-HLA pouvant impacter la survie ou le rejet du
greffon. Nous avions au cours de ma thèse, realisé deux GWAS, séparemment chez les
donneurs et les receveurs, qui n’avaient pas générés de signaux signaficatifs pour les deux
analyses. Plus récemment, une analyse comparative des mismatches génétiques entre re-
ceveurs et donneurs a été menée avec une séparation des paires ayant un donneur vivant
versus un donneur décédé. Ces résultats préliminaires font l’objet d’explorations et de
validations supplémentaires. Les étapes suivantes seront d’effectuer une exploration lon-
gitudinales de la survie du greffon grâce aux données de suivi en utilisant des modèles de
régression multivariés de Cox. Enfin, l’étape finale portera sur la mise en place de scores
de risque polygénique afin de mieux saisir le risque génétique global pour une transplan-
tation rénale à partir des SNP du donneur, des SNP du receveur et des mésappariements
donneur-receveur. Une nouvelle thèse est actuellement en cours pour prendre en charge
ces analyses et fournir des résultats prometteurs dans le domaine de la transplantation.
168
accru de déclin de la fonction rénale et de maladie rénale par rapport à la population
générale [293, 294]. D’autres études sur les donneurs vivants sont donc nécessaires pour
évaluer leur fonction rénale à long terme après une néphrectomie et pour identifier
les facteurs de risque de déclin accéléré de la fonction rénale. Nous avons étudié
les déterminants génétiques de la fonction rénale chez les donneurs vivants dans le
cadre de KiT-GENIE. Nous prévoyons également d’intégrer les facteurs génétiques de
risque identifiés aux facteurs démographiques et cliniques préopératoires pour prédire
le déclin de la fonction rénale après néphrectomie à court (1 an) et à long (5-10 ans)
terme.
Les associations génétiques et immunogénétiques identifiées dans KiT-GENIE contribueront
(1) à mieux comprendre les principaux défis cliniques liés à la transplantation rénale, (2) à
révéler de nouvelles cibles thérapeutiques potentielles à caractériser davantage par des études
fonctionnelles, et (3) à identifier des biomarqueurs prédictifs qui peuvent stratifier le risque indi-
viduel avant l’apparition des symptômes et améliorer la gestion clinique (médecine personnalisée
et prédictive).
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Sixième partie
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209
PartVI, Références bibliographiques
210
Septième partie
211
Chapitre 1
B IBLIOGRAPHIE SCIENTIFIQUE
1.3 Posters
Ba R, Vince N, Geffard E, Malguid D, Lanza M, Gourraud PA, Limou S. Burrowing functional
and immunogenetic information through the 1000 Genomes Project with Ferret v3.0. JOBIM
annual bioinformatic meeting - Nantes, France, 2019.
Geffard E, Ba R, Limou S, Brouard S, Loupy A, Vince N, Gourraud PA. De-centralized data-
base : new challenges to design innovative contextualization algorithms. European Immunoge-
netics and Histocompatibility Conference (EFI) - Lisbon, Portugal, 2019.
Durand A, Geffard E, Ba R, Limou S, Brouard S, Loupy A, Vince N, Gourraud PA. De-
centralized database : new challenges to design innovative contextualization algorithms. JOBIM
212
1.3. Posters
213
Titre : Intégration de données génétiques à grande échelle pour l'amélioration de la prise en charge du
transplanté rénal
Mots clés : Transplantation rénale, Paires donneur-receveur, Génomique, Biobanque, Analyses GWAS
Résumé : La transplantation rénale est le Les résultats des GWAS menées sur les
meilleur traitement de suppléance pour receveurs et les donneurs séparément ne
l’insuffisance rénale chronique terminale. montrent aucune association statistiquement
Cependant, des défis majeurs liés au rejet et significative entre variants et retour en dialyse
l'échec chronique restent à relever. L’objectif de au-delà de 1 an post-transplantation.
ma thèse est de contribuer à l’identification de Néanmoins, un signal approchant le seuil de
facteurs génétiques pour mieux comprendre les significativité a été identifié dans le génome
mécanismes de rejet/perte chroniques et des receveurs au niveau du locus 11p14.1 qui
améliorer la prise en charge des transplantés a précédemment été associé avec la fonction
rénaux. Nous avons mis en place KiT-GENIE, rénale. Pour aller plus loin, la réalisation d’une
l'une des plus grandes cohortes génétiques de méta-analyse ou l’analyse simultanée des
transplantation rénale à ce jour qui s’organise génomes du donneur et du receveur pourraient
sur une triple couche de données homogènes identifier de potentiels facteurs de risque pour
(cliniques, biologiques et génétiques) de la perte du greffon.
donneurs et receveurs (D/R). KiT-GENIE inclut KiT-GENIE offre l’opportunité unique
4 217 individus (n=1 945 D et 2 272 R dont 1 d’approfondir l’étude des interactions
969 paires D/R), 8M de SNPs et plus de 200 donneurs-receveurs mais également d’explorer
variables cliniques. d’autres phénotypes d’intérêts tels que la
L’analyse statistique de ces données a permis fonction rénale du donneur ou encore la
d’établir la « carte d’identité » de KiT-GENIE récidive de certaines maladies rénales sur le
avec une description précise et complète des greffon.
individus et des variables de la cohorte.
Title : Integration of genomic data towards care improvement for kidney transplanted patients
Keywords : Kidney transplantation, Donor-recipient pairs, Genomics, Biobank, GWAS data analysis
Abstract : Kidney transplantation is the best GWAS analyses were conducted on recipients
renal replacement strategy for end-stage renal and donors separately. The results showed no
disease. However, major challenges related to significant association between variants and
chronic rejection and failure remain. The return to dialysis beyond 1 year post-
objective of my thesis is to identify genetic transplantation. However, a signal approaching
factors underlying chronic rejection/failure and significance was identified in the recipients'
to improve patients care. We have consolidated genome at the 11p14.1 locus that has
KiT-GENIE, one of the largest kidney transplant previously been associated with kidney
genetic cohorts to date containing function. To go further, a meta-analysis or
homogeneous high-quality triple data layer simultaneous analysis of donor and recipient
(clinical, biological and genetic) for donors and genomes could identify potential risk factors for
recipients (D/R). KiT-GENIE includes 4,217 graft loss.
individuals (n=1,945 D and 2,272 R, including KiT-GENIE offers a unique opportunity to
1,969 D/R pairs), 8M SNPs, and over 200 further study donor-recipient interactions but
clinical variables. also to explore other phenotypes of interest
Using statistical methods, we establish the such as donor renal function or recurrence of
"cohort profile" of KiT-GENIE with a precise and initial diseases on the graft.
complete description of individuals and clinical
variables.